AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Dans l’Arctique, des maladies disparues se ravivent et la route de l’Alaska fond alors que la température touche des records de folie.

 

 

Dans l’Arctique, des maladies disparues se ravivent et la route de l’Alaska fond alors que la température touche des records de folie.

In Arctic, Ancient Diseases Reanimate and Highways Melt as Temperatures Hit “Frenzy” of Records

 

par :  Dahr Jamail

 

 

 

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Le Pic Byron avec le glacier Byron au centre-gauche de la photo. Il ya moins de vingt ans, le glacier Byron recouvrait la portion supérieure de la vallée mais il est en ce moment rapidement entrain de remonter jusqu’au sommet de la colline. Remarquez les nombreuses chutes d’eau provenant de ce qui reste d ce glacier. (Photo: Dahr Jamail)

 

 

 

Alors que je comptais dix années de reportage sur les impacts de l’occupation US en Irak en 2013, il m’était impossible de trouver un seul Irakien qui n’ait pas eu un membre de sa famille, de ses proches ou de ses amis qui n’ait pas été tué par les troupes américaines une action de terrorisme d’état sponsorisée et une violence arbitraire résultant de ce qui est évoqué précédemment.

Maintenant, en ayant passé l’été entier en Alaska, il me reste à avoir une conversation avec les rangers des parcs nationaux, les glaciologues ou simplement avec les promeneurs avides qui ne contienne pas une histoire d’incrédulité, d’étonnement ou souvent de choc à propos de l’impact des modifications climatiques anthropogéniques à travers leur état bien aimé. [anthropogenic climate disruption (ACD)]

Qu’il s’agisse des rivières causant des érosions massives après avoir chargées à la vitesse grand v par la fonte des glaciers, de la température sérieusement élevée tout au long de l’année ou de la fonte et de la retraite des glaciers eux-mêmes, tous ceux qui demeurent ici, observant l’impact en première position, ont tous des expériences dramatiques à partager.

À titre d’exemple, à moins d’une heure de route d’Anchorage, j’ai visité une région où j’ai fait de l’escalade dans le passé. Un vieux partenaire m’avait suggéré de visiter le Byron Peak, qui se trouve à la fois près de Turnagain Arm et de Prince William Sound, afin de voir combien le glacier Byron avait reculé depuis que nous étions venus là la pour la dernière fois.

 

Pour atteindre l’arête de la montagne, j’ai dû d’abord avancer au-delà de la base du glacier Byron, qui, en 1999, couvrait alors toute la vallée.

Maintenant, moins de vingt ans plus tard, quand j’ai vu pour la première fois à quel point le glacier avait reculé, je me suis arrêté brutalement dans ma course. Cela m’a fait l’effet de recevoir un coup de poing dans l’estomac et je me suis surprise à essuyer une larme lorsque la terrible évidence s’est impose à moi. Ce qui reste maintenant du glacier Byron est dans un processus de recul complet vers sa source. Ceci devient un micro-exemple du macro-Alaska, dont les glaciers perdent 75 milliards de glace en trop chaque année, selon la NASA.

Tout ne va pas au mieux dans le Grand Nord.

C’est parce que dans l’Alaska actuel, les records de température tombent aussi vite que la population d’oiseaux dégringole.

Juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré dans la plus grande ville de l’état, Anchorage. Les températures dans la partie sud-est de l’état ont toutes augmentée autant que Deadhorse, sur l’Océan Arcic qui bat tous les records, l’aéroport de Deadhorse atteint un étonnant 30° C.

Rick Thoman, un climatologue et responsible des services au National Weather Service en Alaska, a dit à la presse  tqu’une des sources des températures anormalement élevées dans l’état provident de la temprérature anormalement chaude des eaux de surface de la mer et il a ajouté : , « Dans la mer du Détroit de Bering, spécialement au sud de l’île de St. Lawrenceles sont vraiment incroyablement haute comparé à la normale.

Une  étude récente montre comment la climat qui se réchauffe à travers l’Alaska décime de grandes étendues d’habitat pour de nombreuse espèces d’oiseaux côtiers qui migrent vers l’Arctique annuellement. L’étude montre que les deux-tiers des espèces qui migrent vers l’Alaska subiront un impact, dont certaines perdant jusqu’à 90% de leur habitat. Le réchauffement climatique provoque également l’éclosion précoce des insectes, entraînant une diminution des réserves de nourriture pour les oiseaux et leurs petits, et  contribuant au déclin des populations.

Même les routes de l’Alaska ressentent la chaleur. La fameuse Route de l’Alaska, qui a attire les chercheurs d’aventures depuis des décennies, fait un arc à travers la Colombie britannique et le Yukon avant de traverse l’Alaska central jusqu’à son point final à la jonction du Delta. Mais comme le permafrost sous cette route continue de fondre à un rythme de plus en plus rapide, de larges fissures, des failles et des fentes sont entrain de le détruire.

«  Ici, c’est le plus gros problème géotechnique que nous ayons. » dit Jeff Currey, du Département des transports de l’Alaska  à un  reporter. «  Les Romains ont construit des routes il y a deux mille ans que nous utilisons encore. Et nous nous avons construits des routes qui, en un an ou deux, sans maintenance, ressemblent à des montagnes russes parce qu’elles sont construites sur le permafrost sensible au dégel. »

Ce ne sont pas que les chercheurs d’aventures qui vont subir l’impact de la détérioration de la route, c’est une voie essentielle utilisée pour le transport de nourriture, de matériel et de médicaments vers les villages de l’Alaska. Dans un tour ironique du destin, l’autoroute qui fond est aussi utilisé par les compagnies pétrolières pour transporter leur équipement lourd vers ce qui a été l’élément vital de l’économie de l’état depuis que du pétrole a été découvert dans la partie du North Slope de l’Alaska.

Et les signes de réchauffement anthropogènes à travers le reste de l’Alaska sont également choquants. Dans le nord-ouest du Groenland, des déchets toxiques radioactifs datant de la guerre froide, avec lesquels on trouve des déchets chimiques et biologiques, court le risque    d’être mis à jour  comme la glace fond rapidement. De toute évidence, la décision du gouvernement d’enterrer ces dangereux déchets sous plus de trente mètres de glace n’a pas pris en compte le fait que la couverture de glace serait la plus grande contributrice à la montée du niveau des mers pendant l’ère anthropocène.

 

«  Si la glace fond, les infrastructure du dépôt, y compris les déchets radioactifs, biologiques et chimiques pourraient retourner dans l’environnement et potentiellement modifier les écoystèmes voisins. » L’Université de Zurich qui a étudié ces évolutions dans un document publié dans le journal “ Geophysical Research Letters Bulletin de la Société américaine de meteorology, If the ice melts, the camp’s infrastructure, including any remaining biological, chemical and radioactive wastes could re-enter the environment and potentially disrupt nearby ecosystems,” the University of Zurich, which documented these developments in a study published in the journal Geophysical Research Letters Bulletin of the American Meteorological Society, a fait ce constat aux médias d’après leur enquête.

Plus loin en Sibérie, la fonte du permafrost a provoqué une épidémie d’anthrax qui a entraîné l’hospitalisation de dizaines de personnes et dont au moins un enfant est mort. Deux-mille daims ont été touché par le virus jusqu’à maintenant et le gouvernement russe à déplacé plusieurs familles hors de la zone. La cause de cette épidémie ? Le dégel d’une carcasse de daim qui avait été infectée par l’anthrax il y a des dizaines d’années.

Le déclenchement s’est produit dans la péninsule de Yamal où, comme Truthout l’a déjà rapporté, des quantités massives de méthane enfermées dans le permafrost ont explosé jusqu’au sol, créant de larges cratères.

En réponse à la réanimation de la bactérie, le Russie a envoyé des troupes entrainées à la guerre bactériologique   pour mettre la zone en quarantaine. Ce type de déclenchement de maladie dans l’Arctique  était auparavant le produit de la science-fiction, mais ce n’est plus le cas. . Les spécialistes du climat  craignent  que cela ne soit qu’un avant-goût de ce qui reste à venir si l’Arctique continue de se réchauffer à une vitesse record. Dans la mesure où il n’existe aucun moyen de savoir quelles autres bactéries mortelles demeurent gelées dans le permafrost, nous aurons à les découvrir uniquement quand la glace fondra, comme cela se passe dans l’Arctique, lorsqu’elles se réanimeront à leur tour comme en Russie.

Tout ceci n’est que le sommet de l’iceberg, si l’on peut dire. Ce n’est qu’un indice de ce qui est à venir comme les températures globales continuent de monter.

2015 a été une folie” dans les records climatiques selon le the Scientific American journal, des plus chaudes températures enregistrées jusqu’au simple plus grand taux de CO2 dans l’atmosphère. Cependant, 2016 est déjà sur la voie de dépasser ces records, comme la première moitié de l’année a déjà fait exploser les températures enregistrées précédentes. Selon la NASA et le  National Oceanic and Atmospheric Administration(NOAA).

La NASA a récemment publié des données montrant que juillet était le mois le plus chaud jamais enregistré dans l’histoire, c’était juillet 2015. Nous devons regarder sobrement et honnêtement où en est la planète et ce que cela signifie pour nous en tant qu’espèce, avec les autres espèces vivant sur terre. 2016 est en train de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le dernier record était 2015. L’année la plus chaude précédente étant l’année 2014. Chacun des mois des derniers 14 mois  a battu un record      de chaleur mensuelle sur ce même mois. Quinze des seize années les plus chaudes jamais enregistrées le sont depuis 2000.

Nous sommes au milieu d’un évènement concernant le blanchissement record des récifs de corail, les incendies continuent de se produire à une fréquence, une durée, une localisation et un degree de chaleur record, et la glace de l’Arctique recouvrait une zone l’hiver dernier qui était la plus fine depuis que les mesures ont commencé   et elle est également proche du plus bas niveau jamais enregistré. La Terre est officiellement entrée dans la sixième extinction de masse  n et rien n’indique que la réponse de coordination gouvernementale afin d’interrompre les émissions issues des énergies fossiles soient en voie d’être réduites.

Comme nous évoquons ces faits, les enquêtes de ce mois donnent plus de détails sur ce qui se produit sue terre maintenant, comme le réchauffement continue d’avancer.

 

Terre

 

Il y a maintenant des données scientifiques prouvant que le réchauffement accentue les risques de guerre. De nouvelles recherches  faites par de chercheurs allemands  ont montré un lien statistique entre les conditions climatiques extrêmes provoquées par le réchauffement et les explosions de violence extrême.

Pendant ce temps, au Japon, une  étude récente évalue  comment le réchauffement menace l’agriculture de ce pays d’une façon catastrophique.

«  Si les prédictions les plus pessimistes s’avèrent exactes, écrit ce rapport,  « d’ici la fin du siècle le monde pourrait voir ce qui sont maintenant des produits tout à fait ordinaires sur une table japonaise devenus des aliments extrêmement rares ou que les gens avaient l’habitude  de manger dans les passé. »

De retour aux USA, tristement,  a une étude récente révèle  comment le légendaire sapin de Douglas voit sa croissance altérée à cause des températures plus chaudes et du stress de sécheresse entrainé par le réchauffement.

Plus d’informations déconcertantes  nous arrivent de la Société Audubon, qui a publié un récent rapport dans la region de Puget Sound, dans l’état de Washington, les goélands à ailes grises sont contraints au cannibalisme pour s’alimenter, à cause du réchauffement des mers qui raréfie leur nourriture habituelle.

 

Eau

Les sécheresses entretenues par le réchauffement est une des forces majeures ayant entrainé l’assèchement complet des rivières principales. Le Gouvernement a déclaré l’état d’urgence et admis que le pays entier était aux prises avec  « une crise écologique »  comme une quantité énorme de cadavres d’animaux sauvages tapissent sur des centaines de kilomètres le lit de la rivière.

Les mers de plus en plus chaudes génèrent une augmentation sans précédent des méduses  tout autour du globe. Leur nombre est suffisamment élevé pour saboter les équipements de réseaux endommagés par des millions de méduses qui obstruent les canaux sous-marins, pendant que des scientifiques réfléchissent à la possibilité de robot broyeurs et autres solutions de dernier recours.

Une récente étude du Centre de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention (CDC) révèle une « montée remarquable » dans la fréquence des maladies d’origine hydrique liées au réchauffement global des températures, pendant qu’en Floride, une algue verte épaisse  couvrant de vastes étendues de plage semble devoir devenir la nouvelle norme.

L’océan toujours plus chaud continue de créer le blanchiment généralisé des récifs coraliens. À Guam, les rifs ont été blanchis pendant ces quatre dernières années.  s. L’écologiste coralien Laurie Raymundo Coral dans le cadre de l’Université de Guam  dit  que avant 2013, les récifs coraliens de Guam avaient échappé au blanchiment qui se produisait Presque partout ailleurs dans le monde. Cependant, dit Raymundo, «  En 2013, 2014 et 2015, nous avons été touchés et le sommes encore maintenant. Pendant les quatre dernières années, il y a eu des épo=isodes de blanchiment et nous n’avions pas vécu cela de cette manière dans notre histoire récente. »  Raymundo estime que plus de la moitié des coraux de Guam sont morts entre 2013 et 2014 et qu’à peu près 85% de la totalité des récifs ont été blanchis. Après une plongée récente d’inspection des coraux,  Raymundo décrit la destruction éciologique à laquelle elle assiste : «  Je me considère comme étant tout à fait objective et rigoureuse scientifiquement. Mais parfois je manque cette approche. Aujourd’hui pour la première fois en cinquante ans, je suis allée sous l’eau, j’ai pleuré pendant une heure, juste sous mon masque, en constatant jusqu’à quel point les étendues de coraux de notre si jolie baie de Tumon blanchissaient et mouraient. »

 

Pendant ce temps, le niveau des eaux continue de monter. L’Union des scientifiques inquiets a publié un rapport  avertissant récemment que de larges zones des bases militaires nord-américaines le long de la côte est seraient inondées d’ici à 2050. Ce rapport estime que les inondations dues aux marées et aux orages augmenteront de 2, 600 % par an dans des zones où de nombreuses bases sont situées.

Un autre rapport publié par des  experts immobiliers  prèdit que la montée du niveau de la mer sera celle que quelques  climatologues prédisent (  1 , 80 mètre )  jusqu’à 2100 et que au moins 300  villes américaines auront perdu la moitié de leurs habitations et que 36 villes seront englouties.

En ce qui concerne la montée du niveau de la mer, nous avons de mauvaises nouvelles pour les habitants des îles, récent rapport  montrant que les derniers mammouths laineux de l’Amérique du Nord sont morts du manque d’eau fraîche quand la montée de la mer a tué les plantes qu’ils consommaient et contaminé l’eau potable. Ces phénomènes joueront un rôle pour les habitants côtiers pendant que le niveau des mers continue à monter, accompagné par des grandes marées et des orages.

 

En Inde, la Mousson est devenue plus intense qu’à l’habitude à cause de la capacité de l’atmosphère à contenir de plus grande quaintité d’humidité. Ceci a été flagrant en juilllet dernier  quand une inondation a recouvert tous le nord-est de l’Inde  touchant plus de 1, 2 millions de personnes et dévastant d’importantes zones de terres cultivables.

Pendant ce temps en Louisiane, le Gouverneur John Bel Edwards a récemment déclaré l’état d’urgence quand une inondation qu’il a qualifiée de “jamais vue”   et d’ “historique” a tué sept personnes et amené 20.000 personnes à être sauvées. En fait, même la demeure du Gouverneur s’est vue inondée avec de l’eau à hauteur de torse, noyant le sous-sol et endommageant le système électrique. À propos des mesures de sauvetage, le Gouverneur Edwards a commenté, sombrement : « Nous avons sauvé des territoires administratifs, nous n’avons pas sauvé des gens. “

À l’autre extrémité du spectre de l’eau, la  Food and Agriculture Organization des Nations Unies a averti que nous étions dans un « temps de course contre la montre » touchant au moins 23 millions de paysans touchés par la sècheresse en Afrique où toute la partie sud du continent continue d’être touchée par des sècheresses massives pendnant que le réchauffement climatique progresse.

Selon les Nations Unies, plus de 60 millions de personnes de par le monde, don’t les deux-tiers se trouvent dans la partie est et sud de l’Afrique font déjà face à des rationnements de nourriture chroniques dus à des sécheresses continuelles.

Au Groenland, la couche de glace continue de fonder rapidement.   La NASA a récemment produit une carte  révélant l’étendue des parties du Groenland qui fondent intensément par en dessous. Ceci parallèlement aux observations simultanées qui montrent comme la surface de la glace fond à une vitesse accélérée.

Un peu plus de la moitié de la base des glaciers du Groenland  a dégelé maintenant et  le rapport de la NASA affirme   «  Savoir si la glace du Groenland est située sur un sol humide et glissant ou est accrochée à un lit pierreux sec et gelé est essentiel pour pouvoir prédire comment la glace va s’écouler dans l’avenir. »  En fonction de ce constat, tout comme le réchauffement s’intensifie avec chaque jour qui passé,

Dans le contexte des élections, Donald Trump a nié le réchauffement climatique d’une façon encore plus vive, même par rapport à la position du Parti républicain.

Non seulement appelle-t-il le réchauffement une “arnaque” mais il a été jusqu’à dire qu’il reverrait les régles imposées par le Président Obama le  concernant ,  qu’il sortirait les USA des accords de Paris de décembre dernier, qu’il favoriserait les forages et bien sûr imposerait moins de régulation environnementales, s’il était élu président..

Bien que son adversaire, Hillary Clinto , reconnaisse la réalité du réchauffement et ait incorporé quelques éléments de la rhétorique de la campagne de Bernie Sanders à sa plateforme, elle appelle à construire plus de routes et plus d’aéroports, ce qui, bien sûr, ne ferait qu’induire de plus grandes émissions de CO2. Ceci est a ajouter au fait qu’elle a choisi le Sénateur de Virginie Tim  Kaine, comme son partenaire aux élections.

Kaine supporte les forages offshore, ainsi que la construction de terminaux de gaz naturel pour l’exportation. Lorsqu’il était gouverneur de Virginie, il a supporté l’une des dernières centrales à charbon qui fût construite aux USA.

Même si Clinton est élue, les actions brutales, obligatoires et d’urgence à grande échelle nécessaires pour cesser la plupart des émissions de CO2 immédiatement – comme une étape vitale pour atténuer le réchauffement – ne sont tout simplement pas sur la table.

.Pendant ce temps,  des enquêtes récentes indiquent  qu’une majorité croissante  ( 66%) de citoyens américains pensent que le réchauffement est réel. En même temps, le nombre de personnes questionné qui croient que le réchauffement est à son niveau le plus bas est de 15%, plus bas que les 24% d’il y a une année.

Ègalement sur le front de la réalité, le rapport sur l’état du climat ( State of the Climate report) , un bilan annuel faisant reference sur le climat global a ét& récemment publié dans le bulletin de la société américaine de météorologie (  Bulletin of the American Meteorological Society.) Le rapport détaille comment la chaleur des océans et la température de l’air dépassent des records, comme le niveau des océans touchent un niveau jamais atteint et comme le CO2 a dépassé le niveau critique, pendant que le monde continue à être poussé à une vitesse aveugle dans un environnement que l’espéce humaine n’a jamais expérimenté.

Des climatologues de renom ont récemment avertis que la terre est extrêmement proche des 1.5 degrés supplémentaires limites, simplement huit mois après que ce but ait été fixé à Paris lors de la COP 21 à la fin de 2015. La croyance lors des pourparlers de Paris était que limiter le réchauffement à se maintenir en-dessous de 1.5°C , il y aurait une chance de prévenir la fonte de la glace polaire, de limiter la destruction des récifs coralliens et de prévenir une montée extrême des niveaux marins.

Cependant, il n’est que trop apparent que ces phénomènes sont déjà complètement en cours et augmentent en intensité.

 

DAHR JAMAIL

Dahr Jamail, un reporter de Truthout, est l’auteur de :  The Will to Resist: Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afghanistan, (Haymarket Books, 2009), et de Beyond the Green Zone: Dispatches From an Unembedded Journalist in Occupied Iraq, (Haymarket Books, 2007). Jamail a été reporter en Irak pendant plus d’un an ainsi qu’au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Turquie pendant les dix dernières années, il a gagné le prix Martha Gellhorn pour le journalism d’investigation, parmi d’autres recompenses.

Son troisième livre :  The Mass Destruction of Iraq: Why It Is Happening, and Who Is Responsible, co-rédigé avec William Rivers Pitt, est disponible maintenant sur Amazon. Il vit et travaille dans l’état de Washington.

 

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

‘Kufr’ et le langage de la haine

 «  Kurf and the language of hate »

Juillet 25, 2016 MEMRI No.98  ‘Kufr’ et le langage de la haine

 

Alberto M. Fernandez*

Récemment, une série de commentaires émis par des hommes politiques occidentaux à propos de certains aspects de l’Islam ont été rendus publics. Ces commentaires ont été critiqués à cause de leur imprécision et de leur nature radicale et parce qu’ils allaient probablement générer haine et violence à l’égard des minorités musulmanes en Occident tout en compliquant le travail de lutte contre les groupes terroristes comme Isis ou Al-Qaïda.

Tous les discours des hommes politiques, en fait, devraient être examinés précisément. Et ils méritent certainement des critiques si ils sont incapables de faire la différence entre l’Islam, les Islamistes et le Djihadisme par exemple ou si ils généralisent et mélangent les accusations sur des questions complexes comme la Shari’a. Mais un langage confus haineux ou même violent à l’égard de l’autre n’est pas quelque chose de nouveau ni n’est réservé à l’Ouest. Bien-sûr le langage des démagogues occidentaux semble parfois occuper plus l’attention que les plus calmes, plus populaires propos haineux qui sont produits dans des cultures non-occidentales.

C’est ce qui se produit avec le problème du «  Kufr », ou Kuffar, le mot arabe désignant la mécréance, et pour la façon dont il est communément utilisé dans beaucoup de discours musulmans pour promouvoir au nom d’un soi-disant ordre divin la haine et la violence.

 

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Alors qui sont ces Kuffars ?

La racine de ce mot est ancienne, précéde le Coran et signifie “ recouvrir” “ cacher”. Elle est liée à l’agriculture et est utilisée une fois dans ce sens dans le Coran.  La même racine peut être trouvée dans les noms de nombreux villages du Levant, comme dans le chant religieux fameux « capharnaüm » ( Nom Kfar naoum ou Village de Naoum. Kufr, Kafir, Kuffar et Takfir ( le processus de déclarer un musulman Kafir) viennent tous de la même racine, bien sûr.

Je me souviens il y a quarante ans, j’étais alors un jeune étudiant en langue arabe, utilisant le mot “ Kafir” pour me désigner, en tant que non Musulman. Mon professeur d’Arabe, un Musulman Égyptien gentil et pieux m’interrompit et me dit : «  Non, Alberto, tu n’es pas un Kafir, tu fais partie d’un des peuples du Livre ». Cette vision musulmane tolérante et humaniste du monde n’est plus envisageable maintenant. On peut la trouver dans un commentaire de 2015, influencé par les Sufis «  L’étude du Coran », une vision du monde qui a été critiquée par d’autres Musulmans comme trop tolérante.  [1]

Certains Musulmans occidentaux se sont emparés illico de la question. Vous pouvez même  les trouver en ligne dans des vidéos telles que celle de Hasam Yusuf consacrée spécialement à la question «  Qui sont les Kuffar ? » [2] Le commentateur basé à Chicago Dr. Hassan Hassaballa  dans un colonne passionnée de 2012, intitulée «  Qui sont les infidèles ? » notait que une des (nombreuses) erreurs de conception de l’Islam, révélées à travers certains commentaires, est celle touchant les «  non-croyants ». Beaucoup de gens, y compris certains Musulmans, pensent que l’Islam exige des Musulmans qu’ils haïssent les non-Musulmans ou que les Musulmans devraient même «  tuer » les non Musulmans. Bien qu’incompréhensible pour moi, cette vision persiste néanmoins. Je ne me l’approprie pas, peu importe combien d’experts religieux ou de Ulema sont cités comme l’affirmant. Combien de terroristes l’affirment m’est égal, tout pareil. Cependant, cela amène la question : exactement, qu’est-ce qu’un infidèle ?  Beaucoup de Musulmans peuvent comprendre que les infidèles (Kafir en Arabe) ce sont tous ceux qui ne sont pas Musulmans. [3]

La question “ Qui est infidèle ?” est une question compliquée au sein de l’Islam, sans compter entre Musulmans parlant d’eux-mêmes et non-Musulmans. Et entrainant plus de conséquences encore est, bien sûr, est celle de la réponse appropriée à ce qui devrait être considéré comme étant infidèle. Quelles sont les punitions temporelles pour être un Kufr majeur ou mineur ? La question de savoir si être un Kufr est un péché ( devant être jugé par Dieu) ou un péché et un crime ( devant être jugé par les législateurs islamistes zélés) pénètre au cœur de la compréhension contemporaine de la religion, de la politique, de l’autorité et du terrorisme. Ce ne sont  pas en fait de nouvelles questions mais elles remontent aux premières décennies de l’Islam et aux groupes florissants du Djihad en Egypte dans les années 1970.[4]

 Que fait-on du Kuffar ?

 Pour l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, la désignation est claire. Non seulement les «  peuples du livre » sont kuffars mais aussi le sont beaucoup, sinon la plupart, des Musulmans. Bien que les Chrétiens puissent être nommés les Croisés ou Mushrikeen  (Polythéistes), leur état essentiel est celui de Kufr. Les Musulmans peuvent également  être désignés par ces groupes comme appartenant à des sous-groupes variés communément associés avec le type Kufr : Murtadin ( apostase), Tawaghit ( tyran), souvent utilisé contre les Musulmans shi’a, ou Rawafid ( également utilisé contre les Shi’as. Au-delà d’ISIS et des groupes de son espèce, il existe un grand nombre de Musulmans  salafistes qui croient plus ou moins la même chose mais qui sont tempérés par des circonstances politiques locales. Ce discours haineux se retrouve souvent dans les entreprises financées par l’Arabie ou le Quatar, soit dans des traductions perverties du Coran ou à travers les médias ou les institutions éducatives.[5] On peut encore aller sur le site officiel de l’autorité de la fatwa et lire les règles régissant les Kufr énoncées par le clerc Shaykh Abdul Aziz Ibn Baz (d. 1999). Être un Mushrik est Kufr, être ami avec un Mushrik est Kufr, être ami avec un Kafir est Kufr, considéré qu’un Kafir n’est pas un Kafir est Kufr.[6]

Parce qu’il était une figure loyale de l’establishment autour de la monarchie saoudienne, on peut aussi trouver là diverses règles condamnant les “ extrémismes” comme définies par la religion officielle.

Mais si il subsistait un doute, Ibn Baz ajoute à son commentaire que le Kuffar auquel se réfère les Ecritures islamiques est le Chrétien, le Juif, et les sécularistes contemporains.[7] Et comme l’Etat islamique, Ibn Baz précise les trois choix pour ces infidèles : la conversion, le paiement de la taxe humiliante du jizya ou la mort. Il ajoute  plus loin qu’un djihad offensif contre les infidèles est obligatoire pour les Musulmans aujourd’hui. [8]

Bien que moins exaltés que le défunt Ibn Baz, on trouve dans les médias de nombreux membres du clergé saoudien prolifiques qui sont, eux, encore vivants et qui disent en substance la même chose,  comme Shaykh Salih, reconnu comme le futur Ibn Baz, de nombreux Al-Fawzan, membres du Conseil supérieur des experts saoudiens et du Comité du royaume de la Fatwa. Les écrits de Al-Fawzan peuvent être trouvés sur de nombreux sites salafistes, y compris Fawzan.co.uk, Manhaj.comfipublications.com. Encore, des ecclésiastiques comme Ibn Baz ou Al-Fawzan sont considérés comme des conservateurs extrémistes mais ils ne supportent pas ISIS et sont plutôt les piliers des infrastructures de la religion saoudienne. Les gouvernements étrangers et les médias internationaux tendent à exagérer le soutien matériel accordé par L’Arabie saoudite aux actuels groupements extrémistes et se concentrent moins sur leur support idéologique à l’extrémisme. [9]   Parce que dans les piliers de l’establishment religieux saoudien, nous trouvons un discours qui prétend que ce qu’affirment les supposés Kharijites d’ISIS est bien enraciné dans l’Islam.

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N°1

 

Nous pourrions et devrions dénier à l’Etat islamique et à d’autres groupes takfiri la représentativité de l’Islam. Et nous pourrions attribuer les règles énoncées par Ibn Baz à un prélat membre du clergé des salafistes saoudiens, décédé, fût-il en son temps influent. Après tout, malgré les milliards investis par les salafistes dans les pays du Golfe lors de ces dernières dizaines d’années pour l’éducation, les médias et les activités missionnaires, cette version particulièrement intolérante de l’Islam demeure minoritaire bien qu’elle s’exprime le plus fortement.

La bataille actuelle autour du Kuffar

Certes, d’autres Musulmans ont appuyé cette vision du monde intolérante et violente. On peut trouver une pléthore de constats promouvant la tolérance sous diverses formes dans les autorités islamistes contrôlées par les régimes du Moyen-Orient. On assiste à l’émergence de vagues efforts inter-religieux issus d’experts notoires promouvant une vision du monde plus tolérante et nouvelle, comme celle de la Déclaration de Marrakech en 2016. [10]  D’éloquents Musulmans libéraux comme le philosophe irakien Dr. Rashid al-Khayoun notait récemment que : «  Ce sont ces textes religieux qui sont le problème. Ils sont utilisés aujourd’hui et pris hors du contexte dans lequel les versets du Coran furent révélés. Quand un raid quelconque avait lieu et que le verset «  tuez-les où que vous les trouviez »  était transmis pendant la bataille, il s’agissait de circonstances appropriées mais ces situations ne sont plus valides. Ce qui doit être valide sont les versets qui prônent la paix et l’amour.  Je blâme la jurisprudence également.  Ils ont massacré le Coran en supprimant plus de 70 versets qui évoquent la paix et l’amour et le fait de ne s’occuper que de ses propres affaires. Ils ont été abrogés en faveur d’un seul verset- le cinquième du Surat Al-Tawbah, le verset de l’épée. »  [11]

Mais si cette question était celle d’un lieu d’échanges aplani des érudits libéraux versus les Islamistes ou des Modernistes versus les Conservateurs, ce serait une question importante et intéressante mais largement académique. La montée de l’Etat islamiste ou les rivaux de la Djihad dans le monde entier, comme la montée des médias sociaux ont contribué à l’accroissement élargi d’un Salafisme électronique abruti, toxique aussi superficiel qu’il est bavard et qui promeut les discours les plus extrémistes possibles.

 

 

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N°2

 

De tels discours ne sont pas seulement les images et les slogans retrouvés dans la propagande d’ISIS, ou les voix de prêcheurs de rue radicaux  de Londres qui instillent du poison sur internet. Les infrastructures de la haine est beaucoup plus large et construite dans le temps bien avant que ISIS s’impose sous le regard public en 2014. Ce discours de haine active à l’égard des infidèles peut également être considéré comme une forme de guidance religieuse fournie par des sites religieux populaires comme  Islamqa.com et le site Islamweb.net, appartenant au puissant ministère quatari de Awqaf et des Affaires islamiques qui fournissent des réponses aux questions religieuses en Anglais, Allemand, Français et Espagnol.

Sur ce site énormément visité, appartenant à un pays qui accueille la base US la plus importante du monde arabe, on peut apprendre qu’il est inadmissible religieusement pour un Musulman de devenir ami avec un non-Musulman. [12]  Le site web affirme clairement que si les Musulmans doivent «  haïr » les infidèles et ne pas se lier d’amitié avec eux ( sans parler de tomber amoureux ) ceci n’implique pas que les Musulmans doivent être désagréables à leur égard..[13] Islamweb.net décrit sa mission comme  « devant fournir à la communauté des savoirs substantiels sur l’Islam, en particulier aux non-Musulmans qui peuvent avoir besoin  de clarification face aux distorsions habituelles des médias et aux interprétations erronées de certains adeptes mal informés. »

 

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N°3

Ceci fait partie d’un phénomène plus large que Peter Pomerantsev a nommé “ un vol dans la fantaisie technologique” [14] Dans le monde virtuel, le discours d’intolérance salafiste sur la passé – ayant appartenu un  jour aux groupes terroristes et aux membres du clergé extrémistes – est devenu part du discours post-moderne où ce qui était la propriété des garants d’une autorité divine est maintenant réorienté par des adolescents ignorants et mal éduqués et transformé en un discours superficiel et simpliste de haine, qui est l’aile takfiri-djihadi de la droite du mouvement.[15] Mais, comme nous l’avons vu, le superficiel et l’ignorant peut facilement trouver des érudits pour confirmer leur haine, à seulement quelques clics.

 Le Kuffar comme clef

Plutôt que des jugements trop généralisateurs et souvent inappropriés sur la nature essentielle des croyances de plus d’un milliard de Musulmans aux facettes multiples, un bien meilleur usage de notre temps, et de la bonne volonté de nombreux Musulmans, seraient une discussion sérieuse sur la nature de l’incroyance et de  sanctions dans la vie réelle, une clarification franche des terminologies et la recherché intense de façon créative de rendre virtuel le langage de la tolérance de la même façon que celui de l’intolérance est devenu virtuel.

Il n’y a pas de raisons pour qu’un tel effort ne puisse pas reconnaître et accepter la différence religieuse  et les distinctions sectaires. Le respect de l’autre ne devrait pas signifier conformité ou conversion. [16] De nombreux systèmes de croyance, de par leur véritable nature – même des systèmes non-religieux comme le communisme ou le libéralisme- peuvent montrer des croyances difficiles à accepter ou désagréables pour les autres. Et de nombreuses personnes de diverses fois ont commis des horreurs ou au nom de ces croyances ou en dépit d’elles.

Le problème n’est pas tant que certains Musulmans pensent que les autres sont des infidèles et puissent ne pas les apprécier (la même chose pourrait être vraie de non-Musulmans n’appréciant pas les musulmans)  mais quelle genre d’actions concrètes le fait d’être un infidèle puisse sembler générer chez les croyants, que ce soit à travers la violence individuelle ou la coercition.

Les gens, Musulmans ou non sont pris comme cible et tués aujourd’hui parce que ils sont étiquettes comme Kuffar. Oui, le terme s’origine dans les écrits saints mais ce sont les hommes, les juristes et les religieux qui l’ont interprété et qui l’appliquent. Ce sont eux qui ont créé un lien de croyance entre le Kuffar sur lequel il a été écrit il ya 14 siècles et les individus vivant maintenant. Dans la suite du bombardement de la ville sainte de Médine par ISIS en Juillet 2016, il s’est trouvé de très nombreuses prises de paroles dans le monde musulman pour prendre une ligne plus dure contre les groupes takfiri.[17] Ce n’eest pas en soi une mauvaise chose. Mais il y manque toujours un regard sérieux sur le concept de takfir, qui consiste essentiellement à «  traiter un non Musulman comme un infidèle de façon à pouvoir le tuer ». Il est possible que Kuffar soit la clef.

Se poser la question de la nature suppose des relations entre Musulmans et Kuffar, quels qu’ils soient et ce qu’elles signifient sur un plan pratique aujourd’hui est une façon de désintoxiquer une partie du langage confus de haine qui est si facilement disséminé en ligne.  Redéfinir les mots ne supprimera pas la terreur djihadiste mais peut aider à les démasquer et à les isoler du domaine public. Cet échange délicat ne peut être, cependant, qu’un dialogue franc mené de façon discrète, des discussions de face à face avec des personnes qui savent ce dont elles parlent et non dans le vacarme assourdissant des nouvelles affluant en cycle sans interruption vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

 

*Alberto M. Fernandez is Vice-President of MEMRI.

Endnotes:

[1] Muslimmatters.org/2015/12/14/the-study-quran-a-review.

[2] Youtube.com/watch?v=KchizAe_4Ew.

[3] Chicagonow.com/midwestern-muslim/2012/02/who-are-the-infidels/.

[4] Jeffrey T. Kenney, Muslim Rebels: Kharijites and the Politics of Extremism in Egypt (New York: Oxford University Press, 2006).

[5] Newstatesman.com/world-affairs/2014/11/wahhabism-isis-how-saudi-arabia-exported-main-source-global-terrorism.

[6] Alifta.com/Fatawa/FatawaChapters.aspx?languagename=en&View=Page&PageID=27&PageNo=1&BookID=14.

[7] Youtube.com/watch?v=5mGnxvr9PsI.

[8] Alifta.net/Fatawa/FatawaChapters.aspx?languagename=en&View=Page&PageID=3512&PageNo=1&BookID=14.

[9] Washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/facts-and-fictions-a-defense-of-the-u.s.-saudi-relationship.

[10] MEMRI Daily Brief No. 76, Marrakesh: Steps Towards A Solution Or Confusion? February 6, 2016.

[11] MEMRI TV Clip No. 5561, Iraqi Author Rashid Khayoun: Islamic Scholars Have Massacred the Quran, June 3, 2016.

[12] Islamweb.net/emainpage/index.php?page=showfatwa&Option=FatwaId&lang=E&Id=88293.

[13] Islamweb.net/emainpage/index.php?page=showfatwa&Option=FatwaId&Id=329059

[14] Granta.com/why-were-post-fact/.

[15] Nationalreview.com/article/433650/alt-rights-racism-moral-rot.

[16] Patheos.com/blogs/quranalyzeit/2015/05/11/the-price-this-christian-pays-for-respecting-islam-craig-considine/.

[17] Npr.org/sections/parallels/2016/07/05/484830054/mondays-attack-in-medina-an-attack-on-the-soul-of-the-muslim-world.

 

N°1  Les Kuffar ( mécréants) sont-ils nos frères ? Pharaon, l’était-il ?

On dit qu’ils sont nos ennemis. Quels sont les bénéfices d’une fraternité humaine si ils ne sont pas nos frères en religion ? Quels sont les bénéfices ? Pharaon était aussi un humain, non ? Était-il pour autant notre frère ? Nous ne disons pas ça.

N°2 LOL, où sont les Musulmans qui avaient une dignité telle que les mécréants s’inclinaient devant eux ? Aujourd’hui, certains Musulmans dans les villes prient les mécréants de les cajoler.

N°3 Un avertissement : comment ne pas imiter les mécréants.

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Knut Vonnegut “Messieurs et Mesdames de l’an 2088”

Il est tout à fait évident que tous les constituants de l’idéologie du bonheur individuel occidental et tous ses outils et modes d’accès à une forme d’Eden quotidien omniprésent dans les discours, les formules-clefs comme “positiver” “voir le verre à moitié plein”, et tant d’autres qui ont petit à petit pris tout l’espace de la distance et de l’esprit critique s’accorderont mal avec la position délibérément pessimiste de quelqu’un comme Vonnegut. Il a rédigé cette lettre aux hommes et femmes de 2088 en 1980. Et ce qui reste encore, et c’est à craindre restera toujours la question fondamentale à poser à l’espèce humaine est celle de ses propres limites et de son incapacité à maîtriser et créer la technique sans pouvoir envisager qu’elle n’a rien à voir avec le progrès.  Que, en ce qui concerne les charges existentielles avec lesquelles l’homme se débat, il n’y a et n’y aura jamais aucun progrès. Vonnegut a vécu et écrit sur le bombardement de Dresde. Bombardement est presque un euphémisme puisque la volonté alliée était de TOUT détruire. Non pas pour neutraliser de potentielles poches de résistance, Dresde n’en comptait aucune, mais pour exhiber avec force la puissance et l’effroi. Il semble que ce genre de spectacle doive laisser comme un arrière-goût de désespérance. Mais contrairement à ce qui est martelé avec une sorte de fièvre dans les slogans de l’idéologie post-capitaliste, “positiver” n’est pas le moteur dont nous avons besoin maintenant. Avant de positiver, il faut regarder, et de près ce qui est en jeu, ce qui constitue d’une façon vraisemblablement phylogénétique nos faiblesses absolues et ce quelle que soit la civilisation qui nous engendre. La peur de la mort et le pouvoir. Et ces deux éléments moteurs devraient nous laisser aux prises avec un désespoir éclairé et une volonté et non avec les rêves d’une paix et d’une égalité toujours à venir dont on sait qu’ils ne pourront jamais, sous aucun régime politique se matérialiser.EG

 

 

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Knut Vonnegut.

Ladies & Gentlemen of A.D. 2088 :

Messieurs et Mesdames de l’an 2088 :

 

Il a été suggéré que vous pourriez accueillir favorablement quelques paroles de sagesse venant du passé et que venant du 20ième siècle, plusieurs  parmi nous devraient vous en envoyer quelques unes. Connaissez-vous ce conseil de Polonius dans le Hamlet de Shakespeare : ” Ceci plus que toute autre chose, demeure fidèle à toi-même.” Et ces instructions de Saint Jean ” Crains Dieu et rends lui hommage parce que l’heure de ton jugement est venue ? ” Le meilleur conseil que je puisse vous adresser ou qui puisse être utile pour n’importe qui à n’importe quel moment, je suppose, est une prière utilisée d’abord par des alcooliques qui espéraient ne plus jamais boire à nouveau : ” Dieu, accorde-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celle que je peux changer et la sagesse qui puisse m’aider à faire la différence.”

Je pense que notre siècle n’a pas été aussi libre en mots de sagesse que les autres parce que nous étions les premiers à obtenir des informations fiables sur notre condition humaine : combien nous étions, combien de nourriture nous pouvions produire et rassembler, à quelle vitesse nous pouvions produire, ce qui nous rendais malade, ce qui nous faisait mourir, comment nous endommagions l’air et l’eau et les sols desquels la plupart des formes de vie dépendaient, comme la nature peut-être violente et sans cœur etc. etc. Qui pourrait faire reluire la sagesse avec autant de mauvaises nouvelles nous tombant dessus?

Pour moi, la nouvelle la plus paralysante a été que la Nature n’était pas auto-conservatrice. Elle n’avait pas besoin de notre aide pour éclater la planète et la rassembler d’une autre façon, sans nécessairement l’améliorer  du point de vue du vivant. Elle déclenchait des incendies de forêt avec des éclairs. Elle recouvrait de vaste étendues de terre arable avec de la lave qui ne pouvait pas plus supporter la vie que des parkings de grande ville. Elle avait dans le passé envoyé des glaciers du Pôle nord pour concasser des parties importantes de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique du nord.  Et il n’y a aucune raison de penser qu’elle puisse ne pas le refaire un jour. En ce moment, elle transforme des fermes africaines en déserts et nous pouvons nous attendre à voir se lever une vague déferlante ou à recevoir un énorme caillou brûlant venant de l’espace à n’importe quel moment. Si les gens pensent que la nature est leur alliée, alors c’est qu’ils n’ont à coup sûr pas besoin d’ennemi.

Oui et comme vous, qui vivez dans une centaine d’année et comme vos enfants le sauront encore mieux : la nature est sans pitié quand il s’agit de faire correspondre la quantité donnée de vie et la quantité donnée de nourriture n’importe où et n’importe quand. Et donc qu’avez-vous fait et qu’a fait la nature à propos de la surpopulation ? En 1988, nous nous considérions comme une nouvelle sorte de glacier, à sang chaud, intelligent, impossible à arrêter, prêt à avaler tout ce qui bougeait et puis faire l’amour ensuite et doubler notre taille.
À la réflexion, je ne suis pas sûr que je pourrai tolérer d’entendre ce que vous et la nature avaient fait du trop grand nombre d’humains et du trop petit nombre de ressources.

Et là me vient une idée folle que je vais tester sur vous : Est-il possible que nous nous dirigions des lance-missiles avec des bombes à hydrogène les uns vers les autres afin de nous ôter de l’esprit une question plus grave, celle de la cruauté avec laquelle la nature peut nous traiter, un de ces jours, la nature étant la nature ?
Maintenant que nous pouvons discuter du bazar dans lequel nous sommes avec quelque précision, j’espère que vous avez  arrêté de choisir l’ignorance abyssale de l’optimisme  comme posture de gouvernement.

Il était utile aussi longtemps que personne n’avait la clef sur ce qui se passait réellement. Pendant les dernières sept millions d’années ou à peu prêt. De mon temps, il y a eu des responsables désastreux à la tête des institutions qui avaient réellement un travail à accomplir.
Le genre de responsable dont nous avons besoin maintenant ne sont pas ceux qui promettent une dernière victoire sur la nature gagnée à force de persévérance à vivre de la façon dont nous le faisons, mais ceux qui ont le courage et l’intelligence de présenter au monde ce qui semble les préalables sévères mais raisonnable pour que la nature se rende :

  1. Réduire et stabiliser notre population
  2. Cesser d’empoisonner l’air, l’eau et le sol
  3. Cesser de se préparer pour la guerre et commencer à envisager les vrais problèmes
  4. Enseigner à nos enfants et à nous-mêmes, aussi, pendant que nous y sommes comment habiter sur une petite planète sans devoir la massacrer.
  5. Arrêter de penser que la science peut résoudre tout si on lui alloue quelques milliards de dollars
  6. Arrêter de croire que nos petits-enfants se porteront quel que soit notre niveau de gaspillage et de destruction parce qu’ils pourront avoir un joli vaisseau spatial dans lequel vivre. C’est vraiment stupide et dangereux.
  7. Etc.

Suis-je trop pessimiste à propos de la vie dans une centaine d’année ? Peut-être ai-je passé trop de temps avec des scientifiques et pas assez avec des rédacteurs de discours et des politiciens. Mais pour ce que je sais, même les  personnes sans-domicile-fixe auront tous leur hélicoptère personnel ou leur ceinture éjectable en 2088. Personne n’aura à quitter la maison pour aller au travail ou à l’école ni n’aura même à s’arrêter de regarder la télévision. Tout le monde sera assis toute la journée, manipulant des liens sur leurs ordinateurs avec tout ce qui existe, et buvant du jus d’orange avec des pailles comme les astronautes..

Bien à vous

Knut Vonnegut

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Nos horribles prisons: comment peuvent-elles être changées ? Adam Hochschild

Nos horribles prisons : comment peuvent-elles être changées

Our Awful Prisons: How They Can Be Changed

Adam Hochschild

 

 

 

26 mai 2016

 

« Si en 1968 je croyais que je pourrai faire tomber les murs gigantesques du système carcéral du Texas en publiant Conversation avec les morts et l’histoire de  Billy Mac Cune alors ces années de travail  sont parmi les plus gros échecs de ma vie. Au Texas, j’ai photographié un univers de plus de 12.500 femmes et hommes. En une génération ce nombre a explosé jusqu’à plus de 200.000. Beaucoup de choses ont change en Amérique depuis que je suis allé au Texas pour faire ce livre. »  Danny Lyon

 

 

 

Mr. Smith Goes to Prison: What My Year Behind Bars Taught Me About America’s Prison Crisis

by Jeff Smith

St. Martin’s, 272 pp., $25.99

Understanding Mass Incarceration: A People’s Guide to the Key Civil Rights Struggle of Our Time

by James Kilgore

New Press, 264 pp., $17.95 (paper)

The First Civil Right: How Liberals Built Prison America

by Naomi Murakawa

Oxford University Press, 260 pp., $105.00; $26.95 (paper)

From the War on Poverty to the War on Crime: The Making of Mass Incarceration in America

by Elizabeth Hinton

Harvard University Press, 449 pp., $29.95

Caught: The Prison State and the Lockdown of American Politics

by Marie Gottschalk

Princeton University Press, 474 pp., $24.95 (paper)

A shakedown of inmates in the main corridor of the Ellis Prison Farm, Huntsville, Texas, 1968; photograph by Danny Lyon from his 1971 book Conversations with the Dead, which has just been reissued by Phaidon. A retrospective of his work, ‘Danny Lyon: Message to the Future,’ will be on view at the Whitney Museum of American Art, New York City, June 17–September 25, 2016.

Magnum Photos

Une fouille de détenus dans le couloir principal de la prison d’ Ellis Farm, Hunstville Texas, 1968; photographie de Danny Lyon tirée de son livre édité en 1971 « Conversation avec les morts » (Conversations with the Dead), qui vient d’être réédité chez Phaidon. Une rétrospective de son travail : “ Danny Lyon : Un message pour l’avenir ”est organisée au Whitney Museum of American Art, New York City, du 17 Juin au 25 Septembre 2016

 

 

Il y a quelques temps, j’étais présent à un festival du livre en Finlande. Comme il y avait une journée libre, l’éditeur qui m’avait invité m’a demandé ce que je souhaitais visiter. Je lui ai répondu que je voulais visiter quelques prisons. La Finlande emprisonne les gens 10% moins que les USA, un écart beaucoup plus signifiant que ne pourrait l’expliquer les différences dans les populations des deux pays. J’étais curieux de voir à quoi ressemblaient les prisons dans cette société.

La prison de Kerava, la première des deux que j’ai vues, était à la campagne à une heure de route au nord d’Helsinki. Son gouverneur – volontairement le titre à un aspect civil- était une femme à cheveux gris vive, chaleureuse nommée Kirsti Nieminen, une ancienne procureure. Ce matin glacial, elle avait la responsabilité de 150 prisonniers, tous des hommes. Dans son bureau s’alignaient les portraits des précédents gouverneurs, le premier, datant de 1890, étant un homme avec une longue barbe. À côté se trouvait un cadre avec le dessin d’un prisonnier, Snoopy tapant un courrier, qu’elle me traduisit : «  Cher gouverneur, donne-moi un congé ! »

 

 

À peu près l’équivalent d’une prison américaine de moyenne sécurité, Kerava était équipée de fils barbelés, de barreaux à certaines fenêtres et de nombreuses portes fermées à clef. Certains détenus travaillaient dans une serre à l’extérieur de la prison mais seulement si ils étaient fiables et sous surveillance. Mais la ressemblance avec les prisons américaines s’arrêtait là. Dans la serre les détenus cultivaient des fleurs, qui étaient vendues au public, comme l’étaient les légumes biologiques qu’ils faisaient pousser. Comme nous marchions, Nieminen m’a montré un court d’eau où les détenus pouvaient pécher, un terrain de foot, un terrain de basket, un moulin et quelque chose dont elle était particulièrement fière, une étable où se trouvaient des lapins et des agneaux. «  La responsabilité de devoir prendre soin d’un animal est très thérapeutique. » a-t-elle dit. «  Ils sont toujours gentils avec vous, c’est plus facile de leurs parler. »

Pendant à peu près une heure, j’ai pris un café avec une douzaine de détenus. Marko, trente-six ans, portrait une visière et avait des tatouages m’a dit qu’il était là pour “ crime violent” sans me préciser de quel genre. Jarkko, un home bien charpenté de vingt-six ans, purgeait une peine de trois ans et dix mois pour délit d’usage de drogue, Reima, trente-six, blond et semblant jouer les durs, était là pour vol, Kalla à quarante-huit ans était le plus âgé avait commis un fraude, Fernando, son père était originaire d’Espagne, avait vingt-six ans, condamné pour vol à main armée et vente d’héroïne, Harre, vingt-sept pour vente d’ecstasy. Assis également avec nous et aidant pour la traduction se trouvaient Nieminen, une jeune femme du service national des prisons et deux des enseignants de Kerava, toutes deux femmes. Aucun gardien n’était visible, et les détenus comme le personnel portaient leurs propres vêtements et non des uniformes.

 

Cependant c’était toujours une prison et à 19.30 les détenus étaient enfermés à deux dans leur cellule. Celles-ci n’étaient pas spacieuses mais elles l’étaient plus que celles que j’ai vu dans les prisons américaines, chacune avec des toilettes et un lavabo dans un  espace fermé par une porte. La télévision était autorisée, la stéréo, et la radio. Au bout d’un couloir se trouvait une pièce pour les douches et le sauna – quelque chose dont aucun Finnois ne pourrait se passer.

 

Des activités étaient attribuées aux prisonniers mais beaucoup d’entre eux passaient leur journée dans des ateliers de formation sur des domaines comme la réparation automobile, les ordinateurs, la soudure, la cuisine et les premiers soins. Une bibliothèque rassemblait plusieurs milliers de livres – plus que vous n’en trouverez dans la plupart des lycées américains – et les détenus pouvaient utiliser le  système de prêt inter-bibliothèque pour en emprunter plus. J’ai participé à une classe de cuisine et ai partagé un repas délicieux que les étudiants avaient préparé : le ragoût Karelian, fait de bœuf, de porc de pommes de terre et d’airelles.

 

Tout ceci était de toute évidence un autre monde que celui surpeuplé et misérable des prisons américaines, où les classes, pour peu qu’elles existent, sont souvent des décisions prises après-coup et bâclées. Quand l’ancien Sénateur du Missouri Jeff Smith fût condamné à une peine d’une année et un jour dans la prison fédérale du Kentucky, il espérait qu’avec un doctorat et ayant enseigné à l’Université de Washington à St. Louis, il serait mis au travail en enseignant. Au lieu de ça, comme il l’écrit dans son livre «  Mr. Smith va en prison “ (Mr. Smith Goes to Prison ), on lui assigna la tâche de décharger des  stocks dans les entrepôts où il participa au chapardage de nourriture fait à la fois par les détenus et les gardiens. À un mois de la fin de sa sentence, il fût finalement transféré dans la section d’éducation- où on lui demandait de balayer les classes. Une classe d’informatique consistait à pouvoir s’asseoir trente minutes devant un ordinateur, sans aucune consigne particulière, dans  une classe de nutrition, un gardien «  proposait une brochure avec des informations sur les apports caloriques de l’alimentation chez Mac Donald, Bojangles et de Wendy’s puis nous libérait au bout de cinq minutes. »

Tout particulièrement au niveau universitaire, un réel programme d’éducation, comme celui bien connu organisé par l’Université Bard peut diminuer le taux de récidives. – aux USA 67.8 % après trois ans jusqu’à un seul chiffre. 1 Le Programme Bard par exemple, offrait des cours menant à un diplôme universitaire. Ils étaient donnés par des enseignants de Bard et d’autres universités  et suivis par presque 300 détenus dans six des prisons de l’état de New York. Une équipe de discussion formée de ces étudiants a attiré l’attention sur elle l’an passé en battant l’équipe de Harvard. Réduire les récidives avec ces  méthodes n’est pas seulement humain mais épargne aussi des dépenses car maintenir quelqu’un enfermé est extrêmement onéreux. Il revient plus cher à l’état de New York de loger et surveiller un seul prisonnier que les frais d’étude complet et les frais d’hébergement d’un étudiant de première année à Harvard. On pourrait s’attendre à ce que des législateurs conscients de la question budgétaire agiraient en conséquence  mais la raison n’a jamais vraiment joué un rôle dans la politique carcérale nord-américaine.

Dans son livre, Smith passé beaucoup trop de temps à nous raconteur les violations des lois sur le financement des campagnes qui lui ont valu son incarcération. Une partie de ce qu’il écrit évoque de nombreux autres essais sur les prisons américaines : il décrit la ségrégation raciale de fait, les viols, l’étiquette (ne jamais s’asseoir sur la couchette de quelqu’un d’autre) et l’économie souterraine. Le prix de la pornographie, des téléphones portables, et d’autres produits de contrebande qui ont augmenté énormément lorsque la neige sur le sol rendait les empruntes de pas visibles ou quand un gardien notoirement vigilent était de service. Et contrairement au film «  The shawhank redemption » dans lequel le personnage joué par Morgan Freeman observe  avec ironie «  Tout le monde ici est innocent » Smith dit que peu de prisonniers plaident leur innocence, à la place, ils accusent leur destin qui les a coincés.

Mais la partie la plus émouvante du livre  concerne sa description de ce que l’emprisonnement fait aux familles.  Smith fait référence à des études montrant que « La moitié des pères incarcérés vivaient avec leurs enfants, un quart d’entre eux servaient de tuteurs essentiels et l’autre moitié fournissait les revenus du ménage. » Quand un homme va en prison, toute sa famille est ébranlée.

«  Quand j’attendais pour utiliser le téléphone, c’était dur d’éviter d’entendre les conversations angoissées avec une ex-amie qui contrôlait les contacts avec leurs enfants, avec des adolescents rebelles qui, en l’absence d’une autorité male à la maison, marchaient dans certains cas sur les traces de leur père ou avec des parents éloignés mourants. »

Une des compagnons de travail de Smith, connu sous le surnom de Big E. avait été un joueur de basket et était condamné à dix-sept ans pour possession de crack-cocaïne. Un samedi dans la salle de télévision, il y avait une des habituelles querelles sur le sport qui allait être regardé. Le fils de Bif E ., un étudiant de première année était entrain de jouer   et « Big E. le meilleur tireur du bâtiment n’avait jamais vu son fils jouer » Il était incarcéré depuis l’âge de dix-neuf ans.

Comment en arrive-t-on au point où une personne âgée de dix-neuf ans qui n’a rien fait de violent puisse être mise à l’écart presque sa vie durant, où le système carcéral casse des familles et où nous avons le plus fort taux d’incarcération des tous les pays du monde, y compris celui de la Russie de Poutine ? Nous avons un tel nombre de prisonniers que le taux de chômage serait relevé de 2% ( et de 8% pour les homes noirs) si ils étaient soudainement libérés. Nos prisons sont si bondées que sur un site comme www.jailbedspace.com des surveillants et des sheriffs peuvent chercher des places disponibles dans d’autres établissements si les leurs sont saturés. L’Arizona et la Californie envisagent d’incarcérer des détenus au Mexique où le coût de la détention est moins cher.

.Teenagers held in confinement cells at a state juvenile detention center, St. Charles, Illinois, 2009

Carlos Javier Ortiz

Des adolescents maintenus dans des cellules d’isolement dans un centre de détention d’état, Saint Charles Illinois. 2009

 

Les nouveaux écrits sur le sujet des prisons vont du travail clair, vivant et bien illustré de James Kilgore au travail de recherché de Naomi  Murakawa et Elizabeth Hinton, qui cherchent toutes deux à montrer combine les libéraux ont créé les fondations du bazar dans lequel nous sommes. La meilleure des études récentes est celle de Maris Gottschalk «  Pris ». Il est difficile d’imaginer une étude plus approfondie de cette crise honteuse.

Les deux parties de l’histoire qui étirent le plus l’attention sont, en premier lieu, la guerre contre les drogues, impossible à gagner et en deuxième la politique répressive des Républicains qui a atteint son apogée avec les informations autour de  Willie Horton lors de la campagne présidentielle de Georges H.W. Bush qui remporta le succès de 1988. ( Les publicités attaquaient Michael Dubakis qui avait appuyé les programme de congés de fin de semaine ayant permis à Horton, un meurtrier condamné l’occasion de commettre des crimes supplémentaires). Mais les Démocrates ont contribué à construire le système carcéral également. Ayant débuté en 1940, afin de faire cesser les lynchages de noirs dans le Sud, appréhendant au moment de la Deuxième guerre mondiale le retour des révoltes racistes dans le Nord, les libéraux ont favorisé l’entrainement plus professionnel des gardiens de la paix. Les Démocrates du Sud qui contrôlaient alors le Congrès ont matérialisé cet effort en accordant des subventions aux états. Le résultat fût que les questeurs reçurent plus de fonds et plus d’équipement lourd avec lesquels effectuer les taches habituelles.  Les libéraux poussèrent aussi vers les peines standardisées qui modifieraient le pouvoir discrétionnaire des juges racistes. Mais les peines minimums obligatoires sont devenues cruellement Lourdes, de même que la définition du crime, sans mentionner l’appartenance raciale ont fini par imposer des peines largement plus graves pour la possession de crack-cocaïne (utilisé principalement par les noirs) que pour celle de cocaïne en poudre (utilisée principalement par les blancs).

 

Les années 60 apportèrent une turbulence sociale immense et l’escalade de tous les types de criminalité. Rapides à moraliser contre le désordre et allant chercher dans le réservoir plein de racisme et de paranoïa de l’Amérique profonde qui nourrissait auparavant les hordes lyncheuses, les politiciens promirent une réponse impitoyable. Le Gouverneur de New York, Nelson Rockfeller sponsorisa les lois anti-drogue qui enfermèrent plusieurs générations d’hommes, généralement noirs. Les autorités à travers le pays agirent si durement en partie parce que les États-Unis choisirent une partie non négligeable de leurs juges et presque tous leurs avocats généraux et leurs shérifs par des élections populaires. Quelque chose qui semblerait étrange à peu près partout ailleurs dans le monde. (Une étude récente montre que les sentences que les juges fédéraux de Washington prononcent augmentent d’en moyenne 10%  à l’approche des élections)

 

Lorsque Bill Clinton est entré à la Maison Blanche en 1993, lui et les Démocrates du Congrès étaient decides à montrer qu’ils étaient plus durs  avec la criminalité que les Républicains. L’année suivante le Congrès passa la si brutale Violent Crime Control and Law Enforcement Act et le Federal Death Penalty Act, qui parmi d’autrs choses ajoutait 60 délits à la liste des crimes passibles de la peine de mort.

 

L’explosion des incarcérations fut également une opportunité de faire de l’argent. Une compagnie de prison privée, à elle seule, la Correction Corporation of America, qui est aujourd’hui à la tête du cinquième système pénitentiaire du pays, après les prisons d’état et celles des trois états les plus grands. Le moins l’argent est dépensé par ces compagnies dans  la formation du personnel, l’alimentation, l’éducation, les soins et les réhabilitations le plus de profits sont faits. Les états, au moins en théorie, ont des bénéfices motivants à réduire la récidive mais pour les établissements privés, la récidive produit ce que toute industrie souhaite : le retour de la clientèle. Il n’est donc pas surprenant que ces établissement poussent  en faveur de la three strike law* ou des mesures similaires. En 2011, les deux prisons privées les plus importantes ont donné presque 3 millions aux candidats et ont embauché 242 lobbyistes dans tout le pays. Une autre industrie ayant des intérêts  à maintenir les prisons pleines, écrit Jeff Smith, est celle de l’alimentation en gros qui sait qu’un marché de 2. 22 millions d’individus reste impuissante à se plaindre quand le nourriture qui lui est délivrée est périmée depuis longtemps.

 

Le complexe industriel des prisons est maintenant très ancré dans sa contrepartie militaire. Avec à la fois des profits pour les corporations et des salaires gouvernementaux en jeu, il sera tout aussi difficile de la réduire que de la transformer. Il y a beaucoup de pourparlers actuellement sur la fait que nos politiciens, de droite ou de gauche sont d’accord pour dire que nos prisons sont trop pleines. Plus  de vingt personnages publiques, allant de Ted Cruz et Scott Walker à Hillary Clinton et Joseph Bidden ( un architecte de l’application plus étendue de la peine de mort en 1990), ont contribué à «  Solutions », une nouvelle anthologie appelant à la réduction de l’incarcération de masse  2 Marie Gottschalk,  cependant, montre pourquoi aucune des solutions proposées – comme celle de Cory Bookers de demander aux juges « plus de retenue dans les sentences » ou celle de Cruz appelant à réduire les sentences minimums obligatoires pour les délits d’usage de drogue non-violents – ou seule ou prises ensemble, ne va réduire la proportion des incarcérations aux USA jusqu’à atteindre ce qu’elle était il y a une cinquantaine d’années.

 

Gottschalk  confirme que nos lois touchant la drogue sont absurdement répressives. Mais «  si tous les cas liès à la drogue étaient éliminés, le taux d’incarcération aux US aurait quand même quadruplé  depuis les trente dernières années. » Et il est vrai, ajoute-t-elle qu’il existe des différences consternantes dans la façon dont les différents races font face à la loi »  Les Hispaniques ont deux fois plus de chance de se retrouver en prison que les blancs et les noirs cinq fois plus. Mais elle montre que même le taux des Américains blancs incarcérés est plus de quatre fois  plus importants que celui de la France multi-ethnique. Clairement les peines  pour de nombreux délits non violents devraient être plus indulgentes. Mais ceci uniquement, ajoute-t-elle n’est pas suffisant, car presque la moitié de ceux qui sont sous les barreaux le sont pour crimes violents.

Trop peu de titulaires, dit-elle, veulent franchir le pas nécessaire, dont chacun représente des décennies de rhétorique politicienne.  Un d’eux consiste à dire que pour un grand éventail de crimes, les condamnations à l’emprisonnement  ne change rien. Des communautés allant de Brooklyn à Oakland, Californie, ont mené des expériences encourageantes  sous forme de « justice restorative » au cours de laquelle des criminels sont condamnés à demander des excuses à ceux qu’ils ont blessés, à rembourser ceux qu’ils ont volés et à participer à l’amélioration des communautés qu’ils ont éprouvées..3  Mais promouvoir de tels programmes n’est pas un chemin prometteur vers les élections pour la plupart des procureurs.

L’autre tâche urgente, selon Gottschalk est de nous assurer que si nous avons vraiment à envoyer les gens en prison, ils soient condamnés à des peines moins lourdes. Il était commun qu’iun individu condamné à perpétuité, si il se comportait bien puisse sortir après dix ou quinze ans d’incarcération – la reconnaissance du fait que prendre de l’âge a beaucoup plus d’effet que la durée de la peine sur les éventualités d’une récidive. Mais les peines incompressibles et d’autres mesures désastreuses des campagnes de répression criminelle ( tough-on-crime) signifient que les prisons américaines sont remplies d’individu purgeant plusieurs condamnations à perpétuité ou plusieurs peines sans libération conditionnelle – une punition qui n’existait pratiquement pas il ya un demi siècle et est pratiquement inconnu dans le reste du monde.

«  La population condamnée à perpétuité aux USA est d’approximativement 160.000 individus, écrit Gottschalk, soit à peu près deux fois plus que l’entière population incarcérée au Japon » Et certaine soi-disant réformes sont sans sens. «  Le Gouverneur de l’Iowa a commuté toutes les peines à perpétuité des condamnés mineurs de son état  mais a déclaré qu’elles ne seraient transformées en liberté conditionnelle qu’après avoir purgé soixante ans incarcérés.

Cela évoque un acte de clémence de sa Majesté George IV, roi d’Angleterre en 1820, quand cinq membres du mouvement révolutionnaire de la Cato street  furent condamnés à être pendus, noyés et écartelés et que le Roi supprima les deux dernières sentences pour ne garder qu’une simple décapitation.  Casser le modèle qui amène tant d’hommes de femmes et d’adolescents à perdre ainsi leur vie en prison demande aussi une amélioration des opportunités d’éducation, d’emplois et de beaucoup d’autres choses une fois sortis. Cela signifie que dans les pays nordiques, ayant le plus bas taux d’incarcération, sont également des pays où la protection sociale est développée et le système social beaucoup plus égalitaire qu’aux USA. «  Des programmes qui promettent aux détenus une deuxième chance à leur libération, écrit encore Gottschalk, signifient peu « quand beaucoup de personnes entrant et sortant de prison ne se sont jamais vu offrir un première chance. »

Ceci n’est que trop vrai. Mais autant voudrais-je voir la sociale –démocratie de type nordique remplacer notre sauvage distribution de la richesse et des opportunités, autant je sais que ce jour n’est pas proche, si jamais il arrive. On ne peut pas attendre jusque là pour réduire drastiquement les effectifs des prisonniers. En ne comptant que les détenus blancs les États-Unis ont deux fois plus de prisonniers par habitant que l’Espagne, où 20% de la population est sans travail et où les aides sociales sont moins développées qu’en Scandinavie. Et nous avons plus de détenus par habitant toute races confondues  que l’Afrique du sud  où le taux de chômage pour la population noire est catastrophique et où l’aide sociale n’existe pratiquement pas.

A-t-il jamais existé un pays qui était enthousiaste sur l’emprisonnement  mais a changé ses pratiques entièrement ? La Finlande l’a fait. En 1950,  avec un système carcéral et un code pénal qui avait peu changé depuis la Russie tzariste, la Finlande avait le taux un plus haut d’incarcération  que celui des USA à la même période. 187 personnes sur 100.000 étaient derrière les barreaux, alors que nous n’en avions que 175. Une longue série de ré »forme – non sans des manifestations dures d’oppositions – a amené le taux d’incarcération finnois beucoup plus bas alors que le nôtre montait en flèche. Aujourd’hui, nous avons atteint les 710 individus sur 100.000 en prison aux US, comparés aux 85 en Finlande. .4 «  Une importante idée ayant émergé » écrivent deux chercheurs sur le changement en Finlande «  a été que la prison de soigne personne. »

Le résultat fût que les peines de prison étaient rarement demandées pour de petite délits et d’autres modes de condamnations devaient être développés à la place. »5

Bien que les prisons que j’ai vu en Finlande isolaient certainement les prisonniers du reste du monde, tout était fait afin que les détenus libérés puisent retourner dans la société. Avec une permission spéciale, quelqu’un ayant accompli la moitié de sa peine pouvait sortir le week-end de Kerava. Tout était fait pour faciliter la transition. Le diplôme que vous obtenez pour avoir mené à bien un des cursus, par exemple, est certifié par une organisation extérieure et ne mentionne pas que votre formation s’est effectuée en prison.

 

Un accueil de services s’intéresse en premier lieu aux problèmes qui ont amenés les ennuis en tout premier lieu. Il y avait des programmes pour la maîtrise de la colère et la réhabilitation ainsi que des thérapies individuelles et groupales. Les détenus pouvaient également prendre part à un programme en douze étapes semblable à celui des alcooliques anonymes, et à un atelier de bien vivre trois fois par semaine. Et, comme en Suède, d’anciens détenus intervenaient, partageant leur expérience de réajustement  social.

Un détenu libéré aux USA est fréquemment interdit de voter, d‘aide au logement, de pension et de et d’allocation handicap. Et il doit s’estimer heureux si il reçoit  l’aide au transport, selon Jeff Smith, un des adieux de routine est : « On te reverra, empaffé ! » En Finlande, avant qu’un prisonnier soir relâché, des travailleurs sociaux vont jusqu’à son domicile, s’assurent qu’il aura un emploi et un lieu où vivre. Pas étonnant si le taux de récidive est beaucoup plus bas que le nôtre

 

  1. Le taux peut être calculé de différentes façons, mais dans une etude récente du Département de la justice, il s’agissait de la proportion parmi 000 détenus dans 30 états qui ont été arrêté pour récidive au cours des trios années suivant leur liberation. Le rapport complet peut être trouvé là : www.bjs.gov/content/pub/pdf/mschpprts05.pdf.  
  2. Solutions: American Leaders Speak Out on Criminal Justice, edited by Inimai Chettiar and Michael Waldman (Brennan Center for Justice, 2015).  
  3. For more on restorative justice, see Helen Epstein, “America’s Prisons: Is There Hope?,”The New York Review, June 11, 2009.  
  4. Melissa S. Kearney and Benjamin H. Harris, “Ten Economic Facts About Crime and Incarceration in the United States,” Brookings, May 1, 2014. Other calculations give slightly different figures.  
  5. See Ikponwosa O. Ekunwe and Richard S. Jones, “Finnish Criminal Policy: From Hard time to Gentle Justice,”The Journal of Prisoners on Prisons, Vol. 21, Nos. 1 and 2 (June 2012), p. 178. 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive. Conclusion

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

Conference on vaccines and immunization

L’homme d’affaire américain Bill Gates parle à une conférence de l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) autour du thème ” Toucher chaque enfant” en Allemagne, le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de la GAVI se trouvent des gouvernements, des fabricants de vaccins, des ONGs ainsi que des organisations pour la santé et la recherche. Photo:  Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Conclusion

 

Recommandations

  1. La Fondation Bill et Melinda Gates devrait être sujette d’une évaluation international indépendante et international. Ceci pourrait être organisé et administré par le Comité d’assistance au développement de l’OCDE bien que cela doive impliquer un processus de contrôle transparent et inclure la participation de différents actionnaires notamment ceux impliqués dans les projets de la Fondation.
  2. L’International Development Select Committee devrait mener une enquête au sein des relations entre le Département de développement international et la Fondation Gates afin d’évaluer l’impact et l’effectivité de toutes les activités touchant la pauvreté et l’inégalité.
  3. La BMGF a besoin de cesser de supporter l’agriculture contrôlée par les corporations qui promeut des réformes comme la privatisation des semences et encourage le développement d’apport synthétiques qui amènent les fermiers à devenir dépendants de produits onéreux chaque saison.
  4. La BMGF devrait cesser de supporter tous les projets de l’ International Finance Corporation jusqu’à ce que de sérieuses prises en compte des coûts de son hôpital privé-public à Lesotho ait été complètement et indépendamment évalués.

 

Lorsqu’elle a été contactée pour donner son point de vue sur le rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates nous a répondu ce qui suit :

Nous apprécions cette opportunité de commenter votre rapport mais nous croyons qu’il déforme la réalité de notre fondation, de notre travail et de notre partenariat. La mission de la Fondation est d’améliorer la qualité de vie des habitants les plus pauvres du monde. C’est un défi complexe et le résoudre demandera un panel d’approches autant que la collaboration des gouvernements, des OGNs, des institutions académiques, des compagnies privées et des organisations philanthropiques. Les gouvernements ne sont positionnés que pour fournir la guidance et les ressources nécessaires à faire face à ces inégalités structurelles et assurer que les bonnes solutions touchent ceux qui sont les plus dans le besoin. Le secteur privé a accès aux innovations – par exemple en science, en médecine et en technologie- qui peuvent sauver des vies. Et nous croyons que le rôle de la philanthropie est de courir des risques que les autres ne peuvent pas courir. La bonne nouvelle est le fait que le travail partagé progresse incroyablement. Depuis 1990, le monde a réduit l’extrême pauvreté de moitié, la mortalité infantile et les décès de malaria de moitié, réduit la mortalité à l’accouchement presque de 50% et conduit l’infection HIV à réduire de 40%.

Nous croyons que les prochaines quinze années amèneront encore des améliorations significatives. Dans tout notre travail – que ce soit en aidant les femmes à avoir accès aux soins prénataux ou à s’assurer que les petits fermiers puissent produire assez de nourriture pour nourrir leur famille- nos partenaires guident nos priorités et notre approche. Nous écoutons les experts et les hommes et les femmes de terrain et  agissons en fonction de preuves. Nous avons été l’une des premières fondations à joindre l’International Aid Transparency Initiative (IATI), et nos rapports à l’OCDE et à l’International Aid Transparency Initiative (IATI), ainsi que notre politique d’Accès ouvert reflète notre engagement à un échange ouvert d’informations. Enfin, il est important de noter que la dotation qui finance la Fondation Bill et Melinda Gates est gérée indépendamment par une entité séparée, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust. Le personnel de la fondation n’a pas d’influence sur les décision d’investissement du trust et pas d’accès à ses stratégies d’investissement ou de gestion autrement qu’à travers ce qui est disponible à travers les informations publique.”

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Cinquième partie

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Cinquième partie : La Fondation et la privatisation des services de base. Les campagnes de vaccination

 

Favoriser l’avancée du programme de privatisation de la CHMI de l’HANSHEP est mis en oeuvre par le Results for Development (R4D) Institute, lui aussi financé par la BMGF, qui promeut également l’investissement du secteur privé dans les services de base.231 Les membres du conseil de la R4D incluent Carla Hills, l’ancienne secrétaire US du commerce, qui est présente actuellement dans les conseils internationaux de JP Morgan Chase et de Rolls Royce.232 Le financement de la BMGF pour la privatisation des services de base s’étend à l’éducation, un domaine clef pour la BMGF aux US. L’ancien PDG de la BMGF, Jeff Raikes a dit explicitement que le monde des affaires américain devrait jouer un rôle plus important dans le système d’éducation américain et que « de nouveaux types de partenariats et de collaborations entre et au sein des éducateurs et des affaires »  sont nécessaires.239  Dans cette stratégie, la fondation a été grandement critiquée par plusieurs professionnels de l’éducation américains. Par exempe, Diane Ravitch, une historienne de l’éducation et chercheuse à l’Université  de New York a écrit sur le financement constant de groupes promouvant la privatisation de l’éducation publique et ceux qui promeuvent un «  agenda anti-public état après état. » 240 ©  Département du développement international / Russell Watkins Melinda Gates s’adresse au Département britannique du développement international en 2010.

 

Conference on vaccines and immunization

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

Pourquoi la Fondation Gates supporte-t-elle le monde de la finance international ?  Le IFC  est le bras du secteur privé de la Banque mondiale, promouvant le développement du secteur privé dans les pays en voie de développement. Et est déjà massivement finance, à hauteur de 16 milliards en 2014.233 L’IFC  a été critique depuis longtemps pour sa promotion des intérêts privés, notablement les compagnies minières et agricoles, en fait les remplaçant et étendant leurs opérations dans les pays en voie de développement.234 La BMGF a fourni 11 donations à l’IFC se montant à plus de 40 millions.235 Sa plus grosse donation, s’élevant à 10 millions et octroyée en 2009, a été faite afin d’aider l’IFC  à «  apporter une assistance technique aux gouvernements sur la meilleure façon d’interagir avec le secteur privé ».236 La BMGF travaille également en partenariat avec l’IFC au Fond africain pour la santé, Health in Africa Fund, un fond privé qui investit dans les petites et moyennes compagnies de soins privées de santé. En annonçant cette nouvelle initiative, l’IFC a dit que l’objet de ce financement était d’ « inclure l’amélioration de l’environnement opérationnel pour ces compagnies » travaillant dans le secteur de la santé en Afrique.237 Promouvoir les intérêts du secteur privé en Afrique est peut-être la seule raison de financement de l’IFC par la fondation Gates. Cependant le partenariat privé-public dans la santé s’est souvent avéré désastreux. L’analyse d’Oxfam sur de tels projets à Lesotho, dans lequel l’IFC était un conseiller, a montré qu’un hôpital qui était construit dans le cadre de ce programme engloutissait plus de la moitié du budget santé de Lesotho, laissant peu de ressources pour faire face à de sérieux problèmes de santé publique dans un des pays les plus pauvres du monde.  Oxfam a fait appel à l’IFC afin qu’elle stoppe son travail de conseils sur le partenariat public-privé jusqu’à et à la condition que le casa ait été complètement et indépendamment examiné.238 Le quartier général des trusts de la finance internationale  Washington DC. I 37 La BMGF est aussi un financeur direct de l’entreprise privée d’éducation britannique, Pearsons, dans ce qui est, comme le souligne le commentateur américain, Anthony Cody, un glissement vers la promotion toujours plus importante de la  «domination du marché» par une compagnie aux US. 241 Pearson, qui est supporté par la DFID, cherche aussi de nouveaux marchés dans le sud et a repéré 11 pays où il est montré que « les solutions éducatives à bon marché offrent des solutions.». 242 Quelques projets de la BMGF soutiennent les changements dans les réglementations des pays en voie de développement afin de paver la voie pour plus de fournitures privées des services de base. Par exemple, la BMGF est un member clef du  Global Impact Investing Network (GIIN), établi en 2007 lors d’une rencontre avec la Fondation Rockefeller par « un petit groupe d’investisseurs afin de discuter des besoins émergeants face à l’impact  des investissements ».243 L’impact des investissements a été décrit comme « les investissements dans les compagnies, les organisations, et les fonds avec l’intention de générer un impact environnemental et social en même temps que financier en retour. » 244 Comme membre du conseil des investisseurs la BMGF siège aux côtés d’un nombre de philanthropes et de compagnies comme JP Morgan et Goldman Sachs.245 Le Basic Services Programming Track de GIIN, qui se centre sur l’Asie du sud et l’Afrique sub-saharienne promeut « des solutions de marché afin de combler l’écart dans les approvisionnement » de services de bases.246 Un des aspects de ce programme est de « cartographier // les politiques et/ou les environnements dans lesquels les investissements dans les services de base peuvent avoir lieu ».247 Ce pourrait être la première étape du lobbying et de la stratégie pour amener les environnements à être plus favorables à la promotion de l’offre privée de services de base.

