AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Davos

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Troisième partie

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Troisième partie : les liens entre la BMGF et les corporations.

 

 

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Les priorités de la Fondation dans son support aux compagnies. Les relations très étroites entre la Fondation et le géant des céréales et des chimiques Monsanto sont bien connues. La BMGF, qui possédait avant des actions dans la compagnie, a promu plusieurs projets dans lesquels Monsanto est le bénéficiaire, notamment dans le champ de la recherché OGM ( voir section 3) . Mais la BMGF  est la partenaire de nombreuses autres multinationales, notamment dans le domaine de l’agriculture – où la Fondation est un grand incitateur de chimiques et de semences patentées. – et dans le domaine de la santé- – où elle finance des projets dans lesquels la grosse pharmacie est la bénéficiaire. Par exemple, la Fondation travaille avec le géant Cargill sur un projet de 8 millions pour «  développer la valeur de la chaîne de soja » en Afrique du sud. Le projet est supposé durer quatre ans, commencer au Mozambique et en Zambie où il est dirigé vers 37.000 petites fermes mais il devra se répliquer dans d’autres régions. Cargill est le plus gros joueur mondial dans la production et le commerce de soja avec de lourds investissements en Amérique latine où le soja GM a déplacé des populations rurales et causé des dommages environnementaux. Le projet financé par la BMGF  rendra vraisemblablement Cargill capable de prendre possession d’un marché soja africain et de finir par introduire le soja GMs. Les finalités de ces marchés sont en relation avec l’industrie fast food, KFC, dont l’expansion sur le continent est favorisée par le projet. 108 Les petits fermiers peuvent bénéficier de ce projet mais seulement en tant que participant à la chaîne de valeur dominée par les grosses entreprises.109 La BMGF supporte également Cargill et d’autres multinationales en  fournissant 34 millions à la World Cocoa Foundation dans le cadre d’un projet tendant à «  améliorer l’efficacité commerciale, l’efficacité productive «  pour les fermiers du cacao en Afrique de l’ouest. Le projet fournit : «  des atouts correspondants aux industriels voulant se concentrer sur l’amélioration de la productivité du cacao. ». 110 La World Cocoa Foundation est un corps industriel représentant les principales compagnies alimentaires productrices de cacao comme Nestlé, Mondelez et Mars. La BMGF soutient également des projets impliquant d’autres entreprises chimiques et céréalières.

