AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Month: January, 2014

La géo-ingénierie contre le réchauffement climatique ” Insensé, hautement fou et dangereux”

Evidemment, ça inquiète,  et dans cet effroi soudain face à l’impensable, la seule question qui vient à l’esprit est ” omment en est-on arrivé là”, là, à cette folie super-humaine, à ce choc des politiques prédatrices qui pillent et lâchent leurs toxiques partout sans y accorder le moindre souci, là, après ces campagnes financées par les Frères Koch pour nier les changements climatiques et les attribuer à la volonté de Dieu, là après ces évidences martelées années après années, ces preuves dans les faits, on pourrait passer à une étape plus destructrice encore, pensant que des équilibres qui ont mis des milliards d’années à s’organiser pourraient être modifiés en un claquement de doigt. L’idéologie du libre-arbitre qui est derrière, l’art de gouverner en passant à l’acte, en revenant au bercail avec les poches pleines comme indicateurs de réussite et à peser les conséquences après, une fois que tout le mal est fait et les choix impossibles à modifier est pourtant connue, elle a fait des dégâts en veux-tu en voilà, à tous les niveaux de la société et pire, au cœur même de ce qui porte cette société même, son appartenance à la bio-diversité et sa fragilité consubstantielle.

L’Hubris comme les Américains désignent le mal qui ronge cette culture de la toute-puissance  ira-t-elle jusqu’à ce point d’aveuglement où les fauteurs de destruction n’auront plus nulle part où aller, tout comme les victimes de leur cupidité insatiable et de leur absence pathologique d’éthique.E.G

 

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Al Gore fait baisser le ton sur les plans d’ensemencement des nuages ou du suçage de l’air pollué pour renverser le changement climatique.
Par Jon Queally, rédacteur.

Publié le Vendredi 16 Janvier dans Common Dreams  

Répondant à une version d’ébauche d’un rapport à venir de l’IPCC ( Intergovernemental Panel on Climate Change), obtenu et rapporté   par Reuters portant sur l’atténuation du changement climatique, l’ancien vice-président et activiste Al Gore dit que tout plan pour exécuter des solutions de géo-ingénieries face au réchauffement climatique sont «  déments, totalement folles et délirantes à l’extrême »

«  Nous sommes déjà engagés dans une expérimentation à la hauteur de la planète avec des conséquences dont nous pouvons dire déjà qu’elles seront déplaisantes pour l’avenir de l’humanité ». Aussi, la toute-puissance impliquée dans le fait de penser que nous pouvons venir avec une seconde expérimentation pour toute la planète qui contrecarrera la première expérimentation est un total délire » Al Gore

Bien que le rapport d’ébauche, présenté par Reuters, ne semble pas se faire fortement l’avocat pour certains de ces projets les plus aberrants, ce rapport note l’inévitabilité que les gouvernements mondiaux réduisent les émissions nécessitera des mesures plus agressives et pro-actives afin d’éviter la montée des températures que les scientifiques prédisent maintenant.

Comme le rapporte Suzanne Goldenberg du Guardian, les représentants  du climat aux  Nations Unies dans la prochaine édition de leur rapport, avertira que les gouvernements devraient extraire des quantités de gaz à effet de serre de l’air d’ici 2100 pour limiter le changement climatique. Mais l’ancien président des Etats Unis affirme que les recherches pour une solution immédiate, qui dit-il, sont nées du désespoir sont malavisées et ne peuvent conduire qu’à une catastrophe plus grande.

« L’idée que nous pouvons ajouter une autre forme de pollution dans l’air pour venir à bout les effets du réchauffement climatique est tout simplement folle “ a –til dit à une conference demandée par des reporters D’Afrique du Sud. »  Il a ajouté  «  Le fait que certains scientifiques qui sont supposés savoir mieux soient en ce moment engagés dans des discussions sur ces alternatives est la marque du désespoir dans lequel sont certains d’entre eux à cause de la paralysie du système politique global. »

Longtemps une fixation pour certains, une multitude de shémas de géo-ingénierie ont circulé, basés sur l’idée que si les interférences humaines ( à travers les vastes émissions industrielles et la pollution au CO2 ) ont provoqué le réchauffement de la planète, une sorte d’interférence supplémentaire avec la nature pourrait renverser la tendance. La semaine dernière comme l’a rapporté “ Common Dreams” des études menées par les chercheurs de l’Université  de Reading montraient qu’un plan pour l’emploi «  d’aérosols stratosphériques » pour bloquer la chaleur solaire pourrait provoquer «  des effets secondaires imprévisibles qui pourraient être aussi mauvais que la hausse du CO2

