CHABUDUO ” Bien assez bon “

by Elisabeth Guerrier

Chabuduo ” Good enough ” 

 

chabuduo

 

James Palmer est un écrivain et éditeur britannique. Il est l’auteur de  The Death of Mao: The Tangshan Earthquake and the Birth of the New China (2012) et de The Bloody White Baron: The Extraordinary Story of the Russian Nobleman Who Became the Last Khan of Mongolia (2008). Il vit à Pékin.

Edité par Marina Benjamin

 

Dans notre appartement au centre de Beijing, nous menons un combat d’arrière garde quotidien contre l’entropie. Le miroir de ma garde-robe est sorti de ses charnières il y a six mois et est maintenant en appui contre le mur, un parmi les nombreux dégâts domestiques. Chacune de nos installations électriques nécessite une ampoule différente, et le quart est cassé d’une façon définitive. Dans la chambre, l’appareil de climatisation au plafond étale sa moisissure à travers un trou dans le mur, empli de vieux vêtements afin d’éviter les fuites, pendant que la porte du balcon, n’ayant plus de joint, a une serviette à ses côtés afin de bloquer que l’eau de pluie ne passe à travers. Sur les marches au dehors, je dois baisser la tête chaque jour afin d’éviter un énorme nœud de fils pendants qui conduisent le courant électrique et l’internet, quand le vent se lève, les connexions sont lentes dès que les fils se balancent.

L’appartement a cinq ans. Suivant les standards chinois, il est au dessus de la moyenne. Nos toilettes fonctionnent, alors que dans les maisons de nombreux amis, tirer la chasse d’eau est une opération aussi complexe que de contrôler les crues du Nil. Les prises ici ne libèrent pas des étincelles bleues quand on les connecte et elles fonctionnent toutes à part deux. Aucune ampoule n’a jamais explosé et le miroir a simplement cassé plutôt que de tomber spontanément hors de son cadre. La douche n’est pas située près du bloc électrique et protégée par rien d’autre qu’un mur de Placoplatre pourrissant.

Je crois en l’épigramme de Hilaire Belloc écrit en 1911 :

C’est l’affaire de l’homme riche de donner du travail à l’artisan.

Je ne peux pas prétendre être riche, même en Chine et les artisans sont peu nombreux et précieusement préservés. La plupart du temps, lorsque je demande de l’aide, j’ai du rester dans une sale de bains inondée avec un jeune homme paniqué m’assurant qu’il pense pouvoir remettre les tuyaux en ordre. Mon temps en Chine m’a appris le plaisir et la valeur de l’artisanat simplement parce que c’est si rare. Voir quelqu’un faire un travail correctement, et pas juste pour sa propre récompense mais pour la satisfaction du travail bien fait excite mon cœur, que ce soit la cuisine, la fabrication de bougies ou la réparation de bicyclette. Quand j’ai déménagé il ya quelques années, j’ai observé avec un délice authentique les quatre hommes maigres et nerveux déshabiller mon ancien appartement jusqu’à l’os en moins de dix minutes, balançant négligemment les sofas et bureaux sur leur dos et remplissant le camion aussi précisément que des joueurs de Tétris expérimentés.

Mais de telles scènes sont un rare plaisir (Et, après avoir perdu la carte de mes maîtres-déménageurs, la fois suivante, l’équipe fit une imitation remarquable des Trois corniauds).

L’attitude plutôt est celle du chabuduo ou «  bien assez bon ». C’est une phrase que vous entendrez d’une façon récurrente, une phare qui évoque un travail effectué à 70%, un plan d’ébauche jamais achevé, un calibre non vérifié ou une prise posée de la mauvaise taille. Chabuduo est l’opposé corrosif du savoir–faire artisanal, du désir, comme l’écrit le sociologue Richard Sennett dans ‘ L’artisan »The Craftsman (2008), de rejeter le désordre, de rejeter le travail simplement «  assez bon ». Chabuduo implique que consacrer plus de temps ou de travail pour telle pièce serait un acte de folie. La Chine est le pays de la précipitation, du travail “ bien assez bon” pour le gouvernement.

