Le glissement vers un futur autoritaire. Article de Global Research

by Elisabeth Guerrier

ImageCet article a l’avantage de poser les questions des interactions entre système et citoyens. La montée d’un régime autoritaire et répressif ne s’opère pas uniquement par une violence ostensible et le recours aux outils de la force. Elle s’opère aussi en ” douceur” c’est à dire avec le substrat de l’assentiment et de la passivité des sujets sur lesquels elle s’exerce.  Nous lirons ici l’analyse de Werner de Gruijter, de Global Research.E.G

Le glissement vers un futur autoritaire : pourquoi l’Ouest abandonne- t- il lentement ses libertés civiles

By Werner de Gruijter

Global Research, January 02, 2014

Region: EuropeUSA

Theme: Culture, Society & HistoryPolice State & Civil Rights

Par Werner de Gruijter, Arnout Krediet et Sven Jense

Les politiciens des deux côtés de l’Atlantique qui construisent une image d’endurcissement. Endurcissement du crime, du terrorisme, le l’idéalisme inspiré de l’humanisme etc. touchent un point sensible qui bloque l’esprit critique du public. Les réactions brutales et dures d’Obama à propos des révélations d’Edward Snowden n’en est qu’un exemple supplémentaire. D’une certaine façon c’est comme si «  Nous, le Peuple.. » avait perdu sa propre trace. Quatre bonnes raisons peuvent être évoquées qui justifient que nous abandonnions ces droits civils pour lesquels nous nous sommes tant battus.

Beaucoup de pays à l’Ouest, comme la Grande Bretagne, le France, l’Espagne et les Pays Bas ont fait l’expérience ces dernières années d’une augmentation exponentielle de la surveillance technologique et un déclin évident dans le contrôle parlementaire ou judiciaire sur les agences de renseignements ou la police d’état.

Des questions comme l’abolition de la torture, la possibilité d’incarcération sans charges, la liberté de parole et son aspect privé ont été recadrés dans le débat public en faveur du contrôle étatique. Et tout le monde l’a accepté. Pour être juste, il y a bien eu de l’opposition mais elle a manqué d’intensité. Pourquoi ceci s’est-il produit ?

Pour donner un exemple, sous l’ancien ministre de Grande Bretagne Tony Blair, 45 lois criminelles ont été approuvées, créant 3000 nouveaux délits criminels. L’auteur britannique John Kampfer note que dans les dix dernières années plus de délits criminels ont été commis dans son pays que lors des cents dernières années. Tout ceci a été légitimé par l’idée qu’un «  virus » terroriste avait attaqué la civilisation occidentale. Bien sûr il y a une part de vérité là-dedans- mais les risques ont été grossièrement exagérés. Cependant, nous nous sommes accommodés des mesures proposées en tremblant.

Ce glissement culturel vers un future vraisemblablement plus autoritaire pour l’Ouest n’est pas une coïncidence naturelle. Il est fabriqué par l’homme. Si l’opportunité se présente, les glissements de la base ne se produisent que si les politiciens, les multinationales, les pouvoirs médiatiques et autres icônes culturels sont capables de trouver les symboles adéquats et les techniques pour en faire passer les messages.

Mais tout d’abord, à côté de ces techniques,  le célèbre psychologue américain Abraham Maslow sait probablement qu’il y a  dans ce contexte d’autres éléments qui stimulent cette apathie. Il note l’importance du temps accordé au loisir pour notre bien être personnel ainsi que pour celui de la communauté dans son ensemble. – cela crée pour ainsi dire la possibilité de prendre des décisions bien informées. Actuellement notre temps de loisir est compromis. Trente ans de stagnation des revenus au centre de prix à la hausse – les gens doivent lutter pour gagner leur vie- signifie que pour la plupart d’entre nous, il reste moins de temps pour la pensée critique.

