AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

by Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

DEUXIÈME PARTIE  Influence politique et politiques de santé : la vaccination

Janvier 2016

 

L’influence sur les politiques mondiales. Des preuves suggèrent que la fondation Gates s’est offert un rôle dans un nombre d’organisations hautement influentes. Les sommes importantes d’argent données par la BMGF lui permettent de créer un système de patronage global alors qu’en réalité elle achète la loyauté d’acteurs influents. En même temps, les critiques de la fondation sont muets et de nombreux acteurs recevant des fonds de la fondation, dont on aurait dans d’autres circonstances attendu des critiques demeurent largement silencieux.   Cette situation est clairement une menace pour la prise de décisions démocratique mondiale. Le fait qu’une fondation privée occupe ces positions influentes est un acte d’accusation du système d’aide international et des gouvernements qui devraient demander des comptes à la BMGF. Plus encore, son effet est que les décisions politiques sont tirées vers la promotion du secteur privé et vers les intérêts des multinationales. La fondation a une influence globale trop importante. Elle est particulièrement présente dans l’agriculture globale et dans la santé où elle finance un tas de scientifiques de gouvernements, de corporations, d’ONGs et de medias, provoquant  un  effet de levier considérable à la programmation des décisions politiques. Dans le domaine de la santé, le BMGF a été le premier ou le second contributeur le plus important au budget de l’Organisation mondiale de la santé ces dernières années. La BMGF a fourni 11% du budget de l’OMS en 201. 30 ce qui est 14 fois plus que la contribution de la Grande –Bretagne. La foundation est aussi devenue la principale source de financement de la recherche sur les maladies contagieuses comme la tuberculose, la malaria et le HIV, finançant plus que l’OMS elle-même.31 La BMGF est aussi un partenaire essentiel dans plusieurs partenariats public-privé de santé influents. Du capital initial de la fondation a lancé la Global Alliance for Vaccines and Immunisation GAVI ( Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation)  en 1999.32 dans le conseil de laquelle la fondation est présente au titre d’un des membres permanents ( avec l’OMS, l’UNICEF et la Banque mondiale) .33 La BMGF a donné 2.5 milliards au Fond global pour la lutte contre l’HIV.SIDA, la tuberculose et la malaria, dans le conseil duquel elle est aussi présente.35 Elle est aussi présente au conseil du H8, un groupe auto-proclamé de huit organisations liées à la santé ( avec l’OMS, l’UNICEF, l’UNFPA et l’UNAIDS, le Global Fund et GAVI) créé en 2007 pour faire face aux objectifs des problèmes globaux de santé à régler. 36 En plus, elle a été impliquée dans la création d’un agenda santé pour un groupe auto-proclamé du G8.37 En ce qui concerne l’agriculture, la BMGF a déjà dépensé 2 milliards, principalement dans l’Afrique sub-saharienne et l’Asie du sud.38 Elle est le cinquième plus grand donateur à l’agriculture, ayant dépensé 389 millions en 2013. Seulement l’Allemagne, le Japon, la Norvège et les US ont des programmes d’agriculture bilatéraux plus importants.39 En Afrique, elle a établi et finance l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA), qui est devenue sans doute le groupement le plus influent sur tout le continent (voir section 3). Avec les fonds vient l’influence. La BBC a appelé Bill Gates «  la voix privée la plus influente sur la santé mondiale ».40 The Guardian a décrit Sam Dryden, le responsable de l’agriculture à la BMGF comme  « vraisemblablement la figure la plus puissante dans le monde de l’agriculture aujourd’hui. » Aucun ministre de gouvernement, aucun banquier ou responsable de la société civile ou des entreprises n’a une telle influence avec si peu de restrictions.41 Bien sûr, la fondation a gagné accès aux plus hauts niveaux des décisions au sein des Nations unies et de plusieurs autres organisations internationales. Par exemple, la famille Gates a gagné un accès personnel considérable au sein du comité directeur de l’Organisation mondiale de la santé. En 2014, le People Health Movement a écrit à l’OMS afin de protester  contre sa dernière décision d’inviter Melinda Gates en tant qu’oratrice principale de l’Assemblée de la santé mondiale, le lieu des prises de décisions de l’OMS.  C’était la troisième fois qu’un représentant de la BMGF ou un membre de la famille était invité comme porte-parole de l’assemblée en dix ans.42  En mai 2011, le «  directeur-général de l’OMS et Bill Gates ont convenu d’une rencontre urgente sur l’éradication de la polio. »

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11 Bill Clinton, Bill Gates, Thabo Mbeki, Tony Blair, Bono and Olusegun Obasanjo at the World Economic Forum, 2005

