Jury Bipartisan : Les US doivent se préparer pour une guerre « terrible », «dévastatrice » avec la Russie et la Chine / André Damon

On peut difficilement se représenter, a fortiori après des décennies de leurre démocratique et de propagande, l’état d’esprit d’individus qui envisagent comme un devoir national l’extermination des occupants de la planète entière au nom d’une visée hégémonique qui pourrait vaciller face à la venue en premières lignes de quelques voisins de grandes tailles. On peut difficilement imaginer que cette forme de mégalomanie ne puisse pas envisager à long et moyen termes les conséquences d’un tel désir de puissance planétaire. Mais on devrait pourtant être habitués à l’inconséquence qui caractérise cette culture, après tout l’invasion de l’Irak s’est effectuée sans aucun plan prévu pour suivre l’intervention armée. Il est probable que tout pouvoir caressé, par la force ou par la séduction est un état impossible à perdre sans une forme de désespoir enragé. Que les individus qui l’exercent sont enfermés dans une sorte de bunker psychique où aucun bruit de l’extérieur ne pénètre et qui surtout, ne peut être bousculé par aucune sorte d’éthique fût-elle celle du vainqueur.

Dehors, tous occupés d’eux-mêmes ou de luttes émiettées dans la bien- pensance groupusculaire et la censure, les opposants potentiels brassent un vent narcissique, disséminés au sein de causes de plus en plus ciblées et prenant leur légitimité dans la sélection de leurs caractéristiques en ayant le sentiment d’accomplir une révolution. Si aucune répression réelle ne vise ces groupuscules, si rien ne freine leurs prises de parole ni l’impact de leurs lobbies, et si leur dogme en vient à prendre la forme d’une idéologie incontournable à travers laquelle faire passer toutes les analyses et les réflexions touchant notre culture et toutes les autres qui lui survivent, même dans les lieux où elle est sensée travailler sur elle-même, c’est que les enjeux sont ailleurs, que les réels dangers sont oblitérés par l’urgence fantasmée de luttes infantiles dont les bien-fondés sont voués à se déchirer pour la préséance de leur prétention.

Même si la conclusion de l’article fait songer à une Internationale chantée par quelques vétérans rouges dans les sous-sols, devenue pièce de musée et si sont utilisés des termes comme ” classe ” , ou ” classe ouvrière ” qui ont perdu leur pouvoir évocateur, broyés par la langue belliciste néo-libérale, c’est tout de même à une question verticale, hiérarchique et non à la mise en ordre horizontale d’une norme de la pensée et du discours, fût-elle ” progressiste” que la réalité d’une possible guerre globalisée répond. EG

Jury Bipartisan : Les US doivent se préparer pour une guerre  « terrible », «dévastatrice » avec la Russie et la Chine 

Bipartisan panel: US must prepare for “horrendous,” “devastating” war with Russia and China

par Andre Damon, 16 Novembre 2018, via WSWS

Une commission bipartisane organisée par le Congrès a produit un long rapport mardi, soutenant les plans du Pentagone de se préparer pour une guerre entre grandes puissances contre la Russie ou la Chine, voire les deux,  rendant clair que les politiques belligérantes de Trump sont partagées par les Démocrates.

Sécurisé par le fait de savoir que les médias ne rendraient pas compte de ces conclusions, les auteurs de ce rapport n’ont pas mâché leurs mots sur ce qu’une telle guerre signifierait. Une guerre entre les USA et la Chine, qui selon ce même rapport pourrait éclater dans les quatre années à venir, sera « terrible » et «  dévastatrice ». Les militaires auront à subir «  les plus fortes pertes depuis des décennies ». Une telle guerre pourrait mener à une «  rapide escalade nucléaire et des civils américains seraient attaqués et vraisemblablement tués.


U.S. B-52 Stratofortress aircraft [Credit: US Air National Guard]


Il est impossible de rien comprendre dans la politique américaine sans lui reconnaître une qualité fondamentale : les évènements et les scandales qui dominent la vie politique, qui dominent sur les chaînes et font les titres des organes de presse et des médias sociaux, ont très eu à voir avec les considérations de ceux qui prennent effectivement les décisions. Les pontes des médias jouent le rôle qui leur est assigné, sachant que le sujet le plus important ne peut être discuté que dans les limites prescrites.

Ceux qui prennent les décisions : un groupe d’individus sélectionnés membres du Congrès, Officiels du Pentagone, membres des Think-tanks et quelques membres de la Maison blanche – parlent un langage complètement différent dans leurs publications que lorsqu’ils sont entre eux  et qu’ils publient des documents qui ne seront pas lus par le public et dont ils savant que les médias ne les rapporteront pas sérieusement. Ces individus acceptent comme des évidences simples, des  certitudes sans appel le fait que si ces contenus faisaient la une des journaux, ils seraient considérés comme des «  théories de la conspiration ».

Le dernier exemple d’un tel parler vrai est celui d’un nouveau rapport publié par la Commission de défense nationale (National Defense Strategy Commission), un groupe monté par le Congrès pour valider les nouvelles stratégies sécuritaires du Pentagone, publié en début d’année, qui a déclaré que : «  la compétition des grandes puissances – pas le terrorisme- était maintenant le premier objet d’intérêt » de l’armée américaine.