Et comme la journaliste et activiste Naomi Klein l’a précisé l’an passé dans une interview au Earth Island Journal, la géo-ingénierie est l’ «  expression ultime du désir d’éviter le lourd travail de réduire les émissions, et je pense que c’est ce qui est attrayant en elle. Je pense que nous verrons cette trajectoire suivie de plus en plus au fur et à mesure que le changement climatique deviendra impossible à nier. Un grand nombre d’individus sauteront directement sue la géo-ingénierie. Son attrait est dans le fait qu’elle ne compromet pas notre vision du monde. Elle nous laisse dans une position dominante. Elle nous dit qu’il y a une trappe de secours.  Si nous commençons à bricoler avec le thermostat de la terre-  colorant délibérément nos océans en vert glauque en leur faisant  éponger le carbone et javellisant les cieux jusqu’au blanc flou pour diminuer le rayonnement du soleil ( – on porte notre influence à un autre niveau. »

Bien sûr, une distinction est nécessaire entre des plans de mitigations durables, de réductions des émissions et des projets à grande échelle de géo-ingénierie.  Comme presque tous les experts s’accordent à le dire, il va falloir trouver des solutions technologiques et scientifiques significatives pour aider à diminuer (voire à résoudre) l’impact destructif du réchauffement climatique mais Gore et Klein rejette tout spécialement les projets à grande échelle comme l’ensemencement des océans ou des nuages avec des produits chimiques dans un essai inutile de renverser les dommages entraînés par l’âge industriel.

« La plus discutée de ces soi-disant propositions de géo-ingénierie- comme mettre du dioxide de sulfure dans l’atmosphère  pour renvoyer les rayons entrants du soleil, c’est tout simplement dément » dit Gore lors de sa conférence. «  Décrivons cela clairement, c’est tout bonnement cinglé »

Il ajoute “ Nous sommes déjà engagés dans une expérimentation à l’échelle planétaire avec des conséquences dont on peut déjà dire qu’elles seront déplaisantes pour le future de l’humanité. Donc, l’hubris impliquée dans l’idée que nous pouvons nous offrir une seconde expérimentation à l’échelle planétaire qui pourrait exactement contrebalancer la première est hautement fallacieuse.

Comme l’a écrit  Naomi Klein dans le New York Times en 2012, la chose la plus effrayante dans cette proposition est que ces modèles suggèrent que bon nombre des gens pouvant être mis en danger par ces technologies sont déjà vulnérables d’une façon disproportionnée à l’impact du changement climatique. Imaginons ceci : L’Amérique du Nord décide d’envoyer du sulfure dans la stratosphère pour réduire l’intensité du rayonnement solaire, dans l’espoir de sauver ses récoltes de maïs- malgré la possibilité réelle de générer des sécheresses en Asie et en Afrique. En bref, la géo-ingénierie pourrait nous donner ( à certains d’entre nous) le pouvoir d’exiler des quantités énormes de population en sacrifiant des zones entières par un simple retournement d’aiguillage.

Les ramifications géo-politiques sont terrifiantes. Le changement climatique rend déjà difficile à savoir si des évènement auparavant identifiés dans la catégorie des actes de Dieu ( Une vague incroyable de sécheresse en Mars ou une tempête frankensteinienne à Halloween) appartiennent encore à cette catégorie. Mais si nous commençons à bricoler le thermostat terrestre nous conduisons notre influence à un autre niveau. Une sécheresse en Inde sera vue, à tort ou à raison comme le résultat de la decision consciente d’ingénieurs  de l’autre côté de la planète. Ce qui était auparavant un manque de chance pourra devenir comme une conspiration malveillante ou une attaque impérialiste.

Traduction Elisabeth Guerrier

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La guerre contre la Démocratie

Un article du Guardian qui révèle comment dans ce glissement du profit privé aux commandes des états, les services d’agences comme le FBI se vendent aux plus offrant pour pénétrer les groupes activistes.E.G

 

 

 Anti-NSA rally in Washington DC

Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

 

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage  corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

  … gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activists et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :The CCP report notes that:

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reporter d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles. .Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»


A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’investissement du FBI dans l’espionnage au profit des corporations a été institutionnalisé à travers le “ Infragard”, un partenariat peu connu entre le FBI, l’industrie privée et le département de la sécurité intérieure. Ce partenariat implique la participation de plus de 23.000 représentants de l’industrie privée, y compris 350 sur les 500 des compagnies  du magazine  Fortune

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le nouveau rapport, des «  agents du FBI en activité sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant » une pratique qui «  donne aux firmes financières l’accès aux talents les plus expérimentés des services d’intelligence.  On sait peu de chose sur le travail au noir de la CIA ou sur les compagnies ayant embauché de tels agents.