 

La Directrice–générale le DR. Margaret Chan et Bill Gates se sont  « rencontrés  aujourd’hui avec les Ministres de la santé des pays touchés par l’épidémie de polio et les agences de développement international afin de discuter des étapes urgentes à franchir afin d’éradiquer la polio rapidement et efficacement. ». 43 Il est inconcevable de Gates puisse jouer ce rôle dans l’Organisation si sa fondation ne la finançait pas.  En février 2012, la fondation Gates a annoncé qu’elle donnait 200 millions au Fonds international pour le développement agricole (IFAD), une des trios organisations pour l’agriculture des Nations unies basées à Rome. Le jour de cette annonce, Bill Gates avait aussi été invité à parler à prendre la parole devant le conseil de l’IFAD. Dans son discours, Gates a imploré les pays d’ «  apporter la science et la technologie aux pauvres agriculteurs » pour lesquels «  la véritable expertise est liée aux compagnies du secteur privé. » Il s’agissait d’une référence aux OGM et à la biotechnologie, domaines fortement prioritaires dans la fondation (voir section 3).44 Bien sûr le  « rapport d’intentions » que la fondation Gates et l’IFAD ont signé conjointement  en appelant à  « supporter la génération de nouvelles technologies afin qu’elle crée la possibilité d’une intensification durable de l’agriculture.45 IFAD a noté que les deux organisations coordonnaient leurs investissements. Dans des domaines comme la recherche agricole.46 Un signe montrant que l’IFAD semble avoir adopté l’agenda technologique de la BMGF se trouve dans un article de Kevin Cleaver, Vice-président associé de l’iFAD qui a écrit au même moment que l’annonce du financement de Bill Gates : « La technologie est la clef. Les avancées les plus simples : des semences plus robustes, ou même de meilleures charrues ou house – peuvent faire basculer vers la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Il nous faut simplement trouver ce qui fonctionne et ensuite le répliquer fiévreusement. » 47 © World Economic Forum/swiss-image.ch12

C’est une vision plutôt bizarre du développement agricole et simpliste d’une façon inquiétante de la part d’une agence internationale phare. Si la solution était simplement d’inventer de nouvelles technologies et de les transmette aux fermiers, la faim dans le monde aurait été éradiquée depuis longtemps. à la tête. Une autre organisation internationale sur laquelle la BMGF semble aussi exercer une forte influence est le Groupe consultatif pour la recherche agronomique Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR), un consortium de 15 centres de recherche qui est le groupe le plus influent pour la recherché dans les pays en voie de développement. Le CGIAR Fund se décrit lui-même comme : « le plus grand moyen public de financement des recherches menées pour affronter les challenges de sécurité alimentaire du 21 ième siècle. ».48 La BMGF a été le donateur le plus important du CGIAR fund (après la Grande –Bretagne et les USA) contribuant à 13% de son budget total.50 Avec les financements vient l’influence, encore. Les ressources du CGIAR sont gérées par le CGIAR find council,  au conseil d’administration duquel siègent les Gates, la seule organisation privée à avoir ce droit.  Le Conseil détermine les priorités pour l’usage des fonds et finance des experts scientifiques qui conseillent tous les donateurs.51 En mars2012, la rencontre du Fund Council s’est déroulée à la Fondation Gates à Seattle. Bill Gates a parlé de la nécessité de doubler ou tripler la productivité agricole en Afrique et en Asie et a dit que «  c’était parfaitement envisageable si le système utilise les dernières avancées scientifiques, y compris la biotechnologie agricole. ».52 Beaucoup de centres de recherche du consortium de la CGIAR, dont certains sont directement appuyés par la BMGF ont déjà des programmes actifs de recherche dans les OGMs.53 La fondation incline les politiques de santé publique vers ses propres intérêts, légitimant le rôle que les compagnies pharmaceutiques multinationales jouent dans la partenariat public-privé lourdement promu par la BMGF, avec certains de ses propres projets et investissements.( se reporter à la section 2) . Ceci provoque le renforcement de leur rôle dans les décisions touchant la santé publique et les politiques de santé.  Le Global Fund pour la lutte contre le SIDA, la Tuberculose et la Malaria, financé par la BMGF et l’Alliance du GAVI, qui sont des partenariats public-privé ont des liens très serrés avec l’industrie pharmaceutique. Merck est actuellement présent au conseil de Global Fund54 pendant que les membres du conseil de GAVI incluent toujours des compagnies de l’International Federation of Pharmaceutical manufactureurs, qui compte GlaxoSmithKline, Merck, Novartis, et Pfizer, parmi d’autres55. Global Health Watch note que l’influence du secteur privé sur le  Global Fund’s Board est importante d’une façon disproportionnée. is.56 La question du tariff des vaccins a illustré pendant longtemps le rôle dominant de compagnies privées au sein de la GAVI Alliance . Son association avec l’industrie pharmaceutique a été longtemps critique. L’Adbvance Market Commintment, par lequel des donateurs investissent des fonds afin de garantir le prix des vaccins une fois qu’ils ont été développés, afin de donner aux fabricants l’envie d’investir dans la recherche et le développement – a longtemps été considérée comme une façon de subventionner les compagnies pharmaceutiques avec des aides publiques.57 GAVI est essentiellement critiquée pour le surcoût des vaccins et les ONGs ont longtemps fait pression afin qu’ils baissent leurs prix. Oxfam a appelé toutes les compagnies pharmaceutiques à se retirer du conseil de  la GAVI parce qu’il était trop clair qu’il s’agissait de conflits d’intérêt.58 Au-delà de la GAVI, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) trouve que la propriété intellectuelle sur les vaccins permet à un petit groupe de compagnies pharmaceutiques de provoquer la flambée des prix. Elle signale que le coût d’une vaccination complète pour un enfant est 68 fois plus élevé qu’il l’était il y a une dizaine d’année. « Principalement parce que une poignée de gros lobbies industriels chargent abusivement les donateurs et les pays en voie de développement pour une vaccination qui leur rapport déjà des milliards de dollars dans les pays développés. » 59 Est à noter tout particulièrement le vaccin du pneumocoque – le plus gros tueur d’enfants en dessous de huit ans dans les pays en voie de développement.60 GlaxoSmithKline and Pfizer – qui en sont les seuls producteurs – ont fait plus de 19 milliards de bénéfices depuis son arrivée sur le marché en 2009.61 MSF demande à ces compagnies de baisser le prix de ses vaccins à 5 dollars par enfant alors qu’il est actuellement aux alentours de 60 dollars. Mais Bill Gates a personnellement refusé ces demandes de MSF en disant que de baisser les prix amènerait uniquement les compagnies pharmaceutiques à refuser de travailler sur le sauvetage des vies dans les pays en voire de développement. 62