  • DuPont Pioneer est le groupe scientifique leader partenaire dans le projet finance par la BMGF de production de sorgho biofortifié. Ce qui tend à «  développer un sorgho transgénique (i.e génétiquement modifié) qui contienne un niveau plus élevé d’éléments nutritionnels , spécialement de la lysine, de la Vitamine A, du fer et du zinc. ».111
  • Syngenta est supporté par le financement de la Fondation of the Innovative Vector Consortium ( IVCC), qui cherche à développer des technologies anti-malaria. Comme partie du programme, Sygenta a mobilisé un équipe autour du spray Actellic, qui combat les insectes résistants aux insecticides.112
  • Bayer est supporté à travers le « Better Access to Safe and Effective Contraception Project », qui cherche à promouvoir la contraception pour les femmes des pays à bas revenus.113 La BMGF est aussi supposé collaborer à la promotion de la nouvelle approche chimique et de la protection biologique des semences ( i.e encourager les ventes agro-chimiques et les semences génétiquement modifiées) dans les pays du Sud.114 Certains des projets cités ci-dessus sont préoccupants en eux-mêmes. Certains, pris isolément pourraient être positifs. Mais le context est critique – les projets posent la question du financement par la BMGF des compagnies déjà avec des ressources massives à leur disposition et dont le pouvoir même est souvent partie du problème quand il s’agit de faire face à des questions mondiales. Pareillement, la BMGF supporte une quantité de laboratoires pharmaceutiques, dont certains impliquent du partenariat mondial public-privé, noté à la section 1. La BMGF a, par exemple, donné à GlaxoSmithKline deux subventions pour un vaccin anti-ebola et pour un travail anti-tuberculose et anti-malaria.115 En Juin 2013, la BMGF a aussi finance Merck afin de supporter le développement et l’enregistrement de nouvelles méthodes de traitement du schistosomiasis (une maladie cause par des vers parasites aussi connue sous le nom de bilharzia.).116 La BMGF est aussi partenaires de Merck dans leur financement conjoint du projet de partenariat African Comprehensive HIV.AID du Botswana HIV/AIDS.117 L’ONG qui a reçu les fonds les plus importants dans le domaine de la santé de la Fondation est le Programme for Appropriate Technology in Health (PATH), qui a reçu des fonds énormes, aux alentours de 1 milliard, principalement pour la recherche médicale et le développement. Ce supplément de fonds fait de PATH virtuellement un «  agent de la Fondation », selon d’expert de la santé David McCoy, écrivant dans The Lancet. 118 PATH est également fermement inclus dans l’industrie pharmaceutique. Il se décrit comme un “ innovateur en tête sur la plan de la santé mondiale et un pionnier dans l’appréciation de l’expertise et des ressources des partenaires entreprises pour conduire des innovations de taille. » PATH travaille avec plus de 60 entreprises-partenaires afin de créer « des solutions basées sur le marché » y compris des groupes pharmaceutiques comme Merck et Sanofi, la compagnie minière BHP Billiton et d’autres firmes notables – Microsoft. 119 La Fondation tire aussi profit de ses investissements dans des entreprises qui contribuent à l’injustice sociale et économique. Elle distribue des fonds à des bénéficiaires pendant que la BMGF Trust s’occupe des enjeux des dotations et investit dans les compagnies. Bill et Melinda Gates sont les seuls membres du Conseil d’administration du la Trust quand ils sont rejoints par Warren Buffet comme conseiller supplémentaire de la Fondation  .ii La plupart des fonds de la BMGF pour ses œuvres charitables dérive des investissements de la BMGF Trust dans des compagnies qui contribuent en premier lieu aux problèmes de pauvreté, d’inégalité et d’injustice.  Selon ses bilans financiers, la Trust avait 29 milliards d’investissements dans les actions et les bonds d’entreprises  en 2014.120 Les investisseurs comprennent certaines des compagnies les plus critiques au monde pour leur investissements dans les abus en droit humain ou environnemental ou en fraude fiscale.121 En ce qui concerne 2014, la BMGF Trust avait des investissements dans les compagnies minières  :
  • Barrick Gold, BHP Billiton, Freeport McMoran, Glencore, Rio Tinto, Vale and Vedanta et les Compagnies d’agrobusiness Archer Daniels Midland, Kraft, Mondelez International, Nestle and Unilever
  • Les compagnies chimiques et pharmaceutiques BASF, Dow Chemicals, GlaxoSmithKline, Novartis, and Pfizer
  • L’entreprise de boisson Coca-Cola, Diageo, Pepsico and SABMiller
  • La chaîne US multinationale Wal-Mart.

 

Comme à la fin 2014, la BMGF a aussi investi à hauteur de 852 millions en construction de la Compagnie Caterpillar, qui a été accusée depuis longtemps de complicité dans l’abus des droits de l’homme sur les territoires palestiniens occupés.122 BAE Systems, le plus grand exportateur d’armes de GB est un autre investissement. 123 La BMGF Trust a un passé d’investissement dans les compagnies de fast food qui contredit ses tentatives de politique nutritionnelle mondiale – une de ses zones d’intervention prioritaire. Elle était actionnaire chez Mac Donald jusqu’à Décembre 2014. Et est toujours actionnaire de Arcos Dorados – la chaîne la plus importante de restauration rapide et la franchise Mac Donald la plus grande au monde intervenant dans 2602 restaurants.124 Des recherches récentes par The Guardian ont montré que la BMGF Trust avait des enjeux de plus de 1.4 milliards dans les compagnies d’énergies fossiles. Les compagnies ne comprennent pas que BP mais aussi Anadarko Petroleum – qui s’est vu devoir payer récemment 5 milliards d’amende pour un nettoyage environnemental et la Compagnie de mines brésilienne Vale- élu comme la compagnie la plus méprisante de l’environnement et des droits humains dans les Awards de l’œil public annuel. L’étude du Guardian a également trouvé que la BMGF Trust avait des investissements dans 35 des 200 compagnies classes pour leurs réserves de carbones. Ceci inclut le géant du charbon anglo-américain, BHP Billiton, Glencore Xstrata et Peabody Energy et les principales compagnies Shell, ConocoPhillips, Chevron, Total et Petrobras. TCes investissements promeuvent difficilement l’un des soucis principaux de la BMGF – la santé mondiale. Un rapport récent rédigé par le Journal médical The Lancet et l’University College de Londres a conclu que le changement climatique est  la menace mondiale la plus grosse du 21ième siècle .125

