AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Month: June, 2015

Un COP21 des Corporations, c’est officiel

A corporate COP21, it’s official

Par le Corporate Europe Observatory

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Les premières corporations sponsors du sommet “ historique” de cet hiver sur le climat ( COP21) ont été officiellement désignées : la marque de produits de luxe Louis Vuitton (LVMH) et Suez Environment, un membre clef du lobby pro-fracking français. Selon l’article de Maxime Combes (lien externe)  d’autres  avaient été initialement annoncé par la presse ( BMW, Vattenfall et New Holland Agriculture) mais ont été démentis ultérieurement par les organisateurs.

Juste une question de temps

Découvrir si oui ou non le COP21 aurait des sponsors a toujours été la question du «  quand » plutôt que du «  si ». En Novembre 2014, le Gouvernement Français a annoncé que le Sénat avait effectué des coupes dans le budget (lien externe)

Et que en conséquent ils devraient se tourner vers le secteur privé. Mais il y eu aussi de nombreuses réassurances (lien externe)  aux groupes de la société civile que la Présidence Française ne commettrait pas les mêmes erreurs que celle de Varsovie deux ans plus tôt, lorsque quelques-uns parmi les plus gros pollueurs – y compris les industries multinationales du pétrole, du gaz et du charbon furent à même de s’envelopper dans les couleurs des Nations Unies et de clamer leur volonté de s’attaquer au changement climatique.

La liste complète a été promise par les officiels français  ( lien externe) pour la fin Mars mais n’est pas encore publiée.

Blanc est le nouveau noir cet hiver

Donc à quel point ces sponsors annoncés sont-ils respectueux de l’environnement, ou bien utilisent-ils l’opportunité d’une sponsorisation des Nations Unies pour blanchir leur image sale ? Suez Environment est une multinationale française et le deuxième fournisseur mondial de services environnementaux, particulièrement centre sur l’eau.

Quand le gouvernement argentin a repris de Suez en 2006 le contrôle de ses services de distribution d’eau avec un énorme soutien populaire, le géant français a lancé – et récemment gagné- une poursuite judiciaire pour 405 millions d’euros de compensation (lien externe). Dans le cadre du très controversé ISDS (Investor. State . Dispute. Settlement) dont le mécanisme est si courant au sein du commerce international et des traités d’investissement.

Un des principaux objets d’attention est maintenant le traitement des eaux usées, en particulier dans le cadre des mines de charbon et de l’extraction du gaz de schiste.  Pour mémoire, GDF Suez – lourdement investi dans le charbon et le fracking lui accorde un intérêt financier dans le processus d’extraction des énergies polluantes- possède plus du tiers de Suez Environment. Ceci peut permettre d’expliquer la participation de Suez au nouveau groupe de pression le  «  Centre pour les hydrocarbures non-conventionnels » ( lien externe)

LVMH (Moet Hennessey – Louis Vuitton) n’est pas impliqué dans l’extraction des énergies sales mais fait plutôt son beurre en vendant des produits extrêmement chers aux uber-riches, assez paradoxal avec l’idée d’une vie équitable sur une planète limitée. D’autant plus qu’ils sont connus pour être des fraudeurs du fisc avec plus de deux cents comptes subsidiaires (lien externe)  situés dans des paradis fiscaux, leur permettant d’éviter leur juste quote-part dans le domaine des transitions énergétiques dont nous avons besoin si nous voulons maîtriser le changement climatique.

Mais si le climat devient chic, alors Louis Vuitton et sa clientéle élitiste ne peuvent pas manquer d’être vus lors de cette saison de son de cloche obscène des Nations Unies.

Les autres sponsors originellement listés par Europe1  ( lien externe) puis plus tard déniés par la présidence française incluaient BMW l’opérateur de central nucléaire et de mines de charbon Vatenfall et New Holland agriculture. Vatenfall qui est en train de poursuivre le gouvernement allemand  qui se débarrasse du nucléaire, et a déjà gagné un procès contre Berlin ayant osé élever les standards de fonctionnement de ses installations charbonnières et BMW, le dévoreur d’essence qui a ligoté  Angela Merkel aux lobbies contre l’augmentation des standards d’émission pour les voitures. Et New Holland Agriculture, impliqué dans «  l’agriculture climatiquement intelligente », et met la culture entre les mains des multinationales et des marchés du carbone en faillite   ( lien externe)

Même s’ils ne sont pas des sponsors officiels du COP21, tous trios sont confirmés pour être les sponsors du forum pro-multinationales Sustainable Innovation Forum 2015 ( lien externe)  se déroulant pendant le COP21 ( les 7 et 8 Décembre). Bien que n’étant pas l’événement le plus important il lui a été conféré le label approuvé par le COP21, un label  appuyant toutes sortes d’initiatives et son website rend la connexion immanquable. ( lien externe)

Le sommet de l’iceberg des corporations.

La sponsorisation du COP21 n’est que le sommet de l’iceberg en terme d’utilisation des pourparlers par les multinationales et de l’ attention qui les entoure pour promouvoir leurs propres solutions quant au changement climatique. Malheureusement, de telle solutions fausses ne permettront que d’assurer la continuité  du “Le Business comme d’habitude”  plutôt que les changements et les transformations auxquels nous avons besoin d’assister.

Les événements corporatistes – au sein des Nations Unies -comme celui de l’année passée, sponsorisé par Chevron et Shell afin de contrecarrer les mouvements anti-énergies fossiles en faveur des énergies expérimentales vont être très répandus.  Et sait-on jamais, le business peut même obtenir ce qu’il souhaite et obtenir un siège  à la table des négociations.  (Ils se plaignent actuellement de manquer d’influence.)

Il y a deux ans, les négociations préliminaires se sont tenues à Varsovie entre les négociateurs et les corporations avec l’exclusion de la société civile, ce ne serait donc pas un si grand pas à franchir  même si c’est un peine de mort prononcée pour le climat et ceux qui souffrent déjà. Mais pourquoi attendre Paris – l’influence des corporations sur les pourparlers des Nations Unies a déjà commencé. Dans la capitale française, des événements fleurissent partout, comme le « Business and Climate Summit [Sommet Affaires et Climat] » en Mai, co-accueilli par l’UNESCO, l’UNEP et le Conseil Mondial Economique pour un Développement durable- qui comprend les compagnies pétrolières Shell, Dow Chemicals et les ciments Lafarge parmi d’autres ( les citoyens ont organisé une  protestation massive à Lima l’an passé lors des pourparlers pour le climat) Dans les capitales, le Big Business travaille déjà dur, à travers le lobbying direct et de gros événements PR ( Public Relation) , afin d’assurer que lorsque les leaders politiques arriveront à Paris, le travail soit déjà fait et qu’ils puissent tous lire la même partition.

Il existe une alternative

En dépit de son apparence incontournable, l’influence excessive et l’accès privilégié du big business aux décisions des hommes politiques n’ont pas à être tolérés. Dans le domaine du contrôle de la consommation de tabac,  les militants de la société civile et les gouvernements du Sud on été les témoins de l’introduction d’un pare-feu entre les lobbies de l’industrie du tabac et les officiels de la santé publique afin de résoudre le problème. Ils ont  argument que les dommages occasionnés par l’industrie, par exemple en interférant dans les recherches scientifiques, le lobbying contre les bonnes politiques, la proposition de fausses solutions, la création de faux groupes citoyens, la sponsorisation d’événements, l’emploi d’anciens officiels de la santé ou de fonctionnaires – ainsi que le fait que leurs intérêts ne seront jamais alignés sur les intérêts publics justifiait une telle séparation ( lien externe)

Et ce mur pare-feu entre les lobbies et les officiels de la santé publique ne s’est pas uniquement appliqué aux discussions sur le contrôle de la consommation de tabac, mais à un niveau national, pour chacun des gouvernement qui a signé le traité. L’industrie des énergies fossiles tombe dans la même catégorie, ( lien externe)  – lobbying pour compromettre les progrès et ayant ses propres intérêts complètement en opposition avec ce que nous devons faire pour endiguer le changement climatique i.e laisser le pétrole dans le sol.

