Comment la Big Tech a pris le pouvoir par Tom Slater

 

Il ne faudrait pas croire ou faire semblant de croire que le mouvement de censure et son exercice laissé aux cyber médias est brutalement sorti de nulle part avec l’exclusion de DT. La spécificité du pathos de masse est l’amnésie mais il faudra rappeler que cette censure ouverte, légitimée, s’opère depuis plusieurs années et fait écho au développement occidental du mouvement victimaire. Elle est totalement acquise au déni de vérité, à chercher ou à défendre, et qui implique dans son essence même la nécessité vitale de l’opposition, celle-ci pouvant prendre toutes les formes et tous les fonds inclus dans l’esprit du temps. Au regard des réactions outre-Atlantique et de leur écho mimétique européen, la justification du bien fondé d’une telle exclusion semble devenir “évidente” et, soyons lucides, c’est ici que le danger absolu guette d’un glissement qui, tout en prenant l’uniforme un peu extensible du bon droit de la “lutte antifasciste”, au passage sans jamais clairement désigner quels choix politiques ou quelles décisions seraient du ressort d’une telle appellation, se verrait, se voit devenir l’expression d’un totalitarisme sous la forme louable de la protection de la Démocratie. Perversion donc complète qui a le terrible effet de faire sombrer toute recherche d’objectivité dans le gouffre de sa répression immédiate. EG


TOM SLATER
Rédacteur en chef adjoint / DEPUTY EDITOR

15th January 2021

Topics FREE SPEECH LONG-READS POLITICS SCIENCE & TECH

Comment la Big Tech a pris le pouvoir

 

How Big Tech took over

« Nous sommes entrain de créer un monde où chacun, partout peut exprimer ses croyances, peu importe leur singularité, sans peur de se voir réduit au silence ou à la conformité. »

Ce sont les mots du cyberlibertaire John Perry Barlow dans sa « Déclaration d’indépendance du cyberespace. »  « A Declaration of the Independence of Cyberspace », écrit en 1996. Ce document ampoulé offre à voir la plupart des promesses que les idéalistes firent en leur temps à l’égard d’Internet.  Par dessus tout, celui-ci devait libérer la liberté d’expression et l’expression de soi au-delà de tout ce qui avait pu s’imaginer auparavant. Cette liberté d’expression était si essentielle aux mythes du monde en ligne que lorsque les géants de l’industrie tech que nous connaissons et craignons aujourd’hui commencèrent à émerger, transformant un espace préalablement anarchique en un business hautement rentable, ils ont eux aussi fait appel à ce même principe. La liberté d’expression, pour ces aspirants oligarques, leur donna quelque semblant de finalité plus essentielle.

En 2012,  le Directeur général  de Twitter en Grande Bretagne, Tony Wang, surnomma le réseau social d’une façon mémorable :   « L’aile de la liberté d’expression du Parti de la libre expression. » (the free speech wing of the free speech party). « Donner une voix aux gens (Giving people a voice) est la formulation d’une certaine façon plus palotte préférée par un certain Mark Zuckerberg  lorsqu’il a dû décrire  la mission morale de son monstre Facebook. La semaine dernière ces deux compagnies ont banni indéfiniment de leur plateforme Donald Trump, le Président encore en fonction des USA,  privant effectivement un chef de l’état démocratiquement élu de son accès à ce qui constitue maintenant un espace publique. Ils ont ainsi franchi une limite que peu pensaient qu’ils s’autoriseraient à franchir et nous ont rappellé à quel point le vieux rêve d’ un Internet libre est maintenant proche de la réalité autoritaire  et corporatiste

A la suite de l’invasion du Capitole pa des émeutiers pro-trump a semaine dernière, Twitter et Facebook ont affirmé que le maintien de la présence de Donald Trump sur leurs plateformes inciterait à plus de violence. Mais la gymnastique intellectuelle exigée pour justifier cette affirmation a permis de mettre au jour le fait que quelque chose d’autre se produisait. Dans sa rationalisation pour suspendre Trump, Twitter a cité un tweet dans lequel il confirmait le fait qu’il n’assisterait pas à l’inauguration de Joe Biden, disant que ceci pouvait être compris comme une invitation à l’attaquer.

En réalité, les décisions historiques prises par Twitter, Facebook, YouTube et d’autres la semaine dernière sont le point culminant d’une campagne de plusieurs années, menée de l’intérieur et de l’extérieur par ces firmes dans le but d’exclure Trump des réseaux sociaux. Des soi-disant libéraux et gauchistes l’ont accusé de semer la haine et la désinformation et ont fait régulièrement pression sur ces compagnies afin qu’elles interviennent.

Pendant longtemps, Big Tech s’est tenue à contre-courant- même lorsque la politique des plates-formes sur la régulation de l’expression devenait de plus en plus prohibitive. Trump, après tout, était encore le Président. Au lieu de la censure, des étiquettes d’avertissement et de contrôle de faits étaient collées sur ses posts les plus controversés, ceci, en soi déjà une intervention remarquable. Cela devrait suffire semblait-il, jusqu’à ce qu’il quitte la place et qu’une protection spéciale ne lui serait plus accordée.

Il s’est peut-être agi de la pression du moment. L’événement du Capitole a peut-être simplement donné à Twitter et à Face Book une opportunité.

Mais ceux qui suggèrent que ces bannissements ont été le fruit d’une application  de sang froid des régulations de Twitter et Face book se trompent, tout comme ceux qui semblent ne pas voir le précédent terrifiant que tout cela induit.

 Ces firmes technologiques qui il y a un temps se réclamaient responsables de la liberté d’expression sont maintenant devenues des instruments de censure  politique. Sans conteste les plus puissants que le monde ait connu. Si puissants, en fait, que même le lieu de l’élection la plus puissante du monde libre n’est pas suffisant pour vous protéger contre eux. La question est : comment en est-on arrivé là.

Le CEO de Twitter Jack Dorsey face au Comité de l’énergie et du commerce de la Maison Blanche lors de l’audition sur la transparence et la responsabilité de Twitter au Capitol Hill le 5 septembre 2018

Les choix politiques de la Silicone Valley ne font, à ce point aucun doute. Une analyse du Wired parue avant les élections a montré que 95 % des dons effectués par les employés des six firmes big tech : Alphabet (compagnie parente de Google) Amazon, Apple, Facebook, Microsoft et  Oracle – sont allées à Joe Biden.  Mais suggérer qu ces compagnies étaient pressées dès la première heure de pratiquer la censure sur leurs opposants et leur idéologie afin d’exercer le rôle d’arbitres moraux et de ministres de la vérité serait leur attribuer une substance morale qui vraisemblablement les dépasse.  Le but final était de faire de l’argent. Et elles ont toujours été très vivement conscientes que répondre à la demande qui leur était faite de censurer toujours plus les plongerait dans une controverse morale.

Mais c’est fait, elles ont maintenant acquiescé. Dans les dernières années, la Big Tech a étendu ses décrets sur de plus en plus de contenus des discussions en ligne. Et se faisant ces firmes ont offert une parfaite étude de cas pour constater comment la censure se développe dès que le principe de la liberté d’expression est compromis.

Il n’y a jamais eu d’âge d’or du discours sans entrave sur ces plates-formes. Aussitôt que le carré du public digital s’est vu dominé par une poignée de milliardaires, les jours de l’Internet libre ont été comptés. Mais lors des cinq dernières années, la censure sur ces sites a pris la vitesse turbo en réponse à une flopée de crises de panique morales. A partir de 2016, une succession de figures de la droite dure furent bannies des grosses plates-formes à propos d’un supposé discours haineux, du troll alt-allégé Milo Yiannopoulos au malfrat anti-Islam Tommy Robinson  en passant par le comique des théories du complot Alex Jones. Le vieil argument libéral contre la censure des sectaires ; que la réponse à du discours réactionnaire est plus de discours, que la censure ne fait qu’activer la haine en sous-main – furent déniées, si bien sur elles ont jamais été pratiquées.

Les commentateurs et les politiciens exigèrent scalps après scalps. Le goût pour la censure est insatiable. Et comme la réglementation des discours haineux s’élargit, des voix respectables de plus en plus nombreuses furent prises dans ses filets. Une d’entre elle fut la féministe critique dude la théore du genre Meghan Murphy, bannie d’une façon permanente de Twitter pour avoir commis le crime de « misgendering », trahir le genre d’un supposé délinquant sexuel. Même parmi tout cela, Big Tech essaya de s’en tenir à une série d’arguments de plus en plus douteux.

En 2018,  Mark Zuckerberg dit, enregistré et spontanément,     que ce n’était pas le rôle de Face Book de censurer le déni de l’Holocauste, aussi offensif que lui, en tant que Juif puisse le trouver. Il ne voulait pas réguler ce qui était ou non du ressort de la vérité. Lorsque Alex Jones fût écarté de la plate-forme cette même année, un porte-parole eut bien des difficultés   à dire qu’il s’agissait de ses évidents « discours de haine » ou de sa « glorification de la violence » – et non de ses affirmations insensées que le massacre de Sandy Hook  était une information fausse ou que le 11 septembre était une affaire interne.

Mais la logique de la censure est toujours celle de plus de censure. Et la Silicon Valley a dû faire face à de plus en plus de pression pour mettre un frein à la haine en ligne et à la désinformation, que les leaders démocrates aux US ont postulé inhérente à l’élection de Trump en 2016 – stupéfaits par le fait que certains électeurs aient pu simplement le préférer à Hillary Clinton. L’année dernière,  Joe Biden a déclaré au NYT que FaceBook «propageait des mensonges”  , pointant des attaques menées contre lui par les Russes et les Républicains. Il a demandé que la Section 230, qui protège les plates-formes contre la responsabilité à l’égard de ce que leurs usagers postent- d’être révoquée. Lorsque la maintenant vice-présidente Kamala Harris cherchait la nomination des Démocrates, elle a aussi visé  Facebook et Twitter à propos des soi-disant discours haineux. « Nous rendrons les plates-formes médiatiques responsables de la haine les infiltrant. » a-t-elle dit.

Les politiciens ont trainé Zuckerberg et al devant le Congrès, exigeant qu’ils fassent plus de contrôle des faits et de censure, sous la menace rampante que leur business soit régulé de l’extérieur ou détruit. Mais une fois encore, les Démocrates ont moins semblé soucieux du monopole  du pouvoir de ces firmes que de leur apparente hésitation à l’exercer afin de mettre un terme à la censure.

Une effigie décrivant les relations entre l’appareil judiciaire allemand et Face Book, au Carnaval du Lundi de la rose à Dusseldorf en février 2020.

2020  a été l’année ou tout cela a atteint un point critique.

En premier lieu, en réponse à la pandémie du  Covid 19, les grosses plates-formes abandonnèrent  tout scrupule antérieur portant sur le fait de devenir le Ministère de la Vérité.  YouTube commença à bannir tout contenu qui déviait des conseils de la World Health Organisation. Facebook à offrir du contrôle de faits pandémiques et tenta de minimiser le développement des posts déniant la réalité du Covid mais en vint très vite à bannir en gros tout discours conspirationniste. (L’approche étonnamment libérale du déni de  l’Holocauste de Mark Zuckerberg fût aussi abandonnée.)

