L’investiture Obama

by Elisabeth Guerrier

 

629124-president-barack-obama

 

Voici la traduction d’un article de David Bromwich paru dans TomDispatch. D’une certaine façon, il vient répondre à un nombre important de questions que tous,  habitants d’Amérique ou non, nous nous posions sur le pouvoir de ce président. Obama est en poste depuis assez longtemps pour que les fondamentaux qui l’ont faits élire puisse commencer à prendre leur forme, c’est à dire la forme qu’on attend, tous, citoyens de cette globalisation qui ne nous laisse que nos yeux pour pleurer et quelques autres outils tout de même. Or qu’est ce qu’on voit ?  Rien. Sur des sujets essentiels comme l’environnement, la régulation tant attendue du système bancaire et les poursuites qui auraient dû suivre ces malversations ostensibles..rien… Alors, on pensait..Les Républicains, et on avait dans une certaine mesure raison…tant de temps pour faire passer une loi sur la santé publique qui l’a porté pendant sa campagne, il devait se heurter à un contre-pouvoir exceptionnel !! Une impression de flottement, de temps vidé de sa substance…

Et donc, cet article a la grande force de remettre ces observations dans leur contexte, historique et surtout psychologique. Qui est Obama ? Et qui est-il pour être le président de la plus puissante nation du monde ? L’analyse est documentée, profonde. C’est une certitude, avec cette petite lampe allumée aux côtés de votre lecture des faits politiques actuels et plus anciens, vous verrez mieux.. même si c’est pour constater qu’il n’y aura rien à espérer du passage de cet homme-là pour les causes essentielles.

The Voice

Comment Obama est devenu le publiciste de sa présidence ( Plutôt qu’un Président)

Par David Bromwich

Le 3 Mars, comme d’autres jours a vu la délivrance d’une opinion sévère par le Président Obama. A en juger par les récents évènements d’Ukraine, a-t-il dit, la Russie se mettait  « sur le mauvais côté de l’histoire ». Ceci peut sembler surprenant dans la bouche d’un président américain. Le destin du communisme soviétique a appris à beaucoup de personnes à être circonspects en évoquant l‘Histoire comme si elle était une bonne amie ou une co-équipière. Mais sans aucun doute Obama se sentait-il à l’aise parce qu’il se citait lui-même. « Que ceux qui s’accrochent au pouvoir grâce à la corruption et la trahison » a-t-il dit dans son discours inaugural de 2009, « sachent qu’ils sont sue le mauvais côté de l’Histoire mais que nous vous tendrons la main si vous avez la volonté d’ouvrir votre poing » En Janvier 2009 et à nouveau en Mars 2014, Obama parlait au monde comme son monarque sans couronne.
Depuis un certain temps, des observateurs, — un échantillon étonnamment large – disent que Obama ressemble plus à un roi qu’à un président. Laissons de côté les fanatiques qui pensent qu’il est un « tyran » aux pouvoirs parallèles et au dessein maléfique. De telles notions viennent aisément à l’esprit de ceux qui les cherchent, elles sont prédigérées et peuvent être aisément rejetées. Mais le germe d’une conclusion similaire peut être trouvé dans la perception partagée par de nombreux autres. Obama, dit-on, se prend pour une sorte de monarque bienveillant- un roi dans un système constitutionnel mixé, où les devoirs de la couronne sont principalement cérémoniaires. Il se voit lui-même, pour faire bref, comme le détenteur d’une mission dignifiée avec lequel les Américains et les autres sont naturellement à l‘unisson.
Une large part de son expérience présidentielle aurait dû le décourager de cette idée. Le taux d’approbation d’Obama depuis plusieurs mois ne s’élève pas au-dessus de 40 % just above 40%. mais quoi que les gens puissent en fait penser de lui, l’évidence suggère que cela a été sa vision de la mission présidentielle – ou, plutôt, de sa fonction en tant que responsable de cette mission. C’est un fantasme subtil et puissant, et cela a de toute évidence conduit ses attitudes et ses actions, autant que l’a permis la réalité, pendant plus de ces cinq années en poste.

