L’âge de la décadence/ Ross Douthat/ Première partie

Opinion

Beaucoup d’assertions assumées dans cet article comme des faits ou des concepts évidents mériteraient une approche critique précise. Le fond ramène en effet à l’idée de “décadence”, avec comme toile de fond l’inéluctable mention de celle de l’empire romain, à vrai dire avec si peu d’analyses et sans faire jamais référence à aucun auteur ou historien l’ayant précédemment travaillée dans sa complexité ainsi qu’à celle, en miroir, de “civilisation”, elle aussi brandie sans référence. Ces deux pôles restent vagues mais montrent comme les glissements sémantiques et les appropriations peuvent être effectués par un esprit journalistique sorti du cadre de recherche et ainsi se voir porteurs de tous les présupposés, assertions illustrant à l’insu de l’auteur lui-même, l’idéologie impérialiste à l’oeuvre dans l’es représentations et dans esprit de chacun des citoyens qui se reconnaîtrait dans la main mise culturelle d’outre-Atlantique, ce monde se réduisant pour les bienfaits de l’exposé au temps et à l’espace historiques des USA et uniquement à eux. La culture américaine vulgarisée, ou médiatisée faisant ainsi fi, entre autres, des Guerres de religion, du Modernisme, des Lumières, de la Première révolution industrielle, et s’auto-qualifiant “civilisation” et laissant à des chroniqueurs le droit de réécrire l’histoire de l’Occident en son entier mais en en extrayant dans un souci d’accessibilité, l’absolue complexité, les marques du travail accompli par les historiens qui les ont précédés et jusqu’à leurs noms mêmes, pour se confiner dans des prêches simplificateurs à la masse. EG

L’âge de la décadence

The Age of Decadence Ne nous  racontons plus d’histoires, celle du 21ième siècle occidental est celle de l’impasse et de la stagnation.

 Ross Douthat

Chroniqueur et auteur de l’ouvrage à paraître “ La société décadente “ “The Decadent Society,”  d’où cet extrait est tiré.

I.

Et tout le monde sait que nous vivons en des temps de constante accélération, de changement vertigineux, de transformation ou de désastres imminents partout où l’on pose le regard.

Les partisans se préparent pour la guerre civile, les robots vont nous voler nos emplis,  et les informations ressemblent à un carambolage chaque fois que vous ouvrez Twitter. Les pessimistes voient des crises partout, les optimistes insistent sur le fait que nous ne sommes anxieux que parce que le monde change plus rapidement que nos cerveaux de chimpanzés primitifs ne peuvent le tolérer.

Mais qui prouve que le sentiment d’accélération n’est pas une illusion,  déclenchée par les attentes d’un progrès perpétuel et exagéré par le filtre déformant d’internet ?

Qui prouve que nous – c’est-à-dire du moins nous qui vivons dans l’aire occidentale, en Amérique et en Europe et dans les bords du Pacifique – n’habitons pas une zone où la répétition est plus la norme que l’invention, où l’impasse  plutôt que la révolution marque nos politiques , où la sclérose afflige les institutions publiques et la vie privée, où chaque nouveau développement scientifique, chaque projet d’exploration  sont chaque fois décevants.

Et si le désastre du Caucus en Iowa, une système antique mal modifié par des pseudo-innovations et de l’incompétence était plus emblématique de notre temps que les grandes catastrophes ou les grandes découvertes. ?

La vérité sur cette première décennie du 21ième siècle, une vérité qui a permis de mettre Trump au pouvoir mais qui demeurera une vérité essentielle après son départ,  est que nous n’entrons probablement pas dans une crise du libéralisme occidental du style de celle des années 30, balançant entre le transhumanisme et l’extinction.  Au lieu de cela, nous vieillissons, confortables et bloqués, coupés du passé et plus optimistes sur l’avenir, repoussant à la fois la mémoire et l’ambition tout en attendant une innovation salvatrice, devenant âgés ensemble et malheureux sous les lumières de minuscules écrans.

Plus vous vous éloignez du halo de votre Iphone, plus cela devient clair : notre civilisation est entrée dans sa décadence. Le mot “ décadence” a un usage varié mais rarement précis. Dans les débats politiques, il est associé avec un manque de résolution face aux menaces.  Avec la ligne de Neville Chamberlain et W.B Yeats sur le meilleur manquant de conviction. Dans l’imagination populaire, il est associé au sexe et à la bonne chère, avec les romances pornographiques et les fraises en chocolat.  Esthétiquement et intellectuellement, il fait allusion à l’épuisement, à la fin – « le sentiment, à la fois oppressant et exaltant d’être les derniers d’une série. » selon les mots du poète russe Vyacheslav Ivanov.