Le rapport conclut que, à cause d’un extrême manque de surveillance, le gouvernement tend à approuver sans discussion la sous-traitance des services secrets.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de répliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents actifs et des officiers en retraite de l’intelligence service ou du service de l’application des lois.  Les actes hors la loi commis par  par les capacités de ces services privés d’intelligence  qui semblent  jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le cadre légal.  En fait les corporations sont maintenant capables d’embaucher les compétences  des services de la sécurité intérieure qui sont à peine contraints par la norme légale ou l’éthique et de l’utiliser pour subvertir ou détruire des groupes citoyens. Cela érode beaucoup la capacité du secteur civique de contrecarrer le pouvoir inouï des corporations et de l’élite financière. »

 

 Gary Ruskin, auteur du rapport dit :

“L’espionnage des corporations contre les organisations à but non lucrative est un abus éhonté du pouvoir corporatiste qui subvertit la démocratie. Qui tiendra les rênes  des corporations sans loi  quand ils fonceront sur les défendeurs de la justice bénévoles ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces compagnies fer de lance de la guerre contre la Démocratie sont aussi en guerre contre la planète. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses compagnies généraient presque les deux tiers des gaz à effets de serre et portent donc une responsabilité considérable dans le changement climatique.

 

 Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduit par Elisabeth Guerrier

Une brève histoire de l’anarchisme

Cet article est un reposoir, une marche sur laquelle s’asseoir quelques instants avant de repasser du côté du scepticisme et de la désespérance. On doit à Chomsky d’être un des points de veille outre-atlantique et de mettre au jour les manœuvres  incessantes et fondamentalement destructrices de ce système qui se radicalise au prix des bases mêmes de l’effort démocratique. On doit considérer la démocratie, contrairement aux autres régimes politiques, non seulement comme le moins mauvais mais surtout comme le plus fragile puisqu’il dépend aussi de l’engagement de la base qu’il est sensé représenter et demande une vigilance constante par rapport à la force de tensions que créent les visées du néo-libéralisme dont une des caractéristiques est l’absence complète de cadre éthique.

Cette éthique, seules la lucidité et la préservation des valeurs fondamentales de la démocratie, entendue comme le lieu de recherche d’un Bien Commun peuvent la maintenir ou, en ces temps d’effondrement du sens même de ses préceptes de base, la restaurer.  Cet article de Chomsky nous resitue dans une perspective historique de l’anarchisme avec toutes les nuances idéologiques qui l’ont construit de part et d’autre de l’Atlantique, non comme un courant éteint dans les caves de l’histoire mais comme la poursuite même des valeurs des fondements démocratiques. EG

 

La lutte pour le bien commun a un long passé.

Par NOAM CHOMSKY

 

Cette large tendance dans le développement humain cherche à identifier les structures de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain et ensuite les soumettent à un défi tout à fait raisonnable : justifiez-vous !

Les humains sont des créatures sociales et le genre de créature qu’une personne devient dépend crucialement des circonstances sociales, culturelles et institutionnelles de son existence.

Nous sommes donc amenés à aller chercher du côté des organisations sociales qui sont favorables aux droits et au bienêtre des individus. En bref, au bien commun.

Pour mettre cela en perspective, j’aimerais évoquer ce qui me semble être des quasis truismes. Ils sont liés à une intéressante catégorie de principes éthiques : ceux qui ne sont pas seulement universels, au sens où ils sont pratiquement professés partout, mais également doublement universels, en ce qu’ils sont aussi dans le même temps ceux qui sont le plus rejetés dans la pratique.

Cette étendue de principes très généraux,  du truisme qui dit que nous devrions nous appliquer à nous-mêmes les mêmes standards que ceux appliqués aux autres, sinon de plus exigeants à des doctrines plus spécifiques, comme le dévouement à la promotion de la démocratie et des droits humains, qui sont proclamés presque universellement, même par les pires monstres- bien que l’actuel état des lieux  dans son ensemble soit plutôt sombre.

