Le New-deal des écrans / Screen New deal / Naomi Klein/ Première partie

Naomi Klein

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Screen New deal

Under Cover of Mass Death, Andrew Cuomo Calls in the Billionaires to Build a High-Tech Dystopia

Sous couvert de l’épidémie, Andrew Cuomo fait appel aux milliardaires pour construire la dystopie high-tech

Le Gouverneur de New York Andrew Cuomo regarde le Président de l’exécutif de Google Eric Schmidt, là sa gauche, pendant qu ‘il parle lors de son rapport sur la commission des” écoles intelligentes” à l’école de Mineola, le 27, octobre 2014 in Mineola, N.Y. Photo: Alejandra Villa-Pool/Getty Images

Pendant quelques rares instants  lors du point  quotidien fait par le Gov. Andrew Cuomo mercredi, la sombre grimace qui s’est imposée à nos écrans depuis de semaines a été brièvement remplacée par quelque chose qui ressemble à un sourire : « Nous sommes prêts, nous sommes à fond » s’est épanché “le Gouverneur.  « Nous sommes des New-Yorkais, donc nous sommes agressifs et nous sommes ambitieux. Nous réalisons que le changement n’est pas seulement imminent mais qu’il peut devenir un ami s’il est effectué de la bonne manière. » L’inspiration à l’origine de ces bonnes vibrations assez peu caractéristiques est une vidéo de l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, qui a rejoint le briefing du Gouverneur afin d’annoncer qu’il dirigeait une commission d’excellence afin de réimaginer la réalité post-covid de l’état de New York, insistant sur l’intégration permanente de la technologie dans tous les aspects de notre vie sociale.

« Les toutes premières priorités de ce que nous essayons de faire » a-t-il dit, « sont centrées sur une télésanté, sur l’enseignement à distance et sur le haut-débit… nous avons besoin de chercher des solutions qui peuvent être présentées maintenant et accélérées et utiliser la technologie afin d’améliorer les choses ».  Au cas où existe un doute sur l’entière bienveillance de l’ancien PDG de Google, le fond de sa vidéo présentait dans son cadre une paire d’ailes d’ange dorées. Juste une journée avant, Cuomo avait annoncé  une partenariat similaire avec la Fondation Bill et Melinda  Gates afin de développer «  une système plus intelligent d’éducation. ». Nommant Gates un « visionnaire », Cuomo a dit que la pandémie avait créé « un moment dans l’histoire où nous pouvons incorporer réellement et faire avancer les idées de Gates… tous ces immeubles, toutes ces classes réelles, pourquoi avec toute la technologie dont nous disposons ? a-t-il demandé, d’une façon apparemment rhétorique.

Cela a pris du temps pour se constituer mais quelque chose ressemblant à une Doctrine du Choc pandémique commence à émerger. Appelons cela « le New deal de l’écran ».  Beaucoup plus Haute-technologie que tout ce que nous avons vu lors des désastres antérieurs, on se précipite dans l’avenir alors que les corps continuent à s’entasser et l’on traite nos semaines passées d’isolement non comme une nécessité pénible pour protéger les vies mais comme un laboratoire vivant – et hautement rentable-pour un avenir sans-contact permanent.

 Anuja Sonalker, PDG de  Steer Tech, une compagnie du Maryland-vendant de la technologie d’auto-stationnement, a résumé récemment le nouveau ton autour du virus : « Il y a eu des signes de changement distincts  vers une technologie avec moins de contacts et moins d’humains » a-t-elle dit. « Les humains sont des hasards biologiques, les machines non.

C’est un avenir dans lequel nos maisons ne seront plus jamais des espaces strictement personnels mais seront aussi, à travers la technologie digitale haute-vitesse, nos écoles, nos cabinets médicaux, nos salles de gym, et si l’état le décide, nos prisons. Bien sûr pour beaucoup d’entre nous, ces mêmes maisons  avaient déjà été transformé en lieux de travail jamais fermés et en lieux de loisirs avant la pandémie, et l’incarcération sous surveillance « au sein de la communauté » se développait déjà elle aussi. Mais dans ce futur construit à la va vite, toutes ces tendances sont destinées à une accélération à la vitesse warp *

 C’est un avenir dans lequel, pour les plus riches, tout ou presque est délivré, ou bien virtuellement à travers le streaming ou la technologie cloud, ou physiquement à travers des véhicules sans chauffeur et des drones, puis partagé à l’écran sur une plate-forme médiatisée. C’est un futur qui emploie beaucoup moins d’enseignants, de médecins, ou de chauffeurs. Il n’accepte plus de liquide ou de carte de crédit (sous l’argument du contrôle viral) et a un transit de masse squelettique et beaucoup moins d’art vivant.  C’est un futur qui se réclame d’être guidé par « l’intelligence artificielle »   mais est en fait tenu rassemblé par des dizines de millions de travailleurs anonymes enfermés dans des ateliers de fabrication, des centres de donnée, des lieux de modération, des ateliers de fabrication de composants, des mines de lithium, des fermes industrielles, des usines de conditionnement de la viande et des prisons, où ils restent sans être protégés contre es maladies et l’hyper-exploitation.  C’est un futur dans lequel chaque mouvement, chaque mot, chaque relation est traçable et accumulable par une collaboration encore jamais vue entre les états et les géants de la technologie.

