AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Month: November, 2015

La signification du Vendredi noir [Black Friday]

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader °, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

 

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La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «  Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

 

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By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  « liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»  ( avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

 

Black Friday Kicks Off Start To U.S. Holiday Shopping

Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

 

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

 

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

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Naomi Klein : Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies. 

Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies.

 

Article de Naomi Klein  paru dans Common Dreams et dans The Guardian sur les interdictions de manifestations et de marches sur tout le territoire français au moment décisif des pourparlers pour le climat de la COP 21 de Paris.  Les descentes de polices et les perquisitions se succèdent chez des militants ou des agriculteurs écologistes n’ayant de terroristes que la force de leur point de vue face au laxisme intéressé  et aux liens immoraux entre les gouvernements  sensés représenter les citoyens  du monde,  brutalement forcés au silence alors qu’ils sont en première ligne des catastrophes climatiques présentes et à venir et les actions et l’état d’esprit incurablement pervers des multinationales. Il semble d’autre part indispensable face aux degrés d’urgence et à la hiérarchisation des maux auxquels nous sommes, en tant qu’espèce, confrontés, de rappeler ces quelques phrases de Jared Diamond : «La menace d’un holocauste nucléaire et celle d’un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doit affronter l’espèce humaine aujourd’hui. À côté d’elles les problèmes du cancer, du sida ou de la malnutrition qui nous obsèdent généralement, sont relativement mineurs, car ils ne mettent pas en cause notre survie en tant qu’espèce. » * Nous aurions pu ajouter à la liste le terrorisme qui n’est un danger que pour les vivants.

 

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Article originellement paru dans The Guardian

En interdisant les marches de protestation à la COP21, Hollande condamne au silence ceux qui font face aux impacts les pires du changement climatique et de sa monstrueuse violence.

Par

Naomi Klein

 

De qui la sécurité reste-t-elle protégée par tous les moyens nécessaires ?

De qui la sécurité est-elle sacrifiée avec désinvolture, en dépit des moyens pour faire beaucoup mieux ? Ce sont des questions au cœur de la crise climatique et les réponses sont la raison pour laquelle les sommets climatiques finissent si souvent dans l’acrimonie et les larmes.

La décision du Gouvernement français d’interdire les manifestations, les marches et autres « activités extérieures » pendant le sommet de Paris sur la climat est gênant à plusieurs niveaux. Celui qui me préoccupe le plus est lié avec la façon dont cela reflète l’inégalité fondamentale de la crise climatique elle-même  – et la question clef de quelle sécurité est actuellement valorisée dans ce monde asymétrique.

 

 

Voici la première chose à comprendre. Les gens affrontant les impacts les pires du changement climatique n’ont virtuellement aucune voix dans les débats occidentaux pour déterminer que faire sérieusement pour prévenir le réchauffement mondial catastrophique. De gigantesques sommets comme celui qui va se tenir à Paris sont de rares exceptions. Pour deux semaines   les voix de ceux qui sont heurtés le plus et en premier ont un peu d’espace  pour être entendus dans un lieu où des décisions déterminantes sont prises. C’est pourquoi les insulaires du pacifique, les chasseurs Inuits et les bas salaires des gens de couleur de la Nouvelle-Orléans font des milliers de kilomètres afin d’être présents. Le coût est énorme, à la fois en dollars et en carbone, mais être présents au sommet est une occasion précieuse de parler sur le changement climatique et de donner un visage humain à cette catastrophe en cours. Ensuite, ce qui doit être compris c’est que même dans ces moments rares, les voix de premières lignes n’ont pas assez d’une plateforme dans les réunions officielles dans lesquelles le micro est dominé par les gouvernements et les groupes écologistes largement financés. Les voix des gens ordinaires sont entendues principalement dans les réunions de la base parallèles au sommet, ainsi que dans les marches et les manifestations. Maintenant, le Gouvernement français a décidé les plus bruyants de ces mégaphones,  prétendant que de sécuriser les marches compromettrait sa capacité à sécuriser la zone du sommet officiel où se rencontreront les politiciens.  .

” Une fois de plus, le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre est à gagner.”

Certains prétendent qu’il s’agit d’un juste contrecoup contre la toile de fond de la terreur. Mais un climat des Nations unies pour le climat n’est pas comme une rencontre du G8 ou de l’Organisation mondiale du commerce, où les puissants se rencontrent et où les sans dents tentent de compromettre leurs fête. Les événements parallèles de la société civile ne sont pas un ajout ou une distraction de l’événement principal. Ils sont partie intégrante du processus. Ce qui est la raison pour laquelle le gouvernement français ne devrait jamais avoir décidé quelle partie de ce sommet devrait être gardée et quelle autre annulée.  Plutôt, après l’attaque horrible du 13 Novembre, il était nécessaire de déterminer s’il avait la volonté et la capacité d’accueillir l’ensemble du sommet avec la pleine participation de la société civile, la rue comprise. S’il ne le pouvait pas, il aurait pu repousser ou demander à un autre pays de prendre le relais. Au lieu de ça, Hollande et son gouvernement ont pris une série de décisions qui reflètent un éventail de valeurs et de priorités très particulières afin de déterminer qui et quoi devait bénéficier de la protection de l’état. Oui, les leaders mondiaux, les matchs de foot-ball et les marchés de Noël, non les marches pour le climat et les manifestations désignant le fait que les négociations, avec l’actuel niveau d’émissions  prévu, mettent en danger les vies et les moyens de subsistance de millions sinon milliards de personnes

 

Et qui sait où cela peut mener ? Devons-nous nous attendre à ce que les Nations Unies révoquent les autorisations de la moitié de la société civile ? Ceux les plus susceptibles de créer des troubles au sein de la forteresse ? Je n’en serais pas surprise du tout.   Cela vaut la peine de songer à ce que l’annulation des marches  et des manifestations signifie réellement tout autant qu’en termes symboliques. Le changement climatique est une crise morale parce qu’à chaque fois que les gouvernements des nations riches ont manqué à agir, cela a envoyé un message qui montrait que nous, peuples du nord, mettions notre confort et notre sécurité économique avant la souffrance et la survie des peuples les plus pauvres et la s plus vulnérables de la planète. La décision d’interdire l’espace le plus important où les voix des peuples subissant l’impact climatique auraient pu être entendues est l’expression dramatique d’un abus de pouvoir profondément immoral : une fois de plus le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre vous devrez la gagner.

Une autre pensée : j’écris ces mots de Stockholm, où j’ai fait une série de conférences publiques sur le changement climatique. Quand je suis arrivée, la presse s’en donnait à cœur joie avec un tweet envoyé par la ministre de l’environnement Åsa Romson.  Peu de temps après a éclaté la nouvelle des attaques à Paris, elle a alors tweeté son outrage et sa tristesse pour les victimes. Puis elle a tweeté qu’elle pensait que c’était une mauvaise nouvelle pour le sommet sur le climat, une pensée qui est venue à tous ceux que je connais qui sont d’une façon ou d’une autre connectés à ce moment environnemental. Pourtant elle a été mise au pilori pour son soi disant manque de sensibilité – comment pouvait-elle penser au changement climatique face à un tel carnage ?

La réaction était assez révélatrice parce qu’elle montrait comme un acquis le fait que la changement climatique est une question mineure, une cause sans de réelles victimes, presque frivole.  Tout particulièrement quand des problèmes sérieux comme la guerre et le terrorisme occupent le centre de la scène. Cela m’a fait penser à quelque chose que l’auteure Rebecca Solnit a écrit il n’y a pas longtemps. «Le changement climatique est de la violence »  C’est vrai. Certaines de ces violences sont horriblement lentes : la montée des eaux qui efface progressivement des nations entières, et la sécheresse qui tue des milliers d’individus. D’autres sont terrifiantes de rapidité : les tempêtes avec des noms comme Katrina et Haiyan   qui volent des milliers de vies en une seule fois. Quand les gouvernements et les multinationales manquent sciemment d’agir afin de prévenir ce réchauffement catastrophique, c’est un acte de violence. C’est une violence si étendue, si mondiale et infligée simultanément contre des temporalités si diverses (cultures anciennes, vies présentes, avenir potentiel) qu’il n’existe pas encore de mot capable de désigner cette monstruosité. Et utiliser des actes de violence pour faire taire ces voix des plus vulnérables à la violence climatique est encore plus violent.

En expliquant pourquoi les match de football programmés seraient maintenus comme prévu, le Secrétaire d’état au sport a dit : « La vie doit continuer »   Bien sûr qu’elle le doit. C’est pourquoi je joins le mouvement pour une justice climatique. Parce que quand les gouvernements et les multinationales manquent à leur devoir d’agir d’une façon qui révèle la valeur de tous sur terre, on doit protester contre eux.

© 2015 Guardian News and Media Limited

 

  • Jared Diamond ” Le troisième chimpanzé ” Essai sur l’évolution et lavenir de l’animal humain. p. 613 Folio essais

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La cuisine des affairistes COP 21

Le livre de cuisine des multinationales

Voici la traduction d’un article très long, 27 pages de la Corporate Europe Observatory ( CEO) faisant un bilan très circonstancié des diverses préparations aux pourparlers de Paris et des acteurs réels des négociations. Le monde de la finance et de l’industrie est plus que jamais présent auprès des décideurs faisant feu de tous bois pour garder les choses en l’état voire les aggraver par des mesures technologiques entièrement farfelues et dangereuses comme le CCS. Leurs groupes de pression (6 pour ExxonMobile rien qu’à Bruxelles) préparent le terrain auprès de politiciens et travaillent à l’écoblanchiment des entreprises les plus polluantes en leur prêtant des images d’agneau  écologiste innocent.

Comment les criminels du climat ont capturé la COP 21

Vous pourrez être pardonné de croire que les multinationales ont changé d’état d’esprit et sont devenues sérieuses à propos des débats sur le changement climatique. Parmi les nec plu ultras du menu, on trouve le choix du gaz naturel à faible émission de carbone, une taxe carbone mondialisée, « émissions zéro avant la fin du siècle, ou «  l’agriculture éco-intelligente ».  Mais pelons les relations publiques et nous trouverons une recette des affaires-comme-toujours garantie pour cuisiner la planète : du fondamentalisme de marché, des solutions technologiques chimériques et de bonnes idées discréditées et démodées revisitées sont les ingrédients parfaits pour les criminels du climat.  Mais plutôt que de renvoyer le plat, nos chefs politiques en ont demandé un second. Ces notes montrent simplement quand, où et comment les multinationales essaient de capturer l’agenda des pourparlers de la COP 21 de Paris.

Contenu

Sommaire

Introduction

Les recettes des grosses entreprises pour les Nations unies

Les ingrédients clefs : 

  • Ingrédient 1 : le court terme

« De toute évidence, le climat est important mais l’économie vient en premier  » 

  • Ingrédient 2 : Toujours plus d’énergie fossile

« N’ayez pas peur, le gaz naturel va sauver le climat »

  • Ingrédient 3 : La « main invisible du marché »

« Si nous avions au moins un prix mondialisé  du carbone, la grosse entreprise changerait son approche. »

  • Ingrédient 4 : Des réparations technologiques risqué et encore à découvrir « Nous arriverons à zéro-émissions à la fin du siècle si quelqu’un réussit à extraire de l’atmosphère ce que nous y avons mis. »
  • Ingrédient 5 : Les affaires-comme-toujours

« L’agriculture industrielle n’est pas la cause du changement climatique, elle est éco-intelligente et nous avons un plan volontaire pour la promouvoir. »

Est-ce que les multinationales ont déjà fait main basse sur la COP21 ?

Conclusion

SOMMAIRE

Peler les relations publiques révèle que le plat qui est offert n’est rien de moins qu’une catastrophe climatique. Les multinationales écrivent une recette qui garantit la cuisson de la planète.

  • On ne peut pas choisir les meilleurs ingrédients – une croissance économique maximum et une meilleure énergie fossile (le gaz naturel) doivent être inclus. Des mesures conflictuelles comme les restrictions de l’importation des énergies fossiles polluantes doivent être exclues.
  • On ne peut pas contrôler le processus de cuisson : les signaux du marché, non les régulateurs nous indiquerons la direction à suivre. 
  • C’est toujours la même vieille recette des affaires-comme-toujours mais vêtue d’un cordon vert.  —ils veulent paraître verts, mais l’agenda de l’industrie est de continuer à émettre des gaz à effets de serre et à les extraire de l’atmosphère avec de nouvelles  technologies fantasques.
  • Dans certain cas ce sont juste les restes d’hier présentés comme un nouveau repas. —avec l’agriculture industrielle redéfinie comme « éco-intelligente » par exemple.

Les solutions dépendant du marché et les réparations technologiques mises sur la table détournent l’attention des vrais coupables et repoussent l’action réelle. La plupart des chefs politiques ont été heureux de choisir des mesures qui conviennent à l’actuel modèle économique et permettent de maintenir les profits de l’entreprise néo-libérale. Nous avons besoin d’un autre livre de cuisine ! Et d’ailleurs, aussi des cuisiniers différents.

Au point où nous en sommes, il ya très peu de chances que les négociations qui sont sur le feu à Paris permettent quoi que ce soit pour le climat. Mais ce pourrait être malgré tout un tournant fondamental pour la délégitimisation du rôle destructif et dangereux des trusts criminels qui jouent actuellement un rôle dans les décisions politiques touchant le climat. Nettoyons nos cuisines, à la fois à Paris et dans nos capitales.

INTRODUCTION

Comme les discussions hivernales des Nations unies sur le climat à Paris approchent, les pressions des lobbies et des relations publiques  des plus grands criminels climatiques sont devenues hyperactives.

Lancer les chefs politiques mondiaux  dans la conférence mondiale, créer des campagnes publicitaires  luisantes, établir de nouveaux  groupes d’experts pro-industries ou embaucher d’ex-politiciens afin d’utiliser leur savoir-faire et leur lignes déjà tracées ne sont que quelques unes des tactiques  cachées dans la boîte à outil industrielle. Mais quels sont les messages qu’ils sont si empresses de répandre et que signifieront-ils pour la COP 21 ?

Y regarder de plus prêt révèle que ce qui est offert n’est rien de moins qu’une catastrophe climatique, une recette garantie pour cuisine la planète – des solutions axées sur la marché et des solutions technologiques qui cherchent à masque l’existence inchangée des modèles affairistes  des énergies polluantes responsables du changement climatique.  Malheureusement, les responsables politiques mondiaux semblent danser sur la même mélodie, incluant l’industrie toujours plus avant dans le dossier.

Cependant, pendant qu’il est peu probable que les pourparlers ne produisent quoi que ce s soit en faveur du climat, la colère publique croissant sur ce point pour de bonnes raisons pourrait marquer le début de la fin pour cette relation de copinage entre politiciens et pollueurs.