Un bon point de départ est le classique “ De la Liberté “ de John Stuart Mill. Son épigraphe formule que «  Le grand principe conducteur, vers lequel tout argument développé dans ces pages converge directement : l’importance absolue, essentielle du développement humain dans toute sa diverse richesse. »

Ces mots sont cités par Wilhem von Humbolt, un des fondateurs du libéralisme classique. Ils suivent le fait que les institutions qui contraignent un tel développement sont illégitimes, à moins qu’elles ne puissent d’une manière ou d’une autre se justifier.

Le souci du bien commun devrait nous pousser à trouver des manières de cultiver le développement humain dans toute sa richesse et sa diversité.

Adam Smith, un autre penseur des Lumières ayant des vues similaires, pensait qu’il ne devrait pas être trop difficile d’instituer une politique humaniste. Dans «  La théorie du sentiment moral », il observe que » Aussi égoïste que soit supposé être l’homme, il y a de toute évidence des principes dans sa nature qui l’intéresse au destin des autres, et lui rendent son bonheur nécessaire, bien qu’il n’en tire rien à part le plaisir de le voir. »

 

Smith reconnait le pouvoir de ce qu’il nomme “ la vile maxime des maîtres de l’espèce humaine » : «  Tout pour nous et rien pour les autres » Mais de plus bienveillantes «  passions originales de la nature humaine » pourraient compenser cette pathologie.

Le libéralisme classique a sombrer sur les bancs du capitalisme, mais ses  engagements humanistes et ses aspirations ne sont pas morts. Rudolf Rocker, un penseur et activiste anarchiste du 20 ième siècle a réitéré des idées semblables.

Rocker décrit ce qu’il appelle «  une tendance certaine dans le développement historique de l’espèce humaine »  qui combat «  pour le déploiement dans la vie, libre de tout obstacle, de tout individu et de toute force sociale «

Rocker traçait le contour d’une tradition anarchiste culminant dans l’anarcho-syndicalisme – en termes européens une variété du socialisme libertaire” ( Libertarian socialism).
Cette branche du socialisme, maintient-il ne dépeint pas «  un système social fixe, auto-conservateur » avec des réponses définitives aux multiples questions et problèmes de la vie humaine mais plutôt une tendance dans le développement humain qui lutte pour atteindre les idéaux des Lumières.

Ainsi envisagé, l’anarchisme est part d’un registre plus large de la pensée et des actions du socialisme libertaire qui a impliqué la mise en œuvre pratique de la révolution espagnole de 1936, s’est répandue plus tard dans les entreprises gérées par le personnel dans la région industrielle des Etats Unis, dans le nord de Mexico, en Egypte et dans de nombreux autres pays, dont le pays basque d’une façon extensive et comprend les nombreux mouvements coopératifs autour du monde et une bonne part des initiatives en faveur des droits de l’homme, des droits des femmes, ou des droits civils.

Cette tendance étendue dans le développement humain recherché les structures identitaires de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain, et les soumettent ensuite à un défi très raisonnable, celui de se justifier.

Si ces structures ne peuvent être confrontées à ce défi, elles doivent être démantelées, et, ainsi que le pensent les anarchistes, «  refondées par le bas » comme l’observe le commentateur Nathan Schneider

Ceci semble en partie un truisme : pourquoi devrait-on défendre des structures ou des institutions illégitimes ? Mais les truismes ont au moins le mérite d’être vrais, ce qui les distingue de bons nombres de discours politiques. Et je pense qu’ils offrent des pierres d’achoppement utiles pour se diriger vers le bien commun.

Pour Rocker, “ le problème qui est posé à notre époque est celui de la libération de l’homme de la calamité de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social »

Il est à noter que la branche américaine des idées libertaires diffère beaucoup de la tradition libertaire, acceptant et bien sûr se faisant l’avocate de la subordination des travailleurs aux maîtres de l’économie, et la suggestion de tous à une disciple restrictive et aux formes destructives du marché.

L’Anarchisme est, fameusement, opposé à l’état, tout en préconisant «  une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté » selon les termes de Rocker et au-delà, des larges fédérations de communautés et d’entreprises auto-gérées

De nos jours, les anarchistes dédiés à ces buts supportent souvent le pouvoir de !’état pour protéger les individus, la société et la planète elle-même contre les ravages du capital privé concentré. Des moyens disponibles devraient être utilisés pour les protéger et leur bénéficier, même si l’objectif à long terme est de construire des alternatives préférables.