Mais il est possible de distiller une définition utile à partir de toutes ces associations. Suivant les pas du célèbre critique culturel Jacques Barzun, nous pouvons dire que la décadence se réfère à : « une stagnation économique, un effritement institutionnel, et un épuisement culturel et intellectuel dans un haut niveau de prospérité matérielle et de développement technologique. »  « Lors de la décadence, écrit Barzun, « les formes de l’art et de la vie semblent épuisées, les étapes de développement semblent se répéter, les institutions fonctionnent péniblement. Répétition et frustration en sont le résultat intolérable » et il ajoute : « Quand les gens acceptent le futilité et l’absurde comme la norme, la culture est décadente. ». Mais surtout, la stagnation est souvent la conséquence de développements antérieurs : une société décadente est, par définition, victime de son propre succès.

Il est à noter que cette définition n’implique pas de jugement esthétique ou moral. (Le terme n’est pas une insulte, écrit Barzun, c’est un label technique.) Une société qui génère beaucoup de mauvais films n’est pas nécessairement décadente, mais une société qui crée le même film encore et encore peut l’être. Une société dirigée par des individus cruels et arrogants peut ne pas être décadente, mais une société où les sages et les justes ne peuvent légiférer l’est. Une société guidée par le crime n’est pas nécessairement décadente mais une société pacifiste, vieillissante, sans enfants et traversée par des courants de violence nihiliste est plus proche de notre définition.

Cette définition n’implique pas non plus que la décadence soit nécessairement une porte ouverte sur la catastrophe, lors de laquelle des Wisigoths mettent le feu à Manhattan et où le coronavirus nous élimine tous. L’histoire n’est pas toujours une fable moralisante et la décadence est une maladie confortable.  La Chine et l’empire ottoman se sont maintenus pendant des siècles dans des conditions de décadence et il s’est écoulé plus de quatre cents ans de Caligula à la chute de Rome. « Ce qui nous fascine et nous terrifie à propos de l’empire romain n’est pas qu’il ait finalement succombé » écrit W.H Auden à propos de cet automne sans fin, mais plutôt qu’il « s’est débrouillé pour durer quatre siècles sans créativité, sans chaleur et sans espoir.» Que nous attendions les Chrétiens ou les Barbares, une renaissance ou la Singularité, le dilemme décrit par Auden est maintenant le nôtre.

 

 

 II.

«Les gens sur votre côte pensent-il que c’est réel ? »

Le cadre semblait curieux, fier, un peu insécurisé. Nous parlions dans le bureau de San Francisco d’une société de capital-risque, un espace voûté baigné dans le soleil californien. Il faisait référence au monde doré entourant la baie, l’entière économie d’internet. C’était en 2015. Voici trois histoires se déroulant dans les cinq années qui ont suivi.

Un jeune-homme arrive à NYC.  C’est un travailleur acharné, un lutteur, à cheval entre l’entreprenariat et le talent  pour l’escroquerie.  Son premier effort, un carte de crédit pour trentenaires aisés, l’emmène brutalement au sein de l’économie des célébrités, où il fait la rencontre un rapper-business man ambitieux.  Ensemble ils conçoivent une maison de courtage où les célébrités peuvent vendre leur seule présence au plus offrant. Comme mise en valeur p commerciale de la marque,  ils décident de créer un festival de musique important – exclusivement ouvert sur une île des Caraïbes aux influenceurs, aux obsédés des festivals et à la jeunesse dorée.

Le lancement de ce festival est un grand succès. Il y a une vidéo virale de super-modèles et de célébrités d’instagram s’ébrouant sur une plage déserte, un site classe pour les clients et les curieux, et à la fin, plus de 5000 personnes ont acheté les tickets, qui coûtent chacun une moyenne de 2500 à 4000 $. Le goût pour le superflu d’une société riche, la vôtre, pour le bon achat.

