AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Month: July, 2016

Knut Vonnegut “Messieurs et Mesdames de l’an 2088”

Il est tout à fait évident que tous les constituants de l’idéologie du bonheur individuel occidental et tous ses outils et modes d’accès à une forme d’Eden quotidien omniprésent dans les discours, les formules-clefs comme “positiver” “voir le verre à moitié plein”, et tant d’autres qui ont petit à petit pris tout l’espace de la distance et de l’esprit critique s’accorderont mal avec la position délibérément pessimiste de quelqu’un comme Vonnegut. Il a rédigé cette lettre aux hommes et femmes de 2088 en 1980. Et ce qui reste encore, et c’est à craindre restera toujours la question fondamentale à poser à l’espèce humaine est celle de ses propres limites et de son incapacité à maîtriser et créer la technique sans pouvoir envisager qu’elle n’a rien à voir avec le progrès.  Que, en ce qui concerne les charges existentielles avec lesquelles l’homme se débat, il n’y a et n’y aura jamais aucun progrès. Vonnegut a vécu et écrit sur le bombardement de Dresde. Bombardement est presque un euphémisme puisque la volonté alliée était de TOUT détruire. Non pas pour neutraliser de potentielles poches de résistance, Dresde n’en comptait aucune, mais pour exhiber avec force la puissance et l’effroi. Il semble que ce genre de spectacle doive laisser comme un arrière-goût de désespérance. Mais contrairement à ce qui est martelé avec une sorte de fièvre dans les slogans de l’idéologie post-capitaliste, “positiver” n’est pas le moteur dont nous avons besoin maintenant. Avant de positiver, il faut regarder, et de près ce qui est en jeu, ce qui constitue d’une façon vraisemblablement phylogénétique nos faiblesses absolues et ce quelle que soit la civilisation qui nous engendre. La peur de la mort et le pouvoir. Et ces deux éléments moteurs devraient nous laisser aux prises avec un désespoir éclairé et une volonté et non avec les rêves d’une paix et d’une égalité toujours à venir dont on sait qu’ils ne pourront jamais, sous aucun régime politique se matérialiser.EG

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Knut Vonnegut.

Ladies & Gentlemen of A.D. 2088 :

Messieurs et Mesdames de l’an 2088 :

Il a été suggéré que vous pourriez accueillir favorablement quelques paroles de sagesse venant du passé et que venant du 20ième siècle, plusieurs  parmi nous devraient vous en envoyer quelques unes. Connaissez-vous ce conseil de Polonius dans le Hamlet de Shakespeare : ” Ceci plus que toute autre chose, demeure fidèle à toi-même.” Et ces instructions de Saint Jean ” Crains Dieu et rends lui hommage parce que l’heure de ton jugement est venue ? ” Le meilleur conseil que je puisse vous adresser ou qui puisse être utile pour n’importe qui à n’importe quel moment, je suppose, est une prière utilisée d’abord par des alcooliques qui espéraient ne plus jamais boire à nouveau : ” Dieu, accorde-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celle que je peux changer et la sagesse qui puisse m’aider à faire la différence.”

Je pense que notre siècle n’a pas été aussi libre en mots de sagesse que les autres parce que nous étions les premiers à obtenir des informations fiables sur notre condition humaine : combien nous étions, combien de nourriture nous pouvions produire et rassembler, à quelle vitesse nous pouvions produire, ce qui nous rendais malade, ce qui nous faisait mourir, comment nous endommagions l’air et l’eau et les sols desquels la plupart des formes de vie dépendaient, comme la nature peut-être violente et sans cœur etc. etc. Qui pourrait faire reluire la sagesse avec autant de mauvaises nouvelles nous tombant dessus?

Pour moi, la nouvelle la plus paralysante a été que la Nature n’était pas auto-conservatrice. Elle n’avait pas besoin de notre aide pour éclater la planète et la rassembler d’une autre façon, sans nécessairement l’améliorer  du point de vue du vivant. Elle déclenchait des incendies de forêt avec des éclairs. Elle recouvrait de vaste étendues de terre arable avec de la lave qui ne pouvait pas plus supporter la vie que des parkings de grande ville. Elle avait dans le passé envoyé des glaciers du Pôle nord pour concasser des parties importantes de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique du nord.  Et il n’y a aucune raison de penser qu’elle puisse ne pas le refaire un jour. En ce moment, elle transforme des fermes africaines en déserts et nous pouvons nous attendre à voir se lever une vague déferlante ou à recevoir un énorme caillou brûlant venant de l’espace à n’importe quel moment. Si les gens pensent que la nature est leur alliée, alors c’est qu’ils n’ont à coup sûr pas besoin d’ennemi.

Oui et comme vous, qui vivez dans une centaine d’année et comme vos enfants le sauront encore mieux : la nature est sans pitié quand il s’agit de faire correspondre la quantité donnée de vie et la quantité donnée de nourriture n’importe où et n’importe quand. Et donc qu’avez-vous fait et qu’a fait la nature à propos de la surpopulation ? En 1988, nous nous considérions comme une nouvelle sorte de glacier, à sang chaud, intelligent, impossible à arrêter, prêt à avaler tout ce qui bougeait et puis faire l’amour ensuite et doubler notre taille.
À la réflexion, je ne suis pas sûr que je pourrai tolérer d’entendre ce que vous et la nature avaient fait du trop grand nombre d’humains et du trop petit nombre de ressources.

Et là me vient une idée folle que je vais tester sur vous : Est-il possible que nous nous dirigions des lance-missiles avec des bombes à hydrogène les uns vers les autres afin de nous ôter de l’esprit une question plus grave, celle de la cruauté avec laquelle la nature peut nous traiter, un de ces jours, la nature étant la nature ?
Maintenant que nous pouvons discuter du bazar dans lequel nous sommes avec quelque précision, j’espère que vous avez  arrêté de choisir l’ignorance abyssale de l’optimisme  comme posture de gouvernement.

Il était utile aussi longtemps que personne n’avait la clef sur ce qui se passait réellement. Pendant les dernières sept millions d’années ou à peu prêt. De mon temps, il y a eu des responsables désastreux à la tête des institutions qui avaient réellement un travail à accomplir.
Le genre de responsable dont nous avons besoin maintenant ne sont pas ceux qui promettent une dernière victoire sur la nature gagnée à force de persévérance à vivre de la façon dont nous le faisons, mais ceux qui ont le courage et l’intelligence de présenter au monde ce qui semble les préalables sévères mais raisonnable pour que la nature se rende :

  1. Réduire et stabiliser notre population
  2. Cesser d’empoisonner l’air, l’eau et le sol
  3. Cesser de se préparer pour la guerre et commencer à envisager les vrais problèmes
  4. Enseigner à nos enfants et à nous-mêmes, aussi, pendant que nous y sommes comment habiter sur une petite planète sans devoir la massacrer.
  5. Arrêter de penser que la science peut résoudre tout si on lui alloue quelques milliards de dollars
  6. Arrêter de croire que nos petits-enfants se porteront quel que soit notre niveau de gaspillage et de destruction parce qu’ils pourront avoir un joli vaisseau spatial dans lequel vivre. C’est vraiment stupide et dangereux.
  7. Etc.

Suis-je trop pessimiste à propos de la vie dans une centaine d’année ? Peut-être ai-je passé trop de temps avec des scientifiques et pas assez avec des rédacteurs de discours et des politiciens. Mais pour ce que je sais, même les  personnes sans-domicile-fixe auront tous leur hélicoptère personnel ou leur ceinture éjectable en 2088. Personne n’aura à quitter la maison pour aller au travail ou à l’école ni n’aura même à s’arrêter de regarder la télévision. Tout le monde sera assis toute la journée, manipulant des liens sur leurs ordinateurs avec tout ce qui existe, et buvant du jus d’orange avec des pailles comme les astronautes..

Bien à vous

Knut Vonnegut

Traduction Elisabeth Guerrier

 

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Prêter sa femme

Il semble que si quelque chose s’apprend, cela passe par une neutralisation des premières réactions, toujours émotionnelles, revêtues, de par l’urgence à se protéger, par un appareil de préconceptions, de formules,I de clichés qui si ils mettent à distance la sensation viscérale d’injustice et d’impuissance ne permettent pas d’aller tenter de lire les enjeux, plus obscurs mais aussi plus chargés de ce qui pourrait se qualifier de “vérité “. Ceci est valable dans n’importe quelle situation où l’on côtoie, sous une forme de passage à l’acte ou sous une forme de discours, l’humiliation, le stigmate, la possession, l’inégalité, l’exploitation, bref, tout ce qui se traîne dans, autour, au-dessus de l’exercice d’un pouvoir.

“ Ici, les hommes prêteraient plus facilement leur femme que leur voiture.”

La première réaction évidemment est cette sensation de violence épidermique, d’injustice qui accompagne le sentiment que l’on est encore si loin d’un véritable changement des mentalités. Femme objet, femme offerte. Femme muette sujette aux transactions entre hommes. Femme manipulée par le discours. Femme signe de réussite. Nombre de femmes ou beauté de la femme ou âge de la femme. Il s’y trouve toujours le même abcès, la même peine derrière les scintillements du succès et de l’ambition et la réaction émotionnelle qui les accompagne en tentant d’attribuer une forme d’évaluation morale à de tels propos. Féminisme, oui, allons-y pour féminisme parce qu’il n’y a de toute façon pas vraiment de choix d’une part et qu’il semble que la conquête d’un droit d’être ne puisse passer que par le repérage permanent des brutalités symboliques énoncées comme des évidences.

