La pathologie de l’homme blanc. Au coeur des fans clubs de Trump et de Sanders.

by Elisabeth Guerrier

Première partie d’une promenade très savoureuse dans l’univers des élections nord-américaines. Nous accompagnons un Canadien qui aime les USA dans son voyage au coeur des campagnes de Donald Trump et de Bernie Sanders. Son regard va nous donner une idée des passions, des faiblesses et des aveuglements de l’électorat. N’oublions pas que de cette élection à venir dépend l’avenir de nos amis transatlantiques mais aussi, hélas, le nôtre. Car si Trump se sent autorisé aujourd’hui à dire qu’il pense pouvoir tuer quelqu’un en lui tirant dessus sur la 5ième avenue sans perdre son électorat, élu, il va certainement pouvoir se sentir autorisé à appuyer sur le bouton qui nous fera tous disparaître en emportant sa gigantesque forfaiture et sa mégalomanie insondable. EG

 

The white man pathology: inside the fandom of Sanders and Trump

 

La pathologie de l’homme blanc : à l’intérieur du club des adeptes de Trump et Sanders

 

1/ TRUMP en Iowa

 

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C’est difficile d’avoir un corps mâle et blanc et de pouvoir se représenter ses propres faiblesses. Illustration: Antony Hare

 

Stephen Marche

Dimanche 10 Janvier 2016 Modifié le mardi 12 janvier

La frontière

Vous sentez votre blancheur parfaitement à la frontière américaine. La plupart du temps, être blanc est une absence de problèmes. La police ne vous ennuie pas donc vous ne notez pas que la police ne vous ennuie pas. Vous obtenez un travail, donc vous ne notez pas que vous l’avez. Vos enfants ne sont pas confondus avec des criminels. Je vis dans le centre-ville de Toronto, dans un des voisinages les plus libéraux d’un des villes les plus ouvertes du monde, où le multiculturalisme est la valeur civique dominante et où la vertu inerte de la tolérance est l’héritage le plus proéminent de l’Empire britannique, où donc si vous clignez des yeux vous pouvez prétendre que les anciennes catégories se sont dissipées dans la brume des Lumières et des mariages interraciaux.  Mais pas à la frontière.

Le professeur canado-guyanais de mon fils et l’étudiant musulman Milton avec qui je suis allé au lycée et l’écrivain sikh avec qui je me chamaillais à propos d’Harold Innis et mon comptable Ismaélite, nous pouvons tous être de bons petits torontois de la classe moyenne, déviant les différences que nous avons été entraînés à respecter.  Mais dans une voiture prise dans la file infusant dans le monoxyde de carbone attendant d’entrer dans Détroit, leurs manières d’être divergent drastiquement des miennes.

Je suis blanc, ils ne le sont pas. Ils sont vulnérables. Je ne le suis pas. Voilà comment ça marche : j’apprécie les gardes à la frontière américaine, ils sont toujours amicaux avec moi, correctes, et même de compagnie agréable. Dans la guérite entre le pas-encore-né- de Windsor et le a-fait- son-temps de Détroit, l’officier auquel je me suis adressé avait un ventre à l’air bourru et mystérieux d’inscrutabilité intentionnelle, comme un troll sous le pont d’un conte de fée.

«  Où allez-vous ? » a-t-il demandé ?

«  Burlington,  Iowa. »

«  Quelle raison aurait-on de choisir Burlington Iowa ? » a-t-il demandé philosophiquement ?

«  Je vais voir Donald Trump et Bernie Sanders. » puis parce que ça semblait nécessiter une explication : « Ils donnent un forum à quelques jours l’un de l’autre. »

«  Pourquoi quelqu’un choisirait-il d’aller voir  Donald Trump et Bernie Sanders ? »

Je n’ai pas répondu, parce que nous étions à la frontière mais j’aurais pu dire que le chef de la police de Birmingham estimait que 30.000 personnes s’étaient rassemblées pour voir Donald Trump en Août et qu’à Dallas, il avait rempli le Centre d’American Airlines  et que son opposant, Bernie Sanders, –beaucoup plus que celui de Barack Obama à un moment similaire dans sa campagne de 2008.

