Le RussiaGate a créé une diversion / Pr. Oliver Boyd-Barrett

Le RussiaGate a organisé la diversion. Par le Professeur Oliver Boyd-Barrett


Les interventions sur le rapport Mueller se succèdent, mettant, s’il en était besoin à jour, la puissance de frappe de la mauvaise foi comme arme politique. Ils n’en démordront pas, “ils” c’est à dire ceux-là même qui ont évoqué une aire de ” post -vérité “, tout ce que le parti de gentils patentés recèle de mauvais perdants, de prévaricateurs, de carriéristes ,du pouvoir, de corruption institutionnalisée, incapables d’affronter les vrais enjeux de leur statut et de remettre le politique au centre de leur mission. Il va sans dire, même si ces temps sont peu favorables aux nuances rhétoriques, que l’accusation faites aux Démocrates, et d’une certaine façon quant aux méthodes, à tout ce que l’Occident compte de libéraux décadents, n’occulte nullement le profond mépris pour la politique menée, ou plutôt non menée par leurs adversaires. L’agonie de ce système va avec un ample remue-ménage de ce qui sous-tend ses dénominations. République. Démocratie. Socialisme. Ethique. etc.etc. tous ces concepts ont besoin d’une reprise en main de leur nature même et de tout ce qu’ils sont supposés avoir cédé à la corruption des esprits.EG

L’écrivain Tom Wolfe dans son roman « The right stuff » décrit les vagues de déclencheurs d’émotions qui se succèdent dans la presse en fonction des priorités politiques ou militaires historiques. Comment le discours se rétrécit de lui-même quant à ses cibles afin d’éveiller tel ou tel champs psychoaffectif et créer autour de lui ce qu’on appelle un ” état d’esprit collectif “, c’est à dire prêt à soutenir n’importe quelle décision avec tout la bonne conscience que donne l’émotionnel comme « vérité » : It was like if the press in America, with all its vaunted independence, were a great colonial animal, an animal made up with countless clustered organisms responding to a single nervous system. In the late 50′ ( as in the late 70′), the animal seemed determined that in all matter of national importance the PROPER EMOTION, the SEEMLY SENTIMENT, the FITTING MORAL TONE should be established and should prevail ; and all information that muddied the tone and weakened the feelings should simply be thrown down the memory hole. In the later period, this impulse of the animal would take the form of blazing indignation about corruption, abuses of power, and even minor ethical lapses, among public officials, here, in April 1959, it took the form of a blazing patriotic passion// In either case, the animal’s fundamental concern remained the same: the public, the populace, the citizenry must be provided with the CORRECT FEELING. Tom Wolfe «  The right stuff » Picador edition. p.95

« C’est comme si la presse en Amérique, avec toute son indépendance si vantée, était un gros animal colonial, un animal composé d’innombrables organismes agglomérés répondant à un seul système nerveux.  A la fin des années 50, (comme à la fin des années 70), l’animal semblait déterminé à ce que dans chaque question d’importance nationale, l’émotion adéquate, le sentiment bienséant, le ton moral  convenable soient établis et prévalent, et  que toute information qui brouille ce ton ou affaiblisse les sentiments soit simplement jetée dans le grand trou de la mémoire. Dans la dernière période, les pulsions de l’animal prenaient la forme d’une indignation enflammée contre la corruption, les abus de pouvoir, ou même certains défauts éthiques mineurs, au sein des officiels, mais là, en 1959, elles prirent la forme d’un patriotisme ardent.// Dans chacun des cas, la préoccupation fondamentale de l’animal resta la même : le public, la populace, la foule, doit se voir fournie avec l’émotion correcte.

Pendant plus de deux ans, le Russiagate  a occupé une proportion importante du journalisme politique de masse US et, parce que les médias de masse US ont également un agenda de promotion, de la presse internationale également. Le Timing a été catastrophique. L’administration Trump a déchiqueté les protections environnementales, jeté par-dessus bord les accords sur le nucléaire, exacerbé les tensions avec les rivaux des Etats-Unis et  favorisé les riches.  Au lieu de consacrer une attention soutenue dans les médias à la fin de l’espèce humaine, liée au réchauffement climatique, à sa disparition de plus en plus imminente par l’entremise de l’armement atomique, ou à l’éviscération toujours plus intense du discours démocratique dans un société déchirée par des inégalités de richesse sans précédent et une cupidité capitaliste sans limite, les médias saturent leur public avec un récit puéril d’une supposée collusion de la campagne électorale de Trump et de la Russie.  Le discours sur le Russiagate est profondément mensonger et hypocrite. Il suppose que les USA soit un état où le système électoral est totalement fiable et sûr. Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité. Le système démocratique américain est profondément ancré dans un système bipartite dominé par la classe nantie et ayant largement des comptes à rendre aux oligopoles des multinationales. Il est soumis au regard des valeurs du capitalisme extrême et de la domination impérialiste. Les problèmes entre le système électoral US et les médias sont nombreux et bien documentés.

Les procédures sont profondément compromises par un collège électoral qui détache des votes comptés des votes qui comptent. La composition des districts électoraux ont été redécoupés afin de minimiser la possibilité de surprises électorales. Le vote dépend d’un système électronique conçu par une multinationale et peut être aisément hacké. Les administrations de droite jouent avec le coffre à jouet de la suppression des votants qui déploie toutes les possibilités, de la réduction des lieux de vote potentiels et des équipements, à l’imposition d’exigences d’identifications d’électeurs et à l’élimination de certaines traces (e.g les groupes de personnes ayant commis des crimes ou de personnes ayant les mêmes noms que ceux des criminels, ou de personnes n’ayant pas voté lors de précédentes élections). Même les résultats des campagnes sont corrompus quand les administrations en place abusent des semaines restantes au pouvoir pour pousser des arrêtés ou des lois qui saborderont les efforts de leurs successeurs. Le principe démocratique  présuppose l’équivalence de fait de chaque voix sur le champ de bataille des idées.  Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité du système «  démocratique » américain dans lequel un petit nombre d’intérêts puissants apprécie l’avantage donné par un mégaphone assourdissant sur la  base de l’argent des donations au noir, souvent anonymes, filtrées par SuperPacs et consorts, opérant en dehors des confins des ( quelque peu mieux contrôlées)  dix semaines de campagne électorale. En ce qui concerne les médias, la théorie démocratique présuppose des infrastructures de communications qui facilitent les échanges d’idées libres et ouverts. Il n’existe pas d’infrastructure de cette sorte. Les médias sont possédés et contrôlés par un petit nombre de conglomérats multi-médias, multi-industriels, situés au cœur même du capitalisme oligopole et dont la plupart des contenus et des revenus de publicité sont fournis par d’autres conglomérats. L’incapacité des médias à soutenir un environnement qui puisse inclure l’histoire, les perspectives et le vocabulaire libérés des chaînes de l’autosatisfaction ploutocrate est aussi bien documentée.  L’actuelle couverture médiatique de la crise vénézuélienne générée par les USA  en est le parfait exemple. Le potentiel révolutionnaire si célébré des médias sociaux est illusoire. Les principaux fournisseurs de l’architecture sociomédiatique sont encore plus corporatistes que leurs prédécesseurs. Ils dépendent non seulement de la publicité mais également de la vente des big datas qu’ils réquisitionnent des usagers et vendent aux corporations ou aux propagandistes politiques souvent lors de campagnes micro-ciblées assistées par de l’IA lors de «  campagnes » de persuasion. Comme leurs prédécesseurs, les médias sociaux sont imbriqués, collaborent et sont vulnérables aux machinations de l’établissement de surveillance militaro-industrielle. La soi-disant ingérence dans les élections à travers le monde a été une figure magistrale de l’exploitation des médias et des médias sociaux par des compagnies liées à la défense, à la politique et à l’espionnage, comme – mais d’une façon non exhaustive- l’ancien Cambridge Analytica et son parent britannique SCL.

