Bienvenue dans l’effondrement fou et frénétique du Capitalisme financier / Charles Hugh Smith

Welcome To The Crazed, Frantic Demise Of Finance Capitalism

Bienvenue dans l’effondrement fou et frénétique du Capitalisme financier.

Ecrit par  Charles Hugh Smith via OfTwoMinds blog,

La dissonance cognitive exigée pour ignorer l’écart de plus en plus grand entre l’économie réelle et la machinerie spéculative fondées sur la fraude – spéculation basée sur de “ l’argent” sorti de nulle part- a atteint un niveau de déni qu’on ne peut qualifier que de psychotique.

 Quand les escroqueries ont commencé à  être dévoilées, les escrocs sont devenus de plus en plus frénétiques à maintenir l’illusion de la légitimité  et le fantasme de gains garantis qui sont la force vive de toute fraude.  

Un signe qui ne trompe pas que l’arnaque est sur le point de s’effondrer est la montée hystérique de la peur de manquer : du FOMO (fear of missing out) pendant que l’étoile du Schéma de Ponzi est brutalement secouée par les escrocs d’une façon extrême.

Ce à quoi les humains voraces ne peuvent pas résister sont des gains garantis, spécialement quand ceux-ci sont d’une variété grandiose qui fait des envieux.

La plus grosse escroquerie du siècle dernier se dévoile sous nos yeux. Je la nomme “le capitalisme financier” comme façon générale de décrire la forme dominante de que qui se nomme “ le capitalisme”  parce que le désigner pour ce qu’il est vraiment —une fraude qui détruit les fondations de l’économie et de la société.  —est une affaire plus difficile à vendre que “ capitalisme” qui conserve encore quelques échos de marchés ouverts entre autres, qui caractérisent le capitalisme traditionnel, que je qualifierai de capitalisme naïf  parce qu’il est incapable de faire la différence entre la version parasite, prédatrice  qui se dissimule en tant que «  capitalisme »  et le capitalisme réel, dans lequel le capital est mis en danger et transparent..

Il y a de nombreuses qualifications pur ce capitalisme tordu et corrompu qui domine notre société et notre économie : j’ai longtemps utilisé la capitalisme état-cartels, d’autres préfèrent le capitalisme des monopoles ou le capitalisme népotiste.

Je leur préfère maintenant  “capitalisme financier “ parce que le coeur de la fraude est la finance : créer de la monnaie à partir de rien sans créer de la valeur ni des biens ni des services.

Si vous ne pouvez pas imprimer de “ l’argent », alors  créez le en en empruntant, c’est tout aussi profitable que de l’imprimer.

Comme je l’ai expliqué dans  Our Wile E. Coyote Economy: Nothing But Financial Engineering (June 11, 2020),  (Notre  E. économie ruse de coyote : rien d’autre que de l’engineering financier) la conte de fée disant que l’Amérique a une véritable économie capitaliste n’a plus rien à voir avec la réalité de l’économie actuelle qui est maintenant un panneau publicitaire en ruine vantant « la production de biens et de services » derrière lequel la monnaie véritable n’est que de « l’engineering financier » autrement dit  de la fraude légalisée. »

J’évoque cette distorsion du capitalisme depuis des années :

Has “Financial Innovation” Capitalism Run its Course? (Juin 22, 2010)

When Capitalism Turns to Cannibalism (Juillet 15, 2015)

What Makes You Think the Stock Market Will Even Exist in 2024? (Juillet 6, 2020)

 Tout comme le Communisme a été un dieu qui a échoué, le capitalisme financier lui aussi est un dieu qui échoue une version extrême du capitalisme népotiste qui n’est rien de plus qu’un mécanisme de concentration de la richesse et du pouvoir au dépend de tous ceux  travaillant dur dans l’économie du monde réel.

Si nous comprenons cela, nous comprenons aussi qu’avec ses rachats d’actions, son trading à haute fréquence et ses manipulations secrètes, la bourse n’est rien de plus que le premier mécanisme du capitalisme financier permettant l’accroissement des richesses.

Comment de la fraude ostensible en est-elle venue à dominer le marché ?

La réponse  est simple : une avidité sans borne plus le déclin des gains venus du «  vrai capitalisme » i.e, l’accroissement de la productivité par la production de biens et de services. L’attirance pour le «  quelque chose pour rien » est irrésistible quand l’argent peut être imprimé/ emprunté à partir de rien et utilisé pour mener à bien une fraude qui cultive la cupidité humaine.

Comme dans tout schéma de Ponzi, ceux qui sont investis dans cette fraude la promeuvent et cajolent les nouvelles valeurs afin de plonger leur liquidité dans des schémas de “gains garantis” parce que tout le monde déjà compromis dans cette fraude perdrait si il n’y avait pas assez de nouvelles valeurs ajoutées pour l’empêcher de s’effondrer. Ceci décrit parfaitement l’ensemble des médias financiers, l’”industrie financière” et tous ceux qui  sont dedans.

Malheureusement pour tout le monde investi dan cette arnaque, toute la “ richesse” créée par l’engineering financière: la fraude légalisée est une fiction, c’est-à-dire un fantôme.  

Tous les schémas de Ponzi s’effondrent une fois que l’apport  de valeurs aveuglé par la cupidité s’interrompt et donc la “ solution” dans notre système de capitalisme financier est à trouver dans la Banque centrale, la Réserve fédérale, qui deviennent une valeur avec un chéquier sans limite : la fed est activement occupée à tirer de la monnaie à partir de rien afin d’acheter les bonds frelatés  de corporations et autres «  actifs » ( Ha ha… comme si ceux-ci pouvaient valoir quelque chose – c’est vous qui vous êtes fait prendre) afin de soutenir le schéma de Ponzi.

Ça marche jusqu’à ce que ça ne marche plus, bien sûr.  Et pendant ce temps les individus à l’origine de la fraude mettent en oeuvre tous les freins qui l’empêche d’exploser- pinçant la frénésie de la peur de manquer, imprimant et jetant des trillions dan l’arnaque afin de maintenir l’illusion de sa légitimité et le délire des gains garantis et faisant la promotion des pouvoirs quasi théocratiques de la FED afin qu’elle protège la fraude indéfiniment.

En dépit de ces manipulations massives, les fissures sont de plus en plus visibles.

La volatilité refuse de replonger au niveau zéro, et les ressorts de la machine à écrémer, c’est-à-dire la bourse devient de plus en plus extrême.

La dissonance cognitive requise pour ignorer le gouffre de plus en plus profond entre l’économie réelle et la machinerie basique de cette fraude- la spéculation basée sur la « monnaie » sortie de nulle part – a atteint un niveau de déni qui ne peut être qualifié que de psychotique.

Toutes les bulles éclatent, toutes les fraudes implosent, toutes les arnaques s’effondrent. Ce cliquetis menaçant venant de l’arrière du panneau d’affichage en lambeaux est celui des dominos qui tombent.

Comme Mark, Jesse et moi-même en discutions dans  Salon #13: The “Phase Shift” everyone is worried about has already happened,  le météor déclenchant le trépats du capitalisme financier  a déjà frappé.

Tout ce qui reste est l’état psychotique de déni et l’évaporation du capital fantôme.

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Mes livres récents :

Will You Be Richer or Poorer?: Profit, Power, and AI in a Traumatized World ($13)
(Kindle $6.95, print $11.95) Read the first section for free (PDF).

Pathfinding our Destiny: Preventing the Final Fall of Our Democratic Republic ($6.95 (Kindle), $12 (print), $13.08 ( audiobook): Read the first section for free (PDF).

The Adventures of the Consulting Philosopher: The Disappearance of Drake $1.29 (Kindle), $8.95 (print); read the first chapters for free (PDF)

Money and Work Unchained $6.95 (Kindle), $15 (print) Read the first section for free (PDF).

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Antiracisme : une alternative néo-libérale à la gauche / Adolph Reed Jr.

L’apport essentiel de cet article est celui d’une remise en selle, d’une remise à niveau, hors des leurres spectaculaires et idolâtres de la normalisation de la pensée et des scintillements jouissifs du néo-fascisme libertaire, des paramètres fondamentaux du FONCTIONNEMENT du (néo)capitalisme. C’est à dire des moteurs que sont la distribution (et le cumul) des richesses, le rapport religieux au “progressisme”, l’imprégnation dans les esprits de la vision d’une fatalité systémique univoque et le mélange tératogène entre la libéralisation totale du système économico-politique et la libération supposée des “moeurs” en tant que voie individuelle imaginairement désocialisée et déshistoricisée et en tant que choix possible indépendant de ce même contexte économico-politique.

Au coeur des éruptions idéologiques du racialisme et des divers spasmes identitaires tirant sur le fil de la culpabilité comme sur le seul argument valide pour étayer leur plainte, la posture dite “de gauche” ne peut que vaciller, incapable qu’elle est maintenant de se rallier à un schéma politique clair ou à la réassurance d’une sorte d’appartenance incontestable. L’effritement des bases et des références et le peu de crédit accordé aux actuels engagements de cette même “gauche” qui n’a pas embrassé l’idée d’un nécessaire travail de remaniement des postures qui puisse lui permettre de s’opposer “librement” et sans pression démagogique à certains courants progressites néo-fascistes sans craindre de se voir condamnée à la censure et à l’opprobre médiatiques nécessiteraient une remise en perspective des données et des valeurs qui la soutenaient d’une façon jusque-là plus ou moins incontestable.
Cette sorte d’abandon de poste de la “gauche” ne peut que rendre confuse la vision critique des actuels soubresauts identitaires qui traversent l’Occident, d’autant qu’ils tendent à montrer jour après jour que la question fondamentale du “rapport à la vérité” dépasse de loin une simple conjoncture électorale ou partisane ponctuelle pour être devenue une forme d’exemplarité des capacités d’infinie adaptation néolibérale à tous les contextes sociopolitiques possibles.
Sous diverses pressions, matérialisées dans leur but par la forme de passage à l’acte qu’est l’érection de la censure et de la punition pour l’exemple comme analyse politique, tout travail de pensée a été englouti par les poids dogmatiques et simplificateurs qui prévalent, “acquis” comme évidences mais qui, comme tout dogme, obscurcissent l’analyse, forcément complexe et ambivalente d’une réalité, comme la nomme si élégamment Tarde, de la “grammaire des éléments de la civilisation” opposée au “dictionnaire” et qui est par essence mouvante et inassignable a priori. EG

Antiracisme : une alternative néo-libérale à la gauche

Adolph Reed Jr. 

l Anthropologie dialectique  volume 42, pages105–115(2018)

Lors d’une conférence à l’Harvard Law School en 1991, où il était Professeur titulaire, j’ai entendu l’apprécié et défunt théoricien du droit, Derrick Bell, déclarer lors d’une intervention que les noirs n’avaient pas faits de progrès depuis 1865. J’avais été surprise autant à cause de la propre vie de Bell que par le fait que l’organisation des Etudiants en droit noirs, (Harvard’s black law students’ organization) qui avaient organisé la conférence n’avaient pas contredit cette affirmation.  J’ai depuis compris que ceux qui font de telles affirmations n’éprouvent pas le sens des contradictions parce que l’assertion affirmant que rien n’a changé est en fait présentée comme une façon de dire que le racisme persiste en tant que la force la plus conséquente empêchant les noirs américains de se réaliser, que, quelle que soit le niveau de succès ou de sécurité financière atteint par les individus noirs, ils demeurent sujets à la victimisation à cause du racisme.

Cette assertion ne doit pas être prise littéralement comme une remarque empirique, même si beaucoup parmi ceux qui l’avancent semblent honnêtement convaincus qu’elle l’est.  Aucun personne sensée ou un peu cultivée ne peut croire que les noirs américains vivent dans  les mêmes conditions, contraignantes  et dangereuses, maintenant qu’en 1865.

L’affirmation porte donc en elle une préface silencieuse : « (Cet…incident, modèle, phénomène…donne à croire que) rien n’a changé. C’est plus une jérémiade qu’une analyse et est généralement une répartie formulée après un outrage. Comme je l’ai fait remarquer ailleurs  (Henwood 2013), pour obtenir la force rhétorique souhaitée, une assertion, ceux qui l’utilisent doivent faire l’hypothèse que les choses ont changé parce que la charge est fondamentalement une dénonciation de conditions ou d’incidents objectionnables en tant que forme d’atavisme et un appel à ce que les autres les considèrent de cette façon.

Tenter de susciter l’outrage à propos d’une action ou d’une expression en l’associant à des vues ou des pratiques discréditées ou stigmatisées est une manœuvre (tactique) utilisée en cas de rhétorique politique pressante (faite dans l’urgence), plus ou moins efficace lors de rallye, ou de distribution de prospectus. Mais cette politique anti raciste est inefficace voire destructive quand elle prend la place d’interprétations élaborées ou d’analyse de stratégies politiques.

La Nouvelle-Orléans fournit une illustration utile des limites de l’antiracisme contemporain comme politique. La critique de la politique antiraciste a échoué d’une façon abyssale à mobiliser une opposition significative contre les logements sociaux publics et la destruction en cours des écoles publiques après Katrina.  Cette politique qui postule l’existence d’une abstraite “communauté noire” n’a pas pu fournir de réponses satisfaisantes à l’idéologie du mélange sous-prolétaire qui stigmatise le logement social comme incubateur pour une population dégradée. (Reed 2016ab: 264–269). Cependant l’argument du réductionnisme racial  continue de dominer l’imaginaire politique de ceux qui voudraient défier les structures inégalitaires.  C’est resté, sans réflexion critique et sans reconsidération stratégique, la posture par défaut d’insurgés potentiels ou des politiques urbaines d’opposition noires et était récemment visible dans la controverse sur la destruction des monuments érigée à la fin du XIXième siècle et au début du XXième afin de célébrer la Confédération et les blancs.

Lors du Printemps 2017,  la ville, à l’initiative du maire et avec l’appui de six ou sept membres du conseil, a ôté de l’espace public quatre odieux monuments dédiés à l’insurrection traîtresse des Confédérés  qui étaient un affront aux valeurs égalitaires depuis plus d’un siècle. (Reed 2017b).Footnote1  Le Maire  Mitch Landrieu  a annoncé son intention de les ôter après que la gouverneure de Caroline du sud, Nikki Haley ait enlevé le Drapeau confédéré du parvis du capitole où sa présence avait donné lieu à une longue controverse  à la suite du meurtre raciste  des paroissiens d’une église noire de Charleston, perpétré par Dylan Roof.  Les militants liés à Black Lives Matter  et au Black Youth Project 100 (BYP100),  un groupe organisé dans le contexte du  centre d’étude des races, de la politique et de la culture (Center for the Study of Race, Politics and Culture) à l’ Université de Chicago,  ont créé une alliance de circonstance : “Take ‘Em Down NOLA » ( Déboulonnez-les.),  afin de provoquer ces enlèvements non seulement de ces quatre monuments mais de ‘tout symbole public’, monument, nom d’école, de rue dédiés aux suprémacistes blancs »  (Reed 2017c; Black Youth Projectx; Bentley 2015).

La ville est certainement la meilleure place pour se débarrasser de ces monuments et les enlever de l’espace public pourrait être un pas vers la défaite de la Cause perdue- idéologie de l’héritage qui demeure un outil si utile à la droite pour rendre la pouvoir de classe invisible à la fois dans la=e passé et dans le présent.  Mais alors que les efforts de ces groups ont contribué d’une façon notoire à mettre en avant le problème et à mobiliser quelque soutien du public pour l’enlèvement, la campagne de Take ‘Em Down NOLA a aussi obscurci le pouvoir de classe, ironiquement de la même manière que la classe dominante fin de siècle lors de l’érection de ces monuments. Pour  Take ‘Em Down NOLA et d’autres militants antiracistes, la signification de ces monuments est une allégorie, elles sont des icônes, représentant une suprématie blanche abstraite, finalement ontologique qui mène et reproduit l’inégalité raciale dans le présent et le passé. Les monuments, disons, sont des accessoires dans un discours plus large du réductionnisme-racialiste qui mêle aussi les inégalités contemporaines à Jim Crow ou à l’esclavage.

D’une façon instructive, l’objectif de Take ‘Em Down NOLA n’est pas seulement d’enlever ces vestiges commémoratifs, qu’ils soient obscurs ou triviaux, de toutes les figures historiques associées à l’insurrection confédérée ou à l’esclavage. Malgré l’assertion hyperbolique affirmant qu ces monuments infligent des blessures quotidiennes et « terrorisent psychologiquement » les noirs de Nouvelle-Orléans,  (Smith 2017; Take ‘Em Down NOLA), l’agitation de Take ‘Em Down NOLA pour leur disparition est l’instrument d’un projet plus évanescent. Leur but, comme le décrit le poète, étudiant de Harvard, Clint Smith dans sa production  New Republic,  est  une «  tentative continue de promouvoir une reconnaissance honnête du passé. » Par contre lorsqu’ils s’agit de savoir à quoi une reconnaissance honnête du passé pourrait ressembler ou produire, ni lui ni eux  n’nt grand-chose à dire de concret.  “Totalement effacer les  traces des Confédérés en Nouvelle Orléans peut ne jamais se produire” remarque Smith, “mais le travail de Take ‘Em Down NOLA f nous force à considérer ce que cela pourrait nous dire sur nous-mêmes si c’était le cas et ce que cela pourrait dire sur le fait que nous ne l’ayons pas fait encore“ (Smith 2017).  C’est à dire que l’agitation du groupe est plus guidée par l’exigence que le “racisme” soit reconnu comme la source des inégalités que par la poursuite de buts politiques spécifiques.

Ceci est généralement un des aspects du discours antiraciste contemporain. La militance  et l’érudition antiraciste  partent du principe  que les disparités statistiques dans la distribution du bien et du mal par race dans la société  où les populations noires apparaissent moins bien situées ( e.g moins de richesse, plus de chômage, plus d’hypertension, de maladies cardiovasculaires) sont une preuve  que la «  race » demeure fondamentalement déterminante pour la vie des noirs-américains. Comme  Merlin Chowkwanyun et moi-même le défendons, cependant, la disparité est une conséquence, pas une explication et déduire des causes  de conséquences d’une façon simplificatrice ( e.g traiter les conséquences de la disparité raciale  comme une preuve ipso facto in de l’injustice de causes raciales) ne semble  suffisant que si l’on a déjà jeté le pont interprétatif en faveur de cette interprétation causale (Reed and Chowkwanyun 2012, 167–168).  Nous y discutions aussi l’effet d’introduction de mauvaises données générant de mauvais résultats dans des études qui s’appuient dans leur analyse de données sur de grands nombres agrégés, des catégories brutes comme la race peuvent masquer des dynamiques significatrices à un micro-niveau  qui peuvent amener à une compréhension plus complexe et plus nuancée de la causalité. Dit autrement, si vous allez chercher l’effet racial dans des données qui sont organisées autour de la race comme principale catégorie, vous allez vraisemblablement les trouver, mais elles ne seront pas nécessairement ce qui mènera à une interprétation saine des facteurs qui produisent réellement ces inégalités.

Cette approche obtuse peut mener avec autant de succès que d’erreur à manquer « le fait que certaines inégalités particulières qui peuvent sembler statistiquement des disparités raciales sont en fait liées à des relations sociales multiples » (Reed and Chowkwanyun 2012, 150–151, 158–159). Cette question n’est pas un problème pour la politique antiracist parce qu’elle a comme but fondamental la propagation de la vision des inégalités et des injustices souffertes par les noirs américains comme résultant d’un racisme blanc générique. Son objectif, en fait, est rhétorique et idéologique pas politique ou programmé.

Le discours antiraciste postule le Suprémacisme blanc/ racisme comme un phénomène totalisant, une force résistant à toutes les circonstances institutionnelles en évolution- une fondation primordiale de l’être, tout comme la White League s’en satisfaisait dans le dernier quart du XIXième siècle.  L’argumentation poussée en avant par exemple par Take ‘Em Down NOLA  est que : (1) les monuments étaient érigés pour célébrer le pouvoir blanc suprémaciste, qui est le fondement de l’esclavage, des lynchages et de la brutalisation des Noirs de Nouvelle-Orléans,   de l’incapacité électorale, de l’imposition de Jim Crow et du déni des droits civils  de base aux noirs (2)  Le fait qu’ils demeurent visibles actuellement souligne la continuité du pouvoir suprémaciste blanc. (3)  Cette continuité indique que, comme par le passé, les inégalités raciales contemporaines les plus significatives proviennent de la suprématie blanche, qui donc, doit-être la première cible des luttes pour la justice sociale et raciale.

Mais impliquer une dynamique causale qui serait sous-jacente à une conjoncture politique  du passé afin d’étayer l’affirmation d’une causalité dans le présent fait l’hypothèse que les mêmes dynamiques opèrent dans le passé et dans le présent.   Autrement dit, l’argument réductionniste raciste avancé pour valider le pouvoir généralisé de la suprématie blanche préjuge de ce qu’il cherche à démontrer.  La sociologue Mara Loveman  suit  Rogers Brubaker, Pierre Bourdieu, et d’autres et argumente que ce problème d’interprétation et la confusion qui l’a généré peut être évacué en abandonnant la catégorie de « race » comme catégorie d’analyse afin de créer unn levier qui permette d’analyser la catégorie «  race » comme catégorie de pratique. (Loveman 1999, 895–896; Brubaker and Cooper 2000; Bourdieu 1991). Elle embrasse l’hypothèse de l’historienne  Barbara J. Fields pour qui “ tenter d’expliquer le “phénomène racial” en terme de “ race” n’est rien de plus qu’un constat définitionnel”, elle argumente que le “rejet”   de la “race” comme  concept d’analyse facilite l’analyse de la construction historique de la “ race” comme catégorie pratique sans réification, et donc fournit un degré de levier analytique qui tend à être absent quand  “race ” est utilisé analytiquement.  (Loveman 1999, 895–896; Fields 1990, 100).

Dans le contexte politique actuel, cette pathologie interprétative est pernicieuse parce que l’affirmation de la continuité exige d’ignorer des spécificités historiques à la fois du passé et du présent qui ont une importance cruciale pour accéder au sens des deux. Le point d’analogie entre les conditions actuelles et l’esclavage des premiers temps de la hiérarchie ouvertement suprématiste blanche est de subordonner la prise en compte des mécanismes discrets et complexes à travers lesquels les inégalités contemporaines sont reproduites dans la vie quotidienne  à l’assertion méta-historique  que la suprématie blanche générique, ou le racisme, expliquent principalement d’une façon significative  les désavantages et les injustices dont  les noirs américains   aujourd’hui.  Mais même au XIXième siècle au point le plus bas de la Reconstruction et lors de l’imposition de l’interdiction de vote et de l’ordre de Jim Crow, la politique noire n’était pas entièrement réductible  à une lutte unitaire contre la suprématie blanche, des différences de perspectives, d’agendas et de programmes  se retrouvaient au sein des noirs  dans les  choix de directions stratégiques , y compris dans celles de la recherche d’alliès. (Stein 1974).

En envisageant une autre question identifiée en terme de race, – comment nous devrions envisager la vision d’une identité transraciale de Rachel Dolezal  comme celle transgenre de Caitlyn Jenner  – l’historienne Susan Stryker  a clairement décrit l’attractivité et les limites d’un raisonnement par analogie.

L’analogie est une forme faible d’analyse, dans laquelle un cas mieux connu est comparé à un autre qui l’est moins, et en conséquence est offert comme modèle pour la compréhension de quelque chose qui n’est pas bien appréhendé. La force  rhétorique de l’analogie est justement située dans sa capacité à condenser des formes compliquées de similarités dans un geste  linguistique puissant  et dans des actes de parole alors que ses faiblesses analytiques son précisément là  dans l’absence de similarité des éléments qu’elle compare. (Stryker 2015).

Même si nous acceptions le terme “ racisme” comme un label résumant les facteurs variés impliqués, noter ces similarités apparentes ne nous dit pas comment les inégalités sont reproduites aujourd’hui et n’a rien à dire pratiquement sur la façon de les combattre. Et il est important d’interroger la raison de cette nécessité essentielle pour la cadre de pensée antiraciste de comprendre le présent à travers des analogies au passé.

Dans le projet politique antiraciste, la suprématie blanche/ le racisme est – tout comme le terrorisme- une abstraction idéologique amorphe dont le contenu spécifique existe principalement dans le regard de l’observateur. Et donc, tout comme dans l’anti-terrorisme  les cibles de l’antiracisme sont poreuses et entièrement arbitraires, ceci signifie que, tout comme pour l’anti-terrorisme, le combat ne peut jamais être gagné. Le constat romantique de Clint Smith dans sa contribution à Take ‘Em Down NOLA indique autant qu’il rend clair, tout autant que tout ce que Ta-Nehisi Coates a jamais écrit (e.g., Coates 20142016ab2017), que gagner quoi que ce soit de convcret n’est pas le but. Les mesures “politiques” qui suivent ces vues sont la poursuite de la reconnaissance et la représentation en terme de groupe- les deux comme description symbolique dans la royaume public et comme réclamation de liaison entre les intérêts, les perspectives, ou les “voix”  d’un électorat noir générique ou de quelque sous-groupe, e.g, “jeunesse”, “ base“.  Il n’y a pas d’intérêt dans une redistribution égalitariste.

Malgré ses évocations performatives de la militance populiste du Black power des années 60, cette politique antiraciste n’est ni de gauche en soi ni particulièrement compatible avec une politique de gauche telle qu’on peut conventionnellement la décrire. Sur une jonction politique, il s’agit, comme le féminisme bourgeois et comme d’autres tendances groupusculaires, d’un épicycle d’opposition au sein du Néolibéralisme hégémonique, on pourrir aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un composant de la conscience critique néolibérale, et donc ainsi fondamentalement anti-gauche. Les  attaques des élites politiques noires  sur la campagne de nomination de 2016 qui demandait  la définanciarisation des études dans le système universitaire, décrite comme frivoles, irresponsable ou  même anti-américaine  soulignent à quel point cette politique est profondéent inscrite dans le néolibéralisme. (Richardson 2016; Sheinin 2016; Johnson 2016).

Lors de cette campagne, des activistes anti-racistes  et des commentateurs attaquaient Sanders quotidiennement  parce qu’il était inattentif aux inquiétudes noires, qu’ils insistaient pour écrire comme séparées de la politique économique et de la dynamique de classe capitaliste et réduisaient à une répétition pro forma des slogans comme “les vies noires comptent” et à la dénonciation d’un “racisme systémique” abstrait. Après les élections de 2016, l’hostilité antiraciste à l’égard des efforts pour générer une alternative plus large ancrée dans la classe ouvrière, et des alternatives socio-démocrates au néolibéralisme des Démocrates, s’est pour le moins, intensifiée. Coates (2017), par exemple, dénonce comme suprématiste toute suggestion que les votes pour Trump de la classe ouvrière blanche proviennent d’autre chose que d’un engagement dans la suprématie blanche.  Les chercheurs en sciences sociales et autres experts en opinion publique ont régulièrement amené de l’eau au moulin de la répétition incessante des mêmes stéréotypes par les antiracistes et autres idéologues identitaires d’une classe ouvrière blanche désespérément raciste, sexiste, homophobique, et xénophobique comme le principal obstacle aux progrès sociaux.  Dans cette insistence, ils ont rejoint les néolibéraux démocrates Clintonoïdes de toute race, genre ou orientation sexuelle qui rejettent une politique de redistribution vers le bas pour des raisons ouvertement plus liées à l’appartenance de classe.  C’est pourquoi, comme le note Mark Dudzic dans un essai superbe écrit avant les élections :

Joan Walsh, parmi d’autres, défend l’idée que le soutien substanciel de Sanders parmi les travailleurs blancs ( qui ont massivement voté pour Clinton  en 2008)  est parce qu’ « elle  a été handicapée par son association avec le premier président noir » et Paul  Krugman,  cet éternel gardien de la porte gauche de la classe dominante a pontifié sur l’échec de la campagne de Sanders qui n’a pas compris l’importance des «  inégalités horizontales » entre les groupes. (Dudzic 2017).

L’évaluation par Dudzix de la réaction libérale  à l’enthousiasme socio-démocrate  éveillé par Sanders  s’applique également aux militants antiracistes et aux commentateurs :

La campagne de Sanders a été une telle source de désorientation à la fois pour les conservateurs et les libéraux parce que elle n’embrassait pas ces catégories naturalisées ( racisme et sexisme) mais, au lieu de ça, les révélait comme des relations sociales établies par de vrais êtres humains et donc ouvertes au changement à travers l’application de choix politiques et économiques.  Aprés avoir quelque peu hésité lors des premiers mois à propos des violences policières et de l’incarcération de masse, elle a mis en avant une politique d’espoir à la fois visionnaire et pratique pour la classe ouvrière. Dans le processus, elle a aidé à mettre à nu les mécanismes actuels du capitalisme menant aux inégalités. Et elle a exposé la ligne de fracture créée par de décennies    de néolibéralisme qui empêchent les véritables changements au sein de travail, de la justice raciale et d’autres mouvements sociaux. (Dudzic 2017).

Bien que son attirance pour le type de militance du Black Power puisse suggérer une forme d’insurrection de populisme racial, l’actuelle politique réductionniste  de race est centrée sur des mises en avant et des exigences de reconnaissance et non sur celles d’une redistribution des richesses. Son projet est l’élimination des disparités au sein d’un régime qui intensifie les inégalités économiques, que les antiracistes considèrent comme acquises.  . Come l’écrit Warren et al. :

Les antiracistes…restent tournés vers une vision de la justice définie par l’assurance d’un accès égal à la distribution des biens sociaux distribués hiérarchiquement comme la richesse familiale (et l’élimination des obstacles à l’accumulation des richesses enracinée dans la discrimination). Bien sûr en rendant fréquente l’utilisation de l’adjectif “ étroite” dans les reproches faits à une politique qui lie l’inégalité à l’exploitation économique, les antiracistes et libertaires ont inscrits l’idée que la justice raciale comme une critique plutôt qu’une conséquence du socialisme.  C’est en grande partie pour cette raison que  Walter Benn Michaels  a noté que “ l’engagement dans la politique identitaire est plus l’expression d’un… enthousiasme pour le libre marché qu’une forme de façon de lui résister. (Warren et al. 2016.).

Même quand ses partisans se croient radicaux, cette politique antiraciste  est une politique de management professionnel de classe. Ses adhérents ne sont pas préoccupés par le fait de générer la base politique large et ouverte  nécessaire à la mise en place d’un agenda  de transformation parce qu’ils sont fondamentalement engagés dans la poursuite d’un parité raciale au cœur du néolibéralisme, et non dans les transformations raciales. En fait, l’insistance des militants antiracistes et des commentateurs pendant la campagne des élections de 2016  sur  le fait que Sanders n’évoquait pas  les inquiétudes des noirs ont éclairé ce point parce que chacun des points  de l’agenda politique de Sanders – de la taxe  Robin Hood aux milliardaires  à aux études universitaires gratuites  en passant par le salaire horaire minimum à 15$, et le système de protection médicale à payeur unique  etc. (Sanders for President)—bénéficiaient d’une façon disproportionnée aux populations noires et hispaniques  qui font partie d’une façon disproportionnée  de la classe ouvrière .

Plus que tout, les bénéfices que les noirs américains ont gagnés ont été les produits d’alliances condensées autour d’un large agenda égalitaire. L’historien  Touré F. Reed note :

L’émancipation et même la reconstruction ont été produites par la convergence d’intérêt au sein de populations disparates- Afro-américains, abolitionistes, petits entrepreneurs indépendants et agriculteurs du nord, rassemblés sous la bannière du travail libre. Le mouvement des droits civiques a été le produit d’un consensus créé par le New deal qui a défendu l’intervention dans les affaires privées du gouvernement comme appropriée pour le bien public, la large répudiation du racisme scientifique ayant suivi la Seconde guerre mondiale et la vulnérabilité politique que Jim Crow avait créé aux USA pendant la Guerre froide. Il est certain que la Reconstruction, le New deal la guerre contre la pauvreté et même le Mouvement des droits civiques n’ont pas réglé tous les défis rencontrés par les noirs. Mais la limitation de chacun de ces mouvements a reflété les contraintes politiques qui leur étaient imposées, en large part par le capital.— (Reed 2018).

Comme  A. Philip Randolph, Bayard Rustin, Martin Luther King, Jr.,  et deux générations d’activistes noirs orientés vers l’analyse de classe- y compris l’entier spectre des élites noires radicales ou conservatrices et des leaders syndicaux collectés dans le volume de  1944 de l’historien  Rayford Logan « Ce que veulent les nègres »—l’ont compris, premièrement, l’exploitation et l’oppression des Noirs américains  était liée à un dynamique d’exploitation  et d’oppression plus large  et deuxièmement, la seule façon de conquérir et plus spécifiquement de garder des bénéfices pour les Noirs américains est de les conquérir pour tout le monde. Cette leçon a été perdue pour de nombreux militants antiraciste enamourés par le réductionnisme de race contemporain, à sa place, ils véhiculent la militance performative associée à la politique insurrectionnelle du Pouvoir noir comme la tendance raciale authentique des années 1960, 1970.

Mais la politique du Black Power s’est consolidée comme alternative moins potentiellement  transformative, plus biaisée par la réalité des classes que la l’approche de la gauche noire travailliste,  socio-démocrate défendue par Rustin, Randolph,  et d’autres (A. Philip Randolph Institute 1966; Randolph 2014ab; Rustin 19651966; Reed 20152016a2017a; Le Blanc et Yates 2013; Logan 1944). La politique du Black Power  était fondamentalement une politique pétitionnaire, mêe si elle était flamboyante et intense. Parce que toute leur rhétorique surchauffée, à propos de l’auto-détermination, y compris même dans certains cas ce qui pourrait maintenant s’appeler  des fantasmes de lutte armée, les Black poweristes généralement dépendaient des largesses de  la classe dirigeante pour la réalisation de leurs objectifs programmés. C’était l’alternative au fait de former une coalition large et populaire et de naviguer au sein des compromis et des contraintes que cette sorte de politique exige.

Dans le domaine de la politique pratique, le Black Power  était fondamentalement dirigé vers les institutions gouvernementales, les sources philanthropiques ou privées  et d’autres agences capables  de se référer ou de ratifier le droit de représenter une «  communauté noire «  générique » ( Certains à l’époque ont  décrit ce genre de style politique comme un » «  mendicité militante », j’imagine que de nos jours cela pourrait être identifié comme une manière institutionnelle agressive de faire la manche). Les critiques contemporains comme   Harold Cruse (1968, 193–260) et Robert L. Allen (1969) ont mis en avant le caractère de classe du programme du Black Power, et Rustin a suggéré avec prescience que son aboutissement le plus vraisemblable serait la «  création d’un nouvel establishment noir » (1966, 36) (souligné dans l’original).

Le Black Power, du moins sous sa forme pluraliste ethnique dans laquelle il s’est fixé en tant que « politique noire » a été au fond une politique  Bookeriste de courtage élitiste, comme l’est dans son essence le pluralisme ethnique.  Le coeur du projet bookeriste, sous la rubrique d’une promotion et d’un avancement racial a toujours été depuis Washington et la strate d’avocats noir racialistes qui ont émergés de l’interdiction du droit de vote au début du 20ième siècle la « substitution de professionnels noirs, managers, intellectuels  à leurs équivalents blancs au sein des institutions  chargées d’administrer les besoins de populations noires. » Ainsi, l’objectif politique était l’établissement d’une « autorité managériale du problème national noir »  au sein de n’importe quel  ordre politique plus étendu (Warren 2003, 27).  La critique de Warren, qu’il a développée  plus avant dans ce qu’était la littérature afro-américaine (What Was African American Literature)  (2012),  éclaire le singulier engagement antiraciste contemporain  dans une vision réductionniste que la race/ le racisme  est la fondation et la source de toute injustice et de toute inégalité affectant les noirs américains. Celà aide aussi à rendre intelligible le pouvoir affectif que l’explication actuelle des inégalités à travers l’analogie à l’esclavage ou à Jim Crow   peut avoir dans le discours raciste contemporain.

La politique antiraciste est une politique de classe, elle est enracinée dans la position, la représentation du monde et les intérêts matériels de la strate racisée des cadres et de l’administration qui opèrent dans le parti démocrate et en tant que fonctionnaires du gouvernement,  commentateurs et publicistes, l’administration de l’éducation,   et son professorat, les corporations, les services sociaux et le secteur associatif et l’industrie multi-milliardaire de la diversité. Cette strate se rassemble autour d’un engagement sur la centralité de la race- et d’autres identités attribuées comme le cadre discursif approprié à travers lequel articuler les normes de justice et formuler des réponses. Il a crû et s’est développé profondément et institutionnellement dans la société comme un prolongement des victoires des années 1960.  Comme la société a bougé plus avant hors du régime de subordination et d’exclusion fondé sur des critères raciaux explicites auxquels l’explication réductionniste raciste était  une réponse immédiate plausible, la race est devenue moins puissante en tant que métaphore dominante ou couverture  à travers lesquelles la hiérarchie de classe est vécue. Et tout comme les élites noires et blanches fréquentent de plus en plus les mêmes écoles,  vivent dans les mêmes quartiers,  sont au même niveau de responsabilité dans des lieux de travail intégratifs, partagent et interagissent dans les mêmes espaces sociaux, les mêmes pratiques de consommation et les mêmes préférences,  ils partagent également de plus en plus un même point de vue non seulement sur les cadres de la politique sociale mais aussi sur l’ordre adéquat à donner aux choses en général.

Ces réalités quotidiennes font pression sur les prémisses réductionnistes selon lesquelles la subordination raciale reste la référence idéologique dominante ou le cadre matériel générant et nourrissant la reproduction des inégalités systémiques et le pouvoir de classe.   Cette tension sous-tend l’attirance pour une vision ontologique du racisme en tant que force animée qui transcende le temps et le contexte. Parce qu’il s’agit d’un Mal évanescent qui est déconnecté des buts et des modèles spécifiquement humains des relations sociales, le racisme, encore, comme le terrorisme peut exister n’importe où et n’importe quand et sous n’importe quelles conditions manifestes et est une interprétation qui n’a pas besoin de   causes ou d’explication.  C’est pourquoi les démonstrations statistiques des apparentes disparités raciales semblent  des preuves auto-suffisantes  de la persistance  de l’impact primordial du racisme sur les noirs américains à l’intérieur du discours antiraciste, en dépit du fait que :  (1)  ne sont pas surprenante étant considérée combien ancrées sont les inégalités. (2)  ne nous disent pas grand chose, sinon rien sur les sources immédiates des disparités et (3) ne mettent pas en avant de remède, réponse, bien que ceux présentant les résultats font souvent comme si ils le faisaient. Comme  Chowkwanyun et moi-même l’indiquons,  de surcroit, l’investissement sans relâche dans la découverte de disparités et l’insistance que ces inégalités manifestes soient comprises dans ces termes en dépit de ces biais interprétatifs suggérent la présence d’autres facteurs idéologiques :

L’engagement dans un [discours disparitaire] à une vision fondamentalement essentialiste et anhistorique de la race-d’abord est trahi dans la panoplie en constante expansion des néologismes – racisme institutionnel / racisme systémique / Racisme structurel / racisme sans préjugé racial / racisme post-racial etc. ont le projet de créer plus complexité dans la  dynamique sociale sur une politique simpliste et une ontologie fréquemment psychologiste raciste-antiraciste. Bien sûr ces efforts évoquent les tentatives de Thomas Kuhn d’accommoder les anomalies croissantes afin de les sauver des dangers de s’effriter sous une crise de l’autorité. Et en ces circonstances, l’effort de sauvetage est induit par des impératifs idéologiques et matériels puissants. (Reed and Chowkwanyun 2012, 167).

Cette vision ontologique du racisme est ce qui a permis Bell d’insister sur le fait que rien n’avait changé pour les Noirs américains depuis 1865 sans avoir à se confronter aux preuves apparemment opposées de sa propre biographie et au contexte de sa déclaration.  Cela souligne également le choix d’utiliser des analogies historiques à la place d’arguments.  Le but de ces analogies n’est pas d’expliquer les mécanismes grpace auxquels les inégalités contemporaines sont reproduites.  C’est de préserver le cadre interprétatif qui identifie le racisme comme la source définitive de ces inégalités.

La nature de la classe antiraciste aide à comprendre pourquoi ses adhérents y sont si intensément investis malgré les profonds défauts d’analyse  et pourquoi elle a généré aussi peu de traction politique.  Une des dimensions de son attractivité dérive simplement de l’habitude étayée par un simulacre de familiarité engendrée par la conception naïve que l’histoire politique des noirs qui a entrainé l’observation immortelle de Willie Legette «  La seule chose qui n’ait pas changé depuis 1965 à propos de la politique noire c’est la façon dont nous y pensons » (Warren et al. 2016). Les gens se représentent la politique noire comme unitaire, comme une « mouvement pour la liberté » ou « une lutte de libération » transhistorique parce que c’est ainsi que les discussions universitaires ou populaires autour de l’activité des noirs-américains  a été dessinée presque universellement depuis que les études sur la politique noire et le pensée politique  a pris forme pendant les années 1950 et 1960, spécialement après l’institutionnalisation des études noires en tant que champ de recherche dans le  courant universitaire dominant pendant des années 1970 à 1990. L’intérêt coproratiste à bâtir puis à protéger les limites d’un domaine d’étude et d’une autorité interprétative sur le contenu de son sujet converge avec un plus large intérêt de classe à maintenir une autorité interpétative et managériale dans la poltiue économique des relations raciales. (Reed 2004).

Cruciale afin de comprendre l’actuel moment politique et comment naviguer à travers les périls réels qui nous menacent après novembre 2016, est la reconnaissance que, quel qu’ait été son alignement dans le passé , la politique antiraciste est maintenant fondamentalement antagoniste à une gauche politique orientée vers des transformations sociales égalitariennes larges.  Des éléments-clefs de la strate professionnelle-managériale noire sont ancrés, agents et mignons de ce qu’on nomme maintenant le   « néolibéralisme »,  entant que fonctionnaires, contractants et aspirants – depuis son émergence dans les années 1970 1980. Dans les années 1980 1990, l’idéologie du sous-prolétariat a rationalisé les revendications d’un rôle tutélaire pour la classe professionnelle-managériale noire en relation avec  une population noire de base que cette politique rendait invisible  comme les postiers, les enseignants, les camionneurs, les charpentiers, les vendeurs, les employés de maison, les électriciens ou les, les infirmiers, les techniciens informatiques etc. ou les membres d’une armée de réserve industrielle en croissance constante et représentée comme une masse indifférenciée à ventriloquer et à «  encourager ». L’idéologie du sous-prolétariat vint avec un remède incluant la « responsabilité individuelle », qui permit d’une façon convenante aux officiels publics de faire dévier les préoccupations touchant la retraite des provisions des services sociaux  et autres politiques de financement sociaux vers un domaine de plus en plus marqué par le transfert régressif.*  La privatisation néolibérale  a aussi fourni un accès très élargi aux domaines commerciaux et aux opportunités de carrière pour les entrepreneurs les noirs ( les hispano-américains et les femmes) sous la rubrique  de la « prise de pouvoir »  des communautés, «  l’exemplarité » ou «  l’entreprenariat social » dans une économie  du vaste secteur tertiaire  conduit par le secteur associatif, susceptible ou pas d’être investi dans la privatisation des biens collectifs au nom d’une authenticité locale et à bien faire en faisant le bien, tout comme la régulièrement croissante industrie de la diversité . Ces développements légitiment un idéal de justice sociale limité à peu près à l’amélioration des opportunités de mobilité et d’ascension individuelle- au sein du champ restreint de l’accumulation néolibérale par la dépossession.

L’incrustation de la classe noire professionnelle-managériale s’est solidifiée d’une façon importante avec l’engagement agressif dans un néolibéralisme de gauche centré sur Wall street et sur les intérêts économiques de la Silicone Valley de l’aile Clinton, Obama, Emanuel du parti démocrate et son fort appui d’une justice sociale définie en termes d’identité groupale. Mais il s’agit nécessairement d’une notion de justice sociale et d’égalité qui est déconnectée de l’économie politique et de la dynamique du capitalisme de classe qui génère les inégalités les plus profondes dans la société.  Et l’opposition militante aux normes de justice de gauche conventionnelles qui se centre sur les inégalités économiques a uni les Démocrates néolibéraux clintoniens et les antiracistes réductionnistes. A cet égard, les moments les plus révélateurs de la campagne de nomination présidentielle du parti démocrate  ont compris celui où les activistes autoproclamés de Black Lives Matter ont attaqué Sanders pour ne pas soi-disant  avoir déclaré son opposition au racisme de la manière qui leur convenait et quand l’icône du mouvement des droits civiques, le Républicain. John Lewis (D-GA) et d’autres fonctionnaires noirs prééminents ont dénoncé comme irresponsable l’appel de Sanders pour l’extension de la politique du revenu social et pour le basculement des priorités nationales vers la réponse aux besoins des travailleurs. Et, peut-être, l’élément révélateur entre tous  a été quand et surtout comment Hillary Clinton a éliminé joyeusement et cyniquement les inquiétudes de Sanders touchant l’injustice économique.

Au début des Primaires dans le Nevada, elle a déclaré  à ses supporters lors d’un rallye « Tout ne tourne pas autour des théories économiques n’est-ce pas ?  Si nous démantelons les Grandes banques demain et je le ferai, si elles le méritent, si elles posent un risque systémique, je le ferai, est-ce que cela achèvera le racisme ? Est-ce que cela achèvera le sexisme ?  Est-ce que cela empêchera les discriminations contre la communauté LGTB ? Est-ce que cela rendra les gens plus accueillants aux émigrés du jour au lendemain ?  Est-ce que cela résoudra les questions du droit de vote et des Républicains qui tentent de les ôter aux gens de couleur, aux personnes âgées, aux jeunes ? » (Weigel 2016).

Depuis les élections cette alliance contre une politique de classe est devenue encore plus agressive en accusant Sanders d’être un rouge et la gauche à travers une nouvelle sorte d’attaques racialistes – attaquant le socialisme, et les avocats du socialisme ou de la politique socio-démocrate comme racistes et suprématistes blanches. Elle a resserré ses rangs autour  de la condamnation de la classe ouvrière blanche qui a voté pour Trump comme étant répugnante et incurablement raciste  et avec qui la solidarité était indéfendable, réduisant dans le processus la «  classe ouvrière » à une catégorie raciale blanche synonyme de conservatisme et de recul social.  Les antiracistes et les Démocrates néolibéraux se sont unis dans le donjon de la morale irréprochable  pour dénoncer la suggestion que d’autres éléments que le racisme opéraient pour générer l’élection de Trump et que certains membres de la classe ouvrière , particulièrement ceux que Les Leopold décrit comme les électeurs de Obama/Sanders/Trump —et pas nécessairement les blancs, s’étaient sentis trahis par les deux partis. (Leopold 2017; Lopez 2016; Parenti 2016; Edwards-Levy 2017; Shepard 2017; Skelley 2017; Cohn 2017). Le résultat pratique de  cette posture morale c’est qu’il ne peut pas y avoir d’ alternative politique au néolibéralise. C’est pourquoi il est important, lorsque nous envisageons la perspective intimidante de construire un mouvement capable de changer les termes du débat dan la politique américaine de centrer les intérêts et les préoccupations sur la classe ouvrière,  de toute race, genre, orientation sexuelle et quelque soit son statut d’émigration – qui sont la vaste majorité dans ce pays , que nous reconnaissions que la politique raciale réductionniste  est l’aile gauche du néolibéralisme et rien de plus. Elle est ouvertement antagoniste avec l’idée d’une gauche solidaire. Il est plus important que jamais de reconnaître cette réalité et d’agir en fonction d’elle.

A regressive transfer is any transfer of income from the “not richer” individual to the “not poorer” individual.

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  1. Department of Political Science, University of Pennsylvania, 3440 Market Street, Suite 300, Philadelphia, PA, 19104, USAAdolph Reed Jr.

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Correspondence to Adolph Reed Jr..

La surprotection de l’esprit américain / Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

La surprotection de l’esprit américain

The Coddling of the American Mind

Au nom du “bien être émotionnel”, les étudiants demandent de plus en plus souvent aux universités  une protection contre les mots et les idées qu’ils n’aiment pas. Voici pourquoi c’est à la fois désastreux pour l’éducation et pour la santé mentale.

Andrew B. Myers / The Atlantic Par Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

 

Quelque chose d’étrange se produit dans les universités et les grandes écoles américaines. Un mouvement prend de l’ampleur, sans leader et conduit largement par les élèves, qui cherche à nettoyer les campus et à ôter les mots, les sujets, les idées qui pourraient causer de l’inconfort ou porter offense. En décembre dernier, Jeannie Suk  écrivit un article dans The New Yorker, à propos d’étudiants en droit demandant à son collègue Professeur à Harvard de ne pas enseigner la loi sur le viol – ou si besoin, d’utiliser le terme « enfreindre » comme dans « enfreindre la loi »  de peur que cela génère de la détresse chez ses étudiants. En février,  Laura Kipnis, Professeur  à la Northwestern University,  écrivit un essai dans “Les Chroniques de l’enseignement supérieur” The Chronicle of Higher Education décrivant la nouvelle politique de paranoïa sexuelle sur les campus – et fut l’objet d’une longue enquête après que des étudiants qui s’étaient sentis offensés par l’article et par un tweet qu’elle avait envoyé aient rempli la plainte du Titre IX contre elle.  En juin, un Professeur se protégeant sous un pseudonyme écrivit un essai pour Vox décrivant combien il devait maintenant enseigner avec précaution. « Je suis un enseignant libéral et les étudiants libéraux me terrifient » en est le titre. Un grand nombre d’acteurs populaires dont Chris Rock  ont cessé d’intervenir  sur les campus ( se référer à l’article de Caitlin Flanagan).

 Jerry Seinfeld et Bill Maher  ont publiquement condamné cette hyper sensibilité des étudiants disant que nombre d’entre eux étaient incapables de second degré.

Deux termes sont apparus rapidement, venus de nulle part et imprégnant la parlance commune ; “Microagressions”, ce sont de petites actions et des choix de mots qui semble à première vue ne pas avoir d’intention maligne mais ui sont malgré tout une forme d’agression. Par exemple, suivant les codes de conduites de certains campus, c’est une microagression de demander à un Asio-américain ou à un latino-américain :  “Où es-tu né ?” parce que cela impliquerait qu’il n’est pas un véritable américain.  Des “déclencheurs d’avertissement”, Trigger warnings sont des alertes que les professeurs sont censés fournir si un sujet dans un cours est supposé entraîner de fortes réponses émotionnelles. Par exemple, certains étudiants ont demandé à ce que le Things Fall Apart de Chinua Achebe, qui décrit la violence raciale et le The Great Gatsby  de F. Scott Fitzgerald qui décrit la misogynie et les abus physique soient repérables afin que les étudiants qui ont subi le racisme ou les violences domestiques puissent choisir d’éviter ces œuvres, qui, croient-ils, pourraient réveiller un retour post-traumatique.

Certains actions sur les campus touchent au surréel. En avril, à l’université de Brandeis  l’association des asio-américains a cherché à attirer l’attention sur les microagressions touchant les asiatiques à travers une installation sur les marches d’un des halls de l’université. L’installation donnait des exemples de microagressions comme : “vous n’êtes pas supposés être bons en maths ?” ou “Je suis insensible à la couleur de peau. ” Mais cela généra une réaction de la part d’autres asio-américains qui ont senti que l’exposition elle-même était une microagression. L’association a enlevé l’installation et son président a écrit à toute la communauté estudiantine une note d’excuses pour « tous ceux qui avaient été blessés ou touchés par le contenu de la microagression. »

Selon les principes les plus basiques de la psychologie, voulant aider les personnes avec des crises d’anxiété (nosographie biopsy : anxiety disorders) en leur évitant la chose qui les effraie est une erreur. C’est pourtant le nouveau climat qui est institutionnalisé et qui affecte ce qui peut être dit dans la classe, même lors d’une simple discussion. Pendant l’année scolaire 2014 2015, par exemple, les recteurs et les administrateurs de 10 universités américaines ont été conviés à des formations de cadres où étaient présentés des exemples de microagressions. La liste des propos offensifs incluait : “Je crois que la personne la plus qualifiée devrait obtenir le poste”.

La presse a majoritairement décrit ces développements comme des résurgences du politiquement correct. C’est partiellement exact, bien qu’il y ait d’importantes différences entre ce qui se produit maintenant et ce qui s’est passé dans les années 80 ; 90.

 Le mouvement cherchait à réduire le discours, particulièrement les discours de haine à l’égard des minorités marginalisées, mais il questionnait également la littérature, la philosophie, et les critères de l’histoire, cherchant à étendre l’usage en y incluant une perspective plus large. Le mouvement actuel est principalement autour du “bien-être émotionnel ”    et plus que le précédent, il postule une extraordinaire fragilité de la psyché estudiantine, et donc élève les objectifs à la protection des étudiants contre tout tort psychologique subi.

Le but ultime, semble-t-il est de transformer les campus en « lieux sûrs » où les jeunes adultes seraient protégés contre les mots ou les idées qui mettent certains d’entre eux mal à l’aise. Et plus que le prédécesseur, ce mouvement cherche également à punir quiconque pourrait enfreindre cet objectif, même accidentellement. On pourrait qualifier cette tendance de “vindicte protectionniste”. Elle crée une culture dans laquelle tout le monde doit s’y reprendre à deux fois avant de s’exprimer, sous peine de subir des accusations d’insensibilité, d’agression ou pire.

L’écrivain Greg Lukianoff  s’est joint à l’éditeur en chef d’Atlantic James Bennet pour discuter cette question.

Nous avons étudié ce développement depuis un certain temps déjà, en sonnant l’alarme. Greg Lukianoff est un avocat en droit constitutionnel et président et PDG de la Fondation pour les droits de l’individu dans l’éducation, qui défend la liberté d’expression et la liberté d’enseigner sur les campus, il a aussi plaidé pour certains étudiants et enseignants  impliqués dans les cas cités plus haut. Jonathan Haidt est un psychosociologue qui étudie la culture de la guerre américaine. Les récits de la façon dont nous en sommes venus à discuter de ceci peuvent être lus ici.

Le danger que ces tendances posent pour la scolarité et pour la qualité des universités américaines sont réels. Nous pourrions écrire un essai entier pour les décrire. Mais ici, nous nous centrons sur différentes questions  : quels sont les effets de ce nouveau protectionnisme sur les étudiants eux-mêmes ?  Est-ce que cela avantage les personnes supposes devoir être aidées ?  Qu’apprennent exactement les étudiants quand ils passent quatre années ou plus dans une communauté qui police les “affronts” non intentionnels, place des notes d’avertissement sur les ouvrages de la littérature classique et de beaucoup d’autres façons implique le fait que les mots peuvent être une forme de violence qui demande un strict contrôle par les autorités universitaires, qui sont supposés agir à la fois comme protecteurs et comme procureurs ?

Il y a un adage commun dans les cercles universitaires : « N’apprend pas aux étudiants quoi  penser mais enseigne leur comment penser. L’idée remonte aussi loin que Socrate. Aujourd’hui, ce qu’on nomme la “méthode socratique” est une façon d’enseigner qui génère la pensée critique, encourageant en partie les étudiants à questionner et à examiner leurs propres croyances ainsi que la sagesse reçue provenant de ceux qui les entourent. De tels questionnement amènent parfois de l’inconfort et même de la colère liés à la manière de comprendre.

Mais le protectionnisme vindicatif enseigne aux étudiants une tout autre méthode. Il les prépare très mal à la vie professionnelle, qui demande fréquemment un engagement intellectuel avec ces gens et des idées que l’on peut considérer désagréables ou fausses.

Le tort causé peut être également plus immédiat. Une culture de campus dédiée à la police du langage et punissant les intervenants est supposée générer des modèles de pensée qui sont étonnamment similaires à ceux qui ont depuis longtemps été identifiés par les thérapistes cognitivo-comportementaux comme causes de dépressions et d’anxiété. Le nouvel hyper-protectionnisme apprend aux étudiants à penser d’une façon pathologique.

Comment en est-on arrivés là ?

Il est difficile de savoir exactement pourquoi la vindicte protectionniste s’est répandue si largement ces dernières années. Le phénomène est peut-être lié aux récents changements dans l’interprétation des statuts fédéraux anti-discrimination (sur lesquels nous reviendrons plus tard) Mais la réponse implique probablement des modifications des relations intergénérationnelles également. L’enfance elle-même a énormément changé pendant  la dernière génération. De nombreux Baby boomer ou  Gen Xers peuvent se souvenir d’avoir roulé en bicyclette, sans la surveillance d’adulte alors qu’ils n’avaient que sept ou huit ans. Dans les heures suivant la classe, les enfants étaient supposés s’occuper eux-mêmes,  s’affronter à des heurts mineurs et apprendre de leur expérience. Mais l’élevage en plein air” de l’enfance est devenu plus rare dans les années 80. La montée de la criminalité des années 60 au début des années  90 a rendu les parents plus protecteurs que leurs propres parents. Les histoires d’enlèvements d’enfants sont devenues plus communes et en 1984, leurs photos sont apparues sur les packs de lait. En réponse, les parents ont serré les vis et ont travaillé plus pour assurer la sécurité de leurs enfants.  

La progression vers la sécurité s’est aussi manifestée à l’école. Les structures potentiellement dangereuses des jeux furent enlevées des cours de récréation, le beurre de cacahuètes banni de déjeuner des enfants. Après le massacre de Columbine de 1999, beaucoup d’écoles ont sévi contre le harassement, intégrant des mesures de « tolérance zéro » . De diverses façons, les enfants nés dans les années 80—the Millennials—ont reçu un message fort des adultes : la vie est dangereuse mais les adultes vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour vous protéger, pas seulement des étrangers mais les uns des autres également.

Ces mêmes enfants ont grandi dans une culture qui était (et est encore) de plus en plus polarisée politiquement. Les Républicains et les Démocrates ne se sont jamais particulièrement appréciés mais des enquêtes remontant à 1979 montrent qu’en moyenne, leur antipathie mutuelle était assez modérée. Les sentiments négatifs sont devenus de plus en plus forts cependant à partir du début des années 2000. Les sciences politiques appellent cela « une polarisation affective partisane » et c’est un sérieux problème dans une démocratie. Comme chacun des côtés diabolise de plus en plus l’adversaire, les compromis deviennent de plus en plus difficiles.

Une étude récente montre que des biais implicites et inconscients sont maintenant au moins aussi forts au sein des partis politiques qu’ils le sont en ce qui concerne les races.

Il est donc assez facile d’imaginer pourquoi des étudiants aujourd’hui peuvent être désireux de protection et plus hostiles à l’égard des opposants idéologiques que la génération passée. L’hostilité et la suffisance nourries par des émotions partisanes fortes peuvent être supposées ajouter de l’intensité à n’importe quelle croisade morale. Un principe de psychologie morale est que le « moralité attache et aveugle ». Une partie de ce que nous faisons quand nous posons des jugements moraux est d’exprimer notre allégeance à un groupe. Mais ceci peut interférer avec notre capacité à penser d’une façon critique. Reconnaître que le point de vue opposé à quelque mérite est risqué- vos coéquipiers peuvent vous considérer comme un traître.

Les médias sociaux rendent la contribution à une croisade, l’expression de la solidarité et l’outrage et la poursuite des traîtres extrêmement faciles. Face Book a été fondé en 2004 et depuis 2006, tout enfant âgé de plus de treize ans peut le joindre. Ceci signifie que la première vague d’étudiants qui ont passé leur adolescence avec Face Book ont intégré l’université en 2011 et ont passé leur diplôme uniquement cette année.

Andrew B. Myers

Ces premiers ” vrais indigènes des médias sociaux” peuvent être différents des générations antérieures sur la façon de partager des jugements moraux et se supportent dans des campagnes morales et des conflits.  Nous trouvons beaucoup à apprécier dans ces tendances, les jeunes adultes aujourd’hui sont engagés les uns par rapport aux autres, avec de nouvelles histoires, et avec des attitudes prosociales plus développées que lorsque la télévision était la technologie dominante. Mais les médias sociaux ont aussi fondamentalement modifié l’équilibre de pouvoir dans les relations entre étudiants et enseignants, ces derniers craignant de plus en plus ce que certains étudiants pouvaient faire subir à leur réputation et à leur carrière en suscitant des attaques en ligne contre eux.

Nous ne voulons pas faire l’hypothèse d’une causalité directe, mais la taux de troubles psychiques chez les jeunes adultes a augmenté, à la fois dans et hors des campus, lors des dernières décennies. Une partie de cette croissance est certainement due à de meilleurs diagnostics et à une plus grande volonté de chercher de l’aide, mais la plupart des experts semblent s’entendre sur le fait  que cette tendance est réelle. Presque tous les responsables de la santé mentale sur les campus ayant été consultés par l’ American College Counseling Association  en 2013, ont rapporté le fait que le nombre d’étudiants avec des problèmes psychologiques sévères était en augmentation dans leur université.  Le taux de détresse émotionnelle rapportée par les étudiants eux-mêmes est également élevé et en hausse. Dans une enquête de 2014 effectuée par l’American College Health Association, 54 % des étudiants questionnés disent qu’ils ont “ressenti une angoisse débordante” lors des derniers douze mois, plus de 49 % de plus que lors de la même enquête réalisée juste cinq années plus tôt. Les étudiants semblent rapporter plus de crises émotionnelles, beaucoup semblent être plus fragile, et ceci a certainement changé la façon dont les professeurs et les administrateurs échangent avec eux. La question est de savoir si ces changements dans la relation sont supposés faire plus de mal que de bien.

La cure de réflexion

Depuis des millénaires, les philosophes ont compris que nous ne voyons pas la vie comme elle est, nous y voyons une version déformée de nos espoirs, de nos peurs, et de nos attachements. Le Bouddha a dit : “ Notre vie est une création de notre esprit.” Marc Aurèle dit : “La vie est ce que tu te représentes.” La quête de la sagesse dans de nombreuses traditions, commence par cette considération. Les Bouddhistes de la première heure et les Stoïciens, par exemple, ont développés des pratiques pour la réduction des attachements, rendre la pensée plus clairvoyante et tendre vers la libération des tourments émotionnels de la vie mentale normale.

Les thérapies cognitives comportementales sont la mise en pratiques contemporaine de cette ancienne sagesse.  C’est le traitement non pharmaceutique le plus largement étudié pour la maladie mentale et c’est utilisé pour traiter la dépression, les troubles anxieux, les troubles de l’alimentation, et les addictions. Cela peut même être envisagé pour les schizophrènes. Aucune autre forme de thérapie ne fonctionne sur un éventail aussi large de problèmes. Les études montrent que c’est aussi efficace que les traitements antidépresseurs (comme le prozac) pour le traitement de l’anxiété et de la dépression. La thérapie est relativement rapide et facile à apprendre, après quelques mois d’entrainement, de nombreux patient peuvent l’appliquer seuls. Contrairement aux drogues, les thérapies cognitive-comportementales fonctionnent longtemps après que le traitement s’est arrêté, parce qu’elles apprennent au patient des compétences mentales qu’ils peuvent continuer à utiliser.

Le but est de minimiser les pensées déformées et de voir le monde d’une façon plus exacte. Vous commencez par apprendre les noms d’une douzaine ou plus de déformations cognitives communes (comme la généralisation, la négligence des aspects positifs, et le raisonnement émotionnel, voir la liste en bas d’article). Chaque fois que vous vous percevez comme aux prises avec l’une d’entre elles, vous la nommez, décrivez les faits de la situation, considérez des interprétations alternatives puis choisissez une interprétation des événements plus en accord avec ces faits. Vos émotions suivent cette nouvelle interprétation. Avec le temps, le processus devient automatique. Lorsque les gens améliorent leur hygiène morale de cette façon – lorsqu’ils se libèrent des pensées répétitives irrationnelles qui avait précédemment empli une part si importante de leur conscience- ils deviennent moins déprimés, anxieux ou irritables.

Le parallèle avec l’éducation officielle est clair : la thérapie cognitive-comportementale enseigne des compétences dans une bonne pensée critique, celle que les éducateurs luttent depuis si longtemps pour transmettre.  Suivant presque toutes ses définitions la pensée critique implique d’enraciner ses croyances dans des preuves plutôt que dans des émotions ou des désirs et apprendre comment chercher et évaluer ces preuves qui peuvent contredire vos hypothèses initiales. Mais est-ce que la vie sur les campus génère de la pensée critique ? Ou induit-elle les étudiants à penser d’une façon plus déformée.

Jetons un regard aux diverses tendances présentes dans le cursus universitaire au regard de ces déformations identifiées par les thérapies comportementalistes. Nous tirons leurs dénominations et leurs descriptions du livre populaire de David D. Burns « Se sentir bien » Feeling Good, ainsi que de la deuxième édition de «  Planification  et interventions de traitements pour la dépression et les désordres liés à l’anxiété «Treatment Plans and Interventions for Depression and Anxiety Disorders », de Robert L. Leahy, Stephen J. F. Holland, et  Lata K. McGinn.

L’approche du raisonnement émotionnel dans l’enseignement supérieur

Burns définit le raisonnement émotionnel comme assumant que « nos émotions négatives reflètent nécessairement la façon dont est vraiment la réalité : si je ressens ça, c’est donc que c’est vrai ». Leahy, Holland, et McGinn définissent ceci comme le fait de laisser « vos sentiments vous guider dans l’interprétation de la réalité ». Mais bien sûr les émotions ne sont pas toujours des guides fiables, lorsqu’ils ne sont pas canalisés, ils peuvent amener à s’en prendre aux autres qui n’ont rien fait de mal. La thérapie implique de sortir de cette idée que chacune de vos réponses émotionnelles représentent quelque chose de vrai et d’important le raisonnement émotionnel domine les débats et les discussions sur de nombreux campus. La plainte que les propos de quelqu’un puisse être “offensants”  n’est pas seulement l’expression de votre propre sentiment d’ “offense”. C’est plutôt l’accusation publique que le locuteur a fait  quelque chose d’objectivement déplacé. C’est une exigence qu’il s’excuse et soit puni par une autorité quelconque pour avoir commis une offense.

Il y a toujours eu des gens pour croire qu’ils avaient le droit de ne pas être offensés. Cependant, à travers l’histoire américaine – de l’ère victorienne aux militants de la liberté de parole  des années 60 70- les radicaux ont poussé les limites et se sont moqués des sensibilités dominantes. Par contre, dans les années 80, des campus ont commencé à se centrer sur la prévention du discours offensif, tout spécialement sur ceux qui pouvaient être blessants pour les femmes et les groupes minoritaires.  La préoccupation sous-jacente était louable, mais elle a rapidement produit un résultat absurde.

Que faisons-nous à nos étudiants si nous les encourageons à développer une extrême susceptibilité juste avant de quitter le cocon familial de la protection adulte ?

 Parmi les exemples les plus précoces se situe l’incident dénommé “du buffle d’eau” de l’Université de Pennsylvanie. En 1993, l’université à accusé un étudiant né en Israël de harcèlement racial après qu’il ait crié « La ferme, espèce de buffle d’eau » à un groupe de femmes noires qui faisaient du bruit pendant la nuit à l’extérieur du dortoir. De nombreux enseignants et commentateurs à l’époque ne voyaient pas comment le terme “buffle d’eau”  ( une traduction littérale d’une insulte en Hébreu qui s’applique à une personne indélicate et chahuteuse) pouvait être une injure raciale à l’encontre d’Afro-américains et le résultat fût de transformer le cas en nouvelle internationale.

Les exigences du droit à ne pas se sentir offensé ont continué à augmenter depuis et les universités ont continué à les privilégier. Dans un cas particulièrement choquant en 2018, par exemple, l’Université d’Indiana-Purdue a déclaré un étudiant blanc coupable de harassement racial parce qu’il lisait un ouvrage intitulé «  Notre dame vs Le Klan ». Le livre honore l’opposition estudiantine au Ku Kkux Klan lorsqu’il marcha sur Notre Dame en 1924. Néanmoins, la photo sur la couverture a offensé au moins un des partenaires de cet étudiant (il était agent d’entretien en même temps qu’étudiant) et cela a été suffisant pour qu’il soit déclaré coupable par le Affirmative Action Office.

Ces exemples peuvent sembler extrêmes mais le raisonnement derrière eux s’est banalisé lors de ces dernières années. L’an dernier, à l’Université de Saint Thomas dans le Minnesota, un événement appelé “Hump  day , le jour de la bosse”, qui devait autoriser à caresser un chameau a été brutalement annulé. Des étudiants avaient créé un groupe sur Face Book  où ils protestaient contre l’événement en raison de sa cruauté animale, du fait qu’il était un gaspillage d’argent et de son manque de sensibilité aux habitants du Moyen -Orient. L’inspiration pour le chameau est certainement venue d’une publicité télévisée populaire dans laquelle un chameau flâne dans des bureau, célébrant le « Jour de la bosse »  et ne fait à aucun moment référence au habitants du Moyen Orient.  Néanmoins, le groupe à l’origine de l’événement a annoncé sur sa page Face Book, que celui-ci serait annulé parce que : “le programme divisait les gens et créerait un environnement inconfortable et éventuellement dangereux.”

Parce qu’il existe un large bannissement dans les cercles académique à propos du « blâme de la victime », il est généralement considéré comme inacceptable de questionner le caractère raisonnable ( sans parler de la sincérité) des états émotionnels que quelqu’un, particulièrement lorsque ceux-ci sont liés à une identité groupale.  L’argument si mince de « je suis offensé » est un atout imbattable.  Ceci conduit à ce que Jonathan Rauch, un éditeur contribuant à ce magazine, nomme : « la loterie de l’offense » dans laquelle les parties opposées utilise la plainte contre l’offense comme un gourdin. » Dans le processus, la barre de ce qui est considéré comme un discours inacceptable se baisse de plus en plus.

Depuis 2013, de Nouvelles pressions de la part du gouvernement ont renforcé cette tendance. Les statuts anti-discrimination  régulent le harcélement et les traitements inégalitaires basés sur le sexe, la race, la religion et les origines nationales.  Jusqu’à récemment le Département de l’éducation pour les droits civiques (Department of Education’s Office for Civil Rights) reconnaissait qu’un discours doit être “objectivement offensant” avant qu’il puisse être l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. Il se devait de passer le test de la « personne raisonnable ». Pour être prohibé, le Comité a écrit en 2003, que le discours ouvertement harcelant se devait d’aller “au-delà la simple expression de vues, mots, symboles ou pensées que certaines personnes peuvent trouver offensantes. “

Mais en 2013, le Département de la justice et de l’éducation (Departments of Justice and Education) a largement étendu la définition du harcèlement sexuel pour y inclure des conduites verbales étant simplement “malvenues”. Par crainte d’investigations fédérales, les universités appliquent maintenant ces standards- définissant les discours de harcèlement malvenus – pas seulement à l’égard du sexe mais aussi de la race, de a religion, et du statut de vétéran également. Tout le monde est supposé s’appuyer sur ses émotions pour décider si un commentaire par un étudiant ou par un professeur est malvenu et mérite une plainte pour harcèlement.  Le raisonnement émotionnel est maintenant accepté comme preuve.

Si nos universités enseignent à leurs étudiants que leurs émotions peuvent être efficacement utilisés comme des armes. Ou au moins comme des preuves lors des procédures administratives – alors elles apprennent à nos étudiants à nourrir une sorte d’hypersensibilité qui les conduira à des conflits sans nombre à l’université et ailleurs. Les écoles peuvent enseigner aux étudiants des modes de pensée qui vont endommager eus carrières, leurs amitiés et leur santé mentale.

Les prédictions de bonne-aventure et les déclencheurs d’avertissements.

Burns définit la prédiction de bonne-aventure comme « anticipant que les choses vont mal tourner »“ et se sentir « convaincu que votre prédiction est un fait déjà établi » Leahy, Holland, et McGinn la définissent comme « prédire le futur négativement » ou voir des dangers potentiels dans une situation quotidienne. La croissance récente de déclencheurs d’avertissement sur des demandes de lectures avec des contenus provocateurs est un exemple de ces prédictions.

L’idée que les mots (ou les odeurs ou n’importe quel stimuli des sens) peuvent déclencher le retour de souvenirs d’un passé traumatique – ou une peur intense qu’il puisse se répéter – est connue au moins depuis la Première guerre mondiale, quand les psychiatres commencèrent à traiter les soldats pour ce qui s’appelle maintenant les désordres  du stress post-traumatiques.

Mais les avertissements de contenus explicites semblent avoir émergés plus récemment, lors des contrôles de messages du début de l’internet. Les avertissements devinrent particulièrement prévalents dans les forums d’auto-aide et féministes où ils permettaient aux lecteurs qui avaient subis un événement traumatique d’éviter les contenus comme des agressions sexuelles afin de ne pas déclencher de souvenirs ou de crises de panique. Les outils de recherche indiquent que l’expression n’est passé dans le domaine courant que vers 2011, s’est répandue en 2014 et a atteint des records en 2015. L’usage d’avertissements sur les camus semblent avoir suivi la même tendance, apparemment du jour au lendemain, des étudiants demandant aux universités dans tout le pays que les professeurs les informent avant d’évoquer du matériel qui puisse impliquer une réponse émotionnelle négative.

En 2013,  un groupe de travail compose d’administrateurs, d’étudiants, de récents diplômés et d’un membre de la faculté de l’Université Oberlin, dans l’Ohio a mis en ligne un guide de ressources pour les facultés. (qui fut ensuite retiré sous la pression  de la faculté). Il comprenait une liste de thèmes susceptibles  des déclencheurs d’avertissement. Ces thèmes incluaient le classisme et les privilèges, parmi d’autres. Le groupe de travail recommandait que le matériel qui pouvait déclencher des réactions négatives au sein des étudiants soit complètement évité à moins qu’ils ne “ contribuent directement ” à des objectifs pédagogiques et il suggérait que les oeuvres trop importantes pour être évitées soient déclarées optionnelles.

Il est difficile d’imaginer comment des romans impliquant le classisme et les privilèges puissent provoquer ou réactiver le genre de terreur typiquement impliquée dans les PTSD. En fait, les déclencheurs d’avertissements sont plutôt demandés pour une longue liste d’idées ou d’attitudes que certains étudiants considèrent comme offensives politiquement parlant, au nom d’une prévention des torts causés à d’autres étudiants. C’est un exemple de ce que les psychologues nomment «  le raisonnement motivé » – nous générons spontanément des arguments pour étayer la conclusion que nous voulons tirer. Lorsque vous avez trouvé quelque chose d’haineux, il est facile d’argumenter que l’exposition à cette même chose pourrait traumatiser d’autres individus.  Vous croyez savoir comment les autres vont réagir et leur réaction pourrait être catastrophique.  Prévenir cette dévastation devient une obligation morale pour l’ensemble de la communauté. Les ouvrages qui ont été considérés par les étudiants comme susceptibles de déclencher des avertissements pendant les deux dernières années incluent Mrs Dalloway de Virginia Woolf ( à Rutgers pour des “inclinaisons suicidaires”) et les Métamorphoses d’Ovide ( à Colombia, pour “agression sexuelle”)

L’essai de Jeannie Sukdans le New Yorker  décrit les difficultés à enseigner les lois sur le viol en ces temps de «  déclencheurs d’avertissement ». certains étudiants, écrit-elle ont fait pression sur les professeurs afin qu’ils évitent d’aborder les sujet de façon à se protéger et à protéger les élèves d’une potentielle détresse.  Suk compare ceci à des étudiants en médecine qui veut devenir chirurgien mais a peur d’éprouver de a détresse si il voit ou s’approche du sang. »

Cependant, il y a un problème plus important avec ces « déclencheurs d’avertissements ». Selon les principes de psychologie, l’idée même d’aider les personnes atteintes d’anxiété à éviter les choses qu’elles craignent est une erreur.  Une personne qui est bloquée dans un ascenseur pendant une panne de courant peut se mettre à paniquer et à penser qu’elle va mourir. Cette expérience effrayante peut modifier ses connexions neuronales dans l’amygdale entraînant une phobie des ascenseurs.  Si vous voulez que cette femme garde cette peur à vie, vous devriez lui faire éviter les ascenseurs.

Mais si vous voulez retourner à la normale, vous devriez appliquer les principes de Ivan Pavlov et la guider vers un processus nommé « thérapie de l’exposition ». Vous pourriez commencer par demander à cette femme de simplement regarder à l’ascenseur de loin – en étant dans le hall d’un immeuble par exemple.  Si rien de désagréable ne se produit alors – si la peur n’est pas « renforcée », elle va alors commencer à faire de nouvelles associations : les ascenseurs ne sont pas dangereux. Jusqu’à ce que l’appréhension commence à diminuer. (Cette réduction de la peur est nommée « habituation »). Ensuite, dans les jours qui suivent, vous pourrez lui demander de se rapprocher, puis un eu plus tard d’appuyer sur le bouton, et à la fin, de monter jusqu’u premier étage. C’est ainsi que l’amygdale peut être reconnectée afin d’associer une situation auparavant source de peur avec la sécurité ou la norme.

Les étudiants qui demandent des déclencheurs d’avertissement peuvent avoir raison de craindre que certains de leurs pairs puissent avoir la mémoire de traumatismes qui peuvent se réactiver à la lecture. Mais ils ont tort de vouloir empêcher ces réactivations. Les étudiants avec des PTSD devraient évidemment suivre un traitement mais ils ne devraient pas  chercher à éviter  la vie normale, avec toutes ses opportunités pour l’habituation. Les discussions en classe sont des endroits sûrs pour se trouver exposé à un rappel incidentel du traumatisme. ( comme le terme : violer)  Il est peu probable qu’une discussion sur la violence débouche sur de la violence mise en acte, c’est donc une bonne façon d’aider les étudiants à modifier les associations qui sont inconfortables Et il est préférable qu’ils acquiert leur habituation à l’université parce que le monde en dehors sera beaucoup moins disposé à aménager ces demandes de déclencheurs d’avertissement ou d’exclusion.

L’usage étendu des déclencheurs d’avertissement peut aussi déclencher des habitudes mentales malsaines dans le groupe plus large des étudiants qui ne souffrent pas de PTSD ou autre symptôme d’anxiété. Les gens acquièrent leurs peurs pas seulement à partir de leurs expériences passées mais dans l’apprentissage social également. Si tout le monde autour de vous se comporte comme si quelque chose était dangereux, ascenseurs, certains voisinages, romans décrivant le racisme – alors vous courez le risque d’acquérir cette peur également. La psychiatre Sarah Roff  a développé sur ce point l’an passé dans un article en ligne pour The Chronicle of Higher Education. « Un de mes plus grands soucis, écrit-elle, est que ceci ne s’applique pas seulement pour ceux et celles souffrant de traumatismes mais pour tous les étudiants, créant une atmosphère dans laquelle ils soient encourages à croire qu’il y a quelque chose de dangereux et de risqué à discuter des différents aspects de notre histoire. »

Le nouveau climat est lentement institutionnalisé, et il affecte ce qui eut être dit dan la classe, même sur la base d’une discussion ou d’un débat.

Dans un article publié dans Inside Higher Ed, sept professeurs de lettres ont écrit que les déclencheurs d’avertissement avaient déjà un «  effet effrayant sur leur enseignement et leur pédagogie » Ils rapportent que certains de leurs collègues reçoivent des «  appels des recteurs ou d’autres administrateurs faisant des recherches sur les plaintes  d‘étudiants  disant qu’ils ont inclus des contenus «  déclencheurs »  dans leurs cours, avec ou sans avertissement. » Un déclencheur d’avertissement, écrivent-ils “ sert comme garantie que les étudiants n’éprouveront un inconfort inattendu et implique que s’ils l’éprouvent, un contrat aura été rompu. » Quand les étudiants en viennent à attendre des déclencheurs d’avertissement pour n’importe quel contenu qui les fait se sentir mal à l’aise, la façon a plus facile pour l’université de ne pas s’attirer des ennuis est d’éviter les contenus qui dérangent les élèves les plus sensibles de la classe.

Amplification, labellisation et micro-agressions.

Burns définit l’amplification comme « le fait d’exagérer l’importance des choses » et Leahy, Holland, et McGinn définissent la labellisation comme «  l’assignation de traits globaux négatifs sur vous-mêmes ou sur les autres. » La tendance récente dans les universités de mettre au jour du supposé racisme, sexisme, classisme etc. ou des micro-agressions discriminantes n’enseigne pas incidemment aux élèves à se concentrer sur des affronts accidentels ou légers. Son but est que les étudiants se concentrent sur eux-mêmes puis relabellisent les individus qui ont fait ces remarques comme agresseurs.

