L’âge de la décadence/ Ross Douthat/ Deuxième partie

The age of decadence

Lien Première partie

IV.

 Avec cette stagnation vient la torpeur sociale. L’Amérique est un pays plus paisible que dans les années 70 ou 90, avec un taux de crimes plus bas, des rues plus sûres et des enfants mieux éduqués. Mais c’est aussi un pays où tous les américains de valeur,  ayant envie de bouger ont remarquablement décliné : les américains ne vont plus «  vers l’Ouest », (ou vers le Sud, l’Est ou le Nord) à la recherche d’une opportunité comme ils le faisaient il y a cinquante ans. Le taux de déménagements d’état à état est tombé de 3,5% au début des années 70 à 1 ,4% en 2010.  De même que les américains ne changent plus d’emploi aussi souvent qu’ils le faisaient.  Avec tous les discours survoltés sur la formation continue et l’auto-entreprise, toutes les peurs du travail précaire, les Américains sont moins susceptibles de changer d’employeurs que ceux d’il y a une génération.

Mais ces jeunes gens bien élevés  sont plus déprimés que les cohortes précédentes, moins susceptibles de conduire ivres  ou de tomber enceinte mais plus enclin à être dangereux pour eux-mêmes. Elle est aussi la génération la plus médicamentée de l’histoire, des médicaments prescrits pour les ADHD aux antidépresseurs prescrits aux adolescents anxieux, et la plupart de ces médicaments sont prescrits pour se calmer, offrant une expérience d’adoucissement plutôt que qu’un pic d’excitation. Pour les adultes, le choix croissant de la drogue est celui de la marijuana, dont les utilisateurs types sont des individus décontractés et pas dangereux., dans les vapeurs du confort, l’expérience de la stagnation est un moment plutôt agréable.

Et puis nous avons la crise des opioïdes, dont l’ampleur parmi les plus malheureux de Américains blancs est passé quasiment inaperçue parmi l’élite pendant un certain temps parce que la drogue elle-même calme au lieu d’enflammer, fournissant une euphorie gentille qui permet à son usager de simplement s’échapper jour après jour et morceau par morceau, sans causer d’ennui à qui que ce soit.  Le meilleur livre sur cette épidémie, écrit par le journaliste Sam Quinones, a pour titre « Dreamland », ce n’est pas par hasard.

Au pays des mangeurs de lotus, les gens sont également moins susceptibles d’investir dans la future au sens littéral du terme. Les Etats-Unis avaient anciennement un des taux de naissances les plus élevé de tous les pays en voie de développement mais depuis la Grande récession, il a décru rapidement, convergeant vers le taux en-deçà du taux de remplacement des pays développés.  Le déclin démographique aggrave la stagnation économique, les économistes qui le prennent en compte continuent d’en découvrir les effets secondaires désolants.  Une analyse de 2016 a montré qu’un accroissement de 10% de la fraction de la population de plus de 60 ans fait baisser le PIB par tête et par état de 5,5 %. Un article de 2018 a montré que les compagnies sur un marché du travail plus jeune sont plus innovantes, une autre qu’une société vieillissante permet de comprendre la croissance des monopoles et le taux déclinant des start-ups.

Cet effet en boucle- dans lequel la stérilité nourrit la stagnation, qui elle-même décourage la procréation, qui elle plonge la société toujours plus profondément dans la vieillesse – fait du déclin démographique un exemple clair de la façon dont la décadence submerge une civilisation. Dans le courant de la plupart de l’histoire occidentale, le taux de naissance déclinant avait des répercussions immédiates sur le bien-être de tous, les victoires sur la mortalité infantile, sur les économies agraires pénibles, sur le confinement des attentes des jeunes femmes. Mais une fois que nous franchissons la limite d’un permanent taux de naissance situé sous le taux de remplacement, la pénurie des naissances commence à atteindre les véritables forces ( jeunesse, prises de risques, dynamisme) nécessaires à une croissance continue, signifiant que tout gain pour le bien-être de l’individu se fait aux dépends du futur.


V.

Maintenant, le lecteur va probablement émettre une objection évidente à ce portrait de sénescence et de stagnation : et la politique ?  Est-ce qu’une société décadente reproduirait vraiment les jours de rage de 1969 sur les médias sociaux,  avec des foules en ligne s’agglutinant et les vieux extrêmes de retour ? Cela produirait-il une poussée populiste et un renouveau socialiste, une guerre civile si polarisée que les américains pourraient confondre le travail de hackers russes avec les convictions sincères de leurs concitoyens ? Est-ce qu’elle élirait Donald Trump ?

