“Pas si renseigné” Paul Robinson “Irrussinalaty”

by Elisabeth Guerrier

Les vents ont tourné quelque peu depuis le “Russian gate” et tout le battage médiatique outre-Atlantique autour d’une soi-disant intervention russe dans les élections américaines. Ils ont tourné également pour les informations concernant les transports massifs de troupes de l’OTAN dans les Balkans et en Suède et la question de ce qui se tramait derrière ce vide médiatique touchant, qu’on le veuille ou non, la paix de l’Europe et plus encore la menace nucléaire. C’est ainsi, les mémoires sont courtes, les spasmes des passions relayés sans arrêt, nous sommes au bout des effets si bien ciblés par Ellul dans son étude de la propagande sociale.

Le petit peuple court toujours derrière et ce qu’il tente de saisir est choisi pour lui dans la hiérarchie des faits politiques et plus encore dans la manipulation, presque obscène à ce niveau, de ces même faits. Il est fort probable que nous n’ayons jamais depuis la Deuxième guerre mondiale été confrontés à un tel niveau de manipulation médiatique et en ce qui concerne les stratégies de déstabilisation de DT, à une telle bascule dans le jeu avec un feu qui pourrait nous faire tous exploser pour satisfaire les velléités politiques de quelques oligarques et de leurs sbires. Le Washington Post dans ce contexte devrait faire office de cas d’école dans la fabrication des sentiments de la masse mais il est loin d’être le seul lors de cette folie collective aussi virulante que la fièvre qui s’empara des temps du Mac Carthisme.

C’est à lui, à ce petit peuple, d’aller glaner ailleurs des bribes de contre-vérité, d’oser se démarquer des mouvements de fond qui sont dirigés sans lui mais qui le dirigent, c’est à lui d’aller donc chercher des voix autres, dissidentes pour rétablir, ou du moins tenter de rétablir ce qui, il y a longtemps se nommait ” la vérité”.  EG

 

 

A propos

Bienvenue à  Irrussianality ! Ce blog est axé sur deux sujets : les relations entre la Russie et l’Ouest et la prise de décisions apparemment irrationnelle qui domine la plupart des relations internationales ( IR). Les deux sont, bien sûr connectées : les relations entre la Russie et l’Ouest sont gâchées par des préjugés, de l’incompréhension, des préjugés. J’espère contribuer à travers ce blog d’une façon minimale à la mise en pratique d’une  politique étrangère rationnelle.

Je suis Professeur d’Université à Ottawa. J’ai écrit à propos des Russes et de l’histoire de l’Union soviétique, de l’histoire militaire et de l’éthique militaire.

Les liens à mes livres sont disponibles dans le menu «  Books »  Paul Robinson

 

NOT SO INTELLIGENT

 

Pas si intelligent •

 

Comme dit le proverbe :  « L’intelligence militaire est une contradiction dans les termes ». L’intelligence civile n’est souvent pas très intelligente non plus. Phillip Knightley, qui a passé des dizaines d’années à investiguer le monde de l’espionnage,. Phillip Knightley, conclut que les résultats de la CIA étaient “consternants”. En dépit de l’aura entourant son nom, le KGB n’est guère mieux dit Knightley, citant le Général du KGB Oleg Kalugin, qui note que : “ Quand les gens dissent que les renseignements soviétiques ont pénétré les plus hauts échelons des gouvernements de l’Ouest, je sais que ce n’est pas vrai. » Il n’existe pas d’exemple enregistré où la CIA ait recruté qui que ce soit aux plus hauts échelons du Gouvernement soviétique non plus. Knightley ajoute également que,

Lors d’une conférence sur l’histoire des renseignements tenue en Allemagne en 1994 à laquelle assistaient un panel de maîtres en espionnage de l’Est et de l’Ouest je les ai mis au défi de nommer un seul événement historique important en temps de paix dans lequel les services de renseignements auraient joué un rôle décisif. Aucun d’entre eux ne l’a pu.

En bref, les données historiques suggèrent que les services de renseignements n’ont en fait pas d’espions places dans les institutions de leurs cibles principales, leur savoir de ce qui se trame dans les esprits des chefs d’états étrangers est très limité et souvent tout à fait faux, et ils ne sont pas aussi tout-puissants que le suppose la plupart des gens.

