L’économie politique du complexe militaro-industriel : Devine qui dort sous la couverture de l’insécurité ? Professeur Joan Roelofs

Voici la traduction du travail du Professeur Joan Roelofs initialement paru dans Counterpunch et disponible en PDF et sur son site. Elle a fait dans une remarquable étude, complètement documentée et détaillée, l’inventaire de TOUS les secteurs où le complexe militaro-industriel a maille à partir, des Universités aux entreprises, en passant par les OGN pacifistes et les loisirs. C’est bien sûr une production dense, mais amener au grand jour les intrications financières omniprésentes, aux USA et dans le monde entier entre des forces ostensiblement bellicistes et les groupes et associations qui sont supposées militer pour la paix donne une idée du niveau de corruption morale et matérielle sur lequel l’ensemble de ce système repose.  Comme pendant, il est conseillé de faire un retour sur l’article de Richard Krushnic et Jonathan King,  Privatiser l’apocalypse . EG

 

 

Le Professeur Roelofs a beaucoup donné au peuple américain  et au monde en rassemblant une documentation si étendue sur la pénétration, dans tous ses aspects  de la vie américaine, du complexe militaro- sécuritaire. Qu’un simple Président des Etats-Unis puisse amener au pied et la priver de ses ennemis nécessaires une telle institution si puissante et omniprésente est une illusion.

L’économie politique de l’industrie de l’armement ?

Devine qui dort avec notre couverture d’insécurité ?

Par Joan Roelofs

Pour beaucoup de gens, le «  complexe-militaro-industriel » (MIC) évoque les vingt premiers fabricants d’armes. Le Président Dwight Eisenhower, qui nous avait averti en 1961, voulait le nommer le «  complexe militaro-industriel-congressionnel » mais décida que ce n’était pas prudent. De nos jours il pourrait s’appeler le complexe militaro-industriel-congressionnel-et-tout-le-reste. La plupart des départements, des niveaux de gouvernement, des entreprises, et des ONG, services sociaux, environnementaux, et des organisations culturelles sont profondément  incrustés par l’armée.

L’industrie de l’armement peut être le fer de lance du budget militaire et des opérations militaires, elle est immensément soutenue par les cris d’excitation ou le silence des citoyens et de leurs représentants. Nous allons fournir ci-dessous quelques raisons envisageables pour cette affirmation; Nous allons utiliser la topologie commune de trois secteurs nationaux : le gouvernement, les entreprises et les ONGs, avec des interactions variées entre elles. Ceci ne remet pas en cause, bien que cela le masque, le fait que le gouvernement est le bras de la classe dominante.

Toutes les sortes d’entreprises figurent dans le budget du Département de la défense (DOD). Lockheed est actuellement le plus important contractant de l’industrie de l’armement. Il a des connexions dans la MIC du monde entier en se procurant les pièces, par exemple, de l’avion de chasse F.35, dans de nombreux pays. Ceci aide à le commercialiser, en dépit de son peu de reconnaissance au sein des experts militaires et des critiques des antimilitaristes. Lockheed fait également du travail civil, qui augmente son aura en répandant ses valeurs.

D’autres types d’entreprises ont des contrats énormes pluriannuels, en milliards. Ceci en dépit de la stipulation du Congrès de ne pas attribuer des fonds pour plus de deux années consécutives. On note en particulier des compagnies de construction, comme Fluor, KBR, Bechtel, et Hensel Phelps.  Celles-ci construisent des bases énormes, avec souvent de la surveillance high-tech et des capacités opérationnelles, aux US et à l’étranger, où ils embauchent des locaux, ou plus communément, des individus du tiers-monde pour mener à bien le travail. Il y a aussi des milliards de fonds publics pour des contractants en techniques de communication, intelligence analytique, transports, logistique, alimentation et vêtements. «  Contracter »  est la façon de faire militaire actuelle. Ceci étend aussi son influence largement et loin.

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Des entreprises moyennes, petites ou grandes sont accrochées à l’ « Arbre de Noël » du Pentagone, promouvant la liesse populaire ou le silence sur le budget militaire. Un petit business, KEPA TCI (construction) a reçu des contrats de 356 millions. (les données proviennent de plusieurs sources sur internet : sites web, formulaires d’imposition,  et rapports annueles des organisations, usaspending.gov ( USA) et gouvernmentcontractswon( GCW). Les entreprises les plus importantes sevant ce système ont été excellement bien décrite par Nick Turse ‘ » The complex ». Les petites et moyennes entreprises sont littéralement aspirées par ce système. Des paysagistes, nettoyeurs à sec, crèches et le Come-back gooses control du Maryland.

Parmi les entreprises avec de gros contrats DoD se trouvent les maisons d’édition. McGraw-Hill, Greenwood, Scholastic, Pearson, Houghton Mifflin, Harcourt, Elsevier, et autres. Rarement les biais de cette industrie, dans la fiction, les essais et les livres scolaires ont été analysés. Cependant, cette influence sur un petit public, les lecteurs et le plus large contingent des scolarisés, peut aider à expliquer le silence de la foule cultivée et des étudiants des universités.

Beaucoup de ce qui reste du travail industriel est dans la fabrique d’armement. Son PAC finance le peu de candidats «  progressifs » de notre système politique, qui tendent à rester silencieux à propos de la guerre ou de la menace d’anéantissement nucléaire. A l’opposé d’autres facteurs, les fabricants d’armes ne déménagent pas soudainement à l’étranger, bien qu’ils utilisent des sous-traitants dans le monde entier.

Les dépenses militaires peuvent ne représenter que 6% du PIB, elles ont cependant un grand impact parce que : 1. C’est un secteur en expansion. 2. Il est à l’épreuve des récessions 3. Il n’est pas attaché aux caprices des consommateurs 4. C’est lea seule chose qui prospère dans de nombreuses zones et 5. L’effet «  multiplicateur », la sous-traitance, les commandes d’entreprises, et les dépenses de ses salariés requinquent les économies locales. C’est l’adaptation parfaite au remède de Keynes, à cause de son obsolescence programmée : tout ce qui n’est pas consommé dans l’armement, rouille sur place ou est offert à nos amis et a besoin d’être remplacé par un équipement légèrement plus létal. Beaucoup de nos diplômés en sciences travaillent directement à ces projets pour l’armée et dans les laboratoires de ses contractants.

L’arme imbattable de l’armée ce sont les emplois et tous les membres du Congrès et l’état et les officiels locaux  le savent. C’est là que les emplois bien payés se trouvent pour les mécaniciens, les scientifiques et ingénieurs. Même les services d’entretien s’en sortent bien avec l’argent du contribuable. L’armement est aussi dans la production de nos produits car nos alliés sont supposés avoir les équipements qui conviennent à nos spécifications. Gouvernements, rebelles, terroristes, pirates et gangsters sont tout attirés par nos articles létaux high-tech ou low-tech.

Notre économie militaire rapporte également beaucoup sur les investissements. Ce qui bénéficie non seulement aux exécutifs privés et autres nantis, mais aussi à la population de la classe moyenne  et ouvrière, ainsi qu’aux églises, aux bénévoles, et aux organisations culturelles. Des sociétés d’investissement à but lucratif comme Vanguard, Fidelity, et autres sont lourdement investies dans la fabrique d’armement.

Les investisseurs individuels peuvent ne pas savoir ce qui est dans leur porte-folio, mais les institutions le savent généralement. Un projet actuel de Word beyond war (https://worldbeyondwar.org/divest) défend la cession des stocks militaires des fonds de pension des agents de l’état ou des agents locaux, police, pompiers, enseignants et autres fonctionnaires. Des chercheurs sont en train de faire une analyse état par état. Parmi les résultats, on trouve la possession massive d’action militaires par CALpers, the California Public Employees Retirement System (le sixième plus gros fond de pension au monde), le California State Teachers Retirement System,  (Caisse de retraite californienne des enseignants), et d’autres caisses de retraites sur New York : le New York State Teachers Retirement System, le New York City Employees Retirement System, et le New York State Common Retirement Fund (employés fonctionnaires ou municipaux). Etonnant ! Les enseignants new yorkais étaient autrefois les fiers parents de bébés aux couches rouges…

L’aspect gouvernemental du complexe MIC va bien au-delà du DoD. Dans la branche exécutive, les Départements d’état, La Sécurité intérieure, l’énergie, les Vétérans, l’Intérieur et la CIA, AID, FBI, NASA, et autres agences sont pénétrés par des projets et des objectifs militaires.

Même le Département de l’Agriculture a un programme en collaboration avec le DoD dans le but de «  restaurer » l’Afghanistan en y créant une industrie laitière. Peu importe que le bétail et sa  nourriture doivent être importés, que les vaches ne puissent pas se nourrir sur ce terrain comme les chèvres et les moutons le peuvent, qu’il n’existe pas d’infrastructure pour les transports et la réfrigération et que les Afghans ne boivent normalement pas de lait. Les animaux locaux fournissent le yaourt, le beurre, la laine et broutent sur les terrains accidentés mais tout cela est tellement an-Américain.

Le Congrès est un robuste allié de l’Armement, La contribution aux campagnes du PAC est généreuse et le lobbying est abondant. Le sont aussi les dépenses des institutions financières, qui sont lourdement investie dans le MIC. Les Congressistes ont tous des actions en nombre significatif dans les stocks de l’industrie de l’armement. Pour conclure l’affaire, les membres du Congrès (ainsi que les législateurs nationaux ou fédéraux) sont parfaitement au courant de l’importance économique du complexe militaro-industriel dans leurs états ou leurs districts.

Les bases militaires, à l’intérieur des USA ou ailleurs dans le monde sont une plaque-tournante économique pour les collectivités. Le rapport pour les bases DoD de 2015 (DoD Base Structure Report for Fy2015) liste plus de 4000 biens immobiliers. Certains sont des champs de tir ou des stations de recrutement, 400 sont peut-être des bases ayant un impact majeur sur les localités. La plus grande d’entre elles Fort Bragg NC, est une ville à elle seule et a une influence culturelle et une influence économique sur la région comme l’a si bien décrit Catherine Lutz dans Homefront. La californie a à peu près 40 bases sur (https://militarybases.com/by- state/), et est le lit de plusieurs fabricants d’armes également. Les officiers vivent généralement en-dehors de la base, donc l’immobilier, restaurants, magasins, garages, hôtels, et autres commerces sont prospères. Les civils locaux trouvent du travail sur ces bases. Des installations fermées et fixes  deviennent parfois des attractions touristiques comme la plus inattendues des destinations de vacances, la Hanford Nuclear Reservation.

Le DoD a des contrats directs et des subventions par l’état et les institutions régionales. Ils servent à divers projets et services, y compris de grandes quantités de fonds destinés à la Garde nationale (National Guard).  Les  Army Engineers assurent la maintenance des trous d’eau et des parcs et les forces de police ont contrat avec Bearcats.  Les programmes JROTC fournissent des fonds sur tout le territoire pour les écoles publiques  a fortiori pour les écoles publiques des académies militaires, il y en a six à Chigago.

Les dirigeants nationaux, fédéraux et locaux sont bien protégés par la «  couverture de l’insécurité », le secteur associatif n’est pas négligé. Toutefois, il héberge le très petit groupe des associations anti-guerre, comme Iraq Veterans Against War, Veterans for Peace, World Beyond War, Peace Action, Union of Concerned Scientists, Center for International Policy, Catholic Worker, Answer Coalition, et autres. Cependant, contrairement à la période de la guerre du Vietnam il n’y a pas de prise de parole de la part des chefs religieux qui protestent contre la guerre et les quelques étudiants qui sont actifs politiquement  sont plus préoccupés par d’autres questions.

Les associations et les institutions sont aussi impliquées de multiples façons. Certaines sont simplement partenaires du MIC : les Scouts, garçons et filles, le Croix rouge, les Oeuvres de bienfaisance pour les Vétérans, les think-tanks militaires comme RAND et l’Institute for Defense Analysis, des groupes d’experts comme the American Enterprise Institute, Atlantic Council, et le porte étendard de la projection des USA dns le monde,  le Council on Foreign Relations. Il y a également de nombreuses organisations non-gouvernementales qui assitent le gouvernement dans sa mission «  humanitaire », chantent les louanges de l’économie de marché ou tentent de réparer les dommages collatéraux infligés aux pays ou au peuple, par exemple, Mercy Corps, Open Society Institutes, et CARE.
Les institutions éducatives de tous les secteurs sont  incrustées par l’armée. Les écoles militaires incluent des académies de service public ( service academy), National Defense University, (l’Université de la défense nationale) les Army War College, Naval War College, Air Force Institute of Technology, Air University, Defense Acquisition University, Defense Language Institute, Naval Postgraduate School, Defense Information School, la medical school, Uniformed Services University of the Health Sciences, et la célèbre School of the Americas de Fort Benning, GA, maintenant rebaptisée le Western Hemisphere Institute for Security Cooperation.( L’Institut pour la coopération et la sécurité de l’hémisphère ouest). En addition, les Universités pour le gradés, Senior Military Colleges offrent une combinaison de hautes-études avec une instruction militaire, les SMCs incluent la Texas A&M University, Norwich University, le Virginia Military Institute, la Citadel, Virginia Polytechnic Institute et State University (Virginia Tech), University of North Georgia et le Mary Baldwin Women’s Institute for Leadership” (https://www.usa.gov/military-colleges).*

Une université n’a pas à être spéciale pour faire part du MIC. Certaines sont inondées de contrats, de programmes ROTC, et/ou d’officiers militaires et de contractuels dans leurs conseils d’administration. Une étude des 100 universités les plus militarisées incluent des établissements prestigieux tout comme des moulins à dilômes qui produisent des employés pour les agences de renseignements et des contractuels.  (https://news.vice.com/article/these-are-the-100- most-militarized-universities-in-america).

Des fondations indépendantes notoires sont engagées depuis longtemps dans des opérations couvertes ou publiques qui supportent l’expansion impérialiste décrite par  David Horowitz comme le «  Nerf de l’empire » “Sinews of Empire” dans son important article  Rampart de 1969. Elles ont été de très proches associés des de la CIA et actives dans ses investigations. La fondation Council on Foreign Relations (Conseil des relations étrangères)  créée et financée, a été depuis longtemps un lien avec Wall Street, les grosses entreprises, le monde universitaire, les médias et nos  législateurs en politique étrangère ou militaire.

Moins évidentes sont les connexions militaires avec les organisations philanthropiques, culturelles, sociales, environnementales et professionnelles. Elles y sont liées par des donations, des programmes joints, du sponsorat d’évènements, des expositions, et des concerts, des récompenses (dans les deux sens) des investissements, des membres des conseils d’administration, des cadres et des contrats. Les données ici couvrent approximativement les vingt dernières années et complètent l’étonnant soutien (selon les sondages) que les citoyens américains accordent à leur armée, à son budget et à ses opérations.

L’organisation philanthropique des contractuels militaires était le thème de mes précédents rapports, en 2006 et 2016. Chaque catégorie d’associations (de même que les écoles publiques et les universités) ont reçu une aide des principaux fabricants d’armes, certaines découvertes ont été incroyables. Pendant des années, il y a eu une contribution importante à la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP)  de la part de Lockheed; Boeing a aussi financé le Congressional Black Caucus. L’ancien président général et directeur de la NAACP, Bruce Gordon, fait maintenant partie du Conseil d’administration des curateurs de Northrop Grumman.

General Electric  est le contractuel militaire donateur le plus généreux envers les organisations philanthropiques, avec des subventions directes à des institutions éducatives et à des organisations, en partenariat avec les deux et des contributions correspondantes faites par ses milliers d’employés. Ces dernières toychent de nombreuses entités ONG et éducatives à travers tout le pays.

Les donateurs les plus importants du Carnegie Endowment for International Peace (figurant sur la liste du Rapport annuel de 2016) comprennent la Defense Intelligence Agency, Cisco Systems, Open Society Foundations, US Department of Defense, General Electric, North Atlantic Treaty Organization, et Lockheed Martin. C’est une sorte d’écho aux connexions militaires du CEIP rapporté par Horace Coons dans son livre de 1930, «  De l’argent à jeter par les fenêtres «  «  Money burning »

Le DoD lui-même donne des biens en surplus  à des organisations, parmi celles-ci on trouve Big Brothers/Big Sisters, Boys and Girls Clubs, Boy Scouts, Girl Scouts, Little League Baseball, et United Service Organizations. Le Denton Program autorise des associations non-gouvernementales à utiliser de l’espace libre dans les cargos militaires pour transporter le matériel d’assistance humanitaire.

Il existe une multitude de programmes joints et de sponsorats. En voici quelques exemples : le National Tech Savvy Program de l’American Association of University Women encourage les femmes à entrer dans les carrières de STEM (Science, Technologie, Enginering et Math), avec du financement par Lockheed, BAE Systems, et Boeing. Junior Achievement, sponsorisé par Bechtel, United Technologies, et d’autres, vise à former les enfants à une économie de marché et à l’entreprenariat. La Wolf Trap Foundation for the Performing Arts est partenaire avec Northrop Grumman pour un «  STEM de la petite enfance », l’initiative «  Apprendre par les arts pour les enfants de crèche et de maternelle. La fondation Bechtel Foundation  a deux programmes pour une «  Californie durable », un programme d’éducation pour aider «  les jeunes gens à développer des compétences, des savoirs, et l’envie d’explorer et de comprendre le monde ».  et un programme environnemental pour la promotion du «  management, de l’intendance et de la conservation des ressources naturelles nationales »

Le NAACP ACT-SO est un « programme annuel d’enrichissement créé afin de recruter, de stimuler, ou d’encourager les réalisations de projets universitaires et de réalisations culturelles parmi la population lycéenne Afro-américaine » avec du sponsorat de la part de  Lockheed Martin, Northrop Grumman et al.  Le vainqueur au niveau national gagne une aide financière des sociétés les plus importantes, des financements pour l’université, pour l’internat, et pour l’apprentissage – dans l’industrie militaire.