Etrangement, la réponse est peut-être : « Oui ». A la fois le populisme et le socialisme, Trump et Sanders représentent les expressions du mécontentement face à la décadence. Les rébellions contre le management technocratique de la stagnation qui a défini l’ère Obama, « Make America great again » est le slogan d’un futur réactionnaire,  un hurlement contre un avenir qui n’était pas du tout ce qui avait été promis, et la révolution de Sanders promet que ce que la gauche a perdu pendant l’ère Reagan peut être reconquis, et la montée de l’utopie recommence une fois de plus.

Mais le désir pour un avenir différent ne va que jusqu’à un certain point et en terme pratique, le populisme ne s’est avéré qu’une impasse nouvelle et plus profonde. Du Washington de Trump aux capitales d’Europe, la politique est maintenant polarisée sur des forces anti-établissement qui ne sont pas prêtes à gouverner et un établissement trop mal-aimé pour pouvoir effectivement gouverner.

Les structures du système occidental, la constitution américaine et l’état administrative, le fédéralisme à moitié construit de l’Union européenne, craquent de toutes parts et sont de toute sparts critiquées. Mais notre impasse les rend imperméables à de potentielles réformes, sans parler de révolution. Les nationalistes européens les plus actifs ne veulent pas quitter l’Union européenne, et le premier mandant de Trump a été en fait identique au second mandat d’Obama, avec des législations avortées et des ordres exécutifs contestés, et des lois créées principalement par des négociations entre la bureaucratie et les tribunaux.

IL existe une présidence virtuelle de Trump dont les déprédations terrifient les libéraux, une qu’on sent sur Fox news dans laquelle Trump va de point fort en point fort. Mais la réalité est plus proche du genre que le président connait le mieux, la télé-réalité , que d’un réel retour de l’histoire. ( Le récent State of the Union de Trump, avec sa théâtralité et sa déclaration prématurée de victoire sur la décadence en a été une preuve marquante.)

Tout comme dans une culture politique plus étendue, la folie des foules en ligne, la façon dont internet a permis le retour de certaines formes d’extrémismes politique et la prolifération des théories conspirationnistes – oui, si notre décadence doit s’achever dans le retour de grands combats idéologiques et des combats de rue politisés, ceci peut être le début de la fin.

Mais nos batailles reflètent encore ce que Barzun nomme “ les impasses de notre époque” – l’affaire Kavanaugh rejouant l’audition de Clarence Thomas, les débats sur le politiquement correct nous ramenant en arrière de combats qui étaient frais et nouveaux dans les années 70 et 80. L’hystérie manifestée face à ces combats peut ne rien représenter  de plus que la façon dont une société décadente se débrouille avec ses passions politiques, en encourageant les individus à faire croire en l’extrémisme, à rejouer les années 30 ou 60 sur les médias sociaux, à approcher la politique radicale comme un sport, un loisir, un stimulant pour les endorphines, qui ne met rien de leur relativement confortable vie  en danger.

Fermez Twitter, déconnectez Face Book, éteignez votre television et que voyez vous de l’ère Trump aux USA ? Des campus tumultueux ?  Non. La petite vague de manifestations sur les campus, dont la plupart étaient centrées sur des querelles de clocher a connu un pic avant Trump et a diminué depuis. Des émeutes urbaines ? Non. La lueur post-Ferguson s’est éteinte. Une vague de violence politique ?  Une petite pointe peut-être mais plus proche des tueries de masse que des clashes politiques l des années 30 ou 60., dans la mesure où elle implique des individus perturbés se déclarant chevalier errants et allant chercher le massacre plutôt que des mouvements organisés avec un but précis quelconque.

L’ère du dérangement politique via Internet est partiellement responsable des suprématistes blancs s’excitant les uns les autres jusqu’à la folie, ou du supporter de Sanders qui a tenté de massacrer des Républicains à un match de Baseball organisé par le Congrès en 2017. Mais ces épisodes sont terribles mais néanmoins exceptionnels, ils n’ont pas encore établi un modèle qui puisse ressembler d’une façon ou d’une autre au début des années 70, quand il avait eu 2500 attentats à la bombe en 18 mois à travers les USA.

