Histoires venues de l’isolement cellulaire.

On peut, bien sûr, toujours argumenter qu’ils “l’ont bien cherché” et qu’ils purgent là une peine à la mesure de leurs exactions. On peut aussi tout de même se demander ce qu’est l’idée de peine elle-même dans une forme d’emprisonnement de ce type. Qui doit être protégé et contre quoi ? Quel est au bout du compte le bénéfice social de ce genre de choix carcéral. Il vient parfois une vision différente de l’acte anti-social, quel qu’il soit, c’est de le considérer comme une part active de la vie collective, incontournable quelle que soit la forme de justice choisie et ses modes de condamnation, une partie d’un ‘” nous” imaginaire est ainsi enfermée dans des cellules de 1.50 sur 1.80 mètres. Ce rien à produire de sa propre vie, quoi qu’on ait pu en faire avant d’être enfermé, quel message est-ce qu’il renvoie à l’ensemble de ce que nous sommes ? En quoi, meurtre monstrueux ou pas, meurtre de gardiens ou pas, le fait d’être condamné au néant existentiel et à la solitude absolue viendrait mieux assurer une forme de rédemption et pour qui ? On peut peut-être imaginer que la “punition” pourrait résider en une obligation de faire quelque chose de soi, de retrouver après la chute, les voies d’un devenir, dans l’enfermement mais aussi dans la possibilité de se créer soi-même à partir des autres et de ses propres capacités. Pour dire donc que les rapports complexes de toute société avec le crime sont dans la forme qui leur est donnée une simple façon historique de régler ce avec quoi elle doit s’instituer, le rapport à sa loi et à ses lilites. L’enfermement est une voie simple, radicale mais qui mérite, surtout dans les formes extrêmes qu’il impose, de ne pas êtreconsidéré comme la seule voie évidente dans cette gestion de toute société par elle-même.EG . 

Five Unforgettable Stories From Inside Solitary Confinement

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Pelican Bay SHU

Le texte suivant a été soumis par le California Prison Focus de la part de  Cesar Francisco Villa, 51ans, un prisonnier «  membre d’un gang » “gang-validated” incarcéré dans l’unité sécuritaire de la prison d’état de  Pelican Bay (State Prison’s Security Housing Unit (SHU)). Il a été maintenu en cellule d’isolement pendant onze ans dans le SHU, condamné à y  être maintenu pour une durée indéterminée, car, dit-il, il ne fait pas partie d’un gang. «  Pour être considéré comme  membre inactif d’un gang, (susceptible de libération), il faut que vous divulguiez des informations sur le gang, mais si vous n’en faites pas partie, quelles informations pouvaient vous livrer ? Aucune, écrit-il.  Le processus de validation d’appartenance à un gang (gang validation process) au cours duquel les investigations déterminent si les prisonniers sont oui ou non membres de certains gangs et les isolent indéfiniment dans le SHU a été critiqué au cours des débats de l’Assemblée de Californie, en 2011 et 2013 comme manquant d’un vision globale adéquate et d’une  procédure effective adéquate. Actuellement des milliers de prisonniers en Californie correspondent aux critères du SHU pour la validation d’appartenance à un gang et sont détenus en cellule d’isolement.

“ Chaque matin commence avec un désastre potentiel. Chaque matin commence avec la colère, juste avant l’angoisse » . Villa écrit sur la monotonie frustrante de la vie en SHU, où il a développé de l’arthrite dans la colonne vertébrale, une hépatite, des problèmes de thyroïde et de l’hypertension artérielle.  Ci-dessous un extrait de sa description puissante de la vie en SHU, à partir d’une lettre qu’il a adressé à  California Prison Focus. Pour la version complète, cliquer ici. –Sal Rodriguez

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Lorsque l’on parle des cellules d’isolement et des effets qu’elles peuvent avoir sur la psyché, il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit autour de laquelle s’enrouler. Il faut du temps pour comprendre ce à quoi les détenus de Pelican Bay sont soumis.  Et comprendre cette maladie qui rampe dans les esprits des administrateurs carcéraux laisse des nœuds dans l’estomac. Rien ne peut vous préparer à entrer dans le SHU. C’est un monde en soi où le froid, le silence et le vide viennent tous s’infiltrer dans vos os puis finalement dans votre esprit.

La première semaine, je m’étais dit : Ce n’est pas si terrible, je peux le faire. La deuxième, je suis resté debout en slip, tremblant sous la grêle et la pluie. Mais la troisième, je me suis retrouvé entrain de squatter un angle de la cour, limant les murs rugueux de béton avec mes ongles.  Mon sens de la décence humaine se dissipant un peu plus chaque jour. A la fin de la première année, mes mains et mes pieds ont commencé à se couper sous l’effet du froid. Je saignais sur mes vêtements, ma nourriture, entre les draps. Les bandages n’étaient pas autorisés, ou confisqués si on les trouvait.

Mon sens de la normalité a commencé à décliner au bout de trois ans d’isolement. Je commençais alors à me demander : est-ce que je peux le faire ? Plus sûr de rien du tout.

Bien que je ne l’ai pas réalisé à l’époque, – en y pensant rétrospectivement- l’effilochage a dû commencer à ce moment-là. Mon esprit a changé – Je ne serai plus jamais le même. La capacité à avoir une seule bonne pensée m’a quitté, aussi facilement que si il s’agissait d’un simple souffle de vent tamisant des vieux os fatigués.

Il y a un glissement définitif de la personnalité quand le bien devient le mal. L’obscurité qui plane au-dessus est épaisse, lourde et suffocante. Un claquement si aigu que l’écho en est assourdissant. Un bruit si fort que vous vous attendez à trouver du sang coulant de vos oreilles pendant les moments les plus désespérés.