Puis vint l’élection présidentielle. Et par une sorte de sombre ironie,   la peur que la désinformation véhiculée par les Trumpistes puisse modifier les résultats du vote  conduisit la Big Tech à effectuer une de ses plus sinistres interventions dans le champ de la politique électorale :  la  censure d’un article  diffamatoire du  New York Post  à propos du fils notoirement suspect de Joe Biden, Hunter. Twitter  délogea Post, le plus ancien quotidien des USA de son compte Twitter. Les usagers furent empêchés de partager l’histoire, même dans le cadre de messages privés.  Facebook annonça qu’il  « réduisait » la « distribution de l’histoire sur sa plate-forme », en accord avec ses  « standards d’actions pour réduire la  propagation de la désinformation ».

Si la Big Tech avait simplement et avec arrogance assumé le droit de restreindre la liberté d’expression et de se mêler à la politique démocratique, cela aurait déjà été suffisamment mauvais.  Mais la vérité, c’est que à chaque fois, ces firmes géantes se sont vu imposer ces restrictions par l’establishment libéral excité par la révolte trumpienne et tombant de plus en plus dans l’hystérie.

Malgré toutes  les postures de l’élite libérale s’opposant aux monopoles de ces firmes, l’autorité de réguler moralement la sphère publique  a été attribuée à la Big Tech. Les portes tournantes  entre la Silicon Valley et le Parti démocrate, pour ne pas mentionner les anciens étudiants de la Big Tech  recrutés dans l’équipe de Biden, suggèrent que pour l’heure, l’administration à venir est plus qu’à l’aise avec un tel arrangement. Toutefois, libéraux et gauchistes commencent à se réveiller quant au danger que pose le bannissement de Trump des médias sociaux et quant à l’ombre qu’il pourrait jeter sur la plitique dans l’avenir. Dans un récent éditorial du NYT, Michelle Goldberg résume la pensée double-standard maintenant si commune :  « Je me trouve à la fois d’accord sur le fait que les géants big tech aient utilisés leur pouvoir dans ce cas et perturbée par le fait que ce pouvoir soit si gigantesque. » D’autres chefs d’état ont, comme on peut l’imaginer, trouvé l’affaire perturbante. Un porte-parole de la Chancelière allemande Angela Merkel – elle-même peu avocate de la liberté d’expression – a dit que la répression par les médias sociaux était «  problématique ». Le Président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador est allé plus loin, la comparant à l’Inquisition.

D’une façon plus frappante, le gouvernement polonais a dit qu’il modifierait la législation afin de limiter la censure exercée par la Big Tech . La législation polonaise est assez peu portée vers le fondamentalisme quant à la liberté d’expression et la Parti Loi et justice au pouvoir n’est pas particulièrement libéral. Cependant, cette réactin naissante souverainiste, contre la censure exercée par la Big Tech- qui va bien au-delà de celle pratiquée par les gouvernements nationaux – peut peut-être donner à sentir ce qui peut advenir.

Lorsque John Perry Barlow écrivit sa déclaration il ya vingt cinq ans, son objectif était clairement l’état.  wrote his declaration 25 years ago, his aim was fixed squarely on the state. ‘Governments of the Industrial World’, “ Gouvernements du monde industriel”  tonna-t-il , « Je viens du cyberespace, le nouveau foyer de l’esprit. Au nom de l’avenir et venant du passé, je vous demande de nous laisser en paix. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucune souveraineté où nous nous rassemblons ». Mais dans les démocraties occidentales aujourd’hui,  au moins, la première menace contre la liberté d’expression en ligne ne vient pas des gouvernements nationaux mais de l’oligarchie de la Silicon Valley que précisément, personne n’a jamais élue.

Comment mettre au défi la censure de la Big Tech est un problème que nous, qui croyons à la liberté d’expression devrons affronter pendant les années à venir. Parallèlement à la censure d’état qui s’est vue croître récemment en Grande Bretagne et ailleurs. Mais peut-être l’état des nations démocratiques, si souvent dépeint comme étant le problème, se verra faire partie de la solution.

Tom Slater is deputy editor at spiked. Follow him on Twitter: @Tom_Slater_

All photos by: Getty Images.

Traduction : Elisabeth Guerrier

La surprotection de l’esprit américain / Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

La surprotection de l’esprit américain

The Coddling of the American Mind

Au nom du “bien être émotionnel”, les étudiants demandent de plus en plus souvent aux universités  une protection contre les mots et les idées qu’ils n’aiment pas. Voici pourquoi c’est à la fois désastreux pour l’éducation et pour la santé mentale.

Andrew B. Myers / The Atlantic Par Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

 

Quelque chose d’étrange se produit dans les universités et les grandes écoles américaines. Un mouvement prend de l’ampleur, sans leader et conduit largement par les élèves, qui cherche à nettoyer les campus et à ôter les mots, les sujets, les idées qui pourraient causer de l’inconfort ou porter offense. En décembre dernier, Jeannie Suk  écrivit un article dans The New Yorker, à propos d’étudiants en droit demandant à son collègue Professeur à Harvard de ne pas enseigner la loi sur le viol – ou si besoin, d’utiliser le terme « enfreindre » comme dans « enfreindre la loi »  de peur que cela génère de la détresse chez ses étudiants. En février,  Laura Kipnis, Professeur  à la Northwestern University,  écrivit un essai dans “Les Chroniques de l’enseignement supérieur” The Chronicle of Higher Education décrivant la nouvelle politique de paranoïa sexuelle sur les campus – et fut l’objet d’une longue enquête après que des étudiants qui s’étaient sentis offensés par l’article et par un tweet qu’elle avait envoyé aient rempli la plainte du Titre IX contre elle.  En juin, un Professeur se protégeant sous un pseudonyme écrivit un essai pour Vox décrivant combien il devait maintenant enseigner avec précaution. « Je suis un enseignant libéral et les étudiants libéraux me terrifient » en est le titre. Un grand nombre d’acteurs populaires dont Chris Rock  ont cessé d’intervenir  sur les campus ( se référer à l’article de Caitlin Flanagan).

 Jerry Seinfeld et Bill Maher  ont publiquement condamné cette hyper sensibilité des étudiants disant que nombre d’entre eux étaient incapables de second degré.

Deux termes sont apparus rapidement, venus de nulle part et imprégnant la parlance commune ; “Microagressions”, ce sont de petites actions et des choix de mots qui semble à première vue ne pas avoir d’intention maligne mais ui sont malgré tout une forme d’agression. Par exemple, suivant les codes de conduites de certains campus, c’est une microagression de demander à un Asio-américain ou à un latino-américain :  “Où es-tu né ?” parce que cela impliquerait qu’il n’est pas un véritable américain.  Des “déclencheurs d’avertissement”, Trigger warnings sont des alertes que les professeurs sont censés fournir si un sujet dans un cours est supposé entraîner de fortes réponses émotionnelles. Par exemple, certains étudiants ont demandé à ce que le Things Fall Apart de Chinua Achebe, qui décrit la violence raciale et le The Great Gatsby  de F. Scott Fitzgerald qui décrit la misogynie et les abus physique soient repérables afin que les étudiants qui ont subi le racisme ou les violences domestiques puissent choisir d’éviter ces œuvres, qui, croient-ils, pourraient réveiller un retour post-traumatique.

Certains actions sur les campus touchent au surréel. En avril, à l’université de Brandeis  l’association des asio-américains a cherché à attirer l’attention sur les microagressions touchant les asiatiques à travers une installation sur les marches d’un des halls de l’université. L’installation donnait des exemples de microagressions comme : “vous n’êtes pas supposés être bons en maths ?” ou “Je suis insensible à la couleur de peau. ” Mais cela généra une réaction de la part d’autres asio-américains qui ont senti que l’exposition elle-même était une microagression. L’association a enlevé l’installation et son président a écrit à toute la communauté estudiantine une note d’excuses pour « tous ceux qui avaient été blessés ou touchés par le contenu de la microagression. »

Selon les principes les plus basiques de la psychologie, voulant aider les personnes avec des crises d’anxiété (nosographie biopsy : anxiety disorders) en leur évitant la chose qui les effraie est une erreur. C’est pourtant le nouveau climat qui est institutionnalisé et qui affecte ce qui peut être dit dans la classe, même lors d’une simple discussion. Pendant l’année scolaire 2014 2015, par exemple, les recteurs et les administrateurs de 10 universités américaines ont été conviés à des formations de cadres où étaient présentés des exemples de microagressions. La liste des propos offensifs incluait : “Je crois que la personne la plus qualifiée devrait obtenir le poste”.

La presse a majoritairement décrit ces développements comme des résurgences du politiquement correct. C’est partiellement exact, bien qu’il y ait d’importantes différences entre ce qui se produit maintenant et ce qui s’est passé dans les années 80 ; 90.

 Le mouvement cherchait à réduire le discours, particulièrement les discours de haine à l’égard des minorités marginalisées, mais il questionnait également la littérature, la philosophie, et les critères de l’histoire, cherchant à étendre l’usage en y incluant une perspective plus large. Le mouvement actuel est principalement autour du “bien-être émotionnel ”    et plus que le précédent, il postule une extraordinaire fragilité de la psyché estudiantine, et donc élève les objectifs à la protection des étudiants contre tout tort psychologique subi.

Le but ultime, semble-t-il est de transformer les campus en « lieux sûrs » où les jeunes adultes seraient protégés contre les mots ou les idées qui mettent certains d’entre eux mal à l’aise. Et plus que le prédécesseur, ce mouvement cherche également à punir quiconque pourrait enfreindre cet objectif, même accidentellement. On pourrait qualifier cette tendance de “vindicte protectionniste”. Elle crée une culture dans laquelle tout le monde doit s’y reprendre à deux fois avant de s’exprimer, sous peine de subir des accusations d’insensibilité, d’agression ou pire.

L’écrivain Greg Lukianoff  s’est joint à l’éditeur en chef d’Atlantic James Bennet pour discuter cette question.

Nous avons étudié ce développement depuis un certain temps déjà, en sonnant l’alarme. Greg Lukianoff est un avocat en droit constitutionnel et président et PDG de la Fondation pour les droits de l’individu dans l’éducation, qui défend la liberté d’expression et la liberté d’enseigner sur les campus, il a aussi plaidé pour certains étudiants et enseignants  impliqués dans les cas cités plus haut. Jonathan Haidt est un psychosociologue qui étudie la culture de la guerre américaine. Les récits de la façon dont nous en sommes venus à discuter de ceci peuvent être lus ici.

Le danger que ces tendances posent pour la scolarité et pour la qualité des universités américaines sont réels. Nous pourrions écrire un essai entier pour les décrire. Mais ici, nous nous centrons sur différentes questions  : quels sont les effets de ce nouveau protectionnisme sur les étudiants eux-mêmes ?  Est-ce que cela avantage les personnes supposes devoir être aidées ?  Qu’apprennent exactement les étudiants quand ils passent quatre années ou plus dans une communauté qui police les “affronts” non intentionnels, place des notes d’avertissement sur les ouvrages de la littérature classique et de beaucoup d’autres façons implique le fait que les mots peuvent être une forme de violence qui demande un strict contrôle par les autorités universitaires, qui sont supposés agir à la fois comme protecteurs et comme procureurs ?

Il y a un adage commun dans les cercles universitaires : « N’apprend pas aux étudiants quoi  penser mais enseigne leur comment penser. L’idée remonte aussi loin que Socrate. Aujourd’hui, ce qu’on nomme la “méthode socratique” est une façon d’enseigner qui génère la pensée critique, encourageant en partie les étudiants à questionner et à examiner leurs propres croyances ainsi que la sagesse reçue provenant de ceux qui les entourent. De tels questionnement amènent parfois de l’inconfort et même de la colère liés à la manière de comprendre.

