Le virus militaro-industriel par Andrew Cockburn

Lettre de Washington

Le virus militaro-industriel

Comment des budgets gonflés ravagent nos forces armées

La nature du scandale est de devoir choquer suffisamment le bon sens pour pouvoir être démonté publiquement, logiquement puis juridiquement. Par contre lorsqu’une situation scandaleuse est devenue un mode de fonctionnement politique et économique impliquant de si nombreux organismes professionnels et corps de métiers, dirigeants et sous-traitants, que les fils de l’univers du complexe militaro-industriels sont liés de diverses façons à presque tous les champs civils et commerciaux et que les critiques en sont venues à devoir se taire face à une sorte d’évidence des faits devenus des usages renforcés par les intérêts gigantesques qui les sous-tendent et qui dominent jusqu’à l’aveuglement sur une vision régulatrice et économe au sens d'”administrable” du terme, les rares prises de position dénonçant l’absurde et la gabegie se doivent d’être fortement argumentées et sûres de devoir affronter les murs de la bonne conscience du ” fonctionnement” sans frein des décisions n’ayant plus rien à prouver. Nous joignons au travail remarquable de Andrew Cockburn les liens à deux articles traduits antérieurement qui eux- aussi dénoncent l’énorme compromission de centaines de milliers d’organisations, d’associations et d’employés, qui sont tous et toutes impliqués dans l’usage des dépenses faramineuses de l’armement et qui par leur action en son sein et le silence sur ce qu’elle implique, légitiment les politiques ouvertement bellicistes d’une nation qui doit se renouveler et se justifier sans cesse par de nouveaux conflits armés pour légitimer les milliards qu’elle réclame afin de maintenir sa prééminence d’armée mondiale. ” Devine qui dort sous la couverture de l’insécurité ” de Joan Roelof, et ” L’armée américaine, quel gâchis “ de William Hartung EG

The militaro-industrial virus

Andrew Cockburn

Illustrations by Shonagh Rae

Pour un pays qui dépense des sommes  énormes dans son appareil de sécurité nationale – de nombreuses fois plus que les pays supposés menaçants –  les USA ont une institution militaire étrangement invisible. Les bases militaires sont majoritairement localisées loin des centres de vie majeurs. Les vastes champs de missiles de l’Air Force par exemple, sont cachés très loin dans les plaines du  nord du Moyen-Orient. Il est rare de croiser un uniforme dans les rues de villes les plus importantes, même Washington. Trump  a rêvé d’organiser une « belle » parade dans la Pennsylvania Avenue, agrémentée de «  nombreux avions, exhibant notre puissance militaire » mais le Pentagone a rejeté cette idée en argumentant que le projet coûterait la somme extravagante de 92 millions de dollars, l’estimation a sûrement été gonflée, – c’était quatre fois plus que le coût de la parade qui a célébré le victoire de la guerre du Golf de 1991.  Suggérant que l’armée préfère faire profil bas. Cela demande souvent d’avoir un œil informé pour apprécier les signes de la défense au travail, comme le parc de bureaux longeant la Route 28 au sud de l’aéroport de Dulle, abondamment peuplé d’innocentes firmes attitrée pour l’armée ou les renseignements.

Largement hors de vue, notre machine de guerre gargantuesque est aussi de plus en plus hors des esprits, tout spécialement lorsqu’il s’agit des façons dont elle dépense ou gaspille notre argent. Il y a trois ans, les révélations  sur les dépenses de 435 dollars pour un marteau et de  640 pour un siège de toilette d’avion a déclenché une large couverture médiatique et un l’outrage du public. Mais quand il est apparu que l’Air Force payait maintenant 10.000 dollars pour le couvercle des toilettes seul, l’histoire n’a généré rien d’autre que quelques informations éparpillées et quelques commentaires de dérision sur les blogs et les médias sociaux. (Ceci en dépit des explications éhontées d’un officiel de l’Air force selon lesquelles ce prix abhéent avait été accepté pour empêcher le fabricant de «  perdre ses revenus et ses profits ». L’Air Force prétend maintenant acheter des couvertures imprimées 3D pur 300 dollars pièce, encore une somme extravagante. L’élu Ro Khanna de Californie, une des lumières principales des Primaires progressiste du Congrès, qui a été un fer de lance de la lutte pour interrompre la participation des USA à la guerre menée par L’Arabie saoudite pour l’extermination du Yémen, l’a confié récemment qu’il considère cette indifférence comme u signe des temps ; « Il y a un tel cynisme à propos de la politique, à propos des institutions, que  ce qui dans le passé aurait été l’objet d’un choc, d’une disqualification et d’un scandale a diminué. » Nous parlions d’une autre arnaque de la défense, dans laquelle une compagnie nommée TransDigm  a développé un modèle de business initié par l’industrie pharmaceutique. TransDigm cherche des fournisseurs uniques de composants obscurs mais essentiels  de l’armée, comme par exemple un assemblage simple de cables, puis elle achète la firme, rapidement augmentant les prix de ce matériau (par 355% dans le cas de l’assemblage). Khanna était particulièrement affligé que l’Inspecteur général  du département de la défense- qu’il a, en compagnie de Elisabeth Warren et du représentant de l’Ohio Tim Ryan, incité à enquêter sur la compagnie – ait conclu que les façons de TransDigm de faire du commerce étaient «  horribles mais légales ». (sans surprise, Wall Street aime cette compagnie, le prix de ses actions a doublé depuis les deux ans où Khanna a pointé ce problème.)

