Résister : l’argument moral pour une révolution écologique Max Wilbert

Cette traduction, pour laquelle j’ai été sollicitée, est publiée sur ce blog pour son analyse, assez superficielle, de la fonction de nombreuses ONGs et les sources de leurs financements dans les stratégies de maintien de la paix sociale des monopoles. Le reste du texte n’offre à mes yeux qu’un intérêt très limité, tant pour son auto-indulgence que pour le manque de rigueur et de référence de ses assertions. Notre point de vue n’est donc en aucun cas impliqué dans les propos, à nos yeux inconsidérés et surtout manquant d’assise pragmatique, de références historique et théorique et surtout de fond culturel dans l’approche des processus révolutionnaires ni dans la naïveté politique de cet auteur. EG

La solution : Résister  L’argument moral pour une révolution écologique

LA solution : resister

L’ARGUMENT moral pour une revolution ecologique

18 NOVEMBRE 2019 DEEP GREEN RESISTANCE NEWS SERVICE 

Ecrit et photographié par Max Wilbert

En 1941, alors que la Deuxième guerre mondiale s’étendait sur la moitié de la planète, mon grand-père fût  appelé pour servir l’Armée américaine.

Devant faire face à la perspective d’être envoyé à l’étranger pour tuer d’autres jeunes gens dans cette guerre, sa morale se rebella. Il refusa de rejoindre son régiment et fit une démarche pour devenir objecteur de conscience, statut qui lui fit octroyé au bout du compte.

Ce n’était pas une position très populaire. Parmi un million d’appelés, environ 43.000, c’est à dire moins de la moitié de un pour cent, devinrent objecteurs.  Les autres objecteurs et lui-même furent largement critiqués, attaqués et ostracisés. Leur engagement fût testé par des commission, par les familles et les communautés qui rejetèrent leurs convictions morales et les désignèrent comme lâches, déserteurs ou traîtres. Presque cinquante ans plus tard, je suis né dans une famille qui s’est référé à l’exemple de mon grand-père. C’était un grand-père était chaleureux, gentil avec moi. Lorsque j’étais enfant, des discussions sur la guerre, l’impérialisme, le racisme, l’exploitation des femmes, l’oppression, et la destruction de la planète étaient fréquentes au sein de ma famille. On m’y a appris que ces choses devaient s’arrêter. Le changement social était une nécessité, et la résistance non-violente était la méthode.

Ayant à faire face à la perspective de la Seconde guerre mondiale, quels choix aurais-je fait à la place de mon grand-père ? D’une part, le régime nazi était un mal innommable et les actions du Japon impérial étaient tout aussi horribles. D’autre part, les actions de l’empire US avant, pendant et après la guerre- n’étaient pas vraiment bienveillantes. Comme l’écrit Howard Zinn, avant que la guerre n’éclate, les USA :

« s’étaient opposés à la révolution haïtienne dans son indépendance de la France au début du 19ième siècle. Ils étaient à l’origine d’une guerre contre le Mexique et s’étaient approprié la moitié du pays. Ils ont prétendu aider Cuba à gagner leur liberté contre l’Espagne puis y avaient implanté une base militaire, avaient fait des investissements et obtenus le droit d’intervention. Ils s’étaient approprié Hawaii, Porto Rico, Guam et avaient mené une bataille brutale pour s’approprier les Philippines. Ils s’étaient ouvert une route commerciale vers le Japon avec des menaces et des bateaux de guerre. Ils avaient déclaré un politique portes ouvertes en Chine comme moyen d’assurer aux USA l’opportunité d’avoir des droits égaux à ceux des autres empires pour l’exploitation de la Chine. Ils avaient envoyé des troupes à Pékin avec celles d’autres nations afin d’asseoir la suprématie de l’Ouest sur la Chine et les avaient laissées là pendant plus de trente ans. »

Et bien sûr, ce n’est qu’une liste partielle. En 1942, les US étaient encore une société fortement ségréguée (ce qu’elle est encore) engagée dans l’extraction de la valeur des gens de couleur quelques soient les moyens nécessaires d’y parvenir. L’esclavage a construit la richesse des USA et a littéralement construit la Maison blanche. Et bien sûr, le pays entier a été construit sur le génocide effectué par les colons. Un génocide dont Hitler s’est inspiré pour créer sa « solution finale ». De nombreux Américains prééminents, comme Henry Ford, étaient des supporters du régime nazi. Le gouvernement des US n’a pas seulement échoué à évoquer publiquement les persécutions des Juifs allemands avant la guerre, malgré la clarté des évidences, il a aussi rejeté ceux qui venaient chercher refuge et ce faisant les a condamné à la mort.