Le réveil est le plus traumatique. A partir du moment où vos pieds nus touchent le sol en pierre, votre visage commence à s’affaisser, vos articulations se serrent – de pâles éclats dans le terrain du petit jour. Le plus léger glissement dans le calme de l’aube peut faire tomber un individu des SHU dans un tourbillon : si l’eau du lavabo n’est pas assez chaude, si la chasse d’eau est trop bruyante, si la coupelle du savon tombe, ou une tasse… en un instant vos dents nues tremblent de rage. Votre cœur cogne contre vos côtes, se coince dans votre gorge. Vous êtes capable que tuer n’importe qui à ce moment-là. Une attaque éclair, un coup, n’importe quoi qui puisse libérer la rage.

C’est le moment de rester rigide. Respirer profondément. Essayer de vous convaincre qu’il demeure quelques grammes de bon en vous. Ce n’est pas ainsi que vous voulez qu’on vous voie. Puis une mouette crie dehors- un autre tourbillon et vous vérifiez si vos oreilles ne saignent pas.

C’est une bonne journée

Onze années se sont écoulées depuis que je suis entré au SHU en attente de la «  gang validation ». Cette année, je vais avoir 52 ans. Mes capacités cognitives ont pris un drôle de pli ces dernières années. La détérioration est palpable. Quand je suis arrivé là, j’étais attentif et si vous permettez que j’utilise cette expression, j’avais l’œil vif.

Je croyais que je pourrai battre «  cette chose » quelle qu’elle soit. Je le confesse, j’étais ignorant.

Aujourd’hui, on peut me trouver à l’entrée de ma cellule. Mes doigts enfilés dans les orifices de la porte en métal. Je suis ramolli. Un mécanisme construit avec du gros calibre. Ma tête penchée dans une brume. Mon esprit pris dans un brouillard intense de néant. Je disparais, je le sais. Et ça n’a plus d’importance. Le désespoir est un virus que cache sous ma langue comme un petit caillou, comme si la pierre brillante pouvait aider à organiser mes pensées. Je disparais,  je le sais et cela n’a plus d’importance.

Quand je suis arrivé ici, j’étais attentif et si je peux me permettre l’expression, plutôt éveillé. Je pensais que je pourrai battre «  cette chose » quelle qu’elle soit. Je dois l’avouer, j’étais A trier ignorant. Aujourd’hui, on peut me trouver sur le devant de ma cellule, mes doigts pris dans les ouvertures de la porte en métal. Je boitille. Un mécanisme de lourd enveloppement. Ma tête suspendue dans une brume. Mon esprit perdu dans un épais brouillard de néant. Je disparais, je le sais. Mais ça n’a plus d’importance. Le désespoir est un virus que je cache sous ma langue comme un caillou magique, comme si une minuscule pierre pouvait m’aider à organiser ma pensée. Trier le gazouillis des détenus sans le caillou sous la langue dans leurs cellules de grognements et leurs inondations d’ignorance.  La concentration est une création abstraite pour ceux qui n’ont qu’une moitié de cerveau si une moitié de cerveau est une terrible chose à perdre. Et quelqu’un crie derrière moi «  Ne le perd pas, ne veux pas » Mais qu’y a-t-il à perdre si  tout ce que vous êtes est un virus que personne n’est autorisé à toucher.

Drôle. Quand je pense à la validation, je me souviens les vendredis après le travail, allant chercher mon chèque- tendant le ticket de parking au comptable, et lui demandant de le valider et je pense alors, comme c’est sympa, la validation est gratuite.

Oui, c’est moi, l’ignorant. Aujourd’hui, perdant ce qui me reste de la seconde moitié de moi-même.

Si je devais imaginer une vie à l’extérieur de Pelican Bay, à l’extérieur du SHU j’aurais à imaginer un hôpital. Et entre nous, je n’aime pas les hôpitaux. Je n’aime pas la puanteur des draps désinfectés, la force de l’odeur d’ammoniaque. Les blouses qui s’ouvrent par l’arrière, Les chemises à pois et les chaussons de papier.  Les chansons malades dans les lits malades, les sangles de cuir et les masques de cuir. Les électrochocs, les piqûres et les côtes cassées.

La vérité c’est que chacun à sa façon, nous sommes tous cassés.  Nous n’avons pas été finis, pas été remontés. Une composition de craquements et de fissures où rien ne sera jamais comme avant.

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Cellule d’isolement à Alcatraz

Thomas Bartlett Whitaker est incarcéré en cellule d’isolement dans le couloir de la mort de l’Unité Polunksy à Livingstone, Texas. Il a été accusé en 2007 d’avoir embauché un gangster pour éliminer sa famille. Pendant son séjour en prison Whitaker, âgé maintenant de 36 ans a obtenu un master avec mention très bien en Anglais et en sociologie et il travaille en ce moment à l’obtention d’un master en sciences humaines. Ecrivain prolifique, Whitaker a été trois fois vainqueur du Concours de PEN Prison Writing, et a contibué au livre «  L’enfer est une place toute petite : des voix s’élèvent de l’isolement» Hell Is a Very Small Place: Voices from Solitary Confinement. Avec l’aide de personnes à l’extérieur, Whitaker a aussi ouvert un site web, «  Quelques minutes avant six heures », Minutes Before Six ( faisant référence à l’heure à laquelle les exécutions ont lieu au Texas. Là, lui et d’autres écrivains détenus ont publié leur travail. Ci-dessous un extrait d’une lettre que Xhitaker écrivit à Solitary Watch à propos de son expérience en cellule d’isolement et ce que «  Quelques minutes avant six heures » avait provoqué en lui. Julia Hettigert

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Ecrire est le seul outil disponible dans ma boîte à outil. C’est en fait ça ou le suicide, pour être tout à fait honnête.  C’est encore très étrange pour moi que certaines personnes pensent que j’ai des facilités avec l’écrit parce que je n’ai jamais été satisfait ou impressionné par quoi que ce soit que j’ai produit. Je continue à dire que je vais continuer à faire ça jusqu’à ce que quelqu’un de plus doué se présente et me libére de mon devoir. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai ouvert ce site aux écrivains d’autres juridictions. J’ai toujours voulu faire ça, mais je n’avais pas la structure pour m’appuyer. Il y a une certaine politique dans les couloirs de la mort, les prisonniers qui clament leur innocence obtiennent pratiquement toute l’aide, comme cela se doit. Ceux parmi nous qui se déclarent coupables sont majoritairement ignorés. Je n’ai jamais eu plus d’une poignée de supporters et j’ai horreur d’avoir à leur demander de passer plus de quelques minutes par semaine sur mes insanités. D’une certaine façon, étonnamment, quelques personnes au cours des années ont découvert mb6 ( minute before six) et ont compris ce que je cherchais à faire avec ce site.