Mais le protectionnisme vindicatif enseigne aux étudiants une tout autre méthode. Il les prépare très mal à la vie professionnelle, qui demande fréquemment un engagement intellectuel avec ces gens et des idées que l’on peut considérer désagréables ou fausses.

Le tort causé peut être également plus immédiat. Une culture de campus dédiée à la police du langage et punissant les intervenants est supposée générer des modèles de pensée qui sont étonnamment similaires à ceux qui ont depuis longtemps été identifiés par les thérapistes cognitivo-comportementaux comme causes de dépressions et d’anxiété. Le nouvel hyper-protectionnisme apprend aux étudiants à penser d’une façon pathologique.

Comment en est-on arrivés là ?

Il est difficile de savoir exactement pourquoi la vindicte protectionniste s’est répandue si largement ces dernières années. Le phénomène est peut-être lié aux récents changements dans l’interprétation des statuts fédéraux anti-discrimination (sur lesquels nous reviendrons plus tard) Mais la réponse implique probablement des modifications des relations intergénérationnelles également. L’enfance elle-même a énormément changé pendant  la dernière génération. De nombreux Baby boomer ou  Gen Xers peuvent se souvenir d’avoir roulé en bicyclette, sans la surveillance d’adulte alors qu’ils n’avaient que sept ou huit ans. Dans les heures suivant la classe, les enfants étaient supposés s’occuper eux-mêmes,  s’affronter à des heurts mineurs et apprendre de leur expérience. Mais l’élevage en plein air” de l’enfance est devenu plus rare dans les années 80. La montée de la criminalité des années 60 au début des années  90 a rendu les parents plus protecteurs que leurs propres parents. Les histoires d’enlèvements d’enfants sont devenues plus communes et en 1984, leurs photos sont apparues sur les packs de lait. En réponse, les parents ont serré les vis et ont travaillé plus pour assurer la sécurité de leurs enfants.  

La progression vers la sécurité s’est aussi manifestée à l’école. Les structures potentiellement dangereuses des jeux furent enlevées des cours de récréation, le beurre de cacahuètes banni de déjeuner des enfants. Après le massacre de Columbine de 1999, beaucoup d’écoles ont sévi contre le harassement, intégrant des mesures de « tolérance zéro » . De diverses façons, les enfants nés dans les années 80—the Millennials—ont reçu un message fort des adultes : la vie est dangereuse mais les adultes vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour vous protéger, pas seulement des étrangers mais les uns des autres également.

Ces mêmes enfants ont grandi dans une culture qui était (et est encore) de plus en plus polarisée politiquement. Les Républicains et les Démocrates ne se sont jamais particulièrement appréciés mais des enquêtes remontant à 1979 montrent qu’en moyenne, leur antipathie mutuelle était assez modérée. Les sentiments négatifs sont devenus de plus en plus forts cependant à partir du début des années 2000. Les sciences politiques appellent cela « une polarisation affective partisane » et c’est un sérieux problème dans une démocratie. Comme chacun des côtés diabolise de plus en plus l’adversaire, les compromis deviennent de plus en plus difficiles.

Une étude récente montre que des biais implicites et inconscients sont maintenant au moins aussi forts au sein des partis politiques qu’ils le sont en ce qui concerne les races.

Il est donc assez facile d’imaginer pourquoi des étudiants aujourd’hui peuvent être désireux de protection et plus hostiles à l’égard des opposants idéologiques que la génération passée. L’hostilité et la suffisance nourries par des émotions partisanes fortes peuvent être supposées ajouter de l’intensité à n’importe quelle croisade morale. Un principe de psychologie morale est que le « moralité attache et aveugle ». Une partie de ce que nous faisons quand nous posons des jugements moraux est d’exprimer notre allégeance à un groupe. Mais ceci peut interférer avec notre capacité à penser d’une façon critique. Reconnaître que le point de vue opposé à quelque mérite est risqué- vos coéquipiers peuvent vous considérer comme un traître.

Les médias sociaux rendent la contribution à une croisade, l’expression de la solidarité et l’outrage et la poursuite des traîtres extrêmement faciles. Face Book a été fondé en 2004 et depuis 2006, tout enfant âgé de plus de treize ans peut le joindre. Ceci signifie que la première vague d’étudiants qui ont passé leur adolescence avec Face Book ont intégré l’université en 2011 et ont passé leur diplôme uniquement cette année.

Andrew B. Myers

Ces premiers ” vrais indigènes des médias sociaux” peuvent être différents des générations antérieures sur la façon de partager des jugements moraux et se supportent dans des campagnes morales et des conflits.  Nous trouvons beaucoup à apprécier dans ces tendances, les jeunes adultes aujourd’hui sont engagés les uns par rapport aux autres, avec de nouvelles histoires, et avec des attitudes prosociales plus développées que lorsque la télévision était la technologie dominante. Mais les médias sociaux ont aussi fondamentalement modifié l’équilibre de pouvoir dans les relations entre étudiants et enseignants, ces derniers craignant de plus en plus ce que certains étudiants pouvaient faire subir à leur réputation et à leur carrière en suscitant des attaques en ligne contre eux.

Nous ne voulons pas faire l’hypothèse d’une causalité directe, mais la taux de troubles psychiques chez les jeunes adultes a augmenté, à la fois dans et hors des campus, lors des dernières décennies. Une partie de cette croissance est certainement due à de meilleurs diagnostics et à une plus grande volonté de chercher de l’aide, mais la plupart des experts semblent s’entendre sur le fait  que cette tendance est réelle. Presque tous les responsables de la santé mentale sur les campus ayant été consultés par l’ American College Counseling Association  en 2013, ont rapporté le fait que le nombre d’étudiants avec des problèmes psychologiques sévères était en augmentation dans leur université.  Le taux de détresse émotionnelle rapportée par les étudiants eux-mêmes est également élevé et en hausse. Dans une enquête de 2014 effectuée par l’American College Health Association, 54 % des étudiants questionnés disent qu’ils ont “ressenti une angoisse débordante” lors des derniers douze mois, plus de 49 % de plus que lors de la même enquête réalisée juste cinq années plus tôt. Les étudiants semblent rapporter plus de crises émotionnelles, beaucoup semblent être plus fragile, et ceci a certainement changé la façon dont les professeurs et les administrateurs échangent avec eux. La question est de savoir si ces changements dans la relation sont supposés faire plus de mal que de bien.

La cure de réflexion

Depuis des millénaires, les philosophes ont compris que nous ne voyons pas la vie comme elle est, nous y voyons une version déformée de nos espoirs, de nos peurs, et de nos attachements. Le Bouddha a dit : “ Notre vie est une création de notre esprit.” Marc Aurèle dit : “La vie est ce que tu te représentes.” La quête de la sagesse dans de nombreuses traditions, commence par cette considération. Les Bouddhistes de la première heure et les Stoïciens, par exemple, ont développés des pratiques pour la réduction des attachements, rendre la pensée plus clairvoyante et tendre vers la libération des tourments émotionnels de la vie mentale normale.

Les thérapies cognitives comportementales sont la mise en pratiques contemporaine de cette ancienne sagesse.  C’est le traitement non pharmaceutique le plus largement étudié pour la maladie mentale et c’est utilisé pour traiter la dépression, les troubles anxieux, les troubles de l’alimentation, et les addictions. Cela peut même être envisagé pour les schizophrènes. Aucune autre forme de thérapie ne fonctionne sur un éventail aussi large de problèmes. Les études montrent que c’est aussi efficace que les traitements antidépresseurs (comme le prozac) pour le traitement de l’anxiété et de la dépression. La thérapie est relativement rapide et facile à apprendre, après quelques mois d’entrainement, de nombreux patient peuvent l’appliquer seuls. Contrairement aux drogues, les thérapies cognitive-comportementales fonctionnent longtemps après que le traitement s’est arrêté, parce qu’elles apprennent au patient des compétences mentales qu’ils peuvent continuer à utiliser.

Le but est de minimiser les pensées déformées et de voir le monde d’une façon plus exacte. Vous commencez par apprendre les noms d’une douzaine ou plus de déformations cognitives communes (comme la généralisation, la négligence des aspects positifs, et le raisonnement émotionnel, voir la liste en bas d’article). Chaque fois que vous vous percevez comme aux prises avec l’une d’entre elles, vous la nommez, décrivez les faits de la situation, considérez des interprétations alternatives puis choisissez une interprétation des événements plus en accord avec ces faits. Vos émotions suivent cette nouvelle interprétation. Avec le temps, le processus devient automatique. Lorsque les gens améliorent leur hygiène morale de cette façon – lorsqu’ils se libèrent des pensées répétitives irrationnelles qui avait précédemment empli une part si importante de leur conscience- ils deviennent moins déprimés, anxieux ou irritables.

Le parallèle avec l’éducation officielle est clair : la thérapie cognitive-comportementale enseigne des compétences dans une bonne pensée critique, celle que les éducateurs luttent depuis si longtemps pour transmettre.  Suivant presque toutes ses définitions la pensée critique implique d’enraciner ses croyances dans des preuves plutôt que dans des émotions ou des désirs et apprendre comment chercher et évaluer ces preuves qui peuvent contredire vos hypothèses initiales. Mais est-ce que la vie sur les campus génère de la pensée critique ? Ou induit-elle les étudiants à penser d’une façon plus déformée.

Jetons un regard aux diverses tendances présentes dans le cursus universitaire au regard de ces déformations identifiées par les thérapies comportementalistes. Nous tirons leurs dénominations et leurs descriptions du livre populaire de David D. Burns « Se sentir bien » Feeling Good, ainsi que de la deuxième édition de «  Planification  et interventions de traitements pour la dépression et les désordres liés à l’anxiété «Treatment Plans and Interventions for Depression and Anxiety Disorders », de Robert L. Leahy, Stephen J. F. Holland, et  Lata K. McGinn.

L’approche du raisonnement émotionnel dans l’enseignement supérieur

Burns définit le raisonnement émotionnel comme assumant que « nos émotions négatives reflètent nécessairement la façon dont est vraiment la réalité : si je ressens ça, c’est donc que c’est vrai ». Leahy, Holland, et McGinn définissent ceci comme le fait de laisser « vos sentiments vous guider dans l’interprétation de la réalité ». Mais bien sûr les émotions ne sont pas toujours des guides fiables, lorsqu’ils ne sont pas canalisés, ils peuvent amener à s’en prendre aux autres qui n’ont rien fait de mal. La thérapie implique de sortir de cette idée que chacune de vos réponses émotionnelles représentent quelque chose de vrai et d’important le raisonnement émotionnel domine les débats et les discussions sur de nombreux campus. La plainte que les propos de quelqu’un puisse être “offensants”  n’est pas seulement l’expression de votre propre sentiment d’ “offense”. C’est plutôt l’accusation publique que le locuteur a fait  quelque chose d’objectivement déplacé. C’est une exigence qu’il s’excuse et soit puni par une autorité quelconque pour avoir commis une offense.

Il y a toujours eu des gens pour croire qu’ils avaient le droit de ne pas être offensés. Cependant, à travers l’histoire américaine – de l’ère victorienne aux militants de la liberté de parole  des années 60 70- les radicaux ont poussé les limites et se sont moqués des sensibilités dominantes. Par contre, dans les années 80, des campus ont commencé à se centrer sur la prévention du discours offensif, tout spécialement sur ceux qui pouvaient être blessants pour les femmes et les groupes minoritaires.  La préoccupation sous-jacente était louable, mais elle a rapidement produit un résultat absurde.