Mais ce festival n’existe pas. Au lieu de cela les plans de nos entrepreneurs s’effondrent les uns après les autres. Les propriétaires de l’île privée se retirent du contrat. Le gouvernement local ne coopèrent pas. Même après la vente de tous les tickets, l’argent rassemblé n’est pas suffisant et ils doivent continuer à vendre des tickets à de nouveaux acheteurs pour pouvoir régler ceux qui ont déjà été achetés. Bils ont une équipe travaillant vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour préparer… quelque chose pour leurs clients mais ce qu’ils se voient offrir à la fin est une mer de tentes de la FEMA ( Federal Emergency Management Agency) plus ou moins proches de la plage, un traiteur inquiet qui distribue de maigres sandwiches  et des flots de tequila bon marché.

Etonnamment, les gens sont pourtant venus- de jeunes créatures brillantes dont le fil Instagram est devenu l chronique hilarante de leur déconvenue, pendant que les entrepreneurs rates tentaient de maintenir l’ordre avec un porte-voix avant de prendre la fuite vers New York, où ils trouvèrent leur disgrâce, furent arrêtés et l’objets de l’inévitable documentaire Netflix.

 C’est l’histoire de Billy McFarland a et du Fyre Festival. C’est une histoire à la petite semaine, la suivante est plus importante.

Une fille a grandi au Texas, elle a été reçue à Stanford, elle veut être Steve Jobs.  Elle a une idée qui va révolutionner une industrie qui n’a pas changé depuis des années, le monde ennuyeux mais essentiels des tests sanguins. Elle imagine une machine, surnommée l’Edison, qui testera le présence de maladies en utilisant une seule goutte de sang. Et tout comme Jobs, elle quitte l’université pour essayer de la construire. Dix ans plus tard, elle est devenue la milliardaire la plus riche d’internet, avec un flot de capital-risque, un site tentaculaire, une évaluation de sa compagnie à dix milliards de dollars, et un contrat lucratif avec Wallgreens qui utilise sa machine dans chacun de ses magasins. Son histoire fait contrepoint à toutes les critiques adressées à la Silicon Valley, qu’il s’agit d’un club de garçons sans expérience, que la réalité virtuelle n’a jamais rendu le monde de sang et de chair meilleur, qu’il résout les questions d’utilité mais ne guérit pas les malades. Et qu’elle est la crème de l’élite, dans les domaines politiques et technologiques, qui veut croire que l’esprit d‘Edison vit encore

Mais la boîte Edison, – malgré des efforts sans fin et les meilleures équipes de recherche pouvant être achetées par le capital-risque- ne fonctionne pas. Et au fur et à mesure, alors que la compagnie continue de croître, elle a cessé de même essayer d’innover et est devenue une arnaque, utilisant tous ses fonds et ses appuis haut-placés à discréditer les lanceurs d’alerte. Ce qui a réussi jusqu’à ce que ça échoue, au point où la compagnie et tous ses milliards se sont évaporés, laissant derrière des poursuites pour fraude, un livre best-seller et l’inévitable émission et documentaire HBO pour nourrir la gloire de sa fondatrice.

C’est l’histoire de Elizabeth Holmes  et de Theranos. C’est une grosse affaire. Mais la troisième qui vient est encore plus grosse et n’est pas encore bouclée.

Une compagnie internet décide de révolutionner une industrie : le marché du taxi et de la limousine, qui définit la coopération ancienne école du business et du gouvernement, avec toute la bureaucratie attenante et les services insatisfaisants. Elle promet aux investisseurs qu’elle peut se frayer un chemin vers la dominance du marché et utilise la technologie haut de gamme afin d’atteindre une efficacité encore inégalée. Sur les bases de cette promesse, elle lève des milliards de dollars tout au long de ses dix années d’ascension, temps pendant lequel elle devient synonyme de succès pour l’ère internet, le modèle de la subversion de l’industrie. Alors qu’elle devient publique, en 2019, elle a accumulé plus de 11 milliards de revenus annuels- du véritable argent, en échange de véritables services, rien de frauduleux là-dedans.

Pourtant l’histoire de succès étonnant ne fait aucun profit, même à une telle échelle. Au lieu de ça, elle perd des milliards, y compris 5 milliards lors d’un trimestre particulièrement coûteux. Après dix ans de croissance, elle a écrasé le vieux modèle de son industrie, affaibli les compétiteurs légaux et créé de la valeur pour le consommateur – mais elle n’a fait tout cela qu’en utilisant le pouvoir immense de l’argent libre, construisant une compagnie qui tomberait dans la faillite sui cet argent lui était soudain retiré. Et elle n’a résolu aucun des problèmes l’empêchant d’être rentable. : la technologie qu’elle utilise n’est pas brevetée ou complexe, ses rivaux dans le contrôle de la perturbation contrôlent 30 % du marché, les joueurs du système antérieur sont encore bien en vie, et toutes ses voies pour réduire ses pertes – des coûts plus élevés, des rétributions plus basses- détruirait les avantages qu’elle a construits.