Qu’est-ce qui peut avoir donné à Obama une si étrange vision de la façon dont le système politique américain était supposé fonctionner ? N’oublions pas un fait évident et pertinent. Il est entré en lice pour la présidentielle de 2007 avec moins de pratique de la gouvernance qu’aucun autre candidat avant lui. A la Harvard Law School, Obama était admiré par ses professeurs et aimé par ses camarades avec une réserve : dans une institution notoirement connue pour les démonstrations pompeuses de sa jeunesse, Obama se faisait remarquer pour l’importance qu’il accordait à ses propres « interventions » en classe. Sa singularité se montra sous un autre éclairage lors de son élection comme président de « L’Harvard Law Review »- le premier étudiant en droit à jamais avoir occupé ce poste sans avoir publié d’article dans aucun journal juridique. Il s’attira la sympathie de ses collègues en insistant sur le fait que la posture de la « Review » n’avait pas besoin d’être marquée par des partis-pris ou la partisanerie. Qu’elle n’avait pas à être libérale ou conservatrice, libertaire ou étatiste. Elle pouvait être » bien au-dessus de ça ».
Ce modèle- l’ascension pour devenir président-en-chef sur de grands projets sans engagements encombrants- a suivi Obama dans sa courte carrière légale sans évènement, à propos de laquelle aucun fait remarquable n’a jamais été cité. Dans une carrière parallèle en tant que professeur de droit constitutionnel, il était également bien aimé, bien que ses vues sur les questions constitutionnelles les plus importantes ne semblaient jamais très pointues à ses étudiants. La même chose étant vraie de ses services de quatre années en tant que sénateur de l’Illinois au cours de laquelle il a accumulé un nombre cas remarquable de votes dans la catégorie « présent » plutôt que dans celles des « oui » ou des « non ». Finalement le même schéma a prévalu pendant son service au Sénat Américain, où, depuis son premier jour, où il fut observé qu’il était demandeur d’une sorte de distinction et de pouvoir qui est normalement déniée aux jeunes sénateurs.
Une extrême prudence a marqué toutes les actions précoces dans la vie publique d’Obama. De rares écarts de ces avancées-sans- faire-de-trace tels que son engagement de faire obstruction à l’immunité acquise des géants de l’industrie des télécommunications de façon à pouvoir les exposer à de possibles poursuites et à des surveillances sans mandat- semble a posteriori complètement tactique. L’éditeur d’une revue juridique n’ayant jamais publié d’article, l’avocat sans cas connu à son crédit, le professeur de droit dont les contenus étaient agréablement transmis sans pouvoir y déceler ses positions sur des questions essentielles, le sénateur d’état avec une quantité record de votes « oui, ou non » et le sénateur des USA qui, entre 2005 et 2008 s’est refreiné de s’impliquer lui-même comme auteur d’une seule pièce de législation significative ; ceci a été le candidat qui est devenu président en Janvier 2009.

L’homme sans dossier

Beaucoup de ces faits ont été rappels lors des primaires de 2008 par Hillary Clinton. Plus encore a été dit par les Républicains lors des élections générales. Cependant les accusations ont été jetées sur un tel amas de combustible fait de tant de détritus- tant était violent, raciste, faux et évoqué par des personnes manifestement compromises ou partiales- que les inférences envisageables étaient tentantes à ignorer. On pouvait espérer, quel que soit les vides dans les archives, de ses actions, ils n’importeraient pas vraiment une fois que Obama aurait atteint la présidence.