«  Je suis curieux » lui ai-je dit à la place.

À ce moment-là, il m’a demandé de baisser ma vitre. Mais tout allait bien, comme je l’ai dit, je suis blanc.

Le nombre croissant de morts parmi les blancs  américains d’âge moyen pourrait excéder le nombre des victimes du SIDA aux USA.

Comme je conduisais dans la banlieue des ruines de Détroit, à travers l’I- 94, une des autoroutes américaines les plus affreuses, la familière vieille sensation de légèreté a palpité. J’aime l’Amérique. L’Amérique n’est pas ma mère. Le Canada est ma mère. Mais l’Amérique est  une incroyablement belle et riche dame étonnement  douce qui est ma voisine et semble se déliter. Je ne peux m’empêcher de l’aimer.  Pour les gens qui aiment à  se consacrer aux contradictions, les US sont le plus grand pays du monde : le pays de la liberté construit sur l’esclavage. le pays des lois et de l’ordre où tout le monde est en droit de porter une arme à feu, le lieu du progrès sans limite où l’on s’accroche au sous-développement culturel par pure obstination. Et dans ce glorieux bourbier, une nouvelle contradiction s’est récemment annoncée : les blancs, les Américains privilégiés, ceux qui ont le moins à craindre des pouvoirs en place, ceux qui sont les plus voués à un brillant future, ceux qui à partir de tous les chiffres possibles sont le groupe le plus fortuné dans l’histoire du monde commencent à mourir dans des proportions choquantes.  Le rapport Case and Deatont, Croissance de la morbidité et de la mortalité chez les Américains non-hispaniques d’âge moyen au 21ième siècle, décrit un taux de mortalité en hausse chez les blancs d’âge moyen «  comparable aux disparitions de l’épidémie de SIDA aux USA. »  Cette pointe est propre aux américains blancs – elle ne se retrouve pas dans d’autres groupes ethniques aux US ni d’autres populations blanches du monde développé, une mystérieuse épidémie de désespoir.

D’une certaine façon il a été aisé d’attribuer toutes ces morts de blancs américains  à « l’empoisonnement par l’alcool, à l’usage de drogues, au suicide, et aux maladies chroniques du foie ainsi qu’aux cirrhoses. » selon ce rapport. Il n’a pas été aussi aisé d’attribuer l’attribution.  Pourquoi les américains blancs d’âge moyen boivent-ils, se droguent-ils ou se shootent-ils à mort ? Les explications offertes étaient préétablies, pleinement branchées sur les préjugés de confirmation : c’est à cause de l’économie, à cause de la démographie, à cause de l’absence de dieu ou à cause de la religion, ou c’est à cause de l’éclatement de la famille ou de la persistance des valeurs antiques ou à cause du manque de programme social ou de la dépendance aux programmes sociaux.   Case and Deaton  nomme cela : « une épidémie de souffrance » Bien. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Sur l’autoroute I694, vous vous trouvez à vous demander : mais qu’est ce qui déconne chez ces gens-là ? Je veux dire en dehors du déclin de la classe moyenne évidemment. Et de la montée de l’emploi précaire et du fait que le mode de vie basique exige tant de sédation que presque un quart de tous les Américains sont sous  tranquillisants   et qu’entre 26.4et 36 millions d’Américains utilisent des opiacés chaque jour. Et aussi, oui, les fusillades de  masse.  Il y a eu plus d’une fusillade par jour. Et des terroristes blancs prenant à nouveau pour cible des églises noires. Et les vidéos régulièrement mises en ligne montrant   la police assassinant des noirs.  Et la police en question n’étant jamais inquiétée et a fortiori jamais condamnée à la prison. Et savez-vous ce qui inquiétait les Américains quand toute cette merde leur pleuvait dessus ? Quand toute cette folie venait blesser leur pays bien aimé ? Savez-vous quel était leur souci prioritaire,  sondage après sondage après sondage ?  Les Musulmans, les Musulmans, si vous pouvez le croire…