 

Cependant, il y a quelquefois de la brillance dans le chabuduo. Une des nécessités quotidiennes sous Mao était l’improvisation. Trouver des moyens de maintenir des luxes irremplaçables comme les tracteurs ou les machines-outils en état de marche en dépit de pièces manquantes ou de chaînes d’approvisionnement interrompues. À l’occasion, c’était applaudi comme une science de paysan ou une vertu stakhanoviste mais le plus souvent cela signifiait cela impliquait des ennuis si c’était repéré par votre supérieur, puisque le Maoïsme faisait le plus souvent correspondre l’appel à la révolution avec l’insistance pédantesque à l’application de la routine correcte, tout spécialement dans les usines et les fermes. L’improvisation pouvait se voir accuser de «  sabotage »- pourquoi réparer vous un problème que vous n’avez pas causé ? Et d’autre part, pourquoi ya aurait-il un problème quand tout est si merveilleusement planifié du sommet ?

Mais l’improvisation était un talent vitalement nécessaire et un talent développé avec génie parmi la population des seniors, maintenant âgés de soixante ans et plus : une capacité à dépasser le faire durer et réparer pour l’amener au genre de compétence montrée par une équipe enfermée dans une étable par des vilains et construisant un véhicule blindé à partir de rien d’autre que des outils de jardinage et de vieux pneus. Plus communément, le chabuduo est le domaine de l’oncle du village qui a grandi avec rien et peut trouver une solution à tout à partir de deux morceaux de fil et de quelques bandes adhésives. Le portail cassé ? Ne t’en fais pas à trouver une nouvelle serrure, nous la réparerons avec un fil, ce sera «  bien assez bon ».

De nos jours, la campagne est pleine d’inventeurs isolés qui construisent leur propre avion trépidant ou leur sous-marins d’étang à partir de débris, ou élaborent des catapultes de grande envergure afin de résister aux équipes de démolition. Leur génie mécanique n’a nulle part où aller, ils sont aliénés à un monde de réparation agricole et de projet un peu fous. Mais à petite échelle, c’est perceptible partout même dans les grandes villes, des salons de trottoirs composés de meubles abandonnés où fainéants et grand-pères jouent aux cartes pendant l’après-midi, jusqu’aux nombreux abris pour chats errants construits par les protecteurs des animaux de Beijing.

Cependant chabuduo est aussi le déni décontracté du problème : Oh, ta porte de va pas dans son cadre ? Chabuduo, tu t’habitueras à l’ouvrir à coup de pied. On t’a envoyé une chemise trop grande de deux tailles ? Chabuduo, de quoi te plains-tu ?

 

Dans mon vieil immeuble, l’entrée du parking souterrain état recouverte par une moitié de cylindre en lourd plastique bleu de 20 mètres de long. Personne n’avait noté que ça ferait un piège à vent particulièrement efficace et il avait été grossièrement cloué contre les fondations en brique. Chabuduo, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Quand un orage l’a touché, les clous ont sauté à cause de la pression et le cylindre a été envoyé à travers l’enceinte, heurtant les tables et les arbres. Je suis descendu le matin et je l’ai trouvé recouvrant toute la pelouse comme une aile de jumbo jet échoué. Nous avons eu de la chance, personne n’a été tué. Mais derrière les désastres chinois  le  « bien assez bon » engendre plus que souvent autre chose que des troubles ponctuels : les compromis qui sont de simples ennuis dans la vie quotidienne deviennent mortels quand ils arrivent à l’échelle industrielle. Des problèmes qui peuvent être détournés par un œil expert ou une routine quotidienne deviennent des obstacles mortels quand ils sont produits des millions de fois dans toute la nation.