Ses prestations lors de la campagne ont montré qu’il avait l’esprit cohérent, n’était pas attiré par les passions inférieures et était un synthétiseur parfait des faits et des opinions d’autres individus. Il maîtrisait un doux baryton dont il appréciait un peu trop d’observer les effets et il s’adressait aux Américains exactement à la manière d’un digne mais cependant passionné président pouvait s’adresser à nous. Le contraste avec Georges Bush ne pouvait pas être plus aigu. Et l’aspect décisif de ce contraste a été la plus grande fausse piste dans le caractère politique d’Obama.
Il fut élu pour gouverner alors que peu était connu de son approche du côté pratique de la gouvernance des peuples. Les possibilités inexplorées étaient, évidemment, que peu était connu parce qu’il n’y avait pas grand-chose à savoir. Des organisateurs entrainés selon les méthodes d’agitation communautaire de Saul Alinsky, Saul Alinsky’s methods  il avait été considéré comme celui éprouvant la plus grande aversion aux conflits. D’une façon incongrue comme le souligne Jeffrey Stout dans « Bénis soient les Organisés » Blessed Are the Organized.
Obama fuit la « polarisation », l’opposition des points de vue, comme l’arme appropriée du faible. Sa tendance, au contraire a été de commencer à s’opposer en « dépolarisant ». Son but a toujours été d’amener les intérêts les plus puissants à la table. Ceci ne doit pas être négligé comme une anomalie du caractère, car le tempérament peut avoir une beaucoup plus grande importance en politique que la promulgation de saines opinions. La signification de son expertise théorique et de son rejet pratique de la confrontation pourrait émerger comme l’évènement saillant de sa carrière comme organisateur.
Comme Obama le reconnait dans une chapitre révélateur de ses mémoires  “Dreams from My Father”, l’évènement en question avait commencé comme une protestation avec le plus chaleureux des espoirs. Il cherchait à attirer l’attention de l’autorité responsable du logement de Chicago sur les dangers de l’amiante à Altgeld Gardens, le projet de logements sur lequel il travaillait. Après un faux départ et l’ensemble habituel des faux fuyants d’une agence municipale, une rencontre publique fût finalement organisée au gymnase local. Obama donna des instructions à deux femmes locataires, afin qu’elles dirigent le meeting, de façon à ne pas laisser le ponte de la municipalité prendre en charge tout le discours. Puis il se retira dans le fond du gymnase.

Il s’avéra que les femmes manquaient des compétences nécessaires. Elles rabaissèrent et provoquèrent l’officiel de la municipalité. Une d’entre elles agita une fois le micro comme une carotte face à lui, lui arracha puis recommença. Il sortit en se sentant insulté et le meeting se termina dans le chaos. Et où était donc Obama ? Selon ses propres propos, il était resté dans le fond de la pièce, agitant les bras- trop éloigné de tout le monde pour qu’aucun de ses signaux ne puisse être perçu. En racontant l’incident, il dit d’une façon compassionnée que les femmes se blâmèrent bien que la responsabilité ne leur ait pas entièrement incombé. Il ne dit pas qu’un autre genre d’organisateur, s’apercevant que les choses allaient mal, aurait changé de tactique et pris le meeting en charge.
« Je ne peux pas vous entendre »
« Gouverner en arrière-plan » a été une expression clef utilisée par l’administration de la Maison Blanche sous Obama pour décrire la posture du président dans sa coopération avec l’OTAN, quand, après une longue et caractéristique hésitation, il prit conseil auprès du Département d’Etat d’Hillary Clinton contre le Département de la Défense de Robert Gates et ordonna le bombardement de la Lybie. Quelque chose comme cette description avait été formulé plus tôt par des reporters couvrant ses négociations distantes et auto-protectrices avec le Congrès dans les progrès de sa loi de réforme du système de santé. Dirigeant en arrière-plan, ont-ils insisté, ne reflétait pas la véritable attitude du Président ou l’intensité de son engagement.
En Lybie, le monde entier savait que le projet d’intervention était largement commandité par les Américains et que les missiles et la couverture aérienne étaient fournis par les USA. Obama était le chef d’un état qui faisait s’effondrer une fois de plus un autre gouvernement du Moyen Orient. Après l’Afghanistan et l’Irak, celui-ci était la troisième marque du leadership américain depuis 2001. Obama, cependant, a relativisé sa propre importance à cette époque, son énergie a été investie dans le fait d’éviter les exigences du Congrès qui aurait voulu qu’il explique quelle sorte d’opération il dirigeait.
Dans les termes du War Powers Resolution de 1973 , un président a besoin de l’approbation du Congrès avant de engager légalement les forces armées américaines dans des « hostilités » à l’étranger. Mais en suivant les arguments offerts par les avocats d’Obama, les hostilités n’étaient des hostilités que si un Américain était tué, le Président d’autre part peut mener des guerres simples comme cela lui fait plaisir- sans l’approbation du Congrès. Aucun soldat américain n’ayant été tué en Lybie, il s’avérait qu’Obama pouvait diriger le pays en arrière-plan sans l’approbation du Congrès. Cette délicate sophistication légale servit son projet temporaire et le bombardement s’effectua. L’expression étrange de « gouverner en arrière-plan » ne s’en est pas allée pour autant. Actuellement, cette phrase est principalement utilisée comme provocation par les courtiers en guerre dont les idées d’un vrai leader forment un éventail extrêmement étroit de l’ancien Président George W. Bush au Sénateur John Mac Cain. Ces personnes n’auraient aucun problème avec Obama si seulement il nous donnait plus de guerres.
Reste le fait curieux que, dans la conception de la présidence d’Obama, « gouverner en arrière-plan » a eu une signification concrète bien avant l’intervention au Liban. Lorsqu’il était approché avant l’élection de 2008 par des représentants syndicaux, des opposants à la politique extérieure et des groupes préoccupés par le droit des minorités et de la protection de l’environnement, chacun d’entre eux voulant savoir s’il soutiendrait leur cause, Obama passait invariablement la main derrière son oreille et disait « Je ne peux pas vous entendre. »