Dans le mouvement social brésilien des travailleurs agricoles, ils parlent d’ «  agrandir le plancher de la cage » – la cage des actuelles institutions coercitives qui peuvent être élargies par les luttes populaires- comme de ce qui s’est effectivement produit depuis plusieurs années.

Nous pouvons étendre l’image et envisage la cage des institutions comme une protection contre les bêtes sauvages errant dehors : les institutions capitalistes soutenues par l’état, dédiées au principe du gain privé, du pouvoir et de la domination, pour lesquels les communautés et l’intérêt public sont tout au plus une note de bas de page, révérée dans la rhétorique mais trahie en pratique comme question de principe ou même comme loi.

Beaucoup des travaux les plus respectés en sciences politiques comparent l’attitude publique et la politique gouvernementale. Dans «  Affluence et influence : l’inégalité économique et le pouvoir politique aux USA » le spécialiste de Princeton Marin Gilens révèle que la majorité de la population américaine est effectivement privée du droit électoral.

Presque 70 % de la population, au plus bas niveau de l’échelle des salaires et de la richesse n’a pas d’influence sur la politique, conclut Gilens. Plus on remonte l’échelle plus l’influence augmente lentement. Au plus haut niveau, sont ceux qui déterminent pratiquement toute la politique, par des moyens qui ne sont pas obscurs.

Le système qui en résulte n’est plus une démocratie mais une ploutocratie.

Ou, peut-être un peu plus gentiment, ce que le specialiste du droit Conor Gearty nomme « une néo-démocratie », un partenaire au néo-libéralisme- un système dans lequel la liberté est appréciée par une minorité et ou la sécurité dans son sens le plus plein est disponible seulement pour une élite, mais au sein d’un système plus général de droit officiel.

Par contraste, écrit Ricker, un système authentiquement démocratique prendrait la forme d’une  « alliance de groups d’hommes et de femmes libres basée sur le travail coopératif et sur une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté ».

Personne ne considère le philosophe américain John Dewey comme une anarchiste.

Mais penchons-nous sur ses idées. Il reconnaît que «  le pouvoir aujourd’hui réside dans le contrôle des moyens de production, l’échange, la publicité, les transports et la communication. Qui les déteint règle la vie du pays » même si les formes de la démocratie demeurent. Jusqu’à ce que ces institutions soient aux mains du public, la politique demeurera «  l’ombre jetée par les multinationales sur la société » comme c’est le cas aujourd’hui.

Ces idées ont conduit naturellement vers une vision de la société basée sur le contrôle des travailleurs sur les institutions productives, comme cela avait été envisagé par les penseurs du 19ième siècle, principalément Karl Marx mais aussi, bien que moins connu John Stuart Mill.

Mill écrit, «  La forme associative, cependant, qui, si le genre humain continue de s’améliorer prédominera, est l’association des travailleurs en terme d’égalité, de possession commune du capital avec lequel ils mènent à bien leurs opérations, travaillant sous le contrôle de managers éligibles et renouvelables par eux-mêmes. »

Les Pères fondateurs des USA étaient tous avertis des risques de la démocratie. Dans les débats de la convention constitutionnelle, le principal acteur, James Madison a prévenu de ces risques.

Prenant naturellement l’Angleterre comme modèle, Madison a observé qu’ «  en Angleterre, à l’heure actuelle, si des élections étaient ouvertes à toutes les classes sociales, la propriété foncière ne serait pas sûre., une loi agraire verrait rapidement le jour » compromettant le droit à la propriété.

Le problème de base envisagé par Madison dans «  l’établissement d’un système qui devra durer des siècles » était de s’assurer que les actuels décideurs serait la minorité riche afin de «  sécuriser le droit à la propriété contre les dangers de l’égalité et le suffrage universel, assignant les pleins  pouvoirs à des mains ne comptant pour aucune part sur la propriété »

On s’accorde généralement avec l’expert de l’Université Brown, Gordon S. Wood qui affirme que «  la  Constitution a été intrinsèquement un  document aristocratique créé pour contrôler les tendances démocratiques de l’époque. »

.

Bien avant Madison, Aristote dans sa “ Politique” identifie les mêmes problèmes quant à la démocratie. Passant en revue une variété de systèmes politiques, Aristote conclut que ce système était la meilleur – ou peut-être la moins mauvaise- forme de gouvernement. Mais il y reconnait une faille,. La masse des pauvres pourrait utiliser leur pouvoir de voter pour accaparer la propriété des riches, ce qui serait injuste.

Madison et Aristote proposent des solutions opposées : Aristote conseille de réduire les inégalités, ce que nous considérerions comme des mesures d’aides sociales. Madison pensait que la solution était de réduire la démocratie.

