Les accusations de De Gucht, des ONGs et des syndicats après l’encerclement des manifestants par la police.

by Elisabeth Guerrier

manif

 

Article de EurActiv sur la répression de la manifestation anti TAFTA à Bruxelles. La violence est à l’image du gouffre entre les citoyens et les décideurs, à l’image de leurs craintes aussi peut-être.

Les accusations de De Gucht, des ONGs et des syndicats après l’encerclement des manifestants par la police.

Les ONGs et les syndicats ont répondu aujourd’hui ( 19 Mai) aux accusations selon lesquelles ils répandaient des mensonges dans les médias sur Le TTIP, quand il apparait que la police bruxelloise a utilisé des cordons de sécurité et des canons à eau controversés sur les manifestants qui se trouvaient à l’extérieur du Sommet du Marché Européen (European Business Summit)
Des centaines de manifestants anti-TTIP, y compris des membres du parti de verts du Parlement, ont été encerclés pendant plusieurs heures par des policiers des brigades anti-émeutes en tenue de sécurité avant d’être arrêtés en masse à la sortie du Palais Egmont à Bruxelles, avec le recours à un mécanisme légal connu sous le nom de « arrestations administratives » L’arrestation administrative permet de maintenir jusqu’à 12 heures des groupes de personnes en garde à vue sans charge .

Lire : Hundreds of protesters arrested in Brussels as business leaders debate ‘maintaining citizen’s trust’

Peu après qu’environ 250 manifestants ait été arrêtés Jeudi, le Commissaire Européen Karel De Gucht et l’Ambassadeur des USA en Europe Anthony Gardner ont accusé certains manifestants de répandre des mensonges lors d’une rencontre au sommet portant sur le TTIP, un accord de libre-échange entre l’EU et les USA. Un des exemples cités a été que les USA sont supposés vendre des poulets lavés au chlore aux Européens.
Cette semaine, les négociateurs de l’EU et des US se rencontrent à Washington DC pour le cinquième round des négociations. Ils projettent de se mettre de conclure un accord à la fin de l’année prochaine.

 

Lire : EU-US clash over financial services in TTIP

 

De Gucht a dit : “Vous avez les campagnes orchestrées par les médias sociaux, les groupes utilisant les médias sociaux et un nombre d’ONGs répandant parfois, je dirais, de complets mensonges, comme par exemple, la viande aux hormones. “ Ceci a été récupéré, disons par la Gauche. Pas par toute la Gauche, mais par une partie de la gauche dans le spectre politique, par les Verts, et aussi par un certains nombres de groupes d’extrême-gauche, qui considère le TTIP comme un sujet à discuter lors des élections européennes et à battre lors de ces élections.”
L’ Ambassadeur Gardner a aussi critiqué les manifestants, il a dit : “ Il y a un vide dans l’information, ce vide est en train de se faire combler de plus en plus par les réseaux sociaux […] Je vous parie une chose, c’est que les manifestants n’étaient pas dehors avec un panneau où est inscrit « Je vais avoir du travail » mais il auraient dû l’être.

 

Secret et Transparence

Olivier Hoedeman, chercheur et coordinateur de la Campagne du Corporate Europe Observatory, un groupe de pression, a été un des manifestants arrêtés. Les crtiques du TTIP croient qu’il mènera à une baisse des standards européens dans des domaines comme la nourriture et le changement climatique a-t- il dit.