Cette anecdote du « Je ne peux pas vous entendre » a été relatée à la fois dans la presse et d’une façon informelle, car il est évident que le geste et la question ont été répété. Obama faisait en fait référence à un geste attribué au Président Roosevelt quand le grand organisateur des droits civils A. Philip Randolph lui avait adressé une requête identique aux alentours des années 1940. Roosevelt, en fait, disait à Randolph : Vous pouvez être à la tête d’un mouvement influent, et il y a d’autres mouvements que vous pouvez solliciter. Cirez si fort que nul ne puisse se tromper. Faites-moi faire ce que vous voulez que je fasse. J’ai de la sympathie pour votre cause, mais l’initiative ne peut pas venir de moi.
De la part d’Obama, c’était intelligent de copier ce geste et en même temps c’était bizarrement irresponsable. Après tout dans les années post-New Deal, les syndicats et les mouvements des droits civiques avaient une influence énorme aux USA. Ils pouvaient vraiment faire du bruit. En 2008, il n’existant pas une telle combinaison de mouvements n’existait pas.

Et cependant, en 2008, il y avait vraiment une vague de fond dans l’opinion populaire et une convergence des plus petits mouvements autour d’une cause. Cette cause était la candidature de Barack Obama. Le problème est que ce « Obama for America » a bu jusqu’à la lie et épongé l’énergie de toutes ces autres causes, tout comme le stratégiste en chef d’Obama David Plouffe l’avait prévu.
Même en 2009, longtemps après l’élection, « Obama for America » ( rebaptisé « Organizing for America » était maintenu en vie grâce au concept extraordinaire qu’un président élu pouvait demeurer un chef-d’arrière-plan, même pendant qu’il gouvernait en tant que voix œcuménique de tous les Américains. Si une cause pouvait avoir rassemblé les diverses causes et les avoir incité à l’action après une année d’activités de rééligibilité au nom d’Obama, cette cause aurait été un programme de création massive d’emplois et un ensemble de lois fait pour éveiller le mouvement environnemental et faire face à la catastrophe du changement climatique.

Dissociation civile.

Au milieu des années 2009, Barack Obama n’écoutait plus. Il avait déjà choisi une équipe  économique parmi les protégés Goldmann Sachsiens de Wall Street, d’anciens responsables et conseillers économiques l’administration Clinton, Robert Rubin. Pour une telle équipe, la création d’emplois et la régulation environnementale étaient des idées à peine attirantes. Quand le nouveau président a choisi la protection médicale comme la première des « grandes choses » qu’il cherchait à accomplir et annoncé que, pour le salut d’un consensus bipartisan, il laissait le détail de la législation ç cinq comités du Congrés, son « Je ne peux pas vous entendre » est devenu d’une transparente absurdité.

Les mouvements n’ont jamais été consultés. Cependant Obama se supposait une intimité avec leurs préoccupations et une confiance en leur loyauté – comme si un lien télépathique avec eux persistait. Il y eut un moment ridicule à la fin 2009, quand le président, dans un message aux membres de  “Obama for America”, nous a dit qu’il était prêt à frapper à nos portes et à allumer un feu pour la campagne de réforme de l’assurance maladie. Mais qu’étions-nous supposés dire quand ces portes se sont ouvertes ? La loi- toujours en négociation dans les comités du congrès en consultation avec les lobbies des assurances- n’a toujours pas atteint son bureau. A la fin Obama a demandé de l’aide des mouvements, mais il était trop tard. Il les avait laissé patienter pendant que lui-même comptait sue le seul vote républicain qui aurait rendu sa loi bipartisane.

