AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Month: July, 2015

Les scientifiques disent que les ingrédients supposés miraculeux dans la chasse aux mauvaises herbes ne marchent pas !

Au regard des démarches pour le changement et l’amélioration des conditions de vie qu’a dû expérimenter le genre humain, les fausses pistes ont généralement été, après usage, abandonnées. Elevage, culture inadaptés * n’ont pas vu le zèle des communautés s’acharner sur eux quand après de nombreux efforts ils se montraient impraticables pour diverses raisons. Nous nous trouvons dans l’usage de ces herbicides et de ces pesticides face à une démarche complètement inattendue dans le trajet de l’espèce humaine pour maîtriser son environnement et en tirer sa subsistance. Des produits comme le glyphosate, mis à part sa toxicité environnementale prouvée, a aussi la fâcheuse capacité à avoir généré des mutations génétiques extrêmement rapides dans les plantes qu’il est sensé éradiquer et se retrouve donc inadapté pour la fonction même qui a présidé à sa mise en oeuvre. Mais, plutôt que de questionner son efficacité et de le reléguer, comme le furent des milliers d’autres solutions inadéquates dans notre histoire, il préside à la mise en place de nouveaux apports chimiques, issus de technologies qui en sont encore à leur balbutiement et dont on ignore à peu près tout quant à leurs effets sur la vie environnante. Une autre preuve que ce système est non seulement un danger majeur dans ses structures mêmes mais est aussi, malgré un accès jusqu’alors inégalé à la connaissance et la maîtrise scientifiques, dépourvu des réflexes de survie qui ont caractérisé les groupes humains depuis leurs sources. Ce qui le rend, dans cette forme d’absence d’auto-critique aberrante, plus dangereux que tous les autres systèmes de gestion environnementale précédents, c’est l’impossibilité à le faire revenir en arrière.

Tom Philpott

Scientists say supposedly miraculous ingredients in weed killes don’t actually work

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Dale A. Stork/Shutterstock

Avant que les pesticides aillent du laboratoire au champ, ils doivent d’abord être validés par l’Environnemental Protection Agency. Mais ils sont communément mélangés – soit par les producteurs de pesticide soit par les fermiers – avec des substances nommées adjuvants qui augmentent leur efficacité ( afin d’être plus régulièrement répartis sur les feuilles de la plante dans le cas des pesticides, ou en pénétrant à travers les couches superficielles de la plante permettant aux herbicides de tuer les mauvaises herbes). En dépit de leur omniprésence, mes adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

En dépit de leur omniprésence, les adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

J’ai écrit une première fois à leur propos l’année passée, quand les adjuvants mélangés aux pesticides sont devenus suspects de générer la mort importante d’abeilles lors de la floraison des amandes en Californie. Récemment un article digne d’attention rédigé par les botanistes de Purdue dans la revue économique AgProfessional a attiré à nouveau mon attention. Son contenu illustre la nature dérégulée et sauvage de ces additifs.

Dans l’article, les auteurs font remarquer que deux compagnies  promeuvent chaleureusement les adjuvants comme une sorte de cure miracle contre le fléau toujours plus grand des plantes résistant aux herbicides. C’est une plainte timide étant donné que les herbes résistantes contaminent maintenant plus de 25 millions d’hectares cultivables.

Plus étrange encore ces deux compagnies attribuent l’efficacité de leur produit à la nanotechnologie, un outil d’ingénierie controversé, encore mal régulé qui prend en compte le fait que quand on réduit des substances communes à des particules minuscules, elles se comportent d’une façon radicalement différente de celle qui les caractérise quand elles ont leur taille habituelle. Les nanoparticules sont si minuscules que leur taille est mesurée en nanomètres – un milliardième de mètre. ( Un cheveu humain est à peu prêt épais de 80.000 nanomètres, les nanoparticules se mesurent à moins de 100 nanomètres.)

Un adjuvant appelé ChemXcel  de la compagnie C.R Enterprise dans le Minnesota, prétend « tuer les mauvaises herbes résistantes aux herbicides » quand il est mélangé à des herbicides communs comme le glyphosate. La magie opère à travers «  des nano-conducteurs patentés, de marque déposée » qui « modifient la structure chimique du glyphosate » en « enveloppant les séquences génétiques individuelles de l’ADN à l’intérieur » proclame la compagnie.