 Si tout ceci semble familier c’est parce que pre-Covid, ce future commandé par une app, alimenté par gig nous a été vendu au nom de l’aisance, de l’absence de friction et de la personnalisation. Mais nombre parmi nous étaient inquiets.  A propos de la sécurité, de la qualité et de l’inégalité de la télésanté   et des classes en ligne. A propos de véhicules sans conducteurs écrasant des piétons  et de drones écrasant les colis  (et les gens). A propos du traquage de location et du commerce  sans liquide , oblitérant notre vie privée et entérinant les discrimination par races ou par genres. A propos des plateformes médiatiques sans scrupules  empoisonnant notre information sur l’écologie et la santé mentale  de nos enfants. A propos des “villes intelligentes” emplies de censeurs supplantant les élus locaux. A propos de tous les bons emplois que ces technologies liquideraient, et des sales boulots qui seront produits en masse.

Et plus que tout, nous étions inquiets à propos de la richesse menaçant la démocratie et du pouvoir accumulé dans une poignée de compagnies technologiques qui sont les maîtres de l’abdication. Rejetant toute responsabilité pour le désordre qu’elles laissent derrière  elles dans la champ qu’elles dominent maintenant, que cela soit les médias, la vente ou les transports.

Ceci, c’était le passé ancien, connu sous le nom de février. Aujourd’hui, une grande quantité de ces inquiétudes légitimes sont balayées par une vague de fond de panique et ces dystopies déjà chauffées traversent une course à l’emploi réorganisée. Maintenant, sur la toile de fond de la mort de masse, cela nous est vendu avec la promesse douteuse que ces technologies sont la seule façon de protéger nos vies contre la pandémie, la clé indispensable pour nous garder, nous et nos proches, en sécurité. Grâce à Cuomo et à ses divers partenariat de milliardaires ( y compris un  avec Michael Bloomberg pour les tests et le traçage), l’état de New York se place comme la vitrine rutilante de notre sombre avenir. Mais les ambitions dépassent de loin les frontières  d’un seul état ou d’une  seule nation.

Et au beau milieu de tout cela se tient Eric Schmidt.  Longtemps avant que les Américains ne comprennent les menaces du Covid-19, Schmidt avait entamé une campagne de relations publiques et un lobbying agressif  promouvant justement la vision d’une société Miroir noir “Black Mirror” que Cuomo est entrain de lui donner le pouvoir de construire. Au coeur de sa vision, est l’intégration au sein du gouvernement d’une poignée de géants de la Silicon Valley – avec les écoles publiques, les cabinets médicaux, sous-traitant un grand nombre de leurs fonctions essentielles ( à un coût très élevé) à des tech. Compagnies privées.

C’est une vision que Schmidt a promue dans son rôle de membre du Comité de l’innovation dans la défense, Defense Innovation Board, qui conseille le Département de la défense sur l’augmentation de l’usage de l’Intelligence artificielle dans l’armée et comme membre de la puissante Commission de la sureté nationale sur l’intelligence artificielle,  National Security Commission on Artificial Intelligence, ou NSCAI, qui conseille le Congrès sur « les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, des développements de l’apprentissage automatique et des technologies associées » avec le but de « répondre aux besoins nationaux et économiques de sécurité aux USA, y compris les risques économiques. » Chacun de ces comités sont pleins de puissants PDG de la Silicon Valley et de cadres supérieurs de compagnie comme  Oracle, Amazon, Microsoft, Facebook, et bien sûr de collègues de Schmidt chez Google.

WASHINGTON, DC - NOVEMBER 05:  Executive Chairman of Alphabet Inc., Google's parent company, Eric Schmidt speaks during a National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) conference November 5, 2019 in Washington, DC. The commission held a conference on "Strength Through Innovation: The Future of A.I. and U.S. National Security."  (Photo by Alex Wong/Getty Images)

Eric Schmidt, responsable exécutif de Alphabet Inc., filiale de Google, parle lors qu’un conférence de la Sécurité nationale sur l’intelligence artificielle, en Novembre le 5 2019 à Washington, D.C. Photo: Alex Wong/Getty Images

En tant que président, SCHMIDT, qui détient encore plus de   5.3 milliards de dollars d’actions à Alphabet (Une filiale de Google), ainsi que  d’importants investissements dans des firms tech. A essentiellement mené cette recherche sur Washington DC au nom de la Silicon Valley. L’objectif principal de ces deux commissions étant dans l’accroissement exponentiel des dépenses gouvernementales sur les recherches en intelligence artificielle et dans les infrastructures la permettant comme la 5G – investissements qui bénéficieront directement aux compagnies sur lesquelles Schmidt et d’autres membres ont la main mise étendue.