Les points mis en avant par ce panel, publiés dans un rapport intitulé : « La mise au poit d’une défense commune » peuvent être résumés ainsi : Les Usa ont parfaitement raison de se préparer pour la guerre contre la Chine et la Russie. Mais le Pentagone, qui dépense plus chaque année que les huit nations les plus militarisées rassemblées, exige une importante augmentation des dépenses militaires, financées par des coupes dans les budgets des programmes sociaux comme Medicare, Medicaid, et la Social Security.

Le rapport est, autrement dit, l’approbation sans discussion par le Congrès du renforcement de l’armée par l’administration Trump, mettant en mot ce que le Congrès a acté cette année, avec un soutien bipartisan total, lorsqu’il a voté l’augmentation du budget militaire la plus importante depuis la Guerre froide.

Mais au-delà du constat que les USA devraient se préparer à l’imminence d’une guerre «  totale » avec des «  impacts dévastateurs » sur la population américaine, le document est un avertissement sans nuance sur une autre réalité basique. Les USA pourraient bien perdre une telle guerre, qui exige, en fait, la conquête de la planète entière par un pays qui représente seulement moins de cinq pour cent de la population mondiale.

Les États-Unis « peuvent lutter pour gagner, ou peut-être perdre, une guerre contre la Chine ou la Russie » est-il déclaré, ces guerres ne seront pas seulement menées outre-mer, mais viseront vraisemblablement la population américaine : «  Il serait peu prudent et irresponsable de ne pas s’attendre à ce que les adversaires ne tentent des attaques kinétiques, cybernétiques ou autres contre les Américains sur leur territoire, pendant qu’ils cherchent à vaincre nos troupes à l’étranger. » 

II est ajouté : « Si une telle chose devait se produire, les forces américaines devraient faire face aux combats plus durs et aux pertes les plus importantes depuis des décennies. Il est nécessaire de rappeler que lors de la guerre des Falklands, un adversaire décidément plus faible —l’ Argentine—a endommagé et coulé un navire de guerre britannique avec un sel missile téléguidé. La quantité de destruction qu’un état ennemi majeur pourrit infliger aux forces des US aujourd’hui sera d’une magnitude bien plus importante. »

Pour en venir au fait, le rapport décrit un nombre de scénarios différents. Le premier implique Taïwan déclarant son indépendance de la Chine en 2022, amenant les représailles chinoises. «  Le Pentagone informe le Président que l’Amérique pourrait probablement vaincre la Chine lors d’une longue guerre si la totale puissance de notre pays est mobilisée. Cependant elle perdra un nombre énorme de navires et d’avions, ainsi que des milliers de vies, dans l’effort, en addition de troubles économiques sévères – tout ceci avec aucune garantie d’avoir un impact décisif sur le gouvernement de Taïwan… mais éviter cette issue impliquerait maintenant d’absorber des pertes gigantesques. »

La solution conclut le rapport, est une armée beaucoup plus importante, basée sur des investissements en augmentation sur plusieurs années. «  Il y a un besoin d’une urgence extraordinaire de résoudre la crise de la défense nationale «  est-il écrit.

L’armée a besoin de «  plus de protections, plus de feux longue-portée, plus de logistique, plus d’unités de défense aérienne » L’aviation a besoin de « chasseurs bombardiers furtifs longue-portée, de tanks, de capacité d’enlèvement, de services secrets, de surveillance, et de plate-forme de reconnaissance. » Les forces nucléaires ont besoin de plus de missiles. Et ainsi de suite.

Pour payer pour tout cela, il faut réduire les services sociaux. «  Les programmes de prestations obligatoires  emmènent des croissances de dépenses. » souligne le rapport, exigeant que le Congrès règle ces  programmes, qui comprennent Medicare, Medicaid, et La Sécurité sociale. Il avertit que «  de tels ajustement seront inévitablement très pénibles »

Et finalement, la société entière doit être mobilisée dans l’effort de guerre. Une  approche « nation-totale » doit être adoptée, y compris dans les domaines «  des politiques commerciales, des sciences, de la technologie, de l’ingénierie, et dans l’enseignement des maths. » Tout, des entreprises privées aux institutions académiques  doit partager l’effort.

En établissant la liste les différents défis auxquels l’Amérique devra faire face en déclarant puis gagnant une guerre contre la Russie ou la Chine, aucun des membres distingués n’en arrive à la conclusion apparemment évidente que peut-être les USA ne devraient pas entrer dans une telle guerre.  Mais en ceci, ils représentent le consensus presque total au sein des cercles politiques américains. Lors de ses derniers jours, Adolf Hitler est dit avoir déclaré encore et encore que si la nation allemande ne pouvait pas gagner la guerre, il était préférable qu’elle disparaisse.  La classe dirigeante américaine est complètement investie dans un processus qui non seulement menace d’oblitérer l’ensemble de la population mondiale mais aussi la population américaine elle-même.

Il ne s’agit pas de la folie de quelques individus mais de celle d’une classe sociale qui représente un ordre social survivant et en faillite, le capitalisme, et un cadre politique tout autant survivant, le système de la nation-état. Et on ne peut lui opposer qu’une autre force sociale : la classe ouvrière internationale, dont les intérêts sociaux sont internationaux et progressifs et dont l’existence elle-même dépend de l’opposition aux objectifs mégalomaniaques du capitalisme américain.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

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