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Bill Gates a annoncé en Juin 2015 qu’il investirait 2 milliards dans des projets d’énergies renouvelables.126 Cependant, Gates a dit en Octobre 2015 que l’abandon de l’énergie fossile était une fausse solution tout en accusant les environnementalistes de fausses affirmations sur le prix de l’énergie solaire.127 Le manège des entreprises La viabilité financière de la BMGF est intimement liée à la prospérité de l’Amérique néolibérale. Non seulement le BMGF Trust investit dans des corporations mais elle utilise ses fonds pour supporter certaines d’entre elles. Comme noté plus haut, le BMGF Trust a diverses actions dans des compagnies pharmaceutiques qui bénéficient du partenariat privé-public financé par la Fondation. Elle a aussi des actions dans plusieurs compagnies produisant de l’agro-chimique et des semences qui bénéficient des grosses promotions d’engrais utilisés en Afrique (voir section 3 en-dessous). La BMGF possédait 538 millions d’actions chez Coca Cola en 2014.128 En même temps,  quelques fondations BMGF encouragent les communautés dans les pays en voie de développement à devenir des affiliés de Coca.  129 La BMGF investit en collaboration avec Coca, dans la production de fruits de la passion au Kenya pour l’exportation. Dans ce projet, 50.000 fermiers sont entraînés à produire pour la chaîne d’approvisionnement de Coca.130  La présence dans la firme Coca Cola contredit les vœux clairement explicités de la Fondation de se battre pour une alimentation mondiale. Le BMGF Trust a précédemment investi dans d’autres compagnies qui bénéficiaient de ses propres financements, notablement Monsanto et un ensemble de groupements pharmaceutiques multinationaux comme Merck (dont les actions furent vendues principalement en 2009). 131 La BMGF Trust avait des actions dans Merck à un moment où elle supportait l’African Comprehensive AIDS and et le partenariat pour la Malaria, mentionnés ci-dessus. A fortiori, le plus important investissement de la BMGF Trust est dans le groupement US   Berkshire Hathaway, dont le chef exécutif est Warren Buffett – une des valeurs sûres de la BMGF – qui a donné des milliards à la Fondation.133 Berkshire Hathaway a 60 succursales principalement basées aux US dans des secteurs comme l’agriculture, l’énergie, l’alimentation, les medias, les transports, l’électronique, la chimie, la joaillerie, le mobilier et les assurances.134 Bill Gates a aussi fait office de membre du conseil d’administration de  Berkshire Hathaway. 135 qui a des actions dans de nombreuses entreprises qui bénéficient également des financements de projets de la BMGF comme  GlaxoSmithKline et Mondelez International. 136 Nombreux parmi les ONGs et bénéficiaires académiques des donations travaillent aussi en partenariat avec des entreprises dans lesquelles le BMGF Trust investit et.ou  qu’elle supporte. Par exemple, comme note plus haut, l’ONG US PATH – le plus grand bénéficiaire des financements santé de la Fondation – travaille en partenariat avec Merck. 137  Dans le domaine de l’agriculture, l’ONG  qui a reçu les fonds les plus importants de la Fondation, ( 85 millions) est Technoserve .138, don’t la devise est « Des solutions économiques à la pauvreté » et qui fonctionne comme « catalyseur et partenaire pour renforcer les marchés », croyant  dans «  le pouvoir de l’entreprise privée de transformer les vies ».139 Technoserve est l’une des nombreuses ONGs pro-business basée aux US et supportée par BMGD en lien étroit avec USAID.