Le terme de microaggression est apparu dans les années 1970 et se rapporte à des affronts racistes subtils et inconscients. La définition a été étendue récemment afin d’inclure tout ce qui peut être perçu comme discriminant sur virtuellement n’importe quelle base.  Par exemple, en 2013, un groupe d’étudiants  à l’ UCLA ont entamé un sit-in pendant un cours donné par Val Rust,  un Professeur en Sciences de l’éducation. Le groupe a lu une lettre exprimant ses inquiétudes à l’égard de l’hostilité du campus à l’égard des étudiants de couleur. Bien que Rust n’ait pas été explicitement nommé, le groupe a tout à fait clairement critiqué son enseignement comme micro-agressif. En corrigeant la grammaire et l’orthographe de ses étudiants, Rust a noté qu’un des étudiants avait mis à tort une majuscule à indigène.  Le groupe a déterminé que mettre une minuscule au I était une insulte à l’étudiante et à son idéologie.

Même plaisanter à propos des micro-agressions peut être vu comme une micro-agression, entraînant une punition. L’automne dernier, Omar Mahmood, a un étudiant de l’Université du Michigan a écrit un article satirique pour une publication conservatrice  The Michigan Review,  se moquant de ce qu’il voyait de la tendance sur le campus à voir des micro-agressions dans à peu près n’importe quoi. Mahmood était aussi employé dans le journal du campus, The Michigan Daily. Les éditeurs du Daily dirent que la façon dont Mahmood s’était moqué satiriquement les expériences de ses collaborateurs réguliers et des communautés minoritaires sur le campus … créait un conflit d’intérêt.

The Daily s’est débarrassé de Mahmood après qu’il ait décrit l’incident sur deux site web, The College Fix et The Daily Caller.  Un groupe de femmes a plus tard vandalisé la porte d’entrée de Mahmood avec des œufs, des hot dogs, des chewing-gums avec un message qui disait : « Tout le monde te hait, violent connard ».   Quand la parole en vient à être considérée comme une forme de violence,  le protectionnisme vindicatif peut justifier une réponse hostile et peut-être même violente.

En Mars, la direction des étudiants de l’Université d’Ithaca, dans l’upstate New York, est allée jusqu’à proposer la création d’un système de report de micro-agressions anonymes. Les sponsors des étudiants envisageaient certaines formes d’actions disciplinaires contre les “oppresseurs” engagés dans des discours de dénigrement. Un des sponsors du programme a dit que “bien que les faits ne demanderont pas tous un procès ou une  sorte de brutale punition”,   elle voulait que ce programme soit « une sorte  mémoire enregistrée avec un impact”.

Il est certain que les gens font des remarques sexistes ou racistes subtiles ou finement voilées sur les campus, et il est normal que les étudiants posent des questions sur de tels faits. Mais la montée du centrement sur les micro-agressions ajoutée à la légitimation du raisonnement émotionnel est une formule pour un état d’outrage constant, même à l’encontre d’intervenants bien intentionnés essayant d’engager une discussion authentique.

Que faisons-nous quand nous encourageons nos étudiants à déveloper une susceptibilité hypertrophiée pendant les années juste avant qu’ils quittent le cocon de la protection adulte et entre dans le monde du travail ? Ne peut-on créer de meilleures réactions et accorder à chacun le bénéfice du doute.

Enseigner aux étudiants à catastrophiser et à avoir une tolérance zéro.

Burns  définit la « catastrophisation » catastrophizing comme une sorte de développement qui change «  tout évènement banal en un monstre cauchemardesque ». Leahy, Holland, et McGinn le définissent comme le fait de « croire que ce qui s’est produit ou va se produire » est « si horrible et insupportable que vous n’allez pas être capable de le supporter. » Les demandes de déclencheurs d’avertissement impliquent la catastrophisation, mais cette façon de penser s’applique à d’autres zones du campus également.

La rhétorique catastrophiste à propos des dangers physiques est utilisée par les administrateurs des campus plus fréquemment qu’on pourrait le penser. Quelquefois, semble-t-il, avec des fins cynique à l’esprit. Par exemple les administrateurs de la Bergen Community College, dans le New Jersey ont suspendu un professeur, Francis Schmidt, a posté une photo de sa fille sur son compte Google. La photo la montrait dans une posture de yoga, portant un teeshirt où était inscrit « Je prendrai ce qui est mien avec le feu et le sang », une citation du film de HBO Game of Thrones. Schmidt avait effectué une requête contre l’école deux mois plus tôt pour avoir été exclu d’un congé sabbatique.  La citation a été interprétée comme une menace par l’administrateur du campus, qui a reçu une notification après que Schmidt ait posté la photo, elle avait été envoyée, automatiquement à tout une groupe de ses contacts. Selon Schmidt, un responsable de la sécurité de Bergen sprésent au meeting entre les administrateurs qui a suivi pensait que le mot « feu » pouvait se référer à un AK-47s.

Puis on peut trouver cette sage datant de huit années à l’Université de Valdosta State en Georgie, où les étudiants ont été renvoyés suite à une protestation contre la construction d’un parking en postant un collage supposé « menaçant » sur Face Book. Ce collage décrivait la structure à venir comme un Parking memorial, une plaisanterie se référant aux propos du Président de l’université affirmant que ce garage ferait partie de son héritage. Le Président a conclu de ce collage qu’il menaçait sa vie.

Il ne devrait pas sembler surprenant que les étudiants montrent des sensibilités similaires. Dans l’Université de   Central Florida en 2013,  par exemple Hyung-il Jung, un conseiller en comptabilité a été suspendu après qu’un étudiant est rapporté qu’il avait fait  un commentaire menaçant pendant une cours. Jung a expliqué Orlando Sentinel  que le contenu sur lequel il travaillait était difficile et qu’il avait noté que les visages  étaient contractés, alors il a fait une plaisanterie ; « Il semble que vous êtes lentement suffoqués par ces questions », se rappelle-t-il avoir dit : «  Je suis pris d’une folie meurtrière ou quoi ? ».

Après que l’étudiant eut rapporté ce commentaire de Jung, un groupe d’une vingtaine de personnes ont envoyé des emails à l’administration expliquant qu’il s’agissait d’une clairement d’une plaisanterie. Malgré cela, Jung a été suspendu de toute intervention dans le champ universitaire et obligé de faire établir un certificat par un professionnel de la santé attestant qu’il « n’était pas une menace pour lui-même ou pour les membres de la communauté universitaire. » avant de pouvoir être autorisé à revenir sur le campus.

Tout ceci nous enseigne que des individus intelligents réagissent d’une façon outrancière à des propos anodins, font des montagnes de détails et cherchent la punition pour tous ceux dont les mots pourraient mettre mal à l’aise n’importe qui.

Filtre mental et saison de désinvitation

Comme Burns le définit, le « filtrage mental » est une façon de  « sélectionner les détails négatifs  dans toutes les situations et de ne se concentrer que sur eux, et donc de percevoir que l’ensemble de la situation est négative. »

Leahy, Holland, et McGinn se réfère à ceci comme « filtre négatif », qu’ils définissent comme étant « centré presque exclusivement sur le négatif et rarement sur le positif ». Lorsqu’il est appliqué à la vie sur le campus, le filtrage mental permet des démonisations simplettes.

Les étudiants et les membres de la faculté en grand nombre se sont mode lés   sur cette distortion cognitive pendant la  « disinvitation season. » de 2014.

C’est le moment de l’année –  généralement au début du Printemps, ou les noms des intervenants de la cérémonie de remise des diplômes sont annoncés et où les étudiants et les professeurs exigent que certains soient «  désinvités » à cause des choses qu’ils ont pu faire ou dire. Selon les informations rassemblées par la Foundation for Individual Rights in Education, aux USA, depuis 2000, au moins 240 campagnes ont été menées afin d’empêcher des personnages publics d’apparaître lors d’événements sur les campus, la plupart d’entre elles ayant eu lieu depuis 2009

Considérons deux des cibles les plus connues de ces désinvitations : l’ancienne Secrétaire d’état Condoleezza Rice et la Directrice du Fond monétaire international Christine Lagarde, qui fût la première femme à devenir ministre des finances d’un pays du G8 et la première femme à la tête du FMI. Ces deux intervenants auraient pu être considérés comme des modèles de grand succès pour les étudiantes, et Rice pour les étudiants minoritaires également. Mais les critiques, en fait, ont annulé tout ce qui pouvait émerger de positif de leurs interventions.

Les membres de la communauté académique bien sûr devraient être libre de poser des questions sur le rôle de Rice dan la guerre d’Irak ou de considérer d’un œil sceptique la politique du FMI. Mais le fait de disqualifier une partie du curriculum d’un individu doit-il l’empêcher de partager ses points de vue ?

Si la culture des campus génère l’idée que les visiteurs doivent être “ purs” , avec des CV qui n’offensent jamais la sensibilité généralement libérale de gauche des campus, alors les études supérieures auront effectué un nouveau pas vers l’homogénéité intellectuelle et la création d’un environnement dans lequel les étudiants rencontrent rarement des points de vue divers.  Et les universités auront réenforcé la croyance qu’il est naturel de filtrer les éléments positifs. Si les étudiants croient qu’ils  ne peuvent rien apprendre  de gens qu’ils n’aiment pas ou de ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord, nous les aurons desservis sur le plan intellectuel.

Que peut-on faire maintenant ?

Les tentatives pour protéger les étudiants contre les mots, les idées, et les gens qui pourraient leur causer un inconfort émotionnel sont mauvais pour eux. Ils sont mauvais pour le lieu de travail, qui vont se trouver pris dans un bourbier de procédures sans fin si les attentes des étudiants pour leur sécurité sont entendues. Elles sont mauvaises pour la démocratie américaine, qui est déjà paralysée par un esprit partisan qui empire. Quand les idées, les valeurs, et les discours de l’autre côté ne sont pas seulement considérés comme faux mais comme volontairement agressifs à l’endroit de personnes innocentes, il est difficile d’imaginer le genre de respect mutuel, de négociation et de compromis requis pour transformer la politique en jeu à solde positif.

Plutôt que de protéger les étudiants contre des mots ou des idées qu’ils rencontreront inévitablement,  les universités devraient faire leur possible pur les équiper afin qu’ils puissent s’épanouir dans un monde plein d’idées et de mots qu’ils ne peuvent pas contrôler. Une des grandes vérités  apprises par le Bouddhisme ( et le Stoïcisme, l’Indouisme et de nombreuses autres traditions) est que vous ne pouvez jamais atteindre le bonheur en essayant de rendre le monde conforme à vos désirs. Mais que vous pouvez contrôler vos désirs, vos habitudes et vos pensées.  Ceci, bien sûr est le but de la thérapie cognitive-comportementale. Avec ça à l’esprit, voici quelques-unes des étapes qui peuvent aider à retourner le sens du courant de la mauvaise pensée sur les campus.

Le pas le plus important dans la bonne direction n’implique pas  les administrateurs de la faculté mais plutôt le gouvernement fédéral, qui devrait libérer les universités de la peur d’investigations déraisonnables et de sanctions par le Département de l’éducation. Le Congrès devrait définir le harcèlement entre pairs selon la définition de la Cour suprême selon les standards du cas de Davis v. Monroe County Board of Education. en 1999  qui dit qu’un seul commentaire ou une remarque irréfléchie fait par un étudiant n’est pas l’équivalent d’un harcèlement, le harassement implique un modèle de comportement objectivement agressif d’un étudiant sur un autre et qui a des conséquences sur l’accès de celui-ci à son éducation.

Appliquer les standards de Davis pourrait aider à éliminer la tendance de l’université à policer le discours étudiant avec tant de zèle.

Les universités elles-mêmes devraient essayer d’éveiller la conscience à propos du besoin d’équilibre entre la liberté de parole et le besoin de favoriser l’accueil de tous les étudiants. Parler ouvertement à propos de telles valeurs importantes mais conflictuelles est la sorte de défi que toute communauté diverse mais tolérante doit apprendre à se lancer. Les codes de discours restreint devraient être abandonnés.

Les universités devraient également officiellement et fortement décourager les déclencheurs d’alerte. Elles devraient adopte les conclusions du rapport des Professeurs de  l’American Association of University qui note : «  La présomption que les étudiants ont besoin d’être protégés plutôt que défiés dans une classe est à la fois infantilisante et anti-intellectuelle. » Les Professeurs devraient  être libres d’utiliser des déclencheurs d’avertissement  si ils le croient bons, mais en décourageant explicitement cette pratique, les universités aideraient à fortifier la faculté contre les  demandes de plaintes des étudiants dans de tels cas.

Finalement, les universités devraient repenser les compétences et les valeurs à privilégier pour leurs étudiants. Actuellement, beaucoup de programmes d’orientation pour les étudiants en licence tentent de développer la sensibilité des étudiants d’une façon quasiment impossible.  Enseigner aux étudiants à éviter de provoquer involontairement des offenses est un but important, spécialement quand les étudiants viennent de milieux et de cultures différents. Mais les étudiants devraient également apprendre à vivre dans un monde empli d’offenses potentielles. Pourquoi ne pas leur apprendre à pratiquer la thérapie cognitive-comportementale  ? Etant donné le niveau élevé et croissant des maladies mentales, ce simple pas pourrait être un soutien des plus humains qu’une université puisse faire. Le coût et l’investissement en temps pourraient être maintenus bas, on pourrait ajouter l’usage de quelques sites web ou d’applications à des entrainements de groupe. Mais le résultat pourrait être rentable de plusieurs façons.  Par exemple, un vocabulaire partagé touchant le raisonnement, les distortions communes, et l’usage approprié des preuves afin de tirer des conclusions qui faciliteraient la pensée critique et un réel débat. Cela calmerait aussi l’état d’outrage perpétuel qui semble avoir absorbé certaines universités, permettant aux étudiants de pouvoir ouvrir leurs esprits plus largement aux nouvelles idées et aux nouvelles personnes. Un plus grand engagement dans les débats  publics officiels sur les campus et aux assemblées dans une faculté plus diverse politiquement pourraient servir ce but.

Thomas Jefferson, en fondant l’université de Virginie  a dit :

Cette institution sera basée sur la liberté infinie de l’esprit humain. Parce qu’ici, nous ne sommes pas effrayés de suivre la vérité où qu’elle mène, ni de tolérer les erreurs tant que la raison est maintenue libre pour les combattre. Nous croyons que c’est encore- et sera toujours- la meilleur attitude pour les universités américaines. Facultés, administrateurs, étudiants, et le gouvernement fédéral ont tous un rôle à jouer afin de restaurer les universités dans leur mission historique.”

Power, identity, and speech in the new American university
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Traduction : Elisabeth Guerrier

Screen New Deal / Naomi Klein / Troisième partie

Screen New deal

Le New-deal des écrans

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Naomi Klein

Screen New deal

Under Cover of Mass Death, Andrew Cuomo Calls in the Billionaires to Build a High-Tech Dystopia

Sous couvert de l’épidémie, Andrew Cuomo fait appel aux milliardaires pour construire la dystopie high-tech

Ceci nous rappelle qu’il y a peu de temps,  une réaction du public contre ces compagnies s’était manifestée.  Les candidats à la présidentielle discutaient ouvertement de leur rupture avec la Big tech. Amazon a été obligé de retirer ses projets d’implanter son siège social à New York  à cause d’une opposition locale fortement déterminée. Les projet de laboratoires Sidewalk de Google étaient dans une crise constante, et les propres travailleurs de Google refusaient de construire b de la technologie de surveillance avec des applications militaires.

En bref, la démocratie – engagement malvenu du public dans l’organisation des institutions essentielles et des espaces publics- devenait le seul  et le plus important obstacle à la vision que Schmidt propose, tout d’abord comme tête de Google et d’Alphabet puis comme Président de deux puissants comités conseillés du Congrès et du Département de la défense.  Comme le révèle les documents de la NSCAI, cet exercice malvenu du pouvoir par le public et par les travailleurs de la hightech  au sein de ces mega firmes, a, dans la perspective d’un homme comme Schmidt et dans celle de Jeff Bezos d’Amazon, ralenti d’une façon incroyable la course de l’IA à l’armement, favorisé le maintien hors des routes de flottes de véhicules sans conducteurs potentiellement dangereux, empêché la transformation en armes contre les employés des données sur la santé privée et la couverture des espaces publics par la reconnaissance faciale et tant d’autres choses.

Tout ceci change très vite. Un contrat  a été passé par le gouvernement australien avec  Amazon permettant de stocker les données recueillies par l’app.  si controversée de traçage du coronavirus. Le gouvernement canadien a lui aussi passé un  contrat avec Amazon pour la livraison de matériel médical, amenant des questions sur la raisons pour laquelle il avait contourné les services postaux publics. Et en juste quelques  jours début mai,  Alphabet a accéléré une  nouvelle initiative des Sidewalk Labs pour refaire les infrastructures de l’espace urbain avec un apport de capital de 400 millions de dollars. Josh Marcuse, directeur exécutif du comité de l’innovation dans la défense (Executive director of the Defense Innovation Board) que Schmidt préside,  , a annoncé  qu’il quittait son poste pour travailler à plein temps chez Google comme responsable  de la stratégie et de l’innovation pour le secteur public global, signifiant ainsi qu’il aiderait Google à tirer profit des nombreuses opportunités que Schmidt et lui-même ont industrieusement créées avec leur lobbying.

Pour être clair, la technologie est certainement au premier plan quand il s’agit de protéger la santé publique dans les mois et les années à venir. La question est : cette technologie va-t-elle se soumettre à la discipline de la démocratie et au contrôle public, ou va-t-elle être déployée dans la folie de l’état d’exception, sans poser de questions critiques et cadrer nos vies pendant les dizaines d’années à venir ? Des questions comme, par exemple : si nous pouvons constater comme la connectivité digitale est essentielle en temps de crise, est-ce que ces outils, et nos données doivent être aux mains d’entreprises privées comme Apple ou Google ? Si des fonds publics sont utilisés pour les financements, le public ne devrait-il pas aussi les posséder et les contrôler ? Si l’internet est essentiel dans nos vies, comme il l’est de toute évidence, ne devrait-il pas être considéré et traité comme un bien public sans profit ?

Et bien que sans aucun doute la capacité à tenir des téléconférences a été un mode de vie lors de cette période de confinement, il y a de sérieux débats nécessaires sur la question de savoir si des protections plus durables ne doivent pas aussi être plus humaines.Prenons l’éducation : Schmidt a raison de dire que des classes surpeuplées présentent un risque pour la santé, au moins jusqu’à ce que nous ayons un vaccin. Mais pourquoi ne pas embaucher le double d’enseignants et couper les effectifs des classes en deux ? Pourquoi ne pas être certains que chaque école ait une infirmière ?Cela créerait des emplois dont on a sérieusement besoin à ce niveau de dépression économique et de chômage et donnerait à tous dans un environnement d’apprentissage plus d’espace. Si les établissements sont trop peuplés, pourquoi pas diviser la journée en alternance, avoir plus de cours à l’extérieur, s’appuyant sur les recherches prouvant que les enfants en pleine nature développent leurs capacités d’apprentissage ?

Introduire ces sortes de changement sera difficile c’est certain. Mais ils ne sont certainement pas aussi risqués que de tout abandonner des compétences d’authentiques et  expérimentés humains, enseignant des humains plus jeunes face à face, en groupe où ils apprennent à se socialiser avant tout.  En apprenant le nouveau partenariat de l’état de New York avec la Fondation Gates, Andy Pallotta, président des Enseignants de l’état de New York a été rapide à réagir :  « Si nous voulons réimaginer l’éducation, commençons à répondre aux besoins en travailleurs sociaux, en conseillers en santé mentale, en infirmières, en cours d’art, en cours approfondis et en classes plus petites dans les districts de l’état de NY. » a-t-il dit. Une coalition de groups de parents d’élèves a aussi fait remarquer  que si ils avaient bien vécu une experience en  enseignement à distance ( comme la nomme Schmidt), les résultats étaient très préoccupants   Depuis que les écoles ont été fermées à la mi-mars, notre compréhension des déficiences profondes de l’instruction virtuelle à distance n’a fait que croître.

Membre de l’équipe de l’école élémentaire de Woodlin Elementary  distribuant des ordinateurs aux parents du comté de Montgomery le 26 Mars , 2020 à Silver Spring, Md.

Photo: Win McNamee/Getty Images

En plus de la discrimination de classe et de race évidente cotre les enfants qui n’ont pas d’accès à internet et aux ordinateurs domestiques ( problème que les compagnies high-tech ont toutes hâte de régler avec des ventes massives de matériel)  reste la grosse question  des enfants avec handicaps et de leur capacité à suivre un enseignement de ce type, comme il est prescrit par la loi. Et il n’y a pas de solution à celle des conditions d’apprentissage dans un environnement surpeuplé ou violent. La question n’est pas de savoir si les écoles doivent changer pour faire face à un virus hautement contagieux pour lequel nous n’avons pas de traitement ni de vaccin. Comme toutes les institutions où les humains se rassemblent elles vont changer. Le problème, comme toujours dans le moments de choc collectif, est l’absence de débat public sur ce que ces changements devrait être et à qui ils devraient profiter. Les compagnies privées ou les étudiants ?

La même question se pose pour la santé. Eviter les cabinets médicaux et les hôpitaux pendant une pandémie semble logique. Mais la télésanté passe à côté de beaucoup de choses.  Nous devons donc avoir un débat base sur les recherches à propos des avantages et des inconvénients de la dépense de fonds publics diminués dans la télésanté- contre leur usage sur des infirmières mieux formées, équipées de tout le matériel protecteur, étant capables de faire des appels afin de diagnostiquer et de traiter des patients chez eux. Et peut-être d’une façon plus urgente, nous devons arriver à un équilibre entre les application de traçage du virus, qui avec les mesures de protection de la vie privée adéquates, ont un rôle majeur à jouer et les  appels  à la création d’un corps communautaire de santé qui offrirait à des millions d’Américains la possibilité d’un emploi non seulement en effectuant les traçages de contacts mais en s’assurant que chacun ait les ressources matérielles indispensables en se mettant en quarantaine en toute sécurité.

Dans tous les cas, nous devons faire face à de vrais choix, difficiles,  entre investir dans l’humain ou investir dans la technologie. Parce que la vérité brutale, là où nous en sommes, est qu’il est fort peu probable que nous puissions faire les deux. Le refus de transférer la moindre ressource nécessaire dans les états et les villes en faillite signifie que la crise de santé publique du Coronavirus est transformée en crise d’austérité. Les écoles publiques, les universités, les hôpitaux et les transits font face à des questions existentielles sur leur avenir.  Si les compagnies tech gagnent leur campagne de lobbying pour l’enseignement à distance, la télésanté, la 5G et les véhicules sans chauffeur – leur Screen New deal, new deal des écrans- il ne restera tout simplement plus d’argent pour des priorités publiques urgentes, par exemple cet urgent Green new deal dont notre planète a urgemment besoin.

Au contraire. Le coût pour tous ces gadgets scintillants sera un licenciement de masse des enseignants et la fermeture des hôpitaux. La technologie nous fournit des outils puissants, mais toutes les solutions ne sont pas technologiques. Et le problème en confiant la sous-traitance des décisions cruciales  sur la façon de «  réimaginer » notre pays et nos villes  à des individus comme Bill Gates ou Eric Schmidt, c’est qu’ils ont passé leur vie entière à démontrer leur croyance en la toute-puissance de la technologie et dans le fait qu’elle pouvait TOUT résoudre.

Pour eux, et pour beaucoup d’autres de la Silicon Valley, la pandémie est une opportunité en or de recevoir non seulement la gratitude mais la déférence et le pouvoir dont ils pensent avoir été injustement privés. Et Andrew Cuomo, en confiant à l’ancien PDG de Google la responsabilité de  décider de la forme que prendra la réouverture, semble lui avoir donné quelque chose comme une carte blanche.

Ceci est la première partie d’une série sur la Doctrine du choc et le capitalisme du désastre à l’âge du Covid19

Traduction Elisabeth Guerrier+

Screen New Deal / Naomi Klein / Deuxième partie

Le New-deal des écrans

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Naomi Klein

Screen New deal

Under Cover of Mass Death, Andrew Cuomo Calls in the Billionaires to Build a High-Tech Dystopia

Sous couvert de l’épidémie, Andrew Cuomo fait appel aux milliardaires pour construire la dystopie high-tech

Le Gouverneur de New York Andrew Cuomo regarde le Président de l’exécutif de Google Eric Schmidt, là sa gauche, pendant qu ‘il parle lors de son rapport sur la commission des” écoles intelligentes” à l’école de Mineola, le 27, octobre 2014 in Mineola, N.Y. Photo: Alejandra Villa-Pool/Getty Images

En tant que président, SCHMIDT, qui détient encore plus de   5.3 milliards de dollars d’actions à Alphabet (Une filiale de Google), ainsi que  d’importants investissements dans des firms tech. A essentiellement mené cette recherche sur Washington DC au nom de la Silicon Valley. L’objectif principal de ces deux commissions étant dans l’accroissement exponentiel des dépenses gouvernementales sur les recherches en intelligence artificielle et dans les infrastructures la permettant comme la 5G – investissements qui bénéficieront directement aux compagnies sur lesquelles Schmidt et d’autres membres ont la main mise étendue.En premier lieu  à huit-clos dans des présentations à des avocats, puis ensuite dans une intervention publique et dans des interviews, l’argument majeur de Schmidt étant que si le gouvernement  Chinois  souhaite dépenser des quantités illimitées de fonds dans la construction d’une surveillance high-tech, tout en permettant à des compagnies comme Alibaba, Baidu, et Huawei d’empocher les profits de ces applications commerciales, la position dominante de l’économie américaine sur le marché mondial est menacée de s’effondrer.

Le Centre d’information sur la protection  électronique de la vie privée (Electronic Privacy Information Center) a eu récemment accès par l’intermédiaire d’une demande de L’acte pour la liberté d’information Freedom of Information Act  à une  présentation faite par le NSCAI  de Schmidt il y a un an, en mai 2019.  On y voit une série d’avertissements alarmistes sur la façon dont les infrstructures chinoises, relativement épargnées par la régulation ainsi que son appétit sans fin pour la surveillance a amené son dépassement des USA dans de nombreux domaines, y compris «  L’intelligence artificielle dans les diagnostics médicaux » , les véhicules sans chauffeurs, les infrastructures digitales,  les «  smart-cities », les covoiturages et le commerce sans liquide.

 Les raisons données pour l’avantage compétitif de la Chine sont myriades, allant du simple nombre de consommateurs qui achètent en ligne, « du manque de système juridique pour le système bancaire chinois » qui a permis  de passer par-dessus le liquide ou le paiement par carte et a libéré un «  énorme commerce en ligne et un marché de services virtuels » utilisant le «  paiement virtuel »  et une diminution importante du nombre de médecins qui a amené le gouvernement à travaillé plus près des compagnies high-tech comme Tencent afin d’utiliser l’IA pour de la médecine «  prédictive ». Le rapport note qu’en Chine, les compagnies tech. «  ont l’autorité de lever rapidement les barrières régulatrices alors que les initiatives américaines sont liées à l’acception de l’HIPPA ou de la FDA ».

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Image: NSCAI

Plus que tout autre facteur cependant, la NSCAI pointe la volonté de la Chine de réaliser un partenariat public-privé dans la surveillance de masse et dans la collection de données comme élément majeur de son avancée compétitive. La présentation fait l’article « l’ appui explicite et l’engagement du gouvernement dans le déploiement de la reconnaissance faciale ». Elle argumente  le fait que «  la surveillance est un des premiers et meilleurs clients » pour l’IA et que plus encore « la surveillance de masse est une application géniale pour l’apprentissage profond  (deep learning.) »  Dans le documentaire titré :  Des bases de données étatisées : surveillance et smart-cities, note que la Chine, avec le concurrent principla de Google Alibaba, court en tête.

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Image: NSCAI

C’est important car la filiale de Google, Alphabet a promu cette vision  precise par l’intermédiaire de sa divion Sidewalks lab, choisissant une large portion du bord de mer de Toronto pour créer son prototype de «  smart-city ». Mais le projet de Toronto vient d’être annulé après deux ans de controverses incessantes liées à la quantité faramineuse de données personnelles collectée par Alphabet, le manque de protection de la vie privée,  et des bénéfices tout à fait discutables pour la ville dans son ensemble.

Cinq mois après cette présentation,  en novembre, la NSCAI  a publié un rapport intermédiaire afin de signaler plus nettement les inquiétudes à propos du besoin pour les USA de suivre l’adaptation chinoise à ces technologies controversées. « Nous sommes dans une compétition stratégique », dit ce rapport, obtenu via FOIA par le Centre d’information sur la protection des données personnelles (Electronic Privacy Information Center). « L’IA en sera le centre. L’avenir de la sécurité nationale et de l’économie sont en jeu »

Fin février, Schmidt rendait sa campagne publique, comprenant peut-être que l’augmentation de budget demandée par son conseil d’administration ne pourrait être approuvée sans une adhésion au projet beaucoup plus importante.

Dans une tribune libre  du NYT, titrée « J’ai dirigé Google. La Silicon Valley pourrait perdre la Chine » Schmidt en appelle à « un partenariat sans précédent entre le gouvernement et l’industrie » et une fois de plus faisant retentir le péril jaune : « L’IA ouvrira de nouvelles frontières dans tous les domaines, de la biotech à la banque et c’est également une priorité de la Défense. Si le courant actuel se poursuit, les investissements totaux de a Chine dans la recherche et le développement sont supposés dépasser  ceux des USA dans un dizaine d’années, et au même moment son économie sera devenue plus importante que la nôtre.  A moins que cette tendance ne change, nous serons en compétition dans 30 ans avec un pays ayant une économie plus forte, plus d’investissement dans la recherche et le développement, une meilleure recherche, un déploiement plus large des nouvelles technologies et des infrastructure informatiques plus fortes… Au bout du compte, la Chine est entrée en compétition pour devenir le premier  pays  du monde dans le domaine de l’innovation et les USA ne jouent pas pour gagner.

La seule solution pour Schmidt  est un apport massif d’argent public.  Louant le Maison blanche pour avoir demandé  le doublement des fonds pour la recherche en IA et dans les sciences quantiques, il écrit : « Nous devrions prévoir à nouveau de doubler les fonds dans ces champs  pendant que nous construisons la quantité institutionnelle nécessaire de laboratoires et de centres de recherche…Au même moment, le Congrès devrait approuver la demande présidentielle  d’un financement plus important dans le recherche et le développement de la défense depuis plus de 70 ans. Et le Département de la défense devrait capitaliser cet apport afin de créer les conditions de découvertes  dans les momaines de l’IA, des applications de la physique quantique, de l’hypersonique et d’autres domaines technologiques prioritaires. »

C’était exactement deux semaines avant que l’explosion du CV19 soit déclarée pandémique et il n’est pas fait mention du fait que cette expansion vaste et technologique soit faite pour protéger la santé des Américains. Elle a pour seul but de ne pas être dépassés par la Chine. Mais, bien sûr cela va vite changer.

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Depuis deux mois, Schmidt a reformaté ses demandes : pour de massives dépenses publiques en recherche high-tech et en infrastructure, pour un pivotement du « partenariat public-privé » dans le domaine de l’IA et pour l’assouplissement de la myriade de protections de la vie privée et de la sécurité, dans un exercice de reconfiguration agressive. Maintenant, toutes ces mesures (et plus) sont vendues au public comme notre seul espoir de nous protéger contre le virus qui sera avec nous pendant les années à venir.

Et les compagnies high-tech avec lesquelles Schmidt a de profond liens et qui sont présentes dans les comités de conseils influents qu’il préside, se sont toutes repositionnées comme les protecteurs bienveillants de la santé publique et les champions des “ héros du quotidien » que sont les travailleurs essentiels ( dont de nombreux, comme les livreurs perdront leur empli si ces compagnies arrivent à leur fin.) Il y a moins de deux semaines, au sein du confinement de l’état de NY, Schmidt  a écrit une tribune libre  pour le Wall Street Journal  qui  donnait à la fois le nouveau ton et laissait clairement entendre que la Silicon Valley avait toutes les intentions d’utiliser la crise pour un changement permanent.

Comme tous les Américains, les technologistes essaient de faire leur part pour soutenir le combat contre la pandémie. Mais chaque Américain devrait se demander dans quelle nation il souhaite vivre quand la pandémie sera terminée. Comment les technologies émergentes utilisées face à la crise actuelle pourraient-elles nous amener à un meilleur futur ?  Des compagnies comme Amazon savent comment se fournir et distribuer efficacement. Elles devront fournir les services et les conseils aux officiels gouvernementaux qui n’ont pas le système informatique adéquat ni l’expertise.

Nous devrions également accélérer la tendance à l’enseignement à distance qui est testé maintenant plus que jamais auparavant.  En ligne, il n’y a pas besoin de proximité, ce qui permet aux étudiants d’avoir cours avec les meilleurs enseignants, quel que soit le lieu où ils vivent.

Le besoin d’une expérimentation à grande échelle et rapide accélérera aussi la révolution biotechnologique. Finalement le pays est très en retard pour ses infrastructure digitales. Si nous devons construire notre économie à venir et notre système éducatif basé sur le télé-tout, nous devons avoir une population complètement connectée et des infrastructures hyperperformantes. Le gouvernement doit donc investir massivement- peut-être en tant que partie d’un paquet stimulus- afin de convertir les infrastructures nationales en bases cloud et pour les relier à la 5G.

Bien sûr, Schmidt poursuit sans répit cette vision. Deux semaines après la parution de sa tribune, il a décrit  le système ponctuel d’enseignement à distance q professeurs et familles à travers le pays étaient tenues de bricoler ensemble pendant l’urgence sanitaire comme « une expérimentation de masse dan l’enseignement à distance. » Le but de cette expérimentation, a-t-il ajouté est d’essayer  « de découvrir comment les enfants apprennent à distance, et  et avec ces données, nous devrions être capables de créer des outils plus performant d’enseignement à distance qui, en étant combinés avec les enseignants aideront les enfants à mieux apprendre. ». Lors de ce même appel video,  organisé par l’ Economic Club of New York, Schmidt  a aussi évoqué la nécessité de plus de santé à distance, plus de 5G, plus de commerce en ligne et le reste de la liste de vœux préexistante. Tout ceci au nom du combat contre le Coronavirus.

Son commentaire le plus révélateur pourtant est celui-ci : « Le bénéfice de ces entreprises, que nous aimons à dénigrer, en terme d’habileté à communiquer, d’habilité à traiter les questions de santé, l’habilité à traiter l’information est profond. Pensez à ce que serait votre vie aux USA sans Amazon. ». Il a ajouté que les gens «  devraient être un peu plus reconnaissants du fait que ces compagnies détiennent le capital, ont effectué les investissements, construit les outils que nous utilisons maintenant, et qui nous ont été d’une si grande aide. »

WASHINGTON, DC - NOVEMBER 05:  Executive Chairman of Alphabet Inc., Google's parent company, Eric Schmidt speaks during a National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) conference November 5, 2019 in Washington, DC. The commission held a conference on "Strength Through Innovation: The Future of A.I. and U.S. National Security."  (Photo by Alex Wong/Getty Images)

Le professeur associé Carol Dysinger, sur la droite, de la  New York University Tisch School of the Arts tient sa r classe d’enseignement à distance hebdomadaire pour une classe d’étudiants en Arts du spectacle le 9 avril 2020 dans so appartement de Brooklyn.

Troisième et dernière partie à venir

Le New-deal des écrans / Screen New deal / Naomi Klein/ Première partie

Naomi Klein

Lien deuxième partie

Lien troisième partie

Screen New deal

Under Cover of Mass Death, Andrew Cuomo Calls in the Billionaires to Build a High-Tech Dystopia

Sous couvert de l’épidémie, Andrew Cuomo fait appel aux milliardaires pour construire la dystopie high-tech

Le Gouverneur de New York Andrew Cuomo regarde le Président de l’exécutif de Google Eric Schmidt, là sa gauche, pendant qu ‘il parle lors de son rapport sur la commission des” écoles intelligentes” à l’école de Mineola, le 27, octobre 2014 in Mineola, N.Y. Photo: Alejandra Villa-Pool/Getty Images

Pendant quelques rares instants  lors du point  quotidien fait par le Gov. Andrew Cuomo mercredi, la sombre grimace qui s’est imposée à nos écrans depuis de semaines a été brièvement remplacée par quelque chose qui ressemble à un sourire : « Nous sommes prêts, nous sommes à fond » s’est épanché “le Gouverneur.  « Nous sommes des New-Yorkais, donc nous sommes agressifs et nous sommes ambitieux. Nous réalisons que le changement n’est pas seulement imminent mais qu’il peut devenir un ami s’il est effectué de la bonne manière. » L’inspiration à l’origine de ces bonnes vibrations assez peu caractéristiques est une vidéo de l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, qui a rejoint le briefing du Gouverneur afin d’annoncer qu’il dirigeait une commission d’excellence afin de réimaginer la réalité post-covid de l’état de New York, insistant sur l’intégration permanente de la technologie dans tous les aspects de notre vie sociale.

« Les toutes premières priorités de ce que nous essayons de faire » a-t-il dit, « sont centrées sur une télésanté, sur l’enseignement à distance et sur le haut-débit… nous avons besoin de chercher des solutions qui peuvent être présentées maintenant et accélérées et utiliser la technologie afin d’améliorer les choses ».  Au cas où existe un doute sur l’entière bienveillance de l’ancien PDG de Google, le fond de sa vidéo présentait dans son cadre une paire d’ailes d’ange dorées. Juste une journée avant, Cuomo avait annoncé  une partenariat similaire avec la Fondation Bill et Melinda  Gates afin de développer «  une système plus intelligent d’éducation. ». Nommant Gates un « visionnaire », Cuomo a dit que la pandémie avait créé « un moment dans l’histoire où nous pouvons incorporer réellement et faire avancer les idées de Gates… tous ces immeubles, toutes ces classes réelles, pourquoi avec toute la technologie dont nous disposons ? a-t-il demandé, d’une façon apparemment rhétorique.

Cela a pris du temps pour se constituer mais quelque chose ressemblant à une Doctrine du Choc pandémique commence à émerger. Appelons cela « le New deal de l’écran ».  Beaucoup plus Haute-technologie que tout ce que nous avons vu lors des désastres antérieurs, on se précipite dans l’avenir alors que les corps continuent à s’entasser et l’on traite nos semaines passées d’isolement non comme une nécessité pénible pour protéger les vies mais comme un laboratoire vivant – et hautement rentable-pour un avenir sans-contact permanent.

 Anuja Sonalker, PDG de  Steer Tech, une compagnie du Maryland-vendant de la technologie d’auto-stationnement, a résumé récemment le nouveau ton autour du virus : « Il y a eu des signes de changement distincts  vers une technologie avec moins de contacts et moins d’humains » a-t-elle dit. « Les humains sont des hasards biologiques, les machines non.

C’est un avenir dans lequel nos maisons ne seront plus jamais des espaces strictement personnels mais seront aussi, à travers la technologie digitale haute-vitesse, nos écoles, nos cabinets médicaux, nos salles de gym, et si l’état le décide, nos prisons. Bien sûr pour beaucoup d’entre nous, ces mêmes maisons  avaient déjà été transformé en lieux de travail jamais fermés et en lieux de loisirs avant la pandémie, et l’incarcération sous surveillance « au sein de la communauté » se développait déjà elle aussi. Mais dans ce futur construit à la va vite, toutes ces tendances sont destinées à une accélération à la vitesse warp *

 C’est un avenir dans lequel, pour les plus riches, tout ou presque est délivré, ou bien virtuellement à travers le streaming ou la technologie cloud, ou physiquement à travers des véhicules sans chauffeur et des drones, puis partagé à l’écran sur une plate-forme médiatisée. C’est un futur qui emploie beaucoup moins d’enseignants, de médecins, ou de chauffeurs. Il n’accepte plus de liquide ou de carte de crédit (sous l’argument du contrôle viral) et a un transit de masse squelettique et beaucoup moins d’art vivant.  C’est un futur qui se réclame d’être guidé par « l’intelligence artificielle »   mais est en fait tenu rassemblé par des dizines de millions de travailleurs anonymes enfermés dans des ateliers de fabrication, des centres de donnée, des lieux de modération, des ateliers de fabrication de composants, des mines de lithium, des fermes industrielles, des usines de conditionnement de la viande et des prisons, où ils restent sans être protégés contre es maladies et l’hyper-exploitation.  C’est un futur dans lequel chaque mouvement, chaque mot, chaque relation est traçable et accumulable par une collaboration encore jamais vue entre les états et les géants de la technologie.

 Si tout ceci semble familier c’est parce que pre-Covid, ce future commandé par une app, alimenté par gig nous a été vendu au nom de l’aisance, de l’absence de friction et de la personnalisation. Mais nombre parmi nous étaient inquiets.  A propos de la sécurité, de la qualité et de l’inégalité de la télésanté   et des classes en ligne. A propos de véhicules sans conducteurs écrasant des piétons  et de drones écrasant les colis  (et les gens). A propos du traquage de location et du commerce  sans liquide , oblitérant notre vie privée et entérinant les discrimination par races ou par genres. A propos des plateformes médiatiques sans scrupules  empoisonnant notre information sur l’écologie et la santé mentale  de nos enfants. A propos des “villes intelligentes” emplies de censeurs supplantant les élus locaux. A propos de tous les bons emplois que ces technologies liquideraient, et des sales boulots qui seront produits en masse.

Et plus que tout, nous étions inquiets à propos de la richesse menaçant la démocratie et du pouvoir accumulé dans une poignée de compagnies technologiques qui sont les maîtres de l’abdication. Rejetant toute responsabilité pour le désordre qu’elles laissent derrière  elles dans la champ qu’elles dominent maintenant, que cela soit les médias, la vente ou les transports.

Ceci, c’était le passé ancien, connu sous le nom de février. Aujourd’hui, une grande quantité de ces inquiétudes légitimes sont balayées par une vague de fond de panique et ces dystopies déjà chauffées traversent une course à l’emploi réorganisée. Maintenant, sur la toile de fond de la mort de masse, cela nous est vendu avec la promesse douteuse que ces technologies sont la seule façon de protéger nos vies contre la pandémie, la clé indispensable pour nous garder, nous et nos proches, en sécurité. Grâce à Cuomo et à ses divers partenariat de milliardaires ( y compris un  avec Michael Bloomberg pour les tests et le traçage), l’état de New York se place comme la vitrine rutilante de notre sombre avenir. Mais les ambitions dépassent de loin les frontières  d’un seul état ou d’une  seule nation.

Et au beau milieu de tout cela se tient Eric Schmidt.  Longtemps avant que les Américains ne comprennent les menaces du Covid-19, Schmidt avait entamé une campagne de relations publiques et un lobbying agressif  promouvant justement la vision d’une société Miroir noir “Black Mirror” que Cuomo est entrain de lui donner le pouvoir de construire. Au coeur de sa vision, est l’intégration au sein du gouvernement d’une poignée de géants de la Silicon Valley – avec les écoles publiques, les cabinets médicaux, sous-traitant un grand nombre de leurs fonctions essentielles ( à un coût très élevé) à des tech. Compagnies privées.

C’est une vision que Schmidt a promue dans son rôle de membre du Comité de l’innovation dans la défense, Defense Innovation Board, qui conseille le Département de la défense sur l’augmentation de l’usage de l’Intelligence artificielle dans l’armée et comme membre de la puissante Commission de la sureté nationale sur l’intelligence artificielle,  National Security Commission on Artificial Intelligence, ou NSCAI, qui conseille le Congrès sur « les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, des développements de l’apprentissage automatique et des technologies associées » avec le but de « répondre aux besoins nationaux et économiques de sécurité aux USA, y compris les risques économiques. » Chacun de ces comités sont pleins de puissants PDG de la Silicon Valley et de cadres supérieurs de compagnie comme  Oracle, Amazon, Microsoft, Facebook, et bien sûr de collègues de Schmidt chez Google.

WASHINGTON, DC - NOVEMBER 05:  Executive Chairman of Alphabet Inc., Google's parent company, Eric Schmidt speaks during a National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) conference November 5, 2019 in Washington, DC. The commission held a conference on "Strength Through Innovation: The Future of A.I. and U.S. National Security."  (Photo by Alex Wong/Getty Images)

Eric Schmidt, responsable exécutif de Alphabet Inc., filiale de Google, parle lors qu’un conférence de la Sécurité nationale sur l’intelligence artificielle, en Novembre le 5 2019 à Washington, D.C. Photo: Alex Wong/Getty Images

En tant que président, SCHMIDT, qui détient encore plus de   5.3 milliards de dollars d’actions à Alphabet (Une filiale de Google), ainsi que  d’importants investissements dans des firms tech. A essentiellement mené cette recherche sur Washington DC au nom de la Silicon Valley. L’objectif principal de ces deux commissions étant dans l’accroissement exponentiel des dépenses gouvernementales sur les recherches en intelligence artificielle et dans les infrastructures la permettant comme la 5G – investissements qui bénéficieront directement aux compagnies sur lesquelles Schmidt et d’autres membres ont la main mise étendue.

Signs and machines Capitalism and production of subjectivity Maurizio Lazzarato

Extrait du chapitre : La machine subjectivante p.159

Pour que les médias fonctionnent, il faut que les individus acceptent, activement ou passivement, leurs présuppositions implicites, leur forme d’énonciation, et les codes de leur expression. Si ceci ne se produit pas, comme dans l’intervention du membre des Intermittents à la télévision, l’intervieweur sent immédiatement la menace de l’altérité et, bien que habituellement calme et civilisé avec ses invités qui acceptent les présuppositions implicites de l’énonciation dans le cadre télévisuel, il devient tendu, montrant une agressivité verbale et une violence qui trahissent sa peur d’une trahison d’une intervention non programmée. // p167

Avec la prolifération des sondages d’opinion, votre décision de vote finit dans un moule préfabriqué, non pas instantanément, (pendant l’élection) mais à la longue. De la même façon, le marketing et la publicité fournissent des entrainement quotidiens dans les choix à faire entre des alternatives créées et offertes par le marketing et le business. Elections, marketing et publicité se reflètent les uns dans les autres et se renforcent mutuellement. Comme les sondages d’opinion, comme le marketing et la représentation syndicale ou politique, les élections présupposent un pré-consensus et u accord sur les questions et les problèmes. Partant de ce point de vue, il est compréhensible que la machine communicante fonctionne comme une gigantesque psychanalyse collective. Elle traduit ce que vous dites en un autre langage, elle fait glisser l’origine et le sens de vos mots et vous explique vos vraies déclarations et vos désirs authentiques, (en leur donnant la parole) déclarations et désirs auxquels le business peut ensuite se brancher.

La télévision est l’exemple parfait du fonctionnement des appareils de sécurité dans l’exercice du pouvoir, tel que Foucault le décrit, car elle assure la gouvernementalisation* des âmes à travers la production de ” liberté” ( de parole ou d’expression). La liberté de parole n’est pas un appareil de pouvoir donné naturellement que nous ayons seulement besoin de protéger et de respecter. C’est le corrélat de l’appareil de pouvoir qui dit être produit et reproduit. L’art de gouverner a “la fonction de produire, insuffler de la vie et augmenter la liberté” mais à travers “un contrôle et un interventionnisme accrus.” **

Produire de la liberté implique des limitations, des contrôles, des formes de coercition, et des obligations s’appuyant sur la menace.” *** Les appareils de sécurité à la fois produisent et détruisent la liberté. la liberté qu’ils produisent est celle de l’énonciation et de l’expression codifiée et homogénéisée par les médias. la liberté qu’ils détruisent est celle d’inventer, de créer, d’expérimenter avec des formes singulières d’expression ou de discours. p.166

Le processus de subjectivation n’est pas l’effet d’infrastructures économiques, sexuelles ou linguistiques (ce qui signifierait qu’il a un référent à l’extérieur de lui) . Au lieu de ça, l’auto-positionnement, l’auto-affectation, et l’auto-référentialité, en tant qu’ouverture à des processualisations, à la création de possibles,  à l’élan pour le devenir et la mutation sont originaires, Mais ces points de focalisation autopoiétiques prennent leur consistance uniquement par la transversalisation, le repositionnement, et la reconfiguration de tous les autres domaines considérés comme ” structuraux”. p.210

Les auto-références subjectives ne sont “pas viables en tant que telles puisqu’elles n’ont pas de référent extérieur, ne viennent sous aucune référence extrinsèque, elles ne peuvent pas se maintenir en tant que telles, elles ne peuvent se maintenir que par la réinitialisation de la discursivité” ****. L’énonciation de la relation du Moi aux autres territoires existentiels qui le supportent dépend toujours du détournement de la narration dont la fonction première n’est pas d’introduire de l’explication rationnelle, cognitive, ou scientifique, mais de générer des refrains complexes, (mythico-conceptuels, fantasmatiques, religieux, romancés) qui donnent de la consistance à l’émergence de nouveaux territoires existentiels. p. 211

  • * On a choisi pour ” governementality” ce néologisme pour y appliquer l’idée de processus en cours.
  • ** Michel Foucault ” The birth of biopolitics” trans Graham Burchell NY Plagrave Macmillan 2008 67
  • *** ibid 64
  • **** Guattari Séminaire du 1ier octobre 85

Signs and machines Maurizio Lazzarato

Etant données les si pertinentes analyses de “Signs et Machines” de Maurizio Lazzarato pour la compréhension de ce qui peut spécifier une “culture de masse”, qui ne peut se développer qu’en forgeant un champ politique et clôturé de l’expertise, en absorbant dans une vision pragmatique du sujet toute manifestation, discursive ou non, et en la modélisant. Son importance pour, également, la mise en avant de la dynamique particulière de subjectivation qu’implique le néocapitalisme et les rouages sémiotiques de sa production, il semble important d’en traduire de ci de là quelques lignes puisqu’il n’existe pas de version française de ce livre, pourtant si fondamental. EG


” La production de savoir est légitimée à travers l’accord, effectué derrière les portes closes entre des spécialistes. La représentation politique implique leur centralisation et leur monopole exercé sur le pouvoir de décision de façon à ce que les aménagements politiques puissent être faits et défaits par quelques-uns. De la même façon, un petit nombre de journalistes assure leur propre monopole sur ce qui est dit dans les médias et sur quelle information peut s’exprimer. A travers ces trois pratiques, qui constituent des techniques de contrôle des comportements et des technologies de subjectivation, les rôles et les fonctions, les droits et les devoirs, les libertés et les contraintes de notre société sont répartis.
La bataille menée (ici, par les intermittents du spectacle) s’est affrontée contre une nouvelle stratégie et de nouvelles techniques sémiotiques : faire taire les « non-experts », le « citoyen » et le « public » en les faisant parler, arranger leur exclusion en les faisant participer, les maintenir à distance en les consultant, en écoutant leurs plaintes à travers une armée de journalistes, d’experts et de chercheurs. Nous vivons dans un « monde commun » dessiné par la sémiotique du marketing, de la publicité, de la consommation, de la télévision et d’internet. L’accès à ces sémiotiques partagées n’est non seulement pas refusé mais il est impératif, vous devez vous y joindre, vous devez y prendre une part active. L’exclusion des gouvernés et la neutralisation de leur discours singulier résulte de l’inclusion de leur forme d’expression au sein d’un espace sémiotique commun donné. Dans la société de surveillance, une privation de parole n’est pas le problème qui réside plutôt dans sa surabondance, le consensus et le conformisme que sa circulation présuppose et produit.

L’espace public est saturé par une circulation de signes, d’images, et de mots et par une prolifération de mécanisme de subjectivation qui, tout en encourageant et en sollicitant le discours et l’expression, empêchent l’expression singulière et neutralisent les processus hétérogènes de subjectivation. Pour que le discours singulier soit possible, la communication partagée doit d’abord être interrompue, on doit en premier lieu quitter l’infini bavardage du consensus médiatique, forcer des ruptures dans l’espace public, tout comme, afin de «  voir », on doit se retirer de l’incessant bombardement des clichés visuels. En d’autres termes, pour pouvoir exister politiquement, ou même exister tout simplement, plutôt que d’entrer dans le « monde commun », ce dernier doit être singularisé, c’est-à-dire se voir imposer une différenciation existentielle et politique en créant de nouveaux clivages, de nouvelles divisions. La spécificité de ce « monde commun », sa singularité et sa différence doivent être affirmées « en des temps où l’effet nivelant de l’information et de la participation sociale sont renforcées chaque jour » ( Michel de Certeau, La culture au pluriel) Singularité, division et différence ne sont pas données d’avance  elles doivent être inventées et construites.

Signs and machines Maurizio Lazzarato Semiotexte p.143

L’âge de la décadence/ Ross Douthat/ Deuxième partie

The age of decadence

Lien Première partie

IV.

 Avec cette stagnation vient la torpeur sociale. L’Amérique est un pays plus paisible que dans les années 70 ou 90, avec un taux de crimes plus bas, des rues plus sûres et des enfants mieux éduqués. Mais c’est aussi un pays où tous les américains de valeur,  ayant envie de bouger ont remarquablement décliné : les américains ne vont plus «  vers l’Ouest », (ou vers le Sud, l’Est ou le Nord) à la recherche d’une opportunité comme ils le faisaient il y a cinquante ans. Le taux de déménagements d’état à état est tombé de 3,5% au début des années 70 à 1 ,4% en 2010.  De même que les américains ne changent plus d’emploi aussi souvent qu’ils le faisaient.  Avec tous les discours survoltés sur la formation continue et l’auto-entreprise, toutes les peurs du travail précaire, les Américains sont moins susceptibles de changer d’employeurs que ceux d’il y a une génération.

Mais ces jeunes gens bien élevés  sont plus déprimés que les cohortes précédentes, moins susceptibles de conduire ivres  ou de tomber enceinte mais plus enclin à être dangereux pour eux-mêmes. Elle est aussi la génération la plus médicamentée de l’histoire, des médicaments prescrits pour les ADHD aux antidépresseurs prescrits aux adolescents anxieux, et la plupart de ces médicaments sont prescrits pour se calmer, offrant une expérience d’adoucissement plutôt que qu’un pic d’excitation. Pour les adultes, le choix croissant de la drogue est celui de la marijuana, dont les utilisateurs types sont des individus décontractés et pas dangereux., dans les vapeurs du confort, l’expérience de la stagnation est un moment plutôt agréable.

Et puis nous avons la crise des opioïdes, dont l’ampleur parmi les plus malheureux de Américains blancs est passé quasiment inaperçue parmi l’élite pendant un certain temps parce que la drogue elle-même calme au lieu d’enflammer, fournissant une euphorie gentille qui permet à son usager de simplement s’échapper jour après jour et morceau par morceau, sans causer d’ennui à qui que ce soit.  Le meilleur livre sur cette épidémie, écrit par le journaliste Sam Quinones, a pour titre « Dreamland », ce n’est pas par hasard.

Au pays des mangeurs de lotus, les gens sont également moins susceptibles d’investir dans la future au sens littéral du terme. Les Etats-Unis avaient anciennement un des taux de naissances les plus élevé de tous les pays en voie de développement mais depuis la Grande récession, il a décru rapidement, convergeant vers le taux en-deçà du taux de remplacement des pays développés.  Le déclin démographique aggrave la stagnation économique, les économistes qui le prennent en compte continuent d’en découvrir les effets secondaires désolants.  Une analyse de 2016 a montré qu’un accroissement de 10% de la fraction de la population de plus de 60 ans fait baisser le PIB par tête et par état de 5,5 %. Un article de 2018 a montré que les compagnies sur un marché du travail plus jeune sont plus innovantes, une autre qu’une société vieillissante permet de comprendre la croissance des monopoles et le taux déclinant des start-ups.

Cet effet en boucle- dans lequel la stérilité nourrit la stagnation, qui elle-même décourage la procréation, qui elle plonge la société toujours plus profondément dans la vieillesse – fait du déclin démographique un exemple clair de la façon dont la décadence submerge une civilisation. Dans le courant de la plupart de l’histoire occidentale, le taux de naissance déclinant avait des répercussions immédiates sur le bien-être de tous, les victoires sur la mortalité infantile, sur les économies agraires pénibles, sur le confinement des attentes des jeunes femmes. Mais une fois que nous franchissons la limite d’un permanent taux de naissance situé sous le taux de remplacement, la pénurie des naissances commence à atteindre les véritables forces ( jeunesse, prises de risques, dynamisme) nécessaires à une croissance continue, signifiant que tout gain pour le bien-être de l’individu se fait aux dépends du futur.


V.

Maintenant, le lecteur va probablement émettre une objection évidente à ce portrait de sénescence et de stagnation : et la politique ?  Est-ce qu’une société décadente reproduirait vraiment les jours de rage de 1969 sur les médias sociaux,  avec des foules en ligne s’agglutinant et les vieux extrêmes de retour ? Cela produirait-il une poussée populiste et un renouveau socialiste, une guerre civile si polarisée que les américains pourraient confondre le travail de hackers russes avec les convictions sincères de leurs concitoyens ? Est-ce qu’elle élirait Donald Trump ?

Etrangement, la réponse est peut-être : « Oui ». A la fois le populisme et le socialisme, Trump et Sanders représentent les expressions du mécontentement face à la décadence. Les rébellions contre le management technocratique de la stagnation qui a défini l’ère Obama, « Make America great again » est le slogan d’un futur réactionnaire,  un hurlement contre un avenir qui n’était pas du tout ce qui avait été promis, et la révolution de Sanders promet que ce que la gauche a perdu pendant l’ère Reagan peut être reconquis, et la montée de l’utopie recommence une fois de plus.

Mais le désir pour un avenir différent ne va que jusqu’à un certain point et en terme pratique, le populisme ne s’est avéré qu’une impasse nouvelle et plus profonde. Du Washington de Trump aux capitales d’Europe, la politique est maintenant polarisée sur des forces anti-établissement qui ne sont pas prêtes à gouverner et un établissement trop mal-aimé pour pouvoir effectivement gouverner.

Les structures du système occidental, la constitution américaine et l’état administrative, le fédéralisme à moitié construit de l’Union européenne, craquent de toutes parts et sont de toute sparts critiquées. Mais notre impasse les rend imperméables à de potentielles réformes, sans parler de révolution. Les nationalistes européens les plus actifs ne veulent pas quitter l’Union européenne, et le premier mandant de Trump a été en fait identique au second mandat d’Obama, avec des législations avortées et des ordres exécutifs contestés, et des lois créées principalement par des négociations entre la bureaucratie et les tribunaux.

IL existe une présidence virtuelle de Trump dont les déprédations terrifient les libéraux, une qu’on sent sur Fox news dans laquelle Trump va de point fort en point fort. Mais la réalité est plus proche du genre que le président connait le mieux, la télé-réalité , que d’un réel retour de l’histoire. ( Le récent State of the Union de Trump, avec sa théâtralité et sa déclaration prématurée de victoire sur la décadence en a été une preuve marquante.)

Tout comme dans une culture politique plus étendue, la folie des foules en ligne, la façon dont internet a permis le retour de certaines formes d’extrémismes politique et la prolifération des théories conspirationnistes – oui, si notre décadence doit s’achever dans le retour de grands combats idéologiques et des combats de rue politisés, ceci peut être le début de la fin.

Mais nos batailles reflètent encore ce que Barzun nomme “ les impasses de notre époque” – l’affaire Kavanaugh rejouant l’audition de Clarence Thomas, les débats sur le politiquement correct nous ramenant en arrière de combats qui étaient frais et nouveaux dans les années 70 et 80. L’hystérie manifestée face à ces combats peut ne rien représenter  de plus que la façon dont une société décadente se débrouille avec ses passions politiques, en encourageant les individus à faire croire en l’extrémisme, à rejouer les années 30 ou 60 sur les médias sociaux, à approcher la politique radicale comme un sport, un loisir, un stimulant pour les endorphines, qui ne met rien de leur relativement confortable vie  en danger.

Fermez Twitter, déconnectez Face Book, éteignez votre television et que voyez vous de l’ère Trump aux USA ? Des campus tumultueux ?  Non. La petite vague de manifestations sur les campus, dont la plupart étaient centrées sur des querelles de clocher a connu un pic avant Trump et a diminué depuis. Des émeutes urbaines ? Non. La lueur post-Ferguson s’est éteinte. Une vague de violence politique ?  Une petite pointe peut-être mais plus proche des tueries de masse que des clashes politiques l des années 30 ou 60., dans la mesure où elle implique des individus perturbés se déclarant chevalier errants et allant chercher le massacre plutôt que des mouvements organisés avec un but précis quelconque.

L’ère du dérangement politique via Internet est partiellement responsable des suprématistes blancs s’excitant les uns les autres jusqu’à la folie, ou du supporter de Sanders qui a tenté de massacrer des Républicains à un match de Baseball organisé par le Congrès en 2017. Mais ces épisodes sont terribles mais néanmoins exceptionnels, ils n’ont pas encore établi un modèle qui puisse ressembler d’une façon ou d’une autre au début des années 70, quand il avait eu 2500 attentats à la bombe en 18 mois à travers les USA.

Peut-être que ces cas particuliers sont les avant-gardes de quelque chose de pire. Mais nos terroristes ne se considèrent pas comme des prophètes, ou des précurseurs, ils se sentent plus souvent comme des signes.

Le terroriste dans l’Amérique du 21ième siècle n’est pas l’homme qui voit plus profondément que la masse, il est celui qui ne comprend pas, qui récupère ce qu’il lit sur Internet au pied de la lettre d’une façon différente de celui de la majeure partie des personnes qui postent, qui confond le loisir virtuel avec la réalité. Le gauchiste qui essaie d’assassiner des Républicains n’est pas juste un peu plus ancré dans l’esprit de résistance que l’activiste moyen, il est celui qui ne comprend pas du tout ce qu’est la résistance, qui écoute tous les discours en ligne sur la trahison et le fascisme et pense qu’il est vraiment dans la France des années 40.  Le gars qui stationne son camion près du barrage Hoover et a exigé que des mises en cause imaginaires soient rendues publiques n’est pas simplement un peu plus orienté vers l’action qu’un classique conspirationniste de QAnon, il ne comprend fondamentalement pas ces théories labyrinthiques, les prenant pour des revendications littérales sur le monde plutôt que ce qu’elles sont pour leurs créateurs, ( un sport, une arnaque, un loisir) et pour la plupart de leurs adhérents ( une forme étrange de communauté)

Ceci n’excuse pas l’arnaque ou le fait d’attiser la haine, spécialement l’arnaque ou l’incitation à la haine présidentielles, et cela ne rend pas les fusillades de masse, quand elles se produisent, moins horribles. Mais il est important de les mettre dans leur contexte afin de voir si la politique en ligne mène raiment notre société vers un conflit civil.  Cela suggère que le royaume virtuel pourrait rendre nos batailles plus féroces mais aussi plus perforatives et vides, et que la rage en ligne est une technologie permettant de passer sa rage sur du vent pour une société qui est mal gouvernée, stagnane et pourtant, au bout du compte, beaucoup plus stable que ce qu’elle donnerait à voir sur Twitter.

Si vous voulez avoir l’impression de la société occidentale est en convulsion, il existe une application pour cela, une simulation convaincante qui vous attend. Mais dans le monde réel, il est possible que l’Occident soit allongée dans un fauteuil, branchée sur quelque chose d’édulcorant, jouant et rejouant les plus grands hits idéologiques de sa jeunesse sauvage et folle.

Ce qui signifie, pour être clair, difficilement le plus terrible destin qu’on puisse imaginer.  Se plaindre de la décadence est un produit de luxe – un des  aspects d’une société où le courrier est distribué, la criminalité relativement basse et où vous pouvez des tas de loisirs juste au bout de vos doigts. Le genre humain peut encore vivre d’une façon vigoureuse même dans un monde qui stagne, être fécond même dans la stérilité, et créatif dans la répétition. Une société décadente, contrairement à l’image d’une dystopie totale, ces signes de contradiction existent, ce qui signifie que c’est toujours possible d’imaginer et de travailler en direction d’un renouveau et d’une renaissance.

 Ce n’est pas toujours vrai quand vous pariez sur une révolution : les dernières centaines d’années de l’Occident ont offert des tas d’exemples de la façon dont les tentatives pour venir à bout de la décadence peuvent générer des maux bien pire, du besoin de sens et d’action qui a empilé les corps à Verdun et Passchendaele, aux besoins nostalgiques pour la Guerre froide qui ont inspiré la croisade post-11 septembre et conduit à la catastrophe militaire dans le Moyen-Orient.

On peut donc construire une place pour la décadence, pas comme une baisse ou une fin décevante, mais comme un équilibre sain  entre les misères de la  pauvreté et les dangers d’une croissance pour la croissance elle-même.  Une décadence viable, si l’on veut, dans laquelle les taches cruciales du 21ième siècle pour l’humanité pourront tirer le meilleur parti d’une stagnation prospère : apprendre à modérer nos attentes et vivre dans des limites, être sûrs que les ressources existantes sont distribuées d’une façon plus équitable, utiliser l’éducation pour hisser les populations sur les plateaux plus éclairés des classes créatives et faire tout ce qui est en notre possible pour aider les pays les plus pauvres à effectuer une transition vers une situation comme la nôtre. Pas parce que le méliorisme pourrait guérir tous les maux mais parce que l’alternative révolutionnaire est trop dangereuse et qu’un simple calcul du bien le meilleur pour le plus grand nombre demande que nous laissions aller le système tel qu’il est et que nous abandonnions nos rêves d’ambition.

Mais cet argument ne nous mène qu’aujourd’hui. Même si la dystopie ne se produit pas tout à fait, plus une période de stagnation se prolonge, plus l’espace de fécondité et de piété, de mémoire et d’invention, de créativité et d’audace se rétrécit.  L’absence de résistance au glissement de la décadence peut mener sur un territoire d’obscurantisme, dont le raffinement couvre une maladie mortelle. Les vraies dystopies sont distinguées, en partie, par le fait que beaucoup d’individus parmi elles ne réalisent pas qu’ils y vivent, parce que l’humain est suffisamment adaptable pour considérer des prémices même absurdes ou inhumaines pour acquises.  Si nous sentons que certains éléments de notre système sont disons, « dystopiés » – d’une star de la télé réalité à la Maison blanche aux outils de surveillance addictifs que nous avons toujours en main, des drogues et des suicides de nos arrière-pays à la stérilité de nos riches villes – alors il est probable qu’un regard extérieur regardant notre décadence la jugerait plus sévèrement encore.

Donc, il fut critique et resister à la decadence- non pas à travers le fanstasme de l’anoblissement des guerres mondiales, non pas par celui de Tyler Durden de Fight club, rêvant de faire sauter tous les séjour Ikéa mais par l’espoir que là où il y a de la stabilité , il peut éventuellement y avoir aussi du renouveau, que la décadence n’a pas besoin de laisser place à l’effondrement S pour qu’on puisse lui échapper, que la renaissance peut se produire sans qu’il y ait besoin de l’intervention misérable d’un âge sombre.

Aujourd’hui nous ne sommes qu’à une cinquantaine d’année du summum des accomplissements humains et d’avoir osé cela a porté les humains sur la lune avec tous les ferments qui l’ont entouré. La prochaine renaissance  sera nécessairement différente mais le réalisme à propos de notre situation devrait nous rendre plus  à même d’ espérer et de chercher pas moins –  le jour où notre culture se sentira plus féconde, notre politique moins futile et les frontières qui semblent fermées aujourd’hui ouvertes à nouveau.

Ross Douthat est un chroniqueur au Times depuis 2009. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et, plus récemment de “La société décadente” The Decadent Society.”

Traduction Elisabeth Guerrier

L’âge de la décadence/ Ross Douthat/ Première partie

Opinion

Beaucoup d’assertions assumées dans cet article comme des faits ou des concepts évidents mériteraient une approche critique précise. Le fond ramène en effet à l’idée de “décadence”, avec comme toile de fond l’inéluctable mention de celle de l’empire romain, à vrai dire avec si peu d’analyses et sans faire jamais référence à aucun auteur ou historien l’ayant précédemment travaillée dans sa complexité ainsi qu’à celle, en miroir, de “civilisation”, elle aussi brandie sans référence. Ces deux pôles restent vagues mais montrent comme les glissements sémantiques et les appropriations peuvent être effectués par un esprit journalistique sorti du cadre de recherche et ainsi se voir porteurs de tous les présupposés, assertions illustrant à l’insu de l’auteur lui-même, l’idéologie impérialiste à l’oeuvre dans l’es représentations et dans esprit de chacun des citoyens qui se reconnaîtrait dans la main mise culturelle d’outre-Atlantique, ce monde se réduisant pour les bienfaits de l’exposé au temps et à l’espace historiques des USA et uniquement à eux. La culture américaine vulgarisée, ou médiatisée faisant ainsi fi, entre autres, des Guerres de religion, du Modernisme, des Lumières, de la Première révolution industrielle, et s’auto-qualifiant “civilisation” et laissant à des chroniqueurs le droit de réécrire l’histoire de l’Occident en son entier mais en en extrayant dans un souci d’accessibilité, l’absolue complexité, les marques du travail accompli par les historiens qui les ont précédés et jusqu’à leurs noms mêmes, pour se confiner dans des prêches simplificateurs à la masse. EG

L’âge de la décadence

The Age of Decadence Ne nous  racontons plus d’histoires, celle du 21ième siècle occidental est celle de l’impasse et de la stagnation.

 Ross Douthat

Chroniqueur et auteur de l’ouvrage à paraître “ La société décadente “ “The Decadent Society,”  d’où cet extrait est tiré.

I.

Et tout le monde sait que nous vivons en des temps de constante accélération, de changement vertigineux, de transformation ou de désastres imminents partout où l’on pose le regard.

Les partisans se préparent pour la guerre civile, les robots vont nous voler nos emplis,  et les informations ressemblent à un carambolage chaque fois que vous ouvrez Twitter. Les pessimistes voient des crises partout, les optimistes insistent sur le fait que nous ne sommes anxieux que parce que le monde change plus rapidement que nos cerveaux de chimpanzés primitifs ne peuvent le tolérer.

Mais qui prouve que le sentiment d’accélération n’est pas une illusion,  déclenchée par les attentes d’un progrès perpétuel et exagéré par le filtre déformant d’internet ?

Qui prouve que nous – c’est-à-dire du moins nous qui vivons dans l’aire occidentale, en Amérique et en Europe et dans les bords du Pacifique – n’habitons pas une zone où la répétition est plus la norme que l’invention, où l’impasse  plutôt que la révolution marque nos politiques , où la sclérose afflige les institutions publiques et la vie privée, où chaque nouveau développement scientifique, chaque projet d’exploration  sont chaque fois décevants.

Et si le désastre du Caucus en Iowa, une système antique mal modifié par des pseudo-innovations et de l’incompétence était plus emblématique de notre temps que les grandes catastrophes ou les grandes découvertes. ?

La vérité sur cette première décennie du 21ième siècle, une vérité qui a permis de mettre Trump au pouvoir mais qui demeurera une vérité essentielle après son départ,  est que nous n’entrons probablement pas dans une crise du libéralisme occidental du style de celle des années 30, balançant entre le transhumanisme et l’extinction.  Au lieu de cela, nous vieillissons, confortables et bloqués, coupés du passé et plus optimistes sur l’avenir, repoussant à la fois la mémoire et l’ambition tout en attendant une innovation salvatrice, devenant âgés ensemble et malheureux sous les lumières de minuscules écrans.

Plus vous vous éloignez du halo de votre Iphone, plus cela devient clair : notre civilisation est entrée dans sa décadence. Le mot “ décadence” a un usage varié mais rarement précis. Dans les débats politiques, il est associé avec un manque de résolution face aux menaces.  Avec la ligne de Neville Chamberlain et W.B Yeats sur le meilleur manquant de conviction. Dans l’imagination populaire, il est associé au sexe et à la bonne chère, avec les romances pornographiques et les fraises en chocolat.  Esthétiquement et intellectuellement, il fait allusion à l’épuisement, à la fin – « le sentiment, à la fois oppressant et exaltant d’être les derniers d’une série. » selon les mots du poète russe Vyacheslav Ivanov.

Mais il est possible de distiller une définition utile à partir de toutes ces associations. Suivant les pas du célèbre critique culturel Jacques Barzun, nous pouvons dire que la décadence se réfère à : « une stagnation économique, un effritement institutionnel, et un épuisement culturel et intellectuel dans un haut niveau de prospérité matérielle et de développement technologique. »  « Lors de la décadence, écrit Barzun, « les formes de l’art et de la vie semblent épuisées, les étapes de développement semblent se répéter, les institutions fonctionnent péniblement. Répétition et frustration en sont le résultat intolérable » et il ajoute : « Quand les gens acceptent le futilité et l’absurde comme la norme, la culture est décadente. ». Mais surtout, la stagnation est souvent la conséquence de développements antérieurs : une société décadente est, par définition, victime de son propre succès.

Il est à noter que cette définition n’implique pas de jugement esthétique ou moral. (Le terme n’est pas une insulte, écrit Barzun, c’est un label technique.) Une société qui génère beaucoup de mauvais films n’est pas nécessairement décadente, mais une société qui crée le même film encore et encore peut l’être. Une société dirigée par des individus cruels et arrogants peut ne pas être décadente, mais une société où les sages et les justes ne peuvent légiférer l’est. Une société guidée par le crime n’est pas nécessairement décadente mais une société pacifiste, vieillissante, sans enfants et traversée par des courants de violence nihiliste est plus proche de notre définition.

Cette définition n’implique pas non plus que la décadence soit nécessairement une porte ouverte sur la catastrophe, lors de laquelle des Wisigoths mettent le feu à Manhattan et où le coronavirus nous élimine tous. L’histoire n’est pas toujours une fable moralisante et la décadence est une maladie confortable.  La Chine et l’empire ottoman se sont maintenus pendant des siècles dans des conditions de décadence et il s’est écoulé plus de quatre cents ans de Caligula à la chute de Rome. « Ce qui nous fascine et nous terrifie à propos de l’empire romain n’est pas qu’il ait finalement succombé » écrit W.H Auden à propos de cet automne sans fin, mais plutôt qu’il « s’est débrouillé pour durer quatre siècles sans créativité, sans chaleur et sans espoir.» Que nous attendions les Chrétiens ou les Barbares, une renaissance ou la Singularité, le dilemme décrit par Auden est maintenant le nôtre.

 

 

 II.

«Les gens sur votre côte pensent-il que c’est réel ? »

Le cadre semblait curieux, fier, un peu insécurisé. Nous parlions dans le bureau de San Francisco d’une société de capital-risque, un espace voûté baigné dans le soleil californien. Il faisait référence au monde doré entourant la baie, l’entière économie d’internet. C’était en 2015. Voici trois histoires se déroulant dans les cinq années qui ont suivi.

Un jeune-homme arrive à NYC.  C’est un travailleur acharné, un lutteur, à cheval entre l’entreprenariat et le talent  pour l’escroquerie.  Son premier effort, un carte de crédit pour trentenaires aisés, l’emmène brutalement au sein de l’économie des célébrités, où il fait la rencontre un rapper-business man ambitieux.  Ensemble ils conçoivent une maison de courtage où les célébrités peuvent vendre leur seule présence au plus offrant. Comme mise en valeur p commerciale de la marque,  ils décident de créer un festival de musique important – exclusivement ouvert sur une île des Caraïbes aux influenceurs, aux obsédés des festivals et à la jeunesse dorée.

Le lancement de ce festival est un grand succès. Il y a une vidéo virale de super-modèles et de célébrités d’instagram s’ébrouant sur une plage déserte, un site classe pour les clients et les curieux, et à la fin, plus de 5000 personnes ont acheté les tickets, qui coûtent chacun une moyenne de 2500 à 4000 $. Le goût pour le superflu d’une société riche, la vôtre, pour le bon achat.

Mais ce festival n’existe pas. Au lieu de cela les plans de nos entrepreneurs s’effondrent les uns après les autres. Les propriétaires de l’île privée se retirent du contrat. Le gouvernement local ne coopèrent pas. Même après la vente de tous les tickets, l’argent rassemblé n’est pas suffisant et ils doivent continuer à vendre des tickets à de nouveaux acheteurs pour pouvoir régler ceux qui ont déjà été achetés. Bils ont une équipe travaillant vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour préparer… quelque chose pour leurs clients mais ce qu’ils se voient offrir à la fin est une mer de tentes de la FEMA ( Federal Emergency Management Agency) plus ou moins proches de la plage, un traiteur inquiet qui distribue de maigres sandwiches  et des flots de tequila bon marché.

Etonnamment, les gens sont pourtant venus- de jeunes créatures brillantes dont le fil Instagram est devenu l chronique hilarante de leur déconvenue, pendant que les entrepreneurs rates tentaient de maintenir l’ordre avec un porte-voix avant de prendre la fuite vers New York, où ils trouvèrent leur disgrâce, furent arrêtés et l’objets de l’inévitable documentaire Netflix.

 C’est l’histoire de Billy McFarland a et du Fyre Festival. C’est une histoire à la petite semaine, la suivante est plus importante.

Une fille a grandi au Texas, elle a été reçue à Stanford, elle veut être Steve Jobs.  Elle a une idée qui va révolutionner une industrie qui n’a pas changé depuis des années, le monde ennuyeux mais essentiels des tests sanguins. Elle imagine une machine, surnommée l’Edison, qui testera le présence de maladies en utilisant une seule goutte de sang. Et tout comme Jobs, elle quitte l’université pour essayer de la construire. Dix ans plus tard, elle est devenue la milliardaire la plus riche d’internet, avec un flot de capital-risque, un site tentaculaire, une évaluation de sa compagnie à dix milliards de dollars, et un contrat lucratif avec Wallgreens qui utilise sa machine dans chacun de ses magasins. Son histoire fait contrepoint à toutes les critiques adressées à la Silicon Valley, qu’il s’agit d’un club de garçons sans expérience, que la réalité virtuelle n’a jamais rendu le monde de sang et de chair meilleur, qu’il résout les questions d’utilité mais ne guérit pas les malades. Et qu’elle est la crème de l’élite, dans les domaines politiques et technologiques, qui veut croire que l’esprit d‘Edison vit encore

Mais la boîte Edison, – malgré des efforts sans fin et les meilleures équipes de recherche pouvant être achetées par le capital-risque- ne fonctionne pas. Et au fur et à mesure, alors que la compagnie continue de croître, elle a cessé de même essayer d’innover et est devenue une arnaque, utilisant tous ses fonds et ses appuis haut-placés à discréditer les lanceurs d’alerte. Ce qui a réussi jusqu’à ce que ça échoue, au point où la compagnie et tous ses milliards se sont évaporés, laissant derrière des poursuites pour fraude, un livre best-seller et l’inévitable émission et documentaire HBO pour nourrir la gloire de sa fondatrice.

C’est l’histoire de Elizabeth Holmes  et de Theranos. C’est une grosse affaire. Mais la troisième qui vient est encore plus grosse et n’est pas encore bouclée.

Une compagnie internet décide de révolutionner une industrie : le marché du taxi et de la limousine, qui définit la coopération ancienne école du business et du gouvernement, avec toute la bureaucratie attenante et les services insatisfaisants. Elle promet aux investisseurs qu’elle peut se frayer un chemin vers la dominance du marché et utilise la technologie haut de gamme afin d’atteindre une efficacité encore inégalée. Sur les bases de cette promesse, elle lève des milliards de dollars tout au long de ses dix années d’ascension, temps pendant lequel elle devient synonyme de succès pour l’ère internet, le modèle de la subversion de l’industrie. Alors qu’elle devient publique, en 2019, elle a accumulé plus de 11 milliards de revenus annuels- du véritable argent, en échange de véritables services, rien de frauduleux là-dedans.

Pourtant l’histoire de succès étonnant ne fait aucun profit, même à une telle échelle. Au lieu de ça, elle perd des milliards, y compris 5 milliards lors d’un trimestre particulièrement coûteux. Après dix ans de croissance, elle a écrasé le vieux modèle de son industrie, affaibli les compétiteurs légaux et créé de la valeur pour le consommateur – mais elle n’a fait tout cela qu’en utilisant le pouvoir immense de l’argent libre, construisant une compagnie qui tomberait dans la faillite sui cet argent lui était soudain retiré. Et elle n’a résolu aucun des problèmes l’empêchant d’être rentable. : la technologie qu’elle utilise n’est pas brevetée ou complexe, ses rivaux dans le contrôle de la perturbation contrôlent 30 % du marché, les joueurs du système antérieur sont encore bien en vie, et toutes ses voies pour réduire ses pertes – des coûts plus élevés, des rétributions plus basses- détruirait les avantages qu’elle a construits.