Que faisons-nous à nos étudiants si nous les encourageons à développer une extrême susceptibilité juste avant de quitter le cocon familial de la protection adulte ?

 Parmi les exemples les plus précoces se situe l’incident dénommé “du buffle d’eau” de l’Université de Pennsylvanie. En 1993, l’université à accusé un étudiant né en Israël de harcèlement racial après qu’il ait crié « La ferme, espèce de buffle d’eau » à un groupe de femmes noires qui faisaient du bruit pendant la nuit à l’extérieur du dortoir. De nombreux enseignants et commentateurs à l’époque ne voyaient pas comment le terme “buffle d’eau”  ( une traduction littérale d’une insulte en Hébreu qui s’applique à une personne indélicate et chahuteuse) pouvait être une injure raciale à l’encontre d’Afro-américains et le résultat fût de transformer le cas en nouvelle internationale.

Les exigences du droit à ne pas se sentir offensé ont continué à augmenter depuis et les universités ont continué à les privilégier. Dans un cas particulièrement choquant en 2018, par exemple, l’Université d’Indiana-Purdue a déclaré un étudiant blanc coupable de harassement racial parce qu’il lisait un ouvrage intitulé «  Notre dame vs Le Klan ». Le livre honore l’opposition estudiantine au Ku Kkux Klan lorsqu’il marcha sur Notre Dame en 1924. Néanmoins, la photo sur la couverture a offensé au moins un des partenaires de cet étudiant (il était agent d’entretien en même temps qu’étudiant) et cela a été suffisant pour qu’il soit déclaré coupable par le Affirmative Action Office.

Ces exemples peuvent sembler extrêmes mais le raisonnement derrière eux s’est banalisé lors de ces dernières années. L’an dernier, à l’Université de Saint Thomas dans le Minnesota, un événement appelé “Hump  day , le jour de la bosse”, qui devait autoriser à caresser un chameau a été brutalement annulé. Des étudiants avaient créé un groupe sur Face Book  où ils protestaient contre l’événement en raison de sa cruauté animale, du fait qu’il était un gaspillage d’argent et de son manque de sensibilité aux habitants du Moyen -Orient. L’inspiration pour le chameau est certainement venue d’une publicité télévisée populaire dans laquelle un chameau flâne dans des bureau, célébrant le « Jour de la bosse »  et ne fait à aucun moment référence au habitants du Moyen Orient.  Néanmoins, le groupe à l’origine de l’événement a annoncé sur sa page Face Book, que celui-ci serait annulé parce que : “le programme divisait les gens et créerait un environnement inconfortable et éventuellement dangereux.”

Parce qu’il existe un large bannissement dans les cercles académique à propos du « blâme de la victime », il est généralement considéré comme inacceptable de questionner le caractère raisonnable ( sans parler de la sincérité) des états émotionnels que quelqu’un, particulièrement lorsque ceux-ci sont liés à une identité groupale.  L’argument si mince de « je suis offensé » est un atout imbattable.  Ceci conduit à ce que Jonathan Rauch, un éditeur contribuant à ce magazine, nomme : « la loterie de l’offense » dans laquelle les parties opposées utilise la plainte contre l’offense comme un gourdin. » Dans le processus, la barre de ce qui est considéré comme un discours inacceptable se baisse de plus en plus.

Depuis 2013, de Nouvelles pressions de la part du gouvernement ont renforcé cette tendance. Les statuts anti-discrimination  régulent le harcélement et les traitements inégalitaires basés sur le sexe, la race, la religion et les origines nationales.  Jusqu’à récemment le Département de l’éducation pour les droits civiques (Department of Education’s Office for Civil Rights) reconnaissait qu’un discours doit être “objectivement offensant” avant qu’il puisse être l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. Il se devait de passer le test de la « personne raisonnable ». Pour être prohibé, le Comité a écrit en 2003, que le discours ouvertement harcelant se devait d’aller “au-delà la simple expression de vues, mots, symboles ou pensées que certaines personnes peuvent trouver offensantes. “

Mais en 2013, le Département de la justice et de l’éducation (Departments of Justice and Education) a largement étendu la définition du harcèlement sexuel pour y inclure des conduites verbales étant simplement “malvenues”. Par crainte d’investigations fédérales, les universités appliquent maintenant ces standards- définissant les discours de harcèlement malvenus – pas seulement à l’égard du sexe mais aussi de la race, de a religion, et du statut de vétéran également. Tout le monde est supposé s’appuyer sur ses émotions pour décider si un commentaire par un étudiant ou par un professeur est malvenu et mérite une plainte pour harcèlement.  Le raisonnement émotionnel est maintenant accepté comme preuve.

Si nos universités enseignent à leurs étudiants que leurs émotions peuvent être efficacement utilisés comme des armes. Ou au moins comme des preuves lors des procédures administratives – alors elles apprennent à nos étudiants à nourrir une sorte d’hypersensibilité qui les conduira à des conflits sans nombre à l’université et ailleurs. Les écoles peuvent enseigner aux étudiants des modes de pensée qui vont endommager eus carrières, leurs amitiés et leur santé mentale.

Les prédictions de bonne-aventure et les déclencheurs d’avertissements.

Burns définit la prédiction de bonne-aventure comme « anticipant que les choses vont mal tourner »“ et se sentir « convaincu que votre prédiction est un fait déjà établi » Leahy, Holland, et McGinn la définissent comme « prédire le futur négativement » ou voir des dangers potentiels dans une situation quotidienne. La croissance récente de déclencheurs d’avertissement sur des demandes de lectures avec des contenus provocateurs est un exemple de ces prédictions.

L’idée que les mots (ou les odeurs ou n’importe quel stimuli des sens) peuvent déclencher le retour de souvenirs d’un passé traumatique – ou une peur intense qu’il puisse se répéter – est connue au moins depuis la Première guerre mondiale, quand les psychiatres commencèrent à traiter les soldats pour ce qui s’appelle maintenant les désordres  du stress post-traumatiques.

Mais les avertissements de contenus explicites semblent avoir émergés plus récemment, lors des contrôles de messages du début de l’internet. Les avertissements devinrent particulièrement prévalents dans les forums d’auto-aide et féministes où ils permettaient aux lecteurs qui avaient subis un événement traumatique d’éviter les contenus comme des agressions sexuelles afin de ne pas déclencher de souvenirs ou de crises de panique. Les outils de recherche indiquent que l’expression n’est passé dans le domaine courant que vers 2011, s’est répandue en 2014 et a atteint des records en 2015. L’usage d’avertissements sur les camus semblent avoir suivi la même tendance, apparemment du jour au lendemain, des étudiants demandant aux universités dans tout le pays que les professeurs les informent avant d’évoquer du matériel qui puisse impliquer une réponse émotionnelle négative.

En 2013,  un groupe de travail compose d’administrateurs, d’étudiants, de récents diplômés et d’un membre de la faculté de l’Université Oberlin, dans l’Ohio a mis en ligne un guide de ressources pour les facultés. (qui fut ensuite retiré sous la pression  de la faculté). Il comprenait une liste de thèmes susceptibles  des déclencheurs d’avertissement. Ces thèmes incluaient le classisme et les privilèges, parmi d’autres. Le groupe de travail recommandait que le matériel qui pouvait déclencher des réactions négatives au sein des étudiants soit complètement évité à moins qu’ils ne “ contribuent directement ” à des objectifs pédagogiques et il suggérait que les oeuvres trop importantes pour être évitées soient déclarées optionnelles.

Il est difficile d’imaginer comment des romans impliquant le classisme et les privilèges puissent provoquer ou réactiver le genre de terreur typiquement impliquée dans les PTSD. En fait, les déclencheurs d’avertissements sont plutôt demandés pour une longue liste d’idées ou d’attitudes que certains étudiants considèrent comme offensives politiquement parlant, au nom d’une prévention des torts causés à d’autres étudiants. C’est un exemple de ce que les psychologues nomment «  le raisonnement motivé » – nous générons spontanément des arguments pour étayer la conclusion que nous voulons tirer. Lorsque vous avez trouvé quelque chose d’haineux, il est facile d’argumenter que l’exposition à cette même chose pourrait traumatiser d’autres individus.  Vous croyez savoir comment les autres vont réagir et leur réaction pourrait être catastrophique.  Prévenir cette dévastation devient une obligation morale pour l’ensemble de la communauté. Les ouvrages qui ont été considérés par les étudiants comme susceptibles de déclencher des avertissements pendant les deux dernières années incluent Mrs Dalloway de Virginia Woolf ( à Rutgers pour des “inclinaisons suicidaires”) et les Métamorphoses d’Ovide ( à Colombia, pour “agression sexuelle”)

L’essai de Jeannie Sukdans le New Yorker  décrit les difficultés à enseigner les lois sur le viol en ces temps de «  déclencheurs d’avertissement ». certains étudiants, écrit-elle ont fait pression sur les professeurs afin qu’ils évitent d’aborder les sujet de façon à se protéger et à protéger les élèves d’une potentielle détresse.  Suk compare ceci à des étudiants en médecine qui veut devenir chirurgien mais a peur d’éprouver de a détresse si il voit ou s’approche du sang. »

Cependant, il y a un problème plus important avec ces « déclencheurs d’avertissements ». Selon les principes de psychologie, l’idée même d’aider les personnes atteintes d’anxiété à éviter les choses qu’elles craignent est une erreur.  Une personne qui est bloquée dans un ascenseur pendant une panne de courant peut se mettre à paniquer et à penser qu’elle va mourir. Cette expérience effrayante peut modifier ses connexions neuronales dans l’amygdale entraînant une phobie des ascenseurs.  Si vous voulez que cette femme garde cette peur à vie, vous devriez lui faire éviter les ascenseurs.

Mais si vous voulez retourner à la normale, vous devriez appliquer les principes de Ivan Pavlov et la guider vers un processus nommé « thérapie de l’exposition ». Vous pourriez commencer par demander à cette femme de simplement regarder à l’ascenseur de loin – en étant dans le hall d’un immeuble par exemple.  Si rien de désagréable ne se produit alors – si la peur n’est pas « renforcée », elle va alors commencer à faire de nouvelles associations : les ascenseurs ne sont pas dangereux. Jusqu’à ce que l’appréhension commence à diminuer. (Cette réduction de la peur est nommée « habituation »). Ensuite, dans les jours qui suivent, vous pourrez lui demander de se rapprocher, puis un eu plus tard d’appuyer sur le bouton, et à la fin, de monter jusqu’u premier étage. C’est ainsi que l’amygdale peut être reconnectée afin d’associer une situation auparavant source de peur avec la sécurité ou la norme.

Les étudiants qui demandent des déclencheurs d’avertissement peuvent avoir raison de craindre que certains de leurs pairs puissent avoir la mémoire de traumatismes qui peuvent se réactiver à la lecture. Mais ils ont tort de vouloir empêcher ces réactivations. Les étudiants avec des PTSD devraient évidemment suivre un traitement mais ils ne devraient pas  chercher à éviter  la vie normale, avec toutes ses opportunités pour l’habituation. Les discussions en classe sont des endroits sûrs pour se trouver exposé à un rappel incidentel du traumatisme. ( comme le terme : violer)  Il est peu probable qu’une discussion sur la violence débouche sur de la violence mise en acte, c’est donc une bonne façon d’aider les étudiants à modifier les associations qui sont inconfortables Et il est préférable qu’ils acquiert leur habituation à l’université parce que le monde en dehors sera beaucoup moins disposé à aménager ces demandes de déclencheurs d’avertissement ou d’exclusion.