Les morts s’additionnent : des sites de construction où les hommes se balancent au bout de longueur de vieilles courroies attachées les unes aux autres à la viande transportée dans les camions non réfrigérés en passant par les incendies dans des appartements à l’installation électrique défectueuse.

Considérons simplement l’année dernière. Vous n’avez pas une chambre froide correcte pour les vaccins ? Bien, mettez un peu de glace dans les colis et envoyez les par la poste. Chabuduo et les enfants meurent en toussant. Pourquoi emmener les déchets vers un site de retraitement ? Empilez-les là où tout le monde le fait. Chabuduo, et 91 personnes sont écrasées par un glissement de terrain à Guangdong. Trier les matériaux dangereux ? Pourquoi s’en faire, mettez juste les nitrates par ici. Et la charge explosive explose à Tianjin, le principal port du nord de la Chine, incinérant 173 personnes.

«  Il y a une explosion du niveau de celle de Tianjin chaque mois » me dit un membre de l’équipe du programme national de sécurité professionnelle qui a demandé de rester anonyme. «  Mais ils arrivent principalement dans des lieux qui n’importent à personne. »  Des désastres dus au manque de précaution arrivent sans arrêt, quand une centrale chimique explose  à Tangshan en Mars 2014, un ami m’a dit comme l’équipe de direction était soulagée quand le Boeing 370 malaisien a été porté disparu le jour suivant, engouffrant toutes les autres nouvelles et assurant le fait que personne, sauf les 13 veuves, n’allait rien remarquer.

Mais les petits nombres de morts s’entassent : sur les sites de construction où les ouvriers manipulent des lampes à souder sans lunettes de protection, où se balancent accrochés à des cordes usées attachées les unes aux autres, à cause des empoisonnements dus à  la viande transportée dans des camions non réfrigérés, en passant par les feux qui prennent à cause des réseaux électriques mal branchés, non remarqués et non pris en compte par les institutions supposées leur devoir protection.

Beaucoup de villes chinoises sont à moitié des chantiers. Je me suis promené dans des allées qui ressemblaient à des images de Super Mario, pleines de roués grinçantes lâchant des bouquets d’étincelles hyper-chaudes, briques tombant des échafaudages sans avertissement et de cordes tendues sur le trottoir. «  Pourquoi ne mettez-vous pas de balises autour de ça ? Ai-je demandé un fois, montrant un trou béant à côté de la route, assez profond pour s’y briser le cou. Les travailleurs migrants ont levé les )épaules : «  Personne ne nous a dit de le faire ».

Dans un  article, de 1921, le critique Hu Shih a tourné le chabuduo en sa parabole éponyme. « Monsieur Cha Buduo ” son protagoniste vit sa vie suivant le principe du “ bien assez bon. «  Vous avez certainement entendu les gens parler de lui »,   écrit Hu ; « tant de personnes prononcent son nom chaque jour. »

Monsieur Cha Buduo ne comprend pas pourquoi il rate son train en arrivant à à 8.32 au lieu de 8.30, ou pourquoi son patron se met en colère quand il écrit 100 au lieu de 10, ou pourquoi Islande est différent de Irlande. Il tombe malade et fait venir le Docteur Wang mais finit avec Mr. Wang, le vétérinaire par erreur. Mais il s’en sort, rassuré par le fait que vie ou mort, au fond sont assez proches.

Pour Hu, la cure de ce vague malaise allait être la modernité, le tic tac de l’horloge de la gare, le décompte soigneux des livres, le remède prescrit par le docteur. Il voulait mettre une fin à la vénération du désordre, mysticisme et incompétence qui, dans sa parabole, amènent la public a finalement consacrer Mr. Chabu Duo Saint bouddhiste et «  Grand maître de la flexibilité ». Les contemporains de Hu, éduqués au Japon ou aux USA, tardaient à embrasser la modernité d’une nouvelle nation, et de la jeter avec toute la poussière accumulée. Mais le flot de la modernité, déjà pénétrant dans les villes de Chine bien avant l’époque de Hu Shih n’a pas amené l’attention et la précision, ils les a détruits.