«  Le rêve américain est mort mais je vais le rendre plus fort. »

Mon corps est blanc et mâle. Il mesure 1, 82 mètres et pèse 86 kilos.  Il a 39 ans et a dû commencer à courir. Il a dû commencer à compter les calories. Il y a un picotement dans l’articulation de ma hanche droite aussi, je cherche à ne pas songer à mon corps. Le picotement va et vient. Je sais que mon corps va finir par me tuer.

«  Un homme qui a peur de souffrir souffre déjà de sa peur. » Comme le dit Montaigne. C’est une des raisons pour lesquelles les hommes meurent beaucoup plus jeunes que les femmes.  6 ans plus jeunes en moyenne en Amérique.  92 % des hommes dissent qu’ils attendant au moins quelques jours afin de voir s’ils vont se sentir mieux avant d’aller chez le docteur mais je sais qu’ils veulent dire quelques jours e plus que ce qui serait raisonnable. C’est difficile d’avoir un corps blanc et mâle et de concevoir sa faiblesse. Dans le même esprit, mon corps ne peut pas croire qu’il est la personnification du pouvoir,  bien que de toute évidence il l’est dans toutes les dimensions comptables de son statut social, il se sent simplement un corps. Il se sent mortel.

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Je n’ai jamais été dans un endroit aussi blanc que l’Iowa, c’est la pure vérité.  Photograph: Darren McCollester/Getty Images

Je n’ai jamais été dans un endroit aussi blanc que l’Iowa.  Je le jure. Quand je me rends aux USA, je vais à New York à Chicago, à Los Angeles ou en Floride.  A Burlington, chez Jerry (Jerry’s main lunch) le plat de référence est le Bazard chaud (Hot mess) des œufs, du bacon rissolés à point. Les sucriers  ont tous des craquelins à l’intérieur afin d’éviter que le sucre en poudre ne s’amalgame. Un petit morceau du bon sens et du savoir-faire américain. Le Hot mess est délicieux, pourquoi ne le font-ils pas partout ? Pourquoi n’y a-t-il pas de chaînes de Jerry’s Main Lunch servant des Hot Mess partout à travers les Middle- West ? La réponse est dans le reste de la ville: tout ce qui devait partir a déjà quitté Burlington. Les beaux immeubles de brique rouge du centre ville sont presque tous vacants. La rue la plus intéressante est la route à la sortie de la ville. Le Memorial Arena, sur les rives du Mississipi, s’est rempli très tôt. Trump ne parlait pas avant 18 heures mais à 16 heures 45, la situation sur le parking était déjà sombre. A l’extérieur du bâtiment les démarcheurs qui suivent Trump sur la route, d’un événement à l’autre, vendaient des teeshirts et des badges, trois pour 10 dollars.  « We shall overcomb » ° « cats for Trump, the time is Meow »    « AMERICA GREAT AGAIN » [ Rendre l’Amérique à sa puissance]