La proposition, la transmission au Congrès et la synthèse finale de l’ « Affordable Care Act » a occupé une proportion incroyable de la première année d’Obama à la présidence. Si l’on regarde en arrière sur ces premiers mois, ils contenaient de grandes promesses – la fermeture de Guantanamo ayant été celle ayant été mise en suspens le plus tôt. La promesse la plus séductrice a porté le nom de « transparence ». Mais l’administration Obama s’est avérée être l’administration la plus secrète depuis celle de Richard Nixon et dans ces atteintes à la liberté de la presse par l’intermédiaire des poursuites à l’encontre des lanceurs d’alertes,  il a surpassé tous ses prédécesseurs combinés.

En l’absence des performances qui puissant correspondre à ses promesses, comment Obama cherche-t-il à définir sa présidence ? La compensation pour le « je ne peux pas vous entendre » s’est exprimée dans le fait que tous les Américains ont eu toutes les chances possibles de pouvoir l’entendre lui. Ses premiers mois d’exercice ont été mis en scène comme un exercice décontracté mais prudent, supposé, comme il a été dit à cette époque : « Permettre au pays d’apprendre à le connaître » Dans quel but ? L’espoir semblait être que si le peuple pouvait voir comme Obama était sincèrement sérieux, réfléchi, modéré, patient et bipartisan, il pourrait accepter ses choix politiques dont une idéologie ou une pure ignorance auraient pu autrement amener à douter voire à rejeter.
C’est de la pensée magique bien sûr- que les Américains le suivrait si seulement on l’entendait assez, que les individus de tempéraments et d’opinions les plus divergents en viendraient progressivement à l’approuver si ostensiblement qu’il pourrait montrer au pays qu’il avait entendu l’appel des réformes. Mais on peut voir pourquoi sa présidence a été insufflée par la pensée magique en regardant son départ. Son ascension vers le bureau ovale est en lui-même du ressort de la magie.
Obama croyait qu’être identifié comme la voix du pays, signifiait qu’il était supposé être entenduhttp://blogs.wsj.com/washwire/2009/07/24/transcript-of-obamas-remarks-on-gates-incident/ sur tous les sujets. Cette méprise, évidente très tôt, n’a jamais perdu sa mainmise sur la Maison Blanche d’Obama. Le journaliste de CBS Mark Knoller a traité les chiffres du premier mandat et certains d’entre eux sont stupéfiants. Entre Janvier 2009 et janvier 2013, Obama a visité 44 états, animé 58 meetings dans des mairies, accordé 591 interviews aux médias (y compris 104 aux chaînes les plus importantes) et séparément offert 1852 discours, commentaires, ou interventions publiques programmées. De toutes ces interactions planifiées avec le public américain, remarquablement peu de mises en pratique se sont matérialisées.
En suivant sa compulsion (qu’il a confondu avec une stratégie) à être reconnu comme le tribun de tous, Obama a gaspillé des énergies infinies afin d’atteindre des opportunités finies.
Car une économie de geste est nécessaire en politique comme elle l’est en sport. Montrez tous vos mouvements trop tôt et il n’y aura plus de surprise quand la pression sera mise. Parlez régulièrement à propos de tous les sujets et l’intensité nécessaire vous désertera quand vous aurez besoin d’elle.
