Qui a tué la famille Knapp ? Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn Deuxième partie

Pourquoi les morts de désespoir ont-elles emporté Farlan, Zealan, Nathan, Rogena  et tant d’autres ?

Nous voyons trois facteurs importants.

Keylan Knapp, le seul survivant parmi les enfants Knapp, réconfortant sa mère dans la maison qu’ils partagent.Credit… Lynsey Addario/Getty Images

Premièrement, les emplois bien payés ont disparu, partiellement à cause de la technologie et de la globalisation mais aussi à cause des pressions politiques que les syndicats  et de la redistribution vers les plus fortunés et les entreprises.

Deuxièmement, nous avons assisté à une explosion de drogues – oxycodone, meth, heroïne, crack, cocaïne et fentanyl – aggravé par le dangereux marché des prescriptions d’antalgiques organisé par les trusts pharmaceutiques.

Troisièmement, la guerre contre la drogue a envoyé les pères et les mères en prison, explosant les familles.   Il y a beaucoup à blâmer. Les deux partis ont fait le choix de l’incarcération de masse et de la guerre contre la drogue, qui ont été particulièrement dévastatrices sur la population noir-américaine et ont ignoré un système éducatif qui condamnant souvent les pauvres – tout spécialement les enfants de couleur – à échouer scolairement.

Depuis 1988, les écoles américaines sont devenues de plus en plus ségréguées par races et les enfants des quartiers pauvres sont en moyenne quatre fois moins performant que ceux des quartiers riches.

La fille de Farlan, Amber semblait être le membre de la famille Knapp, la plus destinée au succès. Elle fut la première de la famille à passer son bac puis elle trouva un emploi dans une compagnie de télécommunication, responsable des bases de données et de la formation à l’informatique du personnel. Nous étions frappés par son intelligence  et ses compétences relationnelles, on pouvait facilement l’imaginer devenir une avocate ou un cadre dans l’administration.

 « Les présentations Powerpoint et Excel, les graphiques pivots et les matrices d’analyse, c’est ce que j’aime faire. » nous a-t-elle dit. Elle s’est mariée et a eu trois enfants et pendant un certain temps tout est allé pour le mieux.

Puis à la suite de la perte de son père et de sa sœur, elle implosa. Un médecin lui avait prescript des médicaments comme du Xanax, et elle en est devenue dépendante.  Une fois, à court d’anxiolytiques, elle a commencé à fumer de la méthadone pour la première fois, elle avait 32 ans.

  « J’ai été complètement opposée à tout ça pendant toute ma vie, » se souvient-elle, « Je détestais tout ça, j’avais vu ce que ça avait fait à tous les miens. Mon père était un junkie qui fabriquait de la méthadone et avait tout perdu, on aurait pu penser que ça pouvait suffire. »Mais non . Elle fit des allers et retours en prison et perdit la garde de ses enfants».

Amber  avait fait sauter sa famille mais elle était bien décidée à retrouver sa vie et ses enfants. Nous avions l’espoir que Amber pourrait récupérer, preuve qu’il était possible d’échapper au désordre de  l’histoire de la famille Knapp  et possible de construire une vie réussie. Nous avons adressé des messages à Amber quelques fois  afin qu’elle nous envoie des photos de Farlan puis elle a cessé de répondre à nos textos. Finalement, sa fille nous a répondu : elle était de nouveau en prison.

Amber Knapp  et sa fille  dans un parc à Hillsboro, Oregon . Comme partie de la liberté surveillée, Amber avait à utiliser un alcootest régulièrement  afin de montrer qu’elle n’avait pas bu. Credit…Lynsey Addario/Getty Images

Et pourtant ce n’est pas sans espoir.  L’Amérique est polarisée sur des discussions féroces à propos des questions sociales, mais nous sommes d’accord sur ce qui ne fonctionne pas : la négligence et l’absence d’investissement dans les enfants.

Voici ce qui marche :

 Des formations professionnelles ou continues qui donne aux gens de la dignité et une ligne à suivre économique. De tels programmes d’emplois sont communs dans d’autres pays.

Par exemple, les travailleurs indépendants ont été renvoyés pendant  la crise de 2008 à la fois à Détroit et sur la frontière canadienne près de Windsor, dans l’Ontario. Comme l’a observé le chercheur Victor Tan Chen, les deux pays ont réagi différemment. Les USA se sont centrés sur l’argent en fournissant d’importantes indemnités de licenciement. Le Canada a mis l’accent sur la formation, conduisant rapidement les travailleurs vers d’autres emplois dans des domaines comme les soins de santé, et les travailleurs canadiens n’avaient d’autre part pas à se soucier de perdre leur assurance maladie.

L’approche Canadienne a réussi. L’accent mis sur l’emploi a signifié que les travailleurs canadiens ont été impliqués plus vite dans une société ordinaire et donc moins pris au piège des drogues et des délabrements familiaux.