A l’intérieur, chaque siège avait été occupé et le plancher rapidement recouvert d’une foule debout.  Burlington est composée de 10% de noirs. Le rallye l’était de 99,99% de blancs. Les gens qui assistent à un rallye aux USA appartiennent à un genre particulier d’individus tout comme ceux qui font la queue devant l’entrée d’une discothèque. Ils savent où ils sont supposés se rendre et comment ils sont supposés se tenir quand ils y arrivent. Ils sont adaptés.  Une dame âgée assise à mes côtés arborant un chapeau avec la bannière étoilée dessus qu’elle ne sort clairement que pour ces occasions. «Vous venez de l’Illinois ? » demande-t-elle ?  Je ne suis pas de là mais je passe. Elle assiste à tous les rallies, explique-t-elle, elle a été une républicaine toute sa vie, une républicaine active, une républicaine de l’Iowa. Pendant 30 ans elle a été dans des foules comme celle-ci. Elle projette d’aller, une fois dans sa vie à la Convention nationale.  Comme aller à un concert des Stones. Quand les organisateurs sont passés avec des flyers sur lesquels était écrit «  La majorité silencieuse », elle en a pris plusieurs pour les distribuer autour d’elle.  Des femmes gaies et prévenantes composaient la moitié de cette foule. Des hommes absurdes et en colère  l’autre. Ils portaient des tee-shirts avec des paragraphes entiers écrits dessus : Je suis un vétéran de l’armée américaine. J’ai un jour fait le SERMENT SOLENNEL de défendre la CONSTITUTION contre tout ennemi, extérieur ou intérieur. Soyez prévenus que personne ne me libérera de mes devoirs à l’égard de ce serment !

Sur le parking, il y avait des véhicules enduits d’autocollants  Nous le peuple en avons ras le bol à 100%, Si les armes à feu tuent alors j’imagine que les stylos fons des faute d’orthographe (sic) que les voitures conduisent en état d’ivresse,  et que les cuillères rendent les gens obèses.  Je suis hétéro, conservateur, chrétien, et je possède un fusil. Y-a-t-il autre chose que je puisse faire pour t’emmerder ?  Une photo d’Obama avec : Est-ce que ce trou du cul rend ma voiture plus grosse ? Le style républicain pour 2016 est dans les aphorismes humoristiques violents. Derrière la comédie, une rage absurde : l’Amérique est le pays le plus grand au monde mais l’Amérique part en morceaux, le gouvernement est le problème, il faut donc que le gouvernement le résolve.

C’était une production de Trump donc naturellement il y avait une section VIP. Une porte gardée par des hommes aux crânes rasés, sans sourire, les videurs plein d’ennui qui sont pour toujours autour des célébrités indifférentes. Une porte battante sur le côté recevait et dispensait les gens les plus présentables, ceux avec la neutralité lisse des politiciens professionnels, les femmes dont les visages sont marqués d’une moue de dédain permanente, les hommes qui  se font couper les cheveux avant chaque événement. La femme à mes côtés – le chapeau à la bannière étoilée – portait un pendentif en étain en forme d’éléphant. Une jeune fille dans une robe d’un orange vif passa par l’entrée des VIP en portant un éléphant en étain incrusté de diamants. Les pendentifs en forme d’éléphant était le thème, j’ai noté, des éléphants en broche des éléphants en bagues, des éléphants en tee-shirts.  On les trouvait à différents prix et dans différents styles : des éléphants faisant penser aux bandes dessinées françaises des années 60, d’étranges trémoussements pseudo-sexuels, avec les chapeaux de paille de plaisancier des années 20 menant la parade. Il n’y avait qu’une sorte d’éléphant impossible à trouver.   Un éléphant qui ressemble vraiment à un éléphant. Un éléphant réaliste qui puisse servir d’aide-mémoire pour les centaines d’éléphants tués pour leur ivoire chaque jour. Un éléphant naturaliste serait foncièrement environnementaliste. Les éléphants se doivent tous d’être fabuleux.  Comme dans tous les bons spectacles il y avait une première partie. En fait, il y en avait deux. Trous si vous comptez la récitation du serment d’allégeance. La première était Tana Goertz, une femme de l’Iowa  qui avait été sélectionnée pour la troisième saison de « The Apprentice ». « Quelle belle foule ! » a-t-elle susurré. Elle se porta garante pour Trump en tant que femme, (Il adore les femmes !)  et comme quelqu’un qui est revenue en Iowa. (Comment serait-il possible de vivre à New York si vous n’aimez pas les gens ?) Elle a promu l’idée qui est au cœur de tout ce que fait Trump, que le simple contact avec l’homme amène la prospérité. « Quand vous montez dans le train de Trump, vous allez quelque part ! » Elle a quitté la scène sous des applaudissements iowiens polis. La foule aurait peut-être, tout bien considéré, préféré écouter la musique d’Elton John sortant des haut-parleurs à la place mais au moins elle avait fait un effort.  Un homme médiatique plus standard a suivi. Sam Clovis anime une émission radio conservatrice et est un activiste du Tea Party qui a dirigé et perdu un bon nombre de positions en Iowa. Il a attaqué d’emblée. Trump est un des hommes les plus grands qui ait jamais parlé sur cette terre. Une remarque pertinente.  La foule aurait pu rire mais elle a applaudi, prouvant ainsi qu’ou bien elle n’était pas attentive ou qu’elle était prête à avaler n’importe quoi.  Clovis compare les récents discours de Trump à celui de Reagan,  Un temps pour choisir [Time for Choosing] lors de la Convention Goldwater en 1964,  ce qui peut être à peu de choses près comme de la comparer au Sermon sur la Montagne. Clovis savait ce que la foule était venue pour entendre et il le leur a donné : L’Amérique et les Américains seront à nouveau les premiers ! Un hurlement collectif a envahi le Memorial Arena de Burlington. Ils voulaient tant être à nouveau les premiers. Premiers en quoi restait peu clair mais absolument premiers.