Alors elle reste assise là, une licorne ne ressemblant à aucune autre, avec un plan pour devenir profitable qui implique de vagues promesses de plus ou moins monétiser toutes les informations de ses usagers, et une promesse plus spécifique que ses investissements dans une technologie nouvelle différente_ la voiture auto-conduite, encore dans sa première enfance et pas vraiment réelle- permettra de rétablir l’équilibre.

C’est l’histoire de Uber, jusqu’ici. Ce n’est pas un fantasme Instagram ou une fraude pure, elle s’est débrouillée pour devenir publique et pour maintenir sa valeur disproportionnée, contrairement à ses camarades licornes WeWork , dont la dernière tentative d’IPO  ( Initial Public Offering) s’est achevée en crise.  Mais cela reste, jusqu’à nouvel ordre, un exemple de ces compagnies du 21ième siècle, entièrement créées sur du surplus et naviguant sur l’espoir qu’avec suffisamment d’argent et des parts de marché, vous pouvez donner une existence à une compagnie. Ce qui en fait un autre cas d’école pour ce qui se passe quand une société extraordinairement riche ne peut pas trouver assez de nouvelles idées pour justifier les investissements de sa richesse accumulée. Nous créons des bulles et puis les éclatons, investissons dans Theranos puis nous repentons, et la soi-disant pointe du capitalisme est de plus en plus définie par des technologies qui sont presque advenues, des modèles commerciaux qui sont en voie d’être profitables, par des pistes qui n’en finissent pas sans qu’aucun avion ne parvienne à décoller.

Est-ce que le gens sur votre côte pensent que tout cela est réel ? Quand le cadre m’a posé cette question, je lui ai répondu que nous le pensions, que les promesses de la Silicon Valley était un objet de foi autant pour ceux observant de l’extérieur que pour ceux y travaillant, que tous nous enviions le monde du digital et croyions en lui comme la place où l’innovation américaine était encore vivante. Je dirai probablement la même chose maintenant, pare que, en dépit de toutes les histoires que l’on m’a raconté, l’économie du net continue de croître et innove. Toujours.

Mais ce que cela nous dit, hélas, c’est que la croissance et l’innovation du 21ième siècle  ne sont pas du tout ce qu’on nous avait dit qu’elles seraient.

III.

L’économie décadente n’est pas appauvrie. Les USA sont un pays extraordinairement riche, sa classe moyenne est prospère au-delà des rêves du siècle passé, sa protection sociale est efficace dans l’allègement des peines de la récession, et la dernière décennie de croissance a (lentement) élevé nos standards de vie à une nouvelle hauteur après les pertes de la Grande récession. Mais une croissance lente n’est pas la même chose que du dynamisme. L’entreprenariat américain est en déclin depuis les années 70 :  Au début de la présidence de Jimmy Carter, 17 % des entreprises aux USA avaient été créées l’année précédente,  au début du second mandat de Obama, ce taux était d’environ 10 %. A la fin des années 80, Presque la moitié des compagnies américaines étaient “ jeunes” , c’est à dire avaient moins de cinq ans, lors de la Grande récession ce taux était seulement de 39 %, et la quantité de «  vieilles » firmes  ( c’est-à-dire fondée il y a plus de quinze ans) était montée de 22 à 34 % pendant la même période. Et ces compagnies ont de plus en plus thésaurisé ou fait circuler vers les actionnaires plutôt que d’investir dans de nouvelles entreprises. eDe la fin de la Deuxième guerre mondiale aux années 80, selon un rapport récent provenant du bureau du Sénateur Marco Rubio, l’investissement national privé à souvent approché les 10 % du PIB, en 2019, en dépit des baisses sur les impôts des grandes entreprises, prévues pour faire sortir l’argent des marges, le rapport investissement-PIB était deux fois moins élevé que ça.

Ceci suggère que les gens les plus expérimentés qui créent une entreprise et qui observant autour d’eux les possibilités d’investissement, voient plus de start-ups qui ressemblent à Theranos qu’à Amazon, sans parler des géants de l’ancienne économie. Et la pénurie d’investissement des entreprises signifie aussi que la montée régulière des actions a accru la richesse des rentiers – c’est à dire foncièrement, des populations déjà riches s’enrichissant toujours plus grâce aux dividendes plutôt que de refléter la montée de la croissance en général.

Derrière cette décélération se profile le spectre de la stagnation technologique.  Contrairement aux dires de la campagne présidentielle de Andrew Yang, les bonds dans la robotique n’ont pas l’objectif de mettre tout le monde au chômage. La croissance de la productivité, la meilleure façon de mesurer les effets de la technologie sur l’économie, est restée faible’ aux USA et encore plus faible en Europe depuis la première crise de la bulle internet.

En 2017 un groupe d’économistes publiérent un article demandant si « Les idées devenaient plus difficiles à trouver ? ». La réponse fût un oui, très clair : « Nous présentons un large panel de preuves originées dans diverses industries, produits, et firmes montrant que l’effort de recherche augmente d’une façon substantielle mais que la recherche en productivité décline d’une façon importante. » Dans son livre de 2011,  La grande stagnation,  Tyler Cowen  cite une analyse du  médecin du Pentagone  Jonathan Huebner, qui a modélisé le ratio innovation-population pour les dernières 600 années  : il montre un arc lentement ascendant lors due la fin du 19 ième siècle ; alors que des inventions majeures étaient plutôt aisées à concevoir et à adopter et une baisse régulière depuis, alors que le pays riches dépensent de plus en plus dans la recherche avec des retours d’investissement qui diminuent.

Ces tendances ne signifient pas que le progrès a cessé. Moins de médicaments à grand succès sont approuvés mais le mois dernier a cependant vu la baisse régulière générationnelle des morts par cancer, et une possible découverte dans le traitement de la fibrose cystique. La recherche scientifique traverse une crise dans la réplication  but mais il est encore aisé de discerner des zones de claire avance – des frontières du Crispr à l’étude des ADN anciens.

Mais ces tendances révèlent un ralentissement, une difficulté toujours plus grande à faire des découvertes, un rétrécissement si vous êtes optimistes, un plafond si vous ne l’êtes pas.  Et l’exception relative, Internet et toutes ses merveilles ne fait qu’éclairer le modèle général.

L’économiste Robert Gordon, de l’Université du Nord Ouest ( Northwestern University) un des théoriciens   les plus convaincants de la stagnation  , fait remarquer que la période entre 1840 et 1970 f a vu une croissance  et des innovations très importantes dans de multiples domaines – énergie et transports, e médecine, agriculture et communication et la construction de l’environnement- Alors que lors des deux dernières générations, le progrès est devenu de plus en plus monodimensionnel-  de la technologie et rien d’autre.  Même au sein du paysage de la Silicone Valley, les plus belles réussites sont souvent celles des plus pures entreprises internet-ordinateurs- compagnies de médias sociaux, manufactures d’équipement, compagnies de software – alors que les fraudes, les échecs et les possibles catastrophes impliquent l’effort d’utiliser la technologie pour transformer d’autres industries, des festivals musicaux à la location d’espaces de bureaux ou aux tests sur la nourriture.

Le magnat de la Silicon Valley, Peter Thiel,  un autre proéminent stagnationniste,  aime à ricaner sur la fait que «  nous voulions des voitures volantes  et au lieu de ça nous avons eu 140 caractères ». Et même les gens qui vont vous expliquer, avec le plus grand sérieux, que personne ne voudrait vraiment une voiture volante ne peuvent contourner ce que Thiel, Gordon et d’autres affirment. Prenez n’importe laquelle des découvertes majeures de l’ère industrielle – avions ou trains ou automobiles, antibiotiques ou la plomberie intérieure – et cela a plus d’impact sur nos vies de tous les jours que toutes les contributions de la révolution informatique combinées.

Nous voyagions plus vite, construisions plus vite et vivions plus longtemps. Maintenant, nous communiquons plus vite, papotons plus, prenons plus de selfies. Nous allions sur la lune, maintenant nous réalisons de films sur l’espace- des films étonnants avec des effets spéciaux complètement convaincants qui nous donnent l’impression d’avoir laissé la terre derrière nous.  Et nous faisons toute une affaire de la dernière application sur notre tablette de façon à nous convaincre que nos attentes précédentes n’étaient que des fantaisies. « Jetsons stuff » — que ce progrès est le seul progrès que nous pouvions raisonnablement espérer.


Qui a tué la famille Knapp ? Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn Deuxième partie

Pourquoi les morts de désespoir ont-elles emporté Farlan, Zealan, Nathan, Rogena  et tant d’autres ?

Nous voyons trois facteurs importants.

Keylan Knapp, le seul survivant parmi les enfants Knapp, réconfortant sa mère dans la maison qu’ils partagent.Credit… Lynsey Addario/Getty Images

Premièrement, les emplois bien payés ont disparu, partiellement à cause de la technologie et de la globalisation mais aussi à cause des pressions politiques que les syndicats  et de la redistribution vers les plus fortunés et les entreprises.

Deuxièmement, nous avons assisté à une explosion de drogues – oxycodone, meth, heroïne, crack, cocaïne et fentanyl – aggravé par le dangereux marché des prescriptions d’antalgiques organisé par les trusts pharmaceutiques.

Troisièmement, la guerre contre la drogue a envoyé les pères et les mères en prison, explosant les familles.   Il y a beaucoup à blâmer. Les deux partis ont fait le choix de l’incarcération de masse et de la guerre contre la drogue, qui ont été particulièrement dévastatrices sur la population noir-américaine et ont ignoré un système éducatif qui condamnant souvent les pauvres – tout spécialement les enfants de couleur – à échouer scolairement.

Depuis 1988, les écoles américaines sont devenues de plus en plus ségréguées par races et les enfants des quartiers pauvres sont en moyenne quatre fois moins performant que ceux des quartiers riches.

La fille de Farlan, Amber semblait être le membre de la famille Knapp, la plus destinée au succès. Elle fut la première de la famille à passer son bac puis elle trouva un emploi dans une compagnie de télécommunication, responsable des bases de données et de la formation à l’informatique du personnel. Nous étions frappés par son intelligence  et ses compétences relationnelles, on pouvait facilement l’imaginer devenir une avocate ou un cadre dans l’administration.

 « Les présentations Powerpoint et Excel, les graphiques pivots et les matrices d’analyse, c’est ce que j’aime faire. » nous a-t-elle dit. Elle s’est mariée et a eu trois enfants et pendant un certain temps tout est allé pour le mieux.

Puis à la suite de la perte de son père et de sa sœur, elle implosa. Un médecin lui avait prescript des médicaments comme du Xanax, et elle en est devenue dépendante.  Une fois, à court d’anxiolytiques, elle a commencé à fumer de la méthadone pour la première fois, elle avait 32 ans.

  « J’ai été complètement opposée à tout ça pendant toute ma vie, » se souvient-elle, « Je détestais tout ça, j’avais vu ce que ça avait fait à tous les miens. Mon père était un junkie qui fabriquait de la méthadone et avait tout perdu, on aurait pu penser que ça pouvait suffire. »Mais non . Elle fit des allers et retours en prison et perdit la garde de ses enfants».

Amber  avait fait sauter sa famille mais elle était bien décidée à retrouver sa vie et ses enfants. Nous avions l’espoir que Amber pourrait récupérer, preuve qu’il était possible d’échapper au désordre de  l’histoire de la famille Knapp  et possible de construire une vie réussie. Nous avons adressé des messages à Amber quelques fois  afin qu’elle nous envoie des photos de Farlan puis elle a cessé de répondre à nos textos. Finalement, sa fille nous a répondu : elle était de nouveau en prison.

Amber Knapp  et sa fille  dans un parc à Hillsboro, Oregon . Comme partie de la liberté surveillée, Amber avait à utiliser un alcootest régulièrement  afin de montrer qu’elle n’avait pas bu. Credit…Lynsey Addario/Getty Images

Et pourtant ce n’est pas sans espoir.  L’Amérique est polarisée sur des discussions féroces à propos des questions sociales, mais nous sommes d’accord sur ce qui ne fonctionne pas : la négligence et l’absence d’investissement dans les enfants.

Voici ce qui marche :

 Des formations professionnelles ou continues qui donne aux gens de la dignité et une ligne à suivre économique. De tels programmes d’emplois sont communs dans d’autres pays.

Par exemple, les travailleurs indépendants ont été renvoyés pendant  la crise de 2008 à la fois à Détroit et sur la frontière canadienne près de Windsor, dans l’Ontario. Comme l’a observé le chercheur Victor Tan Chen, les deux pays ont réagi différemment. Les USA se sont centrés sur l’argent en fournissant d’importantes indemnités de licenciement. Le Canada a mis l’accent sur la formation, conduisant rapidement les travailleurs vers d’autres emplois dans des domaines comme les soins de santé, et les travailleurs canadiens n’avaient d’autre part pas à se soucier de perdre leur assurance maladie.

L’approche Canadienne a réussi. L’accent mis sur l’emploi a signifié que les travailleurs canadiens ont été impliqués plus vite dans une société ordinaire et donc moins pris au piège des drogues et des délabrements familiaux.

Une autre stratégie efficace est d’investir non pas dans des prisons mais dans le capital humain pour garder les gens hors des prisons. Le plus haut retour sur investissement disponible aux USA peut se trouver dans l’éducation précoce pour les enfants défavorisés mais il existe aussi des interventions  disponibles pour les adolescents  et les adultes. Nous avons assisté à Tulsa, Oklaoma, à une fête de promotion excitante  regroupant 17 femmes qui venaient d’achever un impressionnant traitement de l’addiction local nommé Women in recovery.

Les diplômées avaient en Moyenne une quinzaine d’années d’addiction derrière elles et toutes étaient là, en probation après avoir commis des crimes. Mais elles avaient cessé la drogue et commence à travailler et 300 personnes dans le public, y compris les officiers de police qui les avaient arrêtées et les juges qui les avaient condamnées – offrir à ces femmes une ovation. L’avocat général en charge du discours d’introduction les appela « des héroïnes », amenant des sourires pleins de larmes sur le visage de femmes plus habituées à être appelées «  putes » ou «  Junkies ».

« Je pensais qu’on allait devoir prévoir des funérailles à la place » dit un membre de l’audience   dont la fille la plus jeune avait commencé à consommer de la méthadone  à l’âge de 12 ans et était maintenant diplômée à 35  ans. Women in recovery a un taux de récidive après 4 ans de seulement 4% et en conséquence à permis d’économiser 75 millions en dépense d’emprisonnement pour l’Oklahoma, selon la Fondation George Kaiser Family.

Bravo pour la philanthropie mais les USA ne construiraient jamais des autoroute inter états sur la base des dons et du bénévolat et nous ne pouvons pas monter un programme de préscolarisation ou un programme de sevrage avec de l’argent ^rivé. Nous avons besoin que le gouvernement prenne position et organize un programme national pour la scolarisation précoce, la formation professionnelle, les traitements des addictions et plus.

Pour les individus cherchant à se libérer d’une addiction, le premier pas est de reconnaître le problème – et ce que l’Amérique devrait faire également. Nos premiers reportages  se sont déroulés à ‘étranger, ce qui permettait de créer une distance émotionnelle alors que cette fois nous avons parlé à de vieux amis et nous n’avions plus d’armure. Cela a été terrible de voir leur combat. Mais au bout du compte nous avons aperçu une voie se dessiner qui nous a laissé plein d’espoir.

Une de nos amis à Yamhill était Rick (Ricochet) Goff,  qui était en partie indien et n’a jamais eu de chance : sa mère est morte quand il avait cinq ans et son père était, comme il le dit lui-même, «  un buveur professionnel »  qui a abandonné sa famille, Ricochet était un sorcier quand il s’agissait de résoudre  des problèmes et un ami si fiable qu’il pouvait prêter de l’argent alors qu’il ne pouvait pas s’offrir de se soigner.  Nous avons profondément senti sa perte lorsqu’il est mort il y a quatre ans et nous étions aussi inquiets pour son fils adilte, Drew, qui est intelligent et charismatique mais a eu des problèmes avec la drogue depuis l’âge de 12 ans.

Le fils de Drew, Ashtyn,  est né avec de la drogue dans le système sanguine et nous avons eu peur que le cercle de la détresse passe à la génération suivante. Nous avons échangé quelques lettres avec Drew pendant qu’il était en prison mais nous avons depuis perdu le contact.

Puis, pendant que nous visitions un programme de traitement de l’addiction enOregon, un jeune-homme est venu nous trouver. «  C’est moi, Drew, nous a -t-il dit.

Nous sommes proche de lui depuis ce jour et in nous a rempli d’optimisme. Avec l’aide de Provoking Hope, Drew  célèbrera bientôt ses deux ans sans drogue  et il a un employ de responsable de l’accueil dans un hôtel. Il a la garde de Ashtyn  et est devenu un père exceptionnel, lui parlant et jouant avec lui constamment. Drew a toujours un côté colérique et occasionnellement il a des accès de rage. Mais il pense à Ashtyn et se remet sur les rails.

undefined Goff se faisant tatouer, avec son fils,  Ashtyn, sur le plancher à côté de lui. Credit… Lynsey Addario/Getty Images

« Je suis un travail en cours » nous a -t-il dit.  Le vieux moi veut prendre la place mais je ne le permettrai pas ;

Drew continue d’avancer  et nous pensons qu’il va s’épanouir en même temps que son fils, cassant ainsi le cycle qui tient sa famille enfermée depuis des générations. Avec de l’aide et de l’équilibre, ceci peut être fait.  Si nous, en tant que société offroncs cette aide et pas des menottes.

«  Je marche sur une corde raide, dit-il, et quelquefois j’ai l’impression que c’est un fil à pêche. »

Nicholas Kristof est un rédacteur, Sheryl WuDunn est consultante. Leur livre :, “Tightrope: Americans Reaching for Hope,”  sera publié le 14 janvier.

Traduction Elisabeth Guerrier

Qui a tué la famille Knapp ? Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn Première partie

Mais il y a surtout un aspect de la domination oligarchique, décrite par London ( Le talon de fer 1908) qui n’était pas présent dans le fascisme, lequel voulait imposer l’apparence de l’unité sociale mais qui prend aujourd’hui une importance cruciale : le rejet aux confins de cette société de grandes masses de population qu’on laisse littéralement pourrir dans le dénuement matériel  et psychologique .  Jaime Semprun p.5

Nous publions ici la première partie de la traduction de l’extrait du livre de Nicholas Kristof et de Sheryl Wudunn paru dans le NYT.

Il suffit de naviguer un tant soit peu dans les productions du cinéma indépendant nord-américain pour constater combien ce qui est décrit dans les lignes qui suivent comme une lente mais profonde destruction de la classe ouvrière est une sorte de miroir dans lequel la frénésie progressiste peine à se regarder. Des héros cassés et vides, réduits à leurs impulsions et usant leur vie dans les spasmes de l’alcool et de la drogue qui semblent au regard de ce que ces deux auteurs décrivent, à peine caricaturaux. Il s’agit, à travers la déréliction des institutions supposées donner cadre à l’avenir et favoriser l’acquisition d’une base culturelle qui permette un ancrage social, de l’aveu d’un abandon, physique, moral, politique de millions d’individus en Occident qui ont servi historiquement de bêtes de somme à la première révolution industrielle et sont devenus inutiles, incasables face entre autres à la globalisation des emplois, aux politiques volontaires d’obsolescence ne mobilisant plus de savoir-faire d’entretien pour les objets qui nous entourent et à la baisse de rentabilité du capital humain au bénéfice du capital financier. Ce qui est ici décrit est la même dynamique de pourrissement que celle qu’on peut constater en Europe, qu’on pourrait attribuer aux spasmes des décadences. Les ” projets ” néolibéraux avoués ne concernent pas les faibles, et ces faibles, qui n’avaient comme force que celle de leur travail sont réduits à la médicalisation des comportements d’opposition, et à un lent dépérissement de leur raison d’être : moral, physique, familial, qui ne se dit pas dans des termes de lutte des classes ni de révolte mais d’auto-destruction et de culpabilité avec pour rendre la déliquescence moins douloureuse, le lent abandon du rapport au savoir qui seul pourrait éclairer des situations perçues comme uniques quand elles sont les rouages d’un système d’exploitation en train d’agoniser. EG

Who Killed the Knapp Family?

Qui a tué la famille Knapp ?

Partout à travers l’Amérique,  la classe ouvrière – y compris de nombreux amis – est entrain de mourir de désespoir. Et nous en sommes encore à blâmer les mauvaises personnes.

De  Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn

Mr. Kristof et Mme. WuDunn sont les auteurs de “Tightrope: Americans Reaching for Hope,” (La corde raide, Les Américains en quête d’espoir) dont ce texte est extrait.

YAMHILL, Oregon. — Le chaos régnait tous les jours dans le bus scolaire N°6, avec des fils et des filles d’ouvriers flirtant et médisant et rêvant, débordant de malice, de bravade et d’optimisme. Nick le conduisait chaque jour dans les années 70 avec des voisins d’ici, dans l’Oregon rural, des voisins comme Farlan, Zealan, Rogena, Nathan et Keylan Knapp.

Ils étaient des enfants brillants, turbulents, extrêmement actifs dont le père, qui installait des canalisations, avait un bon travail.  Les Knapps étaient heureux d’avoir acheté leur propre demeure et tout le monde avait poussé des cris d’admiration quand Farlan avait reçu sa Ford mustang pour son seizième anniversaire.

Pourtant aujourd’hui, Presque u quart des enfants de ce bus N°6 sont morts, la plupart à cause de la drogue, du suicide, de l’alcool ou d’accidents de la route dus à une conduite dangereuse. Sur le cinq enfants Knapp qui avaient auparavant été si joyeux, Farlan est mort d’une maladie du foie due à l’alcool et à la drogue, Zealan a été carbonisé dans un incendie alors qu’il était inconscient et ivre-mort, Rogena est mort d’une hépatite liée à l’usage de drogues et Nathan s’est fait exploser en préparant de la méthadone. Keylan a survécu, partiellement parce qu’il a passé treize en en centre de détention.

Parmi les autres enfants de ce bus, Mike s’est suicide, Steve est mort des suites d’un accident de moto, Cindy d’une dépression et d’un infarctus, Jeff dans un accident kamikaze, Billy de diabète en prison Kevin de maladies liées à l’obésité, Tim dans un accident de chantier, Sue de causes inconnues. Et puis, il y a Chris, qui est suppose mort après des années d’alcoolisme et de vie sans domicile fixe. Au moins un d’entre eux est en prison et un autre est sans abri. ,

Les Knapp autour du sapin de Noël à Yamhill Oregon, en 1968. Dee Knapp est au fond, et de la gauche vers la droite, on voit Nathan, Rogena, Farlan, Keylan et Zealan (via Dee Knapp)

Nous autres Américains sommes enfermés dans un combat politique et axés sur le Président Trump, mais il y a un cancer rongeant cette nation qui bien antérieur à Trump et plus grand que lui. Le taux de suicide est à son niveau le plus élevé depuis la Deuxième guerre mondiale.  Un enfant sur sept vit avec des parents souffrant d’addiction, un bébé nait chaque quinze minutes après avoir été exposé à des opioïdes avant la naissance, l’Amérique est en train de perdre son statut de grande puissance.

Nous avons de profonds problèmes de structures qui ont mis cinquante ans à se créer, sous chaque parti et qui se transmettent de génération en génération,  il n’y a qu’en Amérique que la longévité chute depuis trois années consécutive, pour la première fois en un siècle, à cause de «  la mort de désespoir ».

  « Le sens de la vie de la classe ouvrière semble s’être évaporé »  nous Angus Deaton, l’économiste Prix Nobel Nobel. « L’économie semble avoir cessé d’approvisionner ces gens » Deaton et l’économiste Anne Case, qui est aussi son épouse, ont mis en avant le terme «mort de désespoir » pour décrire la poussée de mortalité à cause de l’alcool, des drogues ou des suicides.

Les enfants du bus N°6 ont été pris dans un cataclysme alors que les communautés de travailleurs se désintégraient à travers les USA à cause du chômage, des familles décomposées et de la morosité – et des politiques ineptes. La souffrance a été invisible aux Américains nantis mais les conséquences sont maintenant évidentes pour tout le monde : les survivants ont pour la plupart votés pour Trump, certains avec l’espoir qu’il les sauvent mais sous son mandat le nombre d’enfants sans assurance maladie s’est élevé à plus de 400.000.

La bourse touche Presque des records mais la classe ouvrière américaine ( souvent désignée comme  ceux sans diplôme universitaire) continue à être en grande difficulté. Si vous n’êtes qu’un bachelier, ou moins, ou si vous avez décroché, le travail ne paie plus. Si le salaire minimum en 1968 avait suivi l’inflation et la productivité, il serait de 22$ l’heure. Au lieu de cela I est de 7$25.

Nous étions correspondants ensemble à l’étranger pendant plusieurs années. Puis nous sommes revenus dans la ferme familiale de Kristoph à Yamhill et nous avons vu la crise humanitaire se déployer sous nos yeux au cœur d’une communauté que nous aimons.  Et une décomposition similaire se produisant dans les villes dans tout le pays. Ce n’était pas le problème d’une ville mais la crise du système américain.

 

Le centre de  Yamhill aujourd’hui Lynsey Addario/Getty Imagesage

 

 

The center of Yamhill today.

Clayton Green in his shop in Yamhill in 2018.Credit… Lynsey Addario/Getty Images

« Je suis un capitaliste mais cependant, je pense que le capitalisme est cassé.” dit Ray Dalio, le fondateur de Bridgewater, le plus grand fond financier (hedge fund) mondial.

Même dans la dernière campagne présidentielle, la décomposition de la classe ouvrière reçoit peu d’attention. On discute de la classe Moyenne, mais peu est dit sur la classe ouvrière. On discute de l’accès à l’universitaire mais pas de celui sur sept qui ne sera pas diplômé au sortir du lycée.  L’Amérique est comme un bateau à moitié chaviré mais ceux qui festoient au -dessus de l’eau semblent oublieux.

« Nous devons arrêter d’être obsédés par l’” impeachment” et commencer plutôt à creuser afin de résoudre en priorité les problèmes qui ont amené l’élection de Trump » a émis Andrew Yang lors du dernier débat démocrate pour les présidentielles. Quoi qu’on puisse penser de Yang en tant que candidat, sur ce point il a parfaitement raison : nous devons traiter le cancer de l’Amérique.

A de nombreux égards, la situation empire, parce que les familles ont implosé sous l’effet de la drogue et de l’abus d’alcool et que les enfants grandissent dans une atmosphère désespérée.  Un de nos bons amis à Yamhill, Clayton Green, un brillant mécanicien qui avait trois ans de moins que Nick à l’école est mort en Janvier dernier, en laissant cinq petits-enfants, tous placés par l’état. Un administrateur scolaire soupire et dit que certains sont «sauvages».

Farlan, l’aîné des enfants Knapp était dans la même classe que Nick. Un menuisier talentueux qui rêvait d’ouvrir sa proper affaire qu’il aurait appelé « Farlan’s Far Out Fantastic Freaky Furniture. » Mais Farlan a fini par laisser tomber l’école en troisième.

Bien qu’il n’ait jamais fait de chimie à l’école, Farlan est devenu un chimiste de premier ordre. Il était un des tout premier à Yamhill à fabriquer le la méthadone, pendant un certain temps il a été un entrepreneur couronné de succès grâce à la grande qualité de sa marchandise. « C’est ce pour quoi j’étais fait » a-t-il annoncé une fois avec une fierté tranquille.  Mais il a abusé de sa propre drogue et dès ses quarante ans, il était émacié et fragile.

D’une certaine façon, il était un bon père et il aimait ses deux filles, Amber and Andrea, et elles l’idolâtraient.  Mais leur éducation n’a pas été optimale : Sur l’une des photos d’Amber, on voit un plat plein de cocaïne dans le fond.

Farlan est mort d’une maladie du foie en 2009, juste après son 51ième anniversaire et sa mort a profondément touché ses deux filles, Andrea qui était intelligente, belle, talentueuse et entreprenante a ouvert sa propre agence immobilière mais a accentué sa consommation d’alcool après la mort de son père.  « Elle se saoulait à mort » nous a confié son oncle Keylan. Elle a été enterrée en 2013, à l’âge de 29 ans.


Dans les années 70, 80,  il était fréquent d’entendre la suggestion désobligeante selon laquelle les forces qui détruisaient les communautés afro-américaines étaient enracinées dans la «  culture noire ». L’idée était que les pères cas sociaux,  l’usage auto-destructeur de drogues et les familles démantelées étaient les causes fondamentales  et que tous ces gens devaient «  prendre leur responsabilité personnelle ».

Un sociologue d’Harvard,  William Julius Wilson,  a répliqué que le problème sous-jacent était la perte d’emploi et il s’avère qu’il avait raison. Quand le emplois sûrs ont quitté les villes a majorité blanche comme Yamhill, une vingtaine d’années plus tard, à cause de la globalisation et de l’automatisation, les mêmes pathologies se sont développées. Les hommes tout particulièrement ont ressenti la perte non seulement des revenus mais aussi de la dignité qui accompagne un emploi reconnu. Solitaires et troubles, ils se sont auto-médicamentés avec l’alcool et les drogues et ils ont accumulés des dossiers criminels qui les ont laissés moins embauchables et moins mariables. La structure familiale s’est effondrée.

Il serait facile mais trop simpliste de n’accuser que la perte d’emploi et l’automatisation.  Les problèmes sont aussi enracinés dans des choix politiques désastreux depuis cinquante ans.  Les USA ont arraché le pouvoir au travail et l’ont donné à la finance et ils ont supprimé les salaires et baissé les impôts plutôt que d’investir dans le capital humain, comme d’autres pays l’ont fait. Quand d’autres pays se munissaient d’une couverture médicale pour tous, nous ne l’avons pas fait. Certains comtés aux USA ont une espérance de vie plus basse que celle du Cambodge et du Bangladesh.

Une des conséquences est que l’extrémité de la force de travail des USA n’est pas très productive, ce qui réduit notre compétitivité de notre pays. Un travailleur peu qualifié  peut ne pas avoir de diplôme du secondaire  et savoir à peine lire ou compter tout en luttant avec une addiction. Plus de sept millions d’Américains ont un retrait de permis pour non-paiement de pension alimentaire ou de dette de justice ce qui le rend peu fiables quand il s’agit d’être présent au travail.

Les Américains approuvent également  le discours erroné de la «  responsabilité individuelle »  qui blâme les gens pour leur pauvreté. C’est vrai, bien sûr, que la responsabilité individuelle importe : les personnes à qui nous avons parlé reconnaissent souvent leur comportement auto-destructeur. Mais quand vous pouvez prévoir une conclusion désastreuse uniquement en fonction du code postal où est né l’enfant, le problème n’est pas dans les mauvais choix que cet enfant fait. Si nous sommes autant obsédés par la « responsabilité individuelle », ayons aussi une conversation sur la « responsabilité sociale. »

Résister : l’argument moral pour une révolution écologique Max Wilbert

Cette traduction, pour laquelle j’ai été sollicitée, est publiée sur ce blog pour son analyse, assez superficielle, de la fonction de nombreuses ONGs et les sources de leurs financements dans les stratégies de maintien de la paix sociale des monopoles. Le reste du texte n’offre à mes yeux qu’un intérêt très limité, tant pour son auto-indulgence que pour le manque de rigueur et de référence de ses assertions. Notre point de vue n’est donc en aucun cas impliqué dans les propos, à nos yeux inconsidérés et surtout manquant d’assise pragmatique, de références historique et théorique et surtout de fond culturel dans l’approche des processus révolutionnaires ni dans la naïveté politique de cet auteur. EG

La solution : Résister  L’argument moral pour une révolution écologique

LA solution : resister

L’ARGUMENT moral pour une revolution ecologique

18 NOVEMBRE 2019 DEEP GREEN RESISTANCE NEWS SERVICE 

Ecrit et photographié par Max Wilbert

En 1941, alors que la Deuxième guerre mondiale s’étendait sur la moitié de la planète, mon grand-père fût  appelé pour servir l’Armée américaine.

Devant faire face à la perspective d’être envoyé à l’étranger pour tuer d’autres jeunes gens dans cette guerre, sa morale se rebella. Il refusa de rejoindre son régiment et fit une démarche pour devenir objecteur de conscience, statut qui lui fit octroyé au bout du compte.

Ce n’était pas une position très populaire. Parmi un million d’appelés, environ 43.000, c’est à dire moins de la moitié de un pour cent, devinrent objecteurs.  Les autres objecteurs et lui-même furent largement critiqués, attaqués et ostracisés. Leur engagement fût testé par des commission, par les familles et les communautés qui rejetèrent leurs convictions morales et les désignèrent comme lâches, déserteurs ou traîtres. Presque cinquante ans plus tard, je suis né dans une famille qui s’est référé à l’exemple de mon grand-père. C’était un grand-père était chaleureux, gentil avec moi. Lorsque j’étais enfant, des discussions sur la guerre, l’impérialisme, le racisme, l’exploitation des femmes, l’oppression, et la destruction de la planète étaient fréquentes au sein de ma famille. On m’y a appris que ces choses devaient s’arrêter. Le changement social était une nécessité, et la résistance non-violente était la méthode.

Ayant à faire face à la perspective de la Seconde guerre mondiale, quels choix aurais-je fait à la place de mon grand-père ? D’une part, le régime nazi était un mal innommable et les actions du Japon impérial étaient tout aussi horribles. D’autre part, les actions de l’empire US avant, pendant et après la guerre- n’étaient pas vraiment bienveillantes. Comme l’écrit Howard Zinn, avant que la guerre n’éclate, les USA :

« s’étaient opposés à la révolution haïtienne dans son indépendance de la France au début du 19ième siècle. Ils étaient à l’origine d’une guerre contre le Mexique et s’étaient approprié la moitié du pays. Ils ont prétendu aider Cuba à gagner leur liberté contre l’Espagne puis y avaient implanté une base militaire, avaient fait des investissements et obtenus le droit d’intervention. Ils s’étaient approprié Hawaii, Porto Rico, Guam et avaient mené une bataille brutale pour s’approprier les Philippines. Ils s’étaient ouvert une route commerciale vers le Japon avec des menaces et des bateaux de guerre. Ils avaient déclaré un politique portes ouvertes en Chine comme moyen d’assurer aux USA l’opportunité d’avoir des droits égaux à ceux des autres empires pour l’exploitation de la Chine. Ils avaient envoyé des troupes à Pékin avec celles d’autres nations afin d’asseoir la suprématie de l’Ouest sur la Chine et les avaient laissées là pendant plus de trente ans. »

Et bien sûr, ce n’est qu’une liste partielle. En 1942, les US étaient encore une société fortement ségréguée (ce qu’elle est encore) engagée dans l’extraction de la valeur des gens de couleur quelques soient les moyens nécessaires d’y parvenir. L’esclavage a construit la richesse des USA et a littéralement construit la Maison blanche. Et bien sûr, le pays entier a été construit sur le génocide effectué par les colons. Un génocide dont Hitler s’est inspiré pour créer sa « solution finale ». De nombreux Américains prééminents, comme Henry Ford, étaient des supporters du régime nazi. Le gouvernement des US n’a pas seulement échoué à évoquer publiquement les persécutions des Juifs allemands avant la guerre, malgré la clarté des évidences, il a aussi rejeté ceux qui venaient chercher refuge et ce faisant les a condamné à la mort.

Les USA ne se sont pas battus à cause du Fascisme, bien que individuellement les soldats l’ai fait. L’histoire critique nous dit que les USA se sont battus contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon avant tout pour des raisons géopolitiques : afin de contrôler un compétiteur pour l’Allemagne, d’endiguer la Russie communiste et de s’étendre dans le Pacifique.

L’historien Gabriel Kolko par exemple dit : « Le but de la guerre économique de l’Amérique était de sauver le capitalisme à l’étranger et sur place. ». Cela a été accompli en consolidant le contrôle américain sur le pétrole au Moyen-Orient, en gagnant l’accès à de nouveaux marchés dominés auparavant par les Anglais et en concentrant des injections de fonds publiques dans les corporations privées. Boeing, Lockheed  et tous les autres bénéficiaires de guerre.

Et à la fin de la guerre, les USA tuaient 150.000 civils japonais à Hiroshima et Nagasaki, dans un bombardement  atomique militaire inutile que P.M.S. Blackett  a nommé : «  La première opération majeure de la Guerre froide avec la Russie. ». En d’autre termes, 150.000 personnes ont été massacrées sans aucune nécessité militaire mais dans l’intérêt d’un positionnement géopolitique. Les Fascistes devaient être stoppés, oui. Mais la guerre menée par les Etats-unis n’était pas une guerre particulièrement «  juste ».

Je respecte le choix de mon grand-père. Tout particulièrement, je suis impressionné par la réflexion éthique exigée pour subir des conséquences si sérieuses, professionnelles et personnelles tout en maintenant sa position de principe. Il n’existe que peu d’individus avec cette dignité et ces convictions.

Quatre-vingts années après la montée du Parti Nazi, nous faisons face avec une montée du fascisme autour du monde.

Trump, Bolsonaro, Duterte, Erdogan, Putin.  De nombreux partis politiques fascistes et des mouvements populistes sont en marche. Leur principale opposition systémique vient du capitalisme néolibéral, un fascisme doux en soi, et la force première ayant décimé la planète pendant les dernières quarante années. En démantelant les institutions publiques, en embrassant le pouvoir des corporations et le militarisme débridé, en corropant le langage de la justice et en doublant l’exploitation des pauvres et du Tiers-monde, des néolibéraux comme Barack Obama et les Clinton ont permis de paver le chemin pour la montée   actuelle d’un fascisme authentique .

Le Capitalisme lui-même est une guerre menée contre la planète et contre les plus pauvres. L’économie globale est construite sur des travailleurs saisonniers exploités, des ateliers à sueur,  , une industrie électronique toxique qui conduit ses travailleurs au suicide de masse,  Tout ceci se déroule sur des terres indigènes volées et un génocide  se déroulant sous nos yeux dans la légalité la plus complète.

Les biens matériels dont est composée la croissance économique sont faits de terre morte. Les montagnes sont minées et explosées. Les rivières sont damnées et réduites en esclavage. Les prairies exploitées. Les forêts rasées. Les océans expurgés de toute vie. La biodiversité est détruite,  les océans sont  détruits, et le réchauffement avance plus vite que ce que les pires prévisions avaient annoncé.  Les émissions de gaz à effets de serre sont plus élevées d’année en année  malgré le marketing habile des campagnes de l’industrie verte.

L’état d’esprit de l’exploitation et du lucre est visible dans la culture dominante.  Les agressions sexuelles sont endémiques.  Les Noirs et autres gens de couleur sont privés de droits et exploités dans une forme d’esclavage dans le système carcéral, puis régulièrement    executés dans les rues dans une forme de lynchage moderne. Les pauvres, les sans-abris, les toxicomanes et un nombre énorme d’autres individus sont traités comme des rebus par cette société et meurent par milliers pendant que des individus comme Jeff Bezos est en croisière sur son dernier yachet de 100 millions de dollars.

Nous devons maintenant nous battre avec la même que celle que mon grand-père a affronté.

Quelle est la ligne de conduite morale de ce monde ?

Avant de connaître la ligne de conduite adéquate, nous devons comprendre quelles sont les racines du problème auquel nous sommes confrontés. Cette étape du diagnostic est essentielle pour un traitement adéquat. Et en fait, l’origine du terme «  radical » vient du mot latin signifiant «  racine ».

Beaucoup trop de personnes dans cette société ne regardent que les causes en surface. Nous devons aller en profondeur.

Premièrement, nous devons comprendre que les problèmes ne sont pas des accidents ou le résultat d’un dérapage du système. C’est le fonctionnement normal de la civilisation industrielle. C’est « les affaires sont les affaires ».  L’économie fleurit, les riches s’en sortent très bien. Tout fonctionne parfaitement.

Pour ceux qui sont au pouvoir, le temps est au beau fixe.

J’ai entendu dire que le capitalisme est une guerre contre la planète et les pauvres. Ce n’est pas une métaphore. Le système économique dominant tue, estropie, et détruit la vie d’innombrables millions d’humains et de milliards d’autres êtres vivants. 

En tant que troisième homme le plus riche de la planète, Warren Buffet a dit une fois : «  Il y a vraiment une guerre de classe, mais c’est la classe à laquelle j’appartiens qui la mène, et nous la gagnons. »

C’est bien une guerre mais menée d’un seul côté.

Les travailleurs, les pauvres, et spécialement les environnementalistes ne voient souvent pas le système comme une forme de guerre contre nous. La propagande incessante, administrée par les médias et par l’éducation, nous enseigne que nous vivons dans une société belle et juste. Tous les problèmes auxquels nous devons faire face – migration, désastres climatiques, abus sexuels – sont externalisés. Au lieu d’être pris comme de facteurs faisant partie intégrante de l’expérience américaine, ils sont envisagés comme les problèmes exogènes ou ignorés complétement.

La propagande, en plus d’inculquer l’éthique capitaliste et l’exceptionnalisme américain, renforce la rigidité de sa boîte contenant les façons acceptables de changer le monde. Les luttes sociales, nous dit-on, devraient avoir lieu au travers des changements politiques, dans les urnes et dans les bureaux de ONG.

Mais ces modèles ne fonctionnent pas

Le changement législatif, par exemple, est rarement permanent. Des lois anciennes, comme the Voting Rights Act  peut facilement être attaqué et compromis. C’est ce qui se produit en ce moment. The Voting Rights Act, ( interdisant les discriminations raciales)  the Clean Water Act, ( droit d’accès à l’eau propre)  the Endangered Species Act ( protection des espèces en voie de disparition)—toutes ces lois qui sont très partielles en premier lieu, sont vidées de leur contenu.

La conduite d’un empire est fermement bipartisane. Les partis déccrates et républicains aux USA jouent une partie routinière à l’échelle de la société tout entière de «  bon flic, mauvais flic ». Ils nous trompent en tentant de nous faire croire que nous vivons en démocratie. Ils autorisent des débats très intenses au sein d’un champs extrêmement restreint de possibilités politique, et ce faisant, distraient l’attention du peuple du vol et de la violence de la classe dominante.

La vérité est que nous avons peu ou rien à dire sur la façon dont notre propre communauté opère, sans parler sur celle dont notre pays est gouverné.

Contraints par des interdictions des droits civiques criminels, par des redécoupages  électoraux par le collège électoral, la propagande incessante et un systéme représentatif sans aucun compte à rendre, nos votes sont largement insignifiants.

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Nous sommes si éloignés du concept d’autonomie que nous peinons même à l’imaginer. Quand avez-vous pris une décision sensée à propos du politique, de l’économique ou de l’avenir social de votre lieu de résidence, de votre ville, de votre état ou du pays dans lequel vous vivez ?

Pour la plupart d’entre nous, la réponse est : jamais.

Appeler les USA une démocratie est risible. Les chercheurs ont prouvé que notre société est une oligarchie. Le Professeur Martin Gilens et le Professeur Martin Page ont conclu dans leur article de 2014, que «  l’élite économique et les groupes organisés représentant les intérêts affairistes  ont un impact indépendant substantiel sur les décisions politiques du gouvernement US alors que le citoyen de base et les groupes défendant les intérêts publiques ont peu voire pas du tout d’influence. »

Ceci se reflète dans le capital de la nation. Cela fait des dizaines d’années que le Congrès n’a pas passé de texte de loi qui ne profiterait pas aux ultra-riches et aux trusts.  Toutes les décisions politiques majeures sont  prises pour soutirer toujours plus aux pauvres, détruire la planète encore plus vite et dans le processus pour rendre la classe dominante décadente toujours plus riche.

Le Complex industriel non-lucratif  (Non-profit Industrial Complex (NPIC)

Face au système politique insolvable, où se dirigent les gens ? Beaucoup se tournent vers le non-lucratif, espérant trouver un monde de petits groupes organisés, vaillants, luttant pour les changements sociaux. Au lieu de cela, ils trouvent un nouveau cauchemar de bureaucratie, 60 heures de travail hebdomadaire et des salaires de misère.

Le système associatif a émergé de l’idéologie libérale qui a déterminé la droiture du système capitaliste de style américain. Dans cette vision du monde, de petites réformes graduelles sont tout ce qui est nécessaire au système  pour continuer de chantonner joyeusement.

La plupart des plus importantes fondations actuelles ont été créée afin de pouvoir légalement contourner l’imposition des plus riches au début du 20ième siècle. Elles se sont avérées être des investissements très lucratifs. Les fondations libérales ont longtemps servi à pacifier les mouvements sociaux et à empêcher les changements radicaux.

Une des exemples majeurs en est la professionnalisation de la résistance des Noirs dans les années 70 et 80. Dans le prolongement des soulèvements sociaux des années 60, les associations et les fondations ont investi des milliards de dollar afin de créer  un nombre incalculable d’organisations à but non-lucratif et de services sociaux  .  Un des rapaces de la guerre du Vietnam, McGeorge Bundy, chef de la Fondation Ford,  (Ford Foundation),  a mené une campagne dans tout le pays pour faire face au racisme. Mais derrière la rhétorique se trouvait le désir non pas de trouver des solutions aux racines du racisme mais de pacifier et d’assimiler l’opposition du Black Power au sein de la structure de pouvoir dominante.

Les mouvements politiques non-lucratifs actuels reflètent les mêmes valeurs : élitisme libéral, promotion de l’individu, et optique de la diversité. Et ils produisent les mêmes résultats : campagnes sans fin pour les candidats progressifs, campagnes de financement sans fin et disparition.

Ce qui est absent est un agenda révolutionnaire pour une libération collective du système d’oppression.

Le dissident indien Arundhati Roy, un des écrivains les plus brillants de notre époque, propose une  féroce critique du système des ONG, elle écrit :

« Les administrateurs des  fondations financées par les trusts, commercialise et oriente leur pouvoir et placent leurs pièces sur le jeu d’échec par l’intermédiaire des clubs d’élite et des panels d’experts, dont les membres vont et viennent à travers les portes tournantes. »  Contrairement à différentes théories conspirationnistes en circulation, particulièrement parmi la gauche, il n’y a rien de secret, de satanique ou de Franc-maçon dans ces arrangements. Ils ne sont pas différents de la façon dont les corporations utilisent des compagnies de couverture ou des comptes à l’étranger pour transférer et administrer leurs revenus – sauf que là la monnaie est le pouvoir, pas l’argent.

Il existe maintenant des millions d’associations à but non lucratif, beaucoup d’entre elles sont connectées par un dédale financier byzantin à des fondations plus importantes… la privatisation généralisée a aussi signifié l’ONGnisation généralisée. Comme les emplois et les sources de revenus disparaissent, les ONG sont devenues une source importante d’’emploi, même pour ceux qui les considèrent pour ce qu’elles sont. Et elles ne sont certainement pas toutes à condamner. Sur les millions d’ONGs, certaines font un travail remarquable et radical et ce serait caricatural de mettre toutes les OGNs dans le même panier.

Cependant, les OGNs, corporatistes ou supportées par des fondations  sont des manières pour la finance globale d’acheter les mouvements de résistance, tout à fait comme les actionnaires achètent des parts sur le marché des compagnies, puis ensuite tentent de les contrôler de l’intérieur. Ils sont installés comme des points de croisement dans le système nerveux central, la voie le long de laquelle la finance globale circule. Ils fonctionnent comme des transmetteurs, des récepteurs, des absorbeurs de chocs, donne l’alerte à chaque pulsation, attentifs à ne jamais ennuyer les gouvernements de leur pays d’accueil. »

Le délavage écologique du mouvement environnementaliste.

Un des exemples les plus frappants de la faillite du système des ONGs provient des organisations environnementales les plus importantes.  One of the most damning examples of the bankruptcy of the non-profit system comes from the large environmental organizations. Du Club Sierra  ( Sierra Club) acceptant  25 millions de dollars de l’industrie de la fracturation hydrolique à Greenpeace coopérant avec l’industrie  canadienne des bûcherons,  en passant par la collaboration  de la Conservation de la nature ( Nature Conservancy) avec les industries les plus polluantes du monde, les organisations environnementales à but non-lucratif ont un palmarès record d’atrocités, de compromis et d’échecs.

Sous leur supervision, tout empire.

Et leurs solutions ? Votez pour un Démocrate, changez vos ampoules, et roulez en bicyclette, c’est pathétique.

Aujourd’hui, le complexe industriel global du non-lucratif sert comme une «  valve de libération de pression » pour les sentiments révolutionnaires en herbe. En redirigeant l’énergie qui devrait exiger des changements radicaux vers  un réformisme fragmentaire, les organisations comme celles-ci sont pire qu’une simple distraction. Elles sont, dans une certaine mesure, complices du système qui tue la planète. Au lieu d’un changement radical, ces groupes font campagnes pour des réformes mineures, comme le changement des énergies fossiles vers des énergies vertes. Ces efforts sont applaudis par les multinationales internationales comme  General Electric, qui va encaisser des milliards dans cette soi-disant «  transition verte ».

Pendant ce temps, les forêts continuent de disparaître, les montagnes continuent d’être minées, et la quantité d’émissions de gaz à effet de serre  continue de grimper.

Même dans des pays comme l’Allemagne, patrie du supposé «  miracle vert » de l’énergie solaire et éolienne, les émissions continuent de croître et les multinationales  se développent, toujours plus gonflées par les faveurs et les réductions sur l’électricité offertes par le gouvernement pendant que les pauvres paient pour les grandes entreprises étendent leur réseau électrique.  Pour être clair : les grandes entreprises sont exemptées  de taxes afin de payer les projets d’extensions de réseau d’origine éolienne, puis font demi-tour et profitent de ces contrats pour créer ces méga projets industriels. Pendant ce temps les gens  payent l’addition.

Ceci est un transfert massif de richesse des pauvres aux riches.

D’un agenda capitaliste à un autre, les OGN les plus importantes sont structurées par ce qui peut être financé  et ce qui peut être financé  est de facto pro-corporation, pro-capitaliste et favorable à l’agenda de la production d’énergie et des «  produits verts ».  tenue par le cadre des orientation de résultats qui plait aux grands donateurs, ce système d’une façon inhérente dé-prioritarise les critiques radicales et les idées révolutionnaires en faveur de ce qui rapporte et de ce qui n’a un sens politique que dans le court terme.

En bref, les ONG sont le versant social du système capitaliste.

Les personnes au sein de ces associations ont certainement de bonnes intentions, mais celles-ci ne sont pas aussi importantes que les résultats quand le destin de la planète est en jeu.

Cory Morningstar nomme les activistes climatiques libéraux  « L’industrie de l’espoir », écrivant que « 350.org et leurs amis servant un objectif vital… [en permettant] au public de se sentir  en paix avec lui-même. Simultanément, ils assurent obéissance et passivité à l’état de façon à sécuriser l’actuel système et les structures de pouvoir et de les laisser intactes. Nous avons maintenant touché le point critique où les corporations vont commencer le lent processus d’élimination des parts toxiques tout en préparant une nouvelle vague encore sans précédent, encore insurpassée de «  santé climatique ». Nous sommes sur le point d’être témoins d’une transition globale vers des fausses solutions rentables déguisées en «  économie verte »… pendant qu’ils s’écologisent en façade comme de nobles hérauts de la Terre. »

C’est ainsi que la classe dirigeante dirige

Dans son roman «  Le meilleur des mondes », Aldous Huxley écrit qu’un totalitarisme efficace n’a pas besoin de pointer une arme sans arrêt sur chacun d’entre nous. « Un état totalitaire efficace », écrit-il « serait un état dans lequel un pouvoir exécutif tout-puissant et patrons et leur armée de managers contrôlerait une population d’esclaves n’ayant pas besoin de coercition, parce qu’ils aiment leur servitude. »

L’élite contemporaine a travaillé dur afin de créer un tel monde. Ils ont conduit la tension dynamique entre réforme et réaction. Quand  les conditions politiques et économiques l’ont permis, ils ont étendu sans merci leur exploitation de la planète et des pauvres.  Quand les vagues de fond du mécontentement social a forcé les concessions, ils ont offert des réformes limitées. Avec l’illusion de démocratie procurée par les élections, les changements législatifs, et le complexe industriel non-lucratif, la classe dirigeante manipule la société dans son ensemble. De cette façon, ils diffusent d=e potentiel révolutionnaire, étendent leur pouvoir, et consolident leurs gains.

Ces élites, la classe possédante de la société globale, sont en train de mener une guerre offensive. Pendant ce temps, les progressifs et les radicaux sont coincés dans une posture réactionnaire, nous défendant contre des derniers assauts et tombant toujours plus loin derrière. Notre travail est presque entièrement défensif.

Mais comme tout guerrier expérimenté le sait, les guerres ne sont jamais gagnées par la défense. Ces mesures défensives ne peuvent e terminer que d’une façon : dans l’érosion régulière de la victoire, la lente descente dans le fascisme et la défaite finale. C’est ce que nous sommes en train d’expérimenter en ce moment.

La propagande contre-révolutionnaire

Les systèmes pour le changement social ont été cooptés par l’élite corporatiste. Mais les agents de l’oppression ne sont jamais satisfaits par le démantèlement des organisations et des institutions uniquement ; Ils doivent assassiner les leaders révolutionnaires également.

Quand Che Guevara était mis en joue, ses derniers mots furent : «  Tirez, lâches, vous allez seulement tuer un homme ». Fred Hampton, âgé de 21 ans, assassiné par la police alors qu’il était allongé, drogué, sur son lit a dit « Vous pouvez tuer un révolutionnaire, mais vous ne pouvez pas tuer une révolution. ».  Thomas Sankara, le révolutionnaire du Burkinabé parfois nommé «  le Che africain » a délivré le même message juste avant d’être tué. «  Même si les révolutionnaires peuvent être tués en tant qu’individus, vous ne pouvez pas tuer une idée. » 

Selon le psychologue John F. Schumaker nous « sommes de loin le peuple le plus sous propagande de l’histoire », les corporations sont supposées investir 2,1 miliiards dans les médias en 2019.

Développer une posture combattive effective implique que nous faisions fi des mythologies et des idées fausses induites par ce système. En d’autres termes : tant que nos esprits demeurent colonisés, nous ne serons pas capables de combattre et de gagner.

Une des plus redoutables idées fausses que nous devons démanteler est celle du mythe pacifiste. Cette mythologie a été attentivement construite. Les leçons autour des mouvements sociaux – lorsque le sujet est abordé- peignent les images d’une lutte civile non-violente.  Ce n’est pas par hasard. Une version blanchie  de Martin Luther King, Jr.  est mise en avant alors que le mouvement des Black Panthers n’est jamais évoqué. Une révolution américaine bourgeoise est célébrée, alors que la Révolution haïtienne est ignorée.   Le suffrage des femmes est évoqué mais les actions directes des suffragettes dans le monde sont évitées.  De cette façon, l’imaginaire d’une société entière est formé et moulé.

 La réalité, bien sûr, est que tout changement social se gagne à travers la lutte. L’histoire de notre société est une histoire de guerre de classe. Et la révolution  est la solution aux problèmes que nous affrontons. Mais les révolutionnaires sont ignorés dans notre système éducatif, diffamés dans les médias et activement combattus dans la politique des US. Nous devons rejeter ces leçons toxiques si nous voulons avoir une chance.

Au-delà de la non-violence

La non-violence est une manière profondément morale de changer la société. Dans les bonnes conditions, elle peut être hautement efficace. Mais les inégalités qui s’accentuent, l’effondrement environnemental global et l’échec flagrant des institutions à faire face aux crises m’ont conduit à questionner la non-violence.

Ce matin, je regarde les dernières nouvelles du Unist’ot’en Camp.  Dans le Canada de l’ouest, l’ Unist’ot’en Camp ont arrêté de proposer du sable bitumeux et du gaz de schiste depuis presque une dizaine d’années.

Ils n’ont jamais cédé leur terre au gouvernement canadien ou signé de traité. Sous la législation canadienne, leur terre a été reconnue comme souveraine. Mais en décembre, la compagnie de pipeline a présenté une injonction à la cour canadienne. Cette injonction donne à la police (la RCMP) le droit d’ôter toute barricade des  routes.

Le résultat de cette injonction est maintenant que des hommes armés du Territoire Wet’suwet’en  expulsent les manifestants et facilitent l’extraction du gaz de schiste, l’abattage des arbres, l’empoisonnement de l’eau, la construction de routes et toutes les autres destructions amenées avec lui par le pipeline.

Le défunt organisateur et leader international des droits indigènes, Arthur Manuel a nommé cette injonction «  l’atout caché du Gouvernement canadien ». Il a dit que «  chaque fois qu’il y a un conflit territorial entre les peuples indigènes et l’industrie, la cour la cour ressort ses injonctions et se place aux côtés de l’industrie. »

Cette lutte continue, l’industrie continue à progresser partout ailleurs. Nous ne pouvons pas lutter contre eux partout à la fois. Dans le monde, le pétrole et l’extraction du gaz prospèrent. Ce combat est encore en route. Nous ignorons comment il va finir. Il peut s’achever sur une victoire, comme l’a fait celui de la lutte anti-fracking du territoire Mi’kmaq en 2013. Ou être une défaite comme à Standing Rock.

Mais nous savons ceci, comme la lutte continue, l’industrie continue à mener à bien ses affaires sans obstacle ailleurs. Nous ne sommes pas capables de combattre partout à la fois. Partout dans le monde, le kérosène et le gaz de schiste  se développent. Sables bitumeux en Amérique du sud,  forage en haute-mer dans l’océan Arctique, fracturation hydraulique dans le bitume de Marcellus, exploitation minière du charbon en Mongolie. La plupart des grands projets industriels sont en plein essor partout dans le monde et l’émission de gaz de serre augmente à des niveaux sans précédent alors que les forêts, les zones humides, les prairies et les zones océaniques préservées sont détruites par l’industrie. Les émissions de carbone en 2018 ont dépassé de 3,4% celles de l’année précédente- la plus forte augmentation de ces dernières huit années.  Nous n’avons plus le temps.

Pour avoir une chance d’arrêter les forces qui écrasent la vie de la planète, des postures défensives comme celles du Unist’ot’en Camp sont essentielles. Mais la défense seule n’est pas suffisante et les gouvernements continuent à prendre le parti de l’industrie. Si nous voulons survivre, nous devons élaborer des stratégies offensives légitimes.

A quoi ressemble une lutte offensive ?

Les changements législatifs, le vote, le complexe industriel de l’associatif sont entièrement contrôlés par la classe dirigeante. La lutte offensive est, par nature, impossible au sein de ces arènes.

La lutte offensive réelle est révolutionnaire par essence. Une révolution est «  le renversement par a force d’un gouvernement, d’une classe ou d’un ordre social, en faveur d’un nouveau système. ». Même si cette force ne signifie pas nécessairement une violence ouverte, la violence fait partie de chaque lutte révolutionnaire.

On a dit à la plupart de gens qui veulent une justice sociale et environnementale  que la révolution violente est moralement indéfendable. A travers la peur et les mensonges, l’élite nous a blâmés pour l’organisation et l’accomplissement d’une révolution.  Elles nous condamnent ainsi à l’action défensive.

Briser notre allégeance au système dominant est le premier pas vers la résistance effective. Ceci demande que nous décolonisions nos esprits et que nous nous souvenions de la vraie source de la vie. Nous devons tous choisir notre camp : la vie ou la machine.

Quel camp choisissez-vous ?

Même le stratège renommé de la non-violence, Gene Sharp, évoque la résistance non-violente comme une forme de guerre. Percevoir nos luttes de cette façon est important. Les luttes défensives sont possibles à mener tout en déniant que nous sommes en guerre. Mais une fois que nous reconnaissons que nous sommes en guerre, la lutte offensive devient une possibilité légitime.

Une fois que notre imagination s’est étendue, nous pouvons tenter de répondre à la question : à quoi ressemble une lutte offensive ?

Dans la stratégie militaire, le but d’une action offensive est de détruire la capacité de l’ennemi à provoquer la guerre. Après des actions efficaces, ils ne peuvent continuer à vous combattre, quelle que soit l’intensité de leur désir de le faire.

Dans mon analyse, la première arme de guerre utilisée contre la planète et les pauvres est l’économie de l’industrie globale. Donc, la lutte offensive aujourd’hui doit briser les conduits d’approvisionnement du capitalisme industriel en ciblant et en détruisant les goulets d’étranglement du système économique global et en démantelant les institutions de la culture dominante.

Si ceci était mené à bien, cela modifierait l’équilibre du pouvoir à une échelle globale. Ceux qui détiennent le pouvoir ne seraient plus physiquement en mesure de détruire le monde et la voie serait ouverte pour des cultures alternatives, la restauration des terres et le processus de réparation de la terre pourrait commencer.

Arrêter la guerre

La guerre contre la planète et les pauvres fait rage. Pour terminer cette guerre aussi vite que possible et avec le moins de pertes possible, notre seule solution accessible est de stopper la capacité de l’agresseur à détruire les pauvres et la planète.

Le capitalisme a fait de cette lutte que question de vie ou de mort. Le vote ne marche pas. La signature de pétition ne marche pas. Les institutions libérales sont à la traîne. Ceux parmi nous qui rejettent le système ne peuvent survivre en essayant de coexister avec lui. Au rythme actuel, il semble que la survie sera ou celle de la civilisation industrielle ou celle de la biosphère.

La guerre est terrible et le marché est une guerre. Le plus vite l’économie de l’industrie globale verra sa fin, le moins il y a aura de souffrances.  Achever cette guerre doit être notre objectif. Ceci signifie la destruction de la capacité du capitalisme industriel à déclencher des guerres.  Un objectif moindre à atteindre nous verrait siffloter en marchant vers notre tombe collective.

Partir en guerre est dangereux, difficile et exigeant. Parfois j’imagine n’être que témoin distant de cette guerre, devenir un objecteur de conscience moderne et vivre simplement. Mais cette voie n’est pas morale. Etant donnée notre situation politique, nous devons faire des choix adultes. La crise à laquelle nous faisons face nous demande de devenir révolutionnaires.

Je souhaiterais que mon grand-père soit encore vivant pour que je puisse m’asseoir à ses côtés et discuter de tout cela. La maladie d’Alzheimer l’a emporté avant que je sois adulte. Mais cependant je sais que, contrairement à beaucoup, il ne tenterait pas de fuir ces réalités. Il ferait face à la vérité, il penserait, et déciderait ce qui est juste.

Mes choix politiques sont extrêmement impopulaires à de nombreux égards. J’ai reçu des menaces de mort d’idéologues d’extrême-droite racistes.  La gauche m’a crié dessus ainsi que la communauté environnementaliste. J’ai été harcelé par des agents d’état. Lorsqu’elle a entendu parler du harcèlement par le FBI, une de mes tantes m’a dit que mon grand-père aurait été fier de moi. Elle a ajouté qu’il aurait dit « c’est que tu fais quelque chose de bien. »  

C’est ce que nous devons faire : ce qui est bien.


Max Wilbert est un organisateur, un écrivain et un guide de pleine nature qui a grandi à Seattle dans l’anti-globalisation post WTO et la lutte contre le racisme. Il est l’auteur de deux livres : Bright Green Lies, sous presse et We Choose to Speak, une collection d’essais publiée en in 2018.

Traduction Elisabeth Guerrier

“America : La tournée d’adieu.” Extrait. Chris Hedge

 “America : La tournée d’adieu.”

Extrait du livre de Chris Hedge, ce court passage où, par ce qu’on appelle ” la force des choses” tout individu, conscient un tant soit peu de la décomposition environnante, qui est avant tout une confrontation avec les bases structurellement amorales du système capitaliste et à l’incapacité pour toute société ayant des velléités démocratiques de se rêver sans limites et sans compte à rendre, entendra en écho le cri de révolte et d’horreur qu’il pousse dans l’obscurité.

Une Amérique moralement dégénérée consumée par l’hédonisme, se complaisant dans l’ignorance, menée par des kleptocrates et des imbéciles, fragmentée par des guerres et des extrémismes culturels souvent violents et au bord d’une guerre nucléaire. C’est un pays maudit à cause de son échec à faire face ou à réparer son péché originel de génocide et d’esclavage. La philosophie d’une expansion capitaliste, le suprématisme blanc, l’exceptionnalisme américain, la perpétration incessante de guerres impérialistes, ont fini par consumer la nation elle-même.  Les complices, qui ont bénéficié un temps de ces maux, en sont devenus les victimes. Comment quiconque peut-il vivre une vie pleine de sens dans une telle société prédatrice ? Est-ce même simplement possible ? Une culture peut-elle jamais retrouver son équilibre quand elle plonge dans une telle dépravation ?

L’élévation de la dégénérescence morale lors des derniers jours n’est jamais accidentelle. Cette élite corrompue renvoie son reflet à la société, comme le fait Trump, son vide spirituel. La même stupidité, les mêmes illusions entretenues et la même auto-destructivité sont répétée sans fin.

La liberté et l’autonomie dans l’état corporatiste signifie la liberté et l’autonomie des corporations et des riches à exploiter et à piller sans interférences gouvernementales ou contrôle régulateur.  Et la simple caractéristique de la volonté du gouvernement est d’utiliser la force, sur place ou à l’extérieur afin de protéger les intérêts des classes dominantes.  Cette reddition abjecte de l’état aux possédants est illustrée par le Code des impôts de 2017 ( 2017 tax code) et le démantèlement des régulations environnementales. La dégradation des idéaux démocratiques basiques – mis en évidence quand la Cour suprême a refusé de modifier la surveillance étendue gouvernementale du public ou a défini le transfert de somme illimitées d’argent sale dans la vie politique comme un exercice de «  libre parole » et le droit de pétitionner le gouvernement- moyens qu’a une société de se définir elle-même selon des vertus qui sont mortes.  Le plus longtemps ces illusions sont perpétuées, le plus enragé le public devient en se précipitant vers des démagogues  promettant une nouvelle utopie et qui, une fois au pouvoir, accélère les assauts.

Toutes nos institutions sont corrompues. La presse, les universités, les arts, la justice, les institutions religieuses ont absorbé le breuvage toxique de l’exceptionnalisme américain, le mythe de la vertu américaine, et la combinaison de la liberté avec un capitalisme débridé.  La classe néolibérale en faillite promeut le multiculturalisme et la politique identitaire comme des impératifs éthiques et ignore la primauté de la justice économique et sociale. Elle tolère les intolérants. Je suis entouré de cadavres d’âmes. Nous vivons dans un pays de morts.

L’ennemi de l’intérieur / Chris Hedges

The enemy Within

L’ennemi de l’intérieur

Chris Hedges

Columnist

 

The Enemy Within

Mr. Fish / Truthdig

Notre démocratie n’est pas en péril. – Nous ne sommes pas en démocratie. L’image de notre démocratie est en péril. L’état souterrain ( The deep state) – les généraux, les banquiers, les corporations, les lobbyistes, les responsables de l’intelligence, les bureaucrates et technocrates du gouvernement – a l’intention de sauver la marque. Il est difficile de trompeter au monde que vous êtes le gardien de la liberté avec Donald Trump déblatérant d’une façon incohérente à propos de lui-même, incitant à la violence raciste, insultant nos alliés de longue date, avec la presse, la cour suprême, le Congrès, tweetant de inepties mal orthographiées et dénonçant impulsivement ou sabotant la politique intérieure ou étrangère. Mais le péché le plus impardonnable de Trump aux yeux de l’état souterrain est la critique des guerres interminables menées par l’empire, même si il manque des compétences intellectuelles ou organisationnelles pour superviser un désengagement.

L’état souterrain a commis la plus grande erreur stratégique de toute l’histoire des USA quand il a envahi et occupé l’Afghanistan et l’Irak.   De tels fiasco militaires, une caractéristique des empires sur le déclin sont nommées des actes de micro-militarisme. Les empires agonisants gaspillent leur dernier capital, économique, militaire ou politique sur des conflits futiles, non négociables et ingagnables jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Ils cherchent par ces actes micro-militaires à regagner une ancienne domination  ou une stature perdue.  Les désastres s’empilent les uns sur les autres. Les architectes de notre spirale impériale mortifère sont intouchables. Les généraux incapables et les politiciens qui génèrent l’empire ne sont compétents que dans une chose : se perpétuer eux-mêmes.   Personne n’est tenu de rendre des comptes. Une presse servile traitent ces mandarins avec une vénération quasi religieuse. Généraux et politiciens, dont beaucoup auraient dû être remerciés ou poursuivis en justice se voient, au moment de leur retraite, attribués des sièges dans les conseils d’administration des fabricants d’armes, pour lesquels ces guerres sont immensément profitables. Ils sont sollicités par la presse servile pour fournir au public des analyses sur le foutoir qu’ils ont eux-mêmes créé. Ils sont hissés comme des exemples d’intégrité, de service désintéressé, et de patriotisme.

Après maintenant presque vingt années, chaque objectif prétendument utilisé pour justifier nos guerres au Moyen-Orient a été débouté. L’invasion de l’Afghanistan était supposée effacer Al-Qaida, au lieu de ça, Al-Qaida a migré pour remplir les vides de pouvoir que l’état souterrain avait créé lors de ses guerres en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen. La guerre an Afghanistan, transformée en une guerre contre les Talibans  qui ont maintenant le contrôle de la presque totalité du pays et met en danger e régime corrompu que nous avons installé à Kaboul. L’état souterrain a orchestré l’invasion de l’Irak, qui n’avait rien à voir avec les attaques du 11 septembre. Il a prétendu en toute confiance pouvoir construire une démocratie dans le style occidental et affaiblir le pouvoir de l’Iran dans la région. Au lieu de ça, il a détruit l’Irak en tant que pays unifié, montant les factions ethniques et religieuses les unes contre les autres. L’Iran, qui était très proche du gouvernement Shiite dominant à Bagdad, en est sorti encore plus fort. L’état souterrain a armé les rebelles «  modérés » e Syrie dans un effort d’évacuer e Président Bashar Assad, mais quand il a réalisé qu’il ne pourrait pas contrôler les djihadistes  – auxquels il avait fourni plus de 500 millions en armes et assistance- l’état souterrain a commencé à les bombarder  et à armer les rebelles Kurdes contre eux. Ces Kurdes qui plus tard seront trahis par Trump. La «  guerre contre la terreur »  s’est étendue comme la peste de l’Afghanistan à l’Iraq, à la Syrie et à la Libye et au  Yémen,  qui après cinq années de guerre souffre d’un des désastres humanitaires les pire au monde. Le coût financier de cette misère et de ces morts est entre 5 et 8 trillions d dollars. Le coût humain est aux alentours de centaines de milliers de morts et de blessés, de villes détruites, de villages et d’infrastructure saccagées et de millions de réfugiés.

Trump  a commis une hérésie politique lorsqu’ il a osé pointer du doigt la folie d’une armée sans contrôle. Il va payer pour ça. L’état souterrain entend le remplacer par quelqu’un d’autre – peut-être Mike Spence, aussi vide moralement et intellectuellement que Trump – et qui fera ce qu’on lui dit.  C’est le rôle de l’exécutif aux USA : personnifier et humaniser l’empire. Et le faire avec pompes et dignité. Barack Obama—qui a spécieusement réinterprété l’Autorisation pour l’usage de la force armée de 2001 (Authorization for Use of Military Force) afin de donner à l’exécutif le droit d’assassiner à l’étranger, même un citoyen américain soupçonné d’être un terroriste – a excellé à ce jeu.

Chris Hedges is a Truthdig columnist, a Pulitzer Prize-winning journalist, a New York Times best-selling author, a professor in the college degree program offered to New Jersey state prisoners by Rutgers…

Traduction : Elisabeth Guerrier

“Deep state” a été remplacé dans cette traduction par ” Etat souterrain”

Les fissures dans l’édifice totalitaire transgenre. Jane Robbins / 2ième partie

” Ce que l’on avait coutume de faire de façon condensée et concentrée, par le biais de lois universelles insufflées grâce à la ferveur normative de l’Etat, et sous la protection de la police d’Etat, ce sont désormais des compagnies commerciales, des groupes presque tribaux ou les individus eux-mêmes qui le font., de façon mal coordonnée. Comme par le passé nous nous efforçons d’obtenir de la rationalité mais c’est à présent de la micro-rationalité (ou plutôt des micro-rationalités qui agissent en général dans l’incompréhension mutuelle, sont en désaccord et refusent de fusionner en un compromis) qui ne eut que reproduire ” l’irrationalité au niveau de l’ensemble”. Z.Bauman La vie en miettes. Expérience post-moderne et moralité Ed. Pluriel. 2003 p.154

Suite de l’article de Jane Robbins. Il a semblé nécessaire d’éclairer dans un commentaire plus détaillé le choix de cette auteure qui peut être soumis à quelques réserves de notre part en fonction de son appartenance politique. Il parait indispensable également de préciser que notre posture est avant tout celle d’une tentative de distance et d’analyse et que les développements présents dans cet article permettent partiellement de remettre ce mouvement dans son contexte, au moins financier et médical. Il y manque entre autres l’abord plus circonstancié d’une prise en compte élargie du mouvement transgenre au sein des autres mouvements qui caractérisent la “crise anthropologique” que semble traverser en ce début de 21ième siècle le monde postmoderne. Il serait également intéressant d’interroger cette soudaine “manie” collective au regard des effets délétères du matraquage subi lors de la dernière décennie de “L’Evidence based medicine” ainsi que d’approfondir ses liens avec l’hyper-individualisme et ses inévitables limites. Les références présentes dans ce texte, à des “valeurs stables et fondatrices” et, ici, religieuses, auxquelles il serait nécessaire de “revenir” sont de peu de poids par rapport aux bouleversements sociétaux qui ont évincé le mythe de l’état-nation démocratique en tant que tuteur moral et accréditeur de sens du lien social et qui ont mis en sa place sans les désigner comme seuls nouveaux pouvoirs, les soubresauts du marché et les produits des techno-sciences et leur capacité à dénier à leur logique tout questionnement sur une dimension métaphysique nécessaire au “progrès”, en évacuant sous forme de déni, et comme principe quasi structurel, toute prise en compte de la dimension historique et généalogique de toute appartenance humaine. EG

” Le même mouvement qui mit en notre possession les pouvoirs qui doivent à présent être régulés par des normes//a érodé, par une complémentarité nécessaire, les fondations dont les normes pouvaient tirer leur origine.// Nous frissonnons désormais dans la nudité d’un nihilisme au sein duquel la quasi-omnipotence a comme partenaire le quasi-vide et la plus grande capacité la plus petite connaissance du but.” Hans Jonas. Philosophical essay From ancient creed to technological man, Englewood Cliffs Prentice Hall 1974 p.19

Les enfants Trans

Pendant les décennies suivant le largement médiatisé  changement de sexe «  de Christine (né Georges William) Jorgensen en 1952, l’expérimentation médicale dans ce royaume était largement confinée aux patients adultes. Il n’y avait pas de sérieuses tentatives de médicaliser des enfants confus à propos d leur sexe (étant entendu qu’il y ait eu de tels enfants —des statistiques  de 2011 estiment que seulement 0, 2 à 0, 3 % de la population adulte souffre de dysphorie de genre, le pourcentage d’enfants est vraisemblablement plus faible encore). Mais une des caractéristiques particulièrement perturbante de l’actuelle manie transgenre est son insistance à prétendre que même de jeunes enfants peuvent «  savoir » qu’ils appartiennent au sexe opposé, avec la conclusion résultante qu’ils ont donc droit à une assistance médicale qui leur permette de transformer définitivement leurs corps afin qu’il corresponde à leur sentiment ;

Le traitement moderne pour les enfants dysphoriques créé par le Dr. Norman Spack, un pédiatre endocrinologiste  qui a fondé la première clinique de genre à l’hôpital pour enfants de Boston. Le processus inclut potentiellement quatre étapes : une «  transition sociale «  dans laquelle l’enfant confus est évoqué avec un nouveau nom et de nouveaux pronoms et est autorisé à porter des vêtements et à se comporter comme un membre du sexe opposé. Le suppression de la puberté naturelle par l’administration de bloqueurs de puberté nommés agonistes GnRN, qui sont supposés donner plus de temps à l’enfant afin de se décider pour une transition à venir avant que son corps ne se développe naturellement lors de sa maturité sexuelle, une «  transition hormonale », l’administration de puissants manipulateurs physiologiques, puis la «  transition chirurgicale ».

Les effets physiques non discutés de ce GAT sont choquants.. Selon une recherche d’ampleur menée par l’ American College of Pediatricians, administrer des hormones cross-sexes et des bloqueurs de puberté comporte des risques énormes : maladies cardiaques, caillots sanguins, crises cardiaques, arrêt de la croissance osseuse, ostéoporose, cancer, douleurs articulaires aiguës, dépression, et idéation suicidaire. Les interférences avec la puberté normale et la maturation sexuelle, qui proviennent à la fois des bloqueurs de puberté et des hormones cross-sexes, causeront aussi la stérilité et un dysfonctionnement sexuel permanent. Et ce ne sont simplement que les effets connus, parce que ce type de traitement est récent, les conséquences à long terme en sont inconnues. Les agonistes GnRH ne sont pas reconnus par la FDA-pour inhiber la puberté normale et sont donc utilisés sans validation à cause de cela.

La chirurgie est horrible. (SRS). Les patientes femmes peuvent subir une hystérectomie, une vaginectomie et une double masectomie – tous ces organes enlevés étant bien sûr parfaitement sains. Certains chirurgiens ôtent la peau des avant-bras  afin de créer une réplique inefficiente d’un pénis. Les organes sexuels des patients hommes ( pénis, testicules, scrotum) sont enlevés et un faux vain est ouvert qui doit  être maintenu ouvert  avec un dilatateur afin de ne pas se résorber sur lui-même et de cicatriser.

En d’autres mots, ces médecins de « l’affirmation  «  luttent contre des systèmes normaux du corps humains qui contre-attaquent en luttant contre les intrusions. Les patients seront engagés dans cette lutte pendant toute leur vie.

Un observateur objectif assumerait que les médecins quiparticipent au GAT repoussent ou dépassent les limites d’une pratique médicale acceptable, risquant d’être confrontés aux autorités. Dans l’environnement politique actuel, pas vraiment. En 2017,  la Société endocrine a publié  des indications qui permet le traitement des enfants et adolescents dysphoriques avec des bloqueurs de puberté et des hormones cross-sexes en dépit des risques connus pour la santé et de ceux que nous ignorons encore.  Bien que ces indications sont emplies de conseils de «  suivre » les divers aspects de la santé du patient durant la GAT et d’y impliquer des professionnels de la santé mentale d’une manière largement non précisée, la seule chose qu’il est conseillé à un endocrinologiste de ne pas faire est d’administrer des hormones cross-sexe et des inhibiteurs de puberté à des enfants pré-pubères. Autrement, tout est possible. Même la limite d’âge pour recevoir des hormones cross sexe et des inhibiteurs de puberté est flexible, puisqu’il peut y avoir des «  raisons irréfutables »  de pratiquer cela à des adolescents avant seize ans.  Aussi longtemps qu’il existe une «  équipe pluri-disciplinaire » en place afin de «  superviser » l’accroissement des malaises cardiaques et des crises, la détérioration osseuse,  les tumeurs malignes et  la dépression paralysante, tout devrait aller au mieux.

Un des aspects les plus perturbants de la subordination de l’ Endocrine Society d’une pratique médicale saine  à des exigences politiques est son traitement de la stérilité permanente qui résulte d’un GAP achevé. Les indications  s’y réfèrent ponctuellement : «  Les cliniciens devront informer les enfants pubères, les adolescents et les adultes cherchant un traitement de confirmation de genre de leurs options pour la préservation de la fertilité. » Rien à propos des conseils sérieux nécessaires pour expliquer l’énormité de cette décision.  Aucune reconnaissance du fait que les enfants et les adolescents ne peuvent pas  en avoir conscience de toute façon. Non, informez juste les enfants – pour qui avoir eux-mêmes des enfants est au-delà de leur propre imagination,  sur les «  options pour la préservation de la fertilité. »

Comme il est suggéré par la présentation de l’Endocrine Society, jusqu’à récemment, les bloqueurs de puberté n’étaient pas utilisés avant que le patient ait 11 ans, les hommes cross-sexes avant 16 ans et la chirurgie avant l’adolescence tardive ou l’âge adulte. Mais l’industrie a abaissé les âges d’administration sans prendre en compte les recommandations. Le Dr. Johanna Olson-Kennedy, un pédiatre californien ayant gagné sa notoriété en ayant été plus loin dans ce domaine, a modifié le protocole pour une étude fédérale qu’elle conduit et autorise l’administration d’hormones cross –sexe à des enfants de 8 ans. Des doubles mastectomies sont effectuées sur des filles de 13 ans. L’endocrinologiste pédiatrique de l’Université de Stanford, le Dr. Tandy Aye souhaite  l’accélération des changements législatifs qui puisse permette à des adolescents mineurs de subir une opération chirurgicale stérilisante même si l’idée qu’un mineur pisse correctement appréhender ce que signifie la stérilité, est, pour  le moins inconsistante par rapport à ce qu’on sait du développement du cerveau adolescent.

