Nos horribles prisons: comment peuvent-elles être changées ? Adam Hochschild

by Elisabeth Guerrier

Nos horribles prisons : comment peuvent-elles être changées

Our Awful Prisons: How They Can Be Changed

Adam Hochschild

 

 

 

26 mai 2016

 

« Si en 1968 je croyais que je pourrai faire tomber les murs gigantesques du système carcéral du Texas en publiant Conversation avec les morts et l’histoire de  Billy Mac Cune alors ces années de travail  sont parmi les plus gros échecs de ma vie. Au Texas, j’ai photographié un univers de plus de 12.500 femmes et hommes. En une génération ce nombre a explosé jusqu’à plus de 200.000. Beaucoup de choses ont change en Amérique depuis que je suis allé au Texas pour faire ce livre. »  Danny Lyon

 

 

 

Mr. Smith Goes to Prison: What My Year Behind Bars Taught Me About America’s Prison Crisis

by Jeff Smith

St. Martin’s, 272 pp., $25.99

Understanding Mass Incarceration: A People’s Guide to the Key Civil Rights Struggle of Our Time

by James Kilgore

New Press, 264 pp., $17.95 (paper)

The First Civil Right: How Liberals Built Prison America

by Naomi Murakawa

Oxford University Press, 260 pp., $105.00; $26.95 (paper)

From the War on Poverty to the War on Crime: The Making of Mass Incarceration in America

by Elizabeth Hinton

Harvard University Press, 449 pp., $29.95

Caught: The Prison State and the Lockdown of American Politics

by Marie Gottschalk

Princeton University Press, 474 pp., $24.95 (paper)

A shakedown of inmates in the main corridor of the Ellis Prison Farm, Huntsville, Texas, 1968; photograph by Danny Lyon from his 1971 book Conversations with the Dead, which has just been reissued by Phaidon. A retrospective of his work, ‘Danny Lyon: Message to the Future,’ will be on view at the Whitney Museum of American Art, New York City, June 17–September 25, 2016.

Magnum Photos

Une fouille de détenus dans le couloir principal de la prison d’ Ellis Farm, Hunstville Texas, 1968; photographie de Danny Lyon tirée de son livre édité en 1971 « Conversation avec les morts » (Conversations with the Dead), qui vient d’être réédité chez Phaidon. Une rétrospective de son travail : “ Danny Lyon : Un message pour l’avenir ”est organisée au Whitney Museum of American Art, New York City, du 17 Juin au 25 Septembre 2016

 

 

Il y a quelques temps, j’étais présent à un festival du livre en Finlande. Comme il y avait une journée libre, l’éditeur qui m’avait invité m’a demandé ce que je souhaitais visiter. Je lui ai répondu que je voulais visiter quelques prisons. La Finlande emprisonne les gens 10% moins que les USA, un écart beaucoup plus signifiant que ne pourrait l’expliquer les différences dans les populations des deux pays. J’étais curieux de voir à quoi ressemblaient les prisons dans cette société.

La prison de Kerava, la première des deux que j’ai vues, était à la campagne à une heure de route au nord d’Helsinki. Son gouverneur – volontairement le titre à un aspect civil- était une femme à cheveux gris vive, chaleureuse nommée Kirsti Nieminen, une ancienne procureure. Ce matin glacial, elle avait la responsabilité de 150 prisonniers, tous des hommes. Dans son bureau s’alignaient les portraits des précédents gouverneurs, le premier, datant de 1890, étant un homme avec une longue barbe. À côté se trouvait un cadre avec le dessin d’un prisonnier, Snoopy tapant un courrier, qu’elle me traduisit : «  Cher gouverneur, donne-moi un congé ! »

 

 

À peu près l’équivalent d’une prison américaine de moyenne sécurité, Kerava était équipée de fils barbelés, de barreaux à certaines fenêtres et de nombreuses portes fermées à clef. Certains détenus travaillaient dans une serre à l’extérieur de la prison mais seulement si ils étaient fiables et sous surveillance. Mais la ressemblance avec les prisons américaines s’arrêtait là. Dans la serre les détenus cultivaient des fleurs, qui étaient vendues au public, comme l’étaient les légumes biologiques qu’ils faisaient pousser. Comme nous marchions, Nieminen m’a montré un court d’eau où les détenus pouvaient pécher, un terrain de foot, un terrain de basket, un moulin et quelque chose dont elle était particulièrement fière, une étable où se trouvaient des lapins et des agneaux. «  La responsabilité de devoir prendre soin d’un animal est très thérapeutique. » a-t-elle dit. «  Ils sont toujours gentils avec vous, c’est plus facile de leurs parler. »