Lorsque les hurlements se sot calmés, la foule était prête pour Trump. Mais, art de la mise en scène, Trump a laisse la tension monter, l’homme absurde en colère et la diligente femme braillaient. Trump ! Trump ! Trump ! Je peux à peine imaginer le plaisir que son nom assourdi, scandé, a pu procurer à l’homme dans les coulisses.  Quand il est finalement monté sur scène, la foule a déferlé, ses téléphones ont déferlé, c’était une orgie de téléphones. Les hommes derrière Trump scannaient la foule avec leurs téléphones. Les caméras au dos filmaient tout le monde en train de filmer tout le monde. Trump était le seul à ne pas tenir d’écran, l’absence qui génère du désir.  Il a commencé à rugir lorsque la foule a cessé de regarder les séquences qu’elle avait filmé.  Trump a commencé par le clip qui allait apparaître dans les nouvelles le lendemain matin. Joe Biden avait laisse tomber la course et Trump l’approuvait car Biden n’avait aucune chance et qu’il voulait affronter Hillary. Les médias adroitement sous contrôle, Trump a commencé son discours par le sujet le plus cher à son cœur : son propre succès. Le rallye de Burlington marquait le 100 ième jour où il menait  dans les sondages.  Il a lu les sondages, sondage après sondage. Il ne s’est interrompu que pour demander à la foule si les sondages étaient grands. ” Battre Hillary dans tout le pays, est-ce que vous aimez ça ? La foule a approuvé les chiffres de son approbation. Donc il est passé à des aspects plus qualitatifs de sa grandeur. Ses opposants n’étaient pas des gagneurs.  “ Je parle avec mon cerveau mais je parle aussi avec mon cœur ” a t-il dit,  grondnat comme un riche oncle m’as-tu vu. “ je vais rapatrier les emplois de Chine” avec quelques brèves digressions d’auto-apitoiement : “ Macy a été très déloyal avec moi, ils ne vendent plus mes cravates. http://www.cnbc.com/2015/08/12/why-we-dropped-trumps-menswear-line-macys-ceo.html  Il a décrit, dans des revirements à la fois francs et pleins d’illusions, sa capacité si brillante à la manipulation politique. Il a parlé aux gens qu’il était en train de manipuler de la façon intelligente dont il les manipulait. Ainsi déclara-t-il ; “ Je suis un bon chrétien.” Et que  s’ il devient président “ nous souhaiterons un joyeux noël ” mais il n’a pas pu s’empêcher de faire montre de l’intelligence de sa stratégie électorale : “Si je monte sur scène avec un Bible, tout le monde m’aime mieux.” Trump amène du plus à Burlington, Iowa, et il ne refuse pas à la foule le goût pour la célébrité dont elle rêve. Que dirait-il à Caroline Kennedy, ambassadrice au Japon ? : Vous êtes virée ! Vous êtes virée !