Peut-être que ces cas particuliers sont les avant-gardes de quelque chose de pire. Mais nos terroristes ne se considèrent pas comme des prophètes, ou des précurseurs, ils se sentent plus souvent comme des signes.

Le terroriste dans l’Amérique du 21ième siècle n’est pas l’homme qui voit plus profondément que la masse, il est celui qui ne comprend pas, qui récupère ce qu’il lit sur Internet au pied de la lettre d’une façon différente de celui de la majeure partie des personnes qui postent, qui confond le loisir virtuel avec la réalité. Le gauchiste qui essaie d’assassiner des Républicains n’est pas juste un peu plus ancré dans l’esprit de résistance que l’activiste moyen, il est celui qui ne comprend pas du tout ce qu’est la résistance, qui écoute tous les discours en ligne sur la trahison et le fascisme et pense qu’il est vraiment dans la France des années 40.  Le gars qui stationne son camion près du barrage Hoover et a exigé que des mises en cause imaginaires soient rendues publiques n’est pas simplement un peu plus orienté vers l’action qu’un classique conspirationniste de QAnon, il ne comprend fondamentalement pas ces théories labyrinthiques, les prenant pour des revendications littérales sur le monde plutôt que ce qu’elles sont pour leurs créateurs, ( un sport, une arnaque, un loisir) et pour la plupart de leurs adhérents ( une forme étrange de communauté)

Ceci n’excuse pas l’arnaque ou le fait d’attiser la haine, spécialement l’arnaque ou l’incitation à la haine présidentielles, et cela ne rend pas les fusillades de masse, quand elles se produisent, moins horribles. Mais il est important de les mettre dans leur contexte afin de voir si la politique en ligne mène raiment notre société vers un conflit civil.  Cela suggère que le royaume virtuel pourrait rendre nos batailles plus féroces mais aussi plus perforatives et vides, et que la rage en ligne est une technologie permettant de passer sa rage sur du vent pour une société qui est mal gouvernée, stagnane et pourtant, au bout du compte, beaucoup plus stable que ce qu’elle donnerait à voir sur Twitter.

Si vous voulez avoir l’impression de la société occidentale est en convulsion, il existe une application pour cela, une simulation convaincante qui vous attend. Mais dans le monde réel, il est possible que l’Occident soit allongée dans un fauteuil, branchée sur quelque chose d’édulcorant, jouant et rejouant les plus grands hits idéologiques de sa jeunesse sauvage et folle.

Ce qui signifie, pour être clair, difficilement le plus terrible destin qu’on puisse imaginer.  Se plaindre de la décadence est un produit de luxe – un des  aspects d’une société où le courrier est distribué, la criminalité relativement basse et où vous pouvez des tas de loisirs juste au bout de vos doigts. Le genre humain peut encore vivre d’une façon vigoureuse même dans un monde qui stagne, être fécond même dans la stérilité, et créatif dans la répétition. Une société décadente, contrairement à l’image d’une dystopie totale, ces signes de contradiction existent, ce qui signifie que c’est toujours possible d’imaginer et de travailler en direction d’un renouveau et d’une renaissance.

 Ce n’est pas toujours vrai quand vous pariez sur une révolution : les dernières centaines d’années de l’Occident ont offert des tas d’exemples de la façon dont les tentatives pour venir à bout de la décadence peuvent générer des maux bien pire, du besoin de sens et d’action qui a empilé les corps à Verdun et Passchendaele, aux besoins nostalgiques pour la Guerre froide qui ont inspiré la croisade post-11 septembre et conduit à la catastrophe militaire dans le Moyen-Orient.

On peut donc construire une place pour la décadence, pas comme une baisse ou une fin décevante, mais comme un équilibre sain  entre les misères de la  pauvreté et les dangers d’une croissance pour la croissance elle-même.  Une décadence viable, si l’on veut, dans laquelle les taches cruciales du 21ième siècle pour l’humanité pourront tirer le meilleur parti d’une stagnation prospère : apprendre à modérer nos attentes et vivre dans des limites, être sûrs que les ressources existantes sont distribuées d’une façon plus équitable, utiliser l’éducation pour hisser les populations sur les plateaux plus éclairés des classes créatives et faire tout ce qui est en notre possible pour aider les pays les plus pauvres à effectuer une transition vers une situation comme la nôtre. Pas parce que le méliorisme pourrait guérir tous les maux mais parce que l’alternative révolutionnaire est trop dangereuse et qu’un simple calcul du bien le meilleur pour le plus grand nombre demande que nous laissions aller le système tel qu’il est et que nous abandonnions nos rêves d’ambition.