 

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Davos 2013

 

 

La BMGF fait partie du conseil d’administration de l’America Most où travaillaient précédemment des entreprises multinationals basées aux US, y compris celles dans lesquelles elle avait investi ou prmues d’une manière ou d’une autre. C’est particulièrement le cas avec les programmes de santé de la BMGF, ainsi le travail de la Fondation dans ce domaine est mené non pas par des professionnels de la santé publique que par des anciens exécutifs de l’industrie pharmaceutique. À titre d’exemple :

  • Sue Desmond-Hellmann, le PDG de la BMGF a passé 14 ans chez Genetech, une compagnie phare du secteur de la biotechnologie et était précédemment chancelière de l’Université de Californie à San Francisco où elle a appuyé la création de recherché en partenariat avec des leaders de l’industrie comme Pfizer et Bayer.140
  • Leigh Morgan, Directeur de l’exploitation, ayant précédemment travaillé chez GlaxoSmithKline et Genentech.141
  • Emilio Emini a rejoint la BMGF en 2015 comme Directeur du HIV, venant d’une position d Directeur scientifique et Vice-Président de la recherché vaccine chez Pfizer., il était déjà Conseiller principal à la Fondation Gates de l’équipe HIV. Précédemment, Emini était le Directeur fondateur du Département de recherche antivirale chez Merck et le Vice-président de la Recherche en vaccination et en biologie de chez Merck.142
  • Keith Chirgwin, Directeur des affaires scientifiques et réglementaires à la Fondation BMGF était précédemment Président de la recherché chez Merck Labs.143
  • Penny Heato, qui est repnsable du secteur du développement de la vaccination à la BMGF était Responsable mondial de la recherche Clinique et des groups de développement pour Novartis Vaccins et diagnostiques et Directeur general des vaccins et de la recherché Clinique chez Merck Laboratories.144
  • Trevor Mundel, Président de la santé mondiale à la BMGF, qui dirige la recherche à la fondation et le développement santé, vaccins et médicaments, était précédemment investi dans la recherche Clinique chez Pfizer.145

De même façon, le travail de l’agriculture et de la communication de la fondation est largement mené par d’anciens exécutifs d’entreprises de l’agrobusiness.

  • Rob Horsch, qui est responsable de l’équipe de Recherche et de développement agricole, a travaillé à Monsanto pendnant 25 ans avant de joindre la BMGF.146
  • Sam Dryden, le chef du Développement agricole à la BMGF, travaillait auparavant chez Monsanto, à la compagnie chimique géante Union Carbide (où il a aidé à établir Dow Agrosciences, une des compagnies de graines génétiquement modifiées les plus importantes au monde) et il a été responsable de deux des plus grandes compagnies de plans GM au monde) Il a aussi été PDG de Emergent Genetics, la troisième compagnie américaine de plans de coton, qui a été vendue à Monsanto en 2005.147
  • Miguel Veiga-Pestana, Responsable de la communication à la BMGF, était précédemment vice-président des stratégies durables globales et des promotions externes chez Unilever.148

25 La Fondation et les extensions de Microsoft en Afrique – comme étude de cas, il est peut-être peu connu que Microsoft – la source de l’argent de Bill Gates – a des intérêts commerciaux majeurs en Afrique. Microsoft a 22 bureaux dans 19 villes à travers 14 pays et a un réseau de plus de 10.000 partenaires en Afrique .149 La compagnie fait des affaires en Afrique depuis 20 ans, ce qui fait remonte ses activités autour de 1995, peu de temps avant que Bill et Melinda Gates commencent leurs activités d’aide humanitaire en 1997.150 Des rapports suggèrent que les investissements de Microsoft en Afrique ont crû régulièrement, avec un accent particulier mis sur le secteur de l’éducation, ainsi que sur les services financiers et le secteur du pétrole et du gaz.151.