L’usage étendu des déclencheurs d’avertissement peut aussi déclencher des habitudes mentales malsaines dans le groupe plus large des étudiants qui ne souffrent pas de PTSD ou autre symptôme d’anxiété. Les gens acquièrent leurs peurs pas seulement à partir de leurs expériences passées mais dans l’apprentissage social également. Si tout le monde autour de vous se comporte comme si quelque chose était dangereux, ascenseurs, certains voisinages, romans décrivant le racisme – alors vous courez le risque d’acquérir cette peur également. La psychiatre Sarah Roff  a développé sur ce point l’an passé dans un article en ligne pour The Chronicle of Higher Education. « Un de mes plus grands soucis, écrit-elle, est que ceci ne s’applique pas seulement pour ceux et celles souffrant de traumatismes mais pour tous les étudiants, créant une atmosphère dans laquelle ils soient encourages à croire qu’il y a quelque chose de dangereux et de risqué à discuter des différents aspects de notre histoire. »

Le nouveau climat est lentement institutionnalisé, et il affecte ce qui eut être dit dan la classe, même sur la base d’une discussion ou d’un débat.

Dans un article publié dans Inside Higher Ed, sept professeurs de lettres ont écrit que les déclencheurs d’avertissement avaient déjà un «  effet effrayant sur leur enseignement et leur pédagogie » Ils rapportent que certains de leurs collègues reçoivent des «  appels des recteurs ou d’autres administrateurs faisant des recherches sur les plaintes  d‘étudiants  disant qu’ils ont inclus des contenus «  déclencheurs »  dans leurs cours, avec ou sans avertissement. » Un déclencheur d’avertissement, écrivent-ils “ sert comme garantie que les étudiants n’éprouveront un inconfort inattendu et implique que s’ils l’éprouvent, un contrat aura été rompu. » Quand les étudiants en viennent à attendre des déclencheurs d’avertissement pour n’importe quel contenu qui les fait se sentir mal à l’aise, la façon a plus facile pour l’université de ne pas s’attirer des ennuis est d’éviter les contenus qui dérangent les élèves les plus sensibles de la classe.

Amplification, labellisation et micro-agressions.

Burns définit l’amplification comme « le fait d’exagérer l’importance des choses » et Leahy, Holland, et McGinn définissent la labellisation comme «  l’assignation de traits globaux négatifs sur vous-mêmes ou sur les autres. » La tendance récente dans les universités de mettre au jour du supposé racisme, sexisme, classisme etc. ou des micro-agressions discriminantes n’enseigne pas incidemment aux élèves à se concentrer sur des affronts accidentels ou légers. Son but est que les étudiants se concentrent sur eux-mêmes puis relabellisent les individus qui ont fait ces remarques comme agresseurs.

Le terme de microaggression est apparu dans les années 1970 et se rapporte à des affronts racistes subtils et inconscients. La définition a été étendue récemment afin d’inclure tout ce qui peut être perçu comme discriminant sur virtuellement n’importe quelle base.  Par exemple, en 2013, un groupe d’étudiants  à l’ UCLA ont entamé un sit-in pendant un cours donné par Val Rust,  un Professeur en Sciences de l’éducation. Le groupe a lu une lettre exprimant ses inquiétudes à l’égard de l’hostilité du campus à l’égard des étudiants de couleur. Bien que Rust n’ait pas été explicitement nommé, le groupe a tout à fait clairement critiqué son enseignement comme micro-agressif. En corrigeant la grammaire et l’orthographe de ses étudiants, Rust a noté qu’un des étudiants avait mis à tort une majuscule à indigène.  Le groupe a déterminé que mettre une minuscule au I était une insulte à l’étudiante et à son idéologie.

Même plaisanter à propos des micro-agressions peut être vu comme une micro-agression, entraînant une punition. L’automne dernier, Omar Mahmood, a un étudiant de l’Université du Michigan a écrit un article satirique pour une publication conservatrice  The Michigan Review,  se moquant de ce qu’il voyait de la tendance sur le campus à voir des micro-agressions dans à peu près n’importe quoi. Mahmood était aussi employé dans le journal du campus, The Michigan Daily. Les éditeurs du Daily dirent que la façon dont Mahmood s’était moqué satiriquement les expériences de ses collaborateurs réguliers et des communautés minoritaires sur le campus … créait un conflit d’intérêt.

The Daily s’est débarrassé de Mahmood après qu’il ait décrit l’incident sur deux site web, The College Fix et The Daily Caller.  Un groupe de femmes a plus tard vandalisé la porte d’entrée de Mahmood avec des œufs, des hot dogs, des chewing-gums avec un message qui disait : « Tout le monde te hait, violent connard ».   Quand la parole en vient à être considérée comme une forme de violence,  le protectionnisme vindicatif peut justifier une réponse hostile et peut-être même violente.

En Mars, la direction des étudiants de l’Université d’Ithaca, dans l’upstate New York, est allée jusqu’à proposer la création d’un système de report de micro-agressions anonymes. Les sponsors des étudiants envisageaient certaines formes d’actions disciplinaires contre les “oppresseurs” engagés dans des discours de dénigrement. Un des sponsors du programme a dit que “bien que les faits ne demanderont pas tous un procès ou une  sorte de brutale punition”,   elle voulait que ce programme soit « une sorte  mémoire enregistrée avec un impact”.

Il est certain que les gens font des remarques sexistes ou racistes subtiles ou finement voilées sur les campus, et il est normal que les étudiants posent des questions sur de tels faits. Mais la montée du centrement sur les micro-agressions ajoutée à la légitimation du raisonnement émotionnel est une formule pour un état d’outrage constant, même à l’encontre d’intervenants bien intentionnés essayant d’engager une discussion authentique.

Que faisons-nous quand nous encourageons nos étudiants à déveloper une susceptibilité hypertrophiée pendant les années juste avant qu’ils quittent le cocon de la protection adulte et entre dans le monde du travail ? Ne peut-on créer de meilleures réactions et accorder à chacun le bénéfice du doute.

Enseigner aux étudiants à catastrophiser et à avoir une tolérance zéro.

Burns  définit la « catastrophisation » catastrophizing comme une sorte de développement qui change «  tout évènement banal en un monstre cauchemardesque ». Leahy, Holland, et McGinn le définissent comme le fait de « croire que ce qui s’est produit ou va se produire » est « si horrible et insupportable que vous n’allez pas être capable de le supporter. » Les demandes de déclencheurs d’avertissement impliquent la catastrophisation, mais cette façon de penser s’applique à d’autres zones du campus également.

La rhétorique catastrophiste à propos des dangers physiques est utilisée par les administrateurs des campus plus fréquemment qu’on pourrait le penser. Quelquefois, semble-t-il, avec des fins cynique à l’esprit. Par exemple les administrateurs de la Bergen Community College, dans le New Jersey ont suspendu un professeur, Francis Schmidt, a posté une photo de sa fille sur son compte Google. La photo la montrait dans une posture de yoga, portant un teeshirt où était inscrit « Je prendrai ce qui est mien avec le feu et le sang », une citation du film de HBO Game of Thrones. Schmidt avait effectué une requête contre l’école deux mois plus tôt pour avoir été exclu d’un congé sabbatique.  La citation a été interprétée comme une menace par l’administrateur du campus, qui a reçu une notification après que Schmidt ait posté la photo, elle avait été envoyée, automatiquement à tout une groupe de ses contacts. Selon Schmidt, un responsable de la sécurité de Bergen sprésent au meeting entre les administrateurs qui a suivi pensait que le mot « feu » pouvait se référer à un AK-47s.

Puis on peut trouver cette sage datant de huit années à l’Université de Valdosta State en Georgie, où les étudiants ont été renvoyés suite à une protestation contre la construction d’un parking en postant un collage supposé « menaçant » sur Face Book. Ce collage décrivait la structure à venir comme un Parking memorial, une plaisanterie se référant aux propos du Président de l’université affirmant que ce garage ferait partie de son héritage. Le Président a conclu de ce collage qu’il menaçait sa vie.

Il ne devrait pas sembler surprenant que les étudiants montrent des sensibilités similaires. Dans l’Université de   Central Florida en 2013,  par exemple Hyung-il Jung, un conseiller en comptabilité a été suspendu après qu’un étudiant est rapporté qu’il avait fait  un commentaire menaçant pendant une cours. Jung a expliqué Orlando Sentinel  que le contenu sur lequel il travaillait était difficile et qu’il avait noté que les visages  étaient contractés, alors il a fait une plaisanterie ; « Il semble que vous êtes lentement suffoqués par ces questions », se rappelle-t-il avoir dit : «  Je suis pris d’une folie meurtrière ou quoi ? ».

Après que l’étudiant eut rapporté ce commentaire de Jung, un groupe d’une vingtaine de personnes ont envoyé des emails à l’administration expliquant qu’il s’agissait d’une clairement d’une plaisanterie. Malgré cela, Jung a été suspendu de toute intervention dans le champ universitaire et obligé de faire établir un certificat par un professionnel de la santé attestant qu’il « n’était pas une menace pour lui-même ou pour les membres de la communauté universitaire. » avant de pouvoir être autorisé à revenir sur le campus.

Tout ceci nous enseigne que des individus intelligents réagissent d’une façon outrancière à des propos anodins, font des montagnes de détails et cherchent la punition pour tous ceux dont les mots pourraient mettre mal à l’aise n’importe qui.

Filtre mental et saison de désinvitation

Comme Burns le définit, le « filtrage mental » est une façon de  « sélectionner les détails négatifs  dans toutes les situations et de ne se concentrer que sur eux, et donc de percevoir que l’ensemble de la situation est négative. »

Leahy, Holland, et McGinn se réfère à ceci comme « filtre négatif », qu’ils définissent comme étant « centré presque exclusivement sur le négatif et rarement sur le positif ». Lorsqu’il est appliqué à la vie sur le campus, le filtrage mental permet des démonisations simplettes.

Les étudiants et les membres de la faculté en grand nombre se sont mode lés   sur cette distortion cognitive pendant la  « disinvitation season. » de 2014.

C’est le moment de l’année –  généralement au début du Printemps, ou les noms des intervenants de la cérémonie de remise des diplômes sont annoncés et où les étudiants et les professeurs exigent que certains soient «  désinvités » à cause des choses qu’ils ont pu faire ou dire. Selon les informations rassemblées par la Foundation for Individual Rights in Education, aux USA, depuis 2000, au moins 240 campagnes ont été menées afin d’empêcher des personnages publics d’apparaître lors d’événements sur les campus, la plupart d’entre elles ayant eu lieu depuis 2009

Considérons deux des cibles les plus connues de ces désinvitations : l’ancienne Secrétaire d’état Condoleezza Rice et la Directrice du Fond monétaire international Christine Lagarde, qui fût la première femme à devenir ministre des finances d’un pays du G8 et la première femme à la tête du FMI. Ces deux intervenants auraient pu être considérés comme des modèles de grand succès pour les étudiantes, et Rice pour les étudiants minoritaires également. Mais les critiques, en fait, ont annulé tout ce qui pouvait émerger de positif de leurs interventions.

Les membres de la communauté académique bien sûr devraient être libre de poser des questions sur le rôle de Rice dan la guerre d’Irak ou de considérer d’un œil sceptique la politique du FMI. Mais le fait de disqualifier une partie du curriculum d’un individu doit-il l’empêcher de partager ses points de vue ?