En des temps où les dépenses de l’armement représentent 53% de chaque dollar que s’approprie le Congrès, on pourrait espérer que le Pentagone soit mis sous un contrôle intense  par ceux qui croient que l’argent est urgemment nécessaire ailleurs. Pourtant ce n’est évidemment pas le cas. Des exemples scandaleux comme celui du siège de toilettes ou de TransDigm vont et viennent presque sans aucun commentaire, comme va l’actuelle réorganisation de l’arsenal nucléaire, à hauteur de milliards de dollars, qui représente certainement  une menace pour la planète aussi grande que celle du réchauffement climatique. Vrai, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, et Tulsi Gabbard parmi les candidats démocrates font campagne pour une réduction des dépenses de l’armement, mais ils ont tous des résultats inégaux lorsqu’il s’agit de voter pour le budget de l’armement. Les élus progressifs des primaires à la Chambre des Représentants  (House of Représentatives) ont bien sûr fait pression pour un gel  du budget du Pentagone avec «  une plus grande transparence  de notre Département de la défense »,  mais ces derniers efforts ont été entravés par l’opposition des centre-Démocrates et les précédents manquaient de données spécifiques. Les Justice Democrats, un Comité d’action politique ( PAC) de gauche qui a récemment vu le jour en tant que force puissante derrière des nouvellement élues  comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Ilhan Omar, et Rashida Tlaib, offrent peu de détails sur la politique de défense dans les publications de sa plateforme au-delà d’un souhait d’ «  en finir avec les guerres inutiles et de construire la nation. ».  Lorsque j’ai demandé à Khanna ce que signifiait le fait d’être progressif sur la défense, il a répondu avec un langage identique : «  cela signifie de comprendre que nos récentes guerres anticonstitutionnelles n’ont pas sécurisé les USA. Que notre armée est surmenée. Que nous avons beaucoup trop de champs de batailles à l’étranger. Que nous avons besoin d’une beaucoup plus grande maîtrise de l’usage de l’armée. » Pour Khanna la faute est clairement du côté de notre politique étrangère agressive. « La raison pour laquelle notre budget de l’armement est si gonflé est notre  trop grande présence et nos actions à l’étranger, qui ne nous ont pas rendus plus saufs. » Mais pourquoi une poignée d’opérations à petite échelle devraient elles «  gonfler » un budget qui est le plus important depuis la Seconde guerre mondiale ?  Tout indique que bien au-delà des  aventures malheureuses le budget si gonflé de l’armée lors des présidences de notre vingt-et-unième siècle et ont beaucoup plus d’implication en ce qui concerne à la fois notre défense et notre société.

En 1983, Chuck Spinney, un analyste du Bureau des programmes d’analyse et d’évaluation (Office of Program Analysis and Evaluation), a témoigné devant le Congrès que le coût d’un armement toujours plus complexe que l’armée insistait pour se procurer croissait toujours plusieurs fois plus vite que l’ensemble du budget de la défense. En conséquence, les avions, les navires et les tanks n’étaient pas remplacés sur une base de un par un, ce qui en retour assure que les forces armées se réduisent et  s’usent. Les avions, par exemple, sont maintenus en service plus longtemps et en plus mauvais état à cause de leur complexité accrue. Comme on doit s’y attendre, les décisionnaires haut-placés n’ont pas réagi favorablement à ces vérités domestiques.  Ils ont autorisé Spinney  garder son emploi mais lui ont assigné un poste de moindre importance. Il a passé le reste de sa carrière coincé dans un bureau du Pentagon, au cœur de la machine industrio-militaire, réfléchissant et investiguant sa personnalité institutionnelle.  Parti à la retraite en 2003, il a maintenu une production régulière d’analyses caustiques de son travail. Dans un essai datant de 2011, «  Les racines nationales de la guerre perpétuelle », il discute le modèle du «  système de croyance militaire et de ses motivations financiaires tordues »  qui produisent « un appétit vorace pour l’argent qui est alimenté par une inondation auto-produite de propagande idéologique. »   Fouillant dans les détails historiques des dépenses du Pentagon, Spinney illustre ses analyses sous la forme de diagrammes inclus  qui non seulement cherchent les quantités de dollars dépensées mais aussi montrent comment des budgets sont prévus pour l’achat d’armements variés et ambitieux qui ne se matérialisent jamais, du moins jamais jusqu’au degré nécessaire pour acheter le nombre d’armements prévus par le système : d’où les forces diminuant.

A la fin des années 2018, l’ami de toujours de Spinney Pierre Sprey, un ancien petit génie du Pentagon, admiré pour avoir co-conçu les avions A-10 et F-16 si célèbres et un critique tranchant de la défense orthodoxe, a suggéré à Spinney d’ajouter un ajustement à son travail en décrivant les changements de budgets en terme de pourcentage année après année plutôt qu’en terme   de dollars. L’analyse que Spiney produisit après cette remarque de Sprey a révélé quelque chose de curieux :  bien que le budget de la défense ait clairement augmenté et diminue au cours des soixante années suivant la guerre de Corée : les baisses ne sont jamais descendues en dessous du niveau que le budget aurait atteint si il avait simplement augmenté de 5% par année à partir de 1954. (avec une exception mineure en 1960) «  Etonnement » signale Spinney.