 

Conference on vaccines and immunizationLe businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Établir le (mauvais) agenda. L’absence de comptes à rendre de la BMGF et sa prise de décisions personnalisée (voir plus bas) lui fait favoriser les organisations privées et promouvoir son propre agenda. Le soutien considérable de la fondation à la OMS par exemple, est lié aux projets qu’elle veut voir finances, plus qu’à ceux proposes par l’assemblée de l’OMS.  63 L’influence de la BMGF dans les décisions concernant l’agenda de la santé est critique dans la mesure où les ONGs et les universités qui ne s’alignent pas peuvent se faire marginaliser et les problèmes de santé que la fondation ne considère pas comme importants peuvent être négligés. Comme le déclare l’expert de la santé de l’University College de Londres, David McCoy,  « C’est cohérent parce que la façon dont les problèmes de santé des populations pauvres sont définis et  traités en priorité est cruciale dans la construction d’une réponse efficace. » 64 La dominance de Gates dans les agendas de la recherche est aussi un sujet d’inquiétude. Depuis 2008, le responsable de la recherche sur la malaria de l’OMS  Aarata Kochi, accuse la BMGF dans une lettre à son responsable de « supprimer la diversité d’opinion scientifique, affirmant que ses prises de décisions étaient un processus interne clos, et pour autant qu’on puisse le constater, n’ayant aucun compte à rendre à quiconque qu’à elle-même. » Il dit que la domination croissante de la fondation sur la recherche sur la malaria risqué d’étouffer une diversité de vues au sein des scientifiques et d’anéantir le rôle de l’agence pour la santé dans les prises de décisions. Beaucoup des scientifiques experts de la malaria sont «  enfermés dans un cartel »   avec leur financements liés à ceux de ceux appartenant au groupe » et puisque « chacun a un intérêt direct à sauvegarder le travail des autres. » écrit Kochi, obtenir des points de vue indépendants dans les propositions est devenu  « de plus en plus difficile ». 65 Il y a eu d’autres critiques sur l’agenda de la BMGF biaisant les priorités de santé. En 2009, des éditeurs et d’autres experts de santé écrivant pour le journal médical Le Lancet ont souligné un certain nombre de critiques sérieuses portant sue la fondation. La fondation a été reconnue comme accordant la plupart de ses subventions aux organisations des pays à hauts revenus, exacerbant donc  l’inégalité de la recherche et les infrastructures de développement entre les pays riches et les pays pauvres. Elle donne priorité au financement de la malaria et de l’VIH/ SIDA, tout en négligeant presque complètement les fonds alloués pour les maladies chroniques non transmissibles. Les articles du Lancet   notent que pendant que la BMGF a donné un fort élan  au financement global de la santé, «  les subventions octroyées par la fondation ne reflètent pas le fardeau de la maladie subit par ceux qui vivent dans la plus extrême pauvreté » Les subventions pour la recherche sur la pneumonie, la diarrhée et la sous-alimentation maternelle et infantile – qui cause 75% des décès chez les enfants- étaient relativement peu financés par la BMGF. Face à ces maladies, la clef n’est pas de nouveaux vaccins largement promus par la fondation mais des mesures de prévention effectives qui sont déjà parfaitement connues, comme l’allaitement au sein et les traitements, y compris les antibiotiques contre la pneumonie, la thérapie par réhydratation orale, et le zinc contre la diarrhée.66 Les éditeurs du Lancet ont conclu en notant les inquiétudes de «  nombreux scientifiques qui ont travaillé depuis longtemps dans les secteurs à revenus faibles «  « de voir les programmes de santé largement compromis par les financements importants de la BMGF ». Par exemple, une concentration sur la malaria dans des zones où d’autres maladies causent plus de pertes humaines crée des motivations perverses chez les politiciens, les décideurs et les travailleurs de la santé. «  Dans certains pays, les ressources matérielles de la fondation sont perdues ou détournées des besoins les plus urgents. ». 67 Depuis 2009, la BMGF semble intensifier les programmes liés à la pneumonie et à la nutrition infantile par exemple. Cependant, elle a toujours une orientation sans comparaison sur les vaccins. Un des problèmes sur la concentration importante de la BMGF sur les vaccins est que cela détourne du reste, de plus urgent priorités de santé comme celle de construire des systèmes publics de santé plus résistants. Cependant, en mai 2011, Bill Gates a déclaré lors de l’assemblée de l’OMS «  Tout comme nous réfléchissons à la façon de déployer nos ressources plus efficacement, une intervention se détache : les vaccins. Aujourd’hui, je souhaiterais parler de  la façon dont vous pouvez fournir le leadership d’une décade qui sera celle de la vaccination. ».68