Si l’on en croit le Washington Post, cependant, la CIA a pénétré dans le saint des saints du Kremlin. Selon les dernières révélations de ce journal :

Au début du mois d’Août, une enveloppe avec d’extraordinaires  restrictions de maniement est arrivée à la Maison blanche. Envoyée par courrier de la CIA, elle comprenait  des “ instructions” uniquement visibles dans leur contenu par quatre personnes : le Président Barack Obama, et trois conseillers principaux. A l’intérieur se trouvait une bombe à retardement des renseignements, un rapport établi en plongeant profondément ses sources dans le Gouvernement russe qui détaillait l’implication personnelle directe du Président Poutine dans une cyber campagne qui modifie et compromette la course à la Présidence américaine. Mais il y avait plus. Les renseignements avaient capture les instructions spécifiques de Poutine sur les objectifs de cette opération audacieuse – faire échouer ou au moins compromettre l‘élue du Parti démocratique, Hillary Clinton et aider à faire élire son opposant, Donald Trump.

 

 

L’histoire de la CIA écrite en 2008 par Tim Weiner et qui fait référence : « L’héritage de cendres » “Legacy of Ashes, révèle ce que la revue du New York Times a appellé une « litanie de l’échec »  des débuts de l’agence jusqu’à nos jours. Etant donné son passé, combien d’entre vous, chers lecteurs, croient vraiment que la CIA a « ses sources profondément ancrées dans le gouvernement russe » et soit capable de fournie de telles informations ?

 

Mais imaginons que peut-être elle le puisse. Si c’était le cas, ce serait un agent d’une importance exceptionnelle, la source la plus haut placée que la CIA ait jamais eue, si importante évidemment que, selon le Washington Post, seulement quatre personnes sont autorisées à lire ce qu’il (ou elle) produit. Cependant, une de ces quatre personnes ou l’une dans ce qui doit également être un groupe restreint au sein de la CIA qui connaisse la source (qui d’autre cela pourrait-il être ?) a mis sa sécurité en danger en révélant a aggravé ce crime en révélant l’existence de cette source au monde entier. Gardons à l’esprit que, autant que l’on sache, la CIA n’a jamais eu d’agent «  profondément ancré dans le gouvernement (ou les soviets) russe ».  Cette personne est donc une recrue star parmi les recrues stars. Et maintenant, cette couverture a explosé.

 

On peut donc imaginer, donc, que l’histoire du Washington Post aurait dû causer des cris d’outrage et des appels à une investigation immediate au sein de ce qui est certainement le cœur des  infractions à la sécurité. Mais, assez bizarrement, ce n’est pas ce qui semble se produire. Le manque de soucis très visible portant sur une source soi-disant si étonnamment précieuse que ses informations sont réservées à quatre personnes, est tout simplement extraordinaire. A cela on peut donner deux explications :

 

  1. Les gens à Washington se fichent de protéger leurs sources de la CIA, quelle que soit leur valeur, et sont très satisfaits de les jeter sous le bus si cela leur donne un avantage politique. Ceci implique à la fois les individus qui laissent filtrer de telles histoires à la presse, la presse elle-même, et aussi le pouvoir politique élargi, qui ne semble pas trop dérangé par une telle affaire. Ceci en retour pourrait suggérer que ces individus manquent gravement de fiabilité, et qu’on pourrait donc prendre ce qu’ils affirment avec la plus grande circonspection. ou
  2. Les gens ne sont pas inquiets à cause de cette fuite pour la simple raison que la «  source » profondément ancrée dans le Gouvernement russe n’existe pas. L’histoire est une vaste fumisterie, pure et simple.

J’incline personnellement pour l’option 2

 

Mise à jour 1 : Quelqu’un m’a notifié une option 3, personne n’est inquiet de faire exploser la couverture de la source parce qu’elle a déjà été explosée. La source, selon cette version, sont les trois cyber-experts russes arêtes à Moscou en Janvier. Je confesse que ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre quand le Washington Post a évoqué  le « profondément ancré dans le Gouvernement russe » parce que ces personnes ne faisaient pas partie du Gouvernement, mais en ce qui concerne deux d’entre eux, dans le FSB (qui, bien qu’institution de l’état ne fait pas partie du  « gouvernement ».) (La troisième personne arrêtée travaille en fait pour une compagnie privée, Kaspersky). J’accorde que cette option est possible en théorie (bien que tout lien entre les personnes arrêtées et les interférences dans les élections soit une spéculation, puisque nous n’avons aucune preuve de ce lien.) Mais dans ce cas, l’article est très mal rédigé.

Mise à jour 2: Il me semble que je devrais pointer d’autres options, par exemple, la source existe et a bien dit ce que le Post rapport mais il elle l’a totalement fabriqué et l’a dit aux Américains parce qu’il elle pensait que cela rendrait les Américians heureux et permettrait de maintenir les mouvements financiers alertes, etc.

 

 

 

  • La traduction d’ « Intelligence » par « renseignements » ne permet pas le jeu de mot choisi par l’auteur, nous avons donc gardé le terme anglo-saxon d’intelligence.
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