La surprotection de l’esprit américain / Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

La surprotection de l’esprit américain

The Coddling of the American Mind

Au nom du “bien être émotionnel”, les étudiants demandent de plus en plus souvent aux universités  une protection contre les mots et les idées qu’ils n’aiment pas. Voici pourquoi c’est à la fois désastreux pour l’éducation et pour la santé mentale.

Andrew B. Myers / The Atlantic Par Greg Lukianoff et Jonathan Haidt

 

Quelque chose d’étrange se produit dans les universités et les grandes écoles américaines. Un mouvement prend de l’ampleur, sans leader et conduit largement par les élèves, qui cherche à nettoyer les campus et à ôter les mots, les sujets, les idées qui pourraient causer de l’inconfort ou porter offense. En décembre dernier, Jeannie Suk  écrivit un article dans The New Yorker, à propos d’étudiants en droit demandant à son collègue Professeur à Harvard de ne pas enseigner la loi sur le viol – ou si besoin, d’utiliser le terme « enfreindre » comme dans « enfreindre la loi »  de peur que cela génère de la détresse chez ses étudiants. En février,  Laura Kipnis, Professeur  à la Northwestern University,  écrivit un essai dans “Les Chroniques de l’enseignement supérieur” The Chronicle of Higher Education décrivant la nouvelle politique de paranoïa sexuelle sur les campus – et fut l’objet d’une longue enquête après que des étudiants qui s’étaient sentis offensés par l’article et par un tweet qu’elle avait envoyé aient rempli la plainte du Titre IX contre elle.  En juin, un Professeur se protégeant sous un pseudonyme écrivit un essai pour Vox décrivant combien il devait maintenant enseigner avec précaution. « Je suis un enseignant libéral et les étudiants libéraux me terrifient » en est le titre. Un grand nombre d’acteurs populaires dont Chris Rock  ont cessé d’intervenir  sur les campus ( se référer à l’article de Caitlin Flanagan).

 Jerry Seinfeld et Bill Maher  ont publiquement condamné cette hyper sensibilité des étudiants disant que nombre d’entre eux étaient incapables de second degré.

Deux termes sont apparus rapidement, venus de nulle part et imprégnant la parlance commune ; “Microagressions”, ce sont de petites actions et des choix de mots qui semble à première vue ne pas avoir d’intention maligne mais ui sont malgré tout une forme d’agression. Par exemple, suivant les codes de conduites de certains campus, c’est une microagression de demander à un Asio-américain ou à un latino-américain :  “Où es-tu né ?” parce que cela impliquerait qu’il n’est pas un véritable américain.  Des “déclencheurs d’avertissement”, Trigger warnings sont des alertes que les professeurs sont censés fournir si un sujet dans un cours est supposé entraîner de fortes réponses émotionnelles. Par exemple, certains étudiants ont demandé à ce que le Things Fall Apart de Chinua Achebe, qui décrit la violence raciale et le The Great Gatsby  de F. Scott Fitzgerald qui décrit la misogynie et les abus physique soient repérables afin que les étudiants qui ont subi le racisme ou les violences domestiques puissent choisir d’éviter ces œuvres, qui, croient-ils, pourraient réveiller un retour post-traumatique.

Certains actions sur les campus touchent au surréel. En avril, à l’université de Brandeis  l’association des asio-américains a cherché à attirer l’attention sur les microagressions touchant les asiatiques à travers une installation sur les marches d’un des halls de l’université. L’installation donnait des exemples de microagressions comme : “vous n’êtes pas supposés être bons en maths ?” ou “Je suis insensible à la couleur de peau. ” Mais cela généra une réaction de la part d’autres asio-américains qui ont senti que l’exposition elle-même était une microagression. L’association a enlevé l’installation et son président a écrit à toute la communauté estudiantine une note d’excuses pour « tous ceux qui avaient été blessés ou touchés par le contenu de la microagression. »

Selon les principes les plus basiques de la psychologie, voulant aider les personnes avec des crises d’anxiété (nosographie biopsy : anxiety disorders) en leur évitant la chose qui les effraie est une erreur. C’est pourtant le nouveau climat qui est institutionnalisé et qui affecte ce qui peut être dit dans la classe, même lors d’une simple discussion. Pendant l’année scolaire 2014 2015, par exemple, les recteurs et les administrateurs de 10 universités américaines ont été conviés à des formations de cadres où étaient présentés des exemples de microagressions. La liste des propos offensifs incluait : “Je crois que la personne la plus qualifiée devrait obtenir le poste”.

La presse a majoritairement décrit ces développements comme des résurgences du politiquement correct. C’est partiellement exact, bien qu’il y ait d’importantes différences entre ce qui se produit maintenant et ce qui s’est passé dans les années 80 ; 90.

 Le mouvement cherchait à réduire le discours, particulièrement les discours de haine à l’égard des minorités marginalisées, mais il questionnait également la littérature, la philosophie, et les critères de l’histoire, cherchant à étendre l’usage en y incluant une perspective plus large. Le mouvement actuel est principalement autour du “bien-être émotionnel ”    et plus que le précédent, il postule une extraordinaire fragilité de la psyché estudiantine, et donc élève les objectifs à la protection des étudiants contre tout tort psychologique subi.

Le but ultime, semble-t-il est de transformer les campus en « lieux sûrs » où les jeunes adultes seraient protégés contre les mots ou les idées qui mettent certains d’entre eux mal à l’aise. Et plus que le prédécesseur, ce mouvement cherche également à punir quiconque pourrait enfreindre cet objectif, même accidentellement. On pourrait qualifier cette tendance de “vindicte protectionniste”. Elle crée une culture dans laquelle tout le monde doit s’y reprendre à deux fois avant de s’exprimer, sous peine de subir des accusations d’insensibilité, d’agression ou pire.

L’écrivain Greg Lukianoff  s’est joint à l’éditeur en chef d’Atlantic James Bennet pour discuter cette question.

Nous avons étudié ce développement depuis un certain temps déjà, en sonnant l’alarme. Greg Lukianoff est un avocat en droit constitutionnel et président et PDG de la Fondation pour les droits de l’individu dans l’éducation, qui défend la liberté d’expression et la liberté d’enseigner sur les campus, il a aussi plaidé pour certains étudiants et enseignants  impliqués dans les cas cités plus haut. Jonathan Haidt est un psychosociologue qui étudie la culture de la guerre américaine. Les récits de la façon dont nous en sommes venus à discuter de ceci peuvent être lus ici.

Le danger que ces tendances posent pour la scolarité et pour la qualité des universités américaines sont réels. Nous pourrions écrire un essai entier pour les décrire. Mais ici, nous nous centrons sur différentes questions  : quels sont les effets de ce nouveau protectionnisme sur les étudiants eux-mêmes ?  Est-ce que cela avantage les personnes supposes devoir être aidées ?  Qu’apprennent exactement les étudiants quand ils passent quatre années ou plus dans une communauté qui police les “affronts” non intentionnels, place des notes d’avertissement sur les ouvrages de la littérature classique et de beaucoup d’autres façons implique le fait que les mots peuvent être une forme de violence qui demande un strict contrôle par les autorités universitaires, qui sont supposés agir à la fois comme protecteurs et comme procureurs ?