Quelques spectateurs ont commence à sortir pour devancer le trafic et Trump a crié à propos de la majorité silencieuse, du fait qu’il dit ce que personne n’ose dire, qu’il arrêtera le libre échange et que les Mexicains sont des voleurs de voiture ( gros rires) et comment il veut un morceau des actions du pipeline du Keystone et comment il va aider la santé des femmes et comment l’Amérique a besoin d’être stimulée  « Le rêve américain est mort mais je vais le rendre plus grand et plus fort » a-t-il hurlé. A ce moment il m’est apparu de la même façon que toutes les célébrités que j’ai  rencontrées en chair et en os me sont apparues, comme une idole païenne vivante attendant le sacrifice, un Baal aux joues  rebondies. «  Nous avons tant à gagner »  a-t-il promis avant de laisser la scène au  « Nous n’allons plus le tolérer »  des Twisted Sisters We’re Not Going to Take It.

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 Les supporters de Trump au Mémorial des vétérans à  Cedar Rapids. Photographie: Scott Morgan/Reuters

Je suis resté afin de regarder Trump au travail. De près la coiffure est beaucoup plus élaborée que sur les écrans. Sa construction s’effectue sur trois plans, sa signification est polyvalente.  Tout d’abord, il y a la mèche rabattue, bien qu’on ne puisse la nommer “mèche rabattue” uniquement  dans la mesure où la galerie commerçante de Dubaï avec une piste de ski pourrait être nommée un “bâtiment”. Ce sont des cheveux élevés  par la prouesse technique au niveau de l’œuvre d’art, avec la qualité diaphane  d’une capeline sortie d’une légende nordique ou d’un métal dans une miraculeuse apesanteur développé dans un laboratoire allemand. Ils flottent au-dessus du crâne, comme un acte de défiance non seulement contre le vieillissement et la calvitie mais contre l’espace et le temps, contre la réalité.   Derrière cette démonstration technique de mèche rabattue, comme une sorte de contre-point, l’arrière est aussi traditionnel et vieux jeu qu’une coiffure puisse l’être.  Il s’agit d’une queue de canard classique. Tellement classique que je ne l’ai vue que dans des films des années cinquante, pas des films tournés dans les années cinquante, soyons clairs, mais des films tournés dans les années soixante-dix sur les années cinquante. Entre la mèche rabattue et la queue de canard, entre ces deux espaces folliculaires représentant le moderne et l’atavique, la fantastique et le nostalgique, on trouve une troisième tranche.  Même en sa présence, il vous faut regarder avec attention pour la situer.  Elle est enflée, légèrement mais seulement légèrement. C’est la part réelle de la chevelure, la part humaine, la part véritable. C’est le pivot de Donald Trump.  Comme la campagne de Trump pour la nomination des Républicains s’est développée, dans toute son invraisemblance, il a serré la main à des milliers d’américains, et pose avec des milliers d’américains pour des milliers de selfies. Et parmi ces milliers aucun n’a réussi à mettre le désordre dans sa coiffure. Bien que lui évoque régulièrement l’apparence physique des autres candidats, aucun d’entre eux n’a jamais évoqué le fait qu’il avait l’air ridicule. La coiffure de Trump est un acte de préemption provocateur : dis seulement que je suis bidon, je te mets au défi, je te mets complètement au défi.  Quelques fans extrémistes s’attardent sur les franges, exactement comme à un concert.  Tous les autres se dirigent vers le parking et le centre-ville de Burlington redevient bientôt désert.  Un spectacle de Trump est un bon investissement financier, tout spécialement parce qu’il est gratuit. Personne ne réclame même de dons.

 

 

Fin de la première partie

Traduction Elisabeth Guerrier

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