Dans  « Confidence men » jusqu’ici l’étude la plus intéressante sur le caractère et les performances d’Obama en tant que président, le journaliste Ron Suskind a noté la ténacité de la croyance du président qu’il bénéficierait d’une connexion particulière avec les Américains. Quand les résultats des sondages ont baissé à la fin 2009, ou quand ses « pivots pour l’emploi » sont devenus des sujets de moquerie parce qu’il répétait la phrase si souvent sans qu’on ait le sentiment que quelque chose pivote, Obama demandait toujours à ses organisateurs de l’envoyer sur les routes. Il était convaincu que le peuple l’entendrait et qu’il lui ferait comprendre.
Il a nourri cette confiance flottante tout en sachant que ses mairies, de par leur format adapté à une audience passée au crible étaient tout autant mises en scène que celles de n’importe quel politicien. Mais Obama a dit à Suskin au début des années 2011 qu’il en était venu à penser que les « symboles et les gestes » était au moins aussi importants que les politiques à mener. »
Les tournées se sont montrées interminables. En 2014, une sortie de trois ou quatre jours incluait typiquement des arrêts dans un point de vente de supermarché, dans une petite usine, une aciérie et le président confortait les chômeurs par des phrases du genre « L’Amérique doit se lever » et des reprises de son discours du « State of Union » comme « Faisons de cette année une année d’action » et « Nous sommes l’opportunité »
Dans des discussions sur Obama, on entendait dire occasionnellement- dans une humeur entre la consternation et la patience- que nous ne connaissons toujours pas l’homme. Après tout, il a dû s’affronter à l’obstacle énorme du racisme, à un parti Républicain insensé et à l’héritage de mauvaises guerres. Il est vrai qu’il a dû surmonter d’énormes obstacles. Il n’en est pas moins vrai que par les atermoiements et les indécisions, les silences et les discours ambigus il a permis aux obstacles de devenir plus importants. Considérons sa « primauté à la politique énergétique »  qui mêle impartialement le forage en eau profonde, les fermes éoliennes, les panneaux solaires, le forage dans l’Arctique, les centrales nucléaires, l’extraction du gaz de schiste et le « charbon propre ».
La pratique jusqu’au point de négligence du management récessif d’Obama a aussi multiplié des obstacles qui lui incombent entièrement. Il a choisi de faire confiance pour l’exécution et le déploiement de sa réforme de l’assurance santé au Department of Health and Human Services. Ce fût un choix qu’il a fait parmi d’autres alternatives. L’extrême faiblesse de ses rencontres avec sa ministre de la santé Kathleen Sebelius, durant les trois années qui se sont écoulées entre la signature de la loi et sa mise en place montrent un exemple parfait  de négligence. Bien sûr la révélation de son absence d contact avec Sebelius a laissé une impression- que les récentes actions de provocation du Département d’État ont amplifiées- que le président n’est pas très intéressé par ce que les membres de ses ministères fabriquent.

