Les scientifiques disent que les ingrédients supposés miraculeux dans la chasse aux mauvaises herbes ne marchent pas !

Au regard des démarches pour le changement et l’amélioration des conditions de vie qu’a dû expérimenter le genre humain, les fausses pistes ont généralement été, après usage, abandonnées. Elevage, culture inadaptés * n’ont pas vu le zèle des communautés s’acharner sur eux quand après de nombreux efforts ils se montraient impraticables pour diverses raisons. Nous nous trouvons dans l’usage de ces herbicides et de ces pesticides face à une démarche complètement inattendue dans le trajet de l’espèce humaine pour maîtriser son environnement et en tirer sa subsistance. Des produits comme le glyphosate, mis à part sa toxicité environnementale prouvée, a aussi la fâcheuse capacité à avoir généré des mutations génétiques extrêmement rapides dans les plantes qu’il est sensé éradiquer et se retrouve donc inadapté pour la fonction même qui a présidé à sa mise en oeuvre. Mais, plutôt que de questionner son efficacité et de le reléguer, comme le furent des milliers d’autres solutions inadéquates dans notre histoire, il préside à la mise en place de nouveaux apports chimiques, issus de technologies qui en sont encore à leur balbutiement et dont on ignore à peu près tout quant à leurs effets sur la vie environnante. Une autre preuve que ce système est non seulement un danger majeur dans ses structures mêmes mais est aussi, malgré un accès jusqu’alors inégalé à la connaissance et la maîtrise scientifiques, dépourvu des réflexes de survie qui ont caractérisé les groupes humains depuis leurs sources. Ce qui le rend, dans cette forme d’absence d’auto-critique aberrante, plus dangereux que tous les autres systèmes de gestion environnementale précédents, c’est l’impossibilité à le faire revenir en arrière.

Tom Philpott

Scientists say supposedly miraculous ingredients in weed killes don’t actually work

shutterstock_81523939

Dale A. Stork/Shutterstock

Avant que les pesticides aillent du laboratoire au champ, ils doivent d’abord être validés par l’Environnemental Protection Agency. Mais ils sont communément mélangés – soit par les producteurs de pesticide soit par les fermiers – avec des substances nommées adjuvants qui augmentent leur efficacité ( afin d’être plus régulièrement répartis sur les feuilles de la plante dans le cas des pesticides, ou en pénétrant à travers les couches superficielles de la plante permettant aux herbicides de tuer les mauvaises herbes). En dépit de leur omniprésence, mes adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

En dépit de leur omniprésence, les adjuvants ne sont pas contrôlés par l’EPA du tout. Ils sont considérés comme des ingrédients « inertes ».

J’ai écrit une première fois à leur propos l’année passée, quand les adjuvants mélangés aux pesticides sont devenus suspects de générer la mort importante d’abeilles lors de la floraison des amandes en Californie. Récemment un article digne d’attention rédigé par les botanistes de Purdue dans la revue économique AgProfessional a attiré à nouveau mon attention. Son contenu illustre la nature dérégulée et sauvage de ces additifs.

Dans l’article, les auteurs font remarquer que deux compagnies  promeuvent chaleureusement les adjuvants comme une sorte de cure miracle contre le fléau toujours plus grand des plantes résistant aux herbicides. C’est une plainte timide étant donné que les herbes résistantes contaminent maintenant plus de 25 millions d’hectares cultivables.

Plus étrange encore ces deux compagnies attribuent l’efficacité de leur produit à la nanotechnologie, un outil d’ingénierie controversé, encore mal régulé qui prend en compte le fait que quand on réduit des substances communes à des particules minuscules, elles se comportent d’une façon radicalement différente de celle qui les caractérise quand elles ont leur taille habituelle. Les nanoparticules sont si minuscules que leur taille est mesurée en nanomètres – un milliardième de mètre. ( Un cheveu humain est à peu prêt épais de 80.000 nanomètres, les nanoparticules se mesurent à moins de 100 nanomètres.)

Un adjuvant appelé ChemXcel  de la compagnie C.R Enterprise dans le Minnesota, prétend « tuer les mauvaises herbes résistantes aux herbicides » quand il est mélangé à des herbicides communs comme le glyphosate. La magie opère à travers «  des nano-conducteurs patentés, de marque déposée » qui « modifient la structure chimique du glyphosate » en « enveloppant les séquences génétiques individuelles de l’ADN à l’intérieur » proclame la compagnie.

Puis il y a NanoRevolution 2.0 mis sur la marché par une compagnie appelée Max System. L’herbicide « porte sur son dos » les nanoparticules lorsque elles pénètrent la structure de la feuille, transportant l’herbicide directement au système des racines pour une absorption de l’herbicide améliorée et plus rapide même sur les mauvaises herbes difficiles à contrôler.