Il y a un adage commun dans les cercles universitaires : « N’apprend pas aux étudiants quoi  penser mais enseigne leur comment penser. L’idée remonte aussi loin que Socrate. Aujourd’hui, ce qu’on nomme la “méthode socratique” est une façon d’enseigner qui génère la pensée critique, encourageant en partie les étudiants à questionner et à examiner leurs propres croyances ainsi que la sagesse reçue provenant de ceux qui les entourent. De tels questionnement amènent parfois de l’inconfort et même de la colère liés à la manière de comprendre.

Mais le protectionnisme vindicatif enseigne aux étudiants une tout autre méthode. Il les prépare très mal à la vie professionnelle, qui demande fréquemment un engagement intellectuel avec ces gens et des idées que l’on peut considérer désagréables ou fausses.

Le tort causé peut être également plus immédiat. Une culture de campus dédiée à la police du langage et punissant les intervenants est supposée générer des modèles de pensée qui sont étonnamment similaires à ceux qui ont depuis longtemps été identifiés par les thérapistes cognitivo-comportementaux comme causes de dépressions et d’anxiété. Le nouvel hyper-protectionnisme apprend aux étudiants à penser d’une façon pathologique.

Comment en est-on arrivés là ?

Il est difficile de savoir exactement pourquoi la vindicte protectionniste s’est répandue si largement ces dernières années. Le phénomène est peut-être lié aux récents changements dans l’interprétation des statuts fédéraux anti-discrimination (sur lesquels nous reviendrons plus tard) Mais la réponse implique probablement des modifications des relations intergénérationnelles également. L’enfance elle-même a énormément changé pendant  la dernière génération. De nombreux Baby boomer ou  Gen Xers peuvent se souvenir d’avoir roulé en bicyclette, sans la surveillance d’adulte alors qu’ils n’avaient que sept ou huit ans. Dans les heures suivant la classe, les enfants étaient supposés s’occuper eux-mêmes,  s’affronter à des heurts mineurs et apprendre de leur expérience. Mais l’élevage en plein air” de l’enfance est devenu plus rare dans les années 80. La montée de la criminalité des années 60 au début des années  90 a rendu les parents plus protecteurs que leurs propres parents. Les histoires d’enlèvements d’enfants sont devenues plus communes et en 1984, leurs photos sont apparues sur les packs de lait. En réponse, les parents ont serré les vis et ont travaillé plus pour assurer la sécurité de leurs enfants.  

La progression vers la sécurité s’est aussi manifestée à l’école. Les structures potentiellement dangereuses des jeux furent enlevées des cours de récréation, le beurre de cacahuètes banni de déjeuner des enfants. Après le massacre de Columbine de 1999, beaucoup d’écoles ont sévi contre le harassement, intégrant des mesures de « tolérance zéro » . De diverses façons, les enfants nés dans les années 80—the Millennials—ont reçu un message fort des adultes : la vie est dangereuse mais les adultes vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour vous protéger, pas seulement des étrangers mais les uns des autres également.

Ces mêmes enfants ont grandi dans une culture qui était (et est encore) de plus en plus polarisée politiquement. Les Républicains et les Démocrates ne se sont jamais particulièrement appréciés mais des enquêtes remontant à 1979 montrent qu’en moyenne, leur antipathie mutuelle était assez modérée. Les sentiments négatifs sont devenus de plus en plus forts cependant à partir du début des années 2000. Les sciences politiques appellent cela « une polarisation affective partisane » et c’est un sérieux problème dans une démocratie. Comme chacun des côtés diabolise de plus en plus l’adversaire, les compromis deviennent de plus en plus difficiles.

Une étude récente montre que des biais implicites et inconscients sont maintenant au moins aussi forts au sein des partis politiques qu’ils le sont en ce qui concerne les races.

Il est donc assez facile d’imaginer pourquoi des étudiants aujourd’hui peuvent être désireux de protection et plus hostiles à l’égard des opposants idéologiques que la génération passée. L’hostilité et la suffisance nourries par des émotions partisanes fortes peuvent être supposées ajouter de l’intensité à n’importe quelle croisade morale. Un principe de psychologie morale est que le « moralité attache et aveugle ». Une partie de ce que nous faisons quand nous posons des jugements moraux est d’exprimer notre allégeance à un groupe. Mais ceci peut interférer avec notre capacité à penser d’une façon critique. Reconnaître que le point de vue opposé à quelque mérite est risqué- vos coéquipiers peuvent vous considérer comme un traître.

Les médias sociaux rendent la contribution à une croisade, l’expression de la solidarité et l’outrage et la poursuite des traîtres extrêmement faciles. Face Book a été fondé en 2004 et depuis 2006, tout enfant âgé de plus de treize ans peut le joindre. Ceci signifie que la première vague d’étudiants qui ont passé leur adolescence avec Face Book ont intégré l’université en 2011 et ont passé leur diplôme uniquement cette année.

Andrew B. Myers

Ces premiers ” vrais indigènes des médias sociaux” peuvent être différents des générations antérieures sur la façon de partager des jugements moraux et se supportent dans des campagnes morales et des conflits.  Nous trouvons beaucoup à apprécier dans ces tendances, les jeunes adultes aujourd’hui sont engagés les uns par rapport aux autres, avec de nouvelles histoires, et avec des attitudes prosociales plus développées que lorsque la télévision était la technologie dominante. Mais les médias sociaux ont aussi fondamentalement modifié l’équilibre de pouvoir dans les relations entre étudiants et enseignants, ces derniers craignant de plus en plus ce que certains étudiants pouvaient faire subir à leur réputation et à leur carrière en suscitant des attaques en ligne contre eux.

Nous ne voulons pas faire l’hypothèse d’une causalité directe, mais la taux de troubles psychiques chez les jeunes adultes a augmenté, à la fois dans et hors des campus, lors des dernières décennies. Une partie de cette croissance est certainement due à de meilleurs diagnostics et à une plus grande volonté de chercher de l’aide, mais la plupart des experts semblent s’entendre sur le fait  que cette tendance est réelle. Presque tous les responsables de la santé mentale sur les campus ayant été consultés par l’ American College Counseling Association  en 2013, ont rapporté le fait que le nombre d’étudiants avec des problèmes psychologiques sévères était en augmentation dans leur université.  Le taux de détresse émotionnelle rapportée par les étudiants eux-mêmes est également élevé et en hausse. Dans une enquête de 2014 effectuée par l’American College Health Association, 54 % des étudiants questionnés disent qu’ils ont “ressenti une angoisse débordante” lors des derniers douze mois, plus de 49 % de plus que lors de la même enquête réalisée juste cinq années plus tôt. Les étudiants semblent rapporter plus de crises émotionnelles, beaucoup semblent être plus fragile, et ceci a certainement changé la façon dont les professeurs et les administrateurs échangent avec eux. La question est de savoir si ces changements dans la relation sont supposés faire plus de mal que de bien.