 

Même avant l’époque de Hu, la surpopulation et la globalisation touchèrent la Chine durement, amenant des migrations énormes lors de la fin du 19ième siècle. Le peuple chinois se battait avec les nouvelles technologies et des normes gouvernementales dont il n’avait pas l’expérience. Les désastres de la guerre et de la révolution craquelèrent ce que la tradition avait laissé. Aujourd’hui, depuis le saut de la Chine tête la première dans la modernité qui commença en 1979, l’urbanisation de masse, les migrations internes et le constant flux de changements ont érodé la plupart des traces de savoir-faire pour lequel ce pays était jadis renommé.

Plus tôt cette année, dans le palais Topkapi d’Istanbul, j’ai fait la fête, visuellement, dans des assiettes de la dynastie Ming datant du 16ième siècle, que les sultans ottomans appréciaient, la brillance encore intact et chacune d’entre elles marquée fièrement au tampon de son fabricant. Notre sens du passé matériel peut être orienté vers le beau et le raffiné simplement parce qu’il est possible qu’il soit valorisé et donc préservé. Mais de nombreuses preuves  parlent en faveur des compétences de la Chine pré-moderne tout particulièrement dans un environnement commercial florissant et avec les riches patrons sous les dynasties Song (960 1279) ou Ming (1368.1644). L’artisanat chinois a envahi les Européens comme les Ottomans, déclenchant des vagues d’admiration et d’imitation.

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Certains arts, bien sûr on survécut. Près de chez moi, une famille Manchu reconstruit encore de drôles et belles scènes de la vie de Beijing à partir de misnuscules meubles de poupée, les corps de cafards présentés comme les personnages humains. Mais il en reste si peu. Les ébénistes, les luthiers, les tonneliers, les tisserands d’étoffes rares ne restent que dans de poches.

Jusqu’à un certain point, c’est un processus historique normal. Dans les Paris, Hambourg et New York du 19ième siècle, les écrivains se plaignaient que les maçons ne reconnaissaient pas le bout d’une truelle de son manche, des plombiers plus habiles à casser un tuyau qu’à les réparer, des vitriers dont les cadres allaient tomber le lendemain de leur pose et s’éclater. Les migrants de la campagne envahissaient les villes, cherchant du travail là où ils pouvaient, leurs propres compétences inutiles dans ce nouvel environnement. En une génération ou moins, l’accélération de la modernité a détruit des talents développés pendant des siècles.

Mais dans la majeure partie du monde nouveau, le sens de la belle ouvrage réapparu bientôt. Il y avait le plaisir de l’invention, de la spécialisation, du développement de nouveau standard pour un nouveau commerce. A la fin du 18ième siècle en Angleterre, les artisans briquetiers créaient leurs propres métaphores, où comme le note Sennett, l’invention de la brique «  honnête » en tant que brique sans additifs de couleur, reflétait leur propre fierté. Les ouvriers de Ford en 1930 envisageaient un avenir reluisant fabriqué à partir de leurs propres outils. Par contraste, les travailleurs chinois ont été relégués pendant quarante ans dans une zone morte, où leurs compétences anciennes ont été perdues mais où de nouveau professionnalisme n’ont pas émergé.  Et l’ère du rapide-et-sale ne semble pas devoir disparaître rapidement.

Si ce que vous fabriquez représente un monde totalement hors de portée pour vous, pourquoi s’ennuyer à le fabriquer correctement ?