Durant les dernières années, les fabricants d’armes sont devenus des environnementalistes enthousiastes. Lookheed a été le sponsor du Forum pour la durabilité organisé par la fondation de de la Chambre de commerce  US.
(US Chamber of Commerce Foundation Sustainability Forum) en 2013.

Northrop Grumman a supporté Garder l’Amérique jolie  (Keep America Beautiful), la journée des parcs nationaux  (National Public Lands Day) , et est en partenariat avec Conservation International et the Arbor Day Foundation (pour la restauration des forêts). United Technologies est un des financeurs du Conseil Us pour les bâtiments écologiques pour les écoles (U.S. Green Building Council Center for Green Schools), et  co-créateur de l’Académie pour la création de villes durables (Sustainable Cities Design Academy). Tree Musketeers est une organisation environnementale nationale de la jeunesse partenaire de Northrop Grumman et de Boeing.

Les bénéfices fonctionnent dans les deux sens, les industries donnent des récompenses aux organisations et les organisations récompensent l’industrie militaire et ses employés. United Technologies, pour ses efforts dans la réponse au changement climatique a figuré sur la liste climatique A  du Projet pour la transparence des changements climatiques (Climate Disclosure Project). L’association pour la responsabilité des sociétés (Corporate Responsibility Association) a donné à Lookheed la huitième position en 2016 sur sa liste des cents meilleurs entrepreneurs-citoyens. Des Points de lumières, (Points of Light) a inclus General Electric et Raytheon dans sa liste de 2014 des 50 sociétés les plus préoccupées par la vie sociale des US. Il a été remis par Phi Beta Kappa la distinction du statut de Professeur invité, (Visiting professor) à Harold Koh, l’avocat qui, en tant que conseiller d’Obama, a défendu les frappes de drones et l’intervention en Libye. En 2017, l’association hispanique pour  la responsabilité entrepreneuriale a (Hispanic Association on Corporate Responsibility) a élu 34 jeunes hispaniques meilleurs collaborateurs, trois sont des exécutifs de l’industrie de l’armement. Elizabeth Amato, une cadre de United Technologies, a reçu le prix des YWCA Women Achievers Award.

En dépit de recherches laborieuses  dans les déclarations d’impôt 990, il est difficile de trouver ce qui spécifie la nature des investissements dans les budgets des organisations. Beaucoup en ont de substantiels, en 2006, l’American Friends Service Committee a reçu 3.5 millions de dollars en revenu d’investissements. Human Rights Watch rapporte 3.5 millions de revenus d’investissements sur sa déclaration de 2015 et plus de 107 millions en fonds de dotation.

Une des rares enquêtes sur les pratiques des ONG (par Commonfund en 2012) trouve que seulement 17% utilisent des critères liés à l’environnement, au domaine social et à l’autogestion (ESG) dans leurs investissements. Dans la terminologie de l’investissement, ESG semble avoir remplacé le «  investissements socialement responsables (SRI) et semble avoir une inclinaison quelque peu différente. La restriction la plus commune est l’évitement des compagnies travaillant dans des zones de conflits, le suivant est lié au changement climatique et les émissions de carbone, la diversité dans les employés est également une considération importante. L’étude de Commonfund portant sur le caritatif, les services sociaux et les organisations culturelles rapporte que 70% de leur échantillon ne prenaient pas en compte l’ESG dans leurs politiques d’investissement. Bien que 61% des organisations religieuses utilisent des critères ESG, seulement 16% des organisations de services sociaux et 3% des organisations culturelles le font. Le

L’industrie de l’armement est à peine mentionnée dans ces rapports. Les organisations religieuses utilisent parfois le barrage contre les investissements de la SRI mais les plus utilisés sont l’alcool, le jeu, la pornographie, et le tabac. Le  Centre œcuménique pour la responsabilité des entreprises (Interfaith Center on Corporate Responsibility), une ressource pour les églises, liste presque 30 problèmes touchant l’investissement, y compris les rémunérations des cadres, le changement climatique, et la crise des opioïdes mais aucune concernant l’industrie de l’armement ou la guerre. Le conseiller de la United Church (UCC), un pionnier dans les politiques d’investissement de la SRI inclus un filtre : seules les compagnies ayant moins de 10% de leurs revenus dans l’alcool, 1% dans le tabac, 10% dans l’armement conventionnel et 5% dans l’armement nucléaire peuvent être choisies.

L’ Art Institute of Chicago dit sur son site web que : «  Avec la responsabilité fiduciaire de maximiser les retours sur investissement accordée avec un niveau approprié de risque, l’Art Institute maintient une forte présomption contre le désinvestissement pour des raisons politiques, morales et sociales. » Listée comme associé est  Honeywell International, de même qu’un des donateurs majeurs est la Crown Family (General Dynamics), qui a récemment fait le don de 2 millions de dollars pour l’ouverture d’un poste de Professeur en Peinture et dessin.

Les ONG, ( tout comme les individus et les fonds de pension de tous les secteurs) ont de gros investissements dans des fonds de compagnies financières comme State Street, Vanguard, BlackRock, Fidelity, CREF, et autres, ont des portefeuilles importants dans l’industrie de l’armement (https://worldbeyondwar.org/wp- content/uploads/2016/11/indirect.pdf). Ceci inclut des informations  sur les firmes technologiques supposées être plus «  socialement responsables » mais qui sont parmi les entreprises les plus importantes du DoD.

Lors des dernières années, des fondations et de grosses ONG, comme des universités, ont favorisé l’investissement dans les hedge funds, l’immobilier, les produits dérivés et le capital-investissement. Le Carnegie Endowment, plus «  transparent » que d’autres, fait figurer de tels fonds sur sa déclaration 2015 ( (Schedule D Part VII).  Il est vraisemblable que Lockheed, Boeing, et compagnie al, soient parmi les bénéficiaires des créances en difficulté et que ces institutions soient donc peu équipées en stocks d’armement. Cependant, la plupart d’entre elles ont de fermes connexions avec le MIC, à travers des donations, du managériat, et.ou des contacts.

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Une grande proximité avec l’armée parmi les membres des comités d’entreprise des ONG et des exécutifs travaille à maintenir le couvercle sur les activités anti-guerre et leur expression. L’Aspen Institute est un think-tank qui a des experts résidents et également une politique de rapprochement avec les activistes, tels que les activistes anti-pauvreté.  La place de Président de son conseil d’administration est occupée par James Crown, qui est aussi le PDG de General Dynamics. Parmi d’autres membres du Conseils d’administration, on trouve Madeleine Albright, Condoleezza Rice, Javier Solana (ancien Secrétaire-général de l’OTAN) et l’ancienne membre du Congrès Jane Harman. Harman, qui a reçu la Médaille du Département de la défense, pour services distingués en 1998, la Seal Medal de la CIA en 2011, le Prix des Directeurs de la CIA pour services publics distingués en 2011. Elle est actuellement memebre du Groupe de conseils des doyens  du Director of National Intelligence  Senior Advisory Group, de la Trilateral Commission et du Conseil des Nations unies. Les nommés à vie d’Aspen incluent Lester Crown and Henry Kissinger.

Ces dernières années, le conseil d’administration de la Carnegie Corporation comprenait Condoleezza Rice et le General Lloyd Austin III (Ret.), Chef de  CENTCOM, un des responsables de l’invasion de l’Irak de 2003 et également un membre du Conseil d’administration de United Technologies. Un des anciens Président de Médecins pour la paix (Physicians for Peace mais pas le groupe bien connu) est le Contre-amiral Harold Bernsen, anciennement Commandant des Forces US au Moyen –Orient et pas du tout médecin.

TIAA, la caisse de retraite des enseignants a eu comme PDG de 1993 à 2002 John H. Biggs, qui était en même temps Directeur de Boeing. L’actuel Conseil de TIAA inclut un associé de la firme la plus importante de recherche militaire, MITRE Corporation, et plusieurs autres membres du Conseil des Affaires étrangères.  Son cadre exécutif, et Vice-président, Rahul Merchant, est actuellement également directeur de deux firmes d’information technologique  qui ont de très gros contrat avec l’armée : Juniper Networks et AASKI.

De 2002 à 2007, le Chef des groupes de pression de l’’Association américaine pour les retraités (American Association of Retired Persons) Chris Hansen, avait servi dans ce même r^le précdemment chez Boeing. L’actuel VP de la communication à had previously served in that capacity at Boeing. The current VP of communications Northrop Grumman, Lisa Davis, occupait cette position à AARP de 1996-2005.

Les membres des conseils d’administration et les PDG des principales entreprises d’armement font partie des conseils d’administration de nombreuses ONG. Juste afin d’en pointer l’éventail, cela implique la National Fish and Wildlife Foundation, Newman’s Own Foundation, New York Public Library, Carnegie Hall Society, Conservation International, Wolf Trap Foundation, WGBH, Boy Scouts, Newport Festival Foundation, Toys for Tots, STEM organizations, Catalyst, the National Science Center, l’US Institute of Peace, et de nombreuses autres fondations et universités.

Le DoD promeut le réemploi des officiers retraités  en tant que membres des conseils d’administration ou PDG d’ONG et de nombreuses organisations et programmes universitaires permettent cette transition. Le brigadier de l’armée de l’air, le Général Eden Murrie (Ret.) est maintenant directeur de la transformation guvernementale et des agences partenaires (Director of Government Transformation and Agency Partnerships) dans l’association Partnership for Public Service. Elle soutient que : «  Les anciens chefs militaires  ont une expérience directe du commandement  et apportent de l’intégrité et du talent qui peuvent s’appliquer à une organisation bénévole. » (seniormilitaryintransition.com/tag/eden-murrie/). Etant donné la précocité de la retraite, l’ancien personnel militaire et les réservistes sont adaptés aux positions d’influence en tant qu’employés fédéraux, employés d’état, et locaux, conseil d’administration des écoles, des ONG, et du travail bénévole on en trouve de nombreux à ces postes. Il est probable que les places les plus confortables sous la couverture de l’insécurité sont les multitudes de contrats et de bourses que le Département de la défense accorde au monde des associations. Les déclarations fiscales de la DoD sont notoirement fausses et il y a des comptes divergents entre et au sein des banques de données. Cependant, même une image troublée donne une bonne idée de l’étendue et de la profondeur de cette couverture.

D’après le rapport annuel de la TNC de 2016 : «  La Nature Conservancy est une organisation qui prend soin des gens et des terres, et elle cherche des partenaires. Elle est apolitique. Nous avons besoin d’organisations non gouvernementales comme la TNC pour aider les citoyens à se mobiliser. Ils sont sur le terrain. Ils comprennent les gens, la politique, et le partenariat. Nous avons besoin de groupes comme la TNC pour se substituer à ce que les organisations gouvernementales ne peuvent pas faire. (Mamie Parker, ancienne assistante-directrice, US Service de la vie sauvage et de la pêche et curatrice de l’Arkansas, la Nature Conservancy).

Parmi les subventions allant dans l’autre sens on trouve 44 contrats de la DoD avec la TNC à la hauteur de plusieurs millons pour les années 2008.018 ( USA). On les trouve pour des services comme Prairie Habitat Reforestation, pour 100,000 $, l’entretien de l’atoll de Palmyre par Runway et  Biosecurity, pour  82,000 $ (USA). Entre 2000 et 2016, GCW liste un total de 5,500,000 $ dans les contrats de la DoD avec la TNC.

Des attributions à la TNC pour des projets spécifiques, pas clairement différents des contrats, ont été beaucoup plus importantes. Chacun est listé séparément (USA), un décompte grossier du total se monte à plus de150 millions de $. Une attribution de 55 millions a été faite pour « Des butoirs compatibles à l’usage de l’armée à proximité des installations du Fort Benning » Des attributions identiques, les plus importantes, de 14 millions de $ ont été pour ce service dans d’autres bases. Un autre a concerné l’installation à Fort Benning  de son plan de guidance d’installations écologiques.  Inclue dans la description de ces attributions, on trouve la notice suivante : «  Assister l’état et les gouvernements locaux pour réduire ou empêcher l’usage ou l’activité incompatible sur des terres par des civils qui sont susceptibles de gêner la fonctionnalité opérationnelle du Département de la Défense (DoD) dans son installation militaire. Les bénéficiaires et les gouvernements sont supposés devoir adopter et mettre en œuvre les recommandations de l’étude. »

La déclaration Form 990  de TNC pour 2017 évalue ses revenus d’investissement à 21 millions. Il attribue aux apports gouvernementaux 108, 5 millions et aux contrats avec le gouvernement 9 millions. Ceci peut inclure des fonds provenant  de l’état ou des institutions locales aussi bien que des départements fédéraux. Le Département d l’intérieur, qui gère les vastes territoires utilisés pour les essais de bombardements et pour les jeux de guerre à balles réelles est aussi un des donateurs de TNC.

D’autres organisations environnementales soutenues par le DoD sont la National Audubon Society (945,000 $ sur 6 ans, GCW), et Point Reyes Bird Observatory (145,000 $, 6 ans, GCW). Les USA rapportent des contrats Stichting Deltares, une compagnie hollandaise institut de recherche côtière, pour 550,000 $ en 2016, des dons aux Zoo de San Diego pour 367,000 $ et à l’Institut des études de la vie sauvage (Institute for Wildlife Studies), 1.3 million pour le contrôle de la pie grièche.

Les industries de bienfaisance (La formation et l’emploi des handicapés, des anciens détenus, des vétérans et des sans-logis) est un énorme client de l’industrie militaire Chaque entité est une entreprise séparée, liée à l’état ou aux régions et le reçu total est de milliards. Par exemple, de 2000 à 2016, (GCW), La bienfaisance de la Floride du sud a touché 434 millions et le Wisconsin du sud-est 906 millions en contrats. Les biens et les services fournis, y compris la nourriture et les contrats de supports logistiques, le traitement d’information, les pantalons de combat de l’armée, la prison, la sécurité, la tonte des pelouses, le recyclage. De telles organisations travaillant pour la DoD incluent la Jewish Vocational Service et des entreprises de nettoyage, à hauteur de  12 millions sur 5 ans, des phares pour les non-voyants, 4.5 millions , des systèmes de  purification de l’eau,  Ability One; l’institut national pour les aveugles (National Institute for the Blind); Pride Industries; et le centre de formation horticole de Melwood (Melwood Horticultural Training Center).

Le DoD ne fuit pas le travail de l’industrie des prisons d’état, qui vend des meubles et d’autres produits. En tant qu’entreprise d’état (et donc pas en tant qu’association à but non lucratif, elles ont eu un demi-milliard de ventes dans tous les états en 2016. Le travail en prison les industries de bienfaisance, et autres ateliers de réinsertion, avec les entreprises privées employant des travailleurs émigrés, des adolescents, des retraités ( qui cultivent de la nourriture pour l’armée et pour nous tous) révèle la nature changeante de la classe laborieuse américaine, et donne une partie d’explication   à le manque de ferveur révolutionnaire, ou même la présence d’une légère dissensions dans le système capitaliste.

Les hauts salaires, et les employés d’origines diverses (y compris les cadres) des industries de l’armement les plus importantes ne sont pas prêts non plus à monter des barricades. Les conseils d’administration dans ces secteurs sont ouverts aux minorités et aux femmes. Les PDGs de Lockheed et de General Dynamics sont des femmes, tout comme la Directrice d’exploitation de Northrop Grumman. Ces histoires de réussite renforcent les aspirations personnelles au sein des moins que rien plutôt que de les amener à questionner le système.

Les contrats avec les universités, les hôpitaux, les centres de soins sont trop nombreux pour être détaillés dans ce cadre. Un parmi eux qui montre à quel point la couverture peut s’étirer est l’Université d’Oxford  avec ses 800,000 $ pour la recherche médicale. Les associations professionnelles avec des contrats significatifs incluent l’ Institut international d’éducation (Institute of International Education), le conseil américain pour l’éducation (American Council on Education), l’ association américaine pour les universités et les lycées publics (American Association of State Colleges and Universities), l’académie nationale des sciences, (National Academy of Sciences), la société des femmes ingénieures (Society of Women Engineers) la société indo-américaine de science et de technique (American Indian Science and Engineering Society), l’association américaine des infirmières anesthésistes (American Association of Nurse Anesthetists), la société des ingénieurs américano-mexicains (Society of Mexican-American Engineers), et  le conseil US des bâtiments verts (U.S. Green Building Council). Le conseil du département d’état (Council of State Governments), une organisation d’officiels à but non lucratif, a reçu un contrat de  193,000 $ pour un travail sur « l’état de préparation ». Espérons tous que nous sommes correctement préparés.

Les responsables, le personnel, les membres, les donateurs, et les bénévoles des ONG sont des personnes qui auraient pu être des militants pacifistes, cependant ils sont si nombreux à être étouffés sous la couverture de l’insécurité. En plus de tous les bénéficiaires directs et indirects de l’établissement militaire, beaucoup de gens la soutienne. Ils ont été l’objet d’une propagande incessante, de nombreuses personnes la soutiennent. Ils ont été sujets à une propagande incessante en faveur de l’armée et des guerres déclenchées par le gouvernement, de la presse papier ou digitale, de la TV, des films, des évènements sportifs, des parades, et des jeux électroniques,-ces derniers apprenant aux enfants que tuer est  excitant.