La cure de réflexion

Depuis des millénaires, les philosophes ont compris que nous ne voyons pas la vie comme elle est, nous y voyons une version déformée de nos espoirs, de nos peurs, et de nos attachements. Le Bouddha a dit : “ Notre vie est une création de notre esprit.” Marc Aurèle dit : “La vie est ce que tu te représentes.” La quête de la sagesse dans de nombreuses traditions, commence par cette considération. Les Bouddhistes de la première heure et les Stoïciens, par exemple, ont développés des pratiques pour la réduction des attachements, rendre la pensée plus clairvoyante et tendre vers la libération des tourments émotionnels de la vie mentale normale.

Les thérapies cognitives comportementales sont la mise en pratiques contemporaine de cette ancienne sagesse.  C’est le traitement non pharmaceutique le plus largement étudié pour la maladie mentale et c’est utilisé pour traiter la dépression, les troubles anxieux, les troubles de l’alimentation, et les addictions. Cela peut même être envisagé pour les schizophrènes. Aucune autre forme de thérapie ne fonctionne sur un éventail aussi large de problèmes. Les études montrent que c’est aussi efficace que les traitements antidépresseurs (comme le prozac) pour le traitement de l’anxiété et de la dépression. La thérapie est relativement rapide et facile à apprendre, après quelques mois d’entrainement, de nombreux patient peuvent l’appliquer seuls. Contrairement aux drogues, les thérapies cognitive-comportementales fonctionnent longtemps après que le traitement s’est arrêté, parce qu’elles apprennent au patient des compétences mentales qu’ils peuvent continuer à utiliser.

Le but est de minimiser les pensées déformées et de voir le monde d’une façon plus exacte. Vous commencez par apprendre les noms d’une douzaine ou plus de déformations cognitives communes (comme la généralisation, la négligence des aspects positifs, et le raisonnement émotionnel, voir la liste en bas d’article). Chaque fois que vous vous percevez comme aux prises avec l’une d’entre elles, vous la nommez, décrivez les faits de la situation, considérez des interprétations alternatives puis choisissez une interprétation des événements plus en accord avec ces faits. Vos émotions suivent cette nouvelle interprétation. Avec le temps, le processus devient automatique. Lorsque les gens améliorent leur hygiène morale de cette façon – lorsqu’ils se libèrent des pensées répétitives irrationnelles qui avait précédemment empli une part si importante de leur conscience- ils deviennent moins déprimés, anxieux ou irritables.

Le parallèle avec l’éducation officielle est clair : la thérapie cognitive-comportementale enseigne des compétences dans une bonne pensée critique, celle que les éducateurs luttent depuis si longtemps pour transmettre.  Suivant presque toutes ses définitions la pensée critique implique d’enraciner ses croyances dans des preuves plutôt que dans des émotions ou des désirs et apprendre comment chercher et évaluer ces preuves qui peuvent contredire vos hypothèses initiales. Mais est-ce que la vie sur les campus génère de la pensée critique ? Ou induit-elle les étudiants à penser d’une façon plus déformée.

Jetons un regard aux diverses tendances présentes dans le cursus universitaire au regard de ces déformations identifiées par les thérapies comportementalistes. Nous tirons leurs dénominations et leurs descriptions du livre populaire de David D. Burns « Se sentir bien » Feeling Good, ainsi que de la deuxième édition de «  Planification  et interventions de traitements pour la dépression et les désordres liés à l’anxiété «Treatment Plans and Interventions for Depression and Anxiety Disorders », de Robert L. Leahy, Stephen J. F. Holland, et  Lata K. McGinn.

L’approche du raisonnement émotionnel dans l’enseignement supérieur

Burns définit le raisonnement émotionnel comme assumant que « nos émotions négatives reflètent nécessairement la façon dont est vraiment la réalité : si je ressens ça, c’est donc que c’est vrai ». Leahy, Holland, et McGinn définissent ceci comme le fait de laisser « vos sentiments vous guider dans l’interprétation de la réalité ». Mais bien sûr les émotions ne sont pas toujours des guides fiables, lorsqu’ils ne sont pas canalisés, ils peuvent amener à s’en prendre aux autres qui n’ont rien fait de mal. La thérapie implique de sortir de cette idée que chacune de vos réponses émotionnelles représentent quelque chose de vrai et d’important le raisonnement émotionnel domine les débats et les discussions sur de nombreux campus. La plainte que les propos de quelqu’un puisse être “offensants”  n’est pas seulement l’expression de votre propre sentiment d’ “offense”. C’est plutôt l’accusation publique que le locuteur a fait  quelque chose d’objectivement déplacé. C’est une exigence qu’il s’excuse et soit puni par une autorité quelconque pour avoir commis une offense.

Il y a toujours eu des gens pour croire qu’ils avaient le droit de ne pas être offensés. Cependant, à travers l’histoire américaine – de l’ère victorienne aux militants de la liberté de parole  des années 60 70- les radicaux ont poussé les limites et se sont moqués des sensibilités dominantes. Par contre, dans les années 80, des campus ont commencé à se centrer sur la prévention du discours offensif, tout spécialement sur ceux qui pouvaient être blessants pour les femmes et les groupes minoritaires.  La préoccupation sous-jacente était louable, mais elle a rapidement produit un résultat absurde.

Que faisons-nous à nos étudiants si nous les encourageons à développer une extrême susceptibilité juste avant de quitter le cocon familial de la protection adulte ?

 Parmi les exemples les plus précoces se situe l’incident dénommé “du buffle d’eau” de l’Université de Pennsylvanie. En 1993, l’université à accusé un étudiant né en Israël de harcèlement racial après qu’il ait crié « La ferme, espèce de buffle d’eau » à un groupe de femmes noires qui faisaient du bruit pendant la nuit à l’extérieur du dortoir. De nombreux enseignants et commentateurs à l’époque ne voyaient pas comment le terme “buffle d’eau”  ( une traduction littérale d’une insulte en Hébreu qui s’applique à une personne indélicate et chahuteuse) pouvait être une injure raciale à l’encontre d’Afro-américains et le résultat fût de transformer le cas en nouvelle internationale.

Les exigences du droit à ne pas se sentir offensé ont continué à augmenter depuis et les universités ont continué à les privilégier. Dans un cas particulièrement choquant en 2018, par exemple, l’Université d’Indiana-Purdue a déclaré un étudiant blanc coupable de harassement racial parce qu’il lisait un ouvrage intitulé «  Notre dame vs Le Klan ». Le livre honore l’opposition estudiantine au Ku Kkux Klan lorsqu’il marcha sur Notre Dame en 1924. Néanmoins, la photo sur la couverture a offensé au moins un des partenaires de cet étudiant (il était agent d’entretien en même temps qu’étudiant) et cela a été suffisant pour qu’il soit déclaré coupable par le Affirmative Action Office.

