La guerre contre la Démocratie

by Elisabeth Guerrier

Un article du Guardian qui révèle comment dans ce glissement du profit privé aux commandes des états, les services d’agences comme le FBI se vendent aux plus offrant pour pénétrer les groupes activistes.E.G

 

 

 Anti-NSA rally in Washington DC

Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

 

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage  corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

  … gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activists et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :The CCP report notes that:

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reporter d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles. .Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»


A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’investissement du FBI dans l’espionnage au profit des corporations a été institutionnalisé à travers le “ Infragard”, un partenariat peu connu entre le FBI, l’industrie privée et le département de la sécurité intérieure. Ce partenariat implique la participation de plus de 23.000 représentants de l’industrie privée, y compris 350 sur les 500 des compagnies  du magazine  Fortune

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le nouveau rapport, des «  agents du FBI en activité sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant » une pratique qui «  donne aux firmes financières l’accès aux talents les plus expérimentés des services d’intelligence.  On sait peu de chose sur le travail au noir de la CIA ou sur les compagnies ayant embauché de tels agents.

Le rapport conclut que, à cause d’un extrême manque de surveillance, le gouvernement tend à approuver sans discussion la sous-traitance des services secrets.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de répliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents actifs et des officiers en retraite de l’intelligence service ou du service de l’application des lois.  Les actes hors la loi commis par  par les capacités de ces services privés d’intelligence  qui semblent  jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le cadre légal.  En fait les corporations sont maintenant capables d’embaucher les compétences  des services de la sécurité intérieure qui sont à peine contraints par la norme légale ou l’éthique et de l’utiliser pour subvertir ou détruire des groupes citoyens. Cela érode beaucoup la capacité du secteur civique de contrecarrer le pouvoir inouï des corporations et de l’élite financière. »

 

 Gary Ruskin, auteur du rapport dit :

“L’espionnage des corporations contre les organisations à but non lucrative est un abus éhonté du pouvoir corporatiste qui subvertit la démocratie. Qui tiendra les rênes  des corporations sans loi  quand ils fonceront sur les défendeurs de la justice bénévoles ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces compagnies fer de lance de la guerre contre la Démocratie sont aussi en guerre contre la planète. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses compagnies généraient presque les deux tiers des gaz à effets de serre et portent donc une responsabilité considérable dans le changement climatique.

 

 Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduit par Elisabeth Guerrier

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