L’endoctrinement se propage aisément. Il a pour sommet un système éducatif qui glorifie la violence de l’histoire de ce pays. Nos écoles sont pleines de tutorat en interne, de programmes STEM,  et d’équipes robotisées pour les loisirs conduites personnellement par des employés des fabricants d’armes.

Les jeunes enfants ne comprennent pas toutes les connexions, mais ils tendent à se souvenir des logos. Le programme JROTC, propageant les valeurs militaires, enrôle beaucoup plus d’enfants que ceux qui sont destinés aux futurs officiers. Les séances de recrutements extrêmement bien financées dans les écoles incluent des simulations de combat «  pour rire ».

Il existe un facsimile planétaire supportant ce complexe qui comprend l’OTAN, d’autre alliances, les ministères de la défense, les industries de l’armement étrangères, leurs bases, mais nous garderons cette histoire pour un autre jour.

Les millions d’individus abrités sous cette couverture épaisse et large, y compris les ceux engagés dans la part la plus délicate ne sont pas à blâmer. Certaines personnes peuvent être excitées à l’idée de la mort et de la destruction. Cependant, la plupart cherchent juste à gagner leur vie, à maintenir leur organisation ou leur région industrielle en déclin à flot ou à être accepté en bonne compagnie. Ils préfèreraient un métier constructif ou des revenus de source saine. Cependant beaucoup ont été endoctrinés jusqu’à croire que le militarisme est normal et nécessaire. Pour ceux qui considèrent que le changement est essentiel si on veut que cette planète ait une chance de survie, il est important de voir toutes les façons dont le complexe militaro-industriel-congressionnel-et- presque-tout se nourrit.

«  L’économie libérale «  est un mythe. En plus du secteur énorme des associations ( ONG), l’intervention du gouvernement est substantielle, pas seulement pour l’industrie géante de l’armement mais aussi dans les secteurs de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, des infrastructures, et du développement économique ( !) et autres. Pour ces mêmes milliards nous pourrions avoir une économie qui répare les dégâts de l’environnement, fournit des standards de vie et de culture correctes pour tous et travaille à la paix dans le monde.

Joan Roelofs est Professeur émérite de Scinces politiques au Keene State College, New Hampshire. Elle est l’auteure de « Foundations and Public Policy: The Mask of Pluralism (SUNY Press, 2003) » (qui ne semble pas encore être traduit en Français )   et de « Greening Cities (Rowman and Littlefield, 1996) ».  Elle est la traductrice des «  Principes du socialisme » de Victor Considerant, (Maisonneuve Press, 2006), et avec Shawn P. Wilbur, des  fantaisies pacifistes de Charles Fourier, « The World War of Small Pastries » (Autonomedia, 2015).  Un cours sur le complexe militaro-industriel destiné à l’éducation permanente est sur son site et peut être utilisé aux mêmes fins.

Site: http://www.joanroelofs.wordpress.com Contact: joan.roelofs@myfairpoint.net

Traduction Elisabeth Guerrier

 

A ajouter pour information, extrait de l’entretien de Pièces et main d’oeuvre avec les groupe ” Sciences critiques ”  du 8 juillet 2018 : Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet (maison mère de Google) est le nouveau directeur du Defense Innovation Board, au sein département de la défense. Le roboticien transhumaniste Ray Kurzweil, co-fondateur de l’Université de la Singularité, est à la fois expert pour Google et conseiller spécial de l’armée américaine. 

Nous n’avons pas cru bon de traduire certains noms d’institutions ou d’entreprises, les traductions en Français de celles qui nous ont parues possibles sont des approximations permettant de donner un aperçu de leurs fins.

L’hystérie américaine à propos de la Russie conduira à une guerre nucléaire, selon un rapport. Seraphin Hanisch

American hysteria over Russia will lead to nuclear war, according to report

L’hystérie américaine à propos de la Russie conduira à une guerre nucléaire, selon un rapport . Les médias russes réagissent fortement à l’American Nuclear Posture Review, qui essaye de convaincre ses lecteurs que la Russie veut conquérir le monde.

Par  SERAPHIM HANISCH 7février 2018

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La télévision russe a programmé une émission sinistre le 5 février, qui a probablementinquiété la plupart des Russes et certainement généré une déception significative de leurs espoirs d’un rapprochement après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats- unis. L’agence de presse Vesti explique que les USA se préparent à une guerre nucléaire avec la Russie.

Le Département de la défense US a publié sa  2018 Nuclear Posture Review.  Ceci consiste en au moins deux documents qui sont du domaine publique et qui détaillent les constats que le DoD a fait à propos des menaces nucléaires dans le monde. Le langage à propos de la Russie y est étrange, parce que tout comme la Russie, les USA maintiennent qu’ils n’ont jamais eu d’autres désirs que ceux de bonnes relations.

Cependant il s’agit malheureusement soit d’une assertion aveugle ou d’une assertion volontairement erronée dans l’intérêt de la propagande. Basée sur la folie des réactions du gouvernement US ou sur sa posture dans l’ensemble de l’affaire russe, avec les menaces militaires, les sanctions, et les incidents les plus récents comme la divulgation de la  “liste du Kremlin  composées de toutes les têtes du gouvernement et de tous les hommes et femmes d’affaire à succès,  du vol d’un appareil de surveillance américain à proximité d’un jet de combat russe, , de l’ omniprésente investigation sur le Russiagate; et du manque de folie clairement visible du côté russe, il semble possible que la version américaine de ce qui crée le «  besoin »  de resolidifier les «  défenses » puisse manquer de preuves et de faits et puisse ne pas être prise comme concluante ou fiable.

Non pas qu’il n’existe pas de précédents de déclaration outrageuse, si vous voulez.

Le problème commence par de fausses prémisses.

La Russie n’est plus l’Union soviétique et la Guerre froide est terminée depuis longtemps. Cependant, en dépit de nos plus grands efforts pour créer une relation positiv, la Russie perçoit maintenant les USA et l’OTAN comme ses principaux opposants et une gêne dans sa réalisation de la déstabilisation géopolitique de l’Eurasie ( c’est moi qui souligne)

C’est une affirmation extrêmement effrontée, bien que pour certaines personnes influençant la position de la politique étrangère aux US, c’est ainsi qu’elles le voient. Le composant russe de cette imprécision semble principalement attribuable à la question de l’Ukraine. L’Ukraine elle-même est à juste titre considérée comme la mère de toutes les Rus’ ( toutes les Russies) et ce depuis des milliers d’années.  C’est Kiev qui fût la grande capitale de la première gouvernance russe, qui devait ensuite lentement s’étendre jusqu’à former l’empire russe.

Cependant, il existe aussi une histoire très complexe et tragique en Ukraine, surtout pendant l’ère soviétique, quand des millions d’Ukrainien ont péri dans ce qui est maintenant considéré comme un génocide intentionnel, perpétré délibérémentpar les Soviets de Moscou, c’est  dire par «  la Russie ».

Cette question elle-même est complexe et exige, ou même appelle désespérément un exposé plus approfondi qui n’est pas dans les limites de cet article. Une meilleure compréhension peut être donnée en lisant cet article, qui apporte  des informations intéressantes sur l’histoire de l’Ukraine. ( Restez avertis par contre que c’est un récit venu d’une publication écrite dans la perspective occidentale)

Le point principal est que les souhaits nationalistes de l’Ukraine naissent de facteurs incluant une mémoire nationale qui pointe Moscou comme étant la source de ses problèmes. Le fait que la Fédération russe n’est plus communiste de modifie pas ce point de vue, car bien que la Russie ne soit plus une dictature, elle ne mène pas toujours ses affaires internationales et nationales d’une façon très transparente et le désir d’une réelle auto-détermination est accru par l’aspect scintillant du riche occident. Les pouvoirs occidentaux, notamment les USA le savent et ont excité les Ukrainiens avec  cela.

Certains d’entre eux, à Kiev et dans les zones occidentales ( qui n’étaient pas toutes parties de l’ex URSS) ont depuis longtemps des liens plus soutenus avec l’Europe qu’avec la Russie, et l’inclusion de leurs territoires dans l’Union soviétique a été une source supplémentaire d’amertume. Pour beaucoup d’Ukrainiens, leur histoire est celle d’une vie sur le champ de bataille de puissances étrangères.

Ils sont presque instinctivement exaspérés, d’une façon compréhensible, par toute vue de pouvoirs étrangers sur leur territoire mais il est également aisé de manipuler cette caractéristique et les USA ont mené une nouvelle fois la lutte actuelle de l’Ukraine. L’attrait de la vie sur le modèle européen semble avoir attiré beaucoup d’entre eux vers les luttes de l’Euromaidan de 2014 mais l’économie actuelle sous le gouvernement pro-occidental semble également trainer les pieds.

De toute façon, la mémoire collective du régime extrêmement dur et cruel de la règle soviétique dans la région ajoutée à l’actuelle imprécision qui semble exister dans le domaine des affaires étrangères russes aide l’Ouest à catégoriser la Russie comme une nation autoritaire, dirigée par un «  communiste secret «  Vladimir Poutine qui «  était un agent du KGB ».

Lorsqu’on donne cette information à beaucoup d’Américains la conclusion qu’ils en tirent est claire. Le Pentagone, pierre angulaire des opérations militaires US.

Maintenant, pour être sûrs, Vladimir Poutine a été extrêmement ouvert et sincère à propos de son pays et de ses propres revendications d’une Russie forte, complètement propres à cette nation, comme à toutes les nations. Le nationalisme est très fort aux USA et encore l’histoire y joue son rôle. L’histoire récente de ce qui a trait à la dominance mondiale, militaire, scientifique, intellectuelle et culturelle, donne l’idée aux Américains que c’est leur pays  qui est le gardien de tout ce qui est bon.

Mais que gardent-ils ? Cette grandeur a montré de nombreux signes de glissement vers la décadence, tout comme lors du déclin de l’empire romain, lorsque les gens perdent leur vision d’un «  devenir grand » et se sont apitoyés sur leur sort dans le contexte de leur indépendance telle qu’elle est perçue et non seulement par rapport aux autres nations et cultures mais par rapport à tout pouvoir, y compris celui du « Très haut ». Nous avons vu l’union homosexuelle s’appeler «  mariage » et la dépravation, l’usage de drogues, un nombrilisme incroyablement improductif sont devenus de plus en plus prévalents dans une nation qui, il n’y a que 45 années, se posait comme défenseurs de la liberté chrétienne.

Il n’est pas possible qu’une nation vivant dans des illusions sur elle-même puisse avoir une vision claire des nations l’entourant. Et la Russie a bougé dans une direction opposée à celle de l’Ouest. La lutte existe, car la Russie sous le communisme a souffert des attaques contre des institutions comme le mariage, l’église et la famille mais actuellement la Fédération tente de reconstruire ces valeurs essentielles. Et pendant ce temps, l’Amérique semble être engagée vers une auto-destruction en détruisant ces mêmes valeurs.

Maintenant, l’armée américaine est dans une posture extrêmement dangereuse. La puissance de son armement est la plus grande du monde. Bien que la Chine et la Russie aient elles aussi d’incroyables capacités militaires, la Chine ne les a pas testées sur le terrain jusqu’ici et les Russes commencent juste à montrer leur capacité incroyable. Mais les USA sont en guerre depuis le début de l’année 2001 et cette projection de pouvoir crée de l’expérience.

Cette Nuclear Posture Review montre le visage d’un pays qui est berné et hystérique comme le qualifient les médias russes et ils ont raison. En dépit des problèmes avec la Russie, l’Ukraine ou la Syrie, la politique russe ne laisse pas paraître la volonté même lointaine, d’expansion et qu’elle souhaite récupérer les anciens états soviétiques et s’étendre vers l’Ouest. La Russie veut suivre son propre  chemin et en tant que grande puissance, et une grande puissance avec une longue histoire et une longue mémoire de souffrance, elle veut essayer de protéger son peuple contre d’autres misères.

La posture américaine pointe le doigt vers la Russie comme menace puis suggère que la Russie est une menace, dans un langage très travaillé..  Et cela rend le jugement encore plus dangereux.

Le Russie a considérablement augmenté les capacités de ses forces non-nucléaires afin d’étendre son pouvoir dans les régions adjacentes, et comme il a été préalablement discuté, elle a violé de nombreuses obligations de traités et autres engagements. Ce qui est le plus inquiétant est sa politique nationale de sécurité, ses stratégies, et doctrines, qui coprennent l’insistance sur la menace d’une escalade nucléaire et ses constants développements et installations d’équipement nucléaires. Moscou menace d’exercer une première frappe limitée, suggérant d’une façon erronée que la menace nucléaire et un première frappe limitée pourrait paralyser les USA et l’OTAN et ainsi mettre fin à un conflit d’une façon favorable à la Russie. Certains aux USA se réfèrent à ceci par la doctine de l’escalade de la désescalade ».  La déescalade en ce sens suit l’idée fausse d’une capitulation de l’Ouest en faveur de la Russie.

La dissuasion US d’une attaque nucléaire russe et d’une attaque stratégique non nucléaire exige que le pouvoir russe ne fasse pas un mauvais calcul en ce qui concerne l’usage d’une première frappe nucléaire limitée, ou régionalement ou contre les US eux-mêmes. La Russie doit au lieu de ça, comprendre qu’une première frappe, même limitée n’atteindra pas ses objectifs, changera fondamentalement la nature du conflit, et entrainera  un coût incalculable et intolérable pour Moscou. Notre stratégie s’assurera que le Russie comprenne que tout usage de l’arme nucléaire, même limité est inacceptable.  La force de dissuasion US, donc, sera capable de menacer, dans n’importe quelle condition, ce que le leadership russe valorise le plus. Cela posera d’insurmontables difficultés pour toute stratégie d’agression contre les USA, ses alliés ou partenaires et assurera la possibilité d’un coût énorme pour le gouvernement russe si il faisait le choix de l’agression.

Ce sont une assertion et une construction étonnante et extrêmment dangereuse pour une nation qui a simultanément un pouvoir massif et une vue biaisée du monde à maintenir. C’est aussi très difficile de ramener des gens qui ont un point de vue plein de suspicion de quitter celle-ci. Il y a un lien fort entre de telles croyances et la peur qu’elles génèrent chez ceux qui la détiennent.

Ceci dit, la situation aide à expliquer ce que beaucoup des médias alternatives font : de s’opposer aux médias et aux biais politiques et de rapporter des évènements sous une lumière qui est espérons-le objective et vraie. L’article de Vesti était à sa façon aussi alarmiste que le document américain qu’il publiait. La vraie façon de se frayer un chemin à travers tout ça est évidemment une accentuation de la compréhension dans tous les domaines- historiques, idéologiques et dans notre cas, géopolitique.

Le côté américain a envoyé plusieurs directs aux Russes récemment, dans ce document et dans la « liste du Kremlin » de la semaine dernière mais il reste l’espoir que la désintégration de l’investigation du Russiagate arrivera à de vraies conclusions à cet égard et libérera ainsi les mains des Américains qui comprennent que la Russie est tout sauf un ennemi ou un adversaire.

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

De quoi ne parle-t-on pas lorsqu’on évoque le ” piratage russe ” Jackson Lear

 

 

Face à la dernière attaque politique et médiatique autour du” Russiagate”, dont la Presse dominante se fait le relai avec zèle depuis si longtemps mais avec une sorte de frénésie depuis les « découvertes » de Mueller il est nécessaire de mobiliser toutes les connaissances et les possibilités de contre-analyses pour ne pas se plier à cette offensive propagandique majeure des Démocrates et surtout des organes de renseignements derrière eux. Voici la traduction de l’article paru dans The London Review of Books, “What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking » de Jackson Lear. “De qui ne parle-t-on pas quand on parle de “piratage russe” de Jackson Lear. Et plusieurs autres analyses d’auteurs, indépendants des “Presstitutes” comme les appellent Paul Craig Roberts. On peut aussi se référer utilement aux remarques d’un analyste russe après l’intervention de Trump au sommet de Davos, l’interview de Lavrov, Ministre de la politique étrangère russe,  et à celles de Paul Robinson, grand spécialiste de la Russie et de son histoire qui suit de très près dans son blog “Irrussionality” cette cabale si dangereuse pour la paix et l’équilibre mondiaux. Il est indispensable de s’ouvrir au plus large nombre de commentaires possible, on notera également ceux de ” Zero hedge” qui fait part, source Bloomberg, d’une frappe récente en Syrie des US ayant fait plus de 100 morts russes.