J’ai construit la plateforme mais je suis content que ce soient d’autres qui la portent maintenant. Il y aura un avenir pour ce site, surtout car il est fort probable que je sois exécuté en 2017.  Je viens de remplir ma Demande de grâce ( NOA) pour le 5ième circuit, qui est certainement la pire court de tout le monde occidental à laquelle adresser une demande de  grâce si vous êtes condamné à mort. Il est difficile de dire exactement comment vont se passer les choses, mais si ce n’est pas refusé et si je prends la route de la Cour suprême au Printemps, je serai plutôt surpris.  J’espère que Mb6 survivra un certain temps. Si c’est le cas, bien, je pense que nous avons essayé de faire quelque chose de bien. Je pense qu’il contient de bonnes informations et je sais que nos écrivains ont éprouvé  une certaine légitimité grâce à leur participation. Cela leur a donné quelque chose de positif sur lequel se centrer, sans compter avec le travail de l’écriture que je crois en soi fondamentalement réhabilitant.

En ce qui concerne l’isolement, vous me demandez comment je m’en sors. Je ne suis pas sûr que je m’en sorte, pas vraiment. Cela vous change, même ceux parmi nous qui étaient introvertis longtemps avant d’arriver en ces lieux.  Il n’est pas toujours simple de voir comment cet endroit vous lamine. Parfois, vous n’en prenez pas conscience  avant d’émettre  une opinion qui ne correspond avec rien de ce que vous avez jamais dit, et vous êtes étonnés, vous regardant dans la glace, vous demandant d’où est-ce que cela peut bien venir. Bien qu’étant introverti, j’ai toujours aimé la ville. Si je voulais manger vietnamien à trois heures du matin, eh bien, j’aimais avoir le choix . Certains aspects de la ville m’intéressent toujours, mis je sais que sans aucun doute que si je devais être libéré demain, je ne pourrais pas vivre entouré de gens. J’ai été obligé de vivre compressé dans ce minuscule espace avec une quantité de dégénérés pendant de trop longues années. J’ai besoin d’espace et de calme. De silence, de réel silence. Je vis dans cette étrange tension de croire dans les gens et dans le progrès sur un plan abstrait mais au fond, de détester viscéralement de très nombreux individus dans la réalité. A chaque fois qu’un de mes voisins manque de respect à une gardienne, je me consume sans bruit à l’intérieur.  Chaque fois que l’un d’entre eux commence un concours de hurlements  avec quelqu’un, même chose. Et pourtant je pourrais me faire gazer ou battre pour chacun d’eux si une cause plus haute le demandait. Je sais que c’est étrange. Je les aime en tant qu’idée, en tant qu’individus réprimés et vaincus mais, s’il vous plait, ne me faites pas entendre une seule de leurs plaintes.

Est-ce que tout ça est sensé ? Probablement pas. Mais je sais que vous comprendriez si vous viviez là. C’est la meilleure façon de vous  décrire cet endroit : il vous tord dans ses contradictions. Je dois me traquer presque constamment afin de ne pas dire ou faire quelque chose de déshonorant. J’étais dans un sacré état quand je suis arrivé là et à bien des égards, j’ai beaucoup gagné en self-control.  Mais en même temps, je me sens usé, comme si j’avais vécu dans une tempête de sable pendant onze années, avec mon âme rongée jusqu’à n’être plus qu’un petit morceau pathétique. Ils ne vous exécutent pas en vous donnant une date, vous êtes déjà mort en fait. Les seuls qui pleurent sur leurs destins sont ceux  qui étaient trop bouchés pour rien apprendre de cet endroit. C’est en quelque sorte la partie la plus triste. Cet endroit ruine les gens, il en rend certains fous. Il en oblige certains, comme moi à plonger si profondément qu’ils ne peuvent plus jamais se frayer un chemin jusqu’à la surface. Certains deviennent sui durs que la discipline ne peut plus avoir le moindre effet sur eux.

Avez-vous déjà lu Foucault ? Il a tort quand il prétend que la discipline s’inscrit dans le corps parlé. Le Panopticon ? Certains ici riraient devant cette technologie. Je fais certaines choses en face des gardiens et je leur demande d’oser m’interrompre. Pourquoi ? Trop d’anticorps rassemblés contre la peur et le pouvoir. Ils ne peuvent pas m’inspirer la peur. J’agis éthiquement parce que je l’ai choisi, pas parce qu’ils ont des gaz et des matraques ou des extraction team. Nous sommes au-delà de leur capacité à nous blesser, dans de nombreux cas.  L’ironie est qu’ils ont construit ces lieux pour héberger des super-prédateurs qui n’existaient pas  au début mais qui ont fini par être créés par les lieux. Des personnes qui ont passé une dizaine d’années ou deux ici ne peuvent plus jamais être libérées. Ils vont récidiver, parce qu’ils ne croient plus à l’idée de la loi. A travers cette expérience, ils ont vu qu’il s’agit  d’un groupe exerçant le pouvoir sur un autre groupe et cela les fait juste rire. Une fois que vous voyez vraiment le monde comme «  bellum omnium contra omnes », vous ne vous en remettez plus vraiment. La seule chose qui m’ait permis d’éviter ce genre de conclusion est que j’ai toujours considéré le monde comme absurde pour commencer.  Trop de Camus et de Sartre dans ma jeunesse. Rien de tout ça ne semble assez sérieux pour en prendre ombrage.

Ah, je viens de relire ce que j’ai écrit,  et j’espère que vous n’êtes pas sujet à la dépression. Je ne sais pas comment j’ai pu finir comme ça. J’étais drôle avant.

La ségrégation vous transforme en rabat-joie, apparemment.