Mais cet argument ne nous mène qu’aujourd’hui. Même si la dystopie ne se produit pas tout à fait, plus une période de stagnation se prolonge, plus l’espace de fécondité et de piété, de mémoire et d’invention, de créativité et d’audace se rétrécit.  L’absence de résistance au glissement de la décadence peut mener sur un territoire d’obscurantisme, dont le raffinement couvre une maladie mortelle. Les vraies dystopies sont distinguées, en partie, par le fait que beaucoup d’individus parmi elles ne réalisent pas qu’ils y vivent, parce que l’humain est suffisamment adaptable pour considérer des prémices même absurdes ou inhumaines pour acquises.  Si nous sentons que certains éléments de notre système sont disons, « dystopiés » – d’une star de la télé réalité à la Maison blanche aux outils de surveillance addictifs que nous avons toujours en main, des drogues et des suicides de nos arrière-pays à la stérilité de nos riches villes – alors il est probable qu’un regard extérieur regardant notre décadence la jugerait plus sévèrement encore.

Donc, il fut critique et resister à la decadence- non pas à travers le fanstasme de l’anoblissement des guerres mondiales, non pas par celui de Tyler Durden de Fight club, rêvant de faire sauter tous les séjour Ikéa mais par l’espoir que là où il y a de la stabilité , il peut éventuellement y avoir aussi du renouveau, que la décadence n’a pas besoin de laisser place à l’effondrement S pour qu’on puisse lui échapper, que la renaissance peut se produire sans qu’il y ait besoin de l’intervention misérable d’un âge sombre.

Aujourd’hui nous ne sommes qu’à une cinquantaine d’année du summum des accomplissements humains et d’avoir osé cela a porté les humains sur la lune avec tous les ferments qui l’ont entouré. La prochaine renaissance  sera nécessairement différente mais le réalisme à propos de notre situation devrait nous rendre plus  à même d’ espérer et de chercher pas moins –  le jour où notre culture se sentira plus féconde, notre politique moins futile et les frontières qui semblent fermées aujourd’hui ouvertes à nouveau.

Ross Douthat est un chroniqueur au Times depuis 2009. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et, plus récemment de “La société décadente” The Decadent Society.”

Traduction Elisabeth Guerrier

Qui a tué la famille Knapp ? Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn Première partie

Mais il y a surtout un aspect de la domination oligarchique, décrite par London ( Le talon de fer 1908) qui n’était pas présent dans le fascisme, lequel voulait imposer l’apparence de l’unité sociale mais qui prend aujourd’hui une importance cruciale : le rejet aux confins de cette société de grandes masses de population qu’on laisse littéralement pourrir dans le dénuement matériel  et psychologique .  Jaime Semprun p.5

Nous publions ici la première partie de la traduction de l’extrait du livre de Nicholas Kristof et de Sheryl Wudunn paru dans le NYT.

Il suffit de naviguer un tant soit peu dans les productions du cinéma indépendant nord-américain pour constater combien ce qui est décrit dans les lignes qui suivent comme une lente mais profonde destruction de la classe ouvrière est une sorte de miroir dans lequel la frénésie progressiste peine à se regarder. Des héros cassés et vides, réduits à leurs impulsions et usant leur vie dans les spasmes de l’alcool et de la drogue qui semblent au regard de ce que ces deux auteurs décrivent, à peine caricaturaux. Il s’agit, à travers la déréliction des institutions supposées donner cadre à l’avenir et favoriser l’acquisition d’une base culturelle qui permette un ancrage social, de l’aveu d’un abandon, physique, moral, politique de millions d’individus en Occident qui ont servi historiquement de bêtes de somme à la première révolution industrielle et sont devenus inutiles, incasables face entre autres à la globalisation des emplois, aux politiques volontaires d’obsolescence ne mobilisant plus de savoir-faire d’entretien pour les objets qui nous entourent et à la baisse de rentabilité du capital humain au bénéfice du capital financier. Ce qui est ici décrit est la même dynamique de pourrissement que celle qu’on peut constater en Europe, qu’on pourrait attribuer aux spasmes des décadences. Les ” projets ” néolibéraux avoués ne concernent pas les faibles, et ces faibles, qui n’avaient comme force que celle de leur travail sont réduits à la médicalisation des comportements d’opposition, et à un lent dépérissement de leur raison d’être : moral, physique, familial, qui ne se dit pas dans des termes de lutte des classes ni de révolte mais d’auto-destruction et de culpabilité avec pour rendre la déliquescence moins douloureuse, le lent abandon du rapport au savoir qui seul pourrait éclairer des situations perçues comme uniques quand elles sont les rouages d’un système d’exploitation en train d’agoniser. EG

Who Killed the Knapp Family?