Ces exemples peuvent sembler extrêmes mais le raisonnement derrière eux s’est banalisé lors de ces dernières années. L’an dernier, à l’Université de Saint Thomas dans le Minnesota, un événement appelé “Hump  day , le jour de la bosse”, qui devait autoriser à caresser un chameau a été brutalement annulé. Des étudiants avaient créé un groupe sur Face Book  où ils protestaient contre l’événement en raison de sa cruauté animale, du fait qu’il était un gaspillage d’argent et de son manque de sensibilité aux habitants du Moyen -Orient. L’inspiration pour le chameau est certainement venue d’une publicité télévisée populaire dans laquelle un chameau flâne dans des bureau, célébrant le « Jour de la bosse »  et ne fait à aucun moment référence au habitants du Moyen Orient.  Néanmoins, le groupe à l’origine de l’événement a annoncé sur sa page Face Book, que celui-ci serait annulé parce que : “le programme divisait les gens et créerait un environnement inconfortable et éventuellement dangereux.”

Parce qu’il existe un large bannissement dans les cercles académique à propos du « blâme de la victime », il est généralement considéré comme inacceptable de questionner le caractère raisonnable ( sans parler de la sincérité) des états émotionnels que quelqu’un, particulièrement lorsque ceux-ci sont liés à une identité groupale.  L’argument si mince de « je suis offensé » est un atout imbattable.  Ceci conduit à ce que Jonathan Rauch, un éditeur contribuant à ce magazine, nomme : « la loterie de l’offense » dans laquelle les parties opposées utilise la plainte contre l’offense comme un gourdin. » Dans le processus, la barre de ce qui est considéré comme un discours inacceptable se baisse de plus en plus.

Depuis 2013, de Nouvelles pressions de la part du gouvernement ont renforcé cette tendance. Les statuts anti-discrimination  régulent le harcélement et les traitements inégalitaires basés sur le sexe, la race, la religion et les origines nationales.  Jusqu’à récemment le Département de l’éducation pour les droits civiques (Department of Education’s Office for Civil Rights) reconnaissait qu’un discours doit être “objectivement offensant” avant qu’il puisse être l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. Il se devait de passer le test de la « personne raisonnable ». Pour être prohibé, le Comité a écrit en 2003, que le discours ouvertement harcelant se devait d’aller “au-delà la simple expression de vues, mots, symboles ou pensées que certaines personnes peuvent trouver offensantes. “

Mais en 2013, le Département de la justice et de l’éducation (Departments of Justice and Education) a largement étendu la définition du harcèlement sexuel pour y inclure des conduites verbales étant simplement “malvenues”. Par crainte d’investigations fédérales, les universités appliquent maintenant ces standards- définissant les discours de harcèlement malvenus – pas seulement à l’égard du sexe mais aussi de la race, de a religion, et du statut de vétéran également. Tout le monde est supposé s’appuyer sur ses émotions pour décider si un commentaire par un étudiant ou par un professeur est malvenu et mérite une plainte pour harcèlement.  Le raisonnement émotionnel est maintenant accepté comme preuve.

Si nos universités enseignent à leurs étudiants que leurs émotions peuvent être efficacement utilisés comme des armes. Ou au moins comme des preuves lors des procédures administratives – alors elles apprennent à nos étudiants à nourrir une sorte d’hypersensibilité qui les conduira à des conflits sans nombre à l’université et ailleurs. Les écoles peuvent enseigner aux étudiants des modes de pensée qui vont endommager eus carrières, leurs amitiés et leur santé mentale.

Les prédictions de bonne-aventure et les déclencheurs d’avertissements.

Burns définit la prédiction de bonne-aventure comme « anticipant que les choses vont mal tourner »“ et se sentir « convaincu que votre prédiction est un fait déjà établi » Leahy, Holland, et McGinn la définissent comme « prédire le futur négativement » ou voir des dangers potentiels dans une situation quotidienne. La croissance récente de déclencheurs d’avertissement sur des demandes de lectures avec des contenus provocateurs est un exemple de ces prédictions.

L’idée que les mots (ou les odeurs ou n’importe quel stimuli des sens) peuvent déclencher le retour de souvenirs d’un passé traumatique – ou une peur intense qu’il puisse se répéter – est connue au moins depuis la Première guerre mondiale, quand les psychiatres commencèrent à traiter les soldats pour ce qui s’appelle maintenant les désordres  du stress post-traumatiques.

Mais les avertissements de contenus explicites semblent avoir émergés plus récemment, lors des contrôles de messages du début de l’internet. Les avertissements devinrent particulièrement prévalents dans les forums d’auto-aide et féministes où ils permettaient aux lecteurs qui avaient subis un événement traumatique d’éviter les contenus comme des agressions sexuelles afin de ne pas déclencher de souvenirs ou de crises de panique. Les outils de recherche indiquent que l’expression n’est passé dans le domaine courant que vers 2011, s’est répandue en 2014 et a atteint des records en 2015. L’usage d’avertissements sur les camus semblent avoir suivi la même tendance, apparemment du jour au lendemain, des étudiants demandant aux universités dans tout le pays que les professeurs les informent avant d’évoquer du matériel qui puisse impliquer une réponse émotionnelle négative.

En 2013,  un groupe de travail compose d’administrateurs, d’étudiants, de récents diplômés et d’un membre de la faculté de l’Université Oberlin, dans l’Ohio a mis en ligne un guide de ressources pour les facultés. (qui fut ensuite retiré sous la pression  de la faculté). Il comprenait une liste de thèmes susceptibles  des déclencheurs d’avertissement. Ces thèmes incluaient le classisme et les privilèges, parmi d’autres. Le groupe de travail recommandait que le matériel qui pouvait déclencher des réactions négatives au sein des étudiants soit complètement évité à moins qu’ils ne “ contribuent directement ” à des objectifs pédagogiques et il suggérait que les oeuvres trop importantes pour être évitées soient déclarées optionnelles.