Pendant à peu près une heure, j’ai pris un café avec une douzaine de détenus. Marko, trente-six ans, portrait une visière et avait des tatouages m’a dit qu’il était là pour “ crime violent” sans me préciser de quel genre. Jarkko, un home bien charpenté de vingt-six ans, purgeait une peine de trois ans et dix mois pour délit d’usage de drogue, Reima, trente-six, blond et semblant jouer les durs, était là pour vol, Kalla à quarante-huit ans était le plus âgé avait commis un fraude, Fernando, son père était originaire d’Espagne, avait vingt-six ans, condamné pour vol à main armée et vente d’héroïne, Harre, vingt-sept pour vente d’ecstasy. Assis également avec nous et aidant pour la traduction se trouvaient Nieminen, une jeune femme du service national des prisons et deux des enseignants de Kerava, toutes deux femmes. Aucun gardien n’était visible, et les détenus comme le personnel portaient leurs propres vêtements et non des uniformes.

 

Cependant c’était toujours une prison et à 19.30 les détenus étaient enfermés à deux dans leur cellule. Celles-ci n’étaient pas spacieuses mais elles l’étaient plus que celles que j’ai vu dans les prisons américaines, chacune avec des toilettes et un lavabo dans un  espace fermé par une porte. La télévision était autorisée, la stéréo, et la radio. Au bout d’un couloir se trouvait une pièce pour les douches et le sauna – quelque chose dont aucun Finnois ne pourrait se passer.

 

Des activités étaient attribuées aux prisonniers mais beaucoup d’entre eux passaient leur journée dans des ateliers de formation sur des domaines comme la réparation automobile, les ordinateurs, la soudure, la cuisine et les premiers soins. Une bibliothèque rassemblait plusieurs milliers de livres – plus que vous n’en trouverez dans la plupart des lycées américains – et les détenus pouvaient utiliser le  système de prêt inter-bibliothèque pour en emprunter plus. J’ai participé à une classe de cuisine et ai partagé un repas délicieux que les étudiants avaient préparé : le ragoût Karelian, fait de bœuf, de porc de pommes de terre et d’airelles.

 

Tout ceci était de toute évidence un autre monde que celui surpeuplé et misérable des prisons américaines, où les classes, pour peu qu’elles existent, sont souvent des décisions prises après-coup et bâclées. Quand l’ancien Sénateur du Missouri Jeff Smith fût condamné à une peine d’une année et un jour dans la prison fédérale du Kentucky, il espérait qu’avec un doctorat et ayant enseigné à l’Université de Washington à St. Louis, il serait mis au travail en enseignant. Au lieu de ça, comme il l’écrit dans son livre «  Mr. Smith va en prison “ (Mr. Smith Goes to Prison ), on lui assigna la tâche de décharger des  stocks dans les entrepôts où il participa au chapardage de nourriture fait à la fois par les détenus et les gardiens. À un mois de la fin de sa sentence, il fût finalement transféré dans la section d’éducation- où on lui demandait de balayer les classes. Une classe d’informatique consistait à pouvoir s’asseoir trente minutes devant un ordinateur, sans aucune consigne particulière, dans  une classe de nutrition, un gardien «  proposait une brochure avec des informations sur les apports caloriques de l’alimentation chez Mac Donald, Bojangles et de Wendy’s puis nous libérait au bout de cinq minutes. »

Tout particulièrement au niveau universitaire, un réel programme d’éducation, comme celui bien connu organisé par l’Université Bard peut diminuer le taux de récidives. – aux USA 67.8 % après trois ans jusqu’à un seul chiffre. 1 Le Programme Bard par exemple, offrait des cours menant à un diplôme universitaire. Ils étaient donnés par des enseignants de Bard et d’autres universités  et suivis par presque 300 détenus dans six des prisons de l’état de New York. Une équipe de discussion formée de ces étudiants a attiré l’attention sur elle l’an passé en battant l’équipe de Harvard. Réduire les récidives avec ces  méthodes n’est pas seulement humain mais épargne aussi des dépenses car maintenir quelqu’un enfermé est extrêmement onéreux. Il revient plus cher à l’état de New York de loger et surveiller un seul prisonnier que les frais d’étude complet et les frais d’hébergement d’un étudiant de première année à Harvard. On pourrait s’attendre à ce que des législateurs conscients de la question budgétaire agiraient en conséquence  mais la raison n’a jamais vraiment joué un rôle dans la politique carcérale nord-américaine.