Puis il y a NanoRevolution 2.0 mis sur la marché par une compagnie appelée Max System. L’herbicide « porte sur son dos » les nanoparticules lorsque elles pénètrent la structure de la feuille, transportant l’herbicide directement au système des racines pour une absorption de l’herbicide améliorée et plus rapide même sur les mauvaises herbes difficiles à contrôler.

Décontenancé par ces assertions et par l’usage des nanotechnologies, j’ai contacté l’EPA pour constater ce qu’au moins cette agence avait à en dire. « Bien que nous ne soyons pas familier de ce genre de produits, l’EPA a sous sa juridiction des substances qui entrent dans les définitions des pesticides, c’est-à-dire dont on déclare qu’elles tuent, repoussent, préviennent, ou autrement contrôlent les insectes nuisibles » m’a répondu un porte-parole de l’Environmental Protection Agency par email. « Tant que les produits adjuvants aux pesticides ne font pas partie des attributions des pesticides, ils ne sont pas considérés comme des pesticides et leurs composants ne sont donc pas des ingrédients de pesticides ( actifs ou inertes) » et donc, pas sujets aux décisions de l’EPA. Les fabricants ne sont pas même tenus de faire la liste des composants contenus dans les adjuvants.

Voici, par exemple comment Max System décrit les composants de NanoRevolution 2.0 :

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Le scientifique de Purdue Weed Bill Johnson, qui est le co-auteur de l’Ag Professional, dit que son équipe et lui-même ont trouvé qu’aucun des nano-composants ne marche comme leur publicité le déclare. «  Je commence à recevoir des appels concernant des témoignages disant que ces produits sont promus dans l’Inde du nord et j’ai pensé, il nous faut valider ou invalider les plaintes. »

Les nanotubes de carbone sont l’une des nanoparticules les plus controversées- souvent compare à l’Asbestos pour leur capacité à se loger dans les poumons et à causer des troubles lorsque ils sont inhalés.

Aussi lui et ses collègues ont testé les produits sur un échantillon de mauvaise herbe connue pour être résistant au glyphosate, les mélangeant au glyphosate dans les proportions recommandées par les fabricants. Les résultats, publiés dans le magazine commercial Ag Professional étaient décevants. Seul, le Roundup ( la version de Monsanto de l’herbicide au glyphosate) n’ a tué que 13.8 % des mauvaises herbes. Mélangé au ChemXcel, il en a tué 15%, alors que le mélange du dénommé NanoRevolution 2.0  Roundup en tuait 18%.

Johnson a expliqué que les herbicides sont toujours mélanges avec des adjuvants – on en a besoin habituellement pour aider l’herbicide à pénétrer les surfaces externes des herbes. Mais ces adjuvants-là ne sont pas plus performants ou pire que les adjuvants conventionnels distribués sur le marché. Mais ils ne s’approchent pas du tout de la solution aux plantes résistantes aux herbicides, comme le prétend la compagnie.

C.J Mannenga, copropriétaire de C.R Enterprises, a rejeté fortement ces résultats et a défié les résultats. «  Nous savons que nos produits marchent » dit-il, « Nous l’avons montré en Géorgie, nous l’avons montré dans l’Ohio, dans le Missouri, dans l’Iowa » Lorsque nous avons parlé Mardi après-midi, Mannenga m’a confié qu’il était à Osborne dans le Kansas, près à «  rencontrer un distributeur [d’agrochimie] majeur qui est «  extrêmement intéressé par le produit… je vais à une démonstration afin de leur montrer que ça marche vraiment. »

Alors que la brochure d’information du produit ne fait pas figurer ses composants, il m’a révélé de bon cœur que «  ce ne sont que des nanotubes de carbone ».

Les nanotubes de carbone sont une des nanoparticules les plus controversées – souvent comparés à l’Asbestos –  à cause de leurs capacités à se loger dans les poumons et à causer des troubles de la respiration. Ce rapport  des chercheurs de l’Université du Massachusetts de Lowel n’est pas très réconfortant : datant de 2014

Bien que l’impact sur les écosystèmes reste sous étudié lors du cycle de vie du CNT ( CarbonNanoTube), des preuves suggèrent que certains organismes aquatiques sont en danger. Pendant qu’il y a des avancées dans la régulation des CNT lors des récentes années, l’absence d’attention aux effets potentiellement carcinogènes de ces nano-composants signifie que ces efforts actuels peuvent donner une fausse impression de sécurité.

En même temps, personne  parmi les employés des fabricants  Max System du NanoRevolution 2.0  ne m’a retourné ma demande de commentaire.

TOM PHILPOTT

Food and Ag Correspondent

Tom Philpott is the food and ag correspondent for Mother Jones. For more of his stories, click here.

* Référence : ” De l’inégalité parmi les sociétés” Jared Diamond Folio Essais

Traduction : Elisabeth Guerrier

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Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie. C’est un mensonge / John Pilger

The problem of Greece is not only a tragedy. It is a lie.

Pilger a été correspondant de guerre au Viêt-nam, au Cambodge, en Égypte, en Inde, au Bangladesh et au Biafra. L’un de ses premiers films, Year Zero (Année Zéro) a attiré l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’Homme commises par les Khmers rouges au Cambodge. Pilger a obtenu de nombreux prix de journalisme et d’associations des droits de l’Homme (le Prix Sophie en 2003), dont, deux fois, le prix britannique du Journalist of the Year.

Cet activiste anti-guerre n’a de cesse de rappeler la responsabilité de ceux qui savent, des « intellectuels », aux misères et aux violences du monde : « Briser le mensonge du silence n’est pas une abstraction ésotérique mais une responsabilité urgente qui incombe à ceux qui ont le privilège d’avoir une tribune. »

En outre, John Pilger possède son propre site web où il communique ses idées et ses craintes.

dette grecque euro

Le 13 Juillet 2015

Une trahison historique a consumé la Grèce.  Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré la victoire écrasante du Non au référendum et s’est mis d’accord secrètement sur un tas de mesures répressives et d’appauvrissement en échange d’un « renflouement »  qui signifie un contrôle sinistre de l’étranger et un avertissement au monde.

Le Premier Ministre Alexis Tsipras a réussi à faire voter au Parlement une coupe d’au moins 13 milliards d’Euros sur les fonds publics. 4 milliards d’Euros de plus que le projet d’ « austérité » rejeté d’une façon écrasante par le people grec lors du referendum du 5 Juillet.
Cela impliquerait une augmentation de 50% du coût des soins de santé pour les  retraités dont  Presque 40% vivent déjà dans la pauvreté, des coupes importantes dans le secteur des salaires publics, la privatisation complète des équipements publics comme les aéroports, les ports, une augmentation de l’imposition de 30%, appliquée aux îles grecques, où les gens se battent déjà pour survivre.  Il en reste à venir !

« Le parti anti-austérité remporte une victoire écrasante » est le gros titre du Guardian le 25 Janvier. « Des gauchistes radicaux », c’est ainsi que la journal nomme Tsipras et ses camarades bien éduqués d’une façon impressionnante. Ils portent des chemises au col ouvert et le ministre des finances roule en moto et était décrit comme «  la rock star de l’économie ». C’était une façade. Ils n’étaient pas radicaux dans aucun sens de ce label rabattu, ni non plus «  anti-austérité ».

Depuis six mois, Tsipras et le ministre des finances récemment écarté Yanis Varoufakis, font la navette entre Athènes et Bruxelles, Berlin et les autres centres du pouvoir financier européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils ont obtenu un nouvel endettement, un appauvrissement plus important encore qui va simplement remplacer un état de pourriture basé sur le vol des recettes fiscales par les Grecs super-riches- avec l’accord des valeurs de l’Europe «  néo-libérale » – et des prêts bon marché, très rentables pour ceux qui veulent le scalp de la Grèce.

La dette grecque, rapporte un audit effectué par le Parlement Grec « est illégale, illégitime et odieuse ». Proportionnellement, elle est à moins de 30% du débit de l’Allemagne, son créditeur principal. C’est moins que la dette des banques européennes dont le renflouement en 2007.08 n’a été ni controversé ni puni.
Pour un petit pays comme la Grèce, l’Euro est une monnaie coloniale : un lien à une idéologie capitaliste si extrême que même le Pape l’a qualifiée «  d’intolérable » et d’ «  excrément du diable ». L’Euro est à la Grèce ce que le dollar US est aux îles éloignées du Pacifique, dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.
Lors de leur voyage à la cour des tout-puissants de Bruxelles et de Berlin, Tsipras et Varoufakis ne sont présentés ni comme des radicaux, ni comme des «  gauchistes » ni même comme des socio-démocrates mais comme deux arrivistes légèrement suppliants dans leurs  défenses et leurs exigences. Sans sous-estimer l’hostilité à laquelle ils faisaient face, il est juste de dire qu’ils n’ont pas montré de courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a découvert leur «  plans d’austérité » à travers des fuites dans les médias : comme une lettre du 30 Juin publiée dans le Financial Times, dans laquelle Tsipras promet aux têtes de l’EU, à la Banque centrale Européenne et au FMI d’accepter leur demandes les plus basiques et vicieuses-  qu’il a maintenant acceptées.

Quand l’électorat grec a voté « non » le 5 Juillet à ce marché à ce marché tout à fait pourri, Tsiras a dit :  « Venez Lundi et le gouvernement grec sera à la table de négociation après le referendum avec des conditions meilleurs pour le peuple grec. »  Les Grecs n’avaient pas voté pour des «  meilleurs termes ». Ils avaient voté pour la justice et pour la souveraineté, comme ils l’avaient fait le 25 Janvier

Le jour suivant l’élection de Janvier, un gouvernement vraiment démocratique et oui, radical, aurait stoppé tout euro qui quittait le pays, répudié la dette  «  illégale et odieuse  » – comme l’Argentine l’a fait avec succès- et accéléré un plan pour sortir de la zone euro boiteuse. Mais il n’y avait pas de plan. Il n’y avait que la volonté d’être «  à la table » à chercher «  de meilleures conditions ».

La véritable nature de Syriza n’a été que très peu examinée ou expliquée. Pour les médias étrangers ce n’est rien de plus que des «  gauchistes », ou de «  l’extrême gauche » ou de la « ligne dure » – l’habituelle vaporisation trompeuse. Quelques-uns parmi les supporters étrangers de Syriza ont atteint, par moment, les niveaux d’excitation joviale rappelant la montée d’Obama. Peu ont demandé : qui sont ces  « radicaux », en quoi croient-ils ?

En 2013, Yanis Varoufakis écrivait : «  Devons-nous accueillir la crise du capitalisme européen comme une opportunité pour le remplacer par un système meilleur ? Ou devons-nous être si inquiets à son propos que nous nous embarquions dans sa stabilisation ?  Pour moi, la réponse est claire. La crise européenne est beaucoup moins susceptible de donner naissance à une meilleure alternative au capitalisme. Je m’incline devant la critique qui me dit que j’ai fait campagne sur un agenda basé sur l’a priori que la Gauche était et restait, complètement vaincue. ..Oui,  j’aimerais mettre en œuvre un agenda radical. Mais, non, je ne suis pas prêt à commettre l’erreur que le Parti travailliste anglais après la victoire de Thatcher. Quel bien est-ce que cela a-t-il  fait à l’Angleterre des années 80 de promouvoir un agenda de changements sociaux que le société britannique a méprisé tout en tombant tête la première dans le projet néolibéral de Thatcher ? Précisément aucun.  Quel bien cela ferait-il aujourd’hui de demander le démantèlement de la zone Euro, de l’Union Européenne elle-même ? » Varoufakis omet de mentionner que la Parti Social Démocrate  qui a dispersé le vote travailliste et conduit au Blairisme. En suggérant que le peuple en Grande-Bretagne «  méprisait le changement socialiste » – on ne leur a pas vraiment donné l’opportunité de provoquer ce changement- il fait écho à Blair

Les leaders de Syriza sont en quelque sorte des révolutionnaires – mais leur révolution est la perverse, familière appropriation de la sociale démocratie et des structures parlementaires par des progressistes prêts à s’arranger avec le baratin néolibéral et une ingénierie sociale dont le visage authentique est celui de Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand,  un voyou impérialiste. Comme le Parti Travailliste en Grande-Bretagne et son équivalent au sein des anciens partis sociaux-démocrates comme le Parti Travailliste d’Australie qui se nomment eux-mêmes « progressistes » ou même de « gauche », Syriza est le produit de la classe moyenne riche, hautement privilégiée, éduquée,  « élevée à l’école du post-modernisme »  comme l’a écrit Alex Lantier.

Pour eux, la classe ne doit pas être mentionnée, mis à part dans  une lutte continuelle, sans compter la réalité de la vie de la plupart des êtres humains. Les sommités de Syriza sont bien soignées, elles ne résistent pas de la manière dont les gens ordinaires le souhaitent, comme l’a si bravement démontré l’électorat grec, mais cherchent de «  meilleurs termes » à un statu quo vénal qui réunit et punit les pauvres. Lorsque elle est mêlée à des « politiques identitaires » et à leurs insidieuses distractions, les conséquences ne sont pas la résistance mais l’asservissement.  La vie politique « dominante » de l’Angleterre en est un parfait exemple.

Mais ce n’est pas inévitable, ce n’est pas une affaire conclue, si nous nous éveillons de ce long coma postmoderne et rejetons les mythes,  les déceptions de ceux qui prétendent nous représenter et si nous nous battons.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

L’ énigme de la Superpuissance Tom Engelhardt

Dans cet article, Tom Engelhardt évoque le changement post Deuxième Guerre Mondiale dans le contexte de destruction nucléaire massive et la remise en cause de la notion de « superpuissance ». Il lie les conditions de changement climatique à cette situation nouvelle où l’on ne peut pas évoquer la montée et le déclin d’une civilisation comme lors des précédents historiques de la construction des empires.

The Superpower Conundrum 

L’escalade et la chute d’à peu près tout

Par Tom Engelhardt

La montée et la chute des grands pouvoirs et de leur domaine impériaux a été un fait central de l’histoire depuis des siècles. Il s’est agi d’un cadre de réflexion sensé, validé d’une façon récurrente  pour envisager le destin de la planète. Aussi est-il à peine surprenant, faisant face à un pays régulièrement nommé la « seule super-puissance » « la dernière super-puissance » ou même l’« hyperpouvoir »  global et maintenant dénué curieusement de toute appellation, que la question du « déclin » puisse se poser. Les USA en sont-ils là ou non ? Est-on maintenant sur la voie descendante de la grandeur impériale ou non ?

Prenons un tortillard – c’est à dire n’importe quel train n’importe où dans les Etats-Unis, comme je l’ai fait récemment dans le Nord-Est puis prenez un train à grande vitesse n’importe où ailleurs sur la terre, comme je l’ai également fait récemment, et il ne vous sera pas difficile d’imaginer le déclin des USA. Le plus grand pouvoir de l’histoire, le « pouvoir uni-polaire »   ne peut pas construire un seul kilomètre de rail pour un train à grande vitesse ?  Vraiment ? Et son Congrès est maintenant embourbé dans un débat afin de savoir si des fonds peuvent être proposés pour maintenir nos autoroutes sans nids de poule.

Parfois, je m’imagine parler à un parent décédé depuis longtemps parce que je sais combine ces choses aurait surprise deux personnes vivant au temps de la Grande Dépression, la Deuxième Guerre Mondiale et dans un période d’après-guerre dynamique où la richesse et le pouvoir étonnant de ce pays étaient indiscutables. Comment pourrais-je leur dire que les infrastructures essentielles de ce pays encore riche – ponts, pipelines, routes et autres – ne sont maintenant gravement plus financés et dans un état de manque d’entretien tel qu’ils commencent à s’effondrer ?

Et que penseraient-ils en apprenant qu’avec l’Union Soviétique dans les poubelles de l’histoire pendant plus d’un quart de siècle, les US, seuls à triompher, ont été incapables d’appliquer leur pouvoir militaire et économique écrasant effectivement ?  Je suis sûr qu’ils seraient consternés en apprenant que depuis l’explosion de l’URSS les US ont été en guerre continûment  avec un autre pays (trois conflits et des conflits sans fin) je veux parler, en premier lieu de l’Irak, et que la mission n’a pas même été accomplie au minimum. N’est-ce pas improbable ? Et que penseraient-ils si je leur disais que l’autre grand conflit de l’après guerre froide a été l’Afghanistan (deux guerres avec une dizaine d’année entre elles) et avec le relativement petit groupe d’acteurs sans état que nous nommons maintenant les terroristes ?  Comment réagiraient-ils en découvrant que les résultats sont : échec en Irak, échec en Afghanistan et la prolifération de groupe de terroristes à travers tout le Grand Moyen Orient (y compris l’établissement  d’une terreur des califats)  et en augmentation en Afrique ?

Ils en concluraient que les US sont sur le retour et sur la voie d’une sorte de déclin qui, tôt ou tard, a été le destin de tous les grands pouvoirs.  Et si je leur disais que, lors de ce siècle nouveau pas une seule des actions que les Présidents des US  nomment  maintenant « la force de combat la meilleure que le monde ait connu », n’a en fin de compte été autre chose qu’un échec consternant ou que les présidents, les candidats à la présidentielle, les politiciens de Washington sont sollicités pour insister sur quelque chose que personne n’aurait jamais dit en leur temps : que les Etats Unis sont une nation à la fois exceptionnelle  et indispensable ? Ou qu’ils devront remercier nos troupes sans discontinuer, comme devraient le faire les citoyens, pour, eh bien…ne jamais réussir, mais pour simplement être là, se faire estropier, physiquement et mentalement, ou pour mourir pendant que nos vies suivent leurs cours ? Ou que ces soldats doivent être toujours qualifiés de « héros »