Pourquoi la Chine est- elle piégée ainsi ? Dans la plupart des industries ici, les retour essentiels sont absents. Pour comprendre comment faire les choses, vous devez pouvoir les utiliser. Les travailleurs de chez Ford aux US conduisaient leur porpres voitures et les constructeurs occidentaux envisageaient ou espéraient envisager vivre dans des maisons comme celles qu’ils bâtissaient. Mais la ceinture d’usines autour de Guangdong qui accueille les migrants fabriquent des colifichets pour des maisons américaines à des milliers de kilomètres de là. Les hommes et les femmes qui construisent les maisons chinoises ne vivront jamais dedans.

Le prix moyen d’un appartement T1 dans une ville de seconde zone en Chine, une ville provinciale de quelques millions d’habitants, tirant sur ses propres limites géographiques et environnementales- atteint 100.000 dollars environ. Le salaire annuel moyen d’un travailleur migrant employé dans la construction est de 3500 dollars. Leur avenir est dans des dortoirs minables en préfabriqué, une cabane à la champagne sans climatisation ni salle de bain

L’opacité des compagnies chinoises signifie qu’il est difficile de pointer le tort même en cas d’échec catastrophique. Les marques autrefois inscrites sur chaque brique des murs de la cité ont fait place au mirage des sociétés portefeuille et des sociétés écrans Les responsables locaux effrayés par un taux de chômage plus élevé et un PIB plus bas travaillent assidûment à dédouaner le monde des affaires de toutes conséquences de leurs actions.

Le gouffre le plus profond est entre les ordonnateurs de Beijing et les travailleurs de la base qui exécutent leurs choix politiques. D’énormes régions dans le pays travaillent encore selon le modèle de l’’économie planifiée, réagissant aux quotas gouvernementaux et aux renflouements garantis. Cependant, l’artisanat exige le retour des avis des consommateurs et du marché. Les quotas, appliqués sur tout, du nombre de mots utilisés par les journalistes aux nombres d’arrestations faites par la police est un aiguillon pour la dévalorisation générale de la production sauf sa vitesse d’exécution. Chabuduo : bien assez bon pour un travail fait pour le gouvernement.

Il existe un secteur qui échappe d’une façon frappante à la culture du Chabuduo, c’est celui de la technologie chinoise, peut-être parce qu’il s’est développé en même temps que celui du reste du monde. Dans d’autres domaines, les usines ou les manufactures chinoises ne développaient pas de nouvelles formes de produits mais récupéraient ceux de l’Ouest fabriqués à moindre coût. Il n’y avait ici aucune fierté ou savoir accumulé par la résolution de problèmes ou l’invention. Par contraste, le géant du commerce en ligne Alibaba a acquis l’art de l’échange entre vendeurs et acheteurs

Dans un vaste pays à un niveau encore jamais atteint à l’Ouest. Bien que vraisemblablement à travers l’usage des routes magiques du fondateur Hobbit Jack Ma- pendant que le paiement virtuel, la compétition fiévreuse et relativement ouverte qui en est découlée a produit ses propres champs de brillantes compétences.

Pourtant la tech. ne peut pas échapper à la malédiction. Des encodages négligés, des applications endommagées et des viols massifs de la vie privée sont choses communes, spécialement quand les industries publiques chinoises sont forcées de développer des programmes internes plutôt que d’utiliser les programmes commercialisés pour des raisons de «  sécurité ». Les moteurs de recherche chinois sont abyssaux, à la fois attaqués par la censure gouvernementale et protégés de la compétition réelle. Baidu, le plus gros, a été frappé par un scandale cette année, après avoir à plusieurs reprises promu  faux médicaments  en échange de paiements.

Après le scandale, les autorités ont annoncé qu’elles prendraient de sévères mesures afin de s’assurer que Baidu puisse être plus performant. Et quand la réputation ne peut pas repousser la responsabilité, la régulation fait son entrée. Mais en pratique, les autorités régulatrices chinoises sont un vide; Bien que chaque désastre soit régulièrement pointé par la presse, toute suite est rapidement anéantie, la durée de couverture moyenne même des catastrophes les plus terribles comme celle de Tianjin est de moins d’une semaine, avant que les mandats du bureau de propagande se manifestent et que l’histoire disparaisse des journaux.