Dans son livre, Smith passé beaucoup trop de temps à nous raconteur les violations des lois sur le financement des campagnes qui lui ont valu son incarcération. Une partie de ce qu’il écrit évoque de nombreux autres essais sur les prisons américaines : il décrit la ségrégation raciale de fait, les viols, l’étiquette (ne jamais s’asseoir sur la couchette de quelqu’un d’autre) et l’économie souterraine. Le prix de la pornographie, des téléphones portables, et d’autres produits de contrebande qui ont augmenté énormément lorsque la neige sur le sol rendait les empruntes de pas visibles ou quand un gardien notoirement vigilent était de service. Et contrairement au film «  The shawhank redemption » dans lequel le personnage joué par Morgan Freeman observe  avec ironie «  Tout le monde ici est innocent » Smith dit que peu de prisonniers plaident leur innocence, à la place, ils accusent leur destin qui les a coincés.

Mais la partie la plus émouvante du livre  concerne sa description de ce que l’emprisonnement fait aux familles.  Smith fait référence à des études montrant que « La moitié des pères incarcérés vivaient avec leurs enfants, un quart d’entre eux servaient de tuteurs essentiels et l’autre moitié fournissait les revenus du ménage. » Quand un homme va en prison, toute sa famille est ébranlée.

«  Quand j’attendais pour utiliser le téléphone, c’était dur d’éviter d’entendre les conversations angoissées avec une ex-amie qui contrôlait les contacts avec leurs enfants, avec des adolescents rebelles qui, en l’absence d’une autorité male à la maison, marchaient dans certains cas sur les traces de leur père ou avec des parents éloignés mourants. »

Une des compagnons de travail de Smith, connu sous le surnom de Big E. avait été un joueur de basket et était condamné à dix-sept ans pour possession de crack-cocaïne. Un samedi dans la salle de télévision, il y avait une des habituelles querelles sur le sport qui allait être regardé. Le fils de Bif E ., un étudiant de première année était entrain de jouer   et « Big E. le meilleur tireur du bâtiment n’avait jamais vu son fils jouer » Il était incarcéré depuis l’âge de dix-neuf ans.

Comment en arrive-t-on au point où une personne âgée de dix-neuf ans qui n’a rien fait de violent puisse être mise à l’écart presque sa vie durant, où le système carcéral casse des familles et où nous avons le plus fort taux d’incarcération des tous les pays du monde, y compris celui de la Russie de Poutine ? Nous avons un tel nombre de prisonniers que le taux de chômage serait relevé de 2% ( et de 8% pour les homes noirs) si ils étaient soudainement libérés. Nos prisons sont si bondées que sur un site comme www.jailbedspace.com des surveillants et des sheriffs peuvent chercher des places disponibles dans d’autres établissements si les leurs sont saturés. L’Arizona et la Californie envisagent d’incarcérer des détenus au Mexique où le coût de la détention est moins cher.

.Teenagers held in confinement cells at a state juvenile detention center, St. Charles, Illinois, 2009

Carlos Javier Ortiz

Des adolescents maintenus dans des cellules d’isolement dans un centre de détention d’état, Saint Charles Illinois. 2009

 

Les nouveaux écrits sur le sujet des prisons vont du travail clair, vivant et bien illustré de James Kilgore au travail de recherché de Naomi  Murakawa et Elizabeth Hinton, qui cherchent toutes deux à montrer combine les libéraux ont créé les fondations du bazar dans lequel nous sommes. La meilleure des études récentes est celle de Maris Gottschalk «  Pris ». Il est difficile d’imaginer une étude plus approfondie de cette crise honteuse.