Certains chirurgiens op-rent déjà de la chirurgie mutilatrice sur des garçons mineurs, prétendant que l’ “âge est arbitraire”  et que les adolescents se sentent mieux hors de cette  procédure grotesque et pénible pendant qu’ils sont encore à la maison, avec des parents à même de superviser les soins post-chirurgicaux. Ces chirurgiens prétendent n’effectuer ces opérations permanentes, ayant des répercussions à vie uniquement sur des «  adolescents matures ». La maturité étant bien sûr déterminée par ces mêmes médecins conditionnés idéologiquement, et apparemment sans ou avec très peu de prise en compte des problèmes émotionnels que peut rencontrer un garçon qui veut être castré.

Il est probable que les indications seront modifiées afin d’accommoder les expérimentations de ces praticiens pionniers. En tout état de cause, l’élite des médecins du transgenre comme Olson-Kennedy,  se contentent de bafouer les indications à volonté et de faire ce qu’ils veulent. On pourrait en conclure que ces indications existantes ne sont là que pour l’apparence- afin d’aider des praticiens inexpérimentés à gérer leurs patient d’une façon politiquement correcte et de présenter un vernis de sobres réflexions afin d’éloigner les intervenions de certains professionnels ou membres du gouvernement qui pourraient mettre un holà à certaines de ces horreurs.

L’insistance sur le fait que les sentiments enfantins soient honorés, même au prix d’interventions chirurgicales et de traitements irréversibles est alarmant et sans précédent. Pour de bonnes raisons, les enfants ne sont pas autorisés à boire, à fumer, à jouer, à voter, à conduire des véhicules, à signer des contrats ou à accéder à certains loisirs. Ils n’ont pas non plus accès à certains traitements sans le consentement de leurs parents. Mais des adultes puissants affirment que les sentiments des enfants qui sont trop jeunes pour acheter un  sirop contre la toux devraient prévaloir sur toute considération contraire.

La dissention n’est pas tolérée. N’importe qui, que ce soient des parents, des médecins, des enseignants, ou des camardes de classe – qui questionne leur décision est traité de transphobe, de sectaire devant être réduit au silence.

Pourquoi maintenant ?

Pourquoi ceci arrive-t-il ? Pourquoi un brouillard de mensonges s’est-il abattu sur toute la société, au point que même des enfants sont sacrifiées à ce Léviathan vorace ?

Des volumes entiers seront consacrés aux soutiens de l’hystérie transgenre de masse. Quelques considérations :

• La manie transgenre résulte naturellement de la marche sans interruption de la révolution sexuelle. Le déni de la nature humaine a commencé avec le contrôle des naissances et la pilule, séparant le sexe de la reproduction. Cela a conduit à la séparation du mariage et du sexe  qui a détendu les astreintes et l’activité sexuelle et l’enfantement hors mariage. Une famille avec père et mère n’était plus considérée comme nécessaire à l’enfant, ce qui signifiait qu’il n’y avait rien de notoire à propos de l’appartenance sexuelle des partenaires unis par un lien romantique. Puis vint Obergefell, qui en acceptant le mariage homosexuel comme un droit constitutionnel a oblitéré les distinctions physiques, biologiques entre les sexes. Et si il n’existe pas de distinction majeure, une être humain ne devrait pas être confiné  à un seul sexe mais plutôt être capable de changer d’un sexe à un autre ou de s’arrêter quelque part au milieu.

• Cette manie provient de l’élévation du Self autonome narcissique, qui est supposé pouvoir faire de droit tous les choix qui lui semblent désirables sur le moment – même si ces choix violent la réalité physique.

• Cette manie est le résultat du concept en développement que le désire du patient devrait être le premier sinon le seul déterminant pour un traitement médical. Les indications du WPATH sont claires sur le fait que les exigences du patient surpassent les soucis éthiques du médecin. En emmenant ce concept jusqu’à se conclusion logique, un homme dysphorique a établit dans un essai glacial dans le New York Times qu’un médecin devrait appliquer la chirurgie mutilatrice que réclame le patient pour ressembler à une femme – même si le patient sait et admet que la chirurgie causera des dommages physiques énormes et échouera à apaiser sinon augmentera la détresse émotionnelle.  Avec de tels standards, le praticien cesse d’être un soignant et devient  simplement un outil comblant le désir fébrile d’un patient troublé. Et contrairement à un soignant, un outil n’a pas le droit à la conscience, aucune base légitime pour refuser de participer aux procédures attendues.

• La manie provient du culte des experts. Les parents dont l’instinct crie que leur enfant a besoin d’une psychothérapie, et non d’un GAT, se plient sous les professionnels qui prétendent savoir mieux. Si les experts disent que le traitement approprié est X, alors tous les non-experts sont supposés se soumettre sans questionner – même si la folie du parcours recommandé exhibe une lumière rouge aveuglante.

• La manie provient de l’hubris. Un praticien du GAT  décrit l’enivrante adulation de la part de patients et de familles désespérées. « Chaque rencontre est si gratifiante. Ils nous disent : «  Vous êtes mon héros, vous sauvez la vie de mon enfant. Nous ne savons pas ce que nous ferions sans vous. » Selon des chercheurs qui ont questionnés des chirurgiens intervenant dans les phases précoces du SRS, la chirurgie a attiré des médecins qui avaient le désir de «  se prouver à eux-mêmes qu’i n’était rien qu’ils ne puissent chirurgicalement exécuter » Changez un homme en femme et vous serez des dieux.

• La manie enfin résulte du déclin de la foi religieuse. Aucune des évolutions culturelles décrites plus haut ne se serait produite dans une société qui reconnaisse encore la réalité de dieu et de la loi biblique et naturelle. Et pour paraphraser Chesterton, la personne qui ne croit pas en Dieu ne croit pas en rien mais en  n’importe quoi.

Bien sûr, on ne devrait jamais négliger un des plus vieux appâts connue par l’humanité : la cupidité.   Certains professionnels de cette sphère en expansion désirent sans aucun doute alléger la souffrance des patients confus. Mais les professionnels de la santé qui ont accepté sans aucune critique l’imposture de cette alliance perverse Benjamin-argent tout comme l’industrie pharmaceutique qui va  débiter les médicaments et les hormones que  des patient malchanceux prendront à vie vont se partager les bénéfices qui sont supposés  atteindre presque 1 milliard de dollars en 2024. Ce genre de récompense peut avoir un certain effet sur les élancements de la conscience.

Des fissures dans l’édifice

Cette sinistre description suggère que l’humanité a été infestée par un virus monstrueux qui jusque là a résisté à tous les traitements. Mais la vérité morale et scientifique ne peut être étouffe qu’un certain temps et il existe des signes de son réveil.

Un signe encourageant est le nombre croissant de praticiens proclamant publiquement à quel point le roi transgenre est nu.  Bien sûr cette analogie est venue en premier lieu  du Dr. Paul McHugh écrivant dans le Public Discourse, qui a été très franc  contre  les errements et les dommages de la rvolution transgenre.

D’autres médecins ont rejoints le chœur. De l’American College of Pediatricians (établi en réaction à la politisation croissante de l’American Academy of Pediatricians) à des médecins parlant en leur nom qui ont dit la vérité en encourant des risques importants pour leur carrière. – voir les deux événements hébergés par Ryan Anderson, à l’ Heritage Foundation ici et ici—la résistance croît.

A titre d’exemple on trouvera cette lettre écrite par cinq médecins : (Drs. Michael Laidlaw, Quentin Van Meter, Paul Hruz, Andre Van Mol, and William Malone) et publiée dans Le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. Ces praticiens provoquent l’orthodoxie émergente parmi les arguments selon lesquels les jeunes patients doivent se voir administrer un GAT, comme offrant les preuves incontestables de notre incapacité à scientifiquement diagnostiquer les conditions, les risques manifestes portés par les bloqueurs de puberté et par les hormones cross-sexe, et les recherches scientifiques encourageant des traitements alternatifs.  Le fait même que The Journal ait accepté de publier cette lettre indique que la raison médicale s’est retirée mais n’a pas été vaincue.

Les professionnels qui s’opposent au discours transgenre sont répartis sur tout le spectre politique. Un groupe nommé Youth Trans Critical Professionals se définit lui-même comme des « psychologues, travailleurs sociaux, médecins, professionnels de l’éthique médicale et universitaires » qui, « tendant vers la gauche, sont ouverts d’esprit, et favorables aux droits gay » mais qui parc contre déclarent : « nous sommes inquiets à propos de la tendance actuelle qui diagnostique et affirme rapidement de jeunes gens comme transgenres, les mettant souvent sur une voie vers la transition médicale. »

Certains professionnels de la santé mentale s’opposent aussi aux restrictions légales qui contestent leur habilitation à fournir des soins à des patients dysphoriques. Un psychothérapeute juif orthodoxe s’est appuyé   sur les droits du  Premier amendement à la liberté de parole et de religion dans son procès pour infirmer lea suppression par l’Etat de New York des «  thérapies de conversion ».  A Tampa, en Floride, un magistrat fédéral a jugé favorablement un procès similaire attenté par deux psychothérapistes.  De tels challenges légaux sont le signe encourageant que certains professionnels ont la volonté de faire ce qu’il se doit avec leurs patients sans prendre en compte les possibles effets négatifs sur leurs carrières.

La crédibilité de ces mèdecins et autres professionnels de la santé mentale est accentuée par le constat de docteurs qui ne rejettent pas nécessairement le concept de transgenrisme d’emblée mais qui sont gênés par l’éthique prévalente que les sentiments doivent prévaloir sur les preuves. Des médecins comme le Médecin psychiatre de la   Case Western Reserve University School of Medicine, le Dr. Stephen Levine pense qu’un traitement médical peut être positif dans certaines situations mais résiste aux exigences plus radicales de l’industrie du genre et de ses alliés activistes.  Une autre  évolution prometteuse est l’advenue d’un réseau de groupes de parents qui ont vécu la folie transgenre sur leurs enfants ou dans leur famille. Ces parents ne veulent pas avoir à faire avec des «  experts » qui leurs disent des choses sur leurs enfants dont ils savent qu’elles sont fausses et de voir leurs enfants poussés vers des interventions médicales dont ils savent qu’elles vont ruiner leurs vies.  Des groupes comme Transgender Trend4thWaveNow,   et la  Kelsey Coalition  (nommée d’après le pharmacologiste de la FDA qui refusa d’autoriser la mise sur le marché de la thalidomide) se sont organisés afin d’aider les parents à résister et à contrer les abus perpétrés sur leurs enfants. Onpourra lire les histoires de cinq parents qui ont été dans ce cas dans  Public Discourse.

Beaucoup parmi ces parents réagissent à l’aspect le plus cultuel de cette manie – Many of these parents are reacting to the most cult-like aspect of the mania—la soi-disant Mise en route rapide d’une dysphorie (Rapid Onset Gender Dysphoria) qui touche surtout les filles adolescentes. Les parents racontent aussi de telles histoires déplorables. La fille, peut-être dépressive ou ayant d’autres problèmes psychologiques est exposée à l‘idéologie transgenre sur le net ou parmi ses connaissances. Elle passe des heures à regarder des vidéos sur le transgenrisme et le pouvoir magique d’un GAT de  de libérer de l’anxiété, elle  décide soudain, peut-être avec d’autres amies, qu’elle est transgenre, elle insiste pour être évaluée par un « spécialiste du genre »,  qui la conforte dans son auto-diagnostic et commence rapidement à lui prescrire ou des bloqueur de puberté ou des hormones cross-sexe, le spécialiste ignore les informations données par les parents portant sur d’autres aspects de l’expérience de leur fille qui peuvent contribuer à ce délire et  le spécialiste et la fille préviennent les parents qu’elle se suicidera  si ils s’oppose à son choix ;

Mais la création nouvelle d’un réseau d’organisation a permis aux parents de comprendre la manipulation dans toute sa malveillance et de réaliser qu’ils ont des alliés dans leur résistance. Comme les professionnels mentionnés plus haut, nombre d’entre eux sont politiquement conservateurs. Ce qu’ils ont en commun est une reconnaissance de la vérité, un rejet du mensonge même fourni par des experts et une féroce détermination à protéger leurs enfants.

Certains membres du gouvernement commencent à questionner l’accroissement du nombre d’enfants déniant leur sexe de naissance qui a grimpé en flèche. En Grande Bretagne, les Ministère de la femme et des inégalités a récemment ordonné une investigation  afin de comprendre pourquoi le nombre d’enfants demandant une transition a augmenté de 4000 % en huit ans. Même les individus non informés – y compris les bureaucrates- comprennent qu’une telle explosion des cas de dysphorie ne eut pas s’être produite naturellement. La volonté d’examiner la question est un autre signe bienvenu que la manie puisse d’une certaine façon relâcher sa pression.

Aux USA, beaucoup d’élus du gouvernement ont adopté le mouvement transgenre sans d’étude préalable sérieuse. Mais il existe quelques signes de correction là aussi. Par exemple, l’administration Trump a fait plusieurs démarches afin de remettre la loi dans cette arène.

Une a été en Février 2017 l’abrogation de la « school “guidance” » de l’administration Obama qui étendait l’interprétation du sexe au Titre IX afin d’y inclure l’identité de genre. Un développement lié à cela a été l’annonce d’octobre du département d’état  que le Titre VII, qui prohibe les discrimination à l’emploi basées sur le sexe ne seront pas interprétées pour s’appliquer à des actions basées sur l’identité de genre. Depuis que le Congrès avait clairement créés les statuts de 1972 (Title IX) et de 1964 (Title VII) afin de ne couvrir que le sexe biologique, ces étapes montrent un retour bienvenu aux normes de l’autogouvernement. (self-governance)

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En Mai 2019,  le Department of Health & Human Services (HHS) a évolué vers une définition scientifique  du  « sexe » dans les programmes financés par l’état. Alors que l’administration Obama avait décrété que la discrimination, prohibée sur la base du «  sexe «  devait comprendre la discrimination basée sur «  l’identité » de genre » , l’HHS a récemment publié   une proposition de régles  renversant cette interprétation onéreuse et illégale. Le «  sexe » clarifie cette proposition de règle, se verra attribuer sa signification scientifique, ne se référant qu’au sexe biologique démontrable plutôt qu’aux sentiments informels, changeants de l’identité de genre.

Finalement, l’HHS prône le renforcement  des  protections de la conscience des individus impliqués dans la recherche ou dans les soins. Ceci signifie que ces professionnels ne peuvent ps être forcés de trahir leur conscience en participant à des GAT ou à des recherches qui leur sont associées.

Bien que la politique gouvernementale puisse changer bientôt comme le font les administrations ( par exemple le dénommé Equality Act cimentera un politique extraordinairement nocive et totalitariste au regard de l’identité de genre), ces réactions apportent l’espoir de propositions politiques basées sur la réalité.

Un autre exemple de résistance vient du monde des sports. Alors que des garçons ou des hommes s’identifiant comme femmes peuvent battre haut la main  filles et femmes, des personnalités se démarquent. La légende du tennis Martina Navratilova,  elle-même lesbienne et supportrice des «  droits gay », a nommé  la  participation d’hommes dans le sport féminin comme elle le devait : tricherie.  Le groupe récemment organisé recently Fair Play For Women  ( Jeu juste pour les femmes)  a publiquement défendu le droit des femmes et des filles à des participations sensées dans l’athlétisme, ce qui signifie de restreindre certains sports à des athlètes femelles biologiques. Chaque photographie d’un homme plus gros et plus fort battant une fille et peut-être lui ôtant toute possibilité de carrière ou de financement d’études , développe la compréhension du public que le transgenrisme implique un degré signifiant de narcissisme et de droits acquis de mauvaise foi.

Les Féministes commencent à reconnaître la menace du trangenrisme non seulement pour la justice dans la compétition en athlétisme mais pour les femmes dans leur ensemble (voir ). Si des mâles sont autorisés à joindre le sexe féminin simplement en se déclarant femmes, existe-t-il quelque chose comme une femme ? Existe-t-il une base qui permette de protéger les femmes dans un espace privé (comme des toilettes ou des vestiaires), dans les universités, les dortoirs, et même les prisons ? Existe-t-il un moyen pour s’assurer que les programmes supposés aider les femmes, comme des prêts spécifiques ou des réserves dans les budgets gouvernementaux soient restreints aux femmes ?

Les radicaux transgenres sont si préoccupés par la résistance des féministes, spécialement celle des lesbiennes, qu’ils ont créé leur propre insulte pour décrire les gauchistes dissidents : Trans-Exclusionary Radical Feminists, ou TERFS. Les injures, cependant, n’ont pas eu d’effet sur ces féministes, qui reconnaissent que valider des droits légaux basés sur l’identité de genre plutôt que sur le sexe devra «  éliminer les femmes et les filles  en tant que catégorie cohérente, digne de protection de ses droits civils.

La voix la plus puissante pour revenir à la raison va peut-être venir des ceux qui «  détransitionnent » – des individus qui ont subi une transition médicale, et qui ont réalisé qu’ils avaient fait une erreur tragique, et qui  — prennent la parole  maintenant afin de prévenir les victimes de l’industrie du genre.

Walt Heyer a subi des années de dysphorie de genre qu’il attribue maintenant aux mauvais traitement de sa grand-mère et à ses abus sexuels dans sa jeunesse. En tant qu’adulte, il a subi une thérapir hormonle et de la chirurgie et a vécu huit ans comme femme avant de détransitionner. Contributeur régulier du Public Discourse, Heyer a maintenant plus de 70 ans et consacre sa vie a aider d’autres victimes à retrouver leur vie authentique comme il l‘a fait.  Son site internet, sexchangeregret.com, a été visité par des centaines de milliers d’usagers de 180 pays, et il rapporte  un accroissement énorme du traffic depuis la prolifération du virus transgenre.

D’autres adultes sont également francs à propos de la folie du «  changement de sexe »  ( voir le travail de recherche  sur le transgenrisme de Horvath et le récit pathétique de l’expérience de Rene Jax Don’t Get on the Plane.) Mais avec certaines victimes, la prise en compte de la vérité se produit beaucoup plus tôt. De plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes parlent de l’erreur qu’ils ont commise en transitionnant et avertissent les autres jeunes de ne pas se laisser aspirer par le culte (voir là, là, et là, par exemple). Cependant une information fiable sur le niveau de regret postérieur à un GAT n’est pas disponible car de très nombreux patients ne sont pas suivis (peut-être aussi à cause des suicides), plus les détransitionnés parlent, plus ils se sentiront à l’aise à le faire.

Les chanceux sont ceux qui en sont sortis avant la chirurgie ou autre traitement irréversible. Pour les autres, peut-être le système permettra-t-il des dédommagements à travers la possibilité de poursuites pour fraude professionnelle. Tout comme une   responsabilité pénale  a dissuadé des psychothérapistes d’utiliser la théorie de la « recovered memory ” » avec des patients fragiles, la perspective de poursuites et de condamnations substantielles  par des victimes de GAT peut amener des praticiens à y penser à deux fois.

Est-ce différent cette fois ?

Chaque fois qu’une révolution sexuelle se réclame d’une nouvelle victoire – démantelant les normes de la moralité sexuelle ou atteignant l’acceptation des comportements homosexuels, ou imposant le mariage homosexuel faisant pression sur une personne tiers pour célébrer la dernière étape – les individus ayant des valeurs plus traditionnelles pensent que cette fois les radicaux sont allés trop loin. Ce sera certainement le développement qui fera basculer le pendule vers une absence de base et un bon sens commun. Mais au lieu de ça, les révolutionnaires empochent la victoire et avancent sans répit vers le nouvel objectif.

Mais le mouvement transgenre est peut-être différent. Les dommages infligés par les campagnes précédentes sont réeles et profonds mais ceci n’a pas été immédiatement évident. Il a fallu, par exemple, plusieurs dizaines d’années pour que les conséquences de la sexualisation de tout devienne tangible. – désintégration de la famille, enfants sans père et cassés, augmentation des consommations de stupéfiant et autres pathologies culturelles – et même maintenant  les idéologes résistent à la conclusion que ces tendances sont dues aux changements sociaux qu’ils préconisaient.

En contraste, les dégâts de l’affirmation transgenre sont immédiats et apparents. Les dommages médicaux seuls sont indéniables, et l’angoisse ne fait qu’accroître. Les enfants et adolescents concernés, spécialement, deviennent les blessures vivantes dont les vies massacrées témoignent des abus infligés par les «  experts » qui ont profité de leur misère. Les voix des dé-transitionnés pénètre le bavardage politiquement correct pour avertir que ce qui se passe détruit des vies, ici et maintenant.

Hacsi Horvath,  un chargé de cours au Département d’épidémiologie et d biostatistiques de l’Université de  Californie à San Francisco, a décrit abondamment  sur l’acceptation étrange du  concept fantastique de l’identité de genre. :  A mon avis, qui est basé sur des recherches approfondies ainsi que sur ma propre expérience de plus de 13 ans où j’ai prétendu être une femme – GD n’est que très peu concerné par son sexe. IL s’agit plus de troubles dans l’identité. Il n’y a aucune bonne raison pour que la dysphorie de genre ait été majoritairement exclue pendant 15 ans dans le cadre des recherches sur les «  diagnostics trans »  du traitement de personnes dépressives  ou angoissées.  GD n’est pas en soi unique, super spécial !  C’est tout à fait inscrit dans les critères efficacement traités dans le cadre des approches des diagnostics trans. C’est comme si les promoteurs de «  transition » du transgenrisme en vogue exerçaient une sorte de racket.

Un de ses camarades survivant, Walt Heyer ne prend pas de gants en décrivant les agents de la manie transgenre. Spécialement au regard des fausses affirmations touchant les mineurs, il dit :

C’est de la maltraitance sur enfant…Nous fabriquons des enfants transgenre. Nous fabriquons leur dépression, leur angoisse et ça devient une énorme industrie dont les gens profitent alors que la vie de ces enfants est complètement détruite.

Il conclut : Il n’y a absolument rien de bon à affirmer que quelqu’un a une identité genre- croisé parce que ça détruit leur vie…C’est de la folie.

La forteresse transgenre que les radicaux ont construite uniquement à la force de leur volonté est construite sur du sable sans support d’aucune sorte. La vague qui va l’effacer gagne de la force. Puisse venir bientôt le temps où nous dirons, avec les observateurs de cette hystérie passée : «  Mais comment avons-nous pu croire ça ? »

A propos de l’auteure.

JANE ROBBINS

Jane Robbins,  diplômée de l’Université de Clemson  et de l’ Harvard Law School, est avocate et écrivaine en Géorgie.  Membre de l’ APP

Ci-dessous, quelques articles complémentaires :

Article Daily mail Réaction au nombre croissant de demandes

Jonathan Turley  Article sur les (ré)pressions exercées sur les enseignants et intervenants dans le cadre des universités

Madeleine Kearns     Article sur l’exclusion des parents dans les choix d’intervention «  d’information » sur le genre

Slavoj Žižek «  Le sexuel est politique » dans  la revue «  Le salon philosophique »

Colette Chiland  Problèmes posés aux psychanalystes par les transsexuels dans la Revue française de psychanalyse

Le discours transsexuel sur le corps      Jean-Pierre JacquesDans Cahiers de psychologie clinique 2008/1 (n° 30)

Feminist current Pediatrics professor Dr. John Whitehall describes gender transition in minors  as “castrating children.“

Traduction : Elisabeth Guerrier

Les fissures dans l’édifice totalitaire transgenre. Jane Robbins 1ière Partie

« Or la vraie nature des humains n’était pas ce qu’ils étaient, de manière tangible et concrète, mais précisément ce qu’ils n’étaient pas et ne pouvaient devenir sans efforts ; leur «  vraie nature »  était noch nicht geworden, non réalisée, toujours en attente qu’on la laisse sortir. Les hommes et les femmes réels, empiriques n’étaient que de grossières mutilations de ce qu’ils pouvaient être et de ce qu’étaient leur vocation, de pâle reflet de leur vrai potentiel. Pour acquérir leur vraie essence, pour devenir ce que la nature les prédestinait à être, il leur fallait d’abord être transformés, et cette tâche gigantesque de la transformation requérait  les conseils de ceux qui savaient ce que la nature humaine était censée être et comment élever les hommes et les femmes empiriques à ce haut niveau que leur vraie nature exigeait » Zygmund Bauman « La vie en miettes, expérience postmoderne et moralité », page 144 

Nous publions dans un premier temps la moitié de l’article de Madame Robbins, nous commenterons lors de la publication de la deuxième partie, commençant par l’analyse des impacts de l’idéologie transgenre et sur ses pratiques sur les enfants.EG

The Cracks in the Edifice of Transgender Totalitarianism

Les fissures dans l’édifice totalitaire transgenre.

13 Juillet  2019  JANE ROBBINS

Le château transgenre que les radicaux ont construit par la force de la volonté est construit sur des sables mouvants sans appui d’aucune sorte. La vague qui va l’emporter gagne en force. Puisse le temps venir vite où nous dirons tous, comme les observateurs des hystéries : «  Comment avons-nous pu croire une telle chose ? »

«  Ce dans quoi nous vivons, à n’importe quel âge, est l’effet sur nous des émotions de masse et des conditions sociales desquelles il est presque impossible de se détacher. Souvent, les émotions de masse sont celles qui semblent les plus nobles, les meilleures et les plus belles. Et pourtant dans une année, cinq années ou dix, cinquante années, les gens se demanderont  « Comment ont-ils pu croire des choses pareilles ? », parce que les événements se seront produits qui auront jeté les dites émotions de masse  dans les poubelles de l’histoire. »

–Doris Lessing, Prisons We Choose to Live Inside (1987)

L’épidémie de soi-disant «  dysphorie de genre  » parmi les enfants et les adolescents – transgenrisme- a souvent été décrite comme un culte. Cette désignation est, à certains égards, correcte. Bien que sans leader charismatique, habituellement présent dans de tels mouvements,  d’autres descriptions d’experts du culte s’y appliquent sans réserve. « créé pour stabiliser le sens de l’identité chez l’individu en compromettant sa conscience de base, sa vision de la réalité, ses croyances et ses conceptions du onde, son contrôle émotionnel. »  Le culte vise également le but de « réduire l’anxiété, l’incertitude, et le doute en adoptant les concepts mis en avant par le groupe. » La promesse d’une «  nouvelle identité » qui résoudra tous les problèmes, même si elle sépare de la famille ou de la vie antérieure.  Ceci est spécialement vrai dans les cas nommés Décision rapide de dysphorie de genre (Rapid Onset Gender Dysphoria), dans lesquels des adolescents auparavant normaux (habituellement des filles) annoncent soudainement qu’elles désirent effectuer une transition pour le sexe opposé.  La façon dont une adolescente, luttant avec une angoisse sévère, ou même normale à cet âge, peut être attirée dans de tels groupes est facilement compréhensible.

Le transgenrisme serait peut-être mieux décrit en termes de « contagion sociale ». Ce terme se réfère à une  « multiplication des idées, sentiments, et selon certains, névroses au sein d’un groupe ou d’une communauté à travers la suggestion, les médisances, l’imitation etc. »  L’explosion des cas de dysphorie de genre, qui se manifestait dans des cas extrêmement rares auparavant  a coïncidé  ces dernières années avec une augmentation fulgurante d’une attention bienveillante pour le sujet dans les médias communs ou sociaux – suggérant par là une forme de contagion sociale. Les parents dont les enfants annoncent leur transgenrisme lorsque leurs amis le font vont certainement être d’accord avec cette explication. Les personnes qui ont été piégées dans le mouvement transgenre mais qui s’en sont échappées le décrive comme une idéologie avec des éléments à la fois politiques et religieux. La dévotion à cette idéologie est si intense que, comme le décrit un psychiatre, « l’état d’esprit est tel que quiconque qui hésite à supporter une transition ou un réassignement chirurgical est un dinosaure victime d’une approche dépassée, foncièrement discriminante de la personne trans et doit être condamné en justice ou dans l’arène publique. » Et pourtant ces descriptions : culte, idéologie, contagion sociale, échouent à saisir l’unicité et l’énormité de ce qui se passe avec le mouvement transgenre. Les cultes passés et présents ont séduit leurs victimes en leur faisant perdre tout sens de la réalité  et en leur faisant embrasser des croyances étranges et dangereuses, la contagion sociale et le délire de masse ont affecté des groupes importants d’individus apparemment intelligents, les idéologies se sont emparées d’un pouvoir qui a modifié des sociétés et coûté des vies. Mais maintenant nous sommes devant quelque chose de différent.

Les cultes antérieurs, ou des phénomènes sociaux similaires ont généralement été limités dans le temps, l’espace et d’éventuels retours au bon sens. Mais la civilisation occidentale est maintenant aux prises avec un cyclone  culturel qui souffle sur de telles limites avec la force du totalitarisme.  Le transgenrisme a bouleversé les fondations de tout ce qu’on considère comme vrai. Le savoir scientifique est rejeté et la pratique médicale récupérée au service d’une nouvelle «  réalité » – que le «  genre » est indépendant du sexe, que mâles et femelles à tout âge, même les très jeunes enfants ont droit à leur propre identification de leur genre seulement basée sur leurs sentiments, et que littéralement tout individu et tout segment de la société se doit de s’incliner face au choix de cette identité, au risque de perdre leur réputation, leur moyen de subsistance et jusqu’à leur liberté elle-même.

Remarquablement, cette révolution s’opère sans aucune preuve scientifique pour la supporter.  Le concept de changer son sexe biologique est, bien sûr, un non sens, étant entendu que le sexe est déterminé par des chromosomes inaltérables. Un individu peut modifier son niveau d’hormones et subir de la chirurgie afin de mieux imiter le sexe opposé, mais un mâle le jour de sa conception restera un mâle le jour de sa mort. Et, comme nous le développons plus bas, l’idée qu’il y ait une vraie  caractéristique de la personne, appelée « genre »  qui puisse questionner ou invalider la signification du sexe biologique est tout aussi fallacieux.  Mais l’absence de preuve authentique est simplement ignorée et de fausses «  preuves » sot créées pour valider cette manie.

Jusqu’à maintenant. Mais il y a queques signes de failles dans l’édifice du transgenrisme. Comme le dit le Dr. Malcolm dans Jurassic Park, « La vie trouve toujours un moyen ».  Et la réalité aussi. A un certain moment elle va se recentrer et nous allons nous demander comment tout ceci a bien pu se produire.

La  science du sexe et de l’identité genrée

Avant d’explorer la révolution, il est nécessaire de retracer briévement la science dans le domaine du sxe et de l’identité de genre. Selon les indications  de l’Institut national de la santé,  National Institutes of Health (qui finance lui-même actuellement des études éthiquement suspectes liées au traitement des patients à dysphorie de genre) les candidats aux subventions pour des études de santé doivent considérer le sexe comme une variable biologique «  définie par des caractéristiques encodées dans l’ADN, comme les organes reproductifs, et d’autres caractéristiques physiologiques et fonctionelles ». Le sexe humain est  « un trait binaire, déterminé biologiquement, et immuable dès la conception. »

Bien que certains rares désordres congénitaux du développement sexuel (désordre intersexe) peuvent générer une ambiguïté sur le sexe biologique, il n’existe pas de «  spectre »  du sexe sur lequel les humains puissent se situer.  Le sexe biologique est binaire.  Selon le biologiste de l’évolution de l’Université de Californie  Santa Barbara le Dr Colin Wright , « L’affirmation que la classification du sexe des individus à partir de l’anatomie et de la génétique n’a pas de « bases scientifiques » n’a elle-même aucune base dans la réalité, car toute méthode exhibant une vérité prédictive à plus de 99,98 % la placerait parmi les méthode les plus précises des sciences de la vie. »

Par contraste, l’  « identité de genre »  est un phénomène psychologique, non une caractéristique immubable, et introuvable dans aucune partie du corps, du cerveau ou de l’ADN. Il n’existe aucun test médical qui permette de la détecter. By contrast,.Parce que les  études sur les jumeaux  montrent la rareté des jumeaux identiques génétiquement souffrant d’un dysphorie de genre, l’origine n’est clairement pas génétique.. Il n’existe pas non plus de preuve  qui étaye la remarque habituelle que le patient a «  un cerveau de fille dans un corps de garçon » ou vice versa, comme il l’est répété dans des médias comme I am Jazz. Au contraire, chaque cellule du cerveau mâle est porteuse d’un chromosome Y et chaque cellule du cerveau femelle des deux chromosomes X, ce qui demeure vrai même si l’individu se sent faire partie du sexe opposé.  Toute «  preuve » d’une identité de genre innée est pure fiction, au contraire, il existe  de nombreuses preuves irréfutables  que des facteurs psychologiques et environnementaux variés sont déterminants.

Au contraire le sentiment peut changer et des  recherches  montrent que c’est la cas dans une grande majorité de cas (au moins pour des enfants).  Par exemple, des enfants présentant une dysphorie de genre autorsés à vivre une puberté naturelle finiront par accepter leur sexe à l’âge adulte dans 61 à 98 % des cas.  En contraste, des enfants soumis aux traitements de transition comme les bloqueurs de puberté ou les hormones sexuées (évoqués plus bas)  vivent presque toujours comme des adultes transgenres . Les données sur le taux de persistance des patients adultes ne sont pas fiables, premièrement parce que de nombreux patients ne sont pas suivis. Mais de plus een plus de ces patients recherchent une aide médicale pour renverser la procédure. 

Il n’y a pas de preuve que le dénommé gender-affirming treatment (GAT) ait aucun effet positif sur le confort psychologique à long terme d’individus souffrant de dysphorie de genre.  De telles personnes montrent en fait un taux de suicide très élevé avant le traitement  (avec un taux de tentatives de suicide neuf fois plus élevé que celui de la population ordinaire). Mais une étude de Suède, un pays très «  engagé » pour les citoyens se considérant comme transgenres, montre que de suivre un GAT ne réduit pas le taux de suicide de ces patients. En fait le taux de suicide perpétrés est 19 fois celui de la population générale.

L’histoire de l’ « Identité de genre »

A la lumière du manque de support scientifique crédible, d’où viennent donc les concepts de « identité de genre »  et de «  transgenrisme » Leurs origines reviennent à un groupe de « sexologues » des années 50, dont un proéminent endocrinologiste né en Allemagne Le Docteur Harry Benjamin et le Docteur en psychologie John Money.

Jusqu’à cette époque, la profession psychanalytique considérait le désir d’appartenir à l’autre sexe comme un désordre (rare) susceptible d’être traité dans le cadre d’une psychothérapie.  Benjamin, cependant précisa qu’il s’agissait d’un désir indiquant « une maladie unique distincte du transvestisme ou de l’homosexualité  et… non accessible à la psychothérapie. Il nomma cette condition : « transexualisme » et défendit son traitement avec un réassignement sexuel chirurgical.  (un de ses intérêts non démentis remontant à  sa fascination de début de carrière et à ses efforts pour changer le sexe de cochons d’inde). Peut-être liés à son expérience insatisfaisante avec la psychothérapie, Benjamin  a toujours reproché à la psychanalyse son « absence de scientificité ». Il ignora donc (selon ses dires à propos de ses propres cas cliniques) des signes patents  de psychopathologie chez les patients qu’il traitait médicalement pour la confusion de leurs sexes.

Comme Benjamin, le Dr. Money de Johns Hopkins décrivit le transsexualisme comme une situation devant etre traitée médicalement plutôt que psychologiquement. Money changea l’usage terminologique, utilisant le terme «  genre » issu du royaume de la grammaire (classification des noms par laquelle ils sont désignés comme masculin, féminin ou neutre dans certaines langues) vers ce qui maintenant   signifie «  la performance sociale indicative d’une certaine identité sexuelle ».  En d’autres termes, Money décréta qu’un individu pouvait avoir un «  genre » qui différait de son sexe biologique. «  Transexuel devint donc transgenre ».

L’American College of Pediatricians (ACPeds) décrit l’innovation linguistique comme suit :  

D’un point de vue strictement scientifique, l’être humain possède un sexe biologiquement déterminé et des différences sexuelles innées. Aucun sexologue ne pourrait changer les gènes d’un individu avec des hormones ou de la chirurgie. Le changement de sexe est objectivement impossible. La solution des sexologues était de détourner le mot genre et de le réintroduire avec une nouvelle signification qui s’applique aux personnes.

Il n’y a pas et n’a jamais eu de base scientifique à la dichotomie de Money entre genre et sexe, interprétée comme l’idée qu’une personne peut être née dans le «  mauvais »  corps. (Comme le Pédiatre endocrinologiste Dr. Quentin Van Meter l’exprime, «  Il y a zéro virgule zéro zéro science derrière ce concept ». Cependant la construction médico-sociale de Money  domine maintenant la psychiatrie, le discours universitaire et la culture au sens large.

L’enthousiasme de Money pour l’adinistation à ses patients de traitements irréversibles amena Johns Hopkins à établir un des premiers programmes dans ce but, regroupant des psychologues, des endocrinologistes,  et des chirurgiens. Sous leur administration, les patients subir des traitements hormonaux et de la chirurgie qui amputait des organes sains  et en créait de faux. En dépit des objections éthiques de psychanalystes  et de nombreux chirurgiens ( c’est une chose d’enlever des tissus malades et tout à fait une autre d’amputer des organes sains simplement parce que des patients perturbés émotionnellement le demandent.) Johns Hopkins s’installa plus avant dans cette pratique expérimentale.

Ce n’est pas avant 1979 que le médecin-psychiatre chef  de John Hopkins, Paul McHugh―un médecin qui reconnaissait tles bases psychologiques de la dysphorie de genre et qui caractérisait les possibilités de changement de sexe comme «  simplement, complètement fausses » fût capable de clore ce programme. Mais

McHugh n’est plus médecin en chef et le zeit geist fonce devant aussi, en solidarité avec la communauté LGBT » (notons le langage politique) le programme a récemment réouvert.

D’autres chirurgiens et hôpitaux n’ont pas fait preuve des scrupules du Dr. McHugh. Dans le début des années 70, une chirurgie nommée « chirurgie de  réassignement sexuel (sex-reassignment surgery (SRS) devenait routine, amenant le directeur d’une clinique d’identité de genre à  UCLA à déclarer que «  la question critique n’est plus de savoir si le réassignement sexuel pour adulte doit être effectué mais plutôt pour qui ? » Les institutions médicales se sont précipitées pour accroître la prolifération des cliniques du genre en réponse à, comme  l’admet un endocrinologiste de Dallas,  «  la demande des patients »  plutôt que par nécessité médicale.

Au regard de ce qui était classé comme «  désordre de l’identité de genre » (GID), les associations médicales se sont inclinées dans le sens des courants politiques prévalents.  En 2013, l’American Psychiatric Association (APA) changea le DSM-5 et replaça le GID par «  la dysphorie de genre », un terme qui se concentre maintenant non sur des bases psychologiques lorsqu’un patient refuse son sexe mais plutôt sur la détresse produite par ce rejet.  Si il n’y a pas de détresse, raisonne l’APA, il n’y a pas de problème – c’est parfaitement normal, et certainement pas un «  désordre », pur une personne de refuser de reconnaître la signification de son corps. Le «  stigmatisme » est supposé disparaître.

(L’APA a jusqu’ici résisté a la demande de certains activistes transgenres de «  dépathologiser » complètement le cas.

L’absence de diagnostic reconnut signifie une absence de couverture d’assurance. Donc, dans a littérature professionnelle, le transgenrisme occupe occupe une zone mal définie entre le cas psychiatrique et l’état normal de l’identité humaine. Quelqu’un doit payer pour ces onéreuses «  procédures de réassignement »

Le manuel   de l’ American Psychological Association reconnaît que tous les cliniciens ne croient pas dans la confirmation des croyances des patients confus sur leur genre ( au moins quand il s’agit d’enfants), mais qu’ils ont largement adopté l’agenda des transgenres radicaux. L’organisation évoque catégoriquement que : « le genre est une construction non binaire qui permet un panel d’identités de genre et que le genre d’une personne peut ne pas être aligné sur le sexe assigné à la naissance. » Ayant adopté ces fondation manifestement a-scientifiques, ils continuent à construire leur château de carte appuyé sur un échafaudage politique plutôt que médical.

Le reclassification de la dysphorie de genre est devenue globale, avec l’Organisation mondiale de la santé ( OMS) décidant  en Mai 2019 d’ôter cette condition de la liste des désordres mentaux et de se référer à une « incongruence de genre ». L’OMS explique que ce changement était nécessaire fin d’enlever la discrimination contre les individus dysphoriques et de permettre que leurs droits au GAT soit garanti.

Le totalistarisme transgenre

L’orthodoxie transgenre (ou idéologie, ou théologie) a donc saisi la société occidentale sans aucune base factuelle. Il est difficile d’identifier d’autres phénomènes culturels auquel la comparer à aucun point de l’histoire. Les nations se sont trouvées englouties par les mouvements politiques comme le National-socialisme, basés sur des concepts scientifiques fabriqués comme l’identité raciale, mais ces mouvements étaient différents dans leur nature de la révolution transgenre. Même les systèmes politiques totalitaires sont plus construits moins sur une acceptance large des citoyens que sous la force nue des armes. Par contraste, le transgenrisme bat la réalité sans tirer un seul coup.

A des moments différents de l’histoire, le champ de la médecine a fait le choix de pratique sans preuves, comme dans les lobotomies * au début du 20ième siècle , comme l’a fait le champ des psychothérapies dans la phrénologie, par exemple.  Mais dans aucun de ces cas les professionnels dans leur ensemble n’ont exigé l’acceptation et peut-être la participation à des doctrines sans fondement. Au lieu de cela, les pratiques étaient confinées dans des groupes restreints.* d’expérimentateurs qui n’avaient qu’un succès limité et temporaire contre la réalité de la science et le bon sens.

Mais ce n’est pas le cas avec le transgenrisme. Des médecins professionnels supposés formés et hautement expérimentés dans tous les champs d’intervention non seulement ignorent l’absence de preuve mais nient jusque aux faits qui ont été des évidences pour une humanité saine depuis sa création.  Des médecins  déclarent  sous serment qu’il n’y a pas de bases physiques permettant de déterminer si un humain est un mâle ou une femelle. La Dr. Deanna Adkins,  professeure à l’Ecole de médecine de  Duke University et dicectrice de la nouvellement affiliée clinique du genre de Duke, a témoigné devant une cour de la Caroline du nord «  Dans une perspective médicale, le déterminant approprié pour le sexe et l’identité de genre… c’est contraire à la science médicale d’utiliser les chromosomes, les hormones, les organes internes de reproduction, les appareils externes de reproduction ou les caractères sexuels secondaires pour passer outre les identités de genre afin de classer quelqu’un comme mâle ou femelle. ». Ceci pourrait déclencher la surprise pour des millions de docteurs et des milliards de personnes normales qui ont classé les individus de cette façon depuis la nuit des temps.

Cette insistance politiquement motivée à dire que le blanc est noir a entériné des traitements qui sont extraordinairement dommageables pour la santé à la fois physique et mentale des patients. Des pédiatres envoient des enfants dysphoriques à des collègues endocrinologistes  complices qui leur administrent des hormones très dangereuses  avec souvent des conséquences irréversibles, puis qui adresse les enfants à des chirurgiens complices, qui manipulent alors le scalpel afin de leur ôter des organes parfaitement sains et de créer des répliques pathétiques, non-fonctionnelles d’autres organes.  Les psychiatres et psychologues peuvent être impliqués mais la plupart du temps seulement pour approuver sans discussion le besoin supposé du patient pour des traitements aussi radicaux.

Les cliniques du genre fleurissent  comme des champignons après une averse de pluie acide.

Les professionnels des métiers de la santé ont eur face à ces activistes et créent des recommandations basées non sur la science mais sur la politique.  Les médecins dissidents sont harcelés pour le faire taire, menant le monde extérieur que la profession médicale dans son ensemble cautionne «l’affirmation » de l’identité de genre comme congruente avec celle de sexe. Les professionnels de l’éthique médicale  songent  à rendre l’adhésion des praticiens à ce shéma de pensée préalable à leur droit d’exercer.  Réclamant une place au sein des actuelles sociétés médicales, et se présentant comme la règle d’or du traitement transgenre, se trouve la World Professional Association for Transgender Health (WPATH). Les objectifs de la WPATH est de devenir la voix des experts médicaux sur la question mais elle fonctionne plus comme une organisation de de promotion politique ―aucun diplôme médical n’est exigé pour en être membre. Malgré l’approche «  tout public » de l’inscription, les consignes de la WPATH pour le traitement sont considérées comme une bible dans certaines parties de la profession médicale.

Un aspect remarquable de la révision  des standards de soin du WPATH de 2011 est l’encouragement  de mise en place de nouveaux paradigmes afin d’obtenir le consentement éclairé des patients. Comme le Dr. Stephen Levine, psychiatre à l’Ecole de médecine de la Case Western Reserve University le décrit :

[Le nouveau modèle] prévalant est que les patients savent mieux ce dont ils ont besoin pour être heureux, généralement signifiant que l’autonomie du patient est l’unique considération éthique pour le patient informé. Ceci incluant les enfants et les adolescents. Le rôle des professionnels de la santé mentale dans la reconnaissance et le traitement des co-morbidités psychiatriques hautement prévalentes et dans les décisions sur l’état de répartion a été dévalorisé, particulièrement par l’affirmation qu’il n’y a rien de pathologique dans aucun état d’expression du genre.

Selon la WPATH, donc, les médecins doivent sublimer leurs inquiétudes éthiques à propos du traitement des dysphories et l’harminiser au désir actuel de ces patients.

La WPATH  a donné naissance à l’USPATH, qui proclame ouvertement  lors de sa conférence  de 2017 que sa mission politique est de : «  manifester un choix fort de soutien pour continuer les développements rapides dans le champ de la santé des trans aux USA ainsi que pour a communauté des dispensateurs de soins, les chercheurs, et avocats qui promeuvent ces soins. »  A cette conférence, les organisateurs se sont inclinés devant des menaces de violence de la part de radicaux transgenres et ont annulés l’intervention du Dr. Kenneth Zucker, un psychologue qui prend la position apparemment détestable de prétendre que les patients seront généralement plus heureux s’ils peuvent se réconcilier avec leur sexe biologique. La seule préoccupation parmi ces soi-disant professionnels a été de trouver les moyens de faire taire la voix solitaire et sceptique de Zucker et de le faire sans être poursuivis.

Les activistes trans vont encore plus loin dans la profession médicale : Ils vont même jusqu’à supporter la prohibition législative  de ce qu’ils nomment «  la thérapie de conversion ». Ceci signifie que les psychiatres et les psychothérapeutes se voient interdire le fait d’explorer avec leur patient les bases spychologiques sous-jancntes de la dysphorie de genre. Pour paraphraser le psychiatre de John Hopkins Paul McHugh, soumettre un patient dysphorique à une  thérapie « confirmante », c’est comme soumettre un patient anorexique à une liposuccion. Mais les médecins de la nouvelle industrie du genre font bloc avec les radicaux politiques pour bannir le seul traitement qui pourrait épargner au patient un combat avec son corps ui s)durera toute sa vie.

Tout comme l’histoire n’offre pas de parallèle  avec les inepties professionnelles et médicales, elle ne montre rien d’équivalent dans la culture élargie.  La révolution transgenre a  capturé toutes les catégories de gouvernements , avec les branches législatives, dans l’exécutif et le judiciaires pressées d’appliquer les directives préférées des activistes.

• Ils ont mis main basse sur les médias, qui présente avec zèle l’idéologie transradicale comme la nouvelle norme et décrit ses opposants avec hostilité. Les géants des média-sociaux comme Twitter censurent quotidiennement tout contenu supposé insensible aux individus dysphoriques, même une simple évidence comme «  les hommes ne sont pas des femmes »

• Ils ont pris d’assault les écoles publiques et certaines écoles privées, de la maternelle au secondaire. Si un étudiant affirme qu’il est transgenre, il ‘est et tous les étudiants et le personnel doivent le traiter comme membre de son sexe nouvellement choisi.

• Ils ont conquis le monde des affaires américain, avec des exigences (parfois acceptées simplement, parfois, après un harcélement bien financé ) pour un engagement d’allégeance à la nouvelle orthodoxie. Les corporations sont mainenant pressées non seulement de supporter le concept mais d’exercer des pressions dans le champ publique contre les dissidents.

• Ils ont corrompu   la religion, particulièrement le Protestantisme  majoritaire, en remplaçant l’enseignement des Ecritures par le dogme du choix et des droits narcissiques.

• Ils ont corrompu le monde des athlètes, avec des mâles biologiques autorisés à entrer en compétition contre des femmes ou des filles plus petites, plus lentes et moins musclées au détriment inévitable des athlètes femmes.

• Ils ont corrompu la loi, avec des statuts qui ont été votés sans aucune pensée pour l’identité de genre étant maintenant  interprétée afin d’élever les «  droits » des dysphoriques contre ceux des individus ordinaires. Même les textes de loi fédéraux  qui ont été voté afin de favoriser l’accès des filles à une participation sportive accomplie (Title IX)  ont été maintenant invertis pour protéger les invasions mâles dans les équipes féminines.

• Ils ont corrompu la recherche, avec le Gouvernement fédéral  finançant maintenant des projets de recherche non éthiques et non professionnels censés confirmer une hypothèse préalable plutôt que d’atteindre une vérité scientifique.

Plus encore, ils ont couvert d’outrage tout chercheur qui obtenait des conclusions contraire au dogme transgenre.

• Ils ont corrompu le langage, avec  des exigences pour créer des pronoms faux et fabriqués pour se référer aux individus transgenre et avec une redéfinition forcée de termes basics comme «  homme » «  femme » «  père «  « mère ». Ce à quoi  même les radicaux se référaient  il y a une dizaine d’années en tant que «  sexe physique » ou «  sexe biologique » est maintenant quotidiennement nommé «  sexe assigné à la naissance », comme si l’obstétricien présent choisissait celui qui lui vient en premier à l’esprit.

• Ils ont piétiné la liberté religieuse, y compris les droits d’un couple qui voudrait adopter ou accueillir un enfant et l’organisation qui les aide. A moins que ces individus ou associations acceptent de parler et d’agir en concordance avec les mandats transgenres – de renier leurs croyances les plus fondamentales—ils seront  exclus de ces programmes pour l’enfance et pour la formation des familles.

Mais peut-être plus sérieusement, ils ont passé au bulldozer l’ancien, fondamental droit des parents   de protéger et de guider leur enfant. L’administration Obama mis en place de la guidance recommandant que les cadres des écoles ne notifie pas aux parents que leur enfant éprouve une confusion de genre, et pourtant bien que cette notification ne soit plus en vigueur, maintenir les parents dans le noir reste la règle  dans certains états. Les parents qui sont au courant du problème mais rejette la notion que leur enfant est emprisonné dans le mauvais corps sont sujets à du chantage émotionnel dirigé par des «  experts », qui, bien sûr, profitent de la nouvelle industrie. Avertis que sans hormones et sans chirurgie  leur enfant commettra un suicide, les parents sont avertis sans ménagement que leur choix est entre «  une fille en vie ou un fils mort »  ou vice versa. S’ils refusent de consentir à ce qu’ils savent qui doit blesser leur enfant, le gouvernement peut leur retirer la garde. Quand l’établissement médical et gouvernemental excluent les protecteurs naturels de l’enfant – la personne qui le connait et l’aime plus que quiconque au monde- de décisions qui peuvent littéralement ruiner la vie de l’enfant, la civilisation elle-même est en danger.

Fin première partie

Traduction Elisabeth Guerrier

*Nous nous permettons d’invalider ici les propos de Madame Robbins, lorsqu’elle attribue aux praticiens de la lobotomie une activité restreinte. La lobotomie fut l’objet d’un véritable engouement en Europe comme Outre-Atlantique et de nombreux praticiens en firent leur spécialité, lucrative et objet d’une sorte de notoriété. Par exemple, Walter Freeman se fit une spécialité de la lobotomie au pic à glace, il opérait dans une sorte de caravane et se déplaçait de ville en ville. 40 000 Américains ont été lobotomisés. Au plus fort de la mode, en 1949, ils ont été 5 000.  En replaçant les vagues des modes “thérapeutiques” touchant les questions du rapport à la norme avec les questions inéluctables que pose l’homme à l’homme et les solutions choisies dans le contexte historique, (on pense aussi à la déferlante des électrochocs du début du XXième), considérées pour un temps comme radicales sinon “prouvées” scientifiquement, du moins légitimées par le discours expert, ceci permet de relativiser la caution et les enjeux sous-jacents de la “scientificité” des interventions sur le public actuel.EG

Petit lynchage entre amis. Traduction d’un post F.B de William Kaufmann

Voici la traduction de la réponse faite par William Kaufmann, qui a eu il y a quelques temps le courage de se positionner d’une façon critique à l’égard des débordements et des dénis du mouvement Meetoo, à un flot d’insultes (toujours les mêmes, de part et d’autre de l’Atlantique) parce qu’il s’opposait à l’uniformisation des pronoms “She ” et “He” au bénéfice d’un ” They” plus doux aux sensibilités du transculte.

Aujourd’hui, j’ai été l’objet d’une charge vitupérante de PC (political correctness) qui a commencé à bas bruit  et s’est achevée sous les cris perçants de l’hystérie stalinienne. (se reporter à mon post ci-dessous à propos de l’usage des pronoms)  Certains de ces étranges éclats ont été laissés sur place, les plus infondés ont été effacés par crainte d’une pollution karmique de l’univers.

Plusieurs individus dérangés m’ont accusé d’être : transphobique, raciste, Darth Vader, etc. parce que j’ai rédigé un post insistant sur la distinction pronominale entre le singulier et le pluriel- Je n’ai pas même mentionné la question du genre dans le post original. Je vais être tranchant, j’ai perdu mon sens de la diplomatie sur ce sujet, de tels individus sont a. stupides b. fous.

Certains parmi ces staliniens militants du contrôle mental  sont des universitaires titulaires. Leurs commentaires sont symptomatiques de l’oblitération systématique de la pensée au profit des hurlements idéologiques et de l’intimidation sur les campus universitaires. Pourtant ces malfrats de la politique identitaire, avec leurs fusillades d’invectives dirigées contre quiconque suspecté de déviance de l’orthodoxie prescrite ne se préoccupent pas vraiment de la vraie justice. Souvent ils sont les premiers à encourager le vote pour des fraudeurs comme Hillary Clinton ou Kamala Harris simplement sur la base de leur configuration génitale ou de la couleur de leur peau tout en ignorant les constats aveuglants des inégalités de classe et les catastrophes environnementales incarnées dans les politiques de leurs faux artistes pseudo-progressistes. Voilà les mots précurseurs de Christopher Lash, il y a plus d’un quart de siècle :

Lorsque nous parlons de démocratie aujourd’hui, nous nous référons, la plupart du temps, à la démocratisation de «  l’estime de soi », les mots-slogans actuels : diversité, compassion, émancipation, expriment l’espoir nostalgique que les profondes divisions de la société américaine peuvent être couvertes par la bonne volonté et un discours aseptisé ?. On nous rappelle que toutes les minorités ont le droit au respect non en fonction de leurs accomplissements mais en fonction de leurs souffrances passées. L’attention compassionnée, nous est-il dit, va certainement élever le niveau de leur vision d’eux-mêmes, bannir les épithètes racistes et d’autres forme de discours haineux va, d’une certaine façon, faire des miracles pour leur moral. Dans notre préoccupation pour les mots, nous avons perdu la perception de la dure réalité qui ne peut être adoucie simplement en flattant la représentation que les gens ont d’eux-mêmes. En quoi est-ce que le renforcement des codes langagiers de l’élite universitaire est-elle bénéfique aux résidents du Bronx-sud ? ( CL. La révolte des élites. Pp 7.8

L’Amérique est en tête du monde pour l’idiotie : de l’élite universitaire politiquement correct  où les sciences sociales ont été traduite en moulin à propagande dans un code-langagier orwellien à la populace chantant en choeur ” renvoyez la chez elle ” ! C’est tout à fait sans espoir de part en part d’une dystopie socio-culturelle lugubre congestionnée autour du sanctuaire de la parole vide, générant un conformisme engourdissant. Immergés dans un monde de rhétorique et de symboles, cloîtrés à l’écart de la réelle souffrance matérielle des gens réels, ces troupes de choc de la politique identitaire sont les renforçateurs d’une standardisation des discours et des comportements, d’une hypocrisie nauséabonde qui écrase la pensée critique et l’indépendance d’esprit nécessaires pour atteindre un vrai changement radical. Nonobstant leur posture de gauche en vogue, ils sont les nouveaux conservateurs, les unités idéologique de première ligne de l’élite néolibérale.

Today I was subjected to an onslaught of PC vituperation that began as low comedy and ended as shrill Stalinist hysteria (see my post below on the use of pronouns). Some of these bizarre outpourings I left in place; the most debased I simply deleted out of fear of karmic pollution of the universe.

I’ve had several deranged people accuse me of being transphobic, racist, Darth Vader, etc., because I wrote a post insisting on the pronomial distinction between singular and plural–I don’t even mention the issue of gender in my original post. To be blunt–I’ve lost my taste for diplomacy on this subject–such people are (a) stupid and (b) nuts.

Several of these Stalinoid mind-control militants are tenured academics.Their comments are symptomatic of a systematic obliteration of thought in favor of ideological howling and intimidation at college campuses. Yet these identity-politics thugs, with their fusillades of invective directed against anyone suspected of deviance from the prescribed orthodoxies, don’t really care about real injustice–often they are the first to advocate votes for neoliberal frauds like Hillary Clinton or Kamala Harris simply on the basis of genital configuration or skin color while ignoring the glaring affirmation of class inequality and environmental calamity embodied in the policies of these pseudo-progressive con artists. In Christopher Lasch’s prescient words from a quarter century ago,

“When we speak of democracy today, we refer, more often than not, to the democratization of ‘self-esteem.’ The current catchwords–diversity, compassion, empoerment, entitlement–express the wistful hope that deep divisions in American society can be bridged by goodwill and sanitized speech. We are called on to recognize that all minorities are entitled to respect not by virtue of their achievements but by virtue of their sufferings in the past. Compassionate attention, we are told, will somehow raise their opinion of themselves; banning racial epithets and other forms of hateful speech will do wonders for their morale. In our preoccupation with words, we have lost sight of the tough realities that cannot be softened simply by flattering people’s self-image. What does it profit the residents of the South Bronx to enforce speech codes at elite universities?” (from The Revolt of the Elites, pp. 7-8)

America leads the world in stupidity: from the elite PC universities, where the social sciences have been traduced into Orwellian speech-code propaganda mills, on down to hoi polloi, with their chants of “send her back.” It’s pretty much hopeless, throughout a bleak social/cultural dystopia clogged with the empty sanctimony of cant, breeding a numbing conformity. Immersed in a world of symbols and rhetoric, cloistered from the real material suffering of real people, these identity-politics shock troops are the enforcers of a deadening standardization of word and deed, a nauseating hypocrisy, that crushes the critical thought and independence of spirit needed for truly radical change. Notwithstanding their modish leftish posturing, they are the new conservatives, the ideological vanguard of the neoliberal elites.

Et voici le post à l’origine de la déferlante :

William Kaufman

Hier, à 01:11 · 

So sue me, jail me, put me on the most wanted list: I will never commit the capital offense against the dignity of the English language of subsituting the plural pronoun “they” for the singular pronouns “he” or “she.” This is an affront to logic and clarity of thought in a country that is already far too stupid for its own good and the good of the planet. “He/she” or “he or she” should do just fine. If you want to place the feminine pronoun first, fine. But don’t mutilate the basic precepts of logic and grammar; these are not arbitrary rules–they are the prerequisites of clear thinking. The distinction between the one and the many is an elemental building block of logic and mathematics. Expunging this distinction from English is another step toward subordinating truth to the fickle ideological tics and fashions of the moment–a prescription for an Orwellian culture of illusion and deception and confusion.

Traduction Elisabeth Guerrier

Le virus militaro-industriel par Andrew Cockburn

Lettre de Washington

Le virus militaro-industriel

Comment des budgets gonflés ravagent nos forces armées

La nature du scandale est de devoir choquer suffisamment le bon sens pour pouvoir être démonté publiquement, logiquement puis juridiquement. Par contre lorsqu’une situation scandaleuse est devenue un mode de fonctionnement politique et économique impliquant de si nombreux organismes professionnels et corps de métiers, dirigeants et sous-traitants, que les fils de l’univers du complexe militaro-industriels sont liés de diverses façons à presque tous les champs civils et commerciaux et que les critiques en sont venues à devoir se taire face à une sorte d’évidence des faits devenus des usages renforcés par les intérêts gigantesques qui les sous-tendent et qui dominent jusqu’à l’aveuglement sur une vision régulatrice et économe au sens d'”administrable” du terme, les rares prises de position dénonçant l’absurde et la gabegie se doivent d’être fortement argumentées et sûres de devoir affronter les murs de la bonne conscience du ” fonctionnement” sans frein des décisions n’ayant plus rien à prouver. Nous joignons au travail remarquable de Andrew Cockburn les liens à deux articles traduits antérieurement qui eux- aussi dénoncent l’énorme compromission de centaines de milliers d’organisations, d’associations et d’employés, qui sont tous et toutes impliqués dans l’usage des dépenses faramineuses de l’armement et qui par leur action en son sein et le silence sur ce qu’elle implique, légitiment les politiques ouvertement bellicistes d’une nation qui doit se renouveler et se justifier sans cesse par de nouveaux conflits armés pour légitimer les milliards qu’elle réclame afin de maintenir sa prééminence d’armée mondiale. ” Devine qui dort sous la couverture de l’insécurité ” de Joan Roelof, et ” L’armée américaine, quel gâchis “ de William Hartung EG

The militaro-industrial virus

Andrew Cockburn

Illustrations by Shonagh Rae

Pour un pays qui dépense des sommes  énormes dans son appareil de sécurité nationale – de nombreuses fois plus que les pays supposés menaçants –  les USA ont une institution militaire étrangement invisible. Les bases militaires sont majoritairement localisées loin des centres de vie majeurs. Les vastes champs de missiles de l’Air Force par exemple, sont cachés très loin dans les plaines du  nord du Moyen-Orient. Il est rare de croiser un uniforme dans les rues de villes les plus importantes, même Washington. Trump  a rêvé d’organiser une « belle » parade dans la Pennsylvania Avenue, agrémentée de «  nombreux avions, exhibant notre puissance militaire » mais le Pentagone a rejeté cette idée en argumentant que le projet coûterait la somme extravagante de 92 millions de dollars, l’estimation a sûrement été gonflée, – c’était quatre fois plus que le coût de la parade qui a célébré le victoire de la guerre du Golf de 1991.  Suggérant que l’armée préfère faire profil bas. Cela demande souvent d’avoir un œil informé pour apprécier les signes de la défense au travail, comme le parc de bureaux longeant la Route 28 au sud de l’aéroport de Dulle, abondamment peuplé d’innocentes firmes attitrée pour l’armée ou les renseignements.

Largement hors de vue, notre machine de guerre gargantuesque est aussi de plus en plus hors des esprits, tout spécialement lorsqu’il s’agit des façons dont elle dépense ou gaspille notre argent. Il y a trois ans, les révélations  sur les dépenses de 435 dollars pour un marteau et de  640 pour un siège de toilette d’avion a déclenché une large couverture médiatique et un l’outrage du public. Mais quand il est apparu que l’Air Force payait maintenant 10.000 dollars pour le couvercle des toilettes seul, l’histoire n’a généré rien d’autre que quelques informations éparpillées et quelques commentaires de dérision sur les blogs et les médias sociaux. (Ceci en dépit des explications éhontées d’un officiel de l’Air force selon lesquelles ce prix abhéent avait été accepté pour empêcher le fabricant de «  perdre ses revenus et ses profits ». L’Air Force prétend maintenant acheter des couvertures imprimées 3D pur 300 dollars pièce, encore une somme extravagante. L’élu Ro Khanna de Californie, une des lumières principales des Primaires progressiste du Congrès, qui a été un fer de lance de la lutte pour interrompre la participation des USA à la guerre menée par L’Arabie saoudite pour l’extermination du Yémen, l’a confié récemment qu’il considère cette indifférence comme u signe des temps ; « Il y a un tel cynisme à propos de la politique, à propos des institutions, que  ce qui dans le passé aurait été l’objet d’un choc, d’une disqualification et d’un scandale a diminué. » Nous parlions d’une autre arnaque de la défense, dans laquelle une compagnie nommée TransDigm  a développé un modèle de business initié par l’industrie pharmaceutique. TransDigm cherche des fournisseurs uniques de composants obscurs mais essentiels  de l’armée, comme par exemple un assemblage simple de cables, puis elle achète la firme, rapidement augmentant les prix de ce matériau (par 355% dans le cas de l’assemblage). Khanna était particulièrement affligé que l’Inspecteur général  du département de la défense- qu’il a, en compagnie de Elisabeth Warren et du représentant de l’Ohio Tim Ryan, incité à enquêter sur la compagnie – ait conclu que les façons de TransDigm de faire du commerce étaient «  horribles mais légales ». (sans surprise, Wall Street aime cette compagnie, le prix de ses actions a doublé depuis les deux ans où Khanna a pointé ce problème.)

En des temps où les dépenses de l’armement représentent 53% de chaque dollar que s’approprie le Congrès, on pourrait espérer que le Pentagone soit mis sous un contrôle intense  par ceux qui croient que l’argent est urgemment nécessaire ailleurs. Pourtant ce n’est évidemment pas le cas. Des exemples scandaleux comme celui du siège de toilettes ou de TransDigm vont et viennent presque sans aucun commentaire, comme va l’actuelle réorganisation de l’arsenal nucléaire, à hauteur de milliards de dollars, qui représente certainement  une menace pour la planète aussi grande que celle du réchauffement climatique. Vrai, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, et Tulsi Gabbard parmi les candidats démocrates font campagne pour une réduction des dépenses de l’armement, mais ils ont tous des résultats inégaux lorsqu’il s’agit de voter pour le budget de l’armement. Les élus progressifs des primaires à la Chambre des Représentants  (House of Représentatives) ont bien sûr fait pression pour un gel  du budget du Pentagone avec «  une plus grande transparence  de notre Département de la défense »,  mais ces derniers efforts ont été entravés par l’opposition des centre-Démocrates et les précédents manquaient de données spécifiques. Les Justice Democrats, un Comité d’action politique ( PAC) de gauche qui a récemment vu le jour en tant que force puissante derrière des nouvellement élues  comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Ilhan Omar, et Rashida Tlaib, offrent peu de détails sur la politique de défense dans les publications de sa plateforme au-delà d’un souhait d’ «  en finir avec les guerres inutiles et de construire la nation. ».  Lorsque j’ai demandé à Khanna ce que signifiait le fait d’être progressif sur la défense, il a répondu avec un langage identique : «  cela signifie de comprendre que nos récentes guerres anticonstitutionnelles n’ont pas sécurisé les USA. Que notre armée est surmenée. Que nous avons beaucoup trop de champs de batailles à l’étranger. Que nous avons besoin d’une beaucoup plus grande maîtrise de l’usage de l’armée. » Pour Khanna la faute est clairement du côté de notre politique étrangère agressive. « La raison pour laquelle notre budget de l’armement est si gonflé est notre  trop grande présence et nos actions à l’étranger, qui ne nous ont pas rendus plus saufs. » Mais pourquoi une poignée d’opérations à petite échelle devraient elles «  gonfler » un budget qui est le plus important depuis la Seconde guerre mondiale ?  Tout indique que bien au-delà des  aventures malheureuses le budget si gonflé de l’armée lors des présidences de notre vingt-et-unième siècle et ont beaucoup plus d’implication en ce qui concerne à la fois notre défense et notre société.

En 1983, Chuck Spinney, un analyste du Bureau des programmes d’analyse et d’évaluation (Office of Program Analysis and Evaluation), a témoigné devant le Congrès que le coût d’un armement toujours plus complexe que l’armée insistait pour se procurer croissait toujours plusieurs fois plus vite que l’ensemble du budget de la défense. En conséquence, les avions, les navires et les tanks n’étaient pas remplacés sur une base de un par un, ce qui en retour assure que les forces armées se réduisent et  s’usent. Les avions, par exemple, sont maintenus en service plus longtemps et en plus mauvais état à cause de leur complexité accrue. Comme on doit s’y attendre, les décisionnaires haut-placés n’ont pas réagi favorablement à ces vérités domestiques.  Ils ont autorisé Spinney  garder son emploi mais lui ont assigné un poste de moindre importance. Il a passé le reste de sa carrière coincé dans un bureau du Pentagon, au cœur de la machine industrio-militaire, réfléchissant et investiguant sa personnalité institutionnelle.  Parti à la retraite en 2003, il a maintenu une production régulière d’analyses caustiques de son travail. Dans un essai datant de 2011, «  Les racines nationales de la guerre perpétuelle », il discute le modèle du «  système de croyance militaire et de ses motivations financiaires tordues »  qui produisent « un appétit vorace pour l’argent qui est alimenté par une inondation auto-produite de propagande idéologique. »   Fouillant dans les détails historiques des dépenses du Pentagon, Spinney illustre ses analyses sous la forme de diagrammes inclus  qui non seulement cherchent les quantités de dollars dépensées mais aussi montrent comment des budgets sont prévus pour l’achat d’armements variés et ambitieux qui ne se matérialisent jamais, du moins jamais jusqu’au degré nécessaire pour acheter le nombre d’armements prévus par le système : d’où les forces diminuant.

A la fin des années 2018, l’ami de toujours de Spinney Pierre Sprey, un ancien petit génie du Pentagon, admiré pour avoir co-conçu les avions A-10 et F-16 si célèbres et un critique tranchant de la défense orthodoxe, a suggéré à Spinney d’ajouter un ajustement à son travail en décrivant les changements de budgets en terme de pourcentage année après année plutôt qu’en terme   de dollars. L’analyse que Spiney produisit après cette remarque de Sprey a révélé quelque chose de curieux :  bien que le budget de la défense ait clairement augmenté et diminue au cours des soixante années suivant la guerre de Corée : les baisses ne sont jamais descendues en dessous du niveau que le budget aurait atteint si il avait simplement augmenté de 5% par année à partir de 1954. (avec une exception mineure en 1960) «  Etonnement » signale Spinney.

Ce résultat est vérifiable également  au moment des importantes réductions de budget qui se sont produites après la fin de la guerre du Vietnam et, d’une façon plus significative, après la fin de la Guerre froide. C’est comme s’il y avait un terrain de plus en plus élevé de résistance en dessous duquel le budget de l’armement ne pouvait pas descendre.

Il n’y a que pendant le deuxième mandat d’Obama qu’il est descendu au-dessous de ce seuil avec quelque degré de signification. Tout aussi intéressant, à chaque fois que le taux de croissance a touché ce plancher, il y a eu une réaction immédiate et vigoureuse sous la forme d’un tollé public touchant une menace militaire imminente supposée. De telles attaques inflationnistes de menaces entraînent invariablement une augmentation du budget, sans prendre en compte le fait que cette menace existe ou non.  Comme le remarquait le Général Douglas ­MacArthur déjà en 1957, «  Il y a toujours eu de la malfaisance à l’intérieur et des pouvoirs étrangers monstrueux à l’extérieur menaçant de nous avaler si nous ne nous rallions pas aveuglement en  fournissant les exorbitantes sommes demandées.  Cependant, rétrospectivement, ces désastres ces désastres ne semblent jamais se produire, et ne semblant jamais avoir été réelles »

En 1960, par exemple, le Président Eisenhower  se préparait à dénoncer  le pouvoir dangereux de que qu’il allait baptiser le  complexe militaro-industriel, le taux de croissance  touchait le plancher des 5%. Comme réplique apparut le spectre frauduleux de la « brèche dans les missiles » favorisant les Soviets. L’administration Kennedy juste arrivée réouvrit dûment le robinet budgétaire. 

Un ralentissement quelques années plus tard. Le choix de Kennedy d’ essayer de freiner et de libérer des fonds pour des initiatives intérieures fût renversé sous Johnson  avec la première grande escalade  au Vietnam. La fin de cette guerre ramena une nouvelle fois le taux à 5%.  Fidèle à la forme, cela éleva un chœur d’alarmes sur la montée de la menace du pouvoir militaire soviétique : la CIA révisa à la hausse ses estimations des prouesses et des dépenses militaires ennemies. Le Pentagon affirma que nos forces nucléaires faisaient face à une «  fenêtre de vulnérabilité ».  En conséquence, les dépenses augmentèrent énormément pendant les années Reagan, finissant par atteindre un pic de taux record de 10% d’augmentation.

La fin de la Guerre froide, qui a compromis toute l’entreprise, aurait pu amener un eu de changement. Mais non, la limite des 5% a tenu bon, et avant longtemps le taux de croissance a à nouveau monté comme Clinton étendait l’OTAN, assurant donc des relations tendues avec la Russie à court terme. Les attaques du 11 septembre et les guerres Bush-Obama ont amené année après année une augmentation jusqu’à la vitesse surmultipliée puis le taux a légèrement plongé jusqu’à la ligne des 5%  en 2015. Donald Trump, malgré toute sa grandiloquence sur la restauration de l’armée, a été en premier lieu apparemment opposé à la remise en cause de cet héritage d’Obama – son projet de budget initial pour 2020 montrait même un déclin complet des dépenses, de 717 milliards à 700 milliards. Cette aberration a cependant été très brève.   Suivant un cri d’alarme des représentants de l’armée au Congrès, Trump a renversé le cours et réinjecté avec zèle la quantité prévue de 750 milliards, à peine au-dessous du status quo historique.

Maintenant que l’establishment démocrate, ayant épousé depuis longtemps l’idée que Poutine était d’une façon ou d’une autre impliqué dans l’élection de Donald Trump, est devenu aussi obsessivement belliqueux sur le sujet de la Russie  que n’importe quel Républicain, il semble probable que la ligne remonte bientôt au dessus des 5% et y reste pendant les années à venir. Des rapports affirmant que les Russes, en dépit d’un budget de défense moins du dixième du nôtre, nous ont d’une certaine façon distancés dans le développement d’armes telles que les chimériques missiles hypersoniques ne sont pas du tout mis en cause. Les derniers sous-marins, navires, tanks, armes cybernétiques, et la maîtrise supposée d’un armement «  hybride » par Moscou, sont fréquemment évoqués pour justifier le niveau des dépenses, qui, même en prenant en compte l’inflation, équivaut maintenant à peu près le double du budget moyen de la Guerre froide.

Illustrations by Shonagh Rae

Ce processus entier, par lequel la croissance des dépenses ralentit puis est apparemment automatiquement regénérée, lève une possibilité surprenante : que notre complexe militaro-industriel soit devenu, selon les mots de Spinney, «  un système organique vivant », avec un réflexe construit d’auto-défense réagissant violemment dès que des menaces sur son approvisionnement – notre argent – touche un point sensible particulier. Les implications sont profondes, suggérant que le MIC ( Military-Industrial Complex) est enkysté  dans notre société à un tel point qu’il ne peut plus en être délogé et qu’il pourrait aussi n’être concerné exclusivement que par  son auto-préservation et son expansion, comme un virus géant cancéreux. Ceci est contraire à la notion que nos forces armées sont là pour nous protéger contre des ennemis étrangers et imposer notre volonté au monde entier. Et que la corruption, la mauvaise gestion, et la politique belligérante étrangère coûteuse sont des dysfonctionnements qui peuvent être corrigés avec des réformes adéquates et des changements de politiques. Mais si nous comprenons  que le MIC n’existe que pour se sustenter lui-même et croître, cela devient plus simple de comprendre pourquoi, en dépit des avertissements sur des soi-disant menaces imminentes, nous demeurons en réalité si piètrement défendus. Ce dernier point peut paraître incohérent. Les critiques du Pentagon, comme Khanna tendent à se concentrer sur le mauvais usage de notre puissance militaire, comme dans les guerres au Yémen ou en Afghanistan, et sur la nécessité de redistribuer l’argent hors de la défense, afin de faire face aux besoins sociaux. Ce sont certainement des approches cohérentes, mais elles négligent le fait que nous ne sommes laissés qu’avec une force de combat très pauvre pour notre argent. La preuve en est tristement claire, à commencer par notre arsenal gigantesque d’armes incapable des performances qui sont décrites et achetés à un coût extraordinaire. Quelques exemples, comme les avions de combat F.35 Ligntning II acehetés par l’Airforce, la Marine, et le corps des Marines,  qui ont gagné une certaine notoriété rendue discrète et ont servi comme sources de plaisanteries par certains comédiens à la télévision. Même si il n’existe que peu d’appréciation publique de l’étendue du désastre. Les F35 n’ont connu le combat que l’an passé, soit 15 ans après que le programme ait commencé. Les Marines n’oen ont envouyé que 6 lors de leur premier déploiement au Moyen Orient et sur plusieurs mois, ils n’ont pu voler, en moyenne, que lors d’une seule sortie de combat par avion tous les trois ans.  Selon l’ancien chef des essais du Pentagon, si il ya avait eu de la contre-attaque, ces «  avions de combat » n’auraient pas pu survivre sans la protection d’autres avions. Dans le programme d’armement le plus coûteux de l’histoire, au coût supposé de 406 milliards, les F 35 étaient initialement équipés d’un radar qui gelait si fréquemment que le pilote devait régulièrement l’allumer et l’éteindre.  Quand le problème du radar fût finalement réglé, la version de l’Air Force  de l’avion était équipée d’un fusil inacceptablement inadéquat qui reste à être réparé, bien que l’Air Force déclare y travailler. La Marine est, si c’est possible, encore en plus mauvaise forme, les mines, pour prendre un exemple frappant, sont une arme puissante et omniprésente chez nos ennemis potentiels. La crainte des mines a amené les USA à annuler un atterrissage amphibie majeur lors de la Guerre de Corée et ses inquiétudes à propos d’éventuelles mines en Irak ont empêché un assaut par mer sur le Koweit pendant la Guerre du Golf de 1991.

Une seule mine (et Iran en a des milliers) dans le Détroit d’Hormuz, à travers  lequel un tiers du pétrole mondial transite chaque jour, plongerait le marché dans un chaos total. Cependant la Marine possède à peu près onze dragueurs de mines, des vaisseaux branlants ayant passé de loin l’heure de la retraite, avec uniquement quatre  d’entre eux pour tout le Moyen-Orient.  Quinze des vaisseaux de combat Littoral nouveaux et pleins de défauts, connus parmi les personnels navigants comme «  les petits bateaux merdiques » seront soi-disant dédiés à la recherche et à la drague de mine dans les, mais aucun de leur équipement spécialisé – créé pour détecter et neutraliser les mines, y compris les drones sous-marins- n’a fait ses preuves. Un rapport datant de 2018  A single mine (and Iran has thousands of them) in the Strait of Hormuz, through which a third of the world’s oil transported by sea passes every day, would throw markets into total chaos. Yet the Navy currently possesses a mere  issu de l’Inspecteur général du département de la Défense a révélé que la Marine a déployé ce système « avant d’avoir testé son efficacité ». Sollicité pour commenter, la Marine a néanmoins affirmé que tout fonctionnait ou, en ce qui concerne les drônes sous-marins, qu’elle était en voie de produire quelque chose qui fonctionnait.

C’est pourquoi la part du lion de notre défense contre les mines doit être assumée par une petite flotte usée d’énormes hélicoptères ­MH-53E qui cherchent et détruisent les mines en tractant de grands traîneaux chargés de capteurs tirés à travers l’océan.  Le MH-53E, et sa variante pour les Marines, le CH-53E, sont des machines fatales, fatales, c’est-à-dire pour ceux qui opèrent avec elles. Selon le journaliste ayant réalisé le documentaire Qui a tué le Lieutenant Van Dorn, les hélicoptères se sont écrasés 58 fois et ont tués 132 équipage et contractuels depuis leur introduction en 1980, en faisant le plus dangereux avions de toute l’armée américaine.