Ce résultat est vérifiable également  au moment des importantes réductions de budget qui se sont produites après la fin de la guerre du Vietnam et, d’une façon plus significative, après la fin de la Guerre froide. C’est comme s’il y avait un terrain de plus en plus élevé de résistance en dessous duquel le budget de l’armement ne pouvait pas descendre.

Il n’y a que pendant le deuxième mandat d’Obama qu’il est descendu au-dessous de ce seuil avec quelque degré de signification. Tout aussi intéressant, à chaque fois que le taux de croissance a touché ce plancher, il y a eu une réaction immédiate et vigoureuse sous la forme d’un tollé public touchant une menace militaire imminente supposée. De telles attaques inflationnistes de menaces entraînent invariablement une augmentation du budget, sans prendre en compte le fait que cette menace existe ou non.  Comme le remarquait le Général Douglas ­MacArthur déjà en 1957, «  Il y a toujours eu de la malfaisance à l’intérieur et des pouvoirs étrangers monstrueux à l’extérieur menaçant de nous avaler si nous ne nous rallions pas aveuglement en  fournissant les exorbitantes sommes demandées.  Cependant, rétrospectivement, ces désastres ces désastres ne semblent jamais se produire, et ne semblant jamais avoir été réelles »

En 1960, par exemple, le Président Eisenhower  se préparait à dénoncer  le pouvoir dangereux de que qu’il allait baptiser le  complexe militaro-industriel, le taux de croissance  touchait le plancher des 5%. Comme réplique apparut le spectre frauduleux de la « brèche dans les missiles » favorisant les Soviets. L’administration Kennedy juste arrivée réouvrit dûment le robinet budgétaire. 

Un ralentissement quelques années plus tard. Le choix de Kennedy d’ essayer de freiner et de libérer des fonds pour des initiatives intérieures fût renversé sous Johnson  avec la première grande escalade  au Vietnam. La fin de cette guerre ramena une nouvelle fois le taux à 5%.  Fidèle à la forme, cela éleva un chœur d’alarmes sur la montée de la menace du pouvoir militaire soviétique : la CIA révisa à la hausse ses estimations des prouesses et des dépenses militaires ennemies. Le Pentagon affirma que nos forces nucléaires faisaient face à une «  fenêtre de vulnérabilité ».  En conséquence, les dépenses augmentèrent énormément pendant les années Reagan, finissant par atteindre un pic de taux record de 10% d’augmentation.

La fin de la Guerre froide, qui a compromis toute l’entreprise, aurait pu amener un eu de changement. Mais non, la limite des 5% a tenu bon, et avant longtemps le taux de croissance a à nouveau monté comme Clinton étendait l’OTAN, assurant donc des relations tendues avec la Russie à court terme. Les attaques du 11 septembre et les guerres Bush-Obama ont amené année après année une augmentation jusqu’à la vitesse surmultipliée puis le taux a légèrement plongé jusqu’à la ligne des 5%  en 2015. Donald Trump, malgré toute sa grandiloquence sur la restauration de l’armée, a été en premier lieu apparemment opposé à la remise en cause de cet héritage d’Obama – son projet de budget initial pour 2020 montrait même un déclin complet des dépenses, de 717 milliards à 700 milliards. Cette aberration a cependant été très brève.   Suivant un cri d’alarme des représentants de l’armée au Congrès, Trump a renversé le cours et réinjecté avec zèle la quantité prévue de 750 milliards, à peine au-dessous du status quo historique.

Maintenant que l’establishment démocrate, ayant épousé depuis longtemps l’idée que Poutine était d’une façon ou d’une autre impliqué dans l’élection de Donald Trump, est devenu aussi obsessivement belliqueux sur le sujet de la Russie  que n’importe quel Républicain, il semble probable que la ligne remonte bientôt au dessus des 5% et y reste pendant les années à venir. Des rapports affirmant que les Russes, en dépit d’un budget de défense moins du dixième du nôtre, nous ont d’une certaine façon distancés dans le développement d’armes telles que les chimériques missiles hypersoniques ne sont pas du tout mis en cause. Les derniers sous-marins, navires, tanks, armes cybernétiques, et la maîtrise supposée d’un armement «  hybride » par Moscou, sont fréquemment évoqués pour justifier le niveau des dépenses, qui, même en prenant en compte l’inflation, équivaut maintenant à peu près le double du budget moyen de la Guerre froide.