Mais il a été encore plus difficile de réfléchir sue les questions importantes depuis que les politiciens et les leaders de l’opinion ont utilisé les outils de marketing pour séduire. Rappelez-vous, peu après l’effondrement bancaire de 2008 la discussion a été recadrée de telle manière que les dépenses gouvernementales, à la place de la dérégulation du secteur financier était la source de tous les maux – ce message a été répété, encore et encore. Cette technique de répétition neutralise effectivement l’esprit critique. C’est pourquoi, le propagandiste de l’Allemagne nazie, Joseph Goebbels avait vu juste :

« Si vous dites un énorme mensonge et que vous passez votre temps à le répéter, les gens vont finir par le croire »

Bien après la mort de Goebbels, des psychologues ont découvert d’une façon expérimentale qu’il existe une tendance naturelle de l’être humain à réagir de plus en plus à des messages auxquels ils sont de plus en plus exposés. Ils nomment ceci «  La loi de simple exposition ». Nous devrions nous demander si cette habitude est saine pour notre bien-être collectif. Qui plus est, les psychologues ont aussi découvert que notre habilité à penser d’une façon critique est sévèrement limitée quand nous sommes sous l’effet du stress. Les gens effrayés tendent à percevoir la réalité sous un prisme simple de réponses bonnes ou mauvaises, laissant de côté les complexités. Effrayés, nous sommes aisément dupés. Les politiciens et les corporations ne peuvent pas résister à la tentation de manipuler cet instinct animal- comme lorsque nous entamons une guerre sans qu’on nous ait montré la moindre preuve sérieuse de sa légitimité. On pourrait attendre de la presse dans son rôle de chien de garde qu’elle attaque ces mêmes politiciens qui créent les polémiques en noir et  blanc. Cependant, actuellement la plupart des médias (tenus par des groupes privés) se font l’écho des corporations, qui à notre époque ne diffèrent pas tellement dans leur substance de la voix du gouvernement. Le résultat est que des voix alternatives et plus nuancées sont sous-représentées dans le discours culturel ce qui, encore, rend la production de décisions bien informées plus difficile.

Et en considérant l’information qui est filtrée vers une large audience, on note également le lent mais régulier glissement qui fait disparaître la séparation entre les nouvelles et le divertissement. Le chercheur américain Daniel Hallin prétend que le temps d’antenne des petites phrases accordé aux politiciens a chuté de quarante seconds en 1960 à dix secondes en 1988. Le point essentiel que soulève Hallin est que pour lui la principale victime de de ce processus qui se développe encore est la capacité à observer attentivement les phénomènes sociaux.  Les résultats de telles nouvelles données comme sur un champ de course, ces nouvelles politiques présentées comme un jeu de “qui va être le plus futé” dans lequel les politiciens tente d’être plus populaires que raisonnables.  Le flou de ces bons mots racoleurs touchant l’audience crée un nouvelle aliénation à la réalité.

Pris tout ensemble, cet assaut de loisir, de répétition de l’information, de politique de peur et de la transformation de nos medias de chiens de garde en chiens de salons crée une situation dans nos esprits du bien commun qui se dissout lentement dans un ocean de bruit, de distraction et de désinformation.

Pendant ce temps, l’environnement social que construisent les medias sociaux, les corporations et les gourous médiatiques produisent de l’anxiété et des illusions afin de faire plus de profit et de renforcer les pouvoirs corporatistes. Ce qui signifie qu’ils retirent la force des gens à participer à l’entretien d’un environnement sain et significativement démocratique.

Thomas Jefferson a dit une fois que le gouvernement devrait craindre le pouvoir du people. A cet égard, l’apathie avec laquelle l’audience en général a répondu aux révélations faites par Snowden est une démonstration cynique de notre situation actuelle.  Cependant, bien que minuscule, un message aussi questionnant bouge la société, même simplement un petit peu.  Notre cerveau n’est pas complètement mort et il y a de l’espoir là. La meilleur question que peuvent se poser à eux-mêmes les Occidentaux est celle-ci : est-ce que les structures actuelles du pouvoir vont être capable cette violation Claire des droits civils humains ou ce message est-il trop fort pour être ignore ?

Ou pour le poser d’une façon plus directe que ça : va-t-il y avoir une transition vers une démocratie pleine de sens à l’Ouest ou avançons-bous vers une forme avancée d’autoritarisme ?

Qu’en pensez-vous ?

Traduction Elisabeth Guerrier

Advertisements