Il est difficile d’imaginer comment des romans impliquant le classisme et les privilèges puissent provoquer ou réactiver le genre de terreur typiquement impliquée dans les PTSD. En fait, les déclencheurs d’avertissements sont plutôt demandés pour une longue liste d’idées ou d’attitudes que certains étudiants considèrent comme offensives politiquement parlant, au nom d’une prévention des torts causés à d’autres étudiants. C’est un exemple de ce que les psychologues nomment «  le raisonnement motivé » – nous générons spontanément des arguments pour étayer la conclusion que nous voulons tirer. Lorsque vous avez trouvé quelque chose d’haineux, il est facile d’argumenter que l’exposition à cette même chose pourrait traumatiser d’autres individus.  Vous croyez savoir comment les autres vont réagir et leur réaction pourrait être catastrophique.  Prévenir cette dévastation devient une obligation morale pour l’ensemble de la communauté. Les ouvrages qui ont été considérés par les étudiants comme susceptibles de déclencher des avertissements pendant les deux dernières années incluent Mrs Dalloway de Virginia Woolf ( à Rutgers pour des “inclinaisons suicidaires”) et les Métamorphoses d’Ovide ( à Colombia, pour “agression sexuelle”)

L’essai de Jeannie Sukdans le New Yorker  décrit les difficultés à enseigner les lois sur le viol en ces temps de «  déclencheurs d’avertissement ». certains étudiants, écrit-elle ont fait pression sur les professeurs afin qu’ils évitent d’aborder les sujet de façon à se protéger et à protéger les élèves d’une potentielle détresse.  Suk compare ceci à des étudiants en médecine qui veut devenir chirurgien mais a peur d’éprouver de a détresse si il voit ou s’approche du sang. »

Cependant, il y a un problème plus important avec ces « déclencheurs d’avertissements ». Selon les principes de psychologie, l’idée même d’aider les personnes atteintes d’anxiété à éviter les choses qu’elles craignent est une erreur.  Une personne qui est bloquée dans un ascenseur pendant une panne de courant peut se mettre à paniquer et à penser qu’elle va mourir. Cette expérience effrayante peut modifier ses connexions neuronales dans l’amygdale entraînant une phobie des ascenseurs.  Si vous voulez que cette femme garde cette peur à vie, vous devriez lui faire éviter les ascenseurs.

Mais si vous voulez retourner à la normale, vous devriez appliquer les principes de Ivan Pavlov et la guider vers un processus nommé « thérapie de l’exposition ». Vous pourriez commencer par demander à cette femme de simplement regarder à l’ascenseur de loin – en étant dans le hall d’un immeuble par exemple.  Si rien de désagréable ne se produit alors – si la peur n’est pas « renforcée », elle va alors commencer à faire de nouvelles associations : les ascenseurs ne sont pas dangereux. Jusqu’à ce que l’appréhension commence à diminuer. (Cette réduction de la peur est nommée « habituation »). Ensuite, dans les jours qui suivent, vous pourrez lui demander de se rapprocher, puis un eu plus tard d’appuyer sur le bouton, et à la fin, de monter jusqu’u premier étage. C’est ainsi que l’amygdale peut être reconnectée afin d’associer une situation auparavant source de peur avec la sécurité ou la norme.

Les étudiants qui demandent des déclencheurs d’avertissement peuvent avoir raison de craindre que certains de leurs pairs puissent avoir la mémoire de traumatismes qui peuvent se réactiver à la lecture. Mais ils ont tort de vouloir empêcher ces réactivations. Les étudiants avec des PTSD devraient évidemment suivre un traitement mais ils ne devraient pas  chercher à éviter  la vie normale, avec toutes ses opportunités pour l’habituation. Les discussions en classe sont des endroits sûrs pour se trouver exposé à un rappel incidentel du traumatisme. ( comme le terme : violer)  Il est peu probable qu’une discussion sur la violence débouche sur de la violence mise en acte, c’est donc une bonne façon d’aider les étudiants à modifier les associations qui sont inconfortables Et il est préférable qu’ils acquiert leur habituation à l’université parce que le monde en dehors sera beaucoup moins disposé à aménager ces demandes de déclencheurs d’avertissement ou d’exclusion.

L’usage étendu des déclencheurs d’avertissement peut aussi déclencher des habitudes mentales malsaines dans le groupe plus large des étudiants qui ne souffrent pas de PTSD ou autre symptôme d’anxiété. Les gens acquièrent leurs peurs pas seulement à partir de leurs expériences passées mais dans l’apprentissage social également. Si tout le monde autour de vous se comporte comme si quelque chose était dangereux, ascenseurs, certains voisinages, romans décrivant le racisme – alors vous courez le risque d’acquérir cette peur également. La psychiatre Sarah Roff  a développé sur ce point l’an passé dans un article en ligne pour The Chronicle of Higher Education. « Un de mes plus grands soucis, écrit-elle, est que ceci ne s’applique pas seulement pour ceux et celles souffrant de traumatismes mais pour tous les étudiants, créant une atmosphère dans laquelle ils soient encourages à croire qu’il y a quelque chose de dangereux et de risqué à discuter des différents aspects de notre histoire. »

Le nouveau climat est lentement institutionnalisé, et il affecte ce qui eut être dit dan la classe, même sur la base d’une discussion ou d’un débat.

Dans un article publié dans Inside Higher Ed, sept professeurs de lettres ont écrit que les déclencheurs d’avertissement avaient déjà un «  effet effrayant sur leur enseignement et leur pédagogie » Ils rapportent que certains de leurs collègues reçoivent des «  appels des recteurs ou d’autres administrateurs faisant des recherches sur les plaintes  d‘étudiants  disant qu’ils ont inclus des contenus «  déclencheurs »  dans leurs cours, avec ou sans avertissement. » Un déclencheur d’avertissement, écrivent-ils “ sert comme garantie que les étudiants n’éprouveront un inconfort inattendu et implique que s’ils l’éprouvent, un contrat aura été rompu. » Quand les étudiants en viennent à attendre des déclencheurs d’avertissement pour n’importe quel contenu qui les fait se sentir mal à l’aise, la façon a plus facile pour l’université de ne pas s’attirer des ennuis est d’éviter les contenus qui dérangent les élèves les plus sensibles de la classe.

Amplification, labellisation et micro-agressions.

Burns définit l’amplification comme « le fait d’exagérer l’importance des choses » et Leahy, Holland, et McGinn définissent la labellisation comme «  l’assignation de traits globaux négatifs sur vous-mêmes ou sur les autres. » La tendance récente dans les universités de mettre au jour du supposé racisme, sexisme, classisme etc. ou des micro-agressions discriminantes n’enseigne pas incidemment aux élèves à se concentrer sur des affronts accidentels ou légers. Son but est que les étudiants se concentrent sur eux-mêmes puis relabellisent les individus qui ont fait ces remarques comme agresseurs.

Le terme de microaggression est apparu dans les années 1970 et se rapporte à des affronts racistes subtils et inconscients. La définition a été étendue récemment afin d’inclure tout ce qui peut être perçu comme discriminant sur virtuellement n’importe quelle base.  Par exemple, en 2013, un groupe d’étudiants  à l’ UCLA ont entamé un sit-in pendant un cours donné par Val Rust,  un Professeur en Sciences de l’éducation. Le groupe a lu une lettre exprimant ses inquiétudes à l’égard de l’hostilité du campus à l’égard des étudiants de couleur. Bien que Rust n’ait pas été explicitement nommé, le groupe a tout à fait clairement critiqué son enseignement comme micro-agressif. En corrigeant la grammaire et l’orthographe de ses étudiants, Rust a noté qu’un des étudiants avait mis à tort une majuscule à indigène.  Le groupe a déterminé que mettre une minuscule au I était une insulte à l’étudiante et à son idéologie.