Les dysfonctionnements de la marine ont été mis en lumière par une pléthore de scandales dans la Septième flotte qui opère dans le Pacifique ouest. Dans les récentes années, Leonard Glenne Francis, un entrepreneur connu sous le nom de «  Gros Leonard » qui visitait les  ports de la flotte  en Asie et a remporté plus de 250 millions de contrats a été accusé d’avoir corrompu une grande quantité d’officiers, dont des Amiraux, avec de somptueux divertissements, dont des beuveries qui duraient des jours et auxquelles participaient des groupes de prostituées connues sous le nom de  “Thai SEAL team”—­ainsi qu’avec du liquide afin de conclure des contrats surévalués. Il est aussi apparu que les mouvements de cette flotte ont parfois été dictés non par les exigences stratégiques de la Marine mais par des officiers rendant à Francis son hospitalité en redirigeant les navires vers les ports où il était installé et faisait le plus d’argent.  Bien que des lanceurs d’alerte aient donné l’alerte depuis des années, leurs plaintes avaient été régulièrement supprimées du registre des officiers. Quand la Marine a finalement décidé de mener une investigation sur ses activités, en 2010, pas moins de 60 amiraux ont été soupçonnés. A ce jour, 16 officiers, en service ou en retraite, ont été déclarés coupables de corruption, fraude et crimes associés, pendant que les autres sont en attente de leur procès. On a enquêté sur un autre groupe de 550 membres du personnel militaire en exercice ou en retraite, bien qu’un  délai de prescription ait empêché les poursuites dans certains cas.  Pendant ce temps, la flotte elle-même s’est détériorée progressivement, comme il est apparu dans l’accident tragique de deux destroyers le U.S.S. Fitzgerald  et le U.S.S. ­John S. McCain, qui sont entrés en collision avec des navires de commerce dans les eaux asiatiques en 2017, laissant morts 17 marins. L’origine de ces désastres a été liée directement à l’incompétence des commandants, et aux équipages mal entrainés, surmenés et trop peu nombreux luttant pour opérer sur des équipements cassés qu’ils ne savaianet pas comment réparer. Les fautes de direction remontaient jusqu’au csommet de la chaîne de commandement.

L’armée et les Marines offrent une image à peine moins déprimante. Pendant des dizaines d’années, l’Armée a été engagée dans une lutte onéreuse afin de fournir aux troupes des radios fiables. Un récent modèle portable, dont le coût a  été  évalué par l’Institut d’analyse des dépenses (Institute for Defense Analyses) à 72.000 dollars chacune,  est appleée Manpack.  Non seulement le modèle Manpack est deux fois plus lourd que le modèle qu’il remplace, avec une ampleur d’action plus courte mais il a montré une tendance à la surchauffe et a sévèrement brûlé les pauvres soldats d’infanterie qui le portait.  Les casques portés par les soldats et par les Marines en Irak et en Afghanistan se sont aussi montré inadaptés. Comme les auteurs du livre récent  «  Des esprits brisés » Shattered Minds l’ont démontré, leur design peut en fait amplifier les effets d’une explosion sur le cerveau.  En plus, beaucoup parmi ces casques se sont montrés très vulnérables aux balles et aux shrapnels, à cause d’un entrepreneur corrompu qui a lésiné sur le matériel pare-balle nécessaire. Comme il est commun avec ceux qui évoquent les dysfonctionnements officiels, les lanceurs d’alerte qui ont mis en avant cette fraude particulière ont été violemment harcelés par leurs supérieurs et exclus de leurs postes.

Les experts et les commentateurs omettent généralement l’attribution de motifs pécuniaires au Complexe militaro-industriel. C’est pourquoi une récente étude universitaire a trouvé la réponse au déclin des forces dans «  une disposition culturelle américaine favorisant la technologie » suggérant que nos dirigeants militaires sont enclins à verser de fonds dans des systèmes technologiques complexes d’armement, ne répondant qu’aux «  besoins basiques des troupes »  à cause d’une sorte de besoin culturel inné. La réalité s’avère plus simple : le MIC présente une sorte de compulsion à exiger et à recevoir  toujours plus de notre argent chaque année. Contrairement à certaines croyances, cet impératif ne signifie pas que le budget soit propulsé par des guerres à l’étranger. Tout au contraire, les guerres sont la conséquence de la quête pour des budgets plus importants. Récemment, le Pentagon a même proposé un budget de guerre qui ne serait pas dépensé sur une guerre. Les propositions de budget 2020 comprennent 165 milliards pour les   « Overseas Contingency Operations » (O.C.O.), une catégorie spéciale inventée en 2009 afin de supporter les guerres en cours, un peu comme si le Police department demandant des fonds supplémentaires pour arrêter des criminels.  Dans les années précédentes, des sommes importantes de ces budgets ont été tranquillement réorientées vers des priorités du Pentagone, comme le financement du nouveau programme d’armement. Mais maintenant la diversion est devenue officielle – les examens du budget reconnaissent que plus de 98 milliards du budget de l’oCO est utilisé pour l’équipement de base de routine plutôt que pour des combats à l’étranger.

En d’autres termes, ce n’est qu’une question de fric (it’s all about the Benjamins). Comprendre ce fait fondamental permet de comprendre plus facilement les décisions sous-tendues par notre politique de défense. Pourquoi, à titre d’exemple, la Septième flotte a-t-elle été déployée inutilement  avec des équipages mal entraînés et des équipements obsolètes ? La réponse, selon une investigation de ­ProPublica, est que des responsables officiels, guidés par Ray Mabus, Secrétaire de la marine sous la présidence d’Obama et le Chef des opérations navales, l’Amiral Jonathan Greenert, étaient décidés à  financer le plus possible de construction de nouveaux navires, une décision qui s’est avérée très profitable pour les chantiers navals si influents au niveau politique.  Pourquoi maintient-on des missiles sur des bases terrestres vulnérables et sur une base sous-marine invulnérable ? Parce qu’éliminer l’ICBM de l’Air Force entraînerait un choc sévère  à son  budget et à l’équilibre budgétaire des fournisseurs de la défense.

Nous sommes équipés d’une force de combat qui a besoin de s’appuyer sur ses proches pour ses besoins essentiels comme les protections ou les équipements de vision nocturne, alors que des centaines de millions de dollars sont gaspillés dans des engins exotiques comme le compas nommé NOVA, un avion totalement dysfonctionnel supposé détecter les IED.  Le fonctionnement de ce gaspillage est toujours le même et anticipable : les services insistent sur le fait qu’un nouvel armement est nécessaire pour remplacer l’ancienne flotte devenue rapidement obsolète. Inévitablement des ennemis à l’avancée imprédictible et rapide exigent de l’armement nouveau et plus efficace, coûtant 50 à 100% plus cher que les précédents. L’hypothèse que de l’armement plus efficace est supposé coûter plus cher n’est généralement pas questionnée, en dépit du fait que les prix pour des ordinateurs personnels  et d’autres technologies civiles aient évolué dans la direction opposée. Une fois les budgets pour un nouvel armement revu à la hausse approuvés par les têtes du Pentagon et par le Congrès, un planning est fourni de façon à ce qu’aucun échec à faire face à une échéance ou à passer un test ne puisse menacer l’apport de fonds. En plus, le contrat, inévitablement d’une complexité écrasante,  est prévu pour assurer au fournisseur des rentrées d’argent qui couvrent tous les possibles échecs techniques ou organisationnels, ce qui garantit un autre double ou triple  cout au-delà de l’estimation déjà surévaluée.

Ces phénomènes sont peu compris par le monde extérieur, ce qui est une des raisos pour lesquelles le contribuable est prêt à accepter une étiquette de 143 millions sur un ­F-22 ( ce n’est que l’information donnée par Lockheed, le véritable prix par avion est de plus de 400 millions) comme quelque chose de justifié à cause de ses équipements technologiques exceptionnels. Feu A. Ernest Fitzgerald, qui fût licencié en tant que Gestionnaire officiel des coûts de l’Air force sous les ordres immédiats du Président Nixon pour avoir divulgué des dépenses excessives dans le Programme de l’Air force, dévoila des sièges de toilette à 640 dollars pièce et des marteaux à 435 dollars ( il fût le premier à avoir porté ceci sous l’œil publique) qui ne sont que des emblèmes du système entier, et que des produits comme l’avion de combat à 400 millions n’étaient pas moins raisonnablement évalués que ces sièges de toilette.

La beauté du système réside dans sa nature d’auto-renforcement. Des coûts énormes exigés pour ces contrats ne consolident pas seulement les profits alléchants des constructeurs mais s’assurent que le nombre d’armements commandés soit toujours en-deçà  du nombre demandé en premier lieu. Par exemple, l’Air force  a prévu en tout d’abord d’acheter des 750 ­F-22s au prix de 139 millions pièce, mais le coût s’élevant a forcé le Secrétaire de la défense du moment Robert Gates, à annuler le programme en 2009, limitant alors la flotte à 187.

Avec un nombre plus réduit, les systèmes d’armement sont maintenus en service plus longtemps : les avions de l’Aiir force sont maintenu en activité en moyenne pendant vingt-huit ans, et certains encore en service ont été construits il ya plus de cinquante ans. Le F.35 par exemple, coûte au moins six fois plus que le F 16 qu’il remplace, alors que le Zumwalt-­class destroyer (7.5 milliards chacun) coûte quatre fois plus que le Arleigh Burke destroyer qu’il est supposé remplacer). Le coût des Zumwalt a été tellement surpassé que bien que le plan original avait prévu une flotte de 32 navires, la production a été interrompue à seulement 3). Par moment, le système atteint des points ultimes d’absurdité quand des sommes gigantesques sont dépensées sans aucun résultat visible. Cela fût le cas pour les Future Combat Systems, un programme grandiose dans le champ des batailles de terrain avec des véhicules, des robots et un armement divers, tous liés via l’électronique et avec Boing comme premier fournisseur. 20 milliards de dollars plus tard, l’entreprise a périclité, en exercice onéreux de futilité.

D’énormes mises de fonds avec des retours marginaux ou même on-existants attirent peu l’attention, et moins encore des objections parmi nos politiciens. Le Congrès donne son accord aux budgets du Pentagone régulièrement avec une majorité bipartisane  écrasante. Une des raisons est la croyance que les dépenses militaires sont un stimulant pour l’économie et pour les districts des membres du Congrès. Ce point a été analysé avec une clarté louable dans une tribune libre du New York Times par Peter Navarro, directeur du Bureau des politiques et de fabrication de la Maison blanche. L’occasion  été donnée par la visite imminente de Trump  à Lima, Ohio, usine de fabrication des tanks Abram de l’US Army. Faisant l’éloge du r^le de Trump dans l’augmentation de la production de tanks (bien que l’armée ait déjà un énorme surplus de tanks en stock) Navarro a mis en avant les bénéfices pour Lima et pour l’Ohio, insistant sur le fait que l’usine emploierait plus de mille personnes sur place et plus de mille personne dans le pays tout entier. « Considérez, écrit-il, l’effet de vague de l’usine de Lima. Dans l’Ohio seul, 198 de ses fournisseurs sont répartis sur plus de 16 districts congrégationalistes » Peu de représentants élus pouvaient manquer l’argument, y compris le Sénateur libéral démocrate de l’état,  Sherrod Brown, qui a travaillé aux côtés des juristes républicains pour gonfler les fonds sur le projet. Les contractants importants ont changé la distribution des contrats de défense à travers le plus de districts congrégationalistes possible en un art.  Les contrats et sous-contrats pour le ­F-35 de Lockheed, par exemple, sont répartis sur 307 districts dans 45 états, assurant ainsi l’allégeance d’un nombre proportionnel de représentants du Congrès ainsi que celle de 90 Sénateurs. L’argument de l’emploi exerce une influence même lorsqu’une vision des dépenses semblerait violer des principes politiques. Par exemple, le F35 est supposé stationner dans le Vermont, au Burlington International Airport, résidence de la Vermont Air National Guard. Parce que le F35 est au moins quatre fois plus bruyant que le F15 qu’il remplace, des pans entiers des habitations bon marché du voisinage selon les propres critères de l’Air Force deviendront impropres à l’occupation résidentielle, enfermant des milliers de personnes  dans des maisons qui ne pourront plus se vendre qu’à des prix cassés, cependant, les propositions pour le F35 reçoit le support politique de la direction habituellement libérale de l’état, le Sénateur Bernie sanders, qui a justifié son appui en argumentant que, bien qu’il soit opposé au F35, il donne son accord à son installation dans le Vermont dans la perspective de la création d’emplois.

Cependant, une observation plus précise indique que les contrats de défense ne sont pas en fait des pourvoyeurs d’emploi si efficaces. Robert Pollin and Heidi Garrett-­Peltier of the Political Economy Research Institute at the University of Massachusetts Amherst ont calculé le nombre d’emplois générés par un investissement de 1 milliard dans diverses industries, allant de la défense aux soins santé, aux énergies renouvelables et à l’éducation. L’éducation venait en premier  avec une large marge, avec 26,700 emplois, suivie par la santé avec 17,200.  La défense ayant généré 11,200 emplois était classée en dernier. «  Toute activité économique génère des emplois » commente Polly, «  Là n’est pas la question, la question est de savoir combien d’emplois sont créés à partir d’une certain niveau de dépense dans telle partie de l’économie et en relation avec les autres ». Le fait est que les dépenses de défense génèrent moins de’emplois que l’énergie verte, l’éducation, et d’autres industries-clefs.

Des études comme celles-ci sont rares. Les recherches sur l’impact des dépenses de la défense sur l’économie américaine dans son ensemble sont encore plus rares, même si l’armement représente environ 10% des productions de tous les USA. Il ya une génération,  Seymour Melman, un professeur d’ingénierie industrielle à Columbia, a consacré presque toute sa carrière à l’analyse de ce sujet. Il a conclu que l’impact des dépenses d’armement sur l’ensemble de l’économie était complètement destructeur, une conséquence des mauvaises habitudes injectées dans le courant de la gestion américaine des entreprises par une culture de la défense indifférente aux coûts   et à la productivité. L’industrie US des machines-outils, par exemple, a exercé le pouvoir sur l’industrie d’après-guerre grâce à sa productivité efficace en terme de coût qui a en retour permis des salaires élevés pour les travailleurs. Mais écrit Melman comme de plus en plus de sea production glissait vers des contrats de défense, les reactions de l’industrie avec le Pentagon

Devinrent toutes du «  travail pénible », ce qui est nécessaire pour augmenter les coûts. A partir de là il était possible proposer des services à un nouveau client pour lequel l’augmentation du prix et des coûts était acceptable. Voire désirable.

En conséquence, comme le détaille Melman, l’industrie des machines-outils américaine cessa d’être compétitive avec celle de nations comme le Japon ou l’Allemagne, où le contrôle des coûts règne en maître.

Bien sûr, quelques sections des manufactures d’après-guerre redevables au dollar de la défense mènent encore le monde, notablement la fabrication d’avions civils  représentée par la compagnie Boeing. Les avions de ligne qui sont sortis des usines de Seattle étaient bien conçus, sûrs et rentables. Boeing avait un énorme secteur de défense également, mais le responsable du managment a renforcé une règle tacite selon laquelle des managers de la défense ne devraient jamais être transféré dans la branche civile, de peur qu’ils ne l’infectent de leur culture des surcoûts,  des délais dans les plannings et des initiatives risquées ou impossibles à réaliser.

Cela a commencé à changer en 1997, quand Boeing a fusionné avec ­McDonnell Douglas, une compagnie de défense. En termes de management, la fusion a été en fait le rachat de ­McDonnell avec son exécutif et surtout son PDG Harry Stonecipher—­assurant la direction des deux compagnies combinées, amenant avec eux l’héritage culturel de la compagnie. Les effets ont été rapidement perceptibles dans la première initiative importante touchant les avions de lignes Boeing sous le régime de la fusion : le 787 Dreamliner.  Parmi les nombreuses caractéristiques familières à tout étudiant de l’industrie de l’armement, le programme s’appuyait abondamment sur des contrats extérieurs effectués dans des pays étrangers afin de s’ assurer la fidélité d’acheteurs potentiels.  Envoyer des pièces de part le monde coûte de toute évidence du temps et de l’argent. De même que l’usage de technologies nouvelles et potentiellement non sécurisées, dans ce cas précis, étaient impliqués une cellule en plastique et des contrôles tout-électroniques alimentés par une batterie extrêmement large et dangereusement inflammable. Cette technologie eût également un impact sur le coût, qui a dépassé un estimation initiale de 5 milliards d’au moins 12 milliards – une excédant impressionnant, même selon les standards de la défense. Comme prévu, la batterie a pris feu, résultant dans un maintien coûteux des équipages du Dreamliner au sol de trois mois  pendant qu’on envisageait une réparation. L’avion doit encore se montrer rentable pour la société mais espère l’être finalement.

Les deux crash récents de Boeing 737 Max, qui ont tué 346 personnes, ont été un signe supplémentaire que diriger des programmes d’aviation civile en même temps que des lignes de fabrication industrielle peut ne pas avoir été le meilleur choix de Boeing. Le 737 a été financièrement d’une rentabilité éprouvée avec un record de sécurité impressionnant depuis 1967. Il ya quelques années, cependant, sous les auspices du PDG Dennis Muilenburg, ancien superviseur du fiasco du Future Combat Systems et de Patrick Shanahan (actuellement le Secrétaire de la défense en place) qui avait pris la tête du Programme des systèmes de missiles de défense de Boeing et du Dreamliner program avant de devenir le responsable général des programmes des avions commerciaux de Boeing, l’avion de ligne a été modifié dans un programme à la va-vite afin d’être en compétition avec l’Airbus A320. Ces modifications, principalement des moteurs plus grands qui ont compromis les caractéristiques aérodynamiques de l’avion l’ont rendu potentiellement instable. Sans en informer les consommateurs ni les pilotes, Boeing a installé un équipement automatisé Band-Aid qui réparait le problème de stabilité, au moins quand les indicateurs nécessaires fonctionnaient. Mais les indicateurs étaient susceptibles de tomber en panne, avec des conséquences désastreuses. De tels défauts sont communs dans les programme de défense, en d’entre eux étant le porte-avion V-22 Osprey de Boeing, ( supervisé pendant une période par Shanahan) dans lequel un défaut de fabrique, longtemps nié, a amené de multiples accidents qui ont tué 39 soldats et Marines. Mais l’impact final de ces désastres sur les contractants reste minimal, même positif, puisqu’ils peuvent être payé pour résoudre les problèmes. Sur le marché, les punitions en terme de pertes de ventes et de poursuites risquent d’être beaucoup plus sévères.

Dans la période immédiatement après la Guerre froide, avant que les tensions avec la Russie ne soient ravivées, la Corporation BDM, un groupe majeur de consultation sur la défense a reçu un contrat du Pentagon afin d’interviewer les anciens membres du complexe de défense soviétique ou dans l’armée ou dans la fabrication d’armement. Parmi les révélations intéressantes qui en ont émergé ( qui incluent la confirmation que les hypothèses de la surveillance US sur la politique de défense de l’Union soviétique ont été fausses presque entièrement tout au long de la Guerre froide) figure un compte-rendu  faisant autorité qui évoque à quel point le pouvoir militaro-industriel fût un désastre pour la défense soviétique et pour l’économie. BDM a appris que «  le secteur de la défense industrielle utilisait son influence afin de fournir plus d’armes qu’il en était demandé par les services de l’armement et pour construire des équipements nouveaux que les militaires opérationnels ne voulaient pas. »

Une énorme portion de la capacité industrielle soviétique était vouée uniquement à la production des missiles. «  Cette vaste base industrielle », selon un des fonctionnaires de haut rang interrogé, «  a détruit l’économie nationale et à appauvri le peuple. » Des appels à des coupes dans cette production inutile étaient rejetés par le Kremlin sur l’argument de «  que va-t-il arriver alors aux travailleurs ? » La charge insupportable du complexe militaro-industriel soviétique a été sans aucun doute une des premières causes de l’effondrement final de l’Union soviétique – le virus avait consommé son hôte.

Le contrat de BDM  a été conclu dans l’attente qu’il confirmerait au Pentagone bien-aimé la thèse que la simple ampleur des dépenses US, en particulier sur l’énorme gonflement initié dans les années Reagan,  avait écrasé l’URSS en les forçant à essayer de s’aligner – un acquiescement bienvenu des budgets de mammouth de la défense. Mais le projet BDM tel qu’il est en cours, avant même que les chercheurs n’aient terminé leur enquête, montre que ce n’est pas du tout ce qui s’est passé : la charge de l’URSS a été entièrement auto-générée pour des motifs internes, comme ceux de maintenir l’emploi. Quand les officiels du Pentagone ont réalisé que la recherche de BDM allait conduire à une conclusion hautement malvenue, le contrat éa été brutalement terminé. Le système sait comment se défendre.

Traduction : Elisabeth Guerrier

L’ennui. Court extrait de ” Humbolt gift ” de Saul Bellow

TRADUCTION d’un court extrait du roman de Saul Bellow : “Humbolt gift” sur l’ENNUI.

Un léger écart par rapport aux habituels contenus mais le lien entre ennui et terreur m’a semblé digne d’un petit manquement.

Lors de ses premiers temps, la révolution était une œuvre d’inspiration. Les travailleurs, les paysans, les soldats étaient dans un état d’excitation et de poésie. Quand cette phase brillante a pris fin, qu’est-ce qui est venu ensuite ? La société la plus ennuyeuse de l’histoire. Manque d’élégance, négligence, insipidité, biens ennuyeux, bâtiments ennuyeux, inconfort ennuyeux, supervision ennuyeuse, presse ennuyeuse, éducation ennuyeuse, bureaucratie ennuyeuse, travail forcé, présence policière permanente, présence pénale, ennuyeux congrès du parti etc. Ce qui était une constante c’était la défaite de l’intérêt. Qu’est-ce qui pouvait être plus ennuyeux que les longs dîners donnés par Staline, comme les décrit Djilas ? Même moi, quelqu’un d’assaisonné à l’ennui par mes années à Chicago, mariné, mithridatisé par les USA, je me suis senti horrifié par la narration de ces dîners à douze plats, ces banquets durant toute la nuit racontés par Djilas. Les invités buvaient et mangeaient, et buvaient et mangeaient, puis, à deux heures du matin, ils devaient s’asseoir pour regarder un western américain. Leurs coccyx étaient douloureux. Ils étaient terrorisés au fond d’eux-mêmes. Staline alors qu’il bavardait et plaisantait, piquait mentalement ceux qui allaient se faire punir et pendant qu’ils mâchaient et s’ébrouaient et engloutissaient ils le savaient, ils s’attendaient à être descendus sous peu. Que serait – en d’autres termes – l’ennui moderne sans la terreur ? Une des ouvrages les plus ennuyeux de tous les temps est l’épais volume des « Propos de table » d’Hitler. Lui aussi conviait les gens à regarder des films, à manger des pâtisseries, ou à boire du café avec Shlag, pendant qu’il les ennuyait, pendant qu’il discourait, théorisait, expliquait Tout le monde périssait sous le manque de fraîcheur et la peur, effrayé d’aller au toilette. Cette combinaison d’ennui et de terreur n’a jamais été proprement examinée. L’ennui est un instrument de contrôle social. Le pouvoir est le pouvoir d’imposer l’ennui, de commander l’immobilité, et de combiner cette immobilité avec l’angoisse. Le véritable ennui, l’ennui profond est assaisonné de terreur et de mort.Il y avait des questions plus profondes encore, par exemple, l’histoire de l’univers serait très ennuyeuse si on essayait d’y penser à la manière de l’expérience humaine ordinaire. Tout ce temps sans un seul évènement ! Des gaz encore et encore, et de la chaleur, et des particules de matière, les marées solaires et les vents, encore ce développement insidieux, morceaux ajoutés aux morceaux, accidents chimiques, des âges entiers au cours desquels presque rien n’est arrivé, des mers sans vie, juste quelques cristaux, quelques composants de protéines se développant. Tout ce retard de l’évolution est si exaspérant à contempler. Les erreurs maladroites que vous voyez dans les musées de fossiles. Comment de tels os pouvaient-ils courir, ramper, marcher ? C’est une agonie de penser au pelotage des espèces. Tout ce farfouillage, ces rampements dans les marais, ces dévorations, ces chasses et ces reproductions, la lenteur ennuyeuse avec laquelle les tissus, les organes, et les membres se sont développés. Puis l’ennui de l’émergence de types plus sophistiqués, puis de l’espèce humaine, la vie terne des forêts paléolithiques, la longue, longue incubation de l’intelligence, l’idiotie des âges ruraux. Ils ne sont intéressants que dans leur observation, en pensée. Personne ne pourrait supporter ça. L’exigence actuelle porte sur un mouvement en avant rapide, pour un résumé, pour la vie à la vitesse d’une pensée intense. Comme nous approchons, grâce à la technologie, de la phase de la réalisation instantanée, de la réalisation des désirs et des fantasmes éternels de l’homme, de l’abolition du temps et de l’espace, la question de l’ennui ne peut que devenir plus intense. L’être humain, de plus en plus oppressé par les termes spécifiques de son existence – un seul tour pour chacun, pas plus d’une seule vie par client- doit se mettre à penser à l’ennui et à la mort. Et toute cette éternité de non-existence ! Pour des gens qui cherche continuellement l’intérêt et la diversité, Oh comme la mort doit être ennuyeuse !, D’être devoir rester allongé dans une tombe , à la même place, comme c’est effrayant !

Les découvertes énergétiques hasardeuses : Nos bienfaiteurs malveillants et leur plan directeur pour l’Humanité par Phil Butler

Breakthrough Energy Ventures: Our Malevolent Benefactors and Their Master Plan for Humanity

The men who pull all the media, political and business levers in much of the world now want to pretend to save us from ourselves by backing GMOs and other questionable technologies.

Les découvertes énergétiques hasardeuses : nos bienfaiteurs malveillants et leur Plan directeur pour l’humanité

Nous pouvons nous rassembler, condamner les tares des politiciens et leur laisser occuper les unes de tous les médias comme les stars déchues de nos attentes. Ce n’est pas là, dans les mouvements trépidants de ces marionnettes que les vrais enjeux de notre avenir se trouvent. Le néolibéralisme ne fait pas de politique, il fait de l’argent. Il fonde toute son éthique sur le pouvoir de l’argent et sur celui octroyé à ceux qui ont les moyens d’en rassembler le plus possible, sans idée même de la nécessité même s’une possible limite. Le néolibéralisme convient du fait que TOUT s’achète, les choses, les gens, l’avenir et que ceux qu’on continue à nommer à tort ” l’élite” sont en mesure, de part leur réussite financière et entreprenariale, de savoir ce qu’il en est d’un projet de réussite pour la planète entière. Mais le néolibéralisme s’est installé comme système moral et politique unique sur un mensonge. Il avait comme référence de base le pouvoir de “la main invisible” de la complète dérégulation du marché à ordonner d’elle-même les échanges. Le marché, grand corps sans tête et faisant jouer dans un souci d’entropie les équilibres entre offre et demande, entre concurrence et dérégulation. Mais si un de ces composants organisateurs a bien disparu, c’est celui de la concurrence. Or cet effet auto-régulateur permis par la dynamique concurrentielle comme le montre R. Reich est plus que jamais réduit entre les mains de quelques potentats qui ont leur propre main mise sur les champs politiques, économiques, et scientifiques et très peu de forces critiques actives pour leur résister. Cet article, écrit assez joliment, nous informe de l’étape à suivre dans cette course à la toute-puissance, effectuée en toute impunité et dans la grande piété de tous les actes charitables, “POUR NOTRE BIEN”. Nous retrouvons à l’oeuvre ” l’ impérialisme de la vertu” décrit par Yves Dezalay et Bryant Garth, ou la “philanthropie hégémonique”, c’est à dire la reconversion, dès la première heure, des Robber Barons et autres ” lawyers” de Wall Street dans les bienfaits fiscaux, financiers et légitimants de la vertu civique. Il s’agit maintenant d’une façon ostensible de devenir les apprentis-sorciers, investis du garde-fou technologique et de la pensée scientiste que tout peut s’ingénieriser, d’une maîtrise de l’eau, déjà en route, et de la production de nourriture gérées à un niveau mondial.EG

Les hommes qui tiennent tous les leviers médiatiques, politiques et économiques dans la plupart du monde veulent maintenant nous sauver de nous-mêmes en soutenant les OGM et d’autres technologies questionnables.

Par  Phil Butler

Une histoire dans le Business Insider par l’auteur Aria Bendix a éveillé mon attention ce matin en décrivant Bill Gates et ses compatriotes milliardaires comme des «  héros, sauveurs de la planète ». Selon cette histoire, les mêmes hommes qui ont tiré des billiards du super-capitalisme et ont créé une kabbale qui contrôle  de nombreux gouvernements, investissent maintenant dans six startups agricoles par l’intermédiaire de Breakthrough Energy Ventures. Un seul regard sur les investisseurs devrait provoquer des tremblements le long de la colonne vertébrale de toute personne raisonnable. Laissez-moi vous dépeindre tout ça, avec un fond de sarcasme afin que je sauvegarde ma santé mentale. 

Gates nous aime MORTELLEMENT

Chacun sait combien Bill Gates aime l’humanité, il nous a vendu des billions de dollars de logiciels, de tablettes, de smartphone miteux, et même de   poisons de Monsanto pendant la dernière décennie. Mais qui parmi nous peut même se rendre compte de la chaude et trouble adoration que Sa Majesté royale, le Prince  Alwaleed ben Talal d’Arabie saoudite ressent pour le monde ? Pourquoi ? regardez ! Aux cotés de Al talal, et de Bezos d’Amazon, se trouve Richard Branson, le Jack Ma d’Alibaba et le cofondeur du groupe Carlyle, David Rubinstein, pour n’en mentionner que quelques-uns de nos philanthropistes les plus  convaincus. Oui mes amis, c’est certain, nous sommes maudis par leur malveillance trouble.

La  “mission” de Breakthrough Energy Ventures est de “commercialiser les innovations énergétiques à grande échelle” du moins selon le discours du groupe. Je suppose que cela signifie que les fonds ne concernent pas vraiment la philanthropie en fin de compte. (désolé, j’en viens à haïr ces gens-là). Venons-en aux faits maintenant, je ne souhaite pas perdre mon temps ni le vôtre. Gates et les autres sont engagés dans la recherche de profits à une échelle que les empereurs romains n’auraient pas pu concevoir.  Permettez-moi de citer à partir de The Guardian et d’un compte-rendu d’Agra-Watch basé à Seattle – un projet de la Community Alliance for Global Justice sur  le rôle que joue  la Fondation Bill & Melinda Gates dans Monsanto

Monsanto  a une histoire de mépris flagrant pour les intérêts et le bien être des petits fermiers du monde entier, ceci permet de sérieusement mettre en cause l’énorme financement du développement agricole en Afrique effectué par la Fondation.

Dans cette  histoire qui remonte à 2010, les investissements de Gates dans l’agro-géant sans visage Cargill ont été aussi mis en lumière.  En outre le milliardaire de Microsoft a été décrit alors comme le sauveur de l’humanité également grâce à l’’agro-tech OGM.

Mais concentrons-nous sur Gates et ces autres agents d’entretien si aimant aujourd’hui.

Croyez en Moi

Dans un récent blog post de Gates, le deuxième homme le plus riche du monde ( sur le papier) a évoqué les pets des vaches et les sols comme majeurs au niveau des excès de gaz à effet de serre. En lisant les notes de Gates, j’ai des frissons quand je réalise combien ce mauvais génie et ses amis milliardaires sont devenus fous. Au lieu de pointer la dépendance aux énergies fossiles de notre production alimentaire, Gates pénètre profondément dans le blaba techniciste pour dissimuler nombreux faits afin de mettre en scène ce que ces psychopathes ont vraiment en réserve pour le monde. Avant que j’y vienne, lisez ceci tiré du significatif : «  Nous devions discuter des sols autant que nous discutions du charbon. » Gates joue sa main en recommandant les solutions OGM dans lesquelles lui et ses amis ont investi.

Des usines à nitrogène microscopiques qui remplacent les fertilisants : et si nous pouvions fertiliser les plantes sans relâcher tant d’oxyde de nitrate dangereux dans l’air ? BEV est investi dans une compagnie nommée Pivot Bio qui a des microbes génétiquement modifiés afin de fournir aux plantes les nitrates dont elles ont besoin sans accentuer la production de gaz à serre que les alternatives synthétiques produisent.

Prenez bien note ici, ce «  mouvement » des élites est un ajustement aux alternatives climatiques en dehors de ce qui est généralement considéré comme étant des « solutions  énergétiques alternatives ».  C’est parce que le pétrole et les énergies lourdes sont impliquées avec Bezos, Gates et Bloomberg dans le financement de ces innovations dans les OGM. Considérez également que la rencontre avec les multinationales agrochimiques est profitable à la fois pour les semences résistantes aux herbicides et pour les microbes dont Gates est entiché, tout comme pour les herbicides auxquels certains sont également prévus pour résister. Mais ce n’est pas ce qui est si horrible dans leur plan pour l’humanité.  De nouvelles «  variétés » de  bon vieux haricots de lima ou de concombres ne devraient pas être notre principale inquiétude ici. Une complète dépendance alimentaire devrait.

Pensez-vous intéressant que toutes les solutions que Gates proposent impliquent qu’il joue à être Dieu ? Pas une fois je n’ai lu quoi que ce soit écrit par cet homme qui évoque le fait de retourner vers la nature ou de modifier nos habitudes.

Considérez son histoirei L’avenir de Dieu. Une nouvelle fois, nous voyons Gates recommander les compagnies dans lesquelles il a investi comme la solution à tous nos problèmes.  Une compagnie appelée Beyond Meat  ( Au-delà de la viande) n’est qu’un nouvel exemple de la façon dont Gates  affirme que la techno-science délirante est toujours préférable à la nature. Et cela nous conduit  à la réelle mission de notre bienfaiteur milliardaire.  Un contrôle total sur ce que nous buvons, mangeons, achetons et vendons. Un film dont certains lecteurs sexagénères  peuvent se souvenir, Soleil vert, présente Charlton Heston en homme pris dans le contrôle des multinationales qui mettent de la chair humaine recyclée sur la marché alimentaire.  Avant de penser que je suis fou, ou un théocricien de la théorie du complot, lisez cette histoire publiée par Bloomberg à propos de Gates, Cargill, et de Sir Richard Branson soutenant la fabrication de viande fabriquée en laboratoire à partir de cellules de bovidés. 

Le Diable est à Davos

Aujourd’hui, le monde est pratiquement entièrement dépendant de produits et de service contrôlés par les 1% les plus riches. Ils contrôlent notre électricité, et nos transports, ils contrôlent les marchés de vêtements que nous portons, des diamants que nous achetons comme bague de fiançailles, et ils dirigent les politiciens qui réécrivent notre vérité et décident de notre futur. Aucun d’entre nous n’aime l’admettre mais la vérité du contrôle par l’élite est incontestable, vrai sans équivoque et nous le savons tous.  Les seules facettes de notre existence que nous pouvons contrôler impliquent de la survie primaire quand tout a été déjà dit et fait. Et notre survie est liée inextricablement à la nourriture, à l’eau, et à l’air. Ces individus travaillent à transformer notre planète en une jungle où chaque centimètre carré représente un profit à leurs yeux ; L’Amazone disparaît, la consommation de pétrole est au plus haut, la planète est polluée à un tel point que certains experts nous disent que nous avons atteint un point de non-retour ; Et maintenant, les mêmes individus qui ont tiré profit de notre naissance, de notre vie et de notre mort nous affirment qu’ils vont «  nous aider »  un peu plus en créant de la nourriture artificielle et modifiée. Avant de continuer, lisez s’il vous plait la déclaration d’engagement de la «  cabale » :

La Breakthrough Energy Coalition s’engage à créer de nouvelles technologies qui changent notre façon de vivre, de manger, de travailler, de voyager et permettent d’arrêter les impacts dévastateurs du changement climatique. Nous croyons que la création de partenariat profonds entre nos membres et les gouvernements conduira à plus d’investissement plus tôt et à plus de solutions énergétiques plus vite..

La leçon avec laquelle je voudrais éperonner le lecteur est que le moment où les aristocrates de l’industrie nous disent qu’ils sont «  avec nous » est le moment où on doit les observer à la loupe. Au titre de preuves, je présente  le cas du  bazar des biocarburants que le collègue de Gates et partisan de Breakthrough Energy Ventures Vinod Khosla a apporté dans l’état du Mississippi. Dans ce cadre, Kosla a soi-disant essayé de créer l’“Exxon des biocarburants” avec une entreprise nouvelle appelée KiOR, qui fit faillite en laissant les investisseurs IPO avec des titres sans valeur. Kosla et ses autres élites globalistes ont plus d’un tour dans leur sac mais continuons en examinant ce qu’ils veulent dire par «  profond partenariat »  avec les gouvernements.  Juste ici, considérez pour un moment ce que ces globalistes se disent dans les montagnes suisses, lorsqu’ils se rencontrent à Davos, puis essayé d’imaginer leur chaude adoration pour nous tous.

L’ingénierie de l’humanité

En octobre  2018, il y a quelques mois, l’UE a annoncé  un investissement commun avec Gates et ses amis. Ce partenariat nous rappelle celui des biocarburants de Khosla avec l’état du Mississipi, s’achevant sur une perte pour tous ceux impliqués seulement dans le spectacle de foire européen,  les enjeux sont beaucoup plus importants. C’est autour de cette «  garantie d’investissement » que je suis déchiré entre l’hypothèse que Gates et ses comparses sont simplement des escrocs détestables ou des incompétents cherchant de la compagnie. Prenons Khosla  et une autre startup nommée Jawbone, qui a intégré la liste des startup à abattre (dead-pool running) en 2017 après avoir fait un accroc de plus de 930 millions de dollars dans le financement de  Khosla Ventures, Sequoia Capital, Kleiner Perkins Caufield & Byers, et d’autres.  Toujours du côté des énergies de remplacement, une autre startup massivement financée et supportée par l’état nommée  Abound Solar a fait faillite après avoir reçu 641 millions de dollars et le soutien du ministère de la défense, U.S. Department of Defense. BP Alternative Energy Ventures était impliquée dans celle-ci également, au cas où vous soyez à la recherche de connexions intéressantes.  D’autres startups, comme Aquion Energy (Bill Gates), se sont montrées très prometteuses, ce qui me conduit à une autre théorie personnelle concernant ces technocrates et milliardaires globalistes. Je crois qu’ils camouflent leurs plans qui sont de carrément nous posséder.

En cherchant le fonds d’investissement, Investment Fund (EIF) j’ai immédiatement vu le fait que le fond que la SME est supposé aider représente 99% de tous les marchés conduits dans L’UE ! Oui, vous lisez bien.  Le fonds établi pour aider avec l’apport d’un capital de petites ou moyennes entreprises  supporte également Bill Gates et les gens qui ont d’énorme intérêts investis dans le GROS business. Maintenant Gates et ses Breakthrough Energy Ventures sont main dans la main et sont positionnés pour contrôler toutes les technologies émergentes qui défierait leurs ENORMES affaires. Dans un mouvement brillant ( et monstrueux) pour contrôler la mise sur le marché de toutes ces technologies, Gates et les autres peuvent, soit investir et acheter ces nouvelles solutions ou provoquer leur mort. C’est ce qui je crois s’est produit avec KIOR, mais personne n’a rien prouvé à part un défaut de gestion et trop de matraquage publicitaire.  Mais en observant comment la bourse est manœuvrée par les temps qui courent il n’est pas inconcevable que ces milliardaires attaquent sous toutes les coutures afin de sucer l’argent du système. Maintenant, regardons ensemble les transactions obscures, avec d’énormes investissements bancaires, et les risques auxquels le Wall Street Journal dit que les citoyens européens sont exposés. L’auteur Max Colchester  évoque quelque chose appelé «  Ingenierie financière « , « financial engineering » quand il décrit exactement le genre de garantie qu’obtiennent Gates et ses potes de l’EIF.  J’évoquerai les potentiels de cette ingénierie de Gates et consorts dans un autre article.  Pour l’heure, je dois résumer ici les principales inquiétudes.

Jouer du pipeau quand le monde brûle

L’ordre libéral du monde auquel je me réfère constamment n’est pas celui d’une théorie de la conspiration des Illuminati ou une invention de mon imagination surchauffée. Ce white paper  du Forum 1 de l’économie mondiale (World Economic Forum) trouvé dans le Conseil de l’agenda global  (Global Agenda Council) irrévocablement admet  l’ordre de l’après-guerre  qui a dirigé le monde depuis 1945. Ce  Global Agenda Council, pour ceux qui l’ignorent est présidé par Robert Kagan du Brookings Institute et Karen Donfried du German Marshall Fund américain.  Le dossier produit par ces mêmes leaders de l’ordre mondial révèle le véritable agenda derrière les investissements de ces milliardaires dont j’ai parlé. Pour résumer :

« Les US sont à la tête d’une révolution des énergies – avec de profondes implications pour la place des USA dans le monde, pour ses relations avec les autres puissances et pour le pouvoir global. En moins d’une dizaine d’années, le pétrole US et la production de son gaz ont explosé pendant que de nouvelles technologies pouvaient produire des combustibles en abondance à partir du gaz de schiste  à travers le pays. Cette révolution et d’autres facteurs globaux a contribué à presque 50% dans le déclin du prix du pétrole depuis juin 2014. »

Pendant que Gates et autres professent leur engagement éternel à nous sauver du vilain changement climatique, leurs amis,  qui font les règles au bout de l’ordre du monde libéral, se félicitent de la « sécurité énergétique » nouvellement trouvée aux USA fondée sur la moins durable des politiques énergétiques possibles. Pire encore, les collègues de nos bienfaiteurs milliardaires ne sont pas honteux d’être la cause de la Deuxième guerre froide, comme le prouve cet extrait :   

Comme les USA deviennent un des principaux acteurs du marché de l’énergie mondiale, ils peuvent exercer leur influence de façon à affaiblir certains de leurs plus importants adversaires.

Ceci est le discours de nombreux des participants à l’infâme World Economic Forum, laissez-moi vous le rappeler. Leur rapport appelle le peuple américain  à défendre cet ordre mondial libéral avec toutes les «  armées, choix politiques, économiques et culturels nécessaires. »  Robert Kagan est aussi membre du Council of Foreign Relations  (Conseil des relations étrangères) et écrit une colonne pour le Washington Post de George Bezos. Et ce rapport fourni par le World Economic Forum contient des avertissements cachés pour le peuple européen auxquels il serait bon de prêter attention.

Les peuples des autres nations ont besoin d’accélérateurs et de capital-risque mais par-dessus tout, ils ont besoin d’une culture qui accepte à la fois l’embrasement fréquent et la destruction créative que l’innovation entreprenariale génère”

Une nouvelle solution finale

Est-ce que cela ne sonne pas comme un communiqué stratégique de préparation à l’assistance de cet ordre libéral et de ses milliardaires ? « de fréquents embrasements » ne sont pas des choses auxquelles l’économie déjà mal en point de l’Europe soit prête.  Je vous laisse prendre connaissance du fait que le nouvel ordre mondial se vante que un tiers du produit national brut du Kénya passe par une start-up nommée  M-Pesa, qui a été originellement fondée par le Department for International Development (DFID) en Grande Bretagne, qui travaille avec la European Investment Bank (EIB) même avec l’USAID à travers le DAI Global de Bethesda, MD. Les lecteurs seront aussi intéressés de savoir que Bill Gates a Tweeté  pour faire les louanges de la merveilleuse M-Pesa  en ces mots :

La M-Pesa kényane prouve que lorsque les gens auront le pouvoir, ils utiliseront les techniques digitales pour innover en leur propre nom.

En 2015, DAI a reçu 272 429 308 dollars pour un financement de contrat de a part de USAID, et un autre de and 58.3 millions de livres du Département pour le développement international de Grande Bretagne  (U.K. Department for International Development).  Les vénézuéliens disent que DAI est une organisation de couverture de la CIA, et mes recherches n’ont pas prouvé le contraire. Ce  câble de WikiLeaks  labellisé “Secret” révèle que l’USAID et la  DAI ont coopéré pour créer une insurrection au Venezuela quand Chavez était encore en vie en 2006. Je ne m’étendrais pas là-dessus, dans la mesure où notre propos se concentre sur Gates et ses collègues milliardaires. Il s’agit de mettre en évidence la collusion entre les technocrates, les agences gouvernementales et l’état profond, et leur partenaires les plus haut placés.

Quand le chef Nazi Adolf Hitler et ses capitaines ont  décidé ce qui allait s’appeler «  La solution finale » -il y a du avoir quelque argument rationnel pour justifier un telle horreur, éradiquer un peuple en entier pour régler «  La question juive ». Aujourd’hui, le nom de code pour le meurtre planifié l’extermination des tous les Juifs à portée du 3iéme Reich pourrait s’appliquer aux projets secrets de ces élites globalistes. Ils contrôlent les médias, les créations monétaires, l’industrie, et posent des leviers sur tous les aspects de la vie occidentale. Tout ce qui reste ce sont l’eau et la nourriture. Et avec le contrôle de ces biens nous pouvons simplement être rassemblés et conduits à l’abattoir comme des bêtes. Pensez-y. Ce n’est pas un effet de l’imagination. Quel autre but  y aurait-il ? Quelle fin alternative pensez-vous que ces hommes puissants cherchent ? Oh, j’ai laissé de côté leurs consciences de dévots craignant Dieu. Nous ressentons cette dévotion chaque jour, ici en Grèce.  Bientôt, très bientôt, je crains que leur chaleur ne touche profondément l’Amérique et le reste de l’Europe.

Top Photo | Bill Gates, chairman of the Bill & Melinda Gates Foundation, gestures during a session at the annual meeting of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, Jan. 22, 2019. Markus Schreiber | AP

Phil Butler est un investigateur et un analyste, un spécialiste des sciences politiques et expert dans l’Europe de ‘Est, il est l’auteur d’un récent best-seller “Putin’sPraetorians” et d’autres ouvrages

Source | NEO

Traduction : Elisabeth Guerrier

Ci-joints pour rappel les liens des traductions de l’article d’investigation très documenté de Global Justice Now, effectué en 2016 et décrivant les agissements de la Fondation Bill et Melinda Gates et qui sert encore de référence.

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Le RussiaGate a créé une diversion / Pr. Oliver Boyd-Barrett

Le RussiaGate a organisé la diversion. Par le Professeur Oliver Boyd-Barrett


Les interventions sur le rapport Mueller se succèdent, mettant, s’il en était besoin à jour, la puissance de frappe de la mauvaise foi comme arme politique. Ils n’en démordront pas, “ils” c’est à dire ceux-là même qui ont évoqué une aire de ” post -vérité “, tout ce que le parti de gentils patentés recèle de mauvais perdants, de prévaricateurs, de carriéristes ,du pouvoir, de corruption institutionnalisée, incapables d’affronter les vrais enjeux de leur statut et de remettre le politique au centre de leur mission. Il va sans dire, même si ces temps sont peu favorables aux nuances rhétoriques, que l’accusation faites aux Démocrates, et d’une certaine façon quant aux méthodes, à tout ce que l’Occident compte de libéraux décadents, n’occulte nullement le profond mépris pour la politique menée, ou plutôt non menée par leurs adversaires. L’agonie de ce système va avec un ample remue-ménage de ce qui sous-tend ses dénominations. République. Démocratie. Socialisme. Ethique. etc.etc. tous ces concepts ont besoin d’une reprise en main de leur nature même et de tout ce qu’ils sont supposés avoir cédé à la corruption des esprits.EG

L’écrivain Tom Wolfe dans son roman « The right stuff » décrit les vagues de déclencheurs d’émotions qui se succèdent dans la presse en fonction des priorités politiques ou militaires historiques. Comment le discours se rétrécit de lui-même quant à ses cibles afin d’éveiller tel ou tel champs psychoaffectif et créer autour de lui ce qu’on appelle un ” état d’esprit collectif “, c’est à dire prêt à soutenir n’importe quelle décision avec tout la bonne conscience que donne l’émotionnel comme « vérité » : It was like if the press in America, with all its vaunted independence, were a great colonial animal, an animal made up with countless clustered organisms responding to a single nervous system. In the late 50′ ( as in the late 70′), the animal seemed determined that in all matter of national importance the PROPER EMOTION, the SEEMLY SENTIMENT, the FITTING MORAL TONE should be established and should prevail ; and all information that muddied the tone and weakened the feelings should simply be thrown down the memory hole. In the later period, this impulse of the animal would take the form of blazing indignation about corruption, abuses of power, and even minor ethical lapses, among public officials, here, in April 1959, it took the form of a blazing patriotic passion// In either case, the animal’s fundamental concern remained the same: the public, the populace, the citizenry must be provided with the CORRECT FEELING. Tom Wolfe «  The right stuff » Picador edition. p.95

« C’est comme si la presse en Amérique, avec toute son indépendance si vantée, était un gros animal colonial, un animal composé d’innombrables organismes agglomérés répondant à un seul système nerveux.  A la fin des années 50, (comme à la fin des années 70), l’animal semblait déterminé à ce que dans chaque question d’importance nationale, l’émotion adéquate, le sentiment bienséant, le ton moral  convenable soient établis et prévalent, et  que toute information qui brouille ce ton ou affaiblisse les sentiments soit simplement jetée dans le grand trou de la mémoire. Dans la dernière période, les pulsions de l’animal prenaient la forme d’une indignation enflammée contre la corruption, les abus de pouvoir, ou même certains défauts éthiques mineurs, au sein des officiels, mais là, en 1959, elles prirent la forme d’un patriotisme ardent.// Dans chacun des cas, la préoccupation fondamentale de l’animal resta la même : le public, la populace, la foule, doit se voir fournie avec l’émotion correcte.

Pendant plus de deux ans, le Russiagate  a occupé une proportion importante du journalisme politique de masse US et, parce que les médias de masse US ont également un agenda de promotion, de la presse internationale également. Le Timing a été catastrophique. L’administration Trump a déchiqueté les protections environnementales, jeté par-dessus bord les accords sur le nucléaire, exacerbé les tensions avec les rivaux des Etats-Unis et  favorisé les riches.  Au lieu de consacrer une attention soutenue dans les médias à la fin de l’espèce humaine, liée au réchauffement climatique, à sa disparition de plus en plus imminente par l’entremise de l’armement atomique, ou à l’éviscération toujours plus intense du discours démocratique dans un société déchirée par des inégalités de richesse sans précédent et une cupidité capitaliste sans limite, les médias saturent leur public avec un récit puéril d’une supposée collusion de la campagne électorale de Trump et de la Russie.  Le discours sur le Russiagate est profondément mensonger et hypocrite. Il suppose que les USA soit un état où le système électoral est totalement fiable et sûr. Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité. Le système démocratique américain est profondément ancré dans un système bipartite dominé par la classe nantie et ayant largement des comptes à rendre aux oligopoles des multinationales. Il est soumis au regard des valeurs du capitalisme extrême et de la domination impérialiste. Les problèmes entre le système électoral US et les médias sont nombreux et bien documentés.

Les procédures sont profondément compromises par un collège électoral qui détache des votes comptés des votes qui comptent. La composition des districts électoraux ont été redécoupés afin de minimiser la possibilité de surprises électorales. Le vote dépend d’un système électronique conçu par une multinationale et peut être aisément hacké. Les administrations de droite jouent avec le coffre à jouet de la suppression des votants qui déploie toutes les possibilités, de la réduction des lieux de vote potentiels et des équipements, à l’imposition d’exigences d’identifications d’électeurs et à l’élimination de certaines traces (e.g les groupes de personnes ayant commis des crimes ou de personnes ayant les mêmes noms que ceux des criminels, ou de personnes n’ayant pas voté lors de précédentes élections). Même les résultats des campagnes sont corrompus quand les administrations en place abusent des semaines restantes au pouvoir pour pousser des arrêtés ou des lois qui saborderont les efforts de leurs successeurs. Le principe démocratique  présuppose l’équivalence de fait de chaque voix sur le champ de bataille des idées.  Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité du système «  démocratique » américain dans lequel un petit nombre d’intérêts puissants apprécie l’avantage donné par un mégaphone assourdissant sur la  base de l’argent des donations au noir, souvent anonymes, filtrées par SuperPacs et consorts, opérant en dehors des confins des ( quelque peu mieux contrôlées)  dix semaines de campagne électorale. En ce qui concerne les médias, la théorie démocratique présuppose des infrastructures de communications qui facilitent les échanges d’idées libres et ouverts. Il n’existe pas d’infrastructure de cette sorte. Les médias sont possédés et contrôlés par un petit nombre de conglomérats multi-médias, multi-industriels, situés au cœur même du capitalisme oligopole et dont la plupart des contenus et des revenus de publicité sont fournis par d’autres conglomérats. L’incapacité des médias à soutenir un environnement qui puisse inclure l’histoire, les perspectives et le vocabulaire libérés des chaînes de l’autosatisfaction ploutocrate est aussi bien documentée.  L’actuelle couverture médiatique de la crise vénézuélienne générée par les USA  en est le parfait exemple. Le potentiel révolutionnaire si célébré des médias sociaux est illusoire. Les principaux fournisseurs de l’architecture sociomédiatique sont encore plus corporatistes que leurs prédécesseurs. Ils dépendent non seulement de la publicité mais également de la vente des big datas qu’ils réquisitionnent des usagers et vendent aux corporations ou aux propagandistes politiques souvent lors de campagnes micro-ciblées assistées par de l’IA lors de «  campagnes » de persuasion. Comme leurs prédécesseurs, les médias sociaux sont imbriqués, collaborent et sont vulnérables aux machinations de l’établissement de surveillance militaro-industrielle. La soi-disant ingérence dans les élections à travers le monde a été une figure magistrale de l’exploitation des médias et des médias sociaux par des compagnies liées à la défense, à la politique et à l’espionnage, comme – mais d’une façon non exhaustive- l’ancien Cambridge Analytica et son parent britannique SCL.

Au regard de  de cet arrière-plan d’échecs électoraux et médiatiques, il n’est pas raisonnable de porter la discussion ou l’attention sur de soi-disant activités des médias sociaux de, disons, L’Agence de recherche internet russe. L’attention est détournée des problèmes substantiels vers des problèmes triviaux et sans substances.  De plus, dans un climat d’hystérie maccarthyste, le Russiagate fait l’hypothèse que toute communication entre une campagne présidentielle et la Russie est en soi une chose déplorable. Même si on devait confiner cette conversation uniquement à une communication entre les oligarques des deux pays, par contre, l’opposé s’avèrerait certainement vrai.  Et ce n’est pas simplement à cause des bénéfices pouvant découler d’une meilleure compréhension du monde, de l’identification d’intérêts ou d’opportunités partagés et de leur promesse de relations pacifiées.  Une analyse de real politick  pourrait conseiller l’insertion de coins entre la Chine et la Russie de façon à décapiter le contrôle de la superpuissance hybride perçue comme une menace sur une région du monde qui a longtemps été considérée comme indispensable pour une réelle hégémonie mondiale. Même si on considère le RussiaGate comme un problème digne de notre attention, les bases de l’audience probatoire sont faibles. Le dévoilement final du discours sur le RussiaGate attend avec impatience le rapport du Conseiller spécial et ancien directeur du FBI Robert Mueller. L’enquête et les investigations de Mueller impliquent plusieurs personnes qui dans certains cas, n’ont rien à voir avec la campagne présidentielle de 2016. Ils apparaissent être plutôt concernés par des mensonges et des obstructions à son enquête que par un matériel d’actes illégaux, ou font face à des charges qui sont peu susceptibles d’être retenues dans une cour pénale. L’investigation elle-même est retraçable jusqu’à deux rapports significatifs mais extrêmement problématiques rendus publiques en janvier 2017. Un était le «  Dossier Steele », par l’ancien officier M16 Christopher Steele. Il est principalement intéressant pour ses allégations largement infondées que d’une façon ou d’une autre, Trump est de mèche avec la Russie.  La compagnie de Steele, Orbis, a été recrutée pour rédiger un rapport par Fusion GPS, qui à son tour a été contactée par des avocats travaillant pour la campagne nationale du Parti Démocrate.   Des passages de brouillons initiaux du rapport Steele, à travers des sources proche des renseignements britanniques et le compte-rendu, par le conseiller de Trump, George Papadopoulos touchant des conversations en sa possession concernant l’éventuelle possession par les Russes des emails de Clinton avec un personnage qui pourrait tout aussi bien être un espion russe que britannique, ont été les instruments ayant éveillé l’intérêt du FBI et l’espionnage sur la campagne de Trump.  Il existe des liens indirects entre Christopher Steele, un autre ancien agent M16, Pablo Miller (qui a lui aussi travaillé pour Orbis) et  Sergei Skripal, un agent russe qui a été recruté comme informateur d’M16 par Miller et qui a été la cible d’une tentative d’assassinat en 2018. Cet évènement a occasionné des  attaques controversées, pour ne pas dire hautement improbables et pernicieuses de la part du gouvernement britannique  et des accusations contre la Russie. L’élément le plus significatif présenté dans le deuxième rapport, publié par l’Intelligence Community Assessment et représentant les conclusions d’une petite équipe tirée du bureau du Directeur de L’Intelligence, de la CIA du FBI et de la NASA, était la déclaration de responsabilité des services de l’espionnage russe pour le hackage du système informatique de la DNC et de son président John Podesta durant l’été 2016, et le transfert de ces documents à Julian Assange et à Wikileaks.  Aucune preuve n’en a été fournie.   Bien que les allégations de hacking soient devenus des articles de foi largement incontestés du discours  RussiaGate, ils ne s’appuient d’une manière significative que sur les découvertes problématiques d’une petite compagnie privée embauchée par la DNC. Il existe aussi des preuves formelles que les documents puissent avoir été fournis plutôt que hackés et par des sources basées aux USA. Le fait que ces documents révèlent que le DNC , un agent supposé neutre dans la campagne des primaires, ait en fait pris part en faveur de la candidature de Hillary Clinton, et que les points de vue de Clinton sur l’industrie données en privé aient pu différer de ses positions données en public , a longtemps été obscurci dans la mémoire des médias en faveur du narratif plus chéri de la vilénie russe.

Pourquoi le discours sur le RussiaGate est-il si attirant ? Qui en profite ? Premièrement, Le RussiaGate sert les intérêts de (1) un Parti Démocrate  corrompu, dont l’organisation contestable de la campagne, biaisée et incompétente a amené la perte des élections en 2016, alliés à (2) des factions puissantes de l’établissement de surveillance industrio-militaire qui, pendant les dernières 19 années,  à travers l’OTAN et d’autres  agences internationales malléables, a cherché à compromettre le pouvoir de Poutine, à démembrer la Russie et la Fédération russe, ( indubitablement pour les bénéfices du capitalisme occidental) et plus récemment maintient la Chine dans une lutte incessante et titanesque au cœur de l’Eurasie.  Dans la mesure où Trump, quelqu’en soient les raisons, ait pu être en désaccord avec au moins quelques aspects de cette stratégie à long terme, il s’est montré comme étant non fiable par l’état sécuritaire US.   Tout en servant le but immédiat de contenir Trump, les accusations US d’une implication dans leurs élections sont une farce dans le contexte d’une histoire d’implications largement documentée des USA dans les élections et la politique de nations souveraines pendant plus de cent ans. Ces inférences dans tous les hémisphères ont inclus l’organisation de coups d’état, des invasions, des occupations sous de faux prétextes additionnés à de nombreuses instances de stratégies de «  révolutions de couleur » impliquant le financement de partis d’opposition et provoquant des soulèvements, souvent couplée avec une guerre économique ( sanctions) . Un autre bénéficiaire, (3)  est le cumul de tous ces intérêts qui rétrécissent le champ de l’opinion publique à un cadre supportant l’impérialisme néolibéral. Exploitant paradoxalement la panique morale associée aux plaintes de Trump sur les « fake news », à chaque fois que les couvertures médiatiques font sa critique, et l’embarras des médias sociaux à propos de leur disponibilité et de la vente des données privées à des clients et des corporations puissantes, ces intérêts ont pointé la nécessité de plus de régulation, ainsi que de l’auto-censure des médias sciaux. La réponse des médias sociaux a impliqué des algorithmes  de plus en plus restreints et ce que les «  fact-checkers », (illustrés par le support financier de Facebook et sa dépendance à l’égard du groupe de pression pro-OTAN The Atlantic council).  L’impact du net a été dévastateur pour de nombreuses organisations d’information dont le seul « péché » dans l’arène des médias sociaux est d’analyser et de donner leur point de vue qui se montre à contre-courant de la propagande néolibérale.  La justification standard de telles attaques sur la liberté d’expression est d’insinuer leur lien avec la Russie et/ou le terrorise. En fonction de sa réponse grossière et des réponses par la censure de certains acteurs puissants, il semble que peut-être le récit du RussiaGate est devenu de plus en plus improbable pour beaucoup et que le seul espoir actuel pour ses propagateurs est d’étouffer tout questionnement. Ce sont bien sûr de bien sombres jour pour la Démocratie ?

Oliver Boyd-Barrett est Professeur Emérite à la Bowling Green State University. IL est l’auteur d’un livre à venir : RussiaGate and Propaganda: Disinformation in the Age of Social Media (Routledge)

Traduction : Elisabeth Guerrier

La nature du sexe Andrew Sullivan

La vague de conditionnement massive, se couvrant des usuelles protections de la victimisation et des scansions du dogme laisse peu d’espace pour le recul nécessaire qui devrait permettre de donner au discours ” nature-culture” réinitié par le transgenrisme sa vraie teneur. Il y a en effet pour décourager toute analyse et tout regard critique, comme dans la plupart voire tous les discours minoritaires, le postulat d’une ” lutte pour le bien”, un tour moral donc, qui empêche toute posture rationnelle de faire son travail d’analyse. la “phobie” brandie comme arme de dissuasion de toute relativisation des postulats et l’absence d’intégration des données éthiques, scientifiques, économiques et idéologiques du problème ne pouvant être prises en compte sous le voile de la bienséance et du discours quasi religieux qui l’accompagne. Nous ne développerons pas dans ce contexte sur le leurre que cette sorte de passion collective exhibe de la nature intrinsèquement inqualifiable de ce qu’on nomme l’humain et de sa recherche désespérée de bornes à renégocier sans cesse dans les poussées de nouveaux mythes et dans leur fragilité signifiante. L’intérêt du texte de Sullivan est plus proche des questions strictement contemporaines posées au trangenrisme et d’autant plus intéressant qu’il les pose d’un posture homosexuelle, levant la chape identitaire et pointant les tensions, luttes intestines dans un mouvement qui n’a d’homogène que ses revendications de reconnaissance mais est destiné à exploser sous les coups des disparités et des clivages inhérents à toute microisation. EG

” La doctrine transgenre s’est avérée être une méthode ingénieuse pour désorienter de grands groupes d’individus, les rendant incapables de “penser rationnellement ou de protéger leurs propres intérêts”. Elle permet également aux prémisses du capitalisme pur de devenir plus gratifiantes, et apporte une définitionnouvelle, plus privée, à la phrase ” réforme structurelle”. le capitalisme définit les individus comme visant leurs propres intérêts et c’est ce que les défendeurs du transgenre deviennent. Physiquement, le mouvement enferme des individus qui seraient autrement en bonne santé dans une dépendance à l’institution médicale, psychologiquement, cela les enferme dans une bataille futile et souvent agressive contre la “misgenderisation” , le soi-disant “féminisme radical trans-exclusif” et les “groupes de haine anti-trans” fictifs.

“Cette forme de fondamentalisme capitaliste, écrit Klein, a constamment été instigué par la forme la plus brutale de coercition, infligé sur les corps institutionnels comme sur des corps réels innombrable”, Le transgenderisme n’est pas une exception à la règle néolibérale, et comme le choc et la désorientation s’étendent, le pillage continue.

Transgender doctrine has proven an ingenious method for disorienting large groups of people, rendering them unable to “think rationally or protect their own interests.” It also allows the premises of pure capitalism to become self-fulfilling – and lends a whole new, more intimate, meaning to the phrase “structural reform.” Capitalism defines people as self-interested, and that is what proponents of transgenderism become. Physically, the movement traps otherwise healthy people into dependence on the medical establishment; psychologically, it locks them into futile and often aggressive battles against “misgendering,” so-called “trans exclusionary radical feminists,” and fictive “anti-trans hate groups.”

“This fundamentalist form of capitalism,” Klein writes, “has consistently been midwifed by the most brutal forms of coercion, inflicted on the collective body politic as well as on countless individual bodies.” Transgenderism is no exception to the neoliberal rules, and as the shock and disorientation spreads, the pillaging continues.” Renée

The Nature of Sex

La nature du sexe

 Andrew Sullivan

C’est peut-être un signe de la fin des temps, ou simplement une des fonctions de la politique confuse actuelle, mais en début de semaine, quatre activistes féministes – trois faisant partie d’un mouvement qui se décrit lui-même comme «  féminisme radical », Le Front de libération des femmes  Women’s Liberation Front — sont apparues en délégation à Heritage Foundation*. Ensemble, elles ont maintenu que le sexe est fondamentalement biologique, et non construit socialement et qu’il y a une différence entre les femmes et les transsexuelles qui se doit d’être respectée. Pour ces propos elles ont été grandement applaudies par les supporters de Trump, les membres de l’extrême-droite religieuse, les théoriciens de la loi naturelle, et les intellectuels conservateurs qui formaient la plupart de la foule. Si vous pensez que je viens de découvrir une espèce d’herbe particulièrement puissante et que j’hallucine, vérifiez avec la vidéo de l’évènement.

Je ne doute pas que nombreux seront ceux qui considéreront ces femmes comme des réactionnaires anti-trans, ou des pacificatrices des homophobes ou transphobes, ou simplement des personnes dérangées à la recherche d’une audience. (Le modérateur, Ryan Anderson, a précisé qu’elles parlaient à l’Héritage parce qu’aucune institution libérale ou de gauche équivalente ne leur avait donné temps et espace afin de pouvoir exposer leur point de vue.) Et il est vrai que les féministes radicales exclusives, (les trans-exclusionary radical feminists ou TERF, comme on les nomme, sont une minorité qui est n’est activement pas tolérée par l’establishment LGTBQ et souvent démonisée par la communauté gay. Il est aussi exact qu’elles peuvent être inflammatoires, offensives et obsédées. Mais ce qui m’intéresse est l’argumentation sous-jacente, qui mérite d’ être analysée, sans tenir compte de nos obédiences politiques, de nos identités sexuelles ou de nos attachements tribaux, parce que c’est pour moi un argument qui contient une graine de vérité. D’où la suspicion de l’urgence à le supprimer.

L’intitulé de la rencontre du groupe à l’Héritage : «  L’inégalitarisme du Equality act »— “The Inequality of the Equality Act” —se réfère au principal but de la Campagne pour les droits humains, Human Rights Campaign, le plus important groupe de pression LGTBQ des USA. L’Equality act proposé, une loi de non-discrimination qui a été suggéré de nombreuses fois au cours de dernières années sous des formulations diverses — au Civil Rights Act de 1964, protégeant cette classe par les lois anti-discrimination, tout comme le sexe l’est et abolissant les distinctions biologiques claires entre les hommes et les femmes, est en fait une menace à l’identité lesbienne et même à son existence – parce qu’elle remet en question qui est une femme, et inclut dans cette catégorie les êtres humains qui ont été ou sont des mâles biologiques mais restent attirés par les femmes. Comment le lesbianisme peut-il être redéfinit comme le fait d’avoir des relations sexuelles avec quelqu’un qui a un pénis, demandent-elles, sans mettre en cause le concept de lesbianisme en sa totalité ?— «  Les lesbiennes sont des femelles homosexuelles, des femmes qui aiment les femmes. » a écrit Julia Beck, en décembre dernier, «  mais notre espace, nos ressources et notre communauté sont au bord de l’extinction. »

Si cela peut sembler un progrès massif, il faut considérer que la proposition de l’Equality Act — avec 201 co-sponsors dans le dernier congrès – n’est pas seulement l’interdiction de la discrimination contre les personnes trans

dans l’emploi, le logement ou les aménagements publiques ( une idée qui a l’adhésion de beaucoup d’Américains) Elle comprend et repose sur une redéfinition critique de ce qui est couramment nommé «  sexe » .  Nous pensons habituellement à ceci comme simplement mâle et femelle sur des bases biologiques (en opposition à une vision plus culturelle du genre). Mais l’ Equality Act définirait le «  sexe » comme comprenant l’identité de genre et définit celle-ci comme suit : « identité liée au genre, à l’apparence, aux manières ou caractéristiques, sans prendre en compte du sexe de naissance désigné pour l’individu. »

Ce que disent les féministes radicales c’est que l’acte ne rend pas seulement floue la limite entre femmes et hommes (minimisant donc ce qu’elles considèrent comme l’oppression patriarcale  et la misogynie) mais que sa définition de l’identité de genre se réfère à une vision stéréotypée de ce que signifie l’expression du genre. Qu’est-ce, après tout, qu’une « caractéristique liée au genre » ? Cela implique qu’un «  garçon manqué » qui aime le sport n’est pas une fille intéressée dans les activités plutôt masculines mais vraisemblablement un garçon enfermé dans un corps de fille. Et un garçon qui a un penchant pour Barbie et Ken est peut-être une fille trans. Parce que selon les stéréotypes, il se comporte comme une fille le ferait. Aussi, au lieu d’élargir notre compréhension de l’expression du genre – et d’autoriser une liberté maximale et une variété pour les deux sexes,  le concept d’identité de genre en réalité le rétrécit, dans une version plus traditionnelle et régressive. Qu’est-ce que signifie les «  manières de genre »  sinon des stéréotypes ?

Ce n’est pas par hasard si les sociétés les plus homophobes, comme par exemple l’Iran, sont de grand promoteurs de la chirurgie de réassignation sexuelle pour les enfants et les adultes ne se conformant pas au genre, ( le gouvernement paye même pour cela) alors que le fait d’être homosexuel est puni de la peine de mort.  Imaginant qu’un enfant non-stéréotypé est trans plutôt que gay est, en fait, dangereusement proche de cette vision du monde.  ( on peut même aller jusqu’à considérer qu’une décision prématurée pour changer un enfant de sexe est une sorte de thérapie de conversion afin de «  soigner «  son homosexualité. Cela ne signifie pas que les personnes trans. ne devraient pas avoir le droit de réaffirmer leur genre en changeant leur corps, ce qui peut soulager une quantité énorme de pression pour beaucoup et peut sauver des vies. Mais que le processus devrait impliquer une grande quantité de précaution et de discernement.

L’Equality Act propose également d’étendre le concept d’équipements publiques afin d’y inclure «  les lieux d’expositions, de récréations, d’exercice, de loisir, de rassemblement ou d’exposition » Il supprime toute exception religieuse mentionnée dans le Religious Freedom Restoration Act de  1993; et il supprime tout équipement sexué comme les vestiaires, les toilettes, si le sexe n’y est pas définit comme incluant «  l’identité de genre ».

Cela pourrait mettre en cause légalement toutes les manifestations, institutions, groupes  à genre unique. Cela pourrait aussi nier la nécessité d’un espace sécurisé pour les lesbiennes, libre de toute trace d’homme. La loi, dit autrement, «  compromet le terrain de base fondamental de la reconnaissance et de la lutte contre l’oppression basée sur la différence sexuelle exercée contre les femmes et les filles. »

 Le désaccord central, semble-t-il réside dans le fait de savoir si une femme trans. est en droit de dire qu’elle a toujours été une femme, est née femme et n’est pas distinguable et est interchangeable avec une femme biologique.  C’est l’actuelle réclamation reflétée par l’Equality Act.  Mais est-il vrai que quand Caitlyn Jenner a participé au décathlon homme des jeux olympiques de 1976, elle était en compétition en tant que femme, indistinguable des autres femmes ? L’orthodoxie contemporaine insiste sur le fait qu’elle était bien sûr en compétition en tant que femme et élimine toute distinction entre femme et femme trans.   De même, l’équipe de lutte et de course des filles d’un lycée publique devra inclure des mâles biologiques s’identifiant à des femelles – même si ils gagnent tous les trophées et même si l’injustice crève les yeux.

La plupart d’entre nous, cependant, trouvent intuitivement cet argument difficile à avaler complètement. Nous pouvons admettre que Caitlyn Jenner, qui est devenue une femme en 2015, s’est toujours considérée comme une femme, soit sincère et considérer cette conviction psychologique comme devant être respectée. Mais nous voyons aussi la différence entre quelqu’un qui a vécu sa vie en tant qu’homme pendant des dizaines d’années, sous l’influence des chromosomes mâles et de la testostérone, et qui a d’abord été acceptée comme homme avant sa transition… et une femme à qui rien de tout cela ne s’applique. Il est tout à fait douteux qu’une femme non-trans. Soit rentrée en compétition avec succès en athlétisme contre des hommes au décathlon des jeux olympiques, rien de moins. Que vous regardiez à cela biologiquement (les hormones et les génitoires importent) ou socialement (Jenner n’a pas été sujette au sexisme en tant qu’homme pendant la plus grande part de sa vie), il y a vraiment une différence. Si il n’y en avait pas pourquoi le concept de trans. lui-même existerait-il ?

C’est l’aspect  profondément confus et incohérent du débat entier. Si vous abandonnez la biologie dans les domaines à la fois du sexe et du genre, vous pouvez aider les transexuels à vivre plus pleinement  et d’une façon moins conflictuelle mais vous compromettez la signification de l’homosexualité. Si vous suivez l’idéologie actuelle du genre en tant qu’entièrement fluide, vous attaquez les arguments clefs en faveur des droits gay. «  Un homme gay désire et aime d’autres hommes. Et une lesbienne désire et aime d’autres femmes. » explique Sky Gilbert, une drag queen. «  C’est ce qui définit l’essence même de l’homosexualité. Si il n’existe plus rien comme «  être femme » ou « être homme », l’entière autodéfinition de l’identité homo, que nous avons passé des générations à valider auprès des réactionnaires, s’effondre. » L’idéologie du transgenre contemporaine n’est pas complémentaire aux droits des homosexuels, en fait d’une certaine façon elle en est l’exact opposé.

Et la vérité est que de nombreux homosexuels, femmes ou hommes sont très attachés au concept du sexe comme une chose naturelle, biologique, matérielle. Oui, nous sommes tout à fait conscients que le sexe peut s’exprimer de différentes manières. Une drag queen et un joueur de rugby sont tous deux biologiquement des hommes avec des expressions différentes de leur genre. Bien sûr, un drag queen peut également être joueur de rugby et exprimer son identité de genre de plusieurs façons, suivant le moment ou le lieu. Mais il est toujours un homme. Et les hommes gay sont définis par leur attirance pour les autres hommes. Si le concept d’homme lui-même est déconstruit de façon à ce que quelqu’un sans pénis puisse être un homme, alors l’homosexualité elle-même  est déconstruite.

Les individus transgenres ne sont pas une menace pour nous et la vaste majorité des homosexuels femmes ou hommes soutiennent complètement leur protection. Mais l’idéologie transgenriste y compris les conceptions postmodernes du genre et du sexe – est bien sûr une menace pour l’homosexualité parce qu’elle est une menace pour le sexe biologique comme concept.

 Et donc, ce n’est pas transphobique pour un homme gay de ne pas être attiré par un homme trans. C’est même proche de la définition.  L’essence de la réalité gay est qu’il existe bien sûr une grosse différence entre les mâles et les femelles, que cette différence importe et que sans elle, l’homosexualité n’aurait plus de sens du tout. Si tout cela devient un choix fluide et non binaire de genres ou de partenaires sexuels, le choix de n’avoir que des relations sexuelles exclusivement avec le même sexe ne serait plus l’expression de notre identité mais une forme de bigoterie sexiste, n’est-ce pas ?

Il existe une solution à ce paradoxe insoluble. Nous pouvons traiter différemment des choses différentes. Nous pouvons accepter que l’expérience transgenre et l’expérience homosexuelle soient très différentes et ne peuvent pas être aisément assimilées. Nous pouvons centrer le débat non sur «  l’identité de genre » qui insiste sur l’absence de différence entre les trans et les cis, les mâles et les femelles,  et à la place, nous centrer sur l’expérience réelle de «  dysphorie de genre », qui mérite un traitement, un soutien et la reconnaissance totale des individus impliqués. Nous pouvons respecter le droit de certaines personnes à d’être identifiées avec le sexe auquel elles croient appartenir et supprimer toute discrimination contre elles, tout en considérant la biologie comme porteuse d’une différence qui requiert une distinction. Nous pouvons croire en la nature et en l’immense complexité de l’esprit et de la sexualité humaines.  Nous pouvons envisager un moyen d’accommoder chacun avec toutes les possibilités sans nier notre réalité biologique. L’égalité ne veut pas dire la similitude.

Nous devons juste abandonner la notion tendance que le sexe est construit socialement ou entièrement construit dans le cerveau, que le sexe et le genre ne sont pas connectés, que la biologie est hors de propos et qu’il existe quoi que ce soit comme l’identité LGTBQ, quand, en fait, l’acronyme contient des tensions internes extrêmes et même des contradictions flagrantes.  Et nous pouvons permettre à cette conversation de s’effectuer en toute civilité, avec nuance et attention, de façon à accentuer la dimension de la dignité humaine sans effacer les différences humaines. Cela demande du courage,  et une chose que je peux dire certainement c’est que les femmes qui sont intervenues dans ce panel de l’Heritage en ont en quantité.

La langue de l’éducation néolibérale par le Dr. Henry Giroux

Cet interview du Dr. Henry Giroux laissera peut-être une sorte d’insatisfaction à certains, nous sommes dans le cadre d’une revue, ce qui explique vraisemblablement l’abondance des généralités pour ne pas dire des évidences et le peu de références à des liens concrets, discours, faits ou publications qui étayent le propos, en particulier autour des glissements propres au langage néolibéral comme le titre le laisse entendre. Nous ne pouvons pas négliger le fait que le Dr. Giroux s’adresse à une population de lecteurs américains non spécialisés et que le niveau d’analyse sociohistorique en est peut-être condamné à rester dans des termes généraux à forte connotation militante. Il semblera également étonnant qu’il n’envisage pas les liens à l’évolution historique du modèle éducatif néolibéral à travers la montée des communautarismes identitaires et des idéologies victimaires comme bases de perspective d’analyse politico-sociale imposées dans les contenus universitaires anglo-saxons et la capacité de l’idéologie néolibérale à ingurgiter, dépouiller puis massifier toute critique et opposition pour les transformer en dogme “tendance” à travers un des aspects de la perniciosité du totalitarisme consenti qui lui est propre. Par contre, le point mis sur les interactions entre éducation et système demeure essentiel, tant la conscience politique et la culture, au sens de la démarche d’acquisition de connaissances critiques civiques sont d’une façon insidieuse les premières touchées par l’idéologie du narcissisme consumériste tout en étant les seules voies d’acquisitions de l’esprit analytique nécessaire pour le contrer. EG

2 5 DECEMBRE, 2018

La langue de l’éducation néolibérale

The Language of Neoliberal Education

Par  HENRY GIROUX – MITJA SARDOČ

Cette interview avec Henry Giroux a été menée par Mitja Sardoč, de l’Institut de recherche sur l’éducation (Educational Research Institute), de la Faculté des Sciences sociales à l’Université Ljubljana, en Slovénie.

Mitja Sardoč : depuis plusieurs décennies maintenant, le néolibéralisme a été au premier plan des discussions non seulement dans le champ économique  et financier mais il a infiltré notre vocabulaire dans un nombre d’autres domaines aussi divers que les Etudes sur la gouvernance, la criminologie, la santé et les soins, la jurisprudence, l’éducation etc. Qu’est ce qui a déclenché l’utilisation et l’application de cette «  idéologie économiste » associée à la promotion de l’efficacité et du rendement ?

Henry Giroux :  Le Néoliberalisme est devenu l’idéologie dominante de notre époque et s’est établi comme une figure centrale de la politique.  Non seulement se définit-il comme système politique et économique dont le but est de consolider le pouvoir aux mains d’une élite corporatiste et financière, mais il déclenche également des guerres pour ces idées.  Dans ce domaine, il s’est définit lui-même comme une forme de sens commun et fonctionne comme un mode de pédagogie publique qui produit un modèle non pas uniquement pour structurer les marchés mais aussi toute la vie sociale.