Les deux parties de l’histoire qui étirent le plus l’attention sont, en premier lieu, la guerre contre les drogues, impossible à gagner et en deuxième la politique répressive des Républicains qui a atteint son apogée avec les informations autour de  Willie Horton lors de la campagne présidentielle de Georges H.W. Bush qui remporta le succès de 1988. ( Les publicités attaquaient Michael Dubakis qui avait appuyé les programme de congés de fin de semaine ayant permis à Horton, un meurtrier condamné l’occasion de commettre des crimes supplémentaires). Mais les Démocrates ont contribué à construire le système carcéral également. Ayant débuté en 1940, afin de faire cesser les lynchages de noirs dans le Sud, appréhendant au moment de la Deuxième guerre mondiale le retour des révoltes racistes dans le Nord, les libéraux ont favorisé l’entrainement plus professionnel des gardiens de la paix. Les Démocrates du Sud qui contrôlaient alors le Congrès ont matérialisé cet effort en accordant des subventions aux états. Le résultat fût que les questeurs reçurent plus de fonds et plus d’équipement lourd avec lesquels effectuer les taches habituelles.  Les libéraux poussèrent aussi vers les peines standardisées qui modifieraient le pouvoir discrétionnaire des juges racistes. Mais les peines minimums obligatoires sont devenues cruellement Lourdes, de même que la définition du crime, sans mentionner l’appartenance raciale ont fini par imposer des peines largement plus graves pour la possession de crack-cocaïne (utilisé principalement par les noirs) que pour celle de cocaïne en poudre (utilisée principalement par les blancs).

 

Les années 60 apportèrent une turbulence sociale immense et l’escalade de tous les types de criminalité. Rapides à moraliser contre le désordre et allant chercher dans le réservoir plein de racisme et de paranoïa de l’Amérique profonde qui nourrissait auparavant les hordes lyncheuses, les politiciens promirent une réponse impitoyable. Le Gouverneur de New York, Nelson Rockfeller sponsorisa les lois anti-drogue qui enfermèrent plusieurs générations d’hommes, généralement noirs. Les autorités à travers le pays agirent si durement en partie parce que les États-Unis choisirent une partie non négligeable de leurs juges et presque tous leurs avocats généraux et leurs shérifs par des élections populaires. Quelque chose qui semblerait étrange à peu près partout ailleurs dans le monde. (Une étude récente montre que les sentences que les juges fédéraux de Washington prononcent augmentent d’en moyenne 10%  à l’approche des élections)

 

Lorsque Bill Clinton est entré à la Maison Blanche en 1993, lui et les Démocrates du Congrès étaient decides à montrer qu’ils étaient plus durs  avec la criminalité que les Républicains. L’année suivante le Congrès passa la si brutale Violent Crime Control and Law Enforcement Act et le Federal Death Penalty Act, qui parmi d’autrs choses ajoutait 60 délits à la liste des crimes passibles de la peine de mort.

 

L’explosion des incarcérations fut également une opportunité de faire de l’argent. Une compagnie de prison privée, à elle seule, la Correction Corporation of America, qui est aujourd’hui à la tête du cinquième système pénitentiaire du pays, après les prisons d’état et celles des trois états les plus grands. Le moins l’argent est dépensé par ces compagnies dans  la formation du personnel, l’alimentation, l’éducation, les soins et les réhabilitations le plus de profits sont faits. Les états, au moins en théorie, ont des bénéfices motivants à réduire la récidive mais pour les établissements privés, la récidive produit ce que toute industrie souhaite : le retour de la clientèle. Il n’est donc pas surprenant que ces établissement poussent  en faveur de la three strike law* ou des mesures similaires. En 2011, les deux prisons privées les plus importantes ont donné presque 3 millions aux candidats et ont embauché 242 lobbyistes dans tout le pays. Une autre industrie ayant des intérêts  à maintenir les prisons pleines, écrit Jeff Smith, est celle de l’alimentation en gros qui sait qu’un marché de 2. 22 millions d’individus reste impuissante à se plaindre quand le nourriture qui lui est délivrée est périmée depuis longtemps.

 

Le complexe industriel des prisons est maintenant très ancré dans sa contrepartie militaire. Avec à la fois des profits pour les corporations et des salaires gouvernementaux en jeu, il sera tout aussi difficile de la réduire que de la transformer. Il y a beaucoup de pourparlers actuellement sur la fait que nos politiciens, de droite ou de gauche sont d’accord pour dire que nos prisons sont trop pleines. Plus  de vingt personnages publiques, allant de Ted Cruz et Scott Walker à Hillary Clinton et Joseph Bidden ( un architecte de l’application plus étendue de la peine de mort en 1990), ont contribué à «  Solutions », une nouvelle anthologie appelant à la réduction de l’incarcération de masse  2 Marie Gottschalk,  cependant, montre pourquoi aucune des solutions proposées – comme celle de Cory Bookers de demander aux juges « plus de retenue dans les sentences » ou celle de Cruz appelant à réduire les sentences minimums obligatoires pour les délits d’usage de drogue non-violents – ou seule ou prises ensemble, ne va réduire la proportion des incarcérations aux USA jusqu’à atteindre ce qu’elle était il y a une cinquantaine d’années.