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Cependant pourquoi les vaccins devraient-ils s’affirmer comme un besoin critique entre tous. Selon Bill Gates, «  Les vaccins sont une technologie extrêmement élégante. Ils ne sont pas chers, sont facile à délivrer, et ils ont fait leurs preuves pour protéger les enfants contre les maladies. À Microsoft, nous rêvons de technologies qui soient à la fois si puissantes et si simples » Il semble que la fondation applique la même logique à la santé mondiale qu’elle l’a fait pour construire un empire électronique. Gates a terminé son discours en appelant tous les pays à suivre son choix concernant la vaccination.  «  Pays donateurs,  vous devez augmenter vos investissements dans les vaccins et l’immunisation même si vous devez affronter des crises budgétaires… Tous les 193 états membres, vous devez faire de la vaccination le point central de votre système de santé. ».69 La BMGF a été largement critiquée pour sa priorisation de la technologie, en particulier les vaccins et les médicaments, comme solutions de développement. La recherche sur de nouveaux médicaments et de nouveaux vaccins a été la seule destination des fonds de la BMGF, à concurrence d’un tiers de tous les fonds alloués entre 1998 et 2007 par exemple.70 Beaucoup de ce centration est positive – par l’intermédaire de la GAVI par exemple, l’usage des vaccins contre l’hépatite B et l’HIB ( grippe) ont été largement répandus.71 Mais comme Steven Buchsbaum, Directeur de la découverte et des sciences transnationales à la BMGF le note dans une citation en 2015 , la transition de l’intérêt envers la technologie  à l’intérêt envers la distribution «  n’a pas été plus développé au sein de la Fondation. ».72 L’intense centration sur les vaccins risque de détourner la politique mondiale de la santé de ses autres priorités. La professeure de santé publique de l’Université de Toronto,  Anne-Emmanuelle Birn a écrit en 2005 que la BMGF « avait conçu la santé d’une façon limitée, comme le simple produit d’interventions technologiques, en la dissociant des contextes économiques, sociaux et politiques. » .73 Selon expert de la santé, David McCoy, « plutôt que de considérer la mort de centaines de milliers d’enfants à cause d’une infection au rotavirus comme une question clinique qui nécessite une réponse par la vaccination, une meilleure approche aurait pu être de le considérer comme un problème de santé publique qui nécessitait des interventions sociale, économiques ou politiques afin d’assurer l’accès universel à l’eau potable et aux installations sanitaires. ».74 Au sein des zones vises par la BMGF, comme la recherche sur la malaria, certains spécialistes critiquent également la fondation pour son absence de prise en compte dans ses programmes des demandes locales et des besoins. Par exemple, Global Health Watch note que le schéma d’action de la BMGF  Grand Challenge traite les maladies à transmission vectorielle comme la malaria comme beaucoup trop statiques, privilégiant les vaccins et le schéma de modification génétique, ce qui néglige le fait que l’éradication de la malaria en Europe a été le résultat du drainage des marécages et d’une amélioration des équipements sanitaires, associés avec un développement économique à grande échelle.75 Contournement des systèmes de santé. La centration de la plupart des projets de la BMGF à l’effet de contourner les systèmes de santé publique. Devi Sridhar,  un spécialiste de la santé à l’Université de Oxford a averti du fait que les interventions philanthropiques  « orientent littéralement les programmes de santé publique vers les questions qui inquiètent le plus les donateurs fortunes – questions qui ne sont pas