Les USA ne se sont pas battus à cause du Fascisme, bien que individuellement les soldats l’ai fait. L’histoire critique nous dit que les USA se sont battus contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon avant tout pour des raisons géopolitiques : afin de contrôler un compétiteur pour l’Allemagne, d’endiguer la Russie communiste et de s’étendre dans le Pacifique.

L’historien Gabriel Kolko par exemple dit : « Le but de la guerre économique de l’Amérique était de sauver le capitalisme à l’étranger et sur place. ». Cela a été accompli en consolidant le contrôle américain sur le pétrole au Moyen-Orient, en gagnant l’accès à de nouveaux marchés dominés auparavant par les Anglais et en concentrant des injections de fonds publiques dans les corporations privées. Boeing, Lockheed  et tous les autres bénéficiaires de guerre.

Et à la fin de la guerre, les USA tuaient 150.000 civils japonais à Hiroshima et Nagasaki, dans un bombardement  atomique militaire inutile que P.M.S. Blackett  a nommé : «  La première opération majeure de la Guerre froide avec la Russie. ». En d’autre termes, 150.000 personnes ont été massacrées sans aucune nécessité militaire mais dans l’intérêt d’un positionnement géopolitique. Les Fascistes devaient être stoppés, oui. Mais la guerre menée par les Etats-unis n’était pas une guerre particulièrement «  juste ».

Je respecte le choix de mon grand-père. Tout particulièrement, je suis impressionné par la réflexion éthique exigée pour subir des conséquences si sérieuses, professionnelles et personnelles tout en maintenant sa position de principe. Il n’existe que peu d’individus avec cette dignité et ces convictions.

Quatre-vingts années après la montée du Parti Nazi, nous faisons face avec une montée du fascisme autour du monde.

Trump, Bolsonaro, Duterte, Erdogan, Putin.  De nombreux partis politiques fascistes et des mouvements populistes sont en marche. Leur principale opposition systémique vient du capitalisme néolibéral, un fascisme doux en soi, et la force première ayant décimé la planète pendant les dernières quarante années. En démantelant les institutions publiques, en embrassant le pouvoir des corporations et le militarisme débridé, en corropant le langage de la justice et en doublant l’exploitation des pauvres et du Tiers-monde, des néolibéraux comme Barack Obama et les Clinton ont permis de paver le chemin pour la montée   actuelle d’un fascisme authentique .

Le Capitalisme lui-même est une guerre menée contre la planète et contre les plus pauvres. L’économie globale est construite sur des travailleurs saisonniers exploités, des ateliers à sueur,  , une industrie électronique toxique qui conduit ses travailleurs au suicide de masse,  Tout ceci se déroule sur des terres indigènes volées et un génocide  se déroulant sous nos yeux dans la légalité la plus complète.

Les biens matériels dont est composée la croissance économique sont faits de terre morte. Les montagnes sont minées et explosées. Les rivières sont damnées et réduites en esclavage. Les prairies exploitées. Les forêts rasées. Les océans expurgés de toute vie. La biodiversité est détruite,  les océans sont  détruits, et le réchauffement avance plus vite que ce que les pires prévisions avaient annoncé.  Les émissions de gaz à effets de serre sont plus élevées d’année en année  malgré le marketing habile des campagnes de l’industrie verte.

L’état d’esprit de l’exploitation et du lucre est visible dans la culture dominante.  Les agressions sexuelles sont endémiques.  Les Noirs et autres gens de couleur sont privés de droits et exploités dans une forme d’esclavage dans le système carcéral, puis régulièrement    executés dans les rues dans une forme de lynchage moderne. Les pauvres, les sans-abris, les toxicomanes et un nombre énorme d’autres individus sont traités comme des rebus par cette société et meurent par milliers pendant que des individus comme Jeff Bezos est en croisière sur son dernier yachet de 100 millions de dollars.