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*  « La guerre de tous contre tous » est une description que le philosophe anglais Thomas Hobbes donne de l’existence humaine dans la nature .

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“Control Unit” par Thomas Silverstein

Thomas Silverstein,  qui a été décrit comme «  l’homme le plus isolé » d’Amérique, a été maintenu dans une extrême forme d’isolement cellulaire, avec l’ordre de demeurer sans «  contact humain » pendant 28 ans. Originellement emprisonné pour un vol à mains armées à l’âge de 19 ans, Silverstein purge une peine à vie sans liberté conditionnelle pour avoir tué deux détenus ( dont il dit qu’ils menaçaient sa vie) et un gardien, il est enfermé dans les profondeurs du système carcéral d’état depuis 1983.

Dans son procès en cours contre le Bureau fédéral des prisons, Silverstein affirme que ses dizaines d’années dans un complète isolement dans une petite cellule de béton viole le bannissement constitutionnel de toute punition cruelle ou inhabituelle, ainsi que les garanties d’un procès en bonne et due forme. ( le procès, mené par la Clinique des droits civils de l’Université de Denvers est décrit en détail dans notre article “Fortresses of Solitude.”)

Pour appuyer ce procès, Silverstein, âgé maintenant de 59 ans, a rédigé une longue «déclaration » dont le propos principal est de «  décrire mon expérience pendant cette longue période d’isolement cellulaire : la nature et l’impact des conditions si dures que j’ai enduré en dépit d’une conduite sans faille pendant plus de 22 ans, ainsi que mon ignorance de ce que je puisse au minimum faire afin d’alléger cet isolement. »

Après s’être excusé «  pour les actions qui m’ont amené là » particulièrement pour le meutre du gardien Merle Clutts, Silverstein affirme qu’il a «  travaillé dur afin de devenir un autre homme ». Il poursuit, «  Je comprends que je mérite d’être puni pour mes actions, et je n’attends pas d’être libéré de prison, je veux juste passer ce qui me reste de temps à vivre paisiblement, avec d’autres hommes matures purgeant leurs peines »

La majeure partie de la déclaration de Silverstein est un compte-rendu détaillé de son expérience et de son environnement, dans une suite de ce qui constitue le plus sécurisé et le plus isolé système carcéral de toutes les prisons fédérales : la notoire Unité de contrôle de Marion, le prototype supermaximum, à l’USP d’ Atlanta, dans un sous-sol sans fenêtre, une cellule «  de poche » de 150.180 cms ( ce qui est la taille standard d’un matelas grande largeur), à Leavenworth, dans un sous-sol isolé, une cellule nommé e la «  suite Silverstein », au Range 13 de l’Unité ADX de Florence, où il pouvait entendre le bruit fait pas=r les autres prisonniers dans les cellules voisines mais n’a jamais pu les voir.  Le texte suivant est écrit par Silverstein et concerne sa vie à l’USP d’Atlanta.

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La cellule était si petite que je pouvais toucher les deux murs  simultanément. Le plafond si bas que je pouvais toucher l’ampoule. Mon lit prenait la longueur de la cellule et il n’y avait aucun autre meuble. Les murs étaient en acier et peints en blanc. J’avais l’autorisation de porter des sous-vêtements mais je n’avais droit à aucun autre vêtement. Peu de temps après mon arrivée, l’équipe technique de la prison commença le réaménagement de l’aile, ajoutant plus de barreaux et d’autres équipements de sécurité  à la cellule pendant que j‘étais à l’intérieur.

De façon à ce que je ne sois pas brûlé par des étincelles et des braises pendant qu’ils soudaient plus de barres dans la cellule, je devais rster couché sur le lit avec un drap sur la tête. Il est difficile de décrire l’horreur qu’a été ce temps de construction. Pendant qu’ils montaient de nouveaux murs autour de moi, j’avais la sensation d’être enterré vivant. C’était terrifiant. Pendant ma première année dans cette cellule de poche, j’étais complètement coupé du monde extérieur  et n’avais aucun moyen d’occuper mon temps. Je n’avais pas droit aux visites ni au téléphone, ni à la lecture, sauf la Bible. Je ne pouvais parler à personne et il n’y avait absolument tien sur quoi centrer mon attention.

Je n’étais pas seulement isolé, j’étais désorienté dans cette cellule de poche. C’était exacerbé parce que je n’étais pas autorisé à avoir de montre ni d’horloge. En addition, la lumière brillante, artificielle demeurait allumée continuellement dans la cellule, augmentant la désorientation et rendant difficile le sommeil. Non seulement cette lumière est constamment allumée mais elle bourdonne sans arrêt. Le bourdonnement me rendait fou, d’autant plus que souvent il n’y avait aucun autre bruit autour. Cela peut paraître une chose insignifiante mais c’était mon seul monde.

A cause de l’éclairage artificiel et du manque de montre, je ne pouvais pas savoir si c’était la nuit ou le jour. Fréquemment je m’endormais et quand je me réveillais je ne savais pas si j’avais dormi cinq minutes ou cinq heures, n’avais aucune idée du jour ou du moment dans la journée. J’ai essayé de mesurer l’écoulement des jours en comptant les plateaux repas. Sans pouvoir avoir une idée du temps, pourtant, je pensais parfois que les gardiens étaient partis et ne reviendraient jamais. Je croyais qu’ils étaient partis depuis des jours et que j’allais mourir de faim. Il est probable qu’ils n’étaient partis que depuis quelques heures mais je n’avais aucun moyen de savoir.

J’étais si désorienté à Atlanta que je me sentais comme dans un épisode de « la quatrième dimension » Je sais maintenant que je suis resté là près de quatre ans. J’aurais eu l’impression d’y avoir passé une dizaine d’années si on ne me l’avait pas dit. Cela a semblé éternel et sans fin, incommensurable

Il n’y avait ni air conditionné ni chauffage dans ces micro-cellules. Pendant l’été la chaleur était insupportable. Je versais de l’eau sur le sol et je m’y couchais nu pour me rafraîchir.