Qui a tué la famille Knapp ?

Partout à travers l’Amérique,  la classe ouvrière – y compris de nombreux amis – est entrain de mourir de désespoir. Et nous en sommes encore à blâmer les mauvaises personnes.

De  Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn

Mr. Kristof et Mme. WuDunn sont les auteurs de “Tightrope: Americans Reaching for Hope,” (La corde raide, Les Américains en quête d’espoir) dont ce texte est extrait.

YAMHILL, Oregon. — Le chaos régnait tous les jours dans le bus scolaire N°6, avec des fils et des filles d’ouvriers flirtant et médisant et rêvant, débordant de malice, de bravade et d’optimisme. Nick le conduisait chaque jour dans les années 70 avec des voisins d’ici, dans l’Oregon rural, des voisins comme Farlan, Zealan, Rogena, Nathan et Keylan Knapp.

Ils étaient des enfants brillants, turbulents, extrêmement actifs dont le père, qui installait des canalisations, avait un bon travail.  Les Knapps étaient heureux d’avoir acheté leur propre demeure et tout le monde avait poussé des cris d’admiration quand Farlan avait reçu sa Ford mustang pour son seizième anniversaire.

Pourtant aujourd’hui, Presque u quart des enfants de ce bus N°6 sont morts, la plupart à cause de la drogue, du suicide, de l’alcool ou d’accidents de la route dus à une conduite dangereuse. Sur le cinq enfants Knapp qui avaient auparavant été si joyeux, Farlan est mort d’une maladie du foie due à l’alcool et à la drogue, Zealan a été carbonisé dans un incendie alors qu’il était inconscient et ivre-mort, Rogena est mort d’une hépatite liée à l’usage de drogues et Nathan s’est fait exploser en préparant de la méthadone. Keylan a survécu, partiellement parce qu’il a passé treize en en centre de détention.

Parmi les autres enfants de ce bus, Mike s’est suicide, Steve est mort des suites d’un accident de moto, Cindy d’une dépression et d’un infarctus, Jeff dans un accident kamikaze, Billy de diabète en prison Kevin de maladies liées à l’obésité, Tim dans un accident de chantier, Sue de causes inconnues. Et puis, il y a Chris, qui est suppose mort après des années d’alcoolisme et de vie sans domicile fixe. Au moins un d’entre eux est en prison et un autre est sans abri. ,

Les Knapp autour du sapin de Noël à Yamhill Oregon, en 1968. Dee Knapp est au fond, et de la gauche vers la droite, on voit Nathan, Rogena, Farlan, Keylan et Zealan (via Dee Knapp)

Nous autres Américains sommes enfermés dans un combat politique et axés sur le Président Trump, mais il y a un cancer rongeant cette nation qui bien antérieur à Trump et plus grand que lui. Le taux de suicide est à son niveau le plus élevé depuis la Deuxième guerre mondiale.  Un enfant sur sept vit avec des parents souffrant d’addiction, un bébé nait chaque quinze minutes après avoir été exposé à des opioïdes avant la naissance, l’Amérique est en train de perdre son statut de grande puissance.

Nous avons de profonds problèmes de structures qui ont mis cinquante ans à se créer, sous chaque parti et qui se transmettent de génération en génération,  il n’y a qu’en Amérique que la longévité chute depuis trois années consécutive, pour la première fois en un siècle, à cause de «  la mort de désespoir ».

  « Le sens de la vie de la classe ouvrière semble s’être évaporé »  nous Angus Deaton, l’économiste Prix Nobel Nobel. « L’économie semble avoir cessé d’approvisionner ces gens » Deaton et l’économiste Anne Case, qui est aussi son épouse, ont mis en avant le terme «mort de désespoir » pour décrire la poussée de mortalité à cause de l’alcool, des drogues ou des suicides.