Et puis vient une sorte d’idée, d’éclairage soudain qui oblige à constater les formes d’une sorte d’impasse. Il s’agit de l’usage de ce qui constituerait, comme une réaction de réhabilitation morale du genre, d’une spécificité des qualités féminines qui pourraient contrer les si vieux poncifs des patriarcats. Plus de. Plus de compassion, plus de douceur, “plus de” que l’idée que les femmes ont de leur propre “nature” absorbe ou s’approprie, prise entre son propre mythe d’advenir et la réalité des exactions réelles ou symboliques masculines.

Mais “moins de. plus de” que les hommes, dans l’advenir de ce qu’on pourrait qualifier d’égalité, c’est à dire dépourvu des traces rebelles de la misogynie, ça n’existe pas. Simplement parce que dans ces termes de comparaison, une plus ample grandeur d’âme des femmes est tout bonnement une autre forme de préjugé sexiste et que, si égalité on cherche, elle passe aussi par l’ajustement à une problématique commune à tous les genres : celle de tous, hommes et femmes quant à leur rapport au pouvoir. Et bien sûr aux diverses formes de son exercice. Dédouaner, sous prétexte qu’elles l’exercent en bien moindre quantité que les hommes, les femmes de tout rapport à l’exercice du pouvoir, tout comme leur attribuer par leur possession d’une sorte d’instinct une plus grande sensibilité au respect du vivant, ce sont des éléments de l’imagerie qui attribuerait une forme de connaissance spontanée, génétique, en quelque sorte gratuite et bénévole des clefs de l’humain à travers la maternité, identique à toute femme de tout temps, se débarrassant dans une forme d’idéalisme de toute question sur les impacts culturels et politiques dans la genèse de ce que nous vénérons ainsi comme inné. Prétendre à la “bonté “ à la “douceur” de la femme, comme à des formes phylogénétiques de sa condition, c’est éliminer la nécessité de l’analyse de sa condition. Éliminer du même coup la nature purement arbitraire et historique de la construction du modèle familial, la place et le rôle des éléments de cette famille et leur contribution, consciente ou non, à l’édifice social. Et organisant ces schémas, les divers types d’exercice du pouvoir qui les sous-tendent.

Les mythes ont la peau dure. Même dans la neutralisation institutionnelle occidentale, ils trouvent les moyens de s’épandre, de donner forme et sens à ce qui se joue d’une idéologie patriarcale encore extrêmement vivace. Il serait donc nécessaire de “ déféminiser “ les attributs des femmes dans le contexte du patriarcat et de revenir à ce qui le caractérise comme forme politique d’exercice du pouvoir, les pièces, éléments qui s’ajustent dans son contexte ne pouvant s’en extraire en tant que tels puisque leur image, projetée ou appliquée est parti prenante de la construction de ses soubassements même. Il serait également nécessaire de ne pas avoir à faire des choix entre des modèles de moins que, plus que et entre des dualités qui ne peuvent que se renvoyer en miroir leurs propres caractéristiques, dans la mesure où ce sont ces mêmes caractéristiques par construction et par fonction inconciliables qui assurent la genèse même de ce système. C’est de cette binarité que le patriarcat se nourrit, au sens quasi cannibale du terme et d’elle dont il tient sa résistance, qu’elle prenne l’aspect d’une répression aveugle et violente ou d’une pratique langagière criblée de références à la hiérarchie des places occupées.

Le tiers de ce système ne peut être que la question posée aux fondements inconscients du pouvoir lui-même, à son vertigineux appel et à la jouissance unique que son exercice engendre. Le pouvoir n’a pas de sexe, quoi qu’on puisse en croire, c’est pour cela qu’il se pose sur le premier terrain de différenciation possible comme sur ce qui lui donne son objet. Le pouvoir est avant tout une capacité à devoir s’exercer, une forme de pulsion primaire, qui pourrait fort bien avoir trouvé sa genèse dans les toutes premières heures de la vie et dans les aléas de la toute-puissance, chronologiquement bien avant l’oedipe, tout à côté de la pulsion de mort. La psychanalyse s’est tout de même assez curieusement à notre connaissance très peu penchée sur l’arsenal de l’exercice du pouvoir, on pense à Legendre, à Enriquez. On postule que peut-être cette question même et la nécessité de la décomposition des multiples formes de cet exercice auraient amené des ébranlements dans les velléités plus ou moins conscientes des théoriciens. Par contre, au regard de tant de faits de politique générale comme de faits sociétaux, il semble qu’un travail de mise au clair de cette force semble impératif.EG

La bienpensance

Que faut-il mieux faire pour rester sinon certain(e) de sa position face au monde, comment le serait-on ? Mais au mieux, au moins pire certain(e)de sa position face à soi-même. Dans cette position, ce qu’il faut, peut-être en premier lieu, c’est être prêt(e) à affronter le rejet, les insultes et l’apostasie de ceux qui savent. Qui savent avant tout  une  chose, la chose, la place, partout et toujours du “bien”. Le bien pour les autres surtout, pour leur bien-être et leur pensée, pour leur avenir et celui de leurs enfants, qui savent que tout ce qui entoure la “différence” et sa massue idéologique contenant en elle le pouvoir de tous les concepts creux où tout peut faire office,  peut se légitimer et légitimer à quelques minutes près, son contraire, bénir tout et son contraire et faire dormir sur leurs deux oreilles l’élite de la clairvoyance et les hérauts de l’esprit révolutionnaire. Les mêmes qui, il y a quelques temps pensaient bien en suivant Sartre dans sa soumission aveugle au Stalinisme, contre les faits un peu trop criants et leur insupportable poids de réaction, qui suivaient Sartre encore quand, après en avoir convenu, tard, il décidait que le Stalinisme pouvait montrer quelques failles, des millions de morts, mais pour leur bien, et pour maintenir le cap de l’esprit de la justice et du pouvoir du peuple et des masses laborieuses, s’adonnait en toute rigueur aux merveilles du Maoïsme. Les mêmes qui, un peu plus tard, donnent dans l’esprit écologiste, jusqu’à en faire une idéologie aussi fermée qu’elles le sont toutes, par essence, et qui transforme un terrain de recherche, d’expérimentations et de choix personnels et sociaux en critères de mode de vie agrémentés d’une mention d’adéquation et de pureté, nouveau puritanisme vert, où la “nature” se voit parée d’un bel habit mystique, tout aussi toxique pour la liberté de pensée que les cultes religieux les plus conservateurs.

Le bien, quand on est persuadé de le détenir, il a quelques difficultés à ressembler au bien détenu par son voisin. Le bien il a, quoi qu’on en pense, la part belle dans le cadre de la bienfaisance et de toute sa démarche d’exercice d’un pouvoir qui se cache derrière le contrôle social et le partage des biens. La politique n’est pas un oeuvre caritative, elle doit être prudente avec le bien, il amène dans son sillage les fantasmes d’épuration, de nettoyage moral et on sait où, chaque fois, cela mène. Si ce n’est que chaque fois, après quelques excès, ayant remis la légitimité des éléments de l’altérité contaminés en place, le bien en change et que sa recherche ouvre des horizons de purifications nouveaux. Et dans ce cumul de causes qui sont, toutes légitimes à la surface du globe qui pourtant ne chôme pas, les causes de ce bien, défendues dans les médias sociaux avec un sérieux et une conviction sans borne, tant de causes, tant de souffrance et si peu de liberté, si peu d’égalité etc., il y a aussi cette nouvelle vague de bienpensance autour de la lutte contre ” l’islamophobie “,  nouvel emblème, honte de la réaction, ignorance et bêtise d’extrême-droite, brandi comme la plus ordurière des marques de l’égocentrisme, de l’ethnocentrisme, de tous les .ismes coupables de laisser moisir dans l’obscurantisme les authentiques mouvements progressistes de la conscience collective.

Alors, on plie la nuque, on hésite, on parle sans témoin pour dire que malgré les millions d’adeptes de cette religion, le nombre est-il en soi un argument de validité, malgré la force de son histoire, et les différentes faces de ses théories à travers le temps, on n’est pas convaincu(e) qu’il s’agisse tout à fait d’une seule et unique forme d’”islamophobie”, que le terme de ” phobie ” demande à être soigneusement utilisé pour continuer à signifier ce qu’il veut dire et que les mots, là encore ont toute leur importance quand on en vient d’abord à vouloir constater les faits de ses pratiques d’exercice du pouvoir contemporaines. Et dans ces faits, on n’a pas besoin de tourner autour du monstre, de risquer des amalgames fâcheux pour s’alarmer des modes d’exercices conjoints du pouvoir religieux et politique par les manifestations d’un Islam figé, se référant à des théories et des modes d’application de la loi coranique parmi les plus rétrogrades de son histoire. Comment observer sans les refuser dans le principe au titre des valeurs qui sont les nôtres, au titre également d’une certaine idée de la raison, qui demeure l’élément le plus essentiel de toute gouvernance, les cumuls d’organisation et de contrôle du social que cette religion pratique et autorise comme responsable de l’application d’une règle collective morale et religieuse et qui amène des pays entiers à rester en hibernation, au prix faramineux de la disparition et de la persécution de leurs élites intellectuelles et artistiques, au prix faramineux de la créativité de leur jeunesse, au prix du maintien de la moitié de sa population dans l’ombre pour la protéger comme une faible d’esprit contre la souillure du désir, quelque forme puisse-t-il prendre, au prix de l’enfermement pour apostasie de toute marque de rébellion, puisque toute prise de position opposée au régime en place est condamnable comme trahison de la parole de dieu même.