Le seul moment où je pouvais sortir de ma cellule était lors de la récréation extérieure. J’étais autorisé à une heure par semaine de récréation. Je ne pouvais voir aucun codétenu ou rien du paysage environnant pendant ce temps à l’extérieur. Il n’y avait pas d’équipement d’exercice et rien n’à faire.  Ma vue s’est détériorée dans la micro-cellule, à cause peut-être de la lumière constante ou peut-être aussi à cause d’autres aspects de cet environnement si dur. Tout a commencé à devenir flou et je suis devenu sensible à la lumière, qui me brûlait les yeux et provoquait des maux de tête.

Pratiquement tout le temps, les gardiens refusaient de m’adresser la parole. Malgré cela j’ai entendu des gens, que je crois être des gardiens murmurer à la porte, en me disant qu’ils me haïssaient et en m’insultant. Jusqu’à ce jour, je ne sais pas si des gardiens ont vraiment fait ça, ou si j’ai commencé à perdre la tête et été sujet à des hallucinations.

Dans la micro-cellule j’ai perdu la capacité à distinguer ce qui était réel. Je rêvais que j’étais en prison, en me réveillant, j’étais incapable de savoir ce qui était réel et ce qui était un rêve.

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Dans une synthèse,  Silverstein réfléchit aux effets physiques et psychologiques de 28 ans de cellule d’isolement et sur son développement personnel comme artiste auto-didacte et praticien du yoga et de la méditation bouddhiste. Il a renouvelé sa demande d’autorisation à être admis dans le programme «  step-down » du BOP (Bureau of Prisons) afin d’obtenir un régime d’isolation moins strict.  La déclaration complète de 64 pages peut être lue là.

Mise à jour : Une déclaration, soumise comme expos par le Dr. Craig Haney, un des experts nationaux majeur sur les effets de l’isolement carcéral prolongé peut être lue là.

 

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Une sentence pire que la mort par William Blake

Tout d’abord publié en 2013, ce compte-rendu dévastateur de 25 années passées en isolement cellulaire sans interruption à New York a reçu plus d’un demi-million de clicks sur Solitary Watch seulement et a été republié sur des dizaines d’autres sites autour du monde. Des milliers l’ont lu comme la pièce majeur de  « L’enfer est un endroit minuscule », Hell Is a Very Small Place. Blake a entrepris de raconter «  ce qu’année après année, l’isilement abject fait à cette part immatérielle en notre cœur où l’espoir meurt ou survit et où l’esprit réside » et il réussit, comme peu l’ont fait avant lui ou depuis à décrire cette expérience viscérale de survive des dizaines d’années durant dans une Unité d’accueil spéciale (Special Housing Unitiy SHU). Presque cinq ans après la publication de son essai Billy Blake est toujours en isolement et il écrit toujours.

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J’ai traversé des moments si difficiles et expérimenté l’ennui et la solitude à un tel point que cela semble être comme une chose physique à l’intérieur – si épaisse qu’il semble qu’elle m’étouffe, essayant d’extraire la santé mentale de mon esprit, l’esprit de mon âme et la vie de mon corps. J’ai vu l’espoir devenir comme une chose éphémère et brumeuse, difficile à maintenir, et encore plus difficile à appréhender au fur et à mesure que les années puis les décennies disparaissaient alors que je restais enfermé dans le vide du monde SHU. J’ai vu des esprits glisser le long de la santé mentale, descendre dans la folie et j’ai été terrifié à l’idée que je finirai comme ces gars atour de moi qui ont craqué et sont devenus fous.  C’est une chose très triste de voir un homme sombrer dans la démence sous vos yeux parce qu’il ne peut plus supporter la pression que les boîtes exercent sur l’esprit, mais c’est encore plus triste de voir l’esprit sortir d’une âme. Et c’est plus désastreux. Parfois les gardiens de prison les trouvent pendus et bleus, parfois ils se cassent le cou en sautant de leur lit, les draps enroulés autour du cou qui sont aussi enroulés autour de la grille qui recouvre l’ampoule au plafond, tendus avec un bruit sec. J’ai vu l’esprit quitter les hommes des SHU et j’ai été témoin du résultat.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

 Il semble difficile d’évoquer les conditions de vie de détenus condamnés à la peine capitale sans questionner les fondements de cette sentence, à plus forte raison dans un contexte où tout un système judiciaire, comme c’est le cas en Californie semble de plus en plus mal à l’aise avec l’exécution de la peine de mort et confie à la force d’inertie institutionnelle le soin de s’organiser autour des formes d’incarcérations des condamnés.
Mais si les conditions de détentions de nombreux occupants du Centre d’ajustement (Adjustment Center) dépendant de la prison d’état de Saint Quentin Californie posent la question d’une forme de triple peine, qui à la sentence de mort ajoute celle de la perpétuité, et celle de l’isolement, certains détenus restant dans ces cellules d’isolement jusqu’à plus de dix ans d’affilée sans voir leur condamnation revue, et celle de la mise à mort comme acte de justice, elle pose égelement une autre question.

Il s’agit ici de la question de la violence légitime, celle exercée par le pouvoir et par le système pénal qu’il applique. C’est cette violence même qui autorise la mise à mort, les conditions de détention d’une brutalité presque impensable au nom d’une justice dont on peine à concevoir la finalité en dehors d’une forme d’esprit de vengeance sociétale où la collectivité aurait à charge de punir le coupable sur le même mode que le crime commis. C’est la logique vengeresse qui prévaut dans le contexte de la peine de mort et qui fait preuve d’un niveau d’élaboration de l’ordre publique de type tribal ou clanique. En effet, comment peut-on dans un contexte de république démocratique, imaginer que la justice puisse être assimilée à une forme de violence répressive  du droit commun en appliquant les mêmes mises en actes qui ont amené le condamné à être jugé. C’est dans le contexte des peines de mort qui se transmuent en isolement à vie, la même question.

