LA GUERRE CONTRE LA DEMOCRATIE Nazeef Ahmed

by Elisabeth Guerrier

Il semble que ces faits dévoilés sur les accointances entre les services de renseignements publics et les multinationales soient rendus possibles à cause du vide juridique et du laxisme politique  pour le combler auxquels sont confrontés les USA. On trouve les mêmes ouvertures faites dans des zones où tout est possible dans le monde de la finance et dans les capacités sans limites de la NSA à aller sonder les vies privées de la planète entière. On ne peut pas demander de respecter une position éthique à des institutions qui sont laissées la bride sur le cou et n’ont pas le rempart d’un cadre légal pour éviter les dérives. Tout s’achète, c’est une des maladies endémiques du néo-capitalisme dans sa forme extrême, agie quotidiennement outre-Atlantique. Les agents de la CIA ou du FBI qui travaillent ” au noir” pour les corporations ne font que ce que tout individu laissé aux prises avec ses choix face à des offres mirobolantes ferait si il se sait le faire dans l’impunité. La corruption fonde le système dans sa structure même. Ce n’est pas un délit, c’est une façon d’envisager le rapport  au pouvoir et à la réussite personnelle. Plus on vous achète ou finance plus vous valez sur le marché. E.G

 

La guerre contre la Démocratie

Par Nafeez Ahmed LE GUARDIAN

Comment les agences d’espionnage et les corporations utilisent la ” sécurité ” pour éradiquer l’activisme.

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 Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

… gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activistes et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reportaire d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles.. Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»

A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’implication du FBI dans l’espionnage au profit des multi-nationales a été institutionnalisé avec l’”Infragard”, un partenariat peu connu entre l’industrie privée, le FBI et le Département de la Sécurité du Territoire. Le partenariat comprend la participation de plus de «  23.000 représentant de l’industrie privée » y compris 350 parmi les 500 compagnies Fortune.

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le rapport suivant, «  Des membres du service actif de la CIA sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant. » une pratique qui donne «  aux firmes financières et aux Hedge funds accès aux talents de l’intelligence service les plus performants. Peu de choses sont connues sur la politique de travail au noir de la CIA ou quelles corporations ont embauché les agents en service de la CIA »

Le rapport conclu que, en raison d’un manqué extrême de supervision, le gouvernement tend effectivement à approuver sans discussion une telle sous-traitance.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de dupliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents en activité et des officiers en retraite des services de l’Intelligence ou de l’exécutif. Le non-droit impliqué dans les capacités d’ interventions des services de l’espionnage qui semble jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le respect de la loi.  En réalité, les corporations sont maintenant capables d’embaucher des membres de la police civile, qui sont à peine contraints par des normes éthiques ou légales- et de les utiliser pour subvertir ou détruire les groupes citoyens. Ceci érode la capacité de la société civile de contrer les pouvoirs incroyables des corporations et des élites financières »

Gary Ruskin, l’auteur de ce rapport dit : :

«  L’espionnage des Corporations contre les ONG est un abus  flagrant du pouvoir des multinationales qui subvertit la démocratie. Qui va mettre la bride à ces corporations hors la loi lorsqu’elles pèsent sur les associations défenderesses de la justice ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces mêmes compagnies  menant la guerre contre la démocratie sont aussi en guerre avec la planète entière. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses corporations génèrent  aux alentours des deux tiers  des émissions de  gaz à effet de serre responsable du changement climatique.

Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduction : Elisabeth Guerrier

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