 

 

 

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Le besoin d’un regard indépendant – La problématique des vaccins Several dans le contexte des financements de la BMGF a été évoquée plus haut. Il y a aussi des inquiétudes particulières touchant le financement de certaines campagnes de vaccination qui demanderait l’usage d’un regard indépendant et une analyse dont les programmes de la fondation manquent. La BMGF est devenue la principale source de financement des programmes de vaccination dans les pays en voie de développement. Elle envisage de prévenir plus de 11 millions de décès d’ici à 2020. Les programmes financés par la BMGF afin de développer et de fournir les vaccins contre la polio et la méningite ont touché des millions de personnes. La fondation a fourni 2.5 milliards à GAVI alliance afin d’acheter des vaccins et de fournir son soutien technique aux pays les plus pauvres du monde.248 Cependant, à côté de ces programmes, la BMGF est aussi accusée d’assister les compagnies pharmaceutiques qui contournent ou  omettent la régulation occidentale en sponsorisant des expériences sur des produits au rabais dans les pays en voie de développement.  Cela coûte des milliards de développer de nouveaux médicaments, principalement en frais pour conduire des expériences cliniques exigées des autorités aux US et en Europe.  La BMGF dit : « Afin d’accélérer la traduction de découvertes scientifiques en solutions applicables, nous cherchons de meilleurs moyens d’évaluer et de raffiner les interventions potentielles – comme des vaccins potentiels- avant qu’ils entrent  dans la dernière étape, coûteuse et longue, des essais cliniques ».249  Ceci semble vouloir dire que la BMGF travaillera par l’intermédiare des institutions qu’elle finance ( comme la GAVI Alliance, la Global Health Innovative Technology Fund, et le Programme for Appropriate Technology in Health (PATH)) afin de promouvoir des essais cliniques, qui bien sûr commencent sur une large échelle en Afrique et en Asie du sud au milieu des années 2000.250  Cependant plusieurs rapports lèvent de sérieuses questions sur l’impact de certains de ces essais financés par la BMGF. Certains pointent le nombre significatif de maladies et même de morts chez ceux à qui on a administré ces vaccins. Le contexte est encore plus controversé, pour qui les accusations portent sur les compagnies pharmaceutiques  utilisant les populations pauvres dans le sud comme cobayes pour tester leurs produits parce que c’est plus facile que dans le monde occidental d’y conduire des expériences médicales et de recruter des participants.251 Global Justice Now n’a pas pu vérifier la véracité de ces rapports, parce que très peu d’information publiques sont disponibles. Mais ce qui est inquiétant est la façon dont les médias ont prêté attention à ces allégations. Il semble qu’il y ait un quasi silence touchant les questions associées aux projets de la BMGF. En plus, ces projets ne reçoivent que très peu de regard critique de la part des officiels, soulevant le fait que des positions beaucoup plus indépendantes doivent être prises pour juger des programmes financés par la BMGF. Le Gardasil aux Indes faisant l’objet d’un programme de la BMGF est actuellement l’objet de poursuites avec des accusations portant sur des morts et des maladies qu’auraient entraîné le “ projet de démonstration” de ce vaccin.252 Démarré en 2009, quelques 23.500 filles se sont vues administrer ce vaccin afin de prévenir les cancers de l’utérus dans le district de Khammam Andhra Pradesh et dans le district de Gujarat. Les vaccins étaient du Gardasil et du Cervarix, le premier fabriqué et distribué par Merck, le deuxième par GlaxoSmithKline, et furent administrés sous le contrôle de membres du ministère de la santé. L’ONG à l’origine de ce projet était la PATH (Program for Appropriate Technology in Health), basée aux USA qui a reçu de nombreux dons de la BMGF ( pour plus de détails voir p.21) Son but en conduisant les essais était de créer des preuves afin de supporter l’inclusion de ces vaccins dans le programme national de politique immunitaire du gouvernement.253 Plusieurs mois après que le vaccine ait été administré, de nombreuses filles commencèrent à tomber malades et en 2010, cinq d’entre elles moururent à Andhra Pradesh et deux à  Gujarat.254 Les pétitionnaires qui sont actuellement à l’origine de ces deux procès devant la Court suprême indienne affirment qu’au moins 1200 filles dans les deux états ont souffert de sérieux effets secondaires ou du développement de désordres auto-immunitaires et exigent un traitement médical continu.255

La cause de la mort a, cependant, était contestée par le Dr. V.M Katoch, directeur général du Conseil indien pour la recherche médicale (Indian Council of Medical Research), qui a constaté que quatre décès à Andhra Pradesh n’étaient pas dus au vaccin mais à des empoisonnement, des noyades ou d’autres causes, pendant que deux des décès à  Gujarat étaient attribués à la malaria ou a des morsures de serpent.256 En 2013, une investigation du projet faite par un comité parlementaire a révélé une conclusion terrible. Il a constaté que la campagne de vaccination était une pratique à grande échelle d’essais cliniques conduites au nom des firmes pharmaceutiques et déguisées en «  étude d’observation » afin de contourner les exigences de statut.257 Le comité parlementaire a établi que «  Le PATH, en menant à bien ces essais cliniques pour le vaccin HPV à Andhra Pradesh et à Gujarat sous le prétexte d’un projet d’observation / démonstration [sic] a violé toutes les lois et les régulations exigées pour les essais cliniques par le gouvernement. En faisant cela, son seul but était de promouvoir uniquement l’intérêt commercial des fabricants du vaccin qui auraient récoltés des profits considérables si le PATH avait été capable d’inclure le vaccin HPV dans l’UIP (India’s immunisation programme)”.258 Le rapport du comité ajoute que les actions du PATH sont : « une violation Claire des droits humains de ces fillettes et de ces adolescents » et constituent  une « maltraitance. ».259 Le comité a aussi réprimandé le gouvernement pour « leur investigation bâclée sur les morts, affirmant que le lien avec la vaccination avait été déniées d’une façon identique pour les sept morts sans qu’il soit mené une enquête approfondie. »  260 En particulier, le comité parlementaire a accusé la procédure de faillir à obtenir le consentement de ceux qui participaient. À Andhra Pradesh, l’accord avait été donné par des directeurs de foyers sans le consentement parental pour plus de 2700 cas. À Gujarat, seulement la moitié des formulaires d’accord étaient signés, parmi d’autres irrégularités. Un grand nombre de parents ou de responsables étaient illettrés et ne pouvaient pas écrire même dans leur langue locale.261 Une enquête en Janvier 2015, menée par le journal anglais the Daily Mail, a questionné de nombreux garçons et filles qui ont dit qu’ils n’avaient aucune idée du fait qu’ils testaient un médicament et qui ont souffert de perte de poids, de fatigue, d’étourdissement et de problèmes menstruels.  Le journal a  révélé que des enfants âgés seulement de neuf ans ont souffert d’effets secondaires après avoir été utilisés comme des cobayes non volontaires pour un nouveau vaccin. 262 Le cas n’a pas été jusqu’ici couvert par le Guardian dont le site web sur le développement mondial reçoit des fonds de la BMGF. Non seulement le projet Gardasil est financé par la BMGF mais à l’époque, la BMGF Trust avaient des actions chez Merck. 263 Le comité parlementaire a statue : « Si le PATH avait réussi à faire inclure le vaccin HPV dans le programme  universel d’immunisation des pays concernés, ça aurait généré des profits colossaux pour les fabricants par l’intermédiaire de ventes automatiques, années après années, sans dépenses liées à la promotion. ».264 En réponse à ces critiques, le PATH a dit que le Gardasil e le Cervarix étaient en vente en Inde et dans plus de cent autres pays et que « la sécurité et l’efficacité de ces vaccins ont été testées dans de nombreuses études. » Il a ajouté qu’avant la licence indienne, des essais cliniques sur ces deux vaccins avaient été conduits et qu’ «  à cette date aucun décès n’a été attribué à la vaccination par le vaccin HPV en Inde ou ailleurs. » Il a ajouté aussi que les effets secondaires sérieux à ces vaccinations sont «  très rares ».265

 

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NIAID le programme de vaccination contre la polio en Inde

Certains analystes ont aussi manifestés certaines inquiétudes à propos du programme d’éradication de la polio finance par la BMGF, un produit phare de la fondation et une de ses priorités, sur lequel Bill Gates a été très influent.266 La BMGF finance le Global Polio Eradication Initiative de WHO dans une tentative d’éradiquer la polio en «  touchant  chaque enfant dans sa première année dans les pays à haut risque avec des doses multiples de vaccin oral, à la fois à travers des campagnes de vaccination nationales et locales. » Le site web de la BMGF website note que : « L’Inde, qui était déclarée sans polio en Février 2012 est peut-être le meilleur exemple de la manière dont un pogramme complètement finance conduit par des leaders impliqués et des travailleurs motives peut atteindre le succès. » 267 Cependant, des critiques de la stratégie du programme de vaccination se sont levees ces récentes années, au moins en dehors des cercles officiels. Bien sûr, quelques analystes demandent à ce que le programme d’éradication de la polio soit stoppé. Par exemple, un article de 2002 publié dans le  Indian Journal of Medical Ethics par les docteurs du St Stephen Hospital à Delhi, a montré que le vaccine contre la polio semble causer une maladie cliniquement semblable qui est deux fois plus mortelle que la polio.  Les données du National Polio Surveillance Project d’Inde montre des preuves que les cas de paralysie flasque aigue (nonpolio acute flaccid paralysis (NPAFP) ont augmenté en proportion du nombre de doses de vaccins anti-polio administrés. En 2011, alors que l’Inde se préparait à se dire libérée de la polio, il y avait 47.500 cas supplémentaires de NPAFP. Les auteurs rapportent que, nationalement, le taux de NPAFP  est maintenant douze fois plus important que d’habitude et que les enfants identifié comme atteints avaient « deux fois plus de risqué de mourir que ceux avec la polio. ».268 Il a aussi été rapporté dans le Lancet que l’incidence du NPAFP avait augmenté d’une façon exponentielleen Inde après l’introduction du vaccin contre la polio .269 L’analyse par les auteurs indiens est que l’immunisation habituelle contre la polio est relativement sans danger mais que le risque augmente avec le nombre de doses. Les auteurs indiens écrivent aussi que en dépit de la  « charade à propos de l’éradication de la polio », la communauté scientifique sait depuis longtemps que l’éradication de la polio est impossible parce que les scientifiques ont synthétisé le virus de la polio dans un test dès 2002. Le virus ne peut donc pas être déclaré éteint car la séquence de son génome est connue et la technologie moderne peut le ressusciter in vitro. Ils continuent,  « amener les pays pauvres à faire des dépenses sur leur maigres ressources sur un rêve impossible lors es prochaines dix années est une faute éthique. ». Les auteurs sont fortement critiques sur le financement particulier contre la polio, connue sous le nom de financement vertical parce que,  « c’est une évidence de la façon dont les financements et les dons venant de l’étranger distordent les priorités locales. » Ils ajoutent : « Dans la perspective de l’Inde, l’exercice a été extrêmement coûteux à la fois en terme de souffrance humaine et en terme financier » Il est tentant de spéculer sur ce qui aurait pu être réalisé si les 2.5 milliards dépensés pour tenter d’éradiquer la polio avaient été investis dans l’eau, les équipements sanitaires et l’immunisation de routine… le programme d’éradication de la polio met en avant à peu près tout ce qui ne va pas avec les dons pour des projets verticaux touchant des «  maladies spécifiques » au dépend du coût dans des investissements dans des structures de santé de base orientées vers les communautés ( programmes horizontaux) ». 270 La même vision du problème des vaccins polio est présente dans un récent article du British Medical Journal par Dr Viera Scheibner, un éminent expert en vaccination, qui a fait la liste de nombreuses études montrant que la  paralysie associée aux vaccins (Vaccine-associated Paralytic Poliomyelitis (VAPP) – causée par l’administration du vaccin polio, «  avait lieu dans le monde entier partout où le vaccin anti-polio a été utilisé. » L’article conclut : « Ce n’est pas une surprise de constater que la récente campagne de vaccination de mase financée par la BMGF a donné lieu à un nombre plus élevé de cas de VAPP. Le seul moyen pour éradiquer la paralysie poliomyélitique est d’arrêter la vaccination. ».271

MenAfriVac au Tchad. La BMGF finance aussi le projet de vaccine contre la méningite, en partenariat avec la WHO et le PATH afin de développer et de fournir un vaccine afin d’endiguer l’épidémie de méningite en Afrique.  Quelques 217 millions de personnes dans 15 pays ont été vaccinées, MenAfriVac, depuis qu’il a été introduit en 2010.272 Une étude menée en 2013 de MenAfriVac couverte par The Lancet a montré que le vaccin réduisait les cas de méningite de 94%, un taux de succès significatif.273 Une petite partie de l’histoire cependant éveille des inquiétudes sur l’absence de contrôle médiatique et officiel de ces programmes. Le site US VacTruth est l’une des seules sources ayant rapporté quelques incidents en Décembre 2012, dans le petit village de Gouro dans le nord du Tchad où avait été administré le vaccin. La source écrit que 500 enfants ont été « enfermés dans leur école » et «  menacés de ne plus recevoir d’éducation si ils n’était pas d’accord pour se faire vacciner contre la méningite. » Sans que leurs parents soient au courant, les enfants ont tous reçu le MenAfriVac, qui, selon les sources, était un prduit sans licence, encore testé. Dans les heures qui ont suivi, selon VacTruth, 106 enfants ont commencé à souffrir de maux de tête,  à vomir et à montrer des convulsions sévères et des paralysies. Après avoir attendu un traitement médical qu’ils ont fini par recevoir, et qui les a soigné, chaque famille a reçu la somme non confirmée de 1000 livres sterling du gouvernement. Aucun document n’a été rendu public et ils ont été informés que leur enfants n’avaient pas été rendus malades par le vaccin. L’histoire a été publiée dans le journal local, le Voix et par une des chaînes principale au Tchad, qui a montré des images du Premier ministre alors en poste visitant les enfants à l’hôpital. Mais la campagne de vaccination a été présentée comme un succès 274 et n’a eu que peu ou pas de couverture médiatique ? Ces histoires, qui, nous le répétons pour lesquelles Global Justice Now n’a pas été à même de pousser les investigations et de valider posent toutes la question des investigations et mettent en lumière la nécessité de soumettre les programmes de la BMGF à un regard critique officiel.

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Quatrième partie

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Quatrième partie : la Fondation et la bio-technologie en Afrique

 

La BMGF promeut un certain nombre de priorités spécifiques à travers ses dons à l’agriculture, de nombreuses parmi elles compromettent les intérêts des petits agriculteurs tout en affirmant les protéger. Ceci comporte la promotion d’un modèle d’agriculture industrielle, l’usage croissant d’engrais chimiques et de céréales chères, sous patent, la privatisation des services d’extension et une large concentration sur les céréales transgéniques. La scientifique indienne,   Vandana Shiva a nommé a fondation Gates la menace la plus grande pour les fermiers des pays en voie de développement.159  La fondation finance l’Alliance  for a Green Revolution in Africa en favorisant l’agriculture industrielle. L’Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA) est devenue l’organisation africaine la plus importante, visant ostensiblement à éradiquer la faim à travers le continent. Elle a été créée par les Gates et par la fondation Rockfeller en 2006 afin  d’améliorer l’agriculture africaine partout où c’est possible et pour le faire aussi vite qu’il est possible.160 Depuis lors, la BGMF a octroyé des fonds d’un montant de 420 millions de dollars à AGRA161, qui en pratique est un substitut de la BMGF. L’ancien PDG de la fondation Jeff Raikes et la Directrice de l’agriculture sont partie prenante du conseil d’administration de l’AGRA162, qui a été décrit par la BMGF comme  La voix et le visage de l’Afrique pour notre travail.163 En aucun cas l’ensemble du travail de AGRA n’est négatif. Certains de ses projets encouragent la santé des sols et l’agriculture féminine, par exemple, et sont vraisemblablement positifs bien qu’il ya ait peu voire pas d’évaluation de ces programmes. Cependant l’idée maîtresse d’AGRA, comme son om l’indique est de supporter l’agriculture industrielle- avec comme point central la promotion de technologies comme les semences hybrides et les engrais chimiques.  Le problème principal avec AGRA est qu’elle prépare le terrain pour une plus forte pénétration de l’agriculture industrielle et des engrais chimiques. Le site de la BMGF est de mauvaise foi sur son site à propos de ses supports à l’agriculture industrielle, il y est dit : « Nous encourageons les fermiers à adopter et pratiquer des techniques durables de culture qui les aident à faite croître plus sur moins de terre, d’eau, d’engrais et d’autres apports coûteux tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures. ».164 Cependant l’enjeu principal pur l’AGRA est de promouvoir de tels « apports coûteux », tout spécialement les engrais qui amène des risques pour la santé notoires, accentuent l’érosion des sols et peuvent piéger les petits dans des dettes invivables.165 La BGMF, par l’intermédiaire de AGRA est l’un des plus grand promoteur de’engrais chimiques au monde et certains fonds alloués par la BMGF à AGRA ont tout spécialement comme but de chercher à «  construire la chaîne d’engrais en Afrique ».166 Une des plus grandes donations d’AGRA, équivalent à 25 millions, a été pour l’aide à l’installation de l’African Fertiliser Agribusiness Parnentship ( AFAP) en 2012. 167 le véritable but est de   au moins doubler l’usage total des engrais en Afrique.168 En fait le Président d’alors d’AGRA,  Namanga Ngongi, un ancient official de l’ONU, a quitté son ancient poste à l’AGRA pour devenir le fondateur et actuel président de l’AFAP en 2012.169 En Août 2014, L’AGRA a publié un rapport majeur, se plaignant du faible usage des engrais par les fermiers africains. Il y est noté qu’AGRA supporte l’AFAP afin de développer la production de nouveau engrais, des opérations de stockages et de revente, avec le but initial de fournir 225.000 tonnes supplémentaires d’engrais aux fermiers dans trois pays. » (Le Ghana, Le Mozambique et la Tanzania).170 Le projet  AFAP est mené en partenariat avec l’International Fertiliser Development Centre, un organisme qui représente l’industrie des engrais.171

 

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Davos 2003

Les priorités de la fondation sont une menace pour l’agroécologie. L’agenda de l’AGRA est la plus grosse menace directe au movement croissant pour la souverainenté alimentaire et les mèthide de cultures agroécologiques en Afrique. Ce mouvement oppose la récupération aux engrais, aux cereals hors de prix et au OGMs et à la place promeut une approche qui autorise le contrôle des communautés sur la façon dont la nourriture est produite, commercialisée et consommée. Il cherche à créer un système alimentaire qui ait vocation à aider les gens et l’environnement plutôt qu’à faire du profit pour les multinationales.172La priorité est donnée à la promotion d’une agriculture saine et de nourriture saine en protégeant les sols, l’eau et le climat et en promouvant la bio-diversité. Il ya des preuves palpables que l’’agriculture agroécologique peut augmenter les rendements d’une façon significative, souvent comparable ou plus importante que l’agriculture industrielle et est plus profitable aux petits fermiers.173  En 2011, l’alors Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation Olivier de Schutter a fait appel aux pays dans son rapport sur l’agro-écologie afin qu’ils réorientent leur politique agricole afin de promouvoir des systèmes durables qui permettent le droit à l’alimentation. Il a déclaré que : «  l’agroécologie permet des avantages qui sont complémentaires à des approches plus éclairés de l’agriculture conventionnelle comme le développement de variétés de graines au haut pouvoir de production et il affirme que «  l’évaluation de ces expériences est le challenge contemporain. »  .174 De Schutter a directement provoqué l’effort de la BMGF pour une revolution verte en demandant :  Les questions du pouvoir et de la participation sont des questions clefs ici. Il est irr&aliste de chercher à atteindre un progrès durable en combattant la pauvret& rurale simplement grâce à la technologie : la politique économique du système alimentaire, la question du pouvoir d’investissement, sont en fait des phénomènes clefs, aussi importants que les graines…Comment le paquet du Développement et de la révolution verts, des graines améliorées, des engrais chimiques et des pesticides, est-il durable dans un monde qui va manquer d’énergies fossiles et dont le contrôle sur tous ces éléments est entre les mains d’un nombre limité de très grosses corporations qui ne rendent des comptes qu’à leurs actionnaires ? 175

Favoriser les semences patentées. Un autre travail essential pour l’AGRA est la régulation des semences, sur laquelle il influence régulièrement les gouvernements africains.176 Actuellement, plus de 80% des semences viennent de millions de petits fermiers recyclant et échangeant des semences d’une année sur l’autre. Mais comme le note le Centre africian de la bniodiversité ( ACB) «  une bataille est actuellement engagée sur le système de semences africain ».177   L’ACB note que bien que l’AGRA reconnaisse la biodiversité et la pluralité dans le système de semences africain ( où les fermiers utilisent d’une façon majoritaire leurs propres semences ou des semences mise de côté.) son orientation est celle de la promotion d’une introduction d’un système commercial de semences, qui risque de permettre à quelques compagnies de contrôler la recherche et le développement, la production et la distribution. Afin de permettre aux compagnies céréalières d’investir dans la recherche et le développement, ils souhaitent en premier lieu protéger leur «propriété intellectuelle ». Ceci exige une restructuration fondamentale des lois sur les semences afin qu’elle permette le système de certification qui ne se contente pas de protéger les variétés protégées et les bénéfices qui leurs sont liés mais qui en fait criminalise tout semence non certifiée. Durant les deux dernières dizaines d’années, un long et lent processus de réforme de la législation nationale sur les semences, sponsorisé par l’USAID et le G8, avec la BMGF et d’autres ont ouvert la porte aux investissements des multinationales de la production céréalière, y compris l’acquisition de toute entreprise productrice de semence du continent. Comme le note ABC, c’est une menace sérieuse pour le système des semences africain et pour la bio diversité.178 ©

 

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Global Justice Now Global Justice Now demande à la BMGF de  « libérer les semences ». Mars 2015. Créer la demande pour la consommation et l’extension des services privatisés tout en poussant à l’usage des engrais et ses semences patentées, un autre des programmes d’AGRA depuis son implantation a été le support de petites entreprises privées fournissant les produits chimiques et les semences et les vendant aux fermiers dans plusieurs pays du continent africain. Des recherches ont montré que le réseau Malawi de vendeurs de produits agricoles était une voie de commercialisation de produits vendus par les multinationales.183 En procédant ainsi, il augmente la dépendance des fermiers aux produits chimiques et marginalise les alternatives pour une agriculture durable. Le principal fournisseur des revendeurs agricoles à Malawi est Monsanto, responsable de 67% de toutes les commercialisation.184 Un rapport d’évaluation du réseau des ventes agricoles montre que le programme a permis un croissance de 85% des ventes des revendeurs et qu’ils ont vendu 10.908 tonnes de semence et 18. 071 tonnes d’engrais entre 2007 et 2010. Environ 10 maïs hybrides ont été vendus – cinq de chez Monsanto et cinq d’autres compagnies, Seed.co.185 Que le réseau de ventes céréalières Malawi tendent à créer de la demande auprès des agriculteurs pour les produits fournis par les multinationales de l’agro-industrie est explicite dans la littérature autour du projet. «  Les revendeurs… agissent comme des vaisseaux afin de promouvoir la commercialisation des produits  de nos fournisseurs, » indique un des documents sur le projet.186 De plus, la formation sur les produits des revendeurs a été fait par les producteurs eux-mêmes. Il est aussi critique de constater que ces mêmes revendeurs sont de plus en plus la source de conseils aux fermiers et une alternative aux services d’extension agricole des gouvernements.  Une évaluation de projet a montré que 44% des revendeurs du programme fournissaient des services.187 Bien sûr un rapport de la Banque mondiale note que :  « les revendeurs sont devenus les nœuds de transmission les plus importants des zones pauvres rurales, une nouvelle forme de secteur privé est en train d’émerger dans ces pays ( Kenya, Ouganda et Malawi) comme les compagnies les plus importantes de produits agricoles organisent de plus en plus des démonstrations commerciales de nouvelles technologies dans les zones rurales avec les grossistes locaux. ».188 Des variétés de semences hybrides sont régulièrement prônées comme une solution au « problème » de productivité alimentaire de l’Afrique et sont fortement promus par une variété d’organisations supportées par la BMGF. Cependant les semences hybrides sont souvent onéreuses pour les petits fermiers et peuvent les enfermer dans la nécessité d’acheter des semences chaque année.179 Les hybrides peuvent présenter d’énormes avantages mais pas toujours, et seulement dans les bonnes conditions, comme lorsqu’ils sont couples avec l’usage continu des engrais synthétiques ( qui doivent aussi être achetés), l’irrigation, des zones plus grandes de terre et la monoculture – le kit « Révolution verte ».180 Une approche de l’ agenda de la BMGF/AGRA plus positive pour la promotion des semences patentées est de promouvoir les réserves de semences et les banques publiques de semences indigènes.

La BGMF joue un rôle majeur en aidant les multinationales à entrer en force dans le nouveau marché céréalier, comme l’a montré une conférence secrète à Londres en Mars 2015, à laquelle a assisté Global Justice Now. A la conférence, co-organisée par la BMGF avec l’USAID, les multinationales ont discuté de la façon d’augmenter leur contrôle sur le secteur mondial des semences. AGRA et l’entreprise SYGENTA étaient sur la liste des invités, parmi d’autres multinationales, mais aucune organisation d’agriculteur n’était invitée. Un des buts de la conférence a été de partager ses découvertes issues d’un rapport par Monitor Deloitte sur le secteur du développement du commerce des graines dans l’Afrique sub-Saharienne. Le rapport recommande que dans les pays où la demande pour les grains brevetées est plus faible ( c’est à dire là où les fermiers utilisent leur propres réseaux de commerce de grains) le partenariat public-privé devrait être développé de façon à ce que des compagnies privées soient protégées contre « les risques d’investissement ». Il a aussi été recommandé que  les ONGs et les donateurs encouragent  les gouvernements à introduire les droits de propriété intellectuelle pour les fournisseurs de graines et aider à persuader les fermiers d’utiliser des graines commercialisées et patentées plutôt que de compter sur leurs propres variétés traditionnelles.181 Il semble que la conférence ait évoqué le marché des graines du maïs, du riz, du sorgho,  des pois à vache, de la cassave et de la patate douce en Ethiopie, le Guana, le Nigéria, la Tanzanie et le Zimbabwe.182 Tromperies sur les OGMs. La BMGF ne suggère pas qu’il faille mettre l’accent sur les OGMs. Dans l’introduction de son travail sur l’agriculture, les OGMs ne sont pas évoqués .194 dans les informations sur le projet et dans les données des fonds de la BMGF. C’est malhonnête  au regard de l’ampleur des financements des OGMs par la BMGF. C’est aussi particulièrement malhonnête étant donné que le responsable de  « l’amélioration des rendements céréaliers » en Afrique, Rob Horsh, qui vient de chez Monsanto, a dit qu’il était spécialement recruté par la fondation afin de promouvoir la «  biotechnologie ».

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Dans un article de 2006, Horsh écrit  qu’il a été sollicité par la fondation et informé de sa mission : «  ma mission : améliorer le rendement céréalier à travers les sciences et les techniques les meilleures et les plus appropriées, y compris les biotechnologies, pour des problèmes dans des régions incluant l’Afrique sub-saharienne. ».195 La fondation est le financeur les plus importants du monde pour la recherche sur les OGMs. Une des plus grosses controverses touchant les financements de la BMGF est son support aux recherches en modification génétique (GM). Mais parallèlement à ces recherches, la fondation finance également des activités de relations publiques et des changements de régulations nationales afin de promouvoir l’adoption étendue des GM. Il y a plusieurs inquiétudes et plusieurs dangers lies aux OGMs. Des preuves venant du lancement des OGMs dans des pays où ils ont été adoptés montrent que ces graines poussent souvent les fermiers dans l’endettement, causent des dégâts irréversibles dans l’environnement et encouragent la concentration des terres.189 L’engineering génétique a échoué dans l’amélioration des rendements et a augmenté d’une façon importante l’usage des produits chimiques et la croissance de “super mauvaises herbes” selon un rapport rédigé dans 20 pays, par des groupes de protection de la nourriture aux Indes, dans le sud-est asiatique, l’Afrique et l’Amérique du sud.190 La BMGF est probablement les plus gros financeur mondial de la recherche sur les GMs dans la grand sud. Dans une interview avec John Vidal pour the Guardian en 2012, le responsable de l’agriculture pour la BMGF, Sam Dryden, disait que « seulement » 5% de l’argent des Gates pour l’agriculture était destine à la recherché sur le transgénique et son développement. Mais comme Vidal le note, cela peut se monter jusqu’à 100 millions depuis 2007 – plus qu’aucun gouvernement ou organisme politique au monde n’a jamais financé.191 L’ONG, GM Freeze, suggère que l’ensemble est encore plus élevé, calculant que la BMGF a alloué au moins 162 millions à des projets sur les semences génétiquement modifiées entre 2005 et 2011.192 Dryden a dit au Guardian : «  Le plus nous pouvons inscrire l’option GM dans un programme gouvernemental, le mieux c’est …nous travaillons généralement via les agences de recherches nationales. Cela leur offre l’option.193 Les principaux bénéficiaires des donations de la BMGF liées aux OGMs  comprennent la African Agricultural Technology Foundation, à laquelle la BMGF a octroyé plus de 100 millions .196, et l’International Centre for Genetic Engineering and Biotechnology, basé à Trieste, qui a reçu neuf donations de 13 millions chacune .197  L’Université de technologie du Queensland qui travaille également sur les OGMs a reçu six donations pour son secteur agricole de 14 millions chacune  .198 La Fondation pousse également la recherché en Grande Bretagne. En 2012, une équipe  de scientifiques du Centre John Innes de Norwich a gagné une donation de 10 millions afin de développer des céréales génétiquement modifiées, ceci représente le plus fort investissement dans les OGMs en Grande-Bretagne.199 Le Conseil de biotechnologie et de recherche en biologie basé à Swindon a reçu une donation de 8 millions en 2010 afin de «  supporter la recherche de haute qualité sur la production durable de céréales dans l’ Afrique sub-Saharienne et dans l’Asie du sud. 200

Cibler de nouveaux marchés en Afrique.  Les principaux bénéficiaires de l’aide de la BMGF pour les OGMs sont bien sûr les géants de l’industrie biotechnologique comme Monsanto, Syngenta, Bayer et Dupont, et les compagnies agrochimiques produisant les engrais et les pesticides dont certains sont soutenus par d’autres projets et d’autres investissements de la Fondation. La Fondation Gates est en effet en train de préparer le terrain pour que ces entreprises puissent accéder à de nouveaux marchés profitables dans certains pays en voie de développement spécialement en Afrique. La BMGF favorise tout spécialement l’adoption des OGMs en Afrique, dans de nombreux cas contre l’avis public et l’opposition gouvernementale. Le projet financé par la BMGF Water Efficient Maize for Africa (WEMA) dans lequel Monsanto est un partenaire, est en train de développer un maïs résistant à la sécheresse en Afrique du sud, en Ouganda, au Kenya en Tanzanie et au Mozambique. C’est ostensiblement un projet de recherche conventionnelle mais préparant en réalité le terrain pour l’acceptation du maïs GM.201 Monsanto a donné à cette recherché un de ses plus lucrative gène tolérant à la sécheresse mais ceci pourrait être une stratégie pour permettre des essais sur le terrain et gagner l’approbation plutôt que de passer par l’habituelle démarche commerciale. 202 Les Amis de la Terre notent que le projet WEMA fournit à Monsanto l’opportunité d’influencer la regulation de la sauvegarde agrobiologique en amenant les pays participants et les nouveaux marchés ouverts à une semence «  prête pour le climat ». C’est pourquoi le WEMA semble être un cheval de Troie pressant les gouvernements à passer des lois faibles sur la protection biologique et sur la regulation des grains et ouvrant la porte à la culture d’OGMs. Dans le milieu de l’année 2015, les autorités d’Afrique du sud ont donné le feu vert à Monsanto afin qu’il vende ses semences de maïs résitant à la sécheresse pour la culture en Afrique du sud,  un bénéfice direct du projet WEMA.203 Selon le Centre africain pour la biodiversité, le WEMA vise en dernier recours à influencer l’orientation de la propriété et la concentration de la culture du maïs, de la production de semences et de leur commercialisation  principalement vers le secteur privé et en conséquence de piéger les petits exploitants agricoles  en leur faisant adopter des variétés de maïs hybrides et les engrais et les pesticides qui les accompagnent.204 Il est clair que la BMGF veut voir les OGMs introduits dans toute l’Afrique. En Juillet 2015, par exemple, Christopher Elias, le responsable du développement mondial pour la fondation, a loué le maïs gm que la fondation promeut au Kenya à travers la WEMA et la dit qu’une application afin de permettre la culture était considérée par la National Biosafety Authority. Il ajouté : «  A travers des initiatives comme la WEMA, l’Afrique peut obtenir sa sécurité alimentaire dès 2030. Si l’Afrique veut sérieusement éliminer l’insécurité alimentaire, alors les fermiers africains devraient être capables d’avoir accès à un panel d’options pour l’amélioration des semences et pour leur protection, y compris les technologies GM. » 205 De même en Mars 2013, Sam Dryden, le responsable de l’agriculture à la BMGF a dit que les OGMs étaient une question de choix pour les fermiers et a écrit qu’il attendait que 20 millions d’entre eux plantent de nouvelles variétés de semences, y compris des GM avant la fin de la décennie.206 Jusqu’à 2008, l’Afrique du sud a été le seul pays africain à utiliser les technologies GM mais a été rejoint depuis par l’Egypte, le Burkina Faso, le Soudan. Cependant le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Malawi, le Mali, le Zimbabwe, le Nigeria, le Ghana sont à la recherché de semences GM et procèdent à des essais sur les plans de coton, de maïs et de sorgho, partiellement grâce à des projets comme celui de la WEMA.207 Les partenaires africains de la WEMA ont effectué des démarches essentielles en promouvant les semences GM au Kenya et le principal institut de recherche du pays, KARI, a annoncé qu’il introduirait les maïs GM chez les fermiers en 2017. En Tanzanie, les chercheurs soutenus par la BMGF et la African Agricultural Technology Foundation travaillent sur les OGM dans des laboratoires en attendant le résultats des entretiens pour des essais possibles sur le terrain, certains rapports suggèrent que la Tanzanie pourrait aussi introduire son premier maïs transgénique en 2017.208 Il a aussi été rapporté que la BMGF projetait d’établir un laboratoire de biotechnologies au Nigeria afin d’améliorer la capacité biotechnologique pour des «  amélioration de semences » . 209 Un autre projet financé par la BMGF cherche à introduire des bananes enrichies en vitamine A (matooke) en Ouganda et dans d’autres pays de l’Afrique de l’est. Des essais sur le terrain ont lieu en Ouganda, utilisant des variétés développées par les scientifiques à l’université de technologie du Queensland en Australie, aussi financée par la BMGF.210 Cela a été décrit comme un «  cas clair de bio-piratage » parce que le gène de la banane originale utilisé pour développer cette super-banane est l’Asupina Cultivar, découvert il y a 25 ans en Papouasie-  Guinée et «  la propriété de droit des nations et des communautés qui l’ont développée. » d’autant plus que la «  banane rouge » riche en pré-vitamine A est déjà cultivée dans le monde sans aucun besoin de modification génétique.211 Des compagnies américaines qui produisent  la plupart des graines GM mondiales cherchent de nouveaux marchés en Afrique et tente de changer les lois de sécurité biologique africaines afin de leur permettre cette commercialisation.212 La BMGF joue un rôle majeur dans cette stratégie en supportant les relations publiques sur les OGM, ce qui est mis en évidence par les multiples dons alloués aux institutions travaillant sur les OGM et les biotechnologies.

  • En Mars 2012, elle a donné 3.99 millions à la African Agricultural Technology Foundation afin d’améliorer le partage de compétences et la conscience sur les techniques agricoles biotechnologiques afin d’améliorer la compréhension et l’appréciation.213
  • L’université d’état du Michigan s’est vu donner 13 millions afin d’aider les législateurs africains à prendre des décisions informées sur l’usage des biotechnologies.
  • En juin 2014, la BMGF a donné 5.6 millions à un autre majeur développeur et avocat des OGM, l’Université de Cornell afin «  de soutenir une plateforme de communication sur l’agriculture mondiale qui améliorera sa compréhension et ses technologies agricoles scientifiques. ».215

Le financement par la BMGF de la super-banane gm en Ouganda a été évoqué plus haut. Commentant ce projet, la scientifique et militante mondialement connue Vandana Shiva l’a appelé «  La dernière folie des ingénieurs de la génétique ».  Elle a noté que 75% des femmes indiennes souffraient d’un déficit en fer. Mais que «  n’importe quelle femme vous dira que la solution à la malnutrition est dans l’accroissement de la nutrition, c’est-à-dire dans l’accroissement de la biodiversité ce qui veut dire en conséquence planter partout des aliments riches en fer. Les femmes indiennes ont une richesse de savoirs sur la biodiverstié et l’alimentation, elles l’ont reçue d’autres générations qui l’ont également reçu de leurs mères et grand-mères.  «  Mais il y a un mythe de la création qui est aveugle aux deux, la créativité de la nature et dans la biodiversité comme la créativité et l’intelligence et le savoir des femmes. Selon ce mythe de la création du capitalisme patriarcal, les hommes riches et puissants sont créateurs. Ils peuvent posséder la vie à travers des patentes et de la propriété intellectuelle » Shiva condamne le projet des «  super-bananes » comme une  perte d’argent qui rendra les gouvernements, les agences de recherche et les chercheurs aveugles à «  des alternatives bon marché, basées sur la biodiversité, sûres, testées sur le long terme,  et démocratiques qui sont aux mains des femmes. ».220 Pour la BMGF, baser réellement ses programmes sur les besoins des fermiers en promouvant la justice économique et sociale dans le Sud exigerait des changements radicaux de sa culture corporatiste. Au pire, la fondation apparaît souvent comme une multinationale massive, intégrée verticalement, contrôlant chaque étape de la chaîne commençant dans ses bureaux de Seattle, à travers les diverses phases de la production, de la distribution à des millions d’usagers en bout de chaîne dans les villages d’Afrique ou d’Asie du sud-est.221 La recherche de GRAIN a aussi trouvé que sur les 669 millions que la fondation avait octroyé aux ONGs pour le travail agricole, plus des trois quarts avaient été donnés à des organisations basées aux US. Les organisations basées en Afrique n’en ont reçu que 4%.222 La fondation ne prête pas assez attention au savoir des fermiers ni au savoir local dans l’élaboration de ses programmes. La BMGF dit qu’elle écoute les fermiers et répond à leurs besoins spécifiques, «  Nous parlons aux fermiers à propos des semences qu’ils veulent planter et consommer, ainsi qu’à propos des défis auxquels ils sont confrontés. » Peut-on lire sur son site. 216 Bien que ceci puisse être vrai pour certains projets, l’acte d’écouter et celui de mettre en place des politiques basées sur les inquiétudes sont deux choses bien différentes. La plupart du travail de la BMGF semble négliger le savoir local. D’une certaine façon, c’est une des images de l’insistance de BMGF sur les solutions technologiques, l’absence de compte à rendre de l’organisation et ses prises de décisions d’une certaine façon personnelles, comme l’évoque tout ce qui a été noté préalablement.  Une analyse récente par l’ONG GRAIN des fonds alloués par la BMGF n’a pu trouver aucune prévue d’un support quelconque de la fondation pour des programmes de recherche ou de technologie du développement menés par des fermiers ou basés sur leurs savoirs, en dépit du nombre de ces initiatives existant en Afrique.  Les conclusions de GRAIN sont que : «  Nulle part dans le programme financé par la BMGF on ne trouve une indication qui montre que les petits fermiers africains pourraient avoir quelque chose à enseigner. »217  Au contraire, la fondation est « orientée vers l’ouverture de marches pour l’apport de nouvelles technologies en Afrique et l’ouverture des marchés pour les multinationales, plutôt que sur la construction à partir des savoirs, des compétences que les fermiers possèdent déjà. » .218 Par contraste, le seul bénéficiaire de la plus grosse donation de BMGF est le CGIAR, qui, comme note plus haut, a reçu plus de 720 millions depuis 2003. Pendant cette même période, 678 millions sont allés aux universités et aux centres de recherche nationale à travers le monde.  – dont plus des trois quarts aux US et en Europe, pour la recherche et le développement de technologies spécifiques, comme les variétés de céréales ou les techniques de croissance.  L’organisme subsidiaire de la BMGF, l’AGRA, entraîne les fermiers à utiliser ces nouvelles technologies et organise même des groupes afin de les aborder mieux mais il ne semble pas qu’une aide soit apportée aux fermiers afin de construire leur propre système d’ensemencement ou  d’organiser leur propre recherche.219 La fondation pousse vers la privatisation de la santé et de l’éducation, l’influence du secteur privé sur la santé et l’éducation a grimpé d’une façon exponentielle ces dernières années, spécialement avec une augmentation du rôle des grandes fondations privées et de partenariat public-privé. La fondation Gates est devenue un des  leaders du financement mondial des soins privés dans le sud. Elle finance aussi des projets promouvant un accroissement du rôle des associations éducatives privées. Augmenter la participation du secteur privé pour les services à la personne est hautement controversé en Grande Bretagne  comme dans les pays en voie de développement. Bien que les services de santé ou d’éducation privés existent dans presque tous les pays et peuvent présenter des bénéfices pour certaines personnes, ils ne sont pas l’objet des besoins des pays en voie de développement.  Des soins et une éducation publiques, accessible universellement, et de haute qualité devrait être la pierre de touche d’une société favorisant le bien-être de tous ses citoyens. Dans les pays en voie de développement, l’état doit être renforcé et habilité à fournir de tels services pour tous. La mise à disposition de services privés, d’autre part, tourne des besoins de base en produits accessibles  contrôlés par le marché.  De tels services sont susceptibles de n’être accessibles qu’aux riches.223 Il ya de nombreuses évidences que la promotion des marches de la santé mène à une augmentation des inégalités et à l’inefficacité. Cependant, en dépit de telles évidences, la privatisation du secteur de la santé est promue rigoureusement par des donateurs influents et par les multinationales, et est le résultat de la forte influence du secteur privé sur les politiques de soin.224 Les programmes financés par la BMGF rendent l’apport de services privés plus acceptables et plus prioritaires dans les pays en voie de développement. Les principaux bénéficiaires seront les multinationales fournissant de tels services. Aux côtés du Département britannique pour le développement international, Department for International Development (DFID), la fondation Gates est le plus gros financeur du Harnessing Non-state Actors for Better Health for the Poor, connu comme le HANSHEP.225 Le HANSHEP, qui est contrôlé par la Grande-Bretagne, est un groupe d’agence de développement et de pays, établi en 2010, cherchant à améliorer les «  secteur non publics en fournissant de meilleurs soins médicaux » L’ HANSHEP fait face « aux échecs des gouvernements qui  des marchés qui empêchent les acteurs non publics de développer certains potentiels dans les systèmes de santé».226 Son site web : «  Accroître la part du secteur privé du marché de la santé, ou bien par le financement ou par des propositions n’est pas un objectif pour les membres de l’HANSHEP ».227 Cependant, ceci est un manque d’honnêteté car le véritable but de l’HANSHEP est d’introduire e de promouvoir des systèmes de soins non étatiques dans les pays en voie de développement. L’HANSHEP a divers programmes promouvant le rôle du secteur privé dans la santé. Un d’entre eux est le partenaire African Health Markets for Equity, un investissement commun de 60 millions de la BMGF/DFID qui vise à « améliorer l’accès des pauvres à des soins de haute-qualité privés. » Opérant au Nigéria, au Kenya, et au Ghana, ce programme sur cinq ans  vise à « augmenter l’échelle et les perspectives des soins franchisés. » S’étendant du planning familial à la santé sexuelle ou reproductrice pour s’occuper aussi de la malaria,  les infections respiratoires aigües, la diarrhée, la nutrition, les soins maternels, le SIDA et la tuberculose.228. Un autre procédé de l’HANSHEP implique le Health Market Innovations (CHMI), installé à Washington, « un tissu global de partenaires qui cherchent à améliorer les fonctionnements des marchés de la santé dans les pays en voie de développement. » La Fondation Gates a financé plus de 40 projets de la CHMI .229 La CHMI promeut des initiatives qui  « rendent les soins médicaux fournis par des organismes privés accessible financièrement pour les pauvres dans le monde. 230 Elle supporte « des mises en place innovatrices et des programmes financiers qui travaillent à organiser les marchés de la santé, y compris le modèle d’implantation du secteur privé. »

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Troisième partie

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Troisième partie : les liens entre la BMGF et les corporations.

 

 

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Les priorités de la Fondation dans son support aux compagnies. Les relations très étroites entre la Fondation et le géant des céréales et des chimiques Monsanto sont bien connues. La BMGF, qui possédait avant des actions dans la compagnie, a promu plusieurs projets dans lesquels Monsanto est le bénéficiaire, notamment dans le champ de la recherché OGM ( voir section 3) . Mais la BMGF  est la partenaire de nombreuses autres multinationales, notamment dans le domaine de l’agriculture – où la Fondation est un grand incitateur de chimiques et de semences patentées. – et dans le domaine de la santé- – où elle finance des projets dans lesquels la grosse pharmacie est la bénéficiaire. Par exemple, la Fondation travaille avec le géant Cargill sur un projet de 8 millions pour «  développer la valeur de la chaîne de soja » en Afrique du sud. Le projet est supposé durer quatre ans, commencer au Mozambique et en Zambie où il est dirigé vers 37.000 petites fermes mais il devra se répliquer dans d’autres régions. Cargill est le plus gros joueur mondial dans la production et le commerce de soja avec de lourds investissements en Amérique latine où le soja GM a déplacé des populations rurales et causé des dommages environnementaux. Le projet financé par la BMGF  rendra vraisemblablement Cargill capable de prendre possession d’un marché soja africain et de finir par introduire le soja GMs. Les finalités de ces marchés sont en relation avec l’industrie fast food, KFC, dont l’expansion sur le continent est favorisée par le projet. 108 Les petits fermiers peuvent bénéficier de ce projet mais seulement en tant que participant à la chaîne de valeur dominée par les grosses entreprises.109 La BMGF supporte également Cargill et d’autres multinationales en  fournissant 34 millions à la World Cocoa Foundation dans le cadre d’un projet tendant à «  améliorer l’efficacité commerciale, l’efficacité productive «  pour les fermiers du cacao en Afrique de l’ouest. Le projet fournit : «  des atouts correspondants aux industriels voulant se concentrer sur l’amélioration de la productivité du cacao. ». 110 La World Cocoa Foundation est un corps industriel représentant les principales compagnies alimentaires productrices de cacao comme Nestlé, Mondelez et Mars. La BMGF soutient également des projets impliquant d’autres entreprises chimiques et céréalières.

  • DuPont Pioneer est le groupe scientifique leader partenaire dans le projet finance par la BMGF de production de sorgho biofortifié. Ce qui tend à «  développer un sorgho transgénique (i.e génétiquement modifié) qui contienne un niveau plus élevé d’éléments nutritionnels , spécialement de la lysine, de la Vitamine A, du fer et du zinc. ».111
  • Syngenta est supporté par le financement de la Fondation of the Innovative Vector Consortium ( IVCC), qui cherche à développer des technologies anti-malaria. Comme partie du programme, Sygenta a mobilisé un équipe autour du spray Actellic, qui combat les insectes résistants aux insecticides.112
  • Bayer est supporté à travers le « Better Access to Safe and Effective Contraception Project », qui cherche à promouvoir la contraception pour les femmes des pays à bas revenus.113 La BMGF est aussi supposé collaborer à la promotion de la nouvelle approche chimique et de la protection biologique des semences ( i.e encourager les ventes agro-chimiques et les semences génétiquement modifiées) dans les pays du Sud.114 Certains des projets cités ci-dessus sont préoccupants en eux-mêmes. Certains, pris isolément pourraient être positifs. Mais le context est critique – les projets posent la question du financement par la BMGF des compagnies déjà avec des ressources massives à leur disposition et dont le pouvoir même est souvent partie du problème quand il s’agit de faire face à des questions mondiales. Pareillement, la BMGF supporte une quantité de laboratoires pharmaceutiques, dont certains impliquent du partenariat mondial public-privé, noté à la section 1. La BMGF a, par exemple, donné à GlaxoSmithKline deux subventions pour un vaccin anti-ebola et pour un travail anti-tuberculose et anti-malaria.115 En Juin 2013, la BMGF a aussi finance Merck afin de supporter le développement et l’enregistrement de nouvelles méthodes de traitement du schistosomiasis (une maladie cause par des vers parasites aussi connue sous le nom de bilharzia.).116 La BMGF est aussi partenaires de Merck dans leur financement conjoint du projet de partenariat African Comprehensive HIV.AID du Botswana HIV/AIDS.117 L’ONG qui a reçu les fonds les plus importants dans le domaine de la santé de la Fondation est le Programme for Appropriate Technology in Health (PATH), qui a reçu des fonds énormes, aux alentours de 1 milliard, principalement pour la recherche médicale et le développement. Ce supplément de fonds fait de PATH virtuellement un «  agent de la Fondation », selon d’expert de la santé David McCoy, écrivant dans The Lancet. 118 PATH est également fermement inclus dans l’industrie pharmaceutique. Il se décrit comme un “ innovateur en tête sur la plan de la santé mondiale et un pionnier dans l’appréciation de l’expertise et des ressources des partenaires entreprises pour conduire des innovations de taille. » PATH travaille avec plus de 60 entreprises-partenaires afin de créer « des solutions basées sur le marché » y compris des groupes pharmaceutiques comme Merck et Sanofi, la compagnie minière BHP Billiton et d’autres firmes notables – Microsoft. 119 La Fondation tire aussi profit de ses investissements dans des entreprises qui contribuent à l’injustice sociale et économique. Elle distribue des fonds à des bénéficiaires pendant que la BMGF Trust s’occupe des enjeux des dotations et investit dans les compagnies. Bill et Melinda Gates sont les seuls membres du Conseil d’administration du la Trust quand ils sont rejoints par Warren Buffet comme conseiller supplémentaire de la Fondation  .ii La plupart des fonds de la BMGF pour ses œuvres charitables dérive des investissements de la BMGF Trust dans des compagnies qui contribuent en premier lieu aux problèmes de pauvreté, d’inégalité et d’injustice.  Selon ses bilans financiers, la Trust avait 29 milliards d’investissements dans les actions et les bonds d’entreprises  en 2014.120 Les investisseurs comprennent certaines des compagnies les plus critiques au monde pour leur investissements dans les abus en droit humain ou environnemental ou en fraude fiscale.121 En ce qui concerne 2014, la BMGF Trust avait des investissements dans les compagnies minières  :
  • Barrick Gold, BHP Billiton, Freeport McMoran, Glencore, Rio Tinto, Vale and Vedanta et les Compagnies d’agrobusiness Archer Daniels Midland, Kraft, Mondelez International, Nestle and Unilever
  • Les compagnies chimiques et pharmaceutiques BASF, Dow Chemicals, GlaxoSmithKline, Novartis, and Pfizer
  • L’entreprise de boisson Coca-Cola, Diageo, Pepsico and SABMiller
  • La chaîne US multinationale Wal-Mart.

 

Comme à la fin 2014, la BMGF a aussi investi à hauteur de 852 millions en construction de la Compagnie Caterpillar, qui a été accusée depuis longtemps de complicité dans l’abus des droits de l’homme sur les territoires palestiniens occupés.122 BAE Systems, le plus grand exportateur d’armes de GB est un autre investissement. 123 La BMGF Trust a un passé d’investissement dans les compagnies de fast food qui contredit ses tentatives de politique nutritionnelle mondiale – une de ses zones d’intervention prioritaire. Elle était actionnaire chez Mac Donald jusqu’à Décembre 2014. Et est toujours actionnaire de Arcos Dorados – la chaîne la plus importante de restauration rapide et la franchise Mac Donald la plus grande au monde intervenant dans 2602 restaurants.124 Des recherches récentes par The Guardian ont montré que la BMGF Trust avait des enjeux de plus de 1.4 milliards dans les compagnies d’énergies fossiles. Les compagnies ne comprennent pas que BP mais aussi Anadarko Petroleum – qui s’est vu devoir payer récemment 5 milliards d’amende pour un nettoyage environnemental et la Compagnie de mines brésilienne Vale- élu comme la compagnie la plus méprisante de l’environnement et des droits humains dans les Awards de l’œil public annuel. L’étude du Guardian a également trouvé que la BMGF Trust avait des investissements dans 35 des 200 compagnies classes pour leurs réserves de carbones. Ceci inclut le géant du charbon anglo-américain, BHP Billiton, Glencore Xstrata et Peabody Energy et les principales compagnies Shell, ConocoPhillips, Chevron, Total et Petrobras. TCes investissements promeuvent difficilement l’un des soucis principaux de la BMGF – la santé mondiale. Un rapport récent rédigé par le Journal médical The Lancet et l’University College de Londres a conclu que le changement climatique est  la menace mondiale la plus grosse du 21ième siècle .125

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Bill Gates a annoncé en Juin 2015 qu’il investirait 2 milliards dans des projets d’énergies renouvelables.126 Cependant, Gates a dit en Octobre 2015 que l’abandon de l’énergie fossile était une fausse solution tout en accusant les environnementalistes de fausses affirmations sur le prix de l’énergie solaire.127 Le manège des entreprises La viabilité financière de la BMGF est intimement liée à la prospérité de l’Amérique néolibérale. Non seulement le BMGF Trust investit dans des corporations mais elle utilise ses fonds pour supporter certaines d’entre elles. Comme noté plus haut, le BMGF Trust a diverses actions dans des compagnies pharmaceutiques qui bénéficient du partenariat privé-public financé par la Fondation. Elle a aussi des actions dans plusieurs compagnies produisant de l’agro-chimique et des semences qui bénéficient des grosses promotions d’engrais utilisés en Afrique (voir section 3 en-dessous). La BMGF possédait 538 millions d’actions chez Coca Cola en 2014.128 En même temps,  quelques fondations BMGF encouragent les communautés dans les pays en voie de développement à devenir des affiliés de Coca.  129 La BMGF investit en collaboration avec Coca, dans la production de fruits de la passion au Kenya pour l’exportation. Dans ce projet, 50.000 fermiers sont entraînés à produire pour la chaîne d’approvisionnement de Coca.130  La présence dans la firme Coca Cola contredit les vœux clairement explicités de la Fondation de se battre pour une alimentation mondiale. Le BMGF Trust a précédemment investi dans d’autres compagnies qui bénéficiaient de ses propres financements, notablement Monsanto et un ensemble de groupements pharmaceutiques multinationaux comme Merck (dont les actions furent vendues principalement en 2009). 131 La BMGF Trust avait des actions dans Merck à un moment où elle supportait l’African Comprehensive AIDS and et le partenariat pour la Malaria, mentionnés ci-dessus. A fortiori, le plus important investissement de la BMGF Trust est dans le groupement US   Berkshire Hathaway, dont le chef exécutif est Warren Buffett – une des valeurs sûres de la BMGF – qui a donné des milliards à la Fondation.133 Berkshire Hathaway a 60 succursales principalement basées aux US dans des secteurs comme l’agriculture, l’énergie, l’alimentation, les medias, les transports, l’électronique, la chimie, la joaillerie, le mobilier et les assurances.134 Bill Gates a aussi fait office de membre du conseil d’administration de  Berkshire Hathaway. 135 qui a des actions dans de nombreuses entreprises qui bénéficient également des financements de projets de la BMGF comme  GlaxoSmithKline et Mondelez International. 136 Nombreux parmi les ONGs et bénéficiaires académiques des donations travaillent aussi en partenariat avec des entreprises dans lesquelles le BMGF Trust investit et.ou  qu’elle supporte. Par exemple, comme note plus haut, l’ONG US PATH – le plus grand bénéficiaire des financements santé de la Fondation – travaille en partenariat avec Merck. 137  Dans le domaine de l’agriculture, l’ONG  qui a reçu les fonds les plus importants de la Fondation, ( 85 millions) est Technoserve .138, don’t la devise est « Des solutions économiques à la pauvreté » et qui fonctionne comme « catalyseur et partenaire pour renforcer les marchés », croyant  dans «  le pouvoir de l’entreprise privée de transformer les vies ».139 Technoserve est l’une des nombreuses ONGs pro-business basée aux US et supportée par BMGD en lien étroit avec USAID.

 

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Davos 2013

 

 

La BMGF fait partie du conseil d’administration de l’America Most où travaillaient précédemment des entreprises multinationals basées aux US, y compris celles dans lesquelles elle avait investi ou prmues d’une manière ou d’une autre. C’est particulièrement le cas avec les programmes de santé de la BMGF, ainsi le travail de la Fondation dans ce domaine est mené non pas par des professionnels de la santé publique que par des anciens exécutifs de l’industrie pharmaceutique. À titre d’exemple :

  • Sue Desmond-Hellmann, le PDG de la BMGF a passé 14 ans chez Genetech, une compagnie phare du secteur de la biotechnologie et était précédemment chancelière de l’Université de Californie à San Francisco où elle a appuyé la création de recherché en partenariat avec des leaders de l’industrie comme Pfizer et Bayer.140
  • Leigh Morgan, Directeur de l’exploitation, ayant précédemment travaillé chez GlaxoSmithKline et Genentech.141
  • Emilio Emini a rejoint la BMGF en 2015 comme Directeur du HIV, venant d’une position d Directeur scientifique et Vice-Président de la recherché vaccine chez Pfizer., il était déjà Conseiller principal à la Fondation Gates de l’équipe HIV. Précédemment, Emini était le Directeur fondateur du Département de recherche antivirale chez Merck et le Vice-président de la Recherche en vaccination et en biologie de chez Merck.142
  • Keith Chirgwin, Directeur des affaires scientifiques et réglementaires à la Fondation BMGF était précédemment Président de la recherché chez Merck Labs.143
  • Penny Heato, qui est repnsable du secteur du développement de la vaccination à la BMGF était Responsable mondial de la recherche Clinique et des groups de développement pour Novartis Vaccins et diagnostiques et Directeur general des vaccins et de la recherché Clinique chez Merck Laboratories.144
  • Trevor Mundel, Président de la santé mondiale à la BMGF, qui dirige la recherche à la fondation et le développement santé, vaccins et médicaments, était précédemment investi dans la recherche Clinique chez Pfizer.145

De même façon, le travail de l’agriculture et de la communication de la fondation est largement mené par d’anciens exécutifs d’entreprises de l’agrobusiness.

  • Rob Horsch, qui est responsable de l’équipe de Recherche et de développement agricole, a travaillé à Monsanto pendnant 25 ans avant de joindre la BMGF.146
  • Sam Dryden, le chef du Développement agricole à la BMGF, travaillait auparavant chez Monsanto, à la compagnie chimique géante Union Carbide (où il a aidé à établir Dow Agrosciences, une des compagnies de graines génétiquement modifiées les plus importantes au monde) et il a été responsable de deux des plus grandes compagnies de plans GM au monde) Il a aussi été PDG de Emergent Genetics, la troisième compagnie américaine de plans de coton, qui a été vendue à Monsanto en 2005.147
  • Miguel Veiga-Pestana, Responsable de la communication à la BMGF, était précédemment vice-président des stratégies durables globales et des promotions externes chez Unilever.148

25 La Fondation et les extensions de Microsoft en Afrique – comme étude de cas, il est peut-être peu connu que Microsoft – la source de l’argent de Bill Gates – a des intérêts commerciaux majeurs en Afrique. Microsoft a 22 bureaux dans 19 villes à travers 14 pays et a un réseau de plus de 10.000 partenaires en Afrique .149 La compagnie fait des affaires en Afrique depuis 20 ans, ce qui fait remonte ses activités autour de 1995, peu de temps avant que Bill et Melinda Gates commencent leurs activités d’aide humanitaire en 1997.150 Des rapports suggèrent que les investissements de Microsoft en Afrique ont crû régulièrement, avec un accent particulier mis sur le secteur de l’éducation, ainsi que sur les services financiers et le secteur du pétrole et du gaz.151.

L’expansion de Microsoft a coïncidé avec  des activités croissantes de la BMGF sur tout le continent. La BMGF et Microsoft ont toujours été  entremêlés étant donné le rôle personnel de Bill Gates dans les deux. Pareillement deux anciens chefs de l’exécutif de la BMGF étaient à Microsoft – Jeff Raikes, qui a été une des figures clef après Gates et le co-fondateur de Microsoft Paul Allen, qui a été chef de l’exécutif dans la BMGF jusqu’à 2013.152 Ecrivant dans The Guardian, Andy Beckett a spéculé que « une suspicion demeure, s’effaçant lentement  mais encore présente, que les activités de la fondation sont comme une sorte de pénitence pour le comportement de domination mondiale de Gates avec Microsoft – ou une contribution à cette domination mondiale par d’autres moyens. ».153 Le dernier point de Beckett n’infère pas de théorie du complot mais pointe plutôt les conflits d’intérêts  entre les deux organisations de Gates. Gates lui-même voit peut d’opposition entre faire de l’argent et faire le bien. Il semble simplement rationnel d’avancer que la BMGF aide Microsoft – en promouvant le développement conduit par des multinationales en Afrique, en aidant à faire élire des gouvernement favorables à l’industrie et en entreprenant des activités qui donnent à Bill Gates un bonne aura. Microsoft voit clairement l’Afrique comme l’opportunité d’un nouveau terrain de business. La Microsoft 4Afrika Initiative, lancée en  Février 2013, est comme le dit la compagnie : « un nouvel effort à travers lequel la compagnie va s’engager activement dans le développement économique africain pour améliorer sa compétitivité mondiale. »

« L’initiative promeut le développement de Windows 8 et des applications de Windows Phone et  représentent notre implication de plus en plus importante en Afrique alors que nous célébrons notre 20ième année d’échanges commerciaux sur ce continent. Comme nous attendons nos nouvelles vingt années, nous voulions explorer de nouvelles façons de relier la croissance de notre commerce avec les initiatives afin d’accélérer la croissance sur ce continent. La Microsoft 4Afrika Initiative est construite sur la double certitude que la technologie peut accélérer la croissance en Afrique et que l’Afrique peut aussi accélérer la croissance du monde ».154

Ali Faramawy, le vice-président de Microsoft pour  le Moyen Orient et l’Afrique  a écrit que : « Le monde a reconnu la promesse de l’Afrique et Microsoft veut investir dans cette promesse… A Microsoft nous voyons le continent africain comme un changeur de donne de l’économie mondiale. » 155 Faramawy note que Microsoft 4Afrika Initiative  vise à  placer des dizaines de millions de smartphones entre les mains de la jeunesse africaine d’ici 2016, principalement le Windows phone 8, un projet partagé avec la firme Chinoise Huawei. Le marché est vaste puisque en Afrique aujourd’hui, les smartphones ne sont que 10% de l’ensemble des appareils téléphoniques sur le marché.156 Fernando de Sousa, le Responsable Microsoft pour Africa Initiative  a dit que : L’usage des smartphones en Afrique croît plus rapidement que n’importe où ailleurs dans le monde.157 Microsoft affirme que : « Le lancement de Microsoft 8 et de nombreux autres nouveaux produits dans les mois qui viennent représente une nouvelle ère pour Microsoft, qui va redéfinir la technologie industrielle à un niveau mondial. Ces investissements supplémentaires sous la bannière de 4Afrika vont aider à redéfinir une nouvelle ère pour notre compagnie en Afrique. » 158

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Quatrième partie : samedi 11 juin

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Deuxième partie

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

Troisième partie : Médias et influence des ONGs : la fondation étouffe-t-elle les critiques ?

 

Même si nous pouvions nous satisfaire de la bénignité de la Fondation Gates, ce serait encore inquiétant de les voir manier un tel énorme pouvoir de propagande. dit Mark Crispin Miller, professeur de communication médiatique et culture à la New York University.82 Pendant les dix dernières années, la Fondation Gates a consacré plus d’un milliard de dollars à la “politique et défense”. Dépensant plus sur ces programmes que la plupart des autres fondations – comme la Fondation Rockfeller ou Mac Arthur – dépensent ensemble. Les fonds de la BMGF vont a plusieurs organisations médiatiques prééminentes comme The Guardian, ABCet AllAfrica. Au-delà de ça, la BMGF a investi des millions dans des programmes d’entraînement pour les journalistes et finance la recherche sur les façons les plus effectives d’élaborer un message médiatique. Les organisations soutenues par la BMGF s’occupent de la présentation médiatique et de la presse d’opinion pendant que les publications scientifiques reçoivent l’argent des Gates pour publier leurs recherches et le “Tout le monde suit les directives de la Fondation, a dit un représentant d’une œuvre caritative implantée depuis longtemps au Guardian. “ Il semble qu’ils sont partout. A toutes les conférences où je me rends, ils y sont. Toutes les études qui sont publiées, ils en font partie. 83 Comme le notent deux analystes américains, “ il n’est pas inconcevable que nous puissions nous trouver un jour à lire une histoire à propos d’un projet de santé financé par les Gates, publié dans un journal dont la couverture santé est organisée par les Gates, rédigé par un journaliste qui a participé aux sessions de journalisme financées par eux, et citant des données collectées et analysées par des scientifiques subventionnés par les Gates.85 Sophie Harman, une universitaire de l’Université Queen Mary de Londres dit qu’il y a très peu d’acteurs préparés à dire quoi que ce soit de négatif sur le travail de la BGMF. Une des explications pour ce silence tient au fait que «  tout le monde est effrayé de critiquer Gates et le rôle de sa fondation parce que personne ne veut perdre ses subventions. ». 86  Ceci affecte aussi les OGMs dont l’absence de critique est palpable. Certes, quelques OGNs ont critiqué certains aspects du travail de la BMGF, en particulier Médecins sans frontière, Global Health Watch, GRAIN, Friends of the Earth et le Centre africain pour la biodiversité. Cependant ce sont des exceptions qui sont des ONGs ne recevant pas de subventions de la BMGF.

 

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La BMGF soutient de nombreuses ONGs internationales plus grandes travaillant sur l’agriculture et la santé qui seraient autrement attendues dans la critique de certains aspects de l’agenda de la fondation et qui cependant ont choisi de rester largement ou complètement silencieuses.  La Fondation réenforce le mythe que la charité et non la justice est la clé du développement. Un Bill Gates riche dépensant de l’argent sur les pauvres dans un contexte où il est très en vue et où il traite ces questions avec la haute-technologie réenforce la notion que le développement est lié à la charité et au fait de «  donner des solutions aux pauvres ». La charité peut certainement aider à promouvoir le développement, mais quand ce modèle devient le modèle exclusif de développement, comme il aura tendance à le faire quand les donateurs ont tant de pouvoir sur les décisions, les pauvres deviennent dépendants des riches, et ces derniers sont considérés comme des sauveurs pendant que les pauvres deviennent les récipients de leurs faveurs. En ce sens, la philanthropie est l’ennemie de la justice.87 Le point est que les pauvres ne demandent pas la charité, ils exigent la justice, qui ne demande pas tant d’argent du monde riche que des changements fondamentaux dans la façon de le monde riche  : y compris l’interruption des paradis fiscaux, la limite des pouvoirs des corporations et le changement de l’économie néolibérale. Tout ceci est décidément hors de l’agenda de la BMGF et sont encore exacerbés par elle. Un problème majeur avec la centration sur la technologie est que la BMGF, avec d’autres associations philanthropiques est entrain de restructurer les politiques d’aide bien au-delà du droit et de la justice, vers un « développement autoritaire » technocratique.88 Dans sa lettre annuelle de 2015 par exemple, Bill Gates a écrit que le 15 prochaines années verraient un découverte majeure dans les pays pauvres qui  seront conduits par l’innovation dans la technologie (- allant des nouveaux vaccins aux semences plus résistantes et aux Smartphones et tablettes beaucoup moins chers ) et par des innovations qui permettront de distribuer ces choses à plus de personnes. La lettre de Gates a ensuite suggéré que le changement climatique pourrait retenir ces progrès mais que la réponse était de   « développer des sources d’énergie qui soient moins chères, puissant être délivrées à la demande et n’émette aucun carbone de dioxyde. »  89 Dans cette perspective, la technologie est reine et il est largement question d’offrir cette technologie aux pauvres. Mais faire face au changement climatique n’est pas simplement – ou même principalement- une affaire de technologies nouvelles mais des changements majeurs dans les modes de vie, les politiques publiques et le comportement des firmes. D’autres questions fondamentales oubliées dans l’analyse des Gates tiennent à la justice des impôts. – qui pourrait être beaucoup plus importante que les aides en fournissant des ressources pour le développement – et l’inégalité mondiale- qui augmentent la pauvreté et les instabilités sociales.90 Ces questions plus complexes, plus «  politiques »  devraient être le réel centre d’intérêt de la prise de décisions politiques dans le développement international. Comme l’affirme Duncan Green de Oxfam, La lettre annuelle de Bill Gates de 2015 offre un « charter de technocrates »- un univers parallèle dans lequel les nouvelles technologies vont résoudre les questions de santé, de changement climatique, d’illettrisme, et juste à peu près tout- c’est une zone de pensée et de politique – libre. ».91

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Davos 2013

 

 

Le prééminent analyste du développement William Easterly, Professeur d’économie à l’Université de New York, émet des soucis identiques : «  Gates croit que la pauvreté s’achèvera en trouvant des solutions technologiques. Mes recherches montrent que le premier pas n’est pas d’identifier des solutions techniques mais d’assurer le droit des gens. Gates concentre les efforts de sa fondation à trouver les bons remèdes aux problèmes des pauvres de ce monde, comme des filets pour se protéger contre les moustiques de la malaria, ou des variétés de maïs résistant aux inondations afin de prévenir la famine.  Avec d’autres donateurs officiels, comme l’USAID ou la Banque mondiale, la fondation travaille avec les gouvernements locaux, généralement autocratiques sur ces solutions techniques. » Easterly cite l’exemple de la louange de Gates des leaders éthiopien, un pays décrit comme fixant des buts clairs et mesurant les résultants, mais qui ignore la répression du précédent autocrate Meles Zenawi, qui gardé le pouvoir de 1991-2012. Gates  a dit que la mort de Meles était une grosse perte pour l’Ethiopie”.92 Le choix des solutions technologiques sur celles qui s’adressent aux questions systémiques sociales, économiques, ou politiques favorisent les corporations. (puisque ce sont elles qui tendent à distribuer la technologie) et peuvent laisser les gouvernements et les donateurs hors circuit, en les autorisant à minimiser la corruption, les atteintes aux droits de l’homme, et les inégalités sociales comme cause de la souffrance humaine.93 Une approche technologique tend à considérer le développement comme un processus dépolitisé, comme si il n’y avait que peu de choix su la politique à mener – et qu’il n’y ait que des solutions technologiques. Pourtant il y a un grand débat entre les paradigmes néolibéraux et les alternatifs et une politique de développement a besoin de se déplacer hors de la globalisation menée par les corporations et vers le développement de politiques qui renforcent la justice sociale et économique. La fondation demeure largement responsable. La BMGF n’a en fait des comptes à rendre qu’à elle-même, ce qui veut principalement dire Bill et Melinda personnellement. Il n’y a pas de comité d’individus de confiance en tant que tel. Les trois attachés sont Bill, Melinda et Warren Buffet. 101 Comme fondation privée, la BMGF est obligée de seulement rapporter ses transactions financières de haut niveau au gouvernement US afin de faire appliquer l’exonération d’impôts.  La BMGF a de l’influence sans avoir de comptes à rendre. Les monopoles puissants et lucratifs de la fortune de Bill Gates proviennent largement des monopoles de Microsoft conquis dans les domaines des systèmes opérateurs et du software professionnel. En cherchant des patentes pour leurs produits, les compagnies pharmaceutiques et agricoles dépendent d’un droit de propriété intellectuelle et de lois commerciales qui a des effets contraires dan les pays en voie de développement.  Une façon particulièrement insidieuse avec laquelle les patentes globales affectent les pays en voie de développement est la « pirateriebio ». Il s’agit de l’appropriation, usuellement à travers des patentes, de droits sur du matériel biologique (comme des plantes ou de semences)  par des compagnies internationales afin de développer de la nourriture ou des médicaments, sans compensation pour le pays où ils sont  fournis. Le vrai coût de tout ceci reste inconnu mais en 2005, l’Union africaine estimait que l’Afrique avait perdu de 5 à 6.8 milliards en une année à cause des vols de biodiversité.94 Une estimation plus récente estime que les pertes pourraient être de 15 milliards par an pour l’Afrique.95 Ce qui est clair c’est que les coûts vont être beaucoup plus importants que les dépenses de la Fondation Gates pour un même pays. Les patentes ont subi un gros boost en 1994 quand, après un lobbying intense  par les multinationales, l’ Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights (TRIPS) a été adopté par l’Organisation mondiale du commerce. Ceci entérine la capacité des corporations à mettre leurs inventions sous patente et les protège avec des droits de monopole pour 20 ans ou plus. Dans le cas de drogues médicales, cela  a rendu plus difficile l’accès aux médicaments génériques aux pays en voie de développement  et les a forcé à avoir recours à des marques déposées onéreuses. 96 « Microsoft est connu pour avoir lobbyiser avec férocité pour le TRIPS et a aussi lobbyiser dans le cadre du G8 pour resserrer la protection de la propriété intellectuelle. Cette dernière étant un mouvement qui  allait aggraver la crise de la santé dans les pays en voie de développement. » dit Oxfam97 La forte propriété intellectuelle a du mérite quand elle stimule authentiquement les inventions qui fonctionnent dans l’intérêt public mais pas quand elle donne aux compagnies multinationales un pouvoir énorme, s’apparentant parois à un monopole, sur les marchés et les ressources. La compétition générique est le moyen le plus efficace de baisser les prix des médicaments d’une façon correcte mais les patentes et d’autres formes de propriétés intellectuelles l’empêche et maintiennent les prix élevés.  Le système des patentes dans le cadre du TRIPS est le cadre le plus stimulant pour le développement de nouveaux médicaments. Son cadre stimulant est généré par le profit et favorise les intérêts commerciaux sur les soucis de santé publique et il ne se concentre pas sur la production des médicaments qui rencontrent les besoin du public à un prix que les sociétés puisse se permettre sur le long terme. Ceci explique partiellement l’absence de vaccins disponibles contre les maladies tropicales qui affectent les pays en voie de développement. Les pays à bas salaires manquant de marchés favorables pour les produits pharmaceutiques souffrent le plus de ce système.98 La position de monopole de Microsoft dans son cœur du business technologique s’est finalement avéré illégal aux USA. Comme le dit Barry Ritholtz dans le Washington Post: La plus grande force de Microsoft a toujours été sa position de monopole dans la chaîne des PC. Son accord de licence exclusive avec les fabricants de PC engendrait un paiement pour une licence MSDOS que l’opérateur Microsoft soit utilisé ou non. Parce que ça n’avait pas de sens de payer pour deux systèmes d’exploitation, ça a créé une énorme barrière pour faire rentrer n’importe quelle autre firme de software. Aucun autre fabricant  de système-opérateur ne peut entrer un doigt de pied dans le marché PC. Jusqu’au moment où le Département de Justice  prenait sa décision quant à ces arrangements illégaux en 1994, Microsoft avait gardé une place dominante sur le marché de toutes les ventes de systèmes-d’exploitation. Ses trois principales lignes de produit :  Office, Server Tools et  ( maintenant glissant à la troisième place) Windows – comptent pour trois-quarts de ses revenus et presque pour tout son profit. Ce n’est pas une coïncidence que ces lignes soient les bénéficiaires directes du monopole Microsoft. Bien sûr aucun des autres domaines de Microsoft  n’a achevé le succès de ses propriétés de monopole.”

 

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Microsoft a également été accusé d’actions illégales en Europe. En 2004, la Commission européenne a conclu, après une investigation de cinq ans, que la compagnie avait cassé les lois de la compétition au sein de l’UE en faisant basculer son quasi-total monopole sur le marché des systèmes d’exploitation sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail ou sur media player dans des pratiques qui étaient toujours d’actualité. Microsoft a été pénalisé de 497 millions. La Commission européenne a donné une position claire de la façon dont Microsoft entendait  finaliser son sa position de monopole : « Microsoft a abusé de son pouvoir de marketing en réduisant délibérément l’inter-opérationnalité entre Windows PC et des groupes de travail non Microsoft et en liant son Windows media player, un produit où il a à faire face à de la compétition, à son omniprésent Système d’exploitation Windows.  Cette conduite illégale a rendu Microsoft capable d’acquérir une position dominante sur le marché pour les systèmes d’exploitation pour serveur de groupes de travail qui sont au cœur des réseaux informatiques et il risque d’éliminer la compétition également sur ce marché.  En supplément, l’attitude de Microsoft a affaibli significativement la compétition sur le marché des média players. Les abus actuels sont un frein à l’innovation et endommagent le processus compétitif et les consommateurs, qui finissent avec moins de choix et des prix plus élevés. ».100  La Fondation n’a aucun compte à rendre et n’est pas discutable d’une façon habituelle dans aucun pays du grand sud ou face aux institutions internationales. Au contraire, comme le pointe Global Health Watch, «  Le fait que la Fondation Gates soit un fondateur et un membre du conseil d’administration des diverses nouvelles Initiatives pour la santé mondiale (e.g. the Global Fund; GAVI, Stop TB Partnership; and Roll Back Malaria) signifie que d’autres acteurs de la santé rendent des comptes à la Fondation Gates mais que ce n’est pas réciproque. » 102 En dépit de son influence mondiale, il existe très peu d’observation formelle ou indépendante des projets et des stratégies de la Fondation Gates et apparemment aucune analyse critique du tout provenant de l’intérieur du système d’aide officiel.  C’est une question qui reste sans réponse depuis longtemps : en 2009, The Lancet notait que la BMGF pouvait se targuer d’un grand nombre de réalisations dans le domaine de la santé mondiale mais qu’elle n’avait reçu que «  peu d’attention extérieure ». plus encore, « la validation par la Fondation Gates semble être largement accordée par l’intermédiaire d’un système informel de liens personnels et de relations plutôt que sur un processus plus transparent  base sur l’analyse indépendante et technique des pairs. » 103 Comme l’ont note les Peoples Health Movement, en dépit de la forte influence exercée par la Fondation sur les politiques de santé mondiale, leurs  effets n’ont jamais été évalués.104 En 2011, le Development Assistance Committee (DAC) de l’OCDE – l’organisme qui contrôle les aides des donneurs – a inclus la BMGF dans ses rapports statistiques pour la première fois. Cependant la DAC n’a pas soumis la BMGF a un examen des pairs de ses stratégies d’aide, de la même façon qu’elle le fait pour des donneurs bilatéraux.105 La  BMGF n’est pas tenue de se plier à des évaluations indépendantes de son travail, bien que les projets individuels puisse nécessiter une politique d’évaluation comme condition d’obtention.106 mais elle ne semble pas devoir publier les évaluations qu’elle demande et il n’est pas certain qu’elles soient complètement indépendantes. La BMGF a un site Web avec des rapports annuels, une lettre annuelle de Bill Gates et d’autres matériels mais cette information est pour la promotion et les relations publiques plutôt que pour une analyse détaillée du financement de ses activités.107 Le site web inclut une base de données des dons de la BMGF mais l’information est généralement d’une ou de deux phrases seulement, et il est même difficile de savoir précisément ce que la Fondation finance .La Fondation Gates travaille à proximité de nombreuses entreprises dont les rôles et les pratiques contribuent à la pauvreté actuelle. La BMGF ne considère pas ces entreprises comme un problème, mais comme des partenaires dans le développement.  La stratégie de la Fondation est un défi majeur aux acteurs et aux activistes progressistes du développement autour du monde qui veulent voir la part des entreprises multinationales dans les marchés mondiaux réduite ou éliminée. La Fondation ne finance pas seulement des projets où les trusts de l’agriculture et de la pharmacie sont les premiers bénéficiaires, le Trust BMFG investi aussi dans de nombreux d’entre eux pour fournir les fonds de ses activités «  charitables ». À plus forte raison, elle investit souvent dans les mêmes compagnies qu’elle finance, ce qui signifie que la Fondation a un intérêt dans l’actuelle profitabilité de ces entreprises. C’est un manège de corporations où la BMGF agit conséquemment dans les intérêts des entreprises. Cet état de fait n’est peut-être pas surprenant parce que les équipes de responsables sont issues très majoritairement de l’Amérique corporatiste.