En leur temps, quand l’obligation de server dans l’armée était acquise, cela n’aurait pas eu grand sens, et l’insistance défensive sans borne sur la grandeur américaine aurait fait tache. Aujourd’hui, sa présence répétitive marque un moment de doute. Sommes-nous si  « exceptionnels » ? Ce pays est-il si  « indispensable » pour le reste de la planète et si c’est le cas, de quelle façon exactement ? Est-ce que ces troupes sont authentiquement nos héros et si c’est le cas, qu’ont-ils fait dont-il faille être si terriblement fier ?

Retournez mes parents étonnés dans leurs tombes, rassemblez tout ça et vous avez les débuts de la description d’un grand pouvoir unique en déclin. C’est une vision classique mais une vision présentant un problème.

Un pouvoir de destruction à l’image de Dieu

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Qui se rappelle aujourd’hui les publicités de mon enfance dans les années 1950 pour, si mes souvenirs sont exacts, des leçons de dessin, et qui se terminaient toujours avec une dernière notice qui disait à peu près ceci : qu’y a-t-il de faux dans cette image ? (Vous étiez supposé trouver une vache à cinq pattes volant à travers les nuages.)  Et donc, qu’est-ce qui est faux avec cette image des signes évidents du déclin : le plus grand pouvoir de l’histoire, avec des centaines de garnisons    réparties sur toute la planète, semble ne pas pouvoir appliquer son pouvoir effectivement, où qu’il envoie ses soldats ou où qu’il amène des pays comme l’Iran ou la Russie affaiblie de l’ère post-soviétique à s’incliner par toute un panel de menaces, de sanctions et autres ou en supprimant un mouvement terroriste pauvrement armé dans le Moyen-Orient ?

Tout d’abord, regardez autour de vous et dites-moi si les USA ne semblent pas encore être un pouvoir unipolaire.  Je veux dire, où sont exactement ses rivaux ? Depuis le 15ième et le 16ième siècle, lorsque le premiers bateaux en bois portant des canons ont dépassé leurs eaux territoriales pour commencer à ne faire qu’une bouchée le globe, il y a toujours eu une rivalité entre les grandes nations – trois, quatre, cinq et parfois plus. Et maintenant ?  Les autres trois candidats du moment pourraient être l’Union Européenne, la Russie et la Chine.

Économiquement, l’EU est bien sûr une mine mais dans tous les autres domaines c’est un conglomérat d’état de deuxième ordre qui suit d’une façon aliénée les USA et une entité menaçant d’éclater aux entournures.

La Russie menace Washington de plus en plus ces temps-ci mais demeure un pouvoir bricolé à la recherche de la grandeur de ses anciennes frontières impériales.  C’est un pays presque aussi dépendant de son énergie que l’Arabie Saoudite et rien de tel qu’un futur potentiel superpouvoir.  Quant à la Chine, c’est évidemment le pouvoir  qui monte du moment et qui a, c’est officiel la première économie de la planète Terre. Cependant, elle demeure sous beaucoup d’aspects un pays pauvre dont les leaders craignent toutes sortes d’implosions économiques internes qui pourraient se produire. Comme les Russes, comme toutes les superpuissances en développement, elle veut sentir son propre poids dans son voisinage- en ce moment l’Est et le Sud de la Mer de Chine. Et comme la Russie de Vladimir Poutine,  le pouvoir chinois améliore son armement mais l’urgence dans les deux cas est d’émerger comme un pouvoir régional pour lequel se battre, pas comme un authentique rival des USA

Quoi qu’il puisse arriver au pouvoir américain, il n’y aura pas de rival potentiel pour à blâmer. Pourtant, seule sans rival, les US se sont montrés curieusement incapables de traduire leur pouvoir unilatéral en un pouvoir militaire qui, sur le papier, plie tous les autres sur la planète à ses désirs. Ce n’est pas une expérience normale pour les grands pouvoirs dominants du passé. Ou bien dit autrement, que les US soient ou non en déclin, le récit de l’escalade et de la chute semble, un demi-millénaire plus tard, semble avoir atteint une impasse largement sans commentaire et sans examen.