Les enfants du bus N°6 ont été pris dans un cataclysme alors que les communautés de travailleurs se désintégraient à travers les USA à cause du chômage, des familles décomposées et de la morosité – et des politiques ineptes. La souffrance a été invisible aux Américains nantis mais les conséquences sont maintenant évidentes pour tout le monde : les survivants ont pour la plupart votés pour Trump, certains avec l’espoir qu’il les sauvent mais sous son mandat le nombre d’enfants sans assurance maladie s’est élevé à plus de 400.000.

La bourse touche Presque des records mais la classe ouvrière américaine ( souvent désignée comme  ceux sans diplôme universitaire) continue à être en grande difficulté. Si vous n’êtes qu’un bachelier, ou moins, ou si vous avez décroché, le travail ne paie plus. Si le salaire minimum en 1968 avait suivi l’inflation et la productivité, il serait de 22$ l’heure. Au lieu de cela I est de 7$25.

Nous étions correspondants ensemble à l’étranger pendant plusieurs années. Puis nous sommes revenus dans la ferme familiale de Kristoph à Yamhill et nous avons vu la crise humanitaire se déployer sous nos yeux au cœur d’une communauté que nous aimons.  Et une décomposition similaire se produisant dans les villes dans tout le pays. Ce n’était pas le problème d’une ville mais la crise du système américain.

 

Le centre de  Yamhill aujourd’hui Lynsey Addario/Getty Imagesage

 

 

The center of Yamhill today.

Clayton Green in his shop in Yamhill in 2018.Credit… Lynsey Addario/Getty Images

« Je suis un capitaliste mais cependant, je pense que le capitalisme est cassé.” dit Ray Dalio, le fondateur de Bridgewater, le plus grand fond financier (hedge fund) mondial.

Même dans la dernière campagne présidentielle, la décomposition de la classe ouvrière reçoit peu d’attention. On discute de la classe Moyenne, mais peu est dit sur la classe ouvrière. On discute de l’accès à l’universitaire mais pas de celui sur sept qui ne sera pas diplômé au sortir du lycée.  L’Amérique est comme un bateau à moitié chaviré mais ceux qui festoient au -dessus de l’eau semblent oublieux.

« Nous devons arrêter d’être obsédés par l’” impeachment” et commencer plutôt à creuser afin de résoudre en priorité les problèmes qui ont amené l’élection de Trump » a émis Andrew Yang lors du dernier débat démocrate pour les présidentielles. Quoi qu’on puisse penser de Yang en tant que candidat, sur ce point il a parfaitement raison : nous devons traiter le cancer de l’Amérique.

A de nombreux égards, la situation empire, parce que les familles ont implosé sous l’effet de la drogue et de l’abus d’alcool et que les enfants grandissent dans une atmosphère désespérée.  Un de nos bons amis à Yamhill, Clayton Green, un brillant mécanicien qui avait trois ans de moins que Nick à l’école est mort en Janvier dernier, en laissant cinq petits-enfants, tous placés par l’état. Un administrateur scolaire soupire et dit que certains sont «sauvages».

Farlan, l’aîné des enfants Knapp était dans la même classe que Nick. Un menuisier talentueux qui rêvait d’ouvrir sa proper affaire qu’il aurait appelé « Farlan’s Far Out Fantastic Freaky Furniture. » Mais Farlan a fini par laisser tomber l’école en troisième.

Bien qu’il n’ait jamais fait de chimie à l’école, Farlan est devenu un chimiste de premier ordre. Il était un des tout premier à Yamhill à fabriquer le la méthadone, pendant un certain temps il a été un entrepreneur couronné de succès grâce à la grande qualité de sa marchandise. « C’est ce pour quoi j’étais fait » a-t-il annoncé une fois avec une fierté tranquille.  Mais il a abusé de sa propre drogue et dès ses quarante ans, il était émacié et fragile.

D’une certaine façon, il était un bon père et il aimait ses deux filles, Amber and Andrea, et elles l’idolâtraient.  Mais leur éducation n’a pas été optimale : Sur l’une des photos d’Amber, on voit un plat plein de cocaïne dans le fond.

Farlan est mort d’une maladie du foie en 2009, juste après son 51ième anniversaire et sa mort a profondément touché ses deux filles, Andrea qui était intelligente, belle, talentueuse et entreprenante a ouvert sa propre agence immobilière mais a accentué sa consommation d’alcool après la mort de son père.  « Elle se saoulait à mort » nous a confié son oncle Keylan. Elle a été enterrée en 2013, à l’âge de 29 ans.