– Sommets d’affaires ( organiser et sponsoriser)

– Sponsoriser la COP 21

– Campagnes de publicité

– Lettres ouvertes

– Création de nouvelles alliances industrielles et initiatives

– Permettre aux groups de pression de faire leur travail ( associations commerciales et associations d’affaires)

– Portes tournantes : embaucher d’anciens membres des gouvernements

– Cabinet conseils des groupes de pression : accueillir les mercenaires

ENCADREMENT : événements clefs se déroulant pendant la COP 21[1]

 

date évènements Info
30 novembre  11 décembre Ouvert pour Business Hub, Le Bourget Organisé par IETA et WBCSD au sein des négociations officielles, un espace pour la mise en réseau et les documents commerciaux
1 décembre Marchés & Climat : Une révolution positive pour les compagnies ? Paris-centre Organisé par le Forum de l’Economie Positive et le KPMG, accueilli par au siège de l’UNESCO, avec le label officiel de la COP 21, pour des « leaders » comme Veolia
2- 9 décembre La Galerie des Solutions, Le Bourget Organisé avec le Secrétaire général de la COP 21 et l’organisation des employeurs français, le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) (parmi d’autres), c’est un espace réservé aux affaires au sein du Bourget
4-10 décembre Solutions  COP21, Grand Palais, Paris- centre (et Le Bourget 30 novembre – 11 décembre) Une exposition des entreprises organisée par le Comité 21 et le  Club France Développement Durable, sponsorisé par Engie, Renault-Nissan, Avril-Sofiproteol et d’autres
5 décembre Lima-Paris Jour d’Action Agenda, Le Bourget Une plate-forme pour que les acteurs privés présentent leurs engagements face au climat et les négociateurs de leurs lobby.
6 décembre Le futur lève les yeux, Paris-centre Une réception d’affaires uniquement sur invitation avec l’équipe B de Richard Branson (Plan B pour les affaires) afin de pousser vers le “émission zéro” (voir la boîte)
6 décembre Sommet mondial pour le climat Paris-centre Evénement annuel sponsorisé par le gouvernement de Dubaï, Alstom, Lima COP 20 et d’autres avec 400 délégués. Les entreprises sont invitées à «Afficher leurs organizations comme des leaders de la cause climatique »
7-8 décembre Forum de l’innovation durable, Le Bourget Accueilli par l’UNEP et sponsorisé par BWW, Vattenfall et BNP Paribas parmi d’autres, une opportunité  pour le monde industriel de rencontrer « les chefs politiques du monde entier »
7-8 décembre Forum Être attentifs aux industries du climat, Le Bourget Accueilli par Global compact de l’Union européenne afin d’offir à ses membres un temps de qualité avec le chef de l’UNFCCC et le Président de la COP 21 Laurent Fabius. Sponsorisé par EDF et Engie parmi d’autres.
7-10 décembre Conseil mondial des affaires pour un développement durable (WBCSD) ‘Réunion du conseil’, Paris-centre Exclusivement pour ses members qui incluent Shell, Dow Chemicals, Volkswagen, Rio Tinto
8-9 décembre Énergies de demain Paris-centre Conférence organise par le New-York Times International, en partenariat avec la  WBCSD et WeMeanBusiness, un des intervenants est le PDG de Total

Affaires et Sommet pour le climat

Il va y avoir un flot d’événements pendant la COP 21 (voir la boîte) mais le coup d’envoi a été donné en mai 2015 par le Sommet mondial des affaires sur le changement climatique à Paris, organisé par une myriade de groupes de pression y compris le WBCSD, Global Compact, la Chambre internationale de commerce, We Mean Business, le CEFIC, le Cercle de l’industrie, le MEDEF et l’association pour l’industrie chimique parmi d’autres. Il avait le total support des gouvernements français et américains. Il a été ouvert par le Président François Hollande, a compris un discours inaugural de la Ministre de l’environnement Ségolène Royale, et a été clos par le Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, avec une vidéo d’un message du Secrétaire d’état américain  John Kerry. L’événement sur deux jours a été extrêmement bien orchestré afin de générer de la crédibilité : un grand nombre d’hommes politiques, de nombreux PDGs et des compte-rendus de presse pré-rédigés racoleurs délivrant leur message clefs. (qui étaient également dans la bouche des hommes politiques et des PDGs présents.) Le CEFIC a utilisé sa position dans l’équipe éditoriale  (un des avantages de la sponsorisation) afin d’essayer de diluer la note de briefing donnée aux conférenciers, tentant tout spécialement d’en ôter les références aux bases scientifiques  évoquant les deux degrés de réchauffement et ajoutant des avertissements afin de maintenir la compétitivité  industrielle..[i]

La recette de la grosse industrie pour les Nations unies.

La grosse industrie a fait pression afin d’être impliquée depuis que le cadre de travail de la convention sur le changement climatique des Nations unies (UNFCCC)  a été validé pour la première fois en 1992 au Sommet sur la terre de Rio au Brésil. Elle y a réussi et est maintenant fortement engage dans la détermination des ingrédients qui sont ou ne sont pas à inclure dans la recette des pourparlers de Nations unies.

Dans la perspective de l’industrie c’est important. À un niveau national, les négateurs du changement climatique prévalent parfois mais à un niveau international l’industrie avait besoin de faire preuve d’initiatives afin d’éviter les décisions politiques progressistes qui pourraient mettre un terme aux approches de la régulation des gros pollueurs et des réglementations légères. Le même modèle qui a vu les profits des entreprises monter en flèche au dépend des communautés locales, de leur environnement et du climat.

À l’aube du Sommet international de la terre en 1992 fût créé le groupe de pression international le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) «  afin d’assurer que la voix des affaires soit entendue ».[ii]  Le but était de retravailler l’image de marque des multinationales participantes , y compris Shell,  Volkswagen, BP, Monsanto, Total, Dow Chemical etc., comme part de la solution au climat plutôt que comme le problème— malgré les preuves bien documentées du contraire.[2]

Les Nations unies ont accueilli les grosses multinationales les bras grands ouverts, créant de nouveaux réseaux et de nouvelles institutions pour faciliter le processus (voir boîte).  Le résultat est ce que nous voyons aujourd’hui : des solutions au changement climatique basées sur la technologie et sur la marché qui reflètent les intérêts de ces mêmes compagnies qui, en tout premier lieu, ont le plus contribué  au changement climatique. Elles prennent la place des politiques qui pourraient  stopper leur pratiques commerciales destructives et laisser au moins 80 % de toutes les énergies fossiles dans le sol. (comme le demande la science si nous voulons limiter la montée des températures à 2°, sinon à 1°5[3]).

  • Presque 500 participants de l’industrie ont été accrédités au UNFCCC (United Nation Framework Convention on Climate Change) de la COP 15 de Copenhagen, en 2009, par l’intermédiaire du groupe de pression de l’International Trading Emissions Association (IETA). Par contraste, une des organisations de la société civile la plus importante qui participait, avec 90 membres accrédités, a vu son équipe entière évincée de la conférence pour avoir évoqué ses inquiétudes à propos de la justice climatique et les intérêts de populations les plus pauvres.
  • Les Nations Unies et la grosse entreprise – une liaison qui dire depuis des décennies
  • 1991 – Première rencontre du Business Council for Sustainable Development (BCSD)
  • 1992 – La tête du BCSD est choisie comme conseiller principal pour l’industrie et le commerce par Maurice Strong, Secrétaire général du Sommet de la terre del’ONU.
  • 1995 – Le BCSD est rebaptisé World Business Council for Sustainable Development (WBCSD)
  • 1997 – Un accord est conclu sur les émissions de carbone et les compensations (voir la boîte) pour la première fois comme partie du Protocole de Kyoto au Japon, après la COP 3.
  • 1999 – Conférence de Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD),  la WBCSD, Shell, Rio Tinto, KPMG et d’autres multinationales participent à la formation de l’International Emissions Trading Association (IETA), un lobby pour les tarifications des émissions..
  • 2000 – L’UN Global Compact est créée, un programme de responsabilité sociale volontaire prévu pour intégrer les vues du commerce dans l’élaboration des politiques internationales, par exemple, le programme « prendre soin du climat », « caring for climate » poussant à attribuer  des tarifications des émissions carbones  sans prise en compte des technologies.
  • 2000 – les forêts sont officiellement inclues dans le marché du carbone comme part de la COP 6. 2002 – UN Global Compact, le WBCSD et la Chambre internationale du commerce, International Chamber of Commerce (ICC) créent l’Action commerciale pour le développement durable, Business Action for Sustainable Development  afin d’ « assurer que la voix du commerce est entendue » lors du Sommet mondial pour le développement durable » (Rio+10)
  • 2009 – La COP 15 à Copenhague a été le moment décisif pour la participation des firmes avec l’ITEA accréditant presque 500 membres pour leur participation aux négociations.
  • 2010 – à Caucun, le Président mexicain de la COP 16 invite le WBCSD et l’ ICC à organiser les « Dialogues mexicains »,  donnant aux monde des affaires un accès avancé aux négociateurs sur des sujets sensibles.
  • 2013 – « La COP 19 des trusts » à Varsovie a vu les énergies fossiles officiellement sponsoriser les pourparlers, le monde des affaires seul invite aux négociations officielles de la pré-COP et la présidence polonaise de la COP 19, organiser les sommets du charbon et du climat en parallèle. 2014 – Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon organise son propre sommet pour le climat, offrant une plate-forme mondiale à certains des plus gros pollueurs et insistant sur le rôle du secteur privé dans la maîtrise du changement climatique.
  • 2014 – La Présidence péruvienne de la COP 20 lance l’agenda de l’action Lima-Paris (LPAA), s’organisant pour inclure officiellement le commerce dans la COP 21.
  • 2015 – La Présidence française fait du LPAA – aussi nommé “ Agenda pour des solutions” une part central des résultats de Paris, soutenant les engagements du monde des affaires en même temps que ceux officiellement négociés.

Les groupes de pression de la grande entreprise sont clairs sur le rôle que les affaires devraient jouer dans la maîtrise du changement climatique et sur ce que signifie leur rôle dans les négociations :

« [Ce] seront d’une façon prédominante le secteur industriel qui permettra la réduction des émissions dans tous les secteurs. » WBCSD World Business Council for Sustainable Development[iii]

« Si un accord global sur le changement climatique ne marche pas pour et avec l’industrie, il ne marchera pas du tout […] Nous voulons trouver une opportunité où nous ne sommes pas plus à l’intérieur de la tente qu’à ses côtés. » Peter Robinson, Chief Executive of the US Council for International Business[iv]

« Cette question est importante pour les gouvernements mais elle est beaucoup trop importante pour la laisser aux gouvernements seuls. » James Bacchus, un expert à la Chambre international du commerce. 

 Pour contrer le point de vue selon lequel le problème est bien le modèle commercial de la grande entreprise lui-même, les chefs d’entreprise sont entrain de coopter le langage des mouvements sociaux et de ceux qui combattent pour une justice climatique. Afin de faire croire qu’ils peuvent être part de la solution :

« Des changements marginaux ne sont plus assez – nous avons besoin de transformations massives à travers nos sociétés, notre politique et notre économie »  Peter Bakker, Président de WBCSD President[v]

« Ce sera un mouvement qui nous conduira là– nous sommes tous des activistes. » Président directeur général de Statoil Eldar Sætre[vi]

« Le statu quo n’est pas une option. Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes, nous sommes des activistes de l’industrie et du commerce. » Jean-Pascal Tricoire, Président directeur général de Schneider Electric et de Global Compact France[vii]

Le Président de la république française et hôte de la COP 21 précise comme suit :

«  La Révolution française est née à Paris et elle a change la destine du monde. Nous avons besoin d’être certains que dans deux cents ans nous pourrons dire que la révolution climatique s’est passée à Paris, faisons-la. » François Hollande, Président de la république française[viii]

Paris est déjà entrain de montrer toutes les marques des signes d’amour de la grosse entreprise, de l’agenda official de LPAA/ Agenda pour des solutions l’UNESCO et l’UNEP accueillant toutes deux les conférences de l’entreprise à la fois pendant et avant la COP.

Le Secrétariat de l’UNFCCC  a aussi été fonctionnel en accueillant les gros pollueurs au sein des négociations, dirigées par sa secrétaire de l’exécutif Christiana Figueres.  Tout en parlant au sommet du charbon et du climat de la COP 19—malgré une opposition massive de la société civile—elle est aussi un membre régulier de l’exposition annuelle sur le carbone de l’IETA. Elle a récemment publiquement attaqué ceux qui clament que les énergies fossiles ne font pas partie de la solution, leur disant d’ « arrêter de rendre les compagnies pétrolières et gazières démoniaques. ».[ix] Elle est vraisemblablement plus sympathique aux intérêts des trusts que la plupart, ayant été la « Conseillère principale pour le changement climatique » pour la compagnie privée la plus importante d’Amérique latine ENDESA Latinoamérica, avant qu’elle n’obtienne son poste actuel. [x]

En bref, l’ONU—particulièrement l’UNFCCC—a tire le tapis rouge même pour les plus sales des compagnies,  autorisant leurs fausses solutions et leur modèle commercial cassé à être considéré comme une partie essentielle des solutions supposées pour le changement climatique. Hoda Baraka, le manager de la communication chez 350.org, résume ainsi les contradictions : « Quand vous essayez de brûler la table, vous ne méritez pas de vous y asseoir .»[xi] Malheureusement, nous pouvons nous attendre à ce que le tapis rouge soit aussi déroulé à Paris.

Ingrédients essentiels

Ingrédient 1 : Le court terme

« De toute évidence la question du climat est importante mais l’économie est prioritaire »

 Argument commercial majeur : l’action pour le climat est importante mais elle ne doit pas compromettre la croissance économique.

 Qui le met en avant : BusinessEurope, la Table ronde des industriels européens ( ERT) ainsi que la plupart des associations commerciales de l’industrie lourde, plus audibles depuis que la crise économique  a commencé, profitant de la concentration renouvelée sur la croissance et sur l’industrie.

 Exemple : quand l’UE préparait ses objectifs climatiques pour 2030, l’ERT, un lobby inter-sectoriel européen très influent, qui inclut les PDGs ArcelorMittal, BASF, BMW, E.ON, Repsol et Shell, ont eu leur dîner privé annuel avec le Président de la république française François Hollande, la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président de la Commission européenne d’alors, José Manuel Barroso. Ils ont insisté sur le fait que «  toute politique climatique ou énergétique doit être adaptée afin de s’assurer que le but d’une croissance des parts de l’industrie de 20 % soit atteint d’ici 2020. »[xii] Les ministres du Conseil de la compétitivité ont aussi insisté sur le «  besoin d’un approche plus équilibrée entre l’industrie européenne, l’énergie et la politique climatique ». Cette ligne de pensée est alarmante, parce que l’« équilibre » de l’industrie et des politiques climatiques signifie clairement que les objectifs pour le changement climatique doivent être réduits si nécessaire.[xiii]

 

Avec BusinessEurope faisant aussi pression avec le même message aussitôt que possible, ce n’est pas surprenant que le cadre à venir de l’UE pour le climat et l’énergie de 2030 inclue la compétitivité de l’industrie lourde comme un de ses buts. À un niveau européen, la Chambre de commerce internationale a fait des bruits similaires, écrivant dans le Financial Times que toute mesure devrait être «  prudemment conçue afin de promouvoir un champs d’action à un niveau global  pour le commerce et de rendre possible un avenir consacré à la croissance et au commerce ». [xiv]

 Ce que cela signifie pour le monde réel : ceci est l’exemple ultime de court terme au nom des intérêts des investisseurs.  Des solutions effectives à la crise climatique mondiale à long terme devraient être mises en suspens si elles sont supposées pour les personnes en exercice entraîner quelle que perte à court terme que ce soit.  —les objectifs climatiques seront amoindris par peur de leur impact sur l’industrie. En pratique ceci signifie que lorsque les politiques climatiques sont introduites, l’industrie lourde est souvent exemptée, ou bien largement dédommagée si elle menace de déménager dans un autre pays à cause du coût des nouvelles mesures en faveur du climat ( si et quand cela se produit vraiment, ceci est connu sous le nom de «  fuite carbone » (voir boîte) . Ça a été le cas en Europe et aux USA, qui clament leur ambition dans les limites de ce qui est politiquement possible (c’est à dire sans ambition).[xv]

L’insistance à mettre l’économie en premier (ou la version actuelle du les affaires-comme-toujours) a aussi été utilisée comme argument pour le remplacement de régulations strictes par des schémas volontaires comme l’Alliance globale pour une agriculture intelligente, Global Alliance for Climate Smart Agriculture (voir le chapitre) et des approches orientées vers le marché comme le commerce d’émissions. Elle peut aussi s’observer dans l’actuelle négociation pour le libre échange entre les USA et l’UE, ou TTIP, qui est prévue pour être un désastre climatique.[xvi] Par-dessus tout, cette approche est  sensée compromettre le climat et repousser la transition énergétique vers les économies à bas niveau d’émission.

 Où cela se passera-t-il à Paris : pendant la COP21, attendez-vous à voir des ambitions limitées de la part des pays où l’action climatique menace l’industrie lourde, en particulier l’extraction des énergies fossiles. Pendant ce temps, la poussée pour étendre la marché du carbone continue (voir chapitre sur le tarif global du carbone) et toute politique finale aura a rendre des comptes sur son impact sur la marché économique mondial, qu’on sera pardonné de considérer comme beaucoup plus important que les questions climatiques. L’Agenda Lima-Paris/ Agenda pour des solutions, est aussi prévu comme une façon de montrer au monde – à travers le monde des affaires et les engagements – que l’action climatique « représente une opportunité économique pour tous les pays, sans tenir compte de leur niveau de développement . », la réduisant à rien d’autre qu’une simple transaction économique.[xvii]

Un argument est que les politiques fortes en matière de climat poussent la production intensive d’énergie à se délocaliser dans des zones avec des politiques climatiques moins strictes et donc que les émissions de carbone ne sont pas réduites, elles se contentent de fuir ailleurs, accompagnée par les emplois qui leur sont associés. Cependant, de multiples études ont montré que la politique climatique est un facteur marginal dans la décision de délocalisation et que l’industrie lourde a commencé à quitter l’Europe bien avant l’introduction des politiques climatiques. [xviii] En fait, des politiques climatiques plus ambitieuses créent de nouveaux emplois mais dans de nouveaux secteurs à faible degré d’émissions plutôt que dans les industries polluantes qui font pression contre eux.