Même plaisanter à propos des micro-agressions peut être vu comme une micro-agression, entraînant une punition. L’automne dernier, Omar Mahmood, a un étudiant de l’Université du Michigan a écrit un article satirique pour une publication conservatrice  The Michigan Review,  se moquant de ce qu’il voyait de la tendance sur le campus à voir des micro-agressions dans à peu près n’importe quoi. Mahmood était aussi employé dans le journal du campus, The Michigan Daily. Les éditeurs du Daily dirent que la façon dont Mahmood s’était moqué satiriquement les expériences de ses collaborateurs réguliers et des communautés minoritaires sur le campus … créait un conflit d’intérêt.

The Daily s’est débarrassé de Mahmood après qu’il ait décrit l’incident sur deux site web, The College Fix et The Daily Caller.  Un groupe de femmes a plus tard vandalisé la porte d’entrée de Mahmood avec des œufs, des hot dogs, des chewing-gums avec un message qui disait : « Tout le monde te hait, violent connard ».   Quand la parole en vient à être considérée comme une forme de violence,  le protectionnisme vindicatif peut justifier une réponse hostile et peut-être même violente.

En Mars, la direction des étudiants de l’Université d’Ithaca, dans l’upstate New York, est allée jusqu’à proposer la création d’un système de report de micro-agressions anonymes. Les sponsors des étudiants envisageaient certaines formes d’actions disciplinaires contre les “oppresseurs” engagés dans des discours de dénigrement. Un des sponsors du programme a dit que “bien que les faits ne demanderont pas tous un procès ou une  sorte de brutale punition”,   elle voulait que ce programme soit « une sorte  mémoire enregistrée avec un impact”.

Il est certain que les gens font des remarques sexistes ou racistes subtiles ou finement voilées sur les campus, et il est normal que les étudiants posent des questions sur de tels faits. Mais la montée du centrement sur les micro-agressions ajoutée à la légitimation du raisonnement émotionnel est une formule pour un état d’outrage constant, même à l’encontre d’intervenants bien intentionnés essayant d’engager une discussion authentique.

Que faisons-nous quand nous encourageons nos étudiants à déveloper une susceptibilité hypertrophiée pendant les années juste avant qu’ils quittent le cocon de la protection adulte et entre dans le monde du travail ? Ne peut-on créer de meilleures réactions et accorder à chacun le bénéfice du doute.

Enseigner aux étudiants à catastrophiser et à avoir une tolérance zéro.

Burns  définit la « catastrophisation » catastrophizing comme une sorte de développement qui change «  tout évènement banal en un monstre cauchemardesque ». Leahy, Holland, et McGinn le définissent comme le fait de « croire que ce qui s’est produit ou va se produire » est « si horrible et insupportable que vous n’allez pas être capable de le supporter. » Les demandes de déclencheurs d’avertissement impliquent la catastrophisation, mais cette façon de penser s’applique à d’autres zones du campus également.

La rhétorique catastrophiste à propos des dangers physiques est utilisée par les administrateurs des campus plus fréquemment qu’on pourrait le penser. Quelquefois, semble-t-il, avec des fins cynique à l’esprit. Par exemple les administrateurs de la Bergen Community College, dans le New Jersey ont suspendu un professeur, Francis Schmidt, a posté une photo de sa fille sur son compte Google. La photo la montrait dans une posture de yoga, portant un teeshirt où était inscrit « Je prendrai ce qui est mien avec le feu et le sang », une citation du film de HBO Game of Thrones. Schmidt avait effectué une requête contre l’école deux mois plus tôt pour avoir été exclu d’un congé sabbatique.  La citation a été interprétée comme une menace par l’administrateur du campus, qui a reçu une notification après que Schmidt ait posté la photo, elle avait été envoyée, automatiquement à tout une groupe de ses contacts. Selon Schmidt, un responsable de la sécurité de Bergen sprésent au meeting entre les administrateurs qui a suivi pensait que le mot « feu » pouvait se référer à un AK-47s.

Puis on peut trouver cette sage datant de huit années à l’Université de Valdosta State en Georgie, où les étudiants ont été renvoyés suite à une protestation contre la construction d’un parking en postant un collage supposé « menaçant » sur Face Book. Ce collage décrivait la structure à venir comme un Parking memorial, une plaisanterie se référant aux propos du Président de l’université affirmant que ce garage ferait partie de son héritage. Le Président a conclu de ce collage qu’il menaçait sa vie.

Il ne devrait pas sembler surprenant que les étudiants montrent des sensibilités similaires. Dans l’Université de   Central Florida en 2013,  par exemple Hyung-il Jung, un conseiller en comptabilité a été suspendu après qu’un étudiant est rapporté qu’il avait fait  un commentaire menaçant pendant une cours. Jung a expliqué Orlando Sentinel  que le contenu sur lequel il travaillait était difficile et qu’il avait noté que les visages  étaient contractés, alors il a fait une plaisanterie ; « Il semble que vous êtes lentement suffoqués par ces questions », se rappelle-t-il avoir dit : «  Je suis pris d’une folie meurtrière ou quoi ? ».

Après que l’étudiant eut rapporté ce commentaire de Jung, un groupe d’une vingtaine de personnes ont envoyé des emails à l’administration expliquant qu’il s’agissait d’une clairement d’une plaisanterie. Malgré cela, Jung a été suspendu de toute intervention dans le champ universitaire et obligé de faire établir un certificat par un professionnel de la santé attestant qu’il « n’était pas une menace pour lui-même ou pour les membres de la communauté universitaire. » avant de pouvoir être autorisé à revenir sur le campus.

Tout ceci nous enseigne que des individus intelligents réagissent d’une façon outrancière à des propos anodins, font des montagnes de détails et cherchent la punition pour tous ceux dont les mots pourraient mettre mal à l’aise n’importe qui.

Filtre mental et saison de désinvitation

Comme Burns le définit, le « filtrage mental » est une façon de  « sélectionner les détails négatifs  dans toutes les situations et de ne se concentrer que sur eux, et donc de percevoir que l’ensemble de la situation est négative. »

Leahy, Holland, et McGinn se réfère à ceci comme « filtre négatif », qu’ils définissent comme étant « centré presque exclusivement sur le négatif et rarement sur le positif ». Lorsqu’il est appliqué à la vie sur le campus, le filtrage mental permet des démonisations simplettes.

Les étudiants et les membres de la faculté en grand nombre se sont mode lés   sur cette distortion cognitive pendant la  « disinvitation season. » de 2014.

