Les nouvelles lois canadiennes sur le commerce du sexe Janice Raymond

by Elisabeth Guerrier

Les nouvelles lois canadiennes sur le commerce du sexe
Janice Raymond

Traduction à la demande de l’association canadienne Sisyphe. La question de la législation et de la pénalisation de la prostitution est épineuse. Nous avons l’avantage d’avoir le recul donné par plusieurs tentatives dans de nombreux pays et de pouvoir en analyser les conséquences. Il est évident par contre que le point de vue premier sera toujours d’avantage orienté par les a priori moraux ou idéologiques que par les chiffres. Là, chacun prend ses responsabilités et fait ses choix, les premiers et premières concernées étant, semble-t-il, les prostitué(e)s eux-mêmes. EG

 

Pros.

 

Lors des dernières années, un méli-mélo d’articles a revendiqué la démystification du trafique sexuel et de la prostitution. Ces articles se sont concentrés sur plusieurs thèmes : tourner en ridicule les témoignages d’exploitation de femmes comme faisant partie de la presse à sensation créant des mouvements de «  panique morale », discréditant les mots, les vies et les efforts qui pouvaient être identifiés comme des survivants de la prostitution et du trafique sexuel, pester contre le sauvetage de ces prostituées et de ces femmes et enfants objets du trafique par des ONG beaucoup trop zélées, et discutant les nombre de femmes et d’enfants exploités lors d’événements marquants comme la Coupe du Monde, les Jeux Olympiques ou le super-bowl.

Une coterie d’écrivains s’est spécialement mobilisée pour critique les lois pénalisant la demande de prostitution, rendant illégale la recherche d’activités sexuelles.  Une des récentes productions illustre le fait que les «  preuves » sont toujours modifiées par l’interprétation et par le choix de certains exemples au détriment d’autres.

Dans le New York Times ( 20/1/15) la rédactrice Julie Kaye s’attaque dans sa chronique aux nouvelles lois sur la prostitution en blâmant le Canada pour suivre un modèle nordique « défaillant » qui a été voté en Suède, en Norvège, en Island et d’une façon modifiée en Finlande. Kaye base ses «  preuves » sur un seul pays, la Nouvelle Zélande, pour placer les bénéfices de la décriminalisation et de la régulation de prostitution. Si elle avait pris la peine de représenter l’ensemble des pays qui ont fait de même, le résultat aurait été très différent.

Dans les années 2000, les Pays Bas ont extrais les souteneurs et les bordels de la sphère criminelle et mis en place une “ zone sûre « e tolérance dans la plupart des villes où les hommes pouvaient librement et légalement acheter les services des femmes prostituées.

De 2003 à 2009, Amsterdam, Rotterdam et d’autres municipalités fermèrent ces zones parce qu’elles étaient rapidement devenues dangereuses et sordides et que le crime organisé s’y perpétrait en toute impunité. En 2007, 2008, Amsterdam ferma également un tiers des vitrines légales des bordels parce que les investigations de la police concluaient que le système néerlandais de prostitution était hors de contrôle.

L’Allemagne décriminalisa certains aspects de son système de prostitution en 2002. Deux années après que la loi soit passée, le nombre de personnes investies dans la prostitution avait augmenté de 200.000 à 400.000 – principalement des femmes provenant de pays étrangers. Dans son évaluation de 2002 du German Prostitution Act, un rapport officiel du ministère reconnaît que la loi n’a pas eu d’effets «  réels et mesurables sur la sécurité sociale des prostituées »

Dans l’état de Victoria, en Australie, la légalisation a encouragé une croissance intense du secteur illégal. Dès les années 1998. 1999, quatre ans après la complète légalisation dans l’état de Victoria, les maisons de passe sans licence avaient triplé leur nombre. Les maquereaux d’hier étaient devenus les entrepreneurs légitimes du sexe d’aujourd’hui profitant d’un marché toujours en croissance qui tenait son pouvoir en majeur partie des fonds publics.

Le pays vitrine de Kaye pour la décriminalisation de l’industrie du sexe est la nouvelle Zélande. Cependant, en 2013, une femme ancienne prostituée intervint devant le comité du parlement, établissant que le Prostitution Reform  Act de 2003 ( PRA) avait échoué avec elles et d’autres femmes qui étaient restées dans l’industrie du sexe. Elles affirmèrent que de décriminaliser l’industrie du sexe «  avait simplement joué en faveur de souteneurs et des propriétaires de maisons closes et leur avait permis de gagner une façade de respectabilité en faisant légalement leurs proies des femmes sous leur contrôle. » Le Président de l’Association de la Police a lui rapporté que la décriminalisation en Nouvelle-Zélande avait créé des gangs et un essor du crime organisé, blanchissant l’argent à travers les entreprises légitimes.

La tribune du New York Times  ravive des arguments éculés et contrecarrés à propos de la législation suédoise sur laquelle la nouvelle loi sur la prostitution au Canada est basée. Une lecture attentive du rapport du Swedish National Board of Health and Welfare ( SNBH)  utilise par Kaye pour montrer que sa revendication- que le taux de prostitution avait rebondi après une première réduction notable – n’était pas la vérité entière. Le rapport du SNBH ne déclare pas que le nombre de la prostitution citadine s’est accru dans trois des villes suédoises importantes, mais que le nombre de personnes prostituées est encore plus bas qu’avant que la loi ne prenne effet.

D’une façon flagrante, Kaye ignore les conclusions fondamentales du rapport SOU : que la prostitution urbaine a été diminuée de cinquante pour cent, un résultat direct de la loi criminalisant les consommateurs, moins d’hommes affirment qu’ils recherchent des services sexuels, et il n’existe pas de prévue que la baisse de la prostitution de rue ait amené l’augmentation de la prostitution ailleurs, que ce soit dans des lieux spéciaux ou sur internet.  De plus, la Suède est un des deux pays en Europe où la prostitution et le trafique sexuel n’est pas en augmentation. L’autre est la Norvège, qui a adopté la législation suédoise de prohibition sur l’achat des activités sexuelles

La loi canadienne provident d’un fond législative testé et expérimenté qui reconnaît la prostitution et le trafique sexuel comme une exploitation, pas comme «  un travail du sexe ». Elle reconnaît également qu’à moins de se confronter à la demande, l’exploitation sexuelle continuera de prospérer. Pas seulement dans les pays nordiques mais aussi en Corée de Sud, une loi interdisant l’achat d’activités sexuelles a mené à renforcer la protection des victimes et l’assistance en réduisant le nombre de consommateurs et les quartiers chauds.

En 2014, L’Irlande du Nord a passé une loi identique rendant illégal l’achat d’activités sexuelles.

Le Canada est en bonne compagnie. Comme la journaliste canadienne, survivante de la prostitution Trisha Baptie l’affirme : «  Pour la première fois, nous nous adressons aux racines de ce qui cause la prostitution, la loi ira à la source de l’exploitation et permettra à des femmes et des filles de sortir de la prostitution en criminalisant l’achat de leur corps. Cibler la demande va accélérer la fin d’une injustice systémique ».

 


Janice Raymond

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Mars 2015

 

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