 

[BOÎTE À OUTIL DU LOBBYISTE]

 Sponsorisation des pourparlers : quelques unes des industries françaises les plus polluantes, y compris les compagnies aériennes (Air France), les géants du nucléaire et du charbon (EDF), les services publiques de (Engie – anciennement GDF Suez) et les banques finançant le charbon (BNP Paribas) font partie des sponsors des pourparlers de Paris. Il n’y a sans doute pas de meilleures plateformes que la plateforme officielle, bien que de sponsoriser des événements officiels, comme Solutions COP 21, est aussi une stratégie d’écoblanchiment très populaire.

 Ingrédient 2 : plus d’énergie fossile 

« Ne craignez rien, le gaz naturel va sauver le climat » 

Argument commercial majeur : le gaz naturel – à la fois naturel ou issu de la fracturation hydraulique – est la nouvelle solution pour l’énergie propre, selon l’industrie des énergies fossiles parce qu’il dégage la moitié des émissions du charbon lorsqu’on le brûle. Ils prétendent qu’il peut être la transition vers le future avec l’énergie du vent, l’énergie solaire et celle des vagues ou qu’il peut être une partie fiable de l’énergie mixte. 

Qui le met en avant : en premier lieu l’industrie du pétrole et du gaz mais cet argument est répercuté dans le monde des affaires.  

Suez (maintenant nommé ‘Engie’) ont même lancé « un appel aux armes contre le charbon» lors de la conférence, afin de rafraîchir leur image d’ami de la terre (et leurs résultats).[xix] Le même mois, le pétrole d’Europe  et les pontes du gaz écrivaient une lettre ouverte à la chef de l’UNFCCC Christiana Figueres et au Président de la COP 21 François Hollande—et en écrivaient une autre dans le Financial Times—soulignant leur sérieux dans la lutte contre le réchauffement climatique et le « rôle essentiel que le gaz naturel peut jouer ». Au Sommet du commerce et du climat Business and Climate Summit de mai, où Statoil était soutenu par le Ministre norvégien pour l’Europe  qui affirma «  le gaz naturel est le meilleur ami du recyclable ».[xx]Exemple : pendant la conférence mondiale sur le gaz de juin à Paris, les cadres de l’énergie sale se sont alignés pour dire que le charbon faisait partie de l’histoire et que le gaz était le combustible dont le future avait besoin. Exxon Mobil a affirmé que c’était « la seule source d’énergie qui réduise d’une façon significative les émissions et que envisager la fracturation hydraulique permettrait le développement économique  tout en étant une énergie peu polluante. »[xxi] Total et GDF.

Les efforts en coulisse ont aussi été essentiels : Total ainsi que d’autres compagnies pétrolières ont infiltré les associations commerciales de l’énergie éolienne et solaire à Bruxelles de façon à ce qu’ils promeuvent également le gaz naturel, tout en réduisant la mesure de leur ambition pour l’énergie éolienne..[xxii] Aux US, l’industrie du gaz est allée jusqu’à financer secrètement une grosse ONG environnementale qui a mené avec succès une campagne contre de nouvelles centrales à charbon.[xxiii] Plus récemment, l’industrie a activement embauché des anciens membres du gouvernement (la stratégie expérimentée et performante des portes tournantes – voir la boîte), avec Cheniere Energy, la première compagnie à avoir reçu du Président Obama un permis d’exportation de gaz naturel liquide (LNG), embauchant la députée pour l’énergie et le changement climatique, Heather Zichal, seulement quelques mois après qu’elle ait quitté son poste en Octobre 2013.[xxiv]

Ce que cela signifie dans le monde réel : tout en ayant à la combustion des émissions moindres le processus d’extraction – en particulier la fracturation hydraulique- peut être pire pour le climat que le charbon ou le pétrole à cause des fuites de méthane, un gaz 80 fois plus nocif pour le réchauffement climatique  que le CO2 sur une période de 20 ans.[xxv] L’extraction de cette énergie fossile a aussi un impact désastreux sur l’environnement local et sur les habitants. La promotion du gaz signifie aussi que moins d’attention est portée au développement et à la mise en route de technologies vraiment plus respectueuses du climat comme l’éolien, le solaire, le marémoteur.

Derrière tous les pourparlers pro-climat se tient une dure réalité affairiste : passer au gaz naturel, particulièrement au gaz de schiste, assure aux compagnies pétrolières et gazières de demeurer sur leur siège de leaders et sécurise leur avenir dans un monde centre sur la maîtrise du réchauffement climatique. Elles ont déjà l’expertise et les infrastructures, quand toutes les grandes compagnies pétrolières—Shell, Total, BP, Chevron, Exxon—font des investissements significatifs dans ce qu’ils considèrent comme un marché futur incroyablement lucratif. Si ells réussissent, cela pourrait signifier l’expansion massive de la fracturation hydraulique en dehors des USA, quelque chose qui a jusque-là n’a pas pu se matérialiser, partiellement à cause de l’opposition publique dans de nombreux pays ?[xxvi]

Fracturation ou non, il est clair que le gaz n’est pas une solution, puisqu’il est aussi une énergie fossile libératrice de carbone et que son extraction mène également à la libération du méthane souterrain dans l’atmosphère.  Cependant des plans sont en route pour de nouvelles infrastructures qui engageront cette énergie fossile pour plus de cinquante ans. Selon l’Agence international de l’énergie, International Energy Agency, ceci repoussera l’investissement dans les énergies renouvelables.[xxvii]  L’image du gaz propre est également utilisée pour justifier la poussée en faveur du gaz naturel dans les pourparlers US UE—Le Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP)—avec l’UE voulant désespérément importer du gaz de schiste bon marché des USA.[xxviii] L’historienne du climat,  Naomi Oreskes est brutale : la

Où cela se passera-t-il à Paris : tout le monde, à part l’industrie du charbon dans le secteur des énergies fossiles va pousser le gaz lors des événements publiques et de haut-niveau à travers Paris et dans les négociations, les US a déjà dit que le gaz comptait comme une énergie propre. Attendons-nous à la voir figurer au sein des engagements officiels de nombreux pays et à être sur la liste des financements choisis pour le climat. Cependant le public n’a pas été aussi aisément convaincu que les politiciens, tout particulièrement en ce qui concerne la fracturation, aussi la résistance peut-elle aussi attendue dans la rue.

[BOÎTE À OUTIL DU LOBBYISTE]

 Campagne de publicité :  gagner la bataille médiatique et donner l’impression que vous avez le public de votre côté est une des clefs pour convaincre les décideurs que vous êtes à la bonne place et il n’y a rien de mieux qu’une action relation publique pro-climat de haut vol pour vous mener là, quelle que puisse être la réalité.  Dans sa champagne de 50 millions de dollars  « Nous sommes d’accord », Chevron a placardé les gares en Europe avec des affiches d’individus tenant des signes avec lesquels Chevron se dit d’accord tels que « le gaz de schiste doit être bon pour tout le monde. »[4] Ne mentionnons pas la pollution actuelle cause par leurs activités de fracturation où les poursuites qu’ils doivent subir en Équateur pour nettoyer leur marée noire ! Shell est maintenant impliqué dans des activités similaires avec des vidéos promouvant le gaz naturel comme le compagnon fiable des énergies renouvelables.  [PHOTO – de la campagne de publicité en ligne de Chevron]

Ingrédient 3 : « la main invisible du marché » 

« S’il y avait un prix global du carbone, les multinationales changeraient leurs méthodes »

Argument commercial majeur : l’industrie  argumente qu’avec un prix global pour le carbonesignifiant que les compagnies doivent payer pour chaque tonne de CO2 émise—le monde des affaires s’éloignerait des investissements dans les énergies polluantes pour s’orienter vers les émissions faibles en suivant le chemin le moins coûteux possible. Le prix du carbone pourrait être décidé via une taxe par tonne, ou le marché pourrait être autorisé à en déterminer le prix.  (voir la boîte). 

Qui le met en avant : le monde des affaires, les leaders mondiaux, les institutions financiers internationales—en bref, tous ceux qui ont quelque chose à perdre à se retirer de l’économie néo-libérale actuelle. 

Exemple : de nombreuses plateformes ont été créées spécialement pour promouvoir la question ou en ont embrassé la cause, y compris la campagne  « Se préoccuper du climat », Caring for Climate  organisée par Global Compact, l’UNEP, l’UNFCCC, et la Banque mondiale de la coalition pour le prix du carbone World Bank’s Carbon Pricing Leadership Coalition. Deux mois avant la COP 21, les chefs d’états d’Allemagne, de France, d’Éthiopie, du Chili de Philippines et du Mexique ont lancé un appel pour la taxe carbone. Le Sommet du commerce et du climat de Paris, Business and Climate Summit—organisé par les plus grands lobbies de multinationales  (voir la boîte)—a fait d’elle un de ses trois messages clef. Porte-paroles après porte-paroles ont répété son importance, avec le PDG de Statoil, Eldar Sætre affirmant qu’elle était la « seule mesure efficace » pour venir à bout du changement climatique. Les pontes du pétrole et du gaz européens ont aussi publiquement offert leur aide au UNFCCC afin qu’il établisse un prix mondial du carbone. 

Qu’est-ce que cela signifie pour le monde réel : la pression pour une taxe carbone mondiale est en fait une bataille prolongée sur qui doit être responsable des mesures pour le climat : le monde des affaires (qui veut être capable de choisir les options les moins onéreuses basées sur la taxe carbone) ou les gouvernements (qui devraient introduire des décisions politiques suivant les meilleurs intérêts de la société).

Le commerce argumente que la baisse des émissions devrait leur être laissé plutôt que d’être une cible gouvernementale, et ainsi ils pourront utiliser la taxe carbone afin d’évaluer quelle décision politique est la moins coûteuse. Mais cette préoccupation étroite sur le carbone signifie que les soucis ou les bénéfices sociaux, environnementaux et plus largement économiques qui s’inscrivent dans les décisions politiques gouvernementales sont ignorés. Si ils sont laissés à la décision du monde des affaires par l’intermédiaire du prix du charbon, alors le pouvoir des gouvernements d’introduire des politiques et des objectifs sur des énergies comme le vent, le soleil où les marées, sur l’efficacité énergétique, sur des standards technologiques minimums et le bannissement pur et simple des énergies fossiles est affaibli d’une façon significative, comme l’UE l’a récemment expérimenté.

Dans l’UE, la confiance dans une taxe carbone créée par le Modèle d’échange des émissions Emissions Trading Scheme (EUETS) ayant échoué (voir la boîte) se sont vues attaquées les mesures politiques les plus efficaces, comme étant «  trop lourdes », inutiles, ou comme une distorsion du marché.  Et le marché—le meilleur mécanisme d’obtention d’un prix (voir la boîte)—est également très  sensible au lobby de l’industrie ( c’est vraisemblablement une autre raison pour la popularité de la taxe carbone).

Un indice de prix est aussi aveugle à la technologie, se centrant sur le seul coût de la réduction du carbone. ExxonMobil est convaincu que « nous devrions  autoriser le marché, pas les régulateurs, à déterminer quelles technologies sont les plus adaptées aux besoins du consommateur » Mais le «  marché » est invisible, ce sont ceux qui réduisent les émissions—les pollueurs eux-mêmes—qui vont choisir quelle technologie douteuse ou expérimentale convient le mieux à leurs intérêts et protégera vraisemblablement le mieux leur existence. Les exemples incluent la capture du carbone et son stockage (CCS – voir la boîte), le gaz de schist et l’énergie nucléaire. Bien sûr, le WBCSD a dit explicitement que nous devons cesser de confondre les technologies à faible émission et les énergies renouvelables.[xxx]

Mises à part les difficultés techniques pour permettre d’établir un prix mondial pour le carbone (est-ce que ça peut être fait à un niveau planétaire ? ou à travers divers schémas régionaux divers mais en relation ? via une taxe ou un marché ?) reste la question de savoir si le prix doit être assez élevé pendant  assez longtemps pour transformer le système énergétique.

Par exemple, dans l’UE, il est actuellement à 8€ la tonne mais l’ancien chef de l’UNFCCC  Yvo de Boer propose 150€ par tonne de CO2. Exxon dit qu’ils ont un prix interne pour le carbone de 60-80 US$ [xxxi] et malgré tout ils sont encore en train d’investir gaiement dans les énergies fossiles, il semble donc que si ce prix interne existe vraiment, il ne fonctionne pas.

Étant donné le fait que les gouvernements sont actuellement en train de démontrer un manque clair d’ambition collective eu égard à la maîtrise du changement climatique, une taxe carbone qui est trop basse ne fera que faciliter le glissement souhaité du charbon au gaz, plutôt que de déclencher un mouvement total hors des énergies fossiles. Et ce mouvement pourrait ne pas être déclenché même si le prix est élevé : David Hone de Shell a dit « qu’il attendait un prix élevé pour  stimuler l’investissement dans le CCS ( Carbon capture and storage) et qu’il s’agissait de la technologie du future. »[xxxii] En d’autres termes, l’usage continu des énergies fossiles et des technologies associées.

En réalité, la plupart des expérience de taxation jusqu’ici—comme l’ETS de l’UE ou le mécanisme de développement propre Clean Development Mechanism de l’UNFCCC’s (voir la boîte)—n’ont pas marché à cause du refus de l’industrie de les utiliser, exigeant des compensations pour couvrir le coût du paiement de la taxe carbone (voir la boîte fuite carbone) ou en utilisant des failles légales afin d’éviter d’avoir à réduire leurs émissions.

Où cela se passera-t-il à Paris ? : la plupart des pays doivent inclure la taxe carbone dans leurs propositions d’actions pour le climat (officiellement appelées Contributions volontaires déterminées nationalement Intended Nationally Determined Contributions, or INDCs), mais le Niger seul a intégré l’appel pour une taxe ( à 50€ la tonne) .[xxxiii] Cependant, l’idée a le support du haut-niveau, y compris celui du Président français François Hollande, la Chancelière Angela Merkel et  à la fois le Secrétaire des Nations Unies, Ban Ki-moon et la secrétaire de l’exécutif de l’UNFCCC  Christiana Figueres. Mais bien qu’il lui soit fait référence d’un bout à l’autre des deux semaines, n’attendons pas que Paris deliver un prix mondial pour le carbone.

[Créer une taxe carbone]

Taxe carbone : elle détermine un prix fixe pour chaque tonne de carbone

Marché du carbone : il détermine un plafond pour les émissions de CO2 et attribue des permis aux pollueurs en fonction de ce plafond.  Le marché décide ensuite combien vaut chaque permis en fonction de la demande—en d’autres termes les pollueurs trouveront-ils plus onéreux de réduire leurs émissions ou d’acheter les permis d’autres compagnies plus propres ? Ceux qui trouvent meilleur marché de réduire leurs émissions peuvent vendre leurs permis épargnés à ceux qui trouvent trop cher de réduire les émissions.

Tout ceci paraît correct sur le papier mais les choses sont complètement différentes dans le monde réel. Démarrer par des impôts est notoirement impopulaire dans l’industrie et au niveau des gouvernements. Le Président du lobby européen de la chimie European Chemicals Lobby, CEFIC, a même dit que les marchés du carbone sont plus stables qu’une taxe carbone. Le PDG du conglomérat espagnol des énergies renouvelables, Acciona, est d’accord avec cet argument, disant que « c’est parce qu’il est plus loin des décisions politiques. ». [xxxiv]

Des groupes de pression internationaux comme l’ICC ou le WBCSD ont poussé pour un marché mondial du carbone depuis longtemps, mais un œil sur les  ETS ( Emission trading Sheme, permis de polluer) de l’UE (voir boîte) devrait server d’avertissement : l’industrie lourde cherchant à obtenir plus de permis a montré que les pollueurs ont trouvé des compensations avec les impôts des contribuables pour avoir eu à affronter une perte de compétitivité mais les émissions domestiques ont continué à croître parce que le système n’est pas assez astreignant.

Le plan de compensation carbone, le Clean Development Mechanism, de l’UE a aussi été un désastre à la fois pour le climat et pour les droits humains, sans aucune réduction des émissions.[xxxv] Cependant le mythe d’un marché du carbone « co-efficace « est toujours vivant».

Leçon sur le  prix mondial du carbone par l’Emissions Trading Scheme (EUETS) de l’UE

Le marché carbone de l’UE : plus de trous que dans le gruyère !

Le marché carbone régional de l’UE et le produit phare de la politique climatique l’ETS UE, sont venus au jour après un débat sur les mérites relatifs de la taxe carbone et du marché carbone (voir boîte). L’industrie gagna la bataille en faveur d’un marché carbone, qui fût considéré comme étant plus favorable aux affaires (puisque les taxes sont imposées par les gouvernements) .

Cependant malgré cette victoire, il est vite apparu clairement, lors de la phase de mise eu point, que le nouveau marché était si sensible aux lobbies de l’industrie que des failles permettaient aux pollueurs d’éviter de réduire leurs émissions domestiques tout en demandant des milliards d’euros au contribuable pour compenser l’impact sur la compétitivité. Ces indemnités semblent être étendues de 2020 à 2030, en dépit des promesses de la Commission de les arrêter.[xxxvi] Le prix du carbone qui en résulte a été si bas—à cause du manque de demandes de permis, puisque les pollueurs en recevaient gratuitement—ce n’est pas pertinent.

D’autres politiques compromettantes

Le capital politique investi dans l’ETS de l’UE signifie aussi qu’il a le monopole des discussions sur la politique climatique et ferme les débats sur d’autres formes de mesures de réduction d’émissions plus efficaces. Plus dommageable encore, l’ETS a en fait affaibli les politiques climatiques existantes, comme l’efficacité énergétique ou les émissions industrielles. C’est à cause de la peur qu’elles puissent être trop efficaces sur les réductions de cO2 et abaisse la demande pour les permis de polluer  – et par conséquent le prix du carbone – même davantage.[xxxvii]

[La BOÎTE À OUTILS DES LOBBIES]

Lettre ouverte : pourquoi garder secrète la correspondance avec les leaders mondiaux quand il suffit de la publier dans un journal pour amplifier votre message ?  Ceci explique pourquoi les compagnies les plus importantes du pétrole et du gaz on donné leur lettre adressée à la responsable de l’UNFCCC, Christiana Figueres, soulignant leur «  solution » climatique dans le Financial Times tout en en adressant une autre au journal, que Figures a accueilli et a invité à travailler avec elle. C’est une tactique commune, employée aussi par la coalition affairiste la B-Team, de prévoir l’agenda et de forcer la réponse officielle.

Les sommets des multinationales : il y a eu un nombre de sommets pour le climat sans précédent dans la préparation de la COP 21 et plus sont prévus durant la COP.  Ceux-ci sont organisés et sponsorisés par les grosses compagnies et par leurs groups de pression, avec des porte-paroles comprenant des leaders mondiaux influents. Y participer peut coûter des milliers d’euros  mais les sponsoriser peut en coûter des centaines de milliers.[xxxviii] Mais ils doivent en valoir la peine, parce qu’il semble ne pas manqué de sponsors. Ils fournissent une plateforme centrale pour amplifier le message de l’industrie tout en obtenant des achats de la part de gouvernements et de porte-paroles de l’EU. Le Président François Hollande a annoncé son support à une taxe carbone mondiale pendant son discours d’ouverture du Sommet commerce et climat [Business and Climate Summit].  La Présidence de la COP 21 a ajouté plus de légitimité à de nombreux événements en offrant un « label » officiel, un logo à poser sur le matériel promotionnel.

Ingrédient 4 : des réparations techniques risquées mais encore à découvrir

« Pour atteindre zéro-net émissions pendant ce siècle, si quelqu’un aspirait hors de l’atmosphère ce qu’on y dépose »

Argument commercial majeur :  plutôt que de réduire les émissions à zéro, zéro-net signifie que certaines émissions peuvent continuer à être produites mais peuvent être compensées par l’extraction des émissions de l’atmosphère ( émissions négatives). Le but suggéré est d’atteindre  zéro-net émissions et les  dates butoir se situent entre 2050 et la fin du siècle.

Qui le met en avant : les coalitions affairistes comme la B-Team de Richard Branson et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD); des scientifiques et des chercheurs en institut lourdement investis dans les émissions négatives, le Panel intergouvernemental sur le changement climatique  (IPCC).

 Exemple : le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) a fait de l’« objectif zéro-net émissions dans le courant du 21ième siècle » leur première demande aux gouvernements en amont de la COP21,[xxxix] comme d’assurer que ce serait une demande majeure du Sommet Business & Climate de Paris. Également, la B-Team a deux fois cette année appelé les leaders politiques et commerciaux à se fixer sur « zéro-net pour 2050 » et de ne pas l’inclure dans les résultats de la COP21.[xl]

 Ce que cela signifie pour le monde réel : Christiana Figueres dit qu’être d’accord sur le « zéro-net émissions » ou le zéro émissions à Paris sera un succès[xli] mais insérer le terme «net» a de sérieuses implications ( et est plutôt trompeur), selon Shell, aller vers le zéro-net les autorisera à continuer de brûler des énergies fossiles pour le reste du siècle,[xlii] équilibré par l’aspiration du CO2 de l’atmosphère en d’autres lieux. Clairement Shell a des intérêts dans cette version du zéro émissions.

Cependant les techniques et technologies exigées incluent des plantations massives d’arbres, la croissance de plus de carburant végétal et le stockage encore non testé du carbone dans les sols (biochar)[xliii] et même la capture et le stockage bioénergétiques du carbone (BECCS), [Bioenergy with Carbon Capture and Storage] qui est suppose générer de l’énergie à partir de la combustion de la biomasse tout en capturant et en stockant le CO2 émis dans le sol. (voir la boîte).

Toutes ces options pourraient conduire à la confiscation de terres, à la montée des prix alimentaires et à des abus sur les droits humains. Biochar et la  BECCs sont aussi non testés et donc hautement expérimentaux, coûteux et vont avoir vraisemblablement de graves conséquences sociales et environnementales. En plus, ces technologies farfelues sont loin de se montrer populaires. L’absence complète de financement de recherche publique ou privée dans le BECCS montre qu’il ne s’agit rien d’autre qu’une stratégie de report pour devancer toute action sensée. Les scientifiques eux-mêmes dissent le BECCS est une distraction «infondée» et ²«dangereuse»[xliv] (voir la boîte). Les scénarios de l’IPCC lui-même pour ces réductions d’émissions ( encore exprimées dans les termes d’«émissions négatives» et même d’«émissions nettes négatives» nécessitent n’importe où entre 500 millions et 6 milliards d’hectares de terre pour rester en dessous de 2°—une quantité phénoménale, étant donné que c’est quatre fois la quantité de terre utilisée actuellement par la production globale de céréales et deux fois la masse de terre d’Afrique.[xlv]

Le mot «net» pose aussi d’autres questions délicates. Par exemple, quels secteurs sont autorisés à continuer d’émettre, et dans quels pays ? Et quelle terre va-t-elle être utilisée pour créer l’équilibre ? Les expériences jusque-là[xlvi] montrent que ce sont les plus vulnérables  dans le Sud qui perdent leur terre et leurs moyens de subsistance pendant que les multinationales du nord profitent de la pollution.

 Ajouter «net» évite aussi d’avoir à faire face à la réalité : c’est notre modèle économique qui doit changer si nous voulons stopper le changement climatique. Des propositions comme celles du BECCS sont des distractions qui évite de faire ce changement,[xlvii] et laisse les gros pollueurs e n’en faire qu’à leur guise. Nous devons ramener les émissions à zéro, laisser le pétrole dans le sol, and tout de même ôter les émissions de l’atmosphère par une approche agro-écologique, la gestion communautaire des forêts et la restauration de l’habitat.

 Où cela se passera-t-il à Paris : le «zéro émissions» peut se trouver dans tout le texte de négociation de l’UNFCCC.[xlviii] Il sera promu lors de tous les événements de la grosse entreprise, en particulier pendant les quatre jours de rencontre du WBCSD. Mais une connaissance accrue de ce que le  « zéro-net» signifie vraiment devrait engendrer de la résistance à Paris.

 [IPCC : le pragmatisme politique signifie des réparations technologiques dangereuses, pas de changement du système]

Le Panel intergouvernemental pour le changement climatique (IPCC), qui rassemble et synthétise la littérature scientifique a présenté son premier rapport en 1990 (FAR). Depuis lors le monde  a accepté que les émissions d’origine humaine sont à l’origine du changement climatique et ce que les conséquences seront, mais les émissions ont continué malgré tout. Le manque de volonté de s’éloigner du modèle économique actuel a mis une pression considérable sur l’IPCC afin qu’il vienne avec un scenario qui prenne en compte les 2°C et supporte malgré tout la croissance économique. [xlix]

Le 5ième rapport (AR5), publié en 2014 en est le produit, créant des modèles climatiques qui sont « politiquement pragmatiques». Il montre aux responsables politiques qu’une voie vers les 2° est encore possible – même avec la croissance économique– bien qu’ils n’aient pas suivi les recommandations antérieures comme celle de faire culminer les émissions en 2015. Les modélistes disent maintenant que les émissions peuvent continuer à monter jusqu’en 2030, mais avec des réductions d’émissions drastiques ensuite, allant vers les émissions négatives dans la seconde moitié du siècle. Si les politiciens suivent ce plan, nous serons dans une CSS de grande envergure avec à la fois les énergies fossiles et les bioénergies, une recette pour le désastre, étant donné que les technologies farfelues ne se matérialiseront vraisemblablement jamais.  (voir la boîte CSS). Mais dans le même temps, les affaires comme toujours et les 2° de réchauffement vises ne sont pas contradictoires  avec le «nous avons encore le temps»

Beaucoup de ceux qui modélisent l’avenir – des économistes plutôt que des scientifiques   –sont proches de l’approche pro-croissance afin d’éviter de perdre des fonds dans la recherche et l’accès politique alors que leur influence au sein de l’IPCC a encore augmenté. Cependant les climatologues prennent maintenant leurs distances par rapport à ces projections, dénonçant les assomptions sous-jacentes comme irréalistes. C’est une étape importante et a besoin d’être amplifié avec des scientifiques disant clairement et honnêtement que les actuelles projections de l’IPCC ne sont pas compatibles avec les 2°, sans parler des 1°5 quand les politiciens et les pollueurs continuent à les utiliser et à utiliser l’IPCC afin de légitimer leur «  politique pragmatique ».

[La capture et le stockage du carbone [Carbon Capture and Storage] et la bioénergie de la capture et du stockage du carbone [Bio-energy Carbon Capture and Storage]

La capture et le stockage du carbone, Carbon capture and storage (CCS) est, en théorie, supposée capturer le CO2 des centrales d’énergies fossiles (ou d’autre CO2 issu des équipements de production de béton ou d’acier) et le stocker en permanence dans le sous-sol.  Cependant, c’est un dispositif technologique hautement expérimental et très onéreux et même ses propres supporters qu’il ne sera pas viable commercialement avant 2030– et alors seulement avec un financement publique massif. Savoir si le CO2 restera dans le sous-sol est aussi une grande question.[l]

Pendant ce temps, cependant, les centrales à charbon sont construites avec un «dispositif-CSS» avec le prétexte que la technologie va mûrir. Jusqu’alors, le CO2 continuera à être émis sans frein. C’est pourquoi promouvoir la possibilité du CCS, qui peut fort bine se ramener à rien, est une autre façon de nous enfermer encore dans l’usage des énergies fossiles pour plusieurs décennies.

 La capture et stockage bioénergétique du carbone [Bioenergy carbon capture and storage] (BECCS) présente tous les problèmes associés avec la CCS traditionnelle plus quelques autres.  Plutôt que de brûler les énergies fossiles, les centrales sont censées brûler la biomasse carboniquement neutre.  Comme les plantes absorbent le CO2 de l’atmosphère en croissant, les brûler est théoriquement carboniquement neutre, relâchant le carbone absorbé dans l’atmosphère. Aussi stocker les émissions dans le sous-sol plutôt que de leur permettre d’entrer dans l’atmosphère devrait théoriquement conduire à des émissions négatives. Cependant la «bioénergie » quand elle est utilisée sur une grande échelle  est loin d’être carboniquement neutre. La demande pour la biomasse et le combustible bio conduit à la déforestation  et aux problèmes de terres  – sans évoquer les pertes dans la biodiversité, les confiscations de terres et les  attaques aux droits humains associés.[li] Ajoutons à ceci les incertitudes quant à la technologie CCS et ses coûts prohibitifs à toutes les étapes du processus—qui sont encore plus élevé pour la biomasse que pour les centrales à charbon—et le BECCS prend plus l’aspect d’un éléphant blanc que d’un remède miracle.

La capture et le stockage du carbone [Carbon capture and storage]—que ce soit avec les énergies fossiles ou avec la biomasse—n’est pas une solution réaliste et ne devrait pas être traité comme telle par les politiciens, les hommes d’affaires et les scientifiques. C’est une distraction mortifère de l’urgent besoin de couper les émissions.

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Former des alliances nouvelles : une façon efficace de passer à l’offensive pour les gros pollueurs, est de mettre au point des propositions qui ne compromettent pas leur modèle commercial mais donnent l’apparence d’être engagés et préventifs.

Bien que Virgin Airline de Richard Branson ait faille misérablement à ses engagements précédents[lii], il a regroupé et rassemblé la B-Team afin de montrer que les affaires sont sérieuses quand il s’agit de stopper le changement climatique.  Les plus grandes firmes pétrolières européennes  ont pris une approche identique en mettant au point l’Initiative pétrole et gaz pour le climat  [Oil and Gas Climate Initiative], un panel d’experts, là pour proposer des solutions pro-fossile qui puissent contrer la pression montante.[liii]

Shell a aussi rejoint BHP Billiton, RWE, l’Institut Grantham de Nicholas Stern et la Fondation de nations unies ainsi que d’autres afin de monter la Commission pour la transition énergétique [Energy Transition Commission] afin d’ « aider la politique énergétique et l’élaboration des décisions ».[liv]

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Laissons ça aux lobbies : les groupes de pression incluent les associations commerciales, comme EUROGAS, EURELECTRIC ou les lobbies de la chimie comme CEFIC ainsi que des groups intersectoriels comme  le World Business Council on Sustainable Development (WBCSD), l’International Chamber of Commerce (ICC) et  BusinessEurope.

Ils sont les clefs du lobbying au niveau européen et international, organisant de multiples conférences et sommets, des campagnes d’écoblanchiment ainsi que l’accès à tout ce qui se passe d’important derrière les portes fermées avec les décideurs.