Si la culture des campus génère l’idée que les visiteurs doivent être “ purs” , avec des CV qui n’offensent jamais la sensibilité généralement libérale de gauche des campus, alors les études supérieures auront effectué un nouveau pas vers l’homogénéité intellectuelle et la création d’un environnement dans lequel les étudiants rencontrent rarement des points de vue divers.  Et les universités auront réenforcé la croyance qu’il est naturel de filtrer les éléments positifs. Si les étudiants croient qu’ils  ne peuvent rien apprendre  de gens qu’ils n’aiment pas ou de ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord, nous les aurons desservis sur le plan intellectuel.

Que peut-on faire maintenant ?

Les tentatives pour protéger les étudiants contre les mots, les idées, et les gens qui pourraient leur causer un inconfort émotionnel sont mauvais pour eux. Ils sont mauvais pour le lieu de travail, qui vont se trouver pris dans un bourbier de procédures sans fin si les attentes des étudiants pour leur sécurité sont entendues. Elles sont mauvaises pour la démocratie américaine, qui est déjà paralysée par un esprit partisan qui empire. Quand les idées, les valeurs, et les discours de l’autre côté ne sont pas seulement considérés comme faux mais comme volontairement agressifs à l’endroit de personnes innocentes, il est difficile d’imaginer le genre de respect mutuel, de négociation et de compromis requis pour transformer la politique en jeu à solde positif.

Plutôt que de protéger les étudiants contre des mots ou des idées qu’ils rencontreront inévitablement,  les universités devraient faire leur possible pur les équiper afin qu’ils puissent s’épanouir dans un monde plein d’idées et de mots qu’ils ne peuvent pas contrôler. Une des grandes vérités  apprises par le Bouddhisme ( et le Stoïcisme, l’Indouisme et de nombreuses autres traditions) est que vous ne pouvez jamais atteindre le bonheur en essayant de rendre le monde conforme à vos désirs. Mais que vous pouvez contrôler vos désirs, vos habitudes et vos pensées.  Ceci, bien sûr est le but de la thérapie cognitive-comportementale. Avec ça à l’esprit, voici quelques-unes des étapes qui peuvent aider à retourner le sens du courant de la mauvaise pensée sur les campus.

Le pas le plus important dans la bonne direction n’implique pas  les administrateurs de la faculté mais plutôt le gouvernement fédéral, qui devrait libérer les universités de la peur d’investigations déraisonnables et de sanctions par le Département de l’éducation. Le Congrès devrait définir le harcèlement entre pairs selon la définition de la Cour suprême selon les standards du cas de Davis v. Monroe County Board of Education. en 1999  qui dit qu’un seul commentaire ou une remarque irréfléchie fait par un étudiant n’est pas l’équivalent d’un harcèlement, le harassement implique un modèle de comportement objectivement agressif d’un étudiant sur un autre et qui a des conséquences sur l’accès de celui-ci à son éducation.

Appliquer les standards de Davis pourrait aider à éliminer la tendance de l’université à policer le discours étudiant avec tant de zèle.

Les universités elles-mêmes devraient essayer d’éveiller la conscience à propos du besoin d’équilibre entre la liberté de parole et le besoin de favoriser l’accueil de tous les étudiants. Parler ouvertement à propos de telles valeurs importantes mais conflictuelles est la sorte de défi que toute communauté diverse mais tolérante doit apprendre à se lancer. Les codes de discours restreint devraient être abandonnés.

Les universités devraient également officiellement et fortement décourager les déclencheurs d’alerte. Elles devraient adopte les conclusions du rapport des Professeurs de  l’American Association of University qui note : «  La présomption que les étudiants ont besoin d’être protégés plutôt que défiés dans une classe est à la fois infantilisante et anti-intellectuelle. » Les Professeurs devraient  être libres d’utiliser des déclencheurs d’avertissement  si ils le croient bons, mais en décourageant explicitement cette pratique, les universités aideraient à fortifier la faculté contre les  demandes de plaintes des étudiants dans de tels cas.

Finalement, les universités devraient repenser les compétences et les valeurs à privilégier pour leurs étudiants. Actuellement, beaucoup de programmes d’orientation pour les étudiants en licence tentent de développer la sensibilité des étudiants d’une façon quasiment impossible.  Enseigner aux étudiants à éviter de provoquer involontairement des offenses est un but important, spécialement quand les étudiants viennent de milieux et de cultures différents. Mais les étudiants devraient également apprendre à vivre dans un monde empli d’offenses potentielles. Pourquoi ne pas leur apprendre à pratiquer la thérapie cognitive-comportementale  ? Etant donné le niveau élevé et croissant des maladies mentales, ce simple pas pourrait être un soutien des plus humains qu’une université puisse faire. Le coût et l’investissement en temps pourraient être maintenus bas, on pourrait ajouter l’usage de quelques sites web ou d’applications à des entrainements de groupe. Mais le résultat pourrait être rentable de plusieurs façons.  Par exemple, un vocabulaire partagé touchant le raisonnement, les distortions communes, et l’usage approprié des preuves afin de tirer des conclusions qui faciliteraient la pensée critique et un réel débat. Cela calmerait aussi l’état d’outrage perpétuel qui semble avoir absorbé certaines universités, permettant aux étudiants de pouvoir ouvrir leurs esprits plus largement aux nouvelles idées et aux nouvelles personnes. Un plus grand engagement dans les débats  publics officiels sur les campus et aux assemblées dans une faculté plus diverse politiquement pourraient servir ce but.

Thomas Jefferson, en fondant l’université de Virginie  a dit :

Cette institution sera basée sur la liberté infinie de l’esprit humain. Parce qu’ici, nous ne sommes pas effrayés de suivre la vérité où qu’elle mène, ni de tolérer les erreurs tant que la raison est maintenue libre pour les combattre. Nous croyons que c’est encore- et sera toujours- la meilleur attitude pour les universités américaines. Facultés, administrateurs, étudiants, et le gouvernement fédéral ont tous un rôle à jouer afin de restaurer les universités dans leur mission historique.”

Power, identity, and speech in the new American university
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Traduction : Elisabeth Guerrier

Le New-deal des écrans / Screen New deal / Naomi Klein/ Première partie

Naomi Klein

Lien deuxième partie

Lien troisième partie

Screen New deal

Under Cover of Mass Death, Andrew Cuomo Calls in the Billionaires to Build a High-Tech Dystopia

Sous couvert de l’épidémie, Andrew Cuomo fait appel aux milliardaires pour construire la dystopie high-tech

Le Gouverneur de New York Andrew Cuomo regarde le Président de l’exécutif de Google Eric Schmidt, là sa gauche, pendant qu ‘il parle lors de son rapport sur la commission des” écoles intelligentes” à l’école de Mineola, le 27, octobre 2014 in Mineola, N.Y. Photo: Alejandra Villa-Pool/Getty Images

Pendant quelques rares instants  lors du point  quotidien fait par le Gov. Andrew Cuomo mercredi, la sombre grimace qui s’est imposée à nos écrans depuis de semaines a été brièvement remplacée par quelque chose qui ressemble à un sourire : « Nous sommes prêts, nous sommes à fond » s’est épanché “le Gouverneur.  « Nous sommes des New-Yorkais, donc nous sommes agressifs et nous sommes ambitieux. Nous réalisons que le changement n’est pas seulement imminent mais qu’il peut devenir un ami s’il est effectué de la bonne manière. » L’inspiration à l’origine de ces bonnes vibrations assez peu caractéristiques est une vidéo de l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, qui a rejoint le briefing du Gouverneur afin d’annoncer qu’il dirigeait une commission d’excellence afin de réimaginer la réalité post-covid de l’état de New York, insistant sur l’intégration permanente de la technologie dans tous les aspects de notre vie sociale.

« Les toutes premières priorités de ce que nous essayons de faire » a-t-il dit, « sont centrées sur une télésanté, sur l’enseignement à distance et sur le haut-débit… nous avons besoin de chercher des solutions qui peuvent être présentées maintenant et accélérées et utiliser la technologie afin d’améliorer les choses ».  Au cas où existe un doute sur l’entière bienveillance de l’ancien PDG de Google, le fond de sa vidéo présentait dans son cadre une paire d’ailes d’ange dorées. Juste une journée avant, Cuomo avait annoncé  une partenariat similaire avec la Fondation Bill et Melinda  Gates afin de développer «  une système plus intelligent d’éducation. ». Nommant Gates un « visionnaire », Cuomo a dit que la pandémie avait créé « un moment dans l’histoire où nous pouvons incorporer réellement et faire avancer les idées de Gates… tous ces immeubles, toutes ces classes réelles, pourquoi avec toute la technologie dont nous disposons ? a-t-il demandé, d’une façon apparemment rhétorique.

Cela a pris du temps pour se constituer mais quelque chose ressemblant à une Doctrine du Choc pandémique commence à émerger. Appelons cela « le New deal de l’écran ».  Beaucoup plus Haute-technologie que tout ce que nous avons vu lors des désastres antérieurs, on se précipite dans l’avenir alors que les corps continuent à s’entasser et l’on traite nos semaines passées d’isolement non comme une nécessité pénible pour protéger les vies mais comme un laboratoire vivant – et hautement rentable-pour un avenir sans-contact permanent.

 Anuja Sonalker, PDG de  Steer Tech, une compagnie du Maryland-vendant de la technologie d’auto-stationnement, a résumé récemment le nouveau ton autour du virus : « Il y a eu des signes de changement distincts  vers une technologie avec moins de contacts et moins d’humains » a-t-elle dit. « Les humains sont des hasards biologiques, les machines non.

C’est un avenir dans lequel nos maisons ne seront plus jamais des espaces strictement personnels mais seront aussi, à travers la technologie digitale haute-vitesse, nos écoles, nos cabinets médicaux, nos salles de gym, et si l’état le décide, nos prisons. Bien sûr pour beaucoup d’entre nous, ces mêmes maisons  avaient déjà été transformé en lieux de travail jamais fermés et en lieux de loisirs avant la pandémie, et l’incarcération sous surveillance « au sein de la communauté » se développait déjà elle aussi. Mais dans ce futur construit à la va vite, toutes ces tendances sont destinées à une accélération à la vitesse warp *

 C’est un avenir dans lequel, pour les plus riches, tout ou presque est délivré, ou bien virtuellement à travers le streaming ou la technologie cloud, ou physiquement à travers des véhicules sans chauffeur et des drones, puis partagé à l’écran sur une plate-forme médiatisée. C’est un futur qui emploie beaucoup moins d’enseignants, de médecins, ou de chauffeurs. Il n’accepte plus de liquide ou de carte de crédit (sous l’argument du contrôle viral) et a un transit de masse squelettique et beaucoup moins d’art vivant.  C’est un futur qui se réclame d’être guidé par « l’intelligence artificielle »   mais est en fait tenu rassemblé par des dizines de millions de travailleurs anonymes enfermés dans des ateliers de fabrication, des centres de donnée, des lieux de modération, des ateliers de fabrication de composants, des mines de lithium, des fermes industrielles, des usines de conditionnement de la viande et des prisons, où ils restent sans être protégés contre es maladies et l’hyper-exploitation.  C’est un futur dans lequel chaque mouvement, chaque mot, chaque relation est traçable et accumulable par une collaboration encore jamais vue entre les états et les géants de la technologie.