Il ne s’agit pas de douter de la fonction cathartique de ce cadre religieux ni de ne pas lui reconnaître sa place, seulement à travers les extrémismes et les immobilismes insupportables qu’il affiche, dérives, peut-être, forme ultime d’un rapport immuable et mortifère avec une prétendue loi divine applicable à merci comme unique référence à la réalité humaine. Il s’agit de dire que les mythes d’un paradis dont l’accès légitime toute mesure de répression et toute légitimité des actions sur terre sont une absurdité manipulatrice et mensongère. Il s’agit de dire que la libération du mélange des exercices entre les pouvoirs politiques et religieux est une des conquêtes de l’Occident et que c’est un des premiers pas vers la force de la liberté individuelle de penser et de croire, le politique et le religieux ne font qu’un dans l’Islam et le privé comme le public sont entièrement sous le contrôle de la loi divine que dans l’idéal le Calife fait respecter, de dire que la lutte pour la libération des femmes et leur prise en compte au titre d’égales indiscutables des hommes est une des conquêtes de l’Occident et qu’elle peut et doit être considérée comme une conquête de l’humain vers sa propre humanité, que le message des Lumières en est une aussi et qu’il a en lui les caractéristiques d’une dimension universelle du droit de chacun(e), que, au-delà des mythes du progrès comme nature de la civilisation, une structure religieuse ou sociale qui immole tout mouvement de pensée dans des rituels et des discours stéréotypés et inamovibles, rendant impossible parce que blasphématoires les recherches de soi sur soi, les hypothèses existentielles, qui sont, l’accepte-t-on ou non, les codes subjectifs de la modernité même dans laquelle le monde entier est entré depuis quelques siècles, même si la forme de réactions au nom de l’inchangé, de l’inchangeable transféré dans l’unique référence à des écrits sacralisés tend à vouloir s’en détacher, comme elle tend à créer ses propres droits islamiques de l’humain dans une volonté de se séparer du mouvement de l’histoire et de surtout pouvoir rêver de l’abolir.

Il n’est en jeu ici aucune “phobie” mais des convictions ou mieux des valeurs. Cette position serait la même à l’égard de n’importe quel cadre religieux ou idéologique qui s’autoriserait, pour des causes qu’il générerait lui-même, des droits de légiférer toutes les existences au prix de leur mise au silence et de la culture de leurs peurs de la mort, de la répression sauvage ou du changement. Elle serait la même à l’égard de tout mouvement se prévalant du culte d’un quelconque “Être suprême” qui, à nos yeux, est justement ce dont il faut à tout prix se débarrasser pour advenir dans nos contradictions et nos faiblesses, dans nos forces d’entendement et dans les voies vers nous-mêmes

Alors, pourquoi devrait-on, sous peine d’être défini(e) comme perdu(e) dans une forme de conservatisme frileux et d’errance intellectuelle, sacrifier au rituel d’une idéologie du bien qui s’abreuve sans pondération ni auto-critique à toutes les causes de l’altérité quand on est construit(e) jusque dans sa substance même de valeurs et que les luttes pour ces valeurs sont, tout simplement, insacrifiables ? Alors pourquoi devrait-on souscrire au silence quand on pense en particulier aux statut des femmes dans l’Islam comme il est défini aujourd’hui majoritairement, sachant que le fait qu’elles l’acceptent ou non comme une marque d’excellence de leur foi n’est pas la question, mais que la question est leur impossibilité à pouvoir dire non à cette foi et à ce statut si elles le désirent, sans risquer la mort, quand on pense aux règles quasi omniprésentes du patriarcat les plus rétrogrades, considérant la fille comme devant être vendue, comme ne pouvant suivre des études, dans certains pays, comme devant être excisée, la présence de la légitimité religieuse ayant récupéré tout ce qui semblait convenir aux systèmes de pouvoir en place des pratiques antérieures en permettant absolument tout ce qui peut et doit s’opérer en son nom, quand on pense aux conditions faites à l’opposition politique dans la plupart des pays à gouvernements islamistes, à celles faites aux homosexuel(le)s, on n’a pas l’envie de brandir une nouvelle cause du bien parmi celles défendues par la gaucherie occidentale, parce que ce rapport infantile à un pouvoir divin imaginaire tout-puissant mis en oeuvre par des élites religieuses elles aussi toutes-puissantes et tout aussi corrompues que leur équivalents séculiers occidentaux, il est aussi ce contre quoi on lutte. La différence et le respect pourquoi pas, mais comment la tolérance se peut-elle souscrire à ce qui est tout bonnement du simple point de vue des droits humains,inadmissible ? EG

Dieu n’est pas un humaniste

On peut décider, tant le chaudron est brûlant, de se taire, se taire à propos des mêmes obstacles, quasiment structuraux , au fait de parler. Le lieu de ces passages à l’acte répétitifs et entendus comme une guerre ouverte déclarée, avec sa genèse, son histoire, ses alliés, ses financeurs, ses méthodes, ses vendeurs d’armes et ses modes de recrutement, ses chefs de guerre et ses victimes est aussi le lieu des passions, comment ne pas en effet s’enflammer face à un tel niveau d’horreur et surtout à l’apparente gratuité aveugle de ces hécatombes qui ne différencient personne et restent quoi qu’on en pense, assez opaques quant à leurs véritables buts.

 

Mais devant cette impasse, la même qui s’élève dès qu’on défend l’idée que cette guerre est bel et bien une guerre de religion et que même si l’amalgame est de mauvais goût, il s’agit d’une guerre générée par la présence d’une loi religieuse, dont tous se réclament, élue comme postulat irrévocable et indiscutable mais pouvant être manipulée, interprétée, modifiée au gré de ceux qui parlent EN SON NOM. N’importe quelle religion s’engouffre dans sa propre pratique, dans ses cultes et dans ses préceptes qui évoluent au cours du temps et en fonction des cadres moraux, sociaux, culturels qui l’empruntent pour s’exercer et du pouvoir de décision qu’un système politique lui confère. Dire que les attentats, sous quelque forme que ce soit, n’ont ” rien à voir” avec l’Islam, c’est sur un plan d’analyse historique, comme de dire que l’Inquisition n’avait rien à voir avec le Catholicisme. On peut en effet avancer que l’Inquisition n’est pas conforme aux Évangiles ou aux textes sacrés chrétiens qui sont les seules références, il n’est aux yeux de l’histoire aucun texte sacré qui vaille mais des faits et des traces de ces faits. Et ces faits, ils sont ce que la religion, ce que toute religion provoque comme sectarisation constitutive et qui n’existe que contre les éléments qui sont dans la mécréance. Il n’est pas de foi sans infidèle, et on peut imaginer qu’une religion qui fédérerait l’humanité ne peut se concevoir qu’en créant immédiatement un espace de différence et donc de rejet, ou au mieux d’ “étrangèreté “. On pense à la démarche sacrificielle et à ” l’unanimité violente ” évoquées par René Girard. Il va de soi que notre présence adhésive au présent et au trouble intense que provoque ce sentiment de danger et d’injustice nous empêchent de nous représenter ce que les historiens pourront dire sur ces mêmes attentats. Il semble pourtant évident qu’ils les feront dépendre de l’expansion de l’Islam et de son extrémisation sensible sur tous les lieux où il s’exerce, pensons aux Chrétiens d’Orient et à leur progressive extinction malgré une cohabitation millénaire, et les décriront comme un phénomène faisant partie prenante de son devenir.

 

Qu’il s’agisse d’une façon de régler des contentieux autres que religieux peut être une évidence également, que nous nous devions de les inscrire dans une perspective post-coloniale comme une façon d’affirmer une identité qui puisse se maintenir hors des fondements proprement évolutifs de l’Occident et de sa vision totalisante du progrès pour sacrifier à l’inchangé et à l’immuable source de sécurité faute d’avoir pu rejoindre les forces occidentales dans leur course effrénée vers le néant, pourquoi pas. Mais on ne peut sous prétexte de tolérance et d’humanisme tout bonnement effacer les dimensions idéologiques qui viennent entrer en collision avec des histoires de communautés, d’exil, de familles et d’appartenances complexes. Il est probable qu’un fond de culpabilité mal négociée puisse hanter les mentalités collectives occidentales et que la façon dont les projets d’ immigration se sont offert simplement la poursuite d’une exploitation féroce de la même main d’oeuvre qu’elle épuisait depuis plus d’un siècle sur place dans une vision hégémonique des bienfaits de la pensée capitaliste laisse des traces d’humiliation qui n’ont jamais été effacées. Il est également probable que cette même culpabilité et le malaise grandissant à l’égard d’une civilisation qui créa son identité sur un ethnocentrisme sans alternative jusque dans ces dernières décennies et travaille à sa propre extinction sous couvert des mêmes scientismes et technicismes qui définirent et définissent encore sous des modes à peine changés son hégémonie et son efficacité amènent une sorte d’idéalisation de la différence quel que soit son aspect, comme une façon de se positionner hors des courants auxquels on s’oppose d’une façon assez impuissante.