 

Gottschalk  confirme que nos lois touchant la drogue sont absurdement répressives. Mais «  si tous les cas liès à la drogue étaient éliminés, le taux d’incarcération aux US aurait quand même quadruplé  depuis les trente dernières années. » Et il est vrai, ajoute-t-elle qu’il existe des différences consternantes dans la façon dont les différents races font face à la loi »  Les Hispaniques ont deux fois plus de chance de se retrouver en prison que les blancs et les noirs cinq fois plus. Mais elle montre que même le taux des Américains blancs incarcérés est plus de quatre fois  plus importants que celui de la France multi-ethnique. Clairement les peines  pour de nombreux délits non violents devraient être plus indulgentes. Mais ceci uniquement, ajoute-t-elle n’est pas suffisant, car presque la moitié de ceux qui sont sous les barreaux le sont pour crimes violents.

Trop peu de titulaires, dit-elle, veulent franchir le pas nécessaire, dont chacun représente des décennies de rhétorique politicienne.  Un d’eux consiste à dire que pour un grand éventail de crimes, les condamnations à l’emprisonnement  ne change rien. Des communautés allant de Brooklyn à Oakland, Californie, ont mené des expériences encourageantes  sous forme de « justice restorative » au cours de laquelle des criminels sont condamnés à demander des excuses à ceux qu’ils ont blessés, à rembourser ceux qu’ils ont volés et à participer à l’amélioration des communautés qu’ils ont éprouvées..3  Mais promouvoir de tels programmes n’est pas un chemin prometteur vers les élections pour la plupart des procureurs.

L’autre tâche urgente, selon Gottschalk est de nous assurer que si nous avons vraiment à envoyer les gens en prison, ils soient condamnés à des peines moins lourdes. Il était commun qu’iun individu condamné à perpétuité, si il se comportait bien puisse sortir après dix ou quinze ans d’incarcération – la reconnaissance du fait que prendre de l’âge a beaucoup plus d’effet que la durée de la peine sur les éventualités d’une récidive. Mais les peines incompressibles et d’autres mesures désastreuses des campagnes de répression criminelle ( tough-on-crime) signifient que les prisons américaines sont remplies d’individu purgeant plusieurs condamnations à perpétuité ou plusieurs peines sans libération conditionnelle – une punition qui n’existait pratiquement pas il ya un demi siècle et est pratiquement inconnu dans le reste du monde.

«  La population condamnée à perpétuité aux USA est d’approximativement 160.000 individus, écrit Gottschalk, soit à peu près deux fois plus que l’entière population incarcérée au Japon » Et certaine soi-disant réformes sont sans sens. «  Le Gouverneur de l’Iowa a commuté toutes les peines à perpétuité des condamnés mineurs de son état  mais a déclaré qu’elles ne seraient transformées en liberté conditionnelle qu’après avoir purgé soixante ans incarcérés.

Cela évoque un acte de clémence de sa Majesté George IV, roi d’Angleterre en 1820, quand cinq membres du mouvement révolutionnaire de la Cato street  furent condamnés à être pendus, noyés et écartelés et que le Roi supprima les deux dernières sentences pour ne garder qu’une simple décapitation.  Casser le modèle qui amène tant d’hommes de femmes et d’adolescents à perdre ainsi leur vie en prison demande aussi une amélioration des opportunités d’éducation, d’emplois et de beaucoup d’autres choses une fois sortis. Cela signifie que dans les pays nordiques, ayant le plus bas taux d’incarcération, sont également des pays où la protection sociale est développée et le système social beaucoup plus égalitaire qu’aux USA. «  Des programmes qui promettent aux détenus une deuxième chance à leur libération, écrit encore Gottschalk, signifient peu « quand beaucoup de personnes entrant et sortant de prison ne se sont jamais vu offrir un première chance. »