Alors elle reste assise là, une licorne ne ressemblant à aucune autre, avec un plan pour devenir profitable qui implique de vagues promesses de plus ou moins monétiser toutes les informations de ses usagers, et une promesse plus spécifique que ses investissements dans une technologie nouvelle différente_ la voiture auto-conduite, encore dans sa première enfance et pas vraiment réelle- permettra de rétablir l’équilibre.

C’est l’histoire de Uber, jusqu’ici. Ce n’est pas un fantasme Instagram ou une fraude pure, elle s’est débrouillée pour devenir publique et pour maintenir sa valeur disproportionnée, contrairement à ses camarades licornes WeWork , dont la dernière tentative d’IPO  ( Initial Public Offering) s’est achevée en crise.  Mais cela reste, jusqu’à nouvel ordre, un exemple de ces compagnies du 21ième siècle, entièrement créées sur du surplus et naviguant sur l’espoir qu’avec suffisamment d’argent et des parts de marché, vous pouvez donner une existence à une compagnie. Ce qui en fait un autre cas d’école pour ce qui se passe quand une société extraordinairement riche ne peut pas trouver assez de nouvelles idées pour justifier les investissements de sa richesse accumulée. Nous créons des bulles et puis les éclatons, investissons dans Theranos puis nous repentons, et la soi-disant pointe du capitalisme est de plus en plus définie par des technologies qui sont presque advenues, des modèles commerciaux qui sont en voie d’être profitables, par des pistes qui n’en finissent pas sans qu’aucun avion ne parvienne à décoller.

Est-ce que le gens sur votre côte pensent que tout cela est réel ? Quand le cadre m’a posé cette question, je lui ai répondu que nous le pensions, que les promesses de la Silicon Valley était un objet de foi autant pour ceux observant de l’extérieur que pour ceux y travaillant, que tous nous enviions le monde du digital et croyions en lui comme la place où l’innovation américaine était encore vivante. Je dirai probablement la même chose maintenant, pare que, en dépit de toutes les histoires que l’on m’a raconté, l’économie du net continue de croître et innove. Toujours.

Mais ce que cela nous dit, hélas, c’est que la croissance et l’innovation du 21ième siècle  ne sont pas du tout ce qu’on nous avait dit qu’elles seraient.

III.

L’économie décadente n’est pas appauvrie. Les USA sont un pays extraordinairement riche, sa classe moyenne est prospère au-delà des rêves du siècle passé, sa protection sociale est efficace dans l’allègement des peines de la récession, et la dernière décennie de croissance a (lentement) élevé nos standards de vie à une nouvelle hauteur après les pertes de la Grande récession. Mais une croissance lente n’est pas la même chose que du dynamisme. L’entreprenariat américain est en déclin depuis les années 70 :  Au début de la présidence de Jimmy Carter, 17 % des entreprises aux USA avaient été créées l’année précédente,  au début du second mandat de Obama, ce taux était d’environ 10 %. A la fin des années 80, Presque la moitié des compagnies américaines étaient “ jeunes” , c’est à dire avaient moins de cinq ans, lors de la Grande récession ce taux était seulement de 39 %, et la quantité de «  vieilles » firmes  ( c’est-à-dire fondée il y a plus de quinze ans) était montée de 22 à 34 % pendant la même période. Et ces compagnies ont de plus en plus thésaurisé ou fait circuler vers les actionnaires plutôt que d’investir dans de nouvelles entreprises. eDe la fin de la Deuxième guerre mondiale aux années 80, selon un rapport récent provenant du bureau du Sénateur Marco Rubio, l’investissement national privé à souvent approché les 10 % du PIB, en 2019, en dépit des baisses sur les impôts des grandes entreprises, prévues pour faire sortir l’argent des marges, le rapport investissement-PIB était deux fois moins élevé que ça.

Ceci suggère que les gens les plus expérimentés qui créent une entreprise et qui observant autour d’eux les possibilités d’investissement, voient plus de start-ups qui ressemblent à Theranos qu’à Amazon, sans parler des géants de l’ancienne économie. Et la pénurie d’investissement des entreprises signifie aussi que la montée régulière des actions a accru la richesse des rentiers – c’est à dire foncièrement, des populations déjà riches s’enrichissant toujours plus grâce aux dividendes plutôt que de refléter la montée de la croissance en général.