D’une certaine façon, on mise dans un contexte démocratique sur une forme de justice s’exerçant en dehors des critères de vengeance même non revendiquée comme telle et considérant tous ses citoyens, innocents ou criminels comme devant mériter sa protection au nom d’une humanité partagée et commune à tous, coupable ou non. Dans ce débat interminable entre bien et mal, entre rédemption et condamnation, le système judiciaire est  et sera toujours un système de l’à-peu-près et en tant que tel, il se doit de mettre dans ses arguments son devoir de distance par rapport à cette même violence qu’il est en mesure de s’octroyer comme un droit et par rapport aux moyens de cette violence comme éminemment historiques, donc arbitraires et précaires. On évoquera la notion développée par Max Weber* d’éthique de la conviction opposée à l’éthique de la responsabilité. Condamner n’importe quel individu et ce quel qu’ait pu être son crime à vivre dans des conditions pouvant être définies comme inhumaines, c’est privilégier l’éthique de la conviction, qui occulte l’importance des moyens pour atteindre une fin, ici la vengeance sociale et l’éradication du mal. Or dans un système démocratique ou le politique se doit avant tout de s’exercer sur les choix de ces mêmes moyens sachant que les fins sont toujours illusoires et reconduites infiniment, c’est l’éthique de la responsabilité qui se doit d’être prise en compte, responsabilité qui fait de chaque détenu un élément de la société civile dont l’institution a la charge. Lui infliger, dans un arbitraire complet, les conditions les plus inhumaines de survie, c’est une façon de mettre ces mêmes conditions comme étalons pour la collectivité dans son ensemble, qui héberge à la fois la norme et l’anormal et doit traiter cette marginalité non comme un déchet mais comme une part d’elle-même. EG

 

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Le détenu Douglas Clark, essaie de raconter son histoire au reporters visitant le Centre d’ajustement de la prison de Saint Quentin.

 

Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

In California Death Row’s “Adjustment Center,” Condemned Men Wait in Solitary Confinement

Par Alyssa StrykerSolitary Watch | Report

 Cette histoire a été publiée tout d’abord dans  Solitary Watch.

«  Quand nous avons été condamnés à mort, » écrit Carlos M. Argueta rote Carlos M. Argueta d’un couloir de la mort californien, nous n’avons pas été condamnés à être mal traités, humiliés, discriminés, torturés psychologiquement et maintenus dans des donjons en isolement jusqu’à notre exécution. À aucun moment le juge n’a dit que cela devait faire partie de sa décision. Il parlait de la vie dans le centre d’ajustement de la prison d’état de Saint Quentin, une “prison dans la prison »  avec un nom digne d’une fiction dystopique.

Le Centre d’ajustement est à l’épicentre du système des couloirs de la mort californiens que l’Atlantic à récemment   appellé   « simultanément le manipulateur le plus et le moins déterminant de la peine de mort ». Bien que l’état inflige continuellement des peines de mort – il y avait 749 personnes  attendant leur exécution en juillet dernier, presque deux fois autant que le nombre dans l’état suivant.  Presque personne n’est exécuté – La Californie n’a infligé que six exécutions depuis le début du 21ième siècle, et aucune depuis    2006. En mars de cette année, le LA Times rapportait que les couloirs de la mort à St Quentin – le lieu où vivent tous les condamnés de Californie – était littéralement   comble.

Le Centre d’ajustement, la plus dure des trois unités de St. Quentin est sévère    en comparaison  d’autres unités se ségrégation du système pénitentiaire californien et des couloirs de la mort d’autes états. Et les délais particulièrement longs d’application des sentances signifient que ces conditions peuvent durer des dizaines d’années.

Le  temps moyen  passé dans les couloirs de la mort en Californie était de 16. 1 années en 2013. Et, à la fin de 2014, , à peu près 78 %  de la population masculine des couloirs de la mort  avait été là pour dix ans et plus. Evoquant les  délais excessifs, en 2008, la Commission californienne pour une administration juste du système pénal ( the California Commission on the Fair Administration of Justice déclarait que le système de la peine de mort de cet état  «  dysfonctionnait »  Et en 2014, dans une decision qui déclarait le système anticonstitutionnel ( la décision a été annulée  pour un défaut de procédure en Novembre) le juge fédéral Cormac J. Carney déclarait qu’en Californie «  la peine de mort attentivement et délibérément choisie par les jurés a été calmement transformée en ce qu’aucun jury ou législateur ne pourrait imposer : la prison à perpétuité avec la perspective d’une possibilité d’exécution éloignée ».

Un recours collectif devant les tribunaux  depose en Juin 2015, Lopez vs Brown, offre un rare regard sur la vie quotidienne des personnes vivant das les Centres d’ajustement. Ses six plaignants, — Bobby Lopez, Marco Topete, John Myles, Richardo Roldan, John Gonzales, et Ronaldo Medrano Ayala – allèguent que leurs conditions de détention dans le Centre d’ajustement violent le Huitième amendement touchant la prohibition de traitements cruels ou inhabituels et la clause de processus de recours du 14ième amendement. Ces hommes sont dans le Centre d’ajustement depuis des périodes allant de trois à vingt-six ans. Certains n’ont reçu qu’une signification disciplinaire pendant toute cette période parce qu’ils avaient participé à une grève de la faim non-violente.

Ces hommes et leurs compagnons du Centre d’ajustement passent entre 20 et 24 heures par jour, souvent pendant des années – à l’intérieur de cellules d’environ 1.82 / 2.78 mètres, plus petite qu’une place de parking standard. Il n’y a pas de lumière naturelle ni de circulation d’air, les températures dans les cellules fluctuent de très chaudes à très froides. Les lits consistent en des matelas très fins sur un support de métal ou de béton. Il n’y a pas de chaise ou de bureau dans les cellules.