La détermination d’une partie des forces politiques américaines (Néoconservateurs alliés avec les Démocates) à créer le contexte d’une guerre froide nous amène à devoir “prendre” parti. Mais ce parti, dans le contexte médiatique pollué et partisan où des organes de presse comme le NYT, le WP et même l’habituellement plus subtil New Yorker pour n’en citer que quelques-uns parmi des dizaines d’autres (The Nation, Oxynews, Rachel Meadow, qui dans ce contexte a été incroyablement zélée, et même ARTE qui matraque sa russophobie avec allégresse depuis quelques semaines , sans mentionner sur les posts nord-américains supposés libéraux, la présence de plus en plus ostensible de commentaires clairement anti-russes) sont totalement impliqués dans ces manoeuvres du DMC. D’une certaine façon même sans suivre de très près les déplacements de contingent de l’otan dans les pays baltes qui ont eu lieu depuis plusieurs mois voire dans certains cas, années, on ne peut que faire le lien entre les dates de l’échec Clintonien et la montée en flèche de cette vague d’accusation, dont, on le verra, les fondements sont plus que factices, (n’oublions surtout pas ce qui a servi de ” preuve” à Colin Powel pour déclencher l’invasion de l’Irak) mais qui reposent comme toujours sur la capacité, largement cultivée, d’amnésie des masses. Après “l’axe du mal” et tout le chaos qu’il a généré, nous remontons vers l’Est, abreuvés de fallacieuses manipulations dont chaque nouvel élément contredit les précédents, négligeant les données antérieures sans que personne ne bouge, sauf quelques vigiles dont nous tentons de relayer le travail. EG

What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking “

De qui ne parle-t-on pas quand on parle de «  piratage russe »

Jackson Lears

La politique américaine a rarement présenté un spectacle aussi décourageant. Les bouffonneries répugnantes et dangereuses de Donald Trump sont suffisamment troublantes, mais les échecs de la tête du parti démocrate à tirer les conclusions de son échec de la campagne de 2016 le sont tout autant. Le challenge à Hillary Clinton par Bernie Sanders, combiné au triomphe de Donald Trump ont révélé l’ampleur de la colère populaire contre la politique comme d’habitude – le goût des réformes néolibérales en politique intérieure et l’interventionnisme en politique étrangère qui constituent le consensus à Washington. Les Néo-libéraux célèbrent l’utilité sur le marché comme le seul critère de valeur, les interventionnistes exaltent l’aventure militaire à l’étranger comme un moyen de combattre le mal de façon à sécuriser les progrès du marché global. Les deux agendas se sont montrés calamiteux pour la plupart des Américains. Beaucoup ont montré leur désaffection en 2016.  Sanders est un social-démocrate et Trump un charlatan démagogue mais leurs campagnes ont mis en évidence la répudiation du consensus washingtonien.  Pendant à peu près une semaine après les élections, les experts discutaient les capacités du parti démocrate à une stratégie de plus grande envergure. Il semblait que le Parti puisse apprendre quelque chose de la défaite de Clinton. Puis, tout a changé.

Une histoire qui avait circulé lors de la campagne sans faire grand effet a refait surface : elle impliquait l’accusation d’opérateurs russes ayant piraté les serveurs du Comité du Parti démocratique  et révélé des emails embarrassants qui auraient compromis les chances  de Hillary Clinton. Avec une vitesse étonnante, une nouvelle orthodoxie centriste-libérale a vu le jour, enveloppant les médias principaux et l’établissement bipartisan de Washington.  Cette religion séculière a attiré des hordes de convertis lors de la première année de la présidence de Trump.   A travers sa capacité à exclure les dissidents, elle ne ressemble à aucune autre formation d’opinion de masse de toute ma vie adulte, bien qu’elle rappelle quelques souvenirs sombres de mon enfance, ceux de l’hystérie anti-communiste des années 50.  La pièce centrale de la foi, basée sur les accusations de piratage, est la croyance que Vladimir Poutine a orchestré une attaque sur la démocratie américaine en ordonnant à ses mignons d’intervenir dans les élections au nom de Trump. L’histoire est devenue évangile  avec une rapidité et une totalité à couper le souffle. Les dubitatifs sont perçus comme des hérétiques et comme des laudateurs de Trump et de Poutine, les jumeaux immondes et les co-conspirateurs derrière cette attaque contre la démocratie.  La responsabilité pour l’absence de débat repose en grande partie dans les diffusions des médias essentiels. Leur point de vue sans critique et la répétition sans fin de l’histoire du piratage russe en a fait semble-t-il un fait accompli dans l’esprit du public. Il est difficile d’estimer l’importance de la croyance populaire en cette nouvelle orthodoxie mais cela ne semble pas n’être qu’un credo chez les occupants de Washington. Si vous questionnez ce récit dans une conversation ordinaire, vous courez le risque de provoquer des regards déroutés ou de l’hostilité ouverte – même chez d’anciens amis. Tout ceci a été étrange et troublant pour moi, par moment certains fantasmes de la pop-culture sont venus à l’esprit, les déterreurs de cadavre et les buveurs de Kool-aid viennent à l’esprit.

Comme toute orthodoxie digne de ce nom, la religion du piratage russe ne dépend pas de preuves mais de déclarations faites ex-cathedra de la part des institutions faisant autorité et de leurs suzerains. Ses fondements écrits sont une «  déclaration » confuse et largement dénuée de faits produite en janvier dernier par un petit nombre d’analystes triés sur le volet – comme James Clapper, le directeur de la National Intelligence, les décrit, de la CIA, du FBI et de la NSA.  Les déclarations des derniers ne furent faites qu’avec une «  confiance modérée ». Le label «  Intelligence Community Assessment » produit une fausse impression d’unanimité, étant donné que seulement trois parmi les seize agences de renseignements ont contribué à ce rapport. Et bien sûr, la déclaration elle-même contenait cette aveu crucial : «  Les jugements ne sont pas prononcés afin d’impliquer que nous avons les preuves pouvant démontrer des faits. Les déclarations sont fondées sur des informations collectées, qui sont souvent incomplètes et fragmentaires, tout comme la logique, l’argumentation et les précédents » Et pourtant cette déclaration est passée dans l’imaginaire médiatique comme des faits irréfutables, autorisant les journalistes à affirmer ce qui se doit encore d’être prouvé. Se faisant ils servent de porte-paroles  aux agences de renseignement ou du moins à ces analystes «  triés sur le volet ».

Ce n’est pas la première fois que des agences de renseignement jouent un tel rôle. Lorsque j’entends l’ Intelligence Community Assessment cité comme une source fiable, me revient toujours en mémoire le rôle joué par le New York Times dans la légitimation du rapport de la CIA sur la menace de possession d’armes de destruction massive  par Saddam Hussein, sans évoquer la longue histoire de la désinformation ( appelons cela les fake news, les fausses nouvelles)  comme tactique pour faire avancer une administration ou un agenda politique. Une fois de plus, la presse établie légitime les déclarations faites par les Pères de l’Eglise de la sécurité nationale. Clapper en est un des plus vigoureux. Il s’est parjuré devant le Congrès en 2013, quand il a nié que la NSA avait « sciemment » espionné les Américains   – un mensonge pour lequel il n’a jamais été tenu de rendre des comptes. En mai 2017, il a dit à Chuck Todd, de la NBC que les Russes s’étaient très vraisemblablement impliqués dans la campagne de Trump parce qu’ « ils sont presque génétiquement amenés à s’impliquer, à pénétrer, à gagner les faveurs, n’importe, ce qui est une technique typiquement russe. » L’orthodoxie actuelle exempte les Pères de l’église des standards imposés aux gens ordinaires et condamne les Russes – et par-dessus tout Poutine- à n’être uniquement, «  presque génétiquement » diaboliques.

Il m’est difficile de comprendre comment le Parti démocrate, qui a été parfois sceptique à l’égard des Agences de renseignement, puisse maintenant adopter la CIA et le FBI comme des sources de vérité indiscutable. Une des explications possibles est que l’élection de Trump a créé un état d’urgence permanent dans l’imagination libérale, basée sur la croyance que la menace qu’il pose est unique et sans préc »dent. C’est vrai que la menace  de Trump est viscéralement réelle. Mais les menaces posées par George W. Bush ou Dick Cheney- qui ont ravagé le Moyen –Orient étaient tout autant réelles. Les dégâts occasionnés par Bush et Cheney- qui ont ravagé le Moyen Orient, légitimé la torture, et étendu un pouvoir exécutif inconstitutionnel- n’avait eu aucun précédent et était probablement permanente. Trump pose une menace sans précédent pour les immigrants sans papiers et les voyageurs musulmans dont la protection est urgente et nécessaire. Mais sur de nombreuses autres questions, il est un républicain standard.   Il est parfaitement à l’aise avec l’agenda d’austérité de Paul Ryan, qui implique d’énormes transferts de richesse vers les Américains les plus privilégiés.  Il est aussi impliqué que tout autre Républicain dans l’annulation de l’Affordable Care Act d’Obama. Lors de sa campagne, il s’est posé comme un apostat du commerce dérégulé et un opposant   aux interventions militaires à l’étranger mais maintenant qu’il est en place, ses vues sur la dérégulation commerciale basculent d’une façon imprévisible et son équipe de politique étrangère est composée de généraux avec des références interventionnistes impeccables.

Trump, engagé à continuer le financement considérable du déjà démesuré Département de la défense initié par ses prédécesseurs et sa Forteresse America est une version fanfaronne, indisciplinée de la «  nation indispensable » de Madeleine Albright. Tous deux, assument que les Etats unis devraient être capables de faire comme bon leur semble dans l’arène internationale : Trump parce que c’est le plus grand pays du monde, Albright parce qu’il s’agit d’une force exceptionnelle pour le bien commun. Il n’y a non plus rien de nouveau dans le désir de détente de Trump avec la Russie, qui au moins jusqu’en 2012 était la position officielle du Parti démocrate. Ce qui est sans précédent à propos de Trump est son style offensif : méprisant, brutal, illogique, et cependant parfaitement accordé à la colère et à l’anxiété de l’audience qu’il cible. Sesexcès ont laissé libre court au racisme et à la fière misogynie parmi ses supporters. Ceci est une cause de dénonciation, mais je ne suis pas pour autant persuadé que cela justifie cette crise anti-russe.

Parallèlement au caractère supposé exceptionnel de Trump, existent deux autres hypothèses derrière la fureur de Washington : la première est que le piratage russe s’est bel et bien produit, et la seconde que les Russes sont nos ennemis implacables. La seconde fournit la charge émotionnelle pour la première.  Les deux me paraissent problématiques. En ce qui concerne la première, les charges touchant le piratage ne sont pas prouvées et il est probable qu’elles le restent.  Edward Snowden et quelques autres familiers de la NSA disent que si un piratage longue distance s’était produit, l’agence l’aurait repéré et aurait pu détailler son existence sans compromettre ses sources secrètes ni ses méthodes. En septembre, Snowden a dit au Spiegel que la NSA «  sait certainement parfaitement bien qui est l’envahisseur ». Et, cependant «  elle n’a présenté aucune preuve, bien que je suspecte qu’elles existent. La question est : Pourquoi pas ? Je suspecte qu’il y a eu d’autres attaquants du système découverts, peut-être y avait-il six ou sept groupes à l’œuvre. » La capacité de la NSA à suivre le piratage jusqu’à sa source est une affaire de notoriété publique. Quand l’agence a investigué un piratage chinois omniprésent et efficace dans l’armée et les installations de l’industrie de la défense, elle avait été capble de suivre les hackeurs jusqu’au bâtiment d’où ils originaieent, une local de l’Armée de libération du peuple à Shangaï. Cette information fût publiée dans le New York Times mais, cette fois, l’échec de la NSA à fournir des preuves que les services screts russes avaient tenté le piratage de l’Etat US et le systéme d’élection, les affirmations non documentées de l’agence sur l’origine russe du piratage sont restées des faits étonnement non contestés et ont vite été traités comme tels dans les médias.

Cette information a été publiée dans le NYT mais, cette fois, l’échec de la NSA l’a été également.

Pendant ce temps, il y eu un déchaînement d’accusations auxiliaires, dont des charges plus vagues et plus larges de collusion de Trump avec le Kremlin. Il demeure envisageable que Robert Mueller, un ancien directeur du FBI qui a été engagé afin de vérifier ces accusations, ait pu rassembler des preuves incontestables de contacts entre les gens de Trump et diffrents russes. Il serait surprenant qu’un procureur expérimenté désigné pour effectuer un coup de filet revienne les mains vides et les arrestations  ont déjà commencé. Mais ce qui est frappant à leur égard est le fait que les charges n’ont rien à voir avec les interférences russes dans les élections. Il y a eu beaucoup de discours sur le fait que les accusés pourraient fournir des preuves confondantes contre Trump en échange de peines plus légères, mais ce ne sont que de simples spéculations. Paul Manafort, à un moment chef de campagne de Trump, a plaidé non coupable des charges selon lesquelles il aurait manqué à rendre publiques les relations de sa firme en tant qu’agent du gouvernement ukrainien et détourné ses millions de dollars de frais. Mais ceci s’est produit avant la campagne de 2016. Georges Papadopoulous, un conseiller en politique étrangère, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI à propos de ses efforts vains pour organiser une rencontre entre les gens de Trump et le gouvernement russe. – une opportunité que la campagne de Trump a déclinée. La plus récente interpellation de Mueller, Mickael Flynn,  l’Islamophobe désaquilibré qui a brièvement servi à Trump de conseiller en sécurité nationale, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI sur une rencontre avec l’ambassadeur russe en Décembre, quelques semaines après l’élection. Cette sorte de diplomacy d’arrière plan se produit régulièremet pendant les interims entre deux administrations. Il n’y a pas pour autant de signe de collusion.

Jusqu’ici, après des mois de «  bombes » qui se sont avérées être des pets, il n’existe toujours aucune preuve de l’interférence du Kremlin dans les élections américaines. Pendant ce temps,  de sérieux doutes ont émergés quant aux bases techniques de ces plaintes de piratage. Des observateurs indépendants ont argumenté qu’il était plus envisageable que les emails aient fui de l’intérieur et n’aient pas été piratés de l’extérieur. Dans cette optique, l’analyse la plus plausible a été faite par un groupe nommé Veteran Intelligence Professionals for Sanity, d’anciens employés des agences de services secrets US, qui se sont distingués en déboulonnant la plainte de Collin Powel concernant les armes de destruction massive possédées par Saddam Hussain, quelques heures après que Powell ait présent ses soi-disant preuves aux Nations unies. (Certains membres du VIPS ne se sont pas ralliés aux conclusions de ce rapport mais leurs arguments ont été à leur tour contestés par ses auteurs.) Les découvertes du VIPS n’ont reçu aucune attention de la part de la presse, sauf de Fox News – ce qui pour certains membres du centre-gauche  est pire que pas d’attention du tout. Les médias mainstream ont présenté le rapport comme le fruit de conspirationnistes (apparemment, le piratage russe ne compte pas comme tel).  La question cruciale, ici et ailleurs est l’exclusion du débat public de TOUTE perspective critique sur le discours orthodoxe, même dans la perspective de personnes avec de solides acquis professionnels et ayant déjà sérieusement faits leurs preuves.

A la fois l’histoire du piratage du DNC  et celle impliquant les emails de John Podesta, un conseiller de  campagne de H. Clinton, désignent un groupe obscur de pirates soi-disant  russes désignés sous le nom de «  Fancy Bear » – également connu chez les amateurs de technique comme APT28. Le nom de Fancy Bear a été introduit par  Dimitri Alperovitch, le responsable technique de la firme de cybersécurité Crowdstike. Alperovitch est aussi un membre de l’Atlantic Council, un think tank anti-russe de Washington embauché par le DNC afin de mener une enquête sur le détournement de leurs emails. Dans son rapport, Crowdstrike ne met en avant pratiquement aucune preuve de son affirmation de la responsabilité des Russes, encore moins de leur affiliation avec les services serets russes. Et pourtant, à partir de ce moment, la présomption qu’il s’agissait d’un cyber opération russe n’a pas été questionnée. Quand le FBI est entré en scène, le Bureau n’a pas demandé ou s’est vu refuser l’accès aux serveurs  du DNC, il dépendait donc complètement des analyses de Crowdstrike.  Pendant ce temps, Crowdstrike était forcé de retirer une autre plainte, où les Russes avaient piraté avec succès les systèmes de commandement de l’artillerie ukrainienne. L’armée ukrainienne et le British International Institute for strat »gic studies ont tous deux démneti cette plainte, et Crowdstrike s’est rétrcté. Mais ses analyse du DNC ont été autorisées a être sauvegardées et à même devenir les bases de l’Intelligence Community Assessment

Le bavardage autour du piratage n’aurait jamais acquis une telle urgence si celui-ci n’avait pas accompagné la présupposition : La Russie est l’unique adversaire dangereux, avec lequel nous devrions éviter tout contact. Sans cette croyance, la rencontre de l’Avocat général Jeff Session avec les Russes en septembre 2016 n’aurait été qu’une discussion de routine entre un Sénateur et des offociels étraners. Les conversatins post-élelcetions de Flynn ave l’Ambassadeur de Russie seraient passées inaperçues. Les tentatives des copains de Trump de faire quelques affaires avec la Russie simplement un eu glauques. La rencontre à la Rrump Tower de Donald Trump Jr. avec l’avocate russe Natalia Veselnitskaya, intrigue obscure et mélodramatique,  aurait été transformée en une comédie de l’erreur. Avec le fils du candidat s’attendant à recevoir des informations à utiliser contre Clinton mais découvrant que Veselnitskaya ne voulait parler que de la levée des sanctions et de la reprise de l’accueil des orphelins russes aux USA. Et Putin lui-m^me serait resté un simple autocrate avec lequel les démocraties pouvaient négocier sans le soutenir.

Des voix sceptiques, comme celles du VIPS, ont été noyées sous un tapage de désinformation. Des histoires évidemment fausses, comme celle du Washington Post  affirmant que les Russes avaient piraté le réseau électrique du Vermont, sont publiées puis démenties le lendemain.Parfois, comme l’histoire de l’interférence des Russes dans les élections françaises et allemandes elles ne sont pas démenties même lorsqu’elles ont été discréditées. Ces histoires ont été parfaitement déboulonnées par les services secrets français et allemands  mais continue de planer, empoisonnant l’atmosphère, rendant le débat confus. La plainte selon laquelle les Russes avinent piraté les systèmes de vote locaux et fédéraux aux USA a été réfutée par lesreprésentants officiles de la Californie  et du Visconsin mais leurs commentaires n’ont généré quun simple murmure comparé aus grondements de l’histoire originale. La précipitation pour publier sans une attention suffisante à la véracité est devenue la nouvelle norme du journalisme. La rétractation ou a correction sont presque hors de propos, la fausse accusation a fait son travail.