A Bruxelles, l’ Association de la fabrication automobile [European Automobile Manufacturers Association] (ACEA)—dont le Président actuel, issu de Renault Nissan, est un des sponsors de la COP21 — a lute en permanence contre des normes de pollution automobile plus strictes en ajournant les nouvelles procédures de test au nom de ses membres— y compris Volkswagen, qui présidait aussi le groupe.[lv]

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

Ingrédient 5 : Les affaires comme d’habitude

 « l’agriculture industrielle n’est pas la cause du changement climatique, elle est éco-intelligente – et nous avons un schéma volontaire pour la promouvoir»

 Argument majeur : selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies, UN Food and Agricultural Organization (FAO), l’agriculture éco-intelligente devrait « sérieusement améliorer la production agricole et les revenus », « s’adapter et montrer de la résilience face au changement climatique », et « réduire ou suspendre les émissions de gaz à effets de serre.»[lvi]

 Qui le met en avant : l’Alliance mondiale pour une agriculture éco-intelligente [Global Alliance on Climate Smart Agriculture] (GACSA), y compris la FAO (qui l’accueille) ; la Banque mondiale ; l’industrie du commerce alimentaire (dont McDonalds, Unilever et Nestlé) ; l’industrie des semences (Syngenta, Monsanto) ; 21 gouvernements (dont la France, le Mexique, les US et les Pays-Bas) ; et quelques ONG et organisations d’agriculteurs—avec, d’une façon plus importante l’industrie des engrais (qui représente 60% des membres du secteur privé de GACSA)

 Exemple : la GACSA a  été créée lors du sommet sur le climat organise par Ban Ki-moon en Septembre 2014, avec Walmart, McDonald’s et la Compagnie Kellogg, tous impliqué dans l’usage de l’alimentation «  éco-intelligente» dans leurs chaînes. Le vice-président de Yara Initiatives globales, stratégies et développement commercial [Global Initiatives, Strategy and Business Development], Sean de Cleene, dit que « 2015 et 1016 seront les années où nous passerons de la construction d’un mouvement mondial à l’action sur le terrain » et le concept clef est l’agriculture éco-intelligente, un domaine où Yara a des produits et du savoir. [lvii] Le géant norvégien de l’engrais , appartenant à 40 % au gouvernement norvégien et à un fond de pension national voit l’agriculture éco-intelligente comme une « intensification durable » en utilisant les engrais synthétiques, qui dit-il, réduisent la déforestation.[lviii]  D’un autre côté, Syngenta and Monsanto considèrent que l’agriculture éco-intelligente utilise des semences génétiquement modifiées (GM) tolérantes  aux herbicides toxiques (qu’ils fabriquent, comme par hasard), sur la base de la suppression des mauvaises herbes sans que les sols soient labourés  pour les contrôler., et donc gardant le CO2 dans le sol. ( non prouvé scientifiquement et non spécifique aux céréales GM).[lix]

 Ce que cela signifie pour le monde réel :  la très médiatisée GACSA a fait la promesse de «protéger 500 millions de fermiers contre le changement climatique tout en augmentant la productivité agricole et en réduisant les émissions carbones. »[lx] mais le manque de définition ou de critères de l’« éco-intelligence » la transforme en véhicule pour les mêmes compagnies que celles qui créent la déforestation, la disparition de la bio-diversité , le pillage des terres à travers le fermage intensif et les semences GM pour pousser leur modèle commercial—maintenant inclus dans la marque de « l’éco-intelligence» GRAIN le décrit comme « essentiellement un relookage de la Révolution verte.»[lxi]

 Les engrais synthétiques sont un des produits les plus consommateurs d’énergie fossile à créer et à utilise, ce qui explique pourquoi Yara et d’autres font pression durement pour la fracturation hydraulique en Europe  —donc, pas vraiment éco-intelligent.

De même les agriculteurs travaillant à petite échelle sont d’accord pour dire que les semences GM érodent la diversité des semences, ce qui est crucial pour l’adaptation au climat, et que donc, elles ne sont pas très éco-intelligentes non plus. En fait, les compagnies de la biotechnologie comme Syngenta and Monsanto essaient de privatiser et de contrôler le marché des semences tout en criminalisant les fermiers pour leur pratique vitale de préservation des semences, disant qu’on leur vole une propriété intellectuelle. [lxii]

Les multinationales poussant leurs fausses solutions essaient également de faire croire que leurs projets sont à considérer pour une compensation carbone.  C’est-à-dire qu’elles seraient candidates pour le financement des pollueurs  qui veulent payer quelqu’un d’autre pour qu’il baisse ses émissions à leur place.  (voir le chapitre sur le prix mondial du carbone).  Ceci en dépit des expériences passées des compensations carbone qui ont conduit à des confiscations de terres et à des abus de droits humains tout en manquant à faire baisser les émissions, tout cela aussi bien au Sud qu’au Nord.[lxiii] Cette pratique a été rejetée par le mouvement mondial des fermiers  La Via Campesina, qui a refusé de joindre la GACSA.[lxiv] Les multinationales veulent aussi que les projets de la GACSA soient candidats pour le financement international devant aider les pays à s’adapter au changement climatique — ce qui signifie que le financement du climat pourrait aller directement dans les poches de certains des plus grands criminels climatiques.

 Où cela se passera-t-il à Paris : des centaines de groupe de la société civile ont appelé l’ UNFCCC à rejeter l’agriculture éco-intelligente,[lxv] la cataloguant “de plate-forme influençant les décisions politiques pour les délinquant environnementaux les pires.[lxvi] Mais la GACSA la veut dans ses négociations.

Les pays qui ont signé jusqu’ici auront à confirmer leur support officiel, il faut donc s’attendre à des communiqués. On le verra probablement figurer dans les communiqués de l’agenda Lima-Paris «Lima-Paris Action Agenda/Agenda for Solutions ». Le Forum du paysage global [The Global Landscapes Forum] et la conférence d’un jour [one day’s] Climate-Kic [lxvii] se concentreront également sur ce thème. Mais si nous sommes sérieux sur le fait de rafraîchir la planète en changeant les systèmes de production et de consommation, alors l’agriculture paysanne est la seule solution réelle.

 [L’industrie agro-alimentaire : le nouveau pétrole ?[lxviii]]

L’industrie des engrais synthétiques a été appelée par GRAIN : « l’industrie pétrolière du monde alimentaire.»[lxix]  Ils représentent la plus large source d’émissions dues à l’exploitation agricole et reposent sur des énergies fossiles bon marché et sur les affaires comme d’habitude. Un de leur pire représentant est la firme norvégienne Yara, le plus gros producteur d’engrais au nitrogène, qui coordonne également le lobby du gaz de schiste en Europe. Yara et ses compagnons d’industrie a consommé la majorité du gaz de schiste produit aux USA[lxx] et veulent un accès identique au gaz bon marché d’Europe.[lxxi]

Produire des engrais synthétiques, en particulier le nitrogène exige d’énormes quantités d’énergies fossiles, responsables de 162% des gaz à effet de serre. Mais ceci n’est qu’une fraction des émissions totales comparées à son application dans les sols et que du NO2 est libéré.  Ce gaz est 300 fois plus puissant comme gaz à effet de serre que le CO2. De nouvelles recherches montrent qu’en 2015 seulement, les engrais synthétiques à eux seuls généreront plus de gaz à effet de serre que toutes les voitures et les camions sur la route des USA.[lxxii]

Yara et d’autres ont créé un nombre de groups de pression de chaque côtés de l’Atlantique afin de s’assurer que leur modèle commercial est considéré comme une « solution» climatique. Yara a été nominé pour l’Award des Pinocchio du climat 2015 dans la catégorie écoblanchiment pour avoir utilisé la Global Alliance for Climate Smart Agriculture afin de promouvoir l’usage des engrais comme une solution mondiale au climat.[lxxiii]

 [LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

 Les cabinets-conseil des lobbies : les cabinets-conseil des lobbies sont les tueurs à gage du monde de l’entreprise. Pour la somme adéquate ( beaucoup d’argent), ils vont reconstruire votre réputation endommagée, vous assurer l’accès aux politiciens, injecter des histoires dans les médias et même créer des groupes de citoyens, comme ça a été le cas avec les pro-fracturation Coalition citoyenne pour une énergie responsable [Responsible Energy Citizens Coalition].[lxxiv]

Selon de Registre de la transparence de l’UE, Yara a trois cabinets-conseil différents travaillant pour lui, alors que ExxonMobil en a six sur Bruxelles, partie d’une dépense totale de 4 millions d’euros en 2014.[lxxv] Un nouveau rapport de CEO, qui sera publié pendant la COP 21, donnera plus de détails sur ces transactions dégoûtantes.

[LA BOÎTE  À OUTILS DES LOBBIES]

Les portes tournantes : Embaucher d’ex-politiciens  est un moyen consacré utilisé par les lobbies des grandes entreprises pour avoir accès au processus législatif, parce que ces individus très recherché apportent avec eux l’expertise et les contacts personnels qu’ils ont construits. Dans les bureaux publics, leur permettant d’ouvrir les portes autrement restées fermées. Les cabinets-conseil éditent même des comptes rendus de presse après avoir embauché un ex-politicien haut fonctionnaire afin que de potentiels clients soient avertis.  Mais des rôles moindres ont aussi de l’importance : l’ex-commissaire de l’environnement de l’UE, Janez Potočnik, par exemple, est récemment devenu membre du Forum européen pour l’avenir de l’agriculture  [European Forum for the Future of Agriculture] une création de l’organisation des propriétaires terriens européens  et l’une des plus grosses compagnies de pesticides au monde, Syngenta, qui est aussi un memebre de la GACSA.[lxxvi]

Est-ce que les affairistes ont déjà fait main basse sur la COP21 ?

 Les leaders mondiaux se sont alignés pour proclamer l’économie actrice clef dans la maîtrise du changement climatique, participant à leurs conférences et créant de nouvelles plateformes pour leurs investissements. Donc, est-ce que les affaires ont mis main basse sur la COP21 ?

Il semble que oui.  Les résultats de Paris ne peuvent pas être obtenus à cause des positions prises par les pays les plus responsables du changement climatique avant même qu’ils ne viennent à Paris et les relations intimes qu’ils entretiennent avec l’industrie sale à un niveau national . La COP21 est un symptôme de cela, cuisinée à l’avance par les pollueurs travaillant main dans la main avec les plus riches et les plus puissants gouvernements. La main mise des multinationales représentées par les négociations en cours pour le Transatlantic et le Transpacific trade (respectivement TTP et TTIP) n’en est qu’une preuve supplémentaire.[lxxvii]

Ce qui sortira des salles de négociations parisiennes peut ne pas être à la hauteur du climat mais en dehors d’elles, les efforts pour ôter la peau de relations publiques des trusts et exposer les varies raisons derrière l’échec de Paris pourraient avoir un impact plus fort, mettant en cause ces relations de copinage entre pollueurs et décideurs. Aucune COP ne va fournir d’action sensée sans un changement fondamental d’approche.

Mais cela s’est produit avant. Par exemple, l’Organisation mondiale de la [World Health Organisation] (WHO) a réalisé que rien ne pourrait jamais avoir d’influence sur la consommation de tabac si elle avait à négocier avec le lobby du tabac qui était incompatible avec les intérêts de la santé publique.  Aussi introduirent-ils un mur entre les officiels de la santé publique et les industriels du tabac, officiellement appelé Article 5.3 sous la Convention pour le contrôle du tabac [United Nations Framework Convention] (UNFCTC).  (tous les pays qui la signe – y compris la Commission européenne et d’autres états membres sauf les US– doivent y souscrire à un niveau national.

L’impact sur le monde réel de l’industrie des énergies fossiles et des criminels du climat est bien pire et beaucoup d’organisations font campagnes pour que les gros pollueurs soient éjectés tous hors des décisions politiques.  —au niveau de l’UE comme au niveau national.[lxxviii] Si Paris est un moment clef vers la délégitimisation de cette relation entre monde politique et monde des affaires, cela fera plus pour sauver le climat qu’aucun document officiel qui sortira de la COP21.

Conclusion

Regardons au-delà de l’emprise tentaculaire et des outils multiples du lobbying. Pelons les relations publiques et les slogans à l’image progressive.  Ce qui reste est une recette pour cuisiner la planète, tous les ingrédients nécessaires pour resservir les affaires comme d’habitude, gardant les mêmes multinationales  qui ont profité de la destruction du climat assis en premières loges.

  • Depuis la crise économique on nous dit que la croissance est plus importante que le salut du climat, en dépit des preuves que les actions effectives sur la climat— comme la mise aux normes des maisons ou l’encouragement de la décentralisation des énergies renouvelables —peuvent avoir un effet étendu sur l’économie, et des bénéfices sociaux et environnementaux.
  • Les compagnies gazières et pétrolières, qui ont bien sûr investi lourdement dans les énergies fossiles essaient de nous convaincre que mettre à la poubelle ces sources d’énergie est une mauvaise idée, en dépit du fait qu’elles sont un cause essentielle au changement climatique.
  • On nous dit qu’établir un prix carbone mondial et le laisser au marché est la meilleure option—en dépit de l’expérience qui nous a montré que le marché n’est pas à la hauteur du défi et que ce qui est nécessaire c’est moins de marché et plus de démocratie.
  • On nous presse de jouer avec les délais dans les réductions d’émissions jusqu’en 2030, sur la base qu’il puisse y avoir, d’ici là, une technologie hautement expérimentale et coûteuse qui puisse extraire les émissions de CO2 de l’atmosphère, même si ces technologies sont susceptibles de conduire à des confiscations de terres sans précédent.
  • Nous devrions aussi accepter le réemballage de l’industrie agricole— qui est responsable d’au moins la moitié des émissions mondiales—comme étant respectueuse du climat parce que des alternatives efficaces et centre sur les personnes, l’agriculture agro-écologique est une menace pour l’agriculture biotechnologique.

Tout ceci ne devrait  pas être une surprise si protéger les nantis est la première motivation. Mais les gouvernements devraient-ils les écouter ?

Selon le fondateur, directeur de l’Institut de Postdam et conseiller du gouvernement allemand et du Pape Francis, Hans Joachim Schellnhuber, les compagnies pétrolières et gazières « doivent imploser » si nous voulons éviter un désastre climatique.[lxxix] Cependant la responsable des pourparlers d l’UE, Christiana Figueres, a dit que nous devions « cesser de les diaboliser ».[lxxx]

Vraiment ? Si nous transformons notre système énergétique et économique, alors ceux qui ont consacré leurs intérêts dans son absence de changement ne devraient  être autorisés nulle part aux tables des négociations ou même dans les couloirs du pouvoir.  Nous n’inviterions pas les compagnies du tabac à avoir du poids dans des décisions de santé publique, alors pourquoi serait-ce différent pour le climat ?

De vraies solutions existent et sont pratiquées au sein des communautés autour du monde—de l’énergie possédée localement et renouvelable à l’entretien des forêts à l’agriculture paysanne écologique.  Pourquoi donc les criminels du climat et leurs groupes de pression ont-ils un accès privilégié aux décideurs alors que tous les autres restent sur la ligne de touche ?

Paris peut être un moment important pour dire « non» à l’agenda des affaires et aux fausses solutions qu’il propose ! Et « Oui» aux solutions communautaires qui sont déjà entrain de rafraîchir la planète et défier le statu quo.

Paris doit être un moment où ce message sera véhiculé fortement et clairement, permettant de construire des fondations toutes neuves en 2016 et au-delà.

 

[1] Pour trouver plus de détails et voir les mises à jour : http://www.wemeanbusinesscoalition.org/events

[2]              Pour plus d’informations, voir, par exemple, les Pinocchio Awards 2015, http://www.pinocchio-awards.org/

[3]          McGlade and Ekins, (2015) ‘La distribution géographique des energies fossils inutilisées lors d’une limitation du réchauffement climatique à 2°C. Nature, 517: 187-190, http://www.nature.com/nature/journal/v517/n7533/full/nature14016.html

[4]          http://www.chevron.com/weagree/

[i]       Business Green, 15 May 2015, Industry lobbyists ‘trying to undermine’ Paris Climate Summit, http://www.businessgreen.com/bg/analysis/2408354/industry-lobbyists-trying-to-undermine-paris-climate-summit

[ii]      WBCSD website, accessed 7 November 2015, http://www.wbcsd.org/about/history.aspx

[iii]     WBCSD, ‘WBCSD Perspective on the 2015 Climate Change Agreement’, September 2014, http://www.wbcsd.org/Pages/eNews/eNewsDetails.aspx?ID=16324&NoSearchContextKey=true

iv Quoted in article by Pilita Clark, December 2014, ‘Business Calls for Greater Say in Climate Talks’, Financial Times, covered in http://corporateeurope.org/blog/business-wants-seat-climate-negotiating-table

vi Speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

viiSpeaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

viii Speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

[ix]     Climate Home, May 2015, ‘Stop demonising oil and gas companies, says UN climate chief’, http://www.climatechangenews.com/2015/05/26/stop-demonising-oil-and-gas-companies-says-un-climate-chief/

[x]      Christiana Figueres CV, http://www.figueresonline.com/CFO_English_Long.pdf

[xi]     Hoda Barak, quoted in a 350.org press release, ‘53,000+ Call on UNFCCC to Ban Fossil Fuel Corporations from the Climate Talks’, http://350.org/press-release/53000-call-on-unfccc-to-ban-fossil-fuel-corporations-from-the-climate-talks/

[xii]    Press statement by Leif Johansson, 19 February, ERT, http://corporateeurope.org/sites/default/files/2014_february_-_ert_meeting_with_hollande_merkel_barroso_-_press_statement_by_leif_johansson.pdf

[xiii]   CEO (2014), The ‘Permanent Liaison: how ERT and BusinessEurope set the agenda for the EU Summit, http://corporateeurope.org/fr/node/1762