Au regard de  de cet arrière-plan d’échecs électoraux et médiatiques, il n’est pas raisonnable de porter la discussion ou l’attention sur de soi-disant activités des médias sociaux de, disons, L’Agence de recherche internet russe. L’attention est détournée des problèmes substantiels vers des problèmes triviaux et sans substances.  De plus, dans un climat d’hystérie maccarthyste, le Russiagate fait l’hypothèse que toute communication entre une campagne présidentielle et la Russie est en soi une chose déplorable. Même si on devait confiner cette conversation uniquement à une communication entre les oligarques des deux pays, par contre, l’opposé s’avèrerait certainement vrai.  Et ce n’est pas simplement à cause des bénéfices pouvant découler d’une meilleure compréhension du monde, de l’identification d’intérêts ou d’opportunités partagés et de leur promesse de relations pacifiées.  Une analyse de real politick  pourrait conseiller l’insertion de coins entre la Chine et la Russie de façon à décapiter le contrôle de la superpuissance hybride perçue comme une menace sur une région du monde qui a longtemps été considérée comme indispensable pour une réelle hégémonie mondiale. Même si on considère le RussiaGate comme un problème digne de notre attention, les bases de l’audience probatoire sont faibles. Le dévoilement final du discours sur le RussiaGate attend avec impatience le rapport du Conseiller spécial et ancien directeur du FBI Robert Mueller. L’enquête et les investigations de Mueller impliquent plusieurs personnes qui dans certains cas, n’ont rien à voir avec la campagne présidentielle de 2016. Ils apparaissent être plutôt concernés par des mensonges et des obstructions à son enquête que par un matériel d’actes illégaux, ou font face à des charges qui sont peu susceptibles d’être retenues dans une cour pénale. L’investigation elle-même est retraçable jusqu’à deux rapports significatifs mais extrêmement problématiques rendus publiques en janvier 2017. Un était le «  Dossier Steele », par l’ancien officier M16 Christopher Steele. Il est principalement intéressant pour ses allégations largement infondées que d’une façon ou d’une autre, Trump est de mèche avec la Russie.  La compagnie de Steele, Orbis, a été recrutée pour rédiger un rapport par Fusion GPS, qui à son tour a été contactée par des avocats travaillant pour la campagne nationale du Parti Démocrate.   Des passages de brouillons initiaux du rapport Steele, à travers des sources proche des renseignements britanniques et le compte-rendu, par le conseiller de Trump, George Papadopoulos touchant des conversations en sa possession concernant l’éventuelle possession par les Russes des emails de Clinton avec un personnage qui pourrait tout aussi bien être un espion russe que britannique, ont été les instruments ayant éveillé l’intérêt du FBI et l’espionnage sur la campagne de Trump.  Il existe des liens indirects entre Christopher Steele, un autre ancien agent M16, Pablo Miller (qui a lui aussi travaillé pour Orbis) et  Sergei Skripal, un agent russe qui a été recruté comme informateur d’M16 par Miller et qui a été la cible d’une tentative d’assassinat en 2018. Cet évènement a occasionné des  attaques controversées, pour ne pas dire hautement improbables et pernicieuses de la part du gouvernement britannique  et des accusations contre la Russie. L’élément le plus significatif présenté dans le deuxième rapport, publié par l’Intelligence Community Assessment et représentant les conclusions d’une petite équipe tirée du bureau du Directeur de L’Intelligence, de la CIA du FBI et de la NASA, était la déclaration de responsabilité des services de l’espionnage russe pour le hackage du système informatique de la DNC et de son président John Podesta durant l’été 2016, et le transfert de ces documents à Julian Assange et à Wikileaks.  Aucune preuve n’en a été fournie.   Bien que les allégations de hacking soient devenus des articles de foi largement incontestés du discours  RussiaGate, ils ne s’appuient d’une manière significative que sur les découvertes problématiques d’une petite compagnie privée embauchée par la DNC. Il existe aussi des preuves formelles que les documents puissent avoir été fournis plutôt que hackés et par des sources basées aux USA. Le fait que ces documents révèlent que le DNC , un agent supposé neutre dans la campagne des primaires, ait en fait pris part en faveur de la candidature de Hillary Clinton, et que les points de vue de Clinton sur l’industrie données en privé aient pu différer de ses positions données en public , a longtemps été obscurci dans la mémoire des médias en faveur du narratif plus chéri de la vilénie russe.

Pourquoi le discours sur le RussiaGate est-il si attirant ? Qui en profite ? Premièrement, Le RussiaGate sert les intérêts de (1) un Parti Démocrate  corrompu, dont l’organisation contestable de la campagne, biaisée et incompétente a amené la perte des élections en 2016, alliés à (2) des factions puissantes de l’établissement de surveillance industrio-militaire qui, pendant les dernières 19 années,  à travers l’OTAN et d’autres  agences internationales malléables, a cherché à compromettre le pouvoir de Poutine, à démembrer la Russie et la Fédération russe, ( indubitablement pour les bénéfices du capitalisme occidental) et plus récemment maintient la Chine dans une lutte incessante et titanesque au cœur de l’Eurasie.  Dans la mesure où Trump, quelqu’en soient les raisons, ait pu être en désaccord avec au moins quelques aspects de cette stratégie à long terme, il s’est montré comme étant non fiable par l’état sécuritaire US.   Tout en servant le but immédiat de contenir Trump, les accusations US d’une implication dans leurs élections sont une farce dans le contexte d’une histoire d’implications largement documentée des USA dans les élections et la politique de nations souveraines pendant plus de cent ans. Ces inférences dans tous les hémisphères ont inclus l’organisation de coups d’état, des invasions, des occupations sous de faux prétextes additionnés à de nombreuses instances de stratégies de «  révolutions de couleur » impliquant le financement de partis d’opposition et provoquant des soulèvements, souvent couplée avec une guerre économique ( sanctions) . Un autre bénéficiaire, (3)  est le cumul de tous ces intérêts qui rétrécissent le champ de l’opinion publique à un cadre supportant l’impérialisme néolibéral. Exploitant paradoxalement la panique morale associée aux plaintes de Trump sur les « fake news », à chaque fois que les couvertures médiatiques font sa critique, et l’embarras des médias sociaux à propos de leur disponibilité et de la vente des données privées à des clients et des corporations puissantes, ces intérêts ont pointé la nécessité de plus de régulation, ainsi que de l’auto-censure des médias sciaux. La réponse des médias sociaux a impliqué des algorithmes  de plus en plus restreints et ce que les «  fact-checkers », (illustrés par le support financier de Facebook et sa dépendance à l’égard du groupe de pression pro-OTAN The Atlantic council).  L’impact du net a été dévastateur pour de nombreuses organisations d’information dont le seul « péché » dans l’arène des médias sociaux est d’analyser et de donner leur point de vue qui se montre à contre-courant de la propagande néolibérale.  La justification standard de telles attaques sur la liberté d’expression est d’insinuer leur lien avec la Russie et/ou le terrorise. En fonction de sa réponse grossière et des réponses par la censure de certains acteurs puissants, il semble que peut-être le récit du RussiaGate est devenu de plus en plus improbable pour beaucoup et que le seul espoir actuel pour ses propagateurs est d’étouffer tout questionnement. Ce sont bien sûr de bien sombres jour pour la Démocratie ?