Nous devons maintenant nous battre avec la même que celle que mon grand-père a affronté.

Quelle est la ligne de conduite morale de ce monde ?

Avant de connaître la ligne de conduite adéquate, nous devons comprendre quelles sont les racines du problème auquel nous sommes confrontés. Cette étape du diagnostic est essentielle pour un traitement adéquat. Et en fait, l’origine du terme «  radical » vient du mot latin signifiant «  racine ».

Beaucoup trop de personnes dans cette société ne regardent que les causes en surface. Nous devons aller en profondeur.

Premièrement, nous devons comprendre que les problèmes ne sont pas des accidents ou le résultat d’un dérapage du système. C’est le fonctionnement normal de la civilisation industrielle. C’est « les affaires sont les affaires ».  L’économie fleurit, les riches s’en sortent très bien. Tout fonctionne parfaitement.

Pour ceux qui sont au pouvoir, le temps est au beau fixe.

J’ai entendu dire que le capitalisme est une guerre contre la planète et les pauvres. Ce n’est pas une métaphore. Le système économique dominant tue, estropie, et détruit la vie d’innombrables millions d’humains et de milliards d’autres êtres vivants. 

En tant que troisième homme le plus riche de la planète, Warren Buffet a dit une fois : «  Il y a vraiment une guerre de classe, mais c’est la classe à laquelle j’appartiens qui la mène, et nous la gagnons. »

C’est bien une guerre mais menée d’un seul côté.

Les travailleurs, les pauvres, et spécialement les environnementalistes ne voient souvent pas le système comme une forme de guerre contre nous. La propagande incessante, administrée par les médias et par l’éducation, nous enseigne que nous vivons dans une société belle et juste. Tous les problèmes auxquels nous devons faire face – migration, désastres climatiques, abus sexuels – sont externalisés. Au lieu d’être pris comme de facteurs faisant partie intégrante de l’expérience américaine, ils sont envisagés comme les problèmes exogènes ou ignorés complétement.

La propagande, en plus d’inculquer l’éthique capitaliste et l’exceptionnalisme américain, renforce la rigidité de sa boîte contenant les façons acceptables de changer le monde. Les luttes sociales, nous dit-on, devraient avoir lieu au travers des changements politiques, dans les urnes et dans les bureaux de ONG.

Mais ces modèles ne fonctionnent pas

Le changement législatif, par exemple, est rarement permanent. Des lois anciennes, comme the Voting Rights Act  peut facilement être attaqué et compromis. C’est ce qui se produit en ce moment. The Voting Rights Act, ( interdisant les discriminations raciales)  the Clean Water Act, ( droit d’accès à l’eau propre)  the Endangered Species Act ( protection des espèces en voie de disparition)—toutes ces lois qui sont très partielles en premier lieu, sont vidées de leur contenu.

La conduite d’un empire est fermement bipartisane. Les partis déccrates et républicains aux USA jouent une partie routinière à l’échelle de la société tout entière de «  bon flic, mauvais flic ». Ils nous trompent en tentant de nous faire croire que nous vivons en démocratie. Ils autorisent des débats très intenses au sein d’un champs extrêmement restreint de possibilités politique, et ce faisant, distraient l’attention du peuple du vol et de la violence de la classe dominante.

La vérité est que nous avons peu ou rien à dire sur la façon dont notre propre communauté opère, sans parler sur celle dont notre pays est gouverné.

Contraints par des interdictions des droits civiques criminels, par des redécoupages  électoraux par le collège électoral, la propagande incessante et un systéme représentatif sans aucun compte à rendre, nos votes sont largement insignifiants.

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Nous sommes si éloignés du concept d’autonomie que nous peinons même à l’imaginer. Quand avez-vous pris une décision sensée à propos du politique, de l’économique ou de l’avenir social de votre lieu de résidence, de votre ville, de votre état ou du pays dans lequel vous vivez ?

Pour la plupart d’entre nous, la réponse est : jamais.