 

 

Quatrième partie : samedi 4 juin

 

Traduction Elisabeth Guerrier

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

DEUXIÈME PARTIE  Influence politique et politiques de santé : la vaccination

Janvier 2016

 

L’influence sur les politiques mondiales. Des preuves suggèrent que la fondation Gates s’est offert un rôle dans un nombre d’organisations hautement influentes. Les sommes importantes d’argent données par la BMGF lui permettent de créer un système de patronage global alors qu’en réalité elle achète la loyauté d’acteurs influents. En même temps, les critiques de la fondation sont muets et de nombreux acteurs recevant des fonds de la fondation, dont on aurait dans d’autres circonstances attendu des critiques demeurent largement silencieux.   Cette situation est clairement une menace pour la prise de décisions démocratique mondiale. Le fait qu’une fondation privée occupe ces positions influentes est un acte d’accusation du système d’aide international et des gouvernements qui devraient demander des comptes à la BMGF. Plus encore, son effet est que les décisions politiques sont tirées vers la promotion du secteur privé et vers les intérêts des multinationales. La fondation a une influence globale trop importante. Elle est particulièrement présente dans l’agriculture globale et dans la santé où elle finance un tas de scientifiques de gouvernements, de corporations, d’ONGs et de medias, provoquant  un  effet de levier considérable à la programmation des décisions politiques. Dans le domaine de la santé, le BMGF a été le premier ou le second contributeur le plus important au budget de l’Organisation mondiale de la santé ces dernières années. La BMGF a fourni 11% du budget de l’OMS en 201. 30 ce qui est 14 fois plus que la contribution de la Grande –Bretagne. La foundation est aussi devenue la principale source de financement de la recherche sur les maladies contagieuses comme la tuberculose, la malaria et le HIV, finançant plus que l’OMS elle-même.31 La BMGF est aussi un partenaire essentiel dans plusieurs partenariats public-privé de santé influents. Du capital initial de la fondation a lancé la Global Alliance for Vaccines and Immunisation GAVI ( Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation)  en 1999.32 dans le conseil de laquelle la fondation est présente au titre d’un des membres permanents ( avec l’OMS, l’UNICEF et la Banque mondiale) .33 La BMGF a donné 2.5 milliards au Fond global pour la lutte contre l’HIV.SIDA, la tuberculose et la malaria, dans le conseil duquel elle est aussi présente.35 Elle est aussi présente au conseil du H8, un groupe auto-proclamé de huit organisations liées à la santé ( avec l’OMS, l’UNICEF, l’UNFPA et l’UNAIDS, le Global Fund et GAVI) créé en 2007 pour faire face aux objectifs des problèmes globaux de santé à régler. 36 En plus, elle a été impliquée dans la création d’un agenda santé pour un groupe auto-proclamé du G8.37 En ce qui concerne l’agriculture, la BMGF a déjà dépensé 2 milliards, principalement dans l’Afrique sub-saharienne et l’Asie du sud.38 Elle est le cinquième plus grand donateur à l’agriculture, ayant dépensé 389 millions en 2013. Seulement l’Allemagne, le Japon, la Norvège et les US ont des programmes d’agriculture bilatéraux plus importants.39 En Afrique, elle a établi et finance l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA), qui est devenue sans doute le groupement le plus influent sur tout le continent (voir section 3). Avec les fonds vient l’influence. La BBC a appelé Bill Gates «  la voix privée la plus influente sur la santé mondiale ».40 The Guardian a décrit Sam Dryden, le responsable de l’agriculture à la BMGF comme  « vraisemblablement la figure la plus puissante dans le monde de l’agriculture aujourd’hui. » Aucun ministre de gouvernement, aucun banquier ou responsable de la société civile ou des entreprises n’a une telle influence avec si peu de restrictions.41 Bien sûr, la fondation a gagné accès aux plus hauts niveaux des décisions au sein des Nations unies et de plusieurs autres organisations internationales. Par exemple, la famille Gates a gagné un accès personnel considérable au sein du comité directeur de l’Organisation mondiale de la santé. En 2014, le People Health Movement a écrit à l’OMS afin de protester  contre sa dernière décision d’inviter Melinda Gates en tant qu’oratrice principale de l’Assemblée de la santé mondiale, le lieu des prises de décisions de l’OMS.  C’était la troisième fois qu’un représentant de la BMGF ou un membre de la famille était invité comme porte-parole de l’assemblée en dix ans.42  En mai 2011, le «  directeur-général de l’OMS et Bill Gates ont convenu d’une rencontre urgente sur l’éradication de la polio. »

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11 Bill Clinton, Bill Gates, Thabo Mbeki, Tony Blair, Bono and Olusegun Obasanjo at the World Economic Forum, 2005

 

La Directrice–générale le DR. Margaret Chan et Bill Gates se sont  « rencontrés  aujourd’hui avec les Ministres de la santé des pays touchés par l’épidémie de polio et les agences de développement international afin de discuter des étapes urgentes à franchir afin d’éradiquer la polio rapidement et efficacement. ». 43 Il est inconcevable de Gates puisse jouer ce rôle dans l’Organisation si sa fondation ne la finançait pas.  En février 2012, la fondation Gates a annoncé qu’elle donnait 200 millions au Fonds international pour le développement agricole (IFAD), une des trios organisations pour l’agriculture des Nations unies basées à Rome. Le jour de cette annonce, Bill Gates avait aussi été invité à parler à prendre la parole devant le conseil de l’IFAD. Dans son discours, Gates a imploré les pays d’ «  apporter la science et la technologie aux pauvres agriculteurs » pour lesquels «  la véritable expertise est liée aux compagnies du secteur privé. » Il s’agissait d’une référence aux OGM et à la biotechnologie, domaines fortement prioritaires dans la fondation (voir section 3).44 Bien sûr le  « rapport d’intentions » que la fondation Gates et l’IFAD ont signé conjointement  en appelant à  « supporter la génération de nouvelles technologies afin qu’elle crée la possibilité d’une intensification durable de l’agriculture.45 IFAD a noté que les deux organisations coordonnaient leurs investissements. Dans des domaines comme la recherche agricole.46 Un signe montrant que l’IFAD semble avoir adopté l’agenda technologique de la BMGF se trouve dans un article de Kevin Cleaver, Vice-président associé de l’iFAD qui a écrit au même moment que l’annonce du financement de Bill Gates : « La technologie est la clef. Les avancées les plus simples : des semences plus robustes, ou même de meilleures charrues ou house – peuvent faire basculer vers la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Il nous faut simplement trouver ce qui fonctionne et ensuite le répliquer fiévreusement. » 47 © World Economic Forum/swiss-image.ch12

C’est une vision plutôt bizarre du développement agricole et simpliste d’une façon inquiétante de la part d’une agence internationale phare. Si la solution était simplement d’inventer de nouvelles technologies et de les transmette aux fermiers, la faim dans le monde aurait été éradiquée depuis longtemps. à la tête. Une autre organisation internationale sur laquelle la BMGF semble aussi exercer une forte influence est le Groupe consultatif pour la recherche agronomique Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR), un consortium de 15 centres de recherche qui est le groupe le plus influent pour la recherché dans les pays en voie de développement. Le CGIAR Fund se décrit lui-même comme : « le plus grand moyen public de financement des recherches menées pour affronter les challenges de sécurité alimentaire du 21 ième siècle. ».48 La BMGF a été le donateur le plus important du CGIAR fund (après la Grande –Bretagne et les USA) contribuant à 13% de son budget total.50 Avec les financements vient l’influence, encore. Les ressources du CGIAR sont gérées par le CGIAR find council,  au conseil d’administration duquel siègent les Gates, la seule organisation privée à avoir ce droit.  Le Conseil détermine les priorités pour l’usage des fonds et finance des experts scientifiques qui conseillent tous les donateurs.51 En mars2012, la rencontre du Fund Council s’est déroulée à la Fondation Gates à Seattle. Bill Gates a parlé de la nécessité de doubler ou tripler la productivité agricole en Afrique et en Asie et a dit que «  c’était parfaitement envisageable si le système utilise les dernières avancées scientifiques, y compris la biotechnologie agricole. ».52 Beaucoup de centres de recherche du consortium de la CGIAR, dont certains sont directement appuyés par la BMGF ont déjà des programmes actifs de recherche dans les OGMs.53 La fondation incline les politiques de santé publique vers ses propres intérêts, légitimant le rôle que les compagnies pharmaceutiques multinationales jouent dans la partenariat public-privé lourdement promu par la BMGF, avec certains de ses propres projets et investissements.( se reporter à la section 2) . Ceci provoque le renforcement de leur rôle dans les décisions touchant la santé publique et les politiques de santé.  Le Global Fund pour la lutte contre le SIDA, la Tuberculose et la Malaria, financé par la BMGF et l’Alliance du GAVI, qui sont des partenariats public-privé ont des liens très serrés avec l’industrie pharmaceutique. Merck est actuellement présent au conseil de Global Fund54 pendant que les membres du conseil de GAVI incluent toujours des compagnies de l’International Federation of Pharmaceutical manufactureurs, qui compte GlaxoSmithKline, Merck, Novartis, et Pfizer, parmi d’autres55. Global Health Watch note que l’influence du secteur privé sur le  Global Fund’s Board est importante d’une façon disproportionnée. is.56 La question du tariff des vaccins a illustré pendant longtemps le rôle dominant de compagnies privées au sein de la GAVI Alliance . Son association avec l’industrie pharmaceutique a été longtemps critique. L’Adbvance Market Commintment, par lequel des donateurs investissent des fonds afin de garantir le prix des vaccins une fois qu’ils ont été développés, afin de donner aux fabricants l’envie d’investir dans la recherche et le développement – a longtemps été considérée comme une façon de subventionner les compagnies pharmaceutiques avec des aides publiques.57 GAVI est essentiellement critiquée pour le surcoût des vaccins et les ONGs ont longtemps fait pression afin qu’ils baissent leurs prix. Oxfam a appelé toutes les compagnies pharmaceutiques à se retirer du conseil de  la GAVI parce qu’il était trop clair qu’il s’agissait de conflits d’intérêt.58 Au-delà de la GAVI, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) trouve que la propriété intellectuelle sur les vaccins permet à un petit groupe de compagnies pharmaceutiques de provoquer la flambée des prix. Elle signale que le coût d’une vaccination complète pour un enfant est 68 fois plus élevé qu’il l’était il y a une dizaine d’année. « Principalement parce que une poignée de gros lobbies industriels chargent abusivement les donateurs et les pays en voie de développement pour une vaccination qui leur rapport déjà des milliards de dollars dans les pays développés. » 59 Est à noter tout particulièrement le vaccin du pneumocoque – le plus gros tueur d’enfants en dessous de huit ans dans les pays en voie de développement.60 GlaxoSmithKline and Pfizer – qui en sont les seuls producteurs – ont fait plus de 19 milliards de bénéfices depuis son arrivée sur le marché en 2009.61 MSF demande à ces compagnies de baisser le prix de ses vaccins à 5 dollars par enfant alors qu’il est actuellement aux alentours de 60 dollars. Mais Bill Gates a personnellement refusé ces demandes de MSF en disant que de baisser les prix amènerait uniquement les compagnies pharmaceutiques à refuser de travailler sur le sauvetage des vies dans les pays en voire de développement. 62

 

Conference on vaccines and immunizationLe businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Établir le (mauvais) agenda. L’absence de comptes à rendre de la BMGF et sa prise de décisions personnalisée (voir plus bas) lui fait favoriser les organisations privées et promouvoir son propre agenda. Le soutien considérable de la fondation à la OMS par exemple, est lié aux projets qu’elle veut voir finances, plus qu’à ceux proposes par l’assemblée de l’OMS.  63 L’influence de la BMGF dans les décisions concernant l’agenda de la santé est critique dans la mesure où les ONGs et les universités qui ne s’alignent pas peuvent se faire marginaliser et les problèmes de santé que la fondation ne considère pas comme importants peuvent être négligés. Comme le déclare l’expert de la santé de l’University College de Londres, David McCoy,  « C’est cohérent parce que la façon dont les problèmes de santé des populations pauvres sont définis et  traités en priorité est cruciale dans la construction d’une réponse efficace. » 64 La dominance de Gates dans les agendas de la recherche est aussi un sujet d’inquiétude. Depuis 2008, le responsable de la recherche sur la malaria de l’OMS  Aarata Kochi, accuse la BMGF dans une lettre à son responsable de « supprimer la diversité d’opinion scientifique, affirmant que ses prises de décisions étaient un processus interne clos, et pour autant qu’on puisse le constater, n’ayant aucun compte à rendre à quiconque qu’à elle-même. » Il dit que la domination croissante de la fondation sur la recherche sur la malaria risqué d’étouffer une diversité de vues au sein des scientifiques et d’anéantir le rôle de l’agence pour la santé dans les prises de décisions. Beaucoup des scientifiques experts de la malaria sont «  enfermés dans un cartel »   avec leur financements liés à ceux de ceux appartenant au groupe » et puisque « chacun a un intérêt direct à sauvegarder le travail des autres. » écrit Kochi, obtenir des points de vue indépendants dans les propositions est devenu  « de plus en plus difficile ». 65 Il y a eu d’autres critiques sur l’agenda de la BMGF biaisant les priorités de santé. En 2009, des éditeurs et d’autres experts de santé écrivant pour le journal médical Le Lancet ont souligné un certain nombre de critiques sérieuses portant sue la fondation. La fondation a été reconnue comme accordant la plupart de ses subventions aux organisations des pays à hauts revenus, exacerbant donc  l’inégalité de la recherche et les infrastructures de développement entre les pays riches et les pays pauvres. Elle donne priorité au financement de la malaria et de l’VIH/ SIDA, tout en négligeant presque complètement les fonds alloués pour les maladies chroniques non transmissibles. Les articles du Lancet   notent que pendant que la BMGF a donné un fort élan  au financement global de la santé, «  les subventions octroyées par la fondation ne reflètent pas le fardeau de la maladie subit par ceux qui vivent dans la plus extrême pauvreté » Les subventions pour la recherche sur la pneumonie, la diarrhée et la sous-alimentation maternelle et infantile – qui cause 75% des décès chez les enfants- étaient relativement peu financés par la BMGF. Face à ces maladies, la clef n’est pas de nouveaux vaccins largement promus par la fondation mais des mesures de prévention effectives qui sont déjà parfaitement connues, comme l’allaitement au sein et les traitements, y compris les antibiotiques contre la pneumonie, la thérapie par réhydratation orale, et le zinc contre la diarrhée.66 Les éditeurs du Lancet ont conclu en notant les inquiétudes de «  nombreux scientifiques qui ont travaillé depuis longtemps dans les secteurs à revenus faibles «  « de voir les programmes de santé largement compromis par les financements importants de la BMGF ». Par exemple, une concentration sur la malaria dans des zones où d’autres maladies causent plus de pertes humaines crée des motivations perverses chez les politiciens, les décideurs et les travailleurs de la santé. «  Dans certains pays, les ressources matérielles de la fondation sont perdues ou détournées des besoins les plus urgents. ». 67 Depuis 2009, la BMGF semble intensifier les programmes liés à la pneumonie et à la nutrition infantile par exemple. Cependant, elle a toujours une orientation sans comparaison sur les vaccins. Un des problèmes sur la concentration importante de la BMGF sur les vaccins est que cela détourne du reste, de plus urgent priorités de santé comme celle de construire des systèmes publics de santé plus résistants. Cependant, en mai 2011, Bill Gates a déclaré lors de l’assemblée de l’OMS «  Tout comme nous réfléchissons à la façon de déployer nos ressources plus efficacement, une intervention se détache : les vaccins. Aujourd’hui, je souhaiterais parler de  la façon dont vous pouvez fournir le leadership d’une décade qui sera celle de la vaccination. ».68

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Cependant pourquoi les vaccins devraient-ils s’affirmer comme un besoin critique entre tous. Selon Bill Gates, «  Les vaccins sont une technologie extrêmement élégante. Ils ne sont pas chers, sont facile à délivrer, et ils ont fait leurs preuves pour protéger les enfants contre les maladies. À Microsoft, nous rêvons de technologies qui soient à la fois si puissantes et si simples » Il semble que la fondation applique la même logique à la santé mondiale qu’elle l’a fait pour construire un empire électronique. Gates a terminé son discours en appelant tous les pays à suivre son choix concernant la vaccination.  «  Pays donateurs,  vous devez augmenter vos investissements dans les vaccins et l’immunisation même si vous devez affronter des crises budgétaires… Tous les 193 états membres, vous devez faire de la vaccination le point central de votre système de santé. ».69 La BMGF a été largement critiquée pour sa priorisation de la technologie, en particulier les vaccins et les médicaments, comme solutions de développement. La recherche sur de nouveaux médicaments et de nouveaux vaccins a été la seule destination des fonds de la BMGF, à concurrence d’un tiers de tous les fonds alloués entre 1998 et 2007 par exemple.70 Beaucoup de ce centration est positive – par l’intermédaire de la GAVI par exemple, l’usage des vaccins contre l’hépatite B et l’HIB ( grippe) ont été largement répandus.71 Mais comme Steven Buchsbaum, Directeur de la découverte et des sciences transnationales à la BMGF le note dans une citation en 2015 , la transition de l’intérêt envers la technologie  à l’intérêt envers la distribution «  n’a pas été plus développé au sein de la Fondation. ».72 L’intense centration sur les vaccins risque de détourner la politique mondiale de la santé de ses autres priorités. La professeure de santé publique de l’Université de Toronto,  Anne-Emmanuelle Birn a écrit en 2005 que la BMGF « avait conçu la santé d’une façon limitée, comme le simple produit d’interventions technologiques, en la dissociant des contextes économiques, sociaux et politiques. » .73 Selon expert de la santé, David McCoy, « plutôt que de considérer la mort de centaines de milliers d’enfants à cause d’une infection au rotavirus comme une question clinique qui nécessite une réponse par la vaccination, une meilleure approche aurait pu être de le considérer comme un problème de santé publique qui nécessitait des interventions sociale, économiques ou politiques afin d’assurer l’accès universel à l’eau potable et aux installations sanitaires. ».74 Au sein des zones vises par la BMGF, comme la recherche sur la malaria, certains spécialistes critiquent également la fondation pour son absence de prise en compte dans ses programmes des demandes locales et des besoins. Par exemple, Global Health Watch note que le schéma d’action de la BMGF  Grand Challenge traite les maladies à transmission vectorielle comme la malaria comme beaucoup trop statiques, privilégiant les vaccins et le schéma de modification génétique, ce qui néglige le fait que l’éradication de la malaria en Europe a été le résultat du drainage des marécages et d’une amélioration des équipements sanitaires, associés avec un développement économique à grande échelle.75 Contournement des systèmes de santé. La centration de la plupart des projets de la BMGF à l’effet de contourner les systèmes de santé publique. Devi Sridhar,  un spécialiste de la santé à l’Université de Oxford a averti du fait que les interventions philanthropiques  « orientent littéralement les programmes de santé publique vers les questions qui inquiètent le plus les donateurs fortunes – questions qui ne sont pas nécessairement les premières priorités des personnes des pays bénéficiaires. » 76 Les projets de la BMGF sont souvent des projets finances verticalement orientés vers des maladies spécifiques ou des problèmes de santé, contournant largement les programmes de santé existant déjà. Le Global Fund, qui est soutenu par la BMGF, dit que l’essentiel de ses financements se concentre sur des maladies spécifiques et que seulement 10% des 25 milliards qui ont été déboursés depuis 2002 est allé vers le renforcement des systèmes de santé existants.77 L’échec à investir d’une manière adéquate afin de construire des systèmes de santé et les pressions des donneurs vers d’autres priorités peuvent avoir des conséquences tragiques. En septembre 2014, Margaret Chan, la Directrice générale de l’OMS a dit au New York Times dans une interview à propos de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest, «  Mon budget est fortement caractérisé par ce que j’appelle les intérêts des donateurs. » Chan a ajouté : « Quand il  se passe un événement nous avons de l’argent. Puis, après ça, l’argent cesse d’affluer et vous devez terminer les contrats de toutes les équipes embauchées pour répondre sur place.  Je n’aime pas tous ces hauts et ces bas. Quand il n’y a pas de guerre à mener, ces équipes pourraient aider les pays à construire leurs mesures d’anticipations, à construire des réponses systémiques. Tout comme dans une équipe de pompiers. Quand il n’y a pas de feu, vous aidez le pays à construire ses capacités. ».78 L’insinuation, dans les remarques de Chan est que l’OMS dont le plus gros donateur est la BMGF, est incapable de répondre adéquatement à Ebola et à d’autres épidémies parce que les intérêts des donateurs les empêchent de construire des systèmes de santé adaptés dans les pays en voie de développement. Plus de ressources doivent aller aux infrastructures de santé comme la formation des personnels de santé, l’approvisionnement correct en médicaments ou le développement des systèmes de prévention des déclenchements d’épidémies. C’est pourquoi l’approche spécifique de la maladie a été critique par plusieurs experts de la santé. Stephen Gillam, consultant en santé publique écrit dans le British medical Journal que « les initiatives globales s’attaquant aux maladies prioritaires comme le SIDA, la tuberculose et la malaria peuvent compromettre des services plus élargis de service de santé à travers la duplication des efforts, la distorsion des plans et des budgets de santé nationale  en particulier par le détournement d’équipes peu entraînées. ».79 David Evans, directeur du Département des systèmes de santé à l’OMS a aussi averti que l’argent étranger allait principalement aux laboratoires et aux cliniques qui soignent une seule maladie, plutôt que de fournir des services de santé de base et que les effets néfastes de ces aides étrangères sur les systèmes de santé empirent quand les donateurs se concentrent sur les résultats.80 L’étude de 2009 du Lancet montre que seulement 1.4 % des fonds alloués par la Fondation sont allés au secteur public entre 1998 et 2007. Depuis lors, les dons de la BMGF ont continués à être offerts aux organisations privées préférées, notablement aux ONS s qui, bien qu’e faisant du bon travail, peuvent contribuer à exacerber la fragmentation d’une politique de santé que les gouvernements peuvent trouver difficile à coordonner et à aligner avec les priorités nationales. Une autre conséquence de cette approche est la fuite des cerveaux dans la mesure où le secteur public peut perdre des employés qui fassent le choix des ONGs mieux payées.81

 

Suite Samedi 28 Mai

 

Traduction Elisabeth  Guerrier

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

Janvier 2016

Recherches et rédaction : Mark Curtis www.curtisresearch.org

Remerciements à : Heidi Chow, Mathilde Dahl, Nick Dearden, Aisha Dodwell, Paul Eagle, Dan Iles, Polly Jones, Marsha Mcpherson-Joseph

 

Introduction 6 1.

Influence sur la politique mondiale. 10 2.

Promotion des intérêts des trusts 20 3.

Soutien de l’agriculture industrielle 26 4.

Encouragement de la privatisation 34 5.

Nécessité d’un regard indépendant Vaccination et politique de santé 38.

Recommandations 42.

Références 44.

 

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Chaque mois de janvier, Bill Gates présente sa vision d’un monde meilleur et du rôle que la fondation Bill et Melinda Gates peut jouer dans cette perspective dans une lettre annuelle adressée à nous tous.  Avec un budget de  43.5 milliards de dollars, la fondation est le plus important organisme caritatif du monde. Elle est sans doute l’acteur le plus influent sur des questions comme la santé ou l’agriculture mondiales et distribue plus d’aide pour la santé que tout autre gouvernement. Cette influence a gagné à la Bill et Melinda Gates Fondation une place dans le rapport régulier sur les aides au Sud effectué par l’OCDE. Mais ça n’a pas été accompagné des habituels compte-rendu et analyses publiques menées dans le cadre des aides publiques allouées par les gouvernements. A présent, la fondation n’est tenue que de présenter au gouvernement américain ses données financières et ses programmes ne sont pas l’objet d’une évaluation publique indépendante. Global Justice Now a fait ses preuves en forçant le gouvernement britannique à rendre des comptes sur la façon dont ses aides étaient dépensées afin d’assurer qu’elles touchaient les gens qui en avaient réellement besoin et faisaient une différence à long terme sur les niveaux de pauvreté et d’inégalité. En 1994, nous avons amené le gouvernement devant les tribunaux, et gagné à propos d’un barrage hydroélectrique en Malaisie, échangé contre la vente d’armement britannique pour 1 milliard de livres sterling au gouvernement malaisien, argumentant que cela n’allait pas s’effectuer au bénéfice du people malaisien.

Aujourd’hui nous sommes en campagne afin d’arrêter les aides finançant la privatisation du réseau électrique nigérian et la nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition [New Alliance for Food Security and Nutrition] parce que aucun de ces deux programmes ne réduit effectivement la pauvreté et l’inégalité dans les pays du Sud. D’autant que les programmes d’aide du Royaume uni  rendent de plus en plus prioritaires les intérêts des entreprises privées au lieu de s’attaquer aux racines de l’inégalité et de la pauvreté. Bien que les affaires  jouent un rôle de plus en plus grand dans le développement international une étude récente des relations entre les affaires et le Département du développement international de Grande Bretagne [Department for International Development (DFID)] la Commission indépendante sur l’impact des aides, [Independent Commission for Aid Impact] est extrêmement critique  sur son échec à être bénéfique aux peuples vivant dans la pauvreté. Le Gated Development démontre que la tendance à impliquer le monde des affaires dans la lutte contre la pauvreté et l’inégalité est centrale aux priorités et aux financements de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Nous argumentons en disant qu’il ne s’agit pas du tout d’une stratégie charitable neutre mais qu’au contraire, c’est un engagement idéologique à promouvoir les décisions politiques néolibérales et la globalisation des corporations. Le monde des affaires bénéficie directement, en particulier dans le secteur de la santé et de l’agriculture, des résultats des activités de la fondation, malgré les preuves évidentes que les solutions affairistes ne sont pas les plus efficaces. Pour la fondation, en particulier, il existe une centration délibérée sur les solutions technologiques à la pauvreté. Bien que la technologie puisse jouer un rôle face à la pauvreté et à l’inégalité, les solutions à long terme nécessitent une justice économique et sociale. Ce ne peut pas être offert par des  donations sous la forme de graines résistantes au changement climatique ou de smartphones bon marché mais doit porter sur des changements systémiques, sociaux, économiques et politiques. Questions qui ne sont pas présentées comme les priorités de la fondation.  Ce qui est peut-être le plus étonnant à propos de la fondation Gates, c’est que malgré sa stratégie agressivement corporatiste et son extraordinaire influence au sein des gouvernements, des universitaires et des medias, elle ne fait l’objet d’aucune démarche critique.  Global Justice Now s’inquiète de l’omnipotence de l’influence de la fondation Gates dans le développement international qui amène certains acteurs, qui auraient dans un autre contexte émis des critiques à l’égard de ses choix et de ses pratiques, à être incapables de parler d’une façon indépendante, sous la pression de ses dons et de son patronage.

Independent Commission for Aid Impact, Business in Development 2015

Plus spécifiquement nous demandons à l’OCDE d’entreprendre une analyse et une évaluation internationales indépendantes de la Fondation Bill et Melinda Gates, et l’International Development Select Committee de conduire une enquête sur les relations entre le DFID et la fondation ainsi que sur l’impact et l’efficacité de toutes les activités qui lui sont jointes quant aux questions de la pauvreté et de l’inégalité. Dans une période où les gouvernements sont sous la pression du public pour réduire leurs aides, et où des fondations philanthropiques comme celle des Gates sont plus influentes que jamais nous devons nous assurer que les efforts mondiaux pour faire face à la pauvreté et à l’inégalité sont efficaces, basés sur les perspectives à long terme et  durables Le monde des affaires ne peut pas être la réponse à la pauvreté et à l’inégalité parce que la recherché sans limite du profit est incompatible avec la sécurisation de la justice économique et sociale pour tous.

Polly Jones Responsable de campagne  et de politique :

Introduction  «  Ils s’attellent sérieusement  et très sentimentalement à la tâche de remédier aux affres de la pauvreté mais leurs remèdes ne soignent pas la maladie, ils la prolongent. Le but le plus adéquat est d’essayer de reconstruire la société sur des bases telles que la pauvreté soit impossible. » Oscar Wilde sur la philanthropie.1

Pendant les vingt dernières années, Bill Gates a été la personne la plus riche sur  terre avec la déclaration d’une fortune personnelle de 79.2 milliards de dollars.2 Son organisation caritative, la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) est la plus importante au monde, avec une dotation de 43.5 milliards. La BMGF finance de nombreux projets et organisations dans le domaine du développement international et a été largement saluée pour avoir injecté de la vigueur et de l’argent dans les domaines des débats publics et de la recherche. Dire que la fondation Gates est devenue un acteur important dans le développement international serait un euphémisme. Lorsqu’il s’agit de la santé mondiale et des politiques agricoles, deux de ses secteurs privilégiés, la BMGF est devenue vraisemblablement l’acteur le plus influent du monde. Il est aussi probable que Bill Gates, qui a régulièrement accès aux leaders mondiaux et est le financeur personnel de centaines d’universités, d’organisations internationales, d’ONGs et de médias, soit devenu la voix la plus influente dans le développement international. Un examen plus  attentif de la fondation Gates est délicat dans la mesure où son influence est vaste, bien sûr plus vaste que celles de beaucoup  de gouvernement donneurs. La fondation fournit plus d’aide à la santé mondiale que n’importe quel pays et est le 5ième donateur à l’agriculture dans les pays en voie de développement. En 2013, seulement 11 pays avaient dépensé plus en aides que la fondation en faisant le 12ième plus important donateur. La fondation Gates est devenue un plus grand donateur que des pays comme la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Irlande et l’Italie.3 Mais l’influence mondiale de plus en plus importante de la fondation Gates n’est sujette à aucun contrôle démocratique. Contrairement aux gouvernements, qui sont officiellement redevables à leurs électeurs, la BMGF est une fondation américaine privée et demeure hors de portée du corps électoral (sauf à propos des déclarations fiscales). Pire encore, le BMGF semble avoir acheté le silence des universitaires, des ONGs et des médias qui pourraient autrement être supposés critiquer certains aspects du travail de la fondation. 7

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 Davos, 2015

 

Ce ne serait pas si  terrible si les programmes de la fondation étaient véritablement centrés sur ses buts affichés d’amélioration  de la santé à un niveau mondial et de l’éradication de la pauvreté et de la faim.4 Mais ce rapport pointe que l’influence très en vue de la BMGF est de plus en plus problématique. Bien sûr les évidences suggèrent que les programmes de la BMGF sont – par-dessus tout- néfastes à la promotion d’une politique de développement et de justice collective. On vend au monde le mythe que la philanthropie privée recèle de nombreuses solutions à ses problèmes, quand, en fait-elle pousse le monde dans des mauvaises directions nombreuses. La fondation est autorisée à parler trop fort et de trop nombreux acteurs du développement international s’alignent derrière les priorités mal choisies de la fondation. L’analyse des programmes de la BMGF montre que la fondation, dont le comité directeur est composé majoritairement par les corporations américaines, promeut les intérêts des multinationales au détriment de la justice économique et sociale. Sa stratégie est d’approfondir – et a l’intention d’approfondir – les rôles des compagnies multinationales dans les domaines de la santé mondiale et de l’agriculture tout spécialement, même si ces compagnies sont responsables    pour une grande part de la pauvreté et de l’injustice qui écrasent déjà les pays du Sud.  Bien sûr, la plupart de l’argent que la fondation a à dépenser provient des compagnies les plus importantes et les plus controversées, c’est pourquoi l’actuel travail de la BMGF dépend d’une façon significative des bénéfices de l’actuelle Amérique des corporations, détail qu’il n’est pas aisé d’adapter à d’authentiques progrès dans la justice sociale et économique dans les pays du Sud.  De plus, la fondation est devenue le leader mondial de la recherché dans les modifications génétiques (GM) des semences et finance des organisations qui appuient les céréales génétiquement modifiées à travers l’Afrique ainsi que le changement national des législations sur la question, ceci en faisant face fréquemment à une opposition considérable. Elle est aussi leader dans l’incitation à l’augmentation de l’usage des produits chimiques par les agriculteurs africains et promeut la privatisation de la production des semences qui bénéficiera principalement à l’agro-industrie européenne et américaine. Ces priorités sont un défi direct aux mouvements de plus en plus populaires en soutien à la souveraineté alimentaire et à l’éco-agriculture en Afrique.   En plus, la fondation utilise également ses fonds fin de promouvoir la privatisation de plus en plus importante des services de santé dans les pays en voie de développement. Le programme de la BMGF n’est pas une stratégie charitable neutre pour laquelle le monde devrait se montrer reconnaissant qu’un homme riche veuille dépenser son l’argent pour de bonnes causes. L’analyse des programme de la fondation montre qu’elle a un agenda – c’est une stratégie idéologique spécifique qui promeut les choix politiques néolibéraux, la globalisation des entreprises, la technologie qu’elle amène ainsi qu’une vision dépassée depuis longtemps de la centralisation  de l’ ”aide” à apporter aux  “pauvres”. Le système d’aide official manqué à demander des comptes à la fondation Gates sur ses activités. Bien sûr les donateurs officiels croient en l’agenda, partiellement parce que beaucoup d’entre eux- surtout en Grande-Bretagne et aux US – partagent l’agenda idéologique de la BMGF et partiellement parce que la fondation  injecte de nouveaux fonds dans des domaines où les donateurs réduisent les leurs. Mais à travers l’Afrique, et dans d’autres parties des pays du Sud, des gens demandent non des aides de la BMGF mais la promotion de leurs droits et de la justice. Cela prendrait en charge les varies causes de leur manque de ressources et de pouvoir – y compris le pouvoir excessif des multinationales, le drainage de la richesse à travers des politiques fiscales injustes et des paradis fiscaux, des systèmes politiques inertes et le changement climatique.  – projets politiques qui sont ou bien largement ou bien complètement exclus de l’agenda de la BFGF.8

La richesse de Bill Gates : est-ce celle qu’il donne ? La richesse personnelle de Bill Gates est de 78.9 milliards, elle est 3O millions de fois plus importante que la richesse moyenne des adultes les plus démunis de la planète..10 Gates  est en fait plus riche que 45 pays de l’Afrique sub-saharienne. Seules trois pays sur tout le continent on un PIB plus élevé que les avoirs personnels de Gates.11 Il y a quelque chose qui ne va pas lorsqu’un individu est autorisé à accumuler une telle fortune quand des milliards d’autres vivent dans la pauvreté. Gates es t le bénéficiaire d’un système économique global qui a permis à 1% de la population mondiale de posséder presque la moitié ( 48%) des richesse mondiales quand la moitié la plus pauvre ( 3.5 milliards) ne possède pas plus que les 80 personnes les plus riches au monde.12 En dépit de l’impression que Bill Gates abandonne sa fortune à la charité, elle est sans cesse en augmentation. Selon Forbes, la fortune personnelle de Gates a augmenté de 56 milliards en 2011 à 78.9 milliards en 2015 – une croissance de 23 milliards en quatre ans, à peu près la même quantité d’argent que la BMGF lui a coûté depuis sa création.13 En janvier 2014, the Guardian rapportait quelles actions de Microsoft avaient subi une augmentation de 15.8 milliards en 2013.14. La même année, la BMGF recevait la somme de 3. 6 milliards. 15 milliards conservés. Nous ne voulons pas suggérer que Bill Gates n’est pas sincère dans son désir d’aider les pauvres et les pays en voie de développement. Ni que certains des projets de la BMGF ne sont pas positifs, beaucoup le sont. Un éditorial de 2009 paru dans le journal médical The Lancet loue la BMGF pour avoir donné  «  Une impulsion massive au financement de la santé mondiale.»

La fondation a sollicité le monde pour qu’il pense grand et qu’il soit plus ambitieux dans le domaine de l’aide aux pays en voie de développement. La Fondation a amené un dynamisme renouvelé, de la crédibilité, de l’attractivité à la santé mondiale (en tant que cause). » 9 Beaucoup d’autres projets finances par la BMGF sont également importants, dont certaines ONG, certaines politiques universitaires et travaux de promotion qui n’auraient pas eu d’écho à cause d’un manqué d financement. Cependant ces projets considérés séparément masquent l’image générale. Dans ce qui suit, nous soulevons les questions des financements de la BMGF qui deviennent de plus en plus problématiques. Nous croyons que ces questions sont sérieuses et qu’il est temps que la BMGF soit soumise au contrôle démocratique et à la surveillance publique et que son influence soit remise en cause. La fondation Gates a dépensé 3.9 milliards en subventions en 2014 et a dépensé 23.9 milliards depuis sa création en 2000.5 Son aide fonctionne dans plus de 100 pays .6 et les listes de subvention sur son site web sont de 6210 entre 2010 2014.7 La BMGF se présente ainsi : «  Guidée par la conviction que toutes les vies ont une égale valeur, la Bill & Melinda Gates Foundation travaille à aider les individus à mener des vies saines et productives. Dans les pays en voie de développement, elle se concentre sur l’amélioration de la santé et l’opportunité de sortir de la faim et de l’extrême pauvreté. Aux USA, elle cherche à s’assurer que tous – spécialement ceux ayant le moins de ressources- puissent avoir accès  aux opportunités dont ils ont besoin pour réussir à l’école et dans la vie..8

 

 

Conference on vaccines and immunization
Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème” Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccintation et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des memebres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

9 Microsoft et l’évasion fiscale.

La richesse de Bill Gates vient en premier lieu de Microsoft, la compagnie informatique de software qu’il a fondé avec Paul Allen en 1975. En 2008, Gates a arrêté de travailler à plein temps pour Microsoft afin de se concentrer sur sa fondation. 16  Cependant, Gates est resté le président du conseil jusqu’à Février 2014, continue d’être présent dans l’équipe de directeurs de Microsoft et reste un conseiller sur le développement des projets essentiels.17 Bien sûr, Gates passe maintenant un tiers de son temps à Microsoft.18 Il possède à peu près 4.5 % de la compagnie et en est encore l’actionnaire principal.19 Un conseiller fiscal éminent de Grande Bretagne, le comptable Richard Murphy a nommé Microsoft « un merveilleux exercice de prévision fiscale. ».20 Bien sûr de nombreuses histoires d’évasions fiscales ont été rapportées depuis 2005.21 En Août 2014, par exemple, il a été rapporté que Microsoft était assise sur presque 29.6 milliards qu’elle  devait aux impôts américains si elle rapatriait les 92.9 milliards d’avoirs qu’elle avait délocalisés. Un sénateur nord-américain a trouvé en 2012 que la compagnie  utilisait les filiales offshores afin de réduire d’une façon substantielle ses impôts, décrivant Microsoft comme une «  toile complexe d’entités offshores reliées afin de faciliter les ventes internationales et de réduire les impositions aux US et à l’étranger. » Le rapport note qu’en dépit du fait que la compagnie mène la plupart de ses recherches sur le sol américain et générant du crédit d’impôt US, les droits à la propriété intellectuelle étaient largement localisés dans des paradis fiscaux. Ce qui signifie que «  Microsoft a été capable de faire passer Presque 21 milliards offshore (sur une période de trios ans) soit presque la moitié des revenus de ses ventes au détail, économisant jusqu’à 4.5 milliards en impôts sur les ventes de marchandises aux USA soit juste plus de 4 millions en impôts  chaque jour. » .22 Les 4.5 milliards perdus pour la trésorerie US chaque année sont plus importants que les dépenses annuelles totales de la BMGF.  D’autant plus que la valeur de Microsoft en tant que compagnie a indubitablement été accrue par son planning fiscal, c’est-à-dire que beaucoup de la philanthropie de Gates a été payée par le Ministère des finances, et donc par les contribuables américains.23 En Grande-Bretagne, une enquête du Sunday Times a trouvé que le circuit des paiements en ligne pour les ventes de l’opérateur Windows 8 évitait la taxe britannique sur les entreprises de 1.7 milliards jusqu’à concurrence de  revenus chaque année.24 Richard Murphy estime la perte en impôts sur les sociétés de plus de 103 millions de livres sterling en fonction de ces revenus.25 Il est fort probable que le tout soit plus important que les sommes dépensées par la BMGF sur les organisations britanniques. 26 Apple et General Electric sont les deux seules entreprises américaines qui ont plus de fonds offshore  que Microsoft, selon les données rassemblées par Citizens for Tax Justice. L’usage par Microsoft des filiales offshores a explosé ces dernières années, et la quantité de gains de Microsoft ayant bascules offshore a crû de 516 % depuis 2008, selon ses données transmises à l’US Security et à l’Exchange Commission.  27 Il est connu que Gates ne voit aucun mal à l’élaboration de stratégies d’évitements fiscaux complexes tout en disant aux nations comment dépenser leurs revenus et défendre les stratégies fiscales de Microsoft.28  Plus encore, Microsoft fait partie d’un lobby qui veut réduire les freins à l’évasion fiscale.  En janvier 2015, par exemple, des groupes de lobbies représentant l’industrie technologique US comme Microsoft, Apple et Google «  ont lancé une attaque en règle sur les plans mondiaux pour réduire les structures commerciales artificielles utilisées pour éviter la fiscalisation. ». En réponse au programme de réforme fiscale décidé par le G20, les lobbyistes ont condamné les projets criblés «  de défauts fondamentaux » et ont dit que certaines parties «  devaient être rejetées ». Ils ont dit que les réformes proposées allaient trop loin, serait trop coûteuses et ne conduirait qu’à la confusion et aux disputes.29

 

 

 

Suite de l’enquête samedi 21 Mai

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

 Il semble difficile d’évoquer les conditions de vie de détenus condamnés à la peine capitale sans questionner les fondements de cette sentence, à plus forte raison dans un contexte où tout un système judiciaire, comme c’est le cas en Californie semble de plus en plus mal à l’aise avec l’exécution de la peine de mort et confie à la force d’inertie institutionnelle le soin de s’organiser autour des formes d’incarcérations des condamnés.
Mais si les conditions de détentions de nombreux occupants du Centre d’ajustement (Adjustment Center) dépendant de la prison d’état de Saint Quentin Californie posent la question d’une forme de triple peine, qui à la sentence de mort ajoute celle de la perpétuité, et celle de l’isolement, certains détenus restant dans ces cellules d’isolement jusqu’à plus de dix ans d’affilée sans voir leur condamnation revue, et celle de la mise à mort comme acte de justice, elle pose égelement une autre question.

Il s’agit ici de la question de la violence légitime, celle exercée par le pouvoir et par le système pénal qu’il applique. C’est cette violence même qui autorise la mise à mort, les conditions de détention d’une brutalité presque impensable au nom d’une justice dont on peine à concevoir la finalité en dehors d’une forme d’esprit de vengeance sociétale où la collectivité aurait à charge de punir le coupable sur le même mode que le crime commis. C’est la logique vengeresse qui prévaut dans le contexte de la peine de mort et qui fait preuve d’un niveau d’élaboration de l’ordre publique de type tribal ou clanique. En effet, comment peut-on dans un contexte de république démocratique, imaginer que la justice puisse être assimilée à une forme de violence répressive  du droit commun en appliquant les mêmes mises en actes qui ont amené le condamné à être jugé. C’est dans le contexte des peines de mort qui se transmuent en isolement à vie, la même question.

D’une certaine façon, on mise dans un contexte démocratique sur une forme de justice s’exerçant en dehors des critères de vengeance même non revendiquée comme telle et considérant tous ses citoyens, innocents ou criminels comme devant mériter sa protection au nom d’une humanité partagée et commune à tous, coupable ou non. Dans ce débat interminable entre bien et mal, entre rédemption et condamnation, le système judiciaire est  et sera toujours un système de l’à-peu-près et en tant que tel, il se doit de mettre dans ses arguments son devoir de distance par rapport à cette même violence qu’il est en mesure de s’octroyer comme un droit et par rapport aux moyens de cette violence comme éminemment historiques, donc arbitraires et précaires. On évoquera la notion développée par Max Weber* d’éthique de la conviction opposée à l’éthique de la responsabilité. Condamner n’importe quel individu et ce quel qu’ait pu être son crime à vivre dans des conditions pouvant être définies comme inhumaines, c’est privilégier l’éthique de la conviction, qui occulte l’importance des moyens pour atteindre une fin, ici la vengeance sociale et l’éradication du mal. Or dans un système démocratique ou le politique se doit avant tout de s’exercer sur les choix de ces mêmes moyens sachant que les fins sont toujours illusoires et reconduites infiniment, c’est l’éthique de la responsabilité qui se doit d’être prise en compte, responsabilité qui fait de chaque détenu un élément de la société civile dont l’institution a la charge. Lui infliger, dans un arbitraire complet, les conditions les plus inhumaines de survie, c’est une façon de mettre ces mêmes conditions comme étalons pour la collectivité dans son ensemble, qui héberge à la fois la norme et l’anormal et doit traiter cette marginalité non comme un déchet mais comme une part d’elle-même. EG

 

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Le détenu Douglas Clark, essaie de raconter son histoire au reporters visitant le Centre d’ajustement de la prison de Saint Quentin.

 

Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

In California Death Row’s “Adjustment Center,” Condemned Men Wait in Solitary Confinement

Par Alyssa StrykerSolitary Watch | Report

 Cette histoire a été publiée tout d’abord dans  Solitary Watch.

«  Quand nous avons été condamnés à mort, » écrit Carlos M. Argueta rote Carlos M. Argueta d’un couloir de la mort californien, nous n’avons pas été condamnés à être mal traités, humiliés, discriminés, torturés psychologiquement et maintenus dans des donjons en isolement jusqu’à notre exécution. À aucun moment le juge n’a dit que cela devait faire partie de sa décision. Il parlait de la vie dans le centre d’ajustement de la prison d’état de Saint Quentin, une “prison dans la prison »  avec un nom digne d’une fiction dystopique.

Le Centre d’ajustement est à l’épicentre du système des couloirs de la mort californiens que l’Atlantic à récemment   appellé   « simultanément le manipulateur le plus et le moins déterminant de la peine de mort ». Bien que l’état inflige continuellement des peines de mort – il y avait 749 personnes  attendant leur exécution en juillet dernier, presque deux fois autant que le nombre dans l’état suivant.  Presque personne n’est exécuté – La Californie n’a infligé que six exécutions depuis le début du 21ième siècle, et aucune depuis    2006. En mars de cette année, le LA Times rapportait que les couloirs de la mort à St Quentin – le lieu où vivent tous les condamnés de Californie – était littéralement   comble.

Le Centre d’ajustement, la plus dure des trois unités de St. Quentin est sévère    en comparaison  d’autres unités se ségrégation du système pénitentiaire californien et des couloirs de la mort d’autes états. Et les délais particulièrement longs d’application des sentances signifient que ces conditions peuvent durer des dizaines d’années.

Le  temps moyen  passé dans les couloirs de la mort en Californie était de 16. 1 années en 2013. Et, à la fin de 2014, , à peu près 78 %  de la population masculine des couloirs de la mort  avait été là pour dix ans et plus. Evoquant les  délais excessifs, en 2008, la Commission californienne pour une administration juste du système pénal ( the California Commission on the Fair Administration of Justice déclarait que le système de la peine de mort de cet état  «  dysfonctionnait »  Et en 2014, dans une decision qui déclarait le système anticonstitutionnel ( la décision a été annulée  pour un défaut de procédure en Novembre) le juge fédéral Cormac J. Carney déclarait qu’en Californie «  la peine de mort attentivement et délibérément choisie par les jurés a été calmement transformée en ce qu’aucun jury ou législateur ne pourrait imposer : la prison à perpétuité avec la perspective d’une possibilité d’exécution éloignée ».

Un recours collectif devant les tribunaux  depose en Juin 2015, Lopez vs Brown, offre un rare regard sur la vie quotidienne des personnes vivant das les Centres d’ajustement. Ses six plaignants, — Bobby Lopez, Marco Topete, John Myles, Richardo Roldan, John Gonzales, et Ronaldo Medrano Ayala – allèguent que leurs conditions de détention dans le Centre d’ajustement violent le Huitième amendement touchant la prohibition de traitements cruels ou inhabituels et la clause de processus de recours du 14ième amendement. Ces hommes sont dans le Centre d’ajustement depuis des périodes allant de trois à vingt-six ans. Certains n’ont reçu qu’une signification disciplinaire pendant toute cette période parce qu’ils avaient participé à une grève de la faim non-violente.

Ces hommes et leurs compagnons du Centre d’ajustement passent entre 20 et 24 heures par jour, souvent pendant des années – à l’intérieur de cellules d’environ 1.82 / 2.78 mètres, plus petite qu’une place de parking standard. Il n’y a pas de lumière naturelle ni de circulation d’air, les températures dans les cellules fluctuent de très chaudes à très froides. Les lits consistent en des matelas très fins sur un support de métal ou de béton. Il n’y a pas de chaise ou de bureau dans les cellules.

Selon la plainte, , «  Quand ils écrivent une lettre à leurs proches, Roldan s’agenouille sur ses chaussures de douche et utilise sa couchette comme une table. Ayala amènage un siége avec les boîtes de rangement dans lesquelles il garde ses affaires. Gonzales et Topete s’assoent sur une couverture sur le sol de leur cellule et écrivent sur leurs lits. Pour Topete, qui a des douleurs lombaires chroniques, s’asseoir dans cette position devient insupportable après 15 minutes. Comme résultat, il ne peut écrire que par brefs moments. »

Ceux qui vivent dans le Centre d’ajustement sont continuellement immergés  dans le bruit.  . Le claquement des grilles de sécurité et des portes de cellules, qui font écho à travers l’unité, accentués par les hauts plafonds et les cellules de métal. Les résidents qui crient sans arrêt, frappant ou hurlant ou bien dans des tentatives désespérées de communiqué les uns avec les autres ou comme réponse primaire à leurs conditions de vie insupportables. Le tapage continue vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le manque de sommeil chronique est un des effets secondaires sévères physiques ou mentaux du confinement à long terme dans les Centre d’ajustement.

L’accès à des soins de n’importe quelle sorte est très limité, et dans de nombreux cas, inexistant. Quand un détenu fait la demande d’un rendez-vous médical, cela peut prendre si longtemps avant de se matérialiser que dans un lettre à Solitary Watch, un détenu raille : «  Le temps que vous voyiez un docteur ou la grippe est passée ou c’est vous qui y êtes passé. »

Des examens de santé mentale, quasi ils se produisent jamais sont souvent menés à travers une porte de cellule à portée d’oreille des gardiens et des autres détenus. Comme des informations sensibles sur la santé peuvent être facilement être utilisées contre eux-mêmes par les gardes ou les codétenus, il est impossible aux résidents du centre d’ajustement d’être honnêtes sur leur état de santé mentale et donc de pouvoir recevoir le traitement approprié.

Le même homme, cité plus haut commente : « J’ignore l’étendue des dommages psychiques mais je sais que plus de personnes sont mortes dans les couloirs de la mort de Saint Quentin à cause du suicide que des exécutions. » Bien  sûr,   le taux de suicides  dans les couloirs de la mort est à peu près dix fois celui de la population normale et plusieurs fois plus important que dans la population des autres prisons.

La Californie est l’un des quelques états  qui maintient les gens ségrégués pour appartenance à des gangs sans aucune prise en compte des leurs comportements au sein de la prison.  Comme résultat, un individu qui n’a jamais violé les règles de la détention peut finir dans le Centre d’ajustement pour suspicion d’appartenance actuelle ou ancienne à un gang. Il n’existe pas de procédure pour revoir ces affiliations et des individus peuvent être maintenus pendant des années dans ce centre sur des preuves peu convaincantes. Certains individus sont supposés appartenir à un gang simplement à cause de leur origine ethnique ou de la région où ils ont grandi.

Techniquement,  les résidents du Centre d’ajustement  ont droit à ce que leur placement soit revu tous les 90 jours mais un transfert au bloc est ou à la Ségrégation nord, les deux autres unités de couloir de la mort de St Quentin en résultent rarement.  Sans aucune possibilité de contredire l’affiliation à un gang qui n’a jamais été prouvée en premier lieu la détention continue est presque une certitude.

 

 

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La Californie a le plus grand nombre de détenus dans les couloirs de la mort  – 747 – passant une moyenne de 17.9 années derrière les barreaux.  

D’autres résidents ont été placés dans le Centre d’ajustement pour des infractions à la discipline commises quand ils étaient dans l’une des deux autres unités des couloirs de la mort. Pour ces hommes également, il est très compliqué de se faire transférer même après de longues périodes de comportements adéquats.

Les résidents du Centre d’ajustement ne sont autorisés à s’engager dans aucune activité éducative, récréative ou technique ou professionnelle. Ils ne peuvent quitter leurs cellules que pour  cinq raisons :

  • Les sorties dans la cour, au plus trios fois par semaine de trois heures chacune.
  • Les douches, au plus trios fois par semaine
  • Les visites médicales
  • Les rares visites, qui se passent derrière une vitre en Plexiglas avec un système d’interphone de médiocre qualité.
  • Des visites à la bibliothèque de droit qui peuvent prendre plusieurs mois à être obtenues.

Avant et après tout mouvement dans l’unité, les hommes sont  soumis à une fouille corporelle de routine , souvent en face de co-détenus et des gardes du Centre d’ajustement, même si ils ne sont entrés en contact avec personne pendant leur temps hors cellule.

Un fois dans la cour, les détenus ont accès à de petites cours ouvertes ou à des cages de marche (à peine deux fois plus grandes que les cellules), avec quelques balles et éventuellement des barres de traction. Bien que le temps de cour soit une des rares opportunités pour les détenus d’échanger entre eux, les prisonniers rapportent que toute interaction peut être perçue par les gardes comme une «  activité de gang » et utilisée pour justifier leur maintien dans le Centre d’ajustement – des détenus choisissent donc de ne pas échanger.

Dans un lettre à Solitary Watch, un des détenus du Centre d’ajustement se lamente sur l’apparente immuabilité du status quo : «  Ce qui se passe aujourd’hui et demain dans l’isolement est la même chose qui s’est passée il y a une dizaine ou une quinzaine d’années. En fait, vous allez pouvoir trouver les mêmes prisonniers ici dans le même isolement cellulaire, soumis aux mêmes conditions inhumaines. ».

Les  détenus du Centre d’ajustement – en dépit de conditions extrêmement restrictives – en 2011 et en 2013 ont joint les prisonniers lors d’une grève de la faim pacifique dans tout l’état. Non seulement le Département de correction et de réhabilitation de Californie ( California Department of Corrections and Rehabilitation (CDCR)) a-t-il ignoré les  demandes  raisonnables des grévistes, comme l’accès à des activités récréatives, la capacité à communiquer avec leurs familles plus largement, des révisions pertinentes de leurs détentions au centre d’ajustement mais il a officiellement considéré la participation à la grève comme une transgression et l’a utilisé à titre disciplinaire pour maintenir les participants dans le centre d’ajustement.

Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

Dans une lettre à  Solitary Watch, un détenu du Centre d’ajustement exprime son refus de discuter d’autres formes d’activisme non-violent pour les mêmes raisons : des actes pacifiques de protestation, dit-il sont : «réinterprétés comme une menace à la sécurité » et «  redéfinis dans le code local comme des « violation de la règle ».

La grève eut, cependant, l’avantage de porter l’attention sur les conditions de détentions dans le système carcéral californien et d’exposer certaines failles dans son système d’isolement. Lors des dernières années, plusieurs poursuites ont attaqué l’usage de l’isolement dans et hors des couloirs de la mort, y compris la plainte Lopez v. Brown.

 

Josue Torres-RubioEn Août 2015,  cette photo de Josue Torres-Rubio, de Wapato, Washington., a été prise. Il est détenu avec accusation de vol, vol avec effraction et possession d’un véhicule volé. Il pose pour cette photo à l’intérieur de se cellule d’isolement au Centre de redressement de Washington ( Washington Corrections Center,) à Sheltion, Wash.  Pour des dizaines de prisonnier dans ces locaux, 23 heures chaque jour sont passée seul dans une cellule minuscule, avec une heure pour marcher ou courir, également seul dans un pi-ce de récréation avec de hauts murs de béton et un toit en métal grinçant. Dans les semaines à venir, quelques prisonniers auront la possibilité d’utiliser leur heure dehors pour regarder les couchers de soleil, les montagnes ou des scènes sous marines en vidéo, avec l’espoir que les détenus seront plus calmes, montrant moins d’explosions  ou d’interactions violentes  (AP Photo/Ted S. Warren) *

 

 

Emily Rose Johns, qui travaille sur le dossier Lopez  avec le cabinet Siegel & Yee, a confié à Solitary Watch qu’ils en sont à une des premières étapes des pourparlers avvec le CDCR. Elle ajoute que ces pourparlers ont lieu dans l’ombre du cas Ashker v. Brown, un cas analogue qui  a été enregistré en Septembre par le CDCR. Bien que le dossier Ashker n’ait pas d’effet direct sur les détenus du centre d’ajustement, il a des implications significatives pour les litiges et le travail législatif de réforme des conditions de détentions dans les couloirs de la mort californiens.

 

Ashker  était une action de recours collectif devant les tribunaux  intentée par le Centre de droit constitutionnel Center for Constitutional Rights (CCR) au nom de ceux qui ont passé une dizaine d’années ou plus en cellule d’ isolement dans l’unité de sécurité, Security Housing Unit (SHU)  de la prion d’état californienne de la baie des pélicans. Comme Lopez, Ashker soutient   que l’isolement à long terme viole le Huitième amendement portant sur l’interdiction des punitions cruelles ou inhabituelles et que le manque de révision sensée des placements en SHU viole les droit à des reconsidérations faites en bonne et due forme. Le Centre d’ajustement n’est pas techniquement soumis à des poursuites judiciaires – il n’est pas   spécifiquement classé  comme un  SHU – mais les conditions montées par Ashker sont extrêmement semblables à celles du Centre d’ajustement, y compris les critères d’appartenance à des gangs non basés sur des preuves.

L’accord d’Ashker transformera un système “basé sur le statut” pour le placement en cellule d’isolement en un système “basé sur le comportement”. Les personnes ne seront placées en SHU uniquement si elles ont commises des violations identifiables des règles du SHU, comme la violence, la possession d’armes, ou les tentatives d’évasion et pas seulement pour des accusations d’appartenance à des gangs.

Cet accord limitera aussi d’une façon significative le temps de séjour en cellule d’isolement. CCR note qu’en mettant au point le   Ashker, « La Californie a reconnu implicitement les dégâts subis par les prisonniers maintenus longtemps en cellule d’isolement » L’avocat de CCR,  Alexis Agathocleous, parlant à Solitary Watch, note que le CDRC a «  reconnu que d’autres options sont envisageables » en dehors du confinement à long terme pour gérer les comportements en prison. Les personnes impliquées dans le cas Lopez pourront se référer au Ashker pour comprendre ce que le CDCR souhaite mettre sur la table.

 

EmilyRose Johns note, cependant, qu’il y a des obstacles à la négociation d’un accord pour les détenus des couloirs de la mort avec lesquels le Ashker n’avait pas eu à se débattre, y compris des contextes de régulation différents et certainement des stigmates encore plus lourds. Les discussions sur les accords pourraient se poursuivre pendant des mois, voire des années. Si ces discussions échouent et si le cas est soumis aux tribunaux, il s’écoulera certainement des années avant qu’un jugement soit prononcé. Pendant ce temps, la vie – telle qu’elle est- continuera pour les hommes du Centre d’ajustement. Avec des exécutions apparemment reportées indéfiniment, les conditions de vie si sévères des individus dans les couloirs de la mort, supposées temporaires, deviennent de plus en plus permanentes.

 

 

Pour les plaignants nommés dans le Lopez, cependant, les choses seront légèrement différentes. Comme conséquence des poursuites judiciaires, note Johns, ils ont tous été transférés hors du Centre d’ajustement dans le Block Est offrant des conditions un peu moins astreignantes. Leurs exécutions ne semblent nulle part en vue.

Solitary Watch, édité par James Ridgeway et Jean Casella, cherche à devenir le premier centre des sources d’information sur l’isolement cellulaire – un bureau central, un centre de ressources et une communauté en ligne. En plus de la couverture des événements comme ils sont mis à jour, il fournit un lieu où les détenus maintenus en cellule d’isolement peuvent publier leurs histoires.

 

ALYSSA STRYKER

Alyssa Stryker est une assistante sociale pour l’Association des libertés civiles de Colombie britannique (British Columbia Civil Liberties Association) et une reporter pour Solitary Watch.

*Max Weber  Le savant et le politique 

* Cette photo et son commentaire ne font pas partie de l’article initial de Solitary Watch. Il s’agit d’un document sur les conditions de vie dans la prison de Washington, hors du contexte des couloirs de la mort. La question des conditions de détentions et des cellules d’isolement est pourtant à considérer également dans la perspective du sens de l’incarcération dans ces conditions

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L’Armée américaine, quel gâchis William Hartung

 

Tomgram : William Hartung. The US Military, what a waste! 

 

Tomgram: William Hartung, L’armée américaine, quel gâchis !

 

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Virginia

William Hartung
À la fin de l’année passée, j’ai passé quelques temps à creuser dans les efforts de reconstruction du Pentagone en Irak et en Afghanistan, pays qu’il avait envahi en 2001 et 2003 en tandem avec un choix d’équipe de compagnies privées de mercenaires de     compagnies privées de mercenaires. Comme histoire fabulée de ce que peuvent faire les Américains dans des pays éloignés, les deux se sont avérés d’une façon consternante être un conte sur ce que les Américains ne peuvent pas fair, des constructions de routes (qui ont commence immédiatement à tomber en miettes) à des académies de police construites (qui se sont montrées  assez hasardeuses pour la santé) à des prisons commencées (qui n’ont  jamais été finies) à des écoles construites restées non équipées, en passant par des petits transferts d’armes (qui ont été “perdues” pendant le transit) et à des armées construites, entraînées et équipées à des coûts incroyables  (qui se sont évanouies ). C’est comme si tout ce à quoi avait touché le Pentagone n’avait tourné en autre chose qu’en débris ( y compris la  guerre sans fin qu’il combattait).  Tout ceci ajouté à ce que j’avais appelé une massive arnaque, “$cam” avec l’argent des contribuables américains perdu en quantité qui  défie l’imagination. En lisant la dernière publication de William Hartung sur le «  gâchis » du Pentagone me sont revenues en mémoire les articles de Tomdispatch.   Ce n’est pas arrivé uniquement à Kaboul ou à Bagdad, ça se passé là, dans les bons vieux USA depuis, comme le rappelle Hartung, cinquante ans. Il n’existe qu’une seule différence que je puisse reconnaître : à Kaboul à Bagdad et dans d’autres capitales du Moyen-Orient et d’Afrique, si nous avons vu des versions beaucoup plus petites de ce «  gâchis » tolérées par les élites locales de ces pays, nous aurions nommé cela de la “corruption” sans sourciller. Aussi, voici une petite suggestion, en lisant Hartung, prenez la peine de penser comme ce qui aurait été considéré comme un style de corruption tiers-mondiste est enterré en profondeur au cœur même de notre système et dans la façon d’être du complexe militaro-industriel. Maintenant, le Président Dwight Eisenhower  doit se retourner dans sa tombe/.
Tom

 

 

Comment ne jamais faire d’audit sur le Pentagone ?
Cinq décennies plus tard, la machine à gâcher militaire tourne à toute allure.
Par William D. Hartung

Des 150 millions dépensés  pour les villas privées d’une poignée de personnel en Afghanistan aux 2, 7 millions dans un ballon de surveillance par air qui ne fonctionne pas, les dernières révélations sur les pertes du Pentagone ne sont que les dernières bourdes dans une longue série d’histoires identiques étendue sur les dernières cinquante années. Les derniers exemples sur le feu comprendraient l’achat par l’armée d’hélices d’hélicoptères valant 500 dollars pièce pour la somme de 8000 dollars chacune et l’accumulation de milliards de dollars de pièces d’armement qui ne serviront jamais. Puis, vient celle qui devrait être la favorite des histoires de gâchis sur la liste du Pentagone : la dépense de plus de 50.000 dollars pour faire des recherches  sur les capacités de détecteurs de bombe des éléphants d’Afrique ( Et là vient le choc, ils n’étaient pas tellement capables) La recherche sur les éléphants, bien sûr, représente un élément idiot dans la cagnotte dilapidée du Pentagone et dans le contexte  des 600 milliards et plus de budget, mais permet d’envisager à quelle distance absurde le Département de la défense ira quand ce qui est en jeu est la dépense de l’argent du contribuable.

Gardez  à l’esprit que les exemples ci-dessus sont juste le sommet du sommet de l’iceberg titanesque des gâchis militaires. Dans un rapport récent, effectué pour le Center for International Policy, j’ai identifié 27 exemples récents de dépenses inutiles similaires se montant à plus de 33 millions. Et ce n’était rien de plus qu’un échantillonnage de la vie quotidienne dans un monde du 21ième siècle Pentagonesque.

La profusion étonnante et persistante de tels cas suggère qu’il est temps de repenser ce qu’ils représentent exactement. Loin d’être des aberrations  demandant à être corrigées afin de faire marcher mieux le Pentagone, perdre des sommes importantes provenant de l’argent du contribuable devrait être vu comme une manière d’être du Département de la défense. Et, avec ça à l’esprit, allons faite un petit tour dans les gâchis du Pentagone des années 60 à maintenant.

Dans combien d’états pouvez-vous perdre des emplois ?

La première personne à avoir porté à l’attention publique la taille et l’ampleur du problème des partes du Pentagone a été  Ernest Fitzgerald, un assistant à la gestion des systèmes pour l’Air. À la fin des années 60, il s’est battu pour montrer les coûts supplémentaires massifs sur les avions de transports aériens en C5A de Lockheed. Il a risqué son emploi et a finalement été licencié, pour avoir  révélé un coût supplémentaire de 2 milliards dans les dépenses sur un avion qui était supposé faire du rapide déploiement de grandes quantités de matériels militaires au Vietnam et dans d’autres conflits à distance une réalité.

L’augmentation du coût du C-5A a été de deux fois le prix initialement donné par Lockheed, et à l’époque, le plus gros écart de prix jamais manifesté. Ce fût également un épisode particulièrement intéressant, parce que le Secrétaire à la Défense Robert McNamara s’était engagé à mettre en œuvre pour tenir le processus budgétaire du Pentagone des méthodes de budgétisation efficaces.

Il n’a pas eu de chance, à ce qu’il apparaît, mais les révélations de Fitzgerald ont au moins eu le bénéfice de déclencher une décennie d’analyse médiatique et l’attention du Congrès sur les pratiques financières de l’industrie de l’armement.    Le  fiasco du C-5A combiné aux problèmes financiers de Lookheed liés à son projet d’avion de ligne L-1011, a conduit la compagnie à solliciter le Congrès, la coupelle à la main pour une couverture  gouvernementale de 250 millions. Le Sénateur du Wisconsin William Proxmire, qui avait aidé à constater les excès de dépenses sur le C-5A s’opposa vigoureusement à la mesure et atteint la défaite au Sénat à une voix près.

Utilisant une technique de lobbying ayant fait ses preuves qui a été depuis celle des constructeurs d’armes  Lockheed  a déclaré  que le refus de fournir des garanties coûterai 34000 emplois dans 35 états, tout en compromettant la capacité du Pentagone a préparer la prochaine guerre, où qu’elle ait lieu. La tactique marcha comme un charme. Le sénateur du Montana Lee Metcalf, dont le vote permis le dit :  “ Je ne vais pas être celui qui va mettre des milliers de gens au chômage. »  Une analyse du New York Time montra que chaque sénateur ayant des usines liées à Lookheed dans son état vota pour le marché.

En récompensant Lockheed Martin pour ses pratiques dispendieuses, le Congrès a créé un précédent qui n’a jamais été  remplacé. Un cas actuel en jeu est – quand on parle du loup- l’avion de combat F35 de Loockeed Martin. Avec 1.4 trillions de frais d’acquisition et de coût opératoires au cours de sa vie, ce sera le programme d’armement le plus cher jamais entrepris par le Pentagone ( ou par quiconque sur la planète Terre), et les signes d’alarme sont déjà présentes : des dizaines de milliards de dollars dans des surcoûts projetés et des myriades de problèmes dans les performances avant que le F35 soit même à la fin de sa période d’essai.  Maintenant, le Pentagone veut accélérer la production de l’avion en créant un “ achat en bloc” de plus de 400 avions qui ne nécessiteront peu ou pas de  contrôle   à l’égard de la qualité et du coût final du produit.

D’une façon prévisible, presque cinq décennies après le contre-temps du C-5A, Loocked-Martin a développé un version inflationniste de l’argument des emplois en défendant le F-35, assurant d’une  façon exagérée  que l’avion créerait 120.000 emplois dans 46 états. La compagnie a même créé une carte  interactive commode  montrant combien d’emplois créerait le programme état par état. Peu importe le fait que les dépenses d’armement soit le moins efficace moyen de créer des emplois trainant loin derrière les investissements dans l’habitat, l’éducation ou les infrastructures.  

 

Le classique siège de toilettes à 640 dollars.

Malgré les dizaines de milliards perdus sur un projet comme le F-35, les exemples qui semblent attirer le plus l’attention des medias et le plus d’ulcération de la part des contribuables sont les excès de dépenses sur des accessoires de la vie quotidienne.   Peut-être parce que l’individu de base n’a pas le sens du coût d’un avion de combat mais peut plus facilement envisager le fait qu’une dépense  de 640 dollars pour un siège de toilette ou de 7600 dollars pour une cafetière puisse être scandaleuse.  Ces sortes d’exemples – révélés pour la première fois  en 1980 par Dina Rasor du Project on Military Procurement – on compromit la position du gouvernement de Ronald Reagan selon laquelle pas un penny ne pourrait être prélevé du budget,- alors record en temps de paix – du Pentagone.

Les médias ont vidé leur assiette sur ces histoires. Les dépenses surévaluées du Pentagone pour chaque article ont généré  des centaines d’articles dans les journaux et les magazines, y compris un page de couverture dans le Washington Post. Deux lanceurs d’alerte ont même été interviewés dans le Todayshow et Johnny Carson a plaisanté sur de tels scandales dans ses monologues d’introduction du Tonight Show. Il est possible que la description la plus  mémorable du problème soit un dessin humoristique  de Herblock du Washington Post montrant le Secrétaire de la défense de Reagan, Weinberger portant un siège de toilettes de 650 dollars autour du cou.  Cette explosion de vérités, d’alertes, de journalisme d’investigation et de moqueries ont aidé à poser un plafond aux accumulations militaires mais- vous ne serez pas surpris de l’apprendre- n’ont pas empêché le Pentagone de trouver des manières toujours plus innovantes de dépenser l’argent du contribuable.

Le choix de dépense le plus choquant des années 90 fut sans doute la décision du gouvernement Clinton de subventionner  la fusion  odes firmes les plus importantes de la défense. Comme Lockheed ( oui, encore) et Martin Marietta ont fusionné, Northrop a fait équipe avec Grumman et Boing acheté Mc Donnel Douglas, le Pentagone a fourni les fonds pour payer pour tout, de la fermeture d’usines au financement de parachutes en or pour des cadres déplacés et des membres des conseils d’administration. À l’époque, le Sénateur du Vermont, Bernie Sanders avait fort à propos surnommé ce processus “des pots de vin pour des mises à pied”  comme les administrateurs des firmes de défense recevaient des indemnités juteuses alors que les employés étaient largement laissés livrés à eux-mêmes.

La rationalisation du Pentagone pour justifier ces centaines de millions de dollars offerts au mastodonde de la défense  était risible. L’argument était – absurde s’il en est – était que les nouvelles et plus importantes compagnies fourniraient le Pentagone à des prix plus bas une fois éliminés les frais généraux. L’ancien membre du Pentagone Lawrence Korb, qui s’opposa aux subventions à l’époque, note l’évidence : il n’existe aucune prévue que le programme d’armement devienne moins cher, que les dépassements de coût baissent ou que le gâchis se réduise tant soi peu grâce au financement des fusions des compagnies. Et comme il est devenu clair dans le monde des géants de l’armement qui a suivi, l’accentuation du pouvoir de marchandage de compagnies comme Loockheed Martin dans un marché offrant une baisse de la compétition significative a sans aucun doute augmenté d’une façon significative le coût des armes.

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Ne pas faire d’audit sur le Pentagone a coûté 6 milliards.

La figure emblématique du gâchis lors de la première décennie du 21ième siècle a certainement été les milliards de dollars qu’un Pentagone en voie de privatisation a distribué à des compagnies surprotégées  comme Halliburton qui a accompagné l’armée US dans les zones de combat et s’est engagée dans un programme de  construction de bases et de projets de « reconstruction » ( alias «  construction nationale)  en Irak et en Afghanistan. L’Inspection  générale spéciale pour la reconstruction en Afghanistan (SIGAR) à elle seule semble offrir de nouveaux exemples de gâchis, de fraude et d’abus pratiquement sur une base hebdomadaire. Parmi les projets afghan qui ont été entrepris au court des années se trouve une  « autoroute pour nulle part » ,de plusieurs millions,   une station essence de 43 millions   au milieu de nulle part,  Un quartier général de  25 millions « maison de l’art » pour l’armée US dans la province de Helmand, avec tous les habituels surcoûts, que personne n’a jamais utilisé et le paiement actuel de salaires à des milliers de personnes inexistantes, fort à propos nommés «  les soldats fantômes »  .   Ceci n’étant que le début d’une longue, longue liste. L’année passée,  Pro Publica créa un précieux graphique interactif détaillant les 17 milliards engloutis dans des dépenses inutiles exposées par  SIGAR, complété par des informations sur ce que cet argent aurait pu permettre si il avait été dépensé efficacement.

Une des raisons pour lesquelles le Pentagone a pu s’en tirer malgré tout ceci est qu’il s’est étrangement montré incapable de pratiquer  un simple audit sur lui-même, en dépit des demandes mandatées du Congrès remontant aux années 90. Très à propos, ceci signifie que le Département de la défense ne peut nous dire combien d’équipements ont été achetés, ou la fréquence de ses dépassements, ou même combien de sous-traitants il emploie. Ceci peut être un défaut de comptabilité spectaculaire mais c’est un très bon point pour les firmes d’armement, qui profite d’autant plus de ce minimum de comptabilité. Appelons ça de l’ironie ou symptôme d’un mode de vie à succès mais une analyse récente de Project sur le contrôle gouvernemental note que le Pentagone a dépensé jusque-là environ 6 milliards à « régler » la question de l’audit – sans solution en vue.

 

Au contraire, les pratiques comptables du Pentagone lors des dernières années ont empiré. Parmi les offenses à n’importe quel sens comptable raisonnable, le plus frappant peut-être a été la façon dont le budget de guerre – connu au Pentagone sous le nom de Overseas Contingency Operations account –[compte pour les opérations contingentes d’outre-mer] a été utilisé comme fond de caisse noire  pour régler des dizaines de milliards de dollars d’ articles n’ayant rien à faire avec la guerre.  Ces manœuvres d’évitement ont été utilisées pour contourner les limites imposes par le Congrès au budget ordinaire dans le Budget Control Act de 2011.

Si le Pentagone arrive à ses fins, l’armement nucléaire aura lui aussi sa caisse noire. Pendant des années le lobby des sous-marins a caressé l’idée d’un fond pour une plateforme de dissuasion basée en mer   (en dehors du budget naval régulier de l’armée) qui financerait les tirs de missiles balistiques sous-marins. Le Congrès avait approuvé l’idée et maintenant on demande   un fond de dissuasion qui donnerait un traitement budgétaire spécial aux bombardiers et aux missiles balistiques intercontinentaux également. Si c’est accepté, ce changement jettera par la fenêtre la plus proche la discipline budgétaire minimum qui existe maintenant au Pentagone et augmentera les dépassements budgétaires du Département, qui  excèdent  déjà les niveaux atteints lors de la période précédente de Reagan.

Pourquoi les dépenses et le gaspillage du Pentagone a-t-il été si difficile à maitriser ? La réponse, en un sens, est simple : le complexe militaro-industriel profite du gaspillage.  Un regard plus proche sur le gaspillage pourrait signifier non seulement des pièces de rechange moins chères mais aussi de sérieuses questions pour savoir si des poules aux œufs d’or comme le F-35 sont d’une quelconque utilité. Un recensement précis des centaines de milliers de sous-traitants privés employés par le Pentagone pourrait révéler qu’une large proportion d’entre eux fait un travail qui est soi en double soi inutile.  En d’autres termes, un audit effectif ou n’importe quel contrôle sérieux du Pentagone sur ses pratiques dispendieuses pourrait représenter une menace financière sur un secteur qui s’en sort parfaitement bien avec les arrangements actuels.

Qui sait ? Si les pratiques dispendieuses du Département de la défense étaient même simplement soumises à un regard et à un contrôle authentique, les gens pourraient commencer à poser des questions, par exemple, pourquoi un pays qui a déjà la capacité de détruire la planète entière plusieurs fois a besoin de  dépenser     1 milliard durant les prochaines trois décennies sur une nouvelle génération de missiles balistiques, de bombardiers, de sous-marins nucléaires. Rein de tout cela ne serait une bonne nouvelle pour les entrepreneurs et pour leurs alliés au Pentagone et au Congrès.

 

Sans doute, de temps en temps, vous continuerez à entendre des histoires de gâchis du Pentagone  ou des éléphants détecteurs de bombe égarés sur les médias . Sans une campagne concertée de pression publique comme nous n’en avons pas vue lors de ces dernières années, cependant, le budget hémorragique du Pentagone  ne sera jamais maîtrisé, cet audit ne se produira jamais et les fabricants, notre argent en main,  continueront à siffloter d’un cœur gai sur le chemin de la banque.

 

William D. Hartung, un auteur régulier sur  TomDispatch , est le Directeur de “Arms and Security Project” au centre de politique international. Il est l’auteur, entre autres de :   Prophets of War: Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex.

Copyright 2016 William D. Hartung

 

 

 

Traduction  : Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

Tout n’est pas la faute de Trump ! Tom Engelhardt

 

Nous vivons un temps où aucun des facteurs constituant le tissu socio-historique ne peut être pris ou analysé indépendamment du contexte dans lequel il agit. C’est le cas vraisemblablement de tout moment pris dans l’histoire mais la nécessité d’envisager les paramètres contraignants se fait beaucoup plus aigue en ces temps de système économico-politique à dominante impériale. Les élections américaines saturent les oreilles du monde entier, devenant un jeu à part entière où est plongé pour plus d’une année un peuple entier et occultant tous les événements d’importance se déroulant ailleurs. Ce n’est pas nouveau. C’est simplement plus intense, plus omniprésent, plus fou, plus violent, plus idéaliste et désespéré aussi et surtout, mené tambour battant par un tel bouffon que les racines du mal qui touche la vie politique américaine semblent avoir accéléré leur croissance démesurément. Ce que Engelhardt nous donne à voir ici, c’est la façon dont Trump, qu’il fonctionne comme objet médiatique ou non, est avant tout le fruit d’un système, sa manifestation la plus dérisoire et la plus funeste et que le terrain sur lequel il fait son lit est depuis longtemps préparé par une démocratie qui a perdu tous ses atouts, tous ses codes, toutes ses règles de fonctionnement pour permettre à des forces secrètes, militaires et économiques à projet ostensiblement impérialiste de légiférer le monde.EG

 

Tomgram: Engelhardt, don’t blame it all on Donald Trump 

 

Posté par Tom Engelhardt à 4:53pm, le 27 Mars 2016.
 

L’entrée dans des territoires inexplorés de Washington 
Sommes-nous dans un nouveau monde américain ?

Par Tom Engelhardt

La semaine dernière, me sentant malade, j’ai passé une journée sur le canapé devant la télévision et je me suis souvenu d’un élément étrange de la vie américaine.

Plus de sept mois avant le jour des élections présidentielles, vous pouvez regarder la campagne 2016 pour la présidence à n’importe quel moment de votre choix, et ceci est vrai depuis au moins l’année dernière. Il n’y a en fait jamais un instant où quelque chaîne d’information ou autres ne propose un rapport, une discussion, un débat, une analyse, une spéculation ou e bave simplement pas sur un aspect quelconque des primaires d’Hillary, de Bernie, de Ted et par-dessus tout – un million de fois par-dessus tout ; du Donald ( de la  violence de ses rallyes à la taille de ses mains ). Au cas où vous soyez jeune et croyiez que c’est que c’est plus ou moins la norme américaine, ça ne l’est pas, ou du moins, ça ne l’était pas.