Nous avons besoin d’un mur pare-feu entre les gros pollueurs, nos politiciens et ceux à la tête des négociations des Nations Unies, y compris la Secrétaire de l’Exécutif Christina Figueres  ( qui a été consultante climat pour la grosse firme gazière Endesa) qui doit mener à publier , par exemple, toutes ses rencontres et refuser les rendez-vous avec les gros pollueurs. Et François Hollande et son gouvernement devraient donner l’exemple, en refusant toute interaction avec les industries sales – les sponsors du COP21 inclus. C’est à eux que revient d’assurer que le COP21 ne soit pas simplement une nouvelle opportunité pour certaines corporations les moins socialement et environnementalement conscientes de sa blanchir et de cacher la réalité.

Climate and energy

Traduction : Elisabeth Guerrier

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Coke et Pepsi cherchent à vous vendre du soda soi-disant artisanal

Face à la complexité des enjeux et aux risques encourus par l’essence vitale elle-même, on se sent démunis, tenus de s’éparpiller dans des directions toujours plus nombreuses pour comprendre et affronter des problèmes qui sont souvent tous de nature systémique et liés les uns aux autres même si ces liens ne sont pas palpables. N’oublions jamais que la qualification même du fonctionnement social est celle de ” Société de CONSOMMATION “. Terme qui, entre parenthèse, à quelque peu disparu du lexique actuel peut-être à cause de son poids signifiant alors qu’il reste une des seules définitions de l’essence même, avec la guerre d’invasion et l’impérialisme, des caractéristiques du monde néo-capitaliste. Une des voies d’accès et de prise de pouvoir est, dans un régime oligarchique totalitaire basé sur le marché et la rentabilité cynique du Big Business, celle de celui ou celle qui est la base même de ce système, le CONSOMMATEUR. C’est lui et lui seul qui décide même si tout est fait pour le transformer en ventre muet et en manipulateur de carte de crédit. Cet article sur les travers qu’ont à affronter deux des industries iconiques du libéralisme global, Coke et Pepsi donne une parfaite démonstration de ce pouvoir détenu, sinon attribué au consommateur. Consommer est un acte hautement politique. Prouvons-le. E.G

Coke and Pepsi are trying to sell you pretend craft soda

Par  Tom Philpott

Mercredi 24 Juin

bn-it502_pepsic_j_20150604153243 Juste ajouter des moustaches : la nouvelle ligne “Stubborn” de Pepsi vous donnera accès à un ” Rituel de la fontaine à soda ” Photo: PepsiCo

Vendre des volumes gigantesques d’eau du robinet colorée, sucrée, et pétillante à un marché obèse en croissance n’est plus ce que c’était. Les ventes de soda aux US ont décliné de 10% dans la seule année 2014.

Pendant un temps, les géants Coca et Pepsi ont pu se tourner vers les sodas allégés pour faire une pause. Mais maintenant, les produits artificiellement sucrés perdent leur popularité, même plus rapidement que les sodas de base.- les ventes des boissons allégées ont chuté de près de 20% depuis leur pic de 2009 et on attend un autre plongeon de 5% supplémentaires cette année.

La ligne «  artisanale » de PepsiCo inclut des parfums comme cerise noire et estragon, orange hibiscus, crème d’ananas, et agave à la crème de vanille.

Voilà qu’entre leur nouveau sauveur : « Le soda artisanal ». Exactement comme les deux plus grandes marques de bières au monde vient leurs ventes décliner alors que des dizaines de brasseurs arrivistes participent à un développement rapide de la bière artisanale, les Big Sodas ont vus des petits joueurs comme Jones Soda et Reeds  croître rapidement, défiant la chute des sodas sur le long terme.  Et tout comme la Big Bière, les géants du soda ont choisi l’approche «  Si tu ne peux pas les battre, rachète les ou imite les. »

La motivation est claire. Non seulement les sodas artisanaux augmentent leur popularité alors que la catégorie générale s’effondre,  mais les prix qu’ils offrent sur le marché sont beaucoup plus doux.  Pour un pack de 12 Pepsi de 33 cl vendu pour la modique somme de 5 dollars, Reeds propose au même  prix un pack de 4 de sa Gingerale.

L’Associated Press rapporte que PepsiCo a récemment annoncé ses plans pour une nouvelle ligne de sodas « artisanaux » nommée “ Stubborn” (Têtu)  avec des parfums incluant cerise  noire et estragon, orange et hibiscus, crème d’ananas et agave à la crème de vanille. Sucrés avec du sucre de canne à la place du sirop de maïs très chargé en fructose, ils seront initialement servis dans des fontaines à sodas, par des machines spéciales qui servent ce que la compagnie désigne par  «  un rituel de la fontaine à soda». (Apparemment les cadres en charge de ce truc devront fournir leur propre moustache de jeune homme branché) *(Hipster mustache)

Le lancement imminent de Stubborn ( la date a été annoncée) n’es pas la première incursion de Pepsi dans le marché bourgeonnant du soda-alternatif. Plus tôt cette année ils ont lancé  « Mountain Dewshine » ( à peu près : éclat de rosée en montagne) une version plus claire et sucrée de la boisson vert-sordide, chargée au sirop de maïs et à la caféine. Employant un schéma commercial éculé en comparant la boisson à un éclat de lune illicite, PepsiCo a souligné la nature  « artisanale » de Mountain Dewshine en ne le rendant commercialisable qu’ en bouteille de verre. L’année dernière, la compagnie a introduit le Caleb’s kola  « une boisson à base de produits du commerce équitable, sucre de canne, noix de kola d’Afrique, un mélange spécial d’épice du monde entier et un zest de citron » (Caleb se réfère à Caleb Bradham, qui, en 1890 développa la recette du Pepsi. Bloomberg Report.)

33 cl de Mountain Dewshine apportent 42 grammes de sucre – Presque autant que le sucre contenu dans un Mountain Dew ( 46 grammes)

Le rival Coca-Cola est aussi en train de tester les eaux manufacturées.  En Juin, la compagnie lançait le Hansen et le Blue Sky, marques de «  soda naturel » – apparemment le premier mouvement fait par sa nouvelle unité de Boissons Artisanales, que Coca Cola a montée en Mars, selon le rapport du Wall Street Journal. La compagnie doit encore lancer un produit artisanal fait maison, mais étant entendu qu’elle a cru bon de dévouer une unité entière à ce concept, nous allons certainement entendre parler d’un projet de soda artisanal d’ici peu de temps.

La question est, se revêtir du halo « artisanal » suffira-t-il à raviver les chances chancelantes du Big Soda ?

Je pense que non. La brasserie artisanale s’est développée intensément durant ces dernières années parce que les consommateurs étaient fatigués des produits sans goût comme Bud et Miller et commencèrent à chercher ailleurs de plus robustes alternatives. Avec les boissons non alcoolisées, par contre, les gens ne cherchent pas des produits gazeux, saturés de sucre et ayant plus de goût. Ils en ont juste assez des boissons trop sucrées. Point. Parce qu’il est de plus en plus clair que des énormes quantités de sucre génèrent des effets désastreux sur la santé, de l’obésité au diabète jusqu’à ( peut-être) la maladie D’Alzheimer. 

Comme en témoigne ma collègue Maddie Oatman au mois de Mars,  L’Organisation Mondiale de la Santé ne recommande la consommation que de 25 grammes de sucre ajouté par jour (environ 6  cuillères à café, 5ml).

mountaindeweu_500_1Une dose de Mountain Dewshine délivre aux alentours de 42 grammes de sucre presque autant qu’un Mountain Dew (46 grammes). Le business du Big Soda  était Florissant lorsque les gens n’y regardaient pas à deux fois avant d’écluser plusieurs Mountain Dews par jour. Les consommateurs qui se détournent maintenant de Mountain Dew à cause du sucre qu’il contient ne vont vraisemblabement pas faire machine arrière pour retrouver leurs vieilles habitudes simplement parce le Mountain Dew est servi en bouteilles de verre. Et qu’il est plus cher, pour l’achever.