Oliver Boyd-Barrett est Professeur Emérite à la Bowling Green State University. IL est l’auteur d’un livre à venir : RussiaGate and Propaganda: Disinformation in the Age of Social Media (Routledge)

Traduction : Elisabeth Guerrier

La Russie est-elle réellement ” fasciste” Pr. Marlene Laruelle

Parce que la résistance aux glissements partisans générés dans des stratégies quotidiennes d’intoxication idéologique nécessite avant tout l’abord de la complexité, il est nécessaire de faire appel à des esprits informés et critiques, à donner ou redonner donc au poids de la construction des savoirs ses vertus d’éclairage.

Au moment où l’Arctique se voit la scène des plus importantes manœuvres militaires de l’OTAN depuis la Guerre froide, faisant suite aux campagnes de diffamation orchestrées par les divers pouvoirs politiques nord-américains et soutenus par leurs alliés inféodés, l’urgente nécessité de voix autres, critiques et analytiques, même pour faire face à des constructions mythiques créées de toute pièce par des ” érudits ” locaux reconnus est plus que jamais impérative. 

Aucun média grand public ne pourvoira à l’approche d’une situation complexe et évidemment unique comme celle de la Russie, car chargée de sa propre histoire. La pandémie des appellations de “Fascisme” recouvrant tout et n’importe quoi a non seulement un effet niveleur sur des phénomènes divers et caractéristiques mais elle marque une fois de plus l’incroyable pression et la paresse intellectuelle de ces temps où l’analyse de tout ce qui est ” complexe “- et la réalité n’a-t-elle pas avant tout cette nature-là ? – est promu comme vain, usant, inutile au nom d’un réductionnisme omniprésent et au service de l’utilitarisme qui le rationalise.

Le Fascisme est un moment de l’Histoire, dans un contexte précis (rappeler que la trahison de Wilson faite aux Italiens après la Première guerre mondiale en est partie prenante voire génératrice), avec des bases de valeurs précises et des alliances intra-sociales tout aussi importantes qui lui donnent sa spécificité.  Nous conseillons vivement la lecture de l’article de Jean Pierre Raviot qui donne les éléments de compréhension d’une spécificité politico-sociale russe, évidemment assez difficile d’accès à l’entendement des manichéens néo-libéraux occidentaux ne justifiant leur existence que dans l’imposition du bien fondé d’une Démocratie idéalisée mais ayant agonisé depuis plus de trente ans. EG

 

La Russie est-elle réellement «  fasciste » ?

Un commentaire sur la note N°539 de TIMOTHY SNYDER PONARS sur la politique eurasienne Eurasia Septembre 2018

Marlene Laruelle

George Washington University

Lors de la dernière décennie et plus ouvertement encore depuis l’annexion de a Crimée, il y a eu une tendance croissante à décrire la Russie – ou au moins le régime de Poutine – comme «  fasciste ».

Sur la scène politique, cette affirmation a été émise par tous, des chefs d’états occidentaux comme l’ancienne secrétaire d’état Hillary Clinton à l’ancien Ministre des affaires étrangères de Grande Bretagne,  Boris Johnson en passant par l’opposant de Vladimir Poutine, Garry Kasparov. Le label a aussi tracé sa voie dans le discours académique, déployé par des universitaires comme Timothy Snyder, Alexander Motyl, Vladislav Inozemtsev, et Mikhail Lampolski.

Déclarer que la Russie de Vladimir Poutine est un régime fasciste est une accusation sérieuse, avec des implications politiques et légales potentielles. Les universitaires ont à leur disposition une littérature riche sur le fascisme qui inclus de nombreux outils qui peuvent permettre de considérer si la terminologie s’applique 1/ correspond au système politique russe. 2/ offre une analyse conséquente capable de capturer la «  nature »  du régime de Poutine. Malheureusement ceux qui se font le plus entendre parmi les accusateurs universitaires semblent peu intéressés par l’évaluation l’hypothèse fasciste au regard de ces outils académiques. Premièrement, ils ne cherchent pas à appliquer des données clefs concernant la littérature sur le fascisme à la Russie et n’avancent donc pas des critères clairs pour déterminer si ce régime est fasciste. Deuxièmement, ils semblent ne pas utiliser le terme comme une catégorie analytique mais comme une épithète dénonçant le système de Poutine

Si la communauté des universitaires souhaite que les décideurs prennent en charge sérieusement le «  fascisme », il faudra qu’il corresponde à leurs critères Et s’ils considèrent que le concept est inapplicable, ils devront clairement le signifier.

De fausses analogies historiques

Cette note ouvre une telle discussion en discréditant les quatre principales accusations utilisées par Snyder pour justifier l’appellation de la Russie comme  régime fasciste. De fausses analogies historiques dans une série de  tribunes publiées dans la New York Review of Books et dans le New York Time, Snyder trace des parallèles entre le Russie de Poutine et l’Allemagne d’Hitler.  Dans un article datant du 20 mars 2014, il compare la mainmise de la Crimée par la Russie – qui venait de se produire quelques jours auparavant, et le conflit dans le Donbass qui se préparait rapidement avec les actions de l’Allemagne nazie au début de la Seconde guerre mondiale.  Mais contrairement à  Andreas Umland, qui a postulé des analogies similaires, Snyder n’a pas tenté d’entreprendre une solide étude qui pourrait juxtaposer les arguments légaux utilisés pour créer l’Anschluss avec l’Autriche dans le cadre de l’annexion des Sudètes par Hitler avec ceux présentés par Poutine pour l’annexion de la Crimée. Au lieu de cela, Snyder préfère présenter des arguments à la va-vite, affirmant, par exemple, que : «  Vladimir Poutine a choisi de réhabiliter l’alliance entre Hitler et Staline qui a déclenché la Seconde guerre mondiale. » Avec une telle déclaration, Snyder cherche à faire d’une pierre deux coups, identifiant simultanément Poutine à Hitler et à Staline. Cependant, il échoue à donner une analyse structurée qui puisse démontrer que l’actuel système russe appartient à la tradition des régimes totalitaires.

Plus loin, il décrit des évènements et des sentiments à travers la Russie comme des échos des pires moments du Nazisme. En Russie, écrit-il :

Les Juifs sont blâmés pour l’Holocauste sur la télévision nationale,  un intellectuel proche du Kremlin loue Hitler comme chef d’état, les Nazis russes marchent le 1ier mai, (et) des rallyes dans le style Nuremberg où des torches sont portées en formation Svastika sont présentées comme anti-fascistes.