 

Mais on ne peut pas séparer la religion pratiquée de son contexte historique, on ne peut pas séparer les textes sacrés, qui n’ont de sacré que la fonction d’éclairage qu’on leur donne, de leurs effets de parole masquée et de caution aux litanies d’un discours emprunté et assimilé qui prend la place du récit de soi et de conscience de sa place au sein d’une société qui nourrit elle-même les ambivalences. De même qu’il est impossible de ne pas envisager les pratiques religieuses sans étudier leurs rapports prescrits à l’enseignement, à l’égalité des genres, au pouvoir et à ses modes d’exercice, c’est à dire à mettre la ” liberté religieuse ” et le  “respect des différences ” sous le regard analytique de l’approche contextuelle et scientifique. Le déploiement de l’Islam peut être considéré dans une perspective religieuse comme celui d’un bienfait pour l’humanité, on peut également attacher cette propagation à ses modes violents et totalitaires de prosélytisme et au fait que plus qu’une assise à des principes d’économie sociale et privée, il donne l’accès à l’exercice d’un pouvoir politique qui se légitime par ses origines religieuses. Il va de soi que l’esprit de Lumières ne peut que laisser ouverte la possibilité de la croyance, par contre il a l’extrême sagesse de la maintenir confinée dans la sphère intime et l’intime, il ne semble pas que l’Islam s’en satisfasse. EG

 

Références : Fethi Benslama “ La guerre des subjectivités en Islam” Collection Lignes

René Girard “ La violence et le Sacré” Edition Pluriel

Le bavardage de l’américanisation silencieuse

ELISABETH GUERRIER·MARDI 12 JUILLET 2016

À Sylvie,

Le texte qui suit est une réponse à un commentaire concernant certaines positions très prudentes à l’égard de l’usage intensif et croissant des américanismes dans les médias, dans le lexique des mouvements politiques ou culturels français et dans les échanges quotidiens dont le lit privilégié, à la fois ordonnateur et réceptacle est évidemment l’outil numérique. Cet usage pouvant être qualifié de “tendance” semble s’imposer sans déclencher de réactions critiques alors qu’il s’agit non pas d’une simple mode, passagère donc, mais, pris dans son contexte historique, d’un pas supplémentaire franchi dans l’hégémonie culturelle d’un système qui se conçoit lui-même, dès son origine et sa théorisation, comme incontournable et devant imposer ses modalités, son fonctionnement et ses valeurs et sa langue au monde entier sous la forme d’une sorte de catéchèse sous-jacente omniprésente et de pratiques économiques et politiques agressives globales qui seraient la seule issue possible pour l’ensemble de la planète et que nous qualifierons de vision idéologique totalitaire. Le sujet des américanismes et de leur usage dans la construction et la banalisation du “discours managérial ” est suffisamment important, d’autant qu’il semble ne pas déclencher d’alerte auprès des groupes ou des individus les mieux ancrés politiquement, pour lui consacrer une tentative de mise à plat, qui demeurera malgré tout sommaire, des implications et soutènements auxquels il préside et qu’il éclaire. Il s’agit, dans ce qui devrait déclencher une alarme sur la protection des racines et des formes même de l’identité nationale, collective, historique et qui a comme signifiant premier d’appartenance la communauté de langue, de mettre à jour les implications inter-systémiques d’une langue nord-américaine , “parce que l’américanisme, le capitalisme technologique, est un système”.1 qui s’impose comme outil de colonisation mondiale d’une dynamique ayant ses buts, son histoire, et qui correspond parfaitement, sous ses aspects pseudo-rationnels et sa logique de l’utile et du pragmatisme à la définition que Castoriadis donne de l’idéologie : un ensemble d’idées qui se rapporte à une réalité, non pas pour l’éclairer et la transformer mais pour la voiler et la justifier dans l’imaginaire” . 2

Il est à considérer comme un fait que la langue qui domine les échanges de l’aire globale s’est imposée avec une force nouvelle depuis plus d’une dizaine d’année et particulièrement depuis l’avènement de l’aire numérique comme étant l’Anglais. C’est une telle évidence et cela se manifeste avec une telle régularité dans les échanges quotidiens dans le contexte de ce que Nestor Garcia Canclini décrit comme “ la coproduction internationale de l’identité individuelle” qu’on ne questionne plus l’histoire et le contexte de cette réalité ni, surtout, au-delà des technologies numériques, les systèmes idéologiques et culturels qui ont promu cette langue comme langue de la “communication”. Il semble important avant de développer les risques essentiels courus à travers “ la menace sur la biodiversité des langues et des cultures”3 face à ce raz-de-marée de préciser deux points qui peuvent, faute d’être éclaircis, prêter à confusion. Tout d’abord, il ne s’agit pas de donner dans une sorte de nostalgie nationaliste et de conservatisme qui ne pourrait pas s’adapter aux contingences contemporaines. Ces risques évoqués ne toucheraient pas la pratique répandue d’un bilinguisme mondial, maintenant la langue maternelle comme base des échanges locaux et liant de l’identité historique nationale et gardant la pratique de l’Anglais comme langue des échanges internationaux. Il va de soi que la qualité de cet Anglais global réduit à son aspect fonctionnel serait une perte par rapport à l’Anglais des anglophones et de leurs cultures mais on peut tolérer cet appauvrissement au nom des aspects efficaces de sa pratique universelle même si la réduction d’une langue à un outil fonctionnel d’échange fait également partie des mises en place de la vision du pragmatisme et de la personnalité rentable et restreint le champ et la portée du langage en tant que tel comme absolue caractéristique de ce qui constitue à la fois la force, la complexité et le destin de ce qui définit l’humain dans son essence. E.Diet dans son article sur le discours d’entreprise évoque “ Le détestable franglais véhiculé dans les entreprises s’impose désormais dans l’administration, le service public et le milieu associatif soumis à la loi d’airain de la gestion managériale et à la bêtise de l’efficacité opératoire. On constate même dans de très grandes entreprises françaises l’obligation pour les cadres résidant et travaillant en France de tenir au siège la totalité de leurs réunions en anglais. Bien entendu, ce basic ou wallstreet english, n’a plus grand-chose à voir avec les richesses de la langue de Shakespeare : il s’impose dans sa pauvreté technique, sémantique et grammaticale comme le lit de Procuste de l’idéologie néo-libérale.”4

En deuxième lieu, il a été évoqué l’intérêt d’une génération dite “soixante-huitarde” pour la culture nord-américaine, sa musique, sa littérature et ses mythes et la complète séduction qu’elle pouvait alors exercer. Il est nécessaire de préciser que cet Anglais-là était l’Anglais de l’opposition à la guerre du Viet-Nam, des phénomènes comme Woodstock, de la grande visibilité du mouvement féministe, du développement de pratiques et de modes de vie marginaux en contestation et en rupture franche avec le système politique des années 60.70. L’Europe qui vivait elle aussi un série de mouvements de fonds ne pouvait qu’applaudir aux changements radicaux prônés par les nouvelles formes de musique, par la littérature à travers, entre autres, Burroughs, Kerouac ou un peu plus tard par Bukowski et accueillir cette langue comme le vecteur de ce désir de libération révolutionnaire auquel elle aspirait. Il ne s’agit pas du même Anglais quand celui qui est instillé jour après jour dans les pratiques langagières est lui aussi un outil mais un outil de propagande de l’idéologie ultra-libérale. Dans le même temps en effet se structurait une école qui continue d’inspirer les positions libérales les plus extrêmes à travers les Chicago Boys et la posture idéologique de l’économiste de Milton Friedman qui devait redonner à l’imaginaire libéral marchand toute sa véhémence et qui continue d’être le modèle prôné majoritairement avec ferveur outre-Atlantique et dans le cadre de la Commission européenne et de la plupart des pays membres. Il est nécessaire également de préciser que liés à ce mouvement naquirent les premiers “Think Tanks” comme l’Institute of Economic Affairs ou l’American Enterprise Institute dont les stratégies sont ouvertement guerrières et hégémoniques. Il s’agit dans le cadre de la création du “ Siècle américain” d’instaurer une république impériale pour reprendre l’expression de Raymond Aron et d’une façon ostensible d’exercer par tous les moyens une domination au niveau militaire, diplomatique, électronique, culturel et bien sûr linguistique.

Cette volonté hégémonique est avant tout celle d’un système avec des points de vue très arrêtés sur la nature humaine, l’élitisme, le pouvoir, la réussite, autrement dit, au-delà des aspects économiques libéraux proprement dit, sur une morale et une vision de l’individu social clairement définie. Dans ce contexte, il est intéressant de faire un léger retour en arrière et de sonder les différentes percées de la culture exportée ainsi au titre d’un but et d’un modèle à atteindre pour l’humanité : les séries télévisées, la musique, les films grand public peuvent sembler n’être que des artefacts mais ils sont avant tout des marqueurs culturels, modes de vie, valeurs, types et modalités d’échange entre pairs, entre conjoints, images de la réussite, de l’accomplissement personnel, des projets, place de la famille, des études, tous les marquages d’une identité culturelle figurent dans ces condensés qui sont absorbés avec aisance par l’Occident dans sa totalité jusqu’à en devenir les modèles uniques. Dans le domaine du langage qui est le point final et le plus sensible de cette hégémonie en route, on peut également se référer à titre d’illustration, au glissement s’étant opéré il y a quelques années, très progressivement, de la création, pour la promotion des productions américaines hollywoodiennes, de titres français à ses films, nécessaires pour être mis sur le marché, à la disparition récente de cette nécessité qui marque une étape nouvelle dans ce phénomène et se trouve quasiment effacée comme telle, comme une évidence. Les exemples d’ingestion et de digestion de ces formes de slogans qui taisent leur nature sont pléthores, resurgissent dans les échanges quotidiens sans encombre, comme des marques d’appartenance au “ temps “ dont les acteurs font partie.