Un article récent de Food Dive résume la situation : « Les gens aiment le soda. Ils ne boivent simplement plus autant de sodas qu’avant parce que cela ne fait plus partie de leur régime » dit Jonathan Texeira, co-propriétaire des distributeurs de boissons Refreshments Direct et de la marque Batch Craft Soda. « Occasionnellement, ils vont vouloir une bière d’origine, disons deux à trois fois par semaine, et quand ils en choisissent une, ils vont alors vouloir une bonne bière d’origine. »

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Il y deux problèmes pour le Big Soda dans cette phrase, le premier est que lorsque les gens veulent une  « vraiment bonne bière » pourquoi se tourneraient-ils vers Coke ou Pepsi, plus connus comme des eaux grasses pour la masse, quand tant de fabricants de sodas plus petits, régionaux sont en train de fleurir ? Le second est le   morceau de « deux ou trois fois par semaine ».  Le modèle entier du business du Big Soda – ses usines immenses, ses flottes de frets, ses contrats de distribution avec des sous-traitants comme Walmart- est supposé débiter et vendre des quantités importantes de produit bon marché à un public qui considère le soda comme un produit quotidien de base, pas comme un plaisir. Je prédis que le soda artisanal restera une niche de marché – mais qui ne ramènera les bulles aux ventes de Pepsi et de Coke

* Hipster mustache  voir référence

Traduction : Elisabeth Guerrier

La vérité sur Diego Garcia David Vine

The truth about Diego Garcia

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Ils ont d’abord essayé de tirer sur les chiens. Puis ils ont essayé de les empoisonner avec de la strychnine. Quand les deux échouèrent comme méthode d’extermination efficace, les agents du gouvernement britannique et le personnel de l’US Navy utilisèrent de la viande crue pour piéger les animaux à l’intérieur d’un hangar fermé hermétiquement.  Après les avoir enfermés, ils asphyxièrent les chiens qui hurlaient avec des gaz de pots d’échappement des véhicules de l’armée US. Puis, mettant le feu avec des coquilles de noix de coco, ils brûlèrent les carcasses des animaux pendant que leurs maîtres commençaient à s’interroger sur leur sort.

La vérité sur la base militaire américaine sur l’île de l’Océan Indien de Diego Garcia, contrôlée par les Britanniques est souvent difficile à croire. Il serait simple de confondre l’histoire vraie avec les récits d’îles trouvées dans les films Transformer, dans les séries de télévision 24 ou dans les théories conspirationnistes sur la disparition du vol MH370 pour la Malaisie.

Bien que la saga sinistre de Diego Garcia puisse fréquemment se lire comme une fiction, elle s’est montrée plus que vraie pour les personnes impliquées. Elle est l’histoire d’une base militaire US  et d’officiels britanniques construite sur des fictions de la vie réelle pendant plus d’une cinquantaine d’année. La fiction centrale est que les Américains ont construit leur base sur une île «  inhabitée ». Ce qui n’était «  vrai » que parce que les peuples indigènes furent exilés secrètement de l’archipel Chagos lorsque la base a été construite. Bien que leurs ancêtres aient été installés sur place depuis la révolution américaine, les officiels anglo-américains décidèrent, comme l’écrit l’un d’entre eux de «  maintenir la fiction »       que les habitants de Chagos [n’étaient] pas des résidents permanents ou semi-permanents mais juste «  des travailleurs transitoires sous contrat ». Le même officiel résumant la question sans ménagement : «  Nous sommes à même de créer les règles que nous suivons ». Et c’est ce qu’ils firent : entre 1968 et 1973, les officiels américains conspirèrent avec leurs collègues britanniques pour déplacer les Chagossiens, cachant soigneusement leur expulsion du Congrès, du Parlement, des Nations Unies et des médias. Pendant leur déportation, les agents britanniques et les membres du bataillon de construction de l’US Navy rassemblèrent et tuèrent tous les chiens domestiques. Puis ils déportèrent leurs propriétaires dans les îles Maurice et les Seychelles, à plus de 1931 kilomètres de leur terre natale, où ils ne reçurent aucune espèce d’aide à la réinstallation. Plus de quarante ans après leur expulsion, les Chagossiens demeurent généralement les plus pauvres entre les pauvres sur leur terre d’adoption, luttant pour survivre dans des lieux que les regards extérieurs considèrent comme des destinations de tourisme exotiques.

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Pendant cette période, Diego Garcia est devenue une base militaire de plusieurs milliards pour la Marine et l’armée de l’air et un point central  dans l’effort de contrôle du Grand Moyen-Orient,  de son pétrole et de ses ressources en gaz naturel. La base, dont peu d’Américains connaissent l’existence, est plus importante stratégiquement et plus secrète que la base-et-prison de Guantanamo Bay, à Cuba, contrairement à Guantanamo, aucun journaliste n’a pu jeter plus d’un seul coup d’œil à Diego Garcia en plus de trente ans. Et pourtant elle a joué un rôle majeur  dans les guerres du Golf, dans l’invasion de l’Irak en 2003, dans la guerre menée en Afghanistan par les US et dans les actuelles campagnes de bombardements de l’Etat islamique en Syrie et en Irak.

Faisant suite à des années de rapport   affirmant que la base était un secret «  site noir » de la CIA prévu pour détenir les suspects de terrorisme et des années de déni des officiels britanniques et américains, les responsables des deux côtés de l’Atlantique  se sont déboulonnés en 2008. «  Contrairement à des affirmations antérieures explicites, a dit le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et du Commonwealth David Miliband  Diego Garcia a joué bien sûr un certain rôle dans le programme secret de la CIA  « Interprétation ». 

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L’année dernière, les officiels britanniques prétendaient que le livre de bord des vols, qui aurait pu mettre quelque lumière sur ces opérations du programme Interprétation,  étaient «  incomplet à cause de dégâts causés par l’eau, à cause d’un temps extrêmement pluvieux en Juin 2014 ». Une semaine plus tard, ils font subitement volte-face disant que «  les documents auparavant humides avaient séché ». Deux mois plus tard, ils insistent sur le fait que les livrets de vol n’ont pas séché du tout et «  sont endommagés au point de ne pouvoir être utilisé du tout ».  Sauf que les propres données météorologiques  du gouvernement britannique indiquent que Juin 2014  a été un mois exceptionnellement sec à Diego Garcia. Un avocat des droits légaux dit que les officiels britanniques «  pourraient à peine être plus crédible si ils disaient simplement que «  le chien a mangé mon cahier de devoirs »

Et ce ne sont là que quelques-unes des fictions concernant la base militaire occupant l’ancienne terre des Chagossiens et que les militaires US ont surnommée « L’empreinte de la Liberté ».   Après plus de quatre décennies d’exil, cependant, avec un mouvement pour le retour sur leur terre croissant, les fictions de Diego Garcia pourraient finir par s’effondrer.

Pas des  “Tarzans”

L’histoire de Diego Garcia commence à la fin du 18ième siècle. A cette époque des esclaves originaires d’Afrique, travaillant sur les plantations de noix de coco franco-mauritaniennes, deviennent les premiers occupants de l’archipel de Chagos. Suite à l’émancipation des contrats synallabatiques* des travailleurs venant des Indes, une population mixte crée une nouvelle société avec son propre langage le Créole Chagos. Ils se nomment eux-mêmes les Ilois, les Insulaires.

Bien que demeurant une société de plantations, l’archipel, à cette époque sous le contrôle de l’empire colonial britannique, offre une vie sûre avec un emploi généralisé et de nombreux bénéfices sociaux sur cette île, décrite par beaucoup comme idyllique. «  Ce bel atoll de Diego Garcia, juste au centre de l’océan » est la façon dont Stuart Barber le décrit en 1950. Un civil travaillant pour l’US Navy, Barber deviendra l’architecte d’une des bases militaires américaines les plus puissantes outre-mer.

* Le contrat est dit “synallagmatique” ou “bilatéral”, lorsque ses dispositions mettent à la charge de chacune des parties ayant des intérêts opposés l’exécution de prestations qu’elles se doivent réciproquement. Tel est le cas de la vente ou du contrat de bail. L’ adjectif exprimant le contraire de synallagmatique est “unilatéral“. La donation qui est consentie sans charges pour le donataire, est une disposition unilatérale.