Ces descriptions sont dramatiquement éloignées de la prise en compte – pour ne pas évoquer l’analyse- de la complexité de la société russe. A sa place, ils sélectionnent les moments avec le plus haut niveau de potentiel choquant et les présentent comme une routine, produisant un portrait de la Russie inadéquat comme si on pouvait par exemple suggérer que la vie quotidienne des USA puisse être interprétée à travers les émeutes de Charlottesville d’Août 2017. Des analogies historiques sélectionnées peuvent offrir des voies stimulantes pour la discussion, mais elles n’offrent pas la rigueur d’une analyse propre au modèle des sciences sociales, n’ont pas de pouvoir prédictif et sont limitées dans leur utilité pour la compréhension des courants actuels.

Une autre erreur peut être notée dans la tentative de Snyder de dresser un parallèle entre un régime honni, à savoir son affirmation que le drapeau de la révolte du Donbass et de la république auto-proclamée de  Novorossiya a été inspiré par le drapeau des Confédérés américains.[1] En fait de nombreuses sources montrent que ce n’est pas le cas et que les insurgées ont, au contraire, été inspirés par le symbolisme de l’époque tzariste qui par hasard ressemble au drapeau confédéré.[2] Cette erreur illustre bien le présentisme de Snyder crée un cadre d’interprétation artificiel et américano-centré, modifiant les faits afin de les rendre plus alarmants et plus polarisés sur le public US.

L’usage d’analogies historiques pratiqué par Snyder crée aussi de fausses références. A titre d’exemple, il accuse Poutine d’avoir justifié l’annexion de la Crimée en référence à la doctrine du «  changement de frontières » de l’Allemagne, impliquant que Poutine ait pu comparer ouvertement ses actions à celles de l’Allemagne nazie. «  C’est avec de telles références historiques  à l’esprit (s’emparer de l’Autriche et d’une partie de la Tchécoslovaquie) que nous devons comprendre la suggestion présente dans le discours de Poutine que l’Allemagne devrait sympathiser avec la doctrine du changement de frontières »

C’est une grossière erreur. Le discours de Poutine se réfère très clairement à la réunification de l’Allemagne de 1990, pas à l’Anschluss ni à l’annexion des Sudètes.

Laissez-moi vous rappeler que dans le cours des consultations sur la réunification de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest, au niveau de l’expertise, bien que très élevée, certaines nations qui étaient alors et sont encore des alliées de l’Allemagne ne supportaient pas l’idée de la réunification. Notre nation, sans équivoque, a cependant supporté le désir sincère, impossible à arrêter des Allemands pour une unité nationale.

Ceci ne justifie bien sûr en rien l’annexion de la Crimée, mais cela démontre que la référence de Poutine portait sur la réunification de l’Allemagne plutôt que sur les actions des Nazis. L’inflation polémiste de Snyder est une sinistre distorsion de la rhétorique et des évènements : Les standards de Moscou sont la Guerre froide, pas l’ère Ribbentrop-Molotov

La question du pacte Molotov-Ribbentrop

A partir de 2014, Snyder a commencé à développer des arguments forts que la nouvelle inclinaison de la Russie vers le fascisme était la tendance croissante de Poutine et des officiels russes à réhabiliter le Pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

En 2009, juste avant un voyage de conciliation en Pologne, Poutine a publié un article dans le quotidien polonais Gazeta Wyborcza qui condamnait l’ancien agrément comme immoral : «  Sans doute, le Pacte Ribbentrop-Molotov d’Août 1939 doit être complètement condamné. » Mais en Novembre 2014, parlant devant une audience d’historiens russes au Musée d’histoire moderne de la Russie, le Président russe a partiellement retiré ses commentaires sur l’immoralité du Pacte. Il a à nouveau insisté sur le fait que les pays occidentaux avaient été les premiers à tenter d’éviter le conflit avec Hitler, laissant la Russie seule à faire face à la guerre sur le front de l’Est. Il ajouta une nouvelle nuance affirmant le droit de Moscou à éviter la guerre : «  Mais qu’y avait-il donc de si mauvais si les Russes ne voulaient pas se battre ? Qu’y avait-il de mauvais ? »

L’affirmation de Snyder disant que la Russie a complètement changé sa ligne est tout à fait questionnable. Le narratif russe a depuis longtemps fait correspondre les accords de Munich avec le Pacte Ribbentrop Molotov. Aux yeux du Kremlin, le Pacte est l’équivalent des Accords de Munich pour l’Ouest et ne peut à lui seul avoir accéléré l’entrée de l’Europe dans la guerre. Cette ligne n’a pas changé. En outre, le discours de Poutine de 2014 sur les mérites d’avoir voulu éviter la guerre était soigneusement à attacher à son contexte : il a été fait en des temps de grande tension internationale autour de l’Ukraine, et le message implicite était que la Russie voulait éviter la guerre avec l’Ouest. En 2015, Poutine a réitéré la même lecture du Pacte comme stratégie défensive,  affirmant, que « la sauvegarde de l’Union soviétique était le premier élément de ce Pacte. » On peut condamner le silence de la Russie sur l’historiographie officielle de la violence soviétique dans les terrains occupés, mais contrairement à l’affirmation de Snyder, il n’y a pas de rupture authentique dans la pensée de Poutine qui confirmerait une évolution du leader russe vers le fascisme. – la lige argumentaire du Pacte demeure la même.

Les liens d’amitié de la Russie avec l’extrême-droite européenne.

Dans des déclarations répétées, Snyder a  affirmé que le support de l’extrême-droite européenne par le Kremlin était dans la continuité de l’Alliance de Staline avec Hitler visant à détruire l’ordre du monde européen :

Tout comme Staline a cherché à tourner les forces les plus radicales de l’Europe, Adolf Hitler contre l’Europe elle-même, Poutine s’allie avec les populistes anti-européens, les fascistes, et les séparatistes. Ses alliés d’extrême-droite sont précisément les forces politiques qui souhaitent amener un terme à l’odre européen actuel : l’Union européenne.

Cet essai de parallèle historique ne tient pas pour plusieurs raisons.

 Premièrement, le récent succès politique du populisme et/ou de l’extrême-droite en Europe ne peut pas être réduit d’une façon simpliste à la «  montée du fascisme ». Bien que cela puisse être source d’inquiétude, cela ne justifie pas la combinaison de différents termes et de différentes notions ; La vaste majorité des spécialistes de l’extrême-droite européenne, dont Cas Mudde, sont d’accord pour dire que ces mouvements ne peuvent être vus comme des  mouvements post ou néo-fascistes dans leur dans leurs composantes sociales ou idéologiques.  Le concept beaucoup plus complexe de « Illibéralisme(s) » semble correspondre beaucoup mieux à la capture des tendances actuelles.

Deuxièmement, questionner la légitimité de l’Europe dans son état actuel ne peut pas être mis en parallèle avec le Nazisme. Il y a beaucoup de raisons de questionner l’Europe qui n’ont rien à voir avec un état d’esprit  fasciste. On ne peut pas interdire aux citoyens de  critiquer les fonctionnements de leurs institutions parce que les forces populistes avancent dans le discours anti-européen.

Troisièmement, les vagues d’illibéralisme en Hongrie et en Pologne, deux pays dont la population a été historiquement imprégnée de  la posture anti-russe, démontrent que la Russie ne peut être blâmée pour l’Euro-scepticisme croissant et l’illibéralisme de l’opinion publique européenne. Comme les universitaires de Tartu Andrey Makarychev et Aliaksei Kazharski le notent, ben que les discours de la Russie et de l’Europe centrale divergent sur de nombreux points, ils peuvent cependant être réunis dans leur critique de la vision prévalente de l’Europe comme un projet libéral, cosmopolite et supranational et à sa place, construire une autre point de vue sur une «  autre Europe » qui soit plus conservatrice et centrée sur la nation-état. Moscou joue indubitablement  sur ce pessimisme européen, mais son origine est à attribuer à la politique intérieure.