Selon la plainte, , «  Quand ils écrivent une lettre à leurs proches, Roldan s’agenouille sur ses chaussures de douche et utilise sa couchette comme une table. Ayala amènage un siége avec les boîtes de rangement dans lesquelles il garde ses affaires. Gonzales et Topete s’assoent sur une couverture sur le sol de leur cellule et écrivent sur leurs lits. Pour Topete, qui a des douleurs lombaires chroniques, s’asseoir dans cette position devient insupportable après 15 minutes. Comme résultat, il ne peut écrire que par brefs moments. »

Ceux qui vivent dans le Centre d’ajustement sont continuellement immergés  dans le bruit.  . Le claquement des grilles de sécurité et des portes de cellules, qui font écho à travers l’unité, accentués par les hauts plafonds et les cellules de métal. Les résidents qui crient sans arrêt, frappant ou hurlant ou bien dans des tentatives désespérées de communiqué les uns avec les autres ou comme réponse primaire à leurs conditions de vie insupportables. Le tapage continue vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le manque de sommeil chronique est un des effets secondaires sévères physiques ou mentaux du confinement à long terme dans les Centre d’ajustement.

L’accès à des soins de n’importe quelle sorte est très limité, et dans de nombreux cas, inexistant. Quand un détenu fait la demande d’un rendez-vous médical, cela peut prendre si longtemps avant de se matérialiser que dans un lettre à Solitary Watch, un détenu raille : «  Le temps que vous voyiez un docteur ou la grippe est passée ou c’est vous qui y êtes passé. »

Des examens de santé mentale, quasi ils se produisent jamais sont souvent menés à travers une porte de cellule à portée d’oreille des gardiens et des autres détenus. Comme des informations sensibles sur la santé peuvent être facilement être utilisées contre eux-mêmes par les gardes ou les codétenus, il est impossible aux résidents du centre d’ajustement d’être honnêtes sur leur état de santé mentale et donc de pouvoir recevoir le traitement approprié.

Le même homme, cité plus haut commente : « J’ignore l’étendue des dommages psychiques mais je sais que plus de personnes sont mortes dans les couloirs de la mort de Saint Quentin à cause du suicide que des exécutions. » Bien  sûr,   le taux de suicides  dans les couloirs de la mort est à peu près dix fois celui de la population normale et plusieurs fois plus important que dans la population des autres prisons.

La Californie est l’un des quelques états  qui maintient les gens ségrégués pour appartenance à des gangs sans aucune prise en compte des leurs comportements au sein de la prison.  Comme résultat, un individu qui n’a jamais violé les règles de la détention peut finir dans le Centre d’ajustement pour suspicion d’appartenance actuelle ou ancienne à un gang. Il n’existe pas de procédure pour revoir ces affiliations et des individus peuvent être maintenus pendant des années dans ce centre sur des preuves peu convaincantes. Certains individus sont supposés appartenir à un gang simplement à cause de leur origine ethnique ou de la région où ils ont grandi.

Techniquement,  les résidents du Centre d’ajustement  ont droit à ce que leur placement soit revu tous les 90 jours mais un transfert au bloc est ou à la Ségrégation nord, les deux autres unités de couloir de la mort de St Quentin en résultent rarement.  Sans aucune possibilité de contredire l’affiliation à un gang qui n’a jamais été prouvée en premier lieu la détention continue est presque une certitude.

 

 

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La Californie a le plus grand nombre de détenus dans les couloirs de la mort  – 747 – passant une moyenne de 17.9 années derrière les barreaux.  

D’autres résidents ont été placés dans le Centre d’ajustement pour des infractions à la discipline commises quand ils étaient dans l’une des deux autres unités des couloirs de la mort. Pour ces hommes également, il est très compliqué de se faire transférer même après de longues périodes de comportements adéquats.

Les résidents du Centre d’ajustement ne sont autorisés à s’engager dans aucune activité éducative, récréative ou technique ou professionnelle. Ils ne peuvent quitter leurs cellules que pour  cinq raisons :

  • Les sorties dans la cour, au plus trios fois par semaine de trois heures chacune.
  • Les douches, au plus trios fois par semaine
  • Les visites médicales
  • Les rares visites, qui se passent derrière une vitre en Plexiglas avec un système d’interphone de médiocre qualité.
  • Des visites à la bibliothèque de droit qui peuvent prendre plusieurs mois à être obtenues.

Avant et après tout mouvement dans l’unité, les hommes sont  soumis à une fouille corporelle de routine , souvent en face de co-détenus et des gardes du Centre d’ajustement, même si ils ne sont entrés en contact avec personne pendant leur temps hors cellule.

Un fois dans la cour, les détenus ont accès à de petites cours ouvertes ou à des cages de marche (à peine deux fois plus grandes que les cellules), avec quelques balles et éventuellement des barres de traction. Bien que le temps de cour soit une des rares opportunités pour les détenus d’échanger entre eux, les prisonniers rapportent que toute interaction peut être perçue par les gardes comme une «  activité de gang » et utilisée pour justifier leur maintien dans le Centre d’ajustement – des détenus choisissent donc de ne pas échanger.

Dans un lettre à Solitary Watch, un des détenus du Centre d’ajustement se lamente sur l’apparente immuabilité du status quo : «  Ce qui se passe aujourd’hui et demain dans l’isolement est la même chose qui s’est passée il y a une dizaine ou une quinzaine d’années. En fait, vous allez pouvoir trouver les mêmes prisonniers ici dans le même isolement cellulaire, soumis aux mêmes conditions inhumaines. ».

Les  détenus du Centre d’ajustement – en dépit de conditions extrêmement restrictives – en 2011 et en 2013 ont joint les prisonniers lors d’une grève de la faim pacifique dans tout l’état. Non seulement le Département de correction et de réhabilitation de Californie ( California Department of Corrections and Rehabilitation (CDCR)) a-t-il ignoré les  demandes  raisonnables des grévistes, comme l’accès à des activités récréatives, la capacité à communiquer avec leurs familles plus largement, des révisions pertinentes de leurs détentions au centre d’ajustement mais il a officiellement considéré la participation à la grève comme une transgression et l’a utilisé à titre disciplinaire pour maintenir les participants dans le centre d’ajustement.

Dans les “ centres d’ajustement” des couloirs de la mort californiens des hommes condamnés attendent dans des cellules d’isolement.