Le contrat synallagmatique “imparfait”, est un acte juridique qui dans sa première phase, présente les caractères d’un engagement unilatéral, mais dont l’exécution génère des obligations réciproques. Il en est ainsi de la donation avec charges et du dépôt. L’échange d’une promesse unilatérale d’achat et d’une promesse unilatérale de vente réalise une promesse synallagmatique* de vente valant vente définitive lorsque les deux promesses réciproques ont le même objet et sont stipulées dans les mêmes termes. (Com. – 22 novembre 2005, BICC n°635 du 1er mars 2006).

Textes

  • Code civil, Article 1102.

Au cœur de la compétition avec l’Union Soviétique de la guerre froide, Barber et d’autres officiels étaient soucieux de l’absence presque totale de présence militaire US autour et dans l’Océan Indien. Barber nota que l’isolement de Diego Garcia- à moitié chemin entre l’Afrique et l’Indonésie et à 1600 kilomètres des Indes- assurerait une sécurité en cas d’attaque, tout en restant à distance de frappe des territoires d’Afrique du Sud et du Moyen-Orient jusqu’à l’Asie du Sud et du Sud-Est.

Guidés par l’idée de Barber, l’administration de John. F. Kennedy et de Lyndon Johnson convainc le gouvernement britannique de détacher l’archipel de Chagos de la Mauritanie coloniale et de créer une nouvelle colonie, dont le nom serait Territoire Britanniques de l’Océan Indien. Son seul but étant de devenir un hébergement pour les équipements de l’armée américaine.

Lors de négociations secrètes avec leur homologues britanniques, les officiels du Pentagone et du Département d’Etat ont insisté sur la fait que Chagos passe sous leur «  contrôle exclusif (sans ses habitants) » incluant un ordre d’expulsion dans une phrase entre parenthèse à l’allure polie. Les officiels américains veulent une île « nettoyée » et  « assainie ». Les officiels britanniques semblent heureux de leur être obligés, déplaçant un peuple qu’un des officiels nomma «  des Tarzans » et, dans une référence raciste à Robinson Crusoe, des «  Hommes Vendredi ».

“ Ils doivent absolument partir”

Ce plan se confirme dans un  « échange de notes »,  signées le 30 Décembre 1966, par les officiels britanniques et américains, comme me l’a confié un des négociateurs du Département d’Etat «  sous la protection de l’obscurité ». Les notes constituaient en effet un traité mais ne requéraient pas l’approbation du Congrès ou du Parlement, impliquant que les deux gouvernements allaient garder leurs plans cachés.

Selon cet accord, les Etats Unis gagneraient l’usage de cette nouvelle colonie « sans charge ». Ce qui est une autre fiction. Dans confidential minutes les Etats Unis décidèrent d’effacer une dette militaire de 14 millions de dollars, contournant le besoin de demander un financement au Congrès. En échange, mes Britanniques donnèrent leur accord pour prendre les «  mesures administratives » pour la «  réinstallations des habitants ».

Ces mesures signifiaient que, après 1967, tout habitant de Chagos quittant son domicile pour un traitement médical ou des vacances ordinaires en Mauritanie se verrait interdire le retour. Bientôt, les officiels britanniques commencèrent à réduire l’approvisionnement de nourriture et de médicaments à Chagos. Comme les conditions se détérioraient, de plus en plus d’habitants commencèrent à quitter l’île. En 1970, l’US Navy avait rassemblé les fonds pour ce que les officiels décrirent au Congrès comme « une austère station de communication ». Ils avaient cependant, déjà prévu de demander un financement supplémentaire pour développer l’équipement d’une base plus importante. Comme le précise le bureau de la communication et de la cryptologie de l’US Navy, «  Les exigences de communication évoquées comme justification sont une fiction » . Dès les années 1980, Diego Garcia deviendra une garnison de plusieurs milliards de dollars.

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Dans des documents d’instructions au Congrès, la Navy décrit la population de Chagos comme «  négligeable » avec les îles «  dans tout objectif pratique…inhabitées » En fait il y avait à peu près 1000 personnes vivant à Diego Garcia dans les années 60 et entre 500 et 1000 dans les autres îles de l’archipel. Avec les fonds alloués par le Congrès assurés, l’amiral le plus haut gradé de la Navy, Elom Zumwalt, a résumé le destin des Chagossiens en 1971 dans une note de trois mots «  doivent absolument partir ». Les autorités embarquèrent rapidement aux derniers Chagossiens –  lesquels avaient droit à une boîte où mettre leurs biens et à un matelas pour dormir- sur des cargos surpeuplés à destination des Seychelles et de la Mauritanie. En 1973, les derniers Chagossiens étaient partis.

Une pauvreté abjecte

Arrivé à destination, la plupart des Chagossiens furent littéralement laissé sur les docks, sans logis, sans travail, et avec très peu d’argent.  En 1975, deux ans après la dernière expulsion, un reporter du Washington Post a trouvé qu’ils vivaient dans une  «  pauvreté abjecte ».

Aurélie Lisette Talate   fût une des dernières à partir. «  Je suis arrivée en Mauritanie avec six enfants et ma mère «  nous a-t-elle dit, « nous avons eu un logement mais il n’y avait pas de porte ni d’eau courante, il n’y avait pas l’électricité. Puis mes enfants et moi avons commencé à souffrir. Tous mes enfants ont commencé à tomber malades.

En deux ans elle a perdu deux de ses enfants. Le second a été enterré dans une tombe sans nom parce qu’elle manquait d’argent pour lui organiser des funérailles correctes. Aurélie a eu des crises d’évanouissements et ne pouvait se nourrir. «  Nous vivions comme des animaux. De la terre ? Nous n’en avions pas. Et nos enfants n’étaient pas scolarisés.

Aujourd’hui, la plupart des Chagossiens, qui sont maintenant plus de 5000 demeure dans la grande pauvreté. Dans leur langue, leur vie est  lamizer (misère financière) et sagren (profonde tristesse et désespoir d’avoir été exilés http://www.counterpunch.org/2015/03/20/what-the-torture-report-missed/ de leur terre natale.  Beaucoup d’insulaires attribuent la maladie et même la mort à ce sagren. « Je suis atteint de quelque chose qui m’affecte depuis très longtemps, depuis qu’on nous a déracinés » a été la façon dont Aurélie me l’a expliqué. «  Ce sagren, ce choc, c’est la même chose qui a tué mes enfants. Nous ne vivions plus libres comme quand nous étions encore dans notre pays natal. »

 Lutter pour la justice

A partir du moment où ils ont été déportés, les Chagossiens ont exigé leur retour ou au moins des conditions décente de réinstallation. Après des années de protestation, dont cinq grèves de la faim menées par des femmes comme Aurélie Talate, quelques-uns parmi eux en Mauritanie ont reçu quelques compensations très modestes du gouvernement britannique : de petites maisons de préfabriqué, de minuscules parcelles de terre, et à peu près 6000 dollars par adulte. Beaucoup ont utilisé cet argent pour rembourser des dettes importantes qu’ils avaient accumulées. Ceux qui vivent aux Seychelles n’ont rien reçu.

La lutte des Chagossiens s’est développée en 1997, avec le dépôt d’une plainte contre le gouvernement britannique. En Novembre 2000, la Haute Court de Justice de Grande Bretagne s’est prononcée pour l’illégalité de la déportation. En 2001 et 2002, la plupart des Chagossiens ont déposé de nouvelles plaintes à la fois devant les tribunaux britanniques et américains exigeant le droit au retour ou des compensations correctes http://scholarlycommons.law.northwestern.edu/njihr/vol11/iss1/6/  pour leur déplacements et pour le réaménagement de leurs îles. La poursuite américaine a été rejetée en dernier ressort sur la base d’une incapacité du judiciaire, dans la plupart des cas, régler les domaines de l’exécutif dans les domaines militaires ou de politique étrangère. En grande Bretagne, les Chagossiens ont eu plus de succès, En 2002, ils se sont assurés du plein droit d’accès à la citoyenneté britannique. Plus de 1000 Chagossiens ont depuis déménagé en Grande Bretagne

Deux autres fois, la court britannique a jugé en faveur du peuple, avec des magistrats nommant le comportement de l’état «  répugnant » et comme «  abus de pouvoir »

Dans un dernier appel du gouvernement, cependant, la court suprême de Grande Bretagne, les juges siégeant à la Chambre des Lord ont maintenu la décision d’exil à 3 voix contre 2. Les Chagossiens ont fait appel devant la Court Européenne des Droits de l’Homme pour modifier ce jugement.