La conséquence en est un sentiment de confusion qui enveloppe tout. Un nihilisme épistémologique plane mais certaines personnes et certaines institutions en retirent le pouvoir plus grand que d’autres de définir ce qui constitue une réalité consensuelle. Dire ceci est courir le risque  de se voir licencié comme le dernier des cinglés dans le lexique du Washington contemporain : la théorie conspirationniste. Pourtant les faits demeurent,  parfois des individus puissants s’arrangent pour promouvoir des idées qui bénéficint à leurs intérêts communs. Que nous appelions cela l’hégémonie, la conspiration, ou simplement les privilèges n’a pas vraiment d’importance. Ce qui a de l’importance, c’est d’avoir le pouvoir de créer ce que Gramsci nommait «  le sens commun » d’une société entière.  Même si la plupart des membres de cette société sont indifférents ou suspicieux à ce sens commun officiel, il n’en est pas moins incrusté dans les assomptions tacites qui tracent les frontières de « l’opinion responsable ». L’establishment démocratique donc, (avec quelques éléments Républicains) et les médias les plus importants ont transformé l’ «  interférence russe » en une partie du sens commun du moment. Quelle sorte de travail culturel ce sens commun effectue-t-il ? Quelles sont les conséquences du spectacle que les médias intitulent, avec une originalité caractéristique,  le « Russiagate » ?

La toute première conséquence est qu’en trouvant des démons étrangers à blâmer pour l’ascension de Trump, les dirigeants démocrates ont déplacé le blâme de leur défaite  loin de leur propre politique sans questionner la moindre de leurs assomptions principales. Parmi le rejet général de Trump, ils peuvent se proclamer dissidents, la «  résistance » était le label que les Clintoniens se sont appropriés quelques jours après l’élection. Les Démocrates majoritaires ont commencé à utiliser le terme de «  progressiste » à appliquer à une plate forme qui ne prétend à rien d’autre qu’à préserver Obamacare, , s’agitant en direction d’une plus grande galité des salaires, et le protection des minorités. Cet agenda est timide. Il n’a rien à dire sur la mise en cause de l’influence concentrée du capital sur la politique, la réduction du budget en expansion de la défense, ou le retrait des engagements systématiques dans la politique étrangère et pourtant sans ces initiatives, même la plus ténue des politiques égalitaires fait face à des obstacles insurmontables. De plus nombreuses et authentiques insurrections sont en route, qui affrontent le pouvoir corporatiste et connectent la politique intérieure avec la politique étrangère mais elles font face à une bataille ardue contre l’argent ancré et le pouvoir des dirigeants démocrates – comme Chuck Schumer, Nancy Pelosi, les Clinton et le DNC. Le Russiagae a permis à l’élite démocrate de promouvoir l’unité du parti  contre Trump-Poutine, pendant que le DMC faisait la purge des supporters de Sanders.

Pour le DNC, le grande qualité de l’histoire du piratage russe est qu’elle concentre l’attention ailleurs que sur ce qui était vraiment dans les emails. Les documents ont révélé une organisation profondément corrompue, dont la façade d’impartialité n’était qu’une imposture. Même le tout à fait fidèlement pro-Clinton Washington Post a admis  que «  beaucoup des plus emails les plus comprmettants suggèrent que le Comité essayait activement de compromettre la campagne présidntielle de Bernie Sanders »’ Des preuves de collusions supplémentaires entre la machine clintonnienne et le DNC ont fait surface récemment dans un essai de Donna Brazile, qui a été secrétaire par intérim du DNC après que Debbie Wasserman Schultz ait démissionné dans l’après-coup des révélations. Brazile décrit un accord daté du 26 août 2015, qui spécifie :

Qu’en échange de la levée de fonds et de mener des invstigations au sein du DNC, Hillary  contrôlerait les finances du parti, les stratégies et tous les fonds obtenus. Sa campagne a le droit de refuser le choix de la nomination du Directeur de la communication du parti  et elle aura le dernier mot sur tout le reste. Le DNC était également sollicité pour la consulter sur la campagne à propos de tout ce qui conerne les autres domaines, budgets, données, analyses et mailings.

Avant même que les primaires aient commencées, le supposé neutre DNC – qui a été proche de l’insolvabilité – avait été acheté par la campagne Clinton.

Une autre révélation récente du DNC concerne les origines de l’enquête dsur les liens supposés de Trump avec Poutine. L’histoire a commencé en Avril 2016, quand le DNC a embauché une firme d’enquête de Washington nommée  Fusion GPS afin de’extraire tous les éléments de connexions entre Trump et la Russie. Le contrat impliquait le paiement de «  liquide pour les ordures » comme aimait à l’appeler la campagne Clinton. Fusion GPS  a finalement produit des ordures, un compte-rendu choquant rédigé par un ancien agent de  British M16 Intelligence Christopher Steele, basé sur des on-dit achetés auprès de sources anonymes russes. Au sein des prostituées et des urinoirs une histoire a émergé : le gouvernement russe avait fait chanter et soudoyer Donald Trump depuis des années, dans l’assomption qu’il deviendrait Président un jour et servirait les intérêts du Kremlin. Dans ce conte fantastique, Poutine devient un comploteur omniscient prodigieusement doué.  Comme toutes les accusations de collusion, celle-ci est devenue elle aussi plus vague avec le temps, ajoutant à l’atmosphère glauque sans pour autant ajouter aucune preuve. La campagne Clinton a tenté de convaincre les médias de l’establishment de publier le dossier Steele, mais avec une circonspection peu caractéristique, ils ont décliné la promotion de ce qui était tout simplement du déchet politique plutôt qu’un rapport fiable. Cependant le FBI a apparemment pris le dossier Steele suffisamment au sérieux pour en inclure un résumé dans l’appendice secret à l’Intelligence Community Assessment. Deux semaines avant l’inauguration, James Comey, le directeur du FBI, décrivait le dossier à Trump. Après que le briefing de Comey ait été communiqué frauduleusement à la presse, le site web Buzzfeed l’a publié en entier, produisant hilarité et hystérie au sein de la nomenclature washingtonienne.

Le dossier Steel occupe un royaume obscur où l’idéologie et les enseignements, la désinformation et les révélations se recouvrent. C’est l’antichambre d’un système plus vaste de nihilisme épistémologique créé par différentes factions rivales des services de renseignement : l’ « arbre de fumée » qui, pour le romancier  Denis Johnson, symbolisait les opérations de la CIA au Vietnam. J’ai inhalé cette fumée moi-même en 1969, 1070, quand j’étais cryptographe d’une opération de déblayage top secrète sur un nvire de l’Armée US qui ptransportait des missiles équipés de têtes nucléaires – dont l’existence même était niée par la Marine. J’ai été dégagé de cete opération et plus tard honorablement congédié quand j’ai refusé de rejoindre le Sealed Authenticator System, qui aurait autorisé le lancement de ces missiles nucléaires  soi-disant non existants. L’arbre de fumée est simplement devenu plus complexe et plus insaisissable  depuis lors. Pourtant le Parti démocrate s’est maintenant embarqué dans une réhabilitation tous azimuts de la communauté des services de renseignements- ou du moins d’une partie d’entre elle, celle qui supporte l’idée du piratage russe. (Nous pouvons être certains qu’il existe des désaccords entre eux) Et ce n’est pas uniquement l’establishment démocratique qui embrasse l’Etat profond. Une partie de la base, croyant que Trump et Poutine sont étroitement liés, croit devoir fulminer contre la « trahison » comme une nouvelle John Birch Society.

J’ai songé à cette ironie en visitant l’exposition «  L’âme d’une nation : l’art à l’âge du Black Power » à la Tate gallery, qui exhibe les travaux d’artistes noir-Américians pendant les années 1960.1970, quand les agences de renseignement, (et les agents provocateurs)  organisaient une répression gouvernementale contre les militants noirs, les résistants à la conscription, les déserteurs et le pacifistes. Parmi les toiles, les collages et les assemblages, il n’y avait qu’un sei=ul drapeu confédéé, accompagné par l’horrible rappel du passé de Jim Crow – Un homme du Klan dans tout son attirail, un corps noir se balançant dans un arbre. Il y avait aussi au moins une demi-douzaine de drapeau US, juxtaposés en entier ou en partie à des images de l’oppression raciale contemporaine qui pourrait se passer n’importe où aen Amérique : des hommes noirs transportés morts sur des brancards par des squelettes en uniformes de police, un prisonnier noir attaché à une chaise, attendant d’être torturé. Le point était de mettre en évidence le contraste entre «  le pays des libertés »  et les pratiques de l’état sécuritaire et des forces de police locales. Les artistes noirs  de cette époque connaissaient leur ennemi : les noirs n’étaient pas tués ou emprisonnés par un nébuleux ennemi étranger mais par le FBI, la CIA et la police.

La Parti démocrate a développé une nouvelle vision du monde, un partenariat plus ambitieux entre les humanitaires interventionnistes libéraux et les militaristes conservateurs qui existait déjà sous le prudent Obama. Ceci sera peut-être la conséquence la plus désastreuse pour le Parti démocrate de la nouvelle politique orthodoxe anti-russe : la perte de l’opportunit de formuler une politique étrangère plus humaine et plus cohérente. L’obsession de Poutine a effacé la possbilité de la complexité de la reprsentation du monde par les Démocrates, créant un vide rapidement rempli parlesfantaisies monochromes d’Hillary Clinton et de ses alliés exceptionnalistes. Pur des gens comme Max Boot et Robert Kagan, la guerre est un état désirable pour les affaires, spécialement quand ils la regardent derrière leur claviers et que le reste du monde – à part les vilains garçons-  est rempli de populations qui veulent construie des sociétés comme la nôtre : pluralistes, démocratiques et ouvertes aux affaires. Il existe une souffrance terrible dans le monde, les USA ont des ressources abondantes pour l’aider à se réduire, l’impératif moral est clair. Il existe un nombre infini d’engagement internationaux qui n’impliquent pas une intervention militaire. Mais le chemin pris par la politique US  assez souvent pour qu’on puisse soupçonner la réthorique humanitaire de n’être rien d’autre qu’une façade pour une géopoltique plus banale – une qui définit l’intérêt national comme global et virtuellement sans limite. * (article du sociologue russe) Ayant vécu la guerre du Vietnam, une conséquence calamiteuse de ce qui définissait l’intérêt national, j’ai toujours été attiré par une critique réaliste du globalisme. Réalisme est un label pour toujurs terni par son association à Henri Kissinger, qui a utilisé comme une rationalisation de l’intervention ouvertement et sous couvert de l’intervention dans les affaires d’autres nations. Cependant il existe une tradition réaliste plus humaine, celle de George Kennan et de William Fulbright, qui pointent les liites de la toute-puissance militaire, précisant que les grands pouvoirs impliquent de grandes restrictions. Cette tradition met au défi la doctrine du changement de régime sous le déguisement de la promotion de la démocratie qui, – en dépit des échecs abyssaux en Irak et en Libye – gardent une incroyable légitimité à Washington. – Le Russiagate en a étendu la durée de conservation.

On peut jauger de l’impact corrosif de la fixation démocrate sur la Russie en demandant de quoi peuvent-ils bien parler quand ils neparlent pas du piratage russe. Tout d’abord, ils n’évoquent pas les interférences d’un autre type dans l‘élection, comme les tentatives nombreuses du Parti républicains pour priver du droit électoral les électeurs issus des minorités. Ils n’évoquent pas non plus les milliards de dollars du budget de la défense qui ont compromis la possibilité de recevoir des soins et d’autres mesures sociales urgemment nécessaires, ni la modernisation de l’arsenal nucléaire américain qu’a commencé Obama et le plan de Trump de l’accélérer, qui soulèv le risque d’une catastrophe environnementale ultime : une guerre nucléaire. Une menace rendue plus sérieuse qu’elle ne l’a été depuis des années de disscours combatifs à l’égard de la Russie.

La perspective de pouvoir entamer la procédure d’ « impeachment » de Trump et de l’esclure du bureau en l’accusant de collusion avec la Russie a créé une atmosphère d’anticipation presque vertigineuse parmi les leaders démocrates, les autorisant à oublier que le reste du Parti républicain est composé de nombreux politiciens beaucoup plus habiles aux stratégies washingtonnienne que ne le sera jamais leur Président.

Ce n’est pas le Parti démocrate qui mène la recheche d’alternatives au désastre créé par la politique dues Républicains : un plan d’imposition qui va inonder les riches et essorer les pauvres et la classe moyenne, une poursuite de la politique d’extraction des énergies fossiles insouciante * (Forbes sur la politique d’extraction du gaz naturel sous Obama) qui a déjà conduit à la contamination de l’eau dans le Dakota et le soutien continu des politiques de répression, de même que le soutien aux polittiues de répression policière et d’incarcération de masse. C’est la population locale qui est sous la menace des fuites de pétrole ou des matracages de la police, et c’est là que le Populisme survit.

Une multitude de groupes d’insurgés a commencé à utiliser les attaques contre Trump omme un levier pour faire bouger le Parti dans une direction égalitaire : Black Lives Matter, Democratic Socialists of America, tout comme une quantité d’organisations locales et régionales. Ils reconnaissent qu’il exsite des questions autrement plus urgentes – et authentiques – de s’opposer à Trump que de vagues allégations de collusion avec la Russie. Ils posent un défi tardif aux arnaques du néo-libéralisme, et à l’arrogance technocratique qui a conduit à la défaite de Clinton dans les états industriels américains. Reconnaissant que l’actuel gouvernement n’amènera pas de changements significatifs, ils cherchent à se financer en dehors du DNC. C’est la véritable résistance, contrairement à ‘#theresistance’.

Sur certaines questions, comme le développement de la protection santé, l’augmentation du salaire minimum ou la protection des immigrés sans papiers contre les plus flagrantes formes d’exploitation – ces insurgés obtiennent un large appui. Des candidats comme Paula Jean Swearengin, la fille d’un mineur de la Virginie qui se présente au primaires démocrates pour la nomination au Sénat, défient l’establishment démocrate qui se tient côte à côte avec les Républicains au service du grand capital. L’opposant de Swearengin, Joe Manchin que le Los Angleles Times a comparé à Doug Jones, un autre Démocrate «  très conservateur » qui a récemment gagné les élections au Sénat en Alabama, battant de très peu un Républicain, disagracié par des accusations de harcèlement sexuel avec des adolescentes de quatorze ans. Je me sens soulégé par ce résultat sans jondre l’extase collective démocrate, qui révèle l’investissement presistant du parti dans la politique comme d’habitude. Les leaders démocrates se sont convaincus (ainsi que la pupart de leur base) que tout ce dont a besoin la république est de la restauration du staut antérieur à Trump. Ils demeurent oublieux de l’impatience populaire à l’égard des formules familières. Jess King une femme mennonite, MBA de l’Université de Bard et fondatrice d’une association locale bénévole qui est en lice pour le Congrès comme Démocrate à Lancaster Pennsylvanie – le décrit dans ces termes : «  Nous observons un paysage politique qui change en ce moment qui n’est plus mesuré par le traditionnel droite vs gauche mais par la base vs le sommet. En Pennsylvanie et dans de nombreux autres endroits, nous voyons un populisme économique  des militants de base qui monte, se heurtant à l’establishment politique et au status quo qui ont tant échoué dans notre pays. »

Les insurgés démocrates développent aussi un populisme critique de l’hubris économique qui a sponsorisé tant de croisades qui ont échoué, extorqué des sacricices disproportionnés de la classe ouvrière et provoqué le soutien de Trump, qui s’est présenté lui-même (d’une façon fallacieuse) comme un opposant de l’interventionnisme à tout va. Sur la politique extérieure, les insurgés font face à une opposition encre plus ferme que sur la politique intérieure : un consensus bipartisan, enflammé par l’outrage de la menance contre la démocratie supsée représentée par le piratage russe. Cependant, ils est possible qu’ils aient trouvé un chemin tactique pour avancer, en se concentrant sur les charges inégales pesant sur les pauvres et sur la classe ouvrière pour la promotion et le maintien de l’empire américain.

Cette approche est celle qui anime  ” Autopsie : le Parti démocrate en crise” , un document de 33 pages dont les rédacteurs comprennent Norman Solomon, fondateur du groupe de pression insurgé RootsAction.org. «  La revendication du  Parti démocrate de combattre pour les «  familles de travailleurs »  a été compromise par son refus de s’opposer au pouvoir des multinationales, permettant à Trump de se présenter comme le champion des couches laborieuses » dit Autopsie. Mais ce qui caractérise ceci par rapport aux critiques progressives habituelles, est la connexion convaincnte entre la poltique intérieure et la politque étrangère. Pour ceux de la Rust belt, le service militaire a été souvent la seule solution pour échapper au désastre créé par la politique énéo-libérale, mais le prix pour la fuite a été élevé. Comme le note Autopsie, «  la sagesse de la guerre permanente, ce que Clinon nomme «  le pouvoir global »

  • Etait beaucoup plus clair pour les leaders du Parti (en 2016) qu’il l’était pour ceux qui portaient le poids des morts au combat, des blessures et des traumatismes. Après une dizaine d’années de guerre sans interruption, les données de la recherche sur les conduites de vote montrent que la campagne de Clinton avec saon discours belliqueux a été un repoussoir pdans les classe laborieuses, durement touchées par les pertes dues au déploiement en Irak et en Afghanistan.