Une autre stratégie efficace est d’investir non pas dans des prisons mais dans le capital humain pour garder les gens hors des prisons. Le plus haut retour sur investissement disponible aux USA peut se trouver dans l’éducation précoce pour les enfants défavorisés mais il existe aussi des interventions  disponibles pour les adolescents  et les adultes. Nous avons assisté à Tulsa, Oklaoma, à une fête de promotion excitante  regroupant 17 femmes qui venaient d’achever un impressionnant traitement de l’addiction local nommé Women in recovery.

Les diplômées avaient en Moyenne une quinzaine d’années d’addiction derrière elles et toutes étaient là, en probation après avoir commis des crimes. Mais elles avaient cessé la drogue et commence à travailler et 300 personnes dans le public, y compris les officiers de police qui les avaient arrêtées et les juges qui les avaient condamnées – offrir à ces femmes une ovation. L’avocat général en charge du discours d’introduction les appela « des héroïnes », amenant des sourires pleins de larmes sur le visage de femmes plus habituées à être appelées «  putes » ou «  Junkies ».

« Je pensais qu’on allait devoir prévoir des funérailles à la place » dit un membre de l’audience   dont la fille la plus jeune avait commencé à consommer de la méthadone  à l’âge de 12 ans et était maintenant diplômée à 35  ans. Women in recovery a un taux de récidive après 4 ans de seulement 4% et en conséquence à permis d’économiser 75 millions en dépense d’emprisonnement pour l’Oklahoma, selon la Fondation George Kaiser Family.

Bravo pour la philanthropie mais les USA ne construiraient jamais des autoroute inter états sur la base des dons et du bénévolat et nous ne pouvons pas monter un programme de préscolarisation ou un programme de sevrage avec de l’argent ^rivé. Nous avons besoin que le gouvernement prenne position et organize un programme national pour la scolarisation précoce, la formation professionnelle, les traitements des addictions et plus.

Pour les individus cherchant à se libérer d’une addiction, le premier pas est de reconnaître le problème – et ce que l’Amérique devrait faire également. Nos premiers reportages  se sont déroulés à ‘étranger, ce qui permettait de créer une distance émotionnelle alors que cette fois nous avons parlé à de vieux amis et nous n’avions plus d’armure. Cela a été terrible de voir leur combat. Mais au bout du compte nous avons aperçu une voie se dessiner qui nous a laissé plein d’espoir.

Une de nos amis à Yamhill était Rick (Ricochet) Goff,  qui était en partie indien et n’a jamais eu de chance : sa mère est morte quand il avait cinq ans et son père était, comme il le dit lui-même, «  un buveur professionnel »  qui a abandonné sa famille, Ricochet était un sorcier quand il s’agissait de résoudre  des problèmes et un ami si fiable qu’il pouvait prêter de l’argent alors qu’il ne pouvait pas s’offrir de se soigner.  Nous avons profondément senti sa perte lorsqu’il est mort il y a quatre ans et nous étions aussi inquiets pour son fils adilte, Drew, qui est intelligent et charismatique mais a eu des problèmes avec la drogue depuis l’âge de 12 ans.

Le fils de Drew, Ashtyn,  est né avec de la drogue dans le système sanguine et nous avons eu peur que le cercle de la détresse passe à la génération suivante. Nous avons échangé quelques lettres avec Drew pendant qu’il était en prison mais nous avons depuis perdu le contact.

Puis, pendant que nous visitions un programme de traitement de l’addiction enOregon, un jeune-homme est venu nous trouver. «  C’est moi, Drew, nous a -t-il dit.

Nous sommes proche de lui depuis ce jour et in nous a rempli d’optimisme. Avec l’aide de Provoking Hope, Drew  célèbrera bientôt ses deux ans sans drogue  et il a un employ de responsable de l’accueil dans un hôtel. Il a la garde de Ashtyn  et est devenu un père exceptionnel, lui parlant et jouant avec lui constamment. Drew a toujours un côté colérique et occasionnellement il a des accès de rage. Mais il pense à Ashtyn et se remet sur les rails.

undefined Goff se faisant tatouer, avec son fils,  Ashtyn, sur le plancher à côté de lui. Credit… Lynsey Addario/Getty Images

« Je suis un travail en cours » nous a -t-il dit.  Le vieux moi veut prendre la place mais je ne le permettrai pas ;

Drew continue d’avancer  et nous pensons qu’il va s’épanouir en même temps que son fils, cassant ainsi le cycle qui tient sa famille enfermée depuis des générations. Avec de l’aide et de l’équilibre, ceci peut être fait.  Si nous, en tant que société offroncs cette aide et pas des menottes.

«  Je marche sur une corde raide, dit-il, et quelquefois j’ai l’impression que c’est un fil à pêche. »

Nicholas Kristof est un rédacteur, Sheryl WuDunn est consultante. Leur livre :, “Tightrope: Americans Reaching for Hope,”  sera publié le 14 janvier.

Traduction Elisabeth Guerrier