Freud, le premier anti-psychiatre Lawrence Kemelson

Traduction de l’article du Dr. Lawrence Kemelson ” Freud, le premier anti-psychiatre” paru dans la revue ” Mad In America”

Cet article semble avoir été écrit du fond d’une sorte de cellier profond, sombre, d’où tous les bruits pouvant en émaner étaient détournés depuis des années au profit des fanfares des certitudes scientistes. La lutte contre la psychanalyse et ce qu’elle nous dit est si ardente, menée avec une sorte de régularité si zélée qu’on ne peut pas ne pas se questionner sur ce qu’il en est de son message et de ce qu’il génère, par ce qu’il est, de rejet. Il va de soi que c’est l’image du pouvoir de l’homme sur lui-même qui ne peut battre en retraite, a fortiori dans un pays où le “tu veux, tu peux” et où toute la manière binaire d’envisager la vie comme un combat où on perd ou on gagne pour affirmer sa réussite visible et quantifiable, sont les maîtres mots de la culture même. Comment y introduire Freud, y réintroduire Freud, surtout quand les praticiens de sa théorie qui pouvaient sur place la défendre et la rendre convaincante se sont empressés de lui donner une tournure acceptable pour la bienpensance ambiante.

Il va de soi aussi que cet article est à cent lieux de cette même théorie, comme si, quoi qu’on en dise, la majeure partie du travail particulier de la cure et ce qu’elle a comme moteurs théorique et conceptuel ne pouvaient être en quelque sorte digérés et métaphorisés par l”’American way of life”. On se prend à rêver, devant l’ouverture d’une telle porte au coeur des trombes et des catastrophes générées par la propagande et le poids des financements de la biopsychiatrie et du cognitivisme, à un travail de fond sur la retranscription de ces mêmes concepts, une reprise en main des théories freudiennes où le passage si essentiel d’une langue à l’autre se fasse avec le souci d’y voir clair et de remettre la théorie de l’inconscient, car après tout, c’est bien de cela dont il s’agit avant tout, au centre des préoccupations, et ce, en collaboration, de part et d’autre de l’Atlantique. EG

Freud the first anti-psychiatre Mad in America

Freud  n’était pas psychiatre, il était neurologue qui a abandonné sa pratique de la médecine afin d’étudier le fonctionnement intime de l’esprit, la façon dont les sociétés se régulent et les échanges entre les deux. Il était plutôt un psychologue-sociologue-philosophe. Il vivait à l’ère victorienne quand, contrairement à aujourd’hui, la sexualité était réprimée et les femmes dévalorisées, ceci explique amplement pourquoi certaines de ses idées semblent étranges ou choquantes pour beaucoup maintenant. Mais si nous dépassons ces défauts, nous trouvons quelques concepts qui valent la peine.

Freud considérait la psychanalyse comme partie de la psychologie plutôt que de la médecine et insistait pour qu’elle ne soit pas médicalisée.  Il pensait que tout un chacun ayant les aptitudes pouvait être formé à pratiquer la psychanalyse, mais que la formation médicale diminueraient la capacité à associer librement.

Il était dédaigneux à l’égard des psychiatres : «  Dans les facultés de médecine, un docteur reçoit une formation qui est plus ou moins l’opposé de ce qui est nécessaire pour une pratique de la psychanalyse…Cela leur donne une attitude fausse et nuisible » Freud donc vit leur inauthenticité et leur dangerosité et fût le premier anti-psychiatre.

Il n’y a qu’aux USA que les psychiatres monopolisent avidement la psychanalyse contrairement aux souhaits de Freud, créant des termes obscurs comme «  superego » ( surmoi) et id ( inconscient) qu’eux seuls utilisent. Les psychiatres qui ont pathologisé publiquement le candidat à la présidentielle Goldwater en 1964 étaient si assoiffés de pouvoir, si impliqués politiquement. Des freudiens authentiques n’auraient jamais fait cela car ils croient que nous avons tous des conflits, Freud a donné à cela de la substance en expliquant logiquement les rêves, les mots d’esprits et les erreurs qui sont connus sous le nom de «  Lapsus freudiens ».

Il est souvent dit que ses théories ont été démystifiées. C’est dû au fait que l’origine génétique ou biologique des troubles émotionnels-comportementaux comme maladies du cerveau a été prouvée (comme le prophétise irrationnellement la psychiatrie moderne) plutôt que des réactions à des événements ou à des conflits inconscient-conscient trouvant leur origine dans l’enfance, comme il l’a rationnellement déduit. Mais ceci ne s’est jamais produit donc ses idées n’ont jamais été réfutées.