En ce sens, il a et continue de fonctionner pas uniquement à travers l’éducation publique et secondaire afin de produire et répandre les valeurs du marché, les identités et les modes de pouvoir mais également à des niveaux d’appareils culturels plus larges pour privatiser, déréguler, économiser et soumettre toutes les institutions aux commandes et toutes les relations quotidiennes aux diktats de la privatisation, de la rentabilité, de la dérégulation et de la marchandisation.

Depuis les années 70, alors que de plus en plus d’institutions majeures de la société passèrent sous le contrôle de l’idéologie libérale, ses notions du sens commun – un individualisme forcené, une compétition sans pitié, une attaque agressive sur l’état providence, l’éviscération des biens publiques, et ses attaques contre tout modèle de société différent de celui du marché-sont devenus le règne de l’hégémonie des sociétés capitalistes. Ce que beaucoup à gauche ont manqué de réaliser, c’est que le néolibéralisme touche plus que les structures économiques, il est aussi une puissante force pédagogique- spécialement dans les domaines des médias sociaux- qui engage une dominance à large spectre à tous les niveaux de la société civile. Il s’étend non seulement au domaine de l’éducation mais également à travers un éventail de plateformes digitales comme dans la large sphère de la culture populaire. Sous le mode de gouvernance néolibérale, sans tenir compte des institutions, chaque relation sociale est réduite à un acte commercial. La promotion de la rentabilité et de l’utilitarisme par le Néolibéralisme donne libre court à sa capacité et son succès dans la centralisation de l’éducation au sein de la politique.  Il offre aussi un avertissement aux progressifs, comme l’a développé Pierre Bourdieu, qui insiste sur le fait que « la gauche a sous-estimé la dimension symbolique et pédagogique de la lutte et n’a pas toujours mis au point les armes adéquates pour se battre sur ce front. » 

Mitja Sardoč : Selon les avocats du Néolibéralisme, l’éducation représente l’indicateur principal de la croissance économique à venir et du bien-être individuel. Comment – et pourquoi l’éducation est-elle devenue un des éléments centraux de la «  révolution néolibérale » ?

Henry Giroux : Les avocats du Néo-libéralisme ont toujours admis que l’éducation est un site de luttes à propos duquel se trouvent de forts enjeux touchant la jeunesse, qui doit être éduqué, et quelle vision du présent et du futur devrait être valorisée et privilégiée.

L’enseignement supérieur a traversé une période révolutionnaire durant les années 60 aux USA et dans d’autres pays quand les étudiants ont cherché à redéfinir l’éducation comme une sphère publique et à l’ouvrir à une variété de groupes qui jusque-là en avaient été  exclus.  Les Conservateurs en ont été extrêmement effrayés et ont tout fait pour le contrer. Des preuves claires en sont données à travers le bilan de Memo Powell, publié en 1971 et plus tard dans le rapport si épais de la Commission trilatérale, titrée «  La crise de la démocratie » publié en 1975. A partir des années 60, les Conservateurs, en particulier la droite néo-libérale, est entrée en guerre avec l’éducation afin d’éliminer son rôle potentiel dans la sphère publique. En même temps, ils ont tenté d’une façon agressive de restructurer ses modes de gouvernance, de couper le pouvoir des facultés et de privilégier les savoirs qui étaient fonctionnels sur le marché, définissant les étudiants principalement comme des consommateurs et réduisant largement la fonction de l’enseignement supérieur à un entrainement des étudiants à participer à la force de travail . Au cœur de l’investissement néolibéral dans l’éducation est le désir de compromettre l’engagement des universités à l’égard de la vérité, de la pensée critique, et de son devoir de se lever pour la justice et d’assumer la responsabilité d’être un corps de surveillance des intérêts de la jeunesse alors qu’ils entrent dans le monde du marché et ses inégalités massives, ses exclusions, et la violence locale et étrangère.

L’enseignement supérieur est peut-être une des seules institutions dans les sociétés néo-libérales qui offre un espace protégé pour questionner, provoquer, et penser à contre-courant. Le Néolibéralisme considère un tel espace comme dangereux et a tout fait afin d’éliminer l’enseignement supérieur en tant que lieu où les étudiants peuvent se réaliser comme citoyens critiques, où la faculté peut participer aux structures de gouvernement, et où l’éducation peut se définir comme un droit plutôt que comme un privilège.

Mitja Sardoč : Presque par définition, les réformes et autres initiatives tendant à améliorer les pratiques éducatives ont été un des pivots pour améliorer l’agenda néolibéral de la rentabilité et de l’efficacité. Quel aspect du néolibéralisme et de son agenda  éducatif trouvez-vous le plus problématique ? Pourquoi ?

Henry Giroux : De plus en plus alignée sur les forces du marché, l’éducation supérieure est principalement organisée pour enseigner les principes des affaires et les valeurs de corporations, quand les administrateurs y sont  sélectionnés sur la base des audits néolibéraux entant que PDG ou bureaucrates. Beaucoup d’universités ont été macdonaldisées alors que le savoir est de plus en plus vu comme un élément résultant dans de curriculums qui ressemblent à des menus de restaurants fast-food. Qui plus est, les universités sont sujettes à un modèle de fonctionnement à la Wal Mart où les relations de travail sont ce que Noam Chomsky  a décrit  et qui «  réduit les coûts du travail et accroît le rapport à la servilité ». A l’âge de la précarité et de la flexibilité, la majorité des postes en université ont été réduits  à des emplois à mi-temps, avec de bas salaires, une absence de contrôle sur le conditions de travail, ils ont soufferts de bénéfices réduits, et sont effrayés par l’idée d’évoquer des questions sociales par peur de perdre leur emploi. Ce dernier point est peut-être la question centrale puisqu’il modifie la liberté d’expression dans l’université. D’autant plus que ces universitaires sont à peine capables de joindre les deux bouts  avec leurs salaires de misère, et que certains sont sur les aides sociales (food stamps). Si les membres de la faculté sont traités comme du personnel d’entretien, les élèves ne s’en sortent pas mieux, qui sont relégués aux statuts de clients ou de consommateurs.  Plus encore, ils ne sont pas seulement inondés par les valeurs néolibérales orientées vers le marché de la compétition,  ils sont aussi punis par ces mêmes valeurs sous la forme de tarifs d’inscription exhorbitant, de dettes astronomiques possédées par les banques et par d’autres institutions financières, et dans trop d’autres cas l’absence d’emploi conséquents. Comme projet et mouvement, le néolibéralisme perverti la capacité des éducateurs et autres de créer les conditions qui permettent aux étudiants les savoirs et le courage civique nécessaires pour ne pas rendre le cynisme convaincant et rendre l’espoir pratique. En tant qu’idéologie, le néolibéralisme est à l’opposé de toute notion de la démocratie viable qu’il considère comme un ennemi du marché. Cependant,   la démocratie ne peut pas marcher si les citoyens ne sont pas autonomes, doués d’une capacité de jugement personnelle, curieux, analytiques et indépendants – qualités qui sont indispensables pour les étudiants si ils veulent construire un jugement vital et des choix de participation dans les décisions essentielles qui touchent la vie quotidienne, les réformes institutionnelles et les politiques gouvernementales.

Mitja Sardoč : Pourquoi l’évaluation à grande échelle et les données quantitatives en général sont-elles  un point central dans la boîte à outil néolibérale de la recherche en éducation ?

Henry Giroux : Ce sont les outils des comptables et ils n’ont rien à voir avec des visions plus étendues ou des questionnements à propos de ce qui importe dans le contexte des études universitaires. Le fait de s’appuyer uniquement sur la quantification et la mesure est devenu un outil qui permet d’évacuer les questions de responsabilité, de moralité, et de justice du langage des politiques éducatives. Je crois que la «  boîte à outil » néolibérale, comme vous ma nommez fait partie du discours de la culture civique qui est présente d’une façon rampante dans la recherche universitaire sur l’éducation, une sorte d’investissement dans la culture du système métrique ankylosant l’esprit qui tue l’imagination et déclare l’assaut contre ce que cela signifie d’être critique, réfléchi, audacieux, et de vouloir prendre des risques. Les indicateurs au service d’une culture de l’audit   sont devenus le nouveau visage de la culture de la positivité, une sorte de panoptique empirique qui change les idées en nombres et les impulsions créatives en cendres. Des évaluations à grande échelle et des données quantitatives sont les mécaniques motrices qui permettent que tout soit absorbé dans la culture des affaires.

La distinction entre information et savoir n’a plus de sens dans le cadre de ce modèle et tout ce qui ne peut pas être capturé par les chiffres est traité avec dédain. Dans ce nouveau panoptique de l’audit, le seul savoir qui compte est celui qui peut être mesuré. Ce qui est occulté ici, bien sûr, c’est que l’utilitarisme quantifiable  est une plaie en tant que principe universel parce qu’il ignore toute forme de savoir fondé sur l’hypothèse que les individus ont besoin de comprendre plus que la façon dont les choses fonctionnent ou que ce que leur utilité pratique va être. C’est une langue qui ne peut pas répondre aux questions sur la responsabilité de l’université et des éducateurs peut être en temps de tyrannie, face à l’informulable, ou face à la large attaque systématique  des immigrés, des Musulmans, ou de tout autre groupe disponible. C’est une langue qui a à la fois peur d’imaginer et lutte contre l’idée qu’un monde alternatif, inspiré par la recherche de l’égalité et de la justice,  puisse être possible dans un âge assailli par les forces obscures de l’autoritarisme.

Mitja Sardoč : Alors que l’agenda éducatif néolibéral est bien documenté, l’analyse du langage de l’éducation néolibérale reste aux limites de l’intérêt de la recherche.  En particulier l’expansion du vocabulaire néolibéral avec ses idées égalitaires comme l’équité, la justice, l’égalité des chances, le bien-être etc. n’a reçu au mieux qu’une attention limitée. Quels facteurs ont-ils contribués à c glissement dans les priorités ?

Henry Giroux : Le Néolibéralisme a renversé la manière dont le langage est utilisé à la fois dans l’éducation et dans la société. Il fonctionne en rendant appropriés les discours qui sont associés à la démocratie libérale qui s’est normalisée de façon a à la fois limiter leur signification et à les utiliser dans un sens opposé à ce qu’ils signifiaient traditionnellement, spécialement au regard des droits humains, de la justice, du jugement informé, des pratiques critiques et de la démocratie elle-même. Il a déclaré la guerre non seulement contre les structures économiques mais aussi contre la mémoire, les mots, les significations et la politique. Le Néolibéralisme prend des mots comme «  liberté » et le limite à la liberté de consommer, vomit de la haine, et célèbre des notions d’intérêt personnel et d’individualisme forcené comme le nouveau sens commun. L’égalité des chances signifie l’engagement dans des systèmes de compétition impitoyables, l’éthique de la guerre de tous contre tous et la survie des comportements les plus adaptés. Le vocabulaire du Néolibéralisme  opère au service de la violence dans le sens où il réduit les capacités de satisfaction humaines dans un sens collectif, diminue la compréhension élargie de la liberté comme  élargissant le pouvoir humain, et diminue l’imagination éthique en la réduisant aux intérêts du marché et à l’accumulation du capital. Les mots, la mémoire, le langage et leurs significations sont transformés en armes sous le Néolibéralisme. Certainement, ni les médias ni les progressistes n’ont porté assez d’attention sur la façon dont le Néolibéralisme colonise  le langage parce que aucun groupe n’a prêté assez d’attention au fait que le Néolibéralisme n’était pas seulement une crise économique mais aussi une crise des idées. L’éducation n’y est pas vue comme une force centrale à la politique et en tant que telle le lieu d’intersection du langage, du pouvoir et de la politique selon le paradigme néolibéral a été largement ignoré.

A fortiori, en des temps où la culture civique a été éradiquée, où la sphère public disparaît et où les notions de citoyenneté partagée semble obsolète, les mots qui disent la vérité, révèlent les injustices et permettent une analyse critique informée commencent aussi à disparaître.

Ceci rend difficile l’engagement critique dans l’usage colonisateur du langage néolibéral. Aux USA, les tweets prodigieux de Trump ne signifient pas seulement que nous sommes dans une période de production pathologique sans fin mais aussi qu’ils fonctionnent afin de renforcer une pédagogie de l’infantilisme organisée afin de laisser sa base dans une surcharge  de chocs tout en renforçant une culture de la guerre, de la peur, de la division et de la cupidité de façon à rendre toute critique impuissante.

Mitja Sardoč :    Vous avez abondamment écrit sur la vision néolibérale exclusivement instrumentale de l’éducation, sa compréhension réductionniste de la rentabilité et sa représentation tordue de l’équité. De quelle façon la pédagogie radicale peut-elle combattre le Néolibéralisme et son agenda éducatif ?

Henry Giroux : Tout d’abord, l’enseignement supérieur doit reprendre sa mission de bien public de façon à pouvoir réclamer ses motivations égalitaires et démocratiques.  Les éducateurs doivent initier et étendre un débat national dans lequel l’enseignement supérieur pourra être défendu  comme partie de la sphère publique démocratique et la classe comme lieu de recherche délibérative, de dialogue et de pensée critique, un lieu qui prétende à l’imagination radicale et au sens du courage civique. En même temps, le discours définissant l’enseignement supérieur comme partie prenante de la sphère publique peut fournir une plate-forme pour des engagements plus significatifs en développant un mouvement social pour la défense du bien publique et contre le néolibéralisme comme menace pour la démocratie. Cela implique aussi de repenser comment l’éducation s’est fondée comme bien commun et ce que peut signifier le fait de combattre les politiques qui interrompent les subventions allouées à l‘enseignement en combattant pour le changement d’attribution des fonds alloués à l’armée et aux prisons  vers ceux supportant l’éducation à tous les niveaux de la société. Le défi pour l’enseignement supérieur est de ne pas abandonner son investissement dans la démocratie et de reconnaître que le néolibéralisme opère au service des forces de domination économiques et de la répression idéologique.

Deuxièmement, les éducateurs ont besoin de reconnaître et tenir leur parole sur le fait qu’un citoyen ayant une culture critique est indispensable à la démocratie, spécialement dans des temps où l’éducation supérieure est privatisée et sujette aux efforts de restructuration néolibéraux. Cela suppose de placer l’éthique, la culture civique, les responsabilités sociales et la compassion en tête des apprentissages de façon à combiner les savoirs, l’enseignement, et la recherche avec les rudiments de ce qu’on pourrait qualifier de «  grammaire d’une imagination éthique et sociale ». Ceci impliquerait de prendre au sérieux les valeurs, les traditions, les histoires et les pédagogies qui promeuvent le sens de la dignité, de l’auto-analyse et de la compassion du cœur d’une démocratie réelle. Troisièmement, une éducation supérieure doit être considérée comme un droit, comme elle l’est dans de nombreux pays comme l’Allemagne, la France, la Norvège,  la Finlande, et le Brésil, plutôt qu’un privilège pour une minorité, comme c’est la cas aux USA, au Canada, et en Grande Bretagne,. Quatrièmement, dans un monde régit par les données, les mesures et le remplacement des connaissances par une saturation d’information, les éducateurs doivent rendre les étudiants à même de s’engager dans des apprentissages multiples, allant de la culture imprimée à la culture digitale. Ils doivent devenir des passeurs de frontières pouvant penser d’une façon dialectique et apprendre à ne pas seulement consommer la culture mais aussi à la produire. Cinquièmement, l’université doit réclamer le droit de contrôler la nature de leur travail, organiser les choix politiques et avoir la maîtrise des voies d’accès avec la sécurité de l’emploi et la protection de la liberté académique et de la liberté d’expression.

Mitja Sardoč :  Pourquoi est-ce si important d’analyser les relations entre le néolibéralisme  et la culture civique, en particulier comme projet éducationnel ?

Henry Giroux : L’ascendance du néolibéralisme dans la politique américaine a rendu visible la peste d’une inculture civique très profonde, un système politique corrompu et un mépris pour la raison qui s’est construit sur  des dizaines d’années. Elle pointe aussi le mépris pour l’attachement aux valeurs civiques, la déconstruction de la culture civique, le déclin de la vie publique et l’érosion de tout sens d’une citoyenneté partagée.

Comme la mentalité et la moralité du marché resserrent leur emprise sur tous les aspects de la société,  la sphère publique  est réduite, sinon condamnée à la disparition.

Ses institutions disparaissent – de l’école élémentaire et des médias alternatifs aux centres de soins- on assiste aussi à une sérieuse érosion du discours communautaire, de celui de la justice, de l’égalité et des valeurs publiques et du bien commun.  Dans le même temps, la raison et la vérité ne sont pas seulement contestées, ou sujettes à des discussions informées comme elles le devraient, mais faussement diffamées – bannies du monde empoisonné de la désinformation de Trump. Par exemple, sous l’administration Trump, la langue a été pillée, la vérité et la raison dénigrées, et les mots et phrases vidés de toute substance et transformés en leur contraire, tout ceci à travers une production incessante de Tweets et le spectacle clownesque de Fox News. Cette sombre réalité pointe un échec dans la pouvoir de l’imagination civique, de volonté politique et de démocratie ouverte.

Cela fait aussi partie de la politique qui ôte au social tout idéal démocratique et mine toute compréhension de l’éducation comme bien publique. Ce dont nous sommes témoins avec le néolibéralisme n’est pas simplement un projet politique qui consolide le pouvoir dans les mains des élites corporatistes et financières mais aussi une réfection du sens même des connaissances et de l’éducation comme fondamentales dans la création d’une société démocratique et dans une citoyenneté informée. Dans un âge où la culture et la pensée deviennent des dangers contre les forces anti-démocratiques à la tête de toutes les institutions économiques et culturelles des USA, la vérité est envisagée comme un frein, l’ignorance comme une vertu et les jugements informés et la pensée critique sont rabaissés et transformés en gravats et en cendres.   Sous le règne de cette architecture normalisée de soi-disant sens commun, la culture est considérée avec dédain, le vocabulaire est réduit à des données et la science est confondue avec le scientisme. Les traces de la pensée critique n’apparaissent de plus en plus qu’à la marge de la culture alors que l’ignorance devient le premier principe organisateur de la société américaine.

Sous ces quarante années de règne néolibéral, le langage s’est militarisé, il a été cédé aux publicistes, aux idioties des jeux télévisés et en un anti-intellectualisme embarrassant sanctionné par la Maison blanche. Couplez ça avec une culture des célébrités qui produit un écosystème de culture du bafouillage, du choc et du clinquant. Ajoutez à cela un clown anti-public et anti-intellectuel comme Jordan Peterson qui défend l’inégalité, les formes infantiles de masculinité, et qui définit l’ignorance et une mentalité de guerrier  comme parts de l’ordre naturel  tout en récusant la politique ainsi que toute forme de régulation vivable.

La culture de l’ignorance manufacturée est aussi reproduite à travers les appareils médiatiques qui vendant l’illusion et le spectacle de la violence. Dans ces circonstances, l’illettrisme culturel devient la norme et l’éducation devient centrale dans une version de la politique de zombie néolibérale qui fonctionne largement afin de supprimer les valeurs démocratiques, les relations sociales et la compassion de l’idéologie, de la législation et des institutions aux commandes qui contrôlent maintenant la société américaine.  A l’âge de l’ignorance manufacturée, il y a plus en jeu qu’une simple absence d’apprentissage, d’idées ou de connaissances. De même, le règne de l’illettrisme culturel  ne peut être uniquement attribué au développement des médias sociaux, à la culture de l’immédiat et à une société qui ne chercherait que la gratification immédiate.   Au contraire, la manufacture de l’ignorance est politique est c’est un projet politique au centre de l’idéologie corporatiste de la droite et un ensemble de mesures qui travaille agressivement à dépolitiser les gens et à les rendre complices de la politique néolibérale et raciste ainsi que des forces économiques qui imposent la misère et la souffrance sur leurs vies. Il y a plus en jeu que ce que Ariel Dorfman nomme «  la stupidité félonne », il y a aussi la mise en place d’une forme extrêmement maligne de fascisme néolibéral propre au 21ième siècle, et d’une culture de la cruauté dans laquelle le langage est modifié au service de la violence tout en menant des attaques incessantes sur l’imagination éthique et sur le bien commun. Dans le moment historique actuel, l’inculture et l’ignorance offrent leur prétention à  procéder de cette manière afin de compromettre l’importance de la culture civique à la fois dans l’éducation supérieure et dans la société dans son ensemble.

Mitja Sardoč : N’y a-t-il pas un défaut dans l’analyse d’un phénomène social si complexe (et controversé) que le néolibéralisme et son agenda éducatif ? Dit autrement : existe-il des aspects de l’agenda éducatif néolibéral que ces critiques aient négligé de questionner ?

Henry Giroux : Toute analyse d’une idéologie comme le néolibéralisme demeurera toujours incomplète. Et la littérature sur le néolibéralisme sous ses différentes formes est divers contexte est très abondante. Ce qui est toujours minimisé à mon avis sont trois choses. Premièrement, trop peu est dit sur le fait que le néolibéralisme ne fonctionne pas uniquement comme modèle économique pour le capital financier mais comme une pédagogie publique à travers un nombre de sites et de plateformes divers. Deuxièmement, pas assez a été écrit sur sa guerre contre la notion démocratique de socialité et sur le concept du social. Troisièmement, dans des temps où les échos des fascismes passés s’amplifient, trop peu est dit sur la relation ente le néolibéralisme et le fascisme, ou sur ce que j’appelle le fascisme néolibéral, tout spécialement dans la relation entre la souffrance et la misère étendues causées par le néolibéralisme et la montée du suprématisme blanc. Je définis le fascisme néolibéral comme à la fois un projet et un mouvement  qui fonctionne comme une force affaiblissant voire détruisant les institutions commandant la démocratie tout en sapant ses principes les plus précieux. En conséquence, il fournit un terreau fertile pour la déstabilisation de l’architecture idéologique, les valeurs toxiques, les relations sociales racistes sanctionnées et produites sous le fascisme. Le néolibéralisme et le fascisme se rejoignent et avancent dans un projet confortable et mutuellement compatible qui connecte les pires excès du capitalisme avec les idéaux fascistes. La vénération de la guerre, une haine pour la raison et la vérité, une célébration populiste de l’ultra-nationalisme et de la pureté de la race, la suppression de la liberté et de l’opposition, une culture qui promeut le mensonge, le spectacle et la démonisation de l’autre, un discours de déclin, de violence brutale, et en dernier recours de la violence d’état sous des formes hétérogènes. Comme projet, il détruit toutes les principales institutions de la démocratie et consolide le pouvoir  dans les mains de l’élite financière. Comme mouvement, il produit et légitime des inégalités économiques massives et de la souffrance, il privatise les biens publiques, démonte les principales agences gouvernementales et individualise tout problème social. En sus, il transforme l’état politique en un état corporatiste et utilise les outils de surveillance, la militarisation, et la loi et l’ordre pour discréditer la presse et les médias, compromet les libertés civiles tout en ridiculisant  et en censurant les critiques. Ce que celles-ci doivent envisager, c’est que le néolibéralisme est le visage d’un nouveau fascisme et en tant que tel il doit être considéré avec la nécessité de ne pas penser que capitalisme et démocratie sont la même chose, de renouer avec la foi en un socialisme démocratique, créer de nouvelles formations politiques autour de l’alliance de divers mouvements sociaux et prendre au sérieux la nécessité de mettre l’éducation au centre de la politique

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Jury Bipartisan : Les US doivent se préparer pour une guerre « terrible », «dévastatrice » avec la Russie et la Chine / André Damon

On peut difficilement se représenter, a fortiori après des décennies de leurre démocratique et de propagande, l’état d’esprit d’individus qui envisagent comme un devoir national l’extermination des occupants de la planète entière au nom d’une visée hégémonique qui pourrait vaciller face à la venue en premières lignes de quelques voisins de grandes tailles. On peut difficilement imaginer que cette forme de mégalomanie ne puisse pas envisager à long et moyen termes les conséquences d’un tel désir de puissance planétaire. Mais on devrait pourtant être habitués à l’inconséquence qui caractérise cette culture, après tout l’invasion de l’Irak s’est effectuée sans aucun plan prévu pour suivre l’intervention armée. Il est probable que tout pouvoir caressé, par la force ou par la séduction est un état impossible à perdre sans une forme de désespoir enragé. Que les individus qui l’exercent sont enfermés dans une sorte de bunker psychique où aucun bruit de l’extérieur ne pénètre et qui surtout, ne peut être bousculé par aucune sorte d’éthique fût-elle celle du vainqueur.

Dehors, tous occupés d’eux-mêmes ou de luttes émiettées dans la bien- pensance groupusculaire et la censure, les opposants potentiels brassent un vent narcissique, disséminés au sein de causes de plus en plus ciblées et prenant leur légitimité dans la sélection de leurs caractéristiques en ayant le sentiment d’accomplir une révolution. Si aucune répression réelle ne vise ces groupuscules, si rien ne freine leurs prises de parole ni l’impact de leurs lobbies, et si leur dogme en vient à prendre la forme d’une idéologie incontournable à travers laquelle faire passer toutes les analyses et les réflexions touchant notre culture et toutes les autres qui lui survivent, même dans les lieux où elle est sensée travailler sur elle-même, c’est que les enjeux sont ailleurs, que les réels dangers sont oblitérés par l’urgence fantasmée de luttes infantiles dont les bien-fondés sont voués à se déchirer pour la préséance de leur prétention.

Même si la conclusion de l’article fait songer à une Internationale chantée par quelques vétérans rouges dans les sous-sols, devenue pièce de musée et si sont utilisés des termes comme ” classe ” , ou ” classe ouvrière ” qui ont perdu leur pouvoir évocateur, broyés par la langue belliciste néo-libérale, c’est tout de même à une question verticale, hiérarchique et non à la mise en ordre horizontale d’une norme de la pensée et du discours, fût-elle ” progressiste” que la réalité d’une possible guerre globalisée répond. EG

Jury Bipartisan : Les US doivent se préparer pour une guerre  « terrible », «dévastatrice » avec la Russie et la Chine 

Bipartisan panel: US must prepare for “horrendous,” “devastating” war with Russia and China

par Andre Damon, 16 Novembre 2018, via WSWS

Une commission bipartisane organisée par le Congrès a produit un long rapport mardi, soutenant les plans du Pentagone de se préparer pour une guerre entre grandes puissances contre la Russie ou la Chine, voire les deux,  rendant clair que les politiques belligérantes de Trump sont partagées par les Démocrates.

Sécurisé par le fait de savoir que les médias ne rendraient pas compte de ces conclusions, les auteurs de ce rapport n’ont pas mâché leurs mots sur ce qu’une telle guerre signifierait. Une guerre entre les USA et la Chine, qui selon ce même rapport pourrait éclater dans les quatre années à venir, sera « terrible » et «  dévastatrice ». Les militaires auront à subir «  les plus fortes pertes depuis des décennies ». Une telle guerre pourrait mener à une «  rapide escalade nucléaire et des civils américains seraient attaqués et vraisemblablement tués.


U.S. B-52 Stratofortress aircraft [Credit: US Air National Guard]


Il est impossible de rien comprendre dans la politique américaine sans lui reconnaître une qualité fondamentale : les évènements et les scandales qui dominent la vie politique, qui dominent sur les chaînes et font les titres des organes de presse et des médias sociaux, ont très eu à voir avec les considérations de ceux qui prennent effectivement les décisions. Les pontes des médias jouent le rôle qui leur est assigné, sachant que le sujet le plus important ne peut être discuté que dans les limites prescrites.

Ceux qui prennent les décisions : un groupe d’individus sélectionnés membres du Congrès, Officiels du Pentagone, membres des Think-tanks et quelques membres de la Maison blanche – parlent un langage complètement différent dans leurs publications que lorsqu’ils sont entre eux  et qu’ils publient des documents qui ne seront pas lus par le public et dont ils savant que les médias ne les rapporteront pas sérieusement. Ces individus acceptent comme des évidences simples, des  certitudes sans appel le fait que si ces contenus faisaient la une des journaux, ils seraient considérés comme des «  théories de la conspiration ».

Le dernier exemple d’un tel parler vrai est celui d’un nouveau rapport publié par la Commission de défense nationale (National Defense Strategy Commission), un groupe monté par le Congrès pour valider les nouvelles stratégies sécuritaires du Pentagone, publié en début d’année, qui a déclaré que : «  la compétition des grandes puissances – pas le terrorisme- était maintenant le premier objet d’intérêt » de l’armée américaine.

Les points mis en avant par ce panel, publiés dans un rapport intitulé : « La mise au poit d’une défense commune » peuvent être résumés ainsi : Les Usa ont parfaitement raison de se préparer pour la guerre contre la Chine et la Russie. Mais le Pentagone, qui dépense plus chaque année que les huit nations les plus militarisées rassemblées, exige une importante augmentation des dépenses militaires, financées par des coupes dans les budgets des programmes sociaux comme Medicare, Medicaid, et la Social Security.

Le rapport est, autrement dit, l’approbation sans discussion par le Congrès du renforcement de l’armée par l’administration Trump, mettant en mot ce que le Congrès a acté cette année, avec un soutien bipartisan total, lorsqu’il a voté l’augmentation du budget militaire la plus importante depuis la Guerre froide.

Mais au-delà du constat que les USA devraient se préparer à l’imminence d’une guerre «  totale » avec des «  impacts dévastateurs » sur la population américaine, le document est un avertissement sans nuance sur une autre réalité basique. Les USA pourraient bien perdre une telle guerre, qui exige, en fait, la conquête de la planète entière par un pays qui représente seulement moins de cinq pour cent de la population mondiale.

Les États-Unis « peuvent lutter pour gagner, ou peut-être perdre, une guerre contre la Chine ou la Russie » est-il déclaré, ces guerres ne seront pas seulement menées outre-mer, mais viseront vraisemblablement la population américaine : «  Il serait peu prudent et irresponsable de ne pas s’attendre à ce que les adversaires ne tentent des attaques kinétiques, cybernétiques ou autres contre les Américains sur leur territoire, pendant qu’ils cherchent à vaincre nos troupes à l’étranger. » 

II est ajouté : « Si une telle chose devait se produire, les forces américaines devraient faire face aux combats plus durs et aux pertes les plus importantes depuis des décennies. Il est nécessaire de rappeler que lors de la guerre des Falklands, un adversaire décidément plus faible —l’ Argentine—a endommagé et coulé un navire de guerre britannique avec un sel missile téléguidé. La quantité de destruction qu’un état ennemi majeur pourrit infliger aux forces des US aujourd’hui sera d’une magnitude bien plus importante. »

Pour en venir au fait, le rapport décrit un nombre de scénarios différents. Le premier implique Taïwan déclarant son indépendance de la Chine en 2022, amenant les représailles chinoises. «  Le Pentagone informe le Président que l’Amérique pourrait probablement vaincre la Chine lors d’une longue guerre si la totale puissance de notre pays est mobilisée. Cependant elle perdra un nombre énorme de navires et d’avions, ainsi que des milliers de vies, dans l’effort, en addition de troubles économiques sévères – tout ceci avec aucune garantie d’avoir un impact décisif sur le gouvernement de Taïwan… mais éviter cette issue impliquerait maintenant d’absorber des pertes gigantesques. »

La solution conclut le rapport, est une armée beaucoup plus importante, basée sur des investissements en augmentation sur plusieurs années. «  Il y a un besoin d’une urgence extraordinaire de résoudre la crise de la défense nationale «  est-il écrit.

L’armée a besoin de «  plus de protections, plus de feux longue-portée, plus de logistique, plus d’unités de défense aérienne » L’aviation a besoin de « chasseurs bombardiers furtifs longue-portée, de tanks, de capacité d’enlèvement, de services secrets, de surveillance, et de plate-forme de reconnaissance. » Les forces nucléaires ont besoin de plus de missiles. Et ainsi de suite.

Pour payer pour tout cela, il faut réduire les services sociaux. «  Les programmes de prestations obligatoires  emmènent des croissances de dépenses. » souligne le rapport, exigeant que le Congrès règle ces  programmes, qui comprennent Medicare, Medicaid, et La Sécurité sociale. Il avertit que «  de tels ajustement seront inévitablement très pénibles »

Et finalement, la société entière doit être mobilisée dans l’effort de guerre. Une  approche « nation-totale » doit être adoptée, y compris dans les domaines «  des politiques commerciales, des sciences, de la technologie, de l’ingénierie, et dans l’enseignement des maths. » Tout, des entreprises privées aux institutions académiques  doit partager l’effort.

En établissant la liste les différents défis auxquels l’Amérique devra faire face en déclarant puis gagnant une guerre contre la Russie ou la Chine, aucun des membres distingués n’en arrive à la conclusion apparemment évidente que peut-être les USA ne devraient pas entrer dans une telle guerre.  Mais en ceci, ils représentent le consensus presque total au sein des cercles politiques américains. Lors de ses derniers jours, Adolf Hitler est dit avoir déclaré encore et encore que si la nation allemande ne pouvait pas gagner la guerre, il était préférable qu’elle disparaisse.  La classe dirigeante américaine est complètement investie dans un processus qui non seulement menace d’oblitérer l’ensemble de la population mondiale mais aussi la population américaine elle-même.

Il ne s’agit pas de la folie de quelques individus mais de celle d’une classe sociale qui représente un ordre social survivant et en faillite, le capitalisme, et un cadre politique tout autant survivant, le système de la nation-état. Et on ne peut lui opposer qu’une autre force sociale : la classe ouvrière internationale, dont les intérêts sociaux sont internationaux et progressifs et dont l’existence elle-même dépend de l’opposition aux objectifs mégalomaniaques du capitalisme américain.

Copyright © World Socialist Web Site

Traduction : Elisabeth Guerrier

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Les désarrois de l’enseignante Mona Shaw

Il a semblé urgent, des urgences qu’on saisit en entendant le son des ambulances, de traduire ce post FB écrit par Mme. Mona Shaw La certitude, étayée à la fois par l’expérience professionnelle quotidienne et par les informations touchant les radicalisations dogmatiques de nombreuses universités  en France mais surtout outre-Atlantique et outre-Manche, que le cataclysme environnemental attendu s’accompagnait d’ un cataclysme de la pensée venant, à travers ce genre de témoignages lancés à la volée, comme une alarme sur l’état de déréliction intellectuelle de la génération que nous avons en charge d’éduquer. 

Le piège de l’analyse est pernicieux car le glissement qui s’est opéré entre le lieu détenteur de savoir,  supposé être transmissible,  et la revendication d’une inanité de ce même savoir par ceux qui sont supposés y accéder rend les tâches complexes. Nous sommes dans une montée de la vision totalitaire et quasiment d’essence divine d’un “nouveau” gratifié en soi des qualités d’une connaissance sans devoir passer par les filtres de l’expérience et de ses analyses, ni, pire peut-être, par le frottement des constructions  de ce même savoir avec les productions de tous ceux et celles qui ont travaillé, depuis des centaines d’années,  des milliers d’années, à donner ce qu’on nomme du “sens” à la vocation humaine pour le doute et la précarité  de sa présence. 

Le mouvement idéologique qui a présidé à cet abandon de poste est de sources multiples, qui se répercutent les unes sur les autres comme à chaque profond changement des valeurs et des repères.  Il a, par contre, avec lui, la force d’une sorte de bénédiction globale d’office, même si, comme il est lisible dans l’article ci-dessous, il s’étaye sur des apories, des contradictions, des illogismes flagrants dans son argumentaire. En effet, ce qui le rend si résistant à la critique, c’est l’ “effet innovant ” dont il se targue, celui qui a présidé à toute nouvelle intégration de la techné dans nos vies, à toute acquisition de nouvelles habitudes ou de nouveaux discours.  Credo inaliénable du consumérisme, credo des vagues de “changement” érigées comme incontournables sans jamais avoir à démontrer leur nécessité ni leur logique. Bien-pensance créditée “en soi ” d’un bénéfice qui n’est pas celui du doute et qui permet à la génération dite montante de savoir mieux, pour tout,  que ses aînées sans avoir à l’argumenter. Ce qui complique évidemment terriblement son accès à un apprentissage, quel qu’il soit et lui ôte simultanément toute idée de sa nécessité. Je sais donc je suis. Et je sais ce qu’il en est sans avoir jamais à le chercher.  Le langage lui-même, support de toute recherche et suppôt du Satan de l’épistémé encaisse, d’une façon durable, les effets secondaires de ce transfuge, en devenant lentement mais sûrement d’un usage obsolète. Les idées sont mortes car inutiles, les mots pour les dire suivent l’enterrement. Un chef d’entreprise en arrive à penser que échanger, comme le font ses jeunes recrues, par émoticônes uniquement, est la solution d’avenir. Parce qu’ils sont jeunes et que dans le déni des fruits de l’expérience, ils existent et ont raison en incarnant l’ouverture à des formes de marchés potentiels.

Il va de soi que la nature de ce même avenir sera difficilement questionnable et pire supportable sans plus de mots pour la décrire ni pour nous, humains aliénés, supporter dans notre vide interstellaire. EG

Ils ne savent rien.

Il y a quelques années, j’étais assise dans une pièce avec des étudiants fraîchement inscrits à l’Université. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de l’éditorial que je leur avait transmis.

Aucun ne l’avait lu. Lorsque je leur ai demandé pourquoi, un jeune homme a répondu d’un air infatué : ” Je ne lis jamais rien de plus de deux-cents mots. “

” Sérieusement ? ” lui ai-je répondu ?

” Si vous ne pouvez pas le dire en deux-cents mots, c’est que vous n’avez rien à dire. ” a-t-il dit et le reste de la classe a acquiescé.

Une jeune femme a ajouté : ” Peut-être d’autres jeunes de notre âge le font-ils mais les étudiants ne lisent pas de texte qui sont longs. Vous n’êtes pas allée à l’Université apparemment ? “

Elle était sérieuse. ce n’est pas tant l’étonnement sur la façon dont ils avaient obtenus leurs examens, c’est la fierté exhibée  sur cette position qui m’a déroutée.  Ils n’étaient pas particulièrement patient dans la transmission de leur sagesse concernant la communication efficace à cette vieille femme.  Comment pouvais-je ne pas savoir ça ?

Ils n’avaient jamais lu ” La couleur pourpre ” ( The purple color ) et ne savaient pas qui était Alice Walker. Une d’entre eux pensait qu’elle avait peut-être vu le film.

” Est-ce que Oprah jouait dedans ? “

Ils n’avaient jamais rien lu de W.E.B du Bois, ou de Frederick Douglass, ou de Tillie Olsen ou d’Angela Davis, quand elle était encore radicale. Ils étaient fiers de connaître quelques citations de Martin Luther King mais aucun n’avait lu ses brillants essais en entier, y compris les “Lettres de la prison de Birmingham “.  Bien sûr aucun d’entre eux n’avait lu le ” Farenheit 451 ” de Ray Bradbury. L’objet de ce roman était perdu pour eux de toute façon.  Lorsque j’ai dit la citation fameuse de Bradbury : “Vous n’avez pas besoin de brûler les livres pour détruire une culture, faites en sorte simplement que les gens ne les lisent plus. ” Ils ont haussé les épaules.  

Ils venaient tous de familles inhabituellement privilégiées. Des familles où ils reçoivent de voitures neuves lorsqu’ils obtiennent leur diplôme.  Ils étaient tous blancs. 

Ceux qui mettent leur temps, leur âme, leur sang dans l’écriture du panorama et de la diaspora de  la souffrance humaine ne leur offre rien de ce qu’ils ont besoin d’apprendre. Ils n’étaient pas même curieux d’eux-mêmes.  Ils supportaient mal l’idée qu’ils auraient dû l’être.

” Je n’espère pas que qui que ce soit soit curieux à mon sujet ” m’a  dit l’un d’eux.

Même si ils souhaitaient être militants, il suffisait de leur donner quelques phrases sexy, quelques notes de Cliff et ça allait suffire. Ils ne savent rien, ni dans le contexte universitaire, sans parler du contexte de leur propre expérience.

Nous sommes dans la merde mes amis…

Traduction : Elisabeth Guerrier

Comment la Théorie Queer est devenue la politique universitaire en Grande Bretagne par Michael Biggs

Si le sujet est vaste et surtout si récent et soumis à pression qu’on peine à resituer ce mouvement et ses conséquences pour la santé intellectuelle de la vie universitaire et pour les évolutions des représentations collectives, on ne peut pas ne pas le mettre en parallèle avec d’autres évolutions du rapport au corps de la culture post-moderne d’une part, dans ce que nous pressentons comme une dynamique de fusion entre la Techné médicale et scientifique et les fantasmes divers émergeants face aux menaces d’extinction non  assumées et la volonté de rendre le corps malléable et éternel dans les divers possibles d’ un désir sans limite, enfin accessible, ouvert à l’image des spasmes consuméristes et, d’autre part, à une dépolitisation par glissement vers des champs de contrôle moraux des questions socioéconomiques posées par la culture de masse. Les divers niveaux en jeu dans la microisation identitariste des messages politiques des sociétés néo-libérales tendent à cacher dans leur rage à se revendiquer comme porteurs d’un  “changement” ou d’une conscience “ultrawoke” par essence victimaire et détentrice de la vérité dont ils sont les porteurs harassés, la mesure strictement oppressive du système économico-social et de confiner à la quête d’une nouvelle forme d’ordre moral les questions crues de la misère sociale * et de ses conséquences sur les vies des plus démunis, quels que soient leurs choix existentiels.EG

queertheory

Publié le Nov, 25, 2018 

Comment la théorie Queer est devenue la politique universitaire

How Queer Theory Became University Policy

par Michael Biggs, [edité par Sarah Mills], via Conatus News

L’établissement d’une doctrine officielle sur l’identité de genre est une menace sans précédent pour la liberté universitaire. Sexe et genre devraient être soumis à des débats.

Mon université a récemment établi une doctrine officielle sur le genre, promulguée par son Unité de Diversité et d’Egalité (Equality and Diversity Unit). L’Université d’ Oxford déclare que le sexe n’est pas déterminé à la conception mais est plutôt « assigné » à la naissance, à partir du caprice d’une sage-femme ou d’un obstétricien. Le sexe doit être remplacé dans tous les aspects pratiques par un sens individuel de l’identité de genre, qui peut être choisie au sein d’un long menu  comprenant les non binaires et les genderqueer.

Oxford n’est pas l’exception, car la même doctrine a été instituée à travers les universités britanniques.

Cette doctrine provient de la « théorie queer », une excroissance du post-modernisme. Pour comprendre comment un discours ésotérique a pu devenir la nouvelle orthodoxie, nous devons suivre le travail de l’Intelligence du genre, l’organe de charité qui a traduit la théorie Queer en politique publique. Son chef exécutif est Jay Stewart MBE, un homme trans avec un doctorat de Cultures visuelles de  Goldsmiths, Université de Londres. La compagnie a commencé avec une allocation de 50.000 livres de la Commission des droits et de l’égalité humains  [1]. Maintenant, la plupart de ses revenus viennent de la vente de présentations dans le secteur public, gonflée par une donation de  116,000 livres provenant des «  Enfants dans le besoin » de la BBC.

 « Le Théorie Queer a été la carte pour ma compréhension personnelle » déclare Stewart [2]. La Grande prêtresse de cette théorie, Judith Butler, prétend que «  le corps n’est pas un «  être » mais une frontière changeante une surface dont la perméabilité est régulée politiquement, une pratique signifiante au sein d’un champ culturel de hiérarchie des genres et  d’hétérosexualité imposée. » [3]. La conséquence est que l’identité de genre n’a aucun lien avec la biologie. Selon l’Intelligence du genre, « Une femme est toujours une femme, même si elle aime se faire tailler des pipes. » C’est pourquoi Stewart a été le premier à persuader les prisons de prioriser l’identité de genre sur le sexe. [4]. Cette politique a récemment permis l’incarcération d’un violeur patenté dans une prison pour femme,  simplement parce qu’il se présente comme une femme, il a ensuite agressé d’autres détenues.

Comme d’autres variantes du Post-modernisme, la théorie Queer s’abrite confortablement derrière les disciplines universitaires étudiant la culture. Cependant maintenant, cette théorie est établie comme doctrine officielle par les universités. Les textes de loi vont bien au-delà de ce qui est exigé par loi sur l’égalité, qui interdit à juste titre la discrimination sur la base d’une réassignation de genre. Bien sûr, la doctrine contrevint à la loi à cet égard. La loi protège aussi l’orientation sexuelle, mais si l’identité de  genre prévaut sur le sexe, alors l’hétérosexualité et l’homosexualité disparaissent. N’importe quel homme peut déclarer être une lesbienne, comme une mauvaise plaisanterie des années 70 réactualisée pour notre époque ultraconsciente. La déléguée de l’Association LGTB des étudiants de l’université d’Edimbourg Ada Wells,  like a bad joke from the 1970s updated for our ultrawoke era. The Edinburgh University Student Association’s LGBT+ Convenor, Ada Wells, a exigé que l’Université exclue  toute lesbienne qui refuserait un homme s’identifiant comme «  genre neutre » (comme Wells) comme potentiel partenaire.

« Comme d’autres variantes du Post-modernisme, la théorie Queer s’abrite confortablement derrière les disciplines universitaires étudiant la culture. Cependant maintenant, cette théorie est établie comme doctrine officielle par les universités. »

L’Intelligence du genre (Gendered Intelligence) joue un rôle majeur dans la formation des personnels universitaires et des administrateurs. Ses cours sur «  la vigilance trans. » (Trans Awareness) ont été répétés dans des dizaines d’universités. L’Université Merton, à Oxford, par exemple,  a payé la compagnie  pour former «  les cadres de la loge, les hauts fonctionnaires de l’université, les départements des finances et des bourses, la bibliothèque, l’équipe des aides sociales, le bureau du développement, et les ressources humaines,  avec un certain nombre de représentants du bureau de direction. » Le syndicat des étudiants d’Oxford veut maintenant mandater cette formation pendant deux ans pour tout le personnel ayant des postes dans l’aide sociale. [5]. L’impulsion ne vient pas que des étudiants mais aussi de l’Unité pour le défi de l’égalité (Equality Challenge Unit) un organisme non-gouvernemental en charge d’administrer la diversité au sein de l’éducation supérieure britannique. La Charte Athena SWAN, prévue à l’origine pour aider les carrières des femmes dans le domaine scientifique est maintenant utilisée pour renforcer la doctrine du genre.

Les étudiants qui questionnent leur propre identité sont dirigés vers Gender intelligence, qui forme également les conseillers à l’université. Quand une lycéenne, précédemment diagnostiqué pour une dépression – à la Royal Center School for Speech and Drama a décidé qu’elle était un homme, l’école a payé pour une guidance par la Gender intelligence, ( un des Professeurs de l’école est un des membres du conseil d’administration et le partenaire de Steward) Le mentor a recherché des chirurgiens pratiquant la masectomie par choix.  «  La chirurgie affectera le sexe de nombreuses façon »,  conseille la Gender Intelligence,  «  mais le plus notable est un saut dans la confiance physique ». Si l’identité de genre est fluide, non liée au sexe et  changeante, comment donc cette identité peut-elle nécessiter des transformations physiques irréversibles ? Les contradictions logiques ne sont pas embarrassantes pour le post-modernisme. Quand une lesbienne prend de la testostérone et s’ampute les seins de façon à jouer le rôle de l’homme, c’est applaudit par la théorie Queer comme la déconstruction de l’hétérosexualité obligatoire.

L’établissement d’une doctrine officielle sur l’identité de genre est une menace sans précédent pour la liberté académique. Sexe et genre devraient être l’objet de recherches robustes et de débats vigoureux. Au lieu de ça, les étudiants qui questionnent la nouvelle orthodoxie de la théorie Queer  sont l’objet de harassement et intimidation. La plupart sont des femmes et beaucoup sont orientées vers le féminisme radical. Les responsables sont les étudiants ultra-conscients – dont beaucoup ne sont pas des trans mais qui se positionnent comme «  alliés » – et quelques universitaires féministes. Ils peuvent prétendre cependant que leur agression est habilitée par le discours académique. Après tout, les universités ont octroyé à un seul groupe un pouvoir extraordinaire de contrôler les discours intellectuel. « Si un individu trans informe un membre du conseil qu’un mot ou une phrase est inapproprié ou offensif »,  avertit l’ University College de Londres, « alors ce membre du conseil devra le croire sur parole et ajuster sa phraséologie d’une façon appropriée. »

Bienvenue  l’Université du 21ième siècle, où le sexe a disparu, où l’homosexualité est ségrégative, où l’orthodoxie est renforcée au nom de la diversité.

Michael Biggs est  Associate Professor of Sociology and Fellow of St Cross College, University of Oxford

NOTES:

  • [1] Equality and Human Rights Commission, response to Freedom of Information request (FOI 1247 Biggs), 2 October 2018
  • [2] Jay Stewart, ‘Gendered Intelligence’, Trans Britain: Our Journey from the Shadows, ed. Christine Burns, Cornerstone, 2018, pp. 277–91, at p. 278
  • [3] Judith Butler, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, Routledge, 1990, p. 139
  • [4] Stewart advised the Ministry of Justice’s review which created the new policy and now serves on the Prison Service’s Transgender Advisory Board which implements it
  • 5] Oxford Student Union LGBTQ+ Campaign, 2018 Report on Transgender Experience and Transphobia at the University of Oxford, p. 32. The report literally recommends ‘bi-annual’ training but presumably, biennial was intended.
  • * Poorest dying nearly 10 years younger than the rich in ‘deeply worrying’ trend for UK

Traduction : Elisabeth Guerrier

La militarisation de l’Arctique : une question essentielle à laquelle accorder toute son importance Alex Gorka

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Soldats anglais. Opération ” Trident junction “
  Russia’s desire to undermine American democracy is related to its inability to match up to the military and economic power of the West.”

October 25, 2018 | Alina Polyakova, TIME

Cité dans «  Brooking briefs »

Au regard de l’énergie développée pour tenter de traduire correctement la liste interminable des équipements spéciaux de l’armement de la Russie dans l’Arctique, développée avec beaucoup de précision par Alex Gorka et dont chacun des éléments peut être vérifier en ligne, on reste songeur sur cette sorte de maladie du sens moral qui parcourt d’une façon endémique tout l’Ouest, nourrie de préjugés, de rumeurs, de fausses informations qui définissent «clairement » dans les esprits brumeux des masses qui est «  le méchant ». Certains dans le passé ont manipulé les informations données avec une sorte d’approche scientifique sur la propagande et ses moyens. Il semble que ces stratégies d’imprégnation collectives soient devenues la seule façon de faire de la politique étrangère dans ce système, elles s’appuient sur une paresse intellectuelle constitutive du Lambda, sur son incapacité à lâcher son os quand il a mordu à la certitude de savoir comment vont les choses, à ne jamais avoir l’esprit suffisamment libre et souple pour consacrer le temps nécessaire à chercher à se contredire lui-même, sur son besoin toujours renouvelé, ce qui le soulage de sa propre dépréciation chronique, de pointer la faute sur l’étranger, qui évidemment est voué à changer de nom et de visage quand la géopolitique l’exige.EG

 

Pour bien éclairer quels sont les réels enjeux face à la Russie et à la Chine : Ci-dessous la déclaration de Wess Mitchell, Secrétaire d’état aux affaires européennes et eurasiennes. Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs in the US State Department)
La transcription de cette allocution au Sénat a omis deux phrases qui figurent en contrebas du texte et qui illustre parfaitement l’état d’esprit des USA quant à ses ” rivaux ” Chinois et Russes Quand on est l’exception et la police d’un monde, on ne lâche pas le morceau facilement et 
les USA ne lâcheront rien.

Ces phrases sont :
Empêcher
la domination
de la masse continentale eurasienne
Par la Chine et la Russie
prevent the
domination of
the Eurasian landmass by
Russia and China

“Le point de départ de la stratégie de la Sécurité Nationale est la reconnaissance du fait que les USA entrent dans une période de compétitions entre grandes puissances et que les politiques passées n’ont ni suffisamment envisagé l’étendue de cette tendance émergeante ni équipé d’une façon adéquate notre nation afin qu’elle réussisse à la gagner. La Russie et la Chine sont des compétiteurs sérieux qui construisent les conditions matérielles et idéologiques de la contestation de la primeur américaine et de son leadership du 21 ième siècle. Prévenir la domination de la région eurasienne par des puissances hitiles continue à être un un intérêt prioritaire de sécurité nationale. l’objectif central de l’administration dans le domaine de la politique étrangère est de préparer notre nation à se confronter à ce challenge en renforçant systématiquement la militarisation, l’économie et les fondations politiques du pouvoir américain.

The starting point of the National Security Strategy is the recognition that America has entered a period of big-power competition, and that past U.S. policies have neither sufficiently grasped the scope of this emerging trend nor adequately equipped our nation to succeed in it. Contrary to the hopeful assumptions of previous administrations, Russia and China are serious competitors that are building up the material and ideological wherewithal to contest U.S. primacy and leadership in the 21st Century. It continues to be among the foremost national security interests of the United States to prevent the domination of the Eurasian landmass by hostile powers. The central aim of the administration’s foreign policy is to prepare our nation to confront this challenge by systematically strengthening the military, economic and political fundaments of American power.

 

 

 

ALEX GORKA | 24.10.2018 | SECURITY / WAR AND CONFLICT

Militarization of Arctic: Issue of Incredible Importance Not Given Due Attention to

La militarisation de l’Arctique : une question d’une importance incroyable qui ne suscite pas l’attention qu’elle mérite.

L’Europe, le Moyen Orient et l’Asie du sud-est ne sont pas les seuls théâtres potentiels pour des opérations militaires. L’Arctique est une zone de rivalités géopolitiques. La situation là-bas est laissée à tort hors des éclairages médiatiques. Pendant ce temps, 2018 a vu un nouveau record du retrait des glaces dans la région.

La Russie a présenté l’attribution de 1.2 millions de mètres carrés dans cette région  aux Nations unies. Selon la convention des Nations unies sur la Loi de la mer, (UNCLOS), un état côtier peut prétendre à la côte continentale au-delà de 120 miles nautiques en présentant des preuves scientifiques qu’il s’agit de la prolongation naturelle de ses marges côtières. La seule région côtière de la Russie peut être étendue, étant donné le droit exclusif de l’état à exploiter ses ressources naturelles sur les fonds et l’océan. Il s’agit de réserves de pétrole de plus de 8.5 trillions de dollars.

Moscou considère la Route de la Mer du Nord Nothern sea road ( NSR) située à l’est de Novaya Zemlya et qui longe la côte arctique russe de la Mer de Kara en Sibérie au Détroit de Bering comme une zone maritime économique exclusivement russe ( EEZ) selon l’article 234 de la Convention des Nations unies   Convention sur les lois de la mer . Cet article attribue aux états du littoral au sein de leurs zones d’exclusivité économiques ( 200 miles nautiques) le droit d’appliquer des lois non discriminatoires et des régulations touchant la navigation dans les parties glacées. Les US en sont signataires mais le Congrès ne l’a pas ratifié.  Washington ne reconnait donc pas les exigences de la Russie et cherche à rendre cette région internationale.

Les USA, le Canada, le Danemark et la Norvège ont leurs propres réclamations. L’Arctique est supposé contenir plus de 22 trillions de dollars de ressources sous la glace,  y compris 90 billions de barils de pétrole et 47 trillions de mètres cubes de gaz naturel. Il est normal que les états se les disputent aussi longtemps qu’ils sont envisagés sur la base du droit international à travers les négociations. Mais l’escalade graduelle des tensions dans l’Arctique est un fait.

Selon le Guide de la défense danois  2018-2023, il y aura une augmentation impressionnante de 20% des dépenses de défenses dans les prochaines six années. L’Arctique est mentionné comme une zone d’activité  et de présence militaire en développement. En été, la Norvège s’est réinvestie dans une augmentation des dépenses en faveur de l’OTAN de 2% du PIB avec son plan à long terme impliquant  son engagement de 2O21-2024 comme des prémices essentielles. Oslo va investir des de l’ « équipement stratégique » comme le nouvel avion furtif F-35, des sous-marins et le nouvel aéronef patrouilleur maritime P8. Le Canada va développer une  flotille navale arctique. L’an passé, Ottawa a dévoilé son plan d’augmenter ses dépenses militaires de 70% ( ou plus de 30 milliards) sur les dix prochaines années. La plupart de cet investissement allant aux navires de guerre et aux avions de chasse. La Crête de Lomonosov est le principal osujet des disputes territoriales entre le Canada et la Russie. Elle s’étend sur 1800 kilomètres des Nouvelles îles sibériennes à travers l’océan atlantique jusqu’à l’île canadienne de Ellesmere. Le Canada se livre à des manœuvres militaires dans cette zone.

Les Bérets verts US s’entraînent  à combattre la Russie dans la région. Donc les sous-marins d’attaque sont aussi en manœuvre.  En mars, plus de 1500 personnels militaires de plus de 20 unités ont été rassemblés  pour les exercices militaires de 2018 sur la crête arctique. Les Gardes côtes US cherche à armer ses brise –glaces utiliser pour ouvrir des passages à travers les mers gelées. Les US ont stationné des avions furtifs F22 et F35 en Alaska. Ce déploiement fournit une supériorité aérienne aux USA sur tout l’hémisphère nord.

La Russie met en œuvre les State Policy in the Arctic Till 2020 and for a Future Perspective. (Politiques nationales de l’Arctique jusqu’en 2020 et dans une perspective d’avenir) L’Arctique est une source de menaces pour la Russie. Les missiles lancés des sous-marins à partir des eaux proches de la Norvège laisseraient à l’armée russe à peine 15 minutes pour décider si un tel objet représente ou non une menace et comment y répondre. L’Arctique est la seule location permettant le lancer de missiles Tomahawks qui pourraient frapper les bases intercontinentales de missiles russes (ICBMs) dans les régions de l’ Orenburg et de Krasnoyarsk  aussi bien que celles de l’Oural.

La Flotte du nord russe est une force qui groupe 38 grands navires de surface, plus de 40 sous-marins et un corps d’armée comprenant deux brigades d’infanterie. La 61ième brigade d’infanterie est sous le commandement des Forces stratégiques jointes de la Flotte du nord. 7 sous-marins prêts au combat sont regroupés là. A peu près 60% de la flotte opérationnelle est équipé d’un nouvel armement.

L’équipement  de combat Ratnik  pèse entre 19 et 20 kilos, il est conçu pour des opérations dans le climat arctique et comprend un casque à vision nocturne, une armure corporelle, un équipement de communication et des écouteurs. Tout compris, l’équipement comprend 10 sous-systèmes et à peu près 60 items séparés. Pesant 7,5 kilos, l’armure classe 6 protège presque 90 % du corps des soldats à partir de 7,62 m. même contre des tirs courts. Il est équipé de systèmes de détection spéciaux contre les systèmes à infrarouge. Conçu en fibre de carbone légère,  l’exosquelette supporte le système musculaire afin d’aider le soldat à porter des charges de plus de 50 kilos sur des longues marches.

Le système de communication vocal et visuel Strelets-2 inclut un module de navigation  GLONASS  qui permet à un chef d’escadron de vérifier la location de chacun de ses soldats sur un ordinateur de la taille d’un livre et de la communiquer à ses chefs. Chaque soldat est en plus équipé d’un ordinateur tactique de la taille d’un téléphone.

Les soldats ont le véhicule tout terrain Ruslan,  le véhicule de trace tout-terrain GAZ-3344-20, le  DT-10PM vèhicule amphibie. Capable de défendre l’espace aérien dans un rayon d’au moins 15 kilomètres, le nouveau système de missiles à courte-portée Tor-M2DT est le seul système dans sa catégorie conçu spécialement pour les conditions météorologiques de la région arctique. Il peut protéger contre les radiations et les missiles de croisière, contre les engins téléguidés aériens, les planeurs, et réparer et tourner les ailes des avions de chasse. Sa plateforme de DT-30PM sera utilisée pour le lancement multiple de système de fusée Grad et Smerch.

Les capacités de la défense aérienne vont être augmentées grâce  au S-400 Triumf aet mise à jour avec l’auto-propulseur Pantsir-1S, système de missiles de moyenne portée surface-air.

Le T-80BVM est parfaitement adapté aux conditions météorologiques particulières de l’Arctique. C’est le premier tank russe opérationnel à être équipé d’une nouvelle armure réactive explosive. Ses moteurs à turbine améliorés sont  plus performants dans les conditions arctiques. Commençant à des températures aussi basses que – 40 degrés Celsius et prêts pour l’action en quelques minutes. Les tanks avec du diesel conventionnel ont besoin de 40 minutes pour chauffer dans les conditions de températures de l’Arctique.

Cette année, La Russie à dévoiler le nouveau buggy Chaborz M-3  destiné à des opérations version arctique.  C’est un véhicule léger tout terrain polyvalent 4.2 prévu pour des opérations des unités des forces spéciales dans des conditions  hors route. Il peut atteindre sur route des vitesses de 130kms/ heure.

Cette année, Ilya Muromets, le premier briseur de glace construit pour la Marine russe en presque 40 ans est entré en service avec la logistique du vaisseau de soutien Elbrus ,  le projet 22350 de la frégate Admiral Gorshkov équipée avec des missiles de longue portée  Kalibr, et le navire amphibie Ivan Gren  (Project 11711), le premier vaisseau de cette catégorie, les systèmes de missiles pour la défense côtière ont été déployés dans la région de Murmansk.

Le char Academic Pashin  (Project 23130) est testé en mer.  Deux brise-glace  Arktika-class sur six, équipés de double-têtes nucléaires ont déjà été lancés. Les plans comprennent la construction de Lider, le brise-glace à propulsion nucléaire super-puissant. Le brise-glace Ivan Papanin (Project 23550) polyvalent,  est le premier d’une série de deux doit être livré à la marine russe en 2021. Ce navire est destiné à l’étude et à la protection des eaux arctiques, les opérations de recherches et de sauvetage, l’escorte de navires dans les eaux polaires, le transport d’équipements et le remorquage et le support de vaisseaux auxiliaires. Il peut fournir la protection à des vaisseaux opérant dans les eaux polaires contre les tirs aériens, maritimes ou côtiers.

Trois sous-marins balistiques supplémentaires (Project 955) et trois sous-marins d’attaque nucléaires (Project 885) ainsi que deux frégates (Project 22350) entreront en service avec la Flotte du Nord dans le futur proche. Le porte-avions. Admiral Kuznetsov  sera également de retour dans les rangs après une mise au point de ses équipements avec la version navale du système de défense aérienne. Des systèmes Bal de défense côtière vont être également déployés.

La militarisation graduelle de la région est une réalité. Il y a deux options. L’une est de transformer l’Arctique en un champ de mine où la moindre étincelle pourra déclencher une explosion. L’autre est de lancer un dialogue complet afin de répondre aux questions de sécurité liées à la région. Cinq des huit membres du Conseil de l’Arctique sont membres de l’OTAN avec la Suède et la Finlande étant des partenaires privilégiés de l’Alliance.  Cela fait partie des questions à poser sur les relations entre l’OTAN et la Russie. Les activités militaires de la Russie dans la région n’ont rien à voir avec la volonté de jouer les gros bras mais avec la volonté de protéger ses intérêts légitimes.

Les évènements liés à la décision des US de se retirer du Traité INF, la Syrie, les sanctions et d’autres choses sur lesquelles se centrent le regard du public ne devraient pas éclipser cette question de la plus haute importance. Coopérer les uns avec les autres est le seul moyen de maintenir la sécurité et l’ordre dans cette région polaire. Une approche coordonnée de la Gouvernance arctique dans le cadre d’une Convention sur les lois de la mer construirait la confiance et éviterait la militarisation. Le temps est venu pour le Conseil de l’Arctique de se transformer en un conseil centré sur la sécurité.

Tags: Arctic

 

 

 

 

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La Russie est-elle réellement ” fasciste” Pr. Marlene Laruelle

Parce que la résistance aux glissements partisans générés dans des stratégies quotidiennes d’intoxication idéologique nécessite avant tout l’abord de la complexité, il est nécessaire de faire appel à des esprits informés et critiques, à donner ou redonner donc au poids de la construction des savoirs ses vertus d’éclairage.

Au moment où l’Arctique se voit la scène des plus importantes manœuvres militaires de l’OTAN depuis la Guerre froide, faisant suite aux campagnes de diffamation orchestrées par les divers pouvoirs politiques nord-américains et soutenus par leurs alliés inféodés, l’urgente nécessité de voix autres, critiques et analytiques, même pour faire face à des constructions mythiques créées de toute pièce par des ” érudits ” locaux reconnus est plus que jamais impérative. 

Aucun média grand public ne pourvoira à l’approche d’une situation complexe et évidemment unique comme celle de la Russie, car chargée de sa propre histoire. La pandémie des appellations de “Fascisme” recouvrant tout et n’importe quoi a non seulement un effet niveleur sur des phénomènes divers et caractéristiques mais elle marque une fois de plus l’incroyable pression et la paresse intellectuelle de ces temps où l’analyse de tout ce qui est ” complexe “- et la réalité n’a-t-elle pas avant tout cette nature-là ? – est promu comme vain, usant, inutile au nom d’un réductionnisme omniprésent et au service de l’utilitarisme qui le rationalise.

Le Fascisme est un moment de l’Histoire, dans un contexte précis (rappeler que la trahison de Wilson faite aux Italiens après la Première guerre mondiale en est partie prenante voire génératrice), avec des bases de valeurs précises et des alliances intra-sociales tout aussi importantes qui lui donnent sa spécificité.  Nous conseillons vivement la lecture de l’article de Jean Pierre Raviot qui donne les éléments de compréhension d’une spécificité politico-sociale russe, évidemment assez difficile d’accès à l’entendement des manichéens néo-libéraux occidentaux ne justifiant leur existence que dans l’imposition du bien fondé d’une Démocratie idéalisée mais ayant agonisé depuis plus de trente ans. EG

 

La Russie est-elle réellement «  fasciste » ?

Un commentaire sur la note N°539 de TIMOTHY SNYDER PONARS sur la politique eurasienne Eurasia Septembre 2018

Marlene Laruelle

George Washington University

Lors de la dernière décennie et plus ouvertement encore depuis l’annexion de a Crimée, il y a eu une tendance croissante à décrire la Russie – ou au moins le régime de Poutine – comme «  fasciste ».

Sur la scène politique, cette affirmation a été émise par tous, des chefs d’états occidentaux comme l’ancienne secrétaire d’état Hillary Clinton à l’ancien Ministre des affaires étrangères de Grande Bretagne,  Boris Johnson en passant par l’opposant de Vladimir Poutine, Garry Kasparov. Le label a aussi tracé sa voie dans le discours académique, déployé par des universitaires comme Timothy Snyder, Alexander Motyl, Vladislav Inozemtsev, et Mikhail Lampolski.

Déclarer que la Russie de Vladimir Poutine est un régime fasciste est une accusation sérieuse, avec des implications politiques et légales potentielles. Les universitaires ont à leur disposition une littérature riche sur le fascisme qui inclus de nombreux outils qui peuvent permettre de considérer si la terminologie s’applique 1/ correspond au système politique russe. 2/ offre une analyse conséquente capable de capturer la «  nature »  du régime de Poutine. Malheureusement ceux qui se font le plus entendre parmi les accusateurs universitaires semblent peu intéressés par l’évaluation l’hypothèse fasciste au regard de ces outils académiques. Premièrement, ils ne cherchent pas à appliquer des données clefs concernant la littérature sur le fascisme à la Russie et n’avancent donc pas des critères clairs pour déterminer si ce régime est fasciste. Deuxièmement, ils semblent ne pas utiliser le terme comme une catégorie analytique mais comme une épithète dénonçant le système de Poutine

Si la communauté des universitaires souhaite que les décideurs prennent en charge sérieusement le «  fascisme », il faudra qu’il corresponde à leurs critères Et s’ils considèrent que le concept est inapplicable, ils devront clairement le signifier.

De fausses analogies historiques

Cette note ouvre une telle discussion en discréditant les quatre principales accusations utilisées par Snyder pour justifier l’appellation de la Russie comme  régime fasciste. De fausses analogies historiques dans une série de  tribunes publiées dans la New York Review of Books et dans le New York Time, Snyder trace des parallèles entre le Russie de Poutine et l’Allemagne d’Hitler.  Dans un article datant du 20 mars 2014, il compare la mainmise de la Crimée par la Russie – qui venait de se produire quelques jours auparavant, et le conflit dans le Donbass qui se préparait rapidement avec les actions de l’Allemagne nazie au début de la Seconde guerre mondiale.  Mais contrairement à  Andreas Umland, qui a postulé des analogies similaires, Snyder n’a pas tenté d’entreprendre une solide étude qui pourrait juxtaposer les arguments légaux utilisés pour créer l’Anschluss avec l’Autriche dans le cadre de l’annexion des Sudètes par Hitler avec ceux présentés par Poutine pour l’annexion de la Crimée. Au lieu de cela, Snyder préfère présenter des arguments à la va-vite, affirmant, par exemple, que : «  Vladimir Poutine a choisi de réhabiliter l’alliance entre Hitler et Staline qui a déclenché la Seconde guerre mondiale. » Avec une telle déclaration, Snyder cherche à faire d’une pierre deux coups, identifiant simultanément Poutine à Hitler et à Staline. Cependant, il échoue à donner une analyse structurée qui puisse démontrer que l’actuel système russe appartient à la tradition des régimes totalitaires.

Plus loin, il décrit des évènements et des sentiments à travers la Russie comme des échos des pires moments du Nazisme. En Russie, écrit-il :

Les Juifs sont blâmés pour l’Holocauste sur la télévision nationale,  un intellectuel proche du Kremlin loue Hitler comme chef d’état, les Nazis russes marchent le 1ier mai, (et) des rallyes dans le style Nuremberg où des torches sont portées en formation Svastika sont présentées comme anti-fascistes.

Ces descriptions sont dramatiquement éloignées de la prise en compte – pour ne pas évoquer l’analyse- de la complexité de la société russe. A sa place, ils sélectionnent les moments avec le plus haut niveau de potentiel choquant et les présentent comme une routine, produisant un portrait de la Russie inadéquat comme si on pouvait par exemple suggérer que la vie quotidienne des USA puisse être interprétée à travers les émeutes de Charlottesville d’Août 2017. Des analogies historiques sélectionnées peuvent offrir des voies stimulantes pour la discussion, mais elles n’offrent pas la rigueur d’une analyse propre au modèle des sciences sociales, n’ont pas de pouvoir prédictif et sont limitées dans leur utilité pour la compréhension des courants actuels.

Une autre erreur peut être notée dans la tentative de Snyder de dresser un parallèle entre un régime honni, à savoir son affirmation que le drapeau de la révolte du Donbass et de la république auto-proclamée de  Novorossiya a été inspiré par le drapeau des Confédérés américains.[1] En fait de nombreuses sources montrent que ce n’est pas le cas et que les insurgées ont, au contraire, été inspirés par le symbolisme de l’époque tzariste qui par hasard ressemble au drapeau confédéré.[2] Cette erreur illustre bien le présentisme de Snyder crée un cadre d’interprétation artificiel et américano-centré, modifiant les faits afin de les rendre plus alarmants et plus polarisés sur le public US.

L’usage d’analogies historiques pratiqué par Snyder crée aussi de fausses références. A titre d’exemple, il accuse Poutine d’avoir justifié l’annexion de la Crimée en référence à la doctrine du «  changement de frontières » de l’Allemagne, impliquant que Poutine ait pu comparer ouvertement ses actions à celles de l’Allemagne nazie. «  C’est avec de telles références historiques  à l’esprit (s’emparer de l’Autriche et d’une partie de la Tchécoslovaquie) que nous devons comprendre la suggestion présente dans le discours de Poutine que l’Allemagne devrait sympathiser avec la doctrine du changement de frontières »

C’est une grossière erreur. Le discours de Poutine se réfère très clairement à la réunification de l’Allemagne de 1990, pas à l’Anschluss ni à l’annexion des Sudètes.

Laissez-moi vous rappeler que dans le cours des consultations sur la réunification de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest, au niveau de l’expertise, bien que très élevée, certaines nations qui étaient alors et sont encore des alliées de l’Allemagne ne supportaient pas l’idée de la réunification. Notre nation, sans équivoque, a cependant supporté le désir sincère, impossible à arrêter des Allemands pour une unité nationale.

Ceci ne justifie bien sûr en rien l’annexion de la Crimée, mais cela démontre que la référence de Poutine portait sur la réunification de l’Allemagne plutôt que sur les actions des Nazis. L’inflation polémiste de Snyder est une sinistre distorsion de la rhétorique et des évènements : Les standards de Moscou sont la Guerre froide, pas l’ère Ribbentrop-Molotov

La question du pacte Molotov-Ribbentrop

A partir de 2014, Snyder a commencé à développer des arguments forts que la nouvelle inclinaison de la Russie vers le fascisme était la tendance croissante de Poutine et des officiels russes à réhabiliter le Pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

En 2009, juste avant un voyage de conciliation en Pologne, Poutine a publié un article dans le quotidien polonais Gazeta Wyborcza qui condamnait l’ancien agrément comme immoral : «  Sans doute, le Pacte Ribbentrop-Molotov d’Août 1939 doit être complètement condamné. » Mais en Novembre 2014, parlant devant une audience d’historiens russes au Musée d’histoire moderne de la Russie, le Président russe a partiellement retiré ses commentaires sur l’immoralité du Pacte. Il a à nouveau insisté sur le fait que les pays occidentaux avaient été les premiers à tenter d’éviter le conflit avec Hitler, laissant la Russie seule à faire face à la guerre sur le front de l’Est. Il ajouta une nouvelle nuance affirmant le droit de Moscou à éviter la guerre : «  Mais qu’y avait-il donc de si mauvais si les Russes ne voulaient pas se battre ? Qu’y avait-il de mauvais ? »

L’affirmation de Snyder disant que la Russie a complètement changé sa ligne est tout à fait questionnable. Le narratif russe a depuis longtemps fait correspondre les accords de Munich avec le Pacte Ribbentrop Molotov. Aux yeux du Kremlin, le Pacte est l’équivalent des Accords de Munich pour l’Ouest et ne peut à lui seul avoir accéléré l’entrée de l’Europe dans la guerre. Cette ligne n’a pas changé. En outre, le discours de Poutine de 2014 sur les mérites d’avoir voulu éviter la guerre était soigneusement à attacher à son contexte : il a été fait en des temps de grande tension internationale autour de l’Ukraine, et le message implicite était que la Russie voulait éviter la guerre avec l’Ouest. En 2015, Poutine a réitéré la même lecture du Pacte comme stratégie défensive,  affirmant, que « la sauvegarde de l’Union soviétique était le premier élément de ce Pacte. » On peut condamner le silence de la Russie sur l’historiographie officielle de la violence soviétique dans les terrains occupés, mais contrairement à l’affirmation de Snyder, il n’y a pas de rupture authentique dans la pensée de Poutine qui confirmerait une évolution du leader russe vers le fascisme. – la lige argumentaire du Pacte demeure la même.

Les liens d’amitié de la Russie avec l’extrême-droite européenne.

Dans des déclarations répétées, Snyder a  affirmé que le support de l’extrême-droite européenne par le Kremlin était dans la continuité de l’Alliance de Staline avec Hitler visant à détruire l’ordre du monde européen :

Tout comme Staline a cherché à tourner les forces les plus radicales de l’Europe, Adolf Hitler contre l’Europe elle-même, Poutine s’allie avec les populistes anti-européens, les fascistes, et les séparatistes. Ses alliés d’extrême-droite sont précisément les forces politiques qui souhaitent amener un terme à l’odre européen actuel : l’Union européenne.

Cet essai de parallèle historique ne tient pas pour plusieurs raisons.

 Premièrement, le récent succès politique du populisme et/ou de l’extrême-droite en Europe ne peut pas être réduit d’une façon simpliste à la «  montée du fascisme ». Bien que cela puisse être source d’inquiétude, cela ne justifie pas la combinaison de différents termes et de différentes notions ; La vaste majorité des spécialistes de l’extrême-droite européenne, dont Cas Mudde, sont d’accord pour dire que ces mouvements ne peuvent être vus comme des  mouvements post ou néo-fascistes dans leur dans leurs composantes sociales ou idéologiques.  Le concept beaucoup plus complexe de « Illibéralisme(s) » semble correspondre beaucoup mieux à la capture des tendances actuelles.

Deuxièmement, questionner la légitimité de l’Europe dans son état actuel ne peut pas être mis en parallèle avec le Nazisme. Il y a beaucoup de raisons de questionner l’Europe qui n’ont rien à voir avec un état d’esprit  fasciste. On ne peut pas interdire aux citoyens de  critiquer les fonctionnements de leurs institutions parce que les forces populistes avancent dans le discours anti-européen.

Troisièmement, les vagues d’illibéralisme en Hongrie et en Pologne, deux pays dont la population a été historiquement imprégnée de  la posture anti-russe, démontrent que la Russie ne peut être blâmée pour l’Euro-scepticisme croissant et l’illibéralisme de l’opinion publique européenne. Comme les universitaires de Tartu Andrey Makarychev et Aliaksei Kazharski le notent, ben que les discours de la Russie et de l’Europe centrale divergent sur de nombreux points, ils peuvent cependant être réunis dans leur critique de la vision prévalente de l’Europe comme un projet libéral, cosmopolite et supranational et à sa place, construire une autre point de vue sur une «  autre Europe » qui soit plus conservatrice et centrée sur la nation-état. Moscou joue indubitablement  sur ce pessimisme européen, mais son origine est à attribuer à la politique intérieure.

Quatrièmement, la politique du Kremlin à l’égard de l’Europe a un seul but plus englobant : trouver des voix qui rejettent l’actuel bellicisme et apellent au dialogue avec la Russie. C’est pourquoi Moscou est prête à s’engager avec quiconque proposant un tel agenda, que ce soit l’extrême-droite ou les groupes d’extrême-gauche et, d’une façon plus importante, les partis conservateurs  officiels et les corporations dominantes. C’est une démarche de Realpolitik de trouver tout point d’influence sur le théâtre européen plutôt qu’une forme de mariage exclusif et consistant avec l’extrême-droite.

 

Ivan Ilyin idéologue officiel de la Russie

Un quatrième argument plus consistant avancé par Snyder se rapporte au rôle majeur supposé de l’intellectuel émigré Ivan Ilyin (1883–1954) dans l’idéologie de Poutine. Dans ses articles, et dans une plus grande mesure dans son livre Road to Unfreedom, Snyder semble obsédé par l’idée que le Kremlin a donné à Ilyin le statut d’idéologue officiel. Dans un détour inutile, il a même été jusqu’à essayer de blamer son ideologie pour l’interférence du Kremlin dans les élections présidentielles de 2016.

Je ne discuterai pas ici la définition de Ilyin comme “prophète du fascisme russe” donnée par Snyder à Ilyin, une définition qui nécessiterait une plus profonde exploration de la philosophie politique de Iliyn – mais je chercherai son soi-disant rôle central dans les apports de tout ce que Snyder abhorre dans l’actuel régime russe. Snyder clame qu’ «  aucun penseur du 21ième siècle n’a été réhabilité de cette manière ni n’a joui d’une telle influence dans la politique mondiale ». C’est une exagération scandaleuse sur le statut d’Iliyn qui révèle l’ignorance de Snyder sur la façon dont le régime russe fonctionne et instrumentalise les idéologies. Plusieurs arguments rejettent cette affirmation.

Tout d’abord, Snyder met systématiquement de côté tous les débats universitaires sur la nature du régime de Poutine.   Il ignore les recherches sur l’équilibrage des divers groupes d’intérêt effectué par le Kremlin menées par plusieurs chercheurs de pointe, y compris Brian Taylor dans son ouvrage récent, The Code of Putinism. L’affirmation typique de Snyder «  Ilyin sert les milliardaires post-sovietiques » (Road to Unfreedom, 29) et que le Fascisle est utilisé par les oligarches russes sont de bons exemples d’une telle formulation  réductionniste qui n’articule pas la relation supposée entre l’idéologie du régime et son statut d’état rentier.

Le régime de Poutine a démontré une habilité importante à être sensible au contexte et à se réinventer sans arrêt. Il est faible en endoctrinement par volonté, non par défaut. Cependant Snyder ne prend pas en considération les recherches effectuées sur cette théorie, documentées par de nombreux universitaires ainsi que par les experts russes et les technologistes-politiques comme Gleb Pavlovsky et Evgeni Minchenko.  Au lieu de cela il se réfère à des données prélevées au hasard qui servent ses arguments politiques polémiques dans leur ensemble, contribuant à transformer des penseurs isolés comme Iliyn – comme d’autres chercheurs l’avaient fait avec Dugin avant lui-  en arbre qui cachent la forêt.