Illustrations by Shonagh Rae

Ce processus entier, par lequel la croissance des dépenses ralentit puis est apparemment automatiquement regénérée, lève une possibilité surprenante : que notre complexe militaro-industriel soit devenu, selon les mots de Spinney, «  un système organique vivant », avec un réflexe construit d’auto-défense réagissant violemment dès que des menaces sur son approvisionnement – notre argent – touche un point sensible particulier. Les implications sont profondes, suggérant que le MIC ( Military-Industrial Complex) est enkysté  dans notre société à un tel point qu’il ne peut plus en être délogé et qu’il pourrait aussi n’être concerné exclusivement que par  son auto-préservation et son expansion, comme un virus géant cancéreux. Ceci est contraire à la notion que nos forces armées sont là pour nous protéger contre des ennemis étrangers et imposer notre volonté au monde entier. Et que la corruption, la mauvaise gestion, et la politique belligérante étrangère coûteuse sont des dysfonctionnements qui peuvent être corrigés avec des réformes adéquates et des changements de politiques. Mais si nous comprenons  que le MIC n’existe que pour se sustenter lui-même et croître, cela devient plus simple de comprendre pourquoi, en dépit des avertissements sur des soi-disant menaces imminentes, nous demeurons en réalité si piètrement défendus. Ce dernier point peut paraître incohérent. Les critiques du Pentagon, comme Khanna tendent à se concentrer sur le mauvais usage de notre puissance militaire, comme dans les guerres au Yémen ou en Afghanistan, et sur la nécessité de redistribuer l’argent hors de la défense, afin de faire face aux besoins sociaux. Ce sont certainement des approches cohérentes, mais elles négligent le fait que nous ne sommes laissés qu’avec une force de combat très pauvre pour notre argent. La preuve en est tristement claire, à commencer par notre arsenal gigantesque d’armes incapable des performances qui sont décrites et achetés à un coût extraordinaire. Quelques exemples, comme les avions de combat F.35 Ligntning II acehetés par l’Airforce, la Marine, et le corps des Marines,  qui ont gagné une certaine notoriété rendue discrète et ont servi comme sources de plaisanteries par certains comédiens à la télévision. Même si il n’existe que peu d’appréciation publique de l’étendue du désastre. Les F35 n’ont connu le combat que l’an passé, soit 15 ans après que le programme ait commencé. Les Marines n’oen ont envouyé que 6 lors de leur premier déploiement au Moyen Orient et sur plusieurs mois, ils n’ont pu voler, en moyenne, que lors d’une seule sortie de combat par avion tous les trois ans.  Selon l’ancien chef des essais du Pentagon, si il ya avait eu de la contre-attaque, ces «  avions de combat » n’auraient pas pu survivre sans la protection d’autres avions. Dans le programme d’armement le plus coûteux de l’histoire, au coût supposé de 406 milliards, les F 35 étaient initialement équipés d’un radar qui gelait si fréquemment que le pilote devait régulièrement l’allumer et l’éteindre.  Quand le problème du radar fût finalement réglé, la version de l’Air Force  de l’avion était équipée d’un fusil inacceptablement inadéquat qui reste à être réparé, bien que l’Air Force déclare y travailler. La Marine est, si c’est possible, encore en plus mauvaise forme, les mines, pour prendre un exemple frappant, sont une arme puissante et omniprésente chez nos ennemis potentiels. La crainte des mines a amené les USA à annuler un atterrissage amphibie majeur lors de la Guerre de Corée et ses inquiétudes à propos d’éventuelles mines en Irak ont empêché un assaut par mer sur le Koweit pendant la Guerre du Golf de 1991.

Une seule mine (et Iran en a des milliers) dans le Détroit d’Hormuz, à travers  lequel un tiers du pétrole mondial transite chaque jour, plongerait le marché dans un chaos total. Cependant la Marine possède à peu près onze dragueurs de mines, des vaisseaux branlants ayant passé de loin l’heure de la retraite, avec uniquement quatre  d’entre eux pour tout le Moyen-Orient.  Quinze des vaisseaux de combat Littoral nouveaux et pleins de défauts, connus parmi les personnels navigants comme «  les petits bateaux merdiques » seront soi-disant dédiés à la recherche et à la drague de mine dans les, mais aucun de leur équipement spécialisé – créé pour détecter et neutraliser les mines, y compris les drones sous-marins- n’a fait ses preuves. Un rapport datant de 2018  A single mine (and Iran has thousands of them) in the Strait of Hormuz, through which a third of the world’s oil transported by sea passes every day, would throw markets into total chaos. Yet the Navy currently possesses a mere  issu de l’Inspecteur général du département de la Défense a révélé que la Marine a déployé ce système « avant d’avoir testé son efficacité ». Sollicité pour commenter, la Marine a néanmoins affirmé que tout fonctionnait ou, en ce qui concerne les drônes sous-marins, qu’elle était en voie de produire quelque chose qui fonctionnait.

C’est pourquoi la part du lion de notre défense contre les mines doit être assumée par une petite flotte usée d’énormes hélicoptères ­MH-53E qui cherchent et détruisent les mines en tractant de grands traîneaux chargés de capteurs tirés à travers l’océan.  Le MH-53E, et sa variante pour les Marines, le CH-53E, sont des machines fatales, fatales, c’est-à-dire pour ceux qui opèrent avec elles. Selon le journaliste ayant réalisé le documentaire Qui a tué le Lieutenant Van Dorn, les hélicoptères se sont écrasés 58 fois et ont tués 132 équipage et contractuels depuis leur introduction en 1980, en faisant le plus dangereux avions de toute l’armée américaine.