Appeler les USA une démocratie est risible. Les chercheurs ont prouvé que notre société est une oligarchie. Le Professeur Martin Gilens et le Professeur Martin Page ont conclu dans leur article de 2014, que «  l’élite économique et les groupes organisés représentant les intérêts affairistes  ont un impact indépendant substantiel sur les décisions politiques du gouvernement US alors que le citoyen de base et les groupes défendant les intérêts publiques ont peu voire pas du tout d’influence. »

Ceci se reflète dans le capital de la nation. Cela fait des dizaines d’années que le Congrès n’a pas passé de texte de loi qui ne profiterait pas aux ultra-riches et aux trusts.  Toutes les décisions politiques majeures sont  prises pour soutirer toujours plus aux pauvres, détruire la planète encore plus vite et dans le processus pour rendre la classe dominante décadente toujours plus riche.

Le Complex industriel non-lucratif  (Non-profit Industrial Complex (NPIC)

Face au système politique insolvable, où se dirigent les gens ? Beaucoup se tournent vers le non-lucratif, espérant trouver un monde de petits groupes organisés, vaillants, luttant pour les changements sociaux. Au lieu de cela, ils trouvent un nouveau cauchemar de bureaucratie, 60 heures de travail hebdomadaire et des salaires de misère.

Le système associatif a émergé de l’idéologie libérale qui a déterminé la droiture du système capitaliste de style américain. Dans cette vision du monde, de petites réformes graduelles sont tout ce qui est nécessaire au système  pour continuer de chantonner joyeusement.

La plupart des plus importantes fondations actuelles ont été créée afin de pouvoir légalement contourner l’imposition des plus riches au début du 20ième siècle. Elles se sont avérées être des investissements très lucratifs. Les fondations libérales ont longtemps servi à pacifier les mouvements sociaux et à empêcher les changements radicaux.

Une des exemples majeurs en est la professionnalisation de la résistance des Noirs dans les années 70 et 80. Dans le prolongement des soulèvements sociaux des années 60, les associations et les fondations ont investi des milliards de dollar afin de créer  un nombre incalculable d’organisations à but non-lucratif et de services sociaux  .  Un des rapaces de la guerre du Vietnam, McGeorge Bundy, chef de la Fondation Ford,  (Ford Foundation),  a mené une campagne dans tout le pays pour faire face au racisme. Mais derrière la rhétorique se trouvait le désir non pas de trouver des solutions aux racines du racisme mais de pacifier et d’assimiler l’opposition du Black Power au sein de la structure de pouvoir dominante.

Les mouvements politiques non-lucratifs actuels reflètent les mêmes valeurs : élitisme libéral, promotion de l’individu, et optique de la diversité. Et ils produisent les mêmes résultats : campagnes sans fin pour les candidats progressifs, campagnes de financement sans fin et disparition.

Ce qui est absent est un agenda révolutionnaire pour une libération collective du système d’oppression.

Le dissident indien Arundhati Roy, un des écrivains les plus brillants de notre époque, propose une  féroce critique du système des ONG, elle écrit :

« Les administrateurs des  fondations financées par les trusts, commercialise et oriente leur pouvoir et placent leurs pièces sur le jeu d’échec par l’intermédiaire des clubs d’élite et des panels d’experts, dont les membres vont et viennent à travers les portes tournantes. »  Contrairement à différentes théories conspirationnistes en circulation, particulièrement parmi la gauche, il n’y a rien de secret, de satanique ou de Franc-maçon dans ces arrangements. Ils ne sont pas différents de la façon dont les corporations utilisent des compagnies de couverture ou des comptes à l’étranger pour transférer et administrer leurs revenus – sauf que là la monnaie est le pouvoir, pas l’argent.

Il existe maintenant des millions d’associations à but non lucratif, beaucoup d’entre elles sont connectées par un dédale financier byzantin à des fondations plus importantes… la privatisation généralisée a aussi signifié l’ONGnisation généralisée. Comme les emplois et les sources de revenus disparaissent, les ONG sont devenues une source importante d’’emploi, même pour ceux qui les considèrent pour ce qu’elles sont. Et elles ne sont certainement pas toutes à condamner. Sur les millions d’ONGs, certaines font un travail remarquable et radical et ce serait caricatural de mettre toutes les OGNs dans le même panier.