Lors de ses dernières années Thomas Jefferson, l’homme qui a rédigé la Déclaration d’Indépendance américaine, a saisi la nature profonde du conflit, qui est loin d’être résolu. Jefferson avait de sérieuses inquiétudes à propos de la qualité et du destin de l’expérience démocratique. Il faisait la distinction entre «  aristocrates et démocrates »

Les aristocrates sont ceux  « qui ont peur du people et ne lui font pas confiance, souhaitent mettre tous les pouvoirs dans les  mains des classes nanties ».
Les démocrates, par contraste, «  s’identifient au peuple, ont confiance en lui, le chérissent et le considèrent comme honnête et sûr, bien que n’étant pas les plus sages dépositaires de l’intérêt publique »

Aujourd’hui, les successeurs des “ aristocrates” de Jefferson pourraient argumenter sur qui devrait jouer le rôle de guide : intellectuels technocrates et orientés politiquement, ou banquiers et exécutifs des corporations.

C’est ce gardiennage politique que les libertaires authentiques cherchent à démanteler et à reconstruire de la base, tout en changeant l’industrie, comme Dewey l’évoque «  d’un état féodal en un ordre social démocratique », fondé sur le contrôle des travailleurs, respectant la dignité du producteur comme une personne authentique, pas comme un outil entre les mains d’autres personnes.

Tout comme la Vieille Taupe de Karl Marx – notre vieil ami, notre vieille taupe, qui sait si bien travailler sous terre puis émerger soudainement »- la tradition libertaire est toujours en train de creuser près de la surface, toujours prête à percer, parfois sous des formes surprenantes et inattendues, cherchant à faire valoir ce qui me semble une approximation raisonnable du bien commun.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Le glissement vers un futur autoritaire. Article de Global Research

ImageCet article a l’avantage de poser les questions des interactions entre système et citoyens. La montée d’un régime autoritaire et répressif ne s’opère pas uniquement par une violence ostensible et le recours aux outils de la force. Elle s’opère aussi en ” douceur” c’est à dire avec le substrat de l’assentiment et de la passivité des sujets sur lesquels elle s’exerce.  Nous lirons ici l’analyse de Werner de Gruijter, de Global Research.E.G

Le glissement vers un futur autoritaire : pourquoi l’Ouest abandonne- t- il lentement ses libertés civiles

By Werner de Gruijter

Global Research, January 02, 2014

Region: EuropeUSA

Theme: Culture, Society & HistoryPolice State & Civil Rights

Par Werner de Gruijter, Arnout Krediet et Sven Jense

Les politiciens des deux côtés de l’Atlantique qui construisent une image d’endurcissement. Endurcissement du crime, du terrorisme, le l’idéalisme inspiré de l’humanisme etc. touchent un point sensible qui bloque l’esprit critique du public. Les réactions brutales et dures d’Obama à propos des révélations d’Edward Snowden n’en est qu’un exemple supplémentaire. D’une certaine façon c’est comme si «  Nous, le Peuple.. » avait perdu sa propre trace. Quatre bonnes raisons peuvent être évoquées qui justifient que nous abandonnions ces droits civils pour lesquels nous nous sommes tant battus.

Beaucoup de pays à l’Ouest, comme la Grande Bretagne, le France, l’Espagne et les Pays Bas ont fait l’expérience ces dernières années d’une augmentation exponentielle de la surveillance technologique et un déclin évident dans le contrôle parlementaire ou judiciaire sur les agences de renseignements ou la police d’état.

Des questions comme l’abolition de la torture, la possibilité d’incarcération sans charges, la liberté de parole et son aspect privé ont été recadrés dans le débat public en faveur du contrôle étatique. Et tout le monde l’a accepté. Pour être juste, il y a bien eu de l’opposition mais elle a manqué d’intensité. Pourquoi ceci s’est-il produit ?

Pour donner un exemple, sous l’ancien ministre de Grande Bretagne Tony Blair, 45 lois criminelles ont été approuvées, créant 3000 nouveaux délits criminels. L’auteur britannique John Kampfer note que dans les dix dernières années plus de délits criminels ont été commis dans son pays que lors des cents dernières années. Tout ceci a été légitimé par l’idée qu’un «  virus » terroriste avait attaqué la civilisation occidentale. Bien sûr il y a une part de vérité là-dedans- mais les risques ont été grossièrement exagérés. Cependant, nous nous sommes accommodés des mesures proposées en tremblant.

