L’Âge de l’Ignorance Charles Simic

by Elisabeth Guerrier

L’âge de l’ignorance par Charles Simic

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Chip Somodevilla/Getty Images  Fairgoers cheer for Sarah Palin while she appears on the Sean Hannity Show at the Iowa State Fair, August 12, 2011

 By Charles Simic in The New York Review of Books

 

Une ignorance diffuse frôlant l’idiotie est devenue notre nouvel objectif national. Il est vain de prétendre le contraire et de nous dire comme Thomas Friedman l’ a fait  dans le Times il y a quelques jours, que les individus cultivés représentaient la ressource nationale la plus précieuse. Bien sûr qu’ils le sont mais qui veut encore d’eux ?

Il ne me semble pas que  nous les désirions ? Le citoyen idéal d’un état corrompu politiquement, comme celui dans lequel nous vivons maintenant est un abruti naïf, incapable de discerner la vérité de l’amas de conneries.

A une population éduquée, correctement informée, de celle qu’une démocratie qui fonctionne nécessite, il serait difficile de mentir, et elle ne pourrait pas être menée par le bout du nez par les intérêts acquis divers se déchaînant dans ce pays.  La plupart de nos hommes politiques, leurs conseillers et leurs lobbyistes se retrouveraient sans emploi, de même que les moulins à paroles qui se font passer pour nos faiseurs d’opinions.  Heureusement pour eux,rien d’aussi catastrophique, bien que parfaitement mérité et largement bienvenu, n’a la moindre chance de se produire dans un futur proche. Tout d’abord, il y a plus d’argent à se faire avec les ignorants qu’avec les clairvoyants et la déception des Américains reste une des rares industries locale en croissance qui nous reste dans ce pays. Une populace éduquée serait fâcheuse, à la fois pour les politiciens et pour le business.

Il a fallu des années d’indifférence et de stupidité pour nous faire accéder au niveau d’ignorance où nous sommes maintenant. Qui que ce soit qui ait enseigné à l’université comme je l’ai fait pendant les dernières quarante années peut confirmer comme les étudiants sortant du lycée  en savent chaque année de moins en moins.  Tout d’abord, c’était choquant mais cela ne surprend plus aucun enseignant de constater comment les gentils et impatients jeunes gens inscrits dans nos classes n’ont pas la capacité de comprendre la plupart du matériel enseigné.  Enseignant la littérature américaine, comme je l’ai fait, est devenu de plus en plus dur durant ces dernières années, parce que les étudiants lisent très peu de littérature avant de venir à l’université et manque souvent des informations historiques les plus basiques sur la période où le roman ou le poème fût écrit, y compris quelles idées ou questions essentielles occupaient l’esprit de l’époque.

Même l’histoire régionale s’est faite expédiée sans ménagements. Des étudiants originaires des vieilles villes industrielles de la Nouvelle Angleterre, comme je l’ai découvert, n’ont jamais entendu parlé des grèves fameuses de leur communautés dans lesquelles des travailleurs furent abattus de sang-froid, laissant les responsables s’en tirer sans aucune sanction. Je ne fus pas surpris que leur lycée soit soucieux à l’idée d’évoquer le sujet mais j’ai été surpris que leurs parents ou leur grands -parents, ou qui que ce soit en contact avec eux lors de leur croissance n’ait jamais mentionné ces exemples d’injustice foncière. Ou bien les familles n’évoquent-elles jmais le passé ou bien les enfants n’y prêtent pas garde lorsqu’elles le font. Quelle que soit la cause, nous sommes confrontés avec le problème de la soultion à apporter à leur vaste ignorance face à des choses avec lesquelles ils devraient déjà être familier comme des générations d’étudiants avant eux l’étaient.

Si cette absence de connaissances est le résultat d’années de nivellement par le bas des programmes du secondaire et de familles qui ne parlent pas à leurs enfants du passé, il se présente une autre forme pernicieuse d’ignorance à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. Il s’agit du produit d’années de polarisation idéologique et politique et d’efforts délibérés déployés par les partis les plus fanatiques et intolérants dans ce conflit pour le façonnage de plus de cette ignorance à laquelle nous sommes confrontés, en mentant à propos de nombreux aspects de notre histoire ainsi que de notre passé récent. Je me souviens avoir été stupéfait il y a quelques années lorsque j’ai lu que la majorité des Américains avaient répondu aux sondages que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 Septembre. Cela m’a étonné comme une prouesse de propagande dépassant les pires régimes totalitaires du passé- beaucoup d’entre eux ayant eu a à utiliser les camps de travail et les pelotons d’exécution afin de forcer le peuple à croire ces mensonges sans obtenir un succès comparable.

Aucun doute, Internet et le câble ont permis à divers intérêts politiques et corporatistes de disséminer la désinformation à une échelle impossible à atteindre auparavant mais que cela soit cru demande une population mal éduquée, inhabituée à vérifier les sources de ce qui lui est soumis.  Où donc ailleurs sur terre un président qui sauve les trusts bancaires de la banqueroute avec l’argent des contribuables et autorise les autres à perdre 12 mille milliards d’investissement, de retraite et de valeurs immobilières serait-il appelé un socialiste ?

Dans le passé, lorsque quelqu’un ne savait rein et disait des idioties, personne ne prêtait attention à lui. Plus maintenant; maintenant de tels individus sont courtisés et flattés par les politiciens conservateurs et les idéologues, comme les “Véritables Américains”  défendant leur pays contre l’appareil d’état et l’élite libérale cultivée.  La presse les interviewe et reporte leur opinions avec beaucoup de sérieux sans jamais pointer l’imbécillité de leurs croyances.  Les baratineurs, qui les manipulent pour leur pouvoir financier puissant, savent qu’ils peuvent faire croire n’importe quoi parce que pour l’ignorant et le sectaire, les mensonges sonnet toujours plus juste que la vérité :

 

Les Chrétiens sont persécutés dans ce pays.
Le Gouvernement va nous enlever nos armes.
Obama est un Musulman.
Le réchauffement climatique est un canular
Le Président oblige à la pratique de l’homosexualité dans l’armée.
Les écoles élaborent des programmes de gauche.
La Sécurité Sociale est un programme identique à l ‘aide sociale.
Obama hait les Blancs.
La vie sur terre est vieille de dix mille ans, tout comme l’univers.
La Sécurité Sociale contribue à la pauvreté.
Le Gouvernement prend votre argent et le donne à des femmes universitaires  folles de sexe pour payer le coût de leur contraception.

Nous pourrions ajouter de nombreux lieux-communs illusoires crus par les Américains à cette liste. Ils sont maintenus en circulation par des centaines d’hommes politiques de droite et par les médias religieux dont la fonction est de fabriquer une réalité alternative pour leur spectateurs et leurs auditeurs. ” La stupidité est parfois la plus grande des forces historiques” dit un jour Sidney Hook. Sans aucun doute.  Ce à quoi nous assistons dans ce pays est à la rébellion des esprit bornés contre l’intellect. C’est une des rasions pour lesquelles ils aiment tant les hommes politiques qui pestent contre les enseignants de ce pays endoctrinant leurs enfants à l’encontre des valeurs de leurs parents et en veulent à ceux qui montre l’habilité à penser sérieusement et indépendamment. Mais en dépit de leur  bravade, on peut toujours compter sur ces idiots pour voter contre leur propres intérêts.  Et ça, à mon avis, est la raison pour laquelle des millions sont dépensés pour maintenir mes compatriotes dans leur ignorance.

20 Mars 2012. 10.55 am
Document proposé par R.C. NYS
Traduction Elisabeth Guerrier
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