Cependant, les OGNs, corporatistes ou supportées par des fondations  sont des manières pour la finance globale d’acheter les mouvements de résistance, tout à fait comme les actionnaires achètent des parts sur le marché des compagnies, puis ensuite tentent de les contrôler de l’intérieur. Ils sont installés comme des points de croisement dans le système nerveux central, la voie le long de laquelle la finance globale circule. Ils fonctionnent comme des transmetteurs, des récepteurs, des absorbeurs de chocs, donne l’alerte à chaque pulsation, attentifs à ne jamais ennuyer les gouvernements de leur pays d’accueil. »

Le délavage écologique du mouvement environnementaliste.

Un des exemples les plus frappants de la faillite du système des ONGs provient des organisations environnementales les plus importantes.  One of the most damning examples of the bankruptcy of the non-profit system comes from the large environmental organizations. Du Club Sierra  ( Sierra Club) acceptant  25 millions de dollars de l’industrie de la fracturation hydrolique à Greenpeace coopérant avec l’industrie  canadienne des bûcherons,  en passant par la collaboration  de la Conservation de la nature ( Nature Conservancy) avec les industries les plus polluantes du monde, les organisations environnementales à but non-lucratif ont un palmarès record d’atrocités, de compromis et d’échecs.

Sous leur supervision, tout empire.

Et leurs solutions ? Votez pour un Démocrate, changez vos ampoules, et roulez en bicyclette, c’est pathétique.

Aujourd’hui, le complexe industriel global du non-lucratif sert comme une «  valve de libération de pression » pour les sentiments révolutionnaires en herbe. En redirigeant l’énergie qui devrait exiger des changements radicaux vers  un réformisme fragmentaire, les organisations comme celles-ci sont pire qu’une simple distraction. Elles sont, dans une certaine mesure, complices du système qui tue la planète. Au lieu d’un changement radical, ces groupes font campagnes pour des réformes mineures, comme le changement des énergies fossiles vers des énergies vertes. Ces efforts sont applaudis par les multinationales internationales comme  General Electric, qui va encaisser des milliards dans cette soi-disant «  transition verte ».

Pendant ce temps, les forêts continuent de disparaître, les montagnes continuent d’être minées, et la quantité d’émissions de gaz à effet de serre  continue de grimper.

Même dans des pays comme l’Allemagne, patrie du supposé «  miracle vert » de l’énergie solaire et éolienne, les émissions continuent de croître et les multinationales  se développent, toujours plus gonflées par les faveurs et les réductions sur l’électricité offertes par le gouvernement pendant que les pauvres paient pour les grandes entreprises étendent leur réseau électrique.  Pour être clair : les grandes entreprises sont exemptées  de taxes afin de payer les projets d’extensions de réseau d’origine éolienne, puis font demi-tour et profitent de ces contrats pour créer ces méga projets industriels. Pendant ce temps les gens  payent l’addition.

Ceci est un transfert massif de richesse des pauvres aux riches.

D’un agenda capitaliste à un autre, les OGN les plus importantes sont structurées par ce qui peut être financé  et ce qui peut être financé  est de facto pro-corporation, pro-capitaliste et favorable à l’agenda de la production d’énergie et des «  produits verts ».  tenue par le cadre des orientation de résultats qui plait aux grands donateurs, ce système d’une façon inhérente dé-prioritarise les critiques radicales et les idées révolutionnaires en faveur de ce qui rapporte et de ce qui n’a un sens politique que dans le court terme.

En bref, les ONG sont le versant social du système capitaliste.

Les personnes au sein de ces associations ont certainement de bonnes intentions, mais celles-ci ne sont pas aussi importantes que les résultats quand le destin de la planète est en jeu.

Cory Morningstar nomme les activistes climatiques libéraux  « L’industrie de l’espoir », écrivant que « 350.org et leurs amis servant un objectif vital… [en permettant] au public de se sentir  en paix avec lui-même. Simultanément, ils assurent obéissance et passivité à l’état de façon à sécuriser l’actuel système et les structures de pouvoir et de les laisser intactes. Nous avons maintenant touché le point critique où les corporations vont commencer le lent processus d’élimination des parts toxiques tout en préparant une nouvelle vague encore sans précédent, encore insurpassée de «  santé climatique ». Nous sommes sur le point d’être témoins d’une transition globale vers des fausses solutions rentables déguisées en «  économie verte »… pendant qu’ils s’écologisent en façade comme de nobles hérauts de la Terre. »