Les dysfonctionnements de la marine ont été mis en lumière par une pléthore de scandales dans la Septième flotte qui opère dans le Pacifique ouest. Dans les récentes années, Leonard Glenne Francis, un entrepreneur connu sous le nom de «  Gros Leonard » qui visitait les  ports de la flotte  en Asie et a remporté plus de 250 millions de contrats a été accusé d’avoir corrompu une grande quantité d’officiers, dont des Amiraux, avec de somptueux divertissements, dont des beuveries qui duraient des jours et auxquelles participaient des groupes de prostituées connues sous le nom de  “Thai SEAL team”—­ainsi qu’avec du liquide afin de conclure des contrats surévalués. Il est aussi apparu que les mouvements de cette flotte ont parfois été dictés non par les exigences stratégiques de la Marine mais par des officiers rendant à Francis son hospitalité en redirigeant les navires vers les ports où il était installé et faisait le plus d’argent.  Bien que des lanceurs d’alerte aient donné l’alerte depuis des années, leurs plaintes avaient été régulièrement supprimées du registre des officiers. Quand la Marine a finalement décidé de mener une investigation sur ses activités, en 2010, pas moins de 60 amiraux ont été soupçonnés. A ce jour, 16 officiers, en service ou en retraite, ont été déclarés coupables de corruption, fraude et crimes associés, pendant que les autres sont en attente de leur procès. On a enquêté sur un autre groupe de 550 membres du personnel militaire en exercice ou en retraite, bien qu’un  délai de prescription ait empêché les poursuites dans certains cas.  Pendant ce temps, la flotte elle-même s’est détériorée progressivement, comme il est apparu dans l’accident tragique de deux destroyers le U.S.S. Fitzgerald  et le U.S.S. ­John S. McCain, qui sont entrés en collision avec des navires de commerce dans les eaux asiatiques en 2017, laissant morts 17 marins. L’origine de ces désastres a été liée directement à l’incompétence des commandants, et aux équipages mal entrainés, surmenés et trop peu nombreux luttant pour opérer sur des équipements cassés qu’ils ne savaianet pas comment réparer. Les fautes de direction remontaient jusqu’au csommet de la chaîne de commandement.

L’armée et les Marines offrent une image à peine moins déprimante. Pendant des dizaines d’années, l’Armée a été engagée dans une lutte onéreuse afin de fournir aux troupes des radios fiables. Un récent modèle portable, dont le coût a  été  évalué par l’Institut d’analyse des dépenses (Institute for Defense Analyses) à 72.000 dollars chacune,  est appleée Manpack.  Non seulement le modèle Manpack est deux fois plus lourd que le modèle qu’il remplace, avec une ampleur d’action plus courte mais il a montré une tendance à la surchauffe et a sévèrement brûlé les pauvres soldats d’infanterie qui le portait.  Les casques portés par les soldats et par les Marines en Irak et en Afghanistan se sont aussi montré inadaptés. Comme les auteurs du livre récent  «  Des esprits brisés » Shattered Minds l’ont démontré, leur design peut en fait amplifier les effets d’une explosion sur le cerveau.  En plus, beaucoup parmi ces casques se sont montrés très vulnérables aux balles et aux shrapnels, à cause d’un entrepreneur corrompu qui a lésiné sur le matériel pare-balle nécessaire. Comme il est commun avec ceux qui évoquent les dysfonctionnements officiels, les lanceurs d’alerte qui ont mis en avant cette fraude particulière ont été violemment harcelés par leurs supérieurs et exclus de leurs postes.

Les experts et les commentateurs omettent généralement l’attribution de motifs pécuniaires au Complexe militaro-industriel. C’est pourquoi une récente étude universitaire a trouvé la réponse au déclin des forces dans «  une disposition culturelle américaine favorisant la technologie » suggérant que nos dirigeants militaires sont enclins à verser de fonds dans des systèmes technologiques complexes d’armement, ne répondant qu’aux «  besoins basiques des troupes »  à cause d’une sorte de besoin culturel inné. La réalité s’avère plus simple : le MIC présente une sorte de compulsion à exiger et à recevoir  toujours plus de notre argent chaque année. Contrairement à certaines croyances, cet impératif ne signifie pas que le budget soit propulsé par des guerres à l’étranger. Tout au contraire, les guerres sont la conséquence de la quête pour des budgets plus importants. Récemment, le Pentagon a même proposé un budget de guerre qui ne serait pas dépensé sur une guerre. Les propositions de budget 2020 comprennent 165 milliards pour les   « Overseas Contingency Operations » (O.C.O.), une catégorie spéciale inventée en 2009 afin de supporter les guerres en cours, un peu comme si le Police department demandant des fonds supplémentaires pour arrêter des criminels.  Dans les années précédentes, des sommes importantes de ces budgets ont été tranquillement réorientées vers des priorités du Pentagone, comme le financement du nouveau programme d’armement. Mais maintenant la diversion est devenue officielle – les examens du budget reconnaissent que plus de 98 milliards du budget de l’oCO est utilisé pour l’équipement de base de routine plutôt que pour des combats à l’étranger.

En d’autres termes, ce n’est qu’une question de fric (it’s all about the Benjamins). Comprendre ce fait fondamental permet de comprendre plus facilement les décisions sous-tendues par notre politique de défense. Pourquoi, à titre d’exemple, la Septième flotte a-t-elle été déployée inutilement  avec des équipages mal entraînés et des équipements obsolètes ? La réponse, selon une investigation de ­ProPublica, est que des responsables officiels, guidés par Ray Mabus, Secrétaire de la marine sous la présidence d’Obama et le Chef des opérations navales, l’Amiral Jonathan Greenert, étaient décidés à  financer le plus possible de construction de nouveaux navires, une décision qui s’est avérée très profitable pour les chantiers navals si influents au niveau politique.  Pourquoi maintient-on des missiles sur des bases terrestres vulnérables et sur une base sous-marine invulnérable ? Parce qu’éliminer l’ICBM de l’Air Force entraînerait un choc sévère  à son  budget et à l’équilibre budgétaire des fournisseurs de la défense.