Dans une lettre à  Solitary Watch, un détenu du Centre d’ajustement exprime son refus de discuter d’autres formes d’activisme non-violent pour les mêmes raisons : des actes pacifiques de protestation, dit-il sont : «réinterprétés comme une menace à la sécurité » et «  redéfinis dans le code local comme des « violation de la règle ».

La grève eut, cependant, l’avantage de porter l’attention sur les conditions de détentions dans le système carcéral californien et d’exposer certaines failles dans son système d’isolement. Lors des dernières années, plusieurs poursuites ont attaqué l’usage de l’isolement dans et hors des couloirs de la mort, y compris la plainte Lopez v. Brown.

 

Josue Torres-RubioEn Août 2015,  cette photo de Josue Torres-Rubio, de Wapato, Washington., a été prise. Il est détenu avec accusation de vol, vol avec effraction et possession d’un véhicule volé. Il pose pour cette photo à l’intérieur de se cellule d’isolement au Centre de redressement de Washington ( Washington Corrections Center,) à Sheltion, Wash.  Pour des dizaines de prisonnier dans ces locaux, 23 heures chaque jour sont passée seul dans une cellule minuscule, avec une heure pour marcher ou courir, également seul dans un pi-ce de récréation avec de hauts murs de béton et un toit en métal grinçant. Dans les semaines à venir, quelques prisonniers auront la possibilité d’utiliser leur heure dehors pour regarder les couchers de soleil, les montagnes ou des scènes sous marines en vidéo, avec l’espoir que les détenus seront plus calmes, montrant moins d’explosions  ou d’interactions violentes  (AP Photo/Ted S. Warren) *

 

 

Emily Rose Johns, qui travaille sur le dossier Lopez  avec le cabinet Siegel & Yee, a confié à Solitary Watch qu’ils en sont à une des premières étapes des pourparlers avvec le CDCR. Elle ajoute que ces pourparlers ont lieu dans l’ombre du cas Ashker v. Brown, un cas analogue qui  a été enregistré en Septembre par le CDCR. Bien que le dossier Ashker n’ait pas d’effet direct sur les détenus du centre d’ajustement, il a des implications significatives pour les litiges et le travail législatif de réforme des conditions de détentions dans les couloirs de la mort californiens.

 

Ashker  était une action de recours collectif devant les tribunaux  intentée par le Centre de droit constitutionnel Center for Constitutional Rights (CCR) au nom de ceux qui ont passé une dizaine d’années ou plus en cellule d’ isolement dans l’unité de sécurité, Security Housing Unit (SHU)  de la prion d’état californienne de la baie des pélicans. Comme Lopez, Ashker soutient   que l’isolement à long terme viole le Huitième amendement portant sur l’interdiction des punitions cruelles ou inhabituelles et que le manque de révision sensée des placements en SHU viole les droit à des reconsidérations faites en bonne et due forme. Le Centre d’ajustement n’est pas techniquement soumis à des poursuites judiciaires – il n’est pas   spécifiquement classé  comme un  SHU – mais les conditions montées par Ashker sont extrêmement semblables à celles du Centre d’ajustement, y compris les critères d’appartenance à des gangs non basés sur des preuves.

L’accord d’Ashker transformera un système “basé sur le statut” pour le placement en cellule d’isolement en un système “basé sur le comportement”. Les personnes ne seront placées en SHU uniquement si elles ont commises des violations identifiables des règles du SHU, comme la violence, la possession d’armes, ou les tentatives d’évasion et pas seulement pour des accusations d’appartenance à des gangs.

Cet accord limitera aussi d’une façon significative le temps de séjour en cellule d’isolement. CCR note qu’en mettant au point le   Ashker, « La Californie a reconnu implicitement les dégâts subis par les prisonniers maintenus longtemps en cellule d’isolement » L’avocat de CCR,  Alexis Agathocleous, parlant à Solitary Watch, note que le CDRC a «  reconnu que d’autres options sont envisageables » en dehors du confinement à long terme pour gérer les comportements en prison. Les personnes impliquées dans le cas Lopez pourront se référer au Ashker pour comprendre ce que le CDCR souhaite mettre sur la table.

 

EmilyRose Johns note, cependant, qu’il y a des obstacles à la négociation d’un accord pour les détenus des couloirs de la mort avec lesquels le Ashker n’avait pas eu à se débattre, y compris des contextes de régulation différents et certainement des stigmates encore plus lourds. Les discussions sur les accords pourraient se poursuivre pendant des mois, voire des années. Si ces discussions échouent et si le cas est soumis aux tribunaux, il s’écoulera certainement des années avant qu’un jugement soit prononcé. Pendant ce temps, la vie – telle qu’elle est- continuera pour les hommes du Centre d’ajustement. Avec des exécutions apparemment reportées indéfiniment, les conditions de vie si sévères des individus dans les couloirs de la mort, supposées temporaires, deviennent de plus en plus permanentes.

 

 

Pour les plaignants nommés dans le Lopez, cependant, les choses seront légèrement différentes. Comme conséquence des poursuites judiciaires, note Johns, ils ont tous été transférés hors du Centre d’ajustement dans le Block Est offrant des conditions un peu moins astreignantes. Leurs exécutions ne semblent nulle part en vue.

Solitary Watch, édité par James Ridgeway et Jean Casella, cherche à devenir le premier centre des sources d’information sur l’isolement cellulaire – un bureau central, un centre de ressources et une communauté en ligne. En plus de la couverture des événements comme ils sont mis à jour, il fournit un lieu où les détenus maintenus en cellule d’isolement peuvent publier leurs histoires.

 

ALYSSA STRYKER

Alyssa Stryker est une assistante sociale pour l’Association des libertés civiles de Colombie britannique (British Columbia Civil Liberties Association) et une reporter pour Solitary Watch.

*Max Weber  Le savant et le politique 

* Cette photo et son commentaire ne font pas partie de l’article initial de Solitary Watch. Il s’agit d’un document sur les conditions de vie dans la prison de Washington, hors du contexte des couloirs de la mort. La question des conditions de détentions et des cellules d’isolement est pourtant à considérer également dans la perspective du sens de l’incarcération dans ces conditions

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