C’est ainsi que la classe dirigeante dirige

Dans son roman «  Le meilleur des mondes », Aldous Huxley écrit qu’un totalitarisme efficace n’a pas besoin de pointer une arme sans arrêt sur chacun d’entre nous. « Un état totalitaire efficace », écrit-il « serait un état dans lequel un pouvoir exécutif tout-puissant et patrons et leur armée de managers contrôlerait une population d’esclaves n’ayant pas besoin de coercition, parce qu’ils aiment leur servitude. »

L’élite contemporaine a travaillé dur afin de créer un tel monde. Ils ont conduit la tension dynamique entre réforme et réaction. Quand  les conditions politiques et économiques l’ont permis, ils ont étendu sans merci leur exploitation de la planète et des pauvres.  Quand les vagues de fond du mécontentement social a forcé les concessions, ils ont offert des réformes limitées. Avec l’illusion de démocratie procurée par les élections, les changements législatifs, et le complexe industriel non-lucratif, la classe dirigeante manipule la société dans son ensemble. De cette façon, ils diffusent d=e potentiel révolutionnaire, étendent leur pouvoir, et consolident leurs gains.

Ces élites, la classe possédante de la société globale, sont en train de mener une guerre offensive. Pendant ce temps, les progressifs et les radicaux sont coincés dans une posture réactionnaire, nous défendant contre des derniers assauts et tombant toujours plus loin derrière. Notre travail est presque entièrement défensif.

Mais comme tout guerrier expérimenté le sait, les guerres ne sont jamais gagnées par la défense. Ces mesures défensives ne peuvent e terminer que d’une façon : dans l’érosion régulière de la victoire, la lente descente dans le fascisme et la défaite finale. C’est ce que nous sommes en train d’expérimenter en ce moment.

La propagande contre-révolutionnaire

Les systèmes pour le changement social ont été cooptés par l’élite corporatiste. Mais les agents de l’oppression ne sont jamais satisfaits par le démantèlement des organisations et des institutions uniquement ; Ils doivent assassiner les leaders révolutionnaires également.

Quand Che Guevara était mis en joue, ses derniers mots furent : «  Tirez, lâches, vous allez seulement tuer un homme ». Fred Hampton, âgé de 21 ans, assassiné par la police alors qu’il était allongé, drogué, sur son lit a dit « Vous pouvez tuer un révolutionnaire, mais vous ne pouvez pas tuer une révolution. ».  Thomas Sankara, le révolutionnaire du Burkinabé parfois nommé «  le Che africain » a délivré le même message juste avant d’être tué. «  Même si les révolutionnaires peuvent être tués en tant qu’individus, vous ne pouvez pas tuer une idée. » 

Selon le psychologue John F. Schumaker nous « sommes de loin le peuple le plus sous propagande de l’histoire », les corporations sont supposées investir 2,1 miliiards dans les médias en 2019.

Développer une posture combattive effective implique que nous faisions fi des mythologies et des idées fausses induites par ce système. En d’autres termes : tant que nos esprits demeurent colonisés, nous ne serons pas capables de combattre et de gagner.

Une des plus redoutables idées fausses que nous devons démanteler est celle du mythe pacifiste. Cette mythologie a été attentivement construite. Les leçons autour des mouvements sociaux – lorsque le sujet est abordé- peignent les images d’une lutte civile non-violente.  Ce n’est pas par hasard. Une version blanchie  de Martin Luther King, Jr.  est mise en avant alors que le mouvement des Black Panthers n’est jamais évoqué. Une révolution américaine bourgeoise est célébrée, alors que la Révolution haïtienne est ignorée.   Le suffrage des femmes est évoqué mais les actions directes des suffragettes dans le monde sont évitées.  De cette façon, l’imaginaire d’une société entière est formé et moulé.

 La réalité, bien sûr, est que tout changement social se gagne à travers la lutte. L’histoire de notre société est une histoire de guerre de classe. Et la révolution  est la solution aux problèmes que nous affrontons. Mais les révolutionnaires sont ignorés dans notre système éducatif, diffamés dans les médias et activement combattus dans la politique des US. Nous devons rejeter ces leçons toxiques si nous voulons avoir une chance.