Francis Shen de l’Université du Minnesota et Douglas Kriner de l’Université de Boston ont analysés les résultats des élections dans trois états-clefs, La Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan – et ont trouvé   que «  même en contrôlant sur un modème statistique alternatif, nous avons trouvé une relation significatrice et sensée entre le niveau du sacrifice militaire de la communauté et son soutien à Trump ». L’engagement sans critique de Clinton dans les interventions armées a permis à Trump de gagner sur les deux tableaux, jouant au ressentiment chauvin tout en se posant comme un adversaire des guerres sans but et insensées.  Kriner et Shen concluent que les Démocrates peuventavoir à «  réexaminer leur posture en politique étrangère  si ils veulent reconquérir l’électorat épuisé et étrangé à 15 ans de guerre » Si le mouvement insurrectionnel au sein du Parti démocrate a commencé à se formuler des critiques en faveur d’une poltique étrangère intelligente, un changement peut éventuellement se produire. Et le monde peut devenir un endroit où le pouvoir américain, comme la vertu américaine, sont limités. Pour ces mêmes Démocrates, c’est une évolution fortement désirée. C’est sur du long terme mais quelque chose se passe vraiment ici.

Jackson Lears est membre  du Conseil supérieur des universités  (Board of Governors Distinguished) Professeur d’histoire à l’Université de Rutgers..

Berner les Américains sur  la santé et la guerre Nicolas J S Davies

 

Duping Americans on Healthcare and War Nicolas JS Davies

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

Force de dissuasion ou agression ?

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

La persécution du gros bâton

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

Le problème d’une menace crédible

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

Le déloyal Colin Powel

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

L’Armée américaine, quel gâchis William Hartung

 

Tomgram : William Hartung. The US Military, what a waste! 

 

Tomgram: William Hartung, L’armée américaine, quel gâchis !

 

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Virginia

William Hartung
À la fin de l’année passée, j’ai passé quelques temps à creuser dans les efforts de reconstruction du Pentagone en Irak et en Afghanistan, pays qu’il avait envahi en 2001 et 2003 en tandem avec un choix d’équipe de compagnies privées de mercenaires de     compagnies privées de mercenaires. Comme histoire fabulée de ce que peuvent faire les Américains dans des pays éloignés, les deux se sont avérés d’une façon consternante être un conte sur ce que les Américains ne peuvent pas fair, des constructions de routes (qui ont commence immédiatement à tomber en miettes) à des académies de police construites (qui se sont montrées  assez hasardeuses pour la santé) à des prisons commencées (qui n’ont  jamais été finies) à des écoles construites restées non équipées, en passant par des petits transferts d’armes (qui ont été “perdues” pendant le transit) et à des armées construites, entraînées et équipées à des coûts incroyables  (qui se sont évanouies ). C’est comme si tout ce à quoi avait touché le Pentagone n’avait tourné en autre chose qu’en débris ( y compris la  guerre sans fin qu’il combattait).  Tout ceci ajouté à ce que j’avais appelé une massive arnaque, “$cam” avec l’argent des contribuables américains perdu en quantité qui  défie l’imagination. En lisant la dernière publication de William Hartung sur le «  gâchis » du Pentagone me sont revenues en mémoire les articles de Tomdispatch.   Ce n’est pas arrivé uniquement à Kaboul ou à Bagdad, ça se passé là, dans les bons vieux USA depuis, comme le rappelle Hartung, cinquante ans. Il n’existe qu’une seule différence que je puisse reconnaître : à Kaboul à Bagdad et dans d’autres capitales du Moyen-Orient et d’Afrique, si nous avons vu des versions beaucoup plus petites de ce «  gâchis » tolérées par les élites locales de ces pays, nous aurions nommé cela de la “corruption” sans sourciller. Aussi, voici une petite suggestion, en lisant Hartung, prenez la peine de penser comme ce qui aurait été considéré comme un style de corruption tiers-mondiste est enterré en profondeur au cœur même de notre système et dans la façon d’être du complexe militaro-industriel. Maintenant, le Président Dwight Eisenhower  doit se retourner dans sa tombe/.
Tom

 

 

Comment ne jamais faire d’audit sur le Pentagone ?
Cinq décennies plus tard, la machine à gâcher militaire tourne à toute allure.
Par William D. Hartung

Des 150 millions dépensés  pour les villas privées d’une poignée de personnel en Afghanistan aux 2, 7 millions dans un ballon de surveillance par air qui ne fonctionne pas, les dernières révélations sur les pertes du Pentagone ne sont que les dernières bourdes dans une longue série d’histoires identiques étendue sur les dernières cinquante années. Les derniers exemples sur le feu comprendraient l’achat par l’armée d’hélices d’hélicoptères valant 500 dollars pièce pour la somme de 8000 dollars chacune et l’accumulation de milliards de dollars de pièces d’armement qui ne serviront jamais. Puis, vient celle qui devrait être la favorite des histoires de gâchis sur la liste du Pentagone : la dépense de plus de 50.000 dollars pour faire des recherches  sur les capacités de détecteurs de bombe des éléphants d’Afrique ( Et là vient le choc, ils n’étaient pas tellement capables) La recherche sur les éléphants, bien sûr, représente un élément idiot dans la cagnotte dilapidée du Pentagone et dans le contexte  des 600 milliards et plus de budget, mais permet d’envisager à quelle distance absurde le Département de la défense ira quand ce qui est en jeu est la dépense de l’argent du contribuable.

Gardez  à l’esprit que les exemples ci-dessus sont juste le sommet du sommet de l’iceberg titanesque des gâchis militaires. Dans un rapport récent, effectué pour le Center for International Policy, j’ai identifié 27 exemples récents de dépenses inutiles similaires se montant à plus de 33 millions. Et ce n’était rien de plus qu’un échantillonnage de la vie quotidienne dans un monde du 21ième siècle Pentagonesque.

La profusion étonnante et persistante de tels cas suggère qu’il est temps de repenser ce qu’ils représentent exactement. Loin d’être des aberrations  demandant à être corrigées afin de faire marcher mieux le Pentagone, perdre des sommes importantes provenant de l’argent du contribuable devrait être vu comme une manière d’être du Département de la défense. Et, avec ça à l’esprit, allons faite un petit tour dans les gâchis du Pentagone des années 60 à maintenant.

Dans combien d’états pouvez-vous perdre des emplois ?

La première personne à avoir porté à l’attention publique la taille et l’ampleur du problème des partes du Pentagone a été  Ernest Fitzgerald, un assistant à la gestion des systèmes pour l’Air. À la fin des années 60, il s’est battu pour montrer les coûts supplémentaires massifs sur les avions de transports aériens en C5A de Lockheed. Il a risqué son emploi et a finalement été licencié, pour avoir  révélé un coût supplémentaire de 2 milliards dans les dépenses sur un avion qui était supposé faire du rapide déploiement de grandes quantités de matériels militaires au Vietnam et dans d’autres conflits à distance une réalité.

L’augmentation du coût du C-5A a été de deux fois le prix initialement donné par Lockheed, et à l’époque, le plus gros écart de prix jamais manifesté. Ce fût également un épisode particulièrement intéressant, parce que le Secrétaire à la Défense Robert McNamara s’était engagé à mettre en œuvre pour tenir le processus budgétaire du Pentagone des méthodes de budgétisation efficaces.

Il n’a pas eu de chance, à ce qu’il apparaît, mais les révélations de Fitzgerald ont au moins eu le bénéfice de déclencher une décennie d’analyse médiatique et l’attention du Congrès sur les pratiques financières de l’industrie de l’armement.    Le  fiasco du C-5A combiné aux problèmes financiers de Lookheed liés à son projet d’avion de ligne L-1011, a conduit la compagnie à solliciter le Congrès, la coupelle à la main pour une couverture  gouvernementale de 250 millions. Le Sénateur du Wisconsin William Proxmire, qui avait aidé à constater les excès de dépenses sur le C-5A s’opposa vigoureusement à la mesure et atteint la défaite au Sénat à une voix près.

Utilisant une technique de lobbying ayant fait ses preuves qui a été depuis celle des constructeurs d’armes  Lockheed  a déclaré  que le refus de fournir des garanties coûterai 34000 emplois dans 35 états, tout en compromettant la capacité du Pentagone a préparer la prochaine guerre, où qu’elle ait lieu. La tactique marcha comme un charme. Le sénateur du Montana Lee Metcalf, dont le vote permis le dit :  “ Je ne vais pas être celui qui va mettre des milliers de gens au chômage. »  Une analyse du New York Time montra que chaque sénateur ayant des usines liées à Lookheed dans son état vota pour le marché.

En récompensant Lockheed Martin pour ses pratiques dispendieuses, le Congrès a créé un précédent qui n’a jamais été  remplacé. Un cas actuel en jeu est – quand on parle du loup- l’avion de combat F35 de Loockeed Martin. Avec 1.4 trillions de frais d’acquisition et de coût opératoires au cours de sa vie, ce sera le programme d’armement le plus cher jamais entrepris par le Pentagone ( ou par quiconque sur la planète Terre), et les signes d’alarme sont déjà présentes : des dizaines de milliards de dollars dans des surcoûts projetés et des myriades de problèmes dans les performances avant que le F35 soit même à la fin de sa période d’essai.  Maintenant, le Pentagone veut accélérer la production de l’avion en créant un “ achat en bloc” de plus de 400 avions qui ne nécessiteront peu ou pas de  contrôle   à l’égard de la qualité et du coût final du produit.

D’une façon prévisible, presque cinq décennies après le contre-temps du C-5A, Loocked-Martin a développé un version inflationniste de l’argument des emplois en défendant le F-35, assurant d’une  façon exagérée  que l’avion créerait 120.000 emplois dans 46 états. La compagnie a même créé une carte  interactive commode  montrant combien d’emplois créerait le programme état par état. Peu importe le fait que les dépenses d’armement soit le moins efficace moyen de créer des emplois trainant loin derrière les investissements dans l’habitat, l’éducation ou les infrastructures.  

 

Le classique siège de toilettes à 640 dollars.

Malgré les dizaines de milliards perdus sur un projet comme le F-35, les exemples qui semblent attirer le plus l’attention des medias et le plus d’ulcération de la part des contribuables sont les excès de dépenses sur des accessoires de la vie quotidienne.   Peut-être parce que l’individu de base n’a pas le sens du coût d’un avion de combat mais peut plus facilement envisager le fait qu’une dépense  de 640 dollars pour un siège de toilette ou de 7600 dollars pour une cafetière puisse être scandaleuse.  Ces sortes d’exemples – révélés pour la première fois  en 1980 par Dina Rasor du Project on Military Procurement – on compromit la position du gouvernement de Ronald Reagan selon laquelle pas un penny ne pourrait être prélevé du budget,- alors record en temps de paix – du Pentagone.

Les médias ont vidé leur assiette sur ces histoires. Les dépenses surévaluées du Pentagone pour chaque article ont généré  des centaines d’articles dans les journaux et les magazines, y compris un page de couverture dans le Washington Post. Deux lanceurs d’alerte ont même été interviewés dans le Todayshow et Johnny Carson a plaisanté sur de tels scandales dans ses monologues d’introduction du Tonight Show. Il est possible que la description la plus  mémorable du problème soit un dessin humoristique  de Herblock du Washington Post montrant le Secrétaire de la défense de Reagan, Weinberger portant un siège de toilettes de 650 dollars autour du cou.  Cette explosion de vérités, d’alertes, de journalisme d’investigation et de moqueries ont aidé à poser un plafond aux accumulations militaires mais- vous ne serez pas surpris de l’apprendre- n’ont pas empêché le Pentagone de trouver des manières toujours plus innovantes de dépenser l’argent du contribuable.

Le choix de dépense le plus choquant des années 90 fut sans doute la décision du gouvernement Clinton de subventionner  la fusion  odes firmes les plus importantes de la défense. Comme Lockheed ( oui, encore) et Martin Marietta ont fusionné, Northrop a fait équipe avec Grumman et Boing acheté Mc Donnel Douglas, le Pentagone a fourni les fonds pour payer pour tout, de la fermeture d’usines au financement de parachutes en or pour des cadres déplacés et des membres des conseils d’administration. À l’époque, le Sénateur du Vermont, Bernie Sanders avait fort à propos surnommé ce processus “des pots de vin pour des mises à pied”  comme les administrateurs des firmes de défense recevaient des indemnités juteuses alors que les employés étaient largement laissés livrés à eux-mêmes.

La rationalisation du Pentagone pour justifier ces centaines de millions de dollars offerts au mastodonde de la défense  était risible. L’argument était – absurde s’il en est – était que les nouvelles et plus importantes compagnies fourniraient le Pentagone à des prix plus bas une fois éliminés les frais généraux. L’ancien membre du Pentagone Lawrence Korb, qui s’opposa aux subventions à l’époque, note l’évidence : il n’existe aucune prévue que le programme d’armement devienne moins cher, que les dépassements de coût baissent ou que le gâchis se réduise tant soi peu grâce au financement des fusions des compagnies. Et comme il est devenu clair dans le monde des géants de l’armement qui a suivi, l’accentuation du pouvoir de marchandage de compagnies comme Loockheed Martin dans un marché offrant une baisse de la compétition significative a sans aucun doute augmenté d’une façon significative le coût des armes.

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Ne pas faire d’audit sur le Pentagone a coûté 6 milliards.

La figure emblématique du gâchis lors de la première décennie du 21ième siècle a certainement été les milliards de dollars qu’un Pentagone en voie de privatisation a distribué à des compagnies surprotégées  comme Halliburton qui a accompagné l’armée US dans les zones de combat et s’est engagée dans un programme de  construction de bases et de projets de « reconstruction » ( alias «  construction nationale)  en Irak et en Afghanistan. L’Inspection  générale spéciale pour la reconstruction en Afghanistan (SIGAR) à elle seule semble offrir de nouveaux exemples de gâchis, de fraude et d’abus pratiquement sur une base hebdomadaire. Parmi les projets afghan qui ont été entrepris au court des années se trouve une  « autoroute pour nulle part » ,de plusieurs millions,   une station essence de 43 millions   au milieu de nulle part,  Un quartier général de  25 millions « maison de l’art » pour l’armée US dans la province de Helmand, avec tous les habituels surcoûts, que personne n’a jamais utilisé et le paiement actuel de salaires à des milliers de personnes inexistantes, fort à propos nommés «  les soldats fantômes »  .   Ceci n’étant que le début d’une longue, longue liste. L’année passée,  Pro Publica créa un précieux graphique interactif détaillant les 17 milliards engloutis dans des dépenses inutiles exposées par  SIGAR, complété par des informations sur ce que cet argent aurait pu permettre si il avait été dépensé efficacement.

Une des raisons pour lesquelles le Pentagone a pu s’en tirer malgré tout ceci est qu’il s’est étrangement montré incapable de pratiquer  un simple audit sur lui-même, en dépit des demandes mandatées du Congrès remontant aux années 90. Très à propos, ceci signifie que le Département de la défense ne peut nous dire combien d’équipements ont été achetés, ou la fréquence de ses dépassements, ou même combien de sous-traitants il emploie. Ceci peut être un défaut de comptabilité spectaculaire mais c’est un très bon point pour les firmes d’armement, qui profite d’autant plus de ce minimum de comptabilité. Appelons ça de l’ironie ou symptôme d’un mode de vie à succès mais une analyse récente de Project sur le contrôle gouvernemental note que le Pentagone a dépensé jusque-là environ 6 milliards à « régler » la question de l’audit – sans solution en vue.

 

Au contraire, les pratiques comptables du Pentagone lors des dernières années ont empiré. Parmi les offenses à n’importe quel sens comptable raisonnable, le plus frappant peut-être a été la façon dont le budget de guerre – connu au Pentagone sous le nom de Overseas Contingency Operations account –[compte pour les opérations contingentes d’outre-mer] a été utilisé comme fond de caisse noire  pour régler des dizaines de milliards de dollars d’ articles n’ayant rien à faire avec la guerre.  Ces manœuvres d’évitement ont été utilisées pour contourner les limites imposes par le Congrès au budget ordinaire dans le Budget Control Act de 2011.

Si le Pentagone arrive à ses fins, l’armement nucléaire aura lui aussi sa caisse noire. Pendant des années le lobby des sous-marins a caressé l’idée d’un fond pour une plateforme de dissuasion basée en mer   (en dehors du budget naval régulier de l’armée) qui financerait les tirs de missiles balistiques sous-marins. Le Congrès avait approuvé l’idée et maintenant on demande   un fond de dissuasion qui donnerait un traitement budgétaire spécial aux bombardiers et aux missiles balistiques intercontinentaux également. Si c’est accepté, ce changement jettera par la fenêtre la plus proche la discipline budgétaire minimum qui existe maintenant au Pentagone et augmentera les dépassements budgétaires du Département, qui  excèdent  déjà les niveaux atteints lors de la période précédente de Reagan.

Pourquoi les dépenses et le gaspillage du Pentagone a-t-il été si difficile à maitriser ? La réponse, en un sens, est simple : le complexe militaro-industriel profite du gaspillage.  Un regard plus proche sur le gaspillage pourrait signifier non seulement des pièces de rechange moins chères mais aussi de sérieuses questions pour savoir si des poules aux œufs d’or comme le F-35 sont d’une quelconque utilité. Un recensement précis des centaines de milliers de sous-traitants privés employés par le Pentagone pourrait révéler qu’une large proportion d’entre eux fait un travail qui est soi en double soi inutile.  En d’autres termes, un audit effectif ou n’importe quel contrôle sérieux du Pentagone sur ses pratiques dispendieuses pourrait représenter une menace financière sur un secteur qui s’en sort parfaitement bien avec les arrangements actuels.