Hoedeman a ajouté “Les manifestants ne croient pas que le TTIP soit la solution pour la création d’emplois.  Diaboliser de cette manière les personnes qui montrent une réelle inquiétude est très irrespectueux.”
Felipe Van Keirsblick, le secrétaire du syndicat belge pour les employés, le CNE-CNG, faisait partie de la coalition d’agriculteurs, d’étudiants, d’ONGs et de syndicats qui manifestaient. Il a dit que les négociations sur le TTIP devraient être plus transparentes et a questionné les chiffres de la Commission qui prévoient une augmentation de 4% du PIB.
Il a dit : “ Les commentaires de De Gucht sur les réseaux sociaux montrent à quel point il est mal à l’aise et se sent dans l’inconfort avec un véritable débat public sur ces accords commerciaux. Je pense qu’ils ne devraient pas dire que nous sommes des menteurs, tout spécialement parce qu’ils ont constamment refusé de parler avec nous en public.”
Van Keirsblick a précisé que son organisation avait demandé des rendez-vous au bureau de De Gucht mais que celui-ci a toujours refusé de nous rencontrer.
“Le niveau de secret dans les négociations sur le TTIP est sans précédent. ” a-t-il ajouté.
La Commission a dit que les négociations sur le TTIP sont parmi les accords commerciaux les plus transparents qui aient existé.

 

Cordons de sécurité
Les manifestants ont été retenus par le cordon de sécurité pendant deux heures avant leur arrestation, forcés de s’asseoir sur le sol et menottés avec des menottes en plastique. A 12.heures 30 environ, ils ont été emmenés en bus à la prison dans le quartier de Etterbeek. Le dernier manifestant a été libéré sans inculpation à 18 heures. La manifestation a commencé à 8 heures.
Les militants ont affirmé que plusieurs manifestants avaient été blessés et bombardé au canon à eau. EurActiv a tenté de contacter la police bruxelloise mais n’a pas encore reçu de réponse.
Le cordon de sécurité est le nom donné à une technique policière lorsqu’un groupe de personnes est entouré par des policiers et empêchés de bouger hors d’un petit périmètre. C’est une technique qui a souvent été critiquée en Europe et au canada, tout simplement parce que des passants sont souvent capturés par le cordon. En Mars 2012, le cordon de sécurité a été déclaré hors la loi par la Cour Européenne des Droits de l’Homme après une poursuite pénale suivant son usage par la Police Métropolitaine de Londres en 2001. Van Keirsblick a dit que les protestations étaient non violentes mais a admis que la police les avait informé que toute tentative de bloquer l’entrée du Palais était illégal. Après qu’une tentative de blocage de l’entrée ait été interrompue par une ligne d’environ 50 policiers, à peu près 100 manifestants se sont replies vers la place de départ, à l’extérieur du Palais de Justice.
Il a dit : “Alors qu’ils se repliaient, une seconde ligne d’officiers de police leur a bloqué le passage. Ils ont été encerclés par une centaine de policiers. Il y avait des familles parmi le groupe, des gens sans expérience activiste.”

Hoedeman dit qu’au moins un passant non impliqué d ns la manifestation avait été pris dans le cordon de sécurité. Une autre source a confié à EurActiv que quatre personnes avaient été arrêtées. “Juste avant que les bus arrivent pour nous emmener en prison, la police qui nous entourait a mis des cagoules, on ne pouvait voir que leurs yeux- et leurs casques, a expliqué Hoedeman. “ C’était intimidant, spécialement dans le contexte d’une manifestation pacifique.”
“Ils ont menotté tout le monde avec des menottes en plastique dans le dos. Quand ils sont arrivés à la prison, il ya avait à peu près 40 à 50 personnes dans les cellules.”
Des arrestations supplémentaires se sont déroulées en dehors du cordon de sécurité quand des manifestants ont réagi avec colère à l’arrivée des bus de police. Les organisateurs de la manifestation projettent maintenant de porter plainte officiellement et d’organiser une semaine d’action.

Pascoe Sabido, de Corporate Europe Observatory, dit “La façon dont des manifestants pacifiques ont été traités est atroce. Mais cela ne doit pas nous détourner des raisons initiales pour lesquelles nous étions dans la rue. La poursuite de l’austérité qui va venir de accords commerciaux entre l’EU et les USA va seulement rendre les citoyens et les producteurs européens plus pauvres, en moins bonne santé, et dans une précarité plus grande et nous conduire plus profondément dans le désastre. Ce ne sont pas les attitudes de la police qui doivent changer, c’est le système politique entier.”

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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