Les positions d’opposition et de rejet des valeurs véhiculées par l’ultra-libéralisme et sa cohorte de dégâts humains, sociaux, environnementaux négligent souvent un élément de la dynamique de ce même ultra-libéralisme : sa capacité à tout neutraliser de ces refus pour l’ingérer dans le mouvement global du marché et pour se faire, à mettre la main sur tous les éléments nationaux, culturels, individuels, afin de transformer le monde en un réseau hédoniste de consommateurs. Pour reprendre Castoriadis , “ La crise de la critique n’est qu’une des manifestations de la crise générale et profonde de la société. Il y a ce pseudo consensus généralisé// tout est médiatisé, les réseaux de complicité sont presque tout puissants. Les voix dissidentes et discordantes ne sont pas étouffées par la censure ou par les éditeurs,// elles sont étouffées par la commercialisation générale “5. Ce choix ultra-libéral est défendu avec constance par les tenants de l’hégémonie nord-américaine, se représentant leur pays comme celui à même de donner au monde entier une ligne de conduite et de valeurs qu’ils désignent comme les meilleurs et incontournables au point d’envisager l’avenir de ce monde clos sur le post-capitalisme comme un univers arrivé à “ la fin de l’ histoire ”6 . C’est un système qui a élaboré des stratégies de manipulation de l’opinion comme principaux outils de domination, il est nécessaire de rappeler que le grand fondateur du concept et de la mission des “relations publiques ” est le créateur de la propagande de masse, Edward Bernays, qui élabora sur des bases de maîtrise et de manipulation des opinions et des comportements collectifs des stratégies de marketing dont se servirent et se servent encore toutes les corporations mais aussi tous les mouvements politiques. Il est nécessaire également de rappeler qu’il avait comme ami un des fondateurs du mouvement néo-libéral dans sa branche américaine et qui donna son nom au colloque Lippman, genèse des mouvements libéraux d’économie politique des années 1930.1950. Plutôt que le choix théorique et fantasmatique fumeux des complotistes qui attribuent à un certain nombre de théoriciens de l’économie politique ou de chefs d’entreprise la capacité de tirer en secret et comme ils l’entendent les fils de nos destins, il s’agit d’un phénomène totalement interdépendant entre les masses et les leaders de tous ordres, et de ce que Bourdieu nomme “ la nouvelle vulgate planétaire” qui implique dans sa construction une participation consentie, voire enthousiaste à son propre asservissement, l’efficacité de ce “ gouvernement invisible ”7 résidant dans sa capacité presque sans borne à générer des comportements et des visions qui ne dissocient pas la façon dont l’individu se représente sa place au monde des marques ostensibles de son appartenance au système. Un des outils les plus efficaces est sans doute la “ fabrication des consentements”qui, comme le précise Bernay, fera “ l’objet de substantiels raffinements.” Sa force spécifique est de non seulement générer un accord mais surtout de permettre à l’individu de garder l’illusion qu’il a lui-même et délibérément choisi ses modes de vie, ses objets et ses activités quotidiennes, ses positions politiques et jusqu’à ses pensées. Rappelons ici quelques mots de Lippman touchant sa conception de la démocratie : “ Le véritable pouvoir, celui que procure la richesse de la nation// doit demeurer entre les mains des plus capables et la principale responsabilité du gouvernement est de maintenir la minorité à l’abri de la majorité” ou encore “ Le public doit être mis à sa place afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piétinés ou encornés par le troupeau des bêtes sauvages”8

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Une des forces du système ultra-libéral nord-américain est sa capacité à effacer les limites, à niveler les postures et à transformer tous les indices d’appartenance en des produits commercialisables et désirables faisant entièrement partie des outils de construction de l’identité individuelle, générationnelle ou groupale. On pense par exemple à cet envahissement du drapeau américain dans tous les domaines, vestimentaires, alimentaires, utilitaires ou de loisirs où la grande astuce, est de l’avoir complètement dépolitisé, dénationalisé à l’exportation pour ainsi dire, pour le mettre au rang d’une marque d’identification universelle à ce qui doit se porter, se manger, pour être dans la vague et porté par elle. Cet “impérialisme symbolique”comme le qualifie Bourdieu a réussi à jouer en profondeur sur des champs obscurs des mouvements d’opinion et à faire en sorte que ce qui correspondrait à un signe de pouvoir brutal comme le drapeau hissé sur une terre conquise soit porté avec une sorte de vénération sur les corps sans être vécu comme une forme de soumission et plus encore sans avoir à être formellement identifié par celui qui l’arbore comme un signe de domination mais considéré comme un élément de ce qui le constitue à travers les choix vestimentaires, alimentaires ou autres qu’il effectue dans ce qu’il considère comme sa toute liberté. On pense aussi au nombre de slogans imprimés en Anglais sur les vêtements, codes visibles et universaux des états d’âme potentiels condensés en quelques phrases porteuses, suffisante pour donner à l’extérieur les codes de votre identité. Il en va de même, comme mentionné plus haut, de la force commerciale des productions cinématographiques hollywoodiennes, des séries télévisées qui sont devenues depuis longtemps déjà non un produit d’exportation que les consommateurs apprécieraient dans toute sa dimension exotique mais la marque d’un moment de culture globale où les caractéristiques identitaires locales sont complètement laminées et peut-être pire, pas même revendiquées ou perçues comme nécessaires ou trahies par les spectateurs. Voire, plus simplement et plus vertigineusement, oubliées. Au-delà de produits commerciaux de diverses formes, ce qui s’impose depuis plusieurs décennies en Europe principalement, en raison de la proximité historique et politico-économique, et sous diverses formes aussi dans le reste du monde avec une telle aisance, correspond à des valeurs, des modes de vie, des habitus et plus profondément des modes de pensée et de se penser, qui sont pris dans la grande mouvance globale et son uniformisation et ne prête pas, d’une façon consciente, à des réactions épidermiques d’opposition de nationalisme piqué au vif et de sentiment de visée impérialiste qui serait subie dans la mesure où cette domination douce, se présentant dans sa nature même dépolitisée pour ne se déclarer que facteur de progrès et touchant les sphères les plus privées des individus, se fait non seulement avec le consentement mais avec l’enthousiasme des foules.

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La perversité de ces stratégies fondées largement sur la perversion du langage et l’attaque des contenants et organisateurs de la pensée, des liens et de l’organisation, échappe aux anciens paradigmes critiques centrés sur les affrontements directs et les rapports de production et laisse les sujets démunis faute de figurations, de représentations et de mots pour penser ce qui leur arrive et, pire, pour savoir dans quel registre de leur vie cela se produit.

Comme tout produit sur le marché, la dimension du succès d’une pratique correspond à la nature de la demande et à la capacité de ce produit à la modeler. Image de soi et du groupe d’appartenance définies par les locutions et les comportements, les signes ostensibles d’apparence physique, les mœurs. Le langage évidemment non seulement n’échappe pas à cette loi mais il en est un des vecteurs principaux. On peut bien sûr plaider l’universalisation, ou du moins l’occidentalisation de tous les mouvements clamant une marginalité à l’égard de la pensée dominante, nous sommes passés par suffisamment de vagues musicales, culturelles anglo-saxonnes pour ne pas être étonnés. Il est également difficile de négliger l’impact novateur et précurseur, au moins dans les imaginaires, de la ville de New York. Mais la capacité, encore, à niveler tout mouvement pour le prendre dans la succession des courants et de modes est une des armes les plus redoutables de ce système qui peut ingérer toute réaction de fond et en faire un produit de marché.

Quant aux effets exogènes de ces stratégies, il s’agit plus d’une inquiétude sur l’usage systématique de ces termes dans les médias comme marque de contemporanéité et du progressif remplacement de nombre de termes par leurs correspondances nord-américaines et parallèlement de l’impuissance toute récente à créer du langage. Car ce qui opère d’une façon sous-jacente par cette intégration sans douleur ouvertement ressentie, c’est la mutation irrévocable d’une vision du monde multiple, changeante, créée par la plasticité inhérente au langage et propre à chaque communauté dans sa texture même, sa façon de se reconnaître et sa progressive uniformisation aux critères univoques du système dont les outils de tous ordres et bien sûr langagiers eux-mêmes, tout en donnant par acquiescement mimétique l’illusion d’un usage consenti sont au service, non de la parole humaine dans son infinie reconductibilité et dans son œuvre de création permanente, mais anticipent un monde clos, fermé pour se connaître sur l’absolue rigidité de quelques formules langagières universelles acceptées comme les vecteurs de la réalité, identiques pour tous, semblant permettre un entendement immédiat et sans ambiguïté. L’usage de ces anglicismes se rependant sans frontières ni retenue a ceci de particulier qu’en dehors des mouvements systémiques qu’ils accompagnent et génèrent, ils apportent non pas de nouvelles façons de formuler notre lien à nous-mêmes ou aux autres, ou notre place dans la mouvance socio-politique comme tout nouveau mot progressivement assimilé, de quelque horizon qu’il vienne le fait depuis toujours, vivifiant, élargissant, modifiant et complexifiant la texture du langage et avec elle notre capacité à chercher des voies d’accès au réel, mais ils exhibent la marque même d’une forme d’ ”entente” implicite globale sur ce qui se dit et sur ce que ce qui se dit désigne, donnant l’illusion d’être adéquats dans leur nature et nécessaires et suffisants dans leurs fonctions, c’est à dire indemnes de tout espace d’ambiguïté ou de toute possible défection, or la nature du langage est, dans son pouvoir et sa limite, d’être autour de la réalité qu’il cherche à contraindre, et dans cet espace ontogénétique s’élabore la pensée, le monde des affaires n’est pas un monde de la pensée. Sous ses dogmes de toute-puissance pragmatique et de rationalité, le monde des affaires n’a pas la nécessité de se penser mais de s’agir. EG

1 Pièces et main d’oeuvre.

2 Cornelius Castoriadis Marx p. 16

3 Roland Gori La fabrique des imposteurs p. 157

E.Diet

5 Cornélius Castoriadis ” La montée de l’insignifiance” Edition Points p. 101

6 Francis Fukuyama

7 Edward Bernays “ Propaganda” p.70

78Lippman The phantom public p.155.