Ceci n’est que trop vrai. Mais autant voudrais-je voir la sociale –démocratie de type nordique remplacer notre sauvage distribution de la richesse et des opportunités, autant je sais que ce jour n’est pas proche, si jamais il arrive. On ne peut pas attendre jusque là pour réduire drastiquement les effectifs des prisonniers. En ne comptant que les détenus blancs les États-Unis ont deux fois plus de prisonniers par habitant que l’Espagne, où 20% de la population est sans travail et où les aides sociales sont moins développées qu’en Scandinavie. Et nous avons plus de détenus par habitant toute races confondues  que l’Afrique du sud  où le taux de chômage pour la population noire est catastrophique et où l’aide sociale n’existe pratiquement pas.

A-t-il jamais existé un pays qui était enthousiaste sur l’emprisonnement  mais a changé ses pratiques entièrement ? La Finlande l’a fait. En 1950,  avec un système carcéral et un code pénal qui avait peu changé depuis la Russie tzariste, la Finlande avait le taux un plus haut d’incarcération  que celui des USA à la même période. 187 personnes sur 100.000 étaient derrière les barreaux, alors que nous n’en avions que 175. Une longue série de ré »forme – non sans des manifestations dures d’oppositions – a amené le taux d’incarcération finnois beucoup plus bas alors que le nôtre montait en flèche. Aujourd’hui, nous avons atteint les 710 individus sur 100.000 en prison aux US, comparés aux 85 en Finlande. .4 «  Une importante idée ayant émergé » écrivent deux chercheurs sur le changement en Finlande «  a été que la prison de soigne personne. »

Le résultat fût que les peines de prison étaient rarement demandées pour de petite délits et d’autres modes de condamnations devaient être développés à la place. »5

Bien que les prisons que j’ai vu en Finlande isolaient certainement les prisonniers du reste du monde, tout était fait afin que les détenus libérés puisent retourner dans la société. Avec une permission spéciale, quelqu’un ayant accompli la moitié de sa peine pouvait sortir le week-end de Kerava. Tout était fait pour faciliter la transition. Le diplôme que vous obtenez pour avoir mené à bien un des cursus, par exemple, est certifié par une organisation extérieure et ne mentionne pas que votre formation s’est effectuée en prison.

 

Un accueil de services s’intéresse en premier lieu aux problèmes qui ont amenés les ennuis en tout premier lieu. Il y avait des programmes pour la maîtrise de la colère et la réhabilitation ainsi que des thérapies individuelles et groupales. Les détenus pouvaient également prendre part à un programme en douze étapes semblable à celui des alcooliques anonymes, et à un atelier de bien vivre trois fois par semaine. Et, comme en Suède, d’anciens détenus intervenaient, partageant leur expérience de réajustement  social.

Un détenu libéré aux USA est fréquemment interdit de voter, d‘aide au logement, de pension et de et d’allocation handicap. Et il doit s’estimer heureux si il reçoit  l’aide au transport, selon Jeff Smith, un des adieux de routine est : « On te reverra, empaffé ! » En Finlande, avant qu’un prisonnier soir relâché, des travailleurs sociaux vont jusqu’à son domicile, s’assurent qu’il aura un emploi et un lieu où vivre. Pas étonnant si le taux de récidive est beaucoup plus bas que le nôtre

 

  1. Le taux peut être calculé de différentes façons, mais dans une etude récente du Département de la justice, il s’agissait de la proportion parmi 000 détenus dans 30 états qui ont été arrêté pour récidive au cours des trios années suivant leur liberation. Le rapport complet peut être trouvé là : www.bjs.gov/content/pub/pdf/mschpprts05.pdf.  
  2. Solutions: American Leaders Speak Out on Criminal Justice, edited by Inimai Chettiar and Michael Waldman (Brennan Center for Justice, 2015).  
  3. For more on restorative justice, see Helen Epstein, “America’s Prisons: Is There Hope?,”The New York Review, June 11, 2009.  
  4. Melissa S. Kearney and Benjamin H. Harris, “Ten Economic Facts About Crime and Incarceration in the United States,” Brookings, May 1, 2014. Other calculations give slightly different figures.  
  5. See Ikponwosa O. Ekunwe and Richard S. Jones, “Finnish Criminal Policy: From Hard time to Gentle Justice,”The Journal of Prisoners on Prisons, Vol. 21, Nos. 1 and 2 (June 2012), p. 178. 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Advertisements