C’est le moment de l’année –  généralement au début du Printemps, ou les noms des intervenants de la cérémonie de remise des diplômes sont annoncés et où les étudiants et les professeurs exigent que certains soient «  désinvités » à cause des choses qu’ils ont pu faire ou dire. Selon les informations rassemblées par la Foundation for Individual Rights in Education, aux USA, depuis 2000, au moins 240 campagnes ont été menées afin d’empêcher des personnages publics d’apparaître lors d’événements sur les campus, la plupart d’entre elles ayant eu lieu depuis 2009

Considérons deux des cibles les plus connues de ces désinvitations : l’ancienne Secrétaire d’état Condoleezza Rice et la Directrice du Fond monétaire international Christine Lagarde, qui fût la première femme à devenir ministre des finances d’un pays du G8 et la première femme à la tête du FMI. Ces deux intervenants auraient pu être considérés comme des modèles de grand succès pour les étudiantes, et Rice pour les étudiants minoritaires également. Mais les critiques, en fait, ont annulé tout ce qui pouvait émerger de positif de leurs interventions.

Les membres de la communauté académique bien sûr devraient être libre de poser des questions sur le rôle de Rice dan la guerre d’Irak ou de considérer d’un œil sceptique la politique du FMI. Mais le fait de disqualifier une partie du curriculum d’un individu doit-il l’empêcher de partager ses points de vue ?

Si la culture des campus génère l’idée que les visiteurs doivent être “ purs” , avec des CV qui n’offensent jamais la sensibilité généralement libérale de gauche des campus, alors les études supérieures auront effectué un nouveau pas vers l’homogénéité intellectuelle et la création d’un environnement dans lequel les étudiants rencontrent rarement des points de vue divers.  Et les universités auront réenforcé la croyance qu’il est naturel de filtrer les éléments positifs. Si les étudiants croient qu’ils  ne peuvent rien apprendre  de gens qu’ils n’aiment pas ou de ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord, nous les aurons desservis sur le plan intellectuel.

Que peut-on faire maintenant ?

Les tentatives pour protéger les étudiants contre les mots, les idées, et les gens qui pourraient leur causer un inconfort émotionnel sont mauvais pour eux. Ils sont mauvais pour le lieu de travail, qui vont se trouver pris dans un bourbier de procédures sans fin si les attentes des étudiants pour leur sécurité sont entendues. Elles sont mauvaises pour la démocratie américaine, qui est déjà paralysée par un esprit partisan qui empire. Quand les idées, les valeurs, et les discours de l’autre côté ne sont pas seulement considérés comme faux mais comme volontairement agressifs à l’endroit de personnes innocentes, il est difficile d’imaginer le genre de respect mutuel, de négociation et de compromis requis pour transformer la politique en jeu à solde positif.

Plutôt que de protéger les étudiants contre des mots ou des idées qu’ils rencontreront inévitablement,  les universités devraient faire leur possible pur les équiper afin qu’ils puissent s’épanouir dans un monde plein d’idées et de mots qu’ils ne peuvent pas contrôler. Une des grandes vérités  apprises par le Bouddhisme ( et le Stoïcisme, l’Indouisme et de nombreuses autres traditions) est que vous ne pouvez jamais atteindre le bonheur en essayant de rendre le monde conforme à vos désirs. Mais que vous pouvez contrôler vos désirs, vos habitudes et vos pensées.  Ceci, bien sûr est le but de la thérapie cognitive-comportementale. Avec ça à l’esprit, voici quelques-unes des étapes qui peuvent aider à retourner le sens du courant de la mauvaise pensée sur les campus.

Le pas le plus important dans la bonne direction n’implique pas  les administrateurs de la faculté mais plutôt le gouvernement fédéral, qui devrait libérer les universités de la peur d’investigations déraisonnables et de sanctions par le Département de l’éducation. Le Congrès devrait définir le harcèlement entre pairs selon la définition de la Cour suprême selon les standards du cas de Davis v. Monroe County Board of Education. en 1999  qui dit qu’un seul commentaire ou une remarque irréfléchie fait par un étudiant n’est pas l’équivalent d’un harcèlement, le harassement implique un modèle de comportement objectivement agressif d’un étudiant sur un autre et qui a des conséquences sur l’accès de celui-ci à son éducation.

Appliquer les standards de Davis pourrait aider à éliminer la tendance de l’université à policer le discours étudiant avec tant de zèle.

Les universités elles-mêmes devraient essayer d’éveiller la conscience à propos du besoin d’équilibre entre la liberté de parole et le besoin de favoriser l’accueil de tous les étudiants. Parler ouvertement à propos de telles valeurs importantes mais conflictuelles est la sorte de défi que toute communauté diverse mais tolérante doit apprendre à se lancer. Les codes de discours restreint devraient être abandonnés.

Les universités devraient également officiellement et fortement décourager les déclencheurs d’alerte. Elles devraient adopte les conclusions du rapport des Professeurs de  l’American Association of University qui note : «  La présomption que les étudiants ont besoin d’être protégés plutôt que défiés dans une classe est à la fois infantilisante et anti-intellectuelle. » Les Professeurs devraient  être libres d’utiliser des déclencheurs d’avertissement  si ils le croient bons, mais en décourageant explicitement cette pratique, les universités aideraient à fortifier la faculté contre les  demandes de plaintes des étudiants dans de tels cas.

Finalement, les universités devraient repenser les compétences et les valeurs à privilégier pour leurs étudiants. Actuellement, beaucoup de programmes d’orientation pour les étudiants en licence tentent de développer la sensibilité des étudiants d’une façon quasiment impossible.  Enseigner aux étudiants à éviter de provoquer involontairement des offenses est un but important, spécialement quand les étudiants viennent de milieux et de cultures différents. Mais les étudiants devraient également apprendre à vivre dans un monde empli d’offenses potentielles. Pourquoi ne pas leur apprendre à pratiquer la thérapie cognitive-comportementale  ? Etant donné le niveau élevé et croissant des maladies mentales, ce simple pas pourrait être un soutien des plus humains qu’une université puisse faire. Le coût et l’investissement en temps pourraient être maintenus bas, on pourrait ajouter l’usage de quelques sites web ou d’applications à des entrainements de groupe. Mais le résultat pourrait être rentable de plusieurs façons.  Par exemple, un vocabulaire partagé touchant le raisonnement, les distortions communes, et l’usage approprié des preuves afin de tirer des conclusions qui faciliteraient la pensée critique et un réel débat. Cela calmerait aussi l’état d’outrage perpétuel qui semble avoir absorbé certaines universités, permettant aux étudiants de pouvoir ouvrir leurs esprits plus largement aux nouvelles idées et aux nouvelles personnes. Un plus grand engagement dans les débats  publics officiels sur les campus et aux assemblées dans une faculté plus diverse politiquement pourraient servir ce but.