Ce glissement culturel vers un future vraisemblablement plus autoritaire pour l’Ouest n’est pas une coïncidence naturelle. Il est fabriqué par l’homme. Si l’opportunité se présente, les glissements de la base ne se produisent que si les politiciens, les multinationales, les pouvoirs médiatiques et autres icônes culturels sont capables de trouver les symboles adéquats et les techniques pour en faire passer les messages.

Mais tout d’abord, à côté de ces techniques,  le célèbre psychologue américain Abraham Maslow sait probablement qu’il y a  dans ce contexte d’autres éléments qui stimulent cette apathie. Il note l’importance du temps accordé au loisir pour notre bien être personnel ainsi que pour celui de la communauté dans son ensemble. – cela crée pour ainsi dire la possibilité de prendre des décisions bien informées. Actuellement notre temps de loisir est compromis. Trente ans de stagnation des revenus au centre de prix à la hausse – les gens doivent lutter pour gagner leur vie- signifie que pour la plupart d’entre nous, il reste moins de temps pour la pensée critique.

Mais il a été encore plus difficile de réfléchir sue les questions importantes depuis que les politiciens et les leaders de l’opinion ont utilisé les outils de marketing pour séduire. Rappelez-vous, peu après l’effondrement bancaire de 2008 la discussion a été recadrée de telle manière que les dépenses gouvernementales, à la place de la dérégulation du secteur financier était la source de tous les maux – ce message a été répété, encore et encore. Cette technique de répétition neutralise effectivement l’esprit critique. C’est pourquoi, le propagandiste de l’Allemagne nazie, Joseph Goebbels avait vu juste :

« Si vous dites un énorme mensonge et que vous passez votre temps à le répéter, les gens vont finir par le croire »

Bien après la mort de Goebbels, des psychologues ont découvert d’une façon expérimentale qu’il existe une tendance naturelle de l’être humain à réagir de plus en plus à des messages auxquels ils sont de plus en plus exposés. Ils nomment ceci «  La loi de simple exposition ». Nous devrions nous demander si cette habitude est saine pour notre bien-être collectif. Qui plus est, les psychologues ont aussi découvert que notre habilité à penser d’une façon critique est sévèrement limitée quand nous sommes sous l’effet du stress. Les gens effrayés tendent à percevoir la réalité sous un prisme simple de réponses bonnes ou mauvaises, laissant de côté les complexités. Effrayés, nous sommes aisément dupés. Les politiciens et les corporations ne peuvent pas résister à la tentation de manipuler cet instinct animal- comme lorsque nous entamons une guerre sans qu’on nous ait montré la moindre preuve sérieuse de sa légitimité. On pourrait attendre de la presse dans son rôle de chien de garde qu’elle attaque ces mêmes politiciens qui créent les polémiques en noir et  blanc. Cependant, actuellement la plupart des médias (tenus par des groupes privés) se font l’écho des corporations, qui à notre époque ne diffèrent pas tellement dans leur substance de la voix du gouvernement. Le résultat est que des voix alternatives et plus nuancées sont sous-représentées dans le discours culturel ce qui, encore, rend la production de décisions bien informées plus difficile.

Et en considérant l’information qui est filtrée vers une large audience, on note également le lent mais régulier glissement qui fait disparaître la séparation entre les nouvelles et le divertissement. Le chercheur américain Daniel Hallin prétend que le temps d’antenne des petites phrases accordé aux politiciens a chuté de quarante seconds en 1960 à dix secondes en 1988. Le point essentiel que soulève Hallin est que pour lui la principale victime de de ce processus qui se développe encore est la capacité à observer attentivement les phénomènes sociaux.  Les résultats de telles nouvelles données comme sur un champ de course, ces nouvelles politiques présentées comme un jeu de “qui va être le plus futé” dans lequel les politiciens tente d’être plus populaires que raisonnables.  Le flou de ces bons mots racoleurs touchant l’audience crée un nouvelle aliénation à la réalité.

Pris tout ensemble, cet assaut de loisir, de répétition de l’information, de politique de peur et de la transformation de nos medias de chiens de garde en chiens de salons crée une situation dans nos esprits du bien commun qui se dissout lentement dans un ocean de bruit, de distraction et de désinformation.

Pendant ce temps, l’environnement social que construisent les medias sociaux, les corporations et les gourous médiatiques produisent de l’anxiété et des illusions afin de faire plus de profit et de renforcer les pouvoirs corporatistes. Ce qui signifie qu’ils retirent la force des gens à participer à l’entretien d’un environnement sain et significativement démocratique.