Qui sait ? Si les pratiques dispendieuses du Département de la défense étaient même simplement soumises à un regard et à un contrôle authentique, les gens pourraient commencer à poser des questions, par exemple, pourquoi un pays qui a déjà la capacité de détruire la planète entière plusieurs fois a besoin de  dépenser     1 milliard durant les prochaines trois décennies sur une nouvelle génération de missiles balistiques, de bombardiers, de sous-marins nucléaires. Rein de tout cela ne serait une bonne nouvelle pour les entrepreneurs et pour leurs alliés au Pentagone et au Congrès.

 

Sans doute, de temps en temps, vous continuerez à entendre des histoires de gâchis du Pentagone  ou des éléphants détecteurs de bombe égarés sur les médias . Sans une campagne concertée de pression publique comme nous n’en avons pas vue lors de ces dernières années, cependant, le budget hémorragique du Pentagone  ne sera jamais maîtrisé, cet audit ne se produira jamais et les fabricants, notre argent en main,  continueront à siffloter d’un cœur gai sur le chemin de la banque.

 

William D. Hartung, un auteur régulier sur  TomDispatch , est le Directeur de “Arms and Security Project” au centre de politique international. Il est l’auteur, entre autres de :   Prophets of War: Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex.

Copyright 2016 William D. Hartung

 

 

 

Traduction  : Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

Une guerre mondiale a commencé, brisons le silence John Pilger

A world war has begun.

Par John Pilger

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Je suis allé filmer dans les îles Marshall, qui sont au nord de l’Australie, au milieu de l’Océan pacifique.

À chaque fois que je dis à des gens où je suis allé, ils me demandent “ Où est-ce ?” si je leur donne un indice en me référant au «  bikini » ils disent «  Ah, tu veux dire le maillot de bain ? »

Peu semblent conscients du fait que le maillot de bain bikini a été nommé ainsi afin de célébrer les explosions nucléaires qui ont détruit l’Ile de Bikini. Soixante-six têtes nucléaires lancées par les USA ont explosé dans les îles Marshall entre 1946 et 1958, l’équivalent de 1.6 bombes d’Hiroshima chaque jour pendant 12 ans.

Bikini est silencieuse aujourd’hui, muette et contaminée. Les palmiers poussent dans des réseaux étranges. Rien ne bouge. Il n’y a pas d’oiseaux.  Les pierres tombales du vieux cimetière sont vivantes de radiation. Mes chaussures ont été déclarées «  dangereuses » sur le compteur Geiger.

Debout sur la plage, j’ai regardé le vert émeraude de l’océan tomber au loin dans un vaste trou noir. C’était le cratère laissé par la bombe à hydrogène qu’ils ont appelée «  Bravo ». L’explosion a empoisonné les gens et leur environnement  sur des centaines de kilomètres, peut-être pour toujours.

Pendant mon voyage de retour, je me suis arête à l’aéroport de Honolulu et j’ai remarqué un magazine américain appelé  « La santé au féminin ». Sur la couverture se trouvait une femme souriante en bikini et le titre «  Vous aussi, vous pouvez avoir un corps bikini. » Quelques jours plus tôt, dans les îles Marshal, j’avais interviewé des femmes qui avaient des corps bikini très différents, chacune souffrant de cancer de la thyroïde et d’autres cancers extrêmement graves.

Contrairement à la femme souriante du magasine, chacune d’entre elles vivaient dans la misère, victimes et cobayes d’une superpuissance rapace qui est aujourd’hui plus dangereuse que jamais.
Je fais part de cette expérience comme un avertissement et afin d’interrompre la distraction qui nous a consume tous ou Presque. Le fondateur de la propagande moderne, Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme «  la manipulation consciente et intelligente des comportements et des opinions. » dans les sociétés démocratiques. Il a appelé cela « le gouvernement invisible »
Combien de personnes savent que la guerre a commencé ? En ce moment c’est une guerre de propagande, de mensonge et de diversion,  mais ceci poeut changer instantanément avec le premier ordre donné par erreur, avec le premier missile.

En 2009, le Président Obama se tenait devant une foule en adoration dans le centre de Prague, au Cœur de l’Europe. Il s’engageait à faire «  un monde libéré des armes atomiques ». La foule a frémi et quelques uns ont pleuré. Un torrent de platitude a coulé dans les médias. Obama s’est vu en conséquence attribué le Prix Noble de la paix. Mais c’était tout à fait faux, il mentait. Son gouvernement a construit plus d’armes atomiques, plus d’ogives nucléaires, plus de système de propulsion nucléaire, plus d’usines nucléaires. Le coût pour les ogives nucléaires seules a été plus élevé sous Obama que sous aucun autre président américain. Il se monte à plus d’un milliard de dollars.

Une mini bombe atomique est prévue. Elle est connue sous le nom de B61 Model 12. Il n’y a jamais eu quelque chose comme ça. Le Général James Cartwright, un  ancien vice-président de l’état-major interarmées a dit : «  Le fait qu’il deviennent plus petits rend leur usage plus vraisemblable. »

Lors des derniers dix-huit mois, le plus grand regroupement militaire depuis la Deuxième guerre mondiale- conduit par les USA se produit à la frontière oust de la Russie. Jamais depuis que Hitler a envahi l’Union soviétique des troupes étrangères n’ont été un tel danger pour la Russie.

L’Ukraine, auparavant partie de l’URSS, est devenu le parc à thème de la CIA. Ayant orchestré un coup à Kiev, Washington contrôle effectivement le régime qui est la porte à côté et est profondément hostile à la Russie : un régime corrompu par les Nazis, littéralement. Des figures parlementaires notoires en Ukraine sont des descendants politiques des groupes fascistes notoires comme l’OUN et l’UPA. Ils louent ouvertement Hitler et appelle à la persécution et à l’expulsion de la minorité russe. C’est rarement évoqué dans la presse de l’Ouest  ou c’est inverti afin de cacher la vérité.

En Lettonie, Lituanie et Estonie- la porte à côté de la Russie, l’armée US est entrain de déployer des troupes de combats, des tanks, et des armes lourdes. Cette extrême provocation de la deuxième puissance nucléaire mondiale est accueillie par le silence de l’Ouest. Ce qui  rend la perspective d’une guerre nucléaire encore plus dangereux et le parallèle avec la champagne contre la Chine.

Pas un jour ne passe sans que la Chine ne soit élevée au rang de «  menace ». Selon l’Amiral Harry Harris, le Commandant en chef de l’armée du Pacifique, la Chine  ” construit un grand mur de sable dans le sud de la mer de Chine. »
Ce à quoi il fait référence est à la construction de pistes d’atterrissage sur les îles Spratly, qui sont l’objet d’une dispute avec les Philippines. Une dispute non prioritaire avant que Washington ne fasse pression et soudoie le gouvernement de Manille et que le Pentagone ne lance une campagne de propagande appelée «  Liberté de navigation. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire liberté pour les vaisseaux de guerre américains de patrouiller et de dominer les eaux   côtières de Chine. Essayez d’imaginer la réaction américaine si des vaisseaux de guerre chinois faisaient la même chose sur les eaux de Californie.

J’ai réalisé un film appelé : «  La guerre que vous ne voyez pas. », dans lequel j’ai interrogé des journalistes distingués en Amérique et en grande Bretagne. Des reporters comme Dan Tather de CBS, Rageh Omar de la BBC, David Rose de l’Observer.

Tous ont dit que si les journalistes et les animateurs télé avaient fait leur travail et questionné la propagande selon laquelle Sadam Hussein possédait des armes  de destruction massive, que si les mensonges proférés par Tony Blair et Georges Bush n’avaient pas été amplifiés  et propagés par les médias, l’invasion de 2003 en Irak n’aurait probablement pas eu lieu et des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants seraient encore vivants à l’heure actuelle.

La propagande préparant le terrain pour une guerre contre la Russie et/ou la Chine n’est pas différente dans son principe. À ma connaissance, aucun journaliste des réseaux médiatiques officiels de l’ Occident – l’équivalent d’un Dan Rather disons. n’a demandé pourquoi la Chine construisait des pistes d’atterrissage au sud de la Mer de Chine. La réponse serait d’une évidence aveuglante. Les USA sont en train d’encercler la Chine avec un réseau de bases, avec des missiles balistiques, avec des bombardiers armés de têtes nucléaires. Cet arc mortel s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, des îles Mariana,  Marshall et  Guam, aux Philippines, à la Thaïlande, Okinawa, Corée et au travers l’Eurasie jusqu’à l’Afghanistan. L’Amérique a accroché un nœud coulant au cou de la Chine. Ce n’est pas une nouvelle. Silence des médias. La guerre vue par les médias.

En 2015, dans le plus grand secret, les US et l’Australie ont organisé le plus gros exercice militaire sol-mer dans l’histoire récente, connu comme le Talisman Sabre. Son but était la répétition d’un plan de bataille air-mer, bloquant les voies maritimes comme le détroit de Malacca et celui de Lombok, qui condamnent l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières vitales en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.

Dans le cirque connu en tant que campagne présidentielle américaine, Donald Trump est présenté comme un  fou, un fasciste. Il est certainement odieux, mais il est aussi une figure haïe par les médias. Ceci uniquement pourrait lever notre scepticisme.

Les vues de Trump sur l’émigration sont grotesque, mais pas plus grotesque que celle de David cameron. Ce n’est pas Trump qui est la grand reporter aux USA mais le lauréat du prix Nobel de la paix Barack Obama. Selon un commentateur prestigieux, Trump «  lâche les rennes de la violence. » aux USA. Il les lâche ?

C’est le pays   où les petits enfants tuent leurs mères et où la police mène une guerre contre les noirs américains. C’est le pays qui a attaqué et cherché à renverser plus de 50 gouvernements, dont nombre de démocraties et bombardé de l’Asie  au Moyen Orient, causant la mort et l’expropriation de millions de personnes.

Aucun pays n’atteint leson record de violence systémique. La plupart des guerres américaines, souvent contre des pays sans défnse, ont été déclenchées non par des gouvernement républicains mais par des Démocrates libéraux, Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton, Obama.

En 1947, une série de directives du Conseil national de sécurité décrivait le but ultime de la politique étrangère américiane comme : « un monde substantiellement fait à l’image de l’Amérique ».

Il s’agit de l’idéologie de l’Amérique messianique. Nous sommes tous américains. Ou autres. Les hérétiques seront convertis, achetés, diffamés ou écrasés.

Donald Trump est le symptôme de cela, mais il est aussi un dissident. Il dit que l’invasion de l’Irak était un crime, il ne veut pas d’une guerre contre la Russie ou ma Chine. Le danger pour nous qui restons n’est pas Trump, mais Hillary Clinton. Elle n’est pas une dissidente. Elle incarne la résilience et la violence d’un système dont l’  « exceptionnalisme » tant vanté est un totalitarisme avec de temps en temps un visage libéral.

Comme l’élection présidentielle approche, Clinton sera considérée comme la première femme président, sans tenir compte d ses crimes et de ses mensonges- tout comme Barack Obama était vanté en tant que premier président noir et que les libéraux avalèrent son non-sens à propos de l’ « espoir ». Et le radotage continue. Décrit par le rédacteur du Guardian Owen Jones comme «  drôle, charmant, avec une gentillesse qui évince partiquement tous les autres politiciens” Obama  a envoyé l’autre jopur des drones qui ont massacre 150 personnes en Somalie. Il tue des gens généralement le mardi, selon le New York Times, quand on lui tend une liste de candidats pour la mort par drone. Tellement gentil.

Dans sa campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton a menace de  complètement oblitérer l’Iran avec des armes nucléaires. En tant que secrétaire d’état sous Obama, elle a participé au renversement du gouvernement du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 a Presque été jubilatoire. Quand le leader libyen, le Colonel Kadhafi  a été publiquement sodomisé avec un couteau – un meurtre rendu possible grâce à la logistique américaine ; Clinton a exulté à propos de sa mort : «  Nous sommes venu, nous avons vu, il est mort. »

Un des allies les plus proches de Clinton est Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’état qui a attaqué les jeunes femmes qui ne supportaient pas Hillary, la même Madeleine Albright qui a considéré à l’écran que la mort de millions d’enfants irakiens « valait la peine. »
Parmi les soutins les plus importants de Clinton on trouve le lobby israélite et les compagnies d’armement qui nourrissent le violence dans le Moyen Orient. Elle et son mari ont reçu des fortunes de Wall Street. Et cependant, elle est sur le point d’être proclamée la candidate des femmes, afin d’évincer l’horrible Trump, le démon officiel. Ses supporters comprennent des féministes distinguées, comme Gloria Steinem aux US ou Anne Summers en Australie.

Il y a une génération, un culte post-moderne, connu maintenant sous le nom de
“ Politique identitaire”  arrêtait beaucoup de personnes intelligentes, d’esprit libéral, qui examinaient les cause et les individus qu’ils soutenaient, comme les faussaires Obama et Clinton, comme les mouvements soi disant progressistes de Syriza en Grèce, qui ont trahi le people de leur pays et se sont allies avec leur ennemi. L’auto-absorption, une sorte de soiisme sont devenus le nouveau zeitgeist dans les sociétés privilégiées de l’Occident et montrent l’abandon de grands mouvements collectifs contre la guerre, l’injustice sociale, l’inégalité, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, le long sommeil est peut-être fini. La jeunesse se réveille à nouveau. Progressivement, les milliers en Grande Bretagne qui ont supporté Jeremy Corbyn font partie de cet éveil, comme sont ceux qui se sont rassemblés pour supporter Bernie Sanders. En Grande-Bretagne la semaine dernière, le plus proche allié de Corbyn, un chef du parti travailliste, John McDonnel, a impliqué le parti au gouvernement afin qu’il renfloue la dette de banques pirates et, dans les faits, continue la soi-disant austérité.*

Aux US, Sanders a promis de soutenir Clinton, si et quand elle serait nominée. Lui aussi a voté pour l’usage de la violence contre certains pays quand il le trouvait juste. Il pense que Obama a  «  fait un bon travail »

En Australie, il ya une sorte de politique moratoire, dan laquelle des jeux parlementaires pénibles sont joués à travers les medias pendant que des réfugiés et des peuples indigènes sont persécutés et que les inégalités augmentent, avec les dangers de guerre. Le gouvernement de Malcom Turnbull vient de présenter un budget pour la soi-disant défense de 195 milliards qui est une incitation à la guerre.

Silence

Qu’est devenue la grande tradition populaire d’action directe ? Où sont le courage, l’imagination et l’investissement nécessaires pour commencer un long voyage vers un monde meilleur, plus juste et pacifique ? Où sont les dissidents dans l’art, le cinéma, le théâtre, la littérature ? Où sont ceux qui vont briser le silence ? Ou attendons-nous que le premier missile nucléaire soit lancé ?

John Pilger
March 2016

Traduction Elisabeth Guerrier

Privatiser l’apocalypse Richard Krushnic et Jonathan King

Après une présentation rédigée par Tom Engelhart que nous avons souhaité garder, Richard Krushnic et Jonathan King nous convient à découvrir les dessous de cet énorme entreprise qu’est la maintenance, la conception et le stockage de l’armement nucléaire aux USA. Des sommes phénoménales, toutes évidemment issues des impôts de l’Amérique sont allouées à des entreprises et à des sous-traitants d’un des projets de destruction massive les plus radicaux que la planète ait connu. Fonds dont personne ne connaît effectivement le montant et qui se voient reconduits par les poussées régulières des lobbies qui achètent le Congrès. Dans une obscurité quasi totale, organisée et maintenue opaque par les corporations se prépare l’apocalypse.EG

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Privatizing the Apocalypse 

Krushnic and King, Le complexe nucléaire multi-national

Ils ont dirigé les compagnies les plus profitables de l’histoire et, pour le dire franchement, ils sont en train de détruire la planète. Dans le passé, étant donné l’obsession terroriste des USA, je les avais nommé « terraristes ». Je fais référence, bien sûr, aux CEO des compagnies de la « grosse énergie », qui lors de ces dernières années ont tout fait pour trouver de nouveaux  moyens d’exploiter chaque réservoir d’énergie fossile imaginable sur la planète et de le remettre dans l’atmosphère sous forme d’émissions de dioxyde de carbone. Une chose est sûre : tout comme les responsables des compagnies de tabac, de l’industrie du cuivre  ou des équipements d’amiante  l’ont fait avant eux, ils savent ce que leur attirance pour les méga-profits signifie pour nous. – regardons la saison des incendies dans l’ouest de l’Amérique cette année. Et pour nos enfants et petits-enfants. Si vous pensez que le monde fait face en ce moment à un afflux important de réfugiés, attendez juste que les sécheresses soient plus sévères  et que les inondations  des zones côtières  augmentent. 

Comme je l’ai écrit en 2013 avec ces trois industries, les résultats négatifs sont arrivés comme par hasard des années, voire des dizaines d’années après l’exposition et ont donc été difficiles à connecter avec elle. Chacune d’entre elles savaient qu’il existait un lien. Chacune utilisa le fait que le temps en était déconnecté  comme protection. Une différence : si vous étiez un cadre de l’industrie du tabac, du cuivre ou de l’amiante, vous pouviez faire en sorte que vos enfants ou vos petits-enfants ne soient pas exposés à vos produits. Sur le long terme, il n’y a pas ce choix quand il s’agit des industries fossiles et du CO2, car nous vivons tous sur la même planète  (bien qu’il soit aussi exact que les nantis des zones tempérées ne seront vraisemblablement pas les premiers à souffrir)

D’une façon assez remarquable, comme Richard Krushnic et  Jonathan King le mettent en évidence aujourd’hui, les profits amassés par un autre groupe de chefs d’entreprise sont tout autant liés à des façons intimes de potentiellement détruire la planète (au moins en tant qu’environnement habitable pour l’humanité et pour d’autres espèces) et des dizaines de millions de personnes. Ce sont les exécutifs qui dirigent les compagnies qui développent, assurent la maintenance et modernisent notre arsenal nucléaire et, tout comme les compagnies de l’énergie, utilisent leurs lobbies et leur cash pour constamment pousser Washington vers toujours plus de la même chose. Un jour, en regardant en arrière, les historiens (s’il en existe encore)  considéreront, sans doute possible, les activités de ces deux groupes comme les exemples ultimes de la criminalité. Tom.