L’expansion de Microsoft a coïncidé avec  des activités croissantes de la BMGF sur tout le continent. La BMGF et Microsoft ont toujours été  entremêlés étant donné le rôle personnel de Bill Gates dans les deux. Pareillement deux anciens chefs de l’exécutif de la BMGF étaient à Microsoft – Jeff Raikes, qui a été une des figures clef après Gates et le co-fondateur de Microsoft Paul Allen, qui a été chef de l’exécutif dans la BMGF jusqu’à 2013.152 Ecrivant dans The Guardian, Andy Beckett a spéculé que « une suspicion demeure, s’effaçant lentement  mais encore présente, que les activités de la fondation sont comme une sorte de pénitence pour le comportement de domination mondiale de Gates avec Microsoft – ou une contribution à cette domination mondiale par d’autres moyens. ».153 Le dernier point de Beckett n’infère pas de théorie du complot mais pointe plutôt les conflits d’intérêts  entre les deux organisations de Gates. Gates lui-même voit peut d’opposition entre faire de l’argent et faire le bien. Il semble simplement rationnel d’avancer que la BMGF aide Microsoft – en promouvant le développement conduit par des multinationales en Afrique, en aidant à faire élire des gouvernement favorables à l’industrie et en entreprenant des activités qui donnent à Bill Gates un bonne aura. Microsoft voit clairement l’Afrique comme l’opportunité d’un nouveau terrain de business. La Microsoft 4Afrika Initiative, lancée en  Février 2013, est comme le dit la compagnie : « un nouvel effort à travers lequel la compagnie va s’engager activement dans le développement économique africain pour améliorer sa compétitivité mondiale. »

« L’initiative promeut le développement de Windows 8 et des applications de Windows Phone et  représentent notre implication de plus en plus importante en Afrique alors que nous célébrons notre 20ième année d’échanges commerciaux sur ce continent. Comme nous attendons nos nouvelles vingt années, nous voulions explorer de nouvelles façons de relier la croissance de notre commerce avec les initiatives afin d’accélérer la croissance sur ce continent. La Microsoft 4Afrika Initiative est construite sur la double certitude que la technologie peut accélérer la croissance en Afrique et que l’Afrique peut aussi accélérer la croissance du monde ».154

Ali Faramawy, le vice-président de Microsoft pour  le Moyen Orient et l’Afrique  a écrit que : « Le monde a reconnu la promesse de l’Afrique et Microsoft veut investir dans cette promesse… A Microsoft nous voyons le continent africain comme un changeur de donne de l’économie mondiale. » 155 Faramawy note que Microsoft 4Afrika Initiative  vise à  placer des dizaines de millions de smartphones entre les mains de la jeunesse africaine d’ici 2016, principalement le Windows phone 8, un projet partagé avec la firme Chinoise Huawei. Le marché est vaste puisque en Afrique aujourd’hui, les smartphones ne sont que 10% de l’ensemble des appareils téléphoniques sur le marché.156 Fernando de Sousa, le Responsable Microsoft pour Africa Initiative  a dit que : L’usage des smartphones en Afrique croît plus rapidement que n’importe où ailleurs dans le monde.157 Microsoft affirme que : « Le lancement de Microsoft 8 et de nombreux autres nouveaux produits dans les mois qui viennent représente une nouvelle ère pour Microsoft, qui va redéfinir la technologie industrielle à un niveau mondial. Ces investissements supplémentaires sous la bannière de 4Afrika vont aider à redéfinir une nouvelle ère pour notre compagnie en Afrique. » 158

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Quatrième partie : samedi 11 juin

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La civilisation de Davos

Cette traduction d’un article d’Alternet vient au moment où le Club de Davos célèbre sa grande messe annuelle et détermine ce qu’il adviendra de ses montagnes de richesse et des masses qui les leur créent. Elle sera suivie par une analyse plus longue mais beaucoup plus approfondie  de Global Justice qui met à jour les rouages des fondations caritatives qui maintiennent à coup de milliards l’illusion que ce système peut panser les plaies qu’il génère. C’est une des positions du libéralisme depuis son origine, les maux que le capitalisme engendre sont, sous couvert de religiosité, de bonne conscience ou de simple désir de notoriété, évacués dans leurs conséquences par des outils financiers qui nient leurs causes. L’article qui suit est, à nos yeux, un peu sommaire dans ses analyses et ne fait que développer superficiellement des arguments qui sont de l’ordre de la conscience populaire de base alors que ce qui manque à cette conscience sont les outils d’un savoir précis sur ce qui la manipule avec le cynisme que l’on constate chaque jour. Il a l’avantage de nous remettre au goût du jour les fêtes qui se déroulent sur notre dos et le système idéologique morbide qui les organise. Il a l’avantage de nous rappeller que nous sommes, complètement, sans rémission autre que ce qu’on imagine être une nouvelle révolution, soumis à la civilisation de Davos. EG