nécessairement les premières priorités des personnes des pays bénéficiaires. » 76 Les projets de la BMGF sont souvent des projets finances verticalement orientés vers des maladies spécifiques ou des problèmes de santé, contournant largement les programmes de santé existant déjà. Le Global Fund, qui est soutenu par la BMGF, dit que l’essentiel de ses financements se concentre sur des maladies spécifiques et que seulement 10% des 25 milliards qui ont été déboursés depuis 2002 est allé vers le renforcement des systèmes de santé existants.77 L’échec à investir d’une manière adéquate afin de construire des systèmes de santé et les pressions des donneurs vers d’autres priorités peuvent avoir des conséquences tragiques. En septembre 2014, Margaret Chan, la Directrice générale de l’OMS a dit au New York Times dans une interview à propos de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest, «  Mon budget est fortement caractérisé par ce que j’appelle les intérêts des donateurs. » Chan a ajouté : « Quand il  se passe un événement nous avons de l’argent. Puis, après ça, l’argent cesse d’affluer et vous devez terminer les contrats de toutes les équipes embauchées pour répondre sur place.  Je n’aime pas tous ces hauts et ces bas. Quand il n’y a pas de guerre à mener, ces équipes pourraient aider les pays à construire leurs mesures d’anticipations, à construire des réponses systémiques. Tout comme dans une équipe de pompiers. Quand il n’y a pas de feu, vous aidez le pays à construire ses capacités. ».78 L’insinuation, dans les remarques de Chan est que l’OMS dont le plus gros donateur est la BMGF, est incapable de répondre adéquatement à Ebola et à d’autres épidémies parce que les intérêts des donateurs les empêchent de construire des systèmes de santé adaptés dans les pays en voie de développement. Plus de ressources doivent aller aux infrastructures de santé comme la formation des personnels de santé, l’approvisionnement correct en médicaments ou le développement des systèmes de prévention des déclenchements d’épidémies. C’est pourquoi l’approche spécifique de la maladie a été critique par plusieurs experts de la santé. Stephen Gillam, consultant en santé publique écrit dans le British medical Journal que « les initiatives globales s’attaquant aux maladies prioritaires comme le SIDA, la tuberculose et la malaria peuvent compromettre des services plus élargis de service de santé à travers la duplication des efforts, la distorsion des plans et des budgets de santé nationale  en particulier par le détournement d’équipes peu entraînées. ».79 David Evans, directeur du Département des systèmes de santé à l’OMS a aussi averti que l’argent étranger allait principalement aux laboratoires et aux cliniques qui soignent une seule maladie, plutôt que de fournir des services de santé de base et que les effets néfastes de ces aides étrangères sur les systèmes de santé empirent quand les donateurs se concentrent sur les résultats.80 L’étude de 2009 du Lancet montre que seulement 1.4 % des fonds alloués par la Fondation sont allés au secteur public entre 1998 et 2007. Depuis lors, les dons de la BMGF ont continués à être offerts aux organisations privées préférées, notablement aux ONS s qui, bien qu’e faisant du bon travail, peuvent contribuer à exacerber la fragmentation d’une politique de santé que les gouvernements peuvent trouver difficile à coordonner et à aligner avec les priorités nationales. Une autre conséquence de cette approche est la fuite des cerveaux dans la mesure où le secteur public peut perdre des employés qui fassent le choix des ONGs mieux payées.81

 

Suite Samedi 28 Mai

 

Traduction Elisabeth  Guerrier

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