Une fiction verte

Avant que la court Européenne ne se prononce, le gouvernement britannique a annoncé la création de la plus grande zone maritime protégée ( Marine Protected Area, MPA) au monde dans l’archipel de Chagos. La date de l’annonce, le 1ier Avril 2010 aurait pu être un indice qu’il y avait bien autre chose qu’une question environnementale derrière cette décision. La MPA bannit la pêche commerciale et limite d’autres activités humaines dans l’archipel, rendant risquée la viabilité de toute tentative de réinstallation. Puis vint Wikileaks. En Décembre 2010, il a publié une dépêche de l’Ambassade américaine à Londres citant un ancien haut responsable de l’Office de la politique étrangère et du Commonwealth [ Foreign and Commonwealth Office], disant que «  les anciens habitants trouveront difficile voire impossible, de maintenir leur plainte pour une réinstallation dans les îles si l’archipel entier de Chagos est une réserve marine. » Les officiels US acquiescèrent. Selon l’Ambassade, le Conseiller Politique Richard Mills a écrit, «  Etablir une réserve marine pourra, bien sûr, être la meilleure façon à long terme d’empêcher tout ancien habitant des îles Chagos ou leur descendants de se réinstaller. »

Sans surprise, la préoccupation principale du Département d’Etat était de savoir si une MPA pourrait affecter les opérations. «  Nous sommes inquiets » note l’Ambassade londonienne ; «  que certains puissent venir constater que la création d’une MPA soit fondamentalement contradictoire avec l’usage militaire de Diego Garcia ». Les officiels britanniques assurèrent aux Américains qu’il n’y aurait « aucune contrainte quant aux opérations militaires »

Bien que la Cour Européenne des Droits de l’Homme se soit finalement  prononcée contre les Chagossiens en Mars 2013, un tribunal des Nations Unies  a déclaré que la Grande Bretagne avait enfreint les lois internationales en créant cette zone maritime protégée.  La semaine suivante, les Chagossiens ont porté leur requête sur la MPA et leur expulsion auprès de la Cour Suprême Britannique, maintenant la plus haute instance, armé des lois des Nations Unies et des révélations que le gouvernement a gagné la décision de la Chambre des Lords avec l’aide d’une étude falsifiée sur la réinstallation.

Pendant ce temps, le Parlement Européen a voté une résolution prévoyant le retour des Chagossiens, l’Union Africaine a condamné leur déportation en la qualifiant d’horrible, trois lauréats du Prix Nobel ont parlé en leur faveur et des dizaines de membres du Parlement Britannique ont rejoint un groupe supportant leur lutte. En Janvier, une  étude de faisabilité  publiée par le gouvernement britannique a estimé qu’il n’y avait pas de barrières légales significatives à leurs plans de réinstallation dans les îles et a esquissé plusieurs plans de réinstallation à commencer par Diego Garcia. Il est à noter que les Chagossiens ne demandent pas le déplacement de la base militaire américaine. Leur opinion à son propos sont diverses et compliquées. Au moins, certains préféreraient des emplois sur la base à des vies sans emploi en exil.Bien sûr aucune étude n’était nécessaire pour savoir que la réinstallation à Diego Garcia et dans le reste de l’archipel était possible.  La base qui a hébergé des milliers de militaires et de personnel civil pendant plus de quarante ans a démontré cela suffisamment bien. En fait, Stuart Barber, son architecte, en est venu à la même conclusion quelques années avant sa mort. Après qu’il ait appris le sort des Chagossiens, il a écrit une série de lettres passionnées au Centre de surveillance des droits de l’homme ( Human Rights Watch) et à l’ambassade britannique de Washington, entre autres, les implorant d’aider les Chagossiens à revenir chez eux. Dans une lettre au Sénateur de l’Alaska Ted Stevens, il dit crûment que l’expulsion «  n’était pas nécessaire sur le plan militaire ».

Dans une lettre au Washington Post en 1991, Barber suggère « qu’il est temps de redresser ces torts inhumains inexcusables infligés par les Britanniques contre nos protestations ». Il ajoute, «  Des compensations supplémentaires substantielles pour ces 18 à 25 années de misère passées pour tous les évincés sont certainement légitimes. Même si cela devait se monter à 100.000 dollars par famille, nous n’atteindrions que la somme de 40 à 50 millions de dollars, somme modeste par rapport aux investissements effectués dans la base militaire. »

Presque un quart de siècle plus tard, rien encore n’a été fait. En 2016, le contrat de 50 ans pour Diego Garcia expirera. Bien qu’il soit l’objet d’un renouvellement automatique de vingt ans, il offre un période de renégociation de deux ans, qui commence à la fin 2014. Avec la dynamique de soutien acquise par les Chagossiens, ceux-ci sont optimistes sur la capacité des deux gouvernements à corriger l’injustice. Les officiels américains ayant autorisé l’étude de faisabilité britannique afin de reconsidérer une réinstallation pour Diego Garcia est un signe d’espoir que la politique anglo-américaine puisse finalement changer et redresser de grands torts commis dans l’Océan Indien.

Malheureusement, Aurélie Lisette Talate ne verra jamais le jour où son peuple retournera chez lui. Comme d’autres parmi le nombre rapidement décroissant des Chagossiens nés sur l’archipel, Aurélie est décédée en 2012 à l’âge de 70 ans, succombant d’un malaise cardiaque dû au sagren.

David Vine, un auteur régulier de TomDispatch , est Professeur Associé d’Abnthropologie à l’Université Américiane de Washington D.C. Son nouveau livre  Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World sera publié en Août dans le cadre de l’American Empire Project (Metropolitan Books). Il est aussi l’auteur de l’ Island of Shame: The Secret History of the U.S. Military Base on Diego Garcia. Il a écrit pour le NYT, le Washington Post et Mother Jones entre autres publications. Pour plus de renseignements sur ses écrits, visiter www.davidvine.net.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Tom Engelhardt : “AFRICOM” Des bases militaires américaines qui cernent l’Afrique

Ceci n’est que la traduction de l’introduction à l’article de David Vine sur la base militaire américaine installée de force et de quelle force sur l’île de Diego Garcia dans le Pacifique.

Les informations touchant la réalisation de projets de présence militaire complètement hors de contrôle d’aucune institution de régulation internationale, les tactiques et anticipations des conflits à venir dus au manque d’eau et aux modifications climatiques, les créations réactives de groupes extrémistes et l’or noir qui continue de couler à flot et nécessite une main mise constante sont anticipés par cette seule nation en toute impunité. C’est donc ” AFRICOM” et c’est ça la forme la plus pure de l’impérialisme, gaver de produits de consommation et de culture de masse les peuples passifs et se préparer en toute impunité et avec quelques prévaricateurs largement soudoyés pour aménager le terrain à écraser les autres. L’Amérique du Sud en entier en pleure encore de toute son identité. Rome n’a pas procédé autrement.

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L’armée américaine pénètre en Afrique 

Je suis sûr que vous avez entendu parler des trois essentielles “ aires d’avant-postes” ou dans le jargon du contrat des “ zones de sécurité cooperative ”  que les Marines américains ont installé au Sénégal, au Ghana et au Gabon. Nous parlons du  “Special Purpose Marine Air-Ground Task Force Crisis Response-Africa  [ Marines à objectifs spéciaux Air.Terre Force responsable des réponses aux crises africaines], une unité basée à present à Moron, Espagne.  Elle est censée être une base – bien que ce ne soit pas un terme utilisé  aux “ US African Command [Commandes américaines en Afrique ] AFRICOM qui peut superviser n’importe quelle expansion – prête à l’accueillir dans un avenir où tout peut arriver dans une Afrique au bord de l’explosion ou avec la montée des groupes terroristes.

Vraiment ? Vous n’avez rien noté à ce sujet ? Il faut l’admettre, l’histoire n’a pas été mentionnée dans les informations quotidiennes, ni fait la une des journaux locaux, ni, sans doute de ses pages intérieures mais honnêtement, elle était pleinement visible juste là, dans Military Times !   Bien sûr, il peut être facile de passer à côté de trois locations de” sécurité coopérative” largement inoccupées  dans des pays qui ne sont pas exactement sur le bout de la langue des Américains dans de telles circonstances, mais que dire de ces autres huit “ aires de transbordements ” que AFRICOM admet maintenant avoir établi à travers toute l’Afrique ?  Le commandement a tout d’abord nié avoir aucune “ base” sur le continent autre que celle en croissance permanente qu’il a établi sur la petite nation de Djibouti dans la Corne de l’Afrique et dans laquelle a déjà été englouti les trois quarts d’un milliard de dollars avec au moins 1, 2 milliards d’aménagements nouveaux à venir. 

Cependant, le commandant d’AFRICOM, le Général David Rodriguez, insiste maintenant fièrement sur le fait que les onze avant-postes principaux ne seront situées qu’à quatre heures de tout haut-risque ou haute-menace diplomatiques sur tout le continent.

Vraiment, vous n’avez rien entendu sur ces bases non plus bien que “ Stars and Stripes” ait eu l’information en couverture et en page central ?

Hum.. ce serait vraiment étrange si personne dans ce pays, en dehors du Pentagone, portrait le moindre intérêt à la question de la répartition générale des garnisons américaines. Bien sûr que ça ne les intéresse pas. Cela ne les a jamais intéressé, ce qui pourrait caractériser un des plus grands mystères de la vie américaine et pourtant, d’une certain façon ne le caractérise pas. Les bases américaines à l’étranger ne figurent Presque jamais dans les informations. Rares sont les journalistes qui écrivent à leur propos, bien qu’ils y passent souvent du temps. Les commentateurs en parlent rarement. Les candidats n’en débattent jamais, les éditorialistes n’écrivent pas sur elles.

Ces jours derniers, nous nous sommes souvenus des 505 (!)   bases allant de minuscules avant-postes de combat à de petites villes américaines  (avec presque tous les aménagements d’un véritable foyer) que les US ont construits, entretenus puis abandonné en Irak entre 2003 et 2011 au coup de dizaines de milliards de dollars – ceci, c’est-à-dire avant que des formateurs américains et d’autres personnels y soient à nouveau envoyés dans quelques uns d’entre eux pour la 3ième guerre d’Irak. 

Presque personne, même le Congrès généralement impatient de couper les subventions sur à peu près tout, n’a discuté le coût de cette maintenance de centaines et de centaines de bases de toute tailles et formes que le Pentagone maintient globalement d’un façon historiquement encore sans précédent.

Déjà en 2012, le rédacteur régulier de TomDispatch David Vine estimait que ces coûts s’élevaient aux alentours de 170 milliards de dollars par an, d’une façon conventionnelle, et que depuis le 11 Septembre, s’y était ajouté au total près de deux milliers de milliards de dollars..Si vous n’évaluez pas la manière dont ce pays a transformé en garnison toute la planète, si vous ne notez jamais son empire de bases militaires, il n’y aura alors aucune façon de vous en faire saisir la nature impérialiste, qui peut-être est le vrai point. 

Et bien sûr, si vous n’avez aucune conscience de tout cela, ce qui est probable si vous êtes un Américain pur sang bien viril, alors vous n’avez probablement pas l’idée que ce pays a engouffré des milliards de dollars dans une seule base militaire, sur une seule île, Diego Garcia, perdue dans les fins fonds de l’océan Indien  mais vitale quant aux conflits de l’Amérique avec le Moyen-Orient. Ceci signifie également que vous ignorez que le Pentagone, commettant un acte de cruauté de premier ordre a exigé que toute la population soit exilée de leur pays, de leur vie, de tout ce qui avait de la valeur pour elle, de tout ce que l’appartenance aux racines représente dans ce monde, de façon à ce qu’il puisse construire, pourvoir en personnel et utiliser dans la guerre sans fin des USA avec le grand Moyen–Orient sans aucun témoin d’aucune sorte.

C’est un conte sinistre que vous n’avez probablement entendu. ( même si vous lisez  Military Times ou Stars and Stripes ) David Vine est un des rares Américains qui se soit trouvé fascine par ce que Chalmers Johnson a nommé une fois ” le monde des bases américaines.” Il a écrit à leur propos d’une façon très vive dans :  So Base Nation: How U.S. Military Bases abroad harm America and the world  [Une Nation de Bases militaires, comment les bases américaines endommagent les USA et le monde] , un livre que Andrew Bacevich a décrit comme “ une critique dévastatrice » et qui sort en Août. Personne ne sait plus de choses sur Diego Garcia et sur le destin de ses habitants que Vine. ( Il  écrit un livre précédemment  ” Island of shame” [ L’île de la honte]

Prenez donc un moment pour jeter un coup d’œil sur les bord lointains de l’empire des bases militaires américaines et de rapidement considérer certains autres coûts induits par la manie de ce pays de mettre le monde en garnison. Tom

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Au regard de l’absence quasi complète d’information sur les procédés d’invasion de l’île de Diego Garcia et la violence commise comme un droit sur tous ses habitants, la traduction de l’article de David Vine du TomDispatch, très documentée, suivra cette introduction.

Dahr Jamail «  Effondrement imminent de la calotte glaciaire et une nouvelle ère pour l’Arctique »

L’article de Dahr Jamail du magazine ” Truth Out”  nous offre un aperçu très large et documenté des multiples facettes de la catastrophe climatique qui se prépare et a déjà montré son ampleur. Il se réfère aux études les plus sérieuses et les plus récentes afin de pointer l’extrême urgence avec laquelle les pouvoirs politiques devraient agir ainsi que les résistances toujours farouches à la seule réalité du changement climatique anthropogénique.

Il se réfère principalement à des recherches et des analyses faites aux USA mais évoque également de nombreuses autres parties d’un monde qui, ne l’oublions pas est menacé dans sa survie globale.

Avant la lecture une citation de la fin du texte, qui nous montrera, à nouveau, l’extrême urgence des changements nécessaires : Nous n’avons pas un moment à perdre : une analyse récemment publiée dans la  prestigieuse revue Science, montre qu’une espèce animale sur six est en voie d’extinction à cause du réchauffement.

NB : Dans la traduction, nous avons fait le choix en place de  “changement climatique”, d’utiliser l’acronyme anglo-saxon choisi par l’auteur,  “ACD” (Anthropogenic Climate Disruption ).

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Comme les perturbations climatiques causées par l’homme progressent, la montée du niveau des mers se produit beaucoup plus vite que prévu. (Photo: Iceberg via Shutterstock)

Récemment, deux amis et moi avons tenté l’ascension du beau sommet enneigé du Mont Baker dans l’état de Washington. Encordés pendant que nous escaladions le glacier, à à peu prêt 457 mètres au-dessous du sommet, notre route s’est transformée en une impasse.

Étant donné qu’il était techniquement tôt dans la saison d’escalade et que nous étions sur une route standard, nous avons été surpris de trouver un pont de neige s’étalant sur une crevasse large de plus de 10 mètres sur le point de s’effondrer. Ne trouvant pas d’autres voies autour du gouffre, nous nous sommes mis d’accord pour faire demi-tour et de revenir un autre jour.

Après avoir démonté notre camp et pris le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés pour manger un morceau dans la petite ville la plus proche de Glacier, Washington. Notre  hôtesse nous a parlé d’un de ses amis travaillant au service forestier de  l’endroit qui lui avait dit que la zone ” avait reçu, l’année passée, la quantité la plus faible de précipitations dans les cent dernières années. ”

L’élévation du niveau des mers se produit maintenant beaucoup plus vite que ce que tout le monde prévoyait.