 

Nos horribles prisons: comment peuvent-elles être changées ? Adam Hochschild

Nos horribles prisons : comment peuvent-elles être changées

Our Awful Prisons: How They Can Be Changed

Adam Hochschild

 

 

 

26 mai 2016

 

« Si en 1968 je croyais que je pourrai faire tomber les murs gigantesques du système carcéral du Texas en publiant Conversation avec les morts et l’histoire de  Billy Mac Cune alors ces années de travail  sont parmi les plus gros échecs de ma vie. Au Texas, j’ai photographié un univers de plus de 12.500 femmes et hommes. En une génération ce nombre a explosé jusqu’à plus de 200.000. Beaucoup de choses ont change en Amérique depuis que je suis allé au Texas pour faire ce livre. »  Danny Lyon

 

 

 

Mr. Smith Goes to Prison: What My Year Behind Bars Taught Me About America’s Prison Crisis

by Jeff Smith

St. Martin’s, 272 pp., $25.99

Understanding Mass Incarceration: A People’s Guide to the Key Civil Rights Struggle of Our Time

by James Kilgore

New Press, 264 pp., $17.95 (paper)

The First Civil Right: How Liberals Built Prison America

by Naomi Murakawa

Oxford University Press, 260 pp., $105.00; $26.95 (paper)

From the War on Poverty to the War on Crime: The Making of Mass Incarceration in America

by Elizabeth Hinton

Harvard University Press, 449 pp., $29.95

Caught: The Prison State and the Lockdown of American Politics

by Marie Gottschalk

Princeton University Press, 474 pp., $24.95 (paper)

A shakedown of inmates in the main corridor of the Ellis Prison Farm, Huntsville, Texas, 1968; photograph by Danny Lyon from his 1971 book Conversations with the Dead, which has just been reissued by Phaidon. A retrospective of his work, ‘Danny Lyon: Message to the Future,’ will be on view at the Whitney Museum of American Art, New York City, June 17–September 25, 2016.

Magnum Photos

Une fouille de détenus dans le couloir principal de la prison d’ Ellis Farm, Hunstville Texas, 1968; photographie de Danny Lyon tirée de son livre édité en 1971 « Conversation avec les morts » (Conversations with the Dead), qui vient d’être réédité chez Phaidon. Une rétrospective de son travail : “ Danny Lyon : Un message pour l’avenir ”est organisée au Whitney Museum of American Art, New York City, du 17 Juin au 25 Septembre 2016

 

 

Il y a quelques temps, j’étais présent à un festival du livre en Finlande. Comme il y avait une journée libre, l’éditeur qui m’avait invité m’a demandé ce que je souhaitais visiter. Je lui ai répondu que je voulais visiter quelques prisons. La Finlande emprisonne les gens 10% moins que les USA, un écart beaucoup plus signifiant que ne pourrait l’expliquer les différences dans les populations des deux pays. J’étais curieux de voir à quoi ressemblaient les prisons dans cette société.

La prison de Kerava, la première des deux que j’ai vues, était à la campagne à une heure de route au nord d’Helsinki. Son gouverneur – volontairement le titre à un aspect civil- était une femme à cheveux gris vive, chaleureuse nommée Kirsti Nieminen, une ancienne procureure. Ce matin glacial, elle avait la responsabilité de 150 prisonniers, tous des hommes. Dans son bureau s’alignaient les portraits des précédents gouverneurs, le premier, datant de 1890, étant un homme avec une longue barbe. À côté se trouvait un cadre avec le dessin d’un prisonnier, Snoopy tapant un courrier, qu’elle me traduisit : «  Cher gouverneur, donne-moi un congé ! »

 

 

À peu près l’équivalent d’une prison américaine de moyenne sécurité, Kerava était équipée de fils barbelés, de barreaux à certaines fenêtres et de nombreuses portes fermées à clef. Certains détenus travaillaient dans une serre à l’extérieur de la prison mais seulement si ils étaient fiables et sous surveillance. Mais la ressemblance avec les prisons américaines s’arrêtait là. Dans la serre les détenus cultivaient des fleurs, qui étaient vendues au public, comme l’étaient les légumes biologiques qu’ils faisaient pousser. Comme nous marchions, Nieminen m’a montré un court d’eau où les détenus pouvaient pécher, un terrain de foot, un terrain de basket, un moulin et quelque chose dont elle était particulièrement fière, une étable où se trouvaient des lapins et des agneaux. «  La responsabilité de devoir prendre soin d’un animal est très thérapeutique. » a-t-elle dit. «  Ils sont toujours gentils avec vous, c’est plus facile de leurs parler. »

Pendant à peu près une heure, j’ai pris un café avec une douzaine de détenus. Marko, trente-six ans, portrait une visière et avait des tatouages m’a dit qu’il était là pour “ crime violent” sans me préciser de quel genre. Jarkko, un home bien charpenté de vingt-six ans, purgeait une peine de trois ans et dix mois pour délit d’usage de drogue, Reima, trente-six, blond et semblant jouer les durs, était là pour vol, Kalla à quarante-huit ans était le plus âgé avait commis un fraude, Fernando, son père était originaire d’Espagne, avait vingt-six ans, condamné pour vol à main armée et vente d’héroïne, Harre, vingt-sept pour vente d’ecstasy. Assis également avec nous et aidant pour la traduction se trouvaient Nieminen, une jeune femme du service national des prisons et deux des enseignants de Kerava, toutes deux femmes. Aucun gardien n’était visible, et les détenus comme le personnel portaient leurs propres vêtements et non des uniformes.

 

Cependant c’était toujours une prison et à 19.30 les détenus étaient enfermés à deux dans leur cellule. Celles-ci n’étaient pas spacieuses mais elles l’étaient plus que celles que j’ai vu dans les prisons américaines, chacune avec des toilettes et un lavabo dans un  espace fermé par une porte. La télévision était autorisée, la stéréo, et la radio. Au bout d’un couloir se trouvait une pièce pour les douches et le sauna – quelque chose dont aucun Finnois ne pourrait se passer.

 

Des activités étaient attribuées aux prisonniers mais beaucoup d’entre eux passaient leur journée dans des ateliers de formation sur des domaines comme la réparation automobile, les ordinateurs, la soudure, la cuisine et les premiers soins. Une bibliothèque rassemblait plusieurs milliers de livres – plus que vous n’en trouverez dans la plupart des lycées américains – et les détenus pouvaient utiliser le  système de prêt inter-bibliothèque pour en emprunter plus. J’ai participé à une classe de cuisine et ai partagé un repas délicieux que les étudiants avaient préparé : le ragoût Karelian, fait de bœuf, de porc de pommes de terre et d’airelles.

 

Tout ceci était de toute évidence un autre monde que celui surpeuplé et misérable des prisons américaines, où les classes, pour peu qu’elles existent, sont souvent des décisions prises après-coup et bâclées. Quand l’ancien Sénateur du Missouri Jeff Smith fût condamné à une peine d’une année et un jour dans la prison fédérale du Kentucky, il espérait qu’avec un doctorat et ayant enseigné à l’Université de Washington à St. Louis, il serait mis au travail en enseignant. Au lieu de ça, comme il l’écrit dans son livre «  Mr. Smith va en prison “ (Mr. Smith Goes to Prison ), on lui assigna la tâche de décharger des  stocks dans les entrepôts où il participa au chapardage de nourriture fait à la fois par les détenus et les gardiens. À un mois de la fin de sa sentence, il fût finalement transféré dans la section d’éducation- où on lui demandait de balayer les classes. Une classe d’informatique consistait à pouvoir s’asseoir trente minutes devant un ordinateur, sans aucune consigne particulière, dans  une classe de nutrition, un gardien «  proposait une brochure avec des informations sur les apports caloriques de l’alimentation chez Mac Donald, Bojangles et de Wendy’s puis nous libérait au bout de cinq minutes. »

Tout particulièrement au niveau universitaire, un réel programme d’éducation, comme celui bien connu organisé par l’Université Bard peut diminuer le taux de récidives. – aux USA 67.8 % après trois ans jusqu’à un seul chiffre. 1 Le Programme Bard par exemple, offrait des cours menant à un diplôme universitaire. Ils étaient donnés par des enseignants de Bard et d’autres universités  et suivis par presque 300 détenus dans six des prisons de l’état de New York. Une équipe de discussion formée de ces étudiants a attiré l’attention sur elle l’an passé en battant l’équipe de Harvard. Réduire les récidives avec ces  méthodes n’est pas seulement humain mais épargne aussi des dépenses car maintenir quelqu’un enfermé est extrêmement onéreux. Il revient plus cher à l’état de New York de loger et surveiller un seul prisonnier que les frais d’étude complet et les frais d’hébergement d’un étudiant de première année à Harvard. On pourrait s’attendre à ce que des législateurs conscients de la question budgétaire agiraient en conséquence  mais la raison n’a jamais vraiment joué un rôle dans la politique carcérale nord-américaine.

Dans son livre, Smith passé beaucoup trop de temps à nous raconteur les violations des lois sur le financement des campagnes qui lui ont valu son incarcération. Une partie de ce qu’il écrit évoque de nombreux autres essais sur les prisons américaines : il décrit la ségrégation raciale de fait, les viols, l’étiquette (ne jamais s’asseoir sur la couchette de quelqu’un d’autre) et l’économie souterraine. Le prix de la pornographie, des téléphones portables, et d’autres produits de contrebande qui ont augmenté énormément lorsque la neige sur le sol rendait les empruntes de pas visibles ou quand un gardien notoirement vigilent était de service. Et contrairement au film «  The shawhank redemption » dans lequel le personnage joué par Morgan Freeman observe  avec ironie «  Tout le monde ici est innocent » Smith dit que peu de prisonniers plaident leur innocence, à la place, ils accusent leur destin qui les a coincés.

Mais la partie la plus émouvante du livre  concerne sa description de ce que l’emprisonnement fait aux familles.  Smith fait référence à des études montrant que « La moitié des pères incarcérés vivaient avec leurs enfants, un quart d’entre eux servaient de tuteurs essentiels et l’autre moitié fournissait les revenus du ménage. » Quand un homme va en prison, toute sa famille est ébranlée.