Le Président des préférences

Obama a accédé à la présidence à 47 ans- un âge auquel les gens sont déjà ce qu’ils vont devenir. C’est une mystification de supposer qu’on nous aurait refusé un sauvetage que cet homme, dans des circonstances meilleures, aurait été bien équipé pour effectuer. Il y a eu quelques chocs authentiques : sur les questions domestiques, il s’est montré un technocrate plus complaisant que ce qu’on n’aurait jamais pu imaginer- une facette de son caractère qui est apparu à travers son appui à l’application des tests scolaires  financés par la fondation « Course vers le sommet », avec sa confiance dans l’externalisation de l’éducation vers des firmes et des écoles privées sous contrat. Mais la vérité est que les convictions d’Obama n’ont jamais été fortes. Il n’a pas pu vérifier cela jusqu’à ce que ses convictions soient testées et elles n’ont pu être testées que lorsqu’il est devenu président.
Il est probable que la connexion si fine entre les paroles d’Obama et ses actions ne tolèrent pas le mot « conviction » du tout. Disons plutôt qu’il a pris ses préférences pour des convictions- et qu’on peut encore lui faire confiance pour nous dire ce qu’il préfèrerait faire. En regardant en arrière, on voit que ses premiers constats sur telle ou telle question font généralement savoir ce qu’il préfèrerait. Plus tard, il se résigne à supporter un moindre mal, qui, nous dit-il, est temporaire et nécessaire. La création d’une catégorie de prisonniers permanents  Dans « cette guerre dans laquelle nous sommes » (qu’il décline de nommer « la guerre contre le terrorisme ») a été une illustration précoce et caractéristique. La foi d’Obama dans le pouvoir et le sens de ses propres mots est telle, que lorsqu’il juge de son propre cas, dire la chose juste est une solution de second choix pour faire la chose juste.
Plus que la plupart des gens, Obama a été la créature de ses environnements successifs. Il parle comme Hyde Park quand il est à Hyde Park. Il parle comme Citigroup quand il est à Citigroup. Et dans chacun de ces milieux, il aime la compagnie suffisamment et apprécie son mélange. Il a horreur de l’échec. D’où, en partie, son extraordinaire aversion au nom, à la présence ou au précédent de l’ancien président Jimmy carter, le politicien d’une distinction évidente qu’il a omis de consulter sur tous les sujets. A un certain niveau Obama doit réaliser que Carter a en fait gagné son prix Nobel et a été un leader et un travailleur acharné de ce pays. Cependant de tous les présidents encore en vie, Carter est celui que l’establishment politique a effacé il y a longtemps et donc Carter est celui auquel il ne doit pas toucher.
Dans sa capacité à s’adapter au mode de pensée d’un home au pouvoir, Obama a appris trs-è vite. Cela lui a pris moins d’une année pour accréditer la vision de Dick Cheney sur la nécessité d’une surveillance constante des Américains. Cela devait être accompli pour la sauvegarde de notre propre sécurité dans une guerre sans véritable fin. La considération majeure est ici qu’Obama, tout autant que George X. Bush, veut être vu comme ayant fait tout ce qu’il pouvait pour éviter le « prochain 9/11 ». Il lui importe beaucoup moins de respecter la Constitution ( un mot qui n’apparait pratiquement pas dans ses discours ou ses écrits). Cependant, si vous lui demandez, il sera heureux de vous dire qu’il serait heureux de déclarer ses préférences pour un retour à l’état de liberté civile dont nous bénéficiions avant 2001. De la même manière, il ordonnera secrètement des lancers de drones provoquant des massacres puis donnera un discours dans lequel il nous informera que ce genre de tuerie doit cesser.
Quoi dire donc, en conséquence de l’engagement de 2008 d’Obama de mettre le lancement de la bataille contre le réchauffement climatique comme le premier souci de sa présidence ?
Il en est venu à penser que la dominance globale de l’Amérique- permise par les investissements de capitaux américains dans des pays étrangers, la « promotion de la démocratie », les missions secrètes par les forces des Opérations Spéciales ainsi que le contrôle du cyberespace et de l’espace- était le meilleur des états de choses pour les USA et pour le monde. Nous sommes, comme il nous l’a dit souvent, le pays exceptionnel. Et le temps consacré à favoriser la domination mondiale de l’Amérique ne peut pas être donné à l’entreprise collective de lutte contre le changement climatique. Le pipeline Keystone XL, si il est construit, apportera des sables bitumeux du Canada à la Gulf Coast, et il est probable qu’Obama ne souhaiterait pas le voir construire. Cependant cela lui serait caractéristique d’approuver la construction, que ce soit au nom d’emplois temporaires, de profits de l’industrie pétrolière, des relations commerciales avec le Canada ou de tous ce qui précède.
Il a juste adouci les apparences de reddition avec un procédé qui est à part égale réel art rhétorique. Cela s’appelle le  Climate Resilience fund » ( Fond de résilience climatique), un euphémisme avec toutes les marques d’Obama, puisque la résilience n’est qu’une autre façon de nommer l’assistance après une catastrophe. Le dur jugement de la postérité pourra-t-être qu’en ayant à faire face à la plus grande menace de cette période, Barack Obama a enseigné faiblement à l’Amérique, a travaillé la moitié du temps à des demi-mesures, est resté silencieux pendant des années, et n’a jamais tenté de gouverner. Ses espoirs sont que ses préférences réitérées pèseront plus lourd dans la balance que ses actes.

 

David Bromwich a écrit sur les libertés civiles et les guerres menées par l’Amérique pour le t New York Review of Books http://www.nybooks.com/articles/archives/2013/jun/20/stay-out-syria/ and the Huffington Post. http://www.huffingtonpost.com/david-bromwich/what-911-makes-us-forget_b_956976.html Une collection de ses essais, Moral Imagination, http://www.amazon.com/dp/0691161410/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20 sera publiée ce Printemps par les Presses de l’Université de Princeton.

Copyright 2014 David Bromwich

Traduction Elisabeth Guerrier

Advertisements