[xiv]   John Danilovich, Secretary-General of the ICC, writing in the Financial Times, June 2015, ‘Climate policy embraces a range of approaches’ http://www.ft.com/intl/cms/s/0/22d0949a-0975-11e5-b643-00144feabdc0.html#axzz3plRUcoCA

xv Arthur Neslen, January 2014, ‘EU Sets out to ‘walk now, sprint later’ 2030 clean energy vision, Euractiv, http://www.euractiv.com/energy/eu-sets-walk-sprint-2030-clean-e-news-532960

xvi CEO (2015), TTIP: A box of tricks for corporate climate criminals, http://corporateeurope.org/international-trade/2015/10/ttip-box-tricks-corporate-climate-criminals

[xvii]  Press Factsheet, 27 March 2015, The Agenda of Solutions or the Lima-Paris Action Plan, http://www.cop21.gouv.fr/en/file/611/download?token=DtOIUeWy

[xix]   Upstream, June 2015, ‘French giants in call to arms against coal’, http://www.wgc2015.org/wp-content/uploads/2015/06/WGC_Day2.pdf

[xx]    Vidar Helgesen, Norwegian Minister for Europe, speaking at the Business and Climate Summit in Paris, 20 May 2015

xxi  Karel Beckman, June 2015, ‘Going for gas: the risky strategy of the world’s largest gas companies’, EnergyPost, http://www.energypost.eu/betting-farm-natural-gas-risky-strategy-worlds-largest-companies/

[xxii]  The Guardian, Fossil fuel firms accused of renewable lobby takeover to push gas, January 2015, http://www.theguardian.com/environment/2015/jan/22/fossil-fuel-firms-accused-renewable-lobby-takeover-push-gas

[xxiii] New York Time, Answering for Taking a Driller’s Cash, February 2013, http://www.nytimes.com/2012/02/14/science/earth/after-disclosure-of-sierra-clubs-gifts-from-gas-driller-a-roiling-debate.html

[xxiv] Public Report and DesmogBlog, (2014), Natural Gas Exports: Washington’s Revolving Door Fuels Climate Threat, http://www.desmogblog.com/sites/beta.desmogblog.com/files/Natural%20Gas%20Exports-%20Washington’s%20Revolving%20Door%20Fuels%20Climate%20Threat.pdf

[xxv]  Howarth, R. W. (2014) ‘A bridge to nowhere: methane emissions and the greenhouse gas footprint of natural gas’, Energy Science & Engineering, 2(2), pp. 47-60 http://onlinelibrary.wiley.com/store/10.1002/ese3.35/asset/ese335.pdf?v=1&t=idrfizbt&s=6750d5df961747c4584557e7d89d66c87ff5114e

[xxvi] Karel Beckman, June 2015, ‘Going for gas: the risky strategy of the world’s largest gas companies’, EnergyPost, http://www.energypost.eu/betting-farm-natural-gas-risky-strategy-worlds-largest-companies/

[xxvii]        Fatih Birol, chief economist for the IEA, quoted in The Guardian, May 2012, ‘Golden age of gas’ threatens renewable energy, IEA warns, http://www.theguardian.com/environment/2012/may/29/gas-boom-renewables-agency-warns

[xxviii]       Leaked trade documents, September 2013, Non Paper – Raw Materials and Energy, http://big.assets.huffingtonpost.com/TTIPNonPaper.pdf

[xxix] Naomi Oreskes (August 2014) ‘Wishful thinking about natural gas: why fossil fuels can’t solve the problems created by fossil fuels‘, Energy Post, http://www.energypost.eu/wishful-thinking-natural-gas-fossil-fuels-cant-solve-problems-created-fossil-fuels/

[xxx]  Philippe Joubert, Senior Advisor to the WBCSD, speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 20 May 2015

[xxxi]Carbon Disclosure Project (2014) Global Corporate Use of Carbon Pricing – Disclosure to Investors,

https://www.cdp.net/CDPResults/global-price-on-carbon-report-2014.pdf

[xxxii]David Hone, Shell Climate Change Advisor, speaking at the international conference ‘Towards a Global Carbon Market – Prospects for Emissions Trading’, hosted by the German Ministry of Environment, 11-12 April 2013

xxxiv INDC Tracker, hosted by Carbon Pulse, http://carbon-pulse.com/indcs/

[xxxiv]       José Manuel Entrecanales Domecq, CEO of Acciona, speaking at the Business & Climate Summit, Paris, 21 May 2015

[xxxv]        Gar Lipow, November 2011, ‘CDM Still a Miserable Failure’, Grist, http://grist.org/article/2011-11-14-cdm-still-a-miserable-failure/

[xxxv]       The top corporate package at Solutions COP21 is €250,000, according to a pdf brochure which has since been taken  offline

[xxxix]       WBCSD Perspective on the 2015 Climate Change Agreement, WBCSD website, accessed 27 October 2015, http://www.wbcsd.org/Pages/EDocument/EDocumentDetails.aspx?ID=16324&NoSearchContextKey=true

[xl]     Sustainable Brands, September 2015, ‘Climate Week: B Team Reminding Business, World Leaders of Undeniable #BusinessCase for Net Zero’, http://www.sustainablebrands.com/news_and_views/brand_innovation/sustainable_brands/climate_week_b_team_reminding_business_world_lead

[xli]    UNFCCC, press release, July 2015, Figueres welcomes scientists’ call for long term climate direction, http://newsroom.unfccc.int/unfccc-newsroom/leading-scientists-call-for-long-term-climate-vision/

[xlii]   Shell, (2013), New Lens Scenarios: A shift in perspective for a world in transition, http://s01.static-shell.com/content/dam/shell-new/local/corporate/Scenarios/Downloads/Scenarios_newdoc.pdf  and David Hone, Climate Change Advisor for Shell, June 2015, Four Demands for Paris, http://blogs.shell.com/climatechange/2015/06/fourdemands/

[xliii]  Biofuelwatch, (2011) Biochar: A Critical Review of Science and Policy, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/Biochar-Report3.pdf

[xliv]  Fuss et al. (2014) ‘Betting on Negative Emissions’, Nature Climate Change, 4, pp. 850-853

[xlv]   Action Aid (2015) Caught in the Net: How ‘net zero emissions’ will delay real climate action and drive land grabs, http://www.actionaid.org/sites/files/actionaid/caught_in_the_net_actionaid.pdf

[xlvi]  For more information, see the Carbon Trade Watch website, for example, Double Jeopardy: Carbon Offsets and Human Rights Abuses, September 2009, http://www.carbontradewatch.org/multimedia/video/carbon-connection/double-jeopardy-carbon-offsets-and-human-rights-abuses.html

[xlvii] Carbon Brief, February 2015, The 15 options for net-zero emissions in the Paris climate text, http://www.carbonbrief.org/briefing-the-15-options-for-net-zero-emissions-in-the-paris-climate-text/

[xlviii]        AD HOC WORKING GROUP ON THE DURBAN PLATFORM FOR ENHANCED ACTION, Version of 23 October 2015@23:30hrs, Draft agreement and draft decision on workstreams 1 and 2 of the Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action, available at http://unfccc.int/files/bodies/application/pdf/ws1and2@2330.pdf

[xlix]          Oliver Gedin, (2015), ‘Ensuring the Quality of Scientific Climate Policy Advice’, SWP Comments, 30, Stiftung Wissenschaft und Politik http://www.swp-berlin.org/fileadmin/contents/products/comments/2015C30_gdn.pdf

[l]       Out of the three large-scale injection projects, scientists have confirmed significant unexpected fractures in two of those geological formations, with one scheme abandoned because the pressure from CO2 injections had made the formation unstable. Biofuelwatch (2012) BECCS: Climate saviour or dangerous hype?, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/BECCS-report.pdf

[li]      Biofuelwatch (2012) BECCS: Climate saviour or dangerous hype?, http://www.biofuelwatch.org.uk/wp-content/uploads/BECCS-report.pdf

[lii]     Naomi Klein, The Guardian, September 2014, The hypocrisy behind the big business climate change battle, http://www.theguardian.com/environment/2014/sep/13/greenwashing-sticky-business-naomi-klein

[liii]    http://www.oilandgasclimateinitiative.com/

[liv]    http://www.energy-transitions.org/

[lv]     CEO, (2015), Power of Car Industry Lobby Makes Scandal Inevitable, http://corporateeurope.org/power-lobbies/2015/09/power-car-industry-lobby-makes-scandal-inevitable  

[lvi]    FAO, ‘About Climate Smart Agriculture’, accessed 28 October 2015, http://www.fao.org/climatechange/climatesmart/en/

[lvii]   Yara, March 2015, ‘Pushing climate smart agriculture’, http://yara.com/media/news_archive/pushing_climate_smart_agriculture.aspx

[lviii]  Yara, March 2015, ‘Pushing Climate Smart Agriculture’, http://yara.com/media/news_archive/pushing_climate_smart_agriculture.aspx

[lix]    CGIAR, (2013), Climate-smart agriculture success stories from farming communities around the world, https://ccafs.cgiar.org/fr/node/47008#.VgEIEX1dckk 

[lx]     Climate Summit 2014, ‘Climate Summit Launches Efforts Towards Food Security for 9 Billion People by 2050’, press release, September 2014, http://www.un.org/climatechange/summit/wp-content/uploads/sites/2/2014/05/AGRICULTURE-PR.pdf

[lxi]    GRAIN, (2014), Food Sovereignty: 5 steps to cool the planet and feed its people, https://www.grain.org/article/entries/5102-food-sovereignty-5-steps-to-cool-the-planet-and-feed-its-people

[lxii]   La Via Campesina and GRAIN, (2015), Seed laws that criminalise farmers, Resistance and Fightback, http://viacampesina.org/en/images/stories/pdf/2015-Seed%20laws%20booklet%20EN.pdf

[lxiii]  For more information, see the Carbon Trade Watch website, for example, Double Jeopardy: Carbon Offsets and Human Rights Abuses, September 2009, http://www.carbontradewatch.org/multimedia/video/carbon-connection/double-jeopardy-carbon-offsets-and-human-rights-abuses.html

[lxiv]  La Via Campesina, ‘Don’t turn farmers into ‘climate smart’ carbon traders!, press release, November 2013, http://viacampesina.org/en/index.php/actions-and-events-mainmenu-26/-climate-change-and-agrofuels-mainmenu-75/1515-climate-summit-don-t-turn-farmers-into-climate-smart-carbon-traders

[lxv]   Civil society statement, september 2015, ‘Don’t be Fooled! Civil society says no to “climate smart agriculture” and urges decision-makers to support agroecology’, http://www.climatesmartagconcerns.info/cop21-statement.html

[lxvi]  Open Letter from Civil Society on the Global Alliance for Climate-Smart Agriculture, July 2014, http://www.climatesmartagconcerns.info/open-letter.html

[lxvii] Journey to Paris: Climate Smart Agriculture at COP21, 9 December, organised by Climate-Kic, http://www.climate-kic.org/events/journey-to-paris-climate-smart-agriculture-at-cop21/

[lxviii]        For a full overview of Yara’s activities and the role of the fertiliser industry see GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxix]  GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxx]   US Energy Information Administration, July 2015, ‘New methanol and fertilizer plants to increase already-growing industrial natural gas use,’ http://www.eia.gov/todayinenergy/detail.cfm?id=22272&src=email

[lxxi]  For a full overview of Yara’s activities and the role of the fertiliser industry see GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxxii] GRAIN (2015), The Exxons of Agriculture, https://www.grain.org/article/entries/5270-the-exxons-of-agriculture

[lxxiii]        For more information see http://www.pinocchio-awards.org/

[lxxiv]        CEO (2012), Citizens coalition or industry front group? Covert lobbying for shale gas enters European Parliament, http://corporateeurope.org/climate-and-energy/2012/11/citizens-coalition-or-industry-frontgroup-covert-lobby-shale-gas-enters

[lxxv] Yara employs LOGOS Public Affairs, EPPA, and The Brussels Office; ExxonMobil employs Burson Masteller, G Plus, Interel European Affairs, Fleishman-Hillard, Landmarks, Edelmam; information extracted from Lobbyfacts.eu on 8 November 2015, http://lobbyfacts.eu/

[lxxvi]        CEO (2015), The Revolving Doors Spin Again, http://corporateeurope.org/revolving-doors/2015/10/revolving-doors-spin-again#Potočnik

[lxxvii]       CEO (2015), Dirty Hands on Dirty Deals, http://corporateeurope.org/sites/default/files/dirtydeals_small.pdf

[lxxviii]      For more information, see http://kickbigpollutersout.org/

[lxxix]        Hans Joachim Schellnhuber, quoted in the Guardian, July 2015, ‘Fossil fuel industry must ‘implode’ to avoid climate disaster, says top scientist’, http://www.theguardian.com/environment/2015/jul/10/fossil-fuel-industry-must-implode-to-avoid-climate-disaster-says-top-scientist

 

[lxxx] Climate Home, May 2015, ‘Stop demonising oil and gas companies, says UN climate chief’, http://www.climatechangenews.com/2015/05/26/stop-demonising-oil-and-gas-companies-says-un-climate-chief/

Après la lapidation d’une jeune afghane, “Comment ne pas croire que demain ce sera notre tour ?”

How can we believe to morrow isn’t our turn? in Global Voice

Cet article devait trouver sa place dans les échanges du site Global Voice, il a été écrit avant les attentats de Paris et la traduction en français est restée en suspens à cause de la sensibilité du thème dans un tel contexte Mais il faut le publier, il faut que le plus de personnes possible lisent ce qui est le sort des femmes afghanes aux prises avec un des systèmes patriarcaux les plus mortifères de la planète. Au-delà des considérations socio-religieuses, politiques ou culturelles, il semble qu’on peut simplement se demander comment les règles de ce patriarcat permettent d’ôter, au nom de l’honneur et du pouvoir aveugle des hommes sur toutes les femmes, la vie à un individu dans des conditions aussi terribles. La souffrance, la lenteur de la mort donnée, la vue des blessures et le bruit des chocs sur les os… comment une créature peut-elle s’adonner à une telle fête de la barbarie ?

Avertissement : cet article contient des images choquantes 

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Une image de la vidéo de RFE/RL montrant une jeune femme lapidée à mort.
Fin octobre, une jeune Afghane accusée d’adultère a été lapidée à mort à Firozkho, capitale de la province de Ghor. Une courte vidéo, obtenue par Radio Free Europe, montre la jeune femme, identifiée sous le nom de Rokhshana, enterrée jusqu’au cou et hurlant pendant que des hommes lui jettent des pierres en chantant ” Il n’existe pas d’autre Dieu qu’Allah “. (Avertissement : séquence extrêmement perturbante).
“Rokhshana a été contrainte d’épouser un vieil homme contre sa volonté et elle a été lapidée après avoir été surprise en train de fuir avec un autre homme dans la province de Ghor” a dit à Tolo News le Général Mustafa, chef de la police de la province de Ghor après la lapidation du 25 octobre.
La Gouverneure de la province Seema Joyenda — une des deux seules femmes gouverneures d’Afghanistan – dit que la famille de Rokhsana l’a mariée contre sa volonté.
“L’homme qui s’est enfui avec elle a été puni d’une façon très clémente et n’a subi aucune violence physique” ajoute-t-elle, “c’est le premier incident dans cette zone et ce ne sera pas le dernier “.

The stoning to death of 19 year old Afghan girl Rokhshana is a reminder of the old Afghan proverb “Women are made for homes or for graves”.

— Saif Rahman (@SaifRRahman) November 6, 2015

La lapidation à mort de Rokhashana, jeune afghane de 19 ans, est un rappel du proverbe afghan : “Les femmes sont faites pour la maison ou pour la tombe”.

Un officiel local, Mohammad Zaman Azimi, blâme les talibans, qui contrôlent le village où la lapidation a eu lieu.

Le quotidien local 8 am affirme que l’ordre de lapidation de Rokhshana a été donné par un religieux, Mollah Yosuf, qui lui avait demandé plusieurs fois d’épouser son frère malgré son refus constant. Abdul Hai Khatibi, le porte-parole du gouverneur de la province dit que le rejet du frère de Yosuf par Rokhsana était la cause directe de la lapidation.

Selon des recherches menées par 8 am, Rokhshana était une jolie femme mais n’avait étudié que jusqu’en 6ème. C’était le deuxième fois qu’elle s’enfuyait de son domicile à cause d’un mariage arrangé.

La première fois elle s’est enfuie avec un homme qu’elle aimait quelques mois après avoir été forcée par sa famille à épouser un homme riche de la localité.

Cependant, ils n’eurent pas d’autre possibilité que de retourner dans leur village après que la famille du mari eut menacé la famille de Nabi et les eut pris en otage. Quand elle revint, son mari n’était plus intéressé par le fait de l’épouser et s’était marié avec sa sœur.

