Dialogues non-sexistes. A propos des ” Monologues du Vagin” de Even Ensler

by Elisabeth Guerrier

Un groupe d’étudiantes de l’Université de Mount Holyoke a décidé d’annuler la représentation annuelle des  « Monologues du Vagin », disant que la pièce excluait l’expérience des femmes transsexuelles qui n’ont pas de vagin.

Depuis que le décision a été annoncée la semaine dernière, plusieurs organisations médiatiques, commentateurs de théâtre et activistes féministes ont discuté autour de l’adéquation de la pièce écrite il y a une vingtaine d’années à propos de la sexualité féminine et de la question de sa pertinence sur un campus universitaire contemporain.

Projet : Le théâtre, le groupe Mount Holyoke qui produit le spectacle a dit avoir pris cette décision en ayant tenu compte des avis des étudiants sur « Les Monologues du Vagin » Cette traduction a été demandée par l’association féministe canadienne Sisyphe. Il s’agit de l’annulation demandée par un groupe d’étudiante de la pièce programmée ” Les Monologues du Vagin ” de Even Ensler, pièce qui continue d’être jouée un peu partout dans le monde. L’argumentaire doit, semble-t-il nous mettre sur nos gardes. La décision en effet a été prise parce que le thème et l’écriture de la pièce n’évoquaient pas la réalité transsexuelle des femmes vivant sans vagin et par conséquent était discriminatoire. Il lui avait aussi été précédemment reproché de ne s’adresser qu’à des femmes occidentales et blanches et de ne pas prendre en compte les femmes d’autres appartenances culturelles ou ethniques. Il y a ici  une forme de totalitarisme qui s’ignore en voulant plaider le meilleur. Mais le meilleur dans ce contexte, que pourrait-il être ? Des œuvres ou tout, absolument tout de la diversité humaine serait évoqué ? Genre, culture, race ? Et pour en dire quoi ? Une litanie de l’unification et de l’effacement des écarts, un penser correct qui castre  de sa nécessité strictement individuelle même lorsqu’elle est politisée, toute nécessité d’écrire, de peindre dans son propre contexte avec ses propres outils d’analyse et sa propre histoire  au profit d’une bienséance aussi violente que toutes les répressions contre lesquelles elle s’est battue ? 

Comment créer autrement ? Avec la pression des groupes du nouvel âge du fondamentalisme inclusif où il ne peut s’évoquer de spécificité qu’à lui faire d’une façon ou d’une autre prendre les couleur des LGTB , horreur d’ailleurs que cet acronyme qui tente de laisser croire que derrière lui peut se rassembler une collectivité alors qu’il n’endosse qu’ une forme de norme encore plus contraignante que celle qui a été fuie. Plaque d’immatriculation identitaire qui agglomère toutes ces situations si diverses et n’identifie chaque individu qu’au regard de son appartenance. Les évolutions récentes ont certainement ouvert des droits indiscutables mais ont créé des cases dures comme le peu de jeu entre la pensée catégorielle dont elles sont issues.

Le Bien et sa défense sont toujours à prendre avec beaucoup de prudence, le Bien est l’origine du mal, par la main mise qu’il s’octroie sur tout comportement et toute spécificité. Il est un domaine dont il devrait être exclu, surtout lorsqu’il touche à ce qui n’existe que sans limites et sans censure : l’Art

EG

Dialogues non-sexistes

21 Janvier, 2015

De Kaitlin Mulhere

La décision d’abandonner la pièce à l’université des filles a été rapportée  tout d’abord par Yvonne Dean-Bailey, une étudiante de Mount Holyoke qui a écrit à ce propos sur un site web conservateur Campus Reform.  Selon cet article, les étudiantes ont reçu un email la semaine dernière expliquant l’annulation.

« Dans le fond, le spectacle offre une perspective extrêmement étroite de ce  qu’être une femme signifie  dit cet email «  Le genre est une expérience vaste et variée qu’on ne peut simplement réduire à une distinction biologique ou anatomique et beaucoup parmi nous ayant participé au spectacle ont ressenti de plus en plus d’inconfort à devoir présenter un matériel par nature réductionniste et exclusif. »

Erin Murphy, senior et président du Projet Théâtre a dit à The Daily Hampshire Gazette   que la citation de l’email était correcte. Elle a aussi évoqué le fait que le groupe de théâtre projetait de présenter sa propre production à propos des genres titrée «  Le Corps de l’Etudiant ». Elle n’a pas répondu à une demande de commentaire de la part de Inside Hiher Ed

Les Monologues du Vagin sont centrés sur des femmes parlant de leurs corps et sur le corps de la dramaturge en particulier.  De nos jours, la pièce est jouée dans des centaines de campus autour du monde, fréquemment autour de la Saint Valentin. De le contexte du jour de la SV, les spectacles collectent des fonds pour les groupes locaux qui luttent contre les violences faites aux femmes.

Mais ce n’est pas la première fois que Les monologues du Vagin sont critiques. Lors du début du spectacle, certains décrivirent la pièce comme principalement une description de ce que peut être un vagin pour une femme blanche, occidentale en excluant les expériences d’autres races différentes. La pièce rencontra aussi l’hostilité des Universités religieuses où les critiques dirent qu’elle n’était pas dans l’alignement des l’enseignement des valeurs religieuses traditionnelles. Certaines bannirent la pièce.

Le problème avec  « Les Monologues du Vagin » consiste dans les répétitions et règles que les groupes doivent suivre afin de produire le spectacle, dit Suzan Reverby, professeure d’étude sur les femmes et les genres à l’Université de Wellesley. C’est compréhensible, dit-elle car chaque production porte le nom de sa créatrice Eve Ensler qui lui est attaché.

Mais cela a aussi été une source de tension pour les groupes quine voulaient pas le jouer d’une certaine façon. Le résultat est que plusieurs campus ont créé dans les récentes années des versions inattendues des Monologues du Vagin qui ont été écrites par les étudiants et les membres de la collectivité locale. C’est ce qui s’est produit à Wellesley l’année dernière ajoute S. Reverby.

La pièce ne s’adresse pas à tout le monde, rien ne le peut ajoute-t-elle. Mais elle pense qu’elle peut encore avoir du sens pour des quantités de gens et créer les opportunités pour des étudiants d’évoquer les limites qu’ils perçoivent dans la production. La pièce – comme ses représentations controversées- déclenche toujours des discussions sur les connexions entre le corps et la femme.

Le challenge qui s’impose aux étudiants de Mount Holyoke est de trouver les moyens de créer un lieu où les transsexuels puissent assister et se sentir en sécurité, puissent discuter de la pièce même si ils ont le sentiment qu’elle ne les représente pas dit S. Reverby.

Beaucoup d’université pour femmes sont en train d’étudier leurs protocoles afin de clarifier leur relation avec les étudiants transsexuels et Mount Holyoke a été la première à annoncer qu’elle accepterait les étudiants transsexuels. Bine sûr la plupart des représentations du «  Monologues du Vagin » ont eu lieu dans des institutions mixtes, pas dans des universités pour femmes, la pièce a donc été régulièrement jouée devant un public dont tous les membres n’étaient pas pourvus d’un vagin.

Lors d’une interview en compagnie de l’avocate des arts et écrivaine Howard Sherman, Ensler dit que sa pièce n’a jamais était conçue pour parler de touts les femmes et qu’elle supporte la création de nouvelles adaptations. Les femmes, avec ou sans vagin on besoin d’une voix, dit-elle.

Ensler défend également sa pièce dans une chronique qu’elle a rédigé cette semaine dans le Times, dans laquelle elle explique sa surprise devant le fait que quelques étudiants d’Holyoke puisse penser que sa pièce n’incluse pas les transsexuels. Pendant les dix dernières années, dit-elle, il y a eu un monologue optionnel basé sur des interviews qu’elle avait conduites avec des femmes transsexuelles.

« L’absence de discrimination ne vient pas du fait de refuser la reconnaissance de nos expériences distinctes et de tenter de les effacer en prétendant qu’elles n’existent pas. »  écrit-elle     «   L’inclusion vient de la capacité d’écoute de nos différences, et de l’honneur accordé aux droits de tout un chacun de parler de leur réalité, libre de l’oppression, de la bigoterie et de la mise sous silence ».

Suzanna Walters est une ancienne étudiante de Mount Holyoke et professeur de sociologie ainsi que la directrice du programme d’études sur les femmes, les genres et la sexualité à l’Université de Northeastern. Elle dit qu’elle attend de nombreux débats intelligents au sein des étudiants à propos du retrait des Monologues du Vagin, et elle respecte leur droit de produire la pièce qu’ils choisiront. Mais elle s’est montrée gênée par la façon dont les étudiants ont choisi de montrer leur décision- en critiquant le travail de Ensler avec des termes comme essentialisme, réductif et borné, a-t-elle dit dans une interview ? Elle a rédigé une lettre qui a été publiée Mardi sur le site web pour «  One million Rising », une campagne contre la violence faite aux femmes.

L’inclusion et la discrimination ne devraient pas être confondues, malgré la fréquence avec laquelle ils se réunissent dans le discours académique ou féministe, dit- elle.  Simplement parce qu’une pièce ou un livre n’inclut pas la voix des transsexuels n’en font pas des ouvrages transphobiques. L’absence d’une voix n’est pas du tout la même chose que de se montrer haineux ou discriminatoire, le danger de tout cela est que nous perdions de vue la réelle discrimination et le conservatisme, ajoute-t-elle. « Toutes les pièces et tous les ouvrages littéraires sont les produits de moments spécifiques dans le contexte desquels ils ont été créés.

Les «  Monologues du vagin », dit-elle, est d’actualité comme un outil d’organisation autour du féminisme et de collecte de fonds. Et il continuera à être pertinent aussi longtemps que des problèmes comme la violence sexuelle et le contrôle limité des femmes sur leur corps et leur sexualité demeureront. »

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