Comparons les deux approches : les thérapeutes freudiens n’appliquent pas d’étiquettes ostraciques ou stigmatisantes car nous luttons tous. Ils laissent les patients déterminer leurs propres buts et faire le travail actif de la thérapie puisque les associations ne peuvent être porteuses de sens et productives que si c’est le patient qui les effectue. Ils écoutent, comprennent et entre en relation profondément, patiement et respectueusement. Leurs clients réfléchissent aux raisons pour lesquelles ils agissent comme ils le font, ils explorent, expriment les probèmes qui viennent de la vie en société et apprennent à leur faire face de la façon qui leur convient. Ils utilisent leur réflexion afin d’augmenter la capacité à se soignereux-mêmes et le contrôle sur leur vie.

Mais la psychiatrie moderne se précipite d’une façon impersonnelle-jugeante, autoritaire sur des étiquettes qui classent le client comme «  malade » ou «  anormal ». Ils poussent les clients à enfouir leurs problématiques sous la surface plutôt que de les découvrir et de les envisager, leur déniant leur propre volonté puisque celles-ci sont « génétiques » et à obéir passivement. Leurs drogues taille-unique-qui-convient-à-tous rendent le patient muet, son esprit inactif et créent des éternellement dépendants et des zombies sans défense alignés pour leurs assemblées.

Donc, ces approches sont parfaitement l’opposé à tous égards : ‘L’ Anti-Freud’ est le  ‘modèle Pro-médical’. Les psychiatres Freudiens dans les années 50. 60 se sont battus contre la biopsychiatrie, ils étaient donc les prochains anti-psychiatres.  Le premier DSM ( 1952, lors du règne de Freud) ne catégorisait pas les symptômes en les transformant en maladies au nom pseudo-scientifique, mais explorait les liens causaux possibles entre les questions psychologiques et sociales.

Dans les dernières années, le but de Fred était moins de traiter «  la maladie mentale » que d’améliorer la société en augmentant la conscience et en diminuant la répression sociale ( ce qu’il fit), parce qu’il pensait que c’était la principale source de mécontentement5 Si il était encore vivant, il dirait probablement que c’est la répression émotionnelle plutôt que la répression sexuelle qui est la problème et l’attribuerait à «  la médicalisation de la vie quotidienne » de la psychiatrie, comme la nomme Szasz.6 Il accuserait le modèle médical d’empoisonner notre culture  pour nos handicaps, nos tueries, notre drogue et notre crise d’overdoses en disant : ‘ Je vous avais prévenu »

Voici comment il aurait analysé notre société «  malade » :

Le modèle médical amène les individus à réprimer leurs sentiments normaux/déplaisants/inacceptables comme la tristesse après un décès, les soucis quant à l’avenir où la colère, afin d’éviter de se faire appeler «  malade mental » si ils montrent ces sentiments. («  Avoir » une dépression, de l’anxiété, ou une personnalité bipolaire ou borderline si ils montrent les trois).

Beaucoup ayant une conscience d’eux-mêmes sont dupés et conduits à penser qu’il y a quelque chose qui e va pas chez eux (une maladie du cerveau) et dirigés vers la médicalisation de leurs problèmes et de leurs sentiments. Certains vont chez le psychiatre afin de les supprimer à l’aide de médicaments, d’autres essaient des traitements alternatifs en blâmant les toxines, les effets secondaires des médicaments, les régimes alimentaires, etc. La norme donc maintenant est devenue la répression émotionnelle et l’ignorance de soi. Cela étouffe la maîtrise des défis de l’existence. A cause de la médicalisation, le pourcentage la quantité des pensées, luttes, sentiments des individus qui sont inconscients ( ou mis sous sédation) est plus élevé que jamais. Et ceci a eu des effets désastreux.

Bien sûr beaucoup d’idées de Freud sont invalides ou ne s’appliquent plus, mais même Szasz acceptait son idée essentielle de l’inconscient et comment des questions ou des sentiments refoulés peuvent conduire à des actions ou des problèmes sans que nous en ayons conscience.7

L’antidote au modèle médical et à l’infestation de notre culture serait de réintroduire quelques-unes des théories de Freud (pas par la thérapie mais par l’éducation). Après tout, est-ce que le modèle opposé au modèle médical ne serait pas le meilleur moyen de le contrecarrer ? Combiner l’éducation avec la preuve du mensonge de la psychiatrie serait le meilleur moyen d’achever son règne. Les idées de Freud sont déjà à l’intérieur de nous, nous avons juste besoin de le ramener à la surface.