 

The Davos Club: Meet the people who gave us a world in which 62 people own as much as 3.8 billions.

Le Club de Davos : Rencontrez les individus qui nous ont donné le monde dans lequel 62 personnes possèdent autant que 3.6 milliards.

Ceux de Davos parlent de la pauvreté et engagent des fonds dans le caritatif. Mais pour eux, c’est de la petite monnaie.

Par Vijay Prashad / AlterNet

Le 21 Janvier 2016

 

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Les élites mondiales se rencontrent en Suisse, dans la ville  perdue de Davos chaque année pour le Forum de l’économie mondiale [World Economic Forum]. Le conclave a commence en 1971 mais il est devenu une destination essentielle dans les années 90. Quand la globalisation est devenue le concept phare, Davos est devenu son siège.  Le monde des affaires, le monde politique et médiatique se rencontrent, échangent leurs cartes  puis s’en vont, mieux connectés  les uns aux autres. Des affaires sont parfois faites, mais plus que toute autre chose c’est l’harmonie au sein de l’élite mondiale qui est établie. C’est à ça que le Sommet de Davos sert, à créer une civilisation de Davos à l’usage des individus importants de la planète. Chaque année, avant le sommet, Oxfam International publie un rapport sur la richesse mondiale. Celui de cette année a mis à jour quelques nouvelles choquantes.  En 2010, 388 individus possédaient autant de richesse que celle de la moitié de la population mondiale, c’est à dire à peu près 3.6 milliards d’individus. L’obscénité alors a semblé dramatique. L’année dernière, ce nombre a chuté à 80 individus possédant autant que 3.6 milliards. Cela commençait vraiment à faire trop. Les  données de cette année sont encore plus  choquantes. Seulement 62 personnes possèdent autant que les 3.6 milliards. 62 !! L’inégalité a fait une marche en avant régulière.  Il est tout à fait possible que ces mêmes 62personnes ou leurs représentants soient présentes à Davos. Elles sont au cœur de la civilisation de Davos. Les bouchons de champagne vont sauter, le caviar couler sur le sol, les riches ont de quoi fêter. Même le ralentissement de la Chine ne les ralentira pas. Les 62 font  autant d’argent dans le marché baissier que dans le marché haussier. De quoi les 62 vont-ils s’entretenir à Davos ? Le thème de cette année est “comment maîtriser la  quatrième révolution industrielle. “ La première révolution industrielle est considérée comme le changement de la puissance humaine à la puissance mécanique au début du 19ième siècle. A la fin du 19ième siècle, la science a été tenue par l’industrie de produire la technologie, ou la seconde révolution industrielle. Dans le milieu du 20ième siècle, les ordinateurs ont fait leur apparition et ont ouvert la révolution digitale ou troisième révolution industrielle. La quatrième concerne la  robotisation et la mécanisation – le remplacement de l’homme par la machine.  Les 62 veulent anticiper cette révolution. La banque Suisse UBS a fait une étude sur l’impact  économique de cette quatrième révolution industrielle. Elle l’a publié juste avant l’ouverture de Davos. Le rapport suggère que ceux qui sont déjà riches et sont possédants vont vraisemblablement tirer parti de cette quatrième révolution. Ils vont : “ bénéficier du fait de posséder lesbiens dot la valeur sera augmentée par la quatrième révolution. “ écrivent les analystes de UBS. La tendance à la mécanisation va donc accroître l’inégalité, pas la diminuer. Ce thème-là a été du sucre dans la tasse des 62. Ils vont s’enrichir. Les pauvres vont s’appauvrir. C’est ce que les analystes des riches disent. T

