Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter

by Elisabeth Guerrier

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter 

 

In The News  3 Novembre 2015

Une étude de grande envergure sur les symptômes de la dépression, concernant plus de trois mille patients récuse les critères utilisés pour le diagnostic des dépressions majeures dan le dernier Diagnostic and Statistical Manual (DSM-5) [Manuel diagnostic et statistique]. Les systèmes actuels de diagnostic sont basés sur l‘hypothèse que les symptômes de la dépression pointent vers une « maladie » commune sous-jacente, mais la recherche suggère que ce cadre théorique peut être dépassé et trop simplifié.

«  Nous devons cesser de penser la dépression comme une maladie qui peut causer un nombre de symptômes interchangeables” dit l’auteur de l’initiative Dr. Eiko Fried à Medical Press

« La dépression est un système de symptômes inter-agissants extrêmement hétérogènes. Et certains de ces symptômes peuvent être beaucoup plus importants que les autres. »

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Quand ils évaluent une dépression majeure chez un patient, les médecins utilisant le DSM-5 s’appuient sur neuf symptômes. Ces critères négligent plusieurs autres symptômes qui apparaissent dans les évaluations de la dépression standard, comme le sentiment de punition, qu’on trouve par exemple dans le Beck Depression Inventory (BDI) [Inventaire de la dépression de Beck]. De plus, les essais cliniques du DSM-5 révèlent que le diagnostique de dépression majeure est un des diagnostics les moins fiables en pratique, signifiant que le diagnostic ne peut pas être appliqué d’une façon cohérente par différents médecins dans différents cadres.

Fried et ses collègues tentent d’envisager la dépression à partir d’une nouvelle perspective, la considérant comme une toile de symptômes reliés les uns aux autres et connectés causalement qui se renforcent les uns les autres dans «  des réseaux hautement stables – auxquels il est difficile d’échapper. » «  Par exemple, l’insomnie peut conduire à l’épuisement, qui à son tour peut provoquer des problèmes de concentration qui se répercutent sur l’insomnie. »

À partir de cette perspective, ils ont cherché à identifier la « centralité » de différents symptômes associés à la dépression. Ils se sont référés aux réseaux sociaux afin d’expliquer comment fonctionne la «  centralité » : «  Si une célébrité ou un journal important partage des informations sur Twitter, celle-ci va vraisemblablement se répandre rapidement et largement sur les réseaux sociaux. Une personne de la périphérie avec peu de connexions a beaucoup moins de chance d’avoir un impact sur ces réseaux. Dans le cadre de la dépression, l’activation d’un symptôme hautement central signifie que des impulsions vont se répandre à travers le réseau et activer un grand nombre d’autres symptômes, alors qu’un symptôme périphérique est moins pertinent dans la perspective de systèmes dynamiques parce qu’il a moins de moyens d’influencer le réseau. »

L’idée de « centralité » comporte des critères opposés au diagnostic actuel. Par exemple, le DSM65 recommande un diagnostic de dépression majeure si le patient cinq ou plus des neuf symptômes, à partir du moment où au moins l’un d’entre eux est ou bien «  l’humeur dépressive » ou «  l’intérêt diminué ». dans ce modèle, le nombre de symptômes que le patient exhibe a plus d’importance que la façon dont les symptômes individuels sont «  centrés » ou signifiants.

Pour analyser la centralité des symptômes liés à la dépression, Fried et son équipe de chercheurs ont ré-analysé les données de l’étude supportée par le NIH (National Institute of Health) [Institut national pour la santé], Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression (STAR*D) [Traitements alternatifs classés pour soulager la dépression]. Ils ont évalués vingt-huit différents symptômes rapportés par les participants et ils ont analysé leurs connexions. Le résultat fût un réseau d’interconnexions de symptômes groupés ensemble dans plusieurs «  nœuds ». D’une façon intéressante, les symptômes que le DSM utilisait comme critère de dépression majeure n’étaient pas plus centraux que des symptômes ne figurant pas dans le DSM.

« Ceci implique que les symptômes figurant dans le DSM|-5 ne sont pas plus appropriés comme indicateurs de dépression que des symptômes non-DSM et que des symptômes particuliers (présents à la fois dans les symptômes DSM et non-DSM) peuvent revêtir une importance particulière. » écrivirent-ils. Dans leur conclusion ; les auteurs défient l’intégrité des critères du DSM et soutiennent que « les symptômes particuliers figurant dans le DSM semblent plus basés sur l’histoire que sur les preuves. » mais ils préviennent que leur étude «  ne devrait pas être comprise comme étant une critique du DSM qui a déjà pris  de sérieux coups ces dernières années. » Au lieu de cela, ils écrivent que leur but est « d’encourager les chercheurs et les cliniciens à commencer de penser à l’importance des symptômes individuels et à leurs associations, et à évoluer au-delà des symptômes spécifiques listés dans le DSM. »

Fried résume la nouvelle perspective ainsi :

 « La dépression n’est pas comme, disons, la rougeole. Quand vous avez la rougeole, vos symptômes aident le docteur à trouver quelle est la maladie les sous-tendant. Mais une fois que le diagnostic est porté, ça n’a pas vraiment d’importance de savoir quel possible symptôme vous avez manifesté ou non. Traiter la maladie elle-même fait les fait disparaître tous. La dépression est plus compliquée. Ce n’est pas une infection ni une maladie du cerveau spécifique. Il n’y a pas de traitement facile, pas de médicaments qui font disparaître les symptômes. À la place, nous pouvons concentrer nos efforts de traitement sur les symptômes menant la dépression du patient. »

 

Fried, E. I., Epskamp, S., Nesse, R. M., Tuerlinckx, F., & Borsboom, D. (2016). What are’good’depression symptoms? Comparing the centrality of DSM and non-DSM symptoms of depression in a network analysis. Journal of affective disorders189, 314-320. (Abstract) 

Justin Karter, News Editor

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Traduction : Elisabeth Guerrier

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