Quatrièmement, la politique du Kremlin à l’égard de l’Europe a un seul but plus englobant : trouver des voix qui rejettent l’actuel bellicisme et apellent au dialogue avec la Russie. C’est pourquoi Moscou est prête à s’engager avec quiconque proposant un tel agenda, que ce soit l’extrême-droite ou les groupes d’extrême-gauche et, d’une façon plus importante, les partis conservateurs  officiels et les corporations dominantes. C’est une démarche de Realpolitik de trouver tout point d’influence sur le théâtre européen plutôt qu’une forme de mariage exclusif et consistant avec l’extrême-droite.

 

Ivan Ilyin idéologue officiel de la Russie

Un quatrième argument plus consistant avancé par Snyder se rapporte au rôle majeur supposé de l’intellectuel émigré Ivan Ilyin (1883–1954) dans l’idéologie de Poutine. Dans ses articles, et dans une plus grande mesure dans son livre Road to Unfreedom, Snyder semble obsédé par l’idée que le Kremlin a donné à Ilyin le statut d’idéologue officiel. Dans un détour inutile, il a même été jusqu’à essayer de blamer son ideologie pour l’interférence du Kremlin dans les élections présidentielles de 2016.

Je ne discuterai pas ici la définition de Ilyin comme “prophète du fascisme russe” donnée par Snyder à Ilyin, une définition qui nécessiterait une plus profonde exploration de la philosophie politique de Iliyn – mais je chercherai son soi-disant rôle central dans les apports de tout ce que Snyder abhorre dans l’actuel régime russe. Snyder clame qu’ «  aucun penseur du 21ième siècle n’a été réhabilité de cette manière ni n’a joui d’une telle influence dans la politique mondiale ». C’est une exagération scandaleuse sur le statut d’Iliyn qui révèle l’ignorance de Snyder sur la façon dont le régime russe fonctionne et instrumentalise les idéologies. Plusieurs arguments rejettent cette affirmation.

Tout d’abord, Snyder met systématiquement de côté tous les débats universitaires sur la nature du régime de Poutine.   Il ignore les recherches sur l’équilibrage des divers groupes d’intérêt effectué par le Kremlin menées par plusieurs chercheurs de pointe, y compris Brian Taylor dans son ouvrage récent, The Code of Putinism. L’affirmation typique de Snyder «  Ilyin sert les milliardaires post-sovietiques » (Road to Unfreedom, 29) et que le Fascisle est utilisé par les oligarches russes sont de bons exemples d’une telle formulation  réductionniste qui n’articule pas la relation supposée entre l’idéologie du régime et son statut d’état rentier.

Le régime de Poutine a démontré une habilité importante à être sensible au contexte et à se réinventer sans arrêt. Il est faible en endoctrinement par volonté, non par défaut. Cependant Snyder ne prend pas en considération les recherches effectuées sur cette théorie, documentées par de nombreux universitaires ainsi que par les experts russes et les technologistes-politiques comme Gleb Pavlovsky et Evgeni Minchenko.  Au lieu de cela il se réfère à des données prélevées au hasard qui servent ses arguments politiques polémiques dans leur ensemble, contribuant à transformer des penseurs isolés comme Iliyn – comme d’autres chercheurs l’avaient fait avec Dugin avant lui-  en arbre qui cachent la forêt.

Deuxiémement, comme je l’argumente en détails ailleurs, Poutine a montré une déférence spéciale à l’égard d’Ilyin ( Il l’a cité à cinq reprises et a consacré sa tombe en 2009) mais ceci ne signifie pas qu’il soit une autorité philosophique pour le régime. Il n’y a pas de nouveau Marx ou de nouveau Lénine dans le système de Poutine. Pour tout dire, le Président russe a fait des allusions favorables à Lev Gumilev, un partisan moderne de l’Eurasisme, à  six reprises.  Bien que Ilyin n’ait jamais lu le travail de Gumilev, il dénonce l’Eurasisme comme un «  subterfuge mental ». Plus encore, les citations d’Ilyin sélectionnées pour les interventions de Poutine illustrent la vision la plus conventionnelle de la Russie, sa culture et le rôle de l’état ; aucune n’est liée aux déclarations les plus controversées de Ilyin  touchant l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste. Lorsque les écrits de Ilyin sont introduits dans le panthéon du Kremlin, ce n’est que pour des déclarations très officielles sur l’état russe.

Bien que Ilyin puisse être bien sûr considéré comme l’inspiration idéologique pour une émigration pro-orthodoxe, pro-blanche et favorable à une faction pro-Romanov, de l’élite russe, il est faux de proclamer qu’il soit devenu l’autorité philosophique principale de l’administration. Cette dernière recouvre une vaste variété de figures et de thèmes, offrant  un bricolage idéologique à multiples faces dans lequel Ilyin n’est qu’un parmi de nombreux, nombreux autres. La seule production doctrinale de l’administration Poutine, via le groupe de pression de l’ISEPI, sont les soi-disant Cours Berdiaev, nommées d’après le philosophe Nikolai Berdiaev (1874-1948), dont la vision politique est moins conservatrice que celle d’Ilyin. Malheureusement, évitant apparemment les points qui pourraient contrer ou affaiblir ses arguments, Snyder ne discute pas la signification de la sélection présidentielle de Berdiaev plutôt que de Ilyin, ni  ne prend en compte la propre opposition de Berdiaev aux écrits de Ilyin.

Troisièmement, Snyder semble sincèrement croire que Poutine écrit son discours annuel à la Douma lui-même (Road to Unfreedom, 18) bien qu’il soit connu que – comme tout autre chef d’état- il a des rédacteurs qui lui écrivent ses discours. Pareillement, il semble croire que les mentions par Poutine d’Ilyin lors des questions-réponses annuelles en direct ou des entretiens avec les étudiants, sont des références spontanées au penseur émigré, bien que la nature écrit de ces évènements, qui implique des questions choisies au préalable et plusieurs répétitions, ont été largement analysées.

Et enfin, dernier point mais non des moindres, Snyder s’appuie fréquemment à des techniques d’associations faciles, ajoutant des «  comme Ilyin », «  sur le modèle de Ilyin »,  «  Pour Poutine comme pour Ilyin », et d’autres affirmations similaires dans presque toutes les citations de Poutine concernant le positionnement de la Russie sur la scène internationale. Ceci crée la fausse impression que la pensée d’Ilyin informe chacune des affirmations de Potine et chacune de ses décisions politiques.

Cependant, il n’est pas besoin pour chaque officiel russe de lire Iliyn pour célébrer l’exceptionnalité de la civilisation russe, clamer que l’Ukraine est une partie inséparable de la Russie ou pour critiquer l’Union européenne. Le Kremlin n’a pas eu besoin de lire Iliyn pour  croire que l’annexion de la Crimée était une bonne réponse stratégique aux incertitudes produites par la révolution d’e l’Euromaidan.  De la même façon l’affirmation selon laquelle le concept de la politique internationale russe de 2013 incluant «  une série de changements correspondant aux idées de Ilyin, des Eurasistes et de leur tradition fasciste » (Road to Unfreedom, 99) n’est pas seulement une affirmation dénuée de tout fondement et de toute preuve mais aussi une négation frappante des processus bureaucratiques  produisant les documents officiels.