En cherchant une explication, considérons un récit relaté impliquant un pouvoir militaire. Pourquoi, en ce nouveau siècle, les US sont-ils incapables de remporter la victoire ou de transformer des régions cruciales en lieux pouvant, au moins être sous contrôle ? Le pouvoir militaire est par définition destructeur, mais dans le passé, de telles forces ont souvent nettoyé la place afin de construire des structures locales, régionales ou même globales, qu’elles aient été  sinistres et oppressives ou non. Si la force signifie toujours la casse, elle poursuit également parfois d’autres buts également. Maintenant, il semble que casser est tout ce qui puisse se faire, ou comment expliquer le fait que, en ce siècle, le seul superpouvoir de la planète se soit spécialisé – voyons en Irak, au Yémen, en Libye, en Afghanistan et ailleurs – dans la fracture et non la construction des nations.

Des empires peuvent s’être développés et avoir chuté lors de ces 500 ans, mais les armements n’ont faits que se développer. Pendant ce siècle pendant lequel de si nombreux rivaux se sont engagés dans la lutte,  ont découpé leurs domaines impériaux, mené des guerres, et tôt ou tard sont tombés, le pouvoir destructeur de l’armement dont ils se servaient n’a fait que se développer exponentiellement : de l’arbalète au mousquet, au canon, au Colt, au fusil à répétition, à la mitrailleuse, au cuirassé, à l’artillerie moderne, au tank, aux gaz, au zeppelin, aux avions, aux bombes, aux porte-avions, aux missiles avec à la fin de la ligne l’ « arme de la victoire » de la Seconde Guerre Mondiale, la bombe nucléaire qui allait changer les dirigeants des super puissances et plus tard des pouvoirs secondaires en équivalent de dieux.

Pour la première fois, des représentants de l’humanité avaient entre leurs mains le pouvoir de détruire n’importe quoi sur la planète d’une façon qu’on imaginait jusque alors impossible sauf par certains dieux ou groups de dieux. Il était devenu possible de créer notre propre fin des temps. Et pourtant là est le point étrange : l’armement qui apportait sur terre le pouvoir des dieux d’une certaine façon n’offrait pas de pouvoir pratique aux chefs d’états. Dans le monde post-Nagasaki-Hiroshima, ces armes nucléaires se montraient inutilisables. Une fois libérés sur la planète, il n’y aurait plus de lancement, plus de chute. Nous savons aujourd’hui qu’un échange nucléaire même limité entre des pouvoirs de second rang pourrait, à cause de l’effet hiver-nucléaire, dévaster la planète.

Le développement de l’armement dans une zone de guerre limitée

Dans un certain sens, la Deuxième Guerre Mondiale pourrait être considérée comme le moment ultime à la fois pour l’histoire des empires et de l’armement. Ce serait la dernière «  grande » guerre dans laquelle des pouvoirs majeurs ont pu utiliser tout leur armement  qu’ils avaient à leur disposition à la recherche de la victoire ultime et du modelage ultime de la planète. Cela a provoqué des destructions sans précédent de la planète à travers de vastes ravages, la mort de dizaines de millions d’individus, la transformation de grandes villes en décombres et un nombre incalculable de réfugiés, la création d’une structure industrielle génocidaire, et finalement la construction de ces armes de destruction massive et des premiers missiles qui seraient un jour cruciaux dans leur mode d’emploi. Et de cette guerre sont sortis les rivaux ultimes des temps modernes – qui étaient deux –  les « super puissances ».

Cette expression même  « superpuissances » a beaucoup de la fin d’une histoire en son sein. Pensons à elle comme au marqueur d’un nouvel âge, pour le fait que le monde des super puissances est resté presque inexprimable. Tout le monde l’a senti.  Nous sommes maintenant dans le royaume du « grand » réglé ou tenu de s’agrandir d’une façon exponentielle, du « super » comme dans, disons,  super man,  pouvoir.  Ce qui rendait ces puissances vraiment  super était évidemment assez : les arsenaux nucléaires des USA et de l’URSS-  c’est à dire leur capacité potentielle à détruire d’une façon sans précédent. Ce n’est pas par hasard que les scientifiques qui ont créé la bombe H se référaient à elle parfois dans ces termes stupéfiants  de « super bombe » ou simplement «  la Super ».  et de laquelle il pouvait ne pas y avoir de retour possible.