Deuxiémement, comme je l’argumente en détails ailleurs, Poutine a montré une déférence spéciale à l’égard d’Ilyin ( Il l’a cité à cinq reprises et a consacré sa tombe en 2009) mais ceci ne signifie pas qu’il soit une autorité philosophique pour le régime. Il n’y a pas de nouveau Marx ou de nouveau Lénine dans le système de Poutine. Pour tout dire, le Président russe a fait des allusions favorables à Lev Gumilev, un partisan moderne de l’Eurasisme, à  six reprises.  Bien que Ilyin n’ait jamais lu le travail de Gumilev, il dénonce l’Eurasisme comme un «  subterfuge mental ». Plus encore, les citations d’Ilyin sélectionnées pour les interventions de Poutine illustrent la vision la plus conventionnelle de la Russie, sa culture et le rôle de l’état ; aucune n’est liée aux déclarations les plus controversées de Ilyin  touchant l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste. Lorsque les écrits de Ilyin sont introduits dans le panthéon du Kremlin, ce n’est que pour des déclarations très officielles sur l’état russe.

Bien que Ilyin puisse être bien sûr considéré comme l’inspiration idéologique pour une émigration pro-orthodoxe, pro-blanche et favorable à une faction pro-Romanov, de l’élite russe, il est faux de proclamer qu’il soit devenu l’autorité philosophique principale de l’administration. Cette dernière recouvre une vaste variété de figures et de thèmes, offrant  un bricolage idéologique à multiples faces dans lequel Ilyin n’est qu’un parmi de nombreux, nombreux autres. La seule production doctrinale de l’administration Poutine, via le groupe de pression de l’ISEPI, sont les soi-disant Cours Berdiaev, nommées d’après le philosophe Nikolai Berdiaev (1874-1948), dont la vision politique est moins conservatrice que celle d’Ilyin. Malheureusement, évitant apparemment les points qui pourraient contrer ou affaiblir ses arguments, Snyder ne discute pas la signification de la sélection présidentielle de Berdiaev plutôt que de Ilyin, ni  ne prend en compte la propre opposition de Berdiaev aux écrits de Ilyin.

Troisièmement, Snyder semble sincèrement croire que Poutine écrit son discours annuel à la Douma lui-même (Road to Unfreedom, 18) bien qu’il soit connu que – comme tout autre chef d’état- il a des rédacteurs qui lui écrivent ses discours. Pareillement, il semble croire que les mentions par Poutine d’Ilyin lors des questions-réponses annuelles en direct ou des entretiens avec les étudiants, sont des références spontanées au penseur émigré, bien que la nature écrit de ces évènements, qui implique des questions choisies au préalable et plusieurs répétitions, ont été largement analysées.

Et enfin, dernier point mais non des moindres, Snyder s’appuie fréquemment à des techniques d’associations faciles, ajoutant des «  comme Ilyin », «  sur le modèle de Ilyin »,  «  Pour Poutine comme pour Ilyin », et d’autres affirmations similaires dans presque toutes les citations de Poutine concernant le positionnement de la Russie sur la scène internationale. Ceci crée la fausse impression que la pensée d’Ilyin informe chacune des affirmations de Potine et chacune de ses décisions politiques.

Cependant, il n’est pas besoin pour chaque officiel russe de lire Iliyn pour célébrer l’exceptionnalité de la civilisation russe, clamer que l’Ukraine est une partie inséparable de la Russie ou pour critiquer l’Union européenne. Le Kremlin n’a pas eu besoin de lire Iliyn pour  croire que l’annexion de la Crimée était une bonne réponse stratégique aux incertitudes produites par la révolution d’e l’Euromaidan.  De la même façon l’affirmation selon laquelle le concept de la politique internationale russe de 2013 incluant «  une série de changements correspondant aux idées de Ilyin, des Eurasistes et de leur tradition fasciste » (Road to Unfreedom, 99) n’est pas seulement une affirmation dénuée de tout fondement et de toute preuve mais aussi une négation frappante des processus bureaucratiques  produisant les documents officiels.

 

Conclusions

Le fait que Timothy Snyder soit un intellectuel ayant une influence publique et un historien respecté n’est pas un motif pour que les spécialistes ne mettent pas en cause ses analyses faciles et polémiques sur l’état de la Russie contemporaine. En embrouillant le large débat sur la Russie, Snyder nie la nécessité d’une analyse objective des traits qui pourraient être catalogués de « fascistes » dans le régime de Poutine. Distorsions, inadéquations, et interprétations sélectives n’aident pas à éclairer ce qui guide le positionnement sur la scène internationale du pouvoir russe et en particulier sur la scène européenne. Les techniques du réductionnisme simpliste et les raisonnements invalides rendent les analyses confuses – et déforment les réponses politiques.

Contrairement à ce qu’il affirme, le Kremlin ne vit pas dans un univers idéologique inspiré par l’Allemagne nazie, mais dans un monde où les décennies post-Yalta, les années Yeltsin-Gorbachev et la chute de l’URSS continuent à constituer les références historiques essentielles et les traumas. C’est Snyder lui-même qui évoque d’une façon persistante l’atmosphère d’une Europe d’avant-guerre,  décrivant un monde dans lequel apparemment chaque évènement et chaque question contemporaine devient sensée uniquement comme une répétition supposée d’un moment du passé.

Marlene Laruelle est Professeur de recherche, Directrice associée à l’IERES, Directrice du Programme pour l’Asie centrale, et co-directrice de PONARS Eurasia à l’Université Georges Washington.

Ci-dessous deux articles en appui à l’analyse de Marlene Laruelle qui permettront de construire un point de vue documenté et distant, donc évidemment nuancé,  dans l’uniformisation propagandique qui martèle le public dans la presse officielle.

Comprendre le nouveau régime russe  Jean-Robert Raviot

La société civile en Russie Myriam Desert Revue Cairn

L’idéologie néoconservatrice à la Maison blanche de Trump.

 En ces temps de chauffage et de montage organisés pour libérer les volontés sous-jacentes concernant l’Iran et la Russie, via la Syrie, il est nécessaire de faire le point sur ceux qui sont, plutôt dans l’ombre, les instigateurs de ces positions hégémoniques : les néo-conservateurs. Présents et actifs, conseillant la suite des alternances démocrates/républicains, dont on sait que les choix sont identiques mais plus ou moins bien médiatisés en ce qui concerne la politique d’impérialisation américaine. L’article antérieur sur l’inclusion totale de l’armée et du complexe militaro-industriel dans la vie associative, économique et politique américaine permettra aussi d’évaluer le peu d’espace laissé pour autre chose qu’une forme de totalitarisme à l’aspartane. La visibilité du parti ou de ses obédiences qui dirige la politique étrangère des USA depuis longtemps devient plus forte mais les choix idéologiques ( Position à l’égard d’Israël, exceptionnalisme, statut de peuple élu des US etc..) demeure assez pu connue. Il est nécessaire de prendre le temps d’évaluer le peu de poids qu’on, en fait, les divergences entre les deux partis fossilisés politiquement mais mobilisant leurs adeptes avec la même véhémence et les mêmes flots financiers à chaque élection.  Cette réalité bipartisane, vouée à une impasse et uniquement tenue par la force des pressions médiatiques et leur toute-puissance informative est une sorte de théâtre où les marionnettes exhibent avec plus ou moins de talent leurs atouts, sourire éclatant ou provocation béotienne mais où la volonté politique est criblée par la force de l’idéologie offensive et exceptionnaliste néoconservatrice et par l’alénation politique aux forces des mammouths internationaux du marché. EG

Neoconservative Ideology in the Trump White House. U.S. Military Power, Torture and the Defense of Israel

By Timothy Alexander Guzman

Global Research, April 02, 2018

Region: USA

Theme: IntelligenceMilitarization and WMDUS NATO War Agenda

3208   

Un de néo-conservateurs les plus influent à Washington, Robert Kagan, le mari de Victoria Nuland qui a été l’assistante du secrétaire d’état aux affaires européennes sous l’administration Obama ( et un des architectes de la guerre civile en Ukraine,  se décrit comme un «  interventioniste libéral » qui a été conseiller en politique étrangère dans deux administrations, républicaine et démocrate. Kagan est aussi le cofondateur du think tank néo-concervateur : Projet pour un nouveau siècle américain (Project for the New American Century), un membre du conseil d’administration de à la  Brookings Institution  et un membre du Conseil des affaires étrangères ( Council on Foreign Relations (CFR) qui a poussé pour la guerre en Irak et décrit l’odre international comme «  la domination d’une vision sur les autres », signifiant que l’Amérique dit maintenir et défendre ses idéaux impérialistes.

L’ordre international n’est pas une évolution : c’est une imposition. C’est la domination d’une vision sur les autres -dans ce cas- la domination des principes libéraux en économie, en politique intérieure, et dans les relations internationales, sur les autres principes, eux non libéraux. Cela ne peut durer qu’aussi longtemps que ceux qui les imposent ont la capacité de les défendre.

Entre les années 1950 et 1960, un mouvement politique connu sous le nom de néo-conservatisme est né, formé par les va-t’en guerre du parti démocrate aux USA. Les va-t’en guerre libéraux ou néoconservateurs ( aussi connus en tant que néocons) étaient fondamentalement opposé à la position du parti démocrate contre la guerre du Vietnam et contre leur politique intérieure, comme celle de la «  grande société » ( Great society) du Président Lyndon B. Johnnson  tendant à éliminer la pauvreté et l’injustice raciale. (Une note importante, Lyndon B. Johnson était un raciste et a été obligé d’adopter le programme de la «  great society » à cause de Martin Luther King et de la pression publique du mouvement pour les droits civils  (Civil rights movement). Pendant cette période, les néocons soutenaient Martin Luther king et le mouvement des droits civils.

Puis vint la guerre du Vietnam pendant laquelle les va-t’en guerre libéraux appelèrent à l’action militaire afin d’empêcher les Communistes de prendre le pouvoir au Vietnam. Les néocons étaient également défenseurs de la Guerre froide et de l’occupation illégale par Israël des territoires palestiniens. La nouvelle gauche américaine  (American new left) qui revendiquait une politique marxiste-léniniste), y compris le mouvement des droits civils, les féministes et le mouvement du Black Power étaient opposés à toute forme de guerre et à la politique israélienne à l’égard des Palestiniens et furent bien sûr étiquetés comme antisémites par les néocons (même si beaucoup d’entre eux étaient et sont encore des Juifs américains). Les  néocons se placèrent dans l’administration Reagan avec Eliot Abrams et soutinrent les guerres en Amérique centrale, incluant le Nicaragua et le Salvador.

Les néocons étaient aussi présents dans les administrations de George H.W. Bush  et de George W. Bush avec Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Richard Perle et d’autres dans le contexte de la guerre à l’Irak. Cependant afin d’être clair, les néocons ne sont pas uniquement influents dans le parti républicain, ils étaient et sont également encore influents au sein du parti démocrate.  Dans un article écrit par le regretté Robert Parry, en Mars 2015, intitulé : «  Les kagan sont de retour, bientôt la guerre »‘The Kagans are Back; Wars to Follow’ sur la façon dont les néocons se sont infiltrés dans l’administration Obama avec son assistant au secrétariat d’état aux affaires européennes Victoria Nuland. Parry écrit :

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«La famille Kagan, l’aristocratie néoconservatrice américaine, a réémergé après sa déception de ne pas avoir gagné l’influence attendue après l’élection d’Hillary Clinton et la perte du pouvoir officiel au début de la présidence de Trump. De retour aux tribunes libres pontifiantes, la famille Kagan est entrain de pousser  à une invasion militaire étendue de la Syrie et condamne les Républicains pour ne pas les joindre d’une façon plus enthousiaste dans la chasse aux sorcières anti-russes à propos des soi-disant aides de Moscou dans l’élection de Trump.

Dans une tribune libre du Washington Post du 7 mars, Robert Kagan, un co-fondateur du Projet pour un nouveau siècle américain (Project for the New American Century) et un architecte majeur de la guerre d’Irak, a attaqué les Républicains pour «  avoir servi de complices à la Russie après les faits » en ne poussant pas plus agressivement l’investigation. Puis Frederick Kagan, directeur du Projet pour les menaces critiques (Critical Threats Project) à l’American Enterprise Institute néoconservateur,  et sa femme, Kimberly Kagan, présidente de son propre think-tank, Institut pour l’étude de la guerre (Institute for the Study of War), ont émis l’idée d’une invasion plus importante de la Syrie dans une tribune libre du Wall Street Journal le 15 mars.

Cependant, malgré leur présence dans le monde officiel des groupes de pression et des éditorialistes de Washington, ils sont restés majoritairement hors des centres du pouvoir de l’ére Trump bien qu’il semble qu’une porte ait été forcée. Et une année plus tard, leur projet semble beaucoup plus brillant. Ils peuvent se servir dans un large champ de candidats républicains orientés néo-cons ou – comme Robert Kagan- ils peuvent donner leur support au candidat démocrate Hillary Clinton, dont l’ « interventionnisme libéral » correspond de très près aux positions néoconservatrices, ne différant légèrement que sur les rationalisations utilisées pour justifier les guerres présentes ou en déclencher de nouvelles.

L’espoir était également caressé que la Présidente Clinton reconnaisse comme les va-t’en guerre libéraux et les néo-cons étaient proches en promouvant la femme néocons de Robert Kagan, Victoria Nuland, d’Assistante au secrétariat d’état aux affaires européennes à Secrétaire d’état. Puis, dans un puissant élan, pour accroître l’intervention militaire en Syrie et intensifier la nouvelle guerre froide avec la Russie, mettant les «  changements de régime »  de nouveau sur les agendas  pour ces deux pays. Donc en ce début d’année, les possibilités semblaient infinies pour la famille Kagan de chauffer leurs muscles et de se faire beaucoup d’argent. »

Maintenant, en 2018, le Maison blanche de Trump est en train de devenir une enclave néocons de malades mentaux et de caractériels qui veulent la guerre avec l’Iran et avec d’autres ennemis sur la liste US. Est-ce que Trump s’est avéré être en dehors de l’établissement démocrate ou républicain ? Pas vraiment. En fait Trump s’est montré un néocon qui croit que l’armée US se doit d’être forte pour faire face à des défis majeurs  ( Iran, Russie, Chine) En fait il est même allé jusqu’à prétendre ces dernières semaines qu’on devrait ajouter une «  force spatiale » pour dominer l’espace. Trump a tweeté : «  Notre armée se construit et est en train de devenir plus forte que jamais, franchement, nous n’avons pas le choix ».

Trump est en fait Bush et Obama puissance 2. Lorsque le candidat Trump a évoqué

la politique étrangère et ses intentions à l’échelle mondiale en 2016, il semblait être un candidat pour la paix comme presque tous les candidats avant lui jusqu’à ce qu’ils prennent place dans le fauteuil de la Maison blanche. Quand le Président Trump a mené sa tournée de remerciement à Cincinnati après sa victoire contre Clinton, il a dit que : «  Nous mènerons une nouvelle politique étrangère  qui apprend finalement des erreurs du passé. »

Bien. Il a étendu la présence en Irak, Afghanistan et Syrie et n’a fermé aucune des bases militaires stationnées dans plus de 130 pays. (Pour mémoire, Trump n’a jamais promis de fermer aucune base militaire).  «  Nous allons cesser de chercher à renverser des régimes et à  faire tomber des gouvernements. Dans notre façon de traiter avec les autres pays, nous chercherons les intérêts communs autant que faire se peut. » Et si ce n’est pas possible, le changement de régime est à nouveau sur la table. Tout cela est un mensonge. Trump a été l’extrême contraire de tout ce qu’il a promis à ses supporters, en fait, Trump est devenu un fauteur de guerre néoconservateur en ce qui concerne les objectifs de la politique  internationale.

Donc, quelles sont les caractéristiques d’un néoconservateur ?

Gérard Baker est celui qui a décrit le mieux l’idéologie derrière le néo-conservatisme dans une colonne qu’il a écrite en 2007 dans The Times, un quotidien anglais :

« Il a fallu, assez étonnement, l’arrivée au pouvoir de Georges Bush et le 11 septembre 2001 pour catapulter les néoconservateurs dans la conscience du public. Quand Bush a cité son principe le plus simplifié : que la Grande Bretagne devrait chercher à promouvoir la démocratie libérale autour du monde – comme argument pour envahir l’Irak, le néo-conservatisme s’est soudain répandu partout. Il était pour ces critiques nombreux, une idéologie unifiée qui justifiait l’aventurisme militaire, la torture autorisée, et promouvait le sionisme agressif »

Donc, jetons un œil à ce que Baker décrit du néo-conservatisme au regard de l’idéologie de Trump quand on en vient à la machine de guerre, à la torture et à la défense d’Israël.

Trump remplace les membres de son cabinet par des va-t’en guerre notoires et des néoconservateurs comme le nouveau Secrétaire d’état Mike Pompeo, l’ancien directeur de la CIA qui a dit une fois que : «  Le Premier ministre Netanyahu est une vrai partenaire du peuple américain ».

Pompeo a fait un discours au centre des études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies (CSIS)  en 2017 et a dit que : « Il est temps d’appeler Wikileaks par son nom, c’est-à-dire un service d’espionnage hostile, souvent aféodé à des états comme la Russie. » Vous imaginez facilement où tout cela peut mener. Pompeo sera remplacé par Gina Haspel, une opératrice de la CIA qui a supervisé la torture et s’est débarassé de toutes les preuves touchant toute exaction. Si ils ont l’approbation du Congrès, tous deux seront placés dans une position de pouvoir et pratiquement au coude à coude avec John Bolton qui vient d’être engagé par Trump en tant que Conseiller à la sécurité nationale (National Security Advisor). Bolton est un autre psychopathe néoconservateur qui plaide pour la guerre dans tous les pays du monde. Bolton est pro-Israel et ancien ambassadeur aux Nations unies sous l’ancien Président criminel de guerre Georges W. Bush jr. Donc, quelle sera la suite du jeu ? Une longue guerre au Moyen-Orient et au-delà est sur l’agenda.

 Les aventures militaires de Trump autour du monde.

Tout d’abord, Trump veut que l’Amérique soit le superpouvoir sans rivaux qui peut utiliser son armée n’importe où et à n’importe quel moment spécialement dans l’arrière-cour par exemple quand il a fait un commentaire en 2017, discutant la possibilité d’une intervention au Vénézuela et a dit :

 «  Ils ont plusieurs options pour le Venezuela, et, à propos, je ne vais pas évincer une option militaire. Nous avons plusieurs options pour le Venezuela, c’est notre voisin, c’est, vous savez, nous sommes partout dans le monde, et nous avons des troupes et nous avons des troupes partout dans le monde dans des endroits très, très loin. Le Venezuela n’est pas très loin et les gens souffrent, et ils meurent. Nous avons plusieurs options pour le Venezuela, y compris l’option militaire si nécessaire. »

Pour Trump, c’est une Amérique forte et puissante qui peut apporter la paix grâce à son leadership et à sa puissance armée, pas des traités internationaux. Sur la liste des nations à toucher on rouve l’Iran, la Russie, la Bolivie, le Nicaragua, Cuba, le Venezuaela, le Yemen, le Liban, la Syrie et les palestiniens. (avec d’autres pays à suivre, spécialement ceux qui ne se plient pas à l’Empire américain.

Tout état souverain qui veut une politique intérieure et internationale indépendante aura à se confronter à l’armée US qui est prête à intervenir à tout moment sur les ordres de washington, dans le Moyen Orient,, en Afrique, en Asir centrale et du Sud-est,  et au-delà afin de répandre la «  démocratie ». Le budget de la défense sous Trump a augmenté selon un rapport récent d’Al Jazeera : « Trump augmente le budget de l’armée afin de dépasser celui de la Russie et de la Chine.  C’est le plus gros budget que le Pentagone ait jamais vu. 700 milliards de dollars. C’est beaucoup plus de dépenses militaires que les deux compétiteurs des USA, la Chine et la Russie et cela signifie que l’Amérique peut couvrir des milliers d’autres soldats, plus d’entrainement, plus de navires et plus de tout le reste. » Et l’an prochain il se montera à 716 milliards. Ensemble, ces contrats sur deux ans amènent ce que le Secrétaire d’état à la défense James Mattis a désigné comme un besoin pour remédier à un effondrement dans les préparations aux combats, dans des temps de recentrement sur le conflit dans l’impasse en Afghanistan, et de menace de guerre dans la péninsule coréenne. La proposition de budget qu’a signé le Président Trump inclut une augmentation énorme des dépenses militaires : Le Pentagone aura un budget augmenté de plus de 96 milliards par rapport à l’an passé. Un saut de 15 .5 % . C’est la plus grosse augmentation année par année depuis l’augmentation de 26.6%, de 345 milliards à 437 milliards, quand les USA ont envahis l’Afghanistan et l’Irak et ont augmenté la défense nationale après le 11 septembre. »

Plus de l’argent des impôts ira au complexe militaro-industriel afin de préparer des guerres interminables et si je peux m’exprimer ainsi, ingagnables guerres.

John Bolton, un demeuré néo-conservateur

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John Bolton, un ancien ambassadeur US aux Nations unies sous Georges W. Bush, membre d’un autre think-tank néoconservateur Projet pour un nouveau siècle américain The Project for the New American Century (PNAC),  a été un meneur dans la guerre contre l’Irak et a recommandé le bombardement de la Corée du nord et de l’Iran depuis déjà un certain temps.  En 2002, Bolton servait en tant que Sous-secrétaire d’état au contrôle de l’armement et à la sécurité internationale sous Georges W. Bush et il a dit : « Nous savons de source sûre que Saddam Hussein a caché des armes de destruction massive et des équipements de production en Irak ». En dépit de ces mensonges sur les armes de destruction massive que l’administration Bush a créés et qui ont mené à la destruction de l’Irak, Bolton n’a pas de regrets. En 2015, le The Washington Examiner a publié un article de sa main sur le bourbier irakien intitulé : «  ‘John Bolton: Pas de regrets d’avoir renversé Saddam. » Bolton  y dit ceci :

«  Je pense toujours que la décision de renverser Saddam était la bonne. Je pense que les décisions prises ensuite étaient mauvaises, cependant je crois que la pire décision prise après a été celle du retrait de 2011 des forces US et de celles de la coalition.  Les gens qui disent, oh les choses auraient ét bien meilleures su Saddam n’avait pas été reversé manque le point que l’actuelle situation au Moyen Orient ne vient pas totalement et uniquement du renversement de Saddam. »

En 2016, lors d’un débat entre Jeb Bush, le Candidat Trump a dit : «  Nous n’aurions jamais dû aller en Irak, nous avons déstabilisé le Moyen Orient. Ils ont menti, ils ont dit qu’il y avait des armes de destruction massive et il n’y en avait pas. Et ils savaient qu’il n’y en avait pas. » Et malgré tout, Trump a choisi Bolton ; L’hypocrisie est évidente. Ce qui est troublant à propos de Bolton est le fait qu’il veut des interventions militaires partout dans le monde. Voici ce qu’il a dit à propos de Cuba en 2002 dans un entretien avec Judith Miller, la journaliste du NYT qui a dit que les armes de destruction massive étaient un non-sens, intitulé, « Washington accuse Cuba de faire des recherches sur la guerre bactériologique. »

Dans un discours hier à l’ Heritage Foundation de Washington,  John R. Bolton, le Sous-secrétaire d’état au contrôle des armes a publiquement fait allusion aux conclusions que les agences américaines de renseignements  (American intelligence agencies)  avaient émises ces derniers mois après un débat interne prolongé. «  Les USA croient que Cuba a au moins fait un effort d’offensive dans la recherche et le développement de l’armement chimique » a dit Bolton, s’en prenant au gouvernement communiste de Fidel Castro. Cuba, a-t-il ajouté, a «  aussi fourni des équipements bio-technologiques à deux usages à d’autres  états sans scrupules »

Pendant que l’administration Clinton exprimait des inquiétudes en 1998 à propos du potentile de Cuba pour la production et le développement de l’arme biologique, c’est la première fois qu’un officiel accuse Cuba de développer des germes à des fins belliqueuses.

Ce qui est le plus troublant dans l’idéologie de John Bolton, c’est quand on en vient à la défense d’Israël concernant l’Iran. En 2009, Bolton a donné un discours à l’Université de Chicago, et a dit que : «  A moins qu’Israël soit prête à utiliser l’arme nucléaire contre le programme iranien, L’Iran aura un armement nucléaire dans un futur proche. Une des choses que cette assertion de Bolton confirme en ce qui concerne l’usage d’armes nucléaires par Israël contre le programme nucléaire iranien est qu’une figure publique qui a été à Washington depuis un certain temps admet qu’Israël possède l’armement nucléaire. Le danger que Bolton représente pour les adversaires des Usa dans le monde entier est consternant.

Bolton, en tant que conseiller de Trump  pour la Sécurité nationale, représente un choix de guerres nombreuses, peut-être même de guerre nucléaire contre l’Iran, la rs=ussie et la Chine. De même que les autres néocons considérés pour occuper des postes à la Maison blanche, comme Paul Wolfowitz, Eliot Abrams, David Frum ou même des démocrates qui sont néoconservateurs et qui supportaient Hillary Clinton comme R. James Woolsey, un ancien directeur de la CIA de 1993 à 1995, sous l’administration Clinton et Président du conseil de la Fondation pour la défense de la démocratie (Foundation for the Defense of Democracies (FDD)  qui a déclaré au Jerusalem Post en novembre 2017 que les USA devraient détruire les infrastructures du corps des Gardiens de la révolution islamique et les équipements nucléaires iraniens.

Woolsey écrit que : « La prochaine fois que l’IRGC ( Gardiens de la révolution islamique) nous regarde de travers, on devrait envoyer 6 ou 12 bombes MOAB [GBU-43/B Massive Ordonance Air Blast] sur leurs équipements, et «  étant donné la source de terrorisme qu’ils représentent, à la place des pourparlers et de la proportionnalité – qu’elle aille au diable, la proportionnalité – . Nous devrions détruire absolument tout ce qui est possible de détruire ayant à voir avec l’IRGC. C’est le genre d’individu fait pour Trump.

Donc, qu’est-ce que Trump a en commun avec les néo-conservateurs qu’ils soient Démocrates ou Républicains ? L’American conservative a publié un article de Jack Hunter en 2011 intitulé : «  Qu’est-ce qu’un néo-conservateur ? » qui explique l’état d’esprit des néoconservateurs et ce à quoi ils croient :

Les néoconservateurs croient que la grandeur de l’Amérique est mesurée à notre volonté d’être une grande puissance – à travers et par un investissement global et proprement illimité de notre armée. Les problèmes des autres nations deviennent invariablement les nôtres parce que l’histoire et le destin ont désigné l’Amérique comme l’autorité première du monde. Les critiques disent que l’Amérique ne peut pas se permettre d’être la police de la planète. Les Néoconservateurs disent que non seulement elle le peut mais qu’elle le doit- et que nous cesserons d’être l’Amérique si nous ne le sommes pas. »

L’éditorialiste néoconservateur Jeff Jacoby écrit dans le Boston Globe, «  Notre monde a besoin d’une police, et que les Américains aime l’idée ou pas, il n’u a que leur indispensable nation qui soit faite pour ce travail. ». L’intellectuel néoconservateur Max Boot dit explicitement que les US devraient être la police du monde parce qu’ils sont les meilleurs policiers. » Le Sénateur Marco Rubio ( R.FL) soutien avec enthousiasme les vues néoconservatrices. Bien qu’en principe tous les membres du Congrès et les sénateurs du Tea party aient été opposé à l’intervention en Libye, Rubio croit que le flic planétaire devrait faire briller son étoile de shérif plus fort en Libye et partout ailleurs dans le monde, l’éditorialiste du NTY Ross Douthat explique : « Rubio est le grand espoir néoconservateur, le champion de la politique étrangère qui ne va audacieusement à l’étranger  qu’à le recherche de monstres à détruire. Son premier discours au Sénat était un chant de gloire à la grandeur nationale dont la péroraison a invoqué J.F Kennedy et a insisté sur le maintien des US comme les «  surveillants sur le mur de la liberté mondiale »

Dans son discours annuel de la Stat of the union, Trump en a appellé au financement de l’armée afin de contrer les régimes louches, les terroristes et il a même mentionné la Chine et la Russie qui provoquent les intérêts des USA

« Comme nous reconstruisons la force et la confiance de l’Amérique chez elle, nous restaurons aussi la force et la présence à l’étranger. Partout dans le monde nous avons affaire à des régimes corrompus, des groupes terroristes, et des rivaux comme la Chine et la Russie qui provoquent ns intérêts, notre économie, et nos valeurs. En faisant face à ces dangers, nous savons que la faiblesse est le chemin le plus sûr vers le conflit et que des pouvoirs incomparables sont le moyen le plus sûr pour notre défense. Pour cette raison, je demande au Congrès de cesser ces coupes budgétaires dangereuses et de financer pleinement notre armée. Dans le cadre de notre défense, nous devons moderniser et reconstruire notre arsenal nucléaire, en espérant ne jamais avoir à l’utiliser, mais en le rendant si fort et si puissant qu’il dissuadera tout acte d’agression.

Peut-être un jour y aura-t-il un moment magique où les pays du monde se rassembleront pour éliminer l’armement nucléaire. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là. »

Je suis d’accord avec Trump pour dire que le monde n’est pas encore prêt à éliminer le nucléaire, tout particulièrement lorsque son gouvernement appelle à la modernisation et à la reconstruction de l‘arsenal nucléaire.

Trump le tortionnaire

«  La torture, ça marche, d’accord ? Vous savez, j’entends ces types qui disent, «  la torture, ça ne marche pas, mais croyez moi, ça marche. La torture par l’eau en est une forme mineure. Certains disent que c’est vraiment de la torture. Admettons que ça en soit. Mais ils me demandent : que pensez-vous de la torture par l’eau ? Je suis tout à fait d’accord. Mais on pourrait faire beaucoup plus que la torture par l’eau. » Le candidat aux élections présidentielles Donald Trump le 17 février 2016

Gina Haspel était une ancienne officier des services de renseignements et directrice adjointe de la CIA est maintenant nommée à la tête de l’agence très controversée  sous Trump. Il va aussi réinstaurer l’usage de la torture, ce qu’il a rendu clair avec la nomination de Gina Haspel. Elle supervisait l’usage de la torture  (autrement dite, «  techniques avancées d’interrogatoires, ce qui est un terme orwellien pour «  torture »)  puis a enterré les preuves.

La torture est illégale sous la loi internationale. Sous l’administration Bush, Haspel était responsable d’un site noir, ou chambre de torture de la CIA située en Thaïlande. Des membres attitrés d’  Al Qaeda qui y étaient détenus y compris Abd al-Rahim al-Nashiri et Abu Zubaydah furent torturés par immersion dans l’eau.  En Juin 17, le centre européen pour les droits humains (European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) a appelé le Procureur général d’Allemagne à lancer un mandat d’arrêt contre Gina Haspel qui serait considérée comme une criminelle de guerre. Les choix de Trump pour la direction de la CIA signifient simplement que la torture va être réinstaurée secrètement.

Sous la surveillance de Haspel, il sera difficile d’obtenir aucune preuve de torture. Ce qui est aussi envisageable est le retour de ce qu’on nomme : «  Enlèvement organisés par le gouvernement US (U.S. government-sponsored abduction ) qui signifie en gros que quelqu’un suspecté d’être un terroriste où qu’il soit, chez lui, ou dans la rue peut être kidnappé par un groupe d’hommes masqués puis jeté dans un camion et transféré d’un pays à l’autre fin d’être torturé sous la supervision américaine. Avec la nomination de Gina Haspel, il semble y avoir un nouvel intérêt pour la torture, qui est un autre élément de l’idéologie néoconservatrice.

Trump et Israel, une union faite en enfer.

La décision très controversée qu’a prise Trump de déplacer l’ambassade US de Tl Aviv à Jérusalem et en même temps de couper les aides à l’autorité palestinienne montre que Trump veut apaise Israël. Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël très tôt avec son annonce du déplacement de l’ambassade. C’est une rupture nette avec la politique des US. Jérusalem a été le sujet principal de toutes les négociations sur le statut final qui ont eu lieu entre les Israéliens et les Palestiniens qui considèrent tous deux que Jérusalem est leur capitale. Trump, qui est clairement ignorant de la question du Moyen –Orient en général, a mentionné qu’il croyait que le déplacement de l’ambassade US permettrait au processus de paix d’avancer, puisque la question de Jérusalem serait ôtée de la table en tant que sujet de désagrément entre Palestiniens et Israéliens. L’annonce du déplacement de l’ambassade a été condamnée par la communauté internationale, spécialement au Moyen Orient. Dans un vote de l’assemblée des Nations unies, 128 pays se sont prononcés contre l’attribution de Jérusalem comme capitale d’Israël pour les Juifs.

Au regard de l’expansion d’Israël dans les colonies illégales sur le territoire palestinien  sous Trump, Israël s’est senti autorisée à en construire d’autres selon un article de Bloomberg News datant du 22 mars et intitulé : «  Les colonies israéliennes »

 «  Comme les US, le principal allié d’Israël a adouci sa politique à l’égard des colonies sous la présidence de Trump, le pays a franchi des pas téméraires afin de renforcer ses exigences en Cisjordanie. Quand Israël a annoncé ses plans pour y construire sa première colonie en un quart de siècle au début de 2017, l’administration Trump a affirmé qu’elle ne considérait pas les colonies existantes comme des obstacles à la paix, un renversement de la politique US menée depuis une dizaine d’années. Elle a ajouté que les constructions nouvelles «  pourraient ne pas être utiles »  mais  c’est un désaveu très modéré au regard de ceux des précédentes administrations. Le parlement israélien a donc passé la loi qui allait étendre les autorisations gouvernementales sur la construction non officielle de colonies sur des terres appartenant à des Palestiniens.

Trump s’est montré un ardent supporter d’Israël (comme la plupart de ses prédécesseurs)  la seconde même où il est entré en campagne. Quand il a été élu, il a engagé Nikki Haley qui a participé au dernier comité pour les affaires publiques Israël. US (American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) en début de mois et a dit : «  Lorsque je viens à l’AIPAC, je suis en compagnie d’amis. Et aux Nations unies, nous n’avons habituellement pas beaucoup d’amis. » Bien, elle avait raison sur ce point, tout particulièrement quand Israël et les US ont traditionnellement ignoré les nombreuses résolutions des Nations unies  en vue de la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’auto-détermination ou de la cessation des mesures répressives d’Israël. Plusieurs résolutions ont aussi fait appel à des observateurs des NU afin d’enquêter sur les actions d’Israël dans les territoires occupés ou pour imposer des sanctions à Israël si elle ne suivait pas les résolutions du conseil des Nations unies. Les US ont mis leur veto sur de nombreuses résolutions présentées par le Conseil de sécurité qui est critique à l’égard d’Israël depuis des années. Trump s’est entouré de personnes qui sont extrêmement favorables à Israël, y compris son ambassadeur à Israël, David M. Friedman, qui a déclaré dans un journal israélien «  Haaretz » en 2016, que Trump supporterait l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie et que : «  Israël doit continuer à  construire ses colonies parce qu’il n’y a aucune raison de ne pas le faire. ». Ce qui rend les affaires plus compliquées c’est que son beau-fils, Jared Kushner est un co-directeur de la Fondation Charles et Seryl Kushner (Charles and Seryl Kushner Foundation) de 2006 à 2015 qui a financé une colonie considérée comme illégale sous la loi internationale.

Si ce n’est pas ce que Gerard Baker a décrit comme l’une des caractéristiques de l’idéologie néo-conservatrice à l’égard du «  sionisme agressif » alors je ne sais pas ce que c’est.  Trump est clairement un sioniste pro-Israël comme beaucoup à Washington qu’ils soient Démocrates ou Républicains, (près de quarante personnes au Congrès ont la double nationalité US Israélienne) L’ancien Vice-président sous Barack Obama, Joseph Biden a dit une fois «  Je suis un sioniste, il n’est pas nécessaire d’être Juif pour être sioniste » «  et il avait parfaitement raison.  Trump est en train de préparer un cabinet de crise pour un conflit majeur au Moyen-Orient qui peut rapidement devenir hors de contrôle.

Trump et le premier ministre israélien Netanyahu sont sur la même longueur d’onde lorsqu’il s’agit du voisinge d’Israël dans le Moyen Orient et avec l’intervention de Bolton, une guerre contre la Syrie, le Hezbollah, le Liban et l’Iran est sur la table.

 Et donc la question demeure posée, est-ce que Trump est un néo-conservateur ?

Ses propres mots, ses actions avec ses récents choix, John Bolton, Mike Pompeo et Gina Haspel pointent vers le cercle de guerre sans fin spécialement dans le Moyen –Orient. Avec l’Iran en point de mire, la Troisième guerre mondiale peut devenir un avenir envisageable mais pas avant les élections présidentielles de 2020. Elle pourrait vraisemblablement se déclencher lors du deuxième terme de Trump si il est réélu ou même si un Démocrate qui sera vraisemblablement dans la poche du lobby israélien est élu.

Cependant, jusqu’à 2020, tout peut arriver sous Trump touchant sa mise sauvage d’Israël. Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu veulent annuler le contrat nucléaire iranien. Avec Israël poussant pour attaquer l’Iran avec son arsenal nucléaire et maintenant avec Bolton comme Conseiller à la sécurité nationale qui plaide pour le bombardement de l’Iran,  et de la Corée du nord cela peut être envisagé. Mais c’est à l’Iran, à la Russie et à la Chine de contrer les US, Israël et l’Arabie saoudite en montrant leur unité et leur force militaire de prévenir la guerre.

La paix semble impossible avec Trump donnant à l’armée pleine autorité pour conduire des opérations et des guerres tout autour du monde puis en emplissant la Maison blanche par des va-t’en guerre majeurs, des tortionnaires et des psychopathes néoconservateurs. Trump parle et agit comme un néocon, il en est peut-être un mais, encore, s’agit-il simplement de la bonne vieille politique de Washington.

Cet articel a été originellement publié dans  Silent Crow News.

Timothy Alexander Guzman est un collaborateur régulier de Global Research

All images in this article are from the author.

The original source of this article is Global Research

Copyright © Timothy Alexander Guzman, Global Research, 2018

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

Questions aux principes philosophiques de la recherche en neurosciences. Peter Simons

L’ampleur de la dérive scientiste , globalisée et tenue en main par les “experts” en choses humaines, étroitement liés eux-mêmes aux  “experts” en pharmaceutique travaillant outre-Atlantique, est largement suivie par leurs vassaux européens et acclamée par la foule qui y trouve un accès aisé à ses paradoxes et qui y noie, dans une forme de rationalisme diagnostique, souvent quasiment hystéricisé, les douloureux liens de cohabitation avec son temps historique et les errances identitaires qui la caractérisent

Cette dérive a fini hélas par brouiller tous les paramètres, réduisant la perception et l’objectivation des “troubles” mentaux à des appellations qui sont supposées être des “diagnostics” de “déséquilibres” mal identifiés ou pas identifiés du tout, touchant les centres nerveux ou le cerveau lui-même et,  dans un glissement terminologique intéressant,  qui ne signale plus, sous la forme d’acronymes dont la production et l’usage quasi obsessionnels justifieraient une étude à eux seuls, que des “troubles”, s’épargnant la délicate mais pourtant évidente nécessité  de décrire ces mêmes manifestations au titre de symptômes ou en tant que maladies, sacrifiant à travers une nosographie apoplectique, l’étiologie des maladies mentales au giron mythique des “sciences exactes”.

Il s’agit, d’une façon radicale, voire en ce cas proprement totalitariste, c’est à dire effectuée au prix de toute autre approche qui se voit soumise à une forme d’ostracisme et réléguée aux errements d’une époque révolue dans une sorte de forclosure du passé théorique, de chercher à rationaliser, matérialiser “enfin” pourrons-nous dire, les phénomènes psychiques et leur complexité sous forme de catalogue des signes, dans une identification organiciste se revendiquant réductionniste et qui donne à tout comportement, mental, social, interactif, une réalité si et seulement si il peut être concrétisé par un lieu repérable grâce à l’usage de techniques qui valident à elles-seules les “découvertes”, (IRM, scanner etc.).

Ce n’est pas nouveau.  Behaviorisme. Fonctionnalisme. Habituation. Conditionnement, Empiro-criticisme, Réductionnisme physiologiste, autant de tentatives de désubjectivation qui se relaient et reprennent chacune à leur compte la tentative presque désespérée de rendre lisible et transparente la psyché humaine et de l’assimiler aux principes scientifiques accessibles à travers les approches théoriques en cours et aux pendants technologiques qui les accompagnent inévitablement, mécaniste, chimiste, thermodymamiste, numériste. Comme si la spécificité de la psychologie humaine et de ses expressions collectives et socioculturelles ne pouvait créer son propre lexique en toute sécurité ni ses propres signifiants en dehors de ce qu’elle contribue elle-même à générer comme techné pour la seconder et satisfaire son insatiable pulsion normalisatrice et épistémophilique, qui en la condamnant à bourgeonner dans le royaume imaginaire, lui sert en retour de justification et de rationalisation à son propre entendement.

La question de l’accès à une nécessaire visibilité de ce qu’on pourra nommer “l’âme”, mis à part le fait qu’elle répond une fois de plus à l’aliénation ontogénétique de l’espèce à la techné à chaque mise sur le marché d’un nouvel outil sensé l’éclairer et la mesurer et qui  se faisant reconstruit et redéfinit en permanence son organisation, ses représentations et ses valeurs en lui attribuant simultanément d’autres signifiants, est une impasse même si elle cherche à tout prix à faire comme si seule cette approche du “tangible” était scientifique parce que lui seul était “réel”, et réel parce que quantifiable, localisable.  On pourra se référer à l’intervention de Stéphane Thibierge 

Il est évident que cette volonté de chosification/ mécanisation, encore une fois, n’est pas neuve et qu’en fait, réduire l’humain à ses cellules est une des bases du modernisme manifeste depuis le 19i-ème siècle c’est à dire depuis la mise en place de la psychiatrie comme branche de la médecine. Cet article de la revue Mad in America a l’avantage d’ouvrir dans le champ si obstrué des catégories contemporaines de la nomenclature psychiatrique directement importées des USA, une fenêtre épistémologique, qui manque dramatiquement à l’air du temps. Il semblera à ceux et celles coutumiers d’autres approches et d’autres travaux, que ces propos sensés critiques ont été déjà formulés abondamment sous d’autres cieux et en d’autres temps. Il est probable qu’une des caractéristiques des périodes de régression et d’obscurantisme est de renier, de forclore même, les savoirs antérieurs. EG

Questions aux principes philosophiques de la recherche en neuro-sciences     

Questionning the Philosophical Assumptions of Neuroscience Research

 

Y a-t-il des lacunes philosophiques derrière l’échec des neurosciences à fournir des recherches cliniques pertinentes ?

Par Peter Simons

 

Dans un article récent, le chercheur en psychiatrie Diogo Telles-Correia affirme qu’il y a des présupposés philosophiques qui restent sans examen derrière la recherche en neuroscience qui influencent la façon dont les études sont menées et interprétées. Telles-Correia,  de l’Université de Lisbonne, Département de psychiatrie, affirme que ces positions métaphysiques inquestionnées sont au cœur de l’échec des neurosciences à fournir un cadre clinique pertinent.  Il suggère que les chercheurs fassent activement l’investigation de la philosophie des sciences au sein de laquelle ils opèrent et questionnent leurs présupposés sur les rapports «  cerveau. Esprit »

Human Sense Question Psychology Philosophy Anatomy

Photo Credit: Max Pixel

L’article, publié dans le «  Journal d’évaluation des pratiques cliniques »,  se centre initialement sur le fossé entre cerveau et esprit. Telles-Correia écrit que la plupart des recherches en neurosciences contiennent l’assomption implicite que l’esprit est synonyme du cerveau, et qu’il est gouverné par des phénomènes physiques complètement découvrables.

Il écrit cependant :

“Il n’existe pas de méthode scientifique qui prouve que l’esprit peut être réduit au cerveau et que les lois qui le gouvernent soient les mêmes que celles qui gouvernent le système nerveux.

Le Réductionnisme est la croyance que tout état mental ou émotionnel peut être simplifié jusqu’à sa corrélation biologique. Selon  Telles-Correia, « Le réductionnisme n’est pas une attitude scientifique, mais métaphysique. »

Bien que le réductionnisme soit parfois ouvertement revendiqué par les chercheurs en neurosciences, il est, selon Telles-Correia,  le plus souvent implicite dans l’élaboration ou dans la procédure qui permettent d’interpréter les découvertes.

Par exemple, les chercheurs tendent à présenter un test sans se poser la question de sa réelle représentativité de l’expérience interne qui est étudiée, puis ils interprètent tout activité détectable du cerveau comme étant «  reliée » au test en question, puis, finalement, concluent que cette activité cérébrale est donc causée ou cause cette expérience interne.

Cependant ces assomptions ne prennent pas en compte le sens du test, la réelle expérience interne, et la question de savoir si toute activité associée avec un état metnatl est causale. Telles-Correia pointe le fait qu’aucune de ces questions sous-jacentes ne peut trouver de réponse en utilisant l’actuelle méthodologie neuro-scientifique. Il présente les recherches sur le trauma en neuro-science comme exemple :

« Bien qu’un évènement traumatiques dans l’enfance puisse avoir une traduction au niveau de la biologie du cerveau, cela ne signifie pas que c’est par les neuro-sciences que cet évènement traumatique puisse être le mieux décrit et exploré. »

Telles-Correia continue en commentant les découvertes de «  corrélations neurobiologiques » dans les désordres psychiatriques. Les «  désordres psychiatriques » sont des «  constructions sociales », écrit-il «  non des entités naturelles qui existeraient indépendamment de tout effort humain. » L’évaluation de tout ce qui est ou n’est pas pathologique en psychiatrie est lié 1) à l’intelligibilité, (si l’état mental ou le comportement est ou n’est pas compréhensible en fonction du contexte socio-culturel du patient) 2) l’adaptabilité   ( adapté ou non-adapté dans le contexte du patient) « ) le connexion à la détresse ou au handicap ( si ils causent ou non ces deux réactions).

Il note aussi que « il est impossible de démontrer l’existence de limites naturelles entre la maladie mentale et la normalité », c’est-à-dire, les lignes séparant un diagnostic de «  maladie » et les soi-disant «  états normaux » sont vagues, requérant le jugement subjectif d’une autorité extérieure (comme un psychiatre ou un chercheur en neurosciences). C’est pourquoi il suggère qu’il est impossible de trouver les corrélations neurobiologiques des désordres diagnostiqués en les comparant à la neurobiologie des soi-disant contrôles sains.

Une autre question levée dans la recherche pour trouver des corrélations neurologiques à un trouble psychiatrique particulier. Les diagnostics psychiatriques sont de larges catégories et des individus avec le même diagnostic peuvent se trouver dans des états psychiques* très différents.  Par exemple, quelqu’un avec le diagnostic de dépression peut dormir trop ou trop peu, peut trop manger ou pas assez. Dans ces cas, quelqu’un ayant été diagnostiqué comme dépressif peut  monter les symptômes opposés à ceux d’une autre personne également diagnostiquée comme dépressive.

Telles-Correia dit donc que les études à venir doivent inclure des experts de champs multiples, pas seulement des neuropsychiatres,. IL suggère que des experts en philosophie des sciences sont nécessaires à ajouter eux neurosciences et aux équipes de recherches en psychiatrie.

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Telles-Correia, D. (2018). The mind-brain gap and the neuroscience-psychiatry gap. Journal of Evaluation in Clinical Practice. doi: 10.1111/jep.12891 (Link)

Peter Simons

MIA-UMB News Team: Peter Simons a un parcours dans les humanités où il a étudié l’Anglais, la philosophie, et les Arts. Travaillant maintenant sur son Doctorat de Psychologue (Counseling Psychology), ses recherhes récentes se sont dirigées sur les conflits d’intérêts dans la littérature de la recherche pharmaceutique, sur l’usage de médicaments antipsychotiques dans le traitement de la dépression, et les implications générales, philosophiques et socio-politiques de la taxonomie psychiatrique dans les diagnostics et les traitements.

  • Le terme anglais utilisé est «  mental states , on peut qualifier une situation de «  psychique » lorsqu’elle manifeste, ce qui est de toute façon toujours le cas, tous les aspects, fonctionnements, intrications de la vie « de l’esprit ». On gardera le terme « mental » pour les éléments perceptibles, conscientisables.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

 

 

Un message essentiel de Patrick Henningsen

TRES IMPORTANT : Il semble que la machine du Parti démocrate/ des agences gouvernamentales sans nom/Le conseil atlantique OTAN/ La silicon valley/ CNN/ l’établissement, font maintenant pression sur les centres d’hébergement pour éliminer des site web entiers. selon des rapports, il semble que le site http://Infowars.com soit actuellement hors ligne du DDoS et j’ai appris par Jay Dyer que sont site web https://jaysanalysis.com/ ait été bloqué par WordPress. Noez aussi qu’hier, la chaîne anglophone vénézuelienne Telesur, extrême gauche, a également été éliminée de Face Book. ceci prouve ce qe j’ai tent d dire la semaine dernière : il ne s’agit pas d’un sple question gauche, droite, et la suppression de Telesur montre vraisemblablement qu’il ne s’agit pas simplement d’une main mise partisane US, c’est orchestré au niveau gouvernemental. Nous savons que 21st century wire est probablement sur leur liste à cause du travail d’investigation que nous avons mené en Syrie, et après avoir été diffamés par MSM comme des propagandistes prorusses etc. donc nou s nous préparons à ça. Ils ont dépassé la limite, et les masques sont tombés.
Comprenez qu’il s’agit du complex-gouvernement-médias, mais que le Gouvernement utilise maintenant des entités privées, anonymeset sans visages avec un agenda autoritariste – afin de mener un programme de censure de masse sur les vues politiques dissidentes, sur le journalisme d’investigation qui gène le complex gouvernement-média et tout aisni que toute publication ou commentaire “politiquement incorrect”. Point plus que sombre de l’histoire, les US. Occidentaux sont en train de muter dans les mêmes despotes et tyrans minables qu’ils ont été supposé combattre pendant les 75 dernières années.
VERY IMPORTANT: Seems that Democratic Party machine/unnamed Gov Agencies/CNN/First Draft/Atlantic Council (NATO)/Silicon Valley/Establishment are now leaning on hosts to pull down entire websites – according to reports, it appears as if http://Infowars.com is currently offline from DDoS, and I was told by Jay Dyer that his website http://JaysAnalysis.com has been taken down by WordPress… Note also that yesterday, Venezuelan English Channel TeleSUR (ultra left) also taken off Facebook – so that proves what we’ve been saying last few weeks: that this is not just a Right/Left issue, and TeleSUR take down likely means this is not merely US partisan power-grab, this is being orchestrated at a US government level…. We know 21st Century Wire probably on their hit-list because of the great investigative work we’ve done on Syria, and after being slandered by corporate #MSM outlets as ‘Russian propaganda’ etc, and so we are preparing for it. They have stepped over the line, and the mask is off. Understand this is GOVERNMENT-MEDIA-COMPLEX, only the Gov is now using PRIVATE entities, nameless, faceless people with an authoritarian agenda – to conduct a program of mass censorship of dissenting political views, investigative journalism which embarrasses the Gov-Media Complex, and also any ‘politically incorrect’ information and commentary. Very dark point in history, the US/West is mutating into the same despots & petty tyrants we have supposedly been fighting for last 75 years…

L’économie politique du complexe militaro-industriel : Devine qui dort sous la couverture de l’insécurité ? Professeur Joan Roelofs

Voici la traduction du travail du Professeur Joan Roelofs initialement paru dans Counterpunch et disponible en PDF et sur son site. Elle a fait dans une remarquable étude, complètement documentée et détaillée, l’inventaire de TOUS les secteurs où le complexe militaro-industriel a maille à partir, des Universités aux entreprises, en passant par les OGN pacifistes et les loisirs. C’est bien sûr une production dense, mais amener au grand jour les intrications financières omniprésentes, aux USA et dans le monde entier entre des forces ostensiblement bellicistes et les groupes et associations qui sont supposées militer pour la paix donne une idée du niveau de corruption morale et matérielle sur lequel l’ensemble de ce système repose.  Comme pendant, il est conseillé de faire un retour sur l’article de Richard Krushnic et Jonathan King,  Privatiser l’apocalypse . EG

 

 

Le Professeur Roelofs a beaucoup donné au peuple américain  et au monde en rassemblant une documentation si étendue sur la pénétration, dans tous ses aspects  de la vie américaine, du complexe militaro- sécuritaire. Qu’un simple Président des Etats-Unis puisse amener au pied et la priver de ses ennemis nécessaires une telle institution si puissante et omniprésente est une illusion.

L’économie politique de l’industrie de l’armement ?

Devine qui dort avec notre couverture d’insécurité ?

Par Joan Roelofs

Pour beaucoup de gens, le «  complexe-militaro-industriel » (MIC) évoque les vingt premiers fabricants d’armes. Le Président Dwight Eisenhower, qui nous avait averti en 1961, voulait le nommer le «  complexe militaro-industriel-congressionnel » mais décida que ce n’était pas prudent. De nos jours il pourrait s’appeler le complexe militaro-industriel-congressionnel-et-tout-le-reste. La plupart des départements, des niveaux de gouvernement, des entreprises, et des ONG, services sociaux, environnementaux, et des organisations culturelles sont profondément  incrustés par l’armée.

L’industrie de l’armement peut être le fer de lance du budget militaire et des opérations militaires, elle est immensément soutenue par les cris d’excitation ou le silence des citoyens et de leurs représentants. Nous allons fournir ci-dessous quelques raisons envisageables pour cette affirmation; Nous allons utiliser la topologie commune de trois secteurs nationaux : le gouvernement, les entreprises et les ONGs, avec des interactions variées entre elles. Ceci ne remet pas en cause, bien que cela le masque, le fait que le gouvernement est le bras de la classe dominante.

Toutes les sortes d’entreprises figurent dans le budget du Département de la défense (DOD). Lockheed est actuellement le plus important contractant de l’industrie de l’armement. Il a des connexions dans la MIC du monde entier en se procurant les pièces, par exemple, de l’avion de chasse F.35, dans de nombreux pays. Ceci aide à le commercialiser, en dépit de son peu de reconnaissance au sein des experts militaires et des critiques des antimilitaristes. Lockheed fait également du travail civil, qui augmente son aura en répandant ses valeurs.

D’autres types d’entreprises ont des contrats énormes pluriannuels, en milliards. Ceci en dépit de la stipulation du Congrès de ne pas attribuer des fonds pour plus de deux années consécutives. On note en particulier des compagnies de construction, comme Fluor, KBR, Bechtel, et Hensel Phelps.  Celles-ci construisent des bases énormes, avec souvent de la surveillance high-tech et des capacités opérationnelles, aux US et à l’étranger, où ils embauchent des locaux, ou plus communément, des individus du tiers-monde pour mener à bien le travail. Il y a aussi des milliards de fonds publics pour des contractants en techniques de communication, intelligence analytique, transports, logistique, alimentation et vêtements. «  Contracter »  est la façon de faire militaire actuelle. Ceci étend aussi son influence largement et loin.

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Des entreprises moyennes, petites ou grandes sont accrochées à l’ « Arbre de Noël » du Pentagone, promouvant la liesse populaire ou le silence sur le budget militaire. Un petit business, KEPA TCI (construction) a reçu des contrats de 356 millions. (les données proviennent de plusieurs sources sur internet : sites web, formulaires d’imposition,  et rapports annueles des organisations, usaspending.gov ( USA) et gouvernmentcontractswon( GCW). Les entreprises les plus importantes sevant ce système ont été excellement bien décrite par Nick Turse ‘ » The complex ». Les petites et moyennes entreprises sont littéralement aspirées par ce système. Des paysagistes, nettoyeurs à sec, crèches et le Come-back gooses control du Maryland.

Parmi les entreprises avec de gros contrats DoD se trouvent les maisons d’édition. McGraw-Hill, Greenwood, Scholastic, Pearson, Houghton Mifflin, Harcourt, Elsevier, et autres. Rarement les biais de cette industrie, dans la fiction, les essais et les livres scolaires ont été analysés. Cependant, cette influence sur un petit public, les lecteurs et le plus large contingent des scolarisés, peut aider à expliquer le silence de la foule cultivée et des étudiants des universités.

Beaucoup de ce qui reste du travail industriel est dans la fabrique d’armement. Son PAC finance le peu de candidats «  progressifs » de notre système politique, qui tendent à rester silencieux à propos de la guerre ou de la menace d’anéantissement nucléaire. A l’opposé d’autres facteurs, les fabricants d’armes ne déménagent pas soudainement à l’étranger, bien qu’ils utilisent des sous-traitants dans le monde entier.

Les dépenses militaires peuvent ne représenter que 6% du PIB, elles ont cependant un grand impact parce que : 1. C’est un secteur en expansion. 2. Il est à l’épreuve des récessions 3. Il n’est pas attaché aux caprices des consommateurs 4. C’est lea seule chose qui prospère dans de nombreuses zones et 5. L’effet «  multiplicateur », la sous-traitance, les commandes d’entreprises, et les dépenses de ses salariés requinquent les économies locales. C’est l’adaptation parfaite au remède de Keynes, à cause de son obsolescence programmée : tout ce qui n’est pas consommé dans l’armement, rouille sur place ou est offert à nos amis et a besoin d’être remplacé par un équipement légèrement plus létal. Beaucoup de nos diplômés en sciences travaillent directement à ces projets pour l’armée et dans les laboratoires de ses contractants.

L’arme imbattable de l’armée ce sont les emplois et tous les membres du Congrès et l’état et les officiels locaux  le savent. C’est là que les emplois bien payés se trouvent pour les mécaniciens, les scientifiques et ingénieurs. Même les services d’entretien s’en sortent bien avec l’argent du contribuable. L’armement est aussi dans la production de nos produits car nos alliés sont supposés avoir les équipements qui conviennent à nos spécifications. Gouvernements, rebelles, terroristes, pirates et gangsters sont tout attirés par nos articles létaux high-tech ou low-tech.

Notre économie militaire rapporte également beaucoup sur les investissements. Ce qui bénéficie non seulement aux exécutifs privés et autres nantis, mais aussi à la population de la classe moyenne  et ouvrière, ainsi qu’aux églises, aux bénévoles, et aux organisations culturelles. Des sociétés d’investissement à but lucratif comme Vanguard, Fidelity, et autres sont lourdement investies dans la fabrique d’armement.

Les investisseurs individuels peuvent ne pas savoir ce qui est dans leur porte-folio, mais les institutions le savent généralement. Un projet actuel de Word beyond war (https://worldbeyondwar.org/divest) défend la cession des stocks militaires des fonds de pension des agents de l’état ou des agents locaux, police, pompiers, enseignants et autres fonctionnaires. Des chercheurs sont en train de faire une analyse état par état. Parmi les résultats, on trouve la possession massive d’action militaires par CALpers, the California Public Employees Retirement System (le sixième plus gros fond de pension au monde), le California State Teachers Retirement System,  (Caisse de retraite californienne des enseignants), et d’autres caisses de retraites sur New York : le New York State Teachers Retirement System, le New York City Employees Retirement System, et le New York State Common Retirement Fund (employés fonctionnaires ou municipaux). Etonnant ! Les enseignants new yorkais étaient autrefois les fiers parents de bébés aux couches rouges…

L’aspect gouvernemental du complexe MIC va bien au-delà du DoD. Dans la branche exécutive, les Départements d’état, La Sécurité intérieure, l’énergie, les Vétérans, l’Intérieur et la CIA, AID, FBI, NASA, et autres agences sont pénétrés par des projets et des objectifs militaires.

Même le Département de l’Agriculture a un programme en collaboration avec le DoD dans le but de «  restaurer » l’Afghanistan en y créant une industrie laitière. Peu importe que le bétail et sa  nourriture doivent être importés, que les vaches ne puissent pas se nourrir sur ce terrain comme les chèvres et les moutons le peuvent, qu’il n’existe pas d’infrastructure pour les transports et la réfrigération et que les Afghans ne boivent normalement pas de lait. Les animaux locaux fournissent le yaourt, le beurre, la laine et broutent sur les terrains accidentés mais tout cela est tellement an-Américain.

Le Congrès est un robuste allié de l’Armement, La contribution aux campagnes du PAC est généreuse et le lobbying est abondant. Le sont aussi les dépenses des institutions financières, qui sont lourdement investie dans le MIC. Les Congressistes ont tous des actions en nombre significatif dans les stocks de l’industrie de l’armement. Pour conclure l’affaire, les membres du Congrès (ainsi que les législateurs nationaux ou fédéraux) sont parfaitement au courant de l’importance économique du complexe militaro-industriel dans leurs états ou leurs districts.

Les bases militaires, à l’intérieur des USA ou ailleurs dans le monde sont une plaque-tournante économique pour les collectivités. Le rapport pour les bases DoD de 2015 (DoD Base Structure Report for Fy2015) liste plus de 4000 biens immobiliers. Certains sont des champs de tir ou des stations de recrutement, 400 sont peut-être des bases ayant un impact majeur sur les localités. La plus grande d’entre elles Fort Bragg NC, est une ville à elle seule et a une influence culturelle et une influence économique sur la région comme l’a si bien décrit Catherine Lutz dans Homefront. La californie a à peu près 40 bases sur (https://militarybases.com/by- state/), et est le lit de plusieurs fabricants d’armes également. Les officiers vivent généralement en-dehors de la base, donc l’immobilier, restaurants, magasins, garages, hôtels, et autres commerces sont prospères. Les civils locaux trouvent du travail sur ces bases. Des installations fermées et fixes  deviennent parfois des attractions touristiques comme la plus inattendues des destinations de vacances, la Hanford Nuclear Reservation.

Le DoD a des contrats directs et des subventions par l’état et les institutions régionales. Ils servent à divers projets et services, y compris de grandes quantités de fonds destinés à la Garde nationale (National Guard).  Les  Army Engineers assurent la maintenance des trous d’eau et des parcs et les forces de police ont contrat avec Bearcats.  Les programmes JROTC fournissent des fonds sur tout le territoire pour les écoles publiques  a fortiori pour les écoles publiques des académies militaires, il y en a six à Chigago.

Les dirigeants nationaux, fédéraux et locaux sont bien protégés par la «  couverture de l’insécurité », le secteur associatif n’est pas négligé. Toutefois, il héberge le très petit groupe des associations anti-guerre, comme Iraq Veterans Against War, Veterans for Peace, World Beyond War, Peace Action, Union of Concerned Scientists, Center for International Policy, Catholic Worker, Answer Coalition, et autres. Cependant, contrairement à la période de la guerre du Vietnam il n’y a pas de prise de parole de la part des chefs religieux qui protestent contre la guerre et les quelques étudiants qui sont actifs politiquement  sont plus préoccupés par d’autres questions.

Les associations et les institutions sont aussi impliquées de multiples façons. Certaines sont simplement partenaires du MIC : les Scouts, garçons et filles, le Croix rouge, les Oeuvres de bienfaisance pour les Vétérans, les think-tanks militaires comme RAND et l’Institute for Defense Analysis, des groupes d’experts comme the American Enterprise Institute, Atlantic Council, et le porte étendard de la projection des USA dns le monde,  le Council on Foreign Relations. Il y a également de nombreuses organisations non-gouvernementales qui assitent le gouvernement dans sa mission «  humanitaire », chantent les louanges de l’économie de marché ou tentent de réparer les dommages collatéraux infligés aux pays ou au peuple, par exemple, Mercy Corps, Open Society Institutes, et CARE.
Les institutions éducatives de tous les secteurs sont  incrustées par l’armée. Les écoles militaires incluent des académies de service public ( service academy), National Defense University, (l’Université de la défense nationale) les Army War College, Naval War College, Air Force Institute of Technology, Air University, Defense Acquisition University, Defense Language Institute, Naval Postgraduate School, Defense Information School, la medical school, Uniformed Services University of the Health Sciences, et la célèbre School of the Americas de Fort Benning, GA, maintenant rebaptisée le Western Hemisphere Institute for Security Cooperation.( L’Institut pour la coopération et la sécurité de l’hémisphère ouest). En addition, les Universités pour le gradés, Senior Military Colleges offrent une combinaison de hautes-études avec une instruction militaire, les SMCs incluent la Texas A&M University, Norwich University, le Virginia Military Institute, la Citadel, Virginia Polytechnic Institute et State University (Virginia Tech), University of North Georgia et le Mary Baldwin Women’s Institute for Leadership” (https://www.usa.gov/military-colleges).*

Une université n’a pas à être spéciale pour faire part du MIC. Certaines sont inondées de contrats, de programmes ROTC, et/ou d’officiers militaires et de contractuels dans leurs conseils d’administration. Une étude des 100 universités les plus militarisées incluent des établissements prestigieux tout comme des moulins à dilômes qui produisent des employés pour les agences de renseignements et des contractuels.  (https://news.vice.com/article/these-are-the-100- most-militarized-universities-in-america).

Des fondations indépendantes notoires sont engagées depuis longtemps dans des opérations couvertes ou publiques qui supportent l’expansion impérialiste décrite par  David Horowitz comme le «  Nerf de l’empire » “Sinews of Empire” dans son important article  Rampart de 1969. Elles ont été de très proches associés des de la CIA et actives dans ses investigations. La fondation Council on Foreign Relations (Conseil des relations étrangères)  créée et financée, a été depuis longtemps un lien avec Wall Street, les grosses entreprises, le monde universitaire, les médias et nos  législateurs en politique étrangère ou militaire.

Moins évidentes sont les connexions militaires avec les organisations philanthropiques, culturelles, sociales, environnementales et professionnelles. Elles y sont liées par des donations, des programmes joints, du sponsorat d’évènements, des expositions, et des concerts, des récompenses (dans les deux sens) des investissements, des membres des conseils d’administration, des cadres et des contrats. Les données ici couvrent approximativement les vingt dernières années et complètent l’étonnant soutien (selon les sondages) que les citoyens américains accordent à leur armée, à son budget et à ses opérations.

L’organisation philanthropique des contractuels militaires était le thème de mes précédents rapports, en 2006 et 2016. Chaque catégorie d’associations (de même que les écoles publiques et les universités) ont reçu une aide des principaux fabricants d’armes, certaines découvertes ont été incroyables. Pendant des années, il y a eu une contribution importante à la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP)  de la part de Lockheed; Boeing a aussi financé le Congressional Black Caucus. L’ancien président général et directeur de la NAACP, Bruce Gordon, fait maintenant partie du Conseil d’administration des curateurs de Northrop Grumman.

General Electric  est le contractuel militaire donateur le plus généreux envers les organisations philanthropiques, avec des subventions directes à des institutions éducatives et à des organisations, en partenariat avec les deux et des contributions correspondantes faites par ses milliers d’employés. Ces dernières toychent de nombreuses entités ONG et éducatives à travers tout le pays.

Les donateurs les plus importants du Carnegie Endowment for International Peace (figurant sur la liste du Rapport annuel de 2016) comprennent la Defense Intelligence Agency, Cisco Systems, Open Society Foundations, US Department of Defense, General Electric, North Atlantic Treaty Organization, et Lockheed Martin. C’est une sorte d’écho aux connexions militaires du CEIP rapporté par Horace Coons dans son livre de 1930, «  De l’argent à jeter par les fenêtres «  «  Money burning »

Le DoD lui-même donne des biens en surplus  à des organisations, parmi celles-ci on trouve Big Brothers/Big Sisters, Boys and Girls Clubs, Boy Scouts, Girl Scouts, Little League Baseball, et United Service Organizations. Le Denton Program autorise des associations non-gouvernementales à utiliser de l’espace libre dans les cargos militaires pour transporter le matériel d’assistance humanitaire.

Il existe une multitude de programmes joints et de sponsorats. En voici quelques exemples : le National Tech Savvy Program de l’American Association of University Women encourage les femmes à entrer dans les carrières de STEM (Science, Technologie, Enginering et Math), avec du financement par Lockheed, BAE Systems, et Boeing. Junior Achievement, sponsorisé par Bechtel, United Technologies, et d’autres, vise à former les enfants à une économie de marché et à l’entreprenariat. La Wolf Trap Foundation for the Performing Arts est partenaire avec Northrop Grumman pour un «  STEM de la petite enfance », l’initiative «  Apprendre par les arts pour les enfants de crèche et de maternelle. La fondation Bechtel Foundation  a deux programmes pour une «  Californie durable », un programme d’éducation pour aider «  les jeunes gens à développer des compétences, des savoirs, et l’envie d’explorer et de comprendre le monde ».  et un programme environnemental pour la promotion du «  management, de l’intendance et de la conservation des ressources naturelles nationales »

Le NAACP ACT-SO est un « programme annuel d’enrichissement créé afin de recruter, de stimuler, ou d’encourager les réalisations de projets universitaires et de réalisations culturelles parmi la population lycéenne Afro-américaine » avec du sponsorat de la part de  Lockheed Martin, Northrop Grumman et al.  Le vainqueur au niveau national gagne une aide financière des sociétés les plus importantes, des financements pour l’université, pour l’internat, et pour l’apprentissage – dans l’industrie militaire.

Durant les dernières années, les fabricants d’armes sont devenus des environnementalistes enthousiastes. Lookheed a été le sponsor du Forum pour la durabilité organisé par la fondation de de la Chambre de commerce  US.
(US Chamber of Commerce Foundation Sustainability Forum) en 2013.

Northrop Grumman a supporté Garder l’Amérique jolie  (Keep America Beautiful), la journée des parcs nationaux  (National Public Lands Day) , et est en partenariat avec Conservation International et the Arbor Day Foundation (pour la restauration des forêts). United Technologies est un des financeurs du Conseil Us pour les bâtiments écologiques pour les écoles (U.S. Green Building Council Center for Green Schools), et  co-créateur de l’Académie pour la création de villes durables (Sustainable Cities Design Academy). Tree Musketeers est une organisation environnementale nationale de la jeunesse partenaire de Northrop Grumman et de Boeing.

Les bénéfices fonctionnent dans les deux sens, les industries donnent des récompenses aux organisations et les organisations récompensent l’industrie militaire et ses employés. United Technologies, pour ses efforts dans la réponse au changement climatique a figuré sur la liste climatique A  du Projet pour la transparence des changements climatiques (Climate Disclosure Project). L’association pour la responsabilité des sociétés (Corporate Responsibility Association) a donné à Lookheed la huitième position en 2016 sur sa liste des cents meilleurs entrepreneurs-citoyens. Des Points de lumières, (Points of Light) a inclus General Electric et Raytheon dans sa liste de 2014 des 50 sociétés les plus préoccupées par la vie sociale des US. Il a été remis par Phi Beta Kappa la distinction du statut de Professeur invité, (Visiting professor) à Harold Koh, l’avocat qui, en tant que conseiller d’Obama, a défendu les frappes de drones et l’intervention en Libye. En 2017, l’association hispanique pour  la responsabilité entrepreneuriale a (Hispanic Association on Corporate Responsibility) a élu 34 jeunes hispaniques meilleurs collaborateurs, trois sont des exécutifs de l’industrie de l’armement. Elizabeth Amato, une cadre de United Technologies, a reçu le prix des YWCA Women Achievers Award.

En dépit de recherches laborieuses  dans les déclarations d’impôt 990, il est difficile de trouver ce qui spécifie la nature des investissements dans les budgets des organisations. Beaucoup en ont de substantiels, en 2006, l’American Friends Service Committee a reçu 3.5 millions de dollars en revenu d’investissements. Human Rights Watch rapporte 3.5 millions de revenus d’investissements sur sa déclaration de 2015 et plus de 107 millions en fonds de dotation.

Une des rares enquêtes sur les pratiques des ONG (par Commonfund en 2012) trouve que seulement 17% utilisent des critères liés à l’environnement, au domaine social et à l’autogestion (ESG) dans leurs investissements. Dans la terminologie de l’investissement, ESG semble avoir remplacé le «  investissements socialement responsables (SRI) et semble avoir une inclinaison quelque peu différente. La restriction la plus commune est l’évitement des compagnies travaillant dans des zones de conflits, le suivant est lié au changement climatique et les émissions de carbone, la diversité dans les employés est également une considération importante. L’étude de Commonfund portant sur le caritatif, les services sociaux et les organisations culturelles rapporte que 70% de leur échantillon ne prenaient pas en compte l’ESG dans leurs politiques d’investissement. Bien que 61% des organisations religieuses utilisent des critères ESG, seulement 16% des organisations de services sociaux et 3% des organisations culturelles le font. Le

L’industrie de l’armement est à peine mentionnée dans ces rapports. Les organisations religieuses utilisent parfois le barrage contre les investissements de la SRI mais les plus utilisés sont l’alcool, le jeu, la pornographie, et le tabac. Le  Centre œcuménique pour la responsabilité des entreprises (Interfaith Center on Corporate Responsibility), une ressource pour les églises, liste presque 30 problèmes touchant l’investissement, y compris les rémunérations des cadres, le changement climatique, et la crise des opioïdes mais aucune concernant l’industrie de l’armement ou la guerre. Le conseiller de la United Church (UCC), un pionnier dans les politiques d’investissement de la SRI inclus un filtre : seules les compagnies ayant moins de 10% de leurs revenus dans l’alcool, 1% dans le tabac, 10% dans l’armement conventionnel et 5% dans l’armement nucléaire peuvent être choisies.

L’ Art Institute of Chicago dit sur son site web que : «  Avec la responsabilité fiduciaire de maximiser les retours sur investissement accordée avec un niveau approprié de risque, l’Art Institute maintient une forte présomption contre le désinvestissement pour des raisons politiques, morales et sociales. » Listée comme associé est  Honeywell International, de même qu’un des donateurs majeurs est la Crown Family (General Dynamics), qui a récemment fait le don de 2 millions de dollars pour l’ouverture d’un poste de Professeur en Peinture et dessin.

Les ONG, ( tout comme les individus et les fonds de pension de tous les secteurs) ont de gros investissements dans des fonds de compagnies financières comme State Street, Vanguard, BlackRock, Fidelity, CREF, et autres, ont des portefeuilles importants dans l’industrie de l’armement (https://worldbeyondwar.org/wp- content/uploads/2016/11/indirect.pdf). Ceci inclut des informations  sur les firmes technologiques supposées être plus «  socialement responsables » mais qui sont parmi les entreprises les plus importantes du DoD.

Lors des dernières années, des fondations et de grosses ONG, comme des universités, ont favorisé l’investissement dans les hedge funds, l’immobilier, les produits dérivés et le capital-investissement. Le Carnegie Endowment, plus «  transparent » que d’autres, fait figurer de tels fonds sur sa déclaration 2015 ( (Schedule D Part VII).  Il est vraisemblable que Lockheed, Boeing, et compagnie al, soient parmi les bénéficiaires des créances en difficulté et que ces institutions soient donc peu équipées en stocks d’armement. Cependant, la plupart d’entre elles ont de fermes connexions avec le MIC, à travers des donations, du managériat, et.ou des contacts.

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Une grande proximité avec l’armée parmi les membres des comités d’entreprise des ONG et des exécutifs travaille à maintenir le couvercle sur les activités anti-guerre et leur expression. L’Aspen Institute est un think-tank qui a des experts résidents et également une politique de rapprochement avec les activistes, tels que les activistes anti-pauvreté.  La place de Président de son conseil d’administration est occupée par James Crown, qui est aussi le PDG de General Dynamics. Parmi d’autres membres du Conseils d’administration, on trouve Madeleine Albright, Condoleezza Rice, Javier Solana (ancien Secrétaire-général de l’OTAN) et l’ancienne membre du Congrès Jane Harman. Harman, qui a reçu la Médaille du Département de la défense, pour services distingués en 1998, la Seal Medal de la CIA en 2011, le Prix des Directeurs de la CIA pour services publics distingués en 2011. Elle est actuellement memebre du Groupe de conseils des doyens  du Director of National Intelligence  Senior Advisory Group, de la Trilateral Commission et du Conseil des Nations unies. Les nommés à vie d’Aspen incluent Lester Crown and Henry Kissinger.

Ces dernières années, le conseil d’administration de la Carnegie Corporation comprenait Condoleezza Rice et le General Lloyd Austin III (Ret.), Chef de  CENTCOM, un des responsables de l’invasion de l’Irak de 2003 et également un membre du Conseil d’administration de United Technologies. Un des anciens Président de Médecins pour la paix (Physicians for Peace mais pas le groupe bien connu) est le Contre-amiral Harold Bernsen, anciennement Commandant des Forces US au Moyen –Orient et pas du tout médecin.

TIAA, la caisse de retraite des enseignants a eu comme PDG de 1993 à 2002 John H. Biggs, qui était en même temps Directeur de Boeing. L’actuel Conseil de TIAA inclut un associé de la firme la plus importante de recherche militaire, MITRE Corporation, et plusieurs autres membres du Conseil des Affaires étrangères.  Son cadre exécutif, et Vice-président, Rahul Merchant, est actuellement également directeur de deux firmes d’information technologique  qui ont de très gros contrat avec l’armée : Juniper Networks et AASKI.

De 2002 à 2007, le Chef des groupes de pression de l’’Association américaine pour les retraités (American Association of Retired Persons) Chris Hansen, avait servi dans ce même r^le précdemment chez Boeing. L’actuel VP de la communication à had previously served in that capacity at Boeing. The current VP of communications Northrop Grumman, Lisa Davis, occupait cette position à AARP de 1996-2005.

Les membres des conseils d’administration et les PDG des principales entreprises d’armement font partie des conseils d’administration de nombreuses ONG. Juste afin d’en pointer l’éventail, cela implique la National Fish and Wildlife Foundation, Newman’s Own Foundation, New York Public Library, Carnegie Hall Society, Conservation International, Wolf Trap Foundation, WGBH, Boy Scouts, Newport Festival Foundation, Toys for Tots, STEM organizations, Catalyst, the National Science Center, l’US Institute of Peace, et de nombreuses autres fondations et universités.

Le DoD promeut le réemploi des officiers retraités  en tant que membres des conseils d’administration ou PDG d’ONG et de nombreuses organisations et programmes universitaires permettent cette transition. Le brigadier de l’armée de l’air, le Général Eden Murrie (Ret.) est maintenant directeur de la transformation guvernementale et des agences partenaires (Director of Government Transformation and Agency Partnerships) dans l’association Partnership for Public Service. Elle soutient que : «  Les anciens chefs militaires  ont une expérience directe du commandement  et apportent de l’intégrité et du talent qui peuvent s’appliquer à une organisation bénévole. » (seniormilitaryintransition.com/tag/eden-murrie/). Etant donné la précocité de la retraite, l’ancien personnel militaire et les réservistes sont adaptés aux positions d’influence en tant qu’employés fédéraux, employés d’état, et locaux, conseil d’administration des écoles, des ONG, et du travail bénévole on en trouve de nombreux à ces postes. Il est probable que les places les plus confortables sous la couverture de l’insécurité sont les multitudes de contrats et de bourses que le Département de la défense accorde au monde des associations. Les déclarations fiscales de la DoD sont notoirement fausses et il y a des comptes divergents entre et au sein des banques de données. Cependant, même une image troublée donne une bonne idée de l’étendue et de la profondeur de cette couverture.

D’après le rapport annuel de la TNC de 2016 : «  La Nature Conservancy est une organisation qui prend soin des gens et des terres, et elle cherche des partenaires. Elle est apolitique. Nous avons besoin d’organisations non gouvernementales comme la TNC pour aider les citoyens à se mobiliser. Ils sont sur le terrain. Ils comprennent les gens, la politique, et le partenariat. Nous avons besoin de groupes comme la TNC pour se substituer à ce que les organisations gouvernementales ne peuvent pas faire. (Mamie Parker, ancienne assistante-directrice, US Service de la vie sauvage et de la pêche et curatrice de l’Arkansas, la Nature Conservancy).

Parmi les subventions allant dans l’autre sens on trouve 44 contrats de la DoD avec la TNC à la hauteur de plusieurs millons pour les années 2008.018 ( USA). On les trouve pour des services comme Prairie Habitat Reforestation, pour 100,000 $, l’entretien de l’atoll de Palmyre par Runway et  Biosecurity, pour  82,000 $ (USA). Entre 2000 et 2016, GCW liste un total de 5,500,000 $ dans les contrats de la DoD avec la TNC.