Pendant que nous planifions notre prochaine sortie au Mont Baker, un de mes partenaires parla avec un guide local qui l’informa que, en dépit du fait que nous n’étions qu’à la mi-mai  ” les conditions d’escalade sont déjà les mêmes que celles de la mi ou fin Juillet, des crevasses s’ouvrent, des ponts de neige sont déjà en train de fondre comme si nous étions en fin de saison ”

L’escalade, aux prises avec les perturbations climatiques anthropogéniques  (A.C.D : Anthropogenic Climate Disruption), comme le reste de la vie, est en train de devenir de plus en plus un défi et de plus en plus dangereuse. Les signes nous entourent, chaque jour maintenant. Tout ce que nous avons à faire et d’ouvrir les yeux aux changements se produisant dans nos régions. Nous devons y regarder de plus près et penser à ce qui se produit sur la planète.

Les changements dans l’océan Arctique sont devenus si importants que la région entre dans ce que les scientifiques norvégiens appelant  ” une nouvelle ère ” . Ils nous avertissent des   ” implications  d’une portée considérable “, provenant du passage d’une couverture permanente de glace épaisse à une couche beaucoup plus fine disparaissant pendant l’été.

Pendant ce temps, l’élévation du niveau des mers se produit maintenant beaucoup plus vite que toutes les prévisions le supposaient, selon une étude récemment publiée des climatologues d’Australie. Cette étude montre que la montée des niveaux de la mer s’est accélérée lors de la dernière décennie.

La NASA a récemment publié une étude révélant que les régions polaires de la planète sont au milieu d’une transformation énorme, et a montré que la calotte glaciaire Larsen B, vieille de 10.000 ans va bientôt disparaître, peut-être dès 2020. Et ces tendances sont sur la voie d’une accélération, car Mars a vu la moyenne de dioxyde de carbone toucher les 400. 83 parts par million.  Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration,  c’était la première fois que la moyenne surpassait les 400 parts par million pendant un mois entier depuis le début des mesures en 1950.

Terre

Sur les fronts de la terre, des changements furieux viennent à une vitesse folle

Une étude  dévoilée par les chercheurs en Suède et en Chine montre comment l’ACD peut sérieusement compromettre la survie de presque tout ce qui vit sur la planète, en particulier  celle des oiseaux. Les chercheurs ont montré comment lors du dernier âge de glace s’est produit un déclin sévère de la vaste majorité des espèces étudiées, ce qui est précisément ce à quoi nous assistons en ce moment. De très nombreuses espèces d’oiseaux sont actuellement dans un déclin dramatique.

Un récent exemple frappant de ce phénomène se produit dans l’Ohio, où les oiseaux sont en train d’être dévastés par les impacts de l’ ACD, selon les scientifiques les plus experts de l’ Audubon Society, qui s’attendant à voir les choses empirer.

Les gaz à effets de serre s’extraient de la forêt californienne plus vite qu’ils ne sont absorbés.

En Californie, l’actuelle mega-sècheresse est déjà responsable de la mort de 12,5 millions d’arbres de la forêt nationale, selon les scientifiques du service des forêts nord-américaines. Ils s’attendent à voir l’extinction continuer. ” Il est presque certain que des millions d’autres arbres vont mourir dans le cours de l’été à venir puisque la situation de la sécheresse continue et va s’inscrire encore plus dans le long terme. ” dit le biologiste Jeffrey Moore, responsable du programme d’enquête du Services des forêts nord-américaines.

Des recherches récentes  en dehors de la Californie montrent également que les forêts sont en fait devenues de pollueurs plutôt que des réducteurs de dioxide de carbone, à cause, encore, de l’impact de l’ ACD. L’étude montre que les gaz à effets de serre s’extraient des forêts plus vite qu’ils ne sont absorbés, à cause principalement des feux de forêts amplifiés par l’ACD.

À travers tous les états de l’ouest des USA frappés par la sècheresse, les animaux sauvages meurent littéralement de soif, car ils sont maintenant obligés de chercher de l’eau et de la nourriture dans des zones éloignées de leur territoires habituels, ce qui entraine une augmentation des morts.

Une autre étude récente montre que comme l’ACD  progresse, des étendues de forêt majestueuse à travers le monde vont rétrécir et se rabougrir, à cause des changements dans les courants de fluide du travail intérieur de la végétation. Pendant ce temps, l’augmentation du niveau de dioxyde de carbone et d’autres impacts de l’ACD ont un effet massif sur les capacités des populations indigènes de fournir leur propre médecine car les plantes médicinales sont sur le déclin.    Cette question dépasse le cadre des USA : sur les 7, 3 milliards de personnes vivant sur terre maintenant, approximativement 5 milliards ne se rendent pas à une pharmacie pour chercher leurs prescriptions.

Dans cette même note, une récente étude troublante dans le Proceedings of the National Academy of Sciences    a montré que le réchauffement climatique faisait déjà baisser les rendements de céréales aux USA et probablement ailleurs autour du globe. C’est pourquoi nourrir les 7, 3 milliards d’êtres humains va devenir de plus en plus un défi.

Plus largement, un rapport récent de médecins et de scientifiques en Australie nous avertit que l’ACD conduira à plus de maladies, de mort et de violents conflits lorsque les pays devront se battre plus pour les ressources en aliments et en eau.

Eau

Comme d’habitude, quelques-uns des effets les plus ouvertement évidents de l’ACD se font reconnaître sur les fronts de mer, à la fois sous la forme de trop ou de pas assez d’eau.

En ce qui concerne le dernier, le lac Mead du Nevada, le plus grand réservoir d’eau des USA, est maintenant à son plus bas niveau dans l’histoire enregistrée.

Dans la région du nord-ouest pacifique – pas la région à laquelle on pense quand on évoque la sécheresse — une étude récente a montré que plus de montagnes étaient sans neige plus tôt dans l’année que jamais, d’autant que la région a eu un hiver sans neige avec les manteaux neigeux à leur plus bas niveau

Les responsables de l’eau avaient l’espoir que des neiges tardives ou d’importantes pluies printanières allaient remplir les réservoirs, mais elles ne sont pas venues. À la place, sur les 98 sites gérés par Washington, 66 étaient sans neige au début du mois de Mai et ” 76% de la neige à long terme des sites de l’Oregon avaient le plus mince manteau neigeux jamais enregistré. ” en Avril.

Lors d’une année typique, à cette même période, la plupart des sites seraient proches de leur manteau neigeux le plus épais.

Dans l’Arctique, le lanceur d’alerte, les circonstances deviennent de plus en plus catastrophiques.

Les choses sont suffisamment graves pour que à la mi-mai, le gouverneur de la région Jay Inslee déclare une urgence dans tout l’état  à cause de la sécheresse  quand les manteaux neigeux de cet état n’avaient pas atteints 16% de leur moyenne et le niveau des cours d’eau et des rivières s’étaient asséchés jusqu’à devenir des filets qu’on n’avait pas vu depuis 1950.  Inslee a également averti que ”  les résidents devaient se préparer à une saison d’incendies précoce et active qui pourraient atteindre  des lieux plus hauts comme celles des montagnes Olympiques ou celles de Cascade., où de nombreux points sont déjà complètement sans neige. ”

Nous tournant plus au nord, ce dernier hiver a aussi été le moins neigeux parmi ceux enregistrés à Anchorage, Alaska selon le  National Weather Service

Nous déplaçant à travers le Pacifique vers Taïwan, pas un pays dont on imaginerait qu’il subisse l’impact de la sécheresse alors que cette nation traverse une des plus sévères sécheresses  depuis des décennies, les habitants vivant dans ce pays lourdement peuplé de la côte ouest doivent rationner leur utilisation d’eau.

Dans l’Arctique, notre signe avant-coureur des impacts de l’ACD, les conditions deviennent de plus en plus terribles. Il y avait moins de glace dans l’Arctique cet hiver que lors d’aucun hiver de l’ère des satellites selon le National Oceanic and Atmospheric Administration 

Une équipe internationale de scientifiques a récemment confirmé une crainte ancienne : la vaste quantité de carbone actuellement préservée dans les sols gelés et la toundra de l’Arctique, sera, à cause de la fonte du permafrost, finalement rejetée dans l’atmosphère. C’est une évidence de boucle de rétroaction : les températures se réchauffant font fondre le permafrost, libérant le dioxyde de carbone stocké dans l’atmosphère, qui plus tard réchauffe encore les températures, encore et encore.