Au-delà de la non-violence

La non-violence est une manière profondément morale de changer la société. Dans les bonnes conditions, elle peut être hautement efficace. Mais les inégalités qui s’accentuent, l’effondrement environnemental global et l’échec flagrant des institutions à faire face aux crises m’ont conduit à questionner la non-violence.

Ce matin, je regarde les dernières nouvelles du Unist’ot’en Camp.  Dans le Canada de l’ouest, l’ Unist’ot’en Camp ont arrêté de proposer du sable bitumeux et du gaz de schiste depuis presque une dizaine d’années.

Ils n’ont jamais cédé leur terre au gouvernement canadien ou signé de traité. Sous la législation canadienne, leur terre a été reconnue comme souveraine. Mais en décembre, la compagnie de pipeline a présenté une injonction à la cour canadienne. Cette injonction donne à la police (la RCMP) le droit d’ôter toute barricade des  routes.

Le résultat de cette injonction est maintenant que des hommes armés du Territoire Wet’suwet’en  expulsent les manifestants et facilitent l’extraction du gaz de schiste, l’abattage des arbres, l’empoisonnement de l’eau, la construction de routes et toutes les autres destructions amenées avec lui par le pipeline.

Le défunt organisateur et leader international des droits indigènes, Arthur Manuel a nommé cette injonction «  l’atout caché du Gouvernement canadien ». Il a dit que «  chaque fois qu’il y a un conflit territorial entre les peuples indigènes et l’industrie, la cour la cour ressort ses injonctions et se place aux côtés de l’industrie. »

Cette lutte continue, l’industrie continue à progresser partout ailleurs. Nous ne pouvons pas lutter contre eux partout à la fois. Dans le monde, le pétrole et l’extraction du gaz prospèrent. Ce combat est encore en route. Nous ignorons comment il va finir. Il peut s’achever sur une victoire, comme l’a fait celui de la lutte anti-fracking du territoire Mi’kmaq en 2013. Ou être une défaite comme à Standing Rock.

Mais nous savons ceci, comme la lutte continue, l’industrie continue à mener à bien ses affaires sans obstacle ailleurs. Nous ne sommes pas capables de combattre partout à la fois. Partout dans le monde, le kérosène et le gaz de schiste  se développent. Sables bitumeux en Amérique du sud,  forage en haute-mer dans l’océan Arctique, fracturation hydraulique dans le bitume de Marcellus, exploitation minière du charbon en Mongolie. La plupart des grands projets industriels sont en plein essor partout dans le monde et l’émission de gaz de serre augmente à des niveaux sans précédent alors que les forêts, les zones humides, les prairies et les zones océaniques préservées sont détruites par l’industrie. Les émissions de carbone en 2018 ont dépassé de 3,4% celles de l’année précédente- la plus forte augmentation de ces dernières huit années.  Nous n’avons plus le temps.

Pour avoir une chance d’arrêter les forces qui écrasent la vie de la planète, des postures défensives comme celles du Unist’ot’en Camp sont essentielles. Mais la défense seule n’est pas suffisante et les gouvernements continuent à prendre le parti de l’industrie. Si nous voulons survivre, nous devons élaborer des stratégies offensives légitimes.

A quoi ressemble une lutte offensive ?

Les changements législatifs, le vote, le complexe industriel de l’associatif sont entièrement contrôlés par la classe dirigeante. La lutte offensive est, par nature, impossible au sein de ces arènes.

La lutte offensive réelle est révolutionnaire par essence. Une révolution est «  le renversement par a force d’un gouvernement, d’une classe ou d’un ordre social, en faveur d’un nouveau système. ». Même si cette force ne signifie pas nécessairement une violence ouverte, la violence fait partie de chaque lutte révolutionnaire.

On a dit à la plupart de gens qui veulent une justice sociale et environnementale  que la révolution violente est moralement indéfendable. A travers la peur et les mensonges, l’élite nous a blâmés pour l’organisation et l’accomplissement d’une révolution.  Elles nous condamnent ainsi à l’action défensive.