Néanmoins les aînés du village ont interdit à Rockhshana et Nabi de se marier.

Les tribulations de Rockhshana ont continué. Un homme de 55 ans a offert à son père une énorme somme d’argent pour pouvoir l’épouser. Bien qu’elle ait refusé et ait averti son père qu’elle s’enfuirait de nouveau, il a accepté cette proposition.

Elle mit sa menace à exécution, cette fois en s’enfuyant avec Gul Mohammad, fils d’un homme puissant du village. Tandis que Rokhshana était lapidée à mort, Gul recevait une punition plus légère de 100 coups de fouet et était renvoyé chez lui.

Le Président Ashraf Ghani a déclaré la lapidation non-islamique et criminelle et a ordonné une enquête approfondie sur ce fait-divers.

Les députés ont aussi condamné . Fawsia Koofi, une femme-députée de Badakhshan, qui avait fait campagne sans succès pour l’élection à la présidence en 2014 a dit : “Depuis les débuts de ce nouveau gouvernement, c’est le deuxième crime le plus horrible dans l’histoire humaine”. En mars, une jeune femme, Farkhunda, avait été battue à mort puis brûlée par une foule en colère à Kaboul- suivant de fausses accusations selon lesquelles elle aurait brûlé le Coran.

When you see #Rokhshana‘s stoning video, you hate yourself as a man, you hate yourself as a human being.

— Muhib Shadan (@muhibshadan) November 5, 2015

Quand vous regardez la vidéo de la lapidation de Roskhana, vous vous haïssez en tant qu’homme, vous vous haïssez en tant qu’être humain.

La vidéo de deux minutes – vraisemblablement réalisée sur le téléphone portable d’un témoin oculaire – a entraîné un flot de critiques sur les médias sociaux.
L’incident a déclenché l’indignation contre les politiciens passifs ainsi que contre les religieux extrémistes.
Un utilisateur de Facebook a commenté sous la vidéo dans laquelle des arlementaires condamnent la lapidation :

Vous, politiciens inutiles continuez de parler comme toujours. Honte sur vous tous !

La nouvelle horrible de la lapidation de Rokhshana coïncide avec le succès de Maryam Monsef à l’élection au Parlement canadien. Mme Monsef, une réfugiée née en Afghanistan, est la Ministre des institutions démocratiques dans le nouveau cabinet jeune et diversifié du Premier ministre Justin Trudeau.

 

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Rokhshana (largement partagé)

Les usagers des médias sociaux afghans ont comparé la vie de ces deux femmes afghanes en protestation contre les nouvelles lois liées à la violence contre les femmes dans l’ère post-talibans.

Les féministes se sont levées en nombre afin de chercher à rendre justice à Rokshana. Le 6 novembre, elles ont publié un memorandum dans lequel elles demandent au gouvernement d’effectuer une enquête sérieuse, en identifiant les personnes qui ont ordonné la lapidation.

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Des femmes de Kaboul protestent contre la mise à mort de Rokhshana.

 

Beaucoup, cependant, considèrent ces actions comme inefficaces.Les cas de Farkhunda et de Rokhshana ont amené les femmes afghanes à douter que leurs vies, sans parler de leurs libertés puissent être garanties en Afghanistan.

This girl #Rokhshana was stonned in #Afghanistan. How can we believe tommorow is not our turn? pic.twitter.com/a6R4hbJULN

— Estagidia (@SmyAmazon) November 5, 2015

Cette fille, #Rokhshana a été lapidée en #Afghanistan. Comment ne pas croire que demain ce sera notre tour ?

Un usager de Facebook commente :

Comment est-ce possible que quelqu’un prenne une pierre et la lance sur une femme à moitié enterrée ? Comment pouvoir vivre avec soi-même après avoir fait ça ?

Le code pénal afghan ne reconnaît pas la lapidation. Cependant, en 2013, quelques religieux extrémistes de la Chambre basse ont tenté de la légitimer.

Heureusement pour les femmes afghanes, la pression internationale a forcé le Président d’alors, Hamid Karzai, à rejeter cette proposition et à la remplacer par une ” détention prolongée” pour punir l’adultère.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

 

CONGO : DECLARATION CITOYENNE DU 13 NOVEMBRE 2015.

Lettre au Président

Friends of the Congo

 

Avis aux participants au « Dialogue politique » : la ligne rouge que le Peuple ne permettra pas de franchir, sous aucun prétexte.

DECLARATION CITOYENNE DU 13 NOVEMBRE 2015.

1 – Alors que la convocation du « dialogue politique » annoncée il y a de cela plusieurs mois par le Président Joseph Kabila semble enfin imminente, nous, les signataires de la présente déclaration ;

2 – Convaincus de refléter dans la présente déclaration l’opinion et la détermination de l’immense majorité silencieuse de nos concitoyens ;

3 – Reconnaissant le droit pour le président de la République de convoquer un « dialogue politique » lorsqu’il l’estime nécessaire, et celui pour tout Congolais d’y participer, à condition de ne pas s’écarter du strict cadre de notre Pacte républicain qu’est la constitution du 18 février 2006 ;

4 – Préoccupés par les nombreux obstacles à la préparation et la tenue effective d’élections libres, crédibles et inclusives dans le respect des délais constitutionnels ; obstacles manifestement créés, entretenus ou aggravés par les institutions de la République elles-mêmes ;

5 – Tenons à rappeler au président de la République, à l’ensemble de la classe politique congolaise, ainsi qu’à tous ceux qui prendront part à ce « dialogue » trois points précis sur lesquels notre Peuple n’acceptera jamais que l’on transige, à aucun prix et sous aucun prétexte, à savoir :

  1. La révision ou la modification de la constitution du 18 février 2006 : le « dialogue » qui pourrait bientôt être convoqué par le Chef de l’Etat ne doit en aucun cas servir à « légitimer » une quelconque révision ou modification de la constitution du 18 février 2006, par référendum ou par toute autre voie, comme cela s’est récemment produit avec le soi-disant « dialogue de Sibiti » au Congo-Brazzaville voisin. Certes, la constitution actuelle est loin d’être parfaite (surtout après la malheureuse révision du 9 janvier 2011), mais le temps n’est plus en même favorable, et les circonstances ne sont pas propices pour se donner le luxe d’y retoucher afin de préserver la démocratie que tous avons accepté d’entamer au travers le référendum qui avait consacré ce texte de force exécutoire pour la vie de la nation;
  2. L’alternance à la tête de l’Etat : le 21 décembre 2016 au plus tard, les Congolais veulent et attendent fortement la prestation de serment d’un nouveau président de la République, en remplacement du président actuel qui aura alors achevé son second et dernier mandat constitutionnel. Notre peuple ne permettra aucune excuse pour ne pas respecter rendez-vous historique. Si le « dialogue » entrevu peut permettre de lever les obstacles à la tenue d’élections crédibles, inclusives, apaisées, et respectueuses des délais constitutionnels, devant conduire à cette alternance politique historique, ce sera tout à l’honneur de son initiateur et des participants.
  • L’actualisation préalable du fichier électoral avec notamment l’enrôlement de tous les Congolais en âge de vote : des millions de Congolais ont atteint l’âge de 18 ans depuis le dernier enrôlement des électeurs en 2011. Ils ont le même droit irréfutable que n’importe quel autre Congolais de participer au processus électoral en cours. L’Etat doit absolument s’assurer qu’ils sont enrôlés et participent pleinement aux prochaines élections comme tous les autres citoyens, et le dialogue en vue ne doit en aucun cas permettre de dérogation à cette exigence.

6 – Nous mettons fortement en garde le président de la République, la classe politique dans son ensemble, et tous les participants à ce « dialogue » contre tout « compromis » qui aurait pour but ou pour conséquence de toucher à l’actuelle constitution, ou d’empêcher l’alternance politique au sommet de l’Etat en 2016, ou encore de priver les « nouveaux majeurs » de leur droit de vote.

7 – Pareil compromis signifierait pour notre peuple la rupture pure et simple du Pacte républicain et l’obligerait à user de tous les moyens légitimes pour reprendre sa souveraineté, conformément à l’article 64 de la constitution du 18 février 2006. Bien entendu, ceux qui s’aventureraient dans une quelconque compromission sur les questions sus évoquées seraient tenus pour comptables des conséquences devant notre Peuple et devant l’histoire.

8 – Nous mettons le président de la République, la classe politique et tous les participants à ce « dialogue » devant leur conscience et les appelons instamment à épargner au pays une nouvelle crise inutile.

Enfin, nous appelons les citoyens congolais à rester éveillés et mobilisés pour préserver la démocratie dans notre pays, quel que soit le prix à payer.

Fait à Kinshasa, le 13 novembre 2015.

 

Les signataires :

 

 

Notice to the attendees to the « Political dialogue » : the red line the People won’t allow to be crossed, under no pretext.

Citizen Declaration of November the 13th 2015.

1 – While the « political talks » notification announced many months ago by President Joseph Kabila seem to be at last pending, we, signatories of the present statement;
2 – Convinced to reflect in the present statement the opinion and determination of our fellow citizens’ silent vast majority;
3 – Recognizing the right of the President to summon a « political dialogue » when he considers it necessary, and for all Congolese to participate, provided they do not deviate from the strict framework of our republican pact that is the constitution of 18 February 2006;
4 – Concerned by the many obstacles to the preparation and actual holding of free, credible and inclusive elections in accordance with the constitutional deadlines; manifestly created , maintained or aggravated by the institutions of the Republic themselves;
5 – Like to remind the President of the Republic,  and all the Congolese political class as well as all those who take part in this « dialogue »  three specific points on which our people will never accept that we compromise, at any price and under any circumstances, namely:

The revision or the amendment of the constitution of February 18, 2006: the « dialogue » that would soon be summoned by the Head of State must under no circumstances be used to « legitimize » any revision or modification of the constitution of February 18, 2006, by referendum or by any other way, as happened recently with the so-called « dialogue Sibiti » in the neighbouring Congo – Brazzaville. Certainly the present constitution is far from perfect (especially after the unfortunate revision of January 9, 2011), but the time is not the same, and the circumstances are not conducive to give themselves the luxury of touching itself so as to preserve the democracy that we all have agreed to enter into through the referendum that had dedicated this text executor forces for the life of the nation ;
The alternation at the head of the State: 21 December 2016 at the latest, the Congolese people want and expect strong swearing of a new President, replacing current President who will then have completed its second and last constitutional term. Our people will not allow any excuse for not respecting this historic rendezvous. If the foreseen « dialogue » can help remove obstacles to the holding of credible, inclusive, calmed, respectful of the constitutional deadlines, leading to an historic political change, it will be to the credit of its initiator and participants.
The prior update the electoral register including the enlistment of all Congolese in voting age: millions of Congolese have reached the age of 18 since the last registration of voters in 2011. They have the same irrefutable right than any other Congolese to take part in the current electoral process. The state must absolutely ensure that they are enrolled and fully participate in the forthcoming elections as any other citizens, and the dialogue in sight in order should in no case allow for derogation from this requirement. 6 – Nous mettons fortement en garde le président de la République, la classe politique dans son ensemble, et tous les participants à ce « dialogue » contre tout « compromis » qui aurait pour but ou pour conséquence de toucher à l’actuelle constitution, ou d’empêcher l’alternance politique au sommet de l’Etat en 2016, ou encore de priver les « nouveaux majeurs » de leur droit de vote.
6 – Such a compromise would mean for our people the sheer breach of the Republican Pact and would require him to use all legitimate means to regain its sovereignty, in accordance with the article 64 of the constitution of 18 February 2006. Of course, those who would venture in any compromise on the issues mentioned above would be held accountable for the consequences before our people and before history.
7 – We put the President, the political class and all participants in this « dialogue » in front of their conscience and call them urgently for saving the country a new unnecessary crisis.
Finally, we call for the Congolese people to remain alert and mobilized to preserve democracy in our country, whatever might be the cost.
Done at Kinshasa, November 13, 2015.

L’Index d’opacité financière [ Financial Secrecy Index] Par le Tax Justice Network

Document fourni par Tax Justice Network à partir de recherches sur les paradis fiscaux et le calcul du taux d’opacité financière.

Introduction 

L’Indice d’opacité financière [Financial Secrecy Index] évalue les juridictions suivant leur opacité et l’échelle de leurs activités extraterritoriales. Un classement politiquement neutre est un outil pour comprendre l’opacité financière mondiale, les paradis fiscaux, les juridictions de l’opacité ainsi que les flux financiers illégaux et les fuites de capitaux.

Cet index a été établi le 2 Novembre 2015

2015 Classement de l’opacité
1. Suisse
2. Hong Kong
3. USA
4. Singapoour
5. Les îles Caïman *
6. Luxembourg
7. Liban
8. Allemagne
9. Bahreïn
10. Les Emirats arabes unis (Dubaï)
11. Macao
12. Japon
13. Panama
14.  Les Îles Marshall
15. Le Royaume Uni *
* Territoires britanniques outre-mer ou appartenant à la couronne. Si les territoires britanniques étaient rassemblés, ils seraient au sommet de la liste.

Voir l’index complet ici  

De la lumière dans des coins sombres

Une somme approximative de 21 à 32 milliards de richesse financière privée est localisée, non imposable ou très légèrement imposé, dans des juridictions  opaques autour du monde. «  Des juridictions opaques » un terme que nous utilisons souvent comme alternative à un autre terme fiscal plus largement utilisé de paradis fiscaux, le “ secret ”, l’opacité, est utilisé pour attirer des  flux financiers illégitimes, illicites ou abusifs.

Des flux financiers transfrontaliers illicites ont été estimés à 1 à 1,6 milliards par an, éclipsant les 135 millions environ octroyés à l’étranger par l’aide américaine. Depuis 1970, les pays africains à eux seuls ont perdus plus de 1 milliard  en fuite de capitaux quand les dettes externes combinées s’élèvent à moins de 200 millions.  L’Afrique est donc un créditeur majeur pour le monde – mais ses atouts sont entre les mains d’une élite riche, protégée par le secret  offshore alors que la dette est supportée par la large masse de la population africaine.

Cependant, tous les pays riches souffrent aussi. Par exemple, des pays européens comme la Grèce, l’Italie, le Portugal ont été presque mis à genoux par des décennies d’évasion fiscale et par le pillage des caisses de l’état à travers le secret offshore.

Une industrie mondiale s’est développée, impliquant les plus grosses banques mondiales, des pratiques légales,  des cabinets d’audit et  des professionnels experts qui organisent et vendent des structures financières opaques offshore pour leurs clients cherchant à échapper aux impôts et à la loi. La «  compétition »  entre les juridictions afin de fournir des facilités de détournement fiscaux, tout particulièrement depuis que l’ère de la mondialisation financière a démarré en 1980,  est devenue une figure centrale des marchés financiers mondiaux.

Le problème dépasse de loin celui des impôts. En fournissant le secret, le monde offshore corrompt et contrefait les marchés et les investissements, leur donnant une forme n’ayant rien à voir avec l’efficacité.  Le monde du secret financier crée une serre criminogéne pour de multiples maux dont la fraude, la fraude fiscale, la fuite hors de la régulation financière, les détournements de fonds, les délits d’initiés,  la corruption, le blanchiment d’argent et de nombreux autres.  Il offre pour ses initiés de multiples moyens  d’extraire la richesse au dépend des sociétés, créant l’impunité politique et compromettant le sain contrat «  pas d’imposition sans représentation » qui est à la base de la croissance des états-nations modernes responsables.  De nombreux pays les plus pauvres, privé de système d’imposition et soumis à l’hémorragie de capital par les  juridictions du secret financier s’appuient sur les aides financières des pays étrangers.  Ceci fait tort aux citoyens des pays riches comme aux pays pauvres.

Quelle est la signification de cet index ?

 

En identifiant les plus important pourvoyeurs d’impunité fiscale internationale,  l’Index de secret financier [Financial Secrecy Index ] révèle que les stéréotypes traditionnels des paradis fiscaux sont mal fondés.  Les pays qui fournissent le plus important secret financier, exhibant le pillage de biens ne sont pas principalement de petites îles bordées de palmiers comme nombreux les supposent mais certains parmi les plus gros et les plus riches pays.  Les pays les plus riches de l’OCDE et leurs satellites sont les destinataires principaux ou les canaux de ce genre de flux illicites.