 

Conclusions

Le fait que Timothy Snyder soit un intellectuel ayant une influence publique et un historien respecté n’est pas un motif pour que les spécialistes ne mettent pas en cause ses analyses faciles et polémiques sur l’état de la Russie contemporaine. En embrouillant le large débat sur la Russie, Snyder nie la nécessité d’une analyse objective des traits qui pourraient être catalogués de « fascistes » dans le régime de Poutine. Distorsions, inadéquations, et interprétations sélectives n’aident pas à éclairer ce qui guide le positionnement sur la scène internationale du pouvoir russe et en particulier sur la scène européenne. Les techniques du réductionnisme simpliste et les raisonnements invalides rendent les analyses confuses – et déforment les réponses politiques.

Contrairement à ce qu’il affirme, le Kremlin ne vit pas dans un univers idéologique inspiré par l’Allemagne nazie, mais dans un monde où les décennies post-Yalta, les années Yeltsin-Gorbachev et la chute de l’URSS continuent à constituer les références historiques essentielles et les traumas. C’est Snyder lui-même qui évoque d’une façon persistante l’atmosphère d’une Europe d’avant-guerre,  décrivant un monde dans lequel apparemment chaque évènement et chaque question contemporaine devient sensée uniquement comme une répétition supposée d’un moment du passé.

Marlene Laruelle est Professeur de recherche, Directrice associée à l’IERES, Directrice du Programme pour l’Asie centrale, et co-directrice de PONARS Eurasia à l’Université Georges Washington.

Ci-dessous deux articles en appui à l’analyse de Marlene Laruelle qui permettront de construire un point de vue documenté et distant, donc évidemment nuancé,  dans l’uniformisation propagandique qui martèle le public dans la presse officielle.

Comprendre le nouveau régime russe  Jean-Robert Raviot

La société civile en Russie Myriam Desert Revue Cairn

PLUS TARD L’AVENIR N°2 : La survie des plus riches / Douglas Rushkoff

Deuxième partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons ” PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

La survie des plus riches
Traduction de l’article de Douglas Rushkoff paru dans Future Human
Cet article fait pendant à celui qui suivra dans quelques jours et qui dresse le bilan des crises majeures en court, la guerre nucléaire exceptée bien sûr. Il s’agit du témoignage de Rushkoff sur les questions que se posent la plupart des plus riches du monde sur leur survie suivant “the event”. Fin du monde, faute de pouvoir dire fin d’un monde, dont, justement ils ne peuvent envisager la fin qu’en l’amalgamant à la fin des temps, dont eux seuls pourraient imaginer se sortir. Le degré d’inconsistance et de naïveté des questions posées est au-delà de son aspect consternant, révélateur d’un effondrement des bases référentes qui ont pu jusque-là nous attacher à une sorte de destin commun dans notre humanité. Amené par la déferlante cognitivo-scientiste entre autres, savamment posant son couvercle de plomb sur les fonctionnements totalement et consciemment amoraux du système global dans sa totalité et permettant de ne pas devoir aborder sa dimension morbide par essence, le glissement d’un questionnement intrinsèque à la condition humaine aux évocations incessantes de ce qui nous qualifierait en tant qu’espèce dans une nature humaine décryptable comme un code génétique et comme seul cerveau, autrement dit comme données simples et claires, maîtrisables et gérables absolument dans l’avenir et devant se soumettre quant à ses faiblesses au totalitarisme technologique pour se sauver, laisse en plan un certain nombre de questions fondamentales, c’est à dire devant rester sans réponse.  Penchons-nous avec “compassion”, affreux terme qui fait le buzz de nos conditionnements multiples, renouvelables à merci, sur la pauvreté de l’imaginaire de ces nantis qui croient pouvoir quitter le navire comme des rats, et s’imaginent que c’est tout bonnement envisageable parce qu’ils le veulent, dans leur toute-puissance qui ne peut, par les valeurs qui la génèrent ne produire qu’une forme de bêtise infinie.EG


FUTURE HUMAN

Survival of the Richest

La survie des plus riches

The wealthy are plotting to leave us behind

Les nantis complotent pour nous laisser en rade

Douglas Rushkoff

Jul 5

L’an passé, j’ai été invité dans un hôtel privé super-luxueux afin de faire un discours inaugural à quelques cents banquiers d’investissement. C’était de loin la rémunération la plus importante que j’aie empoché pour une intervention. Tout cela pour délivrer quelques pensées sur le «  futur de la technologie »

Je n’ai jamais aimé évoquer le futur. Les sessions Q&A s’achèvent toujours plus comme des jeux de salon alors qu’il m’est demandé d’opiner sur le dernier  mot tendance comme s’ils étaient des symboles palpitants pour les investissements potentiels : blockchain, Impression 3D, CRISPR.  L’audience  est rarement intéressée par ces technologies et leurs impacts potentiels  au-delà du choix binaire, investir ou ne pas investir Mais l’argent parle, aussi ai-je accepté le boulot.

Après mon arrivée, j’ai été dirigé vers ce que je croyais être la chambre verte. Mais au lieu d’être branché sur un micro ou installé sur une estrade, j’ai été simplement assis là, autour d’une simple table ronde pendant que mon audience m’était introduite : cinq types super-riches, oui que des hommes- issus du plus haut échelon du monde des Hedge-fund. Après un peu d’échange de banalités, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas intéressés dans ce que j’avais préparé sur le futur de la technologie. Ils étaient venus avec leurs propres questions.

Ils ont commencé d’une façon assez inoffensive . Ethereum ou Bitcoin ? Est-ce que l’informatique quantique existe réellement ? Lentement mais sûrement cependant, ils se sont orientés vers le véritable sujet de leur inquiétude.

Quelle région sera la moins impactée par la crise climatique : La Nouvelle Zélande ou l’Alaska ? Est-ce que Google construit vraiment une demeure pour le cerveau de Ray Kurzweil et est-ce que sa conscience vivra pendant la transition, ou mourira-t-telle pour renaître entièrement neuve ? Finalement le CEO d’une maison de courtage a expliqué qu’il avait presque terminé la construction dans son sous-sol d’un bunker et m’a demandé : «  Comment puis-je maintenir mon autorité sur mes forces de sécurité après l’évènement ? »

Malgré toute leur richesse et leur pouvoir, ils ne croient pas qu’ils peuvent affecter l’avenir.

L’Evènement. C’est leur euphémisme pour la catastrophe environnementale, la révolte sociale, l’explosion nucléaire, le virus immaitrisable, ou le piratage de Mr.Robot qui fera tout effondrer.

Cette seule question nous a tenus pendant le reste de l’heure. Ils savaient que des gardiens armés seraient nécessaires pour protéger leur enceinte contre la foule en colère. Mais comment pourraient-ils payer ces gardes une fois que l’argent ne vaudrait plus rien ? Et comment pourraient-ils empêcher ces gardes de choisir leur propre chef ? Les milliardaires envisageaient de créer des codes d’accès aux réserves alimentaires qu’ils seraient les seuls à connaître ou de faire porter à leurs gardes des colliers disciplinaires en échange de leur survie. Ou bien d’utiliser des robots comme gardes et employés – si toutefois cette technologie était au point à temps.