 Si tout ceci semble familier c’est parce que pre-Covid, ce future commandé par une app, alimenté par gig nous a été vendu au nom de l’aisance, de l’absence de friction et de la personnalisation. Mais nombre parmi nous étaient inquiets.  A propos de la sécurité, de la qualité et de l’inégalité de la télésanté   et des classes en ligne. A propos de véhicules sans conducteurs écrasant des piétons  et de drones écrasant les colis  (et les gens). A propos du traquage de location et du commerce  sans liquide , oblitérant notre vie privée et entérinant les discrimination par races ou par genres. A propos des plateformes médiatiques sans scrupules  empoisonnant notre information sur l’écologie et la santé mentale  de nos enfants. A propos des “villes intelligentes” emplies de censeurs supplantant les élus locaux. A propos de tous les bons emplois que ces technologies liquideraient, et des sales boulots qui seront produits en masse.

Et plus que tout, nous étions inquiets à propos de la richesse menaçant la démocratie et du pouvoir accumulé dans une poignée de compagnies technologiques qui sont les maîtres de l’abdication. Rejetant toute responsabilité pour le désordre qu’elles laissent derrière  elles dans la champ qu’elles dominent maintenant, que cela soit les médias, la vente ou les transports.

Ceci, c’était le passé ancien, connu sous le nom de février. Aujourd’hui, une grande quantité de ces inquiétudes légitimes sont balayées par une vague de fond de panique et ces dystopies déjà chauffées traversent une course à l’emploi réorganisée. Maintenant, sur la toile de fond de la mort de masse, cela nous est vendu avec la promesse douteuse que ces technologies sont la seule façon de protéger nos vies contre la pandémie, la clé indispensable pour nous garder, nous et nos proches, en sécurité. Grâce à Cuomo et à ses divers partenariat de milliardaires ( y compris un  avec Michael Bloomberg pour les tests et le traçage), l’état de New York se place comme la vitrine rutilante de notre sombre avenir. Mais les ambitions dépassent de loin les frontières  d’un seul état ou d’une  seule nation.

Et au beau milieu de tout cela se tient Eric Schmidt.  Longtemps avant que les Américains ne comprennent les menaces du Covid-19, Schmidt avait entamé une campagne de relations publiques et un lobbying agressif  promouvant justement la vision d’une société Miroir noir “Black Mirror” que Cuomo est entrain de lui donner le pouvoir de construire. Au coeur de sa vision, est l’intégration au sein du gouvernement d’une poignée de géants de la Silicon Valley – avec les écoles publiques, les cabinets médicaux, sous-traitant un grand nombre de leurs fonctions essentielles ( à un coût très élevé) à des tech. Compagnies privées.

C’est une vision que Schmidt a promue dans son rôle de membre du Comité de l’innovation dans la défense, Defense Innovation Board, qui conseille le Département de la défense sur l’augmentation de l’usage de l’Intelligence artificielle dans l’armée et comme membre de la puissante Commission de la sureté nationale sur l’intelligence artificielle,  National Security Commission on Artificial Intelligence, ou NSCAI, qui conseille le Congrès sur « les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, des développements de l’apprentissage automatique et des technologies associées » avec le but de « répondre aux besoins nationaux et économiques de sécurité aux USA, y compris les risques économiques. » Chacun de ces comités sont pleins de puissants PDG de la Silicon Valley et de cadres supérieurs de compagnie comme  Oracle, Amazon, Microsoft, Facebook, et bien sûr de collègues de Schmidt chez Google.

WASHINGTON, DC - NOVEMBER 05:  Executive Chairman of Alphabet Inc., Google's parent company, Eric Schmidt speaks during a National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) conference November 5, 2019 in Washington, DC. The commission held a conference on "Strength Through Innovation: The Future of A.I. and U.S. National Security."  (Photo by Alex Wong/Getty Images)

Eric Schmidt, responsable exécutif de Alphabet Inc., filiale de Google, parle lors qu’un conférence de la Sécurité nationale sur l’intelligence artificielle, en Novembre le 5 2019 à Washington, D.C. Photo: Alex Wong/Getty Images

En tant que président, SCHMIDT, qui détient encore plus de   5.3 milliards de dollars d’actions à Alphabet (Une filiale de Google), ainsi que  d’importants investissements dans des firms tech. A essentiellement mené cette recherche sur Washington DC au nom de la Silicon Valley. L’objectif principal de ces deux commissions étant dans l’accroissement exponentiel des dépenses gouvernementales sur les recherches en intelligence artificielle et dans les infrastructures la permettant comme la 5G – investissements qui bénéficieront directement aux compagnies sur lesquelles Schmidt et d’autres membres ont la main mise étendue.

Le RussiaGate a créé une diversion / Pr. Oliver Boyd-Barrett

Le RussiaGate a organisé la diversion. Par le Professeur Oliver Boyd-Barrett


Les interventions sur le rapport Mueller se succèdent, mettant, s’il en était besoin à jour, la puissance de frappe de la mauvaise foi comme arme politique. Ils n’en démordront pas, “ils” c’est à dire ceux-là même qui ont évoqué une aire de ” post -vérité “, tout ce que le parti de gentils patentés recèle de mauvais perdants, de prévaricateurs, de carriéristes ,du pouvoir, de corruption institutionnalisée, incapables d’affronter les vrais enjeux de leur statut et de remettre le politique au centre de leur mission. Il va sans dire, même si ces temps sont peu favorables aux nuances rhétoriques, que l’accusation faites aux Démocrates, et d’une certaine façon quant aux méthodes, à tout ce que l’Occident compte de libéraux décadents, n’occulte nullement le profond mépris pour la politique menée, ou plutôt non menée par leurs adversaires. L’agonie de ce système va avec un ample remue-ménage de ce qui sous-tend ses dénominations. République. Démocratie. Socialisme. Ethique. etc.etc. tous ces concepts ont besoin d’une reprise en main de leur nature même et de tout ce qu’ils sont supposés avoir cédé à la corruption des esprits.EG

L’écrivain Tom Wolfe dans son roman « The right stuff » décrit les vagues de déclencheurs d’émotions qui se succèdent dans la presse en fonction des priorités politiques ou militaires historiques. Comment le discours se rétrécit de lui-même quant à ses cibles afin d’éveiller tel ou tel champs psychoaffectif et créer autour de lui ce qu’on appelle un ” état d’esprit collectif “, c’est à dire prêt à soutenir n’importe quelle décision avec tout la bonne conscience que donne l’émotionnel comme « vérité » : It was like if the press in America, with all its vaunted independence, were a great colonial animal, an animal made up with countless clustered organisms responding to a single nervous system. In the late 50′ ( as in the late 70′), the animal seemed determined that in all matter of national importance the PROPER EMOTION, the SEEMLY SENTIMENT, the FITTING MORAL TONE should be established and should prevail ; and all information that muddied the tone and weakened the feelings should simply be thrown down the memory hole. In the later period, this impulse of the animal would take the form of blazing indignation about corruption, abuses of power, and even minor ethical lapses, among public officials, here, in April 1959, it took the form of a blazing patriotic passion// In either case, the animal’s fundamental concern remained the same: the public, the populace, the citizenry must be provided with the CORRECT FEELING. Tom Wolfe «  The right stuff » Picador edition. p.95

« C’est comme si la presse en Amérique, avec toute son indépendance si vantée, était un gros animal colonial, un animal composé d’innombrables organismes agglomérés répondant à un seul système nerveux.  A la fin des années 50, (comme à la fin des années 70), l’animal semblait déterminé à ce que dans chaque question d’importance nationale, l’émotion adéquate, le sentiment bienséant, le ton moral  convenable soient établis et prévalent, et  que toute information qui brouille ce ton ou affaiblisse les sentiments soit simplement jetée dans le grand trou de la mémoire. Dans la dernière période, les pulsions de l’animal prenaient la forme d’une indignation enflammée contre la corruption, les abus de pouvoir, ou même certains défauts éthiques mineurs, au sein des officiels, mais là, en 1959, elles prirent la forme d’un patriotisme ardent.// Dans chacun des cas, la préoccupation fondamentale de l’animal resta la même : le public, la populace, la foule, doit se voir fournie avec l’émotion correcte.

Pendant plus de deux ans, le Russiagate  a occupé une proportion importante du journalisme politique de masse US et, parce que les médias de masse US ont également un agenda de promotion, de la presse internationale également. Le Timing a été catastrophique. L’administration Trump a déchiqueté les protections environnementales, jeté par-dessus bord les accords sur le nucléaire, exacerbé les tensions avec les rivaux des Etats-Unis et  favorisé les riches.  Au lieu de consacrer une attention soutenue dans les médias à la fin de l’espèce humaine, liée au réchauffement climatique, à sa disparition de plus en plus imminente par l’entremise de l’armement atomique, ou à l’éviscération toujours plus intense du discours démocratique dans un société déchirée par des inégalités de richesse sans précédent et une cupidité capitaliste sans limite, les médias saturent leur public avec un récit puéril d’une supposée collusion de la campagne électorale de Trump et de la Russie.  Le discours sur le Russiagate est profondément mensonger et hypocrite. Il suppose que les USA soit un état où le système électoral est totalement fiable et sûr. Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité. Le système démocratique américain est profondément ancré dans un système bipartite dominé par la classe nantie et ayant largement des comptes à rendre aux oligopoles des multinationales. Il est soumis au regard des valeurs du capitalisme extrême et de la domination impérialiste. Les problèmes entre le système électoral US et les médias sont nombreux et bien documentés.

Les procédures sont profondément compromises par un collège électoral qui détache des votes comptés des votes qui comptent. La composition des districts électoraux ont été redécoupés afin de minimiser la possibilité de surprises électorales. Le vote dépend d’un système électronique conçu par une multinationale et peut être aisément hacké. Les administrations de droite jouent avec le coffre à jouet de la suppression des votants qui déploie toutes les possibilités, de la réduction des lieux de vote potentiels et des équipements, à l’imposition d’exigences d’identifications d’électeurs et à l’élimination de certaines traces (e.g les groupes de personnes ayant commis des crimes ou de personnes ayant les mêmes noms que ceux des criminels, ou de personnes n’ayant pas voté lors de précédentes élections). Même les résultats des campagnes sont corrompus quand les administrations en place abusent des semaines restantes au pouvoir pour pousser des arrêtés ou des lois qui saborderont les efforts de leurs successeurs. Le principe démocratique  présuppose l’équivalence de fait de chaque voix sur le champ de bataille des idées.  Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité du système «  démocratique » américain dans lequel un petit nombre d’intérêts puissants apprécie l’avantage donné par un mégaphone assourdissant sur la  base de l’argent des donations au noir, souvent anonymes, filtrées par SuperPacs et consorts, opérant en dehors des confins des ( quelque peu mieux contrôlées)  dix semaines de campagne électorale. En ce qui concerne les médias, la théorie démocratique présuppose des infrastructures de communications qui facilitent les échanges d’idées libres et ouverts. Il n’existe pas d’infrastructure de cette sorte. Les médias sont possédés et contrôlés par un petit nombre de conglomérats multi-médias, multi-industriels, situés au cœur même du capitalisme oligopole et dont la plupart des contenus et des revenus de publicité sont fournis par d’autres conglomérats. L’incapacité des médias à soutenir un environnement qui puisse inclure l’histoire, les perspectives et le vocabulaire libérés des chaînes de l’autosatisfaction ploutocrate est aussi bien documentée.  L’actuelle couverture médiatique de la crise vénézuélienne générée par les USA  en est le parfait exemple. Le potentiel révolutionnaire si célébré des médias sociaux est illusoire. Les principaux fournisseurs de l’architecture sociomédiatique sont encore plus corporatistes que leurs prédécesseurs. Ils dépendent non seulement de la publicité mais également de la vente des big datas qu’ils réquisitionnent des usagers et vendent aux corporations ou aux propagandistes politiques souvent lors de campagnes micro-ciblées assistées par de l’IA lors de «  campagnes » de persuasion. Comme leurs prédécesseurs, les médias sociaux sont imbriqués, collaborent et sont vulnérables aux machinations de l’établissement de surveillance militaro-industrielle. La soi-disant ingérence dans les élections à travers le monde a été une figure magistrale de l’exploitation des médias et des médias sociaux par des compagnies liées à la défense, à la politique et à l’espionnage, comme – mais d’une façon non exhaustive- l’ancien Cambridge Analytica et son parent britannique SCL.