Nous sommes équipés d’une force de combat qui a besoin de s’appuyer sur ses proches pour ses besoins essentiels comme les protections ou les équipements de vision nocturne, alors que des centaines de millions de dollars sont gaspillés dans des engins exotiques comme le compas nommé NOVA, un avion totalement dysfonctionnel supposé détecter les IED.  Le fonctionnement de ce gaspillage est toujours le même et anticipable : les services insistent sur le fait qu’un nouvel armement est nécessaire pour remplacer l’ancienne flotte devenue rapidement obsolète. Inévitablement des ennemis à l’avancée imprédictible et rapide exigent de l’armement nouveau et plus efficace, coûtant 50 à 100% plus cher que les précédents. L’hypothèse que de l’armement plus efficace est supposé coûter plus cher n’est généralement pas questionnée, en dépit du fait que les prix pour des ordinateurs personnels  et d’autres technologies civiles aient évolué dans la direction opposée. Une fois les budgets pour un nouvel armement revu à la hausse approuvés par les têtes du Pentagon et par le Congrès, un planning est fourni de façon à ce qu’aucun échec à faire face à une échéance ou à passer un test ne puisse menacer l’apport de fonds. En plus, le contrat, inévitablement d’une complexité écrasante,  est prévu pour assurer au fournisseur des rentrées d’argent qui couvrent tous les possibles échecs techniques ou organisationnels, ce qui garantit un autre double ou triple  cout au-delà de l’estimation déjà surévaluée.

Ces phénomènes sont peu compris par le monde extérieur, ce qui est une des raisos pour lesquelles le contribuable est prêt à accepter une étiquette de 143 millions sur un ­F-22 ( ce n’est que l’information donnée par Lockheed, le véritable prix par avion est de plus de 400 millions) comme quelque chose de justifié à cause de ses équipements technologiques exceptionnels. Feu A. Ernest Fitzgerald, qui fût licencié en tant que Gestionnaire officiel des coûts de l’Air force sous les ordres immédiats du Président Nixon pour avoir divulgué des dépenses excessives dans le Programme de l’Air force, dévoila des sièges de toilette à 640 dollars pièce et des marteaux à 435 dollars ( il fût le premier à avoir porté ceci sous l’œil publique) qui ne sont que des emblèmes du système entier, et que des produits comme l’avion de combat à 400 millions n’étaient pas moins raisonnablement évalués que ces sièges de toilette.

La beauté du système réside dans sa nature d’auto-renforcement. Des coûts énormes exigés pour ces contrats ne consolident pas seulement les profits alléchants des constructeurs mais s’assurent que le nombre d’armements commandés soit toujours en-deçà  du nombre demandé en premier lieu. Par exemple, l’Air force  a prévu en tout d’abord d’acheter des 750 ­F-22s au prix de 139 millions pièce, mais le coût s’élevant a forcé le Secrétaire de la défense du moment Robert Gates, à annuler le programme en 2009, limitant alors la flotte à 187.

Avec un nombre plus réduit, les systèmes d’armement sont maintenus en service plus longtemps : les avions de l’Aiir force sont maintenu en activité en moyenne pendant vingt-huit ans, et certains encore en service ont été construits il ya plus de cinquante ans. Le F.35 par exemple, coûte au moins six fois plus que le F 16 qu’il remplace, alors que le Zumwalt-­class destroyer (7.5 milliards chacun) coûte quatre fois plus que le Arleigh Burke destroyer qu’il est supposé remplacer). Le coût des Zumwalt a été tellement surpassé que bien que le plan original avait prévu une flotte de 32 navires, la production a été interrompue à seulement 3). Par moment, le système atteint des points ultimes d’absurdité quand des sommes gigantesques sont dépensées sans aucun résultat visible. Cela fût le cas pour les Future Combat Systems, un programme grandiose dans le champ des batailles de terrain avec des véhicules, des robots et un armement divers, tous liés via l’électronique et avec Boing comme premier fournisseur. 20 milliards de dollars plus tard, l’entreprise a périclité, en exercice onéreux de futilité.

D’énormes mises de fonds avec des retours marginaux ou même on-existants attirent peu l’attention, et moins encore des objections parmi nos politiciens. Le Congrès donne son accord aux budgets du Pentagone régulièrement avec une majorité bipartisane  écrasante. Une des raisons est la croyance que les dépenses militaires sont un stimulant pour l’économie et pour les districts des membres du Congrès. Ce point a été analysé avec une clarté louable dans une tribune libre du New York Times par Peter Navarro, directeur du Bureau des politiques et de fabrication de la Maison blanche. L’occasion  été donnée par la visite imminente de Trump  à Lima, Ohio, usine de fabrication des tanks Abram de l’US Army. Faisant l’éloge du r^le de Trump dans l’augmentation de la production de tanks (bien que l’armée ait déjà un énorme surplus de tanks en stock) Navarro a mis en avant les bénéfices pour Lima et pour l’Ohio, insistant sur le fait que l’usine emploierait plus de mille personnes sur place et plus de mille personne dans le pays tout entier. « Considérez, écrit-il, l’effet de vague de l’usine de Lima. Dans l’Ohio seul, 198 de ses fournisseurs sont répartis sur plus de 16 districts congrégationalistes » Peu de représentants élus pouvaient manquer l’argument, y compris le Sénateur libéral démocrate de l’état,  Sherrod Brown, qui a travaillé aux côtés des juristes républicains pour gonfler les fonds sur le projet. Les contractants importants ont changé la distribution des contrats de défense à travers le plus de districts congrégationalistes possible en un art.  Les contrats et sous-contrats pour le ­F-35 de Lockheed, par exemple, sont répartis sur 307 districts dans 45 états, assurant ainsi l’allégeance d’un nombre proportionnel de représentants du Congrès ainsi que celle de 90 Sénateurs. L’argument de l’emploi exerce une influence même lorsqu’une vision des dépenses semblerait violer des principes politiques. Par exemple, le F35 est supposé stationner dans le Vermont, au Burlington International Airport, résidence de la Vermont Air National Guard. Parce que le F35 est au moins quatre fois plus bruyant que le F15 qu’il remplace, des pans entiers des habitations bon marché du voisinage selon les propres critères de l’Air Force deviendront impropres à l’occupation résidentielle, enfermant des milliers de personnes  dans des maisons qui ne pourront plus se vendre qu’à des prix cassés, cependant, les propositions pour le F35 reçoit le support politique de la direction habituellement libérale de l’état, le Sénateur Bernie sanders, qui a justifié son appui en argumentant que, bien qu’il soit opposé au F35, il donne son accord à son installation dans le Vermont dans la perspective de la création d’emplois.

Cependant, une observation plus précise indique que les contrats de défense ne sont pas en fait des pourvoyeurs d’emploi si efficaces. Robert Pollin and Heidi Garrett-­Peltier of the Political Economy Research Institute at the University of Massachusetts Amherst ont calculé le nombre d’emplois générés par un investissement de 1 milliard dans diverses industries, allant de la défense aux soins santé, aux énergies renouvelables et à l’éducation. L’éducation venait en premier  avec une large marge, avec 26,700 emplois, suivie par la santé avec 17,200.  La défense ayant généré 11,200 emplois était classée en dernier. «  Toute activité économique génère des emplois » commente Polly, «  Là n’est pas la question, la question est de savoir combien d’emplois sont créés à partir d’une certain niveau de dépense dans telle partie de l’économie et en relation avec les autres ». Le fait est que les dépenses de défense génèrent moins de’emplois que l’énergie verte, l’éducation, et d’autres industries-clefs.

Des études comme celles-ci sont rares. Les recherches sur l’impact des dépenses de la défense sur l’économie américaine dans son ensemble sont encore plus rares, même si l’armement représente environ 10% des productions de tous les USA. Il ya une génération,  Seymour Melman, un professeur d’ingénierie industrielle à Columbia, a consacré presque toute sa carrière à l’analyse de ce sujet. Il a conclu que l’impact des dépenses d’armement sur l’ensemble de l’économie était complètement destructeur, une conséquence des mauvaises habitudes injectées dans le courant de la gestion américaine des entreprises par une culture de la défense indifférente aux coûts   et à la productivité. L’industrie US des machines-outils, par exemple, a exercé le pouvoir sur l’industrie d’après-guerre grâce à sa productivité efficace en terme de coût qui a en retour permis des salaires élevés pour les travailleurs. Mais écrit Melman comme de plus en plus de sea production glissait vers des contrats de défense, les reactions de l’industrie avec le Pentagon

Devinrent toutes du «  travail pénible », ce qui est nécessaire pour augmenter les coûts. A partir de là il était possible proposer des services à un nouveau client pour lequel l’augmentation du prix et des coûts était acceptable. Voire désirable.

En conséquence, comme le détaille Melman, l’industrie des machines-outils américaine cessa d’être compétitive avec celle de nations comme le Japon ou l’Allemagne, où le contrôle des coûts règne en maître.

Bien sûr, quelques sections des manufactures d’après-guerre redevables au dollar de la défense mènent encore le monde, notablement la fabrication d’avions civils  représentée par la compagnie Boeing. Les avions de ligne qui sont sortis des usines de Seattle étaient bien conçus, sûrs et rentables. Boeing avait un énorme secteur de défense également, mais le responsable du managment a renforcé une règle tacite selon laquelle des managers de la défense ne devraient jamais être transféré dans la branche civile, de peur qu’ils ne l’infectent de leur culture des surcoûts,  des délais dans les plannings et des initiatives risquées ou impossibles à réaliser.

Cela a commencé à changer en 1997, quand Boeing a fusionné avec ­McDonnell Douglas, une compagnie de défense. En termes de management, la fusion a été en fait le rachat de ­McDonnell avec son exécutif et surtout son PDG Harry Stonecipher—­assurant la direction des deux compagnies combinées, amenant avec eux l’héritage culturel de la compagnie. Les effets ont été rapidement perceptibles dans la première initiative importante touchant les avions de lignes Boeing sous le régime de la fusion : le 787 Dreamliner.  Parmi les nombreuses caractéristiques familières à tout étudiant de l’industrie de l’armement, le programme s’appuyait abondamment sur des contrats extérieurs effectués dans des pays étrangers afin de s’ assurer la fidélité d’acheteurs potentiels.  Envoyer des pièces de part le monde coûte de toute évidence du temps et de l’argent. De même que l’usage de technologies nouvelles et potentiellement non sécurisées, dans ce cas précis, étaient impliqués une cellule en plastique et des contrôles tout-électroniques alimentés par une batterie extrêmement large et dangereusement inflammable. Cette technologie eût également un impact sur le coût, qui a dépassé un estimation initiale de 5 milliards d’au moins 12 milliards – une excédant impressionnant, même selon les standards de la défense. Comme prévu, la batterie a pris feu, résultant dans un maintien coûteux des équipages du Dreamliner au sol de trois mois  pendant qu’on envisageait une réparation. L’avion doit encore se montrer rentable pour la société mais espère l’être finalement.

Les deux crash récents de Boeing 737 Max, qui ont tué 346 personnes, ont été un signe supplémentaire que diriger des programmes d’aviation civile en même temps que des lignes de fabrication industrielle peut ne pas avoir été le meilleur choix de Boeing. Le 737 a été financièrement d’une rentabilité éprouvée avec un record de sécurité impressionnant depuis 1967. Il ya quelques années, cependant, sous les auspices du PDG Dennis Muilenburg, ancien superviseur du fiasco du Future Combat Systems et de Patrick Shanahan (actuellement le Secrétaire de la défense en place) qui avait pris la tête du Programme des systèmes de missiles de défense de Boeing et du Dreamliner program avant de devenir le responsable général des programmes des avions commerciaux de Boeing, l’avion de ligne a été modifié dans un programme à la va-vite afin d’être en compétition avec l’Airbus A320. Ces modifications, principalement des moteurs plus grands qui ont compromis les caractéristiques aérodynamiques de l’avion l’ont rendu potentiellement instable. Sans en informer les consommateurs ni les pilotes, Boeing a installé un équipement automatisé Band-Aid qui réparait le problème de stabilité, au moins quand les indicateurs nécessaires fonctionnaient. Mais les indicateurs étaient susceptibles de tomber en panne, avec des conséquences désastreuses. De tels défauts sont communs dans les programme de défense, en d’entre eux étant le porte-avion V-22 Osprey de Boeing, ( supervisé pendant une période par Shanahan) dans lequel un défaut de fabrique, longtemps nié, a amené de multiples accidents qui ont tué 39 soldats et Marines. Mais l’impact final de ces désastres sur les contractants reste minimal, même positif, puisqu’ils peuvent être payé pour résoudre les problèmes. Sur le marché, les punitions en terme de pertes de ventes et de poursuites risquent d’être beaucoup plus sévères.

Dans la période immédiatement après la Guerre froide, avant que les tensions avec la Russie ne soient ravivées, la Corporation BDM, un groupe majeur de consultation sur la défense a reçu un contrat du Pentagon afin d’interviewer les anciens membres du complexe de défense soviétique ou dans l’armée ou dans la fabrication d’armement. Parmi les révélations intéressantes qui en ont émergé ( qui incluent la confirmation que les hypothèses de la surveillance US sur la politique de défense de l’Union soviétique ont été fausses presque entièrement tout au long de la Guerre froide) figure un compte-rendu  faisant autorité qui évoque à quel point le pouvoir militaro-industriel fût un désastre pour la défense soviétique et pour l’économie. BDM a appris que «  le secteur de la défense industrielle utilisait son influence afin de fournir plus d’armes qu’il en était demandé par les services de l’armement et pour construire des équipements nouveaux que les militaires opérationnels ne voulaient pas. »

Une énorme portion de la capacité industrielle soviétique était vouée uniquement à la production des missiles. «  Cette vaste base industrielle », selon un des fonctionnaires de haut rang interrogé, «  a détruit l’économie nationale et à appauvri le peuple. » Des appels à des coupes dans cette production inutile étaient rejetés par le Kremlin sur l’argument de «  que va-t-il arriver alors aux travailleurs ? » La charge insupportable du complexe militaro-industriel soviétique a été sans aucun doute une des premières causes de l’effondrement final de l’Union soviétique – le virus avait consommé son hôte.

Le contrat de BDM  a été conclu dans l’attente qu’il confirmerait au Pentagone bien-aimé la thèse que la simple ampleur des dépenses US, en particulier sur l’énorme gonflement initié dans les années Reagan,  avait écrasé l’URSS en les forçant à essayer de s’aligner – un acquiescement bienvenu des budgets de mammouth de la défense. Mais le projet BDM tel qu’il est en cours, avant même que les chercheurs n’aient terminé leur enquête, montre que ce n’est pas du tout ce qui s’est passé : la charge de l’URSS a été entièrement auto-générée pour des motifs internes, comme ceux de maintenir l’emploi. Quand les officiels du Pentagone ont réalisé que la recherche de BDM allait conduire à une conclusion hautement malvenue, le contrat éa été brutalement terminé. Le système sait comment se défendre.

Traduction : Elisabeth Guerrier