C’est alors que ça m’a frappé : Du moins en ce qui concernait ces gentleman, c’était bien une discussion sur l’avenir de la technologie. Obéissants au signal donné par  Elon Musk qui veut coloniser Mars,  par Peter Thiel qui veut renverser le processus de l’âge, ou de Sam Altman et Ray Kurzweil téléchargeant leur cerveaux sur des superordinateurs, ils se préparaient pour un avenir digitalisé qui avait beaucoup moins à voir avec le fait d’améliorer le monde qu’avec le fait de transcender la condition humaine dans sa totalité et s’isoler d’une tout à fait réel et présent danger de changement climatique de montée des eaux, de migrations de masse, de pandémies globales, de panique nativiste et d’épuisement des ressources. Pour eux, l’avenir de la techoogie est vraiment qu’une seule chose : s’enfuir.

Il n’y a pas de mal croire que la technologie bénéficiera à la société humaine et la vanter d’une façon optimiste proche du délire. Mais les tendances actuelles pour une utopie post-moderne sont différents. Ce n’est pas tant une vision de l vente en gros de toute l’humanité vers un nouvel état de l’être qu’une quête de transcender tout ce qui est humain : le corps, l’interdépendance, la compassion, la vulnérabilité, et la complexité. Comme les philosophes de la technologie l’ont noté depuis des années, la vision transhumaniste réduit trop facilement toute réalité à des données, concluant que les humains ne sont rien d’autre que des machines à  traitements d’information »

C’est une réduction de l’évolution humaine à un jeu vidéo que quelqu’un gagne en trouvant la porte de sortie et en laissant quelques-uns de ses meilleurs amis l’accompagner dans le voyage. Est-ce que ce sera Musk, Bezos, Thiel…Zuckerberg? Ces milliardaires sont les gagnants présumés de l’économie digitale-le même paysage de survie- des-plus-aptes qui nourrit cette spéculation à l’origine.

Bien sûr ça n’a pas toujours été ainsi. Il y a eu de brèves périodes, au début des années 90 où le futur digital semblait sans limites et prêt pour nos inventions. La technologie devenait une cour de récréation pour la contre-culture, qui y voyait une opportunité de créer un avenir plus inclusif, mieux distribué et plus favorable à l’humain. Mais les intérêts du business établi n’y virent que de nouveaux potentiels pour les mêmes extractions et de nombreux technologistes furent séduits par la licorne de l’IPO. Le futur digital se vit considéré plus comme le futur des actions ou le futur du coton – quelque chose sur lequel prédire et parier. Presque tous les discours, les études, les articles, les documentaires ou les rapports officiels ne pouvaient être considérés comme pertinents qu’à la condition de pointer le compteur symbolique. L’avenir devint moins quelque chose que nous créons à travers nos choix présents et nos espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel parier avec notre capital hasardeux mais auquel on accède passivement.

Ceci libéra tout un chacun des implications morales de ses activités. Le développement technologique devint moins une affaire de développement collectif que de survie personnelle. Pire, comme je l’ai appris, éveiller l’attention sur ceci impliquait de se classer sans le vouloir comme ennemi du marché et un râleur anti-technologies.

Au lieu de considérer l’aspect éthique pratique de l’appauvrissement de la masse au bénéfice des nantis, la plupart des chercheurs, journalistes, et auteurs de science-fiction se plongèrent dans des débats plus croustillants et abstraits : Est-ce juste qu’un trader utilise des smart drugs ? Devraient-on poser sur les enfants implants pour l’’apprentissage de langues étrangères ? Veut-on que les véhicules autonomes priviliégient la vie des piétons plutôt que celle des passagers ? Est-ce que la première colonie sur Mars devrait être une démocratie ?un as democracies? Est-ce que la modification de mon ADN met en cause mon identité ? Est-ce que les robots ont des droits ?

Se poser ce genre de questions, bien que philosophiquement divertissant, est un maigre substitut pour lutter contre les véritables dilemmes moraux associés au mouvement sans frein du développement technologique au nom du capitalisme consumériste. * Les plateformes digitales ont déjà changé un marché déjà exploiteur et extractif ( pensez à Walmart) en un successeur encore plus déshumanisé ( pensez à Amazon). La plupart d’entre nous ont conscience de ces inconvénients qui prennent la fomre de l’économie à la tâche ( gig economy), des emplois automatisés et de l’abandon du commerce local.

L’avenir est devenu moins quelque chose que nous créons à travers des choix effectués au présent et des espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel nous parions avec notre capitalisme hasardeux mais vers lequel nous arrivons passivement.

Mais les impacts les plus dévastateurs de ce capitalisme pied au plancher tombent sur l’environnement et sur la pauvreté global.

La fabrication de certains de nos ordinateurs ou de nos portables utilise encore des réseaux de travail asservi. Ces pratiques sont si profondément ancrées qu’une compagnie nommée Fairphone, fondée sur le principe de fabriquer et de commercialiser des téléphones éthiques, a appris que c’était impossible. (Les fondateurs de cette compagnie se réfèrent maintenant à leur produit comme « des téléphones plus équitables »).

Pendant ce temps, l’extraction de métaux rares et les rejets de tous les objets de la technologie digitale détruisent les habitats humains, les remplaçant par des vastes décharges toxiques, que des enfants et leurs familles paysannes trient afin de revendre les matérieux utiles à des industriels.

Cette externalisation de la pauvreté et du poison «  loin de la vue, loin de l’esprit »ne s’évacue pas parce que nous nous couvrons les yeux avec des lunettes de natation VR ou parce que nous nous immergeons dans une réalité alternative. Au contraire, plus on ignore les répercussions  sociales, économiques et environnementales, plus elles deviennent un problème. Ce qui, en retour, motive encore plus le retrait, l’isolationnisme et les fantasmes apocalyptiques, des technologies toujours plus désespérément concoctées et des projets de business. Le cycle se nourrit lui-même.

Plus nous sommes engagés dans cette vision du monde, plus nous considérons l’humain comme étant le problème et la technologie comme sa solution. L’essence même de l’humanité est traitée moins comme une composante que comme un parasite. Peu importe leur biais inclus, les technologies sont déclarées «  neutres », tout mauvais comportement qu’elles induisent ne sont que les manifestations de notre fond corrompu. C’est comme si quelque sauvagerie innée était à blâmer pour nos troubles. Tout comme l’inefficacité d’un marché de taxi local peut être « résolue » grâce à une application qui entraine la faillite des chauffeurs humains, les inconsistances vexantes de la psyché humaine peuvent être corrigées avec une mise à jour digitale ou génétique.

Nos films et notre télévision mettent en scène ces fantasmes pour nous. Les spectacles de zombies dépeignent une post-apocalypse où les gens ne sont pas mieux que les morts-vivants et semblent le savoir. Pire, ces films invitent le spectateur à imaginer un futur sans gagnants entre les humains restants, où la survie d’un groupe dépend de la disparition de l’autre. Même Westworld – écrit d’après un roman de science-fiction où les robots perdent la tête- finit sa seconde saison avec une révélation ultime : Les êtres humains sont plus simples et plus prédictibles que les intelligences artificielles qu’ils ont créées. Les robots apprennent que chacun de nous peut être réduit à quelques lignes de code, et que nous sommes incapables de faire des choix délibérés. Zut, même les robots dans ce film veulent échapper au confinement de leur corps et passer le reste de leur vie dans des simulations informatiques.