«  Quand j’attendais pour utiliser le téléphone, c’était dur d’éviter d’entendre les conversations angoissées avec une ex-amie qui contrôlait les contacts avec leurs enfants, avec des adolescents rebelles qui, en l’absence d’une autorité male à la maison, marchaient dans certains cas sur les traces de leur père ou avec des parents éloignés mourants. »

Une des compagnons de travail de Smith, connu sous le surnom de Big E. avait été un joueur de basket et était condamné à dix-sept ans pour possession de crack-cocaïne. Un samedi dans la salle de télévision, il y avait une des habituelles querelles sur le sport qui allait être regardé. Le fils de Bif E ., un étudiant de première année était entrain de jouer   et « Big E. le meilleur tireur du bâtiment n’avait jamais vu son fils jouer » Il était incarcéré depuis l’âge de dix-neuf ans.

Comment en arrive-t-on au point où une personne âgée de dix-neuf ans qui n’a rien fait de violent puisse être mise à l’écart presque sa vie durant, où le système carcéral casse des familles et où nous avons le plus fort taux d’incarcération des tous les pays du monde, y compris celui de la Russie de Poutine ? Nous avons un tel nombre de prisonniers que le taux de chômage serait relevé de 2% ( et de 8% pour les homes noirs) si ils étaient soudainement libérés. Nos prisons sont si bondées que sur un site comme www.jailbedspace.com des surveillants et des sheriffs peuvent chercher des places disponibles dans d’autres établissements si les leurs sont saturés. L’Arizona et la Californie envisagent d’incarcérer des détenus au Mexique où le coût de la détention est moins cher.

.Teenagers held in confinement cells at a state juvenile detention center, St. Charles, Illinois, 2009

Carlos Javier Ortiz

Des adolescents maintenus dans des cellules d’isolement dans un centre de détention d’état, Saint Charles Illinois. 2009

 

Les nouveaux écrits sur le sujet des prisons vont du travail clair, vivant et bien illustré de James Kilgore au travail de recherché de Naomi  Murakawa et Elizabeth Hinton, qui cherchent toutes deux à montrer combine les libéraux ont créé les fondations du bazar dans lequel nous sommes. La meilleure des études récentes est celle de Maris Gottschalk «  Pris ». Il est difficile d’imaginer une étude plus approfondie de cette crise honteuse.

Les deux parties de l’histoire qui étirent le plus l’attention sont, en premier lieu, la guerre contre les drogues, impossible à gagner et en deuxième la politique répressive des Républicains qui a atteint son apogée avec les informations autour de  Willie Horton lors de la campagne présidentielle de Georges H.W. Bush qui remporta le succès de 1988. ( Les publicités attaquaient Michael Dubakis qui avait appuyé les programme de congés de fin de semaine ayant permis à Horton, un meurtrier condamné l’occasion de commettre des crimes supplémentaires). Mais les Démocrates ont contribué à construire le système carcéral également. Ayant débuté en 1940, afin de faire cesser les lynchages de noirs dans le Sud, appréhendant au moment de la Deuxième guerre mondiale le retour des révoltes racistes dans le Nord, les libéraux ont favorisé l’entrainement plus professionnel des gardiens de la paix. Les Démocrates du Sud qui contrôlaient alors le Congrès ont matérialisé cet effort en accordant des subventions aux états. Le résultat fût que les questeurs reçurent plus de fonds et plus d’équipement lourd avec lesquels effectuer les taches habituelles.  Les libéraux poussèrent aussi vers les peines standardisées qui modifieraient le pouvoir discrétionnaire des juges racistes. Mais les peines minimums obligatoires sont devenues cruellement Lourdes, de même que la définition du crime, sans mentionner l’appartenance raciale ont fini par imposer des peines largement plus graves pour la possession de crack-cocaïne (utilisé principalement par les noirs) que pour celle de cocaïne en poudre (utilisée principalement par les blancs).

 

Les années 60 apportèrent une turbulence sociale immense et l’escalade de tous les types de criminalité. Rapides à moraliser contre le désordre et allant chercher dans le réservoir plein de racisme et de paranoïa de l’Amérique profonde qui nourrissait auparavant les hordes lyncheuses, les politiciens promirent une réponse impitoyable. Le Gouverneur de New York, Nelson Rockfeller sponsorisa les lois anti-drogue qui enfermèrent plusieurs générations d’hommes, généralement noirs. Les autorités à travers le pays agirent si durement en partie parce que les États-Unis choisirent une partie non négligeable de leurs juges et presque tous leurs avocats généraux et leurs shérifs par des élections populaires. Quelque chose qui semblerait étrange à peu près partout ailleurs dans le monde. (Une étude récente montre que les sentences que les juges fédéraux de Washington prononcent augmentent d’en moyenne 10%  à l’approche des élections)

 

Lorsque Bill Clinton est entré à la Maison Blanche en 1993, lui et les Démocrates du Congrès étaient decides à montrer qu’ils étaient plus durs  avec la criminalité que les Républicains. L’année suivante le Congrès passa la si brutale Violent Crime Control and Law Enforcement Act et le Federal Death Penalty Act, qui parmi d’autrs choses ajoutait 60 délits à la liste des crimes passibles de la peine de mort.

 

L’explosion des incarcérations fut également une opportunité de faire de l’argent. Une compagnie de prison privée, à elle seule, la Correction Corporation of America, qui est aujourd’hui à la tête du cinquième système pénitentiaire du pays, après les prisons d’état et celles des trois états les plus grands. Le moins l’argent est dépensé par ces compagnies dans  la formation du personnel, l’alimentation, l’éducation, les soins et les réhabilitations le plus de profits sont faits. Les états, au moins en théorie, ont des bénéfices motivants à réduire la récidive mais pour les établissements privés, la récidive produit ce que toute industrie souhaite : le retour de la clientèle. Il n’est donc pas surprenant que ces établissement poussent  en faveur de la three strike law* ou des mesures similaires. En 2011, les deux prisons privées les plus importantes ont donné presque 3 millions aux candidats et ont embauché 242 lobbyistes dans tout le pays. Une autre industrie ayant des intérêts  à maintenir les prisons pleines, écrit Jeff Smith, est celle de l’alimentation en gros qui sait qu’un marché de 2. 22 millions d’individus reste impuissante à se plaindre quand le nourriture qui lui est délivrée est périmée depuis longtemps.

 

Le complexe industriel des prisons est maintenant très ancré dans sa contrepartie militaire. Avec à la fois des profits pour les corporations et des salaires gouvernementaux en jeu, il sera tout aussi difficile de la réduire que de la transformer. Il y a beaucoup de pourparlers actuellement sur la fait que nos politiciens, de droite ou de gauche sont d’accord pour dire que nos prisons sont trop pleines. Plus  de vingt personnages publiques, allant de Ted Cruz et Scott Walker à Hillary Clinton et Joseph Bidden ( un architecte de l’application plus étendue de la peine de mort en 1990), ont contribué à «  Solutions », une nouvelle anthologie appelant à la réduction de l’incarcération de masse  2 Marie Gottschalk,  cependant, montre pourquoi aucune des solutions proposées – comme celle de Cory Bookers de demander aux juges « plus de retenue dans les sentences » ou celle de Cruz appelant à réduire les sentences minimums obligatoires pour les délits d’usage de drogue non-violents – ou seule ou prises ensemble, ne va réduire la proportion des incarcérations aux USA jusqu’à atteindre ce qu’elle était il y a une cinquantaine d’années.

 

Gottschalk  confirme que nos lois touchant la drogue sont absurdement répressives. Mais «  si tous les cas liès à la drogue étaient éliminés, le taux d’incarcération aux US aurait quand même quadruplé  depuis les trente dernières années. » Et il est vrai, ajoute-t-elle qu’il existe des différences consternantes dans la façon dont les différents races font face à la loi »  Les Hispaniques ont deux fois plus de chance de se retrouver en prison que les blancs et les noirs cinq fois plus. Mais elle montre que même le taux des Américains blancs incarcérés est plus de quatre fois  plus importants que celui de la France multi-ethnique. Clairement les peines  pour de nombreux délits non violents devraient être plus indulgentes. Mais ceci uniquement, ajoute-t-elle n’est pas suffisant, car presque la moitié de ceux qui sont sous les barreaux le sont pour crimes violents.

Trop peu de titulaires, dit-elle, veulent franchir le pas nécessaire, dont chacun représente des décennies de rhétorique politicienne.  Un d’eux consiste à dire que pour un grand éventail de crimes, les condamnations à l’emprisonnement  ne change rien. Des communautés allant de Brooklyn à Oakland, Californie, ont mené des expériences encourageantes  sous forme de « justice restorative » au cours de laquelle des criminels sont condamnés à demander des excuses à ceux qu’ils ont blessés, à rembourser ceux qu’ils ont volés et à participer à l’amélioration des communautés qu’ils ont éprouvées..3  Mais promouvoir de tels programmes n’est pas un chemin prometteur vers les élections pour la plupart des procureurs.

L’autre tâche urgente, selon Gottschalk est de nous assurer que si nous avons vraiment à envoyer les gens en prison, ils soient condamnés à des peines moins lourdes. Il était commun qu’iun individu condamné à perpétuité, si il se comportait bien puisse sortir après dix ou quinze ans d’incarcération – la reconnaissance du fait que prendre de l’âge a beaucoup plus d’effet que la durée de la peine sur les éventualités d’une récidive. Mais les peines incompressibles et d’autres mesures désastreuses des campagnes de répression criminelle ( tough-on-crime) signifient que les prisons américaines sont remplies d’individu purgeant plusieurs condamnations à perpétuité ou plusieurs peines sans libération conditionnelle – une punition qui n’existait pratiquement pas il ya un demi siècle et est pratiquement inconnu dans le reste du monde.