Au regard de  de cet arrière-plan d’échecs électoraux et médiatiques, il n’est pas raisonnable de porter la discussion ou l’attention sur de soi-disant activités des médias sociaux de, disons, L’Agence de recherche internet russe. L’attention est détournée des problèmes substantiels vers des problèmes triviaux et sans substances.  De plus, dans un climat d’hystérie maccarthyste, le Russiagate fait l’hypothèse que toute communication entre une campagne présidentielle et la Russie est en soi une chose déplorable. Même si on devait confiner cette conversation uniquement à une communication entre les oligarques des deux pays, par contre, l’opposé s’avèrerait certainement vrai.  Et ce n’est pas simplement à cause des bénéfices pouvant découler d’une meilleure compréhension du monde, de l’identification d’intérêts ou d’opportunités partagés et de leur promesse de relations pacifiées.  Une analyse de real politick  pourrait conseiller l’insertion de coins entre la Chine et la Russie de façon à décapiter le contrôle de la superpuissance hybride perçue comme une menace sur une région du monde qui a longtemps été considérée comme indispensable pour une réelle hégémonie mondiale. Même si on considère le RussiaGate comme un problème digne de notre attention, les bases de l’audience probatoire sont faibles. Le dévoilement final du discours sur le RussiaGate attend avec impatience le rapport du Conseiller spécial et ancien directeur du FBI Robert Mueller. L’enquête et les investigations de Mueller impliquent plusieurs personnes qui dans certains cas, n’ont rien à voir avec la campagne présidentielle de 2016. Ils apparaissent être plutôt concernés par des mensonges et des obstructions à son enquête que par un matériel d’actes illégaux, ou font face à des charges qui sont peu susceptibles d’être retenues dans une cour pénale. L’investigation elle-même est retraçable jusqu’à deux rapports significatifs mais extrêmement problématiques rendus publiques en janvier 2017. Un était le «  Dossier Steele », par l’ancien officier M16 Christopher Steele. Il est principalement intéressant pour ses allégations largement infondées que d’une façon ou d’une autre, Trump est de mèche avec la Russie.  La compagnie de Steele, Orbis, a été recrutée pour rédiger un rapport par Fusion GPS, qui à son tour a été contactée par des avocats travaillant pour la campagne nationale du Parti Démocrate.   Des passages de brouillons initiaux du rapport Steele, à travers des sources proche des renseignements britanniques et le compte-rendu, par le conseiller de Trump, George Papadopoulos touchant des conversations en sa possession concernant l’éventuelle possession par les Russes des emails de Clinton avec un personnage qui pourrait tout aussi bien être un espion russe que britannique, ont été les instruments ayant éveillé l’intérêt du FBI et l’espionnage sur la campagne de Trump.  Il existe des liens indirects entre Christopher Steele, un autre ancien agent M16, Pablo Miller (qui a lui aussi travaillé pour Orbis) et  Sergei Skripal, un agent russe qui a été recruté comme informateur d’M16 par Miller et qui a été la cible d’une tentative d’assassinat en 2018. Cet évènement a occasionné des  attaques controversées, pour ne pas dire hautement improbables et pernicieuses de la part du gouvernement britannique  et des accusations contre la Russie. L’élément le plus significatif présenté dans le deuxième rapport, publié par l’Intelligence Community Assessment et représentant les conclusions d’une petite équipe tirée du bureau du Directeur de L’Intelligence, de la CIA du FBI et de la NASA, était la déclaration de responsabilité des services de l’espionnage russe pour le hackage du système informatique de la DNC et de son président John Podesta durant l’été 2016, et le transfert de ces documents à Julian Assange et à Wikileaks.  Aucune preuve n’en a été fournie.   Bien que les allégations de hacking soient devenus des articles de foi largement incontestés du discours  RussiaGate, ils ne s’appuient d’une manière significative que sur les découvertes problématiques d’une petite compagnie privée embauchée par la DNC. Il existe aussi des preuves formelles que les documents puissent avoir été fournis plutôt que hackés et par des sources basées aux USA. Le fait que ces documents révèlent que le DNC , un agent supposé neutre dans la campagne des primaires, ait en fait pris part en faveur de la candidature de Hillary Clinton, et que les points de vue de Clinton sur l’industrie données en privé aient pu différer de ses positions données en public , a longtemps été obscurci dans la mémoire des médias en faveur du narratif plus chéri de la vilénie russe.

Pourquoi le discours sur le RussiaGate est-il si attirant ? Qui en profite ? Premièrement, Le RussiaGate sert les intérêts de (1) un Parti Démocrate  corrompu, dont l’organisation contestable de la campagne, biaisée et incompétente a amené la perte des élections en 2016, alliés à (2) des factions puissantes de l’établissement de surveillance industrio-militaire qui, pendant les dernières 19 années,  à travers l’OTAN et d’autres  agences internationales malléables, a cherché à compromettre le pouvoir de Poutine, à démembrer la Russie et la Fédération russe, ( indubitablement pour les bénéfices du capitalisme occidental) et plus récemment maintient la Chine dans une lutte incessante et titanesque au cœur de l’Eurasie.  Dans la mesure où Trump, quelqu’en soient les raisons, ait pu être en désaccord avec au moins quelques aspects de cette stratégie à long terme, il s’est montré comme étant non fiable par l’état sécuritaire US.   Tout en servant le but immédiat de contenir Trump, les accusations US d’une implication dans leurs élections sont une farce dans le contexte d’une histoire d’implications largement documentée des USA dans les élections et la politique de nations souveraines pendant plus de cent ans. Ces inférences dans tous les hémisphères ont inclus l’organisation de coups d’état, des invasions, des occupations sous de faux prétextes additionnés à de nombreuses instances de stratégies de «  révolutions de couleur » impliquant le financement de partis d’opposition et provoquant des soulèvements, souvent couplée avec une guerre économique ( sanctions) . Un autre bénéficiaire, (3)  est le cumul de tous ces intérêts qui rétrécissent le champ de l’opinion publique à un cadre supportant l’impérialisme néolibéral. Exploitant paradoxalement la panique morale associée aux plaintes de Trump sur les « fake news », à chaque fois que les couvertures médiatiques font sa critique, et l’embarras des médias sociaux à propos de leur disponibilité et de la vente des données privées à des clients et des corporations puissantes, ces intérêts ont pointé la nécessité de plus de régulation, ainsi que de l’auto-censure des médias sciaux. La réponse des médias sociaux a impliqué des algorithmes  de plus en plus restreints et ce que les «  fact-checkers », (illustrés par le support financier de Facebook et sa dépendance à l’égard du groupe de pression pro-OTAN The Atlantic council).  L’impact du net a été dévastateur pour de nombreuses organisations d’information dont le seul « péché » dans l’arène des médias sociaux est d’analyser et de donner leur point de vue qui se montre à contre-courant de la propagande néolibérale.  La justification standard de telles attaques sur la liberté d’expression est d’insinuer leur lien avec la Russie et/ou le terrorise. En fonction de sa réponse grossière et des réponses par la censure de certains acteurs puissants, il semble que peut-être le récit du RussiaGate est devenu de plus en plus improbable pour beaucoup et que le seul espoir actuel pour ses propagateurs est d’étouffer tout questionnement. Ce sont bien sûr de bien sombres jour pour la Démocratie ?

Oliver Boyd-Barrett est Professeur Emérite à la Bowling Green State University. IL est l’auteur d’un livre à venir : RussiaGate and Propaganda: Disinformation in the Age of Social Media (Routledge)

Traduction : Elisabeth Guerrier

Un message essentiel de Patrick Henningsen

TRES IMPORTANT : Il semble que la machine du Parti démocrate/ des agences gouvernamentales sans nom/Le conseil atlantique OTAN/ La silicon valley/ CNN/ l’établissement, font maintenant pression sur les centres d’hébergement pour éliminer des site web entiers. selon des rapports, il semble que le site http://Infowars.com soit actuellement hors ligne du DDoS et j’ai appris par Jay Dyer que sont site web https://jaysanalysis.com/ ait été bloqué par WordPress. Noez aussi qu’hier, la chaîne anglophone vénézuelienne Telesur, extrême gauche, a également été éliminée de Face Book. ceci prouve ce qe j’ai tent d dire la semaine dernière : il ne s’agit pas d’un sple question gauche, droite, et la suppression de Telesur montre vraisemblablement qu’il ne s’agit pas simplement d’une main mise partisane US, c’est orchestré au niveau gouvernemental. Nous savons que 21st century wire est probablement sur leur liste à cause du travail d’investigation que nous avons mené en Syrie, et après avoir été diffamés par MSM comme des propagandistes prorusses etc. donc nou s nous préparons à ça. Ils ont dépassé la limite, et les masques sont tombés.
Comprenez qu’il s’agit du complex-gouvernement-médias, mais que le Gouvernement utilise maintenant des entités privées, anonymeset sans visages avec un agenda autoritariste – afin de mener un programme de censure de masse sur les vues politiques dissidentes, sur le journalisme d’investigation qui gène le complex gouvernement-média et tout aisni que toute publication ou commentaire “politiquement incorrect”. Point plus que sombre de l’histoire, les US. Occidentaux sont en train de muter dans les mêmes despotes et tyrans minables qu’ils ont été supposé combattre pendant les 75 dernières années.
VERY IMPORTANT: Seems that Democratic Party machine/unnamed Gov Agencies/CNN/First Draft/Atlantic Council (NATO)/Silicon Valley/Establishment are now leaning on hosts to pull down entire websites – according to reports, it appears as if http://Infowars.com is currently offline from DDoS, and I was told by Jay Dyer that his website http://JaysAnalysis.com has been taken down by WordPress… Note also that yesterday, Venezuelan English Channel TeleSUR (ultra left) also taken off Facebook – so that proves what we’ve been saying last few weeks: that this is not just a Right/Left issue, and TeleSUR take down likely means this is not merely US partisan power-grab, this is being orchestrated at a US government level…. We know 21st Century Wire probably on their hit-list because of the great investigative work we’ve done on Syria, and after being slandered by corporate #MSM outlets as ‘Russian propaganda’ etc, and so we are preparing for it. They have stepped over the line, and the mask is off. Understand this is GOVERNMENT-MEDIA-COMPLEX, only the Gov is now using PRIVATE entities, nameless, faceless people with an authoritarian agenda – to conduct a program of mass censorship of dissenting political views, investigative journalism which embarrasses the Gov-Media Complex, and also any ‘politically incorrect’ information and commentary. Very dark point in history, the US/West is mutating into the same despots & petty tyrants we have supposedly been fighting for last 75 years…