 

Chaque regulation est encore moins efficace, liée par un ensemble de motivations perverses qui persistent depuis des décennies. Les régulateurs, sous-payés et trop peu nombreux ne sont pas supposes couvrir toute possible entreprise. Cependant si ils inspectent un site ou une compagnie, ils sont supposés être responsable pour tout désastre s’y déroulant ce qui peut leur coûter leur emploi, leur appartenance au Parti et jusqu’à un temps de prison. La solution évidente pour les régulateurs est de couvrir peu de sites et de se concentrer sur les zones les moins risquées, donc de minimiser leurs risques personnels. Cet échec est combine à une absence de système de droit civil qui fonctionne, spécialement dans le cadre des actions collectives, des erreurs qui pourraient entraîner des poursuites massives à l’Ouest peuvent être enterrées en Chine. Même la mort de travailleurs migrants peut être achetée pour à peine 5000 $

 

Le Parti ne veut pas plus de rassemblement de transporteurs de charbon ou de constructeurs de chemins de fer à travers le pays qu’il ne veut de rassemblements de démocrates, de Chrétiens ou de féministes.

Tous ces facteurs travaillent contre le développement de la fierté chinoise dans son propre travail. Et s’ils le sont, ils ont intérêt à le garder pour eux. En Occident, les syndicats (pour les ouvriers agricoles) et les associations professionnelles ( pour les médecins, ou les avocats) ont joué un rôle essentiel dans la mise en place de critères nationaux.  Ils ont donné aux gens une identité qui dépendait, en partie, à la fois de la maîtrise et de la moralité, avec un groupe de pairs avec qui rivaliser et à qui rendre des comptes.

Mais comme le dit Adam Smith The Wealth of Nations (1776), chaque profession finit dans une conspiration contre le public et le Parti Communiste Chinois n’a toléré aucune conspiration à part la sienne. Tout particulièrement depuis que Xi Jinping est arrivé au pouvoir en 2012, tout groupe qui pourrait représenter une base transnationale de résistance au Parti a été éliminé. La syndicalisation, en dehors de l’ All-China Trade Union Federation, sans force et corrompue, est une menace pour le pays qui ne veut plus accepter les transporteurs de charbon ou les constructeurs de voies ferrées à travers la nation, tout comme elle refuse les Chrétiens, les démocrates ou les féministes.

Sous l’ombrelle du Parti, il ya place pour les associations professionnelles- mais seulement à l’extrême bout de l’échelle. Il existe une association chinoise des médecins, mais pas d’association des plombiers. Et même au sein de ces corps, beaucoup plus de valeur est donnée au fait de coller aux directives officielles  du Parti qu’à celle de créer un groupe de pairs. Comme le journaliste médical Michael Woodhead l’a note, en Occident les médecins ont des consignes professionnelles claires et des revues professionnelles qui les maintiennent dans le droit chemin et la rigueur, en Chine, ils n’ont que la petite lampe vacillante de leur propre conscience.

En fin de compte, ce qui perpétue l’absence de soin des Chinois peu principalement avoir à faire avec une simple ubiquité. La réalisation inspire. Un écrivain peut être attire vers sa page par l’écoute d’un chant ou par la vue d’un véhicule se faisant réparer, ou le charpentier ravivé par un poème ou par une moto. Mais le contraire est également vrai, quand vous êtes entouré par la facture bon marché, l’à-moitié fini et l’affreux, quand l’échec reste impuni et l’application reste sans bénéfice tout autour, il est difficile de na pas penser que le bien assez bon est assez bon. Chabuduo.

 

Dans cette perspective, à souligner sur ARTE, le travail documentaire si poignant de Wang Bing  “Three sisters” réalisé en 2012 et ayant obtenu la Mostra de Venise

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

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