L’inimaginable s’est produit. Il s’est avéré qu’il existait quelque chose comme le trop de pouvoir. Ce qui, lors de la Seconde Guerre Mondiale en est venu à se faire nommer la « guerre totale », la pleine application du pouvoir d’un état à la destruction d’un autre état n’était plus concevable. La Guerre Froide a gagné son nom pour une raison. Une guerre chaude entre les US et l’URSS ne pouvait pas être engagée, de même qu’une autre guerre totale, une réalité ramenée à la maison par l’affaire des missiles cubains. Leur puissance ne pouvait être exprimée que dans l’ombre ou dans des conflits localisés à la périphérie. Le pouvoir se trouvait maintenant  pieds et poings liés.   Ce serait bientôt reflété dans la terminologie américaine de la guerre. Dans le sillage de l’impasse frustrante de la Corée (1950/1953) une guerre dans laquelle les US se sont trouvés incapable d’utiliser ses armes majeures, Washington utilisa un nouveau terme pour le Vietnam. Le conflit qui devait avoir lieu était une « guerre limitée » et cela signifiait une chose, le pouvoir nucléaire pourrait être retiré de la table.

Il semble que pour la première fois, le monde  faisait face à une sorte de saturation de pouvoir. Il est assez raisonnable d’assumer que, dans les années qui ont suivi l’impasse de la Guerre Froide, cette réalité a dans une certaine mesure glissé de l’arène nucléaire au reste de le guerre. En même temps, les guerres des grandes puissances allaient être limitées de nouvelles façons, tout en étant d’une certaine façon réduites à leur aspect destructif et rien d’autre. Elles ne semblaient soudain ne plus détenir aucune autre possibilité –  ou du moins c’est ce que suggère l’existence d’une superpuissance unique.

Les guerres et les conflits n’ont pas de fin dans ce vingt et unième siècle mais quelque chose a été ôté de l’habituelle efficacité de la guerre. Le développement de l’armement n’a pas cessé non plus, mais les plus récentes des techniques actuelles se montrent étrangement inefficaces également. Dans ce contexte, l’urgence de notre époque à utiliser des   «  armes de haute précision » – plus le bombardement pilonnage des B52, mais les capacités de frappe « chirurgicale » d’une joint direct attack  munition ou JDAM ( attaque guidée par GPS ) pourrait être conçue comme l’arrivée de la « guerre limitée » dans le monde du développement de l’armement.

Le drone

Une de ces armes de précision est un exemple frappant. En dépit de ses penchants pour les « dommages collatéraux »   ce n’est pas une arme de massacre sans discrimination du genre Deuxième Guerre Mondiale. Il a, en fait, été utilisé relativement efficacement pour jouer  au chat et à la souris avec les têtes des groupes terroristes,  tuant les leaders ou les lieutenants les uns après les autres. Et cependant tous les mouvements contre lesquels ils étaient dirigés ont proliféré gagnant en force et brutalité pendant ce même temps. Le drone s’est montré une arme efficace de soif de sang et de revanche mais pas de politique. Si, comme le dit Carl Von Clausewitz, la guerre est un autre moyen de faire de la politique, la revanche ne l’est pas. Personne ne devrait être surpris que le drone ait promu non une guerre effective contre la terreur mais une guerre qui semble promouvoir la terreur. 

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Un autre facteur pourrait être ajouté ici : cette saturation de pouvoir a crû exponentiellement d’une autre façon également. Ces dernières années, le pouvoir destructif des dieux est descendu sur terre d’une deuxième façon également, via la plus paisible des activités, la combustion des énergies fossiles. Le changement climatique promet une version  lente de l’Armageddon nucléaire, augmentant à la fois la pression et la fragmentation sociale, pendant qu’il introduit une nouvelle forme de  destruction de nos vies.

Suis-je un peu clair ? A peine, je fais seulement mon possible pour témoigner de l’évidence : que le pouvoir militaire ne semble plus agir sur la Planète Terre comme il le faisait auparavant. Sous des pressions apocalyptiques distinctes, quelque chose semble avoir lâché, quelque chose semble s’être fragmenté et avec cela, les histoires familières, le cadre familier, pour envisager comment nos outils perdent de leur efficacité.

Le déclin est peut-être dans le déclin américain, mais sur une planète poussée à ses extrémités, ne comptez pas sur le conte habituel de la montée et de la chute des grandes puissances ou des superpuissances. Quelque chose d’autre se produit sur la planète Terre. Soyez préparés.

Tom Engelhardt est le co-fondateur de l’ American Empire Project et l’auteur de  The United States of Fear ainsi que d’unehistoire de la Guerre Froide, The End of Victory Culture. Il est un compagnon de  the Nation Institute et dirige TomDispatch.com.Son dernier livre est  Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World.

Traduction : Elisabeth Guerrier