Derrière cette décélération se profile le spectre de la stagnation technologique.  Contrairement aux dires de la campagne présidentielle de Andrew Yang, les bonds dans la robotique n’ont pas l’objectif de mettre tout le monde au chômage. La croissance de la productivité, la meilleure façon de mesurer les effets de la technologie sur l’économie, est restée faible’ aux USA et encore plus faible en Europe depuis la première crise de la bulle internet.

En 2017 un groupe d’économistes publiérent un article demandant si « Les idées devenaient plus difficiles à trouver ? ». La réponse fût un oui, très clair : « Nous présentons un large panel de preuves originées dans diverses industries, produits, et firmes montrant que l’effort de recherche augmente d’une façon substantielle mais que la recherche en productivité décline d’une façon importante. » Dans son livre de 2011,  La grande stagnation,  Tyler Cowen  cite une analyse du  médecin du Pentagone  Jonathan Huebner, qui a modélisé le ratio innovation-population pour les dernières 600 années  : il montre un arc lentement ascendant lors due la fin du 19 ième siècle ; alors que des inventions majeures étaient plutôt aisées à concevoir et à adopter et une baisse régulière depuis, alors que le pays riches dépensent de plus en plus dans la recherche avec des retours d’investissement qui diminuent.

Ces tendances ne signifient pas que le progrès a cessé. Moins de médicaments à grand succès sont approuvés mais le mois dernier a cependant vu la baisse régulière générationnelle des morts par cancer, et une possible découverte dans le traitement de la fibrose cystique. La recherche scientifique traverse une crise dans la réplication  but mais il est encore aisé de discerner des zones de claire avance – des frontières du Crispr à l’étude des ADN anciens.

Mais ces tendances révèlent un ralentissement, une difficulté toujours plus grande à faire des découvertes, un rétrécissement si vous êtes optimistes, un plafond si vous ne l’êtes pas.  Et l’exception relative, Internet et toutes ses merveilles ne fait qu’éclairer le modèle général.

L’économiste Robert Gordon, de l’Université du Nord Ouest ( Northwestern University) un des théoriciens   les plus convaincants de la stagnation  , fait remarquer que la période entre 1840 et 1970 f a vu une croissance  et des innovations très importantes dans de multiples domaines – énergie et transports, e médecine, agriculture et communication et la construction de l’environnement- Alors que lors des deux dernières générations, le progrès est devenu de plus en plus monodimensionnel-  de la technologie et rien d’autre.  Même au sein du paysage de la Silicone Valley, les plus belles réussites sont souvent celles des plus pures entreprises internet-ordinateurs- compagnies de médias sociaux, manufactures d’équipement, compagnies de software – alors que les fraudes, les échecs et les possibles catastrophes impliquent l’effort d’utiliser la technologie pour transformer d’autres industries, des festivals musicaux à la location d’espaces de bureaux ou aux tests sur la nourriture.

Le magnat de la Silicon Valley, Peter Thiel,  un autre proéminent stagnationniste,  aime à ricaner sur la fait que «  nous voulions des voitures volantes  et au lieu de ça nous avons eu 140 caractères ». Et même les gens qui vont vous expliquer, avec le plus grand sérieux, que personne ne voudrait vraiment une voiture volante ne peuvent contourner ce que Thiel, Gordon et d’autres affirment. Prenez n’importe laquelle des découvertes majeures de l’ère industrielle – avions ou trains ou automobiles, antibiotiques ou la plomberie intérieure – et cela a plus d’impact sur nos vies de tous les jours que toutes les contributions de la révolution informatique combinées.

Nous voyagions plus vite, construisions plus vite et vivions plus longtemps. Maintenant, nous communiquons plus vite, papotons plus, prenons plus de selfies. Nous allions sur la lune, maintenant nous réalisons de films sur l’espace- des films étonnants avec des effets spéciaux complètement convaincants qui nous donnent l’impression d’avoir laissé la terre derrière nous.  Et nous faisons toute une affaire de la dernière application sur notre tablette de façon à nous convaincre que nos attentes précédentes n’étaient que des fantaisies. « Jetsons stuff » — que ce progrès est le seul progrès que nous pouvions raisonnablement espérer.