Thomas Jefferson, en fondant l’université de Virginie  a dit :

Cette institution sera basée sur la liberté infinie de l’esprit humain. Parce qu’ici, nous ne sommes pas effrayés de suivre la vérité où qu’elle mène, ni de tolérer les erreurs tant que la raison est maintenue libre pour les combattre. Nous croyons que c’est encore- et sera toujours- la meilleur attitude pour les universités américaines. Facultés, administrateurs, étudiants, et le gouvernement fédéral ont tous un rôle à jouer afin de restaurer les universités dans leur mission historique.”

Power, identity, and speech in the new American university
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Traduction : Elisabeth Guerrier

Les désarrois de l’enseignante Mona Shaw

Il a semblé urgent, des urgences qu’on saisit en entendant le son des ambulances, de traduire ce post FB écrit par Mme. Mona Shaw La certitude, étayée à la fois par l’expérience professionnelle quotidienne et par les informations touchant les radicalisations dogmatiques de nombreuses universités  en France mais surtout outre-Atlantique et outre-Manche, que le cataclysme environnemental attendu s’accompagnait d’ un cataclysme de la pensée venant, à travers ce genre de témoignages lancés à la volée, comme une alarme sur l’état de déréliction intellectuelle de la génération que nous avons en charge d’éduquer. 

Le piège de l’analyse est pernicieux car le glissement qui s’est opéré entre le lieu détenteur de savoir,  supposé être transmissible,  et la revendication d’une inanité de ce même savoir par ceux qui sont supposés y accéder rend les tâches complexes. Nous sommes dans une montée de la vision totalitaire et quasiment d’essence divine d’un “nouveau” gratifié en soi des qualités d’une connaissance sans devoir passer par les filtres de l’expérience et de ses analyses, ni, pire peut-être, par le frottement des constructions  de ce même savoir avec les productions de tous ceux et celles qui ont travaillé, depuis des centaines d’années,  des milliers d’années, à donner ce qu’on nomme du “sens” à la vocation humaine pour le doute et la précarité  de sa présence. 

Le mouvement idéologique qui a présidé à cet abandon de poste est de sources multiples, qui se répercutent les unes sur les autres comme à chaque profond changement des valeurs et des repères.  Il a, par contre, avec lui, la force d’une sorte de bénédiction globale d’office, même si, comme il est lisible dans l’article ci-dessous, il s’étaye sur des apories, des contradictions, des illogismes flagrants dans son argumentaire. En effet, ce qui le rend si résistant à la critique, c’est l’ “effet innovant ” dont il se targue, celui qui a présidé à toute nouvelle intégration de la techné dans nos vies, à toute acquisition de nouvelles habitudes ou de nouveaux discours.  Credo inaliénable du consumérisme, credo des vagues de “changement” érigées comme incontournables sans jamais avoir à démontrer leur nécessité ni leur logique. Bien-pensance créditée “en soi ” d’un bénéfice qui n’est pas celui du doute et qui permet à la génération dite montante de savoir mieux, pour tout,  que ses aînées sans avoir à l’argumenter. Ce qui complique évidemment terriblement son accès à un apprentissage, quel qu’il soit et lui ôte simultanément toute idée de sa nécessité. Je sais donc je suis. Et je sais ce qu’il en est sans avoir jamais à le chercher.  Le langage lui-même, support de toute recherche et suppôt du Satan de l’épistémé encaisse, d’une façon durable, les effets secondaires de ce transfuge, en devenant lentement mais sûrement d’un usage obsolète. Les idées sont mortes car inutiles, les mots pour les dire suivent l’enterrement. Un chef d’entreprise en arrive à penser que échanger, comme le font ses jeunes recrues, par émoticônes uniquement, est la solution d’avenir. Parce qu’ils sont jeunes et que dans le déni des fruits de l’expérience, ils existent et ont raison en incarnant l’ouverture à des formes de marchés potentiels.

Il va de soi que la nature de ce même avenir sera difficilement questionnable et pire supportable sans plus de mots pour la décrire ni pour nous, humains aliénés, supporter dans notre vide interstellaire. EG

Ils ne savent rien.

Il y a quelques années, j’étais assise dans une pièce avec des étudiants fraîchement inscrits à l’Université. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de l’éditorial que je leur avait transmis.

Aucun ne l’avait lu. Lorsque je leur ai demandé pourquoi, un jeune homme a répondu d’un air infatué : ” Je ne lis jamais rien de plus de deux-cents mots. “

” Sérieusement ? ” lui ai-je répondu ?

” Si vous ne pouvez pas le dire en deux-cents mots, c’est que vous n’avez rien à dire. ” a-t-il dit et le reste de la classe a acquiescé.

Une jeune femme a ajouté : ” Peut-être d’autres jeunes de notre âge le font-ils mais les étudiants ne lisent pas de texte qui sont longs. Vous n’êtes pas allée à l’Université apparemment ? “

Elle était sérieuse. ce n’est pas tant l’étonnement sur la façon dont ils avaient obtenus leurs examens, c’est la fierté exhibée  sur cette position qui m’a déroutée.  Ils n’étaient pas particulièrement patient dans la transmission de leur sagesse concernant la communication efficace à cette vieille femme.  Comment pouvais-je ne pas savoir ça ?

Ils n’avaient jamais lu ” La couleur pourpre ” ( The purple color ) et ne savaient pas qui était Alice Walker. Une d’entre eux pensait qu’elle avait peut-être vu le film.

” Est-ce que Oprah jouait dedans ? “

Ils n’avaient jamais rien lu de W.E.B du Bois, ou de Frederick Douglass, ou de Tillie Olsen ou d’Angela Davis, quand elle était encore radicale. Ils étaient fiers de connaître quelques citations de Martin Luther King mais aucun n’avait lu ses brillants essais en entier, y compris les “Lettres de la prison de Birmingham “.  Bien sûr aucun d’entre eux n’avait lu le ” Farenheit 451 ” de Ray Bradbury. L’objet de ce roman était perdu pour eux de toute façon.  Lorsque j’ai dit la citation fameuse de Bradbury : “Vous n’avez pas besoin de brûler les livres pour détruire une culture, faites en sorte simplement que les gens ne les lisent plus. ” Ils ont haussé les épaules.  

Ils venaient tous de familles inhabituellement privilégiées. Des familles où ils reçoivent de voitures neuves lorsqu’ils obtiennent leur diplôme.  Ils étaient tous blancs. 

Ceux qui mettent leur temps, leur âme, leur sang dans l’écriture du panorama et de la diaspora de  la souffrance humaine ne leur offre rien de ce qu’ils ont besoin d’apprendre. Ils n’étaient pas même curieux d’eux-mêmes.  Ils supportaient mal l’idée qu’ils auraient dû l’être.

” Je n’espère pas que qui que ce soit soit curieux à mon sujet ” m’a  dit l’un d’eux.

Même si ils souhaitaient être militants, il suffisait de leur donner quelques phrases sexy, quelques notes de Cliff et ça allait suffire. Ils ne savent rien, ni dans le contexte universitaire, sans parler du contexte de leur propre expérience.

Nous sommes dans la merde mes amis…

Traduction : Elisabeth Guerrier