Vraiment, il y a quelque chose de nouveau sous le soleil. Bien sûr avec la chasse à la Ford Bronco blanche de O.J Simpson, (95 millions de spectateurs !), les 24/24, 7/7 événements médiatiques sont arrivés à toute force dans la vie américaine et quelque chose a changé sur la manière dont nous nous centrons sur notre monde et dont les médias se centrent sur nous. Mais vous pouvez être sûrs d’une chose : jamais, dans l’histoire de la télévision, ou dans celle de n’importe quel autre média, aucune autre figure n’a rassemblé tant d’attention  – heure après heure, jour après jour, semaine après semaine – que Donald Trump.  Si il est le O.J Simpson de la politique américaine du 21 ième  siècle et sa course à la présidence, l’éternelle course à la Ford Bronco du moment, alors nous sommes dans un monde vraiment étrange.

Ou, pour le dire autrement : ce n’est pas une élection. Je sais que le terme “ élection “  est utilisé toutes les cinq secondes et qu’un nombre significatif d’électeurs américains continue sans interruption de rentrer dans les  isoloirs ( tout particulièrement, cette saison, des Républicains) ou, dans le cas des comités électoraux primaires, dans les salles de sport et autres, afin de choisir parmi différents candidats, aussi cela ressemble encore à des élections.. Mais croyez –moi sur parole et tenez compte du fait que je suis un type âgé de 72 ans qui observe le monde politique depuis des décennies : ceci n’est pas une élection dans le genre de celles que nos livres d’histoire nous ont décrit comme cruciale pour la démocratie américaine. Si, par contre, vous êtes assis là, attendant que je vous dise ce que c’est, respirez et ne soyez pas trop déçus. Je n’en ai pas la moindre idée, bien que ce soit en partie un spectacle de cirque du genre du pain et des jeux, en partie l’obsession de la célébrité et en partie la pompe à finances médiatique .

En fait, avant d’aller plus loin, laissez-moi me couvrir à propos de l’idée que Donald Trump soit un O.J Simpson du 21 ième siècle. C’est certainement une comparaison raisonnable mais je commence à me demander si aucune comparaison ne peut être utile dans la situation présente. Même la plus cauchemardesque d’entre elles – Donald Trump est  Adolf HitlerBenito Mussolini, ou n’importe quel démagogue extrémiste  de votre choix –peut se révéler n’être que des mouvements de consolation,  de rassurance et de confort. Oui, ce qui se passe dans notre monde devient de plus en plus extrême et pourrait difficilement être plus étrange, nous semblons être pressés de la dire, mais cela n’est pas reconnaissable. C’est quelque chose que nous avons rencontré avant, quelque chose que nous avons analysé dans le passé et, dans le mouvement, vaincu.

Réunir les suspects habituels

Mais que se passera-t-il si ce n’est pas vrai ? D’une certaine mesure, la chose la plus effrayante, la moins acceptable à dire à propos de notre monde américain à l’heure actuelle – même si la présence envahissante de Trump nous incite presque à le dire- c’est que nous sommes entrés dans un territoire non réglementé  et que, dans ces circonstances, les comparaisons peuvent en fait modifier notre capacité à saisir notre nouvelle réalité. Ma propre suspicion : Donald Trump n’est que l’instance la plus évidente de ce qui se passe, l’exemple que personne ne peut manquer.

Pendant les premières années du 21 ième siècle, nous assistons peut-être à la naissance d’un nouveau monde au cœur de la coque vidée du système américain. Jusqu’à présent, bien que nous vivions avec cette réalité chaque jour,  nous ne pouvons de toute évidence pas tolérer de le reconnaître pour ce qu’il est. Lorsque nous examinons le paysage, ce sur quoi nous tendons à nous focaliser est la coquille – les habituelles élections ( dans une forme quelque peu exponentielle), les habituelles institutions gouvernementales ( un peu ternies)  avec les habituels pouvoirs ( un peu amoindris et redistribués) comprenant les habituels séparations des pouvoirs ( checks and balance *) (un peu détraqué), et la même vieille Constitution ( si louée en son absence) et oui, nous savons que rien de tout ça ne marche particulièrement bien, ou parfois ne marche pas du tout, mais c’est toujours rassurant de considérer ce que nous avons comme une version réduite, plus désordonnée et moins fonctionnelle de ce que nous connaissons.

Peut-être, pourtant, est-ce de plus en plus une version de l’inconnu. Nous disons, parquet le Congrès est  « paralysé »  est que peut être accompli dans un pays devenu si « polarisé »  et nous attendons que quelque chose nous libère de cette paralysie, afin de nous permettre de revenir vers un Washington plus proche de ce que nous nous souvenons et reconnaissons.  Mais peut-être est-ce cela. Peut-être que même si les Républicains ont d’une certaine façon perdus le contrôle  de la Chambre des députes  House of Representatives) et du Sénat, nous pourrions être  dans une situation telle que nous cataloguions maintenant le paralysie. Peut-être est-ce notre nouvelle réalité américaine, le Congrès étant en fait une sorte de version d’un poulailler glorifié, bien soutenu et bien financé.

Bien sûr, je ne veux pas nier le fait que ce qui est «  nouveau » dans notre monde a une longue histoire. L’élargissement du  gouffre des inégalités entre les 1% et les Américains ordinaires a commencé à s’élargir dans les années 70 – comme l’explique si brillamment Thomas Frank dans son nouveau livre   Listen, Liberal – était déjà une réalité puissante et controversée au début des années 1990, quand Clinton visait la présidence. Oui, l’écart est plus maintenant comme des abysses et semble encore plus inscrit dans le système américain mais il a son histoire propre, comme l’ont par exemple les élections des 1%   ainsi que la montée et l’auto-organisation de la   « classe des milliardaires » même si personne, jusqu’à maintenant, ne pouvait imaginer qu’un gouvernement des milliardaires, par les milliardaires et pour les milliardaires puise évoluer en un gouvernement pour le milliardaire, par le milliardaire et pour le milliardaire – c’est-à-dire l’un d’entre eux.

Bien sûr, beaucoup de notre monde qui change de forme pourrait être décrit avec un certain nombre de comparaisons et en terme de points de référence historiques. Les inégalités ont une histoire. Le complexe militaro-industriel et  l’armée mercenaire , comme la warrior corporation, ne sont pas nées d’hier, ni notre état de guerre permanente, ni notre état de sécurité nationale qui menace maintenant Washington ainsi que son urgence à surveiller, celui de savoir beaucoup trop de choses sur la vie privée des Américains. ( Un petit salut en souvenir du Directeur du FBI,  J. Edgar Hoover est de rigueur ici)

Et cependant, aussi vrai que tout cela puisse être, Washington ressemble de plus en plus à une terre nouvelle, exhibant quelque chose comme nouveau système au milieu de notre politique décrite polarisée et paralysée décrite en long et en large.

L’état de sécurité nationale ne me semble pas moindrement paralysé ni polarisé.  Et le Pentagone non plus. Certains jours quand je regarde les nouvelles, je ne peux pas concevoir comment ce nouveau territoire semble étrange et monotone à la fois. Rappelez-moi, par exemple, où dans la Constitution les Pères fondateurs ont-ils écrit à propos de l’état de sécurité nationale ? Et cependant il est présent dans toute la gloire, tout le pouvoir et dans la force toujours plus indépendante de la capitale de notre nation.     Dans quelle mesure, par exemple, ces hommes de l’ère révolutionnaire ont-ils préparé le terrain pour que le Pentagone envoie ses drones espions de nos zones de guerre éloignées jusqu’au dessus des États- Unis ?  Et pourtant il l’a fait.  Et personne ne semble perturbé par ce développement. La nouvelle, à peine note ni remarquée, a été instantanément absorbée dans ce qui est entrain de devenir la nouvelle norme.

Cérémonie de remise des diplômes dans l’Empire

Laissez-moi mentionner ici au hasard la nouvelle qui m’a récemment amené à me demander sur quelle planète je vivais. Et je sais que vous n’allez pas le croire mais cela n’a absolument rein à voir avec Trump

Étant donné le carnage entraîné par les guerres et les conflits américains à travers les grand Moyen-Orient et l’Afrique, que j’ai suivis de près  l’an passé, je ne sais pas pourquoi ce moment particulier est venu à ma connaissance. La meilleure supposition ? Peut-être que, de tous ces lieux auparavant obscurs – de l’Afghanistan au Yémen en passant par la Libye – dans lesquels les US ont combattus récemment, la Somalie, où ce petit massacre particulier a eu lieu, semble le plus obscur de tous.  Oui, j’ai à moitié assisté à des événements se passant là-bas, du moment des Blackhawk de 1993 à l’invasion désastreuse de l’ Ethiopie  en 2006, soutenue par les USA en passant par l’invasion à peine moins désastreuse de ce pays par les   Kenyans et par d’autres forces africaines. Mais pourtant, la Somalie ?

Récemment, des drones américains Reaper et des aéronefs avec pilote ont lance une série d’attaque contre ce que le Pentagone a qualifié de cérémonie de remise des diplômes  pour les fantassins de base du groupe somalien de terroristes al-Shabad. Il a été fièrement annoncé que plus de 150 somaliens étaient morts lors de cette attaque. Dans un pays où, dans les récentes années les drones US et les forces d’opération spéciales on mené un nombre réduit de frappes contre les leaders d’al Shabad individuellement, ceci pourrait être considéré comme une escalade distincte du conflit sans fin se déroulant là-bas, ( avec un  raid impliquant les forces spéciales US suivant peu de temps après)

Maintenant, laissez-moi remettre ça dans un contexte personnel. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé les cartes et les globes terrestres. J’ai un sens correct de là où se trouvent la plupart des pays sur cette planète. Cependant, la Somalie ? J’ai dû m’interrompre et y réfléchir afin de la localiser précisément sur ma carte mentale de l’est africain. La plupart des Américains ? Honnêtement, je doute qu’ils auraient eu la moindre idée. Aussi l’autre jour, quand la nouvelles m’est parvenue, je me suis arrêté un moment pour la considérer. Si elle est exacte, nous avons tué 150 plus ou moins personne (sauf pour ceux qui les connaissaient) et peut-être même un   top leader ou deux dans un pays que la majorité des Américains ne seraient pas capable de localiser sur une carte. Je veux dire, ne trouvez-vous pas ça un peu bizarre, quelle que soit l’horreur de l’organisation pour laquelle ils se préparaient à combattre ?

Rappelez-moi : sur quelle bases a-t-on perpétré ce modeste massacre ? Après tout, les US ne sont pas en guerre avec la Somalie ni avec al-Shabad. Bien sûr, le Congrès ne joue plus aucun rôle dans les engagements belliqueux de l’Amérique. Il ne déclare plus la guerre sur aucun des pays ou des groupes que nous combattons. (Paralysie !!) La guerre n’est maintenant plus que du domaine de l’exécutif, en réalité, le pouvoir collectif de l’état de sécurité nationale  et la Maison blanche.  L’explication principale offerte pour la frappe somalienne, par exemple, est que les US avaient un petit nombre de conseillers stationnés avec les Forces d’union africaine dans ce pays et qu’il était vaguement possible que ces étudiants en guérilla puisse bientôt préparer une attaque quelques unes de ces forces ( et donc le personnel militaire américain) Il semble que si les US placent des conseillers n’importe où sur la planète – et chaque jour de chaque année ils sont maintenant dans des quantités de pays  — ce sera un excuse suffisante pour valider des actes de guerre basés sur l’imminence de la menace de leurs attaques.

Ou bien pensons le de cette façon ;  une constitution nouvelle, informelle est écrite ces dernières années à Washington. Pas besoin d’une convention ou d’une nouvelle Déclaration des droits. C’est une constitution centrée sur l’usage du pouvoir, spécialement le pouvoir militaire, et qui s’écrit dans le sang.

Ces jours-ci, notre gouvernement (celui qui n’est pas paralysé) agit régulièrement sur la base de cette constitution-en-devenir informelle, commettant des actes comme celui de la Somalie, à travers de significatives régions de la planète. Ces dernières année, nous les avons maries avec les dernières   technologies étonnantes.   Des drones armés de missiles Hellfire pour le pouvoir exécutif et le massacre assez gaillard d’individus que nous n’aimons pas beaucoup dans une majorité de pays musulmans. Maintenant, il est accepté que n’importe quel commandant en chef soit aussi un  assassin-en-chef, et que tout ceci fait partie d’un système de temps-de-guerre-qui n’est-pas un temps-de-guerre. Répandant le principe du chaos et de la dissolution  dans des régions entières de la planète, laissant des états écrasés et des mouvements terroristes dans son sillage. Quand donc était-ce, à propos, que “le people” a donné son accord pour que le Président puisse se transformer en assassin en chef, rassemblant ses beagles officiels afin qu’ils écrivent de nouvelles “lois” qui couvrirait n’importe lequel de ses actes ( y compris le meurtre  de citoyens américains), et année après année, envoie ce qui est en fait sa flotte personnelle de drones afin d’ éliminer des milliers de personne à travers les Moyen-Orient   et dans certaines parties de l’Afrique ?  Assez bizarrement, après presque quatorze années de cette sorte de comportement, avec des  preuves évidentes que ces sortes de frappes ne suppriment  pas les mouvements que Washington abhorre  (et souvent ne fait qu’allumer les flammes du ressentiment et de la vengeance qui, ni l’actuel président et ses officiels, ni aucun des candidats à cette fonction n’ont la moindre intention de ramener un jour ces drones au sol.

Et quand exactement le “people” a-t-il dit que, au sein de l’armée largement déployée de notre pays, qui a maintenant des garnisons  partout sur la surface de la planète, une force de presque 70.000 personnels d’Opérations spéciales pourrait naître, ou qu’elle devrait globalement  mener  des missions sous couverture, n’étant redevable qu’au Président  (si elles le lui sont) ? Et, ce que je trouve le plus étrange est que si peu dans notre monde trouve cela étrange.

Une planète sur le déclin ?

D’une certain façon, on pourrait dire que tout ceci marche. Au moins, marche dans ce nouveau système qui se crée que nous devons encore arriver à comprendre, tout comme nous n’avons pas encore compris l’état de sécurité nationale qui surveille le monde d’un façon que même les auteurs de science fiction n’ont pas pu imaginer, ( ni les législateurs des états totalitaires) ou la version étrange de la tuerie qu’on appelle élection. Tout ceci est à la fois une vieille nouvelle et terriblement nouveau.

Est-ce que je le comprends ? Pas du tout

Ce n’est pas la guerre comme nous la connaissons, ni le gouvernement comme nous l’avons compris, et ce ne sont pas des élections comme nous les avons imaginées il y a longtemps, ni une démocratie comme celle dont nous l’avions conçue, ni un journalisme du genre de celui qui était enseigné dans les écoles de journalisme. C’est la définition d’un territoire sans règles. C’est une authentique terra incognita  américaine cependant d’une certain façon, ce paysage inconnu fait déjà partie  de notre sens de nous-mêmes et du monde. Dans cette saison d’“ élection”  beaucoup demeure choqué par le fait qu’un des candidats gagnant pour la présidence puisse être un démagogue avec un côté autoritaire visible et ce qui semble être un goût pour le pouvoir absolu. De telles définitions sont accolées à Donald Trump mais le nouveau système américain qui émerge de cette chrysalide ces dernières années montre déjà ces tendances. Donc, ne blâmons pas Donald Trump.  Il devrait être beaucoup moins choquant pour ce pays qu’il ne l’est. Après tout, un monde trumpien en formation a pavé le chemin pour lui.

Qui sait ? Peut-être assistons-nous à une nouvelle interprétation d’une très vieille histoire : une version d’un ancien conte de grand pouvoir impérial adaptée au 21 ième siècle, peut-être le plus grand jamais vu – le grand pouvoir solitaire-  plongeant dans son déclin. C’est un conte que l’humanité a expérimenté assez souvent au cours de sa longue histoire. Mais à moins que vous ne pensiez une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, le contexte pour tout ceci, pour tout ce qui se déroule en ce moment dans notre monde, est si nouveau que cela reste hors de portée de milliers d’années d’expérience humaine. Comme les derniers records de chaleur  l’indiquent, nous sommes, pour la première fois sur une planète en déclin. Et si ça ça n’est pas un territoire sans règles, qu’est-ce qui l’est ?

 

Tom Engelhardt est le co-fondateur du  American Empire Project ( Projet de l’empire américain) et l’auteur de  The United States of Fear ( Les Ètats-Unis de la peur) ainsi que de l’Histoire de la Guerre froide., The End of Victory Culture.( La fin de la culture de la victoire) Il est membre du  Nation Institute et dirige TomDispatch.com. Son dernier livre est : Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World.( Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et état de sécurité globale dans un monde à super-pouvoir unique)

 

  • La séparation des pouvoirs est le fait dans la constitution d’un État de distinguer certaines fonctions ou missions de l’État, et d’en confier l’exercice exclusif à différents corps de ce dernier, appelés pouvoirs. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est le principe fondamental des démocraties représentativesA contrario, les régimes dictatoriaux ou tyranniques se définissent par la concentration, en général dans la main du pouvoir exécutif, de tous les pouvoirs.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Une guerre mondiale a commencé, brisons le silence

 

A world war has begun.

Par John Pilger

 

C33
Je suis allé filmer dans les îles Marshall, qui sont au nord de l’Australie, au milieu de l’Océan pacifique.

À chaque fois que je dis à des gens où je suis allé, ils me demandent “ Où est-ce ?” si je leur donne un indice en me référant au «  bikini » ils disent «  Ah, tu veux dire le maillot de bain ? »

Peu semblent conscients du fait que le maillot de bain bikini a été nommé ainsi afin de célébrer les explosions nucléaires qui ont détruit l’Ile de Bikini. Soixante-six têtes nucléaires lancées par les USA ont explosé dans les îles Marshall entre 1946 et 1958, l’équivalent de 1.6 bombes d’Hiroshima chaque jour pendant 12 ans.

Bikini est silencieuse aujourd’hui, muette et contaminée. Les palmiers poussent dans des réseaux étranges. Rien ne bouge. Il n’y a pas d’oiseaux.  Les pierres tombales du vieux cimetière sont vivantes de radiation. Mes chaussures ont été déclarées «  dangereuses » sur le compteur Geiger.

Debout sur la plage, j’ai regardé le vert émeraude de l’océan tomber au loin dans un vaste trou noir. C’était le cratère laissé par la bombe à hydrogène qu’ils ont appelée «  Bravo ». L’explosion a empoisonné les gens et leur environnement  sur des centaines de kilomètres, peut-être pour toujours.

Pendant mon voyage de retour, je me suis arête à l’aéroport de Honolulu et j’ai remarqué un magazine américain appelé  « La santé au féminin ». Sur la couverture se trouvait une femme souriante en bikini et le titre «  Vous aussi, vous pouvez avoir un corps bikini. » Quelques jours plus tôt, dans les îles Marshal, j’avais interviewé des femmes qui avaient des corps bikini très différents, chacune souffrant de cancer de la thyroïde et d’autres cancers extrêmement graves.

Contrairement à la femme souriante du magasine, chacune d’entre elles vivaient dans la misère, victimes et cobayes d’une superpuissance rapace qui est aujourd’hui plus dangereuse que jamais.
Je fais part de cette expérience comme un avertissement et afin d’interrompre la distraction qui nous a consume tous ou Presque. Le fondateur de la propagande moderne, Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme «  la manipulation consciente et intelligente des comportements et des opinions. » dans les sociétés démocratiques. Il a appelé cela « le gouvernement invisible »
How many people are aware that a world war has begun? At present, it is a war of propaganda, of lies and distraction, but this can change instantaneously with the first mistaken order, the first missile.

En 2009, le Président Obama se tenait devant une foule en adoration dans le centre de Prague, au Cœur de l’Europe. Il s’engageait à faire «  un monde libéré des armes atomiques ». La foule a frémi et quelques uns ont pleuré. Un torrent de platitude a coulé dans les médias. Obama s’est vu en conséquence attribué le Prix Noble de la paix. Mais c’était tout à fait faux, il mentait. Son gouvernement a construit plus d’armes atomiques, plus d’ogives nucléaires, plus de système de propulsion nucléaire, plus d’usines nucléaires. Le coût pour les ogives nucléaires seules a été plus élevé sous Obama que sous aucun autre président américain. Il se monte à plus d’un milliard de dollars.

Une mini bombe atomique est prevue. Elle est connue sous le nom de B61 Model 12. Il n’y a jamais eu quelque chose comme ça. Le Général James Cartwright, un  ancien vice-président de l’état-major interarmées a dit : «  Le fait qu’il deviennent plus petits rend leur usage plus vraisemblable. »

Lors des derniers dix-huit mois, le plus grand regroupement militaire depuis la Deuxième guerre mondiale- conduit par les USA se produit à la frontière oust de la Russie. Jamais depuis que Hitler a envahi l’Union soviétique des troupes étrangères n’ont été un tel danger pour la Russie.

L’Ukraine, auparavant partie de l’URSS, est devenu le parc à thème de la CIA. Ayant orchestré un coup à Kiev, Washington contrôle effectivement le régime qui est la porte à côté et est profondément hostile à la Russie : un régime corrompu par les Nazis, littéralement. Des figures parlementaires notoires en Ukraine sont des descendants politiques des groupes fascistes notoires comme l’OUN et l’UPA. Ils louent ouvertement Hitler et appelle à la persécution et à l’expulsion de la minorité russe. C’est rarement évoqué dans la presse de l’Ouest  ou c’est inverti afin de cacher la vérité.

 

En Lettonie, Lituanie et Estonie- la porte à côté de la Russie, l’armée US est entrain de déployer des troupes de combats, des tanks, et des armes lourdes. Cette extrême provocation de la deuxième puissance nucléaire mondiale est accueillie par le silence de l’Ouest. Ce qui  rend la perspective d’une guerre nucléaire encore plus dangereux et le parallèle avec la champagne contre la Chine.

Pas un jour ne passe sans que la Chine ne soit élevée au rang de «  menace ». Selon l’Amiral Harry Harris, le Commandant en chef de l’armée du Pacifique, la Chine “ construit un grand mur de sable dans le sud de la mer de Chine. »
Ce à quoi il fait référence est à la construction de pistes d’atterrissage sur les îles Spratly, qui sont l’objet d’une dispute avec les Philippines. Une dispute non prioritaire avant que Washington ne fasse pression et soudoie le gouvernement de Manille et que le Pentagone ne lance une campagne de propagande appelée «  Liberté de navigation. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire liberté pour les vaisseaux de guerre américains de patrouiller et de dominer les eaux   côtières de Chine. Essayez d’imaginer la réaction américaine si des vaisseaux de guerre chinois faisaient la même chose sur les eaux de Californie.

J’ai réalisé un film appelé : «  La guerre que vous ne voyez pas. », dans lequel j’ai interrogé des journalistes distingués en Amérique et en grande Bretagne. Des reporters comme Dan Tather de CBS, Rageh Omar de la BBC, David Rose de l’Observer.

Tous ont dit que si les journalistes et les animateurs télé avaient fait leur travail et questionné la propagande selon laquelle Sadam Hussein possédait des armes  de destruction massive, que si les mensonges proférés par Tony Blair et Georges Bush n’avaient pas été amplifiés  et propagés par les médias, l’invasion de 2003 en Irak n’aurait probablement pas eu lieu et des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants seraient encore vivants à l’heure actuelle.

La propagande préparant le terrain pour une guerre contre la Russie et/ou la Chine n’est pas différente dans son principe. À ma connaissance, aucun journaliste des réseaux médiatiques officiels de l’ Occident – l’équivalent d’un Dan Rather disons. n’a demandé pourquoi la Chine construisait des pistes d’atterrissage au sud de la Mer de Chine. La réponse serait d’une évidence aveuglante. Les USA sont en train d’encercler la Chine avec un réseau de bases, avec des missiles balistiques, avec des bombardiers armés de têtes nucléaires. Cet arc mortel s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, des îles Mariana,  Marshall et  Guam, aux Philippines, à la Thaïlande, Okinawa, Corée et au travers l’Eurasie jusqu’à l’Afghanistan. L’Amérique a accroché un nœud coulant au cou de la Chine. Ce n’est pas une nouvelle. Silence des médias. La guerre vue par les médias.

En 2015, dans le plus grand secret, les US et l’Australie ont organisé le plus gros exercice militaire sol-mer dans l’histoire récente, connu comme le Talisman Sabre. Son but était la répétition d’un plan de bataille air-mer, bloquant les voies maritimes comme le détroit de Malacca et celui de Lombok, qui condamnent l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières vitales en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.

Dans le cirque connu en tant que campagne présidentielle américaine, Donald Trump est présenté comme un  fou, un fasciste. Il est certainement odieux, mais il est aussi une figure haïe par les médias. Ceci uniquement pourrait lever notre scepticisme.

Les vues de Trump sur l’émigration sont grotesque, mais pas plus grotesque que celle de David cameron. Ce n’est pas Trump qui est la grand reporter aux USA mais le lauréat du prix Nobel de la paix Barack Obama. Selon un commentateur prestigieux, Trump «  lâche les rennes de la violence. » aux USA. Il les lâche ?

C’est le pays   où les petits enfants tuent leurs mères et où la police mène une guerre contre les noirs américains. C’est le pays qui a attaqué et cherché à renverser plus de 50 gouvernements, dont nombre de démocraties et bombardé de l’Asie  au Moyen Orient, causant la mort et l’expropriation de millions de personnes.

Aucun pays n’atteint leson record de violence systémique. La plupart des guerres américaines, souvent contre des pays sans défnse, ont été déclenchées non par des gouvernement républicains mais par des Démocrates libéraux, Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton, Obama.

En 1947, une série de directives du Conseil national de sécurité décrivait le but ultime de la politique étrangère américiane comme : « un monde substantiellement fait à l’image de l’Amérique ».

Il s’agit de l’idéologie de l’Amérique messianique. Nous sommes tous américains. Ou autres. Les hérétiques seront convertis, achetés, diffamés ou écrasés.

Donald Trump est le symptôme de cela, mais il est aussi un dissident. Il dit que l’invasion de l’Irak était un crime, il ne veut pas d’une guerre contre la Russie ou ma Chine. Le danger pour nous qui restons n’est pas Trump, mais Hillary Clinton. Elle n’est pas une dissidente. Elle incarne la résilience et la violence d’un système dont l’  « exceptionnalisme » tant vanté est un totalitarisme avec de temps en temps un visage libéral.

Comme l’élection présidentielle approche, Clinton sera considérée comme la première femme président, sans tenir compte d ses crimes et de ses mensonges- tout comme Barack Obama était vanté en tant que premier président noir et que les libéraux avalèrent son non-sens à propos de l’ « espoir ». Et le radotage continue. Décrit par le rédacteur du Guardian Owen Jones comme «  drôle, charmant, avec une gentillesse qui évince partiquement tous les autres politiciens” Obama  a envoyé l’autre jopur des drones qui ont massacre 150 personnes en Somalie. Il tue des gens généralement le mardi, selon le New York Times, quand on lui tend une liste de candidats pour la mort par drone. Tellement gentil.

 

Dans sa campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton a menace de  complètement oblitérer l’Iran avec des armes nucléaires. En tant que secrétaire d’état sous Obama, elle a participé au renversement du gouvernement du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 a Presque été jubilatoire. Quand le leader libyen, le Colonel Kadhafi  a été publiquement sodomisé avec un couteau – un meurtre rendu possible grâce à la logistique américaine ; Clinton a exulté à propos de sa mort : «  Nous sommes venu, nous avons vu, il est mort. »

Un des allies les plus proches de Clinton est Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’état qui a attaqué les jeunes femmes qui ne supportaient pas Hillary, la même Madeleine Albright qui a considéré à l’écran que la mort de millions d’enfants irakiens « valait la peine. »
Parmi les soutins les plus importants de Clinton on trouve le lobby israélite et les compagnies d’armement qui nourrissent le violence dans le Moyen Orient. Elle et son mari ont reçu des fortunes de Wall Street. Et cependant, elle est sur le point d’être proclamée la candidate des femmes, afin d’évincer l’horrible Trump, le démon officiel. Ses supporters comprennent des féministes distinguées, comme Gloria Steinem aux US ou Anne Summers en Australie.

Il y a une génération, un culte post-moderne, connu maintenant sous le nom de
“ Politique identitaire”  arrêtait beaucoup de personnes intelligentes, d’esprit libéral, qui examinaient les cause et les individus qu’ils soutenaient, comme les faussaires Obama et Clinton, comme les mouvements soi disant progressistes de Syriza en Grèce, qui ont trahi le people de leur pays et se sont allies avec leur ennemi. L’auto-absorption, une sorte de soiisme sont devenus le nouveau zeitgeist dans les sociétés privilégiées de l’Occident et montrent l’abandon de grands mouvements collectifs contre la guerre, l’injustice sociale, l’inégalité, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, le long sommeil est peut-être fini. La jeunesse se réveille à nouveau. Progressivement, les milliers en Grande Bretagne qui ont supporté Jeremy Corbyn font partie de cet éveil, comme sont ceux qui se sont rassemblés pour supporter Bernie Sanders. En Grande-Bretagne la semaine dernière, le plus proche allié de Corbyn, un chef du parti travailliste, John McDonnel, a impliqué le parti au gouvernement afin qu’il renfloue la dette de banques pirates et, dans les faits, continue la soi-disant austérité.*

Aux US, Sanders a promis de soutenir Clinton, si et quand elle serait nominée. Lui aussi a voté pour l’usage de la violence contre certains pays quand il le trouvait juste. Il pense que Obama a  «  fait un bon travail »

En Australie, il ya une sorte de politique moratoire, dan laquelle des jeux parlementaires pénibles sont joués à travers les medias pendant que des réfugiés et des peuples indigènes sont persécutés et que les inégalités augmentent, avec les dangers de guerre. Le gouvernement de Malcom Turnbull vient de présenter un budget pour la soi-disant défense de 195 milliards qui est une incitation à la guerre.

Silence

 

Qu’est devenue la grande tradition populaire d’action directe ? Où sont le courage, l’imagination et l’investissement nécessaires pour commencer un long voyage vers un monde meilleur, plus juste et pacifique ? Où sont les dissidents dans l’art, le cinéma, le théâtre, la littérature ? Où sont ceux qui vont briser le silence ? Ou attendons-nous que le premier missile nucléaire soit lancé ?

 

John Pilger
March 2016

 

Traduction Elisabeth Guerrier

Un haut-technicien de San Francisco “Je ne veux pas voir toute cette racaille sans abri”‘

 C’est un fait visible à San Francisco. L’état de tension entre les éléments moteurs du système néo-libéral et de ses déchets arrive lentement à une situation de fracture. Il ne peut pas en être autrement, l’idéologie du succès personnel est sous-jacente qui attribue à la responsabilité de chacun son advenir dans la société, son succès et son échec, le seul élément d’évaluation étant la carrière et la posture socio-économique qu’elle amène. Par contre, ce qui ne peut être pris en compte dans cette idéologie du succès personnel, c’est la dynamique sociétale et économique elles -mêmes qui quand elles ont usé les rouages n’ont aucune possibilité de faire une place au rebus. L’homme néolibéral est productif, ambitieux, consommateur ou il n’est pas. Même le lexique socio-politique utilisé pour décrire la situation d’impasse dans laquelle l’ensemble de la société, et non pas uniquement certains de ses éléments, se trouve, a glissé vers la terminologie de la compétition et de la gestion de crise. Nous ne sommes pas dans un contexte de science-fiction. L’homme est, comme tout ce que ce système idéologique produit, ou générateur de biens consommables ou jetable. Jetable où ? Ghettos ? Camps ? Les Gated communities sont déjà là pour montrer comment il est impossible de concevoir cette société autrement que comme close sur ses propres groupuscules sociaux. Elles montraient la peur sous-jacente au succès économique manifeste. Ce qu’elles vont devenir dans quelques temps c’est la seule réponse possible à l’incapacité de ce monde de traiter ses membres comme autre chose que des produits : il restera quelques espaces ventilés, aménagés pour les nantis et derrière des murs, les rejets économiques, écologiques et sociaux de cette culture du déchet.EG

 

Les travailleurs high-tech de San Francisco : Je ne veux pas voir cette racaille sans abri” Dans un lettre ouverte au maire de la ville, Ed Lee, l’entrepreneur Justin Keller dit qu’il est choqué que les « travailleurs nantis aient à voir des gens dans la souffrance et le désespoir.

 

 

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«  Personne n’a d’importance à part eux-mêmes. » dit un sans domicile au Guardian. «  Si vous avez de l’argent, la seule chose que vous voulez c’est de récupérer tout ce qui est à récupérer. » Photographe : David Levene  pour the Guardian

«   Ils n’ont aucun souci pour quiconque sauf eux-mêmes. Si vous avez de l’argent, vous voulez en amasser le plus possible. » Bercé Perry, citadin sans domicile

San Francisco tech worker: ‘I don’t want to see homeless riff-raff’

Julia Carrie Wong à San Francisco

 

Dans une des dernières altercations culturelles entre les high-techniciens de San Francisco et la population appauvrie de la ville, un entrepreneur a dit que les sans domicile étaient des vacanciers dont la souffrance, la lutte et le désespoir, ne devraient pas être supportées par les plus nantis allant au travail. C’est une histoire familière. Un entrepreneur (d’aucuns pourraient même aller jusqu’à l’appeler un tech-bro) gonflé par le sens de l’auto-évaluation et de l’autosatisfaction qui vient vivre et travailler dans la ville et dans des secteurs industriels qui le traitent, lui et ses amis, comme les humains les plus importants et les plus intelligents ayant jamais gratifié une zone urbaine de leur présence – prends un moment pour songer aux sans-logis.  Non content de plisser le nez et de continuer sa journée, il a rédigé ses pensées. Et les a publiées sur Internet. Et là, en un clic, il est entré au panthéon de l’infamie des high-techs de San Francisco. Justin Keller, entrepreneur, développeur et fondateur de la Start up Commando.io, a rejoint les rangs des exaltés le 15 février en publiant une lettre ouverte au maire de San Francisco Ed Lee et au Chef de la police Greg Suhr :

Je vous écris aujourd’hui afin de faire entendre mon inquiétude et mon outrage concernant le nombre croissant de sans abri et de problèmes lies à la drogue avec lesquels la ville a à négocier. Je vis à San Francisco depuis plus de trois ans et c’est sans aucun doute la situation la pire que j’ai rencontré. Chaque jour en allant ou en revenant de mon travail, je vois des gens étalés sur les trottoirs, des tentes dressées, des excréments humains et les visages de l’addiction. La ville devient un bidonville. Et pire, elle devient dangereuse.

Keller explique qu’il a été amené à agir par son experience du week-end des vacances, quand ses parents et sa famille sont venus lui rendre visite. Trois rencontres avec «  des sans abri ivres » dans la rue, « une personne égarée et défoncée à la sortie d’un restaurant » et un «  homme qui a enlevé sa chemise et s’est allongé par terre » dans une salle de cinéma l’ont laissées en colère et frustré face au problème des sans abri de la ville. Bien que Keller ne soit pas seul face à sa frustration quand il y a presque 7,000 personnes vivant sans domicile à San Francisco, sa lettre est distincte pour son absence totale de sympathie pour le sort de ceux qui sont en difficultés, ne se centrant que sur l’inconfort des « aisés ». :

Les résidents de cette ville étonnante ne se sentent plus en sécurité. Je sais que beaucoup sont frustré à cause de l’embourgeoisement se produisant dans la ville mais la réalité est que nous vivons dans une société de libre échange. Les riches travaillant ont mérité le droit de vivre dans cette ville. Ils sont sortis, ont acquis une éducation, ont travaillé dur et l’ont mérité. Je ne devrais pas avoir à craindre de me faire accoster.  Je ne devrais pas à voir la souffrance, les luttes et le désespoir des gens sans abri en allant et en revenant de mon travail journalier. Je veux que mes parents lorsqu’ils viennent en visite, fassent une grande expérience et apprécie ce lieu si particulier.

Keller ne propose pas de solution à l’énigme complexe et  insoluble de San Francisco, bien qu’il semble évoquer favorablement le balayage controversé des sans–abri   lors des récentes festivités du Super Bowl.

Je n’ai pas de solution magique… c’est une situation difficile et complexe mais d’une certaine façon, pendant le Super Bowl, presque tous les sans abri et la canaille semble disparaître Je veux parier que ce n’est pas une coïncidence. L’argent et la pression politique peuvent amener du changement. Aussi il est temps de commencer à faire changer les choses, ou nous, citoyens feront un changement dans les élus et choisiront des représentants qui le feront.

Après avoir eu à faire face à une levée de bouclier contre son post sur Twitter, Keller a posté des excuses pour l’usage du terme « racaille », écrivant que le choix de ce mot était « insensible et contre-productif ». Au niveau de sa publication, par contre, il n’a pas atteint le stade suivant dans le cycle de la diatribe des tech-bros sur les sans abri. En premier lieu vient la liquidation du post. En 2013,  le fondateur de la start-up Peter Shih a supprimé sa diatribe “ 10 choses que je hais à propos de toi : l’édition San Francisco.  de Medium après que le retour de bâton ait  atteint un tel pic que des affiches avec sa  photo avaient été placardées sur les cabines téléphoniques partout dans la ville.  Suit le temps des excuses. En 2015, le PDG de la Start-up Greg Gopman  a tenté de faire amende honorable en s’excusant pour propre laïus anti sans-abri (Il y décrivait les sans-abri comme  « les rebus de la société «  et  « des dégénérés qui se groupent comme des hyènes » et il déplorait  le «  fardeau et la responsabilité de devoir les avoir si proches suggérant un programme à sa façon afin de « résoudre » le problème des sans domicile. (Le plan de Gopman n’est jamais allé nulle part. Un officiel de la mairie a dit à the Guardian en 2015 que les plans de l’entrepreneur pour héberger les sans-abri lui rappelaient des niches à chien. .)

Dans un email adressé au Guardian, Keller dit qu’il écrivait un post supplémentaire sur la question.

«  L’hypothèse de ce post est que l’inaction de la ville et des officiels ne fonctionne pas. Nous avons tous, en tant que citoyens de San Francisco, besoin de trouver une façon d’améliorer les conditions de vie de la ville et de trouver une solution aux problems des sans-abri et de la drogue aussi vite que possible. » dit-il.  «  Je ne cherche en aucune manière à stigmatise les sans abri et les drogués, ma frustration vient du fait que les citoyens ne se sentent pas en sécurité. La quantité de crimes violents augmente et cela touché tout le monde. Quelles mesures spécifiques la municipalité prend-elle afin d’aider les sans-abri et les toxicomanes ? » « Au lieu de me crucifier, nous tous en tant que citoyens, devrions crucifier la municipalité et les représentants officiels pour inaptitude. Le status quo ne fonctionne pas. »

 

Bien sûr Keller sera vraisemblablement le paria d’Internet pendant les quelques jours à venir alors que les sans abris de San Francisco sont poussés à se sentir les parias de la ville chaque jour.

«  Être sans domicile, c’est comme être les germes de la ville. C’est comme ça qu’ils vous traitent. » dit Bercé Perry, un sans domicile de San Francisco. Perry se tient à l’extérieur de sa tente dans un campement sous le pont autoroutier de l’Highway 101. Cet homme de quarante-deux ans dit qu’il a été sans domicile depuis une année et qu’il a peu de patience pour le mépris que certaines personnes manifestent pour sa présence dans la ville.

«  Personne ne leur importe qu’eux-mêmes, », nous dit Perry à propos des riches technocrates qui ont emménagé à San Francisco. «  Si vous avez de l’argent, vous voulez juste récupérer tout ce qui est récupérable. »

À quelques immeubles de distance, Michel Jones, qui est sans domicile depuis à peu près trois ans, est frustré que des individus puissant être affamés et dans abri dans une ville si riche. « Je vois toute la nourriture qui est jetée, » dit-il, pourtant quand on lui demande comment il se sent à l’égard des technocrates, il dit juste : «  Je ne juge personne. »  Madeleine McCann,  27 ans a quelques mots plus crus pour les technocrates qui la désapprouvent. Elle vit dans une tente sous l’autoroute depuis un mois, depuis que sa caravane a été tractée, la laissant sans toit. «  Ils doivent être un peu plus tolérant, dit elle, ce n’est pas comme si ils devaient nous laisser venir prendre un douche chez eux… »

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Le terrifiant Ted et sa version ultra-conservatrice de l’Amérique

Après un rapide et talentueux clin d’oeil canadien à certains candidats, nous devons faire face à la déferlante Cruz, qui, soyons honnête, ne donne pas matière à ricaner. Son programme est un des plus réactionnaires que l’Amérique ait porté, aucun point pouvant marquer son appartenance à la droite réactionnaire n’est négligé, domination incontestable de la force US, changement climatique nié, fuel fossile à chercher avec ardeur, censure du Planning Familial etc… bref, il est certainement bon de savoir à quoi, si les électeurs outre-Atlantique perdent la tête, nous devons nous attendre.

 

FEBRUARY 5, 2016

 

 

Terrifying Ted and His Ultra-Conservative Vision for America

 Counter Punch Tell the facts, name the names

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by GARRY LEECH

Rien ne capture mieux l’arrogance impérialiste du candidat républicain Ted Cruz que sa déclaration de campagne «  Ce qui est le meilleur pour l’Amérique est le meilleur pour le monde. ». En plus du fait que des milliards de personnes de par le monde puisse ne pas être d’accord avec Cruz sur ce point s’ajoute celui qu’il n’est pas du tout clair que les choix proposés par le candidat républicain pour la présidentielle  soient même les meilleurs pour la plupart des Américains. Mais étant donné sa victoire  la semaine passée au Caucus d’Iowa, les vues ultraconservatrices de Cruz ne peuvent plus longtemps être ignorées quand les médias et les experts des Démocrates dissèquent la rhétorique grandiloquente du bien moins effrayant Donald Trump.

Contrairement à beaucoup d’autres candidats, Ted Cruz a une vision claire du futur de ce pays. Le problème pour de nombreux Américains, c’est qu’il s’agit d’une vision terrifiante. C’est une vision impérialiste, raciste, sexiste, homophobe et une vision de classe. Par exemple, Cruz propose de construire un mur géant le long de la frontière US Mexique en plus de l’usage de mesures de hautes technologies afin d’empêcher les immigrants illégaux tout en autorisant les entreprises privées à dicter l’ampleur du flot des immigrants légaux dans le pays en fonction des besoins de main d’œuvre.  En plus d’assurer le renforcement militaire afin de maintenir l’hégémonie américaine dans le monde, il promet aussi d’accroître le support militaire américain à Israël et de retirer le financement américain des Nations Unies si elles  « continuent leur parti-pris anti-Israël. ». Sur le front domestique, Cruz appelle à un impôt  fixe qui bénéficie aux citoyens fortunés et resserre les dépenses sociales fédérales. Il  s’est aussi engagé à aussi réduire les droits de femmes en affirmant qu’il ordonnerait à l’Avocat général une investigation sur le Planning familial dès le premier jour de sa présidence. Et il s’oppose aux mariages homosexuels, déclarant que  le mariage est un sacrement entre un homme et une femme. Finalement, Cruz n’échouera pas seulement à prendre des mesures contre le changement climatique, qu’il considère être un canular, il fera la promotion de la production étendue de gaz et de pétrole. Étant donné que ces propositions de programme font de Cruz un des candidats aux présidentielles les plus conservateurs depuis des décennies, il nous appartient de les regarder de plus prêt.

Le nouveau favori du Parti républicain a propose de construire un mur le long de la frontière entre le Mexique et les USA pour se protéger des soi disant émigrés illégaux. À cette fin, il a aussi l’intention de tripler la taille des patrouilles frontalières et de mettre en place un système d’entrées et de sorties biométrique. En plus, Cruz annulera l’amnistie d’Obama et fera appliquer la peine de prison de cinq ans à ceux qui seront rentrés illégalement aux USA. Quant à l’émigration légale,  les étrangers seront autorisés à entrer aux USA quand les entreprises américaines se trouveront en manque de main d’œuvre, une approche qui est assez loin du refrain humanitaire de compassion «  Donnez-moi vos masses fatiguées, pauvres attendant la liberté » En dernier lieu, une telle approche répressive n’est pas tenable parce qu’elle s’adresse aux symptômes et non aux causes de l’immigration illégale. Une des causes principales de l’immigration, et du terrorisme est le modèle de libre échange mondial et le candidat  républicain s’est voué à faire face à cette cause en renforçant l’armée américaine de façon à défendre ce modèle.

Selon Cruz, il aura le droit en tant que Président de dicter au reste du monde comment vivre parce que comme sa campagne l’évoque : « Les USA sont une nation exceptionnelle, une nation à laquelle les autres nations souhaitent ressembler. Nous devons nous montrer comme le phare éclairant un peule libre appréciant un marché libre et un système que le Gouvernement peut créer. » Et si le people libre des autres nations décidant qu’il ne souhaite pas vivre dans un marché de libre échange sous un gouvernement libéral de style américain, alors nous n’aurons qu’à le forcer parce qu’il ne sait simplement pas ce qui est le meilleur pour lui. En fait, Cruz n’a rien à faire de leur liberté de toute façon. En assumant les fonctions présidentielles, il entend «  rendre prioritaire les intérêts de la sécurité nationale américaine » dans tous les domaines en renforçant l’armée afin d’assurer la continuité impérialiste des US partout dans le monde.  Il se fait aussi le défenseur de l’intensification des liens des USA avec Israël, qui reçoivent déjà un quart de toute l’aide à l’étranger accordée par les USA. Selon Cruz, «  La sécurité américaine est accrue d’une façon significative par une Israël forte. ». Si une Israël forte assure la sécurité des USA est assez peu clair, étant donné que c’est un des reproches majeurs non seulement des terroristes dans le Moyen-Orient mais d’une majorité écrasante de personnes dans cette partie du monde. En complément à son soutien à Israël, Cruz entend supporter l’état juif politiquement en  retirant ses fonds alloués à l’ONU si elle continue de condamner l’occupation illégale des territoires palestiniens par Israël.  Il a aussi pris l’engagement de couper tout financement fédéral aux universités américaines qui rejoignent la politique de boycott globale de l’état d’Israël à cause de ses violations des lois internationales. C’est aussi sa promesse en d’augmentant le support militaire à Israël de faire disparaître l’accord nucléaire d’Obama avec l’Iran aussitôt qu’il sera nommé dans le bureau ovale, ce qui lui laissera peu d’options à part la force militaire pour négocier avec ce pays.

Pendant ce temps, au niveau domestique, Cruz envisage d’éliminer l’ Internal Revenue Service (IRS) en instaurant un impôt fixe à 10% des revenus. Bien que l’IRS ne soit en aucun ca une institution très prisée, une telle décision ne se contenterait pas de l’éliminer mais avec elles de nombreux programmes sociaux. Les premiers bénéficiaires d’un impôt fixe seraient les Américains nantis qui verraient l’imposition sur leurs revenus descendre de 40% à 10%. Pendant ce temps, l’imposition du travailleur américain moyen  ne baisserait que de 5%.  La perte résultant sur un impôt fixe pour les revenus fédéraux conduirait inévitablement à des coupes dans les programmes gouvernementaux et, étant donné que Cruz entend augmenter les fonds de l’armée, cela signifierait que les programmes sociaux qui sont alloués aux revenus les plus bas ne seraient pas financés.

Le premier programme que Cruz veut éliminer est l’Obamacare mais contrairement au candidat à la présidentielle démocrate Bernie Sanders qui veut remplacer l’Obamacare par un système de protection sociale universelle plus large, Cruz veut le bazarder et compter sur un système de marché qui a laissé cinquante millions d’Américains sans l’accès à aucun système de protection médicale. Clairement Cruz n’a pas appris de l’erreur commise par la Première ministre britannique Margaret Tatcher qui a été exclue du pouvoir après avoir introduit l’imposition fixe. Quant à l’économie, Cruz cherche à «  délier la prospérité économique » aux USA à travers la «  grande renaissance énergétique américaine ». Cette renaissance n’a rien à voir avec un basculement du pays vers des sources d’énergies renouvelables, plutôt avec une recherche du réveil de l’exploitation des énergies fossiles par la promotion du pétrole et de l’exploitation et de la production du gaz naturel; À cette fin, Cruz promet d’approuver le Keystone Pipeline et d’ « ôter tous les blocages fédéraux à l’exploration énergétique ». Cruz n’est pas inquiet sur les conséquences de sa politique énergétique pour l’environnement parce qu’il ne croit pas que l’activité humaine contribue au changement climatique. L’anabaptiste  conservateur du Sud clame que les « alarmistes sur le réchauffement climatique » se comporte avec une ferveur religieuse qui montre que «  le changement climatique n’est pas de la science, c’est de la religion. »

Et, parlant de religion, c’est une force motrice dans l’agenda politique de Cruz. Il utilise ses vues religieuses pour justifier la cible des femmes et des homosexuels. « Le mariage est un sacrement entre une femme et un homme, il a renforcé les sociétés depuis des millénaires et nous nous devons de faire respecter la vérité du mariage. » affirme sa campagne. Qui continue en disant, « Les extrémistes de gauche essaient de faire disparaître ces droits les plus fondamentaux, ces droits divins » Cruz croit que ces « droits divins » signifient que seuls les couples hétérosexuels peuvent «  apprécier une relation authentique et une connexion intime » et que l’homosexualité est un «  choix ». En fonction de ceci, il a voté contre le droit des juges fédéraux de légiférer en faveur du mariage de même sexe. Le favori républicain a aussi d’une façon répétée cherché  à réduire l’accès des femmes à l’avortement à travers la législation et à travers des tentatives de réduction des financements fédéraux au planning familial. En fait, il s’engage, s’il est élu à engager avec l’Avocat général une enquête sur le Planning familial dès son premier jour à la présidence. La ferveur religieuse de Cruz  est aussi évidente à travers les déclarations de sa campagne que «  nos droits ne viennent pas du gouvernement. Ils viennent de dieu. » Dans ce contexte, Cruz a joué un rôle clé dans l’assurance que la Cour suprême n’enlève pas les mots «  selon la volonté de Dieu » du Serment d’allégeance. Cruz est aussi opposé au contrôle des armes et un ardent défenseur de son interprétation du second amendement. En référence à sa défense du droit de port d’arme, la campagne de Cruz affirme : «  Quand des citoyens cessent d’avoir le droit de se défendre, on cesse d’être libres. Et maintenant plus que jamais, comme les terroristes radicaux islamistes cherchent à attaque les Américains sur leur propre sol, le droit des Américains à protéger leur famille et leur communauté est d’autant plus critique pour notre sécurité et notre liberté. » Si Cruz est sérieusement inquiet pour la sécurité des citoyens américains, alors c’est à propos des  Américains et non des terroristes étrangers qu’il  doit s’inquiéter. Après tout, le nombre d’Américains tués par eux sur le sol US est minuscule par rapport aux plus de 10.000 Américains tués par leur compatriotes armés chaque année.

Une visctoire de Cruz en Novembre déclencherait un glissement sérieux vers la droite pour les USA tant en politique international qu’en politique intérieure. Les propostions du candidat républicain devraient effrayer non seulement les Américains mais tous les peuples autour du monde qui ne pensent pas que les USA sont une  « nation exceptionnelle »  qui sait ce qui est le meilleur pour tous. Une telle approche impérialiste de Washington pendant les derniéres cinquante ans  a entraîné le mnde dans le chaos marqué par le terrorisme, les crises de réfugiés, le traffic humain, l’inégalité croissante et la destruction écologique. Une administration Cruz ne se contenterait pas  d’intensifier la tragique réalité. Contrairement à ce que pense Cruz, ce qui est le mieux pour les USA n’est pas le mieux pour le monde, comme le prouve une étude  récente qui  montre que les USA sont perçus dans le monde comme la plus grande menace pour la pix mondiale. Une présidente Cruzienne ne ferait que valider cette perception.

Garry Leech est un journaliste indépendent et l’auteur de nombreux ouvrages y compris : “How I Became an American Socialist (Misfit Books, 2016), Capitalism: A Structural Genocide (Zed Books, 2012); Beyond Bogota: Diary of a Drug War Journalist in Colombia (Beacon Press, 2009); and Crude Interventions: The United States Oil and the New World Disorder (Zed Books, 2006). ). Il enseigne également la politique internationale à Cape Breton University à Nova Scotia, Canada et à l’Université Javeriana à Cali, Colombia. Pour plus d’information à so propos , visitez la site garryleech.com

 

La pathologie de l’homme blanc. Au coeur de l’électorat de Trump et Sanders

 

La pathologie de l’homme blanc. Au coeur des fans clubs de Trump et de Sanders.

 

THE WHITE MAN PATHOLOGY: INSIDE THE FANDOM OF SANDERS AND TRUMP

Stephen Marche

 

Deuxième partie de ce voyage d’un Canadien au coeur des électorats de Donald Trump et Bernie Sanders. Une façon de regarder à travers sa vision à la fois intime et étrangère des phénomènes collectifs fonctionnant sur des logiques ou des absences de logique, différentes, des contradictions qui font partie intégrante du mythe de chaque nation, beaucoup plus palpables de l’extérieur que de l’intérieur, serré autour des habitus indéracinables et des histoires partagées par une communauté, ici blanche puisque ce travail ne cesse de pointer les disparités et les ambiguïtés des mots d’ordre et des textes de références et du peu d’évolution des pratiques ségrégationnistes sur le terrain de la vie quotidienne. Trump semble pour l’heure écarté de la joute finale et Sanders le sera vraisemblablement mais les questions de fond posées par un abord féerique et émotionnel de la vie politique, décrit ici tant dans l’électorat des Républicains que dans celui des Démocrates, cette étrange familiarité, qui fait qu’il suffit de dire ” Je vous aime” à la foule pour être considéré comme un homme ou une femme politique digne de ce nom, qui amène cette même foule à vous aimer avec passion en retour et à vous appeler par votre prénom en vous confiant votre avenir et celui de vos enfants sur la force de rumeurs et d’émotions, laisse perplexe les enfants des Lumières, que, qu’on le veuille ou non, nous sommes encore. Afin de rendre les références à des détails très spécifiques de musique ou de slogans non familiers, nous avons pris la liberté d’ajouter au texte initial quelques liens. EG

 

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Deuxième Partie

 

Le panorama de Fun City

 

Le lendemain matin, il était devenu clair que l’Iowa allait devenir le Buisson d’épine sur le chemin de Trump. Un scandale autour d’un tweet dévoyé a éclaté. Il a accusé un jeune interne mais les huit points de plus de Carson ont du être exaspérants. Trump possède la faiblesse de quiconque ne vit que par la force de ses résultats. Les résultats varient. Quand les résultats baissent, où êtes-vous ? Qui êtes-vous ? Trump est dans le business du succès. Un Trump perdant existe-t-il seulement ?

J’avais un jour entre Trump et Sanders et tout ce qui me restait à faire était de lire le PDF de Ta-Nehisi Coates Between the World and Me, ( Entre le monde et moi) que j’avais accepté  de consulter dans le cadre du Club du livre du mois. Après un autre «  hot mess » chez Jerry’ mainlunch, et une course pour en brûler les calories, j’ai passé la journée au Motel 8, lisant, pendant que de l’autre côté de la rue, l’usine Winegard, fabricant des antennes paraboliques 24 heures par jour, battait sourdement comme un cœur sans syncope. Savez-vous que vous pouvez acheter six packs de bière et une bouteille de bourbon pour un pu plus de 20 dollars en Iowa . Quel pays magnifique !

Le titre de entre le monde et moi vient d’un poème de Richard Wright appelé White Man, Listen! (Homme blanc, écoute ! ) et il n’y allait jamais y avoir plus blanc et plus mâle que moi, dans le Motel 8, sirotant du bourbon et des bières, avec mon Iphone, avec les éclairs des Jays and Royals  vacillant et le ronflement de la fabrication d’antennes paraboliques dans le fond.  L’urgence du livre, la vitalité de l’imagination historique en jeu ont levé comme des vagues se transformant en crêtes de colère se heurtant à leurs propres forces. C’était tout d’un bloc et ça prenait un sens féroce. Entre le monde et moi est un de ces livres qui possède l’inévitabilité puissante d’un phénomène naturel – comme si il revenait à l’éther qui nous entoure, une formation cristalline de l’outrage qui définit le moment. Le critiquer est inapproprié, c’est juste là. Pour moi, le passage essential d’entre le monde et moi, vient après que Coates soit passé à la télévision et ait expliqué à son hôte les conséquences désespérantes d’un autre assassinat de garçon noir par la police.

Je suis sorti du studio et j’ai marché un peu. C’était un jour calme de décembre. Des familles, se pensant blanches, étaient dans les rues. Des enfants, élevés pour être blancs étaient promenés dans des poussettes. Et je me sentais triste pour tous ces gens autant que j’étais tirste pour mon hôte et triste pour tous cela, regardant et se divertissant dans des espoirs spécieux. J’ai compris pourquoi j’étais triste. Quand un journaliste m’a questionné sur mon corps, c’était comme si elle m’avait demandé de la réveiller du plus beau des rêves. J’ai vu ce rêve ma vie durant. C’est la maison parfaite avec de jolies pelouses. C’est le barbecue du Memorial day, les associations de quartiers et les allées. Le rêve ce sont les cabanes dans les arbres et les Scouts. Scoutisme, le rêve sent la menthe et a goût de tarte aux fraises.

Dès lors, en lisant ce livre, je savais que les blancs allaient aimer ce livre. Ce dont les blancs ont faim – plus ce qu’ils exigent, ils l’exigent pour vivre. – est un alibi pour leur blancheur, une échappée de l’injustice de leurs existences. Il existe différents alibis suivant la quantité de stupidité que vous pouvez supporter. Vous pouvez dire, à vous-même et aux autres que les noirs sont stupides et paresseux, vous pouvez dire que vous ne regardez pas la couleur, vous pouvez traiter votre oncle de raciste de façon à ce que tout le monde sache que vous, vous ne l’êtes pas, vous pouvez partager la dernière critique sur la brutalité sur Twitter avec le mot CECI et mainentant vous pouvez dire à une amie qu’elle devrait vraiment lire «  Entre le monde et moi. » Parce que ce rêve de blancheur, ce rêve de cabanes dans les arbres et de Scouts qui ont le goût de la menthe et l’odeur de la tarte aux fraises, est un alibi parfait. Qui vit ce rêve ? Quelqu’un d’autre le vit peut-être mais moi pas, ni personne que je connaisse, personne parmi ceux que j’ai pu voir à Burlington. C’est un rêve qui appartient à quelqu’un d’autre. Toujours à quelqu’un d’autre. Il n’appartenait certainement pas aux ouvriers de chez Winegard qui se dirigeaient vers leurs voitures après leur poste. La blancheur de mon existence était un IPhone et les effluves du Bourbon et des bières, et le jeu de la nuit dernière et le picotement dans ma hanche. Le picotement, c’était mon corps – la réalité vers laquelle je ne veux pas regarder parce que j’ai trop peur de ma mortalité. Á mes yeux, la meilleure question jamais posée à propos des races aux USA a toujours été celle que James Baldwin a posée quant un interviewer a voulu savoir si il était optimiste ou pessimiste à propos de l’avenir de l’Amérique. : «  Ce que les blancs doivent essayer de découvrir dans leurs propres cœurs c’est pourquoi ils ont eu un  jour besoin de créer un nègre » a-t-il dit  « si vous l’avez inventé, vous les blancs, alors vous avez à découvrir pourquoi, et l’avenir de ce pays dépend de ça. »L’obsession des intellectuels autour de la question de la résistance passive ou active de Malcom X ou de Martin Luther King,  – devient alors discutable, la matière essentielle est pourquoi les blancs font-ils sauter des églises emplies d’enfants.

La blancheur est une distorsion spirituelle, de toute évidence. Par le fruit tu connaîtras l’arbre. Et sur la question de la pathologie blanche, quelle bonne réponse a produit l’Amérique depuis que Baldwin a posé la question en 1963 ? Et maintenant que la pathologie blanche est retournée à son absence d’hôte, sans examen et mystérieuse, un golem. Dans la soirée j’ai fini le livre et ne voulais plus penser aux corps blanc ou noir ou au cliquetis dans ma hanche.  Face à mon hôtel, le complexe de Fun City est composé d’une imitation de fête foraine, d’une piste de bowling, de deux ou trois bars, d’un magasin replica diner, et, coincé entre un hôtel et un spa ; du Casion Catfish Bend. La salle de poker est miteuse mais fonctionnelle. Une partie a commence à six heures. Je voulais jouer. Je voulais savoir comment on pouvait s’amuser dans un lieu appelé Fun City. Le plus jeune type à la table, avec sa casquette de base ball recourbée, cultivait des haricots et du maîs. Un homme avec une moustache coléreuse animait la conversation, un autre homme à la barbe de trois jours ajoutant de ci de là une remarque. Le reste des joueurs restait assis en silence, baignant calmement dans le jus de notre addiction, comme dans tous les casinos. Tout le monde à la table connaissait tout le monde, sauf moi et un soudeur noir arrivé dans la ville pour un travail de spécialiste. C’était la Happy Hour à Fun City et les bières étaient à un dollar. Tout le monde en a commandé des litres. Et j’ai senti combine j’avais de la chance d’être aux USA, en dépit de la politique, en dépit de tout. De la bière bon marché et des gens francs et un jeu conduit honnêtement dans une pièce propre. Même comparé au Canada, la prospérité inconsciente de l’endroit est étonnante.  La barbe de trois jours avait vu Trump le jour précédent et la moustache coléreuse lui a demandé son avis.

«  Je pense qu’il pourrait gagner » a dit la barbe de trois jours prudemment, comme si il s’agissait d’une critique, comme si c’était tout ce qu’on pouvait dire de lui, qu’il pouvait avoir une chance aux présidentielles, pour ce que ça valait.

«  Peu importe » a dit moustache coléreuse, «  Peu importe qui y va, Washington les ruine »

«  Il est possible que ce soit différent avec lui parce qu’il n’ $a pas besoin d’argent. »

Moustache coléreuse cita une statistique, que j’ai vérifié plus tard et qui s’est montrée être une connerie, que tous les membres du Congrès deviennent millionaires la première année de leur nomination. Tout le monde a acquiessé sur le fait que la e principal avantage de Trump était qu’il venait là pré-corrompu.

«  Ce n’est pas même l’argent » a dit Barbe de trois jours, « Ils arrivent là. Ils ont tous des idées et des plans mais ils ne peuvent rien faire. » Barbe de trois jours prenait presque en pitié les politiciens.

«  Le système est foutu «  a ajouté moustache coléreuse comme une evidence, de lma faon don’t vous faites part de n’importe quel fait historique, comme « L’Allemagne a perdu la Deuxième guerre mondiale” ou «  Frances Farmer a été une star un jour ». Les visions de la politique américaine à Fun City est un désespoir douillet. C’est un désespoir non seulement sur qui a le pouvoir mais sur qui que ce soit qui pourrait le prendre un jour. Ce n’est pas un désespoir uniquement sur le fait que le système est cassé mais sur le fait que tout système, imaginable dans l’actuelle itération des USA ne pourrait s’avérer que tout aussi cassé.  Le choix est un choix entre l’impotence et la coercition. La réponse n’est pas la révolution mais un haussement d’épaule. La casquette de base ball recourbée, le gars qui faisait pousser des haricots et du maïs et qui avait des traces de terre sous les cuticules de ses ongles, a demandé quelque chose à propos d’une ancienne salle de jeu qui était en ville, et les souvenirs des jours où Burlington était pleine de monde- les bâtiments qui avaient été fermés, les femmes qui étaient belles avant et qui étaient maintenant Á la fin, le joueur noir, qui n’avait presque rien dit sauf ses annonces, ses mises s’en alla. «  Avez-vous vu les doigts de ce type ? «  a demandé moustache coléreuse lorsqu’il a eu disparu. Il fit un geste de quelques centimètres au-dessus de son index. Nous sommes tous, c’était clair dans une pièce entre hommes blancs. «  Vous savez ce qu’on dit. Mon frère travaille à la prison et il dit que c’est vrai. Je suppose que c’est pour ça qu’ils disent «  once you go black »

Tout le monde a acquiescé, ou sourit ou s’est tu, baissant les yeux vers les cartes. Maintenant que nous avions montré à quel point nous étions blancs, la pièce était plus amicale. Nous savions que personne ne dirait mot sur les tares des autres. Et si la réponse à la question de Baldwin était aussi banale qu’elle apparaît à Fun City ? Et si les blancs avaient créé le nègre pour se sentir un peu moins seuls ? Et je n’ai rein dit. Je n’ai pas offert de résistance, bien que la ligne entre l’homme de Fun City et le flic tirant en plein la figure d’un enfant noir soit difficile à tracer. Ceci était mon alibi ce soir-là : Je suis canadien. Ce qui signifie que je suis un espion venu de nulle part. Ou peut-être un lâche ou quelque chose entre les deux. C’est un alibi plutôt élimé, n’importe comment. Mais quel alibi ne l’est pas ?. La conversation a glissé à nouveau sur Trump. Elle était plus polie.

«  Je peux imaginer Trump » a dit moustache coléreuse. «  Il n’est pas le pire que j’ai vu ».  « Je commence à aimer ce docteur »   a ajouté barbe de trois jours en se reprenant. Ce docteur, Ben Carson, propose une baisse des impôts de 10% qui mettrait le budget du gouvernement, au bas mot dans un déficit de 3 milliards de dollars. Il croit que Joseph a construit les pyramides pour stocker du grain, que Hitler n’aurait jamais pris le pouvoir si le peuple d’Allemagne avait été armé, qu’Obamacare est pire que l’esclavage, et que les Américains vivent à l’âge de la Gestapo.

J’aimerais que Coates ait un projet un peu fou, une fantaisie utopique pour les communards de Georgia ou le retour vers une terre mère ou une autre mais il veut juste la fin de la suprématie blanche. Il demande juste que les blancs d’Amérique deviennent adultes, qu’ils abandonnent leur sens inhumain de supériorité idiote. Je ne peux pas imaginer pourquoi ils le feraient. C’est amusant de boire et de jouer aux cartes et d’imaginer ce que Trump dirait au Président mexicain le lendemain de son élection, ou que Ben Carson baisse les impôts de 10 ou 12%. L’alibi ultime est l’ignorance. – c’est lui le plus proche de l’innocence- mais si vous ne pouvez pas vous débrouiller avec l’ignorance, la démence peut parfaitement la remplacer. Je veux dire, rien de tout ça ne va se passer n’importe comment, non ? N’importe qui qui soit élu, ça va être une impasse sans issue et un outrage de toute façon, non ? Est-ce que j’ai mentionné que la bière coûte un dollar, un seul dollar solitaire.

‘Ellen Degeneres, eat your heart out!’ ( prends garde à toi, tiens toi le pour dit verdirait de jalousie ?”

Le rallye de Bernie Sanders à Davenport était exactement l’opposé du rallye de Donald Trump à Burlington et pourtant précisément le même au détail prêt. «  Rendre l’Amérique à sa puissance/  Make America Great Again était remplacé par “ Relever le défi / Feel the bern. Des démarcheurs vendaient des badges, 3 pour 10 dollars. Il y était marqué : Bernie est mon animal fétiche / Bernie Sanders is my spirit animal,  Les chats avec Bernie et Je supportais Bernie Sanders avant que ce soit cool.  Davenport, au moins près du Adler Theater est le même que le Brooklyn-outside-Brooklyn qui a conquis tous les coins du monde qui ne sont pas des rues commerçantes.  Les tatoueurs de Davenport ne meurent pas de faim. Les hipsters nourris au maïs qui assistent au rallye de Sanders semblent avoir participé à une fête dans laquelle quelqu’un a joué du bongo. Ils ont même peut-être assisté à une lecture publique.

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 Bernie Sanders à un meeting dans la salle des fêtes de Ottumwa, Iowa. Photograph: Charlie Neibergall/AP

Il y avait quelques toxicos également comme chez Trump, sauf que dans ce cas c’étaient des femmes dans leur vingtaine avec des lunettes et criant  « Feel the Bern », et « Nous allons construire une révolution. » Quelqu’un avec une caméra de NBC a demandé à un groupe qui avaient amené leurs enfants précoces parce qu’ils voulaient qu’ils s’engagent dans le processus politique «  Puis-je vous avoir là comme si vous étiez excités à propos de Bernie ? »  Ils ont posé prudemment leurs verres au sol, hors de vue pour lui rendre service. ? Le même spectre d’hommes blancs en colère hante les rallyes de Sanders, le même sens d’une attente pour un pays qui est, un pays qui a été, éliminé. La foule de Bernie a amené des babioles faites maison plutôt que manufacturées, parce que j’imagine qu’elles sont bios. Ils les agitent de la même façon. Ils assistent à un spectacle. Ils veulent être une bonne audience.  La différence fondamentale entre la foule de Trump et celle de Sanders est que celle de Sanders a plus d’argent, la conséquence naturelle de la machine à contradiction américaine : les riches peuvent s’offrir de penser au socialisme, les pauvres peuvent uniquement s’offrir leur colère.   La première partie de Sanders a été un député plein d’espoir, Gary Kroeger. Il n’a pas participé à The Apprentice mais à Saturday Night Live, un comédien de deuxième classe facile à oublier de la grande période entre 1982 et 1985. Il a commencé évidemment avec un gag foireux « Le patchouli frais que l’on sent dans l’air est si beau ! » Le traducteur en langue des signes a offert un sourire timide pour signifier que c’était une plaisanterie. Puis après une brève incursion dans les gaucheries, appelant  l’Amérique «  une social-démocratie  aussi connue en tant que république » Kroeger a pris un grand selfie avec la foule derrière lui : «  Ellen Degeneres, tiens-toi bien ! » a-t-il crié. Tous les téléphones se sont levés pour se prendre en photo dans une image imitant celle des Oscars : quel socialisme pour l’année 2015 ! ». Puis vinrent quelques orchestres en ordre dispersé, jouant un assortiment de chansons issues de divers mouvements historiques de gauche. Ils ont joué ensemble sur The Auld Triangle, une ballade de prison tirée de Inside Llewelyn Davis (Coen Brothers). Le chanteur de Alice in Chains (vous vous souvenez ?) a proposé une version électrique de I won’t back now. Une vieille chanson de The Clash Jail Guitar Doors a été chantée par le sujet du premier couplet, Wayne Kramer. Et tout cela, si évidant, un acte nostalgique, de l’indulgence pour le regret d’un temps ou la musique encourageait la politique, où l’activisme possédait un visage artistique, et vice et versa.

Puis Sanders a fini par arriver. Les téléphones se sont levés. « Assez est assez » a-t-il crié, laissant en blanc ce dont il avait assez. Puis il a parlé de la façon dont il voulait terminer la guerre anti-drogue, mener une campagne pour la réforme financière et un gouvernement qui ne soit pas composé de ploutocrates et comment ils allaient construire une révolution (un mot tellement embarrassant quand il est prononcé à voix haute) et comment l’Amérique allait devenir une social-démocratie par le peuple et pour le peuple.

L’exaspération de Sanders est le fait premier à communiquer, plus que tout contenu politique. Trump était centré sur le fait de gagner à nouveau, Sanders sur le fait d’avoir perdu. Le flou de la politique américaine est ce qui étonne les étrangers. C’est tout à propos de sentiments, de dieu et de conneries. Sanders a prononcé cette phrase : «  Ce que je veux dire c’est que quand des millions de personnes se groupent pour restaurer un gouvernement, des choses extraordinaires peuvent être accomplies. » Et personne ne lui a demandé ce qu’il voulait dire.  Personne ne lui a demandé des chiffres. Ils ont applaudi. Mieux valait le prendre dans l’esprit dans lequel ça avait été donné.  Une comédie de centre de vacances dans les Catskills.

Sanders m’a rappelé une ligne de Seinfeld, peut-être à cause de la parodie de Larry David sur SNL que j’avais vue il y avait seulement quelques jours. «  La mer ce jour-là mes amis était aussi démontée qu’un vieil home essayant d’échanger sa soupe dans un deli. »  Quand Ben et Jerry feront une glace Bernie Sanders, j’espère que le parfum sera gingembre et piment : le goût  délicieux  qui nettoie les outrages en passant par les narines. Le discours de Sanders a été beaucoup plus court que celui de Trump. Il y avait déjà eu la musique je suppose. J’ai eu l’impression comme avec Trump que j’avais parcouru des centaines et des centaines de kilomètres pour regarder la coiffure d’un homme. Les chevaux de Sanders sont tout autant un fait que ceux de Trump. Ils ressemblent à ceux d’un professeur titulaire  que sa femme a cessé de harceler pour qu’il aille chez le coiffeur parce que le harcèlement ne marche pas. Vous ne pourriez pas froisser la coiffure de Sanders. Le désordre est tout autant un choix esthétique que la mèche rabattue. Je veux dire qu’il ne change jamais d’aspect. Quelqu’un le coupe, de façon à ce qu’il tombe de cette façon-là, au-dessus des oreilles.

La vue de Tampico

Comme le désespoir a brusquement envahi le people blanc d’Amérique comme un brouillard, comme les blancs meurent en nombre inégalé les commentateurs sont surprise, un peu, de ne pas avoir de plans d’action. Pas de propositions de mesures tendant à améliorer le sort des blancs.

Comment le pourraient-ils ? Si vous suivez le rapport de Case and Deation, les blancs sont victimes de leurs propres privilèges. – littéralement -. Leur précieux droit de posséder des armes à feu et l’augmentation gigantesque de détention d’armes signifient que leurs tentatives de suicide sont plus fréquentes. Ils ont plus d’accès aux opiacés parce que les médecins sont plus susceptibles de faire confiance à des blancs pour leur usage. Ils ont assez d’argent pour se rendre solitaires et ivres. Je me souviens avoir lu un passage de Bell Hooks un  jour, le genre de ceux qui circulent sur Face Book parce qu’il semble légèrement inhabituel dans son questionnement prédictible, «  Le premier acte de violence que la patriarchie exige du mâle, écrit-elle, n’est pas la violence à l’égard des femmes. La patriarchie exige de tout homme qu’il s’engage dans une automutilation, qu’il tue la partie émotionnelle en lui-même. » Sa compassion est admirable, même glorieuse mais aussi inappropriée. Personne n’est plus émotionnel qu’un homme blanc minable. Ils sont la sentimentalité personnifiée. Sion, comment tant d’entre eux pourraient-ils être ému jusqu’à devenir enragé par l’absence d’un sapin de Noël sur des tasses Starbucks ?  Ce rêve, ce rêve blanc, ce rêve blanc qui sent la menthe et a le goût de tarte à la fraise, vient avec son pesant de merde. Si vous acceptez la merde, mangez la merde, si vous vivez dans la merde, survivez à des guerres stupides et à des boulots insignifiants, vous pouvez être sûr de celui que vous êtes et de ce que vous méritez. Mais si vous n’en êtes pas sûr et n’avez pas reçu ce que vous méritez, pourquoi avez vous accepté, mangé et respiré toute cette merde ?

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Du maïs non moissonné près du promontoire du Conseil Iowa. Photographie: Nati Harnik/AP

Dans l’après-coup de ce marché, le choix, je suppose, est ou bien d’être fier d’être blanc, ce qui est une forme de folie, ou de fantasmer une cosmopolis post-raciale, ce qui est une forme de chimère, ou d’avoir honte. Il est tellement plus facile d’oublier ces choix ou de les différer éternellement, ou de débattre des difficultés du choix infiniment, parce que la chair blanche n’est pas sous une menace mortelle comme celle des noirs ou des femmes. Nos corps sont saufs. Ce sont eux la menace.

Dans les monarchies médiévales, l’état demandait l’existence d’un corps double, un pour le monde réel et un pour le monde symbolique. Il y avait le corps imparfait et mortel du roi qui sanglotait, baisait et mourait et puis il ya avait le Corps du Roi, sacré, pur, indestructible.  La race nous donne à tous un corps double «  une double conscience » , dans la phrase de Du Bois, quelle que soit la façon dont vous appelez le fait de vivre mortellement à travers le jugement des autres. La nouvelle distortion blanche, la maladie enfoncée dans le cœur, la pathologie, est peut être simplement être l’arrivée de la conscience de ces deux corps : le vertige et la nausée qui se produisent quand on voit double. Parce qu’ils doivent être comme tout le monde, leur cœur se brise en deux.

Le matin suivant le rallye de Sanders, j’ai trouvé assez de force pour regarder dans le miroir à mon corps blanc et male, pour examiner sa nature mortelle et symbolique. À l’angle de mon aine, là où ça chatouillait, se trouvait une tache brune, comme du lait tourné. Une large tache brune ayant la forme de la Floride après le changement climatique à l’angle de mes hanches. Aussitôt j’ai su que j’allais mourir. Et juste après je suis reparti vers Toronto, vers ma femme et mes enfants, la chair de ma chair.

Bernie Sanders veut une révolution pour détrôner le capitalisme de casino mais le problème, ou peut-être juste le premier problème, est que les Américains aiment les casinos. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’en construire. Sur la route à la sortie de l’Iowa, j’en ai croisé des dizaines, des dizaines de Fun Cities de différentes formes et tailles où se déroulent diverses conversations sur Trump et Sanders.  Les autoroutes de l’Illinois son tune vision unique des désirs humains au travail. Un marché presque illimité pour les addictions et leur traitement. Des clubs de striptease, des points de vente de poulet rôti, ou de jeux ou des centres de réhabilitation ou des églises ou des centres anticancéreux. L’ I94 parle exactement au corps sans blessure, avec des promesses de sucre artificiel, de chattes et de salut pour eux.  Il y avait une autre attraction sur la route du retour : la ville de naissance de Ronald Reagan, Tampico. La beauté du paysage autour de ces villes, pour d’obscures raisons, n’a jamais été correctement décrite. Il n’y a pas de bus de touristes vers ces régions comme il y en a vers la mer ou a montagne mais le paysage y est certainement aussi sublime. L’enfance de Reagan s’est déroulée dans le bas-ventre du continent, la grande jointure entre le centre industriel des Grands lacs et le cœur agricole. La mémoire historique de ses monuments présidentiels a été consumée par les fantasmes d’une vie de petite ville mais c’est un paysage d’immeubles blanc délavé contre le vide ondoyant, un pays bouillonnant de rêves. On put imaginer Reagan en jeune garçon dans ces champs, rêvant de cinéma et d’Amérique – de vastes écrans sur lesquels il pouvait se projeter. L’autoroute les traverse comme une rivière d’attentes dans un ancien rêve. Les anciens rêves sont encore si vivant ici. Aux USA les écrits vieux de 240 ans peuvent être récités par cœur par des individus qu’on ne peut pas décrire comme étant éduqués. Des documents écrits par des hommes qui possédaient des esclaves sont évoqués comme si ils pouvaient résoudre les problèmes aujourd’hui et demain et dans tout avenir concevable, peu importe son éloignement. Thomas Jefferson croyait que la Constitution devrait expirer au bout de 19 ans, de façon à ce que les morts n’exercent pas de domination sur les vivants. Ce destin semble se concrétiser. Les Américains sont dans un débat constant avec des fantômes et leurs conversations avec les morts sont plus puissantes, plus féroces exactement là où elles sont le plus absurdes. Ils affirment d’un ton de défi que tous les hommes sont nés égaux quand n’importe qui peu constater qu’ils ne le sont pas.  Ils proclament que les hommes et les femmes devraient être jugés par le contenu de leur caractère quand personne ne peut savoir quel est le contenu du caractère de qui que ce soit. Ces rêves, ces impossibilités sont les fondements absolus et réels de leur nation. Et ces rêves sont si enchanteurs qu’il est impossible de savoir si le problème est que les Américains les croient ou qu’ils ne les croient pas. D’une façon ou d’une autre, c’est totalement enfantin.

De retour à Toronto, ma femme a jeté un oeil sur la tache brune à l’aine et m’a envoyé chez le docteur et il m’a dit que c’était  une eruption due à l’excès de course et il m’a été donné le plus beau cadeau qu’on puisse espérer, à ce moment et dans ce lieu. J’ai été pardonné, pour un instant, pour mon corps.

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

La pathologie de l’homme blanc. Au coeur des fans clubs de Trump et de Sanders.

Première partie d’une promenade très savoureuse dans l’univers des élections nord-américaines. Nous accompagnons un Canadien qui aime les USA dans son voyage au coeur des campagnes de Donald Trump et de Bernie Sanders. Son regard va nous donner une idée des passions, des faiblesses et des aveuglements de l’électorat. N’oublions pas que de cette élection à venir dépend l’avenir de nos amis transatlantiques mais aussi, hélas, le nôtre. Car si Trump se sent autorisé aujourd’hui à dire qu’il pense pouvoir tuer quelqu’un en lui tirant dessus sur la 5ième avenue sans perdre son électorat, élu, il va certainement pouvoir se sentir autorisé à appuyer sur le bouton qui nous fera tous disparaître en emportant sa gigantesque forfaiture et sa mégalomanie insondable. EG

 

The white man pathology: inside the fandom of Sanders and Trump

 

La pathologie de l’homme blanc : à l’intérieur du club des adeptes de Trump et Sanders

 

1/ TRUMP en Iowa

 

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C’est difficile d’avoir un corps mâle et blanc et de pouvoir se représenter ses propres faiblesses. Illustration: Antony Hare

 

Stephen Marche

Dimanche 10 Janvier 2016 Modifié le mardi 12 janvier

La frontière

Vous sentez votre blancheur parfaitement à la frontière américaine. La plupart du temps, être blanc est une absence de problèmes. La police ne vous ennuie pas donc vous ne notez pas que la police ne vous ennuie pas. Vous obtenez un travail, donc vous ne notez pas que vous l’avez. Vos enfants ne sont pas confondus avec des criminels. Je vis dans le centre-ville de Toronto, dans un des voisinages les plus libéraux d’un des villes les plus ouvertes du monde, où le multiculturalisme est la valeur civique dominante et où la vertu inerte de la tolérance est l’héritage le plus proéminent de l’Empire britannique, où donc si vous clignez des yeux vous pouvez prétendre que les anciennes catégories se sont dissipées dans la brume des Lumières et des mariages interraciaux.  Mais pas à la frontière.

Le professeur canado-guyanais de mon fils et l’étudiant musulman Milton avec qui je suis allé au lycée et l’écrivain sikh avec qui je me chamaillais à propos d’Harold Innis et mon comptable Ismaélite, nous pouvons tous être de bons petits torontois de la classe moyenne, déviant les différences que nous avons été entraînés à respecter.  Mais dans une voiture prise dans la file infusant dans le monoxyde de carbone attendant d’entrer dans Détroit, leurs manières d’être divergent drastiquement des miennes.

Je suis blanc, ils ne le sont pas. Ils sont vulnérables. Je ne le suis pas. Voilà comment ça marche : j’apprécie les gardes à la frontière américaine, ils sont toujours amicaux avec moi, correctes, et même de compagnie agréable. Dans la guérite entre le pas-encore-né- de Windsor et le a-fait- son-temps de Détroit, l’officier auquel je me suis adressé avait un ventre à l’air bourru et mystérieux d’inscrutabilité intentionnelle, comme un troll sous le pont d’un conte de fée.

«  Où allez-vous ? » a-t-il demandé ?

«  Burlington,  Iowa. »

«  Quelle raison aurait-on de choisir Burlington Iowa ? » a-t-il demandé philosophiquement ?

«  Je vais voir Donald Trump et Bernie Sanders. » puis parce que ça semblait nécessiter une explication : « Ils donnent un forum à quelques jours l’un de l’autre. »

«  Pourquoi quelqu’un choisirait-il d’aller voir  Donald Trump et Bernie Sanders ? »

Je n’ai pas répondu, parce que nous étions à la frontière mais j’aurais pu dire que le chef de la police de Birmingham estimait que 30.000 personnes s’étaient rassemblées pour voir Donald Trump en Août et qu’à Dallas, il avait rempli le Centre d’American Airlines  et que son opposant, Bernie Sanders, –beaucoup plus que celui de Barack Obama à un moment similaire dans sa campagne de 2008.

«  Je suis curieux » lui ai-je dit à la place.

À ce moment-là, il m’a demandé de baisser ma vitre. Mais tout allait bien, comme je l’ai dit, je suis blanc.

Le nombre croissant de morts parmi les blancs  américains d’âge moyen pourrait excéder le nombre des victimes du SIDA aux USA.

Comme je conduisais dans la banlieue des ruines de Détroit, à travers l’I- 94, une des autoroutes américaines les plus affreuses, la familière vieille sensation de légèreté a palpité. J’aime l’Amérique. L’Amérique n’est pas ma mère. Le Canada est ma mère. Mais l’Amérique est  une incroyablement belle et riche dame étonnement  douce qui est ma voisine et semble se déliter. Je ne peux m’empêcher de l’aimer.  Pour les gens qui aiment à  se consacrer aux contradictions, les US sont le plus grand pays du monde : le pays de la liberté construit sur l’esclavage. le pays des lois et de l’ordre où tout le monde est en droit de porter une arme à feu, le lieu du progrès sans limite où l’on s’accroche au sous-développement culturel par pure obstination. Et dans ce glorieux bourbier, une nouvelle contradiction s’est récemment annoncée : les blancs, les Américains privilégiés, ceux qui ont le moins à craindre des pouvoirs en place, ceux qui sont les plus voués à un brillant future, ceux qui à partir de tous les chiffres possibles sont le groupe le plus fortuné dans l’histoire du monde commencent à mourir dans des proportions choquantes.  Le rapport Case and Deatont, Croissance de la morbidité et de la mortalité chez les Américains non-hispaniques d’âge moyen au 21ième siècle, décrit un taux de mortalité en hausse chez les blancs d’âge moyen «  comparable aux disparitions de l’épidémie de SIDA aux USA. »  Cette pointe est propre aux américains blancs – elle ne se retrouve pas dans d’autres groupes ethniques aux US ni d’autres populations blanches du monde développé, une mystérieuse épidémie de désespoir.

D’une certaine façon il a été aisé d’attribuer toutes ces morts de blancs américains  à « l’empoisonnement par l’alcool, à l’usage de drogues, au suicide, et aux maladies chroniques du foie ainsi qu’aux cirrhoses. » selon ce rapport. Il n’a pas été aussi aisé d’attribuer l’attribution.  Pourquoi les américains blancs d’âge moyen boivent-ils, se droguent-ils ou se shootent-ils à mort ? Les explications offertes étaient préétablies, pleinement branchées sur les préjugés de confirmation : c’est à cause de l’économie, à cause de la démographie, à cause de l’absence de dieu ou à cause de la religion, ou c’est à cause de l’éclatement de la famille ou de la persistance des valeurs antiques ou à cause du manque de programme social ou de la dépendance aux programmes sociaux.   Case and Deaton  nomme cela : « une épidémie de souffrance » Bien. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Sur l’autoroute I694, vous vous trouvez à vous demander : mais qu’est ce qui déconne chez ces gens-là ? Je veux dire en dehors du déclin de la classe moyenne évidemment. Et de la montée de l’emploi précaire et du fait que le mode de vie basique exige tant de sédation que presque un quart de tous les Américains sont sous  tranquillisants   et qu’entre 26.4et 36 millions d’Américains utilisent des opiacés chaque jour. Et aussi, oui, les fusillades de  masse.  Il y a eu plus d’une fusillade par jour. Et des terroristes blancs prenant à nouveau pour cible des églises noires. Et les vidéos régulièrement mises en ligne montrant   la police assassinant des noirs.  Et la police en question n’étant jamais inquiétée et a fortiori jamais condamnée à la prison. Et savez-vous ce qui inquiétait les Américains quand toute cette merde leur pleuvait dessus ? Quand toute cette folie venait blesser leur pays bien aimé ? Savez-vous quel était leur souci prioritaire,  sondage après sondage après sondage ?  Les Musulmans, les Musulmans, si vous pouvez le croire…

«  Le rêve américain est mort mais je vais le rendre plus fort. »

Mon corps est blanc et mâle. Il mesure 1, 82 mètres et pèse 86 kilos.  Il a 39 ans et a dû commencer à courir. Il a dû commencer à compter les calories. Il y a un picotement dans l’articulation de ma hanche droite aussi, je cherche à ne pas songer à mon corps. Le picotement va et vient. Je sais que mon corps va finir par me tuer.

«  Un homme qui a peur de souffrir souffre déjà de sa peur. » Comme le dit Montaigne. C’est une des raisons pour lesquelles les hommes meurent beaucoup plus jeunes que les femmes.  6 ans plus jeunes en moyenne en Amérique.  92 % des hommes dissent qu’ils attendant au moins quelques jours afin de voir s’ils vont se sentir mieux avant d’aller chez le docteur mais je sais qu’ils veulent dire quelques jours e plus que ce qui serait raisonnable. C’est difficile d’avoir un corps blanc et mâle et de concevoir sa faiblesse. Dans le même esprit, mon corps ne peut pas croire qu’il est la personnification du pouvoir,  bien que de toute évidence il l’est dans toutes les dimensions comptables de son statut social, il se sent simplement un corps. Il se sent mortel.

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Je n’ai jamais été dans un endroit aussi blanc que l’Iowa, c’est la pure vérité.  Photograph: Darren McCollester/Getty Images

Je n’ai jamais été dans un endroit aussi blanc que l’Iowa.  Je le jure. Quand je me rends aux USA, je vais à New York à Chicago, à Los Angeles ou en Floride.  A Burlington, chez Jerry (Jerry’s main lunch) le plat de référence est le Bazard chaud (Hot mess) des œufs, du bacon rissolés à point. Les sucriers  ont tous des craquelins à l’intérieur afin d’éviter que le sucre en poudre ne s’amalgame. Un petit morceau du bon sens et du savoir-faire américain. Le Hot mess est délicieux, pourquoi ne le font-ils pas partout ? Pourquoi n’y a-t-il pas de chaînes de Jerry’s Main Lunch servant des Hot Mess partout à travers les Middle- West ? La réponse est dans le reste de la ville: tout ce qui devait partir a déjà quitté Burlington. Les beaux immeubles de brique rouge du centre ville sont presque tous vacants. La rue la plus intéressante est la route à la sortie de la ville. Le Memorial Arena, sur les rives du Mississipi, s’est rempli très tôt. Trump ne parlait pas avant 18 heures mais à 16 heures 45, la situation sur le parking était déjà sombre. A l’extérieur du bâtiment les démarcheurs qui suivent Trump sur la route, d’un événement à l’autre, vendaient des teeshirts et des badges, trois pour 10 dollars.  « We shall overcomb » ° « cats for Trump, the time is Meow »    « AMERICA GREAT AGAIN » [ Rendre l’Amérique à sa puissance]

A l’intérieur, chaque siège avait été occupé et le plancher rapidement recouvert d’une foule debout.  Burlington est composée de 10% de noirs. Le rallye l’était de 99,99% de blancs. Les gens qui assistent à un rallye aux USA appartiennent à un genre particulier d’individus tout comme ceux qui font la queue devant l’entrée d’une discothèque. Ils savent où ils sont supposés se rendre et comment ils sont supposés se tenir quand ils y arrivent. Ils sont adaptés.  Une dame âgée assise à mes côtés arborant un chapeau avec la bannière étoilée dessus qu’elle ne sort clairement que pour ces occasions. «Vous venez de l’Illinois ? » demande-t-elle ?  Je ne suis pas de là mais je passe. Elle assiste à tous les rallies, explique-t-elle, elle a été une républicaine toute sa vie, une républicaine active, une républicaine de l’Iowa. Pendant 30 ans elle a été dans des foules comme celle-ci. Elle projette d’aller, une fois dans sa vie à la Convention nationale.  Comme aller à un concert des Stones. Quand les organisateurs sont passés avec des flyers sur lesquels était écrit «  La majorité silencieuse », elle en a pris plusieurs pour les distribuer autour d’elle.  Des femmes gaies et prévenantes composaient la moitié de cette foule. Des hommes absurdes et en colère  l’autre. Ils portaient des tee-shirts avec des paragraphes entiers écrits dessus : Je suis un vétéran de l’armée américaine. J’ai un jour fait le SERMENT SOLENNEL de défendre la CONSTITUTION contre tout ennemi, extérieur ou intérieur. Soyez prévenus que personne ne me libérera de mes devoirs à l’égard de ce serment !

Sur le parking, il y avait des véhicules enduits d’autocollants  Nous le peuple en avons ras le bol à 100%, Si les armes à feu tuent alors j’imagine que les stylos fons des faute d’orthographe (sic) que les voitures conduisent en état d’ivresse,  et que les cuillères rendent les gens obèses.  Je suis hétéro, conservateur, chrétien, et je possède un fusil. Y-a-t-il autre chose que je puisse faire pour t’emmerder ?  Une photo d’Obama avec : Est-ce que ce trou du cul rend ma voiture plus grosse ? Le style républicain pour 2016 est dans les aphorismes humoristiques violents. Derrière la comédie, une rage absurde : l’Amérique est le pays le plus grand au monde mais l’Amérique part en morceaux, le gouvernement est le problème, il faut donc que le gouvernement le résolve.

C’était une production de Trump donc naturellement il y avait une section VIP. Une porte gardée par des hommes aux crânes rasés, sans sourire, les videurs plein d’ennui qui sont pour toujours autour des célébrités indifférentes. Une porte battante sur le côté recevait et dispensait les gens les plus présentables, ceux avec la neutralité lisse des politiciens professionnels, les femmes dont les visages sont marqués d’une moue de dédain permanente, les hommes qui  se font couper les cheveux avant chaque événement. La femme à mes côtés – le chapeau à la bannière étoilée – portait un pendentif en étain en forme d’éléphant. Une jeune fille dans une robe d’un orange vif passa par l’entrée des VIP en portant un éléphant en étain incrusté de diamants. Les pendentifs en forme d’éléphant était le thème, j’ai noté, des éléphants en broche des éléphants en bagues, des éléphants en tee-shirts.  On les trouvait à différents prix et dans différents styles : des éléphants faisant penser aux bandes dessinées françaises des années 60, d’étranges trémoussements pseudo-sexuels, avec les chapeaux de paille de plaisancier des années 20 menant la parade. Il n’y avait qu’une sorte d’éléphant impossible à trouver.   Un éléphant qui ressemble vraiment à un éléphant. Un éléphant réaliste qui puisse servir d’aide-mémoire pour les centaines d’éléphants tués pour leur ivoire chaque jour. Un éléphant naturaliste serait foncièrement environnementaliste. Les éléphants se doivent tous d’être fabuleux.  Comme dans tous les bons spectacles il y avait une première partie. En fait, il y en avait deux. Trous si vous comptez la récitation du serment d’allégeance. La première était Tana Goertz, une femme de l’Iowa  qui avait été sélectionnée pour la troisième saison de « The Apprentice ». « Quelle belle foule ! » a-t-elle susurré. Elle se porta garante pour Trump en tant que femme, (Il adore les femmes !)  et comme quelqu’un qui est revenue en Iowa. (Comment serait-il possible de vivre à New York si vous n’aimez pas les gens ?) Elle a promu l’idée qui est au cœur de tout ce que fait Trump, que le simple contact avec l’homme amène la prospérité. « Quand vous montez dans le train de Trump, vous allez quelque part ! » Elle a quitté la scène sous des applaudissements iowiens polis. La foule aurait peut-être, tout bien considéré, préféré écouter la musique d’Elton John sortant des haut-parleurs à la place mais au moins elle avait fait un effort.  Un homme médiatique plus standard a suivi. Sam Clovis anime une émission radio conservatrice et est un activiste du Tea Party qui a dirigé et perdu un bon nombre de positions en Iowa. Il a attaqué d’emblée. Trump est un des hommes les plus grands qui ait jamais parlé sur cette terre. Une remarque pertinente.  La foule aurait pu rire mais elle a applaudi, prouvant ainsi qu’ou bien elle n’était pas attentive ou qu’elle était prête à avaler n’importe quoi.  Clovis compare les récents discours de Trump à celui de Reagan,  Un temps pour choisir [Time for Choosing] lors de la Convention Goldwater en 1964,  ce qui peut être à peu de choses près comme de la comparer au Sermon sur la Montagne. Clovis savait ce que la foule était venue pour entendre et il le leur a donné : L’Amérique et les Américains seront à nouveau les premiers ! Un hurlement collectif a envahi le Memorial Arena de Burlington. Ils voulaient tant être à nouveau les premiers. Premiers en quoi restait peu clair mais absolument premiers.

Lorsque les hurlements se sot calmés, la foule était prête pour Trump. Mais, art de la mise en scène, Trump a laisse la tension monter, l’homme absurde en colère et la diligente femme braillaient. Trump ! Trump ! Trump ! Je peux à peine imaginer le plaisir que son nom assourdi, scandé, a pu procurer à l’homme dans les coulisses.  Quand il est finalement monté sur scène, la foule a déferlé, ses téléphones ont déferlé, c’était une orgie de téléphones. Les hommes derrière Trump scannaient la foule avec leurs téléphones. Les caméras au dos filmaient tout le monde en train de filmer tout le monde. Trump était le seul à ne pas tenir d’écran, l’absence qui génère du désir.  Il a commencé à rugir lorsque la foule a cessé de regarder les séquences qu’elle avait filmé.  Trump a commencé par le clip qui allait apparaître dans les nouvelles le lendemain matin. Joe Biden avait laisse tomber la course et Trump l’approuvait car Biden n’avait aucune chance et qu’il voulait affronter Hillary. Les médias adroitement sous contrôle, Trump a commencé son discours par le sujet le plus cher à son cœur : son propre succès. Le rallye de Burlington marquait le 100 ième jour où il menait  dans les sondages.  Il a lu les sondages, sondage après sondage. Il ne s’est interrompu que pour demander à la foule si les sondages étaient grands. ” Battre Hillary dans tout le pays, est-ce que vous aimez ça ? La foule a approuvé les chiffres de son approbation. Donc il est passé à des aspects plus qualitatifs de sa grandeur. Ses opposants n’étaient pas des gagneurs.  “ Je parle avec mon cerveau mais je parle aussi avec mon cœur ” a t-il dit,  grondnat comme un riche oncle m’as-tu vu. “ je vais rapatrier les emplois de Chine” avec quelques brèves digressions d’auto-apitoiement : “ Macy a été très déloyal avec moi, ils ne vendent plus mes cravates. http://www.cnbc.com/2015/08/12/why-we-dropped-trumps-menswear-line-macys-ceo.html  Il a décrit, dans des revirements à la fois francs et pleins d’illusions, sa capacité si brillante à la manipulation politique. Il a parlé aux gens qu’il était en train de manipuler de la façon intelligente dont il les manipulait. Ainsi déclara-t-il ; “ Je suis un bon chrétien.” Et que  s’ il devient président “ nous souhaiterons un joyeux noël ” mais il n’a pas pu s’empêcher de faire montre de l’intelligence de sa stratégie électorale : “Si je monte sur scène avec un Bible, tout le monde m’aime mieux.” Trump amène du plus à Burlington, Iowa, et il ne refuse pas à la foule le goût pour la célébrité dont elle rêve. Que dirait-il à Caroline Kennedy, ambassadrice au Japon ? : Vous êtes virée ! Vous êtes virée !

Quelques spectateurs ont commence à sortir pour devancer le trafic et Trump a crié à propos de la majorité silencieuse, du fait qu’il dit ce que personne n’ose dire, qu’il arrêtera le libre échange et que les Mexicains sont des voleurs de voiture ( gros rires) et comment il veut un morceau des actions du pipeline du Keystone et comment il va aider la santé des femmes et comment l’Amérique a besoin d’être stimulée  « Le rêve américain est mort mais je vais le rendre plus grand et plus fort » a-t-il hurlé. A ce moment il m’est apparu de la même façon que toutes les célébrités que j’ai  rencontrées en chair et en os me sont apparues, comme une idole païenne vivante attendant le sacrifice, un Baal aux joues  rebondies. «  Nous avons tant à gagner »  a-t-il promis avant de laisser la scène au  « Nous n’allons plus le tolérer »  des Twisted Sisters We’re Not Going to Take It.

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 Les supporters de Trump au Mémorial des vétérans à  Cedar Rapids. Photographie: Scott Morgan/Reuters

Je suis resté afin de regarder Trump au travail. De près la coiffure est beaucoup plus élaborée que sur les écrans. Sa construction s’effectue sur trois plans, sa signification est polyvalente.  Tout d’abord, il y a la mèche rabattue, bien qu’on ne puisse la nommer “mèche rabattue” uniquement  dans la mesure où la galerie commerçante de Dubaï avec une piste de ski pourrait être nommée un “bâtiment”. Ce sont des cheveux élevés  par la prouesse technique au niveau de l’œuvre d’art, avec la qualité diaphane  d’une capeline sortie d’une légende nordique ou d’un métal dans une miraculeuse apesanteur développé dans un laboratoire allemand. Ils flottent au-dessus du crâne, comme un acte de défiance non seulement contre le vieillissement et la calvitie mais contre l’espace et le temps, contre la réalité.   Derrière cette démonstration technique de mèche rabattue, comme une sorte de contre-point, l’arrière est aussi traditionnel et vieux jeu qu’une coiffure puisse l’être.  Il s’agit d’une queue de canard classique. Tellement classique que je ne l’ai vue que dans des films des années cinquante, pas des films tournés dans les années cinquante, soyons clairs, mais des films tournés dans les années soixante-dix sur les années cinquante. Entre la mèche rabattue et la queue de canard, entre ces deux espaces folliculaires représentant le moderne et l’atavique, la fantastique et le nostalgique, on trouve une troisième tranche.  Même en sa présence, il vous faut regarder avec attention pour la situer.  Elle est enflée, légèrement mais seulement légèrement. C’est la part réelle de la chevelure, la part humaine, la part véritable. C’est le pivot de Donald Trump.  Comme la campagne de Trump pour la nomination des Républicains s’est développée, dans toute son invraisemblance, il a serré la main à des milliers d’américains, et pose avec des milliers d’américains pour des milliers de selfies. Et parmi ces milliers aucun n’a réussi à mettre le désordre dans sa coiffure. Bien que lui évoque régulièrement l’apparence physique des autres candidats, aucun d’entre eux n’a jamais évoqué le fait qu’il avait l’air ridicule. La coiffure de Trump est un acte de préemption provocateur : dis seulement que je suis bidon, je te mets au défi, je te mets complètement au défi.  Quelques fans extrémistes s’attardent sur les franges, exactement comme à un concert.  Tous les autres se dirigent vers le parking et le centre-ville de Burlington redevient bientôt désert.  Un spectacle de Trump est un bon investissement financier, tout spécialement parce qu’il est gratuit. Personne ne réclame même de dons.

 

 

Fin de la première partie

Traduction Elisabeth Guerrier

La civilisation de Davos

Cette traduction d’un article d’Alternet vient au moment où le Club de Davos célèbre sa grande messe annuelle et détermine ce qu’il adviendra de ses montagnes de richesse et des masses qui les leur créent. Elle sera suivie par une analyse plus longue mais beaucoup plus approfondie  de Global Justice qui met à jour les rouages des fondations caritatives qui maintiennent à coup de milliards l’illusion que ce système peut panser les plaies qu’il génère. C’est une des positions du libéralisme depuis son origine, les maux que le capitalisme engendre sont, sous couvert de religiosité, de bonne conscience ou de simple désir de notoriété, évacués dans leurs conséquences par des outils financiers qui nient leurs causes. L’article qui suit est, à nos yeux, un peu sommaire dans ses analyses et ne fait que développer superficiellement des arguments qui sont de l’ordre de la conscience populaire de base alors que ce qui manque à cette conscience sont les outils d’un savoir précis sur ce qui la manipule avec le cynisme que l’on constate chaque jour. Il a l’avantage de nous remettre au goût du jour les fêtes qui se déroulent sur notre dos et le système idéologique morbide qui les organise. Il a l’avantage de nous rappeller que nous sommes, complètement, sans rémission autre que ce qu’on imagine être une nouvelle révolution, soumis à la civilisation de Davos. EG

 

The Davos Club: Meet the people who gave us a world in which 62 people own as much as 3.8 billions.

Le Club de Davos : Rencontrez les individus qui nous ont donné le monde dans lequel 62 personnes possèdent autant que 3.6 milliards.

Ceux de Davos parlent de la pauvreté et engagent des fonds dans le caritatif. Mais pour eux, c’est de la petite monnaie.

Par Vijay Prashad / AlterNet

Le 21 Janvier 2016

 

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Les élites mondiales se rencontrent en Suisse, dans la ville  perdue de Davos chaque année pour le Forum de l’économie mondiale [World Economic Forum]. Le conclave a commence en 1971 mais il est devenu une destination essentielle dans les années 90. Quand la globalisation est devenue le concept phare, Davos est devenu son siège.  Le monde des affaires, le monde politique et médiatique se rencontrent, échangent leurs cartes  puis s’en vont, mieux connectés  les uns aux autres. Des affaires sont parfois faites, mais plus que toute autre chose c’est l’harmonie au sein de l’élite mondiale qui est établie. C’est à ça que le Sommet de Davos sert, à créer une civilisation de Davos à l’usage des individus importants de la planète. Chaque année, avant le sommet, Oxfam International publie un rapport sur la richesse mondiale. Celui de cette année a mis à jour quelques nouvelles choquantes.  En 2010, 388 individus possédaient autant de richesse que celle de la moitié de la population mondiale, c’est à dire à peu près 3.6 milliards d’individus. L’obscénité alors a semblé dramatique. L’année dernière, ce nombre a chuté à 80 individus possédant autant que 3.6 milliards. Cela commençait vraiment à faire trop. Les  données de cette année sont encore plus  choquantes. Seulement 62 personnes possèdent autant que les 3.6 milliards. 62 !! L’inégalité a fait une marche en avant régulière.  Il est tout à fait possible que ces mêmes 62personnes ou leurs représentants soient présentes à Davos. Elles sont au cœur de la civilisation de Davos. Les bouchons de champagne vont sauter, le caviar couler sur le sol, les riches ont de quoi fêter. Même le ralentissement de la Chine ne les ralentira pas. Les 62 font  autant d’argent dans le marché baissier que dans le marché haussier. De quoi les 62 vont-ils s’entretenir à Davos ? Le thème de cette année est “comment maîtriser la  quatrième révolution industrielle. “ La première révolution industrielle est considérée comme le changement de la puissance humaine à la puissance mécanique au début du 19ième siècle. A la fin du 19ième siècle, la science a été tenue par l’industrie de produire la technologie, ou la seconde révolution industrielle. Dans le milieu du 20ième siècle, les ordinateurs ont fait leur apparition et ont ouvert la révolution digitale ou troisième révolution industrielle. La quatrième concerne la  robotisation et la mécanisation – le remplacement de l’homme par la machine.  Les 62 veulent anticiper cette révolution. La banque Suisse UBS a fait une étude sur l’impact  économique de cette quatrième révolution industrielle. Elle l’a publié juste avant l’ouverture de Davos. Le rapport suggère que ceux qui sont déjà riches et sont possédants vont vraisemblablement tirer parti de cette quatrième révolution. Ils vont : “ bénéficier du fait de posséder lesbiens dot la valeur sera augmentée par la quatrième révolution. “ écrivent les analystes de UBS. La tendance à la mécanisation va donc accroître l’inégalité, pas la diminuer. Ce thème-là a été du sucre dans la tasse des 62. Ils vont s’enrichir. Les pauvres vont s’appauvrir. C’est ce que les analystes des riches disent. T

Le people de Davos parlent de la pauvreté et offrent de l’argent aux organismes caritatifs. Mais ce n’est que de la petite monnaie qui reste là à traîner sur leur table de nuit. Les discours sur la pauvreté permettent simplement aux riches de se sentir moins mal à l’aise sur leur moralité si trempée. Ils font la grève des impôts. Ils refusent de mettre entre les mains de l’état leur part de richesse afin de mener à bien des programmes d’aide sociale.  C’est un anathème. L’horizon de leur progrès social est leur charité misérable, qui bien sûr n’est pas entièrement charitable : le chèque va avec  un gros poteau indicateur qui dit au monde que c’est eux qui ont donné cet argent. Les pauvres inquiètent les 62. Si vous créez un monde où l’essentiel de la population vit  dans des conditions catastrophiques, il ne va pas être heureux et pourrait même se mettre en colère. S’ils se mettent en colère, ils peuvent se rebeller et devenir difficiles à contrôler. Quand les ghettos se lèvent que font les riches ? La charité ne va pas contenir ces soulèvements. Ce qui est la raison pour laquelle les riches investissent dans des communautés-enclaves et dans la sécurité qui les protège, tout comme dans la sécurité qui enferme des pays entiers qui vivent dans les ceintures de pauvreté. Ce qui est la raison qui fait de l’US department of Defense un des plus gros employeurs au monde avec 3.2 millions de personnes travaillant pour lui. Ce n’est pas non plus étonnant que le troisième employeur mondial soit la firme de sécurité G4S. Elle suit Wallmar et Foxxconn. Foxconn utilise le travaille chinois pour faire des produits bon marché qui sont vendus à des consommateurs américains endettés à Walmart. Si il y a le moindre mouvement dans les travailleurs ou dans les consommateurs endettés, G4S arrive pour les calmer ou pour mettre quelqu’un en prison. G4S s’étend comme un feu de brousse.  Qu’est ce que la crise des réfugiés à l’ouest sinon la crise de la civilisation de Davos ?  Quand vous ne laissez pas les gens construire des vies protégées et productives sur leur propre sol, ils s’enfuient ailleurs. Ils vont venir dans vos maisons et demander à vivre comme vous. Mais ce qu’ils découvrent c’est que même à l’Ouest, il y a des îles d’abondance et de vastes océans de misère. Les réfugiés fuient les conflits armés et les bombardements aériens pour arriver dans des lieux où la police ressemble à l’armée et où     des drones ont aussi commencé à voler au-dessus des têtes.

 

 

Ils vont rencontrer la force de travail de G4S, qu’ils ont également rencontré dans d’autres pays. Un des sujets de Davos est l’usage de robots dans l’armée et dans la police. Les jours de Robocop ne sont pas loin. Les 62 peuvent faire confiance à une machine beaucoup plus qu’à un officier de police qui, en terme de classe, est beaucoup plus proche de la plèbe que des 62. Les 62 de Davos aimeraient croire que le terrorisme et les états incontrôlables sont des problèmes anciens qui peuvent être réglés avec une bonne dose de capitalisme. Ils aimeraient imaginer que ce que les gens en Irak et en Syrie ou en Corée du nord veulent le plus sont des centres commerciaux et des cartes de crédit. Mais c’est précisément la civilisation des centres commerciaux et des cartes de crédit qui reproduit l’inégalité, forçant des gens ordinaires à s’endetter afin de pouvoir acheter une chaîne sans fin de biens de consommation qui ont été produits pour des salaires de misère. Quand la dette les amène à devenir distraits, ils sont indifférents, désillusionnés, à la recherche d’une alternative. Et parce que la gauche est faible, l’alternative est fréquemment celle de la démagogie de la politique religieuse ou ethnique. Et comme la rhétorique de ces discours religieux ou ethnique est indisciplinée, les stratégies glissent facilement vers la violence. Le terrorisme n’est pas le fruit d’anciennes animosités mais celui des conditions sociales de notre présent, celles de la civilisation de Davos qui donne la richesse à 62 personnes et la refuse à 3.6 milliards

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

TTIP: la clef pour un commerce plus libre ou pour l’avidité des entreprises ?

TTIP: the key to freer trade, or corporate greed?

The Guardian

 

Cet article du Guardian fait le point sur la situation des négociations du TTIP. Il privilégie évidemment la position du Royaume-Uni mais les points les plus importants de ce traité sont les mêmes pour les travailleurs de l’UE que de la Grande Bretagne.  Cette année s’annonce décisive pour la signature d’un gigantesque piège néo-libéral qui donnera aux USA une marge de manoeuvre commerciale sans précédent au dépend de règles environnementales et productrices comme des codes du travail européen. En un temps où plus que jamais doivent être privilégiés le commerce de proximité et la mise en valeur des productions de petites et moyennes entreprises, cet accord censé ouvrir le marché transatlantique est une porte sur le libre-échange envisagé sur le mode de la déréglementation et de l’empire des multinationales sur les états et les peuples. EG

 

 

Certains disent que les accords commerciaux EU/US qui pourraient être conclus cette année ouvriront les marchés et promouvront la croissance. (GB) D’autres craignent qu’ils ne baissent les salaires et promeuvent la privatisation.

 

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Des commerciaux du Chicago Mercantile Exchange : le libre-échange avec l’Europe fait partie de la stratégie de croissance d’Obama. Photograph: John Gress/REUTERS

Phillip Inman

Samedi 2 Janvier 2016  11.00 EST Modifié Samedi 2 Janvier 17.00 EST

L’huile d’olive américaine bon marché pourrait, dans quelques années figurer sur les étagères des supermarché aux côtés des variétés toscanes uniques appréciées des gastronomes anglais. Á présent, un tarif prohibitif sur les importations US  place leur prix hors de portée.

Mais un accord commercial révolutionnaire pourrait faire baisser les tarifs de 2280 euros la tonne d’huile d’olive à 46 euros pour s’adapter au coût de 46 euros que les US  appliquent su leurs importations en provenance d’Europe. Ou ces mêmes tarifs pourraient disparaître complètement. De toutes les façons, les producteurs d’olive grecs, espagnols ou italiens doivent craindre le TTIP, un accord qui tend à créer un champ identique entre eux et la production agro-industrielle massive des USA.

Les accords commerciaux ont été considérés autrefois comme la panacée pour la pauvreté mondiale. En 1990, l’Organisation mondiale du commerce (World Trade Organisation) a été créée afin d’harmoniser les régulations frontalières sur tout, des voitures aux produits pharmaceutiques et de baisser les tarifs de façon à promouvoir la libre circulation des biens et des services autour du monde.

Il demeure la crainte que, loin d’être une formule gagnante pour tous, des tarifs bas favorisent les riches et les puissant et crucifient les petits producteurs   qui lutteront pur survivre dans un environnement non protégé.

Les effets du Nafta ( North American Free Trade Agreement) signé  par les US, le Mexique et le Canada en 1993 semblent justifier cette crainte : st devenu ces dernières années une cause célèbre pour les campagnes anti-pauvreté, exaspérés par la situation critique des travailleurs mexicains. Non seulement ont-ils été soumis à des salaires bas et à des conditions de travail très dures par les entreprises américaines récemment relocalisées – et, en tant que consommateurs au pouvoir de marketing incessant de Walmart, Coca Cola et autres. Mais les bénéfices  parallèles majeurs sur la corruption demeurèrent illusoires.

Cette année, les US espèrent signer ce que beaucoup considèrent comme le successeur direct du Nafta, le TTIP. Si il obtient le feu vert du Congrès et de la Commission européenne, les accords seront un traité bilatéral entre l’Europe et les USA et, tout comme pour le Nafta avant lui, en dehors des compétences d’une Organisation mondiale du commerce dans l’impasse. Ses supporters dissent qu’il sera une amélioration sur son prédécesseur parce que ces principaux défenseurs sont un Président des Etats-Unis libéral et une Commission européenne qui se considère comme préoccupée par les travailleurs et les consommateurs.  Pourquoi, demande la Commission  28 états-membres  relativement influents, ayant des inquiétudes à l’égard du haut taux de chômage, de l’aide sociale et du changement climatique se mettraient-ils d’accord pour mettre en cause les droits des travailleurs, attaquer les services publiques ou réduire les réglementations environnementales ?  Le TTIP est aussi conçu comme un accord entre égaux qui autorisera les deux parties à promouvoir le commerce : il est dit que le salaire de base de la Grande-Bretagne pourrait augmenter de 4 à 1O livres par an, ou jusqu’à 100 livres sur dix ans.  Montant correspondant à 0.3 % d’augmentation du PIB, qui aurait fait passer la croissance attendue pour cette année de 2.4% à 2.7%.

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Une manifestation anti-TTIP à Berlin cette année.  Photographe : Wolfram Steinberg/EPA

Mais cela déclenche des peurs dans de nombreux cœurs, qui croient qu’il s’agit là d’un cheval de Troie pour les entreprises rapaces.  Celles-ci, voulant à tout prix faire baisser les coûts afin d’augmenter la valeur des actions, seront la fin des états providence confortables et de leur capacité à protéger les industries débutantes ou, dans le cas de l’acier et du charbon,  précipitant les industries dans la dure réalité de la compétition ouverte. Le TTIP a été comparé à l’abolition de la Loi sur le blé de 1846, qui a ou bien balayé les tarifs protectionnistes et appauvri des millions de travailleurs ou protégé une source vitale de nourriture et amené Karl Marx à demander :  « Qu’est ce que le libre-échange dans une société qui présente ces conditions ? » et sa réponse fût : « C’est la liberté qu’a le capitalisme d’écraser les travailleurs. » Est-ce le cas pour le TTIP ?

Ci-dessous cinq éléments fondamentaux à prendre en considération :

Santé et services publics

Á partir du moment où le TTIP est devenu part de la stratégie de croissance économique du Président Obama, les critiques ont craint  qu’il n’ait pas bien réalisé pas la volonté d’expansion des compagnies de services de santé ou qu’il ait été trop distrait pour y prendre garde. Les inquiétudes sont liées à la perspective des pays de l’EU, sous la pression de l’augmentation du coût des soins, offrant des parties majeures des clauses de santé au secteur privé. Une fois les services de santé aux mains du secteur privé, disent les critiques, les règles de fonctionnement du TTIP les empêcheront d’être remises sous le contrôle de l’état.  Depuis que ces craintes ont été formulées, les négociateurs du traité ont exclu les clauses qui auraient permis aux firmes de poursuivre les gouvernements pour la perte des contrats de services de soins et de santé à leur expiration.  Ceci permet au système de franchise du rail en Grande Bretagne ainsi que la sous-traitance des services de santé de se poursuivre  dans le cadre de contrats à durée limitées.

Mais l’industrie médico-pharmaceutique américaine, qui est la plus grosse au monde, regarde les luttes européennes pour  négocier avec les besoins d’une génération de baby-boomers  vieillissante comme mûres pour la cueillette. Pour cette seule raison, la sous-traitance de la distribution des médicaments, la fourniture d’équipements médicaux et l’offre de services de soins pourrait se révéler irrésistible.

Résolution des différends.

Une facette peu connue de tous les accords commerciaux est la forme séparée d’arbitrage commercial couverte par un accord, permettant ainsi d’éviter les cours civiles. En tant que tel le investor-state dispute settlement (ISDS) donne aux investisseurs étrangers le pouvoir de poursuivre les gouvernements qui introduiraient des législations pouvant nuire à leurs investissements. Cela a été fameusement utilisé par les compagnies du tabac pour poursuivre le gouvernement australien lorsqu’il a introduit l’emballage neutre des cigarettes. Avant et après le scandale, d’autres gouvernements ont été provoqués légalement par les entreprises préoccupées par des réformes qui leur retiraient des sources de revenus.

Au printemps 2014, le représentant des Nations unies et avocat des droits humains Alfred de Zayas  a appelé à un moratoire sur les négociations du TTIP jusqu’à ce que l’ISDS soit exclu. Il a averti que les tribunaux des cours secrètes  sensées légiférer étaient considérés  comme antidémocratique.  Leur usage d’un petit groupe de juristes spécialisés  signifie également que les arbitres présents pour le jugement sont les mêmes que ceux qui, à d’autres moments représentent les entreprises clientes.

De Zayas craint que les plus petits états ne se trouvent dans la même position que de nombreux gouvernements dans les différends commerciaux, victimes de contraintes légales énormes  et de longs délais pour les réformes de politique publique. Il est rejoint dans sa mission par des ONGs et , plus important, par des Parlementaires de Strasbourg. Comme première concession, les USA se sont mis d’accord pour que les compagnies écrans – celles qui existent uniquement par leur nom sans employés ou activité- n’ait pas le droit de poursuivre un gouvernement. Ceci afin d’éviter la réplique de l’incident australien quand le bras ukrainien de la firme de tabac Philip Morris, effectivement compagnie écran, a conduit les attaques contre l’emballage neutre.

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 La Commissaire européenne  Cecilia Malmström a proposé la création d’une cour internationale d’arbitrage des différends d’investisseurs.  Photographie : Emmanuel Dunand/Getty

De nombreux politiciens de l’Union européenne disent que cette concession était trop facile à détourner, laissant aux trusts dans une position puissante. Le négociateur en chef de l’Europe, la Commissaire suédoise Cecilia Malmström, a donc mis au point un schéma de cour internationale d’arbitrage – un forum ouvert publiquement à la place de la cour privée.  Même ses critiques ont dit que c’était un changement audacieux et qu’il allait probablement être inacceptable pour les Américains.

Washington  a répondu par une proposition d’une cour ISDS plus transparente, avec des sessions  filmées et la publication de tous les documents. Pas assez, a dit Zayas, qui a écrit récemment : « Hélas, des publications innombrables d’ISDS ont montré un biais favorable à  l’industrie qui choque les consciences. Dans la mesure où les procédures ne sont pas transparentes, les arbitres ne sont pas toujours indépendants et l’annulation de la procédure est pratiquement inutile, L’ISDS devrait être aboli  comme incompatible avec l’article 14(1) de l ‘ICCPR [International Covenant on Civil and Political Rights] qui exige que toute poursuite pénale soit décidée par des tribunaux indépendants et compétents selon l’état de droit.  Les deux parties ont encore à discuter officiellement chacune des propositions : dans le cadre des pourparlers entre les US et le Japon, et l’UE et le Canada, cette question avait à peine été mentionnée, mais elle est supposée maintenant être la plus litigieuse. »

Régulations

Michael Froman, le négociateur en chef des US, a décrit la tâche d’harmonisation des régulations comme suit : «Pendant des années les US et l’UE ont accepté leurs propres inspections des avions parce qu’il était évident qu’ils ne pourraient pas contrôler chaque avion dans leur juridiction. Nous cherchons à étendre cette pratique à d’autres domaines.»

Donc, comment Froman pourra-t-il appliquer ceci au fait que les voitures américaines seront encore équipées d’une conduite à gauche, limitant leur usage sur les routes britanniques ?

Il argumente que le coût des voitures importées, le développement et les tests peuvent malgré tout bénéficier d’une régulation harmonisée de chaque côté de l’Atlantique.  Cependant il n’y a rien que les régulateurs de l’alimentation outre-Atlantique apprécieraient moins que d’accepter que la nourriture conditionnée soit testée par des  représentants officiels de l’EU ayant échoués à identifier le scandale de la viande de cheval.   Et les régulateurs européens  ont le devoir de rejeter les aliments contenant des OGMs après des manifestations prolongées organisées par les consommateurs dans un conflit direct avec les agriculteurs US.  Washington affirme qu’elle acceptera la science quand elle s’applique aux régulations qui supportent les aliments GM acceptés par l’UE en tant que partie du TTIP, tout comme ils font partie des accords de la WTO ( Organisation mondiale du commerce).

Tarifs

Se passer de tarifs semble un processus simple compare au fait de s’attaquer à des régulations complexes. Avec le TTIP, les tarifs des marchandises et des services vont disparaître, bien qu’il soit envisagé que certains soient seulement réduits  et que d’autres mettent des années à suivre le cour de l’histoire..

Sous le Trans Pacific Partnership (TPP) récemment signé mais pas encore mis en œuvre, entre les US, le Japon, l’Australie, le Vietnam et d’autres pays de l’est asiatique, tous les produits, du porc aux véhicules, sont couverts.

Un bon exemple du temps nécessaire aux tarifs pour baisser est celui de la taxe appliqués aux véhicules japonais vendus aux US, s’élevant à 2,5%  : elle sera d’abord progressivement baissée 15 ans après que les accords aient pris effet, réduite de moitié dans 20 ans et éliminée dans 25 ans. En échange, le Japon devra, parmi d’autres choses, baisser ses tarifs sur la viande de boeuf importée  de 38.5% à 9% sur 16 ans. Un programme identique pourrait être possible avec le TTIP, avec les tarifs de l’huile d’olive baissés sur 25 ans.

Code du travail et droits des travailleurs

Les syndicats japonais ont supporté les transactions du TTP et on attend que les syndicats européens suivent le TTIP. Ils acceptent que les règles du travail soient laissées en dehors d’un accord et que leurs gouvernements puisse donc continuer  à mettre en œuvre  la législation sur le salaire minimum et d’autres mesures  de soutien sans être sanctionnés.

Mais les syndicats, où ils existent, tendent à représenter les travailleurs dans les industries prospères,  qui accueillent favorablement l’accès à de plus larges marchés. Les travailleurs de zones plus faibles de l’économie pourraient voir mis sous pression leurs emplois pour l’harmonisation des régulations, les tarifs plus bas ou simplement l’exposition à des rivaux US  dont l’éthique professionnelle dénie aux employés plus de deux semaines de congés par an.  Le TTIP est important pour le gouvernement  britannique parce que les US sont le deuxième marché pour les biens de consommation et les services après l’UE. Il est considéré comme particulièrement important pour les petites et moyennes industries, qui apprécient l’absence de barrière langagière. La grand Bretagne a aussi un surplus commercial avec les US : nous exportons plus que nous importons, ce qui aide à contrebalancer l’énorme déficit commercial du pays.   L’élan est tel derrière les pourparlers  qu’un accord pourrait être conclu à la fin de l’année et être soumis au Congrès et au Parlement européen en 2017. Mais le conflit à propos de l’ISDS et les protestations de agriculteurs pourraient  annuler les espoirs d’Obama sur les vents d’huile d’olive.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

James Lovelock. Profitez de la vie tant que vous le pouvez, dans vingt ans, ça va nous péter à la figure.

Bien sûr les propos de James Lovelock tapent là où ça fait déjà bien mal. Sans évoquer les mobilisations diverses de par le monde qui n’a pas eu le sentiment de brasser du vent en triant avec application ses déchets, achetant uniquement  des légumes bio, les faisant pousser ou en refusant sous serment de jamais consommer de coca-cola… de la petite politique. C’est à ça que nous sommes tenus, ou réduits suivant la perspective. Dans un système où la seule énergie motrice est la production, l’élément premier, fondamental même si il demeure un pantin plus qu’un acteur, parce qu’il est vraisemblable qu’il ignore l’ampleur de son pouvoir, c’est le consommateur. Il va de soi qu’un changement, d’ailleurs en train de s’opérer, de chaque consommateur dans ses positions pourrait être déterminant non seulement pour ses propres conséquences mais surtout pour l’inévitable pouvoir que la demande aurait sur la qualité de l’offre. Bonne conscience. C’est peu. Quand il évoque la religiosité des mouvements environnementaux, comment ne pas lui donner raison en lisant avec scepticisme les sermons de Chris Edge par exemple et la posture moralo-intégriste de certains mouvements de résistance écologique. Quand il dit  “C’est trop tard” , là comment savoir ? Mais en fait cette perspective du “trop tard” est peut-être, dans la vie de chacun ayant une sensibilité politique suffisamment en éveil, un façon aussi de se sentir tenu de faire au mieux, avec ses moyens, sans rien en attendre d’autre que la recherche d’un fil à peu près cohérent dans ce monde qui s’étouffe avec ses propres sécrétions. E.G

James Lovelock: ” Enjoy life while you can. In twenty years global warming will hit the fan.

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James Lovelock. Photograph: Eamonn McCabe Eamonn McCabe/Guardian

James Lovelock

“Profitez de la vie pendant que vous le pouvez : dans 20 ans le réchauffement climatique nous pétera à la figure.”

 

 

Le frondeur de la science climatique croit que la catastrophe est inévitable, la réduction des émissions de carbone est une plaisanterie et un mode de vie éthique une escroquerie. Alors, que propose-t-il ? Par Decca Aitkenhead

En 1965, les cadres de Shell voulaient savoir à quoi le monde allait ressembler dans les années 200. Ils consultèrent un panel d’experts, qui spéculèrent sur des aéroglisseurs mûs par la fusion et « tout un tas de machins technologiques attrayants ». Quand la compagnie pétrolière a demandé au James Lovelock, il a prédit que le problème principal en 2000 serait l‘environnement. « Ça aura alors empiré de telle manière que ça affectera sérieusement leurs affaires. »

« Et bien sûr » ajoute-t-il avec un sourire quarante trois ans plus tard  « c’est presque exactement ce qui s’est passé »

Lovelock a dispensé des prédictions de son laboratoire de solitaire dans un vieux Moulin de Cornwall depuis la mi-60, leur exactitude constante  lui a valu une réputation faisant de lui l’un des scientifiques indépendants les plus respectés de Grande-Bretagne – même franc-tireur –. Travaillant seul depuis l’âge de quarante ans, il a inventé un appareil qui détecte  les CFCs  (chlorofluorocarbones)  qui a permis de repérer le trou grandissant dans la couche d’ozone et à introduit l’hypothèse Gaïa, une théorie révolutionnaire supposant que la terre est un super-organisme s’autorégulant. Initialement ridiculisé par de nombreux scientifiques comme un non-sens du Nouvel-âge (New age), cette théorie forme aujourd’hui les bases de presque toute la science

Pendant des décennies, sa défense de l’énergie nucléaire a consterné ses compagnons environnementalistes mais récemment un nombre de plus en plus important d’entre eux se sont rapprochés de sa façon de voir. Son dernier livre, La revanche de Gaïa, prédit que d’ici à 2020 les températures extrêmes seront la norme, provoquant des dévastations globales, qu’en 2040 l’Europe sera saharienne et des parties de Londres sous l’eau. Le rapport le plus récent du Panel intergouvernemental sur le changement climatique ( IPPC) utilise un langage moins dramatique – mais ses conclusions ne sont pas à des kilomètres des siennes.

Comme pour la plupart des gens, ma panique sur le changement climatique n’a d’égal que ma confusion sur ce que je dois faire à son égard. Une rencontre avec Lovelock à cet égard ressemble un peu à une audience avec un prophète. Enfoui au bout d’un chemin serpentant dans les bois, dans un bureau plein de livres, de papiers et de trucs comportant des cadrans et des fils, l’homme de 88 ans présente ses pensées avec une conviction calme et inamovible qui peut être agaçante.  Plus alarmante encore que ses prédictions climatiques apocalyptiques est sa certitude absolue que tout ce que nous faisons est erroné.

Le jour où nous nous sommes rencontrés, le Daily Mail avait lance une champagne pour se débarrasser des sacs plastiques pour les courses. L’initiative se situait confortablement au sein des canons actuelles des éco-idée, près de la consommation éthique, de la compensation carbone, du recyclage et de tout le reste…tout ce qui est initié à partir du calcul que les ajustements dans les styles de vie individuels peuvent encore sauver la planète. C’est, dit Lovelock, un fantasme illusoire. La plupart des choses qu’on nous a dit de faire peuvent nous faire nous sentir mieux mais elles ne font aucune différence. Le réchauffement climatique a dépassé le point  critique est la catastrophe est impossible à arrêter.

« Il est simplement trop tard pour ça » dit-il, « Peut-être si nous avions pris de telles routes en 1967, cela aurait pu aider. Mais nous n’avons pas le temps. Toutes ces choses standardisées écologique, comme le développement durable, je pense que ce sont des mots qui ne veulent rien dire. Il y a un nombre incroyable de gens qui viennent à moi et qui me disent, vous ne pouvez pas dire ça parce qu’alors il ne nous reste rien à faire. Je dis le contraire, cela nous donne un nombre immense de choses à faire, seulement pas le genre de choses que nous voulons faire. »

Il rejette les éco-idées vivement. L’une après l’autre. « La compensation carbone ?  Je n’en rêverais même pas. C’est une plaisanterie. Payer pour planter des arbres afin de croire qu’on compense le carbone ? Vous rendez probablement les chose pires. Vous feriez beaucoup mieux de donner cet argent à l’organisme de charité Cool Earth, qui verse ces fonds aux peuples indigènes afin que leur forêt ne soit pas abattue.»  Est-ce que lui et sa femme tentent de réduire le nombre de leurs vols ? « Non parce que nous ne le pouvons pas. » « Et le recyclage, ajoute-t-il est certainement un gaspillage de temps et d’énergie » pendant qu’avoir un style de vie « vert » ne se révèle n’être que « de grands gestes ostentatoires. » Il ne fait pas confiance à la notion de consommation éthique. «  Parce que toujours, à la fin, cela se révèle être une escroquerie… ou bien si ce n’en était pas une au début, ça en devient une.»

D’une façon assez inattendue Lovelock concède que la campagne plastique du Mail semble « face à tout ça, une bonne chose ». Mais il transpire que ce pourrait être largement une réponse tactique, il la considère comme un simple réarrangement des chaises pliantes du Titanic,  « mais j’ai appris qu’il n’y a pas d’intérêt à provoquer des querelles à propos de tout » il garde ses foudres pour ce qu’il considère comme la fausse promesse la plus vide de toutes – l’énergie renouvelable.

« Vous n’allez jamais obtenir assez d’énergie à partir du vent pour faire marcher une société comme la nôtre,» dit-il. Les éoliennes ! « Oh non ! Il n’y a pas moyen de faire ça, vous pouvez couvrir le pays avec leur fanfare, des millions ! Perte de temps !!»  Tout ceci est délivré avec un air d’étonnement léger face à la stupidité insondable des gens. Ils veulent faire des affaires comme toujours. Ils disent, « Oh oui, il va y avoir un problème dans quelque temps mais ils ne veulent rien changer.»

Lovelock croit que le réchauffement climatique est maintenant irréversible et que rien ne pourra empêcher de grandes parties de la planète devenant impossible à habiter ou coulant sous l’eau, entraînant des migrations de masses, des famines et des épidémies. La Grande Bretagne va devenir un canot de sauvetage pour les réfugiés de l’Europe, aussi au lieu de perdre du temps à sur les turbines éoliennes, on ferait mieux de commencer à penser comment survivre. Pour Lovelock, la logique est claire. Les brigades de durabilité sont folles de penser que nous pouvons nous sauver en retournant à la nature, notre unique chance de survie viendra non  de moins de technologie mais de plus.

L’énergie nucléaire, dit-il, peut résoudre notre probléme énergétique – le défi le plus important sera la nourriture. « Peut-être synthétiseront-ils de la nourriture? Je ne sais pas. La nourriture de synthèse n’est pas une folle idée visionnaire, vous pouvez l’acheter à Tesco sous la forme de Quorn. Ce n’est pas vraiment bon mais les gens l’achètent. On peut vivre avec. » Mais il craint que nous ne puissions créer les nouvelles technologies à temps et projette que « à peu près 80% de la population planétaire sera balayée d’ici l’an 2100. Les prophètes ont annoncé Armageddon depuis la nuit des temps, dit-il. « Mais c’est ce qui se passe vraiment.»

Face à deux versions du future – L’action préventive de Kyoto ou l’apocalypse de Lovelock – qui devons-nous croire ? Certains critiques ont prétendus que l’empressement de Lovelock à abandonner le combat contre le changement climatique dépend plus de son grand âge que de la science. « Ceux qui disent ça n’ont pas atteint mon âge » répond-il en riant.  Mais quand je lui demande si il attribue les prédictions en conflit aux différences dans la compréhension scientifique ou aux personnalités, il répond : « Personnalités ».

Il y a plus qu’un soupçon de controverse dans son travail et cela semble une coïncidence improbable que Lovelock commence à être convaincu de l’irréversibilité du changement climatique en 2004, au moment même où un consensus international s’opérait sur le besoin d’une action urgente. Ses théories ne sont-elles pas menées par un goût pour l’hérésie ?

« Pas le moins du monde ! Pas le moins du monde ! Tout ce que je veux est une vie au calme mais je ne peux pas m’empêcher de noter quand des choses se produisent, quand vous sortez et trouvez quelque chose Les gens n’aiment pas ça parce que ça bouscule leurs idées. ! » Mais la suspicion semble confirmée quand je demande si il a trouvé gratifiant de voir beaucoup de ses avertissements concernant le changement climatique acceptés par l’IPCC.

« Oh non, en fait j’écris un autre livre maintenant, j’en suis à peu près au tiers, afin d’essayer de franchir un pas supplémentaire. »

Les interviewers  remarquent souvent l’écart entre les predictions lugubres de Lovelock et son sens de l’humour? «  Hé bien je suis joyeux ! » dit-il en souriant. « Je suis un optimiste, ça va arriver. ». « L’humanité est dans une période exactement comme celle des années 1938.39. » explique-t-il, « quand nous savions tous que quelque chose de terrible allait arriver mais ne savions pas quoi faire. Mais quand la deuxième guerre mondiale a été en route, tout le monde a commencé à s’exciter, ils ont aimé les choses qu’ils pouvaient faire, c’était comme de longues vacances. .. donc quand je pense à la crise imminente maintenant, je pense en ces termes… Un sens de l’utilité – c’est ce que les gens veulent. ».

Par moments je me demande quel crédit accorder à ses  références  en tant que prophète. Parfois, il semble moins éclairé par sa vision scientifique  que dispose à voir la version du future que ses a priori cherchent. Socialiste étant jeune, il favorise maintenant les forces du marché et que sa politique soit l’enfant ou le père de sa science n’est pas clair. Son hostilité à l’énergie renouvelable, par exemple, s’exprime en des termes strictement eurosceptiques d’irritation avec les subventions et les bureaucrates. Mais ensuite, lorsqu’il parle de la terre, ou Gaïa, c’est en des termes puraement scientifiques.  Il s’est produit sept désastres depuis que les humains sont sur terre, très semblables à celui qui est sur le point de se produire. Je pense que ces évènement contribuent à séparer le bon grain de l’ivraie. Et finalement nous auront un homme sur la plante qui la comprend vraiment et peut vivre sur elle correctement. C’est ça la source de mon optimisme.

Je demande, qu’est ce que Lovelock ferait maintenant si il était moi ? Il sourit et dit : « Profite de la vie pendant que tu le peux. Parce que sit u as de la chance, il va ses passer vingt ans avant que  ça s’envenime.»

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

ÉCONOMIE : 17 crimes parmi les pires commis par les sociétés commerciales en 2015

 

Article paru dans Alternet.  Un bilan précis de toutes les compagnies qui ont été poursuivies et condamnées en 2015 outre-Atlantique. Il est probable que la “publicité”, le fait de mettre au jour, de rendre publiques de telles exactions ne peut qu’avoir un effet positif. Nous avons le casier judiciaire qui ne manque pas d’invalider des vies individuelles, il faut créer l’équivalent pour les entreprises qui sortent volontairement du cadre de la loi. Cette version finale du capitalisme n’a pas de support éthique, pas de règles de conduite, en partie à cause de la sauvagerie des marchés. Il est donc du ressort du politique de lui poser des bornes, visibles, palpables et dont les effets soient connus de ce même public qui est ce par et pour quoi les affaires continuent.E.G

 

L’actuelle vague des crimes d’entreprises ne connaît aucun signe de réduction.

Par  Phil Mattera / Dirt Diggers Digest

Décembre le 18, 2015

 

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Photo Credit: Svetlana Kuznetsova

 

 

L’actuelle vague des crimes d’entreprise n’a pas montré de signe de réduction en 2015. BP a payé la somme record de 20 milliards de dollars pour régler les dernières charges civiles en rapport avec le désastre de Deepwater Horizon (en plus des 4 milliards de dollars d’amende payés précédemment) et Volkswagen va peut-être avoir à faire face à une amende plus grande encore en relation avec ses projets d’échapper aux standards d’émission.

D’autres fabricants automobiles et fournisseurs ont été touchés par de fortes amendes pour des violations de sécurité, dont 900 millions d’amende et une poursuite criminelle différée contre Général Motor et une pénalité civile record de 200 millions de dollars contre le fabricant d’airbags japonais Takata, des peines de 105 millions et de 70 millions de dollars pour Fiat Chrysler et de 70 millions pour Honda.

Les principales banques ont continué à payer d’importantes pénalités pour résoudre une variété d’imbroglios légaux. Cinq banques : Citigroup, JPMorgan Chase, Barclays, Royal Bank of Scotland et UBS, ont eu à payer un total de 2, 5 milliards de dollars au Département de justice (Justice Department) et 1,8 milliards à la Réserve fédérale (Federal Reserve) en lien avec les charges retenues touchant leurs conspirations pour manipuler les marchés d’échange étrangers. Le cas du DOJ a été inhabituel dans la mesure où les banques ont du plaider coupable, mais nous ignorons si cela va gêner leur capacité à conduire leurs affaires comme d’habitude.

Anadarko Petroleum a donné son accord pour payer plus de 5 milliards afin de régler les charges lui incombant en liaison avec les rejets de déchets toxiques par Kerr-McGee qu’il a acquis en 2006. Dans un autre cas environnemental majeur, la compagnie de fertilisants Mosaic a accepté de résoudre des allégations de déchets douteux dans huit entrepôts en créant un fond de 630 millions de dollars et en dépensant 170 millions dans des projets de circonstances atténuantes.

Ces exemples et ceux ci-dessous ont été réunis avec l’aide des Traqueurs de violation (Violation Trackers) la nouvelle source de données des agissements frauduleux des  entreprises que mes collègues et moi-même avons introduit dans la  Corporate Research Project of Good Jobs First cette année. La banque de données couvre actuellement les cas touchant l’environnement, la santé, a protection de 13 agences fédérales mais nous introduirons plus de catégories de violations pendant l’année 2016.

  1. Des pratiques financières trompeuses. Le bureau de la Protection  financière des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau a condamné Citibank à 700 millions de dollars pour la vente frauduleuse de produits ajoutés à la carte de crédit.
  2. Arnaquer les déposants.Citizens Bank a été condamnée à 18.5 millions de dollars par le CFPB pour s’être mis dans la poche la différence quand les clients remplissaient par erreur des formulaires de dépôts pour des montants moins élevés que ceux qu’ils déposaient en fait.
  3. Surfacturer les clients. Une investigation par des officiels de New York City a trouvé que les produits pré-emballès de Whole Foods figuraient des poids non conformes, donnant des prix à l’unité grossièrement augmentés.
  4. De la nourriture contaminée.Dans une amende rare dans le cas de la sécurité alimentaire, une agence subsidiaire de ConAgra a été condamnée à 11.2 millions pour avoir distribué du beurre de cacahuètes portant de la salmonelle.
  5. Des médicaments périmés. L’agence sous-traitante de Johnson et Johnson McNeill-PPC a été reconnue coupable et a payé 25 millions en amendes et pertes par confiscation en lien avec les accusations d’avoir vendus sans ordonnance des médicaments primes à des enfants.
  6. Commercialisation illégale.L’agence sous-traitante de Sanofi Genzyme Corporation est entrée dans un accord de poursuite différée et a payé une amende de 32, 6 millions en relation avec le fait qu’elle avait commercialisé ses dispositifs pour des usages non approuvés par l’Administration de l’alimentation et des médicaments (Food and Drugs Administration)
  7. Manquements à rapporter des defaults de sécurité. Parmi les compagnies ayant été touchées cette année par des condamnations par la Commission de sauvegarde des consommateurs et des produits (Consumer Product Safety Commission) pour avoir manqué à prévenir rapidement des questions de sécurité étaient : General Electric (3, 5 millions d’amende), Office Depot (3, 4 millions) et LG Electronics (1.8 million).
  8. Lieux de travail dangereux. Le producteur de thon Bumble Bee a consenti à payer 6 millions dans un accord à l’amiable selon lequel il a volontairement violer les conditions de sécurité en relation avec la mort d’un employé qui a été pris dans un four industriel à l’usine de la compagnie dans le sud californien.
  9. Violations de sanctions. La Deutsche Bank a été condamnée à verser 258 millions en relation avec des transactions au nom de pays (comme l’Iran et la Syrie) et d’entités qui sont soumis à des sanctions économiques de la part des USA.
  10. Pollution de l’air.La manufacture de verre Guardian Industries a réglé ses violations du Clean Air Act mises en avant par l’EPA en s’accordant sur la somme de 70 millions consacrée à de nouveaux contrôles d’émissions.
  11. Déversement dans l’océan. Une compagnie italienne nommée Carbofin a été condamnée à verser 2,75 millions d’amende pour avoir falsifier ses comptes-rendus afin de cacher le fait qu’elle utilisait du matériel connu sous le nom de “ magic hose “ ( tuyau magique) pour déposer les huiles usées, les huiles contaminées, les eaux de cales directement dans la mer plutôt que d’utiliser les équipements de prévention de pollution requis.
  12. Déni du changement climatique. L’Avocat général de New York mène une enquête afin de découvrir si Exxon mobil a délibérément trompé ses actionnaires et le public à propos des changements climatiques.
  13. Fausses prescriptions.Millennium Health a accepté de payer 256 millions pour contrer les allég      tions l’accusant d’avoir facturé Medicare, Medicaid et d’autres programmes d’organismes de santé fédéraux avec des tests inutiles.
  14. Du traffic d’influence illégal.Lockheed Martin a payé 4,7 millions pour répondre des charges selon lesquelles il aurait illégalement utilisé les fonds de l’état pour acheter des officiels fédéraux pour l’extension de son contrat de direction du laboratoire Sandia d’armement nucléaire
  15. Entente illicite sur les prix.  Le constructeur de piéces automobiles Robert Bosch a été condamné à une amende de 57,8 millions après avoir plidé coupable devant le Département de la justice pour avoir conspire afin de fixer les prix et d’avoir truqué les propositions pour les bougies, les capteurs d’oxygène et les démarreurs vendus aux fabricants automobiles aux USA et ailleurs
  1. Corruption étrangère.Les pneus Goodyear et Rubber ont payé 16 millions afin de répondre des allégations de la Securities and Exchange Commission (Commission de sécurité et d’échange) selon lesquelles les sous-traitants de la compagnie avaient payés des pots-de vin afin d’obtenir des ventes au Kénya et en Angola.
  2. Vols de salaires. La compagnie de forage Halliburton a payé 18 millions afin de répondre aux allégations du Département du travail selon lesquelles elle avait improprement catégorisé plus de 1000 travailleurs afin de leur dénier le droit à leurs heures supplémentaires.

 

Traduction : Élisabeth Guerrier

 

 

 

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C 

 

Les grandes dents se retournent en tous sens, certains , comme Adidas ou Puma deviennent des avocats des énergies renouvelables et font la leçon aux gouvernements afin de durcir les objectifs des 1°5 C, d’autres comme le duo Koch, continuent à déployer tous les moyens médiatiques en leur possession pour amener les foules à douter de la réalité pourtant indubitable,  et enfin, au sommet de la félonie Exxon, un des plus gros dévoreurs d’hydrocarbure au monde après avoir passé des dizaines d’années sachant que des situations irréversibles étaient engendrées par les forages et la prédation sans perspectives à long terme, confie à ses  “experts” le soin d’alerter les autorités quant à un basculement dans la catastrophe d’un réchauffement galopant. Il faudra bien créer un jour ce tribunal de La Haye des écocides, il faudra un jour que ces manipulateurs d’apocalypse rendent des comptes et que ces comptes ne soient pas que ceux de leurs gains et de leurs pertes. Il faudra que, comme pour la mise en place du tribunal chargé de juger Monsanto, le Politique retrouve la force et le soubassement éthique de la recherche du bien commun qui est sa nature et qu’il s’extrait de la fusion mortifère qui le fait s’engloutir dans l’économique. Que ce Politique, au nom des espèces détruites, juge enfin les exactions de cette culture du profit qui, les preuves abondent, n’est, pour la planète et pour elle-même, tout simplement pas vivable.

Comme le géant des hydrocarbures avertit que les températures mondiales pourraient s’élever jusqu’à plus de 7°, à Paris les militants poussent pour des objectifs climatiques encore plus forts.

Par : Nadia Prupis, staff writer

Exxon

Non Aux Hydrocarbures (“Non-hydrocarbon”). (Photo: Mike Gifford/flickr/cc)

Clignez des yeux ou vous le manquerez, mais une ligne dans une interview récente du Washington Post avec les experts du géant des hydrocarbures ExxonMobil  à propos du changement climatique présente d’une façon très cavalière un avenir cauchemardesque, désespéré si les leaders mondiaux n’agissent pas vite —un avenir qui se centre autour d’un accroissement possible de 7° Celsius ou plus.

« Sans action gouvernementale, nous ont dit les experts d’Exxon pendant une visite au Post la semaine dernière, les températures moyennes risquent d’augmenter catastrophiquement (mes mots, pas les leurs) de 5° Celsius avec des montées de 6, voire 7° encore plus envisageables. » écrit dans son éditorial Fred Hiatt dans un article intitulé « Si même ExxonMobil dit que le changement climatique est réel. Donc pourquoi pas le GOP ? »

Les scientifiques nous ont avertis depuis longtemps que permettre une montée de la température de deux degrés ou plus entrainerait des changements climatiques irréparables et des événements météorologiques extrêmes.  Les chefs d’état sont rassemblés à paris pour négocier un agrément climatique global afin de limiter le réchauffement avant que la planète ne heurte ce seuil. Les groupes de terrain défendant la justice climatique appelant pour un objectif encore plus serré de 1,5 °C. Mais une secte d’opposition du Parti républicain a menacé de faire obstacle à tout projet de loi qui viendrait de Paris—ce qui pourrait faire dérailler tout progrès accompli pendant les pourparlers de la COP 21.

Comme l’explique le Prix Nobel d’économie Paul Krugman dans un article publié la semaine dernière dans le New York Times :

« Les futurs historiens—si il y a des futures historiens—diront certainement que la chose la plus important à s’être produite dans le monde en décembre 2015 était les pourparlers sur le climat de Paris. Vrai, rien de ce qui sera l’objet d’un accord à Paris ne suffira, en soi, pour résoudre les problèmes du réchauffement climatique. Mais ces pourparlers sont un moment décisif, le début d’une sorte d’action internationale nécessaire afin de prévenir la catastrophe.  Mais encore une fois, il est possible qu’ils ne le soient pas. Nous pouvons être maudits. Et si nous le sommes, vous savez qui sera responsable : le Parti républicain » écrit Krugman, « Nous voyons un Parti qui a tourné le dos à la science à un moment où le faire met en danger l’avenir même de la civilisation ».

Cet obscurantisme politique pose un autre challenge aux représentants COP 21 américains, qui s’est déjà montré particulièrement chicanier lors des discussions préliminaires cette année à Bonn en Allemagne, critiqué par les nations développées pour ses tentatives pour échapper à ses obligations financières  face aux communautés en premières lignes luttant déjà contre les impacts du changement climatiques. Mais Krugman fait également ce rapport dans Politics and Policy, un journal de sciences politiques publié en Août : “ Les Parti républicain américain est une anomalie dans son déni des origines anthropogéniques du changement climatique », But Krugman also points to an article published in August in Politics & Policy, a political science journal, that states, “The U.S. Republican Party is an anomaly in denying anthropogenic climate change.”

Ceci dessine un futur incertain pour tout accord émergeant des négociations. Cependant, comme Mark Hertsgaard, le correspondant pour l’environnement de The Nation l’écrit dans un article parut lundi, des espoirs nouveaux se font jour au sein des organisations opérant en parallèle de Paris.

Hertsgaard écrit :

L’accord final que les gouvernements espèrent signer avant la fin de la semaine peut pousser à limiter l’élévation de la température à 1°5 Celsius. Ce serait une avancée importante par rapport aux actuels 2°C ainsi qu’une victoire historique et surprenante pour les pays en voie de développement les plus vulnérables. Leurs représentants, rejoints par les activiste de la justice climatique, critiquent depuis longtemps l’objectif des 2° comme une peine de mort virtuelle pour les gens par millions qui souffrent déjà de la montée des eaux, des sécheresses de plus en plus dures et d’autres impacts provoqués par les 1° déjà enregistrés.

Préalablement refuse par la plupart des pays riche comme économiquement irréaliste, l’objectif des 1°5C ré-émerge à Paris à cause de la confluence de divers facteurs : lea reconnaissance par de nombreux pays riches que même 2° amèneraient des changements ruineux dans les modes alimentaires et d’autres systèmes vitaux, une posture diplomatique plus unifiée de la part des 100 nations les plus pauvres et les plus démunies, supportant l’objectif des 1°5C et des pressions ininterrompues de la société civile.

Le Président français, François Hollande et le Ministre allemand de l’environnement et secrétaire d’état Jochen Flasbarth ont tous deux exprimés leur appui au but des 1°5C la semaine dernière et notablement, reconnu  que c’était les campagnes environnementales qui avaient conduit le monde à ce point.

« Nous ne pouvons accepter que les pays les plus pauvres, ceux qui ne produisent des gaz à effet de serre qu’en quantité limitée soint les plus vulnérables.» a dit Hollande, « c’est donc au nom de la justice climatique que nous nous devons d’agir ».

Flasbarth a confirmé que l’objectif des 1°5C était la position officielle de l’Allemagne et que cet objectif « doit être mentionné »

« C’est pourquoi l’objectif des 1°5C est maintenant accepté par la nation d’accueil du sommet et par les économies les plus fortes ‘Europe » a écrit Hert.

 

Le Guardian rapporte dans l’après-midi de lundi dernier que les USA, la Chine et l’Union européenne —  les plus gros pollueurs —,  étaient « ouverts »  à l’objectif des 1°5C et « travaillaient avec d’autres pays à le faire figurer explicitement »  selon le représentant du Secrétariat d’état Todd Stern. Mais cette annonce a reçu un accueil assez tiède des associations de défense du climat et des délégués des pays en développement les plus importants qui dirent que ce n’était qu’une nouvelle tentative des nations les plus riches pour détourner les obligations de réduire leurs émissions.

« Pourquoi pas 1°, pourquoi 1.5°»  dit Ashok Lavasa, le négociateur principal de l’Inde, «Quand nous parlons de but, nous parlons aussi de budget carbone. Nous avons besoin d’envisager l’espace de développement disponible et en conséquence, ceux qui sont impatients de la maintenir au-dessous de 2° devraient travailler afin de maintenir l’espace carbone de façon à ce qu’il ne compromette pas les besoins de pays en voie de développement. »

 

Erich Pica, directeur du groupe climat des Amis de la terre ajoute, «Les USA et l’Europe adoptent l’idée adoptent l’idée des 1.5° comme une cible de négociation mais ils maintiennent floues les lignes de ce qui doit se passer pour que cette équation des 1.5° soit un partage juste et honnête. »

Pendant ce temps, l’éditorial du Post pose une autre question à la lumière des investigations qui ont récemment exposé le rôle du géant des hydrocarbures Exxon dans son occultation des rapports des sciences du climat pendant des décennies : qu’est-ce que Exxon sait d’autre ?

Ce travail est sous licence de Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 License

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La signification du Vendredi noir [Black Friday]

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader °, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

 

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La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «  Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

 

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By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  « liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»  ( avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

 

Black Friday Kicks Off Start To U.S. Holiday Shopping

Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

 

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

 

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Naomi Klein : Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies. 

Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies.

 

Article de Naomi Klein  paru dans Common Dreams et dans The Guardian sur les interdictions de manifestations et de marches sur tout le territoire français au moment décisif des pourparlers pour le climat de la COP 21 de Paris.  Les descentes de polices et les perquisitions se succèdent chez des militants ou des agriculteurs écologistes n’ayant de terroristes que la force de leur point de vue face au laxisme intéressé  et aux liens immoraux entre les gouvernements  sensés représenter les citoyens  du monde,  brutalement forcés au silence alors qu’ils sont en première ligne des catastrophes climatiques présentes et à venir et les actions et l’état d’esprit incurablement pervers des multinationales. Il semble d’autre part indispensable face aux degrés d’urgence et à la hiérarchisation des maux auxquels nous sommes, en tant qu’espèce, confrontés, de rappeler ces quelques phrases de Jared Diamond : «La menace d’un holocauste nucléaire et celle d’un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doit affronter l’espèce humaine aujourd’hui. À côté d’elles les problèmes du cancer, du sida ou de la malnutrition qui nous obsèdent généralement, sont relativement mineurs, car ils ne mettent pas en cause notre survie en tant qu’espèce. » * Nous aurions pu ajouter à la liste le terrorisme qui n’est un danger que pour les vivants.

 

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Article originellement paru dans The Guardian

En interdisant les marches de protestation à la COP21, Hollande condamne au silence ceux qui font face aux impacts les pires du changement climatique et de sa monstrueuse violence.

Par

Naomi Klein

 

De qui la sécurité reste-t-elle protégée par tous les moyens nécessaires ?

De qui la sécurité est-elle sacrifiée avec désinvolture, en dépit des moyens pour faire beaucoup mieux ? Ce sont des questions au cœur de la crise climatique et les réponses sont la raison pour laquelle les sommets climatiques finissent si souvent dans l’acrimonie et les larmes.

La décision du Gouvernement français d’interdire les manifestations, les marches et autres « activités extérieures » pendant le sommet de Paris sur la climat est gênant à plusieurs niveaux. Celui qui me préoccupe le plus est lié avec la façon dont cela reflète l’inégalité fondamentale de la crise climatique elle-même  – et la question clef de quelle sécurité est actuellement valorisée dans ce monde asymétrique.

 

 

Voici la première chose à comprendre. Les gens affrontant les impacts les pires du changement climatique n’ont virtuellement aucune voix dans les débats occidentaux pour déterminer que faire sérieusement pour prévenir le réchauffement mondial catastrophique. De gigantesques sommets comme celui qui va se tenir à Paris sont de rares exceptions. Pour deux semaines   les voix de ceux qui sont heurtés le plus et en premier ont un peu d’espace  pour être entendus dans un lieu où des décisions déterminantes sont prises. C’est pourquoi les insulaires du pacifique, les chasseurs Inuits et les bas salaires des gens de couleur de la Nouvelle-Orléans font des milliers de kilomètres afin d’être présents. Le coût est énorme, à la fois en dollars et en carbone, mais être présents au sommet est une occasion précieuse de parler sur le changement climatique et de donner un visage humain à cette catastrophe en cours. Ensuite, ce qui doit être compris c’est que même dans ces moments rares, les voix de premières lignes n’ont pas assez d’une plateforme dans les réunions officielles dans lesquelles le micro est dominé par les gouvernements et les groupes écologistes largement financés. Les voix des gens ordinaires sont entendues principalement dans les réunions de la base parallèles au sommet, ainsi que dans les marches et les manifestations. Maintenant, le Gouvernement français a décidé les plus bruyants de ces mégaphones,  prétendant que de sécuriser les marches compromettrait sa capacité à sécuriser la zone du sommet officiel où se rencontreront les politiciens.  .

” Une fois de plus, le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre est à gagner.”

Certains prétendent qu’il s’agit d’un juste contrecoup contre la toile de fond de la terreur. Mais un climat des Nations unies pour le climat n’est pas comme une rencontre du G8 ou de l’Organisation mondiale du commerce, où les puissants se rencontrent et où les sans dents tentent de compromettre leurs fête. Les événements parallèles de la société civile ne sont pas un ajout ou une distraction de l’événement principal. Ils sont partie intégrante du processus. Ce qui est la raison pour laquelle le gouvernement français ne devrait jamais avoir décidé quelle partie de ce sommet devrait être gardée et quelle autre annulée.  Plutôt, après l’attaque horrible du 13 Novembre, il était nécessaire de déterminer s’il avait la volonté et la capacité d’accueillir l’ensemble du sommet avec la pleine participation de la société civile, la rue comprise. S’il ne le pouvait pas, il aurait pu repousser ou demander à un autre pays de prendre le relais. Au lieu de ça, Hollande et son gouvernement ont pris une série de décisions qui reflètent un éventail de valeurs et de priorités très particulières afin de déterminer qui et quoi devait bénéficier de la protection de l’état. Oui, les leaders mondiaux, les matchs de foot-ball et les marchés de Noël, non les marches pour le climat et les manifestations désignant le fait que les négociations, avec l’actuel niveau d’émissions  prévu, mettent en danger les vies et les moyens de subsistance de millions sinon milliards de personnes

 

Et qui sait où cela peut mener ? Devons-nous nous attendre à ce que les Nations Unies révoquent les autorisations de la moitié de la société civile ? Ceux les plus susceptibles de créer des troubles au sein de la forteresse ? Je n’en serais pas surprise du tout.   Cela vaut la peine de songer à ce que l’annulation des marches  et des manifestations signifie réellement tout autant qu’en termes symboliques. Le changement climatique est une crise morale parce qu’à chaque fois que les gouvernements des nations riches ont manqué à agir, cela a envoyé un message qui montrait que nous, peuples du nord, mettions notre confort et notre sécurité économique avant la souffrance et la survie des peuples les plus pauvres et la s plus vulnérables de la planète. La décision d’interdire l’espace le plus important où les voix des peuples subissant l’impact climatique auraient pu être entendues est l’expression dramatique d’un abus de pouvoir profondément immoral : une fois de plus le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre vous devrez la gagner.

Une autre pensée : j’écris ces mots de Stockholm, où j’ai fait une série de conférences publiques sur le changement climatique. Quand je suis arrivée, la presse s’en donnait à cœur joie avec un tweet envoyé par la ministre de l’environnement Åsa Romson.  Peu de temps après a éclaté la nouvelle des attaques à Paris, elle a alors tweeté son outrage et sa tristesse pour les victimes. Puis elle a tweeté qu’elle pensait que c’était une mauvaise nouvelle pour le sommet sur le climat, une pensée qui est venue à tous ceux que je connais qui sont d’une façon ou d’une autre connectés à ce moment environnemental. Pourtant elle a été mise au pilori pour son soi disant manque de sensibilité – comment pouvait-elle penser au changement climatique face à un tel carnage ?

La réaction était assez révélatrice parce qu’elle montrait comme un acquis le fait que la changement climatique est une question mineure, une cause sans de réelles victimes, presque frivole.  Tout particulièrement quand des problèmes sérieux comme la guerre et le terrorisme occupent le centre de la scène. Cela m’a fait penser à quelque chose que l’auteure Rebecca Solnit a écrit il n’y a pas longtemps. «Le changement climatique est de la violence »  C’est vrai. Certaines de ces violences sont horriblement lentes : la montée des eaux qui efface progressivement des nations entières, et la sécheresse qui tue des milliers d’individus. D’autres sont terrifiantes de rapidité : les tempêtes avec des noms comme Katrina et Haiyan   qui volent des milliers de vies en une seule fois. Quand les gouvernements et les multinationales manquent sciemment d’agir afin de prévenir ce réchauffement catastrophique, c’est un acte de violence. C’est une violence si étendue, si mondiale et infligée simultanément contre des temporalités si diverses (cultures anciennes, vies présentes, avenir potentiel) qu’il n’existe pas encore de mot capable de désigner cette monstruosité. Et utiliser des actes de violence pour faire taire ces voix des plus vulnérables à la violence climatique est encore plus violent.

En expliquant pourquoi les match de football programmés seraient maintenus comme prévu, le Secrétaire d’état au sport a dit : « La vie doit continuer »   Bien sûr qu’elle le doit. C’est pourquoi je joins le mouvement pour une justice climatique. Parce que quand les gouvernements et les multinationales manquent à leur devoir d’agir d’une façon qui révèle la valeur de tous sur terre, on doit protester contre eux.

© 2015 Guardian News and Media Limited

 

  • Jared Diamond ” Le troisième chimpanzé ” Essai sur l’évolution et lavenir de l’animal humain. p. 613 Folio essais

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La cuisine des affairistes COP 21

Le livre de cuisine des multinationales

Voici la traduction d’un article très long, 27 pages de la Corporate Europe Observatory ( CEO) faisant un bilan très circonstancié des diverses préparations aux pourparlers de Paris et des acteurs réels des négociations. Le monde de la finance et de l’industrie est plus que jamais présent auprès des décideurs faisant feu de tous bois pour garder les choses en l’état voire les aggraver par des mesures technologiques entièrement farfelues et dangereuses comme le CCS. Leurs groupes de pression (6 pour ExxonMobile rien qu’à Bruxelles) préparent le terrain auprès de politiciens et travaillent à l’écoblanchiment des entreprises les plus polluantes en leur prêtant des images d’agneau  écologiste innocent.

Comment les criminels du climat ont capturé la COP 21

Vous pourrez être pardonné de croire que les multinationales ont changé d’état d’esprit et sont devenues sérieuses à propos des débats sur le changement climatique. Parmi les nec plu ultras du menu, on trouve le choix du gaz naturel à faible émission de carbone, une taxe carbone mondialisée, « émissions zéro avant la fin du siècle, ou «  l’agriculture éco-intelligente ».  Mais pelons les relations publiques et nous trouverons une recette des affaires-comme-toujours garantie pour cuisiner la planète : du fondamentalisme de marché, des solutions technologiques chimériques et de bonnes idées discréditées et démodées revisitées sont les ingrédients parfaits pour les criminels du climat.  Mais plutôt que de renvoyer le plat, nos chefs politiques en ont demandé un second. Ces notes montrent simplement quand, où et comment les multinationales essaient de capturer l’agenda des pourparlers de la COP 21 de Paris.

Contenu

Sommaire

Introduction

Les recettes des grosses entreprises pour les Nations unies

Les ingrédients clefs : 

  • Ingrédient 1 : le court terme

« De toute évidence, le climat est important mais l’économie vient en premier  » 

  • Ingrédient 2 : Toujours plus d’énergie fossile

« N’ayez pas peur, le gaz naturel va sauver le climat »

  • Ingrédient 3 : La « main invisible du marché »

« Si nous avions au moins un prix mondialisé  du carbone, la grosse entreprise changerait son approche. »

  • Ingrédient 4 : Des réparations technologiques risqué et encore à découvrir « Nous arriverons à zéro-émissions à la fin du siècle si quelqu’un réussit à extraire de l’atmosphère ce que nous y avons mis. »
  • Ingrédient 5 : Les affaires-comme-toujours

« L’agriculture industrielle n’est pas la cause du changement climatique, elle est éco-intelligente et nous avons un plan volontaire pour la promouvoir. »

Est-ce que les multinationales ont déjà fait main basse sur la COP21 ?

Conclusion

SOMMAIRE

Peler les relations publiques révèle que le plat qui est offert n’est rien de moins qu’une catastrophe climatique. Les multinationales écrivent une recette qui garantit la cuisson de la planète.

  • On ne peut pas choisir les meilleurs ingrédients – une croissance économique maximum et une meilleure énergie fossile (le gaz naturel) doivent être inclus. Des mesures conflictuelles comme les restrictions de l’importation des énergies fossiles polluantes doivent être exclues.
  • On ne peut pas contrôler le processus de cuisson : les signaux du marché, non les régulateurs nous indiquerons la direction à suivre. 
  • C’est toujours la même vieille recette des affaires-comme-toujours mais vêtue d’un cordon vert.  —ils veulent paraître verts, mais l’agenda de l’industrie est de continuer à émettre des gaz à effets de serre et à les extraire de l’atmosphère avec de nouvelles  technologies fantasques.
  • Dans certain cas ce sont juste les restes d’hier présentés comme un nouveau repas. —avec l’agriculture industrielle redéfinie comme « éco-intelligente » par exemple.

Les solutions dépendant du marché et les réparations technologiques mises sur la table détournent l’attention des vrais coupables et repoussent l’action réelle. La plupart des chefs politiques ont été heureux de choisir des mesures qui conviennent à l’actuel modèle économique et permettent de maintenir les profits de l’entreprise néo-libérale. Nous avons besoin d’un autre livre de cuisine ! Et d’ailleurs, aussi des cuisiniers différents.

Au point où nous en sommes, il ya très peu de chances que les négociations qui sont sur le feu à Paris permettent quoi que ce soit pour le climat. Mais ce pourrait être malgré tout un tournant fondamental pour la délégitimisation du rôle destructif et dangereux des trusts criminels qui jouent actuellement un rôle dans les décisions politiques touchant le climat. Nettoyons nos cuisines, à la fois à Paris et dans nos capitales.

INTRODUCTION

Comme les discussions hivernales des Nations unies sur le climat à Paris approchent, les pressions des lobbies et des relations publiques  des plus grands criminels climatiques sont devenues hyperactives.

Lancer les chefs politiques mondiaux  dans la conférence mondiale, créer des campagnes publicitaires  luisantes, établir de nouveaux  groupes d’experts pro-industries ou embaucher d’ex-politiciens afin d’utiliser leur savoir-faire et leur lignes déjà tracées ne sont que quelques unes des tactiques  cachées dans la boîte à outil industrielle. Mais quels sont les messages qu’ils sont si empresses de répandre et que signifieront-ils pour la COP 21 ?

Y regarder de plus prêt révèle que ce qui est offert n’est rien de moins qu’une catastrophe climatique, une recette garantie pour cuisine la planète – des solutions axées sur la marché et des solutions technologiques qui cherchent à masque l’existence inchangée des modèles affairistes  des énergies polluantes responsables du changement climatique.  Malheureusement, les responsables politiques mondiaux semblent danser sur la même mélodie, incluant l’industrie toujours plus avant dans le dossier.

Cependant, pendant qu’il est peu probable que les pourparlers ne produisent quoi que ce s soit en faveur du climat, la colère publique croissant sur ce point pour de bonnes raisons pourrait marquer le début de la fin pour cette relation de copinage entre politiciens et pollueurs.

– Sommets d’affaires ( organiser et sponsoriser)

– Sponsoriser la COP 21

– Campagnes de publicité

– Lettres ouvertes

– Création de nouvelles alliances industrielles et initiatives

– Permettre aux groups de pression de faire leur travail ( associations commerciales et associations d’affaires)

– Portes tournantes : embaucher d’anciens membres des gouvernements

– Cabinet conseils des groupes de pression : accueillir les mercenaires

ENCADREMENT : événements clefs se déroulant pendant la COP 21[1]

 

date évènements Info
30 novembre  11 décembre Ouvert pour Business Hub, Le Bourget Organisé par IETA et WBCSD au sein des négociations officielles, un espace pour la mise en réseau et les documents commerciaux
1 décembre Marchés & Climat : Une révolution positive pour les compagnies ? Paris-centre Organisé par le Forum de l’Economie Positive et le KPMG, accueilli par au siège de l’UNESCO, avec le label officiel de la COP 21, pour des « leaders » comme Veolia
2- 9 décembre La Galerie des Solutions, Le Bourget Organisé avec le Secrétaire général de la COP 21 et l’organisation des employeurs français, le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) (parmi d’autres), c’est un espace réservé aux affaires au sein du Bourget
4-10 décembre Solutions  COP21, Grand Palais, Paris- centre (et Le Bourget 30 novembre – 11 décembre) Une exposition des entreprises organisée par le Comité 21 et le  Club France Développement Durable, sponsorisé par Engie, Renault-Nissan, Avril-Sofiproteol et d’autres
5 décembre Lima-Paris Jour d’Action Agenda, Le Bourget Une plate-forme pour que les acteurs privés présentent leurs engagements face au climat et les négociateurs de leurs lobby.
6 décembre Le futur lève les yeux, Paris-centre Une réception d’affaires uniquement sur invitation avec l’équipe B de Richard Branson (Plan B pour les affaires) afin de pousser vers le “émission zéro” (voir la boîte)
6 décembre Sommet mondial pour le climat Paris-centre Evénement annuel sponsorisé par le gouvernement de Dubaï, Alstom, Lima COP 20 et d’autres avec 400 délégués. Les entreprises sont invitées à «Afficher leurs organizations comme des leaders de la cause climatique »
7-8 décembre Forum de l’innovation durable, Le Bourget Accueilli par l’UNEP et sponsorisé par BWW, Vattenfall et BNP Paribas parmi d’autres, une opportunité  pour le monde industriel de rencontrer « les chefs politiques du monde entier »
7-8 décembre Forum Être attentifs aux industries du climat, Le Bourget Accueilli par Global compact de l’Union européenne afin d’offir à ses membres un temps de qualité avec le chef de l’UNFCCC et le Président de la COP 21 Laurent Fabius. Sponsorisé par EDF et Engie parmi d’autres.
7-10 décembre Conseil mondial des affaires pour un développement durable (WBCSD) ‘Réunion du conseil’, Paris-centre Exclusivement pour ses members qui incluent Shell, Dow Chemicals, Volkswagen, Rio Tinto
8-9 décembre Énergies de demain Paris-centre Conférence organise par le New-York Times International, en partenariat avec la  WBCSD et WeMeanBusiness, un des intervenants est le PDG de Total

Affaires et Sommet pour le climat

Il va y avoir un flot d’événements pendant la COP 21 (voir la boîte) mais le coup d’envoi a été donné en mai 2015 par le Sommet mondial des affaires sur le changement climatique à Paris, organisé par une myriade de groupes de pression y compris le WBCSD, Global Compact, la Chambre internationale de commerce, We Mean Business, le CEFIC, le Cercle de l’industrie, le MEDEF et l’association pour l’industrie chimique parmi d’autres. Il avait le total support des gouvernements français et américains. Il a été ouvert par le Président François Hollande, a compris un discours inaugural de la Ministre de l’environnement Ségolène Royale, et a été clos par le Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, avec une vidéo d’un message du Secrétaire d’état américain  John Kerry. L’événement sur deux jours a été extrêmement bien orchestré afin de générer de la crédibilité : un grand nombre d’hommes politiques, de nombreux PDGs et des compte-rendus de presse pré-rédigés racoleurs délivrant leur message clefs. (qui étaient également dans la bouche des hommes politiques et des PDGs présents.) Le CEFIC a utilisé sa position dans l’équipe éditoriale  (un des avantages de la sponsorisation) afin d’essayer de diluer la note de briefing donnée aux conférenciers, tentant tout spécialement d’en ôter les références aux bases scientifiques  évoquant les deux degrés de réchauffement et ajoutant des avertissements afin de maintenir la compétitivité  industrielle..[i]

La recette de la grosse industrie pour les Nations unies.

La grosse industrie a fait pression afin d’être impliquée depuis que le cadre de travail de la convention sur le changement climatique des Nations unies (UNFCCC)  a été validé pour la première fois en 1992 au Sommet sur la terre de Rio au Brésil. Elle y a réussi et est maintenant fortement engage dans la détermination des ingrédients qui sont ou ne sont pas à inclure dans la recette des pourparlers de Nations unies.

Dans la perspective de l’industrie c’est important. À un niveau national, les négateurs du changement climatique prévalent parfois mais à un niveau international l’industrie avait besoin de faire preuve d’initiatives afin d’éviter les décisions politiques progressistes qui pourraient mettre un terme aux approches de la régulation des gros pollueurs et des réglementations légères. Le même modèle qui a vu les profits des entreprises monter en flèche au dépend des communautés locales, de leur environnement et du climat.

À l’aube du Sommet international de la terre en 1992 fût créé le groupe de pression international le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) «  afin d’assurer que la voix des affaires soit entendue ».[ii]  Le but était de retravailler l’image de marque des multinationales participantes , y compris Shell,  Volkswagen, BP, Monsanto, Total, Dow Chemical etc., comme part de la solution au climat plutôt que comme le problème— malgré les preuves bien documentées du contraire.[2]

Les Nations unies ont accueilli les grosses multinationales les bras grands ouverts, créant de nouveaux réseaux et de nouvelles institutions pour faciliter le processus (voir boîte).  Le résultat est ce que nous voyons aujourd’hui : des solutions au changement climatique basées sur la technologie et sur la marché qui reflètent les intérêts de ces mêmes compagnies qui, en tout premier lieu, ont le plus contribué  au changement climatique. Elles prennent la place des politiques qui pourraient  stopper leur pratiques commerciales destructives et laisser au moins 80 % de toutes les énergies fossiles dans le sol. (comme le demande la science si nous voulons limiter la montée des températures à 2°, sinon à 1°5[3]).

  • Presque 500 participants de l’industrie ont été accrédités au UNFCCC (United Nation Framework Convention on Climate Change) de la COP 15 de Copenhagen, en 2009, par l’intermédiaire du groupe de pression de l’International Trading Emissions Association (IETA). Par contraste, une des organisations de la société civile la plus importante qui participait, avec 90 membres accrédités, a vu son équipe entière évincée de la conférence pour avoir évoqué ses inquiétudes à propos de la justice climatique et les intérêts de populations les plus pauvres.
  • Les Nations Unies et la grosse entreprise – une liaison qui dire depuis des décennies
  • 1991 – Première rencontre du Business Council for Sustainable Development (BCSD)
  • 1992 – La tête du BCSD est choisie comme conseiller principal pour l’industrie et le commerce par Maurice Strong, Secrétaire général du Sommet de la terre del’ONU.
  • 1995 – Le BCSD est rebaptisé World Business Council for Sustainable Development (WBCSD)
  • 1997 – Un accord est conclu sur les émissions de carbone et les compensations (voir la boîte) pour la première fois comme partie du Protocole de Kyoto au Japon, après la COP 3.
  • 1999 – Conférence de Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD),  la WBCSD, Shell, Rio Tinto, KPMG et d’autres multinationales participent à la formation de l’International Emissions Trading Association (IETA), un lobby pour les tarifications des émissions..
  • 2000 – L’UN Global Compact est créée, un programme de responsabilité sociale volontaire prévu pour intégrer les vues du commerce dans l’élaboration des politiques internationales, par exemple, le programme « prendre soin du climat », « caring for climate » poussant à attribuer  des tarifications des émissions carbones  sans prise en compte des technologies.
  • 2000 – les forêts sont officiellement inclues dans le marché du carbone comme part de la COP 6. 2002 – UN Global Compact, le WBCSD et la Chambre internationale du commerce, International Chamber of Commerce (ICC) créent l’Action commerciale pour le développement durable, Business Action for Sustainable Development  afin d’ « assurer que la voix du commerce est entendue » lors du Sommet mondial pour le développement durable » (Rio+10)
  • 2009 – La COP 15 à Copenhague a été le moment décisif pour la participation des firmes avec l’ITEA accréditant presque 500 membres pour leur participation aux négociations.
  • 2010 – à Caucun, le Président mexicain de la COP 16 invite le WBCSD et l’ ICC à organiser les « Dialogues mexicains »,  donnant aux monde des affaires un accès avancé aux négociateurs sur des sujets sensibles.
  • 2013 – « La COP 19 des trusts » à Varsovie a vu les énergies fossiles officiellement sponsoriser les pourparlers, le monde des affaires seul invite aux négociations officielles de la pré-COP et la présidence polonaise de la COP 19, organiser les sommets du charbon et du climat en parallèle. 2014 – Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon organise son propre sommet pour le climat, offrant une plate-forme mondiale à certains des plus gros pollueurs et insistant sur le rôle du secteur privé dans la maîtrise du changement climatique.
  • 2014 – La Présidence péruvienne de la COP 20 lance l’agenda de l’action Lima-Paris (LPAA), s’organisant pour inclure officiellement le commerce dans la COP 21.
  • 2015 – La Présidence française fait du LPAA – aussi nommé “ Agenda pour des solutions” une part central des résultats de Paris, soutenant les engagements du monde des affaires en même temps que ceux officiellement négociés.

Les groupes de pression de la grande entreprise sont clairs sur le rôle que les affaires devraient jouer dans la maîtrise du changement climatique et sur ce que signifie leur rôle dans les négociations :

« [Ce] seront d’une façon prédominante le secteur industriel qui permettra la réduction des émissions dans tous les secteurs. » WBCSD World Business Council for Sustainable Development[iii]

« Si un accord global sur le changement climatique ne marche pas pour et avec l’industrie, il ne marchera pas du tout […] Nous voulons trouver une opportunité où nous ne sommes pas plus à l’intérieur de la tente qu’à ses côtés. » Peter Robinson, Chief Executive of the US Council for International Business[iv]

« Cette question est importante pour les gouvernements mais elle est beaucoup trop importante pour la laisser aux gouvernements seuls. » James Bacchus, un expert à la Chambre international du commerce. 

 Pour contrer le point de vue selon lequel le problème est bien le modèle commercial de la grande entreprise lui-même, les chefs d’entreprise sont entrain de coopter le langage des mouvements sociaux et de ceux qui combattent pour une justice climatique. Afin de faire croire qu’ils peuvent être part de la solution :

« Des changements marginaux ne sont plus assez – nous avons besoin de transformations massives à travers nos sociétés, notre politique et notre économie »  Peter Bakker, Président de WBCSD President[v]

« Ce sera un mouvement qui nous conduira là– nous sommes tous des activistes. » Président directeur général de Statoil Eldar Sætre[vi]

« Le statu quo n’est pas une option. Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes, nous sommes des activistes de l’industrie et du commerce. » Jean-Pascal Tricoire, Président directeur général de Schneider Electric et de Global Compact France[vii]

Le Président de la république française et hôte de la COP 21 précise comme suit :

«  La Révolution française est née à Paris et elle a change la destine du monde. Nous avons besoin d’être certains que dans deux cents ans nous pourrons dire que la révolution climatique s’est passée à Paris, faisons-la. » François Hollande, Président de la république française[viii]

Paris est déjà entrain de montrer toutes les marques des signes d’amour de la grosse entreprise, de l’agenda official de LPAA/ Agenda pour des solutions l’UNESCO et l’UNEP accueillant toutes deux les conférences de l’entreprise à la fois pendant et avant la COP.

Le Secrétariat de l’UNFCCC  a aussi été fonctionnel en accueillant les gros pollueurs au sein des négociations, dirigées par sa secrétaire de l’exécutif Christiana Figueres.  Tout en parlant au sommet du charbon et du climat de la COP 19—malgré une opposition massive de la société civile—elle est aussi un membre régulier de l’exposition annuelle sur le carbone de l’IETA. Elle a récemment publiquement attaqué ceux qui clament que les énergies fossiles ne font pas partie de la solution, leur disant d’ « arrêter de rendre les compagnies pétrolières et gazières démoniaques. ».[ix] Elle est vraisemblablement plus sympathique aux intérêts des trusts que la plupart, ayant été la « Conseillère principale pour le changement climatique » pour la compagnie privée la plus importante d’Amérique latine ENDESA Latinoamérica, avant qu’elle n’obtienne son poste actuel. [x]

En bref, l’ONU—particulièrement l’UNFCCC—a tire le tapis rouge même pour les plus sales des compagnies,  autorisant leurs fausses solutions et leur modèle commercial cassé à être considéré comme une partie essentielle des solutions supposées pour le changement climatique. Hoda Baraka, le manager de la communication chez 350.org, résume ainsi les contradictions : « Quand vous essayez de brûler la table, vous ne méritez pas de vous y asseoir .»[xi] Malheureusement, nous pouvons nous attendre à ce que le tapis rouge soit aussi déroulé à Paris.

Ingrédients essentiels

Ingrédient 1 : Le court terme

« De toute évidence la question du climat est importante mais l’économie est prioritaire »

 Argument commercial majeur : l’action pour le climat est importante mais elle ne doit pas compromettre la croissance économique.

 Qui le met en avant : BusinessEurope, la Table ronde des industriels européens ( ERT) ainsi que la plupart des associations commerciales de l’industrie lourde, plus audibles depuis que la crise économique  a commencé, profitant de la concentration renouvelée sur la croissance et sur l’industrie.

 Exemple : quand l’UE préparait ses objectifs climatiques pour 2030, l’ERT, un lobby inter-sectoriel européen très influent, qui inclut les PDGs ArcelorMittal, BASF, BMW, E.ON, Repsol et Shell, ont eu leur dîner privé annuel avec le Président de la république française François Hollande, la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président de la Commission européenne d’alors, José Manuel Barroso. Ils ont insisté sur le fait que «  toute politique climatique ou énergétique doit être adaptée afin de s’assurer que le but d’une croissance des parts de l’industrie de 20 % soit atteint d’ici 2020. »[xii] Les ministres du Conseil de la compétitivité ont aussi insisté sur le «  besoin d’un approche plus équilibrée entre l’industrie européenne, l’énergie et la politique climatique ». Cette ligne de pensée est alarmante, parce que l’« équilibre » de l’industrie et des politiques climatiques signifie clairement que les objectifs pour le changement climatique doivent être réduits si nécessaire.[xiii]

 

Avec BusinessEurope faisant aussi pression avec le même message aussitôt que possible, ce n’est pas surprenant que le cadre à venir de l’UE pour le climat et l’énergie de 2030 inclue la compétitivité de l’industrie lourde comme un de ses buts. À un niveau européen, la Chambre de commerce internationale a fait des bruits similaires, écrivant dans le Financial Times que toute mesure devrait être «  prudemment conçue afin de promouvoir un champs d’action à un niveau global  pour le commerce et de rendre possible un avenir consacré à la croissance et au commerce ». [xiv]

 Ce que cela signifie pour le monde réel : ceci est l’exemple ultime de court terme au nom des intérêts des investisseurs.  Des solutions effectives à la crise climatique mondiale à long terme devraient être mises en suspens si elles sont supposées pour les personnes en exercice entraîner quelle que perte à court terme que ce soit.  —les objectifs climatiques seront amoindris par peur de leur impact sur l’industrie. En pratique ceci signifie que lorsque les politiques climatiques sont introduites, l’industrie lourde est souvent exemptée, ou bien largement dédommagée si elle menace de déménager dans un autre pays à cause du coût des nouvelles mesures en faveur du climat ( si et quand cela se produit vraiment, ceci est connu sous le nom de «  fuite carbone » (voir boîte) . Ça a été le cas en Europe et aux USA, qui clament leur ambition dans les limites de ce qui est politiquement possible (c’est à dire sans ambition).[xv]

L’insistance à mettre l’économie en premier (ou la version actuelle du les affaires-comme-toujours) a aussi été utilisée comme argument pour le remplacement de régulations strictes par des schémas volontaires comme l’Alliance globale pour une agriculture intelligente, Global Alliance for Climate Smart Agriculture (voir le chapitre) et des approches orientées vers le marché comme le commerce d’émissions. Elle peut aussi s’observer dans l’actuelle négociation pour le libre échange entre les USA et l’UE, ou TTIP, qui est prévue pour être un désastre climatique.[xvi] Par-dessus tout, cette approche est  sensée compromettre le climat et repousser la transition énergétique vers les économies à bas niveau d’émission.

 Où cela se passera-t-il à Paris : pendant la COP21, attendez-vous à voir des ambitions limitées de la part des pays où l’action climatique menace l’industrie lourde, en particulier l’extraction des énergies fossiles. Pendant ce temps, la poussée pour étendre la marché du carbone continue (voir chapitre sur le tarif global du carbone) et toute politique finale aura a rendre des comptes sur son impact sur la marché économique mondial, qu’on sera pardonné de considérer comme beaucoup plus important que les questions climatiques. L’Agenda Lima-Paris/ Agenda pour des solutions, est aussi prévu comme une façon de montrer au monde – à travers le monde des affaires et les engagements – que l’action climatique « représente une opportunité économique pour tous les pays, sans tenir compte de leur niveau de développement . », la réduisant à rien d’autre qu’une simple transaction économique.[xvii]

Un argument est que les politiques fortes en matière de climat poussent la production intensive d’énergie à se délocaliser dans des zones avec des politiques climatiques moins strictes et donc que les émissions de carbone ne sont pas réduites, elles se contentent de fuir ailleurs, accompagnée par les emplois qui leur sont associés. Cependant, de multiples études ont montré que la politique climatique est un facteur marginal dans la décision de délocalisation et que l’industrie lourde a commencé à quitter l’Europe bien avant l’introduction des politiques climatiques. [xviii] En fait, des politiques climatiques plus ambitieuses créent de nouveaux emplois mais dans de nouveaux secteurs à faible degré d’émissions plutôt que dans les industries polluantes qui font pression contre eux.

 

[BOÎTE À OUTIL DU LOBBYISTE]

 Sponsorisation des pourparlers : quelques unes des industries françaises les plus polluantes, y compris les compagnies aériennes (Air France), les géants du nucléaire et du charbon (EDF), les services publiques de (Engie – anciennement GDF Suez) et les banques finançant le charbon (BNP Paribas) font partie des sponsors des pourparlers de Paris. Il n’y a sans doute pas de meilleures plateformes que la plateforme officielle, bien que de sponsoriser des événements officiels, comme Solutions COP 21, est aussi une stratégie d’écoblanchiment très populaire.

 Ingrédient 2 : plus d’énergie fossile 

« Ne craignez rien, le gaz naturel va sauver le climat » 

Argument commercial majeur : le gaz naturel – à la fois naturel ou issu de la fracturation hydraulique – est la nouvelle solution pour l’énergie propre, selon l’industrie des énergies fossiles parce qu’il dégage la moitié des émissions du charbon lorsqu’on le brûle. Ils prétendent qu’il peut être la transition vers le future avec l’énergie du vent, l’énergie solaire et celle des vagues ou qu’il peut être une partie fiable de l’énergie mixte. 

Qui le met en avant : en premier lieu l’industrie du pétrole et du gaz mais cet argument est répercuté dans le monde des affaires.  

Suez (maintenant nommé ‘Engie’) ont même lancé « un appel aux armes contre le charbon» lors de la conférence, afin de rafraîchir leur image d’ami de la terre (et leurs résultats).[xix] Le même mois, le pétrole d’Europe  et les pontes du gaz écrivaient une lettre ouverte à la chef de l’UNFCCC Christiana Figueres et au Président de la COP 21 François Hollande—et en écrivaient une autre dans le Financial Times—soulignant leur sérieux dans la lutte contre le réchauffement climatique et le « rôle essentiel que le gaz naturel peut jouer ». Au Sommet du commerce et du climat Business and Climate Summit de mai, où Statoil était soutenu par le Ministre norvégien pour l’Europe  qui affirma «  le gaz naturel est le meilleur ami du recyclable ».[xx]Exemple : pendant la conférence mondiale sur le gaz de juin à Paris, les cadres de l’énergie sale se sont alignés pour dire que le charbon faisait partie de l’histoire et que le gaz était le combustible dont le future avait besoin. Exxon Mobil a affirmé que c’était « la seule source d’énergie qui réduise d’une façon significative les émissions et que envisager la fracturation hydraulique permettrait le développement économique  tout en étant une énergie peu polluante. »[xxi] Total et GDF.

Les efforts en coulisse ont aussi été essentiels : Total ainsi que d’autres compagnies pétrolières ont infiltré les associations commerciales de l’énergie éolienne et solaire à Bruxelles de façon à ce qu’ils promeuvent également le gaz naturel, tout en réduisant la mesure de leur ambition pour l’énergie éolienne..[xxii] Aux US, l’industrie du gaz est allée jusqu’à financer secrètement une grosse ONG environnementale qui a mené avec succès une campagne contre de nouvelles centrales à charbon.[xxiii] Plus récemment, l’industrie a activement embauché des anciens membres du gouvernement (la stratégie expérimentée et performante des portes tournantes – voir la boîte), avec Cheniere Energy, la première compagnie à avoir reçu du Président Obama un permis d’exportation de gaz naturel liquide (LNG), embauchant la députée pour l’énergie et le changement climatique, Heather Zichal, seulement quelques mois après qu’elle ait quitté son poste en Octobre 2013.[xxiv]

Ce que cela signifie dans le monde réel : tout en ayant à la combustion des émissions moindres le processus d’extraction – en particulier la fracturation hydraulique- peut être pire pour le climat que le charbon ou le pétrole à cause des fuites de méthane, un gaz 80 fois plus nocif pour le réchauffement climatique  que le CO2 sur une période de 20 ans.[xxv] L’extraction de cette énergie fossile a aussi un impact désastreux sur l’environnement local et sur les habitants. La promotion du gaz signifie aussi que moins d’attention est portée au développement et à la mise en route de technologies vraiment plus respectueuses du climat comme l’éolien, le solaire, le marémoteur.

Derrière tous les pourparlers pro-climat se tient une dure réalité affairiste : passer au gaz naturel, particulièrement au gaz de schiste, assure aux compagnies pétrolières et gazières de demeurer sur leur siège de leaders et sécurise leur avenir dans un monde centre sur la maîtrise du réchauffement climatique. Elles ont déjà l’expertise et les infrastructures, quand toutes les grandes compagnies pétrolières—Shell, Total, BP, Chevron, Exxon—font des investissements significatifs dans ce qu’ils considèrent comme un marché futur incroyablement lucratif. Si ells réussissent, cela pourrait signifier l’expansion massive de la fracturation hydraulique en dehors des USA, quelque chose qui a jusque-là n’a pas pu se matérialiser, partiellement à cause de l’opposition publique dans de nombreux pays ?[xxvi]

Fracturation ou non, il est clair que le gaz n’est pas une solution, puisqu’il est aussi une énergie fossile libératrice de carbone et que son extraction mène également à la libération du méthane souterrain dans l’atmosphère.  Cependant des plans sont en route pour de nouvelles infrastructures qui engageront cette énergie fossile pour plus de cinquante ans. Selon l’Agence international de l’énergie, International Energy Agency, ceci repoussera l’investissement dans les énergies renouvelables.[xxvii]  L’image du gaz propre est également utilisée pour justifier la poussée en faveur du gaz naturel dans les pourparlers US UE—Le Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP)—avec l’UE voulant désespérément importer du gaz de schiste bon marché des USA.[xxviii] L’historienne du climat,  Naomi Oreskes est brutale : la

Où cela se passera-t-il à Paris : tout le monde, à part l’industrie du charbon dans le secteur des énergies fossiles va pousser le gaz lors des événements publiques et de haut-niveau à travers Paris et dans les négociations, les US a déjà dit que le gaz comptait comme une énergie propre. Attendons-nous à la voir figurer au sein des engagements officiels de nombreux pays et à être sur la liste des financements choisis pour le climat. Cependant le public n’a pas été aussi aisément convaincu que les politiciens, tout particulièrement en ce qui concerne la fracturation, aussi la résistance peut-elle aussi attendue dans la rue.

[BOÎTE À OUTIL DU LOBBYISTE]

 Campagne de publicité :  gagner la bataille médiatique et donner l’impression que vous avez le public de votre côté est une des clefs pour convaincre les décideurs que vous êtes à la bonne place et il n’y a rien de mieux qu’une action relation publique pro-climat de haut vol pour vous mener là, quelle que puisse être la réalité.  Dans sa champagne de 50 millions de dollars  « Nous sommes d’accord », Chevron a placardé les gares en Europe avec des affiches d’individus tenant des signes avec lesquels Chevron se dit d’accord tels que « le gaz de schiste doit être bon pour tout le monde. »[4] Ne mentionnons pas la pollution actuelle cause par leurs activités de fracturation où les poursuites qu’ils doivent subir en Équateur pour nettoyer leur marée noire ! Shell est maintenant impliqué dans des activités similaires avec des vidéos promouvant le gaz naturel comme le compagnon fiable des énergies renouvelables.  [PHOTO – de la campagne de publicité en ligne de Chevron]

Ingrédient 3 : « la main invisible du marché » 

« S’il y avait un prix global du carbone, les multinationales changeraient leurs méthodes »

Argument commercial majeur : l’industrie  argumente qu’avec un prix global pour le carbonesignifiant que les compagnies doivent payer pour chaque tonne de CO2 émise—le monde des affaires s’éloignerait des investissements dans les énergies polluantes pour s’orienter vers les émissions faibles en suivant le chemin le moins coûteux possible. Le prix du carbone pourrait être décidé via une taxe par tonne, ou le marché pourrait être autorisé à en déterminer le prix.  (voir la boîte). 

Qui le met en avant : le monde des affaires, les leaders mondiaux, les institutions financiers internationales—en bref, tous ceux qui ont quelque chose à perdre à se retirer de l’économie néo-libérale actuelle. 

Exemple : de nombreuses plateformes ont été créées spécialement pour promouvoir la question ou en ont embrassé la cause, y compris la campagne  « Se préoccuper du climat », Caring for Climate  organisée par Global Compact, l’UNEP, l’UNFCCC, et la Banque mondiale de la coalition pour le prix du carbone World Bank’s Carbon Pricing Leadership Coalition. Deux mois avant la COP 21, les chefs d’états d’Allemagne, de France, d’Éthiopie, du Chili de Philippines et du Mexique ont lancé un appel pour la taxe carbone. Le Sommet du commerce et du climat de Paris, Business and Climate Summit—organisé par les plus grands lobbies de multinationales  (voir la boîte)—a fait d’elle un de ses trois messages clef. Porte-paroles après porte-paroles ont répété son importance, avec le PDG de Statoil, Eldar Sætre affirmant qu’elle était la « seule mesure efficace » pour venir à bout du changement climatique. Les pontes du pétrole et du gaz européens ont aussi publiquement offert leur aide au UNFCCC afin qu’il établisse un prix mondial du carbone. 

Qu’est-ce que cela signifie pour le monde réel : la pression pour une taxe carbone mondiale est en fait une bataille prolongée sur qui doit être responsable des mesures pour le climat : le monde des affaires (qui veut être capable de choisir les options les moins onéreuses basées sur la taxe carbone) ou les gouvernements (qui devraient introduire des décisions politiques suivant les meilleurs intérêts de la société).

Le commerce argumente que la baisse des émissions devrait leur être laissé plutôt que d’être une cible gouvernementale, et ainsi ils pourront utiliser la taxe carbone afin d’évaluer quelle décision politique est la moins coûteuse. Mais cette préoccupation étroite sur le carbone signifie que les soucis ou les bénéfices sociaux, environnementaux et plus largement économiques qui s’inscrivent dans les décisions politiques gouvernementales sont ignorés. Si ils sont laissés à la décision du monde des affaires par l’intermédiaire du prix du charbon, alors le pouvoir des gouvernements d’introduire des politiques et des objectifs sur des énergies comme le vent, le soleil où les marées, sur l’efficacité énergétique, sur des standards technologiques minimums et le bannissement pur et simple des énergies fossiles est affaibli d’une façon significative, comme l’UE l’a récemment expérimenté.

Dans l’UE, la confiance dans une taxe carbone créée par le Modèle d’échange des émissions Emissions Trading Scheme (EUETS) ayant échoué (voir la boîte) se sont vues attaquées les mesures politiques les plus efficaces, comme étant «  trop lourdes », inutiles, ou comme une distorsion du marché.  Et le marché—le meilleur mécanisme d’obtention d’un prix (voir la boîte)—est également très  sensible au lobby de l’industrie ( c’est vraisemblablement une autre raison pour la popularité de la taxe carbone).

Un indice de prix est aussi aveugle à la technologie, se centrant sur le seul coût de la réduction du carbone. ExxonMobil est convaincu que « nous devrions  autoriser le marché, pas les régulateurs, à déterminer quelles technologies sont les plus adaptées aux besoins du consommateur » Mais le «  marché » est invisible, ce sont ceux qui réduisent les émissions—les pollueurs eux-mêmes—qui vont choisir quelle technologie douteuse ou expérimentale convient le mieux à leurs intérêts et protégera vraisemblablement le mieux leur existence. Les exemples incluent la capture du carbone et son stockage (CCS – voir la boîte), le gaz de schist et l’énergie nucléaire. Bien sûr, le WBCSD a dit explicitement que nous devons cesser de confondre les technologies à faible émission et les énergies renouvelables.[xxx]

Mises à part les difficultés techniques pour permettre d’établir un prix mondial pour le carbone (est-ce que ça peut être fait à un niveau planétaire ? ou à travers divers schémas régionaux divers mais en relation ? via une taxe ou un marché ?) reste la question de savoir si le prix doit être assez élevé pendant  assez longtemps pour transformer le système énergétique.

Par exemple, dans l’UE, il est actuellement à 8€ la tonne mais l’ancien chef de l’UNFCCC  Yvo de Boer propose 150€ par tonne de CO2. Exxon dit qu’ils ont un prix interne pour le carbone de 60-80 US$ [xxxi] et malgré tout ils sont encore en train d’investir gaiement dans les énergies fossiles, il semble donc que si ce prix interne existe vraiment, il ne fonctionne pas.

Étant donné le fait que les gouvernements sont actuellement en train de démontrer un manque clair d’ambition collective eu égard à la maîtrise du changement climatique, une taxe carbone qui est trop basse ne fera que faciliter le glissement souhaité du charbon au gaz, plutôt que de déclencher un mouvement total hors des énergies fossiles. Et ce mouvement pourrait ne pas être déclenché même si le prix est élevé : David Hone de Shell a dit « qu’il attendait un prix élevé pour  stimuler l’investissement dans le CCS ( Carbon capture and storage) et qu’il s’agissait de la technologie du future. »[xxxii] En d’autres termes, l’usage continu des énergies fossiles et des technologies associées.

En réalité, la plupart des expérience de taxation jusqu’ici—comme l’ETS de l’UE ou le mécanisme de développement propre Clean Development Mechanism de l’UNFCCC’s (voir la boîte)—n’ont pas marché à cause du refus de l’industrie de les utiliser, exigeant des compensations pour couvrir le coût du paiement de la taxe carbone (voir la boîte fuite carbone) ou en utilisant des failles légales afin d’éviter d’avoir à réduire leurs émissions.

Où cela se passera-t-il à Paris ? : la plupart des pays doivent inclure la taxe carbone dans leurs propositions d’actions pour le climat (officiellement appelées Contributions volontaires déterminées nationalement Intended Nationally Determined Contributions, or INDCs), mais le Niger seul a intégré l’appel pour une taxe ( à 50€ la tonne) .[xxxiii] Cependant, l’idée a le support du haut-niveau, y compris celui du Président français François Hollande, la Chancelière Angela Merkel et  à la fois le Secrétaire des Nations Unies, Ban Ki-moon et la secrétaire de l’exécutif de l’UNFCCC  Christiana Figueres. Mais bien qu’il lui soit fait référence d’un bout à l’autre des deux semaines, n’attendons pas que Paris deliver un prix mondial pour le carbone.

[Créer une taxe carbone]

Taxe carbone : elle détermine un prix fixe pour chaque tonne de carbone

Marché du carbone : il détermine un plafond pour les émissions de CO2 et attribue des permis aux pollueurs en fonction de ce plafond.  Le marché décide ensuite combien vaut chaque permis en fonction de la demande—en d’autres termes les pollueurs trouveront-ils plus onéreux de réduire leurs émissions ou d’acheter les permis d’autres compagnies plus propres ? Ceux qui trouvent meilleur marché de réduire leurs émissions peuvent vendre leurs permis épargnés à ceux qui trouvent trop cher de réduire les émissions.

Tout ceci paraît correct sur le papier mais les choses sont complètement différentes dans le monde réel. Démarrer par des impôts est notoirement impopulaire dans l’industrie et au niveau des gouvernements. Le Président du lobby européen de la chimie European Chemicals Lobby, CEFIC, a même dit que les marchés du carbone sont plus stables qu’une taxe carbone. Le PDG du conglomérat espagnol des énergies renouvelables, Acciona, est d’accord avec cet argument, disant que « c’est parce qu’il est plus loin des décisions politiques. ». [xxxiv]

Des groupes de pression internationaux comme l’ICC ou le WBCSD ont poussé pour un marché mondial du carbone depuis longtemps, mais un œil sur les  ETS ( Emission trading Sheme, permis de polluer) de l’UE (voir boîte) devrait server d’avertissement : l’industrie lourde cherchant à obtenir plus de permis a montré que les pollueurs ont trouvé des compensations avec les impôts des contribuables pour avoir eu à affronter une perte de compétitivité mais les émissions domestiques ont continué à croître parce que le système n’est pas assez astreignant.

Le plan de compensation carbone, le Clean Development Mechanism, de l’UE a aussi été un désastre à la fois pour le climat et pour les droits humains, sans aucune réduction des émissions.[xxxv] Cependant le mythe d’un marché du carbone « co-efficace « est toujours vivant».

Leçon sur le  prix mondial du carbone par l’Emissions Trading Scheme (EUETS) de l’UE

Le marché carbone de l’UE : plus de trous que dans le gruyère !

Le marché carbone régional de l’UE et le produit phare de la politique climatique l’ETS UE, sont venus au jour après un débat sur les mérites relatifs de la taxe carbone et du marché carbone (voir boîte). L’industrie gagna la bataille en faveur d’un marché carbone, qui fût considéré comme étant plus favorable aux affaires (puisque les taxes sont imposées par les gouvernements) .

Cependant malgré cette victoire, il est vite apparu clairement, lors de la phase de mise eu point, que le nouveau marché était si sensible aux lobbies de l’industrie que des failles permettaient aux pollueurs d’éviter de réduire leurs émissions domestiques tout en demandant des milliards d’euros au contribuable pour compenser l’impact sur la compétitivité. Ces indemnités semblent être étendues de 2020 à 2030, en dépit des promesses de la Commission de les arrêter.[xxxvi] Le prix du carbone qui en résulte a été si bas—à cause du manque de demandes de permis, puisque les pollueurs en recevaient gratuitement—ce n’est pas pertinent.

D’autres politiques compromettantes

Le capital politique investi dans l’ETS de l’UE signifie aussi qu’il a le monopole des discussions sur la politique climatique et ferme les débats sur d’autres formes de mesures de réduction d’émissions plus efficaces. Plus dommageable encore, l’ETS a en fait affaibli les politiques climatiques existantes, comme l’efficacité énergétique ou les émissions industrielles. C’est à cause de la peur qu’elles puissent être trop efficaces sur les réductions de cO2 et abaisse la demande pour les permis de polluer  – et par conséquent le prix du carbone – même davantage.[xxxvii]

[La BOÎTE À OUTILS DES LOBBIES]

Lettre ouverte : pourquoi garder secrète la correspondance avec les leaders mondiaux quand il suffit de la publier dans un journal pour amplifier votre message ?  Ceci explique pourquoi les compagnies les plus importantes du pétrole et du gaz on donné leur lettre adressée à la responsable de l’UNFCCC, Christiana Figueres, soulignant leur «  solution » climatique dans le Financial Times tout en en adressant une autre au journal, que Figures a accueilli et a invité à travailler avec elle. C’est une tactique commune, employée aussi par la coalition affairiste la B-Team, de prévoir l’agenda et de forcer la réponse officielle.

Les sommets des multinationales : il y a eu un nombre de sommets pour le climat sans précédent dans la préparation de la COP 21 et plus sont prévus durant la COP.  Ceux-ci sont organisés et sponsorisés par les grosses compagnies et par leurs groups de pression, avec des porte-paroles comprenant des leaders mondiaux influents. Y participer peut coûter des milliers d’euros  mais les sponsoriser peut en coûter des centaines de milliers.[xxxviii] Mais ils doivent en valoir la peine, parce qu’il semble ne pas manqué de sponsors. Ils fournissent une plateforme centrale pour amplifier le message de l’industrie tout en obtenant des achats de la part de gouvernements et de porte-paroles de l’EU. Le Président François Hollande a annoncé son support à une taxe carbone mondiale pendant son discours d’ouverture du Sommet commerce et climat [Business and Climate Summit].  La Présidence de la COP 21 a ajouté plus de légitimité à de nombreux événements en offrant un « label » officiel, un logo à poser sur le matériel promotionnel.

Ingrédient 4 : des réparations techniques risquées mais encore à découvrir

« Pour atteindre zéro-net émissions pendant ce siècle, si quelqu’un aspirait hors de l’atmosphère ce qu’on y dépose »

Argument commercial majeur :  plutôt que de réduire les émissions à zéro, zéro-net signifie que certaines émissions peuvent continuer à être produites mais peuvent être compensées par l’extraction des émissions de l’atmosphère ( émissions négatives). Le but suggéré est d’atteindre  zéro-net émissions et les  dates butoir se situent entre 2050 et la fin du siècle.

Qui le met en avant : les coalitions affairistes comme la B-Team de Richard Branson et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD); des scientifiques et des chercheurs en institut lourdement investis dans les émissions négatives, le Panel intergouvernemental sur le changement climatique  (IPCC).

 Exemple : le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) a fait de l’« objectif zéro-net émissions dans le courant du 21ième siècle » leur première demande aux gouvernements en amont de la COP21,[xxxix] comme d’assurer que ce serait une demande majeure du Sommet Business & Climate de Paris. Également, la B-Team a deux fois cette année appelé les leaders politiques et commerciaux à se fixer sur « zéro-net pour 2050 » et de ne pas l’inclure dans les résultats de la COP21.[xl]

 Ce que cela signifie pour le monde réel : Christiana Figueres dit qu’être d’accord sur le « zéro-net émissions » ou le zéro émissions à Paris sera un succès[xli] mais insérer le terme «net» a de sérieuses implications ( et est plutôt trompeur), selon Shell, aller vers le zéro-net les autorisera à continuer de brûler des énergies fossiles pour le reste du siècle,[xlii] équilibré par l’aspiration du CO2 de l’atmosphère en d’autres lieux. Clairement Shell a des intérêts dans cette version du zéro émissions.

Cependant les techniques et technologies exigées incluent des plantations massives d’arbres, la croissance de plus de carburant végétal et le stockage encore non testé du carbone dans les sols (biochar)[xliii] et même la capture et le stockage bioénergétiques du carbone (BECCS), [Bioenergy with Carbon Capture and Storage] qui est suppose générer de l’énergie à partir de la combustion de la biomasse tout en capturant et en stockant le CO2 émis dans le sol. (voir la boîte).

Toutes ces options pourraient conduire à la confiscation de terres, à la montée des prix alimentaires et à des abus sur les droits humains. Biochar et la  BECCs sont aussi non testés et donc hautement expérimentaux, coûteux et vont avoir vraisemblablement de graves conséquences sociales et environnementales. En plus, ces technologies farfelues sont loin de se montrer populaires. L’absence complète de financement de recherche publique ou privée dans le BECCS montre qu’il ne s’agit rien d’autre qu’une stratégie de report pour devancer toute action sensée. Les scientifiques eux-mêmes dissent le BECCS est une distraction «infondée» et ²«dangereuse»[xliv] (voir la boîte). Les scénarios de l’IPCC lui-même pour ces réductions d’émissions ( encore exprimées dans les termes d’«émissions négatives» et même d’«émissions nettes négatives» nécessitent n’importe où entre 500 millions et 6 milliards d’hectares de terre pour rester en dessous de 2°—une quantité phénoménale, étant donné que c’est quatre fois la quantité de terre utilisée actuellement par la production globale de céréales et deux fois la masse de terre d’Afrique.[xlv]

Le mot «net» pose aussi d’autres questions délicates. Par exemple, quels secteurs sont autorisés à continuer d’émettre, et dans quels pays ? Et quelle terre va-t-elle être utilisée pour créer l’équilibre ? Les expériences jusque-là[xlvi] montrent que ce sont les plus vulnérables  dans le Sud qui perdent leur terre et leurs moyens de subsistance pendant que les multinationales du nord profitent de la pollution.

 Ajouter «net» évite aussi d’avoir à faire face à la réalité : c’est notre modèle économique qui doit changer si nous voulons stopper le changement climatique. Des propositions comme celles du BECCS sont des distractions qui évite de faire ce changement,[xlvii] et laisse les gros pollueurs e n’en faire qu’à leur guise. Nous devons ramener les émissions à zéro, laisser le pétrole dans le sol, and tout de même ôter les émissions de l’atmosphère par une approche agro-écologique, la gestion communautaire des forêts et la restauration de l’habitat.

 Où cela se passera-t-il à Paris : le «zéro émissions» peut se trouver dans tout le texte de négociation de l’UNFCCC.[xlviii] Il sera promu lors de tous les événements de la grosse entreprise, en particulier pendant les quatre jours de rencontre du WBCSD. Mais une connaissance accrue de ce que le  « zéro-net» signifie vraiment devrait engendrer de la résistance à Paris.

 [IPCC : le pragmatisme politique signifie des réparations technologiques dangereuses, pas de changement du système]

Le Panel intergouvernemental pour le changement climatique (IPCC), qui rassemble et synthétise la littérature scientifique a présenté son premier rapport en 1990 (FAR). Depuis lors le monde  a accepté que les émissions d’origine humaine sont à l’origine du changement climatique et ce que les conséquences seront, mais les émissions ont continué malgré tout. Le manque de volonté de s’éloigner du modèle économique actuel a mis une pression considérable sur l’IPCC afin qu’il vienne avec un scenario qui prenne en compte les 2°C et supporte malgré tout la croissance économique. [xlix]

Le 5ième rapport (AR5), publié en 2014 en est le produit, créant des modèles climatiques qui sont « politiquement pragmatiques». Il montre aux responsables politiques qu’une voie vers les 2° est encore possible – même avec la croissance économique– bien qu’ils n’aient pas suivi les recommandations antérieures comme celle de faire culminer les émissions en 2015. Les modélistes disent maintenant que les émissions peuvent continuer à monter jusqu’en 2030, mais avec des réductions d’émissions drastiques ensuite, allant vers les émissions négatives dans la seconde moitié du siècle. Si les politiciens suivent ce plan, nous serons dans une CSS de grande envergure avec à la fois les énergies fossiles et les bioénergies, une recette pour le désastre, étant donné que les technologies farfelues ne se matérialiseront vraisemblablement jamais.  (voir la boîte CSS). Mais dans le même temps, les affaires comme toujours et les 2° de réchauffement vises ne sont pas contradictoires  avec le «nous avons encore le temps»

Beaucoup de ceux qui modélisent l’avenir – des économistes plutôt que des scientifiques   –sont proches de l’approche pro-croissance afin d’éviter de perdre des fonds dans la recherche et l’accès politique alors que leur influence au sein de l’IPCC a encore augmenté. Cependant les climatologues prennent maintenant leurs distances par rapport à ces projections, dénonçant les assomptions sous-jacentes comme irréalistes. C’est une étape importante et a besoin d’être amplifié avec des scientifiques disant clairement et honnêtement que les actuelles projections de l’IPCC ne sont pas compatibles avec les 2°, sans parler des 1°5 quand les politiciens et les pollueurs continuent à les utiliser et à utiliser l’IPCC afin de légitimer leur «  politique pragmatique ».

[La capture et le stockage du carbone [Carbon Capture and Storage] et la bioénergie de la capture et du stockage du carbone [Bio-energy Carbon Capture and Storage]

La capture et le stockage du carbone, Carbon capture and storage (CCS) est, en théorie, supposée capturer le CO2 des centrales d’énergies fossiles (ou d’autre CO2 issu des équipements de production de béton ou d’acier) et le stocker en permanence dans le sous-sol.  Cependant, c’est un dispositif technologique hautement expérimental et très onéreux et même ses propres supporters qu’il ne sera pas viable commercialement avant 2030– et alors seulement avec un financement publique massif. Savoir si le CO2 restera dans le sous-sol est aussi une grande question.[l]

Pendant ce temps, cependant, les centrales à charbon sont construites avec un «dispositif-CSS» avec le prétexte que la technologie va mûrir. Jusqu’alors, le CO2 continuera à être émis sans frein. C’est pourquoi promouvoir la possibilité du CCS, qui peut fort bine se ramener à rien, est une autre façon de nous enfermer encore dans l’usage des énergies fossiles pour plusieurs décennies.

 La capture et stockage bioénergétique du carbone [Bioenergy carbon capture and storage] (BECCS) présente tous les problèmes associés avec la CCS traditionnelle plus quelques autres.  Plutôt que de brûler les énergies fossiles, les centrales sont censées brûler la biomasse carboniquement neutre.  Comme les plantes absorbent le CO2 de l’atmosphère en croissant, les brûler est théoriquement carboniquement neutre, relâchant le carbone absorbé dans l’atmosphère. Aussi stocker les émissions dans le sous-sol plutôt que de leur permettre d’entrer dans l’atmosphère devrait théoriquement conduire à des émissions négatives. Cependant la «bioénergie » quand elle est utilisée sur une grande échelle  est loin d’être carboniquement neutre. La demande pour la biomasse et le combustible bio conduit à la déforestation  et aux problèmes de terres  – sans évoquer les pertes dans la biodiversité, les confiscations de terres et les  attaques aux droits humains associés.[li] Ajoutons à ceci les incertitudes quant à la technologie CCS et ses coûts prohibitifs à toutes les étapes du processus—qui sont encore plus élevé pour la biomasse que pour les centrales à charbon—et le BECCS prend plus l’aspect d’un éléphant blanc que d’un remède miracle.

La capture et le stockage du carbone [Carbon capture and storage]—que ce soit avec les énergies fossiles ou avec la biomasse—n’est pas une solution réaliste et ne devrait pas être traité comme telle par les politiciens, les hommes d’affaires et les scientifiques. C’est une distraction mortifère de l’urgent besoin de couper les émissions.

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Former des alliances nouvelles : une façon efficace de passer à l’offensive pour les gros pollueurs, est de mettre au point des propositions qui ne compromettent pas leur modèle commercial mais donnent l’apparence d’être engagés et préventifs.

Bien que Virgin Airline de Richard Branson ait faille misérablement à ses engagements précédents[lii], il a regroupé et rassemblé la B-Team afin de montrer que les affaires sont sérieuses quand il s’agit de stopper le changement climatique.  Les plus grandes firmes pétrolières européennes  ont pris une approche identique en mettant au point l’Initiative pétrole et gaz pour le climat  [Oil and Gas Climate Initiative], un panel d’experts, là pour proposer des solutions pro-fossile qui puissent contrer la pression montante.[liii]

Shell a aussi rejoint BHP Billiton, RWE, l’Institut Grantham de Nicholas Stern et la Fondation de nations unies ainsi que d’autres afin de monter la Commission pour la transition énergétique [Energy Transition Commission] afin d’ « aider la politique énergétique et l’élaboration des décisions ».[liv]

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Laissons ça aux lobbies : les groupes de pression incluent les associations commerciales, comme EUROGAS, EURELECTRIC ou les lobbies de la chimie comme CEFIC ainsi que des groups intersectoriels comme  le World Business Council on Sustainable Development (WBCSD), l’International Chamber of Commerce (ICC) et  BusinessEurope.

Ils sont les clefs du lobbying au niveau européen et international, organisant de multiples conférences et sommets, des campagnes d’écoblanchiment ainsi que l’accès à tout ce qui se passe d’important derrière les portes fermées avec les décideurs.

A Bruxelles, l’ Association de la fabrication automobile [European Automobile Manufacturers Association] (ACEA)—dont le Président actuel, issu de Renault Nissan, est un des sponsors de la COP21 — a lute en permanence contre des normes de pollution automobile plus strictes en ajournant les nouvelles procédures de test au nom de ses membres— y compris Volkswagen, qui présidait aussi le groupe.[lv]

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

Ingrédient 5 : Les affaires comme d’habitude

 « l’agriculture industrielle n’est pas la cause du changement climatique, elle est éco-intelligente – et nous avons un schéma volontaire pour la promouvoir»

 Argument majeur : selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies, UN Food and Agricultural Organization (FAO), l’agriculture éco-intelligente devrait « sérieusement améliorer la production agricole et les revenus », « s’adapter et montrer de la résilience face au changement climatique », et « réduire ou suspendre les émissions de gaz à effets de serre.»[lvi]

 Qui le met en avant : l’Alliance mondiale pour une agriculture éco-intelligente [Global Alliance on Climate Smart Agriculture] (GACSA), y compris la FAO (qui l’accueille) ; la Banque mondiale ; l’industrie du commerce alimentaire (dont McDonalds, Unilever et Nestlé) ; l’industrie des semences (Syngenta, Monsanto) ; 21 gouvernements (dont la France, le Mexique, les US et les Pays-Bas) ; et quelques ONG et organisations d’agriculteurs—avec, d’une façon plus importante l’industrie des engrais (qui représente 60% des membres du secteur privé de GACSA)

 Exemple : la GACSA a  été créée lors du sommet sur le climat organise par Ban Ki-moon en Septembre 2014, avec Walmart, McDonald’s et la Compagnie Kellogg, tous impliqué dans l’usage de l’alimentation «  éco-intelligente» dans leurs chaînes. Le vice-président de Yara Initiatives globales, stratégies et développement commercial [Global Initiatives, Strategy and Business Development], Sean de Cleene, dit que « 2015 et 1016 seront les années où nous passerons de la construction d’un mouvement mondial à l’action sur le terrain » et le concept clef est l’agriculture éco-intelligente, un domaine où Yara a des produits et du savoir. [lvii] Le géant norvégien de l’engrais , appartenant à 40 % au gouvernement norvégien et à un fond de pension national voit l’agriculture éco-intelligente comme une « intensification durable » en utilisant les engrais synthétiques, qui dit-il, réduisent la déforestation.[lviii]  D’un autre côté, Syngenta and Monsanto considèrent que l’agriculture éco-intelligente utilise des semences génétiquement modifiées (GM) tolérantes  aux herbicides toxiques (qu’ils fabriquent, comme par hasard), sur la base de la suppression des mauvaises herbes sans que les sols soient labourés  pour les contrôler., et donc gardant le CO2 dans le sol. ( non prouvé scientifiquement et non spécifique aux céréales GM).[lix]

 Ce que cela signifie pour le monde réel :  la très médiatisée GACSA a fait la promesse de «protéger 500 millions de fermiers contre le changement climatique tout en augmentant la productivité agricole et en réduisant les émissions carbones. »[lx] mais le manque de définition ou de critères de l’« éco-intelligence » la transforme en véhicule pour les mêmes compagnies que celles qui créent la déforestation, la disparition de la bio-diversité , le pillage des terres à travers le fermage intensif et les semences GM pour pousser leur modèle commercial—maintenant inclus dans la marque de « l’éco-intelligence» GRAIN le décrit comme « essentiellement un relookage de la Révolution verte.»[lxi]

 Les engrais synthétiques sont un des produits les plus consommateurs d’énergie fossile à créer et à utilise, ce qui explique pourquoi Yara et d’autres font pression durement pour la fracturation hydraulique en Europe  —donc, pas vraiment éco-intelligent.

De même les agriculteurs travaillant à petite échelle sont d’accord pour dire que les semences GM érodent la diversité des semences, ce qui est crucial pour l’adaptation au climat, et que donc, elles ne sont pas très éco-intelligentes non plus. En fait, les compagnies de la biotechnologie comme Syngenta and Monsanto essaient de privatiser et de contrôler le marché des semences tout en criminalisant les fermiers pour leur pratique vitale de préservation des semences, disant qu’on leur vole une propriété intellectuelle. [lxii]

Les multinationales poussant leurs fausses solutions essaient également de faire croire que leurs projets sont à considérer pour une compensation carbone.  C’est-à-dire qu’elles seraient candidates pour le financement des pollueurs  qui veulent payer quelqu’un d’autre pour qu’il baisse ses émissions à leur place.  (voir le chapitre sur le prix mondial du carbone).  Ceci en dépit des expériences passées des compensations carbone qui ont conduit à des confiscations de terres et à des abus de droits humains tout en manquant à faire baisser les émissions, tout cela aussi bien au Sud qu’au Nord.[lxiii] Cette pratique a été rejetée par le mouvement mondial des fermiers  La Via Campesina, qui a refusé de joindre la GACSA.[lxiv] Les multinationales veulent aussi que les projets de la GACSA soient candidats pour le financement international devant aider les pays à s’adapter au changement climatique — ce qui signifie que le financement du climat pourrait aller directement dans les poches de certains des plus grands criminels climatiques.

 Où cela se passera-t-il à Paris : des centaines de groupe de la société civile ont appelé l’ UNFCCC à rejeter l’agriculture éco-intelligente,[lxv] la cataloguant “de plate-forme influençant les décisions politiques pour les délinquant environnementaux les pires.[lxvi] Mais la GACSA la veut dans ses négociations.

Les pays qui ont signé jusqu’ici auront à confirmer leur support officiel, il faut donc s’attendre à des communiqués. On le verra probablement figurer dans les communiqués de l’agenda Lima-Paris «Lima-Paris Action Agenda/Agenda for Solutions ». Le Forum du paysage global [The Global Landscapes Forum] et la conférence d’un jour [one day’s] Climate-Kic [lxvii] se concentreront également sur ce thème. Mais si nous sommes sérieux sur le fait de rafraîchir la planète en changeant les systèmes de production et de consommation, alors l’agriculture paysanne est la seule solution réelle.

 [L’industrie agro-alimentaire : le nouveau pétrole ?[lxviii]]

L’industrie des engrais synthétiques a été appelée par GRAIN : « l’industrie pétrolière du monde alimentaire.»[lxix]  Ils représentent la plus large source d’émissions dues à l’exploitation agricole et reposent sur des énergies fossiles bon marché et sur les affaires comme d’habitude. Un de leur pire représentant est la firme norvégienne Yara, le plus gros producteur d’engrais au nitrogène, qui coordonne également le lobby du gaz de schiste en Europe. Yara et ses compagnons d’industrie a consommé la majorité du gaz de schiste produit aux USA[lxx] et veulent un accès identique au gaz bon marché d’Europe.[lxxi]

Produire des engrais synthétiques, en particulier le nitrogène exige d’énormes quantités d’énergies fossiles, responsables de 162% des gaz à effet de serre. Mais ceci n’est qu’une fraction des émissions totales comparées à son application dans les sols et que du NO2 est libéré.  Ce gaz est 300 fois plus puissant comme gaz à effet de serre que le CO2. De nouvelles recherches montrent qu’en 2015 seulement, les engrais synthétiques à eux seuls généreront plus de gaz à effet de serre que toutes les voitures et les camions sur la route des USA.[lxxii]

Yara et d’autres ont créé un nombre de groups de pression de chaque côtés de l’Atlantique afin de s’assurer que leur modèle commercial est considéré comme une « solution» climatique. Yara a été nominé pour l’Award des Pinocchio du climat 2015 dans la catégorie écoblanchiment pour avoir utilisé la Global Alliance for Climate Smart Agriculture afin de promouvoir l’usage des engrais comme une solution mondiale au climat.[lxxiii]

 [LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Les cabinets-conseil des lobbies : les cabinets-conseil des lobbies sont les tueurs à gage du monde de l’entreprise. Pour la somme adéquate ( beaucoup d’argent), ils vont reconstruire votre réputation endommagée, vous assurer l’accès aux politiciens, injecter des histoires dans les médias et même créer des groupes de citoyens, comme ça a été le cas avec les pro-fracturation Coalition citoyenne pour une énergie responsable [Responsible Energy Citizens Coalition].[lxxiv]

Selon de Registre de la transparence de l’UE, Yara a trois cabinets-conseil différents travaillant pour lui, alors que ExxonMobil en a six sur Bruxelles, partie d’une dépense totale de 4 millions d’euros en 2014.[lxxv] Un nouveau rapport de CEO, qui sera publié pendant la COP 21, donnera plus de détails sur ces transactions dégoûtantes.

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

Les portes tournantes : Embaucher d’ex-politiciens  est un moyen consacré utilisé par les lobbies des grandes entreprises pour avoir accès au processus législatif, parce que ces individus très recherché apportent avec eux l’expertise et les contacts personnels qu’ils ont construits. Dans les bureaux publics, leur permettant d’ouvrir les portes autrement restées fermées. Les cabinets-conseil éditent même des comptes rendus de presse après avoir embauché un ex-politicien haut fonctionnaire afin que de potentiels clients soient avertis.  Mais des rôles moindres ont aussi de l’importance : l’ex-commissaire de l’environnement de l’UE, Janez Potočnik, par exemple, est récemment devenu membre du Forum européen pour l’avenir de l’agriculture  [European Forum for the Future of Agriculture] une création de l’organisation des propriétaires terriens européens  et l’une des plus grosses compagnies de pesticides au monde, Syngenta, qui est aussi un memebre de la GACSA.[lxxvi]

Est-ce que les affairistes ont déjà fait main basse sur la COP21 ?

 Les leaders mondiaux se sont alignés pour proclamer l’économie actrice clef dans la maîtrise du changement climatique, participant à leurs conférences et créant de nouvelles plateformes pour leurs investissements. Donc, est-ce que les affaires ont mis main basse sur la COP21 ?

Il semble que oui.  Les résultats de Paris ne peuvent pas être obtenus à cause des positions prises par les pays les plus responsables du changement climatique avant même qu’ils ne viennent à Paris et les relations intimes qu’ils entretiennent avec l’industrie sale à un niveau national . La COP21 est un symptôme de cela, cuisinée à l’avance par les pollueurs travaillant main dans la main avec les plus riches et les plus puissants gouvernements. La main mise des multinationales représentées par les négociations en cours pour le Transatlantic et le Transpacific trade (respectivement TTP et TTIP) n’en est qu’une preuve supplémentaire.[lxxvii]

Ce qui sortira des salles de négociations parisiennes peut ne pas être à la hauteur du climat mais en dehors d’elles, les efforts pour ôter la peau de relations publiques des trusts et exposer les varies raisons derrière l’échec de Paris pourraient avoir un impact plus fort, mettant en cause ces relations de copinage entre pollueurs et décideurs. Aucune COP ne va fournir d’action sensée sans un changement fondamental d’approche.

Mais cela s’est produit avant. Par exemple, l’Organisation mondiale de la [World Health Organisation] (WHO) a réalisé que rien ne pourrait jamais avoir d’influence sur la consommation de tabac si elle avait à négocier avec le lobby du tabac qui était incompatible avec les intérêts de la santé publique.  Aussi introduirent-ils un mur entre les officiels de la santé publique et les industriels du tabac, officiellement appelé Article 5.3 sous la Convention pour le contrôle du tabac [United Nations Framework Convention] (UNFCTC).  (tous les pays qui la signe – y compris la Commission européenne et d’autres états membres sauf les US– doivent y souscrire à un niveau national.

L’impact sur le monde réel de l’industrie des énergies fossiles et des criminels du climat est bien pire et beaucoup d’organisations font campagnes pour que les gros pollueurs soient éjectés tous hors des décisions politiques.  —au niveau de l’UE comme au niveau national.[lxxviii] Si Paris est un moment clef vers la délégitimisation de cette relation entre monde politique et monde des affaires, cela fera plus pour sauver le climat qu’aucun document officiel qui sortira de la COP21.

Conclusion

Regardons au-delà de l’emprise tentaculaire et des outils multiples du lobbying. Pelons les relations publiques et les slogans à l’image progressive.  Ce qui reste est une recette pour cuisiner la planète, tous les ingrédients nécessaires pour resservir les affaires comme d’habitude, gardant les mêmes multinationales  qui ont profité de la destruction du climat assis en premières loges.

  • Depuis la crise économique on nous dit que la croissance est plus importante que le salut du climat, en dépit des preuves que les actions effectives sur la climat— comme la mise aux normes des maisons ou l’encouragement de la décentralisation des énergies renouvelables —peuvent avoir un effet étendu sur l’économie, et des bénéfices sociaux et environnementaux.
  • Les compagnies gazières et pétrolières, qui ont bien sûr investi lourdement dans les énergies fossiles essaient de nous convaincre que mettre à la poubelle ces sources d’énergie est une mauvaise idée, en dépit du fait qu’elles sont un cause essentielle au changement climatique.
  • On nous dit qu’établir un prix carbone mondial et le laisser au marché est la meilleure option—en dépit de l’expérience qui nous a montré que le marché n’est pas à la hauteur du défi et que ce qui est nécessaire c’est moins de marché et plus de démocratie.
  • On nous presse de jouer avec les délais dans les réductions d’émissions jusqu’en 2030, sur la base qu’il puisse y avoir, d’ici là, une technologie hautement expérimentale et coûteuse qui puisse extraire les émissions de CO2 de l’atmosphère, même si ces technologies sont susceptibles de conduire à des confiscations de terres sans précédent.
  • Nous devrions aussi accepter le réemballage de l’industrie agricole— qui est responsable d’au moins la moitié des émissions mondiales—comme étant respectueuse du climat parce que des alternatives efficaces et centre sur les personnes, l’agriculture agro-écologique est une menace pour l’agriculture biotechnologique.

Tout ceci ne devrait  pas être une surprise si protéger les nantis est la première motivation. Mais les gouvernements devraient-ils les écouter ?

Selon le fondateur, directeur de l’Institut de Postdam et conseiller du gouvernement allemand et du Pape Francis, Hans Joachim Schellnhuber, les compagnies pétrolières et gazières « doivent imploser » si nous voulons éviter un désastre climatique.[lxxix] Cependant la responsable des pourparlers d l’UE, Christiana Figueres, a dit que nous devions « cesser de les diaboliser ».[lxxx]

Vraiment ? Si nous transformons notre système énergétique et économique, alors ceux qui ont consacré leurs intérêts dans son absence de changement ne devraient  être autorisés nulle part aux tables des négociations ou même dans les couloirs du pouvoir.  Nous n’inviterions pas les compagnies du tabac à avoir du poids dans des décisions de santé publique, alors pourquoi serait-ce différent pour le climat ?

De vraies solutions existent et sont pratiquées au sein des communautés autour du monde—de l’énergie possédée localement et renouvelable à l’entretien des forêts à l’agriculture paysanne écologique.  Pourquoi donc les criminels du climat et leurs groupes de pression ont-ils un accès privilégié aux décideurs alors que tous les autres restent sur la ligne de touche ?

Paris peut être un moment important pour dire « non» à l’agenda des affaires et aux fausses solutions qu’il propose ! Et « Oui» aux solutions communautaires qui sont déjà entrain de rafraîchir la planète et défier le statu quo.

Paris doit être un moment où ce message sera véhiculé fortement et clairement, permettant de construire des fondations toutes neuves en 2016 et au-delà.

 

[1] Pour trouver plus de détails et voir les mises à jour : http://www.wemeanbusinesscoalition.org/events

[2]              Pour plus d’informations, voir, par exemple, les Pinocchio Awards 2015, http://www.pinocchio-awards.org/

[3]          McGlade and Ekins, (2015) ‘La distribution géographique des energies fossils inutilisées lors d’une limitation du réchauffement climatique à 2°C. Nature, 517: 187-190, http://www.nature.com/nature/journal/v517/n7533/full/nature14016.html

[4]          http://www.chevron.com/weagree/

[i]       Business Green, 15 May 2015, Industry lobbyists ‘trying to undermine’ Paris Climate Summit, http://www.businessgreen.com/bg/analysis/2408354/industry-lobbyists-trying-to-undermine-paris-climate-summit

[ii]      WBCSD website, accessed 7 November 2015, http://www.wbcsd.org/about/history.aspx

[iii]     WBCSD, ‘WBCSD Perspective on the 2015 Climate Change Agreement’, September 2014, http://www.wbcsd.org/Pages/eNews/eNewsDetails.aspx?ID=16324&NoSearchContextKey=true

iv Quoted in article by Pilita Clark, December 2014, ‘Business Calls for Greater Say in Climate Talks’, Financial Times, covered in http://corporateeurope.org/blog/business-wants-seat-climate-negotiating-table

vi Speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

viiSpeaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

viii Speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

[ix]     Climate Home, May 2015, ‘Stop demonising oil and gas companies, says UN climate chief’, http://www.climatechangenews.com/2015/05/26/stop-demonising-oil-and-gas-companies-says-un-climate-chief/

[x]      Christiana Figueres CV, http://www.figueresonline.com/CFO_English_Long.pdf

[xi]     Hoda Barak, quoted in a 350.org press release, ‘53,000+ Call on UNFCCC to Ban Fossil Fuel Corporations from the Climate Talks’, http://350.org/press-release/53000-call-on-unfccc-to-ban-fossil-fuel-corporations-from-the-climate-talks/

[xii]    Press statement by Leif Johansson, 19 February, ERT, http://corporateeurope.org/sites/default/files/2014_february_-_ert_meeting_with_hollande_merkel_barroso_-_press_statement_by_leif_johansson.pdf

[xiii]   CEO (2014), The ‘Permanent Liaison: how ERT and BusinessEurope set the agenda for the EU Summit, http://corporateeurope.org/fr/node/1762

[xiv]   John Danilovich, Secretary-General of the ICC, writing in the Financial Times, June 2015, ‘Climate policy embraces a range of approaches’ http://www.ft.com/intl/cms/s/0/22d0949a-0975-11e5-b643-00144feabdc0.html#axzz3plRUcoCA

xv Arthur Neslen, January 2014, ‘EU Sets out to ‘walk now, sprint later’ 2030 clean energy vision, Euractiv, http://www.euractiv.com/energy/eu-sets-walk-sprint-2030-clean-e-news-532960

xvi CEO (2015), TTIP: A box of tricks for corporate climate criminals, http://corporateeurope.org/international-trade/2015/10/ttip-box-tricks-corporate-climate-criminals

[xvii]  Press Factsheet, 27 March 2015, The Agenda of Solutions or the Lima-Paris Action Plan, http://www.cop21.gouv.fr/en/file/611/download?token=DtOIUeWy

[xix]   Upstream, June 2015, ‘French giants in call to arms against coal’, http://www.wgc2015.org/wp-content/uploads/2015/06/WGC_Day2.pdf

[xx]    Vidar Helgesen, Norwegian Minister for Europe, speaking at the Business and Climate Summit in Paris, 20 May 2015

xxi  Karel Beckman, June 2015, ‘Going for gas: the risky strategy of the world’s largest gas companies’, EnergyPost, http://www.energypost.eu/betting-farm-natural-gas-risky-strategy-worlds-largest-companies/

[xxii]  The Guardian, Fossil fuel firms accused of renewable lobby takeover to push gas, January 2015, http://www.theguardian.com/environment/2015/jan/22/fossil-fuel-firms-accused-renewable-lobby-takeover-push-gas

[xxiii] New York Time, Answering for Taking a Driller’s Cash, February 2013, http://www.nytimes.com/2012/02/14/science/earth/after-disclosure-of-sierra-clubs-gifts-from-gas-driller-a-roiling-debate.html

[xxiv] Public Report and DesmogBlog, (2014), Natural Gas Exports: Washington’s Revolving Door Fuels Climate Threat, http://www.desmogblog.com/sites/beta.desmogblog.com/files/Natural%20Gas%20Exports-%20Washington’s%20Revolving%20Door%20Fuels%20Climate%20Threat.pdf

[xxv]  Howarth, R. W. (2014) ‘A bridge to nowhere: methane emissions and the greenhouse gas footprint of natural gas’, Energy Science & Engineering, 2(2), pp. 47-60 http://onlinelibrary.wiley.com/store/10.1002/ese3.35/asset/ese335.pdf?v=1&t=idrfizbt&s=6750d5df961747c4584557e7d89d66c87ff5114e

[xxvi] Karel Beckman, June 2015, ‘Going for gas: the risky strategy of the world’s largest gas companies’, EnergyPost, http://www.energypost.eu/betting-farm-natural-gas-risky-strategy-worlds-largest-companies/

[xxvii]        Fatih Birol, chief economist for the IEA, quoted in The Guardian, May 2012, ‘Golden age of gas’ threatens renewable energy, IEA warns, http://www.theguardian.com/environment/2012/may/29/gas-boom-renewables-agency-warns

[xxviii]       Leaked trade documents, September 2013, Non Paper – Raw Materials and Energy, http://big.assets.huffingtonpost.com/TTIPNonPaper.pdf

[xxix] Naomi Oreskes (August 2014) ‘Wishful thinking about natural gas: why fossil fuels can’t solve the problems created by fossil fuels‘, Energy Post, http://www.energypost.eu/wishful-thinking-natural-gas-fossil-fuels-cant-solve-problems-created-fossil-fuels/

[xxx]  Philippe Joubert, Senior Advisor to the WBCSD, speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

[xxxi]Carbon Disclosure Project (2014) Global Corporate Use of Carbon Pricing – Disclosure to Investors,

https://www.cdp.net/CDPResults/global-price-on-carbon-report-2014.pdf

[xxxii]David Hone, Shell Climate Change Advisor, speaking at the international conference ‘Towards a Global Carbon Market – Prospects for Emissions Trading’, hosted by the German Ministry of Environment, 11-12 April 2013

xxxiv INDC Tracker, hosted by Carbon Pulse, http://carbon-pulse.com/indcs/

[xxxiv]       José Manuel Entrecanales Domecq, CEO of Acciona, speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 21 May 2015

[xxxv]        Gar Lipow, November 2011, ‘CDM Still a Miserable Failure’, Grist, http://grist.org/article/2011-11-14-cdm-still-a-miserable-failure/

[xxxv]       The top corporate package at Solutions COP21 is €250,000, according to a pdf brochure which has since been taken  offline

[xxxix]       WBCSD Perspective on the 2015 Climate Change Agreement, WBCSD website, accessed 27 October 2015, http://www.wbcsd.org/Pages/EDocument/EDocumentDetails.aspx?ID=16324&NoSearchContextKey=true

[xl]     Sustainable Brands, September 2015, ‘Climate Week: B Team Reminding Business, World Leaders of Undeniable #BusinessCase for Net Zero’, http://www.sustainablebrands.com/news_and_views/brand_innovation/sustainable_brands/climate_week_b_team_reminding_business_world_lead

[xli]    UNFCCC, press release, July 2015, Figueres welcomes scientists’ call for long term climate direction, http://newsroom.unfccc.int/unfccc-newsroom/leading-scientists-call-for-long-term-climate-vision/

[xlii]   Shell, (2013), New Lens Scenarios: A shift in perspective for a world in transition, http://s01.static-shell.com/content/dam/shell-new/local/corporate/Scenarios/Downloads/Scenarios_newdoc.pdf  and David Hone, Climate Change Advisor for Shell, June 2015, Four Demands for Paris, http://blogs.shell.com/climatechange/2015/06/fourdemands/

[xliii]  Biofuelwatch, (2011) Biochar: A Critical Review of Science and Policy, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/Biochar-Report3.pdf

[xliv]  Fuss et al. (2014) ‘Betting on Negative Emissions’, Nature Climate Change, 4, pp. 850-853

[xlv]   Action Aid (2015) Caught in the Net: How ‘net zero emissions’ will delay real climate action and drive land grabs, http://www.actionaid.org/sites/files/actionaid/caught_in_the_net_actionaid.pdf

[xlvi]  For more information, see the Carbon Trade Watch website, for example, Double Jeopardy: Carbon Offsets and Human Rights Abuses, September 2009, http://www.carbontradewatch.org/multimedia/video/carbon-connection/double-jeopardy-carbon-offsets-and-human-rights-abuses.html

[xlvii] Carbon Brief, February 2015, The 15 options for net-zero emissions in the Paris climate text, http://www.carbonbrief.org/briefing-the-15-options-for-net-zero-emissions-in-the-paris-climate-text/

[xlviii]        AD HOC WORKING GROUP ON THE DURBAN PLATFORM FOR ENHANCED ACTION, Version of 23 October 2015@23:30hrs, Draft agreement and draft decision on workstreams 1 and 2 of the Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action, available at http://unfccc.int/files/bodies/application/pdf/ws1and2@2330.pdf

[xlix]          Oliver Gedin, (2015), ‘Ensuring the Quality of Scientific Climate Policy Advice’, SWP Comments, 30, Stiftung Wissenschaft und Politik http://www.swp-berlin.org/fileadmin/contents/products/comments/2015C30_gdn.pdf

[l]       Out of the three large-scale injection projects, scientists have confirmed significant unexpected fractures in two of those geological formations, with one scheme abandoned because the pressure from CO2 injections had made the formation unstable. Biofuelwatch (2012) BECCS: Climate saviour or dangerous hype?, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/BECCS-report.pdf

[li]      Biofuelwatch (2012) BECCS: Climate saviour or dangerous hype?, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/BECCS-report.pdf

[lii]     Naomi Klein, The Guardian, September 2014, The hypocrisy behind the big business climate change battle, http://www.theguardian.com/environment/2014/sep/13/greenwashing-sticky-business-naomi-klein

[liii]    http://www.oilandgasclimateinitiative.com/

[liv]    http://www.energy-transitions.org/

[lv]     CEO, (2015), Power of Car Industry Lobby Makes Scandal Inevitable, http://corporateeurope.org/power-lobbies/2015/09/power-car-industry-lobby-makes-scandal-inevitable  

[lvi]    FAO, ‘About Climate Smart Agriculture’, accessed 28 October 2015, http://www.fao.org/climatechange/climatesmart/en/

[lvii]   Yara, March 2015, ‘Pushing climate smart agriculture’, http://yara.com/media/news_archive/pushing_climate_smart_agriculture.aspx

[lviii]  Yara, March 2015, ‘Pushing Climate Smart Agriculture’, http://yara.com/media/news_archive/pushing_climate_smart_agriculture.aspx

[lix]    CGIAR, (2013), Climate-smart agriculture success stories from farming communities around the world, https://ccafs.cgiar.org/fr/node/47008#.VgEIEX1dckk 

[lx]     Climate Summit 2014, ‘Climate Summit Launches Efforts Towards Food Security for 9 Billion People by 2050’, press release, September 2014, http://www.un.org/climatechange/summit/wp-content/uploads/sites/2/2014/05/AGRICULTURE-PR.pdf

[lxi]    GRAIN, (2014), Food Sovereignty: 5 steps to cool the planet and feed its people, https://www.grain.org/article/entries/5102-food-sovereignty-5-steps-to-cool-the-planet-and-feed-its-people

[lxii]   La Via Campesina and GRAIN, (2015), Seed laws that criminalise farmers, Resistance and Fightback, http://viacampesina.org/en/images/stories/pdf/2015-Seed%20laws%20booklet%20EN.pdf

[lxiii]  For more information, see the Carbon Trade Watch website, for example, Double Jeopardy: Carbon Offsets and Human Rights Abuses, September 2009, http://www.carbontradewatch.org/multimedia/video/carbon-connection/double-jeopardy-carbon-offsets-and-human-rights-abuses.html

[lxiv]  La Via Campesina, ‘Don’t turn farmers into ‘climate smart’ carbon traders!, press release, November 2013, http://viacampesina.org/en/index.php/actions-and-events-mainmenu-26/-climate-change-and-agrofuels-mainmenu-75/1515-climate-summit-don-t-turn-farmers-into-climate-smart-carbon-traders

[lxv]   Civil society statement, september 2015, ‘Don’t be Fooled! Civil society says no to “climate smart agriculture” and urges decision-makers to support agroecology’, http://www.climatesmartagconcerns.info/cop21-statement.html

[lxvi]  Open Letter from Civil Society on the Global Alliance for Climate-Smart Agriculture, July 2014, http://www.climatesmartagconcerns.info/open-letter.html

[lxvii] Journey to Paris: Climate Smart Agriculture at COP21, 9 December, organised by Climate-Kic, http://www.climate-kic.org/events/journey-to-paris-climate-smart-agriculture-at-cop21/

[lxviii]        For a full overview of Yara’s activities and the role of the fertiliser industry see GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxix]  GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxx]   US Energy Information Administration, July 2015, ‘New methanol and fertilizer plants to increase already-growing industrial natural gas use,’ http://www.eia.gov/todayinenergy/detail.cfm?id=22272&src=email

[lxxi]  For a full overview of Yara’s activities and the role of the fertiliser industry see GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxxii] GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxxiii]        For more information see http://www.pinocchio-awards.org/

[lxxiv]        CEO (2012), Citizens coalition or industry front group? Covert lobbying for shale gas enters European Parliament, http://corporateeurope.org/climate-and-energy/2012/11/citizens-coalition-or-industry-frontgroup-covert-lobby-shale-gas-enters

[lxxv] Yara employs LOGOS Public Affairs, EPPA, and The Brussels Office; ExxonMobil employs Burson Masteller, G Plus, Interel European Affairs, Fleishman-Hillard, Landmarks, Edelmam; information extracted from Lobbyfacts.eu on 8 November 2015, http://lobbyfacts.eu/

[lxxvi]        CEO (2015), The Revolving Doors Spin Again, http://corporateeurope.org/revolving-doors/2015/10/revolving-doors-spin-again#Potočnik

[lxxvii]       CEO (2015), Dirty Hands on Dirty Deals, http://corporateeurope.org/sites/default/files/dirtydeals_small.pdf

[lxxviii]      For more information, see http://kickbigpollutersout.org/

[lxxix]        Hans Joachim Schellnhuber, quoted in the Guardian, July 2015, ‘Fossil fuel industry must ‘implode’ to avoid climate disaster, says top scientist’, http://www.theguardian.com/environment/2015/jul/10/fossil-fuel-industry-must-implode-to-avoid-climate-disaster-says-top-scientist

 

[lxxx] Climate Home, May 2015, ‘Stop demonising oil and gas companies, says UN climate chief’, http://www.climatechangenews.com/2015/05/26/stop-demonising-oil-and-gas-companies-says-un-climate-chief/

Après la lapidation d’une jeune afghane, “Comment ne pas croire que demain ce sera notre tour ?”

How can we believe to morrow isn’t our turn? in Global Voice

Cet article devait trouver sa place dans les échanges du site Global Voice, il a été écrit avant les attentats de Paris et la traduction en français est restée en suspens à cause de la sensibilité du thème dans un tel contexte Mais il faut le publier, il faut que le plus de personnes possible lisent ce qui est le sort des femmes afghanes aux prises avec un des systèmes patriarcaux les plus mortifères de la planète. Au-delà des considérations socio-religieuses, politiques ou culturelles, il semble qu’on peut simplement se demander comment les règles de ce patriarcat permettent d’ôter, au nom de l’honneur et du pouvoir aveugle des hommes sur toutes les femmes, la vie à un individu dans des conditions aussi terribles. La souffrance, la lenteur de la mort donnée, la vue des blessures et le bruit des chocs sur les os… comment une créature peut-elle s’adonner à une telle fête de la barbarie ?

Avertissement : cet article contient des images choquantes 

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Une image de la vidéo de RFE/RL montrant une jeune femme lapidée à mort.
Fin octobre, une jeune Afghane accusée d’adultère a été lapidée à mort à Firozkho, capitale de la province de Ghor. Une courte vidéo, obtenue par Radio Free Europe, montre la jeune femme, identifiée sous le nom de Rokhshana, enterrée jusqu’au cou et hurlant pendant que des hommes lui jettent des pierres en chantant ” Il n’existe pas d’autre Dieu qu’Allah “. (Avertissement : séquence extrêmement perturbante).
“Rokhshana a été contrainte d’épouser un vieil homme contre sa volonté et elle a été lapidée après avoir été surprise en train de fuir avec un autre homme dans la province de Ghor” a dit à Tolo News le Général Mustafa, chef de la police de la province de Ghor après la lapidation du 25 octobre.
La Gouverneure de la province Seema Joyenda — une des deux seules femmes gouverneures d’Afghanistan – dit que la famille de Rokhsana l’a mariée contre sa volonté.
“L’homme qui s’est enfui avec elle a été puni d’une façon très clémente et n’a subi aucune violence physique” ajoute-t-elle, “c’est le premier incident dans cette zone et ce ne sera pas le dernier “.

The stoning to death of 19 year old Afghan girl Rokhshana is a reminder of the old Afghan proverb “Women are made for homes or for graves”.

— Saif Rahman (@SaifRRahman) November 6, 2015

La lapidation à mort de Rokhashana, jeune afghane de 19 ans, est un rappel du proverbe afghan : “Les femmes sont faites pour la maison ou pour la tombe”.

Un officiel local, Mohammad Zaman Azimi, blâme les talibans, qui contrôlent le village où la lapidation a eu lieu.

Le quotidien local 8 am affirme que l’ordre de lapidation de Rokhshana a été donné par un religieux, Mollah Yosuf, qui lui avait demandé plusieurs fois d’épouser son frère malgré son refus constant. Abdul Hai Khatibi, le porte-parole du gouverneur de la province dit que le rejet du frère de Yosuf par Rokhsana était la cause directe de la lapidation.

Selon des recherches menées par 8 am, Rokhshana était une jolie femme mais n’avait étudié que jusqu’en 6ème. C’était le deuxième fois qu’elle s’enfuyait de son domicile à cause d’un mariage arrangé.

La première fois elle s’est enfuie avec un homme qu’elle aimait quelques mois après avoir été forcée par sa famille à épouser un homme riche de la localité.

Cependant, ils n’eurent pas d’autre possibilité que de retourner dans leur village après que la famille du mari eut menacé la famille de Nabi et les eut pris en otage. Quand elle revint, son mari n’était plus intéressé par le fait de l’épouser et s’était marié avec sa sœur.

Néanmoins les aînés du village ont interdit à Rockhshana et Nabi de se marier.

Les tribulations de Rockhshana ont continué. Un homme de 55 ans a offert à son père une énorme somme d’argent pour pouvoir l’épouser. Bien qu’elle ait refusé et ait averti son père qu’elle s’enfuirait de nouveau, il a accepté cette proposition.

Elle mit sa menace à exécution, cette fois en s’enfuyant avec Gul Mohammad, fils d’un homme puissant du village. Tandis que Rokhshana était lapidée à mort, Gul recevait une punition plus légère de 100 coups de fouet et était renvoyé chez lui.

Le Président Ashraf Ghani a déclaré la lapidation non-islamique et criminelle et a ordonné une enquête approfondie sur ce fait-divers.

Les députés ont aussi condamné . Fawsia Koofi, une femme-députée de Badakhshan, qui avait fait campagne sans succès pour l’élection à la présidence en 2014 a dit : “Depuis les débuts de ce nouveau gouvernement, c’est le deuxième crime le plus horrible dans l’histoire humaine”. En mars, une jeune femme, Farkhunda, avait été battue à mort puis brûlée par une foule en colère à Kaboul- suivant de fausses accusations selon lesquelles elle aurait brûlé le Coran.

When you see #Rokhshana‘s stoning video, you hate yourself as a man, you hate yourself as a human being.

— Muhib Shadan (@muhibshadan) November 5, 2015

Quand vous regardez la vidéo de la lapidation de Roskhana, vous vous haïssez en tant qu’homme, vous vous haïssez en tant qu’être humain.

La vidéo de deux minutes – vraisemblablement réalisée sur le téléphone portable d’un témoin oculaire – a entraîné un flot de critiques sur les médias sociaux.
L’incident a déclenché l’indignation contre les politiciens passifs ainsi que contre les religieux extrémistes.
Un utilisateur de Facebook a commenté sous la vidéo dans laquelle des arlementaires condamnent la lapidation :

Vous, politiciens inutiles continuez de parler comme toujours. Honte sur vous tous !

La nouvelle horrible de la lapidation de Rokhshana coïncide avec le succès de Maryam Monsef à l’élection au Parlement canadien. Mme Monsef, une réfugiée née en Afghanistan, est la Ministre des institutions démocratiques dans le nouveau cabinet jeune et diversifié du Premier ministre Justin Trudeau.

 

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Rokhshana (largement partagé)

Les usagers des médias sociaux afghans ont comparé la vie de ces deux femmes afghanes en protestation contre les nouvelles lois liées à la violence contre les femmes dans l’ère post-talibans.

Les féministes se sont levées en nombre afin de chercher à rendre justice à Rokshana. Le 6 novembre, elles ont publié un memorandum dans lequel elles demandent au gouvernement d’effectuer une enquête sérieuse, en identifiant les personnes qui ont ordonné la lapidation.

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Des femmes de Kaboul protestent contre la mise à mort de Rokhshana.

 

Beaucoup, cependant, considèrent ces actions comme inefficaces.Les cas de Farkhunda et de Rokhshana ont amené les femmes afghanes à douter que leurs vies, sans parler de leurs libertés puissent être garanties en Afghanistan.

This girl #Rokhshana was stonned in #Afghanistan. How can we believe tommorow is not our turn? pic.twitter.com/a6R4hbJULN

— Estagidia (@SmyAmazon) November 5, 2015

Cette fille, #Rokhshana a été lapidée en #Afghanistan. Comment ne pas croire que demain ce sera notre tour ?

Un usager de Facebook commente :

Comment est-ce possible que quelqu’un prenne une pierre et la lance sur une femme à moitié enterrée ? Comment pouvoir vivre avec soi-même après avoir fait ça ?

Le code pénal afghan ne reconnaît pas la lapidation. Cependant, en 2013, quelques religieux extrémistes de la Chambre basse ont tenté de la légitimer.

Heureusement pour les femmes afghanes, la pression internationale a forcé le Président d’alors, Hamid Karzai, à rejeter cette proposition et à la remplacer par une ” détention prolongée” pour punir l’adultère.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

 

CONGO : DECLARATION CITOYENNE DU 13 NOVEMBRE 2015.

Lettre au Président

Friends of the Congo

 

Avis aux participants au « Dialogue politique » : la ligne rouge que le Peuple ne permettra pas de franchir, sous aucun prétexte.

DECLARATION CITOYENNE DU 13 NOVEMBRE 2015.

1 – Alors que la convocation du « dialogue politique » annoncée il y a de cela plusieurs mois par le Président Joseph Kabila semble enfin imminente, nous, les signataires de la présente déclaration ;

2 – Convaincus de refléter dans la présente déclaration l’opinion et la détermination de l’immense majorité silencieuse de nos concitoyens ;

3 – Reconnaissant le droit pour le président de la République de convoquer un « dialogue politique » lorsqu’il l’estime nécessaire, et celui pour tout Congolais d’y participer, à condition de ne pas s’écarter du strict cadre de notre Pacte républicain qu’est la constitution du 18 février 2006 ;

4 – Préoccupés par les nombreux obstacles à la préparation et la tenue effective d’élections libres, crédibles et inclusives dans le respect des délais constitutionnels ; obstacles manifestement créés, entretenus ou aggravés par les institutions de la République elles-mêmes ;

5 – Tenons à rappeler au président de la République, à l’ensemble de la classe politique congolaise, ainsi qu’à tous ceux qui prendront part à ce « dialogue » trois points précis sur lesquels notre Peuple n’acceptera jamais que l’on transige, à aucun prix et sous aucun prétexte, à savoir :

  1. La révision ou la modification de la constitution du 18 février 2006 : le « dialogue » qui pourrait bientôt être convoqué par le Chef de l’Etat ne doit en aucun cas servir à « légitimer » une quelconque révision ou modification de la constitution du 18 février 2006, par référendum ou par toute autre voie, comme cela s’est récemment produit avec le soi-disant « dialogue de Sibiti » au Congo-Brazzaville voisin. Certes, la constitution actuelle est loin d’être parfaite (surtout après la malheureuse révision du 9 janvier 2011), mais le temps n’est plus en même favorable, et les circonstances ne sont pas propices pour se donner le luxe d’y retoucher afin de préserver la démocratie que tous avons accepté d’entamer au travers le référendum qui avait consacré ce texte de force exécutoire pour la vie de la nation;
  2. L’alternance à la tête de l’Etat : le 21 décembre 2016 au plus tard, les Congolais veulent et attendent fortement la prestation de serment d’un nouveau président de la République, en remplacement du président actuel qui aura alors achevé son second et dernier mandat constitutionnel. Notre peuple ne permettra aucune excuse pour ne pas respecter rendez-vous historique. Si le « dialogue » entrevu peut permettre de lever les obstacles à la tenue d’élections crédibles, inclusives, apaisées, et respectueuses des délais constitutionnels, devant conduire à cette alternance politique historique, ce sera tout à l’honneur de son initiateur et des participants.
  • L’actualisation préalable du fichier électoral avec notamment l’enrôlement de tous les Congolais en âge de vote : des millions de Congolais ont atteint l’âge de 18 ans depuis le dernier enrôlement des électeurs en 2011. Ils ont le même droit irréfutable que n’importe quel autre Congolais de participer au processus électoral en cours. L’Etat doit absolument s’assurer qu’ils sont enrôlés et participent pleinement aux prochaines élections comme tous les autres citoyens, et le dialogue en vue ne doit en aucun cas permettre de dérogation à cette exigence.

6 – Nous mettons fortement en garde le président de la République, la classe politique dans son ensemble, et tous les participants à ce « dialogue » contre tout « compromis » qui aurait pour but ou pour conséquence de toucher à l’actuelle constitution, ou d’empêcher l’alternance politique au sommet de l’Etat en 2016, ou encore de priver les « nouveaux majeurs » de leur droit de vote.

7 – Pareil compromis signifierait pour notre peuple la rupture pure et simple du Pacte républicain et l’obligerait à user de tous les moyens légitimes pour reprendre sa souveraineté, conformément à l’article 64 de la constitution du 18 février 2006. Bien entendu, ceux qui s’aventureraient dans une quelconque compromission sur les questions sus évoquées seraient tenus pour comptables des conséquences devant notre Peuple et devant l’histoire.

8 – Nous mettons le président de la République, la classe politique et tous les participants à ce « dialogue » devant leur conscience et les appelons instamment à épargner au pays une nouvelle crise inutile.

Enfin, nous appelons les citoyens congolais à rester éveillés et mobilisés pour préserver la démocratie dans notre pays, quel que soit le prix à payer.

Fait à Kinshasa, le 13 novembre 2015.

 

Les signataires :

 

 

Notice to the attendees to the « Political dialogue » : the red line the People won’t allow to be crossed, under no pretext.

Citizen Declaration of November the 13th 2015.

1 – While the « political talks » notification announced many months ago by President Joseph Kabila seem to be at last pending, we, signatories of the present statement;
2 – Convinced to reflect in the present statement the opinion and determination of our fellow citizens’ silent vast majority;
3 – Recognizing the right of the President to summon a « political dialogue » when he considers it necessary, and for all Congolese to participate, provided they do not deviate from the strict framework of our republican pact that is the constitution of 18 February 2006;
4 – Concerned by the many obstacles to the preparation and actual holding of free, credible and inclusive elections in accordance with the constitutional deadlines; manifestly created , maintained or aggravated by the institutions of the Republic themselves;
5 – Like to remind the President of the Republic,  and all the Congolese political class as well as all those who take part in this « dialogue »  three specific points on which our people will never accept that we compromise, at any price and under any circumstances, namely:

The revision or the amendment of the constitution of February 18, 2006: the « dialogue » that would soon be summoned by the Head of State must under no circumstances be used to « legitimize » any revision or modification of the constitution of February 18, 2006, by referendum or by any other way, as happened recently with the so-called « dialogue Sibiti » in the neighbouring Congo – Brazzaville. Certainly the present constitution is far from perfect (especially after the unfortunate revision of January 9, 2011), but the time is not the same, and the circumstances are not conducive to give themselves the luxury of touching itself so as to preserve the democracy that we all have agreed to enter into through the referendum that had dedicated this text executor forces for the life of the nation ;
The alternation at the head of the State: 21 December 2016 at the latest, the Congolese people want and expect strong swearing of a new President, replacing current President who will then have completed its second and last constitutional term. Our people will not allow any excuse for not respecting this historic rendezvous. If the foreseen « dialogue » can help remove obstacles to the holding of credible, inclusive, calmed, respectful of the constitutional deadlines, leading to an historic political change, it will be to the credit of its initiator and participants.
The prior update the electoral register including the enlistment of all Congolese in voting age: millions of Congolese have reached the age of 18 since the last registration of voters in 2011. They have the same irrefutable right than any other Congolese to take part in the current electoral process. The state must absolutely ensure that they are enrolled and fully participate in the forthcoming elections as any other citizens, and the dialogue in sight in order should in no case allow for derogation from this requirement. 6 – Nous mettons fortement en garde le président de la République, la classe politique dans son ensemble, et tous les participants à ce « dialogue » contre tout « compromis » qui aurait pour but ou pour conséquence de toucher à l’actuelle constitution, ou d’empêcher l’alternance politique au sommet de l’Etat en 2016, ou encore de priver les « nouveaux majeurs » de leur droit de vote.
6 – Such a compromise would mean for our people the sheer breach of the Republican Pact and would require him to use all legitimate means to regain its sovereignty, in accordance with the article 64 of the constitution of 18 February 2006. Of course, those who would venture in any compromise on the issues mentioned above would be held accountable for the consequences before our people and before history.
7 – We put the President, the political class and all participants in this « dialogue » in front of their conscience and call them urgently for saving the country a new unnecessary crisis.
Finally, we call for the Congolese people to remain alert and mobilized to preserve democracy in our country, whatever might be the cost.
Done at Kinshasa, November 13, 2015.

L’Index d’opacité financière [ Financial Secrecy Index] Par le Tax Justice Network

Document fourni par Tax Justice Network à partir de recherches sur les paradis fiscaux et le calcul du taux d’opacité financière.

Introduction 

L’Indice d’opacité financière [Financial Secrecy Index] évalue les juridictions suivant leur opacité et l’échelle de leurs activités extraterritoriales. Un classement politiquement neutre est un outil pour comprendre l’opacité financière mondiale, les paradis fiscaux, les juridictions de l’opacité ainsi que les flux financiers illégaux et les fuites de capitaux.

Cet index a été établi le 2 Novembre 2015

2015 Classement de l’opacité
1. Suisse
2. Hong Kong
3. USA
4. Singapoour
5. Les îles Caïman *
6. Luxembourg
7. Liban
8. Allemagne
9. Bahreïn
10. Les Emirats arabes unis (Dubaï)
11. Macao
12. Japon
13. Panama
14.  Les Îles Marshall
15. Le Royaume Uni *
* Territoires britanniques outre-mer ou appartenant à la couronne. Si les territoires britanniques étaient rassemblés, ils seraient au sommet de la liste.

Voir l’index complet ici  

De la lumière dans des coins sombres

Une somme approximative de 21 à 32 milliards de richesse financière privée est localisée, non imposable ou très légèrement imposé, dans des juridictions  opaques autour du monde. «  Des juridictions opaques » un terme que nous utilisons souvent comme alternative à un autre terme fiscal plus largement utilisé de paradis fiscaux, le “ secret ”, l’opacité, est utilisé pour attirer des  flux financiers illégitimes, illicites ou abusifs.

Des flux financiers transfrontaliers illicites ont été estimés à 1 à 1,6 milliards par an, éclipsant les 135 millions environ octroyés à l’étranger par l’aide américaine. Depuis 1970, les pays africains à eux seuls ont perdus plus de 1 milliard  en fuite de capitaux quand les dettes externes combinées s’élèvent à moins de 200 millions.  L’Afrique est donc un créditeur majeur pour le monde – mais ses atouts sont entre les mains d’une élite riche, protégée par le secret  offshore alors que la dette est supportée par la large masse de la population africaine.

Cependant, tous les pays riches souffrent aussi. Par exemple, des pays européens comme la Grèce, l’Italie, le Portugal ont été presque mis à genoux par des décennies d’évasion fiscale et par le pillage des caisses de l’état à travers le secret offshore.

Une industrie mondiale s’est développée, impliquant les plus grosses banques mondiales, des pratiques légales,  des cabinets d’audit et  des professionnels experts qui organisent et vendent des structures financières opaques offshore pour leurs clients cherchant à échapper aux impôts et à la loi. La «  compétition »  entre les juridictions afin de fournir des facilités de détournement fiscaux, tout particulièrement depuis que l’ère de la mondialisation financière a démarré en 1980,  est devenue une figure centrale des marchés financiers mondiaux.

Le problème dépasse de loin celui des impôts. En fournissant le secret, le monde offshore corrompt et contrefait les marchés et les investissements, leur donnant une forme n’ayant rien à voir avec l’efficacité.  Le monde du secret financier crée une serre criminogéne pour de multiples maux dont la fraude, la fraude fiscale, la fuite hors de la régulation financière, les détournements de fonds, les délits d’initiés,  la corruption, le blanchiment d’argent et de nombreux autres.  Il offre pour ses initiés de multiples moyens  d’extraire la richesse au dépend des sociétés, créant l’impunité politique et compromettant le sain contrat «  pas d’imposition sans représentation » qui est à la base de la croissance des états-nations modernes responsables.  De nombreux pays les plus pauvres, privé de système d’imposition et soumis à l’hémorragie de capital par les  juridictions du secret financier s’appuient sur les aides financières des pays étrangers.  Ceci fait tort aux citoyens des pays riches comme aux pays pauvres.

Quelle est la signification de cet index ?

 

En identifiant les plus important pourvoyeurs d’impunité fiscale internationale,  l’Index de secret financier [Financial Secrecy Index ] révèle que les stéréotypes traditionnels des paradis fiscaux sont mal fondés.  Les pays qui fournissent le plus important secret financier, exhibant le pillage de biens ne sont pas principalement de petites îles bordées de palmiers comme nombreux les supposent mais certains parmi les plus gros et les plus riches pays.  Les pays les plus riches de l’OCDE et leurs satellites sont les destinataires principaux ou les canaux de ce genre de flux illicites.

Les implications pour la politique mondiale sont clairement gigantesques. Et aident à expliquer pourquoi depuis tant d’années, les efforts internationaux pour réduire les paradis fiscaux et le secret financier ont été aussi inefficaces.  Ce sont les destinataires de ces flux gigantesques qui établissent les règles du jeu.

Cependant, notre analyse révèle également que les choses ont récemment commence à évoluer réellement.  La crise financière mondiale et la crise économique qui a suivi, combinées à un activisme récent  et à la mise à jour de ces problèmes par les acteurs de la société civile et par les médias, de même que les inquiétudes de plus en plus fortes quant à l’inégalité dans beaucoup de pays ont créé un ensemble de conditions politiques sans parallèle dans l’histoire. Les politiciens du monde ont été forcés de prendre en compte les paradis fiscaux. Pour la première fois depuis que nous avons créé notre index pour la première fois en 2009, nous pouvons dire que quelque chose est sur la voie d’un changement. Les leaders mondiaux évoquent maintenant régulièrement le fléau  de l’opacité financière et des paradis fiscaux et mettent en place de nouveaux mécanismes pour faire face à ce problème. Pour la première fois les pays du G 20 ont mandaté l’OCDE afin qu’elle mette au point un nouveau système d’échange d’information mondial afin d’aider les pays à enquêter  sur les biens transfrontaliers de leurs contribuables et criminels. Ce projet est maintenant  introduit, avec les premières informations échangées en 2017.

Cependant bien sûr ces projets sont pleins de failles et de défauts : beaucoup de pays projettent de ne manifester qu’un intérêt de pure forme, et encore – et beaucoup cherchent activement à compromettre les progrès, avec l’aide des infrastructures professionnelles  complices. L’édifice du secret financier mondial a été affaibli mais il demeure tout à fait vivant et hautement destructive. En dépit de ce que vous avez pu lire dans les medias, le secret bancaire Suisse est loin d’être mort.  Sans la pression politique  durable de millions d’individus, le terrain acquis pourrait se perdre.

La seule façon réaliste de faire face à ces problèmes dans leur ensemble est de les attaquer à la racine : en se confrontant directement au secret financier offshore et aux infrastructures mondiales qui l’ont créé. Un premier pas vers cet objectif est d’identifier aussi précisément que possible les juridictions qui  font leur mission de fournir le secret  financier extra-territorial.

Voici qu’est le FSI. C’est le produit d’années de recherche détaillée par une équipe dévouée et qui ne ressemble à rien d’autre sur la place. Nous sommes aussi en possession de rapports unique, soulignant les histoires offshore des plus gros acteurs de ce jeu.

Cliquer ici pour le classement complet.

Pour d’autres question, cliquer ici. 

Qu’est ce que l’Indice de secret financier [Financial Secrecy Index] ?

L’Indice de secret financier de 2015 se concentre sur 93 juridictions, y compris plusieurs n’étant pas généralement considérées comme des paradis fiscaux comme la Chine, la France, l’Allemagne et le Japon.

Les juridictions du secret financier mettent au point de lois et des systèmes qui fournissent le secret légal et financier à d’autres, ailleurs. Notre index montre qu’il n’existe pas de ligne précise entre «  la juridiction du secret financier «  ou du « paradis fiscal » et les autres. Elles existent sur un large spectre.

Le FSI mesure deux choses, une qualitative et une quantitative.

La mesure qualitative considère les lois et régulations de chaque juridiction, les traités internationaux etc., pour évaluer à quel point elle est secrète. Il lui est attribué un score de secret : plus le score est élevé, plus la juridiction est secrète.

La deuxième mesure, quantitative, y attache un coefficient afin de prendre en compte la taille de la juridiction et son importance générale dans le cadre du marché mondial des services financiers.

Nous expliquons ce coefficient ici, détaillons complètement notre méthodologie ici, et fournissons tous les détails sur la façon dont nous calculons chaque indices de secret ici (lien absent)

 

Un rapport pour chaque pays.

Chaque juridiction a également deux rapports indépendants qui lui sont associés. Le premier, le rapport par pays fournit un coup d’œil sur cette juridiction, éclaire ses plus importantes caractéristiques dans une perspective de secret financier.  Pour chacune des plus grandes juridictions, nous avons aussi écrit des rapports détaillés spéciaux considérant l’histoire politique de la transformation de cette juridiction en centre financier offshore. Ici, http://www.financialsecrecyindex.com/jurisdictions/jr  une liste des rapports par pays.

Le second, les rapports  de données accompagnent le rapport par pays et sont prévus pour des recherches détaillées. Ils contiennent un panel plus large de variables et de données relevées dans chaque juridiction, avec des sources et des références détaillées : toutes les données sous-jacentes nécessaires pour établir le rapport par pays  plus beaucoup d’autres détails, y compris des citations des organisations internationales sur la régulation fiscale, financière et  sur le blanchiment d’argent. Une liste complète du rapport des données ici. 

Bien que la méthodologie du classement 2015 du FSI soit à peu près la même que celle de 2013; nous avons l’avons resserrée et mise à jour sous plusieurs aspects et nous y incluons plus de juridictions ( 93 au lieu de 82 en 2013). Il est donc demandé de la prudence à l’égard  de toute comparaison ou classement pour tout pays entre les deux indices.

Le FSI est fondamentalement différent des classements qui se concentrent sur l’identification de la corruption ou des problèmes de gouvernement au sein des pays. C’est ce qui le rend unique. Parce que le cœur du trafic de la juridiction du secret financier est typiquement ce qui facilite les activités criminelles et abusives ailleurs, dans un monde de mouvements  financiers mondiaux, cela n’aurait pas de sens pour nous de ne nous centrer que sur ce qui se produit au sein de chaque juridiction. Le secret financier se doit d’être analysé à partir d’une perspective mondiale.

Le FSI 2015 classe les juridictions les plus à blâmer pour fournir du secret financier et offre des conseils pour une action globale.

Traduction Elisabeth Guerrier

Document fourni par Laurent Di Vincenzo

En Russie, nombre des manifestations en hausse, selon une étude

Texte intégral traduit ici : in Global VoicesSaint Petersburg, Russia. 24th February 2014 -- Riot police detain participants of unauthorized rally in support eight anti-government protesters who were arrested after a march in Moscow on the 6th of May, 2012 got real prison sentence by Moscow court. -- About 300 people gather in support eight anti-government protesters who were arrested after a march in Moscow on the 6th of May, 2012 and were convicted today for real prison sentence by Moscow court.

Des manifestants arrêtés à Saint Saint-Pétersbourg,  en Février 2014, lors d’un rassemblement en soutien aux prisonniers de Bolotnaya  Photo de Yury Goldenshtein pour Demotix.

Les Russes élèvent la voix dans leur critique des autorités, selon les résultats d’une étude de suivi effectuée par le Comité des initiatives civiques. Pendant la première moitié de l’année 2015 (du 1er janvier au 30 juin), l’activité protestataire enregistrée par les spécialistes en Russie a augmenté de 15 % par rapport à la première moitié de 2014.

Le Comité des initiatives civiques répertorie les tensions socio-économiques et politiques dans chaque région de Russie et utilise les articles publiés sur les manifestations publiques dans le médias et les agences de presse pour évaluer le niveau de la contestation. A côté des manifestations, les sociologues, les chercheurs en sciences politiques et les économistes du comité classent également les régions en fonction de leur statut économique (salaires, bénéfices, aide sociale) et du contexte politique interne (système politique local et événements).

Les actions enregistrées comptent les “manifestations politiques” mais aussi les questions sociales, le droit du travail, les transports et autres questions urbaines ainsi que les questions environnementales. Les chercheurs notent que les sujets politiques l’ont emporté sur les sujets extérieurs ou de politique internationale en 2015 (y compris le conflit ukrainien), tandis que les questions sociales sont demeurées aussi importantes pour les Russes en 2015 qu’elles l’étaient il y a un an.

Alexey Titkov, un chercheur de la haute école d’économie et l’un des auteurs de ce rapport a dit à l’agence d’information RBC que l’augmentation de 15 % était un chiffre relatif. “Ce n’est pas comme si nous avions compté le nombre de personnes participant à chaque manifestation,” a dit Titkov,  “l’augmentation du volume de manifestations signifie simplement que cette année, les régions ont vu une augmentation du nombre de leurs manifestations et que les gens montrent leur désaccord sur certaines questions plus fréquemment et se font entendre plus. Ces deux indicateurs ont été ajoutés à notre analyse.”

“Probabilité de manifestations par régions en Russie” Infographie de l’agence d’information RBC.

Ce tableau réalisé par RBC présente les humeurs contestataires et les activités par région et montre où les manifestations sont supposées se produire durant telle période. Les zones inscrites en rouge sombre – les régions de Moscou, Saint Saint-Pétersbourg, la région de Novossibirsk et celle de Zabayakalsky – sont en tête sur la liste des régions les plus susceptibles de voir des manifestations.

Dans de nombreuses régions russes, il n’y a pas de tradition de réaction à des politiques sociales insatisfaisantes par des manifestations, a dit le politologue Alexandre Kynev, un des co-auteurs de cette étude. Au contraire, a-t-il expliqué à RBC, les réactions prenaient plus la forme de vote de protestation, quand les citoyens vont aux urnes pour y montrer leur insatisfaction à travers leur vote. Le rapport conclut que la montée générale du sentiment de protestation conduira aussi à une augmentation des votes-sanction dans les 38 régions où vont se tenir des élections en décembre 2016. Et, si les administrations locales tentent d’exercer des pressions administratives pour étouffer la contestation au sein de électeurs, ceci pourrait entraîner les protestations à se répandre dans les rues.

En dépit de l’accroissement des réactions de protestation en Russie, les experts du Comité des initiatives  civiques ne discernent pas encore de prétexte à des manifestations de masse comme celles qui eurent lieu en 2011 après les élections à la Douma d’Etat. Bien que l’étude n’ait pas tenté d’établir des prévisions sur les probabilités de manifestations socio-économiques de masse, Titkov explique que les groupes de protestataires en région en raison de l’insatisfaction quant à leur statut socio-économique, et les groupes qui ont manifesté lors de l’Hiver du Mécontentement en 2011 et 2012 ne se recouvrent pas vraiment, et qu’il est donc improbable que des manifestations de masse de même ampleur puissent se produire pour des raisons économiques.

Le Comité pour les initiatives civiques est une organisation bénévole russe qui se décrit elle-même comme “une union non-politique de professionnels de l’économie, des sciences, de l’éducation, de la santé de la culture et d’autres sphères de la vie” travaillant pour le développement de la Russie. Elle a été fondée en 2012 par Alexeï Koudrine, ancien ministre russe des finances de 2000 à 2012, et un certain nombre d’autres personnalités du monde politique et de la société civile.

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter 

 

In The News  3 Novembre 2015

Une étude de grande envergure sur les symptômes de la dépression, concernant plus de trois mille patients récuse les critères utilisés pour le diagnostic des dépressions majeures dan le dernier Diagnostic and Statistical Manual (DSM-5) [Manuel diagnostic et statistique]. Les systèmes actuels de diagnostic sont basés sur l‘hypothèse que les symptômes de la dépression pointent vers une « maladie » commune sous-jacente, mais la recherche suggère que ce cadre théorique peut être dépassé et trop simplifié.

«  Nous devons cesser de penser la dépression comme une maladie qui peut causer un nombre de symptômes interchangeables” dit l’auteur de l’initiative Dr. Eiko Fried à Medical Press

« La dépression est un système de symptômes inter-agissants extrêmement hétérogènes. Et certains de ces symptômes peuvent être beaucoup plus importants que les autres. »

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Quand ils évaluent une dépression majeure chez un patient, les médecins utilisant le DSM-5 s’appuient sur neuf symptômes. Ces critères négligent plusieurs autres symptômes qui apparaissent dans les évaluations de la dépression standard, comme le sentiment de punition, qu’on trouve par exemple dans le Beck Depression Inventory (BDI) [Inventaire de la dépression de Beck]. De plus, les essais cliniques du DSM-5 révèlent que le diagnostique de dépression majeure est un des diagnostics les moins fiables en pratique, signifiant que le diagnostic ne peut pas être appliqué d’une façon cohérente par différents médecins dans différents cadres.

Fried et ses collègues tentent d’envisager la dépression à partir d’une nouvelle perspective, la considérant comme une toile de symptômes reliés les uns aux autres et connectés causalement qui se renforcent les uns les autres dans «  des réseaux hautement stables – auxquels il est difficile d’échapper. » «  Par exemple, l’insomnie peut conduire à l’épuisement, qui à son tour peut provoquer des problèmes de concentration qui se répercutent sur l’insomnie. »

À partir de cette perspective, ils ont cherché à identifier la « centralité » de différents symptômes associés à la dépression. Ils se sont référés aux réseaux sociaux afin d’expliquer comment fonctionne la «  centralité » : «  Si une célébrité ou un journal important partage des informations sur Twitter, celle-ci va vraisemblablement se répandre rapidement et largement sur les réseaux sociaux. Une personne de la périphérie avec peu de connexions a beaucoup moins de chance d’avoir un impact sur ces réseaux. Dans le cadre de la dépression, l’activation d’un symptôme hautement central signifie que des impulsions vont se répandre à travers le réseau et activer un grand nombre d’autres symptômes, alors qu’un symptôme périphérique est moins pertinent dans la perspective de systèmes dynamiques parce qu’il a moins de moyens d’influencer le réseau. »

L’idée de « centralité » comporte des critères opposés au diagnostic actuel. Par exemple, le DSM65 recommande un diagnostic de dépression majeure si le patient cinq ou plus des neuf symptômes, à partir du moment où au moins l’un d’entre eux est ou bien «  l’humeur dépressive » ou «  l’intérêt diminué ». dans ce modèle, le nombre de symptômes que le patient exhibe a plus d’importance que la façon dont les symptômes individuels sont «  centrés » ou signifiants.

Pour analyser la centralité des symptômes liés à la dépression, Fried et son équipe de chercheurs ont ré-analysé les données de l’étude supportée par le NIH (National Institute of Health) [Institut national pour la santé], Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression (STAR*D) [Traitements alternatifs classés pour soulager la dépression]. Ils ont évalués vingt-huit différents symptômes rapportés par les participants et ils ont analysé leurs connexions. Le résultat fût un réseau d’interconnexions de symptômes groupés ensemble dans plusieurs «  nœuds ». D’une façon intéressante, les symptômes que le DSM utilisait comme critère de dépression majeure n’étaient pas plus centraux que des symptômes ne figurant pas dans le DSM.

« Ceci implique que les symptômes figurant dans le DSM|-5 ne sont pas plus appropriés comme indicateurs de dépression que des symptômes non-DSM et que des symptômes particuliers (présents à la fois dans les symptômes DSM et non-DSM) peuvent revêtir une importance particulière. » écrivirent-ils. Dans leur conclusion ; les auteurs défient l’intégrité des critères du DSM et soutiennent que « les symptômes particuliers figurant dans le DSM semblent plus basés sur l’histoire que sur les preuves. » mais ils préviennent que leur étude «  ne devrait pas être comprise comme étant une critique du DSM qui a déjà pris  de sérieux coups ces dernières années. » Au lieu de cela, ils écrivent que leur but est « d’encourager les chercheurs et les cliniciens à commencer de penser à l’importance des symptômes individuels et à leurs associations, et à évoluer au-delà des symptômes spécifiques listés dans le DSM. »

Fried résume la nouvelle perspective ainsi :

 « La dépression n’est pas comme, disons, la rougeole. Quand vous avez la rougeole, vos symptômes aident le docteur à trouver quelle est la maladie les sous-tendant. Mais une fois que le diagnostic est porté, ça n’a pas vraiment d’importance de savoir quel possible symptôme vous avez manifesté ou non. Traiter la maladie elle-même fait les fait disparaître tous. La dépression est plus compliquée. Ce n’est pas une infection ni une maladie du cerveau spécifique. Il n’y a pas de traitement facile, pas de médicaments qui font disparaître les symptômes. À la place, nous pouvons concentrer nos efforts de traitement sur les symptômes menant la dépression du patient. »

 

Fried, E. I., Epskamp, S., Nesse, R. M., Tuerlinckx, F., & Borsboom, D. (2016). What are’good’depression symptoms? Comparing the centrality of DSM and non-DSM symptoms of depression in a network analysis. Journal of affective disorders189, 314-320. (Abstract) 

Justin Karter, News Editor

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Les tests génétiques commercialisés par les psychiatres ne sont pas validés par la recherche. Traduction Mad in America

Il s’agit d’une sorte de course contre la montre. Sont en lice deux visions de l’homme et de sa “nature”et parallèlement à ces deux visions une dynamique de profits colossaux dans le contexte d’une psychiatrie biocomportementaliste. Les médications déjà en usage comme réponse unique psychophysiologique aux troubles répertoriés et générés par le DSM américain sont en train de céder la place aux approches psychogénétiques dans le contexte d’une recherche financée par les lobbies pharmaceutiques et appliquée comme panacée à toute manifestation de malaise. Il va de soi que se questionne là le rapport à la norme et à la conscience de soi par rapport aux critères intégrés faisant office de moi idéal mais aussi la réponse causale biochimique ou biogénétique qui fait de l’humain un morceau de chair muette. Le mouvement de psychiatres et de psychothérapeutes de Mad in America tente de se lever cotre cette lobbyisation du marché de l’angoisse et contre la vision réductrice et univoque de la santé mentale qu’elle décline. EG

Test génétique commercialisé aux psychiatres pas pris en charge par la recherche

Dans Les Nouvelles 5 Octobre 2,015

Avec l’explosion des essais Génétiques et l’Emergeance du Champs de la pharmagénétique, les patients PEUVENT Maintenant passer les tests de l’ADN et des recommandations de receive Médicaments psychotropes Personnalisées Qui conviennent à Leur profil génétique. Dans un éditorial du dernier numéro du J ournal des maladies nerveuses et mentales, le psychiatre de l’Université de Columbia Robert Klitzman prévient Que les cliniciens doivent être Les Avertis des Limites des tests de CES Génétiques Qui Leurs Sont Vendus.

«Teste PLUSIEURS sont maintenant Vendus aux psychiatres, les bases sur les analyses des Marqueurs Génétiques trouvés associés à des samples Variés de patients aux Profils Psychiatriques.» Écrit Klitzman. «Mais la réplicabilité et l’Utilité clinique de tests CES Sont Limités.»

Des Compagnies Privées PEUVENT Légalement Développer des tests de CES et les vendre Directement aux psychiatres Sans Avoir à démontrer Leur effectivité OU Avoir Reçu l’approbation de la FDA (Food and Drugs Administration) «La loi Qui AUTORISE la vente de tells teste une controverse déclanché de juin, en partie Parce Que Les Agences Fédérales NE PEUVENT habituellement Se engager Dans la surveillance après-vente de tests de de CES. »

Klitzman Ajouté bureaux de ventes directes aux Qué Praticiens PEUVENT Être particuliérement Problématiques Dans CE CAS de voiture Nombreux médecins «Ont juin Compréhension limitée de la génétique et PEUVENT Fait accepteur Plutôt Que de Questionner les affirmations de CES Compagnies.»

Par exemple, de Nombreux essais are ACTUELLEMENT commercialise, Qui affirment Que des Marqueurs genetiques were identifie Qui sont identifie COMME ETANT Associés AVEC CERTAINS Diagnostiques Psychiatriques. Cependant, Klitzman Souligne Que les conditions de la santé mentale Sont influencées par bien Plus que la génétique et de PEUVENT survenir Circonstances de la vie et des interactions interpersonnelles et Environnementales. »

Malheureusement la commercialisation Semble trabalho. Klitzman Rapporté Qué 41,6% des psychiatres rapportent Avoir patients non sollicités Ayant les verser essai non génétique et que14% Ont Ordonné test de CE.

COMME CES essais Génétiques gagnent en utilisation et en visibilité, le  Nouveau Centre Angleterre Investigative Reporting  (Necir) Apporte Que «la recherche Derriére Eux is rare, incomplète et biaisée ous Le Potentiel versez les conflicts d’Intérêts enormes.» Le sujet de Leur enquête, UN HOMME DU Vermont was convaincu PAR SES Médecins de essais de bureaux de passants et A Fini suicidaire avant d’être institutionnalisé bien mérité Avoir Suivi CES recommandations.

En savoir plus:

Plus de mal que de bien? L’utilisation de tests génétiques de santé mentale a augmenté rapidement. Mais la preuve qu’ils travaillent sont rares. Beth Daley | Nouveau Centre Angleterre Investigative Reporting

*

La nécessité d’une vigilance dans la commercialisation de tests génomiques en psychiatrie. Klitzman RJ Nerv Ment Dis.2015 PTOM; 203 (10): 809-810. PMID: 26421971 (Résumé)

Justin Karter, Nouvelles éditeur

Traduction Elisabeth Guerrier

Monsanto et les compromissions des universitaires nord-américains

These emails show Monsanto leaning on Professors to fight the GMO PR war

 

A travers une correspondance suivie, révélée par Mother Jones, entre les relations publiques de Monsanto et de la biotechnologie et certains éminents universitaires sollicités pour accorder leur soutien et promouvoir les arguments d’innocuité des  produits GMs, nous retrouvons les stratégies des lobbies du tabac et du sucre, qui se sont appropriés, pour des motifs et avec des  conséquences diverses, le soutien d’universitaires et de chercheurs de renom afin de contrer les campagnes médiatiques condamnant leur toxicité et les mettant en cause. Il apparaît une nouvelle fois clairement que la science et ses représentants sous couvert d’objectivité, peuvent s’aliéner aux idéologies et se faire, consciemment ou non, manipuler par les forces économiques prêtes à tout afin d’influencer les choix politiques les protégeant et de maintenir et d’ouvrir leurs marchés.

Ces emails montrent que Monsanto s’appuie sur les Professeurs d’université pour mener la guerre des relations publiques du GMO.

—By Tom Philpott

 

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Flammulated/iStockphoto

Dans une récente pour une production à succès, le blockbuster de Eric Clipton  du New York Time a pu jeter un coup d’œil à une cache massive d’emails privés entre de proéminents universitaires scientifiques et les cadres et les relations publiques de l’industrie des OGM. Ces emails sont apparus à travers un barrage de controverses  du Freedom of Information Act exigé par l’organisation du droit de savoir [Right to Know]  qui est financé par l’association anti-corporations   assez décousue des Organic Consumers Association.

En plus de la correspondance découverte par l’USTRK, Lipton a utilisé le FOIA pour accéder à ces emails, montrant des liens très serrés entre l’ancien chercheur de l’Université de l’état de Washington Charles Benbrook ainsi que des compagnies de nourriture bio comme la compagnie appartenant aux fermiers de production laitière Organic Valley. Lipton a peint un portrait fascinant de la place occupée par les universités publiques dans les relations publiques et la guerre du lobbying entre l’agrochimie des semences OGM et l’industrie de l’alimentation bio.

«  Je comprends et apprécie votre besoin que je sois complètement transparent  et je suis complètement conscient que votre indépendance et votre réputation doivent être protégées » écrit un représentant des relations publiques de Monsanto aux Professeurs.»

Mais cet extrait aussi excellent qu’il soit, peut en fait sous-évaluer l’ampleur avec laquelle Monsanto, d’autres compagnies biotechnologiques et leurs groupes commerciaux et relations publiques de pointe embauchées pour l’occasion, on put s’appuyer sur des universitaires sympathisants comme sur des fantassins dans la bataille que l’industrie mène contre les régulateurs et les critiques.

Voici quelques éclairages qui ne sont pas parus dans The Times. Bien qu’il n’y ait pas de preuve spécifique permettant de suggérer que Monsanto a payé les Professeurs pour leur activité et que beaucoup parmi eux ont déclaré avoir atteint leurs conclusions indépendamment, la correspondance est néanmoins intéressante.

  • En Août 2013

Dans un email à neuf éminents universitaires, l’engagement stratégique de Monsanto conduit Eric Sachs à soumettre un plan : que le groupe   « rédigera de courtes notes sur des sujets importants dans l’arène de la biotechnologie agricole », choisis « à cause de leur influence sur les décisions politiques, sur la régulation des semences OGM et sur l’adhésion des consommateurs. » Sachs a assuré aux Professeurs que le projet serait mené discrètement. « Je comprends et apprécie votre besoin que je sois complètement transparent et je suis complètement conscient que votre indépendance et votre réputation doivent être protégées » écrit-il. Deux entités externes –  un groupe financé par l’industrie appelé l’American Council on Science and Health et une équipe de relations publiques appelée CMA – « organiseront le processus de production de ces notes techniques », « coordonneront les mises en ligne sur les sites web et leur promotion », et «  vendront » ces notes en les transformant en « éditoriaux, posts de blogs, engagements verbaux, évènements, webminars etc. »

L’organisation de cette troisième partie est «  un élément important » a ajouté l’exécutif de Monsanto «  parce que Monsanto veut que les auteurs communiquent librement sans lien avec Monsanto ».

  • En Décembre 2014

Le website zélé pro-biotechnologies Genetic Literacy Project sort un article rédigé par un Professeur  qui ressemble remarquablement à ceux présentés par Sachs, bien que l’investissement de Monsanto n’y soit pas révélé.  Par exemple, Calestous Juma, un professeur à la Harvard Kennedy School fût une de ceux à qui s’est adresse la lettrer de Sachs, de Monsanto, ce mois d’Août 2013. Dans celle-ci, Sachs expose sept thèmes et en suggère chacun d’entre eux à un ou deux de ses correspondants. Voici ce que Sachs avait en tête pour Juma :

Les conséquences du rejet des cultures OGM  Calentous Juma

Contexte : explorer les problèmes et les conséquences à la fois dans les pays développés et en voie de développement qui mènent au rejet ou aux barrières à l’adoption des techniques de cultures et d’alimentation OGM au niveau des agriculteurs, des consommateurs et du pouvoir décisionnel. Comprendre la combinaison de paradigmes, y compris la résistance politique et celle des consommateurs, la sécurité alimentaire, les craintes pour la santé publique, les soucis touchant la biodiversité et la sécurité biologique, les régulations restrictives et le manque d’information (ou l’existence d’une désinformation) à propos des droits de propriété intellectuelle qui créent des barrières à l’acceptation des OGM. Détailler les conséquences, y compris les impacts sur les rendements, les revenus par ménage, la sécurité alimentaire et les impacts sociaux, ainsi que ceux touchant l’usage des pesticides, des risques sanitaires dus à l’exposition aux pesticides et sur la biodiversité qui en résultent.

Titrée «  Risques globaux dus au rejet de l’agriculture biotechnologique »,  la contribution  de Juma, dont il dit qu’elle est basée sur un livre qu’il a écrit en 2011 – ressemble de près à la demande de Sachs pour une défense robuste des OGM comme rempart contre la faim dans le monde en voie de développement. ( Mercredi, le Boston Globe   faisait référence à l’article de Juma, en le décrivant comme «  un article largement diffusé l’an passé, en faveur des OGM, écrit à la demande du géant des semences Monsanto, sans révéler ses connexions. ») Dans son email, Sachs recommande à Peter Philips, un Professeur de politique à l’Université canadienne de Saskatchewan d’écrire à «  propos de la régulation pesante des graines et de la nourriture OGM » Son article,  sur le site web du Genetic Literacy Project est intitule :  « Conséquences économiques de la régulations des OGM. »

Dans le cas de Davis Shaw de l’état du Mississipi et de Tony Shelton de Cornell, Sachs a suggéré un article défendant les semences génétiquement modifiées  pour tuer les insectes et résister aux herbicides.  Leur article de Genetic Literacy Project intitulé : « Les gènes verts : des avantages durables des céréales tolérantes aux herbicides et résistantes aux insectes » fait exactement ça.

« J’apprécierais votre prise en considération de proposition d’un blog portant sur la sécurité et la santé des biotechnologies à Web MD, est-ce envisageable ? » a demandé un représentant de Monsanto à un Professeur.

Pour Kevin Folta – de l’Université de Floride – un des points sur lequel se concentre l’article du New York Time   – Sachs envisageait un article sur « rendre les activistes responsables  pour leur opposition aux OGMs. » Dans son article  du  GLP, Folta tempête contre « ceux qui  lancent des campagnes agressives contre des technologies existantes qui ont démontré leurs avantages pour les agriculteurs, l’environnement, le consommateur et les pauvres enfermés dans le déficit alimentaire. »

  • Une autre universitaire célèbre

Qui s’avère entretenir des liens serrés avec l’industrie est Nina Fedoroff, un Professeur émérite de biologie à Penn State, Professeur de biosciences à l’Université du Roi Abdullah des sciences et technologies d’Arabie saoudite et ancienne conseillère en chef en sciences et technologies de la Secrétaire d’état Condoleeza Rice et d’Hillary Clinton. Le Times note que le Professeur émérite de l’Université de l’Illinois Bruce Chassy a déployé un « effort d’un mois afin de persuader l’agence de protection de l’environnement [Environmental Protection Agency] d’abandonner sa régulation serrée des pesticides utilisés   dans les semences résistantes aux insectes. »

Mais il n’a pas fait mention du rôle déterminant que Fedoroff a de toute évidence joué dans cette champagne, qui, comme le rapporte le Times, a culminé quand Chassy  a « finalement organisé un meeting à l’E.P.A, avec l’aide des lobbies de l’industrie et que l’agence a abandonné cette proposition. » Il s’avère que Fedoroff a assisté à cette réunion selon un email du 17 Octobre. Selon l’email de Chassy, la causerie charnière avec l’EPA a été organisée par Stanley Abramson, un lobbyiste de l’industrie bien connu et Adrianne Massey qui est directrice générale des sciences et de la réglementation à la Biotechnology Industry Organization (BIO) , un groupe commercial auquel Monsanto et d’autres firmes de l’agriculture biotechnologique appartiennent.   Le rôle de Fedoroff dans la campagne d’obtention du soutien de la régulation des OGM par l’EPA n’a pas été confiné à ce meeting « étonnement productif ». Chassy rapporte dans un email à Massey le 19 Août 2011 qu’il a travaillé « avec Nina pendant un mois, apportant de nombreuses révisions » à un éditorial qui a paru dans le NYTimes en Août  2011. L’article, uniquement signé par Fedoroff se plaint que  l’APA veuille collecter encore plus d’informations sur les semences génétiquement modifiées » et conclut « que le gouvernement doit arrêter de réguler les modifications génétiques pour lesquelles n’existent aucune preuves scientifiques de dangerosité. »

 

Karen Batra, directrice de la communication pour Biotechnology Industry Organization, demande des conseils à Chassy sur la façon de « répondre à un article critique des OGM publié dans The Atlantic», « Pour la plupart d’entre nous, gens de la communication, la science est loin au-dessus de nos têtes et une réponse appropriée devra avoir une sorte de défense scientifique » écrit-elle « en d’autres termes, BIO écrivant une lettre disant simplement « la nourriture biotechologique est saine n’estpas une réponse suffisante ici. »

« Je suis ravie de torpiller cette stupidité » dit un Professeur à un responsable des relations publiques de Monsanto qui lui a demandé de peser dans la controverse à propos de recueils critiques des OGMs »

Elle ajoute qu’un groupe nommé IFIC – vraisemblablement la fondation financée par l’industrie biotechnologique   International Food Information Council Foundation – avait « aussi [envoyé] un email de masse demandant aux lecteurs d’intervenir dans les commentaires de la page de l’[article de l’Atlantic] Batra demande aux scientifiques ou bien de « poster eux-mêmes un commentaire sur la page ou de nous fournir le point de vue d’un scientifique en haut de l’affiche que nous pourrions utiliser dans une lettre à l’éditeur » Chassy a répondu à l’email de Batra avec une analyse détaillée des points de vue de l’article.

de Sachs de chez Monsanto révèle que Chassy s’« engage, sur un post d’un blog du Huffington Post à ma demande » – dans un débat avec un commentateur anti-OGM, pour lequel il cherche la contribution d’employés de Monsanto.

A un certain point, Chassy a répondu favorablement à la demande de Monsanto de se rendre en Chine pour parler lors d’un séminaire, sans a voir idée du thème ou de l’audience. Voici la réponse de Chassy le 24 Janvier 2012 : «Vous m’avez initialement demandé si je pourrais aller en Chine et y faire ce que j’ai fait en Corée. Vous vouliez savoir si j’étais disponible et m’avez ditque vous m’expliqueriez plus tard. Une chose ayant conduit à une autre, je m’y rends donc mais nous n’avons en fait jamais évoqué la mission en Chine. Où est-ce que je parle ? A qui ? Pendant combien de temps ? Et plus important, quel est le sujet et a-til un sujet assigné ? Que se passe-t-il vraiment et quelles sont les questions figurant entre les lignes ? Connaître les réponses à toutes ces questions m’aiderait à planifier une intervention. Pouvons-nous parler avant que je commence à rédiger un discours ? »

Sachs a répondu :  «Veuillez m’excuser pour l’absence d’informations. Cette situation m’est apparue tard dans le processus et j’étais focalisé sur la recherche du meilleur expert tiers [ie non Monsanto] qui pourrait parler sur le thème des évaluations de sécurité  dans les produits untilisant des RNAI [ Interférence  Acide RiboNucléique]  [un sujet que je discute ici  ] »

« Monsanto Chine travaille avec l’ association des biotechnologies agricoles chinoises [Chinese Agricultural Biotech Association pour héberger le séminaire. » continue Sachs, « le but est de préparer la voie pour l’agréement de l’importation pour les produits de la biotechnologie en Chine.»

Chassy soumis plus tard un brouillon de sa présentation aux officiels de Monsanto avant l’évènement. [ Voir l’échange ici ] « par dessus tout, tout le monde est ravi de la façon dont la présentation s’est déroulée.» répond un employé de Monsanto, indiquant qu’ « il y avait quelques changements mineurs apportés au texte et qu’ils étaient indiqués en rouge. » ainsi que « quelques commentaires auquels vous devrez répondre » Chassy répondit en cherchant plus d’informations : « Merci pour les critiques. Ils ont soulevé un nombre de bons points. J’ai attaché un dossier de formulations contenant les réponses à leurs commentaires. Il en reste un certain nombre qui restent irrésolus et pour lesquelles de nouveaux termes pourraient ou non répondre aux critiques évoquées par les relecteurs. S’il vous plaît veuillez à ce que chaque relecteur fasse une seconde lecture.»

Adressé à Kevin Folta de l’Université de Floride, Lisa Drake de Monsanto écrit que « durant ces derniers six mois nous avons travaillé dur afin d’intégrer du tiers frais –ie des personnes non affiliées à Monsanto- afin d’incorporer du matériel actuel et frais sur les OGMs dans le site web MD. Á la remarque : « J’apprécierais que vous considéreriez la possibilité de soumettre un blog sur la santé et la sécurité des biotechnologies au site web.» Elle ajoute, « Pouvez-vous penser à insérer le mot « étiquettage» quelque part dans votre contenu afin de permettre la sélection des algorithmes .» Folta a répondu : « Je suis content de faire ça et vais produire quelque chose d’ici peu. » ( Folta dit qu’il n’a finalement jamais écrit le post en question.)

  • Et le 28 Janvier 2015

Un employé de la firme de relations publiques Ketchum, écrivant « au nom du Conseil de Biotech Information », un groupe fondé par Monsanto et compagnies de biotechnologies inclut Folta dans un email collectif pointant l’objet d’une autre controverse brûlante. Un éditeur a indiqué qu’il « mettrait à jour un ouvrage de science de Sixième qui présente quelques avantages des semences OGMs ». Pire, « d’autres maisons d’édition considèrent le fait de remplacer tout contenu pouvant être catalogué de pro-OGM.» Elle demande à qui le souhaite de répondre à cette crise du manuel scolaire. « Je suis excité à l’idée de torpiller cette stupidité » répond Folta à la joie du correspondant de Ketchum, « C‘est le meilleur email que j’ai reçu de la journée. [smiley emoticon] Merci! Je vous tiens au courant dès que nous avançons dans cette perspective. »

 

TOM PHILPOTT

Correspondant Alimentation et agriculture

Tom Philpott est le correspondant Alimentation et agriculture de Mother Jones ; Pour plus de ses articles cliquez ici :  http://www.motherjones.com/authors/tom-philpott Pour le suivre sur  Twitter, cliquez là : https://twitter.com/tomphilpott RSS | TWITTER

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

 

Privatiser l’apocalypse Richard Krushnic et Jonathan King

Après une présentation rédigée par Tom Engelhart que nous avons souhaité garder, Richard Krushnic et Jonathan King nous convient à découvrir les dessous de cet énorme entreprise qu’est la maintenance, la conception et le stockage de l’armement nucléaire aux USA. Des sommes phénoménales, toutes évidemment issues des impôts de l’Amérique sont allouées à des entreprises et à des sous-traitants d’un des projets de destruction massive les plus radicaux que la planète ait connu. Fonds dont personne ne connaît effectivement le montant et qui se voient reconduits par les poussées régulières des lobbies qui achètent le Congrès. Dans une obscurité quasi totale, organisée et maintenue opaque par les corporations se prépare l’apocalypse.EG

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Privatizing the Apocalypse 

Krushnic and King, Le complexe nucléaire multi-national

Ils ont dirigé les compagnies les plus profitables de l’histoire et, pour le dire franchement, ils sont en train de détruire la planète. Dans le passé, étant donné l’obsession terroriste des USA, je les avais nommé « terraristes ». Je fais référence, bien sûr, aux CEO des compagnies de la « grosse énergie », qui lors de ces dernières années ont tout fait pour trouver de nouveaux  moyens d’exploiter chaque réservoir d’énergie fossile imaginable sur la planète et de le remettre dans l’atmosphère sous forme d’émissions de dioxyde de carbone. Une chose est sûre : tout comme les responsables des compagnies de tabac, de l’industrie du cuivre  ou des équipements d’amiante  l’ont fait avant eux, ils savent ce que leur attirance pour les méga-profits signifie pour nous. – regardons la saison des incendies dans l’ouest de l’Amérique cette année. Et pour nos enfants et petits-enfants. Si vous pensez que le monde fait face en ce moment à un afflux important de réfugiés, attendez juste que les sécheresses soient plus sévères  et que les inondations  des zones côtières  augmentent. 

Comme je l’ai écrit en 2013 avec ces trois industries, les résultats négatifs sont arrivés comme par hasard des années, voire des dizaines d’années après l’exposition et ont donc été difficiles à connecter avec elle. Chacune d’entre elles savaient qu’il existait un lien. Chacune utilisa le fait que le temps en était déconnecté  comme protection. Une différence : si vous étiez un cadre de l’industrie du tabac, du cuivre ou de l’amiante, vous pouviez faire en sorte que vos enfants ou vos petits-enfants ne soient pas exposés à vos produits. Sur le long terme, il n’y a pas ce choix quand il s’agit des industries fossiles et du CO2, car nous vivons tous sur la même planète  (bien qu’il soit aussi exact que les nantis des zones tempérées ne seront vraisemblablement pas les premiers à souffrir)

D’une façon assez remarquable, comme Richard Krushnic et  Jonathan King le mettent en évidence aujourd’hui, les profits amassés par un autre groupe de chefs d’entreprise sont tout autant liés à des façons intimes de potentiellement détruire la planète (au moins en tant qu’environnement habitable pour l’humanité et pour d’autres espèces) et des dizaines de millions de personnes. Ce sont les exécutifs qui dirigent les compagnies qui développent, assurent la maintenance et modernisent notre arsenal nucléaire et, tout comme les compagnies de l’énergie, utilisent leurs lobbies et leur cash pour constamment pousser Washington vers toujours plus de la même chose. Un jour, en regardant en arrière, les historiens (s’il en existe encore)  considéreront, sans doute possible, les activités de ces deux groupes comme les exemples ultimes de la criminalité. Tom.

Privatiser l’Apocalypse

Comment les compagnies de l’armement nucléaire réquisitionnent vos impôts 

Richard Krushnic et Jonathan Alan King 

Imaginons pour un moment une véritable absurdité : quelque part aux USA, les opérations hautement lucratives d’un panel d’entreprises sont basées sur la possibilité que tôt ou tard notre voisinage sera détruit et que vous et vos voisins vous serez anéantis. Et pas seulement vous et vos voisins mais d’autres individus et leurs voisins à travers toute la planète. Que penserions-nous de telles compagnies ?  De tels projets ?  Et des méga-profits tirés de tout cela ?

En fait de telles compagnies existent vraiment. Elles sont au service de l’industrie de l’armement nucléaire américain et du vaste arsenal, potentiellement destructeur de la planète, du Pentagone. Elles en tirent des profits massifs, leurs membres vivent des vies confortables dans notre voisinage et jouent des rôles actifs dans la politique de Washington. La plupart des Américains savent très peu sinon rien sur leurs activités et les médias ne se préoccupent que rarement d’enquêter sur elles et sur leurs profits, même si le travail qu’elles accomplissent est au service d’un futur apocalyptique au-delà de toute imagination.

Ajoutons à l’étrangeté de tout ceci une autre improbabilité. Les armes nucléaires ont été à l’affiche pendant des années et cependant l’attention actuellement est focalisée comme un projecteur sur un pays qui ne possède pas une seule arme nucléaire, et pour autant que puisse en témoigner  les services de renseignements américains, n’a montré aucun signe de sa volonté d’en construire une. Nous voulons parler, bien sûr, de l’Iran.

Par contre, presque jamais ne sont présents dans les nouvelles les arsenaux, eux parfaitement réels, qui pourraient faire des ravages sur la planète, tout particulièrement notre propre arsenal et celui de notre ancien ennemi, la Russie.

Dans le récent débat sur l’accord du Président Obama avec l’Iran et le fait de savoir s’il préviendrait ce pays de jamais développer son armement nucléaire, vous pouviez chercher partout afin de trouver une vraie discussion sur l’arsenal américain, même si le Bulletin of the Atomic Scientists estime qu’il comprend à peu près 4700 têtes nucléaires actives.  Ce qui inclut un large éventail de bombes et de missiles terrestres ou immergés. Si par exemple, un seul sous-marin nucléaire Ohio Class – et l’armée en a 14, équipés d’ogives nucléaires, devait lancer  ses 24 missiles Trident, chacun équipé de 12 mégatonnes de têtes nucléaires à cibles indépendantes, les villes principales de tout pays visé dans le monde pourraient disparaître et des millions de personnes mourir.

Bien sûr, les détonations et les incendies liés entraîneraient tant de fumée et de particules dans l’atmosphère que le résultat en serait un hiver nucléaire, déclenchant une famine mondiale et la mort possible de centaines de millions de personnes, y compris des Américains (où que soit tombé le missile). Cependant, comme dans un roman classique du Dr. Seuss, on devrait ajouter : ce n’est pas tout, oh, non, ce n’est pas tout ! En ce moment l’administration Obama projette d’investir un millier de milliards de dollars dans les 30 années à venir afin de moderniser et de mettre à jour les forces nucléaires américaines.

Étant entendu que l’actuel arsenal représente des capacités de tueries outrancières – il pourrait détruire de nombreuses planètes de la taille de la Terre aucune de ces dollars du contribuable en plus n’apportera aux Américains la moindre sécurité ou protection accrues.  Pour la sécurité de la nation, il importe peu que dans les années à venir, la précision de tir des missiles dont la tête détruirait complètement toute créature vivante dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres soit réduite de 500 à 300 mètres. Si une telle « modernisation » n’a aucune signification militaire évidente, pourquoi cette poussée pour des dépenses supplémentaires dans l’armement nucléaire ?

Un facteur signifiant dans la cagnotte du nucléaire américain passé régulièrement inaperçu : les corporations qui détiennent l’industrie nucléaire. Pourtant les pressions qu’elles sont à même d’exercer en faveur d’une augmentation constante des dépenses nucléaires sont radicalement sous-estimées dans ce qui est passé pour un « débat » sur le sujet.

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Privatisation du développement de l’armement nucléaire.

 

Commençons par ce simple fait : la production, maintenance et modernisation de l’armement nucléaire sont une source de profit pour ce qui est, dans son essence, un cartel. Ils ne font évidemment pas face à une compétition étrangère pour  les contrats, étant donné que ce que nous évoquons là est l’arsenal militaire américain et que les contrats offerts par le gouvernement sont protégés de la critique de l’audit par l’apparence de la sécurité nationale. En outre, le modèle affairiste utilisé  est celui du « coût ajouté », ce qui signifie que quel que soit le dépassement du coût comparé au devis initial, les entrepreneurs reçoivent un pourcentage de profit garanti au-dessus des coûts. De gros profits sont effectivement garantis, quels que soient le niveau d’inefficacité ou de surévaluation du coût que puissent concerner le projet. En d’autres mots, il n’est pas possible pour les entrepreneurs de perdre de l’argent sur leur travaux, qu’ils soient efficaces ou non. (Rien à voir donc avec le modèle de libre-échange de la production libérale)

Ces profits bien protégés et les firmes les amassant sont devenus un facteur majeur dans la promotion du développement de l’armement nucléaire, compromettant toute démarche de désarmement quelle qu’elle soit.  Des parties de ce processus devraient nous être familières bien sûr  puisque c’est une extension de la formule classique du Pentagone que l’économiste de l’industrie de l’Université de Columbia Seymour Melman a décrit d’une façon si frappante dans ses livres et ses articles. Une formule qui a produit  les infamies de marteau à 436 dollars et de cafetières électriques à 6322 dollars.

Etant donnés les processus et les profits, les entrepreneurs de l’armement ont un intérêt particulier à s’assurer que le peuple américain ait un sens aigu du danger et de l’insécurité  (même si ce sont eux qui sont devenus la source principale de danger et d’insécurité). Récemment la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires [International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN)] a produit un rapport frappant :   « Ne misez pas sur la bombe »  rendant compte des chefs d’entreprise les plus importants et de leurs investisseurs qui profiteront des améliorations à venir de l’armement nucléaire.

En fonction de la pénombre sur la sécurité nationale qui entoure les programmes d’armement nucléaires du pays, des audits authentiques sur les contrats de ces compagnies ne sont pas accessibles au public. Cependant, au moins les plus importantes compagnies profitant des contrats d’armement nucléaire peuvent maintenant être identifiées.  Dans le domaine des systèmes de distribution nucléaire – bombardiers, missiles et sous-marins – ceci inclus un nombre de noms de corporations familiers : Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, GenCorp Aerojet, Huntington Ingalls et Lockheed Martin. Dans d’autres secteurs comme la conception et la production, les noms en tête de liste sont moins connus : Babcock et Wilcox, Bechtel, Honeywell International, et URS Corporation. Pour les essais et la maintenance, les entrepreneurs comprennent Aecom, Flour, Jacobs Engineering et SAIC, les firmes qualifiées pour le ciblage et la guidance des missiles incluent Alliant Techsystem et Rockwell Collins.

Pour donner un bref aperçu des contrats : en 2014, ont été attribués à Bancock et Wilcox 76.8 millions de dollars pour l’amélioration des sous-marins Ohio Class. En Janvier 2013, il a été attribué 4,6 milliards de dollars  à General Dynamics Electric Boat Division afin de concevoir et de développer un sous-marin de dissuasion de la prochaine génération. Plus sur ce qui est su à propos de tels contrats d’armement peut être disponible dans le rapport de l’ICAN, qui identifie aussi les banques et autres institutions financières ayant investi dans les entreprises d’armement nucléaire.

Beaucoup d’Américains ignorant que la plupart de la responsabilité touchant le développement des armes nucléaires, leur production et leur maintenance ne dépend pas du Pentagone mais du département de l’énergie [Department of Energy, DOE] qui dépense plus en armement nucléaire que dans le développement de sources d’énergie renouvelables. Une des clefs du projet nucléaire du DOE est les laboratoires fédéraux où sont élaborés, construits et testés les armes nucléaires.  Il s’agit de Sandia National Laboratory  à Albuquerque Nouveau Mexique, du  Los Alamos National Laboratory (LANL) à Los Alamos, Nouveau Mexique, du Lawrence Livermore National Laboratories  de Livermore, Californie.  Ceux-ci, chacun à leurs tours, reflètent une tendance continue dans le secteur de la sécurité nationale, les sites dénommés «  GOCO » [Appartenant au gouvernement, dirigés par des exploitants / Government Owned, Contractor Operated]. Dans le cadre des laboratoires, ce système représente une privatisation des politiques de dissuasion nucléaire et des autres stratégies d’armement nucléaire. A travers leurs contrats avec URS, Badcock et Wilcox, l’Université de Californie et Bechtel, les laboratoires de l’armement nucléaire sont dans une certaine mesure privatisés. Le contrat de LANL à lui seul se monte à 14 milliards de dollars. De même le Savannah River Nuclear Facility, à Aiken, en Caroline du sud où les têtes nucléaires sont fabriquées, est dirigé à la fois par Flour, Honeywell International et Hutington Ingalls Industries. Carolina. Leurs contrats avec le DOE pour les opérations de 2016 se montent à environ 8 milliards de dollars. En d’autres termes, pendant ces années qui ont vu la montée des corporations de guerriers  et une privatisation significative de l’Armée américaine et des agences de renseignement,  on peut assister à un même processus dans le monde de l’armement nucléaire.

En plus des principaux fournisseurs d’armement nucléaire, on trouve des centaines de sous-traitants, dont certains dépendent de cette sous-traitance pour l’essentiel de leurs affaires. Chacun d’entre eux a de cent à plusieurs centaines d’employés travaillant sur ces composants particuliers ou ces systèmes et avec leur influence sur les communautés locales, ils aident à appuyer la modernisation du programme nucléaire par l’intermédiaire de leurs représentants au Congrès.

Une des raisons de la rentabilité pour lesquelles l’industrie de l’armement nucléaire est extrêmement profitable est que l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [National Nuclear Security Administration (NNSA)] responsable du développement et des opérations de l’armement nucléaire du DOE ne contrôle pas les sous-traitants, ce qui rend également difficile le contrôle des premiers fournisseurs. Par exemple, quand dans le cadre du projet de tutelle gouvernementale [Project on Government Oversight] une demande d’information a été faite auprès du service de l’acte de liberté d’information [Freedom of Information Act] auprès de Babock et Wilcox, le sous-traitant en charge de la sécurité au complexe nucléaire Y612 de Oak Ridge, Tennesse, la NNSA a répondu qu’elle ne détenait aucune information   sur ce sous-traitant. Babcock & Wilcox était responsable alors de la construction des équipements pour le traitement de l’uranium à Y-12. Ils avaient sous-traité le travail de conception avec quatre compagnies et avaient manqué de les superviser et de consolider leurs travaux. Ceci mena à une conception inhabituelle qui n’a été abandonnée que lorsque les sous-traitants eurent reçu 600 millions de dollars pour ce travail inutile.  Ce cas d’Oak Ridge, à son tour a déclenché un rapport au Congrès  du service de justification gouvernemental en mai dernier indiquant que de tels problèmes étaient endémiques dans le service de l’armement nucléaire du DEO.

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Les lobbies du nucléaire

 

Les impôts dépensés sur la maintenance et le développement de l’armement nucléaire sont une partie significative du budget de l’état. Bien que difficiles à évaluer avec précision, les coûts s’élèvent aux alentours de cent milliards de dollars. En 2005, le bureau gouvernemental des justifications [Government Accountability Office]  rapportait que même le Pentagone n’avançait pas de sommes très précises quand il s’agissait du prix des missions nucléaires, de même qu’il n’existe de budget autonome pour l’armement nucléaire d’aucune sorte de façon à pouvoir estimer les surcoûts. Analysant les budgets du Pentagone   et celui de l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [Department of Energy’s National Nuclear Security Administration] ainsi que des informations glanées dans les déclarations du Congrès, le centre d’étude pour la non prolifération [Center for Nonproliferation Studies] suggère que de 2010 à 2018, les USA dépenseront au moins 179 milliards de dollars  pour maintenir leur actuelle triade de missiles, bombardiers et sous-marins, associés à leur armement nucléaire, tout en commençant le processus de développement de l’armement nouvelle génération. Le bureau du budget du Congrès [Congressional Budget Office]  projette un coût de la force nucléaire s’élevant à  348 milliards de 2015 à 2024, c’est-à-dire de 35 milliards par an, qui seront dépensés par le Pentagone à hauteur de 227 milliards et par le département de l’énergie à hauteur de 121 milliards. En fait le prix de la maintenance et du développement de l’arsenal nucléaire est beaucoup plus élevé que celui de ces estimations. Si ces chiffres incluent la plupart de coûts immédiats de l’armement nucléaire et des systèmes de tirs stratégiques comme les missiles et les sous-marins, ainsi que la plupart des coûts du personnel militaire responsable de la maintenance, de l’opérationnel et de l’exécution des missions, ils ne comprennent pas de nombreuses autres dépenses, dont celles de la mise hors service et du traitement des déchets nucléaires impliqués dans le déclassement des armes nucléaires. De même qu’ils n’incluent pas les pensions et les assurances maladies qui couvriront leurs employés.  .

En 2012, un rapport d’un comité de haut niveau présidé par l’ancien Chef d’état-major des armées, le Général James Cartwright, concluait que  « aucun argument sensé n’a été avancé pour prouver que l’usage des armes nucléaires pouvaient être utilisés afin de résoudre aucun des problèmes majeurs que le 21ième siècle a à faire face [y compris] les menaces provenant d’états voyous, d’état renversés, de la prolifération, des conflits régionaux, du terrorisme, de la cyber-guerre, du crime organisé, du trafic de drogue, des migrations de masse de réfugiés dues aux conflits, des épidémies ou du changement climatique. En fait les armes nucléaires sont devenues plus une partie du problème qu’une solution. »

Sans étonnement, pour la liste des corporations investies dans le programme d’armement nucléaire, ceci n’a que peu d’importance. Ils mènent des actions de lobbying afin de supporter continuellement leurs contrats sur l’armement. Dans une étude de 2012 menée pour le centre de politique internationale [Center for International Policy],  « Bombes vs budget : au sein du lobby nucléaire », William Hartung et Christine Anderson rapportent que, pour les élections de cette année, les 14 principales entreprises ont donné presque 3 millions directement aux législateurs du Congrès.  Assez peu surprenant, plus de la moitié de cette somme est allée aux comités et comités adjoints qui supervisent les dépenses de l’armement nucléaire.   En 2015, l’industrie de la défense mobilisa une petite armée de 718 lobbyistes et distribua plus de  67 millions de dollars afin de faire pression  sur le Congrès pour obtenir une augmentation du budget général de l’armement.  Parmi les contributeurs les plus importants se trouvaient les corporations ayant des contrats d’armement nucléaires significatifs dont Lockheed Martin, Boeing et General Dynamics. Un tel  lobby pro-nucléaire est renforcé par la contribution et la pression de la part des compagnies fabriquant des missiles et les compagnies aériennes qui ne sont pas avant tout orientées sur le nucléaire. Certains des systèmes qu’elles produisent cependant, sont potentiellement à double usage (conventionnels et nucléaires), ce qui signifie qu’un programme nucléaire robuste augmente leurs profits potentiels.

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La pression continuelle des Républicains du Congrès pour des coupes  dans les programmes d’aides sociales est un mécanisme crucial qui assure que les impôts fédéraux seront disponible pour des contrats militaires lucratifs. En terme de qualité de vie (ou de mort),  ceci signifie que l’influence sous-estimée de l’industrie de l’armement nucléaire est singulièrement dangereuse. En échange des 35 milliards ou plus qui seront annuellement versés par le contribuable dans de tels armements afin de supporter les intérêts étriqués de d’un nombre modeste de compagnies, le dédommagement est la peur d’un avenir apocalyptique. Après tout, contrairement à la plupart des autres lobbies, celui de l’armement nucléaire et donc vos impôts, mettent la vie sur terre en danger d’extinction rapide, ou bien à la suite d’une destruction directe d’un holocauste nucléaire ou par la réduction radicale de la lumière du soleil atteignant la surface de la terre qui proviendrait de l’hiver nucléaire qui suivra pratiquement tout échange nucléaire. Pour le moment le complexe industrio-nucléaire est caché dans notre brouillard, ses budgets et ses financements protégés du regard public, ses projets à peine notés. C’est la bonne formule pour un désastre.

Jonathan Alan King est professeur de biologie moléculaire à MIT et Président du comité d’abolition du nucléaire [Nuclear Abolition Committee] du Massachusetts Peace Action. Il peut être contacté à  Jonking1@verizon.net. Richard Krushnic est un ancien responsable de prêts immobiliers et un analyste des contrats immobiliers et commerciaux au Department of Neighborhood Development de Boston. Il est actuellement investi dans le développement communautaire en Amérique latine et peut être joint à  rkrushnic@gmail.com

Traduction Elisabeth Guerrier

Le monde en garnison David Vine

David Vine, Our Base Nation

David Vine nous permet une nouvelle fois de découvrir la situation de guerre totale menée par les USA par l’intermédiaire de leur politique d’implantation militaire globale : pas moins de 800 bases militaires de par le monde, dont beaucoup aux frontières mêmes des pays supposés être les  « ennemis » potentiels contre lesquels se protéger.  Cachant cette stratégie délibérément impérialiste considérée comme un acquis politique, le discours est, depuis l’après-guerre, celui de la protection des populations nord-américaines et aucune position publique s’y opposant ou le contredisant n’est accessible aux contribuables qui continuent de payer des milliards de dollars pour des équipements et des forces humaines qui compromettent la possibilité d’une résolution des tensions par la négociation, endommagent les territoires occupés par ces bases et créent un état permanent de guerre dangereux pour les populations de la planète entière. E.G

 

Le monde en garnison

Comment les bases militaires US à l’étranger compromettent la sécurité nationale et nous font tort à tous. Par David Vine

Avec l’armée US ayant retiré la plupart de ses forces d’Irak et d’Afghanistan, beaucoup d’Américains seront pardonnés de ne pas être au courant que des centaines de bases militaires et des centaines de milliers de troupes US encerclent encore le globe. Bien que peu le sache, les US ont mis la planète en garnison comme aucun pays avant eux dans l’histoire et les preuves sont visibles du Honduras à l’Oman, du Japon à l’Allemagne, de Singapour à Djibouti.

Comme la plupart des Américains, pendant toute ma vie je n’ai que peu pensé aux bases militaires. L’universitaire et ancien consultant de la CIA Chalmers Johnson m’a décrit correctement quand il a écrit en 2004 que : « Contrairement à la plupart des peuples, la plupart des Américains ne reconnaissent pas – ou ne veulent pas reconnaître –   que les USA dominent le monde grâce à leur pouvoir militaire. A cause du secret d’état, nos citoyens ignorent souvent le fait que nos garnisons encerclent la planète. »

Et si les Américains pensent un tant soit peu à ces bases, ils supposent généralement qu’elles sont essentielles à la sécurité nationale et à la paix mondiale. Nos leaders l’ont prétendu depuis que la plupart ont été établies lors e la Seconde guerre mondiale et dans les premiers temps de la Guerre froide.  Le résultat est que nous considérons cette situation comme normale et que nous acceptons que les installations militaires existent en nombre incroyable dans d’autres pays, sur la terre d’autres peuples. D’un autre côté, l’idée qu’il puisse y avoir des bases étrangères sur le sol américain est impensable.

Bien qu’il n’y ait aucune base étrangère autonome localisée en permanence aux USA, il y a encore, selon le Pentagone, à peu près 800 bases US  en pays étrangers. 70 ans après la Seconde guerre mondiale et 62 ans après la Guerre de Corée, il y a encore 174 bases en Allemagne, 113 au Japon et 83 en Corée du Sud. Des centaines d’autres sont parsemées sur la planète, dans près de 80 pays, y compris en Aruba et en Australie, au Bahreïn et en Bulgarie, en Colombie, au Kenya et au Qatar, entre autres. Bien que peu d’Américains le réalisent, les Etats-Unis ont plus de bases dans des pays étrangers qu’aucun peuple, aucune nation ou qu’aucun empire dans l’histoire.

Assez curieusement cependant, les médias ne rapportent ou ne commentent que rarement sur cette question. Pendant des années, lors des débats sur la fermeture de la prison de la base de Guantanamo Bay à Cuba, pas le moindre commentateur ou politicien ne s’est demandé pourquoi, en premier lieu, les US avaient une base sur le territoire cubain ou n’a questionné le fait que nous en ayons une. Rarement entend-on poser la question de  notre besoin de ces centaines de bases outremer ou si, à un coût annuel de 156 milliards de dollars, les US peuvent se les permettre. Rarement entend-on quiconque se demander comment nous nous sentirions si la Chine, la Russie ou l’Iran construisant une seule base n’importe où près de nos frontières, sans parler de notre territoire.

« Sans envisager les dimensions de cette base militaire ceinturant le globe » insiste Chalmer, « On ne peut pas commencer à comprendre la taille ni la nature des aspirations impérialistes ou le degré auquel un nouveau type de militarisme est en train de miner l’ordre constitutionnel ». alarmé et inspiré par son travail et conscient que relativement peu de personnes avaient tenu compte de ses avertissements, j’ai passé des années à essayer de suivre les traces de ce qu’on appelle « l’Empire des bases » et de le comprendre. 

Pendant que la logique nous suggère que ces bases nous protègent, j’en suis arrivé à la conclusion opposée : sous de multiples aspects nos bases d’outremer nous mettent en danger, faisant courir des risques à tous, du personnel militaire US et sa famille aux habitants locaux vivant près des bases en passant par ceux qui payent des impôts pour les garnisons que notre gouvernement implante à la surface du globe.

Nous sommes maintenant, comme nous avons été lors de la décennie précédente, une nation militaire, qui se déploie autour du monde et cela fait très longtemps que nous n’avons pas fait face à ce fait.

L’échelle de la Nation militarisée

Nos 800 bases militaires en dehors de nos 50 états et de Washington  DC ont toutes sortes de formes et de tailles. Certaines ont la taille de villes. «  Petites Amériques »   comme la base aérienne de Ramstein en Allemagne, la base aérienne de Kadena à Okinawa et la base navale et aérienne peu connue de Diego Garcia * dans l’océan Indien. Ces bases comprennent une infrastructure remarquable incluant des écoles, des hôpitaux, des centrales électriques, des complexes immobiliers et des espaces d’équipements collectifs souvent nommés  «  Les allées du bowling et de Burger King ». Parmi les installations américaines les plus petites se trouvent les bases lily pad «  feuilles de nénuphar »   (connues aussi en tant que cooperative security locations, emplacements de sécurité coopérative) qui la plupart du temps accueillent des drones, des porte-avions de surveillance, ou des armements ou des réserves pré-positionnées. On les trouve de plus en plus en Afrique et en Europe de l’Est qui manquaient auparavant de la présence militaire américaine.

D’autres équipements répartis à travers la planète comprennent des ports et des terrains d’atterrissage, des complexes de réparation, des aires d’entraînement, des installations d’armement nucléaire, des sites de tests de missiles, des arsenaux, des entrepôts, des casernes, des écoles militaires, des postes d’écoute et de communication, et un nombre croissant de bases de drones. Les hôpitaux militaires et les prisons, les équipements de réhabilitation,  les bases paramilitaires de la CIA et des agences de renseignement (y compris les anciennes prisons de la CIA, les « sites noirs ») doivent être aussi considérés comme partie prenante de notre Nation militarisée à cause de leurs fonctions militaires. Même les les aires de loisirs et de détente dans des lieux comme les Alpes bavaroises ou Séoul en Corée du Sud sont des bases de ce type. L’armée dirige plus de 170 courts de golf dans le monde.

La présence du Pentagone outremer est encore plus importante. On trouve des troupes US et d’autres personnels militaires dans à peu près 160 pays et territoires étrangers, y compris un petit nombre de marines protégeant des ambassades et des déploiements plus importants de formateurs et de conseillers comme les 3500 environ qui travaillent maintenant pour l’armée irakienne. Et n’oublions pas les 11 porte-avions de la marine. Chacun d’entre eux peut être considéré comme une base flottante ou, comme la marine, de façon révélatrice se réfèrent à eux, comme  « Un hectare quatre-vingts de territoire souverain »

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En dernier lieu, au-dessus des mers, on trouve une implantation militaire de plus en plus importante dans l’espace. Les Etats-Unis ne sont cependant pas le seul pays à contrôler des bases militaires en dehors de son territoire. La Grande-Bretagne conserve à peu près sept bases et la France cinq dans leurs anciennes colonies. La Russie en a à peu près huit dans les anciennes républiques soviétiques et, pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la «  Force d’auto-défense  » du Japon a une base étrangère à Djibouti,  dans la Corne d’Afrique, aux côtés des bases américaines et françaises. La Corée du Sud,  l’Inde, le Chili,  la Turquie, et Israël  ont tous au moins une base à l’étranger. La Chine est en train de chercher à installer sa première base outremer. Au total, ces pays ont probablement près de 30 installations à l’étranger, et que donc les installations américaines équivalent à peu près à 95% des bases étrangères mondiales.

 

Pour toujours en avant ?

Bien que les USA aient eu des bases dans des pays étrangers peu de temps après qu’elle ait gagné son indépendance, rien d’équivalent au déploiement global actuel de forces militaires n’était imaginable jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En 1940, en un trait de crayon, le Président Franklin D. Roosevelt ratifia l’accord des bases de destroyers  [destroyers-for-bases] avec la Grande-Bretagne qui accordait instantanément un usage des installations dans les colonies britanniques pour une durée de 99 ans. La construction de bases et leur acquisition s’accélérèrent rapidement une fois le pays entré en guerre. Dès 1945, l’armée US construisait des équipements à raison de 112 par mois. A la fin de la guerre, leur nombre total s’élevait à 2000 sites. En seulement cinq ans,  les USA avaient développé le premier réseau mondial de bases militaires de l’histoire, reléguant largement dans l’ombre celui de l’empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Après la guerre, l’armée restitua presque la moitié des installations mais maintint ce que George Stambuk nomme «  une institution permanente » de bases étrangères. Leur nombre est monté en flèche pendant les guerres de Corée et du Vietnam, puis a décliné après chacune d’entre elles. Lorsque l’Union soviétique implosa en 1991, il y avait 1600 bases américaines à l’étranger, avec 300.000 soldats stationnant uniquement dans les bases européennes.

Bien que l’armée ait libéré presque 60 % de ses garnisons à l’étranger, l’ensemble de ses bases est demeuré relativement intact. En dépit de la fermeture supplémentaire de bases en Europe et dans une moindre mesure en Extrême-Orient pendant la dernière décennie et en dépit de l’absence de l’opposition d’une superpuissance, presque 250.000 soldats sont encore déployés dans le monde entier sur ces installations.

Bien qu’il y ait moitié moins de bases qu’en 1989, le nombre de pays où les US sont implantés a presque doublé, passant de 40 à 80. Lors des dernières années, le «  Pivot pacifique » du Président Obama a représenté des milliards de dollars de dépenses somptuaires en Asie, où l’armée avait déjà des centaines de bases et des dizaines de milliers de soldats. Des milliards supplémentaires ont été engloutis dans la construction sans précédent d’infrastructures dans chacun des pays du golfe Persique à part l’Iran. En Europe, le Pentagone a dépensé des milliards dans la construction de nouvelles bases très onéreuses  tout pendant qu’il en fermait d’autres.

Depuis le début de la Guerre froide, l’idée que notre pays doit avoir une importante collection de bases et des centaines de milliers de soldats stationnée en permanence à l’étranger est restée un diktat quasi-religieux de notre politique étrangère et de notre politique intérieure. L’idée vieille de presque 70 ans maintenant sous-tendant cette croyance si profondément ancrée est connue comme la stratégie de l’avancée. A l’origine, cette stratégie affirmait que les USA devaient maintenir une grande concentration de forces et de bases aussi près que possible de l’URSS afin de l’encercler et de  « contenir » son soi-disant désir d’expansion. Mais la disparition d’une autre superpuissance à contenir n’a pas créé de différence remarquable dans cette stratégie de l’avancée. Chalmers Johnson s’est inquiété  le premier de notre empire de bases quand il a reconnu que les structures de l’empire américain demeuraient largement inchangées en dépit de l’effondrement de leur ennemi supposé. Deux décennies après la disparition de l’URSS, les personnages politiques de tous bords supposent encore sans question que les bases outremer et les forces de l’avancée déployées sont essentielles pour protéger le pays. Le gouvernement de Georges W. Bush insistait   d’une façon typique sur le fait que les bases à l’étranger « maintenaient la paix » et étaient le «  symbole de l’engagement des USA auprès de ses amis et alliés. ». Le gouvernement Obama a déclaré de la même façon que protéger le people américain et la sécurité international requérait « une posture de sécurité globale ».  Le support aux stratégies de l’avancée est demeuré le consensus parmi les politiciens des deux partis, les experts de la sécurité nationale, les officiels de l’armée, les journalistes et parmi à peu près tout le monde exerçant un pouvoir à Washington. Les diverses formes d’opposition au maintien d’un grand nombre de bases et de soldats  ont longtemps été  mises au pilori comme non-violence idéaliste ou comme la sorte d’isolationnisme qui permit à Hitler de conquérir l’Europe.

 

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Le coût de la mise en garnison du monde

Comme le montre Johnson, il y a de nombreuses raisons de questionner le statu quo des bases outre-mer. La plus évidente est la raison économique. Les garnisons outre-mer sont extrêmement onéreuses. Selon la RAND Corporation,  même lorsque certains pays comme le Japon ou l’Allemagne couvrent une partie des coûts, les contribuables américains continuent de payer une moyenne annuelle de 10.000 à 40.000 dollars de plus que pour un poste sur le sol US pour un poste militaire à l’étranger. Les frais de transport, le coût plus important de la vie quotidienne dans certains pays hôtes et le besoin de fournir des écoles, des hôpitaux, des logements et d’autres supports aux membres des familles du personnel militaire signifie que les dollars s’additionnent rapidement- spécialement avec plus d’un demi-million de soldats, membres des familles et employés civils sur les bases outre-mer à tout moment.

D’après mes très prudents calculs,  le fait de maintenir les installations et les troupes outre-mer a coûté au moins 85 milliards de dollars en 2014 – plus que le budget disponible pour chaque organisme gouvernemental sauf le département de la défense lui-même. Si la présence des US  en Afghanistan et en Irak est inclue, la facture se monte à 156 milliards ou plus.

Pendant que les bases sont très coûteuses pour le contribuable,  elles sont extrêmement profitables aux corsaires nationaux  des guerres du 20 ième siècle comme DynCorp International et l’ancienne filiale d’Halliburton KBR.

Comme le note Chalmers Johnson, « Nos installations à l’étranger sont profitables à l’industrie civile qui gagne des milliards en contrats annuels pour construire et maintenir nos postes éloignés. »

Pendant ce temps, beaucoup de communautés accueillant ces bases n’ont jamais vu les retombées économiques régulièrement promises par les US et les leaders locaux. Certaines zones, particulièrement les communautés rurales  les plus pauvres ont vu un boom économique à court terme au moment de la construction de la base. Cependant dans le long terme, la plupart des bases ne créent pas d’’économie locale saine et stable. Comparées avec d’autres formes d’activité économique, elles représentent un usage improductif des terres, emploient relativement peu de gens par rapport au territoire occupé et contribuent peu à la croissance économique locale. Des recherches ont montré d’une façon invariable que lorsque les bases ferment l’impact économique est généralement limité et dans quelques cas positifs – c’est à dire que les communautés locales finissent par s’en sortir mieux lorsqu’elles échangent les bases contre des écoles, des logements, des complexes commerciaux et d’autres formes de développement économiques.

Dans le même temps pour les USA, investir l’argent des contribuables dans la construction et la maintenance de bases militaires outre-mer signifie de renoncer à des investissements dans des domaines comme l’éducation, les transports, le logement et la santé bien que ces industries soient plus une opportunité pour l’ensemble de la productivité économique et créent plus d’emplois en comparaison des mêmes dépenses dans le domaine militaire. Imaginez ce que 85 milliards par an représenteraient en terme de reconstruction des infrastructures civiles délabrées.

  

Le coût humain

Au-delà du coût financier se trouve le coût humain. Les familles du personnel militaire font partie de celles qui souffrent de la dispersion des bases étant donné  les tensions dues au déploiement à distance, à la séparation des familles, aux déménagements fréquents. Les bases outre-mer contribuent également au taux choquant d’agressions sexuelles  dans le monde militaire. 30% des femmes en service en sont victimes pendant leur temps de service et un nombre disproportionné de ces crimes se produisent à l’étranger.  En dehors des bases, dans des lieux comme la Corée du sud, on trouve souvent de la prostitution qui relève de l’exploitation orientée vers le personnel militaire US.

Dans le monde entier, les bases ont créé des dommages environnementaux étendus à cause des fuites toxiques, des accidents et dans certains cas d’un abandon délibéré de certaines substances toxiques. La criminalité des GI déclenche depuis longtemps la colère des habitants. A Okinawa et ailleurs, les troupes américaines ont commis des actes de viols  à répétition contre les femmes indigènes.

Du Groenland  à l’île tropicale de Diego Garcia, l’armée a déplacé des autochtones pour construire ses bases. Contrastant avec la rhétorique de la propagation de la démocratie fréquemment évoquée, l’armée a montré une préférence  pour les états non démocratique et despotiques comme le Quatar ou Bahrain pour établir ses bases. En Irak, en Afghanistan et en Arabie Saoudite, les bases US ont créé un sol fertile pour le radicalisme et l’anti-américanisme. La présence de bases près des lieux saints  musulmans en Arabie Saoudite a été un outil de recrutement majeur pour al-Qaeda et part de la motivation de Osama ben Laden  pour l’attaque du 11 Septembre 2001.

Bien que cette tourmente permanente soit peu remarquée aux US, les bases à l’étranger ont trop souvent généré des griefs, des protestations et des relations d’antagonisme. Bien que peu le reconnaisse, nos bases sont une part majeure de l’image présentée par les US au monde- et elles nous montrent souvent sous une lumière peu flatteuse.

Créer une nouvelle guerre froide, base par base

Le fait que les bases augmentent la sécurité  et la paix globale n’est pas non plus très clair. Dans l’absence d’une superpuissance ennemie, l’argument que des bases situées à des milliers de kilomètres du territoire américain sont nécessaires pour défendre l’Amérique – ou même ses alliés- est difficile à défendre.  Au contraire, la collection mondiale de bases a généralement permis le déclenchement d’opérations militaires, la frappe de drones, et des guerres par choix dont le résultat fût des désastres à répétition, la perte de milliers de vies et des destructions restées cachées du Vietnam à l’Irak

En facilitant la déclaration de guerres à l’étranger, les bases outre-mer ont rendus clair le fait que l’action militaire était une option encore plus attrayante- souvent la seule option imaginable- pour les politiciens américains.  Comme le dit l’anthropologue Catherine Lutz, quand tout ce que vous avez dans votre boîte à outil de politique étrangère est un marteau, tout commence à ressembler à un clou. Au bout du compte, les bases étrangères ont rendu les guerres plus souvent envisageables que l’inverse.

Les partisans de la théorie de l’avancée, vétuste depuis longtemps, répondront que les bases outre-mer dissuadent l’ennemi  et permettent de maintenir une paix mondiale. En tant que supporters du statu quo, ils ont proclamé que de tels bénéfices de sécurité étaient des vérités évidentes depuis des dizaines d’années. Peu ont fourni quoi que ce soit de substantiel pour argumenter leur déclarations.

Bien qu’il existe quelques preuves que les forces militaires peuvent bien sûr dissuader les menaces immédiates, peu sinon aucune recherche ne suggèrent que les bases outre-mer sont une forme effective de dissuasion sur le long terme. Des études  menées à la fois par l’administration Bush et par la corporation RAND – pas vraiment des pacifistes de gauche-  indiquent que les avancées dans le domaine de la technologie des transports avaient largement éliminé les avantages de l’implantation de troupes à demeure à l’étranger. Dans le cas d’une guerre de défense légitime ou dans celui d’une opération de maintien de la paix, l’armée pourrait généralement déployer ses troupes aussi rapidement à partir de son propre sol qu’à partir des bases outre-mer. Des transports rapides par mer ou par air, couplés avec les accords permettant l’usage des bases des nations alliées et potentiellement, des ravitaillements pré-positionnés sont alternative beaucoup moins chère et moins irritante que le maintien des bases outre-mer.

Nous pouvons aussi questionner l’augmentation de la sécurité que de telles bases confèrent aux pays d’accueil. la présence de telles bases peut changer un pays en cible pour des pouvoirs étrangers ou des militants.- tout comme les installations US on mises en danger les Américains outre-mer.

De la même façon,  plutôt que de stabiliser des régions dangereuses, les bases augmentent fréquemment la tension militaire et décourage les solutions diplomatiques aux conflits. Placer des bases militaires près des frontières de pays comme la Chine, la Russie ou l’Iran, par exemple augmente les menaces pour leur sécurité et les encourage à répondre en stimulant leur propres dépenses et activités militaires. Imaginons comment les leaders américains auraient répondu si la Chine avait entrepris de construire même une petite base au Mexique, au Canada ou dans les Caraïbes ? Il est à noter que le moment le plus dangereux pendant la Guerre froide- la crise des missiles cubains- déclenchée à cause de la construction des équipements de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à peu près à 150 kilomètres de la frontière des USA.  La création et la maintenance de tant de bases militaires encourage de même d’autres nations à construire leurs propres base outre-mer dans ce qui pourrait vite devenir une « course à la base »,   Les bases près des frontières de la Russie et de la Chine, en particulier, menacent d’alimenter de nouvelles guerres froides. Les officiels  US peuvent insister sur le fait que construire de nouvelles bases au Moyen-Orient est un acte défensif permettant d’assurer la paix dans le Pacifique mais allez dire ça au Chinois Que les gouvernements ne soient pas du tout «  réassurés » par la création de nouvelles bases supplémentaires encerclant leurs frontières. Contrairement à  l’affirmation que de telles installations augmentent la sécurité globale, elles tendent à faire monter d’un cran les tensions régionales, augmentant le risque d’une future confrontation militaire. De cette façon, tout comme la guerre anti-terroriste est devenue un conflit global qui semble répandre la terreur, la construction de nouvelles bases américaines pour se protéger des menaces fantasmées de la Russie et de la Chine pourraient faire courir le risque de devenir des prophéties qui se réalise. Ces bases peuvent en fait contribuer à créer cette même menace dont elles sont censées nous protéger. En d’autres mots, loin de créer un monde plus sécurisé, les bases US peuvent rendre en fait la guerre plus probable et les pays moins sûr.

Derrière les fils barbelés  

    

Dans son célèbre discours  d’adieu adressé à la nation en quittant la Maison blanche en 1961, le Président Dwight D. Roosevelt avertit la nation à propos des effets économiques, politiques et même spirituels insidieux de ce qu’il surnomma « le complexe militaro-industriel-congressiste », le vaste enclenchement d’un état sécuritaire issu de la Deuxième Guerre mondiale. Comme nous le rappelle le travail de Chalmers Johnson pour ce nouveau siècle, notre collection de bases vieille de soixante-dix ans est la preuve qu’en dépit des avertissement de Ike, les USA sont entrés dans un état permanent de guerre avec une économie, un gouvernement et un système global de pouvoir  impliqué dans la préparation de futurs conflits.

Les bases américaines d’outre-mer nous ouvrent une fenêtre sur l’impact militaire sur le monde et sur nos vies quotidiennes. L’histoire de ces massives «  Petites Amériques » de béton, de restaurants fast-food et d’entrepôts d’armement nous offrent une chronique vivante des USA dans la période post Deuxième Guerre mondiale. En un certain sens, lors de ces dernières sept décennies, que nous le réalisions ou non, nous en sommes tous venus à vivre «  derrière les fils barbelés » comme aime à le dire le personnel militaire.

Nous pouvons croire que de telles bases nous protègent. En réalité, elles nous ont aidé à nous enfermer dans une société militarisée en permanence qui nous a tous rendus – tous sur cette planète – moins sûrs, endommageant nos vies chez nous et à l’étranger.

David Vine est Professeur associé d’anthropologie à l’American University de Washington DC. Son livre Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World, vient d’être publié en tant que partie de Le projet de l’empire américain  associate professor of anthropology at American University in Washington, D.C. His book,  has just been published as part of the American Empire Project (Il a écrit pour le New York Times, le Washington Post, le Guardian, et Mother Jones, entre autres publication. Pour plus d’information et des articles supplémentaires, visitez www.basenation.us http://www.basenation.us/  and www.davidvine.net. http://www.davidvine.net/

Suivre TomDispatch sur Twitter and rejoignez-nous sur Facebook. https://www.facebook.com/tomdispatch Prenez connaissance de notre nouveau livre Dispatch Book,  Nike Turse « Les champs de bataille de demain : Les guerres par délégation des USA  et les opérations secrètes en Afrique » ainsi que le dernier livre de Tom Engelhardt «  Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et l’état global sécuritaire dans un monde au suoper-pouvoir unique.Check out the newest Dispatch Book, Nick Turse’s Tomorrow’s Battlefield: U.S. Proxy Wars and Secret Ops in Africa, http://www.amazon.com/dp/1608464636/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20 and Tom Engelhardt’s latest book, Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World. http://www.amazon.com/dp/1608463656/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20

Copyright 2015 David Vine

Traduction Elisabeth Guerrier

Aliénation mentale, Indiens fous et marteau des sorcières : la santé mentale comme oppression David Edward Walker

Lunacy, Crazy Indians and the Witch’s Hammer: Mental Health Care as Oppression

David Edward Walker Mad in America

La remontée dans le temps et dans l’histoire des peuples amérindiens que nous offre cet article de David Edward Walker nous permet d’enraciner le DSM, dans sa genèse et dans son idéologie. Le DSM 5, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié le 18 Mai 2013 par l’Association américaine de psychiatrie devenu un outil de nomenclature omniprésent et vecteur, avec ses quelques 600 diagnostiques, d’une pathologisation du comportement et de l’attitude qui de publication en publication s’affiche avec une forme de despotisme totalitaire. L’analyse de Walker nous permet de nous extraire de la toute-puissance pseudo-scientifique de cet outil à visée nosographique internationale pour lui redonner son contexte de création, c’est à dire les fondements eugéniques théorisés par Sir Francis Galton qui ont caractérisé sa première élaboration et l’idéologie du réductionnisme biologique sous-jacente du psychiatre allemand Emil Kraepelin pour qui toute forme d’anormalité est d’origine biologique ou lésionnelle. C’est en présentant la psychiatrie avant tout comme l’institutionnalisation d’un outil politique et répressif que Walter nous permet de donner à la nomenclature nosographique actuelle toute sa relativité et à la considérer comme une marque normative légitimée par un rapport de pouvoir à la fois subi et tacite. E.G

 

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Courtesy Oklahoma Historical Society Research Division Le Cherokee Orphan Asylum a ouvert en 1877, à dix kilomètres au sud de Tahlequah, Oklahoma.

Démence, Indiens fous et le marteau de la sorcière : le soin psychiatrique comme oppression

David Edward Walker

8/13/15

Le passé est dans le présent, si seulement nous pouvions le remarquer. Quand un dispensateur de soins à l’IHS ( Indian Health Service, Service indien de Santé ) pose le diagnostique de Attention Deficit Hyperactivity  Disorder (ADHD) [Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité] ou de Bipolar Disorder (BD), [Trouble bipolaire][ ou bien de Post Traumatic Stress Disorder, (PTSD) [Trouble du stress posttraumatique],  on devrait entendre les échos des médecins il y a un siècle attestant des « défauts de raisonnement » [defects of reasoning] et s’arrangeant pour interner les populations autochtones dans des asiles d’aliénés. Les « dépistages de santé mentale » d’aujourd’hui et la liste de « symptômes » a remplacé les « délimitations des démences indiennes » [Indian Lunacy Determinations] d’hier dans le masquage et l’ignorance des iniquités chroniques et de l’oppression. Les chaînes anciennes attachent encore les corps des indigènes à travers un endoctrinement qui définit le « traitement » comme une torpeur et une sédation à l’aide de médicaments altérant l’esprit et ayant parfois des effets secondaires épouvantables.

Les labels psychiatriques utilisés actuellement par l’HIS pour diagnostiquer les populations indigènes sont si pauvrement conçus qu’en 2012, le Dr. Tom Insel, directeur de la principale source de subventions fédérale des industries pharmaceutiques, le National Institute of Mental Health (NIMH) [ Institut national de santé mentale ] a interdit leur usage dans le cadre de la recherche à cause de leur «  absence de biomarqueurs, du manque de catégories diagnostiques valides, et de notre compréhension limitée… ». Étrangement, le NIHM continue d’utiliser les mêmes labels psychiatriques sur son site web afin de convaincre les visiteurs de leurs mensonges scientifiques concernant de soi-disant défauts cérébraux ou génétiques. Ces labels psychiatriques sont un excellent moyen de commencer à investiguer le passé du système de santé mentale dans le pays indien. Le marquage du label « ne s’adapte pas » sur un individu était le moyen pour le système de santé mentale du 19 ième siècle de promouvoir l’intégration forcée.

La luxure insatiable des femmes.

L’intolérance chrétienne à la non-conformité, aux différences et aux handicaps a conduit à des exécutions publiques lors de l’Inquisition aux 15 ième et 16 ième siècles et plus humainement à la création d’asiles d’aliénés afin d’isoler ceux qui étaient identifiés comme «  différents », quelle qu’en soit la raison. Par contraste, l’approche des comportements ou des attributs inhabituels des indigènes nord-américains insistait sur la tolérance et l’inclusion, allant jusqu’à la révérence. Un a priori très puissant touchant la sacralité de la vie rendait des concepts européens comme ceux de « maladie », « handicap » ou « folie » étrangers et irreprésentables. Un esprit humain pouvait être situé dans un corps ou un cerveau plus limité que les autres mais même cette malchance pouvait offrir des visions spirituelles ou des enseignements. La médecine pour le mal- être était aussi spirituelle, dirigée vers la restauration et la connexion.

La doctrine chrétienne séparait les pulsions animales du corps des aspirations plus hautes de l’esprit. Le corps était une source vile de péché et de corruption et pendant que l’Eglise concédait que les saints aient pu se comporter étrangement, les autres personnes se comportant d’une façon hors-norme étaient généralement considérées comme étant habitées du démon. Les femmes étant plus vulnérables à la possession satanique et la libération diabolique de leur pouvoir sexuel une menace majeure pour l’homme européen.

Le recueil de procédures le plus populaire pour l’identification et l’exécution de telles sorcières, le Malleus Maleficarum,  ou “Marteau des sorcières », rédigé en 1487 dit : « Toute la sorcellerie vient du désir charnel, qui est, chez les femmes, insatiable. » Les auteurs du Marteau des sorcières étaient « grandement préoccupés par la répression des cérémonies  païennes » et ont fourni le guide qui a permis de brûler sur le bûcher pas moins de 9 millions de femmes.

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Une page du livre “Malleus Maleficarum.” Le marteau de la sorcière qui a détruit les sorcières et leur hérésie comme une lance toute-puissante. (Courtesy Wikipedia)

Exécuter quelqu’un jugé pour être possédé par le diable a conduit finalement les chrétiens les plus progressistes à hésiter – ils ne souhaitaient pas tuer quelqu’un qui aurait pu au lieu de cela souffrir d’une affliction. Les Humanistes chrétiens ont commencé à financer la recherche médicale de défauts ou de maladies chez des personnes qui auraient autrement été considérées digne de rédemption. Ceux considérés comme ne méritant pas la rédemption fournissant aux premiers anatomistes européens l’opportunité de les disséquer sans risquer qu’ils soient accusés de profanation impie. Ils pouvaient légalement obtenir les corps des criminels exécutés ou les corps non réclamés après deux jours ou plus.

Une version moins sanglante du pillage de tombe ou de l’enlèvement de cadavre est la recherche psychiatrique contemporaine effectuée grâce à des partenaires amicaux comme le NIMH appliquant des technologies comme les tomographies par émission de positron (TEP) [PET, Positron Emission Tomography] et l’imagerie à résonance magnétique, IRM. Ces procédures forment les bases d’une science du cerveau erronée actuellement plébiscitée par le IHS. Il fut un temps où les crânes des Indigènes américains étaient simplement enlevés, comme lorsque l’anatomiste américain bien connu Samuel Morton distingua les crania American, en 1839 et consolida la catégorie raciale de « Indien d’Amérique du nord » inventant la « craniométrie » afin de mesurer les capacités mentales des indigènes à l’opposé des standards des crânes des blancs « caucasiens ». Le Dr. Norton déplorant «  l’inaptitude des Indiens pour notre civilisation ». À peu près 1200 crânes furent rassemblés provenant des champs de bataille des guerres contre les indiens, du pillage des tombes des indiens-américains et de « sources inconnues »

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Une page du “Crania Americana.” De Samuel Morton (Courtesy Archive.org)

Lorsque les médecins occidentaux ont pénétré pour la première fois le pays indien, ils amenaient avec eux la croyance, chrétienne et fruit des lumières, de la maladie mentale comme maladie du corps – c’est à dire la croyance que la perte des capacités de raisonnement provenait de défauts dans le corps et notamment dans le cerveau. Très vite, le concept maintenant abandonné d’aliéné fût appliqué aux indigènes américains résistants, débordés  ou simplement déplacés, victimes de la colonisation et de l’oppression.

Aliéné était un mot nouveau pour caractérisé les individus ensorcelés par des pratiques païennes non-chrétiennes. Initialement, il se référait à « certains hommes… malmenés par le Diable [et] profondément affectés par les diverses phases de la lune. » selon le Malleus Maleficarum. Avant d’être assimilés de force, les européens pré-chrétiens des communautés tribales adoraient Diane, déesse de la lune, de l’enfantement, de la croissance, des soins et de la sorcellerie. Notre croyance que la pleine lune accentue la folie est une rémanence intergénérationnelle d’une croyance indigène féminino-centrée* européenne et une autre démonstration de la place du passé dans le présent.

La médecine américaine étiquette agressivement toute réaction d’opposition  à l’oppression comme une maladie mentale. Le Dr Benjamin Rush, signataire de la Déclaration d’Indépendance et père de la psychiatrie américaine, notait en 1813 que «  les Africains deviennent fous… peu de temps après être entrés dans le labeur de l’esclavage à perpétuité. » Le Dr. Samuel Cartwright, élève de Rush,  créa rapidement le diagnostique de  dysaesthesia aethiopica pour l’« attitude irascible » des esclaves et  Drapetomia  pour la maladie consistant à fuir l’esclavage. Cartwright déclare qu’ « ils doivent être punis jusqu’à atteindre ce degré de soumission qui est prévu pour être celui qu’ils occupent » selon la Bible.

Lors des premières rencontres, les médecins occidentaux présumaient que les amérindiens vivaient dans un état de pureté et de romantisme qui les immunisait contre les maladies mentales. En fait, certains reconnaissaient même que les forces de la civilisation occidentale pouvaient menacer la stabilité indigène. En 1844, le Dr. Issac Ray, membre fondateur de l’American Association of Medical Superintendents (devenue l’American Psychiatric Association) [ Association psychiatrique américaine]  écrit : « Si le Sauvage est plus exempt des infirmités mentales que le Sage…il nous faut attribuer ce fait à une plus grande exemption de tous les effets de détérioration de la civilisation.» Dans la même domaine, le Medical Examiner rapporte que Charles Lillybridge, ayant examiné « plus de deux-mille indiens «  lors de la Piste des larmes Cherokee * » n’a jamais vu ou entendu parler d’un cas de folie parmi eux », pendant qu’un certain Dr. Butler « Missionnaire et médecin dévoué au sein des Cherokee » pendant vingt-cinq ans « n’a jamais vu un seul cas de folie »

 * La Piste des larmes (en Cherokee : Nunna daul Isunyi « La piste où ils ont pleuré », en anglais : Trail of Tears) est le déplacement de plusieurs peuples amérindiens par les États-Unis entre 1831 et 1838. Ces populations s’établissent à l’ouest du Mississippi et leurs anciennes terres sont remises à des colons blancs, en application de l’Indian Removal Act.

Plus tard, un élément progressif parmi la nation cherokee se sentit tenu d’ouvrir le premier service de santé mentale du pays indien – le Home for the Insane, Deaf, Dumb, and Blind [la Maison pour les fous, sourds, idiots et aveugles] plus connue sous le nom de Cherokee Asylum [ Asile Cherokee]

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The Cherokee Asylum opened in 1877 six miles south of Tahlequah, Oklahoma. (Courtesy Cherokee Heritage Museum/Wikipedia)

Certaines races doivent être éliminées

Les clans matrilinéaires cherokees représentaient autrefois une famille élargie responsable pour les enfants de chacune des mères, quel que soit son statut ou son handicap. Si quoi que ce soit de proche du concept de « propriété terrienne » existait, c’était exprimé à travers le partage traditionnel du clan. La Piste des larmes cherokee et leur déplacement forcé vers l’Ouest a grandement précipité la fin des traditions matrilinéaires et créé une nouvelle population d’indigènes rejetés, déplacés et indigents.

Pendant des années les Cherokees progressistes ont favorisé les mariages interraciaux et l’adoption des mœurs des planteurs esclavagistes du Sud. Les traditionalistes, beaucoup moins enclins aux mariages interraciaux  maintinrent les us cherokees et étaient mitigés quant à l’esclavage. Bien que les deux côtés aient adopté des versions de la religion chrétienne, les progressistes furent clairement favorisés par le gouvernement et obtinrent un accès considérablement plus grand aux terres, aux ressources et au pouvoir. Cette stratégie fédérale pour détruire les « traditionalistes » i.e. les protecteurs de la culture indigène, fût utilisée sur tout le territoire indien.

La Guerre Civile divisa plus avant les Cherokees progressistes et traditionalistes, dévastant les communautés à un point tel qu’en 1862, l’agent indien W.G Coffin décrit plusieurs milliers de personnes « pieds nus et plus encore sans même de haillons pour cacher leur nudité. » Après la guerre, la nation cherokee fût punie pour avoir collaboré avec les Confédérés en étant force de céder quatre millions d’hectares de terre aux US. C’est dans le contexte d’une société presque entièrement dépouillée de sa force que le Cherokee Asylum a été ouvert en 1877, à environ neuf kilomètres de Tahlequah, dans l’Oklahoma. Plusieurs centaines de milliers de dollars provenant de la vente des terres furent utilisées pour créer un lieu d’accueil pour les orphelins, les maladies mentaux indiens, les personnes déplacées ainsi que les sourds, les idiots, les aveugles et les indigents qui avaient jadis été sous la responsabilité matrilinéaire clanique cherokee.

N’en concluez pas qu’un interné de l’Asylum était réellement perturbé ou fou. Être destitué était le seul critère d’admission. Qu’il ou elle ait été ivre, coléreux ou bizarre ou simplement très pauvre, il était fait peu de distinctions pour interner le nouvellement dénommé « Indien fou ». Il suffisait que deux citoyens cherokees rapportent que quelqu’un ait besoin d’une admission pour qu’il soit interné. L’unique médecin de l’Asylum pouvait donner son avis mais la décision appartenait au comité d’administrateurs ( des Cherokees progressistes) de décréter l’internement ou la libération.

Bien que cela n’ait pas réussi, le Cherokee Asylum devait subvenir à ses propres besoins, développant le travail à temps plein auprès des troupeaux ou dans les champs pour les individus physiquement aptes. « Les rapports sexuels libres et sans retenue » sont interdits. L’influence civilisatrice des Évangiles était considérée comme essentielle et légiférée : « Il est du devoir de l’intendant d’assurer les services des membres de l’église afin qu’ils assurent les services religieux ou les prêches à l’Asylum chaque dimanche, ou aussi souvent que possible. » Cependant des visiteurs moins pieux allaient et venaient fréquemment et des plaintes émergèrent à propos de « parents ou d’amis des internés [qui] considèrent l’Asylum comme un  établissement public », c’est-à-dire comme une taverne ou un bar. De cette façon, la Nation cherokee de l’Ouest fut la première à adopter l’approche européenne consistant à enfermer les destitués, les différents et les non-conformes ».

Les internés du Cherokee Asylum étaient principalement les victimes de la destruction culturelle, déconnectés de leurs familles et déshérités de la propriété partagée de leur clan matrilinéaire. Les Cherokees de l’ouest luttèrent avec succès pour défendre ce qui restait de leur système matrilinéaire affaibli lorsqu’en 1887 ils résistèrent aux essais du Dawes Act de répartir la terre par lot individuel en faisant respecter le droit de titre de pleine propriété qu’ils utilisèrent à dessein pour signifier une propriété commune. Leur lutte fut finalement perdue quand le Curtis Act passa en 1898.

Les courts pénales tribales des Five Civilized Tribes [Cinq tribus civilisées] furent abolies par la suite, laissant à la US court [tribunal américain]  la juridiction directe de tous les citoyens cherokees. Cette même court des US qui, sur les territoires indiens, contrôla la répartition individuelle des terres cherokees, supervisait maintenant le bail de développement du pétrole et du gaz, ainsi que le droit de déterminer si les indiens souffraient de troubles mentaux. Cette période, de 1880 au Indian Reorganization Act [l’Acte de réorganisation indienne] de 1934, vit le Indian Agent  [représentant des indiens] et le juge de la US Court devenir les arbitres absolus de toutes ces questions.

Suivant les précédentes législations britanniques, la US Court [Tribunal américain]  commença à investir les médecins blancs du privilège de déterminer légalement si des défauts de raisonnement étaient suffisants pour qu’une personne ne fasse pas la différence entre le bien et le mal dans les procédures criminelles et soit déclarée « malade mentale ». Deux philosophies influentes forment le cadre critique de la profession médicale occidentale à cette époque. La première, initiée par le psychiatre allemand Emil Kraepelin postule que toutes les maladies mentales sont le résultat final de lésions cérébrales. Cette même idéologie psychiatrique, nommée le réductionnisme biologique, se retrouve de Samuel Morton au concept chrétien de corps pécheur et est actuellement la base de la philosophie « biomédicale » de l’Indian Health Service. La seconde philosophie est l’Eugénisme, créée par le psychologue britannique (et cousin de Charles Darwin) Sir Francis Galton, qui prétend que dans le but d’améliorer l’espèce humaine « des races plus adaptées  et des sangs plus filtrés avaient besoin de « plus de chances de prévaloir sur des races moins adaptées » Ceci signifiait que certaines races devaient être éliminées. En 1865, Sir Francis Galton écrivit que les Amérindiens « montraient le minimum de qualités affectives et sociales compatibles avec la maintenance de leur race » signifiant qu’ils devraient être exterminés.

Deux ans avant les remarques de Sir Francis Galton des dizaines de parents oraibis, apaches et hopis furent emprisonnés sur l’île d’Alcatraz pour avoir résisté aux missionnaires et aux agents fédéraux essayant de kidnapper leurs enfants et de les mettre en pension. A partir de ce moment, ces actions ainsi que d’autres actes de résistance ou de défiance pouvaient être étiquetée comme « folles ».  Après tout, rejeter les intentions bienveillantes des officiels civilisateurs ne pouvait qu’être attribué à un « défaut de raisonnement ». L’Indian Lunacy Determinations [Le diagnostique des maladies mentales indiennes] devint la procédure légale pour institutionnaliser les résistants aux côtés des personnes déplacées, rejetées ou réagissant au trauma et à l’oppression subie par leur communauté, supposée être la plus inférieure parmi les inférieures.

Lors des derniers jours de l’Indian Territory, en 1905, avant la création de l’état de l’Oklahoma, la procédure judiciaire pour la Lunacy Determination [diagnostique d’aliénation] n’était pas plus standardisée que celle qui déterminait le placement au Cherokee Asylum. Plusieurs élus, généralement blancs, l’Indian Agent [le représentant des Indiens] ou un gardien appointé, si applicable, pouvait formuler une demande officielle afin que le Juge fédéral détermine l’état de santé mentale d’un indigène. Tout médecin pouvait établir une « évaluation », et une note manuscrite établissant la folie ou la maladie mentale était tout ce qui était exigé. Le témoignage et le jugement ultime était souvent placés dans une enveloppe brune, dont j’ai trouvé de nombreux exemplaires, légèrement usés, dans une vieille boîte des NARA (Archives nationales et  enregistrement des dossiers)

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(Courtesy National Archives and Record Administration)

Etant donné la facilité avec laquelle les indigènes étaient jugés malades mentaux,  il n’est pas surprenant que la demande de places pour les interner ait commencé à excéder le nombre de lits disponibles pour ces âmes en peine. Les asiles en dehors du territoire indien commencèrent à absorber l’écart mais les directeurs des hôpitaux s’opposèrent à l’internement des indiens avec les blancs, à cause de leur infériorité supposée, de l’agitation des racistes blancs internés et des rapports sexuels interraciaux éventuels qui auraient violé les principes tacites de l’eugénisme.

En 1901, le Bureau of Indian Affairs [bureau des affaires indiennes] entreprit la construction du Hiawatha Asylum pour les indiens malades mentaux à Canton, Dakota du Sud. En Janvier 1904,  peu de temps après l’achèvement de sa construction, le Cherokee Advocate constate qu’il n’y avait que 18 internés dans le bâtiment qui avait « tristement besoin de réparations, en particulier les fenêtres, presque sans vitres.»

Avec l’étatisation imminente du Territoire et la perte de la juridiction tribale, certains internés cherokees furent finalement placés sous la responsabilité de l’état de l’Oklahoma. D’autres transférés dans le nouvel établissement psychiatrique public BIA du Dakota du Sud. (Je développerai le sujet du Hiawatha Azylum dans un autre article de cette série)

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The Hiawatha Asylum was constructed in 1901 in Canton, South Dakota. (Courtesy GoDakota.com)

En 1918 le U.S. Census Bureau  [Bureau du recensement américain] approuva le Statistical Manual for the Use of Institutions for the Insane, [ manuel statistique pour l’utilisation des institutions pour malades mentaux] publié par le National Committee for Mental Hygiene, [comité national pour l’hygiène mentale] en tant que « système national de statistique des maladies mentales » afin d’aider à répertorier les menaces des tensions raciales indésirables et leurs conséquences sur l’équilibre mental. Ce document de 1918 – et non la première publication de 1952 de l’ American Psychiatric Association [ association américaine de psychiatrie]  souvent citée – constitue la première version du DSM Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders   Avec l’ICD-10, dont il est très proche, le DSM est le système d’identification et de classification actuellement utilisé par l’IHS au sein duquel les dénominations dans le domaine de la santé mentale que j’ai évoquées au début de cet article sont trouvées. Le tableau 7 du manuel de 1918 clarifie le système de l’agenda racial de la santé mentale alors en usage.

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Table 7 Statistical Manual of Mental Disorders

Cette première version du DSM sert l’eugénisme, un mouvement social puissant visant à éliminer les races inférieures par l’intermédiaire de la stérilisation et le taux bas des naissances. De 1921 à 1924 une exposition sur l’Eugénisme organisée par l’American Museum of Natural History [ le Musée américain d’histoire naturelle]  était exhibée dans la Rotonde du Capitole et des philosophies eugéniques furent mises en pratique dans les services de santé et les services sociaux à travers les territoires indiens.

Article rattaché :  5 faits étranges concernant l’histoire difficile et torturée des Indiens de Virginie 115

Le manuel de 1918 érige la  « peau blanche » comme le standard le plus signifiant permettant de mesurer la santé et la normalité des non-blancs et il en est toujours ainsi. Les 21 diagnostics et sous-diagnostics du manuel de 1918 ont évolué dans les 600 diagnostics du DSM 5  récemment publiés par l’APA, American Psychiatric Association élargissant abondamment les opportunités des médecins de faire croire aux indigènes qu’ils souffrent de maladie fictives. Depuis 1980, la force de la tâche de l’APA ayant composé le DSM a décrit sa philosophie comme “ néo-Kraeplinienne” – reliant le DSM à  l’ancienne assertion de Kraeplin affirmant que la « maladie mentale » peut se trouver en dernier lieu dans des défauts du cerveau ou des difformités génétiques. Le passé est dans le présent pour peu qu’on veuille le noter.

Il est tout à fait positif que la médecine occidentale ait réussi à comprendre les réelles atteintes du cerveau sous-tendant la démence ainsi que les dégâts résultant de la méthamphetamine, de l’alcool et de l’exposition à d’autres toxines. Cependant,  à part ces exceptions, 200 années de médecine occidentale n’ont pas trouvé de malformation cérébrale ou de défaut génétique derrière la vaste majorité actuelle des diagnostiques psychiatriques du DSM.

Ce qui reste pratiquement inexploré  par la médecine occidentale est la maladie de la perpétuation chronique et de l’oppression sur des générations de population indigène. Ceci vient du fait que cette violence émane en partie du mouvement pour la santé mentale du pays indien, qui, depuis plusieurs années, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre cette maladie invisible. Une transe s’en est suivie à travers laquelle le Malleus Maleficarum prétend que « ceux qui sont doués pour la sorcellerie et la séduction trompent les sens des humains avec certaines apparitions, de sorte que leur matière corporelle semble devenir différentes à la vue et au toucher ».

Articles apparentés : How the US Mental Health System Makes Natives Sick and Suicidal 

Certaines parties de cette histoire ont été publiées dans le blog du DR. Walker Mad in America 

Plus à lire ici.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Comment l’héritage de l’esclavage affecte aujourd’hui les Noirs Américains

How the legacy of slavery affects Black Americans today

by Alma Carten New York University

The Conversation

Dans un contexte aussi difficile que celui de l’esclavage quant à ce qu’il peut générer sur les deux parties en jeu, toute démarche tentant de cerner les impacts du racisme et ses sources sont les bienvenues. L’approche de Carten est intéressante et la volonté d’envisager l’épreuve subie par des millions d’Africains comme un traumatisme se transmettant d’une génération à l’autre et présentant dans les conduites et le rapport à soi des effets impossibles à attribuer uniquement à la situation contextuelle actuelle est une entrée nouvelle et digne d’intérêt. Par contre, il est peut-être nécessaire de préciser que, comme toute forme de diagnostic, un recours systématique à cette interprétation face à des panels de symptômes pourrait avoir, en tant que détermination simplificatrice, des effets pire encore que son ignorance. Quelles que soient les incidences du passé, collectif ou individuel, il n’est jamais actif en tant que tel dans les constructions psychologiques et émotionnelles mais présent dans ce que la communauté et les individus la composant font de lui. C’est dans la dimension créative du symptôme, au sens étymologique d’arriver, survenir, comme une marque de soi ou de son groupe d’appartenance active et interactive dans la réalité que se situe une forme de liberté à l’égard de l’histoire et une adaptation au contexte présent, toujours multi-dimensionnel.

Prendre en compte cet espace horizontal, séculier du spectacle fourmillant de la nation moderne // implique qu’aucune explication unique renvoyant aussitôt un individu à une origine unique n’est adéquate. Et de même qu’il n’y a pas de réponses dynastiques simples, il n’y a pas de formations discrètes ou de processus sociaux qui soient simples . Edward Said «  Opponents, audiences, constituencies, and community » in Foster Post modern culture

The steeple of Emanuel African Methodist Episcopal Church stands as a pedestrian passes early Sunday, June 21, 2015, in Charleston, S.C. Members of a historic black church in the U.S. will return to their sanctuary Sunday and worship less than a week after a white gunman killed nine people there, and similar sermons of recovery and healing will reverberate throughout the country. (AP Photo/David Goldman)

Le clocher de l’Eglise Méthodiste Noire derrière un piéton qui passe, en Juin 2015 à Charleston, SC. Les membre de l’église historique noire des USA sont retournés à leur sanctuaire Dimanche et ont célébré leur culte moins d’une semaine après qu’un homme armé blanc y ait tué neuf personnes et des sermons similaires de guérison et de soin se réverbéreront dans tout le pays . (AP Photo/David Goldman)

Il existe de plus en plus de preuves que la répression des sentiments associée aux actes de racisme blanc peut avoir des conséquences psychologiques préjudiciables.

Le 22 Juillet, en annonçant la sentence fédérale du meurtrier de Charleston Dylann Roof, l’Avocat Général Madame Loretta Lynch a commenté  en disant que l’expression du pardon offert par les familles est «  une incroyable leçon et un message pour nous tous. »

Le Pardon et la Grâce sont, bien sûr, les marques de l’Eglise Noire. Depuis l’époque de l’esclavage, l’église a été une force formidable pour la survie des Noirs dans une Amérique encore accrochée aux effets résiduels de la suprématie blanche. Ceci a été éloquemment illustré dans l’après-coup du massacre de l’Eglise de Charleston. Les Américains sont restés emplis de respect pour la démonstration louable de la grâce de Dieu en action des familles en deuil.

Mais quel est le coût psychique exact de ces actes de pardon ?

Des événements comme celui de Charleston mette l’éclairage sur le corps d’écrits de plus en plus nombreux qui n’envisagent pas seulement l’échec des USA  à tenir une authentique conversation à propos de l’esclavage et de son héritage mais aussi sur l’impact sur la santé mentale des actes de pardon du racisme blanc et de la répression de sentiments légitimes de colère et d’outrage- que ceux-ci se manifestent à l’égard d’actes horribles de terrorisme ou de micro-agressions nuancées.

Je suis un travailleur social et un praticien avec 25 ans d’expérience dans le domaine de la santé mentale. J’enseigne dans l’une des écoles de travail social les plus en pointe du pays, engagé dans la préparation de ses diplômés à travailler avec des populations ethniques et raciales diverses.  Il est temps, je crois, de porter un nouveau champ de questions dans le domaine public.

L’Eglise comme buttoir

Dans son ouvrage majeur « Puissant comme une rivière », l’Eglise Noire et les réformes sociales,  le sociologue  Andrew Billingsley démontre que l’Eglise Noire est la seule institution Afro-Américain à ne pas avoir été repensée à l’image des blancs.Ses recherches éclairent le rôle de la religion dans la constitution de l’effet de résilience qui a permis aux noirs comme peuple de surmonter les diverses formes de terrorisme et d’oppression subies au long des siècles et qui soutiennent les doctrines de la suprématie blanche.

Bien-sûr dans son analyse de la famille afro-américaine, Billingsley conclu  qu’elle est « étonnamment forte, endurante, adaptative et hautement résiliente » mais tout en rendant hommage à l’église et à la famille dans leur rôle de tampon contre tous les effets du racisme blanc, nous ne devons pas obscurcir ou diminuer l’impact du racisme sur la santé mentale auquel peu de noirs  -indépendamment de leur statut social, éducatif ou économique- vont échapper.

Il y a des preuves toujours plus nombreuses que la répression des sentiments associée aux actions du racisme blanc puisse être psychologiquement préjudiciables et constituer les fondements de problèmes de santé mentale ultérieurs  ainsi que des comportements symptomatiques du syndrome du stress post-traumatique.

Les preuves de l’impact du racisme sur la santé mentale

Harvard psychiatrist Alvin Poussaint asked why suicide rates among black males doubled between 1980 and 1995.

Le psychiatre de Harvard  Alvin Poussaint demande pourquoi le taux de suicide parmi la population mâle noire a doublé entre 1980 et 1995.

Dans son livre co-écrit, « Poser mon fardeau : suicide et crise da la santé mentale parmi les Afro-Américains » [Lay my burden down] qui emprunte son titre à un negro-spiritual décrivant les souffrances du système esclavagiste, il affirme qu’une des raisons pour cette augmentation est que les Afro-Américains peuvent penser qu’après la mort peut être une meilleure place pour vivre.

Terrie M Williams  est une travailleuse sociale à New York. Dans son livre  « Souffrance noire : Il semble juste que nous ne fassions pas mal », elle utilise les récits puissants de noirs avec toutes sortes de chemins de vie afin d’illustrer le coût important du fait de cacher la souffrance associé à l’expérience noire de la santé mentale

Joy DeGruy, chercheuse et spécialiste de l’université de Portland  a développé la notion de  syndrome post-traumatique de l’esclavage   comme une théorie expliquant les effets de trauma irrésolus et se transmettant de génération en génération sur les comportements des noirs. L’argument de DeGruy peut être controversé  mais les questions qu’elle pose sont certainement pertinentes si nous essayons de donner du sens, par exemple, à partir de recherches  rendues publiques en Juillet qui montrent que le taux de suicide parmi les élèves noirs de l’école élémentaire a augmenté d’une façon significative entre 1993 et 2012

Se déplaçant vers l’opinion publique…lentement

Le fait est que dans ma perspective à l’Ecole de travail Social [ New York University’s Silver School of Social Work] ces publications ont encore à intégrer la littérature dominante. Elles ont une mauvaise visibilité dans les programmes et les formations des professionnels de la santé mentale.

De même que les questions formulées par les étudiants et les praticiens  n’ont pas mené au type de recherché dont il est besoin  pour soutenir des pratiques consciente de la problématique de la race  et appropriées culturellement aux programmes de santé mentale travaillant avec des familles afro-américaines.

En même temps, la pensée originale  d’auteurs comme Poussaint et DeGruy est tout à fait synchronisée avec le nouvel intérêt pour le trauma-informed care [soin informé du trauma] dans le travail social qui couvre tous les champs de pratique.

Comme l’a conclu dans son rapport de recherche le Centers for Disease Control and Prevention  [Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies ] en Mai 2014, des cas de négligence ou de traumatisme  non diagnostiqués dans l’enfance sont très répandus parmi la population adulte et sont la source de problèmes de santé mentale ou de problèmes comportementaux dans l’âge adulte.  Bien sûr, c’est maintenant une recommandation du National Council for Behavioral Health [ Conseil National pour la Santé Comportementale ] que des soins informés sur le trauma soient intégrés dans tous les rapports et les procédures de traitement.  Cet accent mis sur le trauma offre  une nouvelle vision pour le développement de la recherche sur l’impact de l’esclavage. – et sur son héritage de racisme structurel ou institutionnel – sur la santé mentale des populations noires de nos jours.

Un sujet de conversation délicat

Le problème est que personne n’aime à parler de l’esclavage.

Pour les descendants d’esclaves noirs, le sujet génère des sentiments de honte et de gêne associés à l’état de dégradation de l’esclavage. Pour les blancs dont les ancêtres les rendent complices, il y a des sentiments de culpabilité  à propos d’un système qui est incongru avec l’idéal démocratique  sur lequel ce pays a été fondé.

Masqué par un voile de silence ou dépeint comme un système bienveillant qui existait dans l’intérêt des noirs, l’esclavage – tout  à fait comme la maladie mentale- s’est enseveli dans le secret et la stigmatisation.

Les émotions qui lui sont liées sont repoussées. La colère cependant, est une émotion saine, comme même les Écritures le reconnaissent. Le Dieu de l’Ancien Testament est coléreux et vengeur. Dans le Nouveau Testament Jésus manifeste sa colère en chassant les marchands du Temple

Comme les recherches (y compris les miennes)l’ont montré, quand la colère reste internalisée et repoussée profondément dans l’inconscient, contaminée par une souffrance non résolue, elle devient problématique.

Aussi qu’est-il arrivé à la colère ressentie par les personnes victimes de discrimination et dans certain cas, désignées comme victimes à cause de leur race ?

La relation entre race et dépression clinique est trop peu connue. Mais on dispose de découvertes nombreuses, y compris un rapport du Surgeon General [ Directeur Général de la Santé ] qui attribuent les disparités touchant les résultats de la santé mentale pour les Afro-Américains et les blancs à des biais cliniques, des statuts économiques et des stresses environnementaux  ( comme le taux de crime et les habitations misérables). Et il existe des preuves du lien entre la perception du racisme et ses effets défavorables comme un niveau augmenté d’angoisse, de dépression et d’autres symptômes psychiatriques.

Les chiffres racontent une histoire. Selon le Minority Health Office  [ Bureau pour la Santé des Minorités] du Department of Health and Human Services  [ Direction de la santé et des Services à la Personne ] les adultes noirs sont à 20% plus sujets à rapporter de la détresse psychologique que les adultes blancs et plus susceptibles de présenter des sentiments de tristesse, de désespoir ou de manque de valeur que leurs équivalents blancs.

Et il continue cependant d’y avoir des répugnances à  nettement  affronter l’impact du racisme sur la santé mentale. Quelques uns de mes collègues, par exemple,  disent que les contenus sur les races ou le racisme sont les plus délicats à enseigner pour eux. Un authentique dialogue sur les races est limité à cause de la peur d’être politiquement incorrect. Cela demande moins d’effort de promouvoir la vision libérale globale que nous vivons dans une société « daltonienne ».

Cela peut être plus facile de permettre à chacun de rester dans leur zone de confort. Mais aujourd’hui comme les USA font face à ce qui semble être une épidémie d’attaques racistes perpétrées par des blancs, il est temps d’examiner comment notre histoire du racisme affecte la santé mentale des Afro-Américains comme celle des blancs.

Traduction : Elisabeth Guerrier

Les scientifiques disent que les ingrédients supposés miraculeux dans la chasse aux mauvaises herbes ne marchent pas !

Au regard des démarches pour le changement et l’amélioration des conditions de vie qu’a dû expérimenter le genre humain, les fausses pistes ont généralement été, après usage, abandonnées. Elevage, culture inadaptés * n’ont pas vu le zèle des communautés s’acharner sur eux quand après de nombreux efforts ils se montraient impraticables pour diverses raisons. Nous nous trouvons dans l’usage de ces herbicides et de ces pesticides face à une démarche complètement inattendue dans le trajet de l’espèce humaine pour maîtriser son environnement et en tirer sa subsistance. Des produits comme le glyphosate, mis à part sa toxicité environnementale prouvée, a aussi la fâcheuse capacité à avoir généré des mutations génétiques extrêmement rapides dans les plantes qu’il est sensé éradiquer et se retrouve donc inadapté pour la fonction même qui a présidé à sa mise en oeuvre. Mais, plutôt que de questionner son efficacité et de le reléguer, comme le furent des milliers d’autres solutions inadéquates dans notre histoire, il préside à la mise en place de nouveaux apports chimiques, issus de technologies qui en sont encore à leur balbutiement et dont on ignore à peu près tout quant à leurs effets sur la vie environnante. Une autre preuve que ce système est non seulement un danger majeur dans ses structures mêmes mais est aussi, malgré un accès jusqu’alors inégalé à la connaissance et la maîtrise scientifiques, dépourvu des réflexes de survie qui ont caractérisé les groupes humains depuis leurs sources. Ce qui le rend, dans cette forme d’absence d’auto-critique aberrante, plus dangereux que tous les autres systèmes de gestion environnementale précédents, c’est l’impossibilité à le faire revenir en arrière.

Tom Philpott

Scientists say supposedly miraculous ingredients in weed killes don’t actually work

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Dale A. Stork/Shutterstock

Avant que les pesticides aillent du laboratoire au champ, ils doivent d’abord être validés par l’Environnemental Protection Agency. Mais ils sont communément mélangés – soit par les producteurs de pesticide soit par les fermiers – avec des substances nommées adjuvants qui augmentent leur efficacité ( afin d’être plus régulièrement répartis sur les feuilles de la plante dans le cas des pesticides, ou en pénétrant à travers les couches superficielles de la plante permettant aux herbicides de tuer les mauvaises herbes). En dépit de leur omniprésence, mes adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

En dépit de leur omniprésence, les adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

J’ai écrit une première fois à leur propos l’année passée, quand les adjuvants mélangés aux pesticides sont devenus suspects de générer la mort importante d’abeilles lors de la floraison des amandes en Californie. Récemment un article digne d’attention rédigé par les botanistes de Purdue dans la revue économique AgProfessional a attiré à nouveau mon attention. Son contenu illustre la nature dérégulée et sauvage de ces additifs.

Dans l’article, les auteurs font remarquer que deux compagnies  promeuvent chaleureusement les adjuvants comme une sorte de cure miracle contre le fléau toujours plus grand des plantes résistant aux herbicides. C’est une plainte timide étant donné que les herbes résistantes contaminent maintenant plus de 25 millions d’hectares cultivables.

Plus étrange encore ces deux compagnies attribuent l’efficacité de leur produit à la nanotechnologie, un outil d’ingénierie controversé, encore mal régulé qui prend en compte le fait que quand on réduit des substances communes à des particules minuscules, elles se comportent d’une façon radicalement différente de celle qui les caractérise quand elles ont leur taille habituelle. Les nanoparticules sont si minuscules que leur taille est mesurée en nanomètres – un milliardième de mètre. ( Un cheveu humain est à peu prêt épais de 80.000 nanomètres, les nanoparticules se mesurent à moins de 100 nanomètres.)

Un adjuvant appelé ChemXcel  de la compagnie C.R Enterprise dans le Minnesota, prétend « tuer les mauvaises herbes résistantes aux herbicides » quand il est mélangé à des herbicides communs comme le glyphosate. La magie opère à travers «  des nano-conducteurs patentés, de marque déposée » qui « modifient la structure chimique du glyphosate » en « enveloppant les séquences génétiques individuelles de l’ADN à l’intérieur » proclame la compagnie.

Puis il y a NanoRevolution 2.0 mis sur la marché par une compagnie appelée Max System. L’herbicide « porte sur son dos » les nanoparticules lorsque elles pénètrent la structure de la feuille, transportant l’herbicide directement au système des racines pour une absorption de l’herbicide améliorée et plus rapide même sur les mauvaises herbes difficiles à contrôler.

Décontenancé par ces assertions et par l’usage des nanotechnologies, j’ai contacté l’EPA pour constater ce qu’au moins cette agence avait à en dire. « Bien que nous ne soyons pas familier de ce genre de produits, l’EPA a sous sa juridiction des substances qui entrent dans les définitions des pesticides, c’est-à-dire dont on déclare qu’elles tuent, repoussent, préviennent, ou autrement contrôlent les insectes nuisibles » m’a répondu un porte-parole de l’Environmental Protection Agency par email. « Tant que les produits adjuvants aux pesticides ne font pas partie des attributions des pesticides, ils ne sont pas considérés comme des pesticides et leurs composants ne sont donc pas des ingrédients de pesticides ( actifs ou inertes) » et donc, pas sujets aux décisions de l’EPA. Les fabricants ne sont pas même tenus de faire la liste des composants contenus dans les adjuvants.

Voici, par exemple comment Max System décrit les composants de NanoRevolution 2.0 :

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Le scientifique de Purdue Weed Bill Johnson, qui est le co-auteur de l’Ag Professional, dit que son équipe et lui-même ont trouvé qu’aucun des nano-composants ne marche comme leur publicité le déclare. «  Je commence à recevoir des appels concernant des témoignages disant que ces produits sont promus dans l’Inde du nord et j’ai pensé, il nous faut valider ou invalider les plaintes. »

Les nanotubes de carbone sont l’une des nanoparticules les plus controversées- souvent compare à l’Asbestos pour leur capacité à se loger dans les poumons et à causer des troubles lorsque ils sont inhalés.

Aussi lui et ses collègues ont testé les produits sur un échantillon de mauvaise herbe connue pour être résistant au glyphosate, les mélangeant au glyphosate dans les proportions recommandées par les fabricants. Les résultats, publiés dans le magazine commercial Ag Professional étaient décevants. Seul, le Roundup ( la version de Monsanto de l’herbicide au glyphosate) n’ a tué que 13.8 % des mauvaises herbes. Mélangé au ChemXcel, il en a tué 15%, alors que le mélange du dénommé NanoRevolution 2.0  Roundup en tuait 18%.

Johnson a expliqué que les herbicides sont toujours mélanges avec des adjuvants – on en a besoin habituellement pour aider l’herbicide à pénétrer les surfaces externes des herbes. Mais ces adjuvants-là ne sont pas plus performants ou pire que les adjuvants conventionnels distribués sur le marché. Mais ils ne s’approchent pas du tout de la solution aux plantes résistantes aux herbicides, comme le prétend la compagnie.

C.J Mannenga, copropriétaire de C.R Enterprises, a rejeté fortement ces résultats et a défié les résultats. «  Nous savons que nos produits marchent » dit-il, « Nous l’avons montré en Géorgie, nous l’avons montré dans l’Ohio, dans le Missouri, dans l’Iowa » Lorsque nous avons parlé Mardi après-midi, Mannenga m’a confié qu’il était à Osborne dans le Kansas, près à «  rencontrer un distributeur [d’agrochimie] majeur qui est «  extrêmement intéressé par le produit… je vais à une démonstration afin de leur montrer que ça marche vraiment. »

Alors que la brochure d’information du produit ne fait pas figurer ses composants, il m’a révélé de bon cœur que «  ce ne sont que des nanotubes de carbone ».

Les nanotubes de carbone sont une des nanoparticules les plus controversées – souvent comparés à l’Asbestos –  à cause de leurs capacités à se loger dans les poumons et à causer des troubles de la respiration. Ce rapport  des chercheurs de l’Université du Massachusetts de Lowel n’est pas très réconfortant : datant de 2014

Bien que l’impact sur les écosystèmes reste sous étudié lors du cycle de vie du CNT ( CarbonNanoTube), des preuves suggèrent que certains organismes aquatiques sont en danger. Pendant qu’il y a des avancées dans la régulation des CNT lors des récentes années, l’absence d’attention aux effets potentiellement carcinogènes de ces nano-composants signifie que ces efforts actuels peuvent donner une fausse impression de sécurité.

En même temps, personne  parmi les employés des fabricants  Max System du NanoRevolution 2.0  ne m’a retourné ma demande de commentaire.

TOM PHILPOTT

Food and Ag Correspondent

Tom Philpott is the food and ag correspondent for Mother Jones. For more of his stories, click here.

* Référence : ” De l’inégalité parmi les sociétés” Jared Diamond Folio Essais

Traduction : Elisabeth Guerrier

Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie. C’est un mensonge / John Pilger

The problem of Greece is not only a tragedy. It is a lie.

Pilger a été correspondant de guerre au Viêt-nam, au Cambodge, en Égypte, en Inde, au Bangladesh et au Biafra. L’un de ses premiers films, Year Zero (Année Zéro) a attiré l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’Homme commises par les Khmers rouges au Cambodge. Pilger a obtenu de nombreux prix de journalisme et d’associations des droits de l’Homme (le Prix Sophie en 2003), dont, deux fois, le prix britannique du Journalist of the Year.

Cet activiste anti-guerre n’a de cesse de rappeler la responsabilité de ceux qui savent, des « intellectuels », aux misères et aux violences du monde : « Briser le mensonge du silence n’est pas une abstraction ésotérique mais une responsabilité urgente qui incombe à ceux qui ont le privilège d’avoir une tribune. »

En outre, John Pilger possède son propre site web où il communique ses idées et ses craintes.

dette grecque euro

Le 13 Juillet 2015

Une trahison historique a consumé la Grèce.  Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré la victoire écrasante du Non au référendum et s’est mis d’accord secrètement sur un tas de mesures répressives et d’appauvrissement en échange d’un « renflouement »  qui signifie un contrôle sinistre de l’étranger et un avertissement au monde.

Le Premier Ministre Alexis Tsipras a réussi à faire voter au Parlement une coupe d’au moins 13 milliards d’Euros sur les fonds publics. 4 milliards d’Euros de plus que le projet d’ « austérité » rejeté d’une façon écrasante par le people grec lors du referendum du 5 Juillet.
Cela impliquerait une augmentation de 50% du coût des soins de santé pour les  retraités dont  Presque 40% vivent déjà dans la pauvreté, des coupes importantes dans le secteur des salaires publics, la privatisation complète des équipements publics comme les aéroports, les ports, une augmentation de l’imposition de 30%, appliquée aux îles grecques, où les gens se battent déjà pour survivre.  Il en reste à venir !

« Le parti anti-austérité remporte une victoire écrasante » est le gros titre du Guardian le 25 Janvier. « Des gauchistes radicaux », c’est ainsi que la journal nomme Tsipras et ses camarades bien éduqués d’une façon impressionnante. Ils portent des chemises au col ouvert et le ministre des finances roule en moto et était décrit comme «  la rock star de l’économie ». C’était une façade. Ils n’étaient pas radicaux dans aucun sens de ce label rabattu, ni non plus «  anti-austérité ».

Depuis six mois, Tsipras et le ministre des finances récemment écarté Yanis Varoufakis, font la navette entre Athènes et Bruxelles, Berlin et les autres centres du pouvoir financier européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils ont obtenu un nouvel endettement, un appauvrissement plus important encore qui va simplement remplacer un état de pourriture basé sur le vol des recettes fiscales par les Grecs super-riches- avec l’accord des valeurs de l’Europe «  néo-libérale » – et des prêts bon marché, très rentables pour ceux qui veulent le scalp de la Grèce.

La dette grecque, rapporte un audit effectué par le Parlement Grec « est illégale, illégitime et odieuse ». Proportionnellement, elle est à moins de 30% du débit de l’Allemagne, son créditeur principal. C’est moins que la dette des banques européennes dont le renflouement en 2007.08 n’a été ni controversé ni puni.
Pour un petit pays comme la Grèce, l’Euro est une monnaie coloniale : un lien à une idéologie capitaliste si extrême que même le Pape l’a qualifiée «  d’intolérable » et d’ «  excrément du diable ». L’Euro est à la Grèce ce que le dollar US est aux îles éloignées du Pacifique, dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.
Lors de leur voyage à la cour des tout-puissants de Bruxelles et de Berlin, Tsipras et Varoufakis ne sont présentés ni comme des radicaux, ni comme des «  gauchistes » ni même comme des socio-démocrates mais comme deux arrivistes légèrement suppliants dans leurs  défenses et leurs exigences. Sans sous-estimer l’hostilité à laquelle ils faisaient face, il est juste de dire qu’ils n’ont pas montré de courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a découvert leur «  plans d’austérité » à travers des fuites dans les médias : comme une lettre du 30 Juin publiée dans le Financial Times, dans laquelle Tsipras promet aux têtes de l’EU, à la Banque centrale Européenne et au FMI d’accepter leur demandes les plus basiques et vicieuses-  qu’il a maintenant acceptées.

Quand l’électorat grec a voté « non » le 5 Juillet à ce marché à ce marché tout à fait pourri, Tsiras a dit :  « Venez Lundi et le gouvernement grec sera à la table de négociation après le referendum avec des conditions meilleurs pour le peuple grec. »  Les Grecs n’avaient pas voté pour des «  meilleurs termes ». Ils avaient voté pour la justice et pour la souveraineté, comme ils l’avaient fait le 25 Janvier

Le jour suivant l’élection de Janvier, un gouvernement vraiment démocratique et oui, radical, aurait stoppé tout euro qui quittait le pays, répudié la dette  «  illégale et odieuse  » – comme l’Argentine l’a fait avec succès- et accéléré un plan pour sortir de la zone euro boiteuse. Mais il n’y avait pas de plan. Il n’y avait que la volonté d’être «  à la table » à chercher «  de meilleures conditions ».

La véritable nature de Syriza n’a été que très peu examinée ou expliquée. Pour les médias étrangers ce n’est rien de plus que des «  gauchistes », ou de «  l’extrême gauche » ou de la « ligne dure » – l’habituelle vaporisation trompeuse. Quelques-uns parmi les supporters étrangers de Syriza ont atteint, par moment, les niveaux d’excitation joviale rappelant la montée d’Obama. Peu ont demandé : qui sont ces  « radicaux », en quoi croient-ils ?

En 2013, Yanis Varoufakis écrivait : «  Devons-nous accueillir la crise du capitalisme européen comme une opportunité pour le remplacer par un système meilleur ? Ou devons-nous être si inquiets à son propos que nous nous embarquions dans sa stabilisation ?  Pour moi, la réponse est claire. La crise européenne est beaucoup moins susceptible de donner naissance à une meilleure alternative au capitalisme. Je m’incline devant la critique qui me dit que j’ai fait campagne sur un agenda basé sur l’a priori que la Gauche était et restait, complètement vaincue. ..Oui,  j’aimerais mettre en œuvre un agenda radical. Mais, non, je ne suis pas prêt à commettre l’erreur que le Parti travailliste anglais après la victoire de Thatcher. Quel bien est-ce que cela a-t-il  fait à l’Angleterre des années 80 de promouvoir un agenda de changements sociaux que le société britannique a méprisé tout en tombant tête la première dans le projet néolibéral de Thatcher ? Précisément aucun.  Quel bien cela ferait-il aujourd’hui de demander le démantèlement de la zone Euro, de l’Union Européenne elle-même ? » Varoufakis omet de mentionner que la Parti Social Démocrate  qui a dispersé le vote travailliste et conduit au Blairisme. En suggérant que le peuple en Grande-Bretagne «  méprisait le changement socialiste » – on ne leur a pas vraiment donné l’opportunité de provoquer ce changement- il fait écho à Blair

Les leaders de Syriza sont en quelque sorte des révolutionnaires – mais leur révolution est la perverse, familière appropriation de la sociale démocratie et des structures parlementaires par des progressistes prêts à s’arranger avec le baratin néolibéral et une ingénierie sociale dont le visage authentique est celui de Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand,  un voyou impérialiste. Comme le Parti Travailliste en Grande-Bretagne et son équivalent au sein des anciens partis sociaux-démocrates comme le Parti Travailliste d’Australie qui se nomment eux-mêmes « progressistes » ou même de « gauche », Syriza est le produit de la classe moyenne riche, hautement privilégiée, éduquée,  « élevée à l’école du post-modernisme »  comme l’a écrit Alex Lantier.

Pour eux, la classe ne doit pas être mentionnée, mis à part dans  une lutte continuelle, sans compter la réalité de la vie de la plupart des êtres humains. Les sommités de Syriza sont bien soignées, elles ne résistent pas de la manière dont les gens ordinaires le souhaitent, comme l’a si bravement démontré l’électorat grec, mais cherchent de «  meilleurs termes » à un statu quo vénal qui réunit et punit les pauvres. Lorsque elle est mêlée à des « politiques identitaires » et à leurs insidieuses distractions, les conséquences ne sont pas la résistance mais l’asservissement.  La vie politique « dominante » de l’Angleterre en est un parfait exemple.

Mais ce n’est pas inévitable, ce n’est pas une affaire conclue, si nous nous éveillons de ce long coma postmoderne et rejetons les mythes,  les déceptions de ceux qui prétendent nous représenter et si nous nous battons.

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Traduction : Elisabeth Guerrier