«  La population condamnée à perpétuité aux USA est d’approximativement 160.000 individus, écrit Gottschalk, soit à peu près deux fois plus que l’entière population incarcérée au Japon » Et certaine soi-disant réformes sont sans sens. «  Le Gouverneur de l’Iowa a commuté toutes les peines à perpétuité des condamnés mineurs de son état  mais a déclaré qu’elles ne seraient transformées en liberté conditionnelle qu’après avoir purgé soixante ans incarcérés.

Cela évoque un acte de clémence de sa Majesté George IV, roi d’Angleterre en 1820, quand cinq membres du mouvement révolutionnaire de la Cato street  furent condamnés à être pendus, noyés et écartelés et que le Roi supprima les deux dernières sentences pour ne garder qu’une simple décapitation.  Casser le modèle qui amène tant d’hommes de femmes et d’adolescents à perdre ainsi leur vie en prison demande aussi une amélioration des opportunités d’éducation, d’emplois et de beaucoup d’autres choses une fois sortis. Cela signifie que dans les pays nordiques, ayant le plus bas taux d’incarcération, sont également des pays où la protection sociale est développée et le système social beaucoup plus égalitaire qu’aux USA. «  Des programmes qui promettent aux détenus une deuxième chance à leur libération, écrit encore Gottschalk, signifient peu « quand beaucoup de personnes entrant et sortant de prison ne se sont jamais vu offrir un première chance. »

Ceci n’est que trop vrai. Mais autant voudrais-je voir la sociale –démocratie de type nordique remplacer notre sauvage distribution de la richesse et des opportunités, autant je sais que ce jour n’est pas proche, si jamais il arrive. On ne peut pas attendre jusque là pour réduire drastiquement les effectifs des prisonniers. En ne comptant que les détenus blancs les États-Unis ont deux fois plus de prisonniers par habitant que l’Espagne, où 20% de la population est sans travail et où les aides sociales sont moins développées qu’en Scandinavie. Et nous avons plus de détenus par habitant toute races confondues  que l’Afrique du sud  où le taux de chômage pour la population noire est catastrophique et où l’aide sociale n’existe pratiquement pas.

A-t-il jamais existé un pays qui était enthousiaste sur l’emprisonnement  mais a changé ses pratiques entièrement ? La Finlande l’a fait. En 1950,  avec un système carcéral et un code pénal qui avait peu changé depuis la Russie tzariste, la Finlande avait le taux un plus haut d’incarcération  que celui des USA à la même période. 187 personnes sur 100.000 étaient derrière les barreaux, alors que nous n’en avions que 175. Une longue série de ré »forme – non sans des manifestations dures d’oppositions – a amené le taux d’incarcération finnois beucoup plus bas alors que le nôtre montait en flèche. Aujourd’hui, nous avons atteint les 710 individus sur 100.000 en prison aux US, comparés aux 85 en Finlande. .4 «  Une importante idée ayant émergé » écrivent deux chercheurs sur le changement en Finlande «  a été que la prison de soigne personne. »

Le résultat fût que les peines de prison étaient rarement demandées pour de petite délits et d’autres modes de condamnations devaient être développés à la place. »5

Bien que les prisons que j’ai vu en Finlande isolaient certainement les prisonniers du reste du monde, tout était fait afin que les détenus libérés puisent retourner dans la société. Avec une permission spéciale, quelqu’un ayant accompli la moitié de sa peine pouvait sortir le week-end de Kerava. Tout était fait pour faciliter la transition. Le diplôme que vous obtenez pour avoir mené à bien un des cursus, par exemple, est certifié par une organisation extérieure et ne mentionne pas que votre formation s’est effectuée en prison.

 

Un accueil de services s’intéresse en premier lieu aux problèmes qui ont amenés les ennuis en tout premier lieu. Il y avait des programmes pour la maîtrise de la colère et la réhabilitation ainsi que des thérapies individuelles et groupales. Les détenus pouvaient également prendre part à un programme en douze étapes semblable à celui des alcooliques anonymes, et à un atelier de bien vivre trois fois par semaine. Et, comme en Suède, d’anciens détenus intervenaient, partageant leur expérience de réajustement  social.

Un détenu libéré aux USA est fréquemment interdit de voter, d‘aide au logement, de pension et de et d’allocation handicap. Et il doit s’estimer heureux si il reçoit  l’aide au transport, selon Jeff Smith, un des adieux de routine est : « On te reverra, empaffé ! » En Finlande, avant qu’un prisonnier soir relâché, des travailleurs sociaux vont jusqu’à son domicile, s’assurent qu’il aura un emploi et un lieu où vivre. Pas étonnant si le taux de récidive est beaucoup plus bas que le nôtre

 

  1. Le taux peut être calculé de différentes façons, mais dans une etude récente du Département de la justice, il s’agissait de la proportion parmi 000 détenus dans 30 états qui ont été arrêté pour récidive au cours des trios années suivant leur liberation. Le rapport complet peut être trouvé là : www.bjs.gov/content/pub/pdf/mschpprts05.pdf.  
  2. Solutions: American Leaders Speak Out on Criminal Justice, edited by Inimai Chettiar and Michael Waldman (Brennan Center for Justice, 2015).  
  3. For more on restorative justice, see Helen Epstein, “America’s Prisons: Is There Hope?,”The New York Review, June 11, 2009.  
  4. Melissa S. Kearney and Benjamin H. Harris, “Ten Economic Facts About Crime and Incarceration in the United States,” Brookings, May 1, 2014. Other calculations give slightly different figures.  
  5. See Ikponwosa O. Ekunwe and Richard S. Jones, “Finnish Criminal Policy: From Hard time to Gentle Justice,”The Journal of Prisoners on Prisons, Vol. 21, Nos. 1 and 2 (June 2012), p. 178. 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive. Conclusion

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

Conference on vaccines and immunization

L’homme d’affaire américain Bill Gates parle à une conférence de l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) autour du thème ” Toucher chaque enfant” en Allemagne, le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de la GAVI se trouvent des gouvernements, des fabricants de vaccins, des ONGs ainsi que des organisations pour la santé et la recherche. Photo:  Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Conclusion

 

Recommandations

  1. La Fondation Bill et Melinda Gates devrait être sujette d’une évaluation international indépendante et international. Ceci pourrait être organisé et administré par le Comité d’assistance au développement de l’OCDE bien que cela doive impliquer un processus de contrôle transparent et inclure la participation de différents actionnaires notamment ceux impliqués dans les projets de la Fondation.
  2. L’International Development Select Committee devrait mener une enquête au sein des relations entre le Département de développement international et la Fondation Gates afin d’évaluer l’impact et l’effectivité de toutes les activités touchant la pauvreté et l’inégalité.
  3. La BMGF a besoin de cesser de supporter l’agriculture contrôlée par les corporations qui promeut des réformes comme la privatisation des semences et encourage le développement d’apport synthétiques qui amènent les fermiers à devenir dépendants de produits onéreux chaque saison.
  4. La BMGF devrait cesser de supporter tous les projets de l’ International Finance Corporation jusqu’à ce que de sérieuses prises en compte des coûts de son hôpital privé-public à Lesotho ait été complètement et indépendamment évalués.

 

Lorsqu’elle a été contactée pour donner son point de vue sur le rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates nous a répondu ce qui suit :

Nous apprécions cette opportunité de commenter votre rapport mais nous croyons qu’il déforme la réalité de notre fondation, de notre travail et de notre partenariat. La mission de la Fondation est d’améliorer la qualité de vie des habitants les plus pauvres du monde. C’est un défi complexe et le résoudre demandera un panel d’approches autant que la collaboration des gouvernements, des OGNs, des institutions académiques, des compagnies privées et des organisations philanthropiques. Les gouvernements ne sont positionnés que pour fournir la guidance et les ressources nécessaires à faire face à ces inégalités structurelles et assurer que les bonnes solutions touchent ceux qui sont les plus dans le besoin. Le secteur privé a accès aux innovations – par exemple en science, en médecine et en technologie- qui peuvent sauver des vies. Et nous croyons que le rôle de la philanthropie est de courir des risques que les autres ne peuvent pas courir. La bonne nouvelle est le fait que le travail partagé progresse incroyablement. Depuis 1990, le monde a réduit l’extrême pauvreté de moitié, la mortalité infantile et les décès de malaria de moitié, réduit la mortalité à l’accouchement presque de 50% et conduit l’infection HIV à réduire de 40%.

Nous croyons que les prochaines quinze années amèneront encore des améliorations significatives. Dans tout notre travail – que ce soit en aidant les femmes à avoir accès aux soins prénataux ou à s’assurer que les petits fermiers puissent produire assez de nourriture pour nourrir leur famille- nos partenaires guident nos priorités et notre approche. Nous écoutons les experts et les hommes et les femmes de terrain et  agissons en fonction de preuves. Nous avons été l’une des premières fondations à joindre l’International Aid Transparency Initiative (IATI), et nos rapports à l’OCDE et à l’International Aid Transparency Initiative (IATI), ainsi que notre politique d’Accès ouvert reflète notre engagement à un échange ouvert d’informations. Enfin, il est important de noter que la dotation qui finance la Fondation Bill et Melinda Gates est gérée indépendamment par une entité séparée, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust. Le personnel de la fondation n’a pas d’influence sur les décision d’investissement du trust et pas d’accès à ses stratégies d’investissement ou de gestion autrement qu’à travers ce qui est disponible à travers les informations publique.”

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

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