Les implications pour la politique mondiale sont clairement gigantesques. Et aident à expliquer pourquoi depuis tant d’années, les efforts internationaux pour réduire les paradis fiscaux et le secret financier ont été aussi inefficaces.  Ce sont les destinataires de ces flux gigantesques qui établissent les règles du jeu.

Cependant, notre analyse révèle également que les choses ont récemment commence à évoluer réellement.  La crise financière mondiale et la crise économique qui a suivi, combinées à un activisme récent  et à la mise à jour de ces problèmes par les acteurs de la société civile et par les médias, de même que les inquiétudes de plus en plus fortes quant à l’inégalité dans beaucoup de pays ont créé un ensemble de conditions politiques sans parallèle dans l’histoire. Les politiciens du monde ont été forcés de prendre en compte les paradis fiscaux. Pour la première fois depuis que nous avons créé notre index pour la première fois en 2009, nous pouvons dire que quelque chose est sur la voie d’un changement. Les leaders mondiaux évoquent maintenant régulièrement le fléau  de l’opacité financière et des paradis fiscaux et mettent en place de nouveaux mécanismes pour faire face à ce problème. Pour la première fois les pays du G 20 ont mandaté l’OCDE afin qu’elle mette au point un nouveau système d’échange d’information mondial afin d’aider les pays à enquêter  sur les biens transfrontaliers de leurs contribuables et criminels. Ce projet est maintenant  introduit, avec les premières informations échangées en 2017.

Cependant bien sûr ces projets sont pleins de failles et de défauts : beaucoup de pays projettent de ne manifester qu’un intérêt de pure forme, et encore – et beaucoup cherchent activement à compromettre les progrès, avec l’aide des infrastructures professionnelles  complices. L’édifice du secret financier mondial a été affaibli mais il demeure tout à fait vivant et hautement destructive. En dépit de ce que vous avez pu lire dans les medias, le secret bancaire Suisse est loin d’être mort.  Sans la pression politique  durable de millions d’individus, le terrain acquis pourrait se perdre.

La seule façon réaliste de faire face à ces problèmes dans leur ensemble est de les attaquer à la racine : en se confrontant directement au secret financier offshore et aux infrastructures mondiales qui l’ont créé. Un premier pas vers cet objectif est d’identifier aussi précisément que possible les juridictions qui  font leur mission de fournir le secret  financier extra-territorial.

Voici qu’est le FSI. C’est le produit d’années de recherche détaillée par une équipe dévouée et qui ne ressemble à rien d’autre sur la place. Nous sommes aussi en possession de rapports unique, soulignant les histoires offshore des plus gros acteurs de ce jeu.

Cliquer ici pour le classement complet.

Pour d’autres question, cliquer ici. 

Qu’est ce que l’Indice de secret financier [Financial Secrecy Index] ?

L’Indice de secret financier de 2015 se concentre sur 93 juridictions, y compris plusieurs n’étant pas généralement considérées comme des paradis fiscaux comme la Chine, la France, l’Allemagne et le Japon.

Les juridictions du secret financier mettent au point de lois et des systèmes qui fournissent le secret légal et financier à d’autres, ailleurs. Notre index montre qu’il n’existe pas de ligne précise entre «  la juridiction du secret financier «  ou du « paradis fiscal » et les autres. Elles existent sur un large spectre.

Le FSI mesure deux choses, une qualitative et une quantitative.

La mesure qualitative considère les lois et régulations de chaque juridiction, les traités internationaux etc., pour évaluer à quel point elle est secrète. Il lui est attribué un score de secret : plus le score est élevé, plus la juridiction est secrète.

La deuxième mesure, quantitative, y attache un coefficient afin de prendre en compte la taille de la juridiction et son importance générale dans le cadre du marché mondial des services financiers.

Nous expliquons ce coefficient ici, détaillons complètement notre méthodologie ici, et fournissons tous les détails sur la façon dont nous calculons chaque indices de secret ici (lien absent)

 

Un rapport pour chaque pays.

Chaque juridiction a également deux rapports indépendants qui lui sont associés. Le premier, le rapport par pays fournit un coup d’œil sur cette juridiction, éclaire ses plus importantes caractéristiques dans une perspective de secret financier.  Pour chacune des plus grandes juridictions, nous avons aussi écrit des rapports détaillés spéciaux considérant l’histoire politique de la transformation de cette juridiction en centre financier offshore. Ici, http://www.financialsecrecyindex.com/jurisdictions/jr  une liste des rapports par pays.

Le second, les rapports  de données accompagnent le rapport par pays et sont prévus pour des recherches détaillées. Ils contiennent un panel plus large de variables et de données relevées dans chaque juridiction, avec des sources et des références détaillées : toutes les données sous-jacentes nécessaires pour établir le rapport par pays  plus beaucoup d’autres détails, y compris des citations des organisations internationales sur la régulation fiscale, financière et  sur le blanchiment d’argent. Une liste complète du rapport des données ici. 

Bien que la méthodologie du classement 2015 du FSI soit à peu près la même que celle de 2013; nous avons l’avons resserrée et mise à jour sous plusieurs aspects et nous y incluons plus de juridictions ( 93 au lieu de 82 en 2013). Il est donc demandé de la prudence à l’égard  de toute comparaison ou classement pour tout pays entre les deux indices.

Le FSI est fondamentalement différent des classements qui se concentrent sur l’identification de la corruption ou des problèmes de gouvernement au sein des pays. C’est ce qui le rend unique. Parce que le cœur du trafic de la juridiction du secret financier est typiquement ce qui facilite les activités criminelles et abusives ailleurs, dans un monde de mouvements  financiers mondiaux, cela n’aurait pas de sens pour nous de ne nous centrer que sur ce qui se produit au sein de chaque juridiction. Le secret financier se doit d’être analysé à partir d’une perspective mondiale.

Le FSI 2015 classe les juridictions les plus à blâmer pour fournir du secret financier et offre des conseils pour une action globale.

Traduction Elisabeth Guerrier

Document fourni par Laurent Di Vincenzo

En Russie, nombre des manifestations en hausse, selon une étude

Texte intégral traduit ici : in Global VoicesSaint Petersburg, Russia. 24th February 2014 -- Riot police detain participants of unauthorized rally in support eight anti-government protesters who were arrested after a march in Moscow on the 6th of May, 2012 got real prison sentence by Moscow court. -- About 300 people gather in support eight anti-government protesters who were arrested after a march in Moscow on the 6th of May, 2012 and were convicted today for real prison sentence by Moscow court.

Des manifestants arrêtés à Saint Saint-Pétersbourg,  en Février 2014, lors d’un rassemblement en soutien aux prisonniers de Bolotnaya  Photo de Yury Goldenshtein pour Demotix.

Les Russes élèvent la voix dans leur critique des autorités, selon les résultats d’une étude de suivi effectuée par le Comité des initiatives civiques. Pendant la première moitié de l’année 2015 (du 1er janvier au 30 juin), l’activité protestataire enregistrée par les spécialistes en Russie a augmenté de 15 % par rapport à la première moitié de 2014.

Le Comité des initiatives civiques répertorie les tensions socio-économiques et politiques dans chaque région de Russie et utilise les articles publiés sur les manifestations publiques dans le médias et les agences de presse pour évaluer le niveau de la contestation. A côté des manifestations, les sociologues, les chercheurs en sciences politiques et les économistes du comité classent également les régions en fonction de leur statut économique (salaires, bénéfices, aide sociale) et du contexte politique interne (système politique local et événements).

Les actions enregistrées comptent les “manifestations politiques” mais aussi les questions sociales, le droit du travail, les transports et autres questions urbaines ainsi que les questions environnementales. Les chercheurs notent que les sujets politiques l’ont emporté sur les sujets extérieurs ou de politique internationale en 2015 (y compris le conflit ukrainien), tandis que les questions sociales sont demeurées aussi importantes pour les Russes en 2015 qu’elles l’étaient il y a un an.

Alexey Titkov, un chercheur de la haute école d’économie et l’un des auteurs de ce rapport a dit à l’agence d’information RBC que l’augmentation de 15 % était un chiffre relatif. “Ce n’est pas comme si nous avions compté le nombre de personnes participant à chaque manifestation,” a dit Titkov,  “l’augmentation du volume de manifestations signifie simplement que cette année, les régions ont vu une augmentation du nombre de leurs manifestations et que les gens montrent leur désaccord sur certaines questions plus fréquemment et se font entendre plus. Ces deux indicateurs ont été ajoutés à notre analyse.”

“Probabilité de manifestations par régions en Russie” Infographie de l’agence d’information RBC.

Ce tableau réalisé par RBC présente les humeurs contestataires et les activités par région et montre où les manifestations sont supposées se produire durant telle période. Les zones inscrites en rouge sombre – les régions de Moscou, Saint Saint-Pétersbourg, la région de Novossibirsk et celle de Zabayakalsky – sont en tête sur la liste des régions les plus susceptibles de voir des manifestations.

Dans de nombreuses régions russes, il n’y a pas de tradition de réaction à des politiques sociales insatisfaisantes par des manifestations, a dit le politologue Alexandre Kynev, un des co-auteurs de cette étude. Au contraire, a-t-il expliqué à RBC, les réactions prenaient plus la forme de vote de protestation, quand les citoyens vont aux urnes pour y montrer leur insatisfaction à travers leur vote. Le rapport conclut que la montée générale du sentiment de protestation conduira aussi à une augmentation des votes-sanction dans les 38 régions où vont se tenir des élections en décembre 2016. Et, si les administrations locales tentent d’exercer des pressions administratives pour étouffer la contestation au sein de électeurs, ceci pourrait entraîner les protestations à se répandre dans les rues.

En dépit de l’accroissement des réactions de protestation en Russie, les experts du Comité des initiatives  civiques ne discernent pas encore de prétexte à des manifestations de masse comme celles qui eurent lieu en 2011 après les élections à la Douma d’Etat. Bien que l’étude n’ait pas tenté d’établir des prévisions sur les probabilités de manifestations socio-économiques de masse, Titkov explique que les groupes de protestataires en région en raison de l’insatisfaction quant à leur statut socio-économique, et les groupes qui ont manifesté lors de l’Hiver du Mécontentement en 2011 et 2012 ne se recouvrent pas vraiment, et qu’il est donc improbable que des manifestations de masse de même ampleur puissent se produire pour des raisons économiques.

Le Comité pour les initiatives civiques est une organisation bénévole russe qui se décrit elle-même comme “une union non-politique de professionnels de l’économie, des sciences, de l’éducation, de la santé de la culture et d’autres sphères de la vie” travaillant pour le développement de la Russie. Elle a été fondée en 2012 par Alexeï Koudrine, ancien ministre russe des finances de 2000 à 2012, et un certain nombre d’autres personnalités du monde politique et de la société civile.

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter 

 

In The News  3 Novembre 2015

Une étude de grande envergure sur les symptômes de la dépression, concernant plus de trois mille patients récuse les critères utilisés pour le diagnostic des dépressions majeures dan le dernier Diagnostic and Statistical Manual (DSM-5) [Manuel diagnostic et statistique]. Les systèmes actuels de diagnostic sont basés sur l‘hypothèse que les symptômes de la dépression pointent vers une « maladie » commune sous-jacente, mais la recherche suggère que ce cadre théorique peut être dépassé et trop simplifié.

«  Nous devons cesser de penser la dépression comme une maladie qui peut causer un nombre de symptômes interchangeables” dit l’auteur de l’initiative Dr. Eiko Fried à Medical Press

« La dépression est un système de symptômes inter-agissants extrêmement hétérogènes. Et certains de ces symptômes peuvent être beaucoup plus importants que les autres. »

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Quand ils évaluent une dépression majeure chez un patient, les médecins utilisant le DSM-5 s’appuient sur neuf symptômes. Ces critères négligent plusieurs autres symptômes qui apparaissent dans les évaluations de la dépression standard, comme le sentiment de punition, qu’on trouve par exemple dans le Beck Depression Inventory (BDI) [Inventaire de la dépression de Beck]. De plus, les essais cliniques du DSM-5 révèlent que le diagnostique de dépression majeure est un des diagnostics les moins fiables en pratique, signifiant que le diagnostic ne peut pas être appliqué d’une façon cohérente par différents médecins dans différents cadres.

Fried et ses collègues tentent d’envisager la dépression à partir d’une nouvelle perspective, la considérant comme une toile de symptômes reliés les uns aux autres et connectés causalement qui se renforcent les uns les autres dans «  des réseaux hautement stables – auxquels il est difficile d’échapper. » «  Par exemple, l’insomnie peut conduire à l’épuisement, qui à son tour peut provoquer des problèmes de concentration qui se répercutent sur l’insomnie. »

À partir de cette perspective, ils ont cherché à identifier la « centralité » de différents symptômes associés à la dépression. Ils se sont référés aux réseaux sociaux afin d’expliquer comment fonctionne la «  centralité » : «  Si une célébrité ou un journal important partage des informations sur Twitter, celle-ci va vraisemblablement se répandre rapidement et largement sur les réseaux sociaux. Une personne de la périphérie avec peu de connexions a beaucoup moins de chance d’avoir un impact sur ces réseaux. Dans le cadre de la dépression, l’activation d’un symptôme hautement central signifie que des impulsions vont se répandre à travers le réseau et activer un grand nombre d’autres symptômes, alors qu’un symptôme périphérique est moins pertinent dans la perspective de systèmes dynamiques parce qu’il a moins de moyens d’influencer le réseau. »

L’idée de « centralité » comporte des critères opposés au diagnostic actuel. Par exemple, le DSM65 recommande un diagnostic de dépression majeure si le patient cinq ou plus des neuf symptômes, à partir du moment où au moins l’un d’entre eux est ou bien «  l’humeur dépressive » ou «  l’intérêt diminué ». dans ce modèle, le nombre de symptômes que le patient exhibe a plus d’importance que la façon dont les symptômes individuels sont «  centrés » ou signifiants.

Pour analyser la centralité des symptômes liés à la dépression, Fried et son équipe de chercheurs ont ré-analysé les données de l’étude supportée par le NIH (National Institute of Health) [Institut national pour la santé], Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression (STAR*D) [Traitements alternatifs classés pour soulager la dépression]. Ils ont évalués vingt-huit différents symptômes rapportés par les participants et ils ont analysé leurs connexions. Le résultat fût un réseau d’interconnexions de symptômes groupés ensemble dans plusieurs «  nœuds ». D’une façon intéressante, les symptômes que le DSM utilisait comme critère de dépression majeure n’étaient pas plus centraux que des symptômes ne figurant pas dans le DSM.

« Ceci implique que les symptômes figurant dans le DSM|-5 ne sont pas plus appropriés comme indicateurs de dépression que des symptômes non-DSM et que des symptômes particuliers (présents à la fois dans les symptômes DSM et non-DSM) peuvent revêtir une importance particulière. » écrivirent-ils. Dans leur conclusion ; les auteurs défient l’intégrité des critères du DSM et soutiennent que « les symptômes particuliers figurant dans le DSM semblent plus basés sur l’histoire que sur les preuves. » mais ils préviennent que leur étude «  ne devrait pas être comprise comme étant une critique du DSM qui a déjà pris  de sérieux coups ces dernières années. » Au lieu de cela, ils écrivent que leur but est « d’encourager les chercheurs et les cliniciens à commencer de penser à l’importance des symptômes individuels et à leurs associations, et à évoluer au-delà des symptômes spécifiques listés dans le DSM. »

Fried résume la nouvelle perspective ainsi :

 « La dépression n’est pas comme, disons, la rougeole. Quand vous avez la rougeole, vos symptômes aident le docteur à trouver quelle est la maladie les sous-tendant. Mais une fois que le diagnostic est porté, ça n’a pas vraiment d’importance de savoir quel possible symptôme vous avez manifesté ou non. Traiter la maladie elle-même fait les fait disparaître tous. La dépression est plus compliquée. Ce n’est pas une infection ni une maladie du cerveau spécifique. Il n’y a pas de traitement facile, pas de médicaments qui font disparaître les symptômes. À la place, nous pouvons concentrer nos efforts de traitement sur les symptômes menant la dépression du patient. »

 

Fried, E. I., Epskamp, S., Nesse, R. M., Tuerlinckx, F., & Borsboom, D. (2016). What are’good’depression symptoms? Comparing the centrality of DSM and non-DSM symptoms of depression in a network analysis. Journal of affective disorders189, 314-320. (Abstract) 

Justin Karter, News Editor

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Traduction : Elisabeth Guerrier