Freud est encore apprécié dans de nombreuses nations d’Europe. C’est peut-être pourquoi leur population est moins vulnérable aux vendeurs de drogues, légales ou illégales et donc pourquoi ils meurent moins fréquemment d’overdose. Alors, partenaires de Mad In America, pourquoi ne pas laisser Freud rejoindre notre équipe ? Il a de bonnes idées,  et surtout c’est lui qui a initié notre cause.

Laurence Kelmenson

Lawrence Kelmenson, MD

Lawrence Kelmenson a été psychiatre pendant 30 ans, exerçant auprès d’enfants, d’adultes et de familles. Il a fai ses études de médecine à l’Université d’état de New York, et accompli son stage en situation pour devenir psychiatre puis, ensuite chef de clinique, à l’Hopital De Craig House, à Beacon. New York, jusqu’en 2000, depuis il conduit des psychothérapies dans le domaine privé à Cold Spring, New York.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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Le programme en 12 points de la psychiatrie pour produire des toxicomanes. Lawrence Kemelson

Psychiatry’s 12-Step Program for Producing Heroin Addicts

Le programme en 12 points de la psychiatrie pour produire des toxicomanes

Lawrence Kelmenson, MD

August 25, 2017

Mad in America

J’ai précédemment montré comment la capacité de la société à classer la tristesse comme une « maladie du cerveau » depuis 1990 avait à une pointe dans le nombre d’adultes dépressifs chroniques.  Dont beaucoup ont été conduits dans une addiction aux opiacés par des médecins qui ont capitalisé sur leur vulnérabilité. Ceci a induit la crise d’overdoses aux opiacés qui elle aussi a commencé en 1990.

Mais même si cela a rendu facile pour des adolescents le fait de trouverr des comprimés d’opiacés dans le porte-monnaie de leur parents ou dans le cabinet du médecin depuis 1990, les overdoses d’héroïne ( qui adviennent principalement chez les jeunes qui ont d’abord consommé des opiacés). N’ commencé à croître que plus tard ( 2006) en dépit du fait que l’héroïne était présente depuis les années 60. Je crois que c’est parce que les dépendants à l’héroïne actuels forment une nouvelle couvée. Les racines de leur création ont été plantées en 1990, quand les mensonges des médecins sur une immaturité normale de l’enfant qui aurait été une «  maladie génétique du cerveau » a été acceptée. Ceci a permis à la psychiatrie de commencer son programme en douze points pour produire des addictions à l’héroïne, menant du berceau à ( presque) la tombe .

  1. Proclamer à tort que les enfants sont câblés génétiquement pour mûrir, de façon à dévaloriser le rôle clef des parents qui investissent moins dans leur éducation.
  2. Diagnostiquer des enfants normalement inattentifs, impulsifs ou caractériels comme ayant une «  maladie du cerveau » permanente ( ADHD ou bipolarité) et avertir les parents en conséquence qu’il serait inutile de les élever normalement puisqu’ils sont «  inéducables ».
  3. Par contre conseiller aux parents et aux écoles de les éduquer sur un mode d’intervention sanitaire, de façon à ce qu’ils n’apprennent jamais comment prévoir, planifier et mener à bien des tâches seuls.
  4. Leur dire que les défis et les attentes de ces enfants doivent être grandement réduites, de façon à ce qu’ils ne soient pas préparés aux pressions fortes, et aux exigences de l’âge adulte.
  5. Conseiller aux parents de ne pas poser de limites ni de sanctionner de mauvais comportements de façon à ce que ces enfants n’aient pas à apprendre comment réguler leurs impulsions et leur rage et en conséquence n’apprennent jamais l’auto-discipline.
  6. Conseiller aux parents et à leurs enfants de ne pas explorer, discuter, résoudre tout problème qui les dérange ( en affirmant qu’il n’y en a pas) de façon à ce qu’ils n’apprennent pas à les résoudre ni comment développer des relations confiantes.
  7. Renforcer l’irresponsabilité, l’incapacité, la sauvagerie en les sauvant dès qu’ils ont des problèmes, leur donner des A faciles et autre récompenses victimaires.
  8. Remplacer une éduction solide par des recours aux tranquillisants de façon à ce que le seul outil que l’enfant apprend jamais à utiliser pour se trouver est la capacité à rendre son esprit brumeux avec des molécules chimiques.
  9. Remplacer une éducation solide avec l’Individualized Educational Programs ( Programme d’éducation individualisé ) et des aménagements qui les dorlotent afin de donner l’illusion de succès qui ne se produisent pas.
  10. Capitaliser leur vulnérabilité et leurs conduites à risque pendant leur jeunesse en les guidant vers l’addiction au moyen de succédanés euphorisants comme l’Adderal
  • Nourrir leur addiction en les encourageant à la nier, déclarant : «  Vous n’êtes pas un toxicomane, puisque ce sont des prescriptions faites par votre médecin pour guérir votre maladie.
  • Si ils acceptent leur addiction et souhaitent travailler à trouver des outils pour devenir sobres, berner les en leur offrant de devenir encore plus toxicomanes par le «  traitement » de leur addiction mais qui plus souvent la développe, comme le Suboxone.