Thomas Jefferson a dit une fois que le gouvernement devrait craindre le pouvoir du people. A cet égard, l’apathie avec laquelle l’audience en général a répondu aux révélations faites par Snowden est une démonstration cynique de notre situation actuelle.  Cependant, bien que minuscule, un message aussi questionnant bouge la société, même simplement un petit peu.  Notre cerveau n’est pas complètement mort et il y a de l’espoir là. La meilleur question que peuvent se poser à eux-mêmes les Occidentaux est celle-ci : est-ce que les structures actuelles du pouvoir vont être capable cette violation Claire des droits civils humains ou ce message est-il trop fort pour être ignore ?

Ou pour le poser d’une façon plus directe que ça : va-t-il y avoir une transition vers une démocratie pleine de sens à l’Ouest ou avançons-bous vers une forme avancée d’autoritarisme ?

Qu’en pensez-vous ?

Traduction Elisabeth Guerrier

LA GUERRE CONTRE LA DEMOCRATIE Nazeef Ahmed

Il semble que ces faits dévoilés sur les accointances entre les services de renseignements publics et les multinationales soient rendus possibles à cause du vide juridique et du laxisme politique  pour le combler auxquels sont confrontés les USA. On trouve les mêmes ouvertures faites dans des zones où tout est possible dans le monde de la finance et dans les capacités sans limites de la NSA à aller sonder les vies privées de la planète entière. On ne peut pas demander de respecter une position éthique à des institutions qui sont laissées la bride sur le cou et n’ont pas le rempart d’un cadre légal pour éviter les dérives. Tout s’achète, c’est une des maladies endémiques du néo-capitalisme dans sa forme extrême, agie quotidiennement outre-Atlantique. Les agents de la CIA ou du FBI qui travaillent ” au noir” pour les corporations ne font que ce que tout individu laissé aux prises avec ses choix face à des offres mirobolantes ferait si il se sait le faire dans l’impunité. La corruption fonde le système dans sa structure même. Ce n’est pas un délit, c’est une façon d’envisager le rapport  au pouvoir et à la réussite personnelle. Plus on vous achète ou finance plus vous valez sur le marché. E.G

 

La guerre contre la Démocratie

Par Nafeez Ahmed LE GUARDIAN

Comment les agences d’espionnage et les corporations utilisent la ” sécurité ” pour éradiquer l’activisme.

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 Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

… gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activistes et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reportaire d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles.. Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»

A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’implication du FBI dans l’espionnage au profit des multi-nationales a été institutionnalisé avec l’”Infragard”, un partenariat peu connu entre l’industrie privée, le FBI et le Département de la Sécurité du Territoire. Le partenariat comprend la participation de plus de «  23.000 représentant de l’industrie privée » y compris 350 parmi les 500 compagnies Fortune.

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le rapport suivant, «  Des membres du service actif de la CIA sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant. » une pratique qui donne «  aux firmes financières et aux Hedge funds accès aux talents de l’intelligence service les plus performants. Peu de choses sont connues sur la politique de travail au noir de la CIA ou quelles corporations ont embauché les agents en service de la CIA »

Le rapport conclu que, en raison d’un manqué extrême de supervision, le gouvernement tend effectivement à approuver sans discussion une telle sous-traitance.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de dupliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents en activité et des officiers en retraite des services de l’Intelligence ou de l’exécutif. Le non-droit impliqué dans les capacités d’ interventions des services de l’espionnage qui semble jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le respect de la loi.  En réalité, les corporations sont maintenant capables d’embaucher des membres de la police civile, qui sont à peine contraints par des normes éthiques ou légales- et de les utiliser pour subvertir ou détruire les groupes citoyens. Ceci érode la capacité de la société civile de contrer les pouvoirs incroyables des corporations et des élites financières »

Gary Ruskin, l’auteur de ce rapport dit : :

«  L’espionnage des Corporations contre les ONG est un abus  flagrant du pouvoir des multinationales qui subvertit la démocratie. Qui va mettre la bride à ces corporations hors la loi lorsqu’elles pèsent sur les associations défenderesses de la justice ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces mêmes compagnies  menant la guerre contre la démocratie sont aussi en guerre avec la planète entière. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses corporations génèrent  aux alentours des deux tiers  des émissions de  gaz à effet de serre responsable du changement climatique.

Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduction : Elisabeth Guerrier