Décontenancé par ces assertions et par l’usage des nanotechnologies, j’ai contacté l’EPA pour constater ce qu’au moins cette agence avait à en dire. « Bien que nous ne soyons pas familier de ce genre de produits, l’EPA a sous sa juridiction des substances qui entrent dans les définitions des pesticides, c’est-à-dire dont on déclare qu’elles tuent, repoussent, préviennent, ou autrement contrôlent les insectes nuisibles » m’a répondu un porte-parole de l’Environmental Protection Agency par email. « Tant que les produits adjuvants aux pesticides ne font pas partie des attributions des pesticides, ils ne sont pas considérés comme des pesticides et leurs composants ne sont donc pas des ingrédients de pesticides ( actifs ou inertes) » et donc, pas sujets aux décisions de l’EPA. Les fabricants ne sont pas même tenus de faire la liste des composants contenus dans les adjuvants.

Voici, par exemple comment Max System décrit les composants de NanoRevolution 2.0 :

Screen Shot 2015-07-28 at 4.25.52 PM copy

Le scientifique de Purdue Weed Bill Johnson, qui est le co-auteur de l’Ag Professional, dit que son équipe et lui-même ont trouvé qu’aucun des nano-composants ne marche comme leur publicité le déclare. «  Je commence à recevoir des appels concernant des témoignages disant que ces produits sont promus dans l’Inde du nord et j’ai pensé, il nous faut valider ou invalider les plaintes. »

Les nanotubes de carbone sont l’une des nanoparticules les plus controversées- souvent compare à l’Asbestos pour leur capacité à se loger dans les poumons et à causer des troubles lorsque ils sont inhalés.

Aussi lui et ses collègues ont testé les produits sur un échantillon de mauvaise herbe connue pour être résistant au glyphosate, les mélangeant au glyphosate dans les proportions recommandées par les fabricants. Les résultats, publiés dans le magazine commercial Ag Professional étaient décevants. Seul, le Roundup ( la version de Monsanto de l’herbicide au glyphosate) n’ a tué que 13.8 % des mauvaises herbes. Mélangé au ChemXcel, il en a tué 15%, alors que le mélange du dénommé NanoRevolution 2.0  Roundup en tuait 18%.

Johnson a expliqué que les herbicides sont toujours mélanges avec des adjuvants – on en a besoin habituellement pour aider l’herbicide à pénétrer les surfaces externes des herbes. Mais ces adjuvants-là ne sont pas plus performants ou pire que les adjuvants conventionnels distribués sur le marché. Mais ils ne s’approchent pas du tout de la solution aux plantes résistantes aux herbicides, comme le prétend la compagnie.

C.J Mannenga, copropriétaire de C.R Enterprises, a rejeté fortement ces résultats et a défié les résultats. «  Nous savons que nos produits marchent » dit-il, « Nous l’avons montré en Géorgie, nous l’avons montré dans l’Ohio, dans le Missouri, dans l’Iowa » Lorsque nous avons parlé Mardi après-midi, Mannenga m’a confié qu’il était à Osborne dans le Kansas, près à «  rencontrer un distributeur [d’agrochimie] majeur qui est «  extrêmement intéressé par le produit… je vais à une démonstration afin de leur montrer que ça marche vraiment. »

Alors que la brochure d’information du produit ne fait pas figurer ses composants, il m’a révélé de bon cœur que «  ce ne sont que des nanotubes de carbone ».

Les nanotubes de carbone sont une des nanoparticules les plus controversées – souvent comparés à l’Asbestos –  à cause de leurs capacités à se loger dans les poumons et à causer des troubles de la respiration. Ce rapport  des chercheurs de l’Université du Massachusetts de Lowel n’est pas très réconfortant : datant de 2014

Bien que l’impact sur les écosystèmes reste sous étudié lors du cycle de vie du CNT ( CarbonNanoTube), des preuves suggèrent que certains organismes aquatiques sont en danger. Pendant qu’il y a des avancées dans la régulation des CNT lors des récentes années, l’absence d’attention aux effets potentiellement carcinogènes de ces nano-composants signifie que ces efforts actuels peuvent donner une fausse impression de sécurité.

En même temps, personne  parmi les employés des fabricants  Max System du NanoRevolution 2.0  ne m’a retourné ma demande de commentaire.

TOM PHILPOTT

Food and Ag Correspondent

Tom Philpott is the food and ag correspondent for Mother Jones. For more of his stories, click here.

* Référence : ” De l’inégalité parmi les sociétés” Jared Diamond Folio Essais

Traduction : Elisabeth Guerrier

Advertisements