Briser notre allégeance au système dominant est le premier pas vers la résistance effective. Ceci demande que nous décolonisions nos esprits et que nous nous souvenions de la vraie source de la vie. Nous devons tous choisir notre camp : la vie ou la machine.

Quel camp choisissez-vous ?

Même le stratège renommé de la non-violence, Gene Sharp, évoque la résistance non-violente comme une forme de guerre. Percevoir nos luttes de cette façon est important. Les luttes défensives sont possibles à mener tout en déniant que nous sommes en guerre. Mais une fois que nous reconnaissons que nous sommes en guerre, la lutte offensive devient une possibilité légitime.

Une fois que notre imagination s’est étendue, nous pouvons tenter de répondre à la question : à quoi ressemble une lutte offensive ?

Dans la stratégie militaire, le but d’une action offensive est de détruire la capacité de l’ennemi à provoquer la guerre. Après des actions efficaces, ils ne peuvent continuer à vous combattre, quelle que soit l’intensité de leur désir de le faire.

Dans mon analyse, la première arme de guerre utilisée contre la planète et les pauvres est l’économie de l’industrie globale. Donc, la lutte offensive aujourd’hui doit briser les conduits d’approvisionnement du capitalisme industriel en ciblant et en détruisant les goulets d’étranglement du système économique global et en démantelant les institutions de la culture dominante.

Si ceci était mené à bien, cela modifierait l’équilibre du pouvoir à une échelle globale. Ceux qui détiennent le pouvoir ne seraient plus physiquement en mesure de détruire le monde et la voie serait ouverte pour des cultures alternatives, la restauration des terres et le processus de réparation de la terre pourrait commencer.

Arrêter la guerre

La guerre contre la planète et les pauvres fait rage. Pour terminer cette guerre aussi vite que possible et avec le moins de pertes possible, notre seule solution accessible est de stopper la capacité de l’agresseur à détruire les pauvres et la planète.

Le capitalisme a fait de cette lutte que question de vie ou de mort. Le vote ne marche pas. La signature de pétition ne marche pas. Les institutions libérales sont à la traîne. Ceux parmi nous qui rejettent le système ne peuvent survivre en essayant de coexister avec lui. Au rythme actuel, il semble que la survie sera ou celle de la civilisation industrielle ou celle de la biosphère.

La guerre est terrible et le marché est une guerre. Le plus vite l’économie de l’industrie globale verra sa fin, le moins il y a aura de souffrances.  Achever cette guerre doit être notre objectif. Ceci signifie la destruction de la capacité du capitalisme industriel à déclencher des guerres.  Un objectif moindre à atteindre nous verrait siffloter en marchant vers notre tombe collective.

Partir en guerre est dangereux, difficile et exigeant. Parfois j’imagine n’être que témoin distant de cette guerre, devenir un objecteur de conscience moderne et vivre simplement. Mais cette voie n’est pas morale. Etant donnée notre situation politique, nous devons faire des choix adultes. La crise à laquelle nous faisons face nous demande de devenir révolutionnaires.

Je souhaiterais que mon grand-père soit encore vivant pour que je puisse m’asseoir à ses côtés et discuter de tout cela. La maladie d’Alzheimer l’a emporté avant que je sois adulte. Mais cependant je sais que, contrairement à beaucoup, il ne tenterait pas de fuir ces réalités. Il ferait face à la vérité, il penserait, et déciderait ce qui est juste.

Mes choix politiques sont extrêmement impopulaires à de nombreux égards. J’ai reçu des menaces de mort d’idéologues d’extrême-droite racistes.  La gauche m’a crié dessus ainsi que la communauté environnementaliste. J’ai été harcelé par des agents d’état. Lorsqu’elle a entendu parler du harcèlement par le FBI, une de mes tantes m’a dit que mon grand-père aurait été fier de moi. Elle a ajouté qu’il aurait dit « c’est que tu fais quelque chose de bien. »  

C’est ce que nous devons faire : ce qui est bien.


Max Wilbert est un organisateur, un écrivain et un guide de pleine nature qui a grandi à Seattle dans l’anti-globalisation post WTO et la lutte contre le racisme. Il est l’auteur de deux livres : Bright Green Lies, sous presse et We Choose to Speak, une collection d’essais publiée en in 2018.

Traduction Elisabeth Guerrier