Dans les années 70, 80,  il était fréquent d’entendre la suggestion désobligeante selon laquelle les forces qui détruisaient les communautés afro-américaines étaient enracinées dans la «  culture noire ». L’idée était que les pères cas sociaux,  l’usage auto-destructeur de drogues et les familles démantelées étaient les causes fondamentales  et que tous ces gens devaient «  prendre leur responsabilité personnelle ».

Un sociologue d’Harvard,  William Julius Wilson,  a répliqué que le problème sous-jacent était la perte d’emploi et il s’avère qu’il avait raison. Quand le emplois sûrs ont quitté les villes a majorité blanche comme Yamhill, une vingtaine d’années plus tard, à cause de la globalisation et de l’automatisation, les mêmes pathologies se sont développées. Les hommes tout particulièrement ont ressenti la perte non seulement des revenus mais aussi de la dignité qui accompagne un emploi reconnu. Solitaires et troubles, ils se sont auto-médicamentés avec l’alcool et les drogues et ils ont accumulés des dossiers criminels qui les ont laissés moins embauchables et moins mariables. La structure familiale s’est effondrée.

Il serait facile mais trop simpliste de n’accuser que la perte d’emploi et l’automatisation.  Les problèmes sont aussi enracinés dans des choix politiques désastreux depuis cinquante ans.  Les USA ont arraché le pouvoir au travail et l’ont donné à la finance et ils ont supprimé les salaires et baissé les impôts plutôt que d’investir dans le capital humain, comme d’autres pays l’ont fait. Quand d’autres pays se munissaient d’une couverture médicale pour tous, nous ne l’avons pas fait. Certains comtés aux USA ont une espérance de vie plus basse que celle du Cambodge et du Bangladesh.

Une des conséquences est que l’extrémité de la force de travail des USA n’est pas très productive, ce qui réduit notre compétitivité de notre pays. Un travailleur peu qualifié  peut ne pas avoir de diplôme du secondaire  et savoir à peine lire ou compter tout en luttant avec une addiction. Plus de sept millions d’Américains ont un retrait de permis pour non-paiement de pension alimentaire ou de dette de justice ce qui le rend peu fiables quand il s’agit d’être présent au travail.

Les Américains approuvent également  le discours erroné de la «  responsabilité individuelle »  qui blâme les gens pour leur pauvreté. C’est vrai, bien sûr, que la responsabilité individuelle importe : les personnes à qui nous avons parlé reconnaissent souvent leur comportement auto-destructeur. Mais quand vous pouvez prévoir une conclusion désastreuse uniquement en fonction du code postal où est né l’enfant, le problème n’est pas dans les mauvais choix que cet enfant fait. Si nous sommes autant obsédés par la « responsabilité individuelle », ayons aussi une conversation sur la « responsabilité sociale. »

Quelques mots sur “la crise” boursière. William Kaufman sur Face Book

A few things to remember about the stock market:
1. It’s not real–it’s a form of mass hysteria or mass psychosis.
2. Stock prices reflect a mass-hysteria impression of the worth of a piece of paper you hold–a stock certificate. The worth of that piece of paper is sometimes tethered to some economic reality of some corporation–at least partially–but sometimes not. This is a matter of caprice and crowd psychology, not necessarily economic “health.”
3. It’s a swindle–much of the movement of these equities markets originates in the decisions of large funds or high-speed traders who have access to esoteric information or trading networks that Joe Trader does not. Hence Joe Trader invariably gets screwed.
4. The MSM commentators on the markets are all industry touts. Their invariable counsel: get into the market if you’re not in already, stay in if you’re already in. A dip is a buying opportunity. A surge is a buying opportunity. A buying opportunity is that which puts a commission in their pockets. I don’t know the Latin term for the logical fallacy at work here, but I think the English translation is something like this: bullshit being slung by greedy con artists. These are people with no more conscience or expertise than the barking guy with the Australian accent on the three a.m. informercial raving about a miracle degreaser or stain remover.
5. This market, more than most, is a big fat bubble that has been artificially inflated by low interest rates–the suckers have to go into the market to get a return on their money–and Fed QE policies which have left untold trillions of “liquidity” sloshing around among the financial elites with which to play Monopoly with one another and pad their net worth by buying back shares of their own companies to inflate the stock price. This bubble is worse than any previous ones because the “air” inside it is unprecedented levels of consumer and institutional debt that will cause a deafening “pop” when some of the key players start to lose their shirts, and suddenly all the Peters start calling in the debts of all the Pauls who can’t pay.
6. We can console ourselves that this last resort of financial prestidigitation and fraud is stretched about as far as it can go. The financial elites are out of three-card monte scams to suck the wealth out of the economy. The productivist heyday of capitalism is over: no more builders of railroads, factories, skyscrapers, and highways to a better tomorrow. Just cell phones, televisions, and the endless flows of plastic consumer junk circulating on amazon and Walmart. What Baudrillard called “the mirror of production” is a prison for the planet earth and every species on it. All that is left for the bipartisan predator class is to scavenge the rest of us: no more Medicare, no more Social Security, no more public schools–if they have their way, and they probably will.
7. Pop goes the stock market, the illusion of prosperity, the whole unsustainable carbon-poison “economy,” and pop goes the planet and the human race. But look at it this way: it’s a buying opportunity.

Quelques éléments à garder à l’esprit à propos de la Bourse :

1/ Ce n’est pas réel. C’est une forme d’hystérie de masse ou de psychose de masse.

2/ Le prix d’une action reflète l’impression de cette hystérie de masse sur la valeur d’un morceau de papier que vous détenez. un certificat. La valeur de ce certificat est parfois lièe à la réalité économique d’une entreprise, au moins partiellement, et parfois non. C’est une question de psychologie collective et de caprice et non de santé économique.

3/ C’est une escroquerie. La plupart des mouvements du marché des actions s’originent dans les décisions de quelques grands fonds de pension ou de quelques traders ultra-rapides qui ont accès à des données ésotériques ou a des réseaux d’échanges boursiers auxquels Loe Trader n’a pas accès. Donc, Joe Trader est invariablement baisé.

4/ Les commentateurs de MSM sont tous des rabatteurs de l’industrie. Leur invariable conseil : allez sur le marché si vous n’y êtes pas déjà, restez-y si vous  êtes.  Une baisse est une opportunité pour acheter. Une hausse est une opportunité pour acheter. Une opportunité pour acheter est ce qui met une commission dans leur poche. Je ne connais pas le terme latin pour désigner la logique fallacieuse à l’oeuvre ici mais je crois que sa traduction anglaise pourrait donner à peu près ceci : de la merde lancée par des escrocs avides et talentueux. Ce sont des individus sans plus de conscience ou d’expertise que le type qui aboie avec un accent australien pendant la pub de trois heures du matin ventant les miracles d’un dégraissant ou d’un détachant.

5/ Ce marché, plus que beaucoup d’autres, est une grosse bulle grasse qui a été artificiellement gonflée par des taux d’intérêt très bas – les suceurs doivent rentrer dans le marché afin d’ avoir le retour de leur argent et la politique de la Fed qui a gardé secrets des trillions de “liquidités” coulant au sein de l’élite financière dont les membres  jouent  au Monopoly les uns avec les autres et recouvrent leur valeur en achetant eux-mêmes leurs actions afin de grossir leurs prix.  Cette bulle est pire que toutes les précédentes parce que l’ “air” qu’elle contient est fait d’un niveau sans précédent de dette des consommateurs et des institutions qui causera un assourdissant plop lorsque quelques payeurs clefs commenceront à y laisser leurs chemises et demanderont soudainement à tous les Pierre de se faire rembourser par les  Paul la dette qu’ils ne pourront pas rembourser.

6/ Nous pouvons nous consoler puisque ce dernier recours à la prestidigitation financière et à la fraude est allé presque aussi loin qu’il le pouvait. L’élite financière a sorti un bonneteau afin de sucer la richesse de l’économie. Les jours glorieux du capitalisme sont terminés : plus de constructeurs de trains, d’usines, de gratte-ciel, et  d’autoroutes pour un meilleur avenir. Uniquement des téléphones portables, des télévisions et le courant incessant des consommateurs de produits insalubres sur Amazon et Walmart. Ce que Baudrillard appelle “le miroir de la production” est une prison pour la planète et pour chaque espèce qui l’habite. Tout ce qui reste aux prédateurs bipartisans c’est de récupérer ce qu’il reste de nous : plus de système de protection médicale, plus de sécurité sociale, plus d’école publique – si ça marche comme ils l’entendent, et c’est probablement ce qui va se passer.

7/  La bourse fait “flop”, l’illusion de la prospérité, toute l’économie empoisonnée du carbone, la planète fait ” flop ” et la race humaine. Mais considérons cela sous cet angle : c’est l’occasion d’acheter.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier