“America : La tournée d’adieu.” Extrait. Chris Hedge

 “America : La tournée d’adieu.”

Extrait du livre de Chris Hedge, ce court passage où, par ce qu’on appelle ” la force des choses” tout individu, conscient un tant soit peu de la décomposition environnante, qui est avant tout une confrontation avec les bases structurellement amorales du système capitaliste et à l’incapacité pour toute société ayant des velléités démocratiques de se rêver sans limites et sans compte à rendre, entendra en écho le cri de révolte et d’horreur qu’il pousse dans l’obscurité.

Une Amérique moralement dégénérée consumée par l’hédonisme, se complaisant dans l’ignorance, menée par des kleptocrates et des imbéciles, fragmentée par des guerres et des extrémismes culturels souvent violents et au bord d’une guerre nucléaire. C’est un pays maudit à cause de son échec à faire face ou à réparer son péché originel de génocide et d’esclavage. La philosophie d’une expansion capitaliste, le suprématisme blanc, l’exceptionnalisme américain, la perpétration incessante de guerres impérialistes, ont fini par consumer la nation elle-même.  Les complices, qui ont bénéficié un temps de ces maux, en sont devenus les victimes. Comment quiconque peut-il vivre une vie pleine de sens dans une telle société prédatrice ? Est-ce même simplement possible ? Une culture peut-elle jamais retrouver son équilibre quand elle plonge dans une telle dépravation ?

L’élévation de la dégénérescence morale lors des derniers jours n’est jamais accidentelle. Cette élite corrompue renvoie son reflet à la société, comme le fait Trump, son vide spirituel. La même stupidité, les mêmes illusions entretenues et la même auto-destructivité sont répétée sans fin.

La liberté et l’autonomie dans l’état corporatiste signifie la liberté et l’autonomie des corporations et des riches à exploiter et à piller sans interférences gouvernementales ou contrôle régulateur.  Et la simple caractéristique de la volonté du gouvernement est d’utiliser la force, sur place ou à l’extérieur afin de protéger les intérêts des classes dominantes.  Cette reddition abjecte de l’état aux possédants est illustrée par le Code des impôts de 2017 ( 2017 tax code) et le démantèlement des régulations environnementales. La dégradation des idéaux démocratiques basiques – mis en évidence quand la Cour suprême a refusé de modifier la surveillance étendue gouvernementale du public ou a défini le transfert de somme illimitées d’argent sale dans la vie politique comme un exercice de «  libre parole » et le droit de pétitionner le gouvernement- moyens qu’a une société de se définir elle-même selon des vertus qui sont mortes.  Le plus longtemps ces illusions sont perpétuées, le plus enragé le public devient en se précipitant vers des démagogues  promettant une nouvelle utopie et qui, une fois au pouvoir, accélère les assauts.

Toutes nos institutions sont corrompues. La presse, les universités, les arts, la justice, les institutions religieuses ont absorbé le breuvage toxique de l’exceptionnalisme américain, le mythe de la vertu américaine, et la combinaison de la liberté avec un capitalisme débridé.  La classe néolibérale en faillite promeut le multiculturalisme et la politique identitaire comme des impératifs éthiques et ignore la primauté de la justice économique et sociale. Elle tolère les intolérants. Je suis entouré de cadavres d’âmes. Nous vivons dans un pays de morts.