L’essence même de ce que signifie être humain est traité moins comme une caractéristique que comme un défaut.

La gymnastique mentale nécessaire pour un tel renversement des rôles entre l’homme et la machine repose entièrement sur l’assomption sous-jacente que l’humain gonfle. Ou on le change ou on le quitte, pour toujours.

Et donc, nous nous trouvons avec les milliardaires tech. lançant des véhicules électriques dans l’espace, comme si cela symbolisait plus que leur capacité à l’auto-promotion. Et même si quelques individus atteignent la vélocité nécessaire à la fuite et trouvent les moyens de survivre dans une bulle sur Mars –en dépit de notre incapacité à maintenir une telle bulle même ici, sur terre dans aucune des deux biosphères ayant coûté des milliards de dollars – le résultat sera moins la continuation de la diaspora humaine qu’un radeau de survie pour une élite.

Quand les hedge funders m’ont demandé quelle était la meilleure façon de maintenir l’autorité sur leurs forces de sécurité après l’ « évènement », j’ai suggéré que leur premier atout serait de traiter ces gens très correctement, dès maintenant. Ils devraient avoir des relations avec leur service de sécurité comme s’il était membre de leur propre famille. Et plus ils pourront inclure cet ethos dans le reste de leurs pratiques commerciales, dans le management,  de l’approvisionnent des chaînes de fournisseurs, dans des efforts de long terme, dans la distribution de la richesse, le moins de chance il y aura, pour commencer, d’avoir à faire face à cet «  évènement ». Toute cette sorcellerie technologique pourrait s’appliquer à de moins romantiques mais à des intérêts plus entièrement collectifs dès maintenant.

Ils ont été amusés par mon optimisme, mais ils n’y ont pas vraiment crédité. Ils n’étaient pas intéressés par la fait d’éviter une calamité, ils sont convaincus que nous sommes allés trop loin. Malgré toute leur richesse et leur puvoir, ils ne croient pas qu’on puisse agir sur l’avenir. Ils acceptent simplement le plus noir des scénarios puis amènent le plus possible d’argent et de technologie afin de s’isoler eux-mêmes, tout spécialement en s’offrant un siège pour Mars.

Heureusement, ceux d’entre nous n’ayant pas les fonds nécessaires pour considérer ce désaveu de notre propre humanité ont de bien meilleures options disponibles. Nous n’avons pas à utiliser la technologie d’une façon si antisociale et atomisante. Nous pouvons devenir des consommateurs individuels et les profiles que les plateformes attendent de nous, ou nous pouvons nous souvenir que l’humain vraiment évolué n’y va jamais seul.

Être humain n’est pas autour de la survie individuelle ou de la fuite. C’est un travail d’équipe. Quoi que sera notre futur, il se fera ensemble.

Douglas Rushkoff iest l’auteur de l’ouvrage à venir  Team Human (W.W. Norton, January 2019) et invité de l’émission  TeamHuman.fm.

WRITTEN BY douglas rushkoff

Traduction Elisabeth Guerrier

Host: http://TeamHuman.fm Author: Team Human, Throwing Rocks at the Google Bus, Program or Be Programmed, Present Shock, Program or Be Programmed

 

Appel de Gerry Condon, Président de Veterans for peace

Condon est le Président de “Vétérans pour la paix” qui a récemment prévenu : ” qu’une attaque des USA sur la Syrie pouvait mener à une guerre nucléaire…
La Russie a prévenu qu’elle abattrait les missiles US et attaquerait leur plateformes de lancement, c’est à dire les navires US. ” Pourquoi se précipiter dans la guerre ? Pourquoi les médias de masse joent-ils les va-t-en guerre au lieu de poser les vrais questions ? Pourquoi les démocrates et les Républicains essaient-ils se surpasser les uns les autres avec des appels à des attaques de plus en plus massives sur la Syrie ?
” Il n’existe pas de preuve de l’attaque au gaz du gouvernement syrien, uniquement une vidéo réalisée par un groupe de fondamentalistes rebels qui veulent plus d’interventions US. Et même si le rapport est vrai, une réponse militaire ne mènera qu’à plus de morts et de destructions, et à une escalade dangereuse.”
” Nous parlons de la confrontation entre deux super-puissances nucléaires. Pourquoi les USA risqueraient-ils une guerre à partir de plaintes douteuses ?
” Les vétérans ont une mémoire à plus long terme que la presse et les politiciens. Nous nous souvenons comment on nous a menti à propos de la guerre d’Irak avec de faux rapports, d’ “armes de destruction massive” Les guerres US à travers tout le Moyen-Orient ont causé des millions de morts et détruit des sociétés entières. Nos soldats et leurs familles ont aussi payé un prix extrêmement élevé.”
” Les vétérans, les GIs et leurs familles n’accepteront pas une autre guerre basée sur le mensonge. Nous protesterons dans les rues, dans les locaux privés, les locaus de la presse et sur les bases militaires.
Tout le personnel militaire, du GI de base au plus haut gradé, amiral, général, a l’obligation de désobéir à des ordres illégaux. Les ordres de rentrer en guerre contre une nation souveraine qui ne menace pas les USA est un ordre illégal.
Nous prêtons serment de défendre la Constitution contre tous ses ennemis, inérieurs ou extérieurs. Actuellement, ces ennemis sont ceux qui voudrait lancer notre pays une fois de plus dans une guerre dévastatrice.
Le president of Veterans For Peace, which recently warned: “a U.S. attack on Syria could lead to a nuclear war. … Russia has said it will shoot down U.S. missiles, and attack the ‘platforms from which they are fired,’ i.e. U.S. ships.”
Said Condon: “Why the rush to war? … Why is the mass media cheerleading for war instead of asking hard questions? Why are Democratic and Republican politicians trying to out-do one another with calls for ever more massive attacks on Syria?
“There is no proof yet of a Syrian government gas attack, only a video made by a fundamentalist rebel group that wants more U.S. intervention. Even if the reports are true, a military response will only lead to more death and destruction, and dangerous escalations.
“We are talking about a direct confrontation between the two nuclear superpowers. Why would the U.S. risk nuclear war over dubious chemical weapons claims?
“Veterans have longer memories than the press and the politicians. We remember how we were lied into the Iraq War with false reports of ‘weapons of mass destruction.’ U.S. wars throughout the Middle East have caused millions of deaths and destroyed entire societies. Our soldiers and their families have also paid an extremely high price.”
“Veterans, GI’s and their families will not accept another war based on lies. We will be protesting in the streets, in the suites, at media outlets and at military bases.
“All military personnel, from low-ranking GI’s to the top generals and admirals, have an obligation to disobey illegal orders. Orders to carry out acts of war against a sovereign nation that is not threatening the U.S. are illegal orders.
“We swore an oath to defend the Constitution from all enemies, foreign and domestic. Right now those enemies are those who would rush our country recklessly into another devastating war.”

Berner les Américains sur  la santé et la guerre Nicolas J S Davies

 

Duping Americans on Healthcare and War Nicolas JS Davies

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

Force de dissuasion ou agression ?

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

La persécution du gros bâton

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

Le problème d’une menace crédible

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

Le déloyal Colin Powel

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

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Traduction : Elisabeth Guerrier