Un COP21 des Corporations, c’est officiel

by Elisabeth Guerrier

A corporate COP21, it’s official

Par le Corporate Europe Observatory

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Les premières corporations sponsors du sommet “ historique” de cet hiver sur le climat ( COP21) ont été officiellement désignées : la marque de produits de luxe Louis Vuitton (LVMH) et Suez Environment, un membre clef du lobby pro-fracking français. Selon l’article de Maxime Combes (lien externe)  d’autres  avaient été initialement annoncé par la presse ( BMW, Vattenfall et New Holland Agriculture) mais ont été démentis ultérieurement par les organisateurs.

Juste une question de temps

Découvrir si oui ou non le COP21 aurait des sponsors a toujours été la question du «  quand » plutôt que du «  si ». En Novembre 2014, le Gouvernement Français a annoncé que le Sénat avait effectué des coupes dans le budget (lien externe)

Et que en conséquent ils devraient se tourner vers le secteur privé. Mais il y eu aussi de nombreuses réassurances (lien externe)  aux groupes de la société civile que la Présidence Française ne commettrait pas les mêmes erreurs que celle de Varsovie deux ans plus tôt, lorsque quelques-uns parmi les plus gros pollueurs – y compris les industries multinationales du pétrole, du gaz et du charbon furent à même de s’envelopper dans les couleurs des Nations Unies et de clamer leur volonté de s’attaquer au changement climatique.

La liste complète a été promise par les officiels français  ( lien externe) pour la fin Mars mais n’est pas encore publiée.

Blanc est le nouveau noir cet hiver

Donc à quel point ces sponsors annoncés sont-ils respectueux de l’environnement, ou bien utilisent-ils l’opportunité d’une sponsorisation des Nations Unies pour blanchir leur image sale ? Suez Environment est une multinationale française et le deuxième fournisseur mondial de services environnementaux, particulièrement centre sur l’eau.

Quand le gouvernement argentin a repris de Suez en 2006 le contrôle de ses services de distribution d’eau avec un énorme soutien populaire, le géant français a lancé – et récemment gagné- une poursuite judiciaire pour 405 millions d’euros de compensation (lien externe). Dans le cadre du très controversé ISDS (Investor. State . Dispute. Settlement) dont le mécanisme est si courant au sein du commerce international et des traités d’investissement.

Un des principaux objets d’attention est maintenant le traitement des eaux usées, en particulier dans le cadre des mines de charbon et de l’extraction du gaz de schiste.  Pour mémoire, GDF Suez – lourdement investi dans le charbon et le fracking lui accorde un intérêt financier dans le processus d’extraction des énergies polluantes- possède plus du tiers de Suez Environment. Ceci peut permettre d’expliquer la participation de Suez au nouveau groupe de pression le  «  Centre pour les hydrocarbures non-conventionnels » ( lien externe)

LVMH (Moet Hennessey – Louis Vuitton) n’est pas impliqué dans l’extraction des énergies sales mais fait plutôt son beurre en vendant des produits extrêmement chers aux uber-riches, assez paradoxal avec l’idée d’une vie équitable sur une planète limitée. D’autant plus qu’ils sont connus pour être des fraudeurs du fisc avec plus de deux cents comptes subsidiaires (lien externe)  situés dans des paradis fiscaux, leur permettant d’éviter leur juste quote-part dans le domaine des transitions énergétiques dont nous avons besoin si nous voulons maîtriser le changement climatique.

Mais si le climat devient chic, alors Louis Vuitton et sa clientéle élitiste ne peuvent pas manquer d’être vus lors de cette saison de son de cloche obscène des Nations Unies.

Les autres sponsors originellement listés par Europe1  ( lien externe) puis plus tard déniés par la présidence française incluaient BMW l’opérateur de central nucléaire et de mines de charbon Vatenfall et New Holland agriculture. Vatenfall qui est en train de poursuivre le gouvernement allemand  qui se débarrasse du nucléaire, et a déjà gagné un procès contre Berlin ayant osé élever les standards de fonctionnement de ses installations charbonnières et BMW, le dévoreur d’essence qui a ligoté  Angela Merkel aux lobbies contre l’augmentation des standards d’émission pour les voitures. Et New Holland Agriculture, impliqué dans «  l’agriculture climatiquement intelligente », et met la culture entre les mains des multinationales et des marchés du carbone en faillite   ( lien externe)

Même s’ils ne sont pas des sponsors officiels du COP21, tous trios sont confirmés pour être les sponsors du forum pro-multinationales Sustainable Innovation Forum 2015 ( lien externe)  se déroulant pendant le COP21 ( les 7 et 8 Décembre). Bien que n’étant pas l’événement le plus important il lui a été conféré le label approuvé par le COP21, un label  appuyant toutes sortes d’initiatives et son website rend la connexion immanquable. ( lien externe)

Le sommet de l’iceberg des corporations.

La sponsorisation du COP21 n’est que le sommet de l’iceberg en terme d’utilisation des pourparlers par les multinationales et de l’ attention qui les entoure pour promouvoir leurs propres solutions quant au changement climatique. Malheureusement, de telle solutions fausses ne permettront que d’assurer la continuité  du “Le Business comme d’habitude”  plutôt que les changements et les transformations auxquels nous avons besoin d’assister.

Les événements corporatistes – au sein des Nations Unies -comme celui de l’année passée, sponsorisé par Chevron et Shell afin de contrecarrer les mouvements anti-énergies fossiles en faveur des énergies expérimentales vont être très répandus.  Et sait-on jamais, le business peut même obtenir ce qu’il souhaite et obtenir un siège  à la table des négociations.  (Ils se plaignent actuellement de manquer d’influence.)

Il y a deux ans, les négociations préliminaires se sont tenues à Varsovie entre les négociateurs et les corporations avec l’exclusion de la société civile, ce ne serait donc pas un si grand pas à franchir  même si c’est un peine de mort prononcée pour le climat et ceux qui souffrent déjà. Mais pourquoi attendre Paris – l’influence des corporations sur les pourparlers des Nations Unies a déjà commencé. Dans la capitale française, des événements fleurissent partout, comme le « Business and Climate Summit [Sommet Affaires et Climat] » en Mai, co-accueilli par l’UNESCO, l’UNEP et le Conseil Mondial Economique pour un Développement durable- qui comprend les compagnies pétrolières Shell, Dow Chemicals et les ciments Lafarge parmi d’autres ( les citoyens ont organisé une  protestation massive à Lima l’an passé lors des pourparlers pour le climat) Dans les capitales, le Big Business travaille déjà dur, à travers le lobbying direct et de gros événements PR ( Public Relation) , afin d’assurer que lorsque les leaders politiques arriveront à Paris, le travail soit déjà fait et qu’ils puissent tous lire la même partition.

Il existe une alternative

En dépit de son apparence incontournable, l’influence excessive et l’accès privilégié du big business aux décisions des hommes politiques n’ont pas à être tolérés. Dans le domaine du contrôle de la consommation de tabac,  les militants de la société civile et les gouvernements du Sud on été les témoins de l’introduction d’un pare-feu entre les lobbies de l’industrie du tabac et les officiels de la santé publique afin de résoudre le problème. Ils ont  argument que les dommages occasionnés par l’industrie, par exemple en interférant dans les recherches scientifiques, le lobbying contre les bonnes politiques, la proposition de fausses solutions, la création de faux groupes citoyens, la sponsorisation d’événements, l’emploi d’anciens officiels de la santé ou de fonctionnaires – ainsi que le fait que leurs intérêts ne seront jamais alignés sur les intérêts publics justifiait une telle séparation ( lien externe)

Et ce mur pare-feu entre les lobbies et les officiels de la santé publique ne s’est pas uniquement appliqué aux discussions sur le contrôle de la consommation de tabac, mais à un niveau national, pour chacun des gouvernement qui a signé le traité. L’industrie des énergies fossiles tombe dans la même catégorie, ( lien externe)  – lobbying pour compromettre les progrès et ayant ses propres intérêts complètement en opposition avec ce que nous devons faire pour endiguer le changement climatique i.e laisser le pétrole dans le sol.

Nous avons besoin d’un mur pare-feu entre les gros pollueurs, nos politiciens et ceux à la tête des négociations des Nations Unies, y compris la Secrétaire de l’Exécutif Christina Figueres  ( qui a été consultante climat pour la grosse firme gazière Endesa) qui doit mener à publier , par exemple, toutes ses rencontres et refuser les rendez-vous avec les gros pollueurs. Et François Hollande et son gouvernement devraient donner l’exemple, en refusant toute interaction avec les industries sales – les sponsors du COP21 inclus. C’est à eux que revient d’assurer que le COP21 ne soit pas simplement une nouvelle opportunité pour certaines corporations les moins socialement et environnementalement conscientes de sa blanchir et de cacher la réalité.

Climate and energy

Traduction : Elisabeth Guerrier

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