A travers ces étapes, la psychiatrie plante les graines de l’addiciton tôt dans la vie, puis les nourrit continuellement jusqu’à l’âge adulte. La psychiatrie et les programmes des Alcooliques anonymes (AA’s 12 step programs) sont similaires en ce que le principe essentiel de ces deux programmes est de s’abandonner à une autorité plus é digne de confiance ». L’autorité de la psychiatrie n’est que la psychiatrie et ses médicaments addictifs. Dans les AA, vous ne pouvez temporairement pas vous faire confiance puisque ce sont les drogues qui vous contrôlent, donc ils vous enseignent à gérer votre situation d’une façon responsable. Mais en psychiatrie, on vous apprend à ne jamais vous faire confiance puisque de «  mauvais gènes » vous contrôle, et que vous avez donc besoin en permanence confier la responsabilité à des psychiatres et à leurs drogues. Il n’est donc pas surprenant I qu’une méta-analyse ait trouvé que les enfants identifiés d’ADHD se tournent vers les drogues illicites au moins trois fois que les autres, qu’ils soient sous médicaments ou non. La psychiatrie a pris en charge «  l’éducation » des enfants et a récemment ajouténearly 3 times as often as non-labeled kids1,  le « traitement » des addictions dans son domaine toujours croissant, avec des résultats désastreux.

Voici quelques statistiques qui, regroupées, supportent mon argument que la psychatrie est la cause de notre épidémie d’héroïne. Il y a eu une croissance par six de prescriptions de stimulants pour l’ADHD entre 1991 et 2000. L’âge moyen pour le premier diagnostic d’ADHD est 7 ans, il leur faut donc 15 ans pour atteindre 22 ans ( l’âge moyen des usagers d’héroïne). Ceci explique l’augmentation ( six-fold) des overdoses entre 2006 et 2015, après qu’elles soient restées stables pendnat les 10 années précédentes. Kurt Cobain n’était pas seulement en avance sur son temps musicalement, il a aussi suivi cette voie.

Les quatre nations67 avec le plus fort taux par habitant de diagnostic d’ADHD sont les quatre premières nations pour le taux d’overdose per capita, dans le même ordre 8.. Les états11 avec le plus haut taux d’overdose10  par capita ont également un très fort taux de disagnostiqcs d’ADHD. Celles où l’ADHD est le moins diagnostiqué 9 ont le taux d’overdose le plus bas. Le ratio par individus de blancs, hispaniques, noirs ( 19.10.4) 12 est virtuellement identique au taux d’overdose per capita parmi ces ethnicités. ( 19. 10. 6). Ce ratio d’overdoses était presque égal avant que  le premier contingent d’enfants diagnostiqués ADHD n’atteignent l’âge adulte. Les blancs étaient en fait à la seconde place 13.  Le ratio hommes.femelles adolescents «  traités » pour ADHD était à peu près de 3.1 en 2003.14 — à cette époque le ration des overdosespar héroïne hommes femmes est aussi de 3.1. Il est maintenant de 2.2. 115.

Ceci correspond trop bien, comme les pièces d’un puzzle, pour être le fruit d’une coincidence. Avec le fait que les clients traités pour ADHD se suicident 5 à10 fois plus  souvent16 et meurt dans des accidents de la route deux fois plus souvent 18 (ce qui est probablement aussi une des raisons majeurs pour expliquer  la montée récente de ces deux chiffres) ceci suggère que les parents ne devraient pas laisser leurs enfants être diagnostiqués ADHD si ils veulent qu’ils atteignent un grand âge. Donc de façon à éradiquer toutes ces épidémies contemporaines aux USA, leur source commune doit aussi être éradiquée. C’est la bio-psychiatrie. La façon moderne de se défoncer et de mourir aux USA.

Traduction Elisabeth Guerrier