Des attributions à la TNC pour des projets spécifiques, pas clairement différents des contrats, ont été beaucoup plus importantes. Chacun est listé séparément (USA), un décompte grossier du total se monte à plus de150 millions de $. Une attribution de 55 millions a été faite pour « Des butoirs compatibles à l’usage de l’armée à proximité des installations du Fort Benning » Des attributions identiques, les plus importantes, de 14 millions de $ ont été pour ce service dans d’autres bases. Un autre a concerné l’installation à Fort Benning  de son plan de guidance d’installations écologiques.  Inclue dans la description de ces attributions, on trouve la notice suivante : «  Assister l’état et les gouvernements locaux pour réduire ou empêcher l’usage ou l’activité incompatible sur des terres par des civils qui sont susceptibles de gêner la fonctionnalité opérationnelle du Département de la Défense (DoD) dans son installation militaire. Les bénéficiaires et les gouvernements sont supposés devoir adopter et mettre en œuvre les recommandations de l’étude. »

La déclaration Form 990  de TNC pour 2017 évalue ses revenus d’investissement à 21 millions. Il attribue aux apports gouvernementaux 108, 5 millions et aux contrats avec le gouvernement 9 millions. Ceci peut inclure des fonds provenant  de l’état ou des institutions locales aussi bien que des départements fédéraux. Le Département d l’intérieur, qui gère les vastes territoires utilisés pour les essais de bombardements et pour les jeux de guerre à balles réelles est aussi un des donateurs de TNC.

D’autres organisations environnementales soutenues par le DoD sont la National Audubon Society (945,000 $ sur 6 ans, GCW), et Point Reyes Bird Observatory (145,000 $, 6 ans, GCW). Les USA rapportent des contrats Stichting Deltares, une compagnie hollandaise institut de recherche côtière, pour 550,000 $ en 2016, des dons aux Zoo de San Diego pour 367,000 $ et à l’Institut des études de la vie sauvage (Institute for Wildlife Studies), 1.3 million pour le contrôle de la pie grièche.

Les industries de bienfaisance (La formation et l’emploi des handicapés, des anciens détenus, des vétérans et des sans-logis) est un énorme client de l’industrie militaire Chaque entité est une entreprise séparée, liée à l’état ou aux régions et le reçu total est de milliards. Par exemple, de 2000 à 2016, (GCW), La bienfaisance de la Floride du sud a touché 434 millions et le Wisconsin du sud-est 906 millions en contrats. Les biens et les services fournis, y compris la nourriture et les contrats de supports logistiques, le traitement d’information, les pantalons de combat de l’armée, la prison, la sécurité, la tonte des pelouses, le recyclage. De telles organisations travaillant pour la DoD incluent la Jewish Vocational Service et des entreprises de nettoyage, à hauteur de  12 millions sur 5 ans, des phares pour les non-voyants, 4.5 millions , des systèmes de  purification de l’eau,  Ability One; l’institut national pour les aveugles (National Institute for the Blind); Pride Industries; et le centre de formation horticole de Melwood (Melwood Horticultural Training Center).

Le DoD ne fuit pas le travail de l’industrie des prisons d’état, qui vend des meubles et d’autres produits. En tant qu’entreprise d’état (et donc pas en tant qu’association à but non lucratif, elles ont eu un demi-milliard de ventes dans tous les états en 2016. Le travail en prison les industries de bienfaisance, et autres ateliers de réinsertion, avec les entreprises privées employant des travailleurs émigrés, des adolescents, des retraités ( qui cultivent de la nourriture pour l’armée et pour nous tous) révèle la nature changeante de la classe laborieuse américaine, et donne une partie d’explication   à le manque de ferveur révolutionnaire, ou même la présence d’une légère dissensions dans le système capitaliste.

Les hauts salaires, et les employés d’origines diverses (y compris les cadres) des industries de l’armement les plus importantes ne sont pas prêts non plus à monter des barricades. Les conseils d’administration dans ces secteurs sont ouverts aux minorités et aux femmes. Les PDGs de Lockheed et de General Dynamics sont des femmes, tout comme la Directrice d’exploitation de Northrop Grumman. Ces histoires de réussite renforcent les aspirations personnelles au sein des moins que rien plutôt que de les amener à questionner le système.

Les contrats avec les universités, les hôpitaux, les centres de soins sont trop nombreux pour être détaillés dans ce cadre. Un parmi eux qui montre à quel point la couverture peut s’étirer est l’Université d’Oxford  avec ses 800,000 $ pour la recherche médicale. Les associations professionnelles avec des contrats significatifs incluent l’ Institut international d’éducation (Institute of International Education), le conseil américain pour l’éducation (American Council on Education), l’ association américaine pour les universités et les lycées publics (American Association of State Colleges and Universities), l’académie nationale des sciences, (National Academy of Sciences), la société des femmes ingénieures (Society of Women Engineers) la société indo-américaine de science et de technique (American Indian Science and Engineering Society), l’association américaine des infirmières anesthésistes (American Association of Nurse Anesthetists), la société des ingénieurs américano-mexicains (Society of Mexican-American Engineers), et  le conseil US des bâtiments verts (U.S. Green Building Council). Le conseil du département d’état (Council of State Governments), une organisation d’officiels à but non lucratif, a reçu un contrat de  193,000 $ pour un travail sur « l’état de préparation ». Espérons tous que nous sommes correctement préparés.

Les responsables, le personnel, les membres, les donateurs, et les bénévoles des ONG sont des personnes qui auraient pu être des militants pacifistes, cependant ils sont si nombreux à être étouffés sous la couverture de l’insécurité. En plus de tous les bénéficiaires directs et indirects de l’établissement militaire, beaucoup de gens la soutienne. Ils ont été l’objet d’une propagande incessante, de nombreuses personnes la soutiennent. Ils ont été sujets à une propagande incessante en faveur de l’armée et des guerres déclenchées par le gouvernement, de la presse papier ou digitale, de la TV, des films, des évènements sportifs, des parades, et des jeux électroniques,-ces derniers apprenant aux enfants que tuer est  excitant.

L’endoctrinement se propage aisément. Il a pour sommet un système éducatif qui glorifie la violence de l’histoire de ce pays. Nos écoles sont pleines de tutorat en interne, de programmes STEM,  et d’équipes robotisées pour les loisirs conduites personnellement par des employés des fabricants d’armes.

Les jeunes enfants ne comprennent pas toutes les connexions, mais ils tendent à se souvenir des logos. Le programme JROTC, propageant les valeurs militaires, enrôle beaucoup plus d’enfants que ceux qui sont destinés aux futurs officiers. Les séances de recrutements extrêmement bien financées dans les écoles incluent des simulations de combat «  pour rire ».

Il existe un facsimile planétaire supportant ce complexe qui comprend l’OTAN, d’autre alliances, les ministères de la défense, les industries de l’armement étrangères, leurs bases, mais nous garderons cette histoire pour un autre jour.

Les millions d’individus abrités sous cette couverture épaisse et large, y compris les ceux engagés dans la part la plus délicate ne sont pas à blâmer. Certaines personnes peuvent être excitées à l’idée de la mort et de la destruction. Cependant, la plupart cherchent juste à gagner leur vie, à maintenir leur organisation ou leur région industrielle en déclin à flot ou à être accepté en bonne compagnie. Ils préfèreraient un métier constructif ou des revenus de source saine. Cependant beaucoup ont été endoctrinés jusqu’à croire que le militarisme est normal et nécessaire. Pour ceux qui considèrent que le changement est essentiel si on veut que cette planète ait une chance de survie, il est important de voir toutes les façons dont le complexe militaro-industriel-congressionnel-et- presque-tout se nourrit.

«  L’économie libérale «  est un mythe. En plus du secteur énorme des associations ( ONG), l’intervention du gouvernement est substantielle, pas seulement pour l’industrie géante de l’armement mais aussi dans les secteurs de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, des infrastructures, et du développement économique ( !) et autres. Pour ces mêmes milliards nous pourrions avoir une économie qui répare les dégâts de l’environnement, fournit des standards de vie et de culture correctes pour tous et travaille à la paix dans le monde.

Joan Roelofs est Professeur émérite de Scinces politiques au Keene State College, New Hampshire. Elle est l’auteure de « Foundations and Public Policy: The Mask of Pluralism (SUNY Press, 2003) » (qui ne semble pas encore être traduit en Français )   et de « Greening Cities (Rowman and Littlefield, 1996) ».  Elle est la traductrice des «  Principes du socialisme » de Victor Considerant, (Maisonneuve Press, 2006), et avec Shawn P. Wilbur, des  fantaisies pacifistes de Charles Fourier, « The World War of Small Pastries » (Autonomedia, 2015).  Un cours sur le complexe militaro-industriel destiné à l’éducation permanente est sur son site et peut être utilisé aux mêmes fins.

Site: http://www.joanroelofs.wordpress.com Contact: joan.roelofs@myfairpoint.net

Traduction Elisabeth Guerrier

 

A ajouter pour information, extrait de l’entretien de Pièces et main d’oeuvre avec les groupe ” Sciences critiques ”  du 8 juillet 2018 : Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet (maison mère de Google) est le nouveau directeur du Defense Innovation Board, au sein département de la défense. Le roboticien transhumaniste Ray Kurzweil, co-fondateur de l’Université de la Singularité, est à la fois expert pour Google et conseiller spécial de l’armée américaine. 

Nous n’avons pas cru bon de traduire certains noms d’institutions ou d’entreprises, les traductions en Français de celles qui nous ont parues possibles sont des approximations permettant de donner un aperçu de leurs fins.

PLUS TARD L’AVENIR N°3 : Trois monstres climatiques avec l’impact d’une astéroïde / Robert Hunziker

Dernière partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons “PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

 

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Photo: Ganesh Vanare (@haram_khor_)

Trois monstres climatiques avec l’impact d’une astéroïde

 

Three Climatic Monsters with Asteroid Impact

par ROBERT HUNZIKER

Suit de la première partie : Monstre #2 Les gaz à effet de serre perturbent les écosystèmes

L’impact le plus important des gaz à effets de serre anthropogènes touche les océans. Il n’y a aucun doute sur l’importance des océans, comme grand puit, sur les 2/3 de la planète. Après tout, les océans ont sauvé la mise de l’humanité depuis le début que  l’industrialisation a commencé à émettre du CO2 il y a plus de deux cents ans.

Hélas, le CO2 est le réchauffement global qu’il entraîne tue les océans. Dans les faits, les océans absorbent 30 à 40 % du CO2 et 80 à 80 % de la chaleur de la planète. Autrement, on pourrait seulement imaginer les conséquences incroyablement horribles,  monstrueuses, ou peut-être ne pouvons-nous pas  car l’esprit humain a des problèmes à se focaliser sur une annihilation totale.  Cela semble ne pas pouvoir faire partie de la réalité.

Cependant, une nouvelle théorie sur les puits de carbone affirme que les océans ont atteint leur limite et sont donc incapables d’absorber le CO2 additionnel de 130 milliard de tonnes du siècle dernier. (en tout, approximativement 38.000 gigatonnes (10 puissance 9) de CO2, ce qui correspond à 16 fois le CO2 terrestre.

Plus en avant, il est possible que les océans renversent le processus et commencent à émettre du CO2, un « puit à l’envers », à un certain moment. Les implications sont effrayantes, pour le dire, oh, si gentiment.

En même temps, terriblement, l’équilibre chimique des océans est entrain de changer à cause du CO2 en excès, plus acide, et donc mettant en péril le cycle de vie des ptéropodes, minuscules escargots gros comme des petits pois à la base de la chaîne alimentaire qui se multiplient par milliards, voire dizaines de milliards, servant de source alimentaire pour tout, des krills aux énormes baleines. L’analyse des ptéropodes dans l’Océan du sud révèle une incapacité  à développer des coquilles protectrice  (l’acidification au travail) qui inhibe la maturation et la reproduction.  Il va sans dire qu’après un certain temps, cela pourrait évoluer vers un effondrement majeur de l’éco-système.

Non seulement la chaîne alimentaire marine est-elle en danger, mais le réchauffement excessif tue le corail, par exemple, la moitié de la Grande barrière de corail, l’une des sept merveilles du monde,  est morte en 2016.17 à cause de l’extrême chaleur. Les scientifiques du monde entier étaient et sont encore complètement effarés.

Pour rendre les choses encore pires, une récente étude sur du long terme a montré que la production de plancton  est en chute de 40% sur les dernières 50 années. C’est une ressource supplémentaire pour l’oxygène planétaire en danger, trop de chaleur.

En plus ( encore un truc mauvais) le réchauffement ralentit la circulation thermohaline, ceinture de transmission de l’océan, qui est à son plus bas depuis 1600 ans. La circulation thermohaline est une circulation des eaux profondes autour du globe qui assure la structure des courants océaniques et la santé des océans.

Dans quelque temps, ajoutée à d’autres répercussions terribles, le ralentissement de ce courant entrainera le refroidissement majeur de l’Europe à la place du climat tempéré, car le grand convoyeur amène des eaux chaudes tropicales sur les côtes de l’Europe, ce qui amène les températures de janvier à Paris à ° C bien que Paris soit à plus de 3 degré plus au nord que le Dakota du nord ( – 11 ° C en janvier). C’est un paradoxe au regard du réchauffement climatique qui pourrait transformer l’Europe en un trou de glace, mais dans quelle mesure ?

Et pour couronner les désastres en route mentionnés plus haut, le réchauffement climatique tue les forêts de varech sous-marin, clef de la survie de nombreuses espèces.  Le long de la côte de la Californie du nord, sur des centaines de kilomètres, le varech est mort. L’Australie a ajouté maintenant sa forêt de varech géante sur la liste des «  zone écologiques en danger) ( lire à ce propos sur google : «  Comme les océans se réchauffent, les forêts de kelp commencent à disparaître » Yaleenvironnement360, Nov.11 2017)

Finalement, dans le cadre de la catégorie  des monstres #2, le gaz à effet de serre détruisant la planète : les hydrates de méthane dans l’Arctique posent d’extraordinaires risques pour l’humanité, surtout dans les eaux superficielles, d’une hauteur de 50 M., de la calotte arctique  de Sibérie orientale,  un travail de recherche commun Russie. US de l’Université d’Alaska et de Fairbanks a découvert des zones toujours plus l’étendues de méthane faisant des bulles à la surface, dans un cas de plus de 1, 50 kilomètres de diamètre. Le souci majeur est le risque d’une fuite majeure de méthane, de 50 gigatonnes ou presque, au lieu des 5 gigatonnes actuellement dans l’atmosphère. Incontestablement, les conséquences en seraient terribles.

Selon, l’autorité dans le domaine de la glace arctique, l’estimé Professeur émérite Dr. Peter Wadhams (Adieu à la glace, Oxford University Press, 2017) la réponse à la question : «  L’humanité peut-elle survivre à une augmentation de 50 gigatonnes de méthane ? », est «  Non, je ne pense pas qu’elle le puisse. »

Le Monstre #3 concerne l’effondrement des éco-systèmes, qui peut être un problème plus urgent que le CO2 ou le réchauffement climatique, aussi dur cela soit-il à accepter ou à croire. Certaines choses sont tout simplement impossibles à cerner.

L’éco-système du bassin de la rivière Colorado CRB, peut être le prototype des éco-systèmes s’effondrant à cause de l’empreinte humaine. Cet effondrement se produit maintenant alors que deux forces se combinent pour le détruire (1) le GHG en excès qui réchauffe la planète et bouleverse les systèmes hydrauliques, amène une baisse de l’humidité sous la forme de neige dans la source de la rivière, des Rocky Mountains et la consommation humaine, aisni que l’usage de l’eau et le manque de régulétion, assèchent tout le système.

Demandez à Las Vegas alors qu’ils installent un «  troisième pompage » pour tirer les dernières gouttes du Lake Mead. «  Le risque que le Lake Mead soit asséché à un niveau catastrophique est devenu catastrophique », dit un officiel fédéral, ((Tony Davis, Risks to Lake Mead, Colorado River Arizona Daily Star, June 29, 2018)

Brenda Burman est celle qui travaille comme déléguée de Trump au Bureau des réclamations, la seule parmi ses délégués qui reconnaisse dans une confirmation d’audience au Sénat que le changement climatique n’est pas un canular. Selon ses dires «  Nous avons besoin d’action et nous en avons besoin maintenant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre de mettre en place des plans sécheresse dans le Sud-ouest. »

Selon le Bureau, le Sud-ouest est en train de subir sa pire sécheresse depuis 1200 ans. Il y a donc assez peu de mystère dans le fait que Mrs. Burman ne croit pas que le réchauffement soit un canular.

Plus encore, le Bureau dit que le taux de ruissellement de la Rocky mountain chutera de 40% au sein d’une sécheresse durant depuis 19 ans. Ipso facto, il existe une forte probabilité d’une« première pénurie d’eau dans le bassin de l’éco-système de la rivière Colorado dans l’avenir proche. » ce qui pourrait littéralement couper les approvisionnements d’eau des zones urbaines les plus importantes et des régions agricoles essentielles.

Selon les règles et lois du bassin de la rivière Colorado les premières coupures auront lieu à Phoenix, qui pourrait fermer plus de 20% des arrivées d’eau. Donc, Phoenix pourrait devenir la prochaine Cap Town (population de 4 millions d’habitants)  qui rationne à cause de la sécheresse à  49 litres par jour, c’est-à-dire assez pour tirer 3 à 4 fois une grosse chasse d’eau de toilettes.

L’Amérique n’est pas le seul pays à faire l’expérience de conditions de sécheresse intense. La côte méditerranéenne moyen-orientale  s’assèche plus vite que le reste de la planète, rejetant donc des éco-migrants par dizaine de milliers. Quatorze pays du Moyen Orient et de l’Afrique du nord sont parmi les plus stressés hydrauliquement au monde. Les éco-migrants seront une réalité à affronter dans les décennies à venir.

Le Monstre #3 concernant l’effondrement des éco-systèmes portent également sur la disparition des insectes car ils sont premiers dans la création et le support des sols, des nouveaux sols, de l’aération des sols, de la pollinisation des semences, éco-systèmes qui supportent toute vie. La façon dont cela fonctionne est comme suit : les insectes se débrouillent très bien sans les humains mais les humains ne peuvent pas survivre sans les insectes. En tant que telle, la décimation des insectes sur toute la planète est un des plus gros crimes du siècle, et cela peut être un crime au sens strict du terme.

L’abondance des insectes a subi un choc énorme ces derniers temps parce que la nôtre est la première société jamais basée sur une agriculture  utilisant des pesticides, ce qui est à l’origine de l’extinction des insectes. D’où est-ce que cela pourrait venir, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la Société d’entomologie Krefeld, fondée en 1905 et dédiée au traçage des populations d’insectes dans 100 réserves naturelles, les rapports récents montrent que la quantité Insectes volants a chuté de 80%, chiffre marquant l’extinction. Par exemple, les Syrphides, pollinisateurs, repérés en 1989 se montainet à 17.291, alors que 25 années plus tard au même endroit, ils étaient 2. 737.

Jack Hasenpusch, propriétaire de la renommée «  Insect farm » est consterné par cette perte.

Le chercheur australien Dr. Cameron Webb avoue que les chercheurs autour du monde sont perdus face à ces pertes.

L’Index global de la Stanford University (Global Index) pour les invertébrés a chuté de 40% dans les dernières quarante années.

Reliant les éléments, il apparait que les humains empoisonnent la planète. Selon Julian Cribb, auteur de «  Survivre au 21ième siècle «  Surviving the 21st Century ; «  Notre planète est empoisonnée, cette explosion de produits chimiques est arrivée si rapidement que personne ne l’a vue arriver. «

Chaque année une avalanche de biochimiques, l’équivalent de 250 milliards de tonnes sont libérées sur la terre, ce qui, avec le temps, va aseptiser toute vie, transformant la planète en un globe gluant d’une couleur orange aveuglante, mais plus intensément bleu.

Les éco-systèmes dans le monde entier dépendent des insectes mais la quantité d’insectes montre des pertes du type de l’extinction. C’est une question de vie ou de mort qui est trop souvent négligée. Après tout, les propriétaires immobilier sont tous partants pour une extermination des insectes, c’est la façon de voir qui prévaut.

La réplique imminente de la collision avec un astéroïde est en suspens, mais clairement, trois monstres climatiques sont en route sur le cours de la collision, alors que les forces de La Grande accélération se déclenchent,  atteignant leur point critique l’un après l’autre, sans possible retour en arrière.  Année après année, les scientifiques sont surpris par leurs projections, toujours trop basses après-coup.

Il y a dix ans le Gouvernement anglais a commandé une étude, le Stern Report ( 2008), en faisant l’hypothèse d’un maintien du «  Les affaires sont les affaires au pire dans ses effets sur le climat. » Stern Report (2008), assuming a “business as usual analysis of worst-case climate change.”  C’était la première étude importante entreprise de ce genre et un doument clef de 700 pages. Voici les conclusions tirées il y a dix ans :

Sea rise of 15-20 feet in a few decades

Lae niveau de la mer monte de 4 à 6 mètres en quelques décennies

Florida, NYC, London, Tokyo underwater

La Floride, NYC, Londres et Tokyo sont sous l’eau

1 billion people displaced, sick, or dead

1 Milliard de personnes sont déplacées, malades ou mortes

Massive water and food shortages

Des privations massives de nourriture et d’eau

Food and water wars throughout the planet

Des guerres pour l’eau et la nourriture à travers toute la planète.

 

Le Rapport Stern peut encore servir de carte lorsqu’il s’agit de ce qui se produit quand on maintient le « les affaires sont les affaires ». Cependant, le rapport est obsolète car le CO2 augmente 50% plus rapidement que dans les prévisions de 2008, ce qui signifie vraisemblablement que le rapport est beaucoup trop prudent. (Une fois de plus, des prévisions plus basses que la réalité)

A part ça, as de mise à jour nécessaire, sauf à ajuster (augmenter, de beaucoup, vraiment beaucoup, et plus encore peut-être) le nombre de personnes déplacées, malades ou mortes.

Postscriptum : « L’augmentation du niveau de Dioxide de carbone pendant la dernière décennie est de 100 à 200 fois plus raie que ce que la terre a expérimenté lors de sa transition vers l’éère glaciaire. C’est un véritable choc pour l’atmosphère «   The rate of carbon dioxide growth over the last decade is 100 to 200 times faster than what the Earth experienced during the transition from the last Ice Age. This is a real shock to the atmosphere.” Pieter Tans, science de l’atmosphère, Global Monitoring Division, Earth System Research Laboratory, NOAA, 2018.

Pourtant, pensez-y, Trump est Président.

Robert Hunziker vit à LA et peut être joint

PLUS TARD L’AVENIR N°2 : La survie des plus riches / Douglas Rushkoff

Deuxième partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons ” PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

La survie des plus riches
Traduction de l’article de Douglas Rushkoff paru dans Future Human
Cet article fait pendant à celui qui suivra dans quelques jours et qui dresse le bilan des crises majeures en court, la guerre nucléaire exceptée bien sûr. Il s’agit du témoignage de Rushkoff sur les questions que se posent la plupart des plus riches du monde sur leur survie suivant “the event”. Fin du monde, faute de pouvoir dire fin d’un monde, dont, justement ils ne peuvent envisager la fin qu’en l’amalgamant à la fin des temps, dont eux seuls pourraient imaginer se sortir. Le degré d’inconsistance et de naïveté des questions posées est au-delà de son aspect consternant, révélateur d’un effondrement des bases référentes qui ont pu jusque-là nous attacher à une sorte de destin commun dans notre humanité. Amené par la déferlante cognitivo-scientiste entre autres, savamment posant son couvercle de plomb sur les fonctionnements totalement et consciemment amoraux du système global dans sa totalité et permettant de ne pas devoir aborder sa dimension morbide par essence, le glissement d’un questionnement intrinsèque à la condition humaine aux évocations incessantes de ce qui nous qualifierait en tant qu’espèce dans une nature humaine décryptable comme un code génétique et comme seul cerveau, autrement dit comme données simples et claires, maîtrisables et gérables absolument dans l’avenir et devant se soumettre quant à ses faiblesses au totalitarisme technologique pour se sauver, laisse en plan un certain nombre de questions fondamentales, c’est à dire devant rester sans réponse.  Penchons-nous avec “compassion”, affreux terme qui fait le buzz de nos conditionnements multiples, renouvelables à merci, sur la pauvreté de l’imaginaire de ces nantis qui croient pouvoir quitter le navire comme des rats, et s’imaginent que c’est tout bonnement envisageable parce qu’ils le veulent, dans leur toute-puissance qui ne peut, par les valeurs qui la génèrent ne produire qu’une forme de bêtise infinie.EG


FUTURE HUMAN

Survival of the Richest

La survie des plus riches

The wealthy are plotting to leave us behind

Les nantis complotent pour nous laisser en rade

Douglas Rushkoff

Jul 5

L’an passé, j’ai été invité dans un hôtel privé super-luxueux afin de faire un discours inaugural à quelques cents banquiers d’investissement. C’était de loin la rémunération la plus importante que j’aie empoché pour une intervention. Tout cela pour délivrer quelques pensées sur le «  futur de la technologie »

Je n’ai jamais aimé évoquer le futur. Les sessions Q&A s’achèvent toujours plus comme des jeux de salon alors qu’il m’est demandé d’opiner sur le dernier  mot tendance comme s’ils étaient des symboles palpitants pour les investissements potentiels : blockchain, Impression 3D, CRISPR.  L’audience  est rarement intéressée par ces technologies et leurs impacts potentiels  au-delà du choix binaire, investir ou ne pas investir Mais l’argent parle, aussi ai-je accepté le boulot.

Après mon arrivée, j’ai été dirigé vers ce que je croyais être la chambre verte. Mais au lieu d’être branché sur un micro ou installé sur une estrade, j’ai été simplement assis là, autour d’une simple table ronde pendant que mon audience m’était introduite : cinq types super-riches, oui que des hommes- issus du plus haut échelon du monde des Hedge-fund. Après un peu d’échange de banalités, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas intéressés dans ce que j’avais préparé sur le futur de la technologie. Ils étaient venus avec leurs propres questions.

Ils ont commencé d’une façon assez inoffensive . Ethereum ou Bitcoin ? Est-ce que l’informatique quantique existe réellement ? Lentement mais sûrement cependant, ils se sont orientés vers le véritable sujet de leur inquiétude.

Quelle région sera la moins impactée par la crise climatique : La Nouvelle Zélande ou l’Alaska ? Est-ce que Google construit vraiment une demeure pour le cerveau de Ray Kurzweil et est-ce que sa conscience vivra pendant la transition, ou mourira-t-telle pour renaître entièrement neuve ? Finalement le CEO d’une maison de courtage a expliqué qu’il avait presque terminé la construction dans son sous-sol d’un bunker et m’a demandé : «  Comment puis-je maintenir mon autorité sur mes forces de sécurité après l’évènement ? »

Malgré toute leur richesse et leur pouvoir, ils ne croient pas qu’ils peuvent affecter l’avenir.

L’Evènement. C’est leur euphémisme pour la catastrophe environnementale, la révolte sociale, l’explosion nucléaire, le virus immaitrisable, ou le piratage de Mr.Robot qui fera tout effondrer.

Cette seule question nous a tenus pendant le reste de l’heure. Ils savaient que des gardiens armés seraient nécessaires pour protéger leur enceinte contre la foule en colère. Mais comment pourraient-ils payer ces gardes une fois que l’argent ne vaudrait plus rien ? Et comment pourraient-ils empêcher ces gardes de choisir leur propre chef ? Les milliardaires envisageaient de créer des codes d’accès aux réserves alimentaires qu’ils seraient les seuls à connaître ou de faire porter à leurs gardes des colliers disciplinaires en échange de leur survie. Ou bien d’utiliser des robots comme gardes et employés – si toutefois cette technologie était au point à temps.

C’est alors que ça m’a frappé : Du moins en ce qui concernait ces gentleman, c’était bien une discussion sur l’avenir de la technologie. Obéissants au signal donné par  Elon Musk qui veut coloniser Mars,  par Peter Thiel qui veut renverser le processus de l’âge, ou de Sam Altman et Ray Kurzweil téléchargeant leur cerveaux sur des superordinateurs, ils se préparaient pour un avenir digitalisé qui avait beaucoup moins à voir avec le fait d’améliorer le monde qu’avec le fait de transcender la condition humaine dans sa totalité et s’isoler d’une tout à fait réel et présent danger de changement climatique de montée des eaux, de migrations de masse, de pandémies globales, de panique nativiste et d’épuisement des ressources. Pour eux, l’avenir de la techoogie est vraiment qu’une seule chose : s’enfuir.

Il n’y a pas de mal croire que la technologie bénéficiera à la société humaine et la vanter d’une façon optimiste proche du délire. Mais les tendances actuelles pour une utopie post-moderne sont différents. Ce n’est pas tant une vision de l vente en gros de toute l’humanité vers un nouvel état de l’être qu’une quête de transcender tout ce qui est humain : le corps, l’interdépendance, la compassion, la vulnérabilité, et la complexité. Comme les philosophes de la technologie l’ont noté depuis des années, la vision transhumaniste réduit trop facilement toute réalité à des données, concluant que les humains ne sont rien d’autre que des machines à  traitements d’information »

C’est une réduction de l’évolution humaine à un jeu vidéo que quelqu’un gagne en trouvant la porte de sortie et en laissant quelques-uns de ses meilleurs amis l’accompagner dans le voyage. Est-ce que ce sera Musk, Bezos, Thiel…Zuckerberg? Ces milliardaires sont les gagnants présumés de l’économie digitale-le même paysage de survie- des-plus-aptes qui nourrit cette spéculation à l’origine.

Bien sûr ça n’a pas toujours été ainsi. Il y a eu de brèves périodes, au début des années 90 où le futur digital semblait sans limites et prêt pour nos inventions. La technologie devenait une cour de récréation pour la contre-culture, qui y voyait une opportunité de créer un avenir plus inclusif, mieux distribué et plus favorable à l’humain. Mais les intérêts du business établi n’y virent que de nouveaux potentiels pour les mêmes extractions et de nombreux technologistes furent séduits par la licorne de l’IPO. Le futur digital se vit considéré plus comme le futur des actions ou le futur du coton – quelque chose sur lequel prédire et parier. Presque tous les discours, les études, les articles, les documentaires ou les rapports officiels ne pouvaient être considérés comme pertinents qu’à la condition de pointer le compteur symbolique. L’avenir devint moins quelque chose que nous créons à travers nos choix présents et nos espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel parier avec notre capital hasardeux mais auquel on accède passivement.

Ceci libéra tout un chacun des implications morales de ses activités. Le développement technologique devint moins une affaire de développement collectif que de survie personnelle. Pire, comme je l’ai appris, éveiller l’attention sur ceci impliquait de se classer sans le vouloir comme ennemi du marché et un râleur anti-technologies.

Au lieu de considérer l’aspect éthique pratique de l’appauvrissement de la masse au bénéfice des nantis, la plupart des chercheurs, journalistes, et auteurs de science-fiction se plongèrent dans des débats plus croustillants et abstraits : Est-ce juste qu’un trader utilise des smart drugs ? Devraient-on poser sur les enfants implants pour l’’apprentissage de langues étrangères ? Veut-on que les véhicules autonomes priviliégient la vie des piétons plutôt que celle des passagers ? Est-ce que la première colonie sur Mars devrait être une démocratie ?un as democracies? Est-ce que la modification de mon ADN met en cause mon identité ? Est-ce que les robots ont des droits ?

Se poser ce genre de questions, bien que philosophiquement divertissant, est un maigre substitut pour lutter contre les véritables dilemmes moraux associés au mouvement sans frein du développement technologique au nom du capitalisme consumériste. * Les plateformes digitales ont déjà changé un marché déjà exploiteur et extractif ( pensez à Walmart) en un successeur encore plus déshumanisé ( pensez à Amazon). La plupart d’entre nous ont conscience de ces inconvénients qui prennent la fomre de l’économie à la tâche ( gig economy), des emplois automatisés et de l’abandon du commerce local.

L’avenir est devenu moins quelque chose que nous créons à travers des choix effectués au présent et des espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel nous parions avec notre capitalisme hasardeux mais vers lequel nous arrivons passivement.

Mais les impacts les plus dévastateurs de ce capitalisme pied au plancher tombent sur l’environnement et sur la pauvreté global.

La fabrication de certains de nos ordinateurs ou de nos portables utilise encore des réseaux de travail asservi. Ces pratiques sont si profondément ancrées qu’une compagnie nommée Fairphone, fondée sur le principe de fabriquer et de commercialiser des téléphones éthiques, a appris que c’était impossible. (Les fondateurs de cette compagnie se réfèrent maintenant à leur produit comme « des téléphones plus équitables »).

Pendant ce temps, l’extraction de métaux rares et les rejets de tous les objets de la technologie digitale détruisent les habitats humains, les remplaçant par des vastes décharges toxiques, que des enfants et leurs familles paysannes trient afin de revendre les matérieux utiles à des industriels.

Cette externalisation de la pauvreté et du poison «  loin de la vue, loin de l’esprit »ne s’évacue pas parce que nous nous couvrons les yeux avec des lunettes de natation VR ou parce que nous nous immergeons dans une réalité alternative. Au contraire, plus on ignore les répercussions  sociales, économiques et environnementales, plus elles deviennent un problème. Ce qui, en retour, motive encore plus le retrait, l’isolationnisme et les fantasmes apocalyptiques, des technologies toujours plus désespérément concoctées et des projets de business. Le cycle se nourrit lui-même.

Plus nous sommes engagés dans cette vision du monde, plus nous considérons l’humain comme étant le problème et la technologie comme sa solution. L’essence même de l’humanité est traitée moins comme une composante que comme un parasite. Peu importe leur biais inclus, les technologies sont déclarées «  neutres », tout mauvais comportement qu’elles induisent ne sont que les manifestations de notre fond corrompu. C’est comme si quelque sauvagerie innée était à blâmer pour nos troubles. Tout comme l’inefficacité d’un marché de taxi local peut être « résolue » grâce à une application qui entraine la faillite des chauffeurs humains, les inconsistances vexantes de la psyché humaine peuvent être corrigées avec une mise à jour digitale ou génétique.

Nos films et notre télévision mettent en scène ces fantasmes pour nous. Les spectacles de zombies dépeignent une post-apocalypse où les gens ne sont pas mieux que les morts-vivants et semblent le savoir. Pire, ces films invitent le spectateur à imaginer un futur sans gagnants entre les humains restants, où la survie d’un groupe dépend de la disparition de l’autre. Même Westworld – écrit d’après un roman de science-fiction où les robots perdent la tête- finit sa seconde saison avec une révélation ultime : Les êtres humains sont plus simples et plus prédictibles que les intelligences artificielles qu’ils ont créées. Les robots apprennent que chacun de nous peut être réduit à quelques lignes de code, et que nous sommes incapables de faire des choix délibérés. Zut, même les robots dans ce film veulent échapper au confinement de leur corps et passer le reste de leur vie dans des simulations informatiques.

L’essence même de ce que signifie être humain est traité moins comme une caractéristique que comme un défaut.

La gymnastique mentale nécessaire pour un tel renversement des rôles entre l’homme et la machine repose entièrement sur l’assomption sous-jacente que l’humain gonfle. Ou on le change ou on le quitte, pour toujours.

Et donc, nous nous trouvons avec les milliardaires tech. lançant des véhicules électriques dans l’espace, comme si cela symbolisait plus que leur capacité à l’auto-promotion. Et même si quelques individus atteignent la vélocité nécessaire à la fuite et trouvent les moyens de survivre dans une bulle sur Mars –en dépit de notre incapacité à maintenir une telle bulle même ici, sur terre dans aucune des deux biosphères ayant coûté des milliards de dollars – le résultat sera moins la continuation de la diaspora humaine qu’un radeau de survie pour une élite.

Quand les hedge funders m’ont demandé quelle était la meilleure façon de maintenir l’autorité sur leurs forces de sécurité après l’ « évènement », j’ai suggéré que leur premier atout serait de traiter ces gens très correctement, dès maintenant. Ils devraient avoir des relations avec leur service de sécurité comme s’il était membre de leur propre famille. Et plus ils pourront inclure cet ethos dans le reste de leurs pratiques commerciales, dans le management,  de l’approvisionnent des chaînes de fournisseurs, dans des efforts de long terme, dans la distribution de la richesse, le moins de chance il y aura, pour commencer, d’avoir à faire face à cet «  évènement ». Toute cette sorcellerie technologique pourrait s’appliquer à de moins romantiques mais à des intérêts plus entièrement collectifs dès maintenant.

Ils ont été amusés par mon optimisme, mais ils n’y ont pas vraiment crédité. Ils n’étaient pas intéressés par la fait d’éviter une calamité, ils sont convaincus que nous sommes allés trop loin. Malgré toute leur richesse et leur puvoir, ils ne croient pas qu’on puisse agir sur l’avenir. Ils acceptent simplement le plus noir des scénarios puis amènent le plus possible d’argent et de technologie afin de s’isoler eux-mêmes, tout spécialement en s’offrant un siège pour Mars.

Heureusement, ceux d’entre nous n’ayant pas les fonds nécessaires pour considérer ce désaveu de notre propre humanité ont de bien meilleures options disponibles. Nous n’avons pas à utiliser la technologie d’une façon si antisociale et atomisante. Nous pouvons devenir des consommateurs individuels et les profiles que les plateformes attendent de nous, ou nous pouvons nous souvenir que l’humain vraiment évolué n’y va jamais seul.

Être humain n’est pas autour de la survie individuelle ou de la fuite. C’est un travail d’équipe. Quoi que sera notre futur, il se fera ensemble.

Douglas Rushkoff iest l’auteur de l’ouvrage à venir  Team Human (W.W. Norton, January 2019) et invité de l’émission  TeamHuman.fm.

WRITTEN BY douglas rushkoff

Traduction Elisabeth Guerrier

Host: http://TeamHuman.fm Author: Team Human, Throwing Rocks at the Google Bus, Program or Be Programmed, Present Shock, Program or Be Programmed

 

PLUS TARD L’AVENIR N°1 : L’épidémie de Bien-être Amy Larocca

Première partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons ” PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

Traduction d’un article de la revue ” The Cut ” sur la fréquentation des lieux de ” Bien-être” new-yorkais. L’observation quotidienne dans le discours et dans les pratiques outre-atlantique de l’importance quantitative de ce “mouvement” à la fois remède et cause, signe et racine, son impact comme mode, amenant à se questionner sur la capacité de notre culture à pouvoir créer autre chose que des courants et à ne plus pouvoir les enraciner dans ce que Stielgler suivant Simondon appelle “les circuits longs”, nécessite une réflexion approfondie dans la mesure où il prend la place d’une réflexion sur ce qui le génère. Comme une sorte de passage à l’acte planétaire, de réponse univoque à ce qu’il devrait avant tout nommer. L’adhésion massive aux pratiques de méditation s’imposant comme des évidences au monde occidental mérite qu’on lui consacre du temps et des tentatives de décomposition des divers paramètres, individuels, culturels, qui le meuvent. Ouvrant aussi avec une sorte de vertige la question de ce qu’est devenu le politique dans une société qui passerait son temps à se soigner sans plus chercher à savoir de quoi. EG

The Wellness Epidemic 

Why are so many privileged people feeling so sick? Luckily, there’s no shortage of cures.

L’épidémie de bien-être

Pourquoi les privilégiés sont- ils si malades ?

Heureusement, nous ne sommes pas en manque de cures.

By Amy Larocca

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Photographs by Bobby Doherty
JUNE 27, 20178:00 AM

Quand Gwyneth Paltrow a lancé pour la première fois Goop en 2008, c’était un excellent endroit où trouver les meilleurs tapas de Barcelone. C’était du voyeurisme tourné vers les modes de vie des célébrités et Paltrow, avec ses longs cheveux blonds et son aura de complète auto-satisfaction, était irrésistible. Il y a une expression « vivre sa vie la meilleure » et puis il y a Paltrow : le manifeste de la vie la meilleure.

Mais le centre d’intérêt de Goop commença à changer, Paltrow se mit à décrire en détail les régimes d’exercice pratiqués avec son entraineur Tracy Anderson, qui croyait que chacun devrait s’exercer physiquement deux heures par jour, six jours par semaine. Puis elle commença à donner des informations sur une désintoxication qu’elle pratique chaque mois de janvier.

La mission se mit à moins porter sur la révélation des mystères de la vie meilleure et plus sur la notion qu’une vie meilleure authentique est d’abord intérieure. Les gens riches et beaux  ne vont pas seulement dans les plus jolis endroits, leurs organes marchent mieux. Ils savent même comment respirer mieux, avec plus d’oxygène à chaque inspiration. Ils ne craignent pas de pratiquer les transplantations de selles, avec des selles de premier ordre, absolument garanties vegans. Goop quitta les hôtels et les restaurants pour les chakras et les thyroïdes, impliquant que ce qui se tient entre vous et votre Gwyneth intérieure est un mystérieux virus que votre médecin corrompu et ayant beaucoup trop duré est trop borné pour circonscrire.

Goop commença à publier des interviews avec des médecins, des guérisseurs et des shamans. Une de ces productions les plus visionnées est une  interview avec Oscar Serrallach, un médecin australien, à propos de la «  l’épuisement postnatal » qui suggère que les femmes vivent dans un état d’épuisement pendant plus de dix ans après la naissance d’un enfant. Parmi les facteurs responsables : stress envahissant, nourriture pauvre en nutriments, et pollution électromagnétique. Quand Goop a traditionnellement réussi à vendre les produits liés à ses propositions ( les spiraliseurs ont explosés après la recette  de Paltrow des  “zucchini cacio e pepe”, que pourrait on bien vendre à une femme qui vient de recevoir la confirmation médicale que les sentiments négatifs frémissants dans son ventre ne sont pas juste créés par son esprit ? Pourquoi pas des vitamines ? Le bien-être de Goop offre maintenant quatre «  protocoles » vitaminiques  (Protocole et pratique sont des mots que vous rencontrerez abondamment dans ce monde)  en fonction de quatre plaintes communes :  La charge des mamans / The Mother Load répond à l’épuisement post-natal, Les gènes du lycée; High School Genes est réservé aux femmes qui trouvent plus difficile de perdre du poids en prenant de l’âge ( c’est-à-dire pour toutes les femmes) Pourquoi suis-je si putain de fatigué ? Why Am I So Effing Tired? Est pour la fatigue pernicieuse ressentie par les femmes à tout faire, et Balles dans l’air, Balls in the Air également, mais pus orienté vers les stressée chroniques

«  Ca a été incroyable, dit Ashley Lewis, Responsable du secteur bien-être à Goop, «  nous avons vendu plus de 100 000 dollars de vitamines le premier jour et ça n’a pas cessé depuis. »

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Pourquoi le bien-être est-il la nouvelle façon d’avoir l’air, d’agir et de se sentir riche

Tout ce que vous devez savoir à propos des soins cutanés et du maquillage «  naturel »

Le bien-être est une idée très large, ce qui n’est pas rien dans sa capacité d’attraction marketing. A un niveau basique, il s’agit de faire un effort conscient pour atteindre la santé à la fois mentalement et physiquement, de lutter pour l’unité et l’équilibre.  Et ce n’est pas non plus une idée nouvelle, l’homéopathie, qui utilise des subtances naturelles afin de promouvoir les capcités du corps à l’auto-guérison a été populaisée en Allemagne à la fin du 18iéme siècle et 50 ans plus tard, l’YMCA orienta sa mission vers le soin du corps, de l’esprit et de l’âme. Dan Rather réalisa une émission de 60 minutes sur le bien-être en 1979 mais c’était approché plus comme un phénomène marginal. «  Le bien-être, disant-il, ce n’est pas un mot que vous entendez chaque jour. »

Régimes,  exercise, et des versions variées de soins auto-administrés ont été pratiqués depuis toujours. Des antécédents leur ont été trouvé dans des SPA autrichiens qui étaient encore célèbres pour leurs lavements et dans les années 1970, l’hervbe de blé était presque aussi célèbre que la cocaïne. Les graines étaient présentes dans le programme de Jane Fonda et dans le régime Scarsdale, dans le mouvement EST  et la folie du yoga qui nous amena Lululemon. En 1978, ve been around forever: Antecedents are found at an Austrian spa still famous for its enemas and in 1970s L.A., where wheatgrass was just as popular as cocaine. The seeds were in the Jane Fonda workout and the Scarsdale diet, in the EST movement and the yoga craze that brought us Lululemon. In 1978, ce magazine fit sa couverture sur « L’élite physique »  la nouvelle classe d’individus qui avaient arrêté de fumer, et se consacraient à l’exercice. Certains étaient connus pour leurs demandes étranges concernant la nourriture, comme l’exigence d’un oignon entier dans leur omelette.

Quatre décennies plus tard, le bien-être n’est plus seulement un mot que vous entendez chaque jour, c’est une industrie globale qui vaut des milliards- une qui inclut le tourisme du bien-être, la médecine alternative, et les traitements anti-âge. La compétition pour une part du gâteau est intense : à Manhattan, deux studios de méditation fusionnent pour devenir le SoulCycle of meditation, et Saks de la Cinquième avenue a converti temporairement son deuxième étage dans une «  Boutique Bien-être » où vous pouvez faire une expérience d’aromes et de thérapie lumineuse dans une cabine de verre emplie de sels, où être branché sur une application de méditation pendant votre manucure. Toutes les corporations géantes ont un programme de bien-être : Yoga chez Goldman Sachs, des journaux de sommeil communs chez JPMorgan Chase. Un nouveau magazine a débuté cet été dans Long Island, ,Hamptons Purist. (“Regardez autour de vous, dit son éditrice, Cristina Greeven, à qui l’idée est venue sur une planche de surf au Costa Rica : C’était des boucheries, des boulangeries, ou des magasins de bricolage. Maintenant, ce sont SoulCycle, Juice Press ou un lieu de méditation).  Il va lui falloir entrer en compétition avec Goop magazine, être édité Paltrow et publié par Condé Nast, qui a annoncé ce printemps le lancement de Condé Nast Pharma, une revue qui ne promeut que des marques de produits pharmaceutiques garantis sains. Le géant de la publicité  Saatchi & Saatchi  a également sa propre revue bien-être, capitalisant sur «  les besoins de bien-être non satisfaits sur la marché »

Le bien-être est utilisé pour vendre des chambre d’hôtel (Soyez au mieux chez Westin Hotels & Resorts, un lieu où ensemble nous pouvons nous épanouir ) et des copropriétés ( LeonardoDi Caprio vient de vendre sa copropriété Bien-être mais Deepak Chopra a encore la sienne au même endroit.) et ça a été un mouvement politique également. «  Radical self care ( Soin de soi Radical) cherche à gurérir les blessures récentes ( Trump) et systémiques ( trauma dûs au genre ou à la couleur), utilisant les mots du poète Audre Lorde, comme cri de ralliement : «  Prendre soin de moi n’est pas de l’auto-gratification. C’est de l’anti-préservation et c’est une arme de guerre politique »

Il peut être facile d’être cynique à propos du bien-être, à propos de  l’œuf de jade de $66  que Gwyneth Paltrow suggère d’insérer dans votre «  yoni ». Il ya quelque chose de grotesque dans l’émergeance de cette industrie à un moment où les soins de santé les plus basiques sont refusés à tant d’Américains et risque d’être supprimés pour des millions d’autres. Mais ce qui est peut-être le plus frappant est à propos de cette ascension du bien-être est le fait que, dans notre monde de plus en plus bifurqué, même ceux qui ont accès à des soins traditionnels plutôt bons, et quelquefois excellents si l’excellence est fonction du prix)  gardent la sensation, malgré tout, d’un incroyable mal-être.

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...Photo: Bobby Doherty/New York Magazine

J’étais dans l’ascenseur de l’appartement de l’immeuble de Park Avenue prête à aller fêter la sortie d’un blog que j’ai créé  quand j’ai croisé Kerrilynn Pamer, qui est comme je le savais la propriétaire Castor & Pollux, un magazin de vêtement dans le West Village. Grande et belle, elle portait une longue robe blanche et arborait un sourire doux et heureux. Elle avait fermé Castor & Pollux, m’expliqua-t-elle pour rouvrir il y a deux ans à sa place un magazin de  beauté naturelle  appelé CAP Beauty. “Avec la mode, il ya avait toujours une sensation de manque «  m’a-t-elle dit. «  C’était toujours, ça ne me va pas, ou je n’ai pas le sac assorti, ou je ne peux pas porter ça dans la vie quotidienne «  Cela menant toujours à l’impression que les gens étaient laissés de côté. » Pamer est intéressée dans le bien-être depuis longtemps. «  Je ne m’en apercevais pas vraiment mais je me sentais mal tout le temps. Je suis allée chez le médecin pur une visite annuelle et j’ai juste dit que j’étais fatiguée. Je ne vieillissais pas comme je le souhaitais. Je ne me sentais pas dans mon corps comme je le souhaitais. »Le médecin m’a rappellée après le rendez-vous et m’a dit : «  Je ne sais pas comment vous pouvez fonctionner maintenant, vous ne retenez rien ; » J’ai juste pensé ; «  C’est la norme, je vis à New York, je vieillis, j’ai une entreprise » Mais il a dit «  Non, vous avez une maladie coeliaque. » J’ai abandonné le gluten et boum » Pamer a commencé à analyser tout ce qu’elle mangeait puis tout ce qu’elle se mettait sur la peau. «  Tout vient grâce à un diagnostic ». Sa partenaire et elle-même Cindy Di Prima font partie d’un «  groupe orienté vers la recherche prioritaire de solutions.  Je veux me sentir bien et puis je veux que tout le monde se sente bien. » Pamer m’a invitée à venir dans son magasin, «  Nous avons installé quartz rose sous le plancher et les vibrations sont excellentes. »

J’y suis allée une semaine plus tard. Il pleuvait. La boutique était accueillante, des équipements en cuivre et des en-cas de la ligne Jus de lune de  Amanda Chantal Bacon. Les vibrations semblaient parfaites. J’ai été conduitedans la pièce arrière où j’ai eu un traitement facila par une femme particulièrement amicale et chaleureuse nommée Crystal. Beaucoup des produits qu’elle utilisait avaient un parfum de terre parfois assez nauséabond – comme celui de fruits très très mûrs au bord de la péremption— mais à part ça c’était un soin facila assez standard. Crystal ne m’a fait aucune remontrance, ni aucune critique sur l’étt de ma peau, ce qui était plutôt plaisant car çela fait aussi partie des soins du visage standards. Une semaine plus tard, j’ai reçu un email me recommandant un nouveau «  protocole »  pour ma peau. Celui-ci impliqait neuf produits et si je les achetais tous (il y avait le lien pour chacun) cela me coûterait près de 1000$. J’ai paniqué pendant un moment : «  Mais j’ai besoin de ça, je suis clairement en train de m’empoisonner avec le crème hydratante de la pharmacie que le dermatologue m’a recommandée ! J’ai commencé à cliquer sur les liens. Peut-être me contenter d’en acheter quelque-uns ? Peut-être ce bruisateur probiotic à 40$ pour équilibrer mon microbiome facial. Mes enfants ne méritent-ils pas une mère non toxique, est-ce que je ne mérite pas un moi non toxique ? Mas je ne suis pas allée bien loin, la plupart n’était plus en stock.

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A Los Angeles, ces deux frères sexy on entamé une révolution du bien-être.  J’ai fait une des meilleures siestes de ma vie dans un lit en cristal à 9000 dollars.

Dés qu’on passe un peu de temps dans le domaine du bien-être, il semble que tout le monde a été officiellement diagnostiqué. «  Je cros que pour les femmes en général, il existe une attente de se sentir évidemment très mal. Evidemment !   dit Elise Loehnen, la responsable de publications chez Goop. «  Dans leur grande majorité, les gens trouvent qu’ils connaissent tous des personnes autour d’eux qui sont malades, le fils de leur meilleure amie est autiste, ou a des problèmes de digestion. Les gens s’auto-définissent de plus en plus comme malades  de plus en plus. Ils sont inquiets à propos de leur nourriture, à propos de l’usage rampant du glyphosate. La nourriture poussait avant dans plusieurs mètres de sol argileux. Je pense que nus sommes apauvris. Je pense qu’il y a une carence en vitamine D parce que nous ne sortons pas assez et quand nous sortons, nous mettons des protections solaires. Nous avons perdu tout contact avec la tere en général et je pense simplement que ce n’est pas de cette façon que nous sommes supposés vivre. »

Moi aussi je connais des femmes qui ont une maladie céliaque, ou une sorte de maladie céliaque, et un million de maladies du système immunitaire, avec des noms compliqués qui affectent leur peau et leur intestin. Il n’est pas difficile de se demander parfois ce qui se passe, si nous sommes d’une façon ou d’une autre tous empoisonnés, si nos corps et nos esprits se révoltent contre cette vie si programmée, si digitalisée, ou si certaines de ces maladies identifiées et soignées  auraient tranquilmement, pour le meilleur ou pour le pire été supportées par les générations antérieures.

Est-ce que les évaluations des cas de maladies céliaques élaborées par l’Universtié de Chicago sont dépassées (un pour cent de la population américaine) ou sont-elles sur-diagnostiquées ? Le niveau d’anxiété a explosé dans le pays et bien que la maladie puisse être bien sûr une source et une cause de stress, le corps est également une zone où, même futilement, nous avons encore une chance de ré-exercer un contrôle.

Sur internet, il y a une communauté connue sous le nom de «  Les cuillères » (the spoonies) qui peut être considérée comme le cœur du monde du bien-être. Spoonies vient de la « Théorie des cuillères », une idée proposée par une femme nommée  Christine Miserandino qui a été diagnostique avec une chaîne de maladie dont la fatigue chronique avant qu’on lui trouve un lupus. Endant des années, elle a été embarassée et a souffert en silence, ayant sans arrêt à expliquer son comportement ( son blog est butyoudontlooksick.com). Sa théorie est simple : quand vous êtes en bonne santé, vous avez un stock sans cesse renouvelable d’énergie. Quand vous vivez avec une maladie ou une douleur chronique, votre capacité énergétique est limitée et vous devez sans cesse être capable de la mesurer, à travers les cuillères, en négociant la façon d’en faire usage. Prendre une douche coûte une cuillère, mais, ensuite parfois, c’est aussi ce que coûte le fait de sortir du lit. Si vos choisissez de cuisiner un dîner pour ce soir, cela peut vous coûter tant de cuillères que vous ne serez pas en mesure de vous occuper de la vaisselle.  Etc. Miserando a été suivie et il y a maintenant en ligne un groupe robuste de «  spoonies »  qui s’identifient comme tels et  qui s’assemblent afin de partager les traitements et les théories, de discuter de leur lutte avec la souffrance chronique physique ou mentale. «  Nous devons sans cesse être vigilants aux cuillères »  dit Carolyn Kylstra, l’éditrice en chef de Self, «  Ils sont vraiment au cœur de tout cela »

Nous avons mis du quartz rose sous le plancher et les vibrations sont excellentes.

Il y a une quantité astronomique de médecins frustrés par le mouvement bien-être, à cause de ce qu’ils considèrent comme la soi-disant science, louchen superficielle, derrière lui et eux aussi se font entendre. Voilà par exemple Timothy Caulfield, un expert en santé et en droit à l’Université d’Alberta, il est l’auteur de :  Is Gwyneth Paltrow Wrong About Everything?, ( Gwyneth Paltrow a-t-elle tout faux ?) qui concerne le sujet de la désintoxication du corps. «  C’est complètement ridicle dans une perspective scientifique, dit-il, cette idée qu’on puisse «  désintoxoiquer » son corps – nous avons des organes qui le font. Il n’existe aucune preuve que nous ayons ces méchantes toxines dans nos cellules qui nous font prendre du poids, qui nous fatiguent. Mais cela s’adresse à notre imaginaire d’une façon très puissante.  Jennifer Gunter,une gynécologue-obstétricienne et médecin de la douleur à Toronto a écrit un blog très franc et souvent drôle qui s’en prend souvent à Paltrow et Goop. Un des posts dit : «  Vos conneries Goop m’inquiétent parce qu’il affecte mes patients. Ils lisent vos théories bidons et puis ils arrêtent de manger des tomates ( note de bas de page, si les tomates sont si toxiques,pourquoi les Italiens ont-ils une espérance de vie plus longue que la nôtre ?), ou n’ont pas mangé une tartine de pain depuis trois ans, dépensent leur argent dans des tampons organiques dont ils n’ont pas besoin, demandent pour des évaluations de leur fatigue surrénale ( dont le paiement s’effectue souvent par la couverture santé ou au noir), ou ils sont obsédés par la crainte d’avoir une candidose systémique ( qu’ils n’ont pas). Mon fils a une maladie de la thyroïde et je crains que dans quelques années il puisse lire cette sorte de foutaise à propos des théories  sur la thyroïde que vous promouvez et se demande si il devrait arrêter son traitement et tenter de soigner un EBV ( Epstein-Barr. Mononucléose) chronique qu’il n’a pas. Je m’inquiète aussi que la science ait à dépenser tant et tant de ressources à démontrer l’inutilité de l’huile de serpent au lieude tester de véritables hypothèses. Je m’inquiète que vous inquiétiez les gens et que vous baissiez le QI médical mondial. »

Les critiques ne décontenancent pas Goop. «  Notre travail consiste à être sceptiques à propos du status quo, d’offrir des alternatives avec l’esprit ouvert. «  Goop insiste dans un commentaire : «  Notre contenu n’a pas comme but de générer de la peur, nous voulons donner aux gens les outils afin d’acquérir un peu d’autonomie à l’égard de leur santé. »

Et puis il y a les généralistes au milieu, «  la médecine fonctionnelle » de docteurs comme Frank Lipman. Ils sont des médecins diplomés qui peuvent prescrire des antibiotoques mais peuvent tout aussi bien prescrire des massages, une promenade en forêt, ou un ermaniement de votre régime alimentaire ou des vos exercices. Lipman exerce en cabinet privé depuis 30 ans, mais c’est lors de son stage à l’hôpital du Bronx qu’il a noté un taux de succès plus important parmi les toxicomans avec qui il utilisait l’acupuncture et qu’il a décidé de trouver un moyen de mêler les pratiques médicales occidentales avec les pratiques alternatives. Lipman nous dit qu’il croit que la capacit à pardonner peut avoir des bénéfices éormes sur la santé mais lorsque je lui dis que mon rhume des foins me rend fou, il dit, en haussant les épaules : « Ma femme utilise toujours Claritin. »

Parmi la Nouvelle garde on trouve le Dr Robin Berzin, qui a un doctorat à la Columbia Medical School, a été formé au  Mount Sinai,  et est aussi certifié comme formateur en Yoga et en méditation. Elle dirige Parsley Health, une boutique de pratique médicale. Pour 150 dollars le mois, les membres ont droit à cinq visites médicales par an, plus 24 sessions avec un guide santé dont le tavail est de vérifier que les conseils du médecin sont bien suivis (vous pouvez faire effectuer ces rencontres par vidéos si vous le souhaitez). «  Regarde, dit-elle un jour dans sa boutique, qui occupe une grande partie d’un Wework près de Union square,  (La nouvelle médecine est, au moins esthétiquement beaucoup moins orientaliste avec beaucoup moins de Ganesh ou de mandalas). Les gens ne se sentent pas bien, et ils cherchent des solutions, on leur donne un tas de mauvais conseils. Ils réduisent les jus qui sont aussi mauvais que le soda » La mission de Berzin est de réduire les médicaments, de toucher à la racine des plaintes habituelles qu’elle considère comme tout à fait guérissable,  des plaintes de syndrôme pré-menstruel, du colon irritable, insomies, eczéma. « Au service de la technologie, nous sommes chroniquement stressés, épuisés et sous médicaments : des anxiolitiques «Branchés et fatigués » c’est la façon dont beaucoup de patients me décrivent cette sensation » me dit-elle. Beaucoup de ses patients sont jeunes, «  les «  millenials » sont plus intéressés par la qualité de vie. Ils attendent de se sentir mieux. »

Après cette rencontre avec Berzin, j’ai passé le contrôle Parsley. J’ai rempli pendant la nuit un document pendant 30 minutes, décrivant les otites que j’avais étant enfant, le fait que je suis né naturellement mais nourri au biberon. Parsley a prescrit un examen du sang approfondi, je suis donc resté à jeun un matin puis me suis rendu au laboratoire. Une technicienne très gentille avec une longue queue de cheval  a regardé le document : Parsley Health ! a-t-elle dit, ils regardent tout. Ce n’est pas le cas de tout le monde … » elle a haussé les épaules, remplaçant chacun des tubes, 14 en tout. Les résultats de mes examens étaient sur le portail de Parsley’s une semaine plus tard : taux de cholestérol trop haut, ce que je sais depuis toujours, et un nom sur les allergies à la poussière et le rhume des foins  que j’ai aussi depuis toujours. Berzin a recommandé l’arrêt des céréales et du gluten mais mes résultats sanguins n’indiquaient aucune allergie à l’un ou à l’autre. Elle dit que je suis comme 5% de ses patients, ce qu’elle pourrait qualifier d’ « optimisatrice » en ce que je ne souffre d’aucune maladie chronique ou de douleur qu’elle rencontre et qui souffre du syndrôme polycystique-ovarien. Néanmoins, elle a quelques conseils à me donner, elle me propose de changer les horaires de mon activité physique et d’apprendre à méditer. Les membres de Parsley ont un accès gratuit à Headspace. Elle me recommande aussi un régime vitaminé : un complexe de vitamine B le matin, du magnésium afin de retrouver le sommeil profond, bien noir que j’avais dans la vingtaine. Elle me recommande aussi des orties pour la saison des allergies mais reconnait aussi qu’ils ne suppriment pas le symptôme à chaque fois. «  On ne va pas régler une infection avec un reiki ».

Une des choses difficile à accpeter dans le monde du bien-être est le fait que la paranoïa rampante est binevenue. – Que mangez-vous ? Que mettez vous sur votre peau ? – et pourtant il y a une foi jamais démantie dans toutes les cures. Une tartine de pain peut être considérée comme toxique mais la volonté de plonger dans le monde largement incontrôlé des vitamines et des compléments alimentaires est acquise. Mon joli, minutieux et intelligent médecin généraliste me dit chaque année lors du bilan annuel : s’il vous plaît ne me dits pas que vous prenez des compléments. Au mieux ça ne peut pas faire de mal, vous vous offrez simplement un pipi hors de prix.

Beaucoup de mouvement de bien-être répondent à des aspects de notre vie qui étaient auparavant considérés comme essentiels  et fondamentaux comme de respirer ou de dormir. Ce printemps, Arianna Huffington  a fêté le dixième anniversaire de ce qu’elle nomme «  sa bénédiction ». en avril 2007, Huffington s’est évanouie et s’est fracturé l’os de la pommette. Après un voyage à travers de nombreuses disciplines médicales traditionnelles, son diagnostic a été un simple «  burn-out », pas de cancer, pas d’attaque, pas de diabète insidieux. Elle était juste très très fatiguée. «  J’étais en train de brûler la chandelle par les deux bouts », dit-elle maintenant, et ce que je trouve intérssant est que si vous m’aviez demandé ce matin-là, comment allez-vous Ariana, j’aurais répondu, bien, parce que c’était la norme marchant sur le vide. Pensez comme nous sommes au courant du niveau de la charge de nos téléphones et si peu au courant de ce qui nous arrive à nous-mêmes. » Huffington a écrit un livre sur l’importance du sommeil, offrant une prescription (dont le rythme sera familier à quiconque a récemment régularisé le sommeil d’un bébé, un temps complètement ritualisé menant au calme et comprenant des bains chauds, des lumières douces, et une ombre complète). Plus tard, elle a quitté le Huffington Post et a  commencé le  Thrive Global, une organisation dédiée au bien-être. Thrive ( S’épanouir) plbile un blog, organise des programmes de bien-être pour des compagnies comme Uber, et vend des produits sur son site, comme le téléphone de chevet en bois,  qui est vendu avec de minuscules draps en satin pour que votre Iphone puisse dormir dessus. «  Vous savez, il y a quelque chose de si satisfaisant… » explique Huffington, dans son bureau surpeuplé de Soho, en collant son téléphone sous les draps de satin, «  Nous allons lancer un modèle qui ressemble à une petite voiture de course ». Elle sourit et tripote l’oreiller de son Iphone. Après tout vous devez aprrendre à vos enfants à mettre leur téléphone au lit aussi. »

Un des clients de Thrive est JPMorgan Chase, qui travaille avec la compagnie sur un challenge bien-être de 28 jours pour ses plus de 300.000 employés. Le bien-$etre promet Thrive, accompli des miracles pour le nec plus ultra des corporations. «  Ce ne’est pas pour ceux qui veulent aller se relaxer sous le manguier, dit Huffington, ceux-là vont bien, ils n’ont as besoin de nous, c’et pour des gens qui veulent accomplir des choses, des gens qui veulent réaliser. »

Elles s’agitent et mugissent, sauf que ce ne sont pas des Guerriers Maori mais des femmes blanches et sous-vêtements de sport.

Et si nous avons besoin de réapprendre à dormir, le bien-être cherche aussi à transformer notre façon de faire de l’exercice. Les classes de SoulCycle  auquelles je participe ne sont presque pas différentes des classes auquelles j’assistais il y a quinze ans. Il y a les mêmes sauts, les mêmes exercices de montées, les courses et parfois les mêmes titres de Madonna. Mais le professeur à Crunch avait l’habitude de crier des choses sur la saison des maillots de bain et les ailes de chauve-souris : nous savions tous ce que nous venions faire ici. A Soulcycle, l’éthos est impossible à identifier. Les lumières sont éteintes, des bougies sont allumées, et le mur est couvert de mots comme «  Rock star «  «  Guerrier ». Récemment j’ai remarqué que beaucoup de femmes portaient un sweat-shirt avec «  Spiritual Gangster » inscrit dessus. «  Qui, ici présent, à déjà pleuré à SoulCycle ? » a demandé l’instructeur un matin,  et plus de la moitié des personnes présentes a levé la main.  «  Fermer les yeux et pensez à ceux que vous aimez, à ce pourquoi vous faites ça. Où est votre compassion, où est votre gentillesse, vers où vous dirigez vous ? »

La Classe de Taryn Toomey, qui se tient au studio  millennial-pink  à Tribeca, est la classe bien-être à battre. Toomey a commencé sa carrière comme détaillante Ralph Lauren et a très tôt décollé. «  Mais je me sentais juste… pourquoi suis-je malheureuse, tout autour de moi semble parfait, «  explique-t-ellle, elle a commncé à enseigner à des amis un mix de yoga, de danse det de cri cathartic dans un sous-sol de son condo de Tribeca. Beaucoup de célébrités ont commencé à venir— Naomi Watts, Christy Turlington — ce qui est un point très positif dans le monde de la fitness et l’année dernière Toomey a pu ouvrir son studio. «  Je pense que nous devons tous affronter les effets du monde extérieur » dit-elle une après-midi avant sa classe, «  C’est tous ces médis sociaux, c’est tout «  a qui est-ce que je me compare », c’est toute l’illusion que le gens se créent sur la perfection des choses, ou ne sont pas. On l’utilise comme plate forme pour la honte et la haine. Je pense que le bien-être est un mouvement, et toutes ces pratiques diffrentes tournent toutes autour de l’élargissement de la conscience et de la clairvoyance, et c’est devenu nécessaire. Je pense que nous sommes vraiment effrayés et troubés et que nous recherchons l’appui de communautés. » Contre un mur se trouvent des produits à vendre, plus de poussières et d’en-cas Moon Juice, des huiles essentielles que Toomey frotte sur ma paume, elle ferme les yeux et inhale profondément. «  Maintenant, dit-elle, vous sentez comme l’amour »

Quand Toomey entre dans la salle, elle commence par crier : «  Quittez le putain de miroir, quittez la mère et le putain de miroir et revenez dans votre corps réel ! » Ses élèves se tapent les poings sur les cuisses et gémissent. Elles se trémoussent et se secouent et mugissent – des guerriers Maori sous une tente de renaissance baptiste dans le Sud,  mis à part le fait que ce ne sont que des femmes,, blanches, et qu’elles portent toutes des soutien-gorge de gym. Tout le monde transpire beaucoup, la pièce n’est pas ventilée, à faire des jumping jacks, des burees ou des abdos, avec un chien renversé à l’occasion.

Ce qui est remarquable c’est Toomey elle-même, qui parle de sa voix grave et enrouée avec son casque du début à la fin, un monologue changeant sur l’aide-à soi, des encouragements et des conseils : «  Dites au revoir à vos histoires, dit-elle, n’accusez pas ne condamnez pas. Communauté. Unité. Vous vous vous. »  chante-t-elle. Pas une seule fois mentionne-t-telle des parties du corps et je me trouve presque gênée  de penser, en faisant des jetés que je pratiquais il y a des lustres lors des classes Tao BO, ah celui-là est bon pur les fesses. Quand tout est terminé, Toomey commence à calemer son monologue. Plus de cris, plus de «  putain ». Le miroir est trop embué de toute façon pour qu’on voit quoi que ce soit. Toomey propose à la classe de s’étreindre la poitrine (sur la sienne se trouve un collier de cristal qu’elle a créé, dont une variété est en vente à l’accueil, de 400 à 10.800 dollars, «  Ca aide à s’enraciner » explique-t-elle. «  Oh, dit-elle doucement, ma douce, tu es là. C’est moi. Je suis désolée »

La méditation,  cette pratique vieille de plusieurs siècles, est à ce mouvement ce que le jogging était en 1978 pour « l’élite physique ». Le protocole de base et une opportuité d’évolution personnelle. En ce moment il y a deux compétiteurs majeurs dasn l’arène des «  studio de méditation »  à New York, L’un, Inscape, est l’enfant spirituel de Kajak Keledjian, qui a fait fortune avec Intermix, qui a récupéré des tenues créées par des designers haut de gamme qui pouvaient marcher sur le Jitney ou au Marquee. Il a vendu la maison à Gap et comme cela se produit souvent, avec les gens qui réussissent, a été inondé de questions sur la façon de réussir. Sa réponse a ét : par la médittion. Il a appris d’un ami qui conduit un hedge fund sur les bénéfices de regarder à l’intérieur. «S’occuper de soi est une nouvelle dimension du luxe » me dit Keledjaian. « Au lieu d’être des êtres humains, nous sommes devenus des humains faisants, j’ai assez travaillé sur l’apparence des gens. Et maintenant j’aide l’intérieur des gens, je travaille aussi dur, simplement plus consciemment. »

Ellie Burrows du rival d’Inscape Mndfl  était une jeune réalisatrice déprimée par le fait qu’elle n’aimait pas travailler de la façon dont ses collègues travaillaient. Elle s’offrit une odyssée du genre mange-prie-aime et quand elle revint à New York, elle commença à faire du bénévolat à l’ Institute for Compassionate Leadership,  ( institut pour une direction compassionnée) qui était dirigé par un Boudhiste Shambhala Lodro Rinzler dans le Upper East ( Ce n’est probablement pas la seule raison, j’était enfermée dans un placard étant enfant, mais c’était le même endroit) qui avait également écrit de nombreux livres dont «  Le Bouddha entre dans le bar, » The Buddha Walks Into the bar.

Ils eurent cette idée et grâce à la famille et aux amis, ils réussirent à lever les fonds nécessaires pour ouvrr trois studio à New York. «  Nous n’avons pas tourné autout des graines, nous avons tourné autour de l’amour » m’a dit Burrows une après-midi. Elle est enveloppée de foulards avec un tas de joailleries délicates en or dans le hall du studio Mndfl de la 8ième rue. Pas de téléphone, dit une affiche, mais nous comprenons que vous deviez faire un ista du mur à plantes.

«  Nous avons constaté que ça affecte nos vies directement, nous voulons être au service des autres, et cela a été très inspirant pour les gens qui ont décidé d’investir : ils l’ont fait dans un esprit de service. »

Dans la pièce calme éclairée par un vélux de Mdfl, une classe de méditation de 30 minutes est animée par Kevin Townley, un acteur aux cheveux blonds avec des lunettes en écaille et un visage anormalement doux. «  Vous êtes sur un pont, incante-t-il, et vos pensée flottent. Vous les laissez aller, vous les observez. » Un homme respire bruyamment par le nez, mis à part cela la pièce est silencieuse, à prt les occasionnels réajustements, reniflements, raclements de gorge. A la fin de la classe, Townley  donne la parole aux participants.

«  Je n’ai pas pu venir récemment, dit un homme au premier rang. Il est vêtu de pantalons kaki et d’une chemise vichy.  Son apparence est résolument grand public. «  Je me demande quoi faire de ce que j’ai appris lorsque je ne viens pas ici, parce que ce que j’ai réalisé, quand j’ai médité et bien… tout n’est pas bon » Townley opine avec empathie. Il sait. Il n’y a aucune garantie que tout cela s’incline vers la beauté et la paix. Il ya la possibilité de découvrir de la souffrance. La souffrance après tout est encore la vie. Comme l’insatisfaction, les nuits d’insomnie, et les douleurs articulaires. Tout comme l’est le fait de vieillir. Nous trouvons des façon de guérir, seulement pour en chercher de nouvelles.

« Je ne sais pas où mettre ma colère » dit-il. «  Et puis je ne peux pas en venir à bout ici, c’est juste là. Et je suis coincé. »

Accessoires par Dorothee Baussan au Mary Howard Studio; Coiffure et maquillage par  David Tibolla utilisant CHANEL Ombre Premiere à  Exclusive Artists.

*Cet article a été publié le 26 juin 2017, dans   New York Magazine.

” Pourquoi le bien-être est-il un nouveau symbole de luxe et le moyen de se sentir, d’avoir l’air et d’agir comme les riches “

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

La stupéfiante médiocrité de Barack Obama / Chris Wright

L’actuel Président des USA fait les beaux jours des médias. Sa personnalité imprévisible, ce qu’il véhicule de pathos et de narcissisme allié aux innombrables passages à l’acte qui  sont à chaque fois des cailloux dans la mare des équilibres internes et externes déjà fragiles offrent à la presse de quoi mitrailler jour et nuit. Le parti Démocrate et son ex-candidate, soutenus par quelques médias délibérément achetés et vendus à la cause de la propagande, ceux que Paul Craig Roberts appelle “The presstitutes” ont nourri depuis son élection une telle violence obstinée à son égard, mettant la planète entière au risque de son propre effondrement par leurs manipulations d’opinion et leur continuel  recours aux coups montés médiatiques que l’on oublie tout. Tout, c’est à dire ce qui a amené ce pantin au pouvoir et les traces, ou leur absence, de ces huit années antérieures où un sourire et une aura médiatique ont transformé l’univers politique de la plus dangereuse nation du monde en une scène people et où toutes les réformes vitales et promises ont laissé place à une passivité et à une lâcheté politique hors pair. Obama est “aimé” comme les masses “aiment”, sans penser, sans savoir, sur une image et un battement du coeur. Dans l’aveuglement. Les masses qui l’aiment ignorent, bernées par cet évènement unique dans l’histoire de l’Occident de la minorité enfin validée et de ce que représentait son élection, que les débats sur la prise de pouvoir et la reconnaisance de certains “traits” comme la couleur ou le genre ne seront jamais des garanties d’intégrité morale ou politique et que ces caractéristiques de la ” différence” ne modifient en rien les relations toujours invalidantes pour le courage politique  avec les miroitements fascinants du pouvoir. EG

La stupéfiante médiocrité de Barack Obama / Counterpunch

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The Stupefying Mediocrity of Barack Obama

By/ par CHRIS WRIGHT

Photo by Maryland GovPics | CC BY 2.0

Entant que Marxiste, je ne suis pas très intéressé dans la psychologie du pouvoir. Je ne pense pas que ça ait beaucoup d’importance et cela tend à être assez uniforme et prévisible de toute façon : surestimation de soi, auto-justification, rationalisation morale pour toutes les décisions monstrueuses prises, brutale indifférence pour la souffrance humaine en dessous ( au mieux) d’un vernis de préoccupation, énergies dirigées vers les machinations pour accroître le pouvoir, accommodation lâche avec la voie de moindre résistance politique, une insularité collective de financiers dorés et de délateurs etc. D’autre part méprisant les puissants suffisants, j’ai plaisir à rabaisser leur prétention grandiose. Aussi parfois j’aime à patauger dans la boue de leur psychologie.

Un article du New York Times daté du 30 mai ‘a donné l’occasion de me livrer à ce passe-temps sordide. Son titre «  Comment l’élection de Trump a secoué Obama : «  Et si nous avions tort ? » “How Trump’s Election Shook Obama: ‘What if We Were Wrong?’”. Selon l’un de ses conseillers, après l’élection, Obama que l’internationalisme cosmopolitain des intellectuels éclairés comme lui avaient été responsables pour cette issue stupéfiante. «  Peut-être avons-nous poussé trop loin » a-t-il dit,. «  Peut-être les gens veulent-ils revenir à leurs tribus ». En d’autres termes, nous étions trop nobles et trop novateurs pour les masses incultes qui ne veulent rien d’autre que de rester submergées par leur confortable identité provinciale. Nous avons été trop ambitieux et idéalistes pour nos imparfaits compatriotes.

«  Parfois, je me demande si je ne suis pas arrivé 10 ou 20 ans trop tôt »  a soupiré Obama. Le pays n’était pas près pour le premier président noir et sa vision post-raciale si ambitieuse.

Ces citations sont toutes les preuves dont nous avons besoin pour comprendre ce qui occupe l’esprit de quelqu’un comme Barack Obama.

En fait, la dernière d’entre elles est révélatrice à elle seule : elle suggère la dimension de la mégalomanie stupéfiante d’Obama. Ce n’est pas vraiment une nouvelle que Obama est mégalomaniaque, mais ce qui est modérément plus intéressant est la nature méprisante et fantasmatique de sa mégalomanie. (Dans certains cas, après tout l’égotisme peut être  justifié. Je peux pardonner à Noam Chomsky d’être égotiste – s’il l’était, ce que dément son humilité d’auto-effacement ) Obama se voit clairement comme le point culminant du Mouvement pour les droits civiques (Civil Rights Movement)—lui qui n’a participé à aucune occupation, à aucune marche pour la liberté, à aucun boycott ou à aucune marche éprouvante dans le Sud profond, qui n’a souffert d’aucune brutalité policière, ni d’aucun garde à vue, qui a fréquenté la section de droit de Harvard et a joui d’une vie adulte privilégiée et facile dans ou près des couloirs du pouvoir. Cet homme qui n’a apparemment jamais pris position pour des causes morales impopulaires au cours de sa vie a décidé il y a longtemps que ce serait son rôle historique de porter les luttes du SNCC, de la SCLC, de Ella Baker et de Bob Moses, de Martin Luther King à leur degré de maturité – en naviguant dans le bureau ovale sur la vague de millions de supporters, d’organisateurs infatigables et désintéressés. Avec son accession au pouvoir, et avec lui celle de visionnaires intègres comme Lawrence Summer, Hillary Clinton, Timothy Geithner, Eric Holder, Arne Duncan, Robert Gates et Samantha Power, le rêve de Martin Luther King serait enfin réalisé.

Obama  a continué a respecter la tradition d’’Abraham Lincoln et des abolitionnistes quand son administration a déporté plus de trois millions de sans-papier  et a démantelé des dizaines de milliers de familles d’immigrés. Il a été un idéaliste plein d’inspiration quand il a autorisé l’envoi d’armes  à Israël en juillet et aout 2014, en plein milieu du massacre de Gaza parce que, comme il l’a dit avec son éloquence caractéristique et ses intuitions morales : «  Israël a le droit de se défendre «  (Contre des enfants et des familles acculées à une pauvreté désespérante dans une prison à ciel ouvert)

Il était loin devant son temps, un héros à la fois des droits civiques et un globaliste éclairé quand il a présidé «  le plus grosse désintégration de la richesse noire observée récemment » en ne faisant rien pour stopper la crise des saisies ni demander des comptes aux responsables pour les dommages causés. C’est certaienement seulement l’esprit tribal irrationnel qui a fait élire Trump et non, disons, le fait que l’administration Obama était beaucoup plus bienveillante à l’égard du secteur bancaire que celle de Georges H.W Bush, comme on le voit par exemple dans le choix (manifestement corrompu) représentants des firmes financières  aux postes clefs du Département de justice.

Et ce n’est que parce que les masses sont stupides et partiales qu’elles n’ont pas pu voir