Comme une nouvelle version arctique du film post-apocalyptique Mad Max, le dégel de la calotte glaciaire pousse plusieurs nations de l’ouest et la Russie à se précipiter pour marquer et sauvegarder leurs droits à de nouveaux passages de navigation et à de nouveaux sites de forage en haute mer. En d’autres termes, la dernière itération de la guerre froide est en train de s’échauffer, rapidement.

Dans l’Arctique-même, cette dépêche trouve également des développements dramatiques. La couverture de glace Larsen C, qui est beaucoup plus grande que Larsen A et B et a une surface à peu près deux fois plus large que celle du Pays de Galles  semble sur le point de s’effondrer. Une étude récemment publiée rapporte que des mécanismes existent qui pourraient faire courir des ” risques imminents ” à la couverture glaciaire.

Dans un autre exemple de boucle de rétroaction qui s’emballe, un rapport récent  montre qu’une accélération de la montée des eaux  se produit pendant que la couche de glace fond à des vitesses de plus en plus rapides.

Dans cette note, les leaders politiques des Caraïbes, http://www.ipsnews.net/2015/05/caribbean-looks-to-paris-climate-summit-for-its-very-survival/   dont les quarante pays insulaires sont confrontés à l’acidification de l’océan, à la montée du niveau des eaux et à une saison cyclonique de plus en plus intense mettent tous leurs espoirs sur le sommet climatique de Paris attendu dans l’année pour leur survie même.

Feu

La sécheresse actuelle en Californie transformant tout l’état en poudrière où ont conduit plusieurs années de conditions d’hyper-sècheresse, a amené les experts à prévenir que  la sècheresse et les conditions actuelles sont une “ recette de désastres “. La Californie dépense déjà plus que les 10 autres états de l’Ouest combinés dans la lutte contre les incendies et cette année, le compte des feux jusqu’à maintenant est de 967, ce qui est 38 % plus important que la moyenne à cette date depuis 2005. Le nombre d’hectares brûlés est presque le double de ce qu’il était à la même période l’année passée et 81%  au-dessus de la moyenne depuis 2005.

À travers le reste des USA de l’ouest, la saison des feux de forêt à venir s’annonce aussi sinistre. Comme la sécheresse continue d’empirer dans tout l’ouest et le centre-ouest des États-Unis le Service des Forêt s’attend à dépenser plus de  1,26 milliards à combattre les incendies en 2015 pendant une saison des feux de forêts qui s’annonce bien pire que la normale.

Une étude récemment publiée  par des chercheurs du National Park Service, de l’Université de Californie, Berkeley, et d’autres institutions a confirmé ce que nous savons déjà : lorsque de la terre boisée desséchée part en flamme, le feu contribue à l’ACD, provoquant encore un autre emballement de la boucle de rétroaction

Air

Un article récent  publié dans   Nature Climate Change a révélé que 75 % des journées mondiales anormalement chaudes et 18 % de ses chutes extrêmes de neige et de pluie étaient directement liées à l’ ACD. Deux rapports récemment publiés par l’UCLA montrent que d’ici 2050, des parties de la région de Los Angeles vont subir un nombre triple ou quadruple de chaleur extrême ( des jours au-dessus de 35 degrés.) par rapport à la situation actuelle.

Dans ce domaine, une autre étude  récemment publiée indique que l’exposition américaine aux chaleurs extrêmes va vraisemblablement être multipliée par six d’ici 2050, à cause de la combinaison de l’augmentation des températures et du rapide accroissement de la population à travers le sud et l’ouest. L’actuelle sécheresse en Californie a également rendu la qualité de l’air bien pire, selon un rapport de l’American Lung Association report.

De l’autre côté de l’Atlantique, les scientifiques nous avertissent  que les records de chaleur battus pendant ces dernières années ont 13 fois plus de chance d’être attribuées à l’ACD.

Un autre rapport récent  montre qu’à cause de l’ACD, les ouragans, globalement, vont arriver plus groupés et être beaucoup plus intenses que dans le passé.

Déni et réalité

Aux USA, il semble que dans le camp des détracteurs de l’ACD, il n’y ait pas de temps mort. Le comité de la Maison Blanche dont la tâche consiste à autoriser les dépenses de la NASA s’est récemment centré sur une question-clef prioritaire de l’administration Obama avec un vote sur une ligne du parti à propos d’une coupe franche  dans le budget des sciences de la Terre : les missions qui étudient l’ACD. Les opposants cherchent à ôter les fonds alloués à l’environnement et aux sciences de la Terre qui peuvent aider les décideurs politiques à faire des choix quant à la régulation de la pollution et aux effets du réchauffement climatique.

En Alaska, la sénatrice anti-environnementaliste belliqueuse Lisa Murkowski est en train de pousser l’ Environmental Protection Agency à libérer son état des règles touchant les émissions de centrales de l’ACD et il est possible qu’elle y réussisse.

En Floride, bien que l’élévation du niveau de la mer fait de jour en jour peser une menace plus grande à toute la côte, il n’y a, dans tout l’état aucun plan général sur les moyens de mitiger l’impact de l’ACD.

Le Président Obama, qui a donné son feu vert pour les forages en haute mer, a fait pression pour une action urgente sur le climat comme un impératif de sécurité nationale.

Les Etats-Unis ne sont pas la seule nation avec un fort mouvement de déni du réchauffement basé sur l’industrie du pétrole. En Australie, l’ancien chef de la respectée Commission Climatique, qui a été dissoute par le Premier Ministre Conservateur Tony Abbott en 2013, a récemment convié le gouvernement à expliquer pourquoi il finançait un «  Institut de Recherche » qui supporte les détracteurs du changement climatique.

Je ne sais pas si ce dernier exemple est à classer dans la catégorie  « déni »  ou « réalité » : de retour aux USA, le Président Obama qui a donné son feu vert pour des forages en haute-mer à la fois dans l’Arctique et sur la côte atlantique a précisé que l’ACD était un risque immédiat pour les USA en poussant à des actions immédiates pour des impératifs de sécurité nationale.

Pleinement sur le front de la réalité, le chef de la Banque Mondiale a affirmé que l’ACD est une « menace fondamentale » pour le développement, reconnaissant comme la progression des dangers a empiré.

Le Département américain de la Défense, qui n’est pas connu pour ses préoccupations pour l’environnement, est en train de franchir de larges pas  vers l’adaptation et la préparation à l’ACD .

Peu connue également pour être préoccupée par l’ACD, l’Arabie Saoudite par son Ministre du pétrole, Ali al-Naimi a récemment annoncé que son pays avait l’intention de basculer vers le tout solaire d’ici 2040.2050. «  Nous nous sommes embarqués dans un programme de développement de l’énergie solaire. Nous espérons qu’un jour viendra où au lieu d’exporter du pétrole nous exporterons des gigawatts. N’est-ce pas une bonne idée ? »

Oui, Monsieur le Ministre, c’en est une, bien qu’un peu tardive dans le jeu.

Également sur le front de la réalité, les Nations Unies et le Vatican ont fait équipe contre les climato-sceptiques, avertissant le monde à propos des impacts de l’ACD tout en détractant fermement les «  climato-sceptiques ». L’ancien Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan est intervenu  en disant que «  Nous devons faire face aux climato-sceptiques » qui nient les faits et le Pape Francis a donné des instructions aux responsables de L’Eglise Catholique afin qu’ils se joignent aux politiciens, aux scientifiques et aux économistes pour établir un bilan déclarant que non seulement l’ACD est une réalité scientifique mais aussi qu’il s’y engage une responsabilité morale et religieuse à faire quelque chose contre lui.

Tout cela est parfait mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Nous n’avons pas un moment à perdre : une analyse récemment publiée dans la  prestigieuse revue Science, montre qu’une espèce animale sur six est en voie d’extinction à cause du réchauffement.

Boucle de rétroaction  Feedback loop

Traduction : Elisabeth Guerrier