Privatiser l’Apocalypse

Comment les compagnies de l’armement nucléaire réquisitionnent vos impôts 

Richard Krushnic et Jonathan Alan King 

Imaginons pour un moment une véritable absurdité : quelque part aux USA, les opérations hautement lucratives d’un panel d’entreprises sont basées sur la possibilité que tôt ou tard notre voisinage sera détruit et que vous et vos voisins vous serez anéantis. Et pas seulement vous et vos voisins mais d’autres individus et leurs voisins à travers toute la planète. Que penserions-nous de telles compagnies ?  De tels projets ?  Et des méga-profits tirés de tout cela ?

En fait de telles compagnies existent vraiment. Elles sont au service de l’industrie de l’armement nucléaire américain et du vaste arsenal, potentiellement destructeur de la planète, du Pentagone. Elles en tirent des profits massifs, leurs membres vivent des vies confortables dans notre voisinage et jouent des rôles actifs dans la politique de Washington. La plupart des Américains savent très peu sinon rien sur leurs activités et les médias ne se préoccupent que rarement d’enquêter sur elles et sur leurs profits, même si le travail qu’elles accomplissent est au service d’un futur apocalyptique au-delà de toute imagination.

Ajoutons à l’étrangeté de tout ceci une autre improbabilité. Les armes nucléaires ont été à l’affiche pendant des années et cependant l’attention actuellement est focalisée comme un projecteur sur un pays qui ne possède pas une seule arme nucléaire, et pour autant que puisse en témoigner  les services de renseignements américains, n’a montré aucun signe de sa volonté d’en construire une. Nous voulons parler, bien sûr, de l’Iran.

Par contre, presque jamais ne sont présents dans les nouvelles les arsenaux, eux parfaitement réels, qui pourraient faire des ravages sur la planète, tout particulièrement notre propre arsenal et celui de notre ancien ennemi, la Russie.

Dans le récent débat sur l’accord du Président Obama avec l’Iran et le fait de savoir s’il préviendrait ce pays de jamais développer son armement nucléaire, vous pouviez chercher partout afin de trouver une vraie discussion sur l’arsenal américain, même si le Bulletin of the Atomic Scientists estime qu’il comprend à peu près 4700 têtes nucléaires actives.  Ce qui inclut un large éventail de bombes et de missiles terrestres ou immergés. Si par exemple, un seul sous-marin nucléaire Ohio Class – et l’armée en a 14, équipés d’ogives nucléaires, devait lancer  ses 24 missiles Trident, chacun équipé de 12 mégatonnes de têtes nucléaires à cibles indépendantes, les villes principales de tout pays visé dans le monde pourraient disparaître et des millions de personnes mourir.

Bien sûr, les détonations et les incendies liés entraîneraient tant de fumée et de particules dans l’atmosphère que le résultat en serait un hiver nucléaire, déclenchant une famine mondiale et la mort possible de centaines de millions de personnes, y compris des Américains (où que soit tombé le missile). Cependant, comme dans un roman classique du Dr. Seuss, on devrait ajouter : ce n’est pas tout, oh, non, ce n’est pas tout ! En ce moment l’administration Obama projette d’investir un millier de milliards de dollars dans les 30 années à venir afin de moderniser et de mettre à jour les forces nucléaires américaines.

Étant entendu que l’actuel arsenal représente des capacités de tueries outrancières – il pourrait détruire de nombreuses planètes de la taille de la Terre aucune de ces dollars du contribuable en plus n’apportera aux Américains la moindre sécurité ou protection accrues.  Pour la sécurité de la nation, il importe peu que dans les années à venir, la précision de tir des missiles dont la tête détruirait complètement toute créature vivante dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres soit réduite de 500 à 300 mètres. Si une telle « modernisation » n’a aucune signification militaire évidente, pourquoi cette poussée pour des dépenses supplémentaires dans l’armement nucléaire ?

Un facteur signifiant dans la cagnotte du nucléaire américain passé régulièrement inaperçu : les corporations qui détiennent l’industrie nucléaire. Pourtant les pressions qu’elles sont à même d’exercer en faveur d’une augmentation constante des dépenses nucléaires sont radicalement sous-estimées dans ce qui est passé pour un « débat » sur le sujet.

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Privatisation du développement de l’armement nucléaire.

 

Commençons par ce simple fait : la production, maintenance et modernisation de l’armement nucléaire sont une source de profit pour ce qui est, dans son essence, un cartel. Ils ne font évidemment pas face à une compétition étrangère pour  les contrats, étant donné que ce que nous évoquons là est l’arsenal militaire américain et que les contrats offerts par le gouvernement sont protégés de la critique de l’audit par l’apparence de la sécurité nationale. En outre, le modèle affairiste utilisé  est celui du « coût ajouté », ce qui signifie que quel que soit le dépassement du coût comparé au devis initial, les entrepreneurs reçoivent un pourcentage de profit garanti au-dessus des coûts. De gros profits sont effectivement garantis, quels que soient le niveau d’inefficacité ou de surévaluation du coût que puissent concerner le projet. En d’autres mots, il n’est pas possible pour les entrepreneurs de perdre de l’argent sur leur travaux, qu’ils soient efficaces ou non. (Rien à voir donc avec le modèle de libre-échange de la production libérale)

Ces profits bien protégés et les firmes les amassant sont devenus un facteur majeur dans la promotion du développement de l’armement nucléaire, compromettant toute démarche de désarmement quelle qu’elle soit.  Des parties de ce processus devraient nous être familières bien sûr  puisque c’est une extension de la formule classique du Pentagone que l’économiste de l’industrie de l’Université de Columbia Seymour Melman a décrit d’une façon si frappante dans ses livres et ses articles. Une formule qui a produit  les infamies de marteau à 436 dollars et de cafetières électriques à 6322 dollars.

Etant donnés les processus et les profits, les entrepreneurs de l’armement ont un intérêt particulier à s’assurer que le peuple américain ait un sens aigu du danger et de l’insécurité  (même si ce sont eux qui sont devenus la source principale de danger et d’insécurité). Récemment la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires [International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN)] a produit un rapport frappant :   « Ne misez pas sur la bombe »  rendant compte des chefs d’entreprise les plus importants et de leurs investisseurs qui profiteront des améliorations à venir de l’armement nucléaire.

En fonction de la pénombre sur la sécurité nationale qui entoure les programmes d’armement nucléaires du pays, des audits authentiques sur les contrats de ces compagnies ne sont pas accessibles au public. Cependant, au moins les plus importantes compagnies profitant des contrats d’armement nucléaire peuvent maintenant être identifiées.  Dans le domaine des systèmes de distribution nucléaire – bombardiers, missiles et sous-marins – ceci inclus un nombre de noms de corporations familiers : Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, GenCorp Aerojet, Huntington Ingalls et Lockheed Martin. Dans d’autres secteurs comme la conception et la production, les noms en tête de liste sont moins connus : Babcock et Wilcox, Bechtel, Honeywell International, et URS Corporation. Pour les essais et la maintenance, les entrepreneurs comprennent Aecom, Flour, Jacobs Engineering et SAIC, les firmes qualifiées pour le ciblage et la guidance des missiles incluent Alliant Techsystem et Rockwell Collins.

Pour donner un bref aperçu des contrats : en 2014, ont été attribués à Bancock et Wilcox 76.8 millions de dollars pour l’amélioration des sous-marins Ohio Class. En Janvier 2013, il a été attribué 4,6 milliards de dollars  à General Dynamics Electric Boat Division afin de concevoir et de développer un sous-marin de dissuasion de la prochaine génération. Plus sur ce qui est su à propos de tels contrats d’armement peut être disponible dans le rapport de l’ICAN, qui identifie aussi les banques et autres institutions financières ayant investi dans les entreprises d’armement nucléaire.

Beaucoup d’Américains ignorant que la plupart de la responsabilité touchant le développement des armes nucléaires, leur production et leur maintenance ne dépend pas du Pentagone mais du département de l’énergie [Department of Energy, DOE] qui dépense plus en armement nucléaire que dans le développement de sources d’énergie renouvelables. Une des clefs du projet nucléaire du DOE est les laboratoires fédéraux où sont élaborés, construits et testés les armes nucléaires.  Il s’agit de Sandia National Laboratory  à Albuquerque Nouveau Mexique, du  Los Alamos National Laboratory (LANL) à Los Alamos, Nouveau Mexique, du Lawrence Livermore National Laboratories  de Livermore, Californie.  Ceux-ci, chacun à leurs tours, reflètent une tendance continue dans le secteur de la sécurité nationale, les sites dénommés «  GOCO » [Appartenant au gouvernement, dirigés par des exploitants / Government Owned, Contractor Operated]. Dans le cadre des laboratoires, ce système représente une privatisation des politiques de dissuasion nucléaire et des autres stratégies d’armement nucléaire. A travers leurs contrats avec URS, Badcock et Wilcox, l’Université de Californie et Bechtel, les laboratoires de l’armement nucléaire sont dans une certaine mesure privatisés. Le contrat de LANL à lui seul se monte à 14 milliards de dollars. De même le Savannah River Nuclear Facility, à Aiken, en Caroline du sud où les têtes nucléaires sont fabriquées, est dirigé à la fois par Flour, Honeywell International et Hutington Ingalls Industries. Carolina. Leurs contrats avec le DOE pour les opérations de 2016 se montent à environ 8 milliards de dollars. En d’autres termes, pendant ces années qui ont vu la montée des corporations de guerriers  et une privatisation significative de l’Armée américaine et des agences de renseignement,  on peut assister à un même processus dans le monde de l’armement nucléaire.

En plus des principaux fournisseurs d’armement nucléaire, on trouve des centaines de sous-traitants, dont certains dépendent de cette sous-traitance pour l’essentiel de leurs affaires. Chacun d’entre eux a de cent à plusieurs centaines d’employés travaillant sur ces composants particuliers ou ces systèmes et avec leur influence sur les communautés locales, ils aident à appuyer la modernisation du programme nucléaire par l’intermédiaire de leurs représentants au Congrès.

Une des raisons de la rentabilité pour lesquelles l’industrie de l’armement nucléaire est extrêmement profitable est que l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [National Nuclear Security Administration (NNSA)] responsable du développement et des opérations de l’armement nucléaire du DOE ne contrôle pas les sous-traitants, ce qui rend également difficile le contrôle des premiers fournisseurs. Par exemple, quand dans le cadre du projet de tutelle gouvernementale [Project on Government Oversight] une demande d’information a été faite auprès du service de l’acte de liberté d’information [Freedom of Information Act] auprès de Babock et Wilcox, le sous-traitant en charge de la sécurité au complexe nucléaire Y612 de Oak Ridge, Tennesse, la NNSA a répondu qu’elle ne détenait aucune information   sur ce sous-traitant. Babcock & Wilcox était responsable alors de la construction des équipements pour le traitement de l’uranium à Y-12. Ils avaient sous-traité le travail de conception avec quatre compagnies et avaient manqué de les superviser et de consolider leurs travaux. Ceci mena à une conception inhabituelle qui n’a été abandonnée que lorsque les sous-traitants eurent reçu 600 millions de dollars pour ce travail inutile.  Ce cas d’Oak Ridge, à son tour a déclenché un rapport au Congrès  du service de justification gouvernemental en mai dernier indiquant que de tels problèmes étaient endémiques dans le service de l’armement nucléaire du DEO.

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Les lobbies du nucléaire

 

Les impôts dépensés sur la maintenance et le développement de l’armement nucléaire sont une partie significative du budget de l’état. Bien que difficiles à évaluer avec précision, les coûts s’élèvent aux alentours de cent milliards de dollars. En 2005, le bureau gouvernemental des justifications [Government Accountability Office]  rapportait que même le Pentagone n’avançait pas de sommes très précises quand il s’agissait du prix des missions nucléaires, de même qu’il n’existe de budget autonome pour l’armement nucléaire d’aucune sorte de façon à pouvoir estimer les surcoûts. Analysant les budgets du Pentagone   et celui de l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [Department of Energy’s National Nuclear Security Administration] ainsi que des informations glanées dans les déclarations du Congrès, le centre d’étude pour la non prolifération [Center for Nonproliferation Studies] suggère que de 2010 à 2018, les USA dépenseront au moins 179 milliards de dollars  pour maintenir leur actuelle triade de missiles, bombardiers et sous-marins, associés à leur armement nucléaire, tout en commençant le processus de développement de l’armement nouvelle génération. Le bureau du budget du Congrès [Congressional Budget Office]  projette un coût de la force nucléaire s’élevant à  348 milliards de 2015 à 2024, c’est-à-dire de 35 milliards par an, qui seront dépensés par le Pentagone à hauteur de 227 milliards et par le département de l’énergie à hauteur de 121 milliards. En fait le prix de la maintenance et du développement de l’arsenal nucléaire est beaucoup plus élevé que celui de ces estimations. Si ces chiffres incluent la plupart de coûts immédiats de l’armement nucléaire et des systèmes de tirs stratégiques comme les missiles et les sous-marins, ainsi que la plupart des coûts du personnel militaire responsable de la maintenance, de l’opérationnel et de l’exécution des missions, ils ne comprennent pas de nombreuses autres dépenses, dont celles de la mise hors service et du traitement des déchets nucléaires impliqués dans le déclassement des armes nucléaires. De même qu’ils n’incluent pas les pensions et les assurances maladies qui couvriront leurs employés.  .

En 2012, un rapport d’un comité de haut niveau présidé par l’ancien Chef d’état-major des armées, le Général James Cartwright, concluait que  « aucun argument sensé n’a été avancé pour prouver que l’usage des armes nucléaires pouvaient être utilisés afin de résoudre aucun des problèmes majeurs que le 21ième siècle a à faire face [y compris] les menaces provenant d’états voyous, d’état renversés, de la prolifération, des conflits régionaux, du terrorisme, de la cyber-guerre, du crime organisé, du trafic de drogue, des migrations de masse de réfugiés dues aux conflits, des épidémies ou du changement climatique. En fait les armes nucléaires sont devenues plus une partie du problème qu’une solution. »

Sans étonnement, pour la liste des corporations investies dans le programme d’armement nucléaire, ceci n’a que peu d’importance. Ils mènent des actions de lobbying afin de supporter continuellement leurs contrats sur l’armement. Dans une étude de 2012 menée pour le centre de politique internationale [Center for International Policy],  « Bombes vs budget : au sein du lobby nucléaire », William Hartung et Christine Anderson rapportent que, pour les élections de cette année, les 14 principales entreprises ont donné presque 3 millions directement aux législateurs du Congrès.  Assez peu surprenant, plus de la moitié de cette somme est allée aux comités et comités adjoints qui supervisent les dépenses de l’armement nucléaire.   En 2015, l’industrie de la défense mobilisa une petite armée de 718 lobbyistes et distribua plus de  67 millions de dollars afin de faire pression  sur le Congrès pour obtenir une augmentation du budget général de l’armement.  Parmi les contributeurs les plus importants se trouvaient les corporations ayant des contrats d’armement nucléaires significatifs dont Lockheed Martin, Boeing et General Dynamics. Un tel  lobby pro-nucléaire est renforcé par la contribution et la pression de la part des compagnies fabriquant des missiles et les compagnies aériennes qui ne sont pas avant tout orientées sur le nucléaire. Certains des systèmes qu’elles produisent cependant, sont potentiellement à double usage (conventionnels et nucléaires), ce qui signifie qu’un programme nucléaire robuste augmente leurs profits potentiels.

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La pression continuelle des Républicains du Congrès pour des coupes  dans les programmes d’aides sociales est un mécanisme crucial qui assure que les impôts fédéraux seront disponible pour des contrats militaires lucratifs. En terme de qualité de vie (ou de mort),  ceci signifie que l’influence sous-estimée de l’industrie de l’armement nucléaire est singulièrement dangereuse. En échange des 35 milliards ou plus qui seront annuellement versés par le contribuable dans de tels armements afin de supporter les intérêts étriqués de d’un nombre modeste de compagnies, le dédommagement est la peur d’un avenir apocalyptique. Après tout, contrairement à la plupart des autres lobbies, celui de l’armement nucléaire et donc vos impôts, mettent la vie sur terre en danger d’extinction rapide, ou bien à la suite d’une destruction directe d’un holocauste nucléaire ou par la réduction radicale de la lumière du soleil atteignant la surface de la terre qui proviendrait de l’hiver nucléaire qui suivra pratiquement tout échange nucléaire. Pour le moment le complexe industrio-nucléaire est caché dans notre brouillard, ses budgets et ses financements protégés du regard public, ses projets à peine notés. C’est la bonne formule pour un désastre.

Jonathan Alan King est professeur de biologie moléculaire à MIT et Président du comité d’abolition du nucléaire [Nuclear Abolition Committee] du Massachusetts Peace Action. Il peut être contacté à  Jonking1@verizon.net. Richard Krushnic est un ancien responsable de prêts immobiliers et un analyste des contrats immobiliers et commerciaux au Department of Neighborhood Development de Boston. Il est actuellement investi dans le développement communautaire en Amérique latine et peut être joint à  rkrushnic@gmail.com

Traduction Elisabeth Guerrier