Le people de Davos parlent de la pauvreté et offrent de l’argent aux organismes caritatifs. Mais ce n’est que de la petite monnaie qui reste là à traîner sur leur table de nuit. Les discours sur la pauvreté permettent simplement aux riches de se sentir moins mal à l’aise sur leur moralité si trempée. Ils font la grève des impôts. Ils refusent de mettre entre les mains de l’état leur part de richesse afin de mener à bien des programmes d’aide sociale.  C’est un anathème. L’horizon de leur progrès social est leur charité misérable, qui bien sûr n’est pas entièrement charitable : le chèque va avec  un gros poteau indicateur qui dit au monde que c’est eux qui ont donné cet argent. Les pauvres inquiètent les 62. Si vous créez un monde où l’essentiel de la population vit  dans des conditions catastrophiques, il ne va pas être heureux et pourrait même se mettre en colère. S’ils se mettent en colère, ils peuvent se rebeller et devenir difficiles à contrôler. Quand les ghettos se lèvent que font les riches ? La charité ne va pas contenir ces soulèvements. Ce qui est la raison pour laquelle les riches investissent dans des communautés-enclaves et dans la sécurité qui les protège, tout comme dans la sécurité qui enferme des pays entiers qui vivent dans les ceintures de pauvreté. Ce qui est la raison qui fait de l’US department of Defense un des plus gros employeurs au monde avec 3.2 millions de personnes travaillant pour lui. Ce n’est pas non plus étonnant que le troisième employeur mondial soit la firme de sécurité G4S. Elle suit Wallmar et Foxxconn. Foxconn utilise le travaille chinois pour faire des produits bon marché qui sont vendus à des consommateurs américains endettés à Walmart. Si il y a le moindre mouvement dans les travailleurs ou dans les consommateurs endettés, G4S arrive pour les calmer ou pour mettre quelqu’un en prison. G4S s’étend comme un feu de brousse.  Qu’est ce que la crise des réfugiés à l’ouest sinon la crise de la civilisation de Davos ?  Quand vous ne laissez pas les gens construire des vies protégées et productives sur leur propre sol, ils s’enfuient ailleurs. Ils vont venir dans vos maisons et demander à vivre comme vous. Mais ce qu’ils découvrent c’est que même à l’Ouest, il y a des îles d’abondance et de vastes océans de misère. Les réfugiés fuient les conflits armés et les bombardements aériens pour arriver dans des lieux où la police ressemble à l’armée et où     des drones ont aussi commencé à voler au-dessus des têtes.

 

 

Ils vont rencontrer la force de travail de G4S, qu’ils ont également rencontré dans d’autres pays. Un des sujets de Davos est l’usage de robots dans l’armée et dans la police. Les jours de Robocop ne sont pas loin. Les 62 peuvent faire confiance à une machine beaucoup plus qu’à un officier de police qui, en terme de classe, est beaucoup plus proche de la plèbe que des 62. Les 62 de Davos aimeraient croire que le terrorisme et les états incontrôlables sont des problèmes anciens qui peuvent être réglés avec une bonne dose de capitalisme. Ils aimeraient imaginer que ce que les gens en Irak et en Syrie ou en Corée du nord veulent le plus sont des centres commerciaux et des cartes de crédit. Mais c’est précisément la civilisation des centres commerciaux et des cartes de crédit qui reproduit l’inégalité, forçant des gens ordinaires à s’endetter afin de pouvoir acheter une chaîne sans fin de biens de consommation qui ont été produits pour des salaires de misère. Quand la dette les amène à devenir distraits, ils sont indifférents, désillusionnés, à la recherche d’une alternative. Et parce que la gauche est faible, l’alternative est fréquemment celle de la démagogie de la politique religieuse ou ethnique. Et comme la rhétorique de ces discours religieux ou ethnique est indisciplinée, les stratégies glissent facilement vers la violence. Le terrorisme n’est pas le fruit d’anciennes animosités mais celui des conditions sociales de notre présent, celles de la civilisation de Davos qui donne la richesse à 62 personnes et la refuse à 3.6 milliards

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier