Lettre sur la vie sauvage Wallace Stegner

by Elisabeth Guerrier

J’offre la traduction de cette lettre de Wallace Stegner comme mes vœux de nouvelle année à tous ceux qui me sont chers et aux autres.

A travers ce qu’il nous dit de la nécessité vitale pour l’espèce humaine de la présence à ses côtés de la sauvagerie dont elle s’est extraite, il donne à mesurer la place, que nous tendons à oublier ou forcer, de rouages dans un système qui nous dépasse et nous a précédé sur des milliards d’années, nous survivra aussi  quoi qu’on en veuille. L’écologie n’est pas une branche d’une vision politique qui la considérerait comme seconde aux enjeux politiques et sociétaux, elle est la base de référence de ces dits enjeux. Celle qui nous remet à notre rang dans ce qui continue d’être une évolution et qui quelles qu’en soient les issues, nous ramènera si nous ne reprenons pas les marques de la relativité de notre règne, à notre statut de forme de vie et de créatures de passage. E.G

 Wallace Stegner: Un monde pour la vie sauvage

“ Vous n’allez pas là-bas pour trouver quelque chose” a-t-il dit une fois à propos des étendues sauvages, vous allez là-bas pour disparaître”. C’est ainsi que John Daniel se souvient de son ami et mentor Wallace Stegner ( Daniel 1996, p. 81.82)

Stegner était un homme remarquable qui utilisait ses talents d’écrivain pour parler passionnément et honnêtement de la sauvagerie dans la nature et dans les individus.

Sa voix et ses perspectives étaient claires dans ses fictions, dans ses documentaires et ses actions personnelles. Son roman “ Angle de repos”  qui gagna le prix Pulitzer en 1972 est en lui-même une grande réussite. Mais peut-être son travail ayant eu le plus d’impact à long terme est la lettre “ Lettre de l’état sauvage” qu’il écrivit en 1960 à la Commission de la revue Outdoor recreation revue :

«  Il y a quelque chose qui va nous échapper en tant que peuple si jamais nous laissons les territoires sauvages être détruits. Si nous permettons que la dernière forêt primaire soit transformée en BD ou en boîte de plastique pour cigarettes, si nous conduisons les quelques survivants d’espèces sauvages dans des zoos ou vers l’extinction, si nous polluons le dernier air et salissons le dernier ruisseau limpides ou poussons nos routes bitumées à travers le dernier silence, jusqu’à ce que plus jamais aucun américain dans son propre pays ne soit libéré du bruit, de l’épuisement, de la puanteur de l’humain et du gâchis de l’automobile. Et jusqu’à ce que nous n’ayons plus jamais la possibilité d’être seul, séparé, vertical et individué dans la monde, parti de l’environnement des arbres, des rochers et de la terre, frères des autres animaux, partie d’un monde naturel et compétent pour lui appartenir. Sans plus de territoires sauvages nous sommes pris complètement, sans plus aucune chance, même momentanée de réflexion et de repos, dans une ruée dans notre vie technologique de termites, le brave nouveau monde d’un environnement complètement contrôlé par l’homme. Nous avons besoin de sauvagerie protégée- autant qu’il en reste encore et d’autant de sortes possibles- parce que c’était le challenge qu’elle a posé contre notre façon d’être en tant que peuple qui nous a formé. Le rappel et la réassurance qu’elle est encore là sont bons pour notre santé spirituelle même si nous n’y avons mis les pieds qu’une fois en dix ans. Ils sont bons pour nous quand nous sommes jeunes, à cause de l’incomparable santé qu’elle peut amener brièvement, sous la forme de vacances ou de repos, dans nos vies affolées. Ils sont bons quand nous sommes âgés, simplement parce que c’est là. Important, c’est-à-dire, comme idée » Stegner 1960

“Something will have gone out of us as a people if we ever let the remaining wilderness be destroyed; if we permit the last virgin forests to be turned into comic books and plastic cigarette cases; if we drive the few remaining members of the wild species into zoos or to extinction; if we pollute the last clear air and dirty the last clean streams and push our paved roads through the last of the silence, so that never again will Americans be free in their own country from the noise, the exhausts, the stinks of human and automotive waste. And so that never again can we have the chance to see ourselves single, separate, vertical and individual in the world, part of the environment of trees and rocks and soil, brother to the other animals, part of the natural world and competent to belong in it. Without any remaining wilderness we are committed wholly, without chance for even momentary reflection and rest, to a headlong drive into our technological termite-life, the Brave New World of a completely man-controlled environment. We need wilderness preserved–as much of it as is still left, and as many kinds–because it was the challenge against which our character as a people was formed. The reminder and the reassurance that it is still there is good for our spiritual health even if we never once in ten years set foot in it. It is good for us when we are young, because of the incomparable sanity it can bring briefly, as vacation and rest, into our insane lives. It is important to us when we are old simply because it is there–important, that is, simply as an idea.” (Stegner, 1960).

Traduction Elisabeth Guerrier

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