La monopolisation de l’Amérique : le plus important problème économique dont vous n’entendez jamais parler.

Le signe est toujours ostensible, seule son interprétation change. La passion sans borne pour les “marques”, dite comme telle ou uniquement pratiquée dans l’intimité de la construction de soi, est un des stigmates de l’absorbtion de codes, applicables à toutes les aires de la vie où chacun a le sentiment de créer sa propre expérience en tant d’individu unique. Cette individualisation intégrée comme une réalité psychique de  “l’hyperconsommateur expérienciel”* se crée dans le contexte d’un lien spécifique et clos sur lui-même entre l’objet-marchandise et le consommateur, évacuant la réalité des pratiques périphériques des autres consommateurs pour se centrer sur la nature supposée, et décrite d’une façon forcenée comme telle, d’unicité du choix et de la signifiance d’excellence qu’il indique pour celui ou celle qui l’opère. Il va de soi que l’accès à la connaissance de ce qui et de qui manipule l’illusion d’une profusion de possibilités dans l’objet-marchandise ne peut que remettre en jeu cette pseudo-liberté consumériste et ne faire valoir que la prison dorée qui l’entoure.EG

* ” Gilles Lipovetsky “Le bonheur paradoxal”  Essais folio Gallimard 2013 p.150

La grande lessive Hommage aux Oligopoles. P&G ” Au plus près de la vie “

Et dans la perspective de ce monde lobbyisé où le politique n’a plus comme fonction que de s’adapter aux initiatives technocratiques. Walmart entreprend de polliniser avec des drônes.

Le monopole de l’Amérique : le plus important problème économique dont nous n’entendons jamais parler. Une seule réponse : il est temps de remettre au goût du jour les lois anti-trust

THE MONOPOLIZATION OF AMERICA: The biggest economic problem you’re hearing almost nothing about

There’s only one answer: It is time to revive antitrust.

Robert Reich / Robert Reich / Op-Ed – May 7, 2018

Il y a peu de temps j’ai rendu visite à des fermiers du Missouri dont les bénéfices disparaissent. Pourquoi ? Monsanto à lui seul possède la clef génétique de 90 % des plans de soja récoltés par les agriculteurs des US et de 80 % du maïs. Ce qui signifie que Monsanto peut élever librement ses coûts. Les fermiers sont étranglés d’un autre côté également, parce que les groupes agro-alimentaires auxquels ils vendent leurs produits sont  eux-aussi devenus des méga-compagnies qui ont un tel pouvoir sur le marché qu’ils peuvent diminuer les prix payés aux agriculteurs. Ce qui ne signifie pas des prix plus bas pour vous quant à la nourriture. Mais signifie de plus gros profits pour les monopoles.

Des monopoles partout.

L’Amérique avait des lois anti-trust qui empêchaient les corporations de monopoliser les marchés et dissolvaient souvent les compagnies coupables les plus importantes. Plus maintenant. C’est une redistribution cachée d’argent et de pouvoir de la majorité des Américains vers l’exécutif des corporations et les riches actionnaires

Vous pouvez penser que vous avez beaucoup de choix, mais regardez de plus près :

  1. Les quatre plus grandes compagnies d’agro-alimentaire contrôlent 82 % du conditionnement du bœuf, 85 % de la transformation du soja, 63 % du conditionnement du porc, et 53 % du conditionnement du poulet.
  2. Il existe de nombreuses parques de dentifrice mais 70 % de l’ensemble ne vient que de deux compagnies.
  3. Vous pouvez penser avoir le choix parmi les lunettes de soleil, mais elles viennent toutes ou presque d’une seule compagnie : Luxottica. Qui possède aussi pratiquement tout le marché des montures de lunettes.
  4. Pratiquement tous les ceintres en plastiques d’Amérique sont faits par une seule compagnie : Mainetti
  5. Quelle marque d’aliments pour chat devriez-vous acheter ? Il semble qu’il en existe beaucoup mais que derrière elles ne soient que deux compagnies.
  6. Et les produits pharmaceutiques ? Oui vous pouvez vous procurer les génériques bon marché. Mais les compagnies pharmaceutiques payent en fait les fabricants de médicaments génériques afin qu’ils repoussent la mise sur le marché des versions moins onéreuses. De tels «  payer pour un délai » sont illégaux dans d’autres économies avancées, mais les renforcement anti-trust n’ont pas touché un seul de leurs cheveux. Ils nous coûtent aux environs de 3.5 milliards par an
    7. Vous pensez que votre assurance santé couvrira les coûts ? Les assurances santé elles aussi fusionnent. Ce qui est la raison pour la montée en flèche des coûts des premiums, copaiements, et des déductibles.
  7. Vous pensez avoir un grand choix quand vous achetez un billet d’avion ou faites une réservation d’hôtel ? Erreur. Vous n’en avez que deux, Expédia a fusionné avec Orbitz, ce qui ne fait plus qu’un compagnie, et il y a Priceline.
  8. Et en ce qui concerne le câble ou les fournisseurs internet ? Il n’y en a que quatre. Et deux d’entre eux ont annoncé qu’ils allaient fusionner.

Pourquoi le monopole en Amérique est-il un énorme problème.

Le problème avec toutes ces fusions entre les mains d’une poignée de firmes géantes est qu’elles n’ont pas besoin d’être en compétition. Ce qui signifie qu’elles peuvent faire et font monter les prix.

De telles fusions maintiennent les salaires au plus bas. Les travailleurs ont moins le choix de leur employeur tout en ayant plus de peine à obtenir une augmentation. Quand le marché local du travail est dominé par exemple par un hypermarché (big box)  ou par une seule chaîne de distribution, ce sont eux qui déterminent le niveau des salaires dans leur sphère géographique. De telles consolidations maintiennent bas les salaires. Les salariés ont moins de choix dans leurs employeurs et plus de difficultés à obtenir une augmentation. Quand le marché du travail local est dominé par un consortium uniquement, ou une marque de grande distribution par exemple, ces firmes déterminent le niveau des salaires pour la zone.

Ces corporations gigantesques ont aussi une grande influence politique. Et c’est une des raisons pour leur consolidation : le pouvoir. Les lois antitrust étaient supposées arrêter ce qui est en train de se produire. Mais aujourd’hui, elles sont presque lettre morte. Et ceci vous endommage.

Nous avons oublié l’histoire

La première loi antitrust a été votée en 1890 quand le Sénateur John Sherman a répondu à une colère populaire concernant les énormes cartels des chemins de fer, de l’acier, des télégraphes et du pétrole – alors appelés trusts qui dirigeaient alors les USA

Une poignée de responsables de corporations connus en tant que «  robber barons » présidaient à tout cela, amassant des fortunes aux dépends des travailleurs qui triaient de longues heures souvent dans de dangereuses conditions pour un maigre salaire. Les corporations dupaient les consommateurs et corrompaient la politique.

Puis, en 1901, le réformateur progressiste Teddy Roosevelt devint Président. Au même moment le public américian exigeait une action. Dans son premier message au Congrès, en Décembre 1901, seulement deux mois après avoir occupé la Présidence, Roosevelt avertit : «  Il existe une conviction répandue dans l’esprit du peuple américain que les grandes corporations, connues sous le nom de trusts sont dans certains de leurs aspects et tendances dangereuses pour le bien-être populaire général. » Roosevelt utilisé le Sherman Antitrust Act pour attaquer la Nothern Securities Company, une compagnie géante de chemins de fer dirigée par JP Morgan, l’homme d’affaire le plus puissant de la nation. La Cour suprême des US soutint Roosevelt et ordonna le démantèlement de la compagnie.

En 1911, le John D. Rockefeller’s Standard Oil Trust était démantelé aussi. Mais lors de sa décision, la Cour suprême altéra le Sherman Act, ajoutant que les restrictions du commerce de monopole étaient critiquables uniquement si il était considéré comme « déraisonnable ». “unreasonable” – et que c’était à la cour de le déterminer. Lors de l’élection présidentielle de 1912, Roosevelt, qui se représentait à la présidentielle mais cette fis comme candidat du troisième parti, dit qu’il autoriserait certaines concentration d’industries lorsque’il y aurait une efficacité économique due à leur grande échelle.  Il aurait alors un comité d’expert régulant ces grandes corporations pour le bénéfice public. Woodrow Wilson, qui finit par gagner ces élections et son conseiller Louis Brandeis, optèrent pour une vision différente. Ils ne pensaient pas que la régulation fonctionnerait et que tous les monopoles devaient être démantelés. Pendant les 65 années qui suivirent, les deux positions se maintinrent. Il y eu des lois anti-trust fortes avec des régulations qui gardèrent le contrôle sur les corporations. La plupart des grandes fusions furent prohibées.

Même celles de grande taille étaient considérées comme un problème. En 1945, dans le cas United States v. Alcoa (1945), la Cour suprême a décidé que même si Alcoa n’avait pas acquis un monopole, elle en était devenue un en prenant une telle ampleur qu’elle était coupable de violation du Sherman Act.

Qu’est devenue la loi anti-trust ?

Tout a changé dans le années 80, après que Robert Bork, avec qui incidemment j’ai étudié les lois anti-trust à l’Ecole de droit de Yale puis avec qui j’ai travaillé lorsqu’il est devenu Avocat général sous le Président Ford – ait écrit un livre influent nommé «  Le paradoxe de l’anti-trust, qui soutenait que le seul but du Sherman act était le bien être du consommateur. Bork affirmait que les fusions et les grandes tailles créent presque toujours de l’efficacité qui permet de faire baisse les prix, et que dans ce contexte, elles devraient être légales. Les idées de Bork étaient en relations avec la conservatrice Ecole de Chicago, Chicago School of Economics, et trouva une audience fin prête dans l’administration Reagan. De même que sous mandat démocrate. Bork avait tort. Mais depuis lors, les antitrust ont quasiment disparus.

Le monopole de la «  high tech »

Nous assistons au déclin de la compétition même dans les industries de pointe et dans la haute technologie. Dans la nouvelle économie, l’information et les idées sont la forme de propriété la plus valorisée. C’est là qu’est l’argent. Nous n’avons jamais vu de concentration de cette ampleur auparavant. Google et Facebook sont là où maintenant les Américains cherchent leurs informations. Pendant ce temps, Amazon est le premier arrêt pour la moitié des Américains cherchant à acheter quelque chose. Nous évoquions le pouvoir.Contrairement à une vision conventionnelle de l’économie américaine grouillant de petites compagnies innovantes, la réalité est tout à fait différente. La proportion à laquelle les nouvelles compagnies se sont créées aux US a remarquablement ralenti depuis les années 70.  Les brevets généralisés, les plate-formes standards, les flottes d’avocats poursuivant les rivaux potentiels, les armées de lobbyists ont créé des barrières formidables pour les nouveaux arrivants. Le moeur de recheche de Google est si dominant que «  to google » est devenu un verbe.

L’Union européenne a poursuivi Google par l’intermédiaire de la loi anti-trust, l’accusant de forcer les usagers de son moteur de recherche vers ses propres plateformes d’achats. Et en juin dernier, Google a dû s’acquitter d’une amende record de 2.7 milliards. Mais pas en Amérique. Il est temps de redonner vie à l’anti-trust. Les pouvoirs économique et politique ne peuvent être séparés parce que des corporations dominantes gagnent de l’influence sur l’organisation, la maintenance et le renforcement du marché sur le plan politique- ce qui augmente encore leur pouvoir. Alors que le but premier de la loi anti-trust était de prévenir cela. Le « big tech » comme les laboratoires pharmaceutiques, les assurances, l’agriculture et les géants finaciers, dominent maintenant à la fois l’économie et le politique. Il n’y a à cela qu’une seule réponse : remettre en fonction les lois anti-trust.

Robert Reich

http://robertreich.org/

Robert B. Reich est Chancellor’s Professor de politique publique à l’Université de Californie  à Berkeley, Senior Fellow au Blum Center for Developing Economies. Il a exercé en tant que Secrétaire d’état au travail sous l’administration Clinton et s’est vu nommé par le Times magazine l’un des dix secrétaires de cabinet les plus efficaces du 20ième siècle,. Il a écrit quatorze livres, y compris les best-sellers « “Aftershock”, “The Work of Nations,” et “Beyond Outrage,” et , son plus récent, “Saving Capitalism.” Il est aussi le fondateur de l’American Prospect magazine, membre du burau de Common Cause, et memebre de l’American Academy of Arts and Sciences, co-fondateur de l’association Inequality Media and co-créateur du documenaire récompensé «  Inequality for All ».

 

Article lié ” The state of competition and dynamism: Facts about concentration, start-ups, and related policies “. The Brooking Brief

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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De quoi ne parle-t-on pas lorsqu’on évoque le ” piratage russe ” Jackson Lear

 

 

Face à la dernière attaque politique et médiatique autour du” Russiagate”, dont la Presse dominante se fait le relai avec zèle depuis si longtemps mais avec une sorte de frénésie depuis les « découvertes » de Mueller il est nécessaire de mobiliser toutes les connaissances et les possibilités de contre-analyses pour ne pas se plier à cette offensive propagandique majeure des Démocrates et surtout des organes de renseignements derrière eux. Voici la traduction de l’article paru dans The London Review of Books, “What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking » de Jackson Lear. “De qui ne parle-t-on pas quand on parle de “piratage russe” de Jackson Lear. Et plusieurs autres analyses d’auteurs, indépendants des “Presstitutes” comme les appellent Paul Craig Roberts. On peut aussi se référer utilement aux remarques d’un analyste russe après l’intervention de Trump au sommet de Davos, l’interview de Lavrov, Ministre de la politique étrangère russe,  et à celles de Paul Robinson, grand spécialiste de la Russie et de son histoire qui suit de très près dans son blog “Irrussionality” cette cabale si dangereuse pour la paix et l’équilibre mondiaux. Il est indispensable de s’ouvrir au plus large nombre de commentaires possible, on notera également ceux de ” Zero hedge” qui fait part, source Bloomberg, d’une frappe récente en Syrie des US ayant fait plus de 100 morts russes.

La détermination d’une partie des forces politiques américaines (Néoconservateurs alliés avec les Démocates) à créer le contexte d’une guerre froide nous amène à devoir “prendre” parti. Mais ce parti, dans le contexte médiatique pollué et partisan où des organes de presse comme le NYT, le WP et même l’habituellement plus subtil New Yorker pour n’en citer que quelques-uns parmi des dizaines d’autres (The Nation, Oxynews, Rachel Meadow, qui dans ce contexte a été incroyablement zélée, et même ARTE qui matraque sa russophobie avec allégresse depuis quelques semaines , sans mentionner sur les posts nord-américains supposés libéraux, la présence de plus en plus ostensible de commentaires clairement anti-russes) sont totalement impliqués dans ces manoeuvres du DMC. D’une certaine façon même sans suivre de très près les déplacements de contingent de l’otan dans les pays baltes qui ont eu lieu depuis plusieurs mois voire dans certains cas, années, on ne peut que faire le lien entre les dates de l’échec Clintonien et la montée en flèche de cette vague d’accusation, dont, on le verra, les fondements sont plus que factices, (n’oublions surtout pas ce qui a servi de ” preuve” à Colin Powel pour déclencher l’invasion de l’Irak) mais qui reposent comme toujours sur la capacité, largement cultivée, d’amnésie des masses. Après “l’axe du mal” et tout le chaos qu’il a généré, nous remontons vers l’Est, abreuvés de fallacieuses manipulations dont chaque nouvel élément contredit les précédents, négligeant les données antérieures sans que personne ne bouge, sauf quelques vigiles dont nous tentons de relayer le travail. EG

What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking “

De qui ne parle-t-on pas quand on parle de «  piratage russe »

Jackson Lears

La politique américaine a rarement présenté un spectacle aussi décourageant. Les bouffonneries répugnantes et dangereuses de Donald Trump sont suffisamment troublantes, mais les échecs de la tête du parti démocrate à tirer les conclusions de son échec de la campagne de 2016 le sont tout autant. Le challenge à Hillary Clinton par Bernie Sanders, combiné au triomphe de Donald Trump ont révélé l’ampleur de la colère populaire contre la politique comme d’habitude – le goût des réformes néolibérales en politique intérieure et l’interventionnisme en politique étrangère qui constituent le consensus à Washington. Les Néo-libéraux célèbrent l’utilité sur le marché comme le seul critère de valeur, les interventionnistes exaltent l’aventure militaire à l’étranger comme un moyen de combattre le mal de façon à sécuriser les progrès du marché global. Les deux agendas se sont montrés calamiteux pour la plupart des Américains. Beaucoup ont montré leur désaffection en 2016.  Sanders est un social-démocrate et Trump un charlatan démagogue mais leurs campagnes ont mis en évidence la répudiation du consensus washingtonien.  Pendant à peu près une semaine après les élections, les experts discutaient les capacités du parti démocrate à une stratégie de plus grande envergure. Il semblait que le Parti puisse apprendre quelque chose de la défaite de Clinton. Puis, tout a changé.

Une histoire qui avait circulé lors de la campagne sans faire grand effet a refait surface : elle impliquait l’accusation d’opérateurs russes ayant piraté les serveurs du Comité du Parti démocratique  et révélé des emails embarrassants qui auraient compromis les chances  de Hillary Clinton. Avec une vitesse étonnante, une nouvelle orthodoxie centriste-libérale a vu le jour, enveloppant les médias principaux et l’établissement bipartisan de Washington.  Cette religion séculière a attiré des hordes de convertis lors de la première année de la présidence de Trump.   A travers sa capacité à exclure les dissidents, elle ne ressemble à aucune autre formation d’opinion de masse de toute ma vie adulte, bien qu’elle rappelle quelques souvenirs sombres de mon enfance, ceux de l’hystérie anti-communiste des années 50.  La pièce centrale de la foi, basée sur les accusations de piratage, est la croyance que Vladimir Poutine a orchestré une attaque sur la démocratie américaine en ordonnant à ses mignons d’intervenir dans les élections au nom de Trump. L’histoire est devenue évangile  avec une rapidité et une totalité à couper le souffle. Les dubitatifs sont perçus comme des hérétiques et comme des laudateurs de Trump et de Poutine, les jumeaux immondes et les co-conspirateurs derrière cette attaque contre la démocratie.  La responsabilité pour l’absence de débat repose en grande partie dans les diffusions des médias essentiels. Leur point de vue sans critique et la répétition sans fin de l’histoire du piratage russe en a fait semble-t-il un fait accompli dans l’esprit du public. Il est difficile d’estimer l’importance de la croyance populaire en cette nouvelle orthodoxie mais cela ne semble pas n’être qu’un credo chez les occupants de Washington. Si vous questionnez ce récit dans une conversation ordinaire, vous courez le risque de provoquer des regards déroutés ou de l’hostilité ouverte – même chez d’anciens amis. Tout ceci a été étrange et troublant pour moi, par moment certains fantasmes de la pop-culture sont venus à l’esprit, les déterreurs de cadavre et les buveurs de Kool-aid viennent à l’esprit.

Comme toute orthodoxie digne de ce nom, la religion du piratage russe ne dépend pas de preuves mais de déclarations faites ex-cathedra de la part des institutions faisant autorité et de leurs suzerains. Ses fondements écrits sont une «  déclaration » confuse et largement dénuée de faits produite en janvier dernier par un petit nombre d’analystes triés sur le volet – comme James Clapper, le directeur de la National Intelligence, les décrit, de la CIA, du FBI et de la NSA.  Les déclarations des derniers ne furent faites qu’avec une «  confiance modérée ». Le label «  Intelligence Community Assessment » produit une fausse impression d’unanimité, étant donné que seulement trois parmi les seize agences de renseignements ont contribué à ce rapport. Et bien sûr, la déclaration elle-même contenait cette aveu crucial : «  Les jugements ne sont pas prononcés afin d’impliquer que nous avons les preuves pouvant démontrer des faits. Les déclarations sont fondées sur des informations collectées, qui sont souvent incomplètes et fragmentaires, tout comme la logique, l’argumentation et les précédents » Et pourtant cette déclaration est passée dans l’imaginaire médiatique comme des faits irréfutables, autorisant les journalistes à affirmer ce qui se doit encore d’être prouvé. Se faisant ils servent de porte-paroles  aux agences de renseignement ou du moins à ces analystes «  triés sur le volet ».

Ce n’est pas la première fois que des agences de renseignement jouent un tel rôle. Lorsque j’entends l’ Intelligence Community Assessment cité comme une source fiable, me revient toujours en mémoire le rôle joué par le New York Times dans la légitimation du rapport de la CIA sur la menace de possession d’armes de destruction massive  par Saddam Hussein, sans évoquer la longue histoire de la désinformation ( appelons cela les fake news, les fausses nouvelles)  comme tactique pour faire avancer une administration ou un agenda politique. Une fois de plus, la presse établie légitime les déclarations faites par les Pères de l’Eglise de la sécurité nationale. Clapper en est un des plus vigoureux. Il s’est parjuré devant le Congrès en 2013, quand il a nié que la NSA avait « sciemment » espionné les Américains   – un mensonge pour lequel il n’a jamais été tenu de rendre des comptes. En mai 2017, il a dit à Chuck Todd, de la NBC que les Russes s’étaient très vraisemblablement impliqués dans la campagne de Trump parce qu’ « ils sont presque génétiquement amenés à s’impliquer, à pénétrer, à gagner les faveurs, n’importe, ce qui est une technique typiquement russe. » L’orthodoxie actuelle exempte les Pères de l’église des standards imposés aux gens ordinaires et condamne les Russes – et par-dessus tout Poutine- à n’être uniquement, «  presque génétiquement » diaboliques.

Il m’est difficile de comprendre comment le Parti démocrate, qui a été parfois sceptique à l’égard des Agences de renseignement, puisse maintenant adopter la CIA et le FBI comme des sources de vérité indiscutable. Une des explications possibles est que l’élection de Trump a créé un état d’urgence permanent dans l’imagination libérale, basée sur la croyance que la menace qu’il pose est unique et sans préc »dent. C’est vrai que la menace  de Trump est viscéralement réelle. Mais les menaces posées par George W. Bush ou Dick Cheney- qui ont ravagé le Moyen –Orient étaient tout autant réelles. Les dégâts occasionnés par Bush et Cheney- qui ont ravagé le Moyen Orient, légitimé la torture, et étendu un pouvoir exécutif inconstitutionnel- n’avait eu aucun précédent et était probablement permanente. Trump pose une menace sans précédent pour les immigrants sans papiers et les voyageurs musulmans dont la protection est urgente et nécessaire. Mais sur de nombreuses autres questions, il est un républicain standard.   Il est parfaitement à l’aise avec l’agenda d’austérité de Paul Ryan, qui implique d’énormes transferts de richesse vers les Américains les plus privilégiés.  Il est aussi impliqué que tout autre Républicain dans l’annulation de l’Affordable Care Act d’Obama. Lors de sa campagne, il s’est posé comme un apostat du commerce dérégulé et un opposant   aux interventions militaires à l’étranger mais maintenant qu’il est en place, ses vues sur la dérégulation commerciale basculent d’une façon imprévisible et son équipe de politique étrangère est composée de généraux avec des références interventionnistes impeccables.

Trump, engagé à continuer le financement considérable du déjà démesuré Département de la défense initié par ses prédécesseurs et sa Forteresse America est une version fanfaronne, indisciplinée de la «  nation indispensable » de Madeleine Albright. Tous deux, assument que les Etats unis devraient être capables de faire comme bon leur semble dans l’arène internationale : Trump parce que c’est le plus grand pays du monde, Albright parce qu’il s’agit d’une force exceptionnelle pour le bien commun. Il n’y a non plus rien de nouveau dans le désir de détente de Trump avec la Russie, qui au moins jusqu’en 2012 était la position officielle du Parti démocrate. Ce qui est sans précédent à propos de Trump est son style offensif : méprisant, brutal, illogique, et cependant parfaitement accordé à la colère et à l’anxiété de l’audience qu’il cible. Sesexcès ont laissé libre court au racisme et à la fière misogynie parmi ses supporters. Ceci est une cause de dénonciation, mais je ne suis pas pour autant persuadé que cela justifie cette crise anti-russe.

Parallèlement au caractère supposé exceptionnel de Trump, existent deux autres hypothèses derrière la fureur de Washington : la première est que le piratage russe s’est bel et bien produit, et la seconde que les Russes sont nos ennemis implacables. La seconde fournit la charge émotionnelle pour la première.  Les deux me paraissent problématiques. En ce qui concerne la première, les charges touchant le piratage ne sont pas prouvées et il est probable qu’elles le restent.  Edward Snowden et quelques autres familiers de la NSA disent que si un piratage longue distance s’était produit, l’agence l’aurait repéré et aurait pu détailler son existence sans compromettre ses sources secrètes ni ses méthodes. En septembre, Snowden a dit au Spiegel que la NSA «  sait certainement parfaitement bien qui est l’envahisseur ». Et, cependant «  elle n’a présenté aucune preuve, bien que je suspecte qu’elles existent. La question est : Pourquoi pas ? Je suspecte qu’il y a eu d’autres attaquants du système découverts, peut-être y avait-il six ou sept groupes à l’œuvre. » La capacité de la NSA à suivre le piratage jusqu’à sa source est une affaire de notoriété publique. Quand l’agence a investigué un piratage chinois omniprésent et efficace dans l’armée et les installations de l’industrie de la défense, elle avait été capble de suivre les hackeurs jusqu’au bâtiment d’où ils originaieent, une local de l’Armée de libération du peuple à Shangaï. Cette information fût publiée dans le New York Times mais, cette fois, l’échec de la NSA à fournir des preuves que les services screts russes avaient tenté le piratage de l’Etat US et le systéme d’élection, les affirmations non documentées de l’agence sur l’origine russe du piratage sont restées des faits étonnement non contestés et ont vite été traités comme tels dans les médias.

Cette information a été publiée dans le NYT mais, cette fois, l’échec de la NSA l’a été également.

Pendant ce temps, il y eu un déchaînement d’accusations auxiliaires, dont des charges plus vagues et plus larges de collusion de Trump avec le Kremlin. Il demeure envisageable que Robert Mueller, un ancien directeur du FBI qui a été engagé afin de vérifier ces accusations, ait pu rassembler des preuves incontestables de contacts entre les gens de Trump et diffrents russes. Il serait surprenant qu’un procureur expérimenté désigné pour effectuer un coup de filet revienne les mains vides et les arrestations  ont déjà commencé. Mais ce qui est frappant à leur égard est le fait que les charges n’ont rien à voir avec les interférences russes dans les élections. Il y a eu beaucoup de discours sur le fait que les accusés pourraient fournir des preuves confondantes contre Trump en échange de peines plus légères, mais ce ne sont que de simples spéculations. Paul Manafort, à un moment chef de campagne de Trump, a plaidé non coupable des charges selon lesquelles il aurait manqué à rendre publiques les relations de sa firme en tant qu’agent du gouvernement ukrainien et détourné ses millions de dollars de frais. Mais ceci s’est produit avant la campagne de 2016. Georges Papadopoulous, un conseiller en politique étrangère, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI à propos de ses efforts vains pour organiser une rencontre entre les gens de Trump et le gouvernement russe. – une opportunité que la campagne de Trump a déclinée. La plus récente interpellation de Mueller, Mickael Flynn,  l’Islamophobe désaquilibré qui a brièvement servi à Trump de conseiller en sécurité nationale, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI sur une rencontre avec l’ambassadeur russe en Décembre, quelques semaines après l’élection. Cette sorte de diplomacy d’arrière plan se produit régulièremet pendant les interims entre deux administrations. Il n’y a pas pour autant de signe de collusion.

Jusqu’ici, après des mois de «  bombes » qui se sont avérées être des pets, il n’existe toujours aucune preuve de l’interférence du Kremlin dans les élections américaines. Pendant ce temps,  de sérieux doutes ont émergés quant aux bases techniques de ces plaintes de piratage. Des observateurs indépendants ont argumenté qu’il était plus envisageable que les emails aient fui de l’intérieur et n’aient pas été piratés de l’extérieur. Dans cette optique, l’analyse la plus plausible a été faite par un groupe nommé Veteran Intelligence Professionals for Sanity, d’anciens employés des agences de services secrets US, qui se sont distingués en déboulonnant la plainte de Collin Powel concernant les armes de destruction massive possédées par Saddam Hussain, quelques heures après que Powell ait présent ses soi-disant preuves aux Nations unies. (Certains membres du VIPS ne se sont pas ralliés aux conclusions de ce rapport mais leurs arguments ont été à leur tour contestés par ses auteurs.) Les découvertes du VIPS n’ont reçu aucune attention de la part de la presse, sauf de Fox News – ce qui pour certains membres du centre-gauche  est pire que pas d’attention du tout. Les médias mainstream ont présenté le rapport comme le fruit de conspirationnistes (apparemment, le piratage russe ne compte pas comme tel).  La question cruciale, ici et ailleurs est l’exclusion du débat public de TOUTE perspective critique sur le discours orthodoxe, même dans la perspective de personnes avec de solides acquis professionnels et ayant déjà sérieusement faits leurs preuves.

A la fois l’histoire du piratage du DNC  et celle impliquant les emails de John Podesta, un conseiller de  campagne de H. Clinton, désignent un groupe obscur de pirates soi-disant  russes désignés sous le nom de «  Fancy Bear » – également connu chez les amateurs de technique comme APT28. Le nom de Fancy Bear a été introduit par  Dimitri Alperovitch, le responsable technique de la firme de cybersécurité Crowdstike. Alperovitch est aussi un membre de l’Atlantic Council, un think tank anti-russe de Washington embauché par le DNC afin de mener une enquête sur le détournement de leurs emails. Dans son rapport, Crowdstrike ne met en avant pratiquement aucune preuve de son affirmation de la responsabilité des Russes, encore moins de leur affiliation avec les services serets russes. Et pourtant, à partir de ce moment, la présomption qu’il s’agissait d’un cyber opération russe n’a pas été questionnée. Quand le FBI est entré en scène, le Bureau n’a pas demandé ou s’est vu refuser l’accès aux serveurs  du DNC, il dépendait donc complètement des analyses de Crowdstrike.  Pendant ce temps, Crowdstrike était forcé de retirer une autre plainte, où les Russes avaient piraté avec succès les systèmes de commandement de l’artillerie ukrainienne. L’armée ukrainienne et le British International Institute for strat »gic studies ont tous deux démneti cette plainte, et Crowdstrike s’est rétrcté. Mais ses analyse du DNC ont été autorisées a être sauvegardées et à même devenir les bases de l’Intelligence Community Assessment

Le bavardage autour du piratage n’aurait jamais acquis une telle urgence si celui-ci n’avait pas accompagné la présupposition : La Russie est l’unique adversaire dangereux, avec lequel nous devrions éviter tout contact. Sans cette croyance, la rencontre de l’Avocat général Jeff Session avec les Russes en septembre 2016 n’aurait été qu’une discussion de routine entre un Sénateur et des offociels étraners. Les conversatins post-élelcetions de Flynn ave l’Ambassadeur de Russie seraient passées inaperçues. Les tentatives des copains de Trump de faire quelques affaires avec la Russie simplement un eu glauques. La rencontre à la Rrump Tower de Donald Trump Jr. avec l’avocate russe Natalia Veselnitskaya, intrigue obscure et mélodramatique,  aurait été transformée en une comédie de l’erreur. Avec le fils du candidat s’attendant à recevoir des informations à utiliser contre Clinton mais découvrant que Veselnitskaya ne voulait parler que de la levée des sanctions et de la reprise de l’accueil des orphelins russes aux USA. Et Putin lui-m^me serait resté un simple autocrate avec lequel les démocraties pouvaient négocier sans le soutenir.

Des voix sceptiques, comme celles du VIPS, ont été noyées sous un tapage de désinformation. Des histoires évidemment fausses, comme celle du Washington Post  affirmant que les Russes avaient piraté le réseau électrique du Vermont, sont publiées puis démenties le lendemain.Parfois, comme l’histoire de l’interférence des Russes dans les élections françaises et allemandes elles ne sont pas démenties même lorsqu’elles ont été discréditées. Ces histoires ont été parfaitement déboulonnées par les services secrets français et allemands  mais continue de planer, empoisonnant l’atmosphère, rendant le débat confus. La plainte selon laquelle les Russes avinent piraté les systèmes de vote locaux et fédéraux aux USA a été réfutée par lesreprésentants officiles de la Californie  et du Visconsin mais leurs commentaires n’ont généré quun simple murmure comparé aus grondements de l’histoire originale. La précipitation pour publier sans une attention suffisante à la véracité est devenue la nouvelle norme du journalisme. La rétractation ou a correction sont presque hors de propos, la fausse accusation a fait son travail.

La conséquence en est un sentiment de confusion qui enveloppe tout. Un nihilisme épistémologique plane mais certaines personnes et certaines institutions en retirent le pouvoir plus grand que d’autres de définir ce qui constitue une réalité consensuelle. Dire ceci est courir le risque  de se voir licencié comme le dernier des cinglés dans le lexique du Washington contemporain : la théorie conspirationniste. Pourtant les faits demeurent,  parfois des individus puissants s’arrangent pour promouvoir des idées qui bénéficint à leurs intérêts communs. Que nous appelions cela l’hégémonie, la conspiration, ou simplement les privilèges n’a pas vraiment d’importance. Ce qui a de l’importance, c’est d’avoir le pouvoir de créer ce que Gramsci nommait «  le sens commun » d’une société entière.  Même si la plupart des membres de cette société sont indifférents ou suspicieux à ce sens commun officiel, il n’en est pas moins incrusté dans les assomptions tacites qui tracent les frontières de « l’opinion responsable ». L’establishment démocratique donc, (avec quelques éléments Républicains) et les médias les plus importants ont transformé l’ «  interférence russe » en une partie du sens commun du moment. Quelle sorte de travail culturel ce sens commun effectue-t-il ? Quelles sont les conséquences du spectacle que les médias intitulent, avec une originalité caractéristique,  le « Russiagate » ?

La toute première conséquence est qu’en trouvant des démons étrangers à blâmer pour l’ascension de Trump, les dirigeants démocrates ont déplacé le blâme de leur défaite  loin de leur propre politique sans questionner la moindre de leurs assomptions principales. Parmi le rejet général de Trump, ils peuvent se proclamer dissidents, la «  résistance » était le label que les Clintoniens se sont appropriés quelques jours après l’élection. Les Démocrates majoritaires ont commencé à utiliser le terme de «  progressiste » à appliquer à une plate forme qui ne prétend à rien d’autre qu’à préserver Obamacare, , s’agitant en direction d’une plus grande galité des salaires, et le protection des minorités. Cet agenda est timide. Il n’a rien à dire sur la mise en cause de l’influence concentrée du capital sur la politique, la réduction du budget en expansion de la défense, ou le retrait des engagements systématiques dans la politique étrangère et pourtant sans ces initiatives, même la plus ténue des politiques égalitaires fait face à des obstacles insurmontables. De plus nombreuses et authentiques insurrections sont en route, qui affrontent le pouvoir corporatiste et connectent la politique intérieure avec la politique étrangère mais elles font face à une bataille ardue contre l’argent ancré et le pouvoir des dirigeants démocrates – comme Chuck Schumer, Nancy Pelosi, les Clinton et le DNC. Le Russiagae a permis à l’élite démocrate de promouvoir l’unité du parti  contre Trump-Poutine, pendant que le DMC faisait la purge des supporters de Sanders.

Pour le DNC, le grande qualité de l’histoire du piratage russe est qu’elle concentre l’attention ailleurs que sur ce qui était vraiment dans les emails. Les documents ont révélé une organisation profondément corrompue, dont la façade d’impartialité n’était qu’une imposture. Même le tout à fait fidèlement pro-Clinton Washington Post a admis  que «  beaucoup des plus emails les plus comprmettants suggèrent que le Comité essayait activement de compromettre la campagne présidntielle de Bernie Sanders »’ Des preuves de collusions supplémentaires entre la machine clintonnienne et le DNC ont fait surface récemment dans un essai de Donna Brazile, qui a été secrétaire par intérim du DNC après que Debbie Wasserman Schultz ait démissionné dans l’après-coup des révélations. Brazile décrit un accord daté du 26 août 2015, qui spécifie :

Qu’en échange de la levée de fonds et de mener des invstigations au sein du DNC, Hillary  contrôlerait les finances du parti, les stratégies et tous les fonds obtenus. Sa campagne a le droit de refuser le choix de la nomination du Directeur de la communication du parti  et elle aura le dernier mot sur tout le reste. Le DNC était également sollicité pour la consulter sur la campagne à propos de tout ce qui conerne les autres domaines, budgets, données, analyses et mailings.

Avant même que les primaires aient commencées, le supposé neutre DNC – qui a été proche de l’insolvabilité – avait été acheté par la campagne Clinton.

Une autre révélation récente du DNC concerne les origines de l’enquête dsur les liens supposés de Trump avec Poutine. L’histoire a commencé en Avril 2016, quand le DNC a embauché une firme d’enquête de Washington nommée  Fusion GPS afin de’extraire tous les éléments de connexions entre Trump et la Russie. Le contrat impliquait le paiement de «  liquide pour les ordures » comme aimait à l’appeler la campagne Clinton. Fusion GPS  a finalement produit des ordures, un compte-rendu choquant rédigé par un ancien agent de  British M16 Intelligence Christopher Steele, basé sur des on-dit achetés auprès de sources anonymes russes. Au sein des prostituées et des urinoirs une histoire a émergé : le gouvernement russe avait fait chanter et soudoyer Donald Trump depuis des années, dans l’assomption qu’il deviendrait Président un jour et servirait les intérêts du Kremlin. Dans ce conte fantastique, Poutine devient un comploteur omniscient prodigieusement doué.  Comme toutes les accusations de collusion, celle-ci est devenue elle aussi plus vague avec le temps, ajoutant à l’atmosphère glauque sans pour autant ajouter aucune preuve. La campagne Clinton a tenté de convaincre les médias de l’establishment de publier le dossier Steele, mais avec une circonspection peu caractéristique, ils ont décliné la promotion de ce qui était tout simplement du déchet politique plutôt qu’un rapport fiable. Cependant le FBI a apparemment pris le dossier Steele suffisamment au sérieux pour en inclure un résumé dans l’appendice secret à l’Intelligence Community Assessment. Deux semaines avant l’inauguration, James Comey, le directeur du FBI, décrivait le dossier à Trump. Après que le briefing de Comey ait été communiqué frauduleusement à la presse, le site web Buzzfeed l’a publié en entier, produisant hilarité et hystérie au sein de la nomenclature washingtonienne.

Le dossier Steel occupe un royaume obscur où l’idéologie et les enseignements, la désinformation et les révélations se recouvrent. C’est l’antichambre d’un système plus vaste de nihilisme épistémologique créé par différentes factions rivales des services de renseignement : l’ « arbre de fumée » qui, pour le romancier  Denis Johnson, symbolisait les opérations de la CIA au Vietnam. J’ai inhalé cette fumée moi-même en 1969, 1070, quand j’étais cryptographe d’une opération de déblayage top secrète sur un nvire de l’Armée US qui ptransportait des missiles équipés de têtes nucléaires – dont l’existence même était niée par la Marine. J’ai été dégagé de cete opération et plus tard honorablement congédié quand j’ai refusé de rejoindre le Sealed Authenticator System, qui aurait autorisé le lancement de ces missiles nucléaires  soi-disant non existants. L’arbre de fumée est simplement devenu plus complexe et plus insaisissable  depuis lors. Pourtant le Parti démocrate s’est maintenant embarqué dans une réhabilitation tous azimuts de la communauté des services de renseignements- ou du moins d’une partie d’entre elle, celle qui supporte l’idée du piratage russe. (Nous pouvons être certains qu’il existe des désaccords entre eux) Et ce n’est pas uniquement l’establishment démocratique qui embrasse l’Etat profond. Une partie de la base, croyant que Trump et Poutine sont étroitement liés, croit devoir fulminer contre la « trahison » comme une nouvelle John Birch Society.

J’ai songé à cette ironie en visitant l’exposition «  L’âme d’une nation : l’art à l’âge du Black Power » à la Tate gallery, qui exhibe les travaux d’artistes noir-Américians pendant les années 1960.1970, quand les agences de renseignement, (et les agents provocateurs)  organisaient une répression gouvernementale contre les militants noirs, les résistants à la conscription, les déserteurs et le pacifistes. Parmi les toiles, les collages et les assemblages, il n’y avait qu’un sei=ul drapeu confédéé, accompagné par l’horrible rappel du passé de Jim Crow – Un homme du Klan dans tout son attirail, un corps noir se balançant dans un arbre. Il y avait aussi au moins une demi-douzaine de drapeau US, juxtaposés en entier ou en partie à des images de l’oppression raciale contemporaine qui pourrait se passer n’importe où aen Amérique : des hommes noirs transportés morts sur des brancards par des squelettes en uniformes de police, un prisonnier noir attaché à une chaise, attendant d’être torturé. Le point était de mettre en évidence le contraste entre «  le pays des libertés »  et les pratiques de l’état sécuritaire et des forces de police locales. Les artistes noirs  de cette époque connaissaient leur ennemi : les noirs n’étaient pas tués ou emprisonnés par un nébuleux ennemi étranger mais par le FBI, la CIA et la police.

La Parti démocrate a développé une nouvelle vision du monde, un partenariat plus ambitieux entre les humanitaires interventionnistes libéraux et les militaristes conservateurs qui existait déjà sous le prudent Obama. Ceci sera peut-être la conséquence la plus désastreuse pour le Parti démocrate de la nouvelle politique orthodoxe anti-russe : la perte de l’opportunit de formuler une politique étrangère plus humaine et plus cohérente. L’obsession de Poutine a effacé la possbilité de la complexité de la reprsentation du monde par les Démocrates, créant un vide rapidement rempli parlesfantaisies monochromes d’Hillary Clinton et de ses alliés exceptionnalistes. Pur des gens comme Max Boot et Robert Kagan, la guerre est un état désirable pour les affaires, spécialement quand ils la regardent derrière leur claviers et que le reste du monde – à part les vilains garçons-  est rempli de populations qui veulent construie des sociétés comme la nôtre : pluralistes, démocratiques et ouvertes aux affaires. Il existe une souffrance terrible dans le monde, les USA ont des ressources abondantes pour l’aider à se réduire, l’impératif moral est clair. Il existe un nombre infini d’engagement internationaux qui n’impliquent pas une intervention militaire. Mais le chemin pris par la politique US  assez souvent pour qu’on puisse soupçonner la réthorique humanitaire de n’être rien d’autre qu’une façade pour une géopoltique plus banale – une qui définit l’intérêt national comme global et virtuellement sans limite. * (article du sociologue russe) Ayant vécu la guerre du Vietnam, une conséquence calamiteuse de ce qui définissait l’intérêt national, j’ai toujours été attiré par une critique réaliste du globalisme. Réalisme est un label pour toujurs terni par son association à Henri Kissinger, qui a utilisé comme une rationalisation de l’intervention ouvertement et sous couvert de l’intervention dans les affaires d’autres nations. Cependant il existe une tradition réaliste plus humaine, celle de George Kennan et de William Fulbright, qui pointent les liites de la toute-puissance militaire, précisant que les grands pouvoirs impliquent de grandes restrictions. Cette tradition met au défi la doctrine du changement de régime sous le déguisement de la promotion de la démocratie qui, – en dépit des échecs abyssaux en Irak et en Libye – gardent une incroyable légitimité à Washington. – Le Russiagate en a étendu la durée de conservation.

On peut jauger de l’impact corrosif de la fixation démocrate sur la Russie en demandant de quoi peuvent-ils bien parler quand ils neparlent pas du piratage russe. Tout d’abord, ils n’évoquent pas les interférences d’un autre type dans l‘élection, comme les tentatives nombreuses du Parti républicains pour priver du droit électoral les électeurs issus des minorités. Ils n’évoquent pas non plus les milliards de dollars du budget de la défense qui ont compromis la possibilité de recevoir des soins et d’autres mesures sociales urgemment nécessaires, ni la modernisation de l’arsenal nucléaire américain qu’a commencé Obama et le plan de Trump de l’accélérer, qui soulèv le risque d’une catastrophe environnementale ultime : une guerre nucléaire. Une menace rendue plus sérieuse qu’elle ne l’a été depuis des années de disscours combatifs à l’égard de la Russie.

La perspective de pouvoir entamer la procédure d’ « impeachment » de Trump et de l’esclure du bureau en l’accusant de collusion avec la Russie a créé une atmosphère d’anticipation presque vertigineuse parmi les leaders démocrates, les autorisant à oublier que le reste du Parti républicain est composé de nombreux politiciens beaucoup plus habiles aux stratégies washingtonnienne que ne le sera jamais leur Président.

Ce n’est pas le Parti démocrate qui mène la recheche d’alternatives au désastre créé par la politique dues Républicains : un plan d’imposition qui va inonder les riches et essorer les pauvres et la classe moyenne, une poursuite de la politique d’extraction des énergies fossiles insouciante * (Forbes sur la politique d’extraction du gaz naturel sous Obama) qui a déjà conduit à la contamination de l’eau dans le Dakota et le soutien continu des politiques de répression, de même que le soutien aux polittiues de répression policière et d’incarcération de masse. C’est la population locale qui est sous la menace des fuites de pétrole ou des matracages de la police, et c’est là que le Populisme survit.

Une multitude de groupes d’insurgés a commencé à utiliser les attaques contre Trump omme un levier pour faire bouger le Parti dans une direction égalitaire : Black Lives Matter, Democratic Socialists of America, tout comme une quantité d’organisations locales et régionales. Ils reconnaissent qu’il exsite des questions autrement plus urgentes – et authentiques – de s’opposer à Trump que de vagues allégations de collusion avec la Russie. Ils posent un défi tardif aux arnaques du néo-libéralisme, et à l’arrogance technocratique qui a conduit à la défaite de Clinton dans les états industriels américains. Reconnaissant que l’actuel gouvernement n’amènera pas de changements significatifs, ils cherchent à se financer en dehors du DNC. C’est la véritable résistance, contrairement à ‘#theresistance’.

Sur certaines questions, comme le développement de la protection santé, l’augmentation du salaire minimum ou la protection des immigrés sans papiers contre les plus flagrantes formes d’exploitation – ces insurgés obtiennent un large appui. Des candidats comme Paula Jean Swearengin, la fille d’un mineur de la Virginie qui se présente au primaires démocrates pour la nomination au Sénat, défient l’establishment démocrate qui se tient côte à côte avec les Républicains au service du grand capital. L’opposant de Swearengin, Joe Manchin que le Los Angleles Times a comparé à Doug Jones, un autre Démocrate «  très conservateur » qui a récemment gagné les élections au Sénat en Alabama, battant de très peu un Républicain, disagracié par des accusations de harcèlement sexuel avec des adolescentes de quatorze ans. Je me sens soulégé par ce résultat sans jondre l’extase collective démocrate, qui révèle l’investissement presistant du parti dans la politique comme d’habitude. Les leaders démocrates se sont convaincus (ainsi que la pupart de leur base) que tout ce dont a besoin la république est de la restauration du staut antérieur à Trump. Ils demeurent oublieux de l’impatience populaire à l’égard des formules familières. Jess King une femme mennonite, MBA de l’Université de Bard et fondatrice d’une association locale bénévole qui est en lice pour le Congrès comme Démocrate à Lancaster Pennsylvanie – le décrit dans ces termes : «  Nous observons un paysage politique qui change en ce moment qui n’est plus mesuré par le traditionnel droite vs gauche mais par la base vs le sommet. En Pennsylvanie et dans de nombreux autres endroits, nous voyons un populisme économique  des militants de base qui monte, se heurtant à l’establishment politique et au status quo qui ont tant échoué dans notre pays. »

Les insurgés démocrates développent aussi un populisme critique de l’hubris économique qui a sponsorisé tant de croisades qui ont échoué, extorqué des sacricices disproportionnés de la classe ouvrière et provoqué le soutien de Trump, qui s’est présenté lui-même (d’une façon fallacieuse) comme un opposant de l’interventionnisme à tout va. Sur la politique extérieure, les insurgés font face à une opposition encre plus ferme que sur la politique intérieure : un consensus bipartisan, enflammé par l’outrage de la menance contre la démocratie supsée représentée par le piratage russe. Cependant, ils est possible qu’ils aient trouvé un chemin tactique pour avancer, en se concentrant sur les charges inégales pesant sur les pauvres et sur la classe ouvrière pour la promotion et le maintien de l’empire américain.

Cette approche est celle qui anime  ” Autopsie : le Parti démocrate en crise” , un document de 33 pages dont les rédacteurs comprennent Norman Solomon, fondateur du groupe de pression insurgé RootsAction.org. «  La revendication du  Parti démocrate de combattre pour les «  familles de travailleurs »  a été compromise par son refus de s’opposer au pouvoir des multinationales, permettant à Trump de se présenter comme le champion des couches laborieuses » dit Autopsie. Mais ce qui caractérise ceci par rapport aux critiques progressives habituelles, est la connexion convaincnte entre la poltique intérieure et la politque étrangère. Pour ceux de la Rust belt, le service militaire a été souvent la seule solution pour échapper au désastre créé par la politique énéo-libérale, mais le prix pour la fuite a été élevé. Comme le note Autopsie, «  la sagesse de la guerre permanente, ce que Clinon nomme «  le pouvoir global »

  • Etait beaucoup plus clair pour les leaders du Parti (en 2016) qu’il l’était pour ceux qui portaient le poids des morts au combat, des blessures et des traumatismes. Après une dizaine d’années de guerre sans interruption, les données de la recherche sur les conduites de vote montrent que la campagne de Clinton avec saon discours belliqueux a été un repoussoir pdans les classe laborieuses, durement touchées par les pertes dues au déploiement en Irak et en Afghanistan.

Francis Shen de l’Université du Minnesota et Douglas Kriner de l’Université de Boston ont analysés les résultats des élections dans trois états-clefs, La Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan – et ont trouvé   que «  même en contrôlant sur un modème statistique alternatif, nous avons trouvé une relation significatrice et sensée entre le niveau du sacrifice militaire de la communauté et son soutien à Trump ». L’engagement sans critique de Clinton dans les interventions armées a permis à Trump de gagner sur les deux tableaux, jouant au ressentiment chauvin tout en se posant comme un adversaire des guerres sans but et insensées.  Kriner et Shen concluent que les Démocrates peuventavoir à «  réexaminer leur posture en politique étrangère  si ils veulent reconquérir l’électorat épuisé et étrangé à 15 ans de guerre » Si le mouvement insurrectionnel au sein du Parti démocrate a commencé à se formuler des critiques en faveur d’une poltique étrangère intelligente, un changement peut éventuellement se produire. Et le monde peut devenir un endroit où le pouvoir américain, comme la vertu américaine, sont limités. Pour ces mêmes Démocrates, c’est une évolution fortement désirée. C’est sur du long terme mais quelque chose se passe vraiment ici.

Jackson Lears est membre  du Conseil supérieur des universités  (Board of Governors Distinguished) Professeur d’histoire à l’Université de Rutgers..

Tout n’est pas la faute de Trump ! Tom Engelhardt

 

Nous vivons un temps où aucun des facteurs constituant le tissu socio-historique ne peut être pris ou analysé indépendamment du contexte dans lequel il agit. C’est le cas vraisemblablement de tout moment pris dans l’histoire mais la nécessité d’envisager les paramètres contraignants se fait beaucoup plus aigue en ces temps de système économico-politique à dominante impériale. Les élections américaines saturent les oreilles du monde entier, devenant un jeu à part entière où est plongé pour plus d’une année un peuple entier et occultant tous les événements d’importance se déroulant ailleurs. Ce n’est pas nouveau. C’est simplement plus intense, plus omniprésent, plus fou, plus violent, plus idéaliste et désespéré aussi et surtout, mené tambour battant par un tel bouffon que les racines du mal qui touche la vie politique américaine semblent avoir accéléré leur croissance démesurément. Ce que Engelhardt nous donne à voir ici, c’est la façon dont Trump, qu’il fonctionne comme objet médiatique ou non, est avant tout le fruit d’un système, sa manifestation la plus dérisoire et la plus funeste et que le terrain sur lequel il fait son lit est depuis longtemps préparé par une démocratie qui a perdu tous ses atouts, tous ses codes, toutes ses règles de fonctionnement pour permettre à des forces secrètes, militaires et économiques à projet ostensiblement impérialiste de légiférer le monde.EG

 

Tomgram: Engelhardt, don’t blame it all on Donald Trump 

 

Posté par Tom Engelhardt à 4:53pm, le 27 Mars 2016.
 

L’entrée dans des territoires inexplorés de Washington 
Sommes-nous dans un nouveau monde américain ?

Par Tom Engelhardt

La semaine dernière, me sentant malade, j’ai passé une journée sur le canapé devant la télévision et je me suis souvenu d’un élément étrange de la vie américaine.

Plus de sept mois avant le jour des élections présidentielles, vous pouvez regarder la campagne 2016 pour la présidence à n’importe quel moment de votre choix, et ceci est vrai depuis au moins l’année dernière. Il n’y a en fait jamais un instant où quelque chaîne d’information ou autres ne propose un rapport, une discussion, un débat, une analyse, une spéculation ou e bave simplement pas sur un aspect quelconque des primaires d’Hillary, de Bernie, de Ted et par-dessus tout – un million de fois par-dessus tout ; du Donald ( de la  violence de ses rallyes à la taille de ses mains ). Au cas où vous soyez jeune et croyiez que c’est que c’est plus ou moins la norme américaine, ça ne l’est pas, ou du moins, ça ne l’était pas.

Vraiment, il y a quelque chose de nouveau sous le soleil. Bien sûr avec la chasse à la Ford Bronco blanche de O.J Simpson, (95 millions de spectateurs !), les 24/24, 7/7 événements médiatiques sont arrivés à toute force dans la vie américaine et quelque chose a changé sur la manière dont nous nous centrons sur notre monde et dont les médias se centrent sur nous. Mais vous pouvez être sûrs d’une chose : jamais, dans l’histoire de la télévision, ou dans celle de n’importe quel autre média, aucune autre figure n’a rassemblé tant d’attention  – heure après heure, jour après jour, semaine après semaine – que Donald Trump.  Si il est le O.J Simpson de la politique américaine du 21 ième  siècle et sa course à la présidence, l’éternelle course à la Ford Bronco du moment, alors nous sommes dans un monde vraiment étrange.

Ou, pour le dire autrement : ce n’est pas une élection. Je sais que le terme “ élection “  est utilisé toutes les cinq secondes et qu’un nombre significatif d’électeurs américains continue sans interruption de rentrer dans les  isoloirs ( tout particulièrement, cette saison, des Républicains) ou, dans le cas des comités électoraux primaires, dans les salles de sport et autres, afin de choisir parmi différents candidats, aussi cela ressemble encore à des élections.. Mais croyez –moi sur parole et tenez compte du fait que je suis un type âgé de 72 ans qui observe le monde politique depuis des décennies : ceci n’est pas une élection dans le genre de celles que nos livres d’histoire nous ont décrit comme cruciale pour la démocratie américaine. Si, par contre, vous êtes assis là, attendant que je vous dise ce que c’est, respirez et ne soyez pas trop déçus. Je n’en ai pas la moindre idée, bien que ce soit en partie un spectacle de cirque du genre du pain et des jeux, en partie l’obsession de la célébrité et en partie la pompe à finances médiatique .

En fait, avant d’aller plus loin, laissez-moi me couvrir à propos de l’idée que Donald Trump soit un O.J Simpson du 21 ième siècle. C’est certainement une comparaison raisonnable mais je commence à me demander si aucune comparaison ne peut être utile dans la situation présente. Même la plus cauchemardesque d’entre elles – Donald Trump est  Adolf HitlerBenito Mussolini, ou n’importe quel démagogue extrémiste  de votre choix –peut se révéler n’être que des mouvements de consolation,  de rassurance et de confort. Oui, ce qui se passe dans notre monde devient de plus en plus extrême et pourrait difficilement être plus étrange, nous semblons être pressés de la dire, mais cela n’est pas reconnaissable. C’est quelque chose que nous avons rencontré avant, quelque chose que nous avons analysé dans le passé et, dans le mouvement, vaincu.

Réunir les suspects habituels

Mais que se passera-t-il si ce n’est pas vrai ? D’une certaine mesure, la chose la plus effrayante, la moins acceptable à dire à propos de notre monde américain à l’heure actuelle – même si la présence envahissante de Trump nous incite presque à le dire- c’est que nous sommes entrés dans un territoire non réglementé  et que, dans ces circonstances, les comparaisons peuvent en fait modifier notre capacité à saisir notre nouvelle réalité. Ma propre suspicion : Donald Trump n’est que l’instance la plus évidente de ce qui se passe, l’exemple que personne ne peut manquer.

Pendant les premières années du 21 ième siècle, nous assistons peut-être à la naissance d’un nouveau monde au cœur de la coque vidée du système américain. Jusqu’à présent, bien que nous vivions avec cette réalité chaque jour,  nous ne pouvons de toute évidence pas tolérer de le reconnaître pour ce qu’il est. Lorsque nous examinons le paysage, ce sur quoi nous tendons à nous focaliser est la coquille – les habituelles élections ( dans une forme quelque peu exponentielle), les habituelles institutions gouvernementales ( un peu ternies)  avec les habituels pouvoirs ( un peu amoindris et redistribués) comprenant les habituels séparations des pouvoirs ( checks and balance *) (un peu détraqué), et la même vieille Constitution ( si louée en son absence) et oui, nous savons que rien de tout ça ne marche particulièrement bien, ou parfois ne marche pas du tout, mais c’est toujours rassurant de considérer ce que nous avons comme une version réduite, plus désordonnée et moins fonctionnelle de ce que nous connaissons.

Peut-être, pourtant, est-ce de plus en plus une version de l’inconnu. Nous disons, parquet le Congrès est  « paralysé »  est que peut être accompli dans un pays devenu si « polarisé »  et nous attendons que quelque chose nous libère de cette paralysie, afin de nous permettre de revenir vers un Washington plus proche de ce que nous nous souvenons et reconnaissons.  Mais peut-être est-ce cela. Peut-être que même si les Républicains ont d’une certaine façon perdus le contrôle  de la Chambre des députes  House of Representatives) et du Sénat, nous pourrions être  dans une situation telle que nous cataloguions maintenant le paralysie. Peut-être est-ce notre nouvelle réalité américaine, le Congrès étant en fait une sorte de version d’un poulailler glorifié, bien soutenu et bien financé.

Bien sûr, je ne veux pas nier le fait que ce qui est «  nouveau » dans notre monde a une longue histoire. L’élargissement du  gouffre des inégalités entre les 1% et les Américains ordinaires a commencé à s’élargir dans les années 70 – comme l’explique si brillamment Thomas Frank dans son nouveau livre   Listen, Liberal – était déjà une réalité puissante et controversée au début des années 1990, quand Clinton visait la présidence. Oui, l’écart est plus maintenant comme des abysses et semble encore plus inscrit dans le système américain mais il a son histoire propre, comme l’ont par exemple les élections des 1%   ainsi que la montée et l’auto-organisation de la   « classe des milliardaires » même si personne, jusqu’à maintenant, ne pouvait imaginer qu’un gouvernement des milliardaires, par les milliardaires et pour les milliardaires puise évoluer en un gouvernement pour le milliardaire, par le milliardaire et pour le milliardaire – c’est-à-dire l’un d’entre eux.

Bien sûr, beaucoup de notre monde qui change de forme pourrait être décrit avec un certain nombre de comparaisons et en terme de points de référence historiques. Les inégalités ont une histoire. Le complexe militaro-industriel et  l’armée mercenaire , comme la warrior corporation, ne sont pas nées d’hier, ni notre état de guerre permanente, ni notre état de sécurité nationale qui menace maintenant Washington ainsi que son urgence à surveiller, celui de savoir beaucoup trop de choses sur la vie privée des Américains. ( Un petit salut en souvenir du Directeur du FBI,  J. Edgar Hoover est de rigueur ici)

Et cependant, aussi vrai que tout cela puisse être, Washington ressemble de plus en plus à une terre nouvelle, exhibant quelque chose comme nouveau système au milieu de notre politique décrite polarisée et paralysée décrite en long et en large.

L’état de sécurité nationale ne me semble pas moindrement paralysé ni polarisé.  Et le Pentagone non plus. Certains jours quand je regarde les nouvelles, je ne peux pas concevoir comment ce nouveau territoire semble étrange et monotone à la fois. Rappelez-moi, par exemple, où dans la Constitution les Pères fondateurs ont-ils écrit à propos de l’état de sécurité nationale ? Et cependant il est présent dans toute la gloire, tout le pouvoir et dans la force toujours plus indépendante de la capitale de notre nation.     Dans quelle mesure, par exemple, ces hommes de l’ère révolutionnaire ont-ils préparé le terrain pour que le Pentagone envoie ses drones espions de nos zones de guerre éloignées jusqu’au dessus des États- Unis ?  Et pourtant il l’a fait.  Et personne ne semble perturbé par ce développement. La nouvelle, à peine note ni remarquée, a été instantanément absorbée dans ce qui est entrain de devenir la nouvelle norme.

Cérémonie de remise des diplômes dans l’Empire

Laissez-moi mentionner ici au hasard la nouvelle qui m’a récemment amené à me demander sur quelle planète je vivais. Et je sais que vous n’allez pas le croire mais cela n’a absolument rein à voir avec Trump

Étant donné le carnage entraîné par les guerres et les conflits américains à travers les grand Moyen-Orient et l’Afrique, que j’ai suivis de près  l’an passé, je ne sais pas pourquoi ce moment particulier est venu à ma connaissance. La meilleure supposition ? Peut-être que, de tous ces lieux auparavant obscurs – de l’Afghanistan au Yémen en passant par la Libye – dans lesquels les US ont combattus récemment, la Somalie, où ce petit massacre particulier a eu lieu, semble le plus obscur de tous.  Oui, j’ai à moitié assisté à des événements se passant là-bas, du moment des Blackhawk de 1993 à l’invasion désastreuse de l’ Ethiopie  en 2006, soutenue par les USA en passant par l’invasion à peine moins désastreuse de ce pays par les   Kenyans et par d’autres forces africaines. Mais pourtant, la Somalie ?

Récemment, des drones américains Reaper et des aéronefs avec pilote ont lance une série d’attaque contre ce que le Pentagone a qualifié de cérémonie de remise des diplômes  pour les fantassins de base du groupe somalien de terroristes al-Shabad. Il a été fièrement annoncé que plus de 150 somaliens étaient morts lors de cette attaque. Dans un pays où, dans les récentes années les drones US et les forces d’opération spéciales on mené un nombre réduit de frappes contre les leaders d’al Shabad individuellement, ceci pourrait être considéré comme une escalade distincte du conflit sans fin se déroulant là-bas, ( avec un  raid impliquant les forces spéciales US suivant peu de temps après)

Maintenant, laissez-moi remettre ça dans un contexte personnel. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé les cartes et les globes terrestres. J’ai un sens correct de là où se trouvent la plupart des pays sur cette planète. Cependant, la Somalie ? J’ai dû m’interrompre et y réfléchir afin de la localiser précisément sur ma carte mentale de l’est africain. La plupart des Américains ? Honnêtement, je doute qu’ils auraient eu la moindre idée. Aussi l’autre jour, quand la nouvelles m’est parvenue, je me suis arrêté un moment pour la considérer. Si elle est exacte, nous avons tué 150 plus ou moins personne (sauf pour ceux qui les connaissaient) et peut-être même un   top leader ou deux dans un pays que la majorité des Américains ne seraient pas capable de localiser sur une carte. Je veux dire, ne trouvez-vous pas ça un peu bizarre, quelle que soit l’horreur de l’organisation pour laquelle ils se préparaient à combattre ?

Rappelez-moi : sur quelle bases a-t-on perpétré ce modeste massacre ? Après tout, les US ne sont pas en guerre avec la Somalie ni avec al-Shabad. Bien sûr, le Congrès ne joue plus aucun rôle dans les engagements belliqueux de l’Amérique. Il ne déclare plus la guerre sur aucun des pays ou des groupes que nous combattons. (Paralysie !!) La guerre n’est maintenant plus que du domaine de l’exécutif, en réalité, le pouvoir collectif de l’état de sécurité nationale  et la Maison blanche.  L’explication principale offerte pour la frappe somalienne, par exemple, est que les US avaient un petit nombre de conseillers stationnés avec les Forces d’union africaine dans ce pays et qu’il était vaguement possible que ces étudiants en guérilla puisse bientôt préparer une attaque quelques unes de ces forces ( et donc le personnel militaire américain) Il semble que si les US placent des conseillers n’importe où sur la planète – et chaque jour de chaque année ils sont maintenant dans des quantités de pays  — ce sera un excuse suffisante pour valider des actes de guerre basés sur l’imminence de la menace de leurs attaques.

Ou bien pensons le de cette façon ;  une constitution nouvelle, informelle est écrite ces dernières années à Washington. Pas besoin d’une convention ou d’une nouvelle Déclaration des droits. C’est une constitution centrée sur l’usage du pouvoir, spécialement le pouvoir militaire, et qui s’écrit dans le sang.

Ces jours-ci, notre gouvernement (celui qui n’est pas paralysé) agit régulièrement sur la base de cette constitution-en-devenir informelle, commettant des actes comme celui de la Somalie, à travers de significatives régions de la planète. Ces dernières année, nous les avons maries avec les dernières   technologies étonnantes.   Des drones armés de missiles Hellfire pour le pouvoir exécutif et le massacre assez gaillard d’individus que nous n’aimons pas beaucoup dans une majorité de pays musulmans. Maintenant, il est accepté que n’importe quel commandant en chef soit aussi un  assassin-en-chef, et que tout ceci fait partie d’un système de temps-de-guerre-qui n’est-pas un temps-de-guerre. Répandant le principe du chaos et de la dissolution  dans des régions entières de la planète, laissant des états écrasés et des mouvements terroristes dans son sillage. Quand donc était-ce, à propos, que “le people” a donné son accord pour que le Président puisse se transformer en assassin en chef, rassemblant ses beagles officiels afin qu’ils écrivent de nouvelles “lois” qui couvrirait n’importe lequel de ses actes ( y compris le meurtre  de citoyens américains), et année après année, envoie ce qui est en fait sa flotte personnelle de drones afin d’ éliminer des milliers de personne à travers les Moyen-Orient   et dans certaines parties de l’Afrique ?  Assez bizarrement, après presque quatorze années de cette sorte de comportement, avec des  preuves évidentes que ces sortes de frappes ne suppriment  pas les mouvements que Washington abhorre  (et souvent ne fait qu’allumer les flammes du ressentiment et de la vengeance qui, ni l’actuel président et ses officiels, ni aucun des candidats à cette fonction n’ont la moindre intention de ramener un jour ces drones au sol.

Et quand exactement le “people” a-t-il dit que, au sein de l’armée largement déployée de notre pays, qui a maintenant des garnisons  partout sur la surface de la planète, une force de presque 70.000 personnels d’Opérations spéciales pourrait naître, ou qu’elle devrait globalement  mener  des missions sous couverture, n’étant redevable qu’au Président  (si elles le lui sont) ? Et, ce que je trouve le plus étrange est que si peu dans notre monde trouve cela étrange.

Une planète sur le déclin ?

D’une certain façon, on pourrait dire que tout ceci marche. Au moins, marche dans ce nouveau système qui se crée que nous devons encore arriver à comprendre, tout comme nous n’avons pas encore compris l’état de sécurité nationale qui surveille le monde d’un façon que même les auteurs de science fiction n’ont pas pu imaginer, ( ni les législateurs des états totalitaires) ou la version étrange de la tuerie qu’on appelle élection. Tout ceci est à la fois une vieille nouvelle et terriblement nouveau.

Est-ce que je le comprends ? Pas du tout

Ce n’est pas la guerre comme nous la connaissons, ni le gouvernement comme nous l’avons compris, et ce ne sont pas des élections comme nous les avons imaginées il y a longtemps, ni une démocratie comme celle dont nous l’avions conçue, ni un journalisme du genre de celui qui était enseigné dans les écoles de journalisme. C’est la définition d’un territoire sans règles. C’est une authentique terra incognita  américaine cependant d’une certain façon, ce paysage inconnu fait déjà partie  de notre sens de nous-mêmes et du monde. Dans cette saison d’“ élection”  beaucoup demeure choqué par le fait qu’un des candidats gagnant pour la présidence puisse être un démagogue avec un côté autoritaire visible et ce qui semble être un goût pour le pouvoir absolu. De telles définitions sont accolées à Donald Trump mais le nouveau système américain qui émerge de cette chrysalide ces dernières années montre déjà ces tendances. Donc, ne blâmons pas Donald Trump.  Il devrait être beaucoup moins choquant pour ce pays qu’il ne l’est. Après tout, un monde trumpien en formation a pavé le chemin pour lui.

Qui sait ? Peut-être assistons-nous à une nouvelle interprétation d’une très vieille histoire : une version d’un ancien conte de grand pouvoir impérial adaptée au 21 ième siècle, peut-être le plus grand jamais vu – le grand pouvoir solitaire-  plongeant dans son déclin. C’est un conte que l’humanité a expérimenté assez souvent au cours de sa longue histoire. Mais à moins que vous ne pensiez une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, le contexte pour tout ceci, pour tout ce qui se déroule en ce moment dans notre monde, est si nouveau que cela reste hors de portée de milliers d’années d’expérience humaine. Comme les derniers records de chaleur  l’indiquent, nous sommes, pour la première fois sur une planète en déclin. Et si ça ça n’est pas un territoire sans règles, qu’est-ce qui l’est ?

 

Tom Engelhardt est le co-fondateur du  American Empire Project ( Projet de l’empire américain) et l’auteur de  The United States of Fear ( Les Ètats-Unis de la peur) ainsi que de l’Histoire de la Guerre froide., The End of Victory Culture.( La fin de la culture de la victoire) Il est membre du  Nation Institute et dirige TomDispatch.com. Son dernier livre est : Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World.( Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et état de sécurité globale dans un monde à super-pouvoir unique)

 

  • La séparation des pouvoirs est le fait dans la constitution d’un État de distinguer certaines fonctions ou missions de l’État, et d’en confier l’exercice exclusif à différents corps de ce dernier, appelés pouvoirs. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est le principe fondamental des démocraties représentativesA contrario, les régimes dictatoriaux ou tyranniques se définissent par la concentration, en général dans la main du pouvoir exécutif, de tous les pouvoirs.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

La civilisation de Davos Vijay Prashad

Cette traduction d’un article d’Alternet vient au moment où le Club de Davos célèbre sa grande messe annuelle et détermine ce qu’il adviendra de ses montagnes de richesse et des masses qui les leur créent. Elle sera suivie par une analyse plus longue mais beaucoup plus approfondie  de Global Justice qui met à jour les rouages des fondations caritatives qui maintiennent à coup de milliards l’illusion que ce système peut panser les plaies qu’il génère. C’est une des positions du libéralisme depuis son origine, les maux que le capitalisme engendre sont, sous couvert de religiosité, de bonne conscience ou de simple désir de notoriété, évacués dans leurs conséquences par des outils financiers qui nient leurs causes. L’article qui suit est, à nos yeux, un peu sommaire dans ses analyses et ne fait que développer superficiellement des arguments qui sont de l’ordre de la conscience populaire de base alors que ce qui manque à cette conscience sont les outils d’un savoir précis sur ce qui la manipule avec le cynisme que l’on constate chaque jour. Il a l’avantage de nous remettre au goût du jour les fêtes qui se déroulent sur notre dos et le système idéologique morbide qui les organise. Il a l’avantage de nous rappeller que nous sommes, complètement, sans rémission autre que ce qu’on imagine être une nouvelle révolution, soumis à la civilisation de Davos. EG

The Davos Club: Meet the people who gave us a world in which 62 people own as much as 3.8 billions.

Le Club de Davos : Rencontrez les individus qui nous ont donné le monde dans lequel 62 personnes possèdent autant que 3.6 milliards.

Ceux de Davos parlent de la pauvreté et engagent des fonds dans le caritatif. Mais pour eux, c’est de la petite monnaie.

Par Vijay Prashad / AlterNet

Le 21 Janvier 2016

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Les élites mondiales se rencontrent en Suisse, dans la ville  perdue de Davos chaque année pour le Forum de l’économie mondiale [World Economic Forum]. Le conclave a commence en 1971 mais il est devenu une destination essentielle dans les années 90. Quand la globalisation est devenue le concept phare, Davos est devenu son siège.  Le monde des affaires, le monde politique et médiatique se rencontrent, échangent leurs cartes  puis s’en vont, mieux connectés  les uns aux autres. Des affaires sont parfois faites, mais plus que toute autre chose c’est l’harmonie au sein de l’élite mondiale qui est établie. C’est à ça que le Sommet de Davos sert, à créer une civilisation de Davos à l’usage des individus importants de la planète. Chaque année, avant le sommet, Oxfam International publie un rapport sur la richesse mondiale. Celui de cette année a mis à jour quelques nouvelles choquantes.  En 2010, 388 individus possédaient autant de richesse que celle de la moitié de la population mondiale, c’est à dire à peu près 3.6 milliards d’individus. L’obscénité alors a semblé dramatique. L’année dernière, ce nombre a chuté à 80 individus possédant autant que 3.6 milliards. Cela commençait vraiment à faire trop. Les  données de cette année sont encore plus  choquantes. Seulement 62 personnes possèdent autant que les 3.6 milliards. 62 !! L’inégalité a fait une marche en avant régulière.  Il est tout à fait possible que ces mêmes 62personnes ou leurs représentants soient présentes à Davos. Elles sont au cœur de la civilisation de Davos. Les bouchons de champagne vont sauter, le caviar couler sur le sol, les riches ont de quoi fêter. Même le ralentissement de la Chine ne les ralentira pas. Les 62 font  autant d’argent dans le marché baissier que dans le marché haussier. De quoi les 62 vont-ils s’entretenir à Davos ? Le thème de cette année est “comment maîtriser la  quatrième révolution industrielle. “ La première révolution industrielle est considérée comme le changement de la puissance humaine à la puissance mécanique au début du 19ième siècle. A la fin du 19ième siècle, la science a été tenue par l’industrie de produire la technologie, ou la seconde révolution industrielle. Dans le milieu du 20ième siècle, les ordinateurs ont fait leur apparition et ont ouvert la révolution digitale ou troisième révolution industrielle. La quatrième concerne la  robotisation et la mécanisation – le remplacement de l’homme par la machine.  Les 62 veulent anticiper cette révolution. La banque Suisse UBS a fait une étude sur l’impact  économique de cette quatrième révolution industrielle. Elle l’a publié juste avant l’ouverture de Davos. Le rapport suggère que ceux qui sont déjà riches et sont possédants vont vraisemblablement tirer parti de cette quatrième révolution. Ils vont : “ bénéficier du fait de posséder lesbiens dot la valeur sera augmentée par la quatrième révolution. “ écrivent les analystes de UBS. La tendance à la mécanisation va donc accroître l’inégalité, pas la diminuer. Ce thème-là a été du sucre dans la tasse des 62. Ils vont s’enrichir. Les pauvres vont s’appauvrir. C’est ce que les analystes des riches disent. T

Le people de Davos parlent de la pauvreté et offrent de l’argent aux organismes caritatifs. Mais ce n’est que de la petite monnaie qui reste là à traîner sur leur table de nuit. Les discours sur la pauvreté permettent simplement aux riches de se sentir moins mal à l’aise sur leur moralité si trempée. Ils font la grève des impôts. Ils refusent de mettre entre les mains de l’état leur part de richesse afin de mener à bien des programmes d’aide sociale.  C’est un anathème. L’horizon de leur progrès social est leur charité misérable, qui bien sûr n’est pas entièrement charitable : le chèque va avec  un gros poteau indicateur qui dit au monde que c’est eux qui ont donné cet argent. Les pauvres inquiètent les 62. Si vous créez un monde où l’essentiel de la population vit  dans des conditions catastrophiques, il ne va pas être heureux et pourrait même se mettre en colère. S’ils se mettent en colère, ils peuvent se rebeller et devenir difficiles à contrôler. Quand les ghettos se lèvent que font les riches ? La charité ne va pas contenir ces soulèvements. Ce qui est la raison pour laquelle les riches investissent dans des communautés-enclaves et dans la sécurité qui les protège, tout comme dans la sécurité qui enferme des pays entiers qui vivent dans les ceintures de pauvreté. Ce qui est la raison qui fait de l’US department of Defense un des plus gros employeurs au monde avec 3.2 millions de personnes travaillant pour lui. Ce n’est pas non plus étonnant que le troisième employeur mondial soit la firme de sécurité G4S. Elle suit Wallmar et Foxxconn. Foxconn utilise le travaille chinois pour faire des produits bon marché qui sont vendus à des consommateurs américains endettés à Walmart. Si il y a le moindre mouvement dans les travailleurs ou dans les consommateurs endettés, G4S arrive pour les calmer ou pour mettre quelqu’un en prison. G4S s’étend comme un feu de brousse.  Qu’est ce que la crise des réfugiés à l’ouest sinon la crise de la civilisation de Davos ?  Quand vous ne laissez pas les gens construire des vies protégées et productives sur leur propre sol, ils s’enfuient ailleurs. Ils vont venir dans vos maisons et demander à vivre comme vous. Mais ce qu’ils découvrent c’est que même à l’Ouest, il y a des îles d’abondance et de vastes océans de misère. Les réfugiés fuient les conflits armés et les bombardements aériens pour arriver dans des lieux où la police ressemble à l’armée et où     des drones ont aussi commencé à voler au-dessus des têtes.

Ils vont rencontrer la force de travail de G4S, qu’ils ont également rencontré dans d’autres pays. Un des sujets de Davos est l’usage de robots dans l’armée et dans la police. Les jours de Robocop ne sont pas loin. Les 62 peuvent faire confiance à une machine beaucoup plus qu’à un officier de police qui, en terme de classe, est beaucoup plus proche de la plèbe que des 62. Les 62 de Davos aimeraient croire que le terrorisme et les états incontrôlables sont des problèmes anciens qui peuvent être réglés avec une bonne dose de capitalisme. Ils aimeraient imaginer que ce que les gens en Irak et en Syrie ou en Corée du nord veulent le plus sont des centres commerciaux et des cartes de crédit. Mais c’est précisément la civilisation des centres commerciaux et des cartes de crédit qui reproduit l’inégalité, forçant des gens ordinaires à s’endetter afin de pouvoir acheter une chaîne sans fin de biens de consommation qui ont été produits pour des salaires de misère. Quand la dette les amène à devenir distraits, ils sont indifférents, désillusionnés, à la recherche d’une alternative. Et parce que la gauche est faible, l’alternative est fréquemment celle de la démagogie de la politique religieuse ou ethnique. Et comme la rhétorique de ces discours religieux ou ethnique est indisciplinée, les stratégies glissent facilement vers la violence. Le terrorisme n’est pas le fruit d’anciennes animosités mais celui des conditions sociales de notre présent, celles de la civilisation de Davos qui donne la richesse à 62 personnes et la refuse à 3.6 milliards

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Naomi Klein : Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies. 

Ce qui est vraiment en jeu à la conférence sur le climat de Paris maintenant que les marches sont bannies.

 

Article de Naomi Klein  paru dans Common Dreams et dans The Guardian sur les interdictions de manifestations et de marches sur tout le territoire français au moment décisif des pourparlers pour le climat de la COP 21 de Paris.  Les descentes de polices et les perquisitions se succèdent chez des militants ou des agriculteurs écologistes n’ayant de terroristes que la force de leur point de vue face au laxisme intéressé  et aux liens immoraux entre les gouvernements  sensés représenter les citoyens  du monde,  brutalement forcés au silence alors qu’ils sont en première ligne des catastrophes climatiques présentes et à venir et les actions et l’état d’esprit incurablement pervers des multinationales. Il semble d’autre part indispensable face aux degrés d’urgence et à la hiérarchisation des maux auxquels nous sommes, en tant qu’espèce, confrontés, de rappeler ces quelques phrases de Jared Diamond : «La menace d’un holocauste nucléaire et celle d’un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doit affronter l’espèce humaine aujourd’hui. À côté d’elles les problèmes du cancer, du sida ou de la malnutrition qui nous obsèdent généralement, sont relativement mineurs, car ils ne mettent pas en cause notre survie en tant qu’espèce. » * Nous aurions pu ajouter à la liste le terrorisme qui n’est un danger que pour les vivants.

 

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Article originellement paru dans The Guardian

En interdisant les marches de protestation à la COP21, Hollande condamne au silence ceux qui font face aux impacts les pires du changement climatique et de sa monstrueuse violence.

Par

Naomi Klein

 

De qui la sécurité reste-t-elle protégée par tous les moyens nécessaires ?

De qui la sécurité est-elle sacrifiée avec désinvolture, en dépit des moyens pour faire beaucoup mieux ? Ce sont des questions au cœur de la crise climatique et les réponses sont la raison pour laquelle les sommets climatiques finissent si souvent dans l’acrimonie et les larmes.

La décision du Gouvernement français d’interdire les manifestations, les marches et autres « activités extérieures » pendant le sommet de Paris sur la climat est gênant à plusieurs niveaux. Celui qui me préoccupe le plus est lié avec la façon dont cela reflète l’inégalité fondamentale de la crise climatique elle-même  – et la question clef de quelle sécurité est actuellement valorisée dans ce monde asymétrique.

 

 

Voici la première chose à comprendre. Les gens affrontant les impacts les pires du changement climatique n’ont virtuellement aucune voix dans les débats occidentaux pour déterminer que faire sérieusement pour prévenir le réchauffement mondial catastrophique. De gigantesques sommets comme celui qui va se tenir à Paris sont de rares exceptions. Pour deux semaines   les voix de ceux qui sont heurtés le plus et en premier ont un peu d’espace  pour être entendus dans un lieu où des décisions déterminantes sont prises. C’est pourquoi les insulaires du pacifique, les chasseurs Inuits et les bas salaires des gens de couleur de la Nouvelle-Orléans font des milliers de kilomètres afin d’être présents. Le coût est énorme, à la fois en dollars et en carbone, mais être présents au sommet est une occasion précieuse de parler sur le changement climatique et de donner un visage humain à cette catastrophe en cours. Ensuite, ce qui doit être compris c’est que même dans ces moments rares, les voix de premières lignes n’ont pas assez d’une plateforme dans les réunions officielles dans lesquelles le micro est dominé par les gouvernements et les groupes écologistes largement financés. Les voix des gens ordinaires sont entendues principalement dans les réunions de la base parallèles au sommet, ainsi que dans les marches et les manifestations. Maintenant, le Gouvernement français a décidé les plus bruyants de ces mégaphones,  prétendant que de sécuriser les marches compromettrait sa capacité à sécuriser la zone du sommet officiel où se rencontreront les politiciens.  .

” Une fois de plus, le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre est à gagner.”

Certains prétendent qu’il s’agit d’un juste contrecoup contre la toile de fond de la terreur. Mais un climat des Nations unies pour le climat n’est pas comme une rencontre du G8 ou de l’Organisation mondiale du commerce, où les puissants se rencontrent et où les sans dents tentent de compromettre leurs fête. Les événements parallèles de la société civile ne sont pas un ajout ou une distraction de l’événement principal. Ils sont partie intégrante du processus. Ce qui est la raison pour laquelle le gouvernement français ne devrait jamais avoir décidé quelle partie de ce sommet devrait être gardée et quelle autre annulée.  Plutôt, après l’attaque horrible du 13 Novembre, il était nécessaire de déterminer s’il avait la volonté et la capacité d’accueillir l’ensemble du sommet avec la pleine participation de la société civile, la rue comprise. S’il ne le pouvait pas, il aurait pu repousser ou demander à un autre pays de prendre le relais. Au lieu de ça, Hollande et son gouvernement ont pris une série de décisions qui reflètent un éventail de valeurs et de priorités très particulières afin de déterminer qui et quoi devait bénéficier de la protection de l’état. Oui, les leaders mondiaux, les matchs de foot-ball et les marchés de Noël, non les marches pour le climat et les manifestations désignant le fait que les négociations, avec l’actuel niveau d’émissions  prévu, mettent en danger les vies et les moyens de subsistance de millions sinon milliards de personnes

 

Et qui sait où cela peut mener ? Devons-nous nous attendre à ce que les Nations Unies révoquent les autorisations de la moitié de la société civile ? Ceux les plus susceptibles de créer des troubles au sein de la forteresse ? Je n’en serais pas surprise du tout.   Cela vaut la peine de songer à ce que l’annulation des marches  et des manifestations signifie réellement tout autant qu’en termes symboliques. Le changement climatique est une crise morale parce qu’à chaque fois que les gouvernements des nations riches ont manqué à agir, cela a envoyé un message qui montrait que nous, peuples du nord, mettions notre confort et notre sécurité économique avant la souffrance et la survie des peuples les plus pauvres et la s plus vulnérables de la planète. La décision d’interdire l’espace le plus important où les voix des peuples subissant l’impact climatique auraient pu être entendues est l’expression dramatique d’un abus de pouvoir profondément immoral : une fois de plus le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre vous devrez la gagner.

Une autre pensée : j’écris ces mots de Stockholm, où j’ai fait une série de conférences publiques sur le changement climatique. Quand je suis arrivée, la presse s’en donnait à cœur joie avec un tweet envoyé par la ministre de l’environnement Åsa Romson.  Peu de temps après a éclaté la nouvelle des attaques à Paris, elle a alors tweeté son outrage et sa tristesse pour les victimes. Puis elle a tweeté qu’elle pensait que c’était une mauvaise nouvelle pour le sommet sur le climat, une pensée qui est venue à tous ceux que je connais qui sont d’une façon ou d’une autre connectés à ce moment environnemental. Pourtant elle a été mise au pilori pour son soi disant manque de sensibilité – comment pouvait-elle penser au changement climatique face à un tel carnage ?

La réaction était assez révélatrice parce qu’elle montrait comme un acquis le fait que la changement climatique est une question mineure, une cause sans de réelles victimes, presque frivole.  Tout particulièrement quand des problèmes sérieux comme la guerre et le terrorisme occupent le centre de la scène. Cela m’a fait penser à quelque chose que l’auteure Rebecca Solnit a écrit il n’y a pas longtemps. «Le changement climatique est de la violence »  C’est vrai. Certaines de ces violences sont horriblement lentes : la montée des eaux qui efface progressivement des nations entières, et la sécheresse qui tue des milliers d’individus. D’autres sont terrifiantes de rapidité : les tempêtes avec des noms comme Katrina et Haiyan   qui volent des milliers de vies en une seule fois. Quand les gouvernements et les multinationales manquent sciemment d’agir afin de prévenir ce réchauffement catastrophique, c’est un acte de violence. C’est une violence si étendue, si mondiale et infligée simultanément contre des temporalités si diverses (cultures anciennes, vies présentes, avenir potentiel) qu’il n’existe pas encore de mot capable de désigner cette monstruosité. Et utiliser des actes de violence pour faire taire ces voix des plus vulnérables à la violence climatique est encore plus violent.

En expliquant pourquoi les match de football programmés seraient maintenus comme prévu, le Secrétaire d’état au sport a dit : « La vie doit continuer »   Bien sûr qu’elle le doit. C’est pourquoi je joins le mouvement pour une justice climatique. Parce que quand les gouvernements et les multinationales manquent à leur devoir d’agir d’une façon qui révèle la valeur de tous sur terre, on doit protester contre eux.

© 2015 Guardian News and Media Limited

 

  • Jared Diamond ” Le troisième chimpanzé ” Essai sur l’évolution et lavenir de l’animal humain. p. 613 Folio essais

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Charlie Hebdo. Attiser les contradictions. Juan Cole

Sharpening the contradictions 

Dans ce qui se nomme un ” contexte” les positions prises sont à la mesure des effets de panique et de choc générés par les événements. Il va de soi que la première forme de réaction est celle des plaquages de réponses qui rassurent. Nous sommes dans et face à une situation d’une rare complexité, nourrie d’histoire récente et plus ancienne, nourrie de choix politiques désastreux et sous tendue en plus des mouvements idéologiques extrémistes, par l’absence complète de valeurs morales que le néo-libéralisme tient comme un de ses constituants et dont il a abondamment irrigué toute la vie politique internationale. Les interprétations des faits se doivent d’être diversifiées, offrant dans leur analyse des perspectives à la hauteur de la complexité de la situation. En voici, pour commencer une de Jan Cole, journaliste nord-américain, spécialiste du Moyen-Orient  publiée également dans The Nation. Elle a été rédigée le 7 Janvier, certains éléments ont été modifiés depuis mais les questions de fond demeure inchangées. La lire ne sera pas avoir les moyens de croire qu’il a la réponse car les réponses sont multiples si elles existent. C’est dans une réserve et un travail de recherche d’informations que nous pouvons peut-être, tant bien que mal, dépasser la confusion et le traumatisme.  EG

  Attiser les contradictions Pourquoi Al-Qaeda a-t-il attaqué les satiristes à Paris. Par Juan Cole | Jan. 7, 2015 |   Le massacre terrible de l’éditeur, des dessinateurs et d’autres membres du personnel de l’irrévérencieux hebdomadaire «  Charlie Hebdo », avec celui de deux policiers perpétré par deux terroristes à Paris a été, à mon sens une frappe stratégique, tendant à polariser le public français et européen. Le problème pour un groupe terroriste comme Al-Qaeda est que ses sources de recrutement sont les Musulmans mais que la plupart des Musulmans ne sont pas intéressés dans le terrorisme.

La France est un pays de 66 millions d’habitants dont 5 millions ont un héritage musulman. Mais dans les statistiques, seulement in tiers, moins de 2 millions, dit être intéressé par la religion. Les Musulmans français sont probablement les plus séculiers au monde (les membres de l’ancienne Union Soviétique a aussi un faible taux de croyants et de pratiquants). De nombreux musulmans immigrés en France dans la période d’après-guerre vinrent comme main d’œuvre et n’étaient pas des populations lettrées et leurs petits-enfants sont plutôt distant du fondamentaliste du Moyen-Orient, impliqués dans une culture suburbaine comme le Rap ou le Rai. A Paris, où les Musulmans sont généralement mieux éduqués et plus pratiquants, la vaste majorité rejette la violence et se disent loyaux envers la France. Al-Qaeda souhaite coloniser mentalement les Musulmans français, mais ils font face à un mur de désintérêt. Mais si cela peut amener des Français non Musulmans à rejeter les Musulmans sous le prétexte qu’ils sont Musulmans, cela peut générer une identité politique commune autour de la plainte contre la discrimination. Cette tactique est identique à celle utilisée par les Stalinistes au début du 20ième siècle. Il y a des dizaines d’années, j’ai lu un compte rendu du philosophe Karl Popper racontant comme il avait flirté avec le Marxisme pendant à peu près 6 mois en 1919 quand il assistait au cours de l’université de Vienne. Il quitta le groupe dégoûté lorsque il découvrit qu’ils essayaient d’utiliser des fausses opérations pour provoquer les confrontations entre militants. Dans l’une d’entre elles, la police tua 8 jeunes socialistes à Hörlgasse le 15 Juin 1919. Pour quelques Bolchevicks sans scrupules- qui allaient devenir plus tard des Staliniens- le fait que la plupart des étudiants et des travailleurs ne souhaite pas renverser la classe des affairistes est un inconvénient et il sembla donc souhaitable pour certains d’entre eux «  d’aiguiser les contradictions » entre le travail et le capital.   Les opérateurs qui ont mené cette attaque ont montré des signes d’entrainement professionnel. Ils parlaient un français sans accent et savaient certainement qu’ils jouaient pour le compte de Marine Le Pen et de  l’extrême droite française islamophobique. Il est possible qu’ils aient été Français mais il semble qu’ils aient été durement entraînés. Ce massacre horrible n’a pas été une protestation pieuse contre la diffamation de leur icône religieuse, c’était une tentative pour provoquer dans la société européenne le pogrom des Musulmans français, à partir duquel le recrutement d’Al- Qaeda pourrait soudainement montrer un certain succès au lieu de ester chancelant face à la culture tonique de la culture Beur ( Les Arabes français se nomme eux-mêmes sardoniquement avec cet anagramme) Ironiquement, il est précisé que l’un des deux policiers tués était Musulman.

Al-Qaeda en Mésopotamie, dirigé alors par Abu Musab al-Zarqawi a déployé avec succès cette sorte de stratégie en Irak, attaquant constamment les Shiites et leurs symboles sacrés et provoquant le nettoyage ethnique des millions de Sunnites de Baghdad. A suivi la polarisation, avec l’aide des incarnations variées du Daesh ( ISIS ou ISIL en Arabe, qui vient d’ Al-Qaeda en Mésopotamie) Et à la fin la stratégie brutale et génocidaire a marché, de telle façon que le Daesh a été capable d’inclure tous les Arabes Sunnites d’Irak, qui ont subi tant de représailles Chiites qu’ils étaient prêts à chercher la protection de n’importe quel groupe qui avait délibérément et systématiquement provoqué les Chiites. “ Attiser les contradictions”  est la stratégie des sociopathes et des régimes totalitaires, cherchant à déstabiliser émotionnellement de leur insouciance ordinaire  les collectivités et d’en faire leur proie en mobilisant leur énergie et leur richesse pour l’intérêt d’un grand leader auto-proclamé. La seule réponse efficace à cette stratégie manipulatoire ( comme les Grand Ayatollah Ali Sistani a tenté de le dire aux Shiites il y a une dizaine d’années) est de résister à l’impulsion de rendre responsable un groupe entier pour les actions de quelques-uns et de refuser de mener des représailles identitaires. Pour ceux qui ont besoin que des personnes non liées aux évènements endossent la responsabilité pour leur coreligionnaires ( ce qui n’est jamais exigé des Chrétiens) , le Séminaire al-Azhar, siège de l’apprentissage et des fatwas des Musulmans Sunnites a condamné l’attaque,  comme l’a fait la Ligue Arabe, qui comprend 22 états  à majorité musulmane.

Nous avons un modèle de réponse aux provocations terroriste et à leur tentative d’attiser les contradictions. C’est celui de la Norvège après le massacre commis par Anders Behring Breivik où la gauche norvégienne a choisi d’être douce avec l’Islam. Le gouvernement norvégien n’a pas lancé de guerre contre la terreur. Il a mené Breivik devant les tribunaux comme n’importe quel criminel.  Ils sont restés investis des admirables valeurs de la Norvège  moderne. La plus grande partie de la France restera impliquée dans les valeurs française des Droits de l’Homme. Mais une minorité localisée et haineuse profitera de l’avantage donné par cette polarisation délibérée de l’horreur pour pousser leur propre agenda. L’avenir de l’Europe dépend du fait que Marine Le Pen devienne majoritaire.

L’extrémisme prospère sur les extrémismes et est définitivement mis à mal par la tolérance. Laissez-moi conclure en offrant mes profondes condoléances aux familles, amis et fans de nos collègues assassins à Charlie Hebdo, dont  Stephane Charbonnier, Bernard Maris,  et les caricaturistes Georges Wolinski Jean Cabut, ou Cabu, and Berbard Verlhac (Tignous)– ainsi que tous les autres. Comme l’a dit Charbonnier, connu sous le pseudonyme Charb, «  Je préfère mourir debout que de vivre à genoux.”.

Traduction Elisabeth Guerrier

L’Âge de l’Ignorance Charles Simic

L’âge de l’ignorance par Charles Simic

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Chip Somodevilla/Getty Images  Fairgoers cheer for Sarah Palin while she appears on the Sean Hannity Show at the Iowa State Fair, August 12, 2011

 By Charles Simic in The New York Review of Books

 

Une ignorance diffuse frôlant l’idiotie est devenue notre nouvel objectif national. Il est vain de prétendre le contraire et de nous dire comme Thomas Friedman l’ a fait  dans le Times il y a quelques jours, que les individus cultivés représentaient la ressource nationale la plus précieuse. Bien sûr qu’ils le sont mais qui veut encore d’eux ?

Il ne me semble pas que  nous les désirions ? Le citoyen idéal d’un état corrompu politiquement, comme celui dans lequel nous vivons maintenant est un abruti naïf, incapable de discerner la vérité de l’amas de conneries.

A une population éduquée, correctement informée, de celle qu’une démocratie qui fonctionne nécessite, il serait difficile de mentir, et elle ne pourrait pas être menée par le bout du nez par les intérêts acquis divers se déchaînant dans ce pays.  La plupart de nos hommes politiques, leurs conseillers et leurs lobbyistes se retrouveraient sans emploi, de même que les moulins à paroles qui se font passer pour nos faiseurs d’opinions.  Heureusement pour eux,rien d’aussi catastrophique, bien que parfaitement mérité et largement bienvenu, n’a la moindre chance de se produire dans un futur proche. Tout d’abord, il y a plus d’argent à se faire avec les ignorants qu’avec les clairvoyants et la déception des Américains reste une des rares industries locale en croissance qui nous reste dans ce pays. Une populace éduquée serait fâcheuse, à la fois pour les politiciens et pour le business.

Il a fallu des années d’indifférence et de stupidité pour nous faire accéder au niveau d’ignorance où nous sommes maintenant. Qui que ce soit qui ait enseigné à l’université comme je l’ai fait pendant les dernières quarante années peut confirmer comme les étudiants sortant du lycée  en savent chaque année de moins en moins.  Tout d’abord, c’était choquant mais cela ne surprend plus aucun enseignant de constater comment les gentils et impatients jeunes gens inscrits dans nos classes n’ont pas la capacité de comprendre la plupart du matériel enseigné.  Enseignant la littérature américaine, comme je l’ai fait, est devenu de plus en plus dur durant ces dernières années, parce que les étudiants lisent très peu de littérature avant de venir à l’université et manque souvent des informations historiques les plus basiques sur la période où le roman ou le poème fût écrit, y compris quelles idées ou questions essentielles occupaient l’esprit de l’époque.

Même l’histoire régionale s’est faite expédier sans ménagements. Des étudiants originaires des vieilles villes industrielles de la Nouvelle Angleterre, comme je l’ai découvert, n’ont jamais entendu parlé des grèves fameuses de leur communautés dans lesquelles des travailleurs furent abattus de sang-froid, laissant les responsables s’en tirer sans aucune sanction. Je ne fus pas surpris que leur lycée soit soucieux à l’idée d’évoquer le sujet mais j’ai été surpris que leurs parents ou leur grands -parents, ou qui que ce soit en contact avec eux lors de leur croissance n’ait jamais mentionné ces exemples d’injustice foncière. Ou bien les familles n’évoquent-elles jmais le passé ou bien les enfants n’y prêtent pas garde lorsqu’elles le font. Quelle que soit la cause, nous sommes confrontés avec le problème de la solution à apporter à leur vaste ignorance face à des choses avec lesquelles ils devraient déjà être familier comme des générations d’étudiants avant eux l’étaient.

Si cette absence de connaissances est le résultat d’années de nivellement par le bas des programmes du secondaire et de familles qui ne parlent pas à leurs enfants du passé, il se présente une autre forme pernicieuse d’ignorance à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. Il s’agit du produit d’années de polarisation idéologique et politique et d’efforts délibérés déployés par les partis les plus fanatiques et intolérants dans ce conflit pour le façonnage de plus de cette ignorance à laquelle nous sommes confrontés, en mentant à propos de nombreux aspects de notre histoire ainsi que de notre passé récent. Je me souviens avoir été stupéfait il y a quelques années lorsque j’ai lu que la majorité des Américains avaient répondu aux sondages que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 Septembre. Cela m’a étonné comme une prouesse de propagande dépassant les pires régimes totalitaires du passé- beaucoup d’entre eux ayant eu a à utiliser les camps de travail et les pelotons d’exécution afin de forcer le peuple à croire ces mensonges sans obtenir un succès comparable.

Aucun doute, Internet et le câble ont permis à divers intérêts politiques et corporatistes de disséminer la désinformation à une échelle impossible à atteindre auparavant mais que cela soit cru demande une population mal éduquée, inhabituée à vérifier les sources de ce qui lui est soumis.  Où donc ailleurs sur terre un président qui sauve les trusts bancaires de la banqueroute avec l’argent des contribuables et autorise les autres à perdre 12 mille milliards d’investissement, de retraite et de valeurs immobilières serait-il appelé un socialiste ?

Dans le passé, lorsque quelqu’un ne savait rein et disait des idioties, personne ne prêtait attention à lui. Plus maintenant; maintenant de tels individus sont courtisés et flattés par les politiciens conservateurs et les idéologues, comme les “Véritables Américains” défendant leur pays contre l’appareil d’état et l’élite libérale cultivée.  La presse les interviewe et reporte leur opinions avec beaucoup de sérieux sans jamais pointer l’imbécillité de leurs croyances.  Les baratineurs, qui les manipulent pour leur pouvoir financier puissant, savent qu’ils peuvent faire croire n’importe quoi parce que pour l’ignorant et le sectaire, les mensonges sonnet toujours plus juste que la vérité :

Les Chrétiens sont persécutés dans ce pays.
Le Gouvernement va nous enlever nos armes.
Obama est un Musulman.
Le réchauffement climatique est un canular
Le Président oblige à la pratique de l’homosexualité dans l’armée.
Les écoles élaborent des programmes de gauche.
La Sécurité Sociale est un programme identique à l ‘aide sociale.
Obama hait les Blancs.
La vie sur terre est vieille de dix mille ans, tout comme l’univers.
La Sécurité Sociale contribue à la pauvreté.
Le Gouvernement prend votre argent et le donne à des femmes universitaires  folles de sexe pour payer le coût de leur contraception.

Nous pourrions ajouter de nombreux lieux-communs illusoires crus par les Américains à cette liste. Ils sont maintenus en circulation par des centaines d’hommes politiques de droite et par les médias religieux dont la fonction est de fabriquer une réalité alternative pour leur spectateurs et leurs auditeurs. ” La stupidité est parfois la plus grande des forces historiques” dit un jour Sidney Hook. Sans aucun doute.  Ce à quoi nous assistons dans ce pays est à la rébellion des esprit bornés contre l’intellect. C’est une des rasions pour lesquelles ils aiment tant les hommes politiques qui pestent contre les enseignants de ce pays endoctrinant leurs enfants à l’encontre des valeurs de leurs parents et en veulent à ceux qui montre l’habilité à penser sérieusement et indépendamment. Mais en dépit de leur  bravade, on peut toujours compter sur ces idiots pour voter contre leur propres intérêts.  Et ça, à mon avis, est la raison pour laquelle des millions sont dépensés pour maintenir mes compatriotes dans leur ignorance.

20 Mars 2012. 10.55 am
Document proposé par R.C. NYS
Traduction Elisabeth Guerrier

Biosurveillance : le Gouvernement va traquer votre santé pour des questions de sécurité nationale.

Le rapport est consternant. Il est surtout le témoignage du fonctionnement absurde d’un système qui est incapable de réglementer son étiquetage des denrées alimentaires, de donner accès à un contrôle des conditions d’élevage et d’abattage des animaux, de veiller à l’innocuité de leur alimentation ni à la composition de la plupart de ses produits conditionnés mais qui envisage de faire payer les effets dévastateurs de sa politique agro-alimentaire par le consommateur au nom de la sécurité nationale et d’utiliser ce cumul de données à des fins de prévention quand elles sont avant tout le point ultime de la surveillance du nouveau totalitarisme.

 Biosurveillance : le Gouvernement  va traquer votre santé pour des questions de sécurité nationale.

 

Par  Darlene Storm

May 21, 2014 11:42 AM EDT

Un très important plan de biosurveillance qui fait des données sur votre santé une affaire de “ sécurité nationale” s’est montré sur mon radar aujourd’hui. Il ouvre l’accès à un contrôle en temps réel du gouvernement sur votre santé. Je suis désolée de n’avoir entendu parler de cela que maintenant et de le publier à la dernière minute, la limite pour les commentaires étant le 21 mai.

Bien sûr, les raisons pour lesquelles nous n’avons pas entendu parler de ce plan de biosurveillance sournois qui récupérera les données de santé des Américains sont que le document départemental d’essai de 50 pages affiche  “  ne pas citer ou mentionner  “ (pdf)   Eh bien c’est vraiment fâcheux parce que ça affecte vous, moi, nos enfants, tout le monde aux USA !

C’est considéré comme de la «  sécurité nationale » ce qui signifie que de la meme façon que la surveillance de la NSA était secrète jusqu’à ce que Snowden la révèle, vous ne saurez même pas que l’on espionne sur votre santé et que ces données sont partagées. Le 2015-2018 National Health Security Strategy (NHSS) ( Stratégie sécuritaire pour la santé nationale) (pdf) gardera et partagera les informations non seulement sur les personnes ou les animaux malades mais aussi sur les plantes malades.

“Les informations collectées par le gouvernement seront une couverture totale et incluront  “ce qu’est le statut de votre santé, si vous prenez de l’exercice, la fréquence de vos rhumes, ou quelles sortes de médicaments vous prenez” selon le Citizens’ Council for Health Freedom (CCHF).

“Il n’y a plus de vie privée“ dit Twila Brase, présidente and co-fondatrice de CCHF, (pdf),  “Les officiels veulent des rapports pratiquement en temps réel par l’intermédiaire des données des systèmes électroniques. Que signifie une “menace pour la santé“ ou un “incident“ qui pourraient compromettre notre système de sécurité nationale ? Cette stratégie dit que cela inclut les activités terroristes, la résistance aux antibiotiques, le changement climatique et les sujets autour de l’environnement économique. En d’autres termes, tout et n’importe quoi peut devenir une menace pour la santé selon les standards gouvernementaux.”

Brase ajoute que “les propositions  de la NHSS permettront au gouvernement fédéral de contrôler les comportements individuels avant, pendant et après tout incident de santé défini selon les ‘critères’ du gouvernement. C’est extrêmement large. Cela semble être sans limite, mis à part le fait qu’ils prétendent, bien sûr protéger les données. Mais de notre perspective, si le gouvernement a accès a ces sortes d’informations et s’il est autorisé à faire des recherches grâce à ells, alors notre vie privée est déjà compromise. Le gouvernement a déjà dit que nos données sont ses données dans le cadre de la sécurité de la santé nationale”

 

Il y a une vidéo de l’ACLU ( American Civil Liberty Union) sur la commande d’une pizza dans l’avenir  qui a été faite pour pointer le désagréable “ potentiel de surveillance généralisée “ et les possibilités d’un avenir sombre où chacun de nos mouvements, chacune de nos transactions, de nos communications seront enregistrées, compilées et gardées, prêtes à l’accès par les autorités lorsqu’elles le désireront..” Dans ce futur, une personne ne sera pas autorisée à commander une pizza ou un soda qui seraient malsains ou ils pourraient les commander mais devraient payer une pénalité et devraient signer une décharge auprès de leur compagnie d’assurance- car l’employé de la pizzeria aurait accès aux renseignements sur la santé de cette personne. Nous sommes déjà suivis à travers nos portables, nos sites web, nos achats, nos plaques d’immatriculation et maintenant la biosurveillance projette de s’approprier les données des Américians sur leur santé. C’est triste que cette plaisanterie datant de 2006 soit si proche de la réaltité de 2014.

Les propositions de l’avant-projet affirment que la NHSS va créer une “vigilance situationnelle pour la santé “  faite de “ nombreuses données liées ou non à la santé“

 Une illustration graphique des caractéristiques de la vigilance situationnelle pour la santé inclut : des sources n’ayant pas à voir avec la santé comme l’informatique, les chaînes d’alimentation,  l’énergie, l’environnement, les productions d’évènements, les médias, les déterminants sociaux, les services de transport, l’intelligence active, et  la médecine vétérinaire. Les exemples de source liées à la santé incluent : la morbidité et la mortalité, les laboratoires et les diagnostiques, l’utilisation des services sociaux, les prévalences de maladies, l’utilisation des services de santé, les investigations sur la santé publique, et les réponses aux gestions des données. Tout ce qui figure ci-dessus fait simplement parti du grand tableau, ou est un exemple de ce que les données alimentent dans le cadre de la portion «  biosurveillance » de la santé publique ou de la vigilance médicale situationnelle.

 Dit autrement :

La vigilance situationnelle impliquera la collecte, l’accumulation, et le traitement  des données à la fois des sources traditionnelles et non traditionnelles ( comme par exemple les réseaux sociaux)  et de diverses parties prenantes gouvernementales et non-gouvernementales, tout en s’assurant que ces données issues de différentes sources sont restent de haute qualité. La vigilance situationnelle sur la santé inclura la capacité à interpréter des données afin de créer des informations pertinentes, adaptées que les décideurs pourront utiliser. Les décideurs auront la possibilité de visualiser et de manipuler des données issues de nombreuses sources afin de créer une image opérationnelle adaptée aux situations spécifiques et aux décisions les concernant

Brase avertit que “le plan de surveillance gouvernementale est beaucoup plus intrusive que la collection de données actuellement effectuée par le  Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (centre pour le contrôle et la prévention des maladies).“ Il évoque “le besoin de l’examen des données électroniques des rapports médicaux et demande la cooperation au sein des parties-prenantes fédérales et non fédérales, y compris celle de la communauté scientifique et des fournisseurs de soins médicaux publiques ou privés afin de réaliser un systèle de surveillance fiable et efficace.”

Elle ajoute, “Il est très clair pour nous que le gouvernement s’oriente vers un accès en temps reel aux données, vers une collaboration étroite entre gouvernement et docteurs pour un accès tout prêt aux rapports médicaux puis à la conduite de recherches et d’analyses.”

“La terrifiante vérité est que le programme de surveillance gouvernementale implique la participation de plusieurs agences fédérales qui vont toutes être à même de consulter, de partager, d’interpréter et de mener des recherches sur les données collectées par le système.” CCHF avertit (pdf). f “En vous débarrassant du jargon et en le disant simplement, le plan du gouvernement vise à  partager vos informations et vos dossiers médicaux avec les fonctionnaires de l’état.”

CCHF presse à prendre position contre la biosurveillance gouvernementale de stocker les données touchant notre santé.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Le Député Européen qui devint lobbyist CEO

 

Article de CEO sur les liens plus qu’intimes entre les lobbies et les Députés du Parlement Européen. Cette institution a non seulement dégradé l’image de l’Europe au point de rendre des millions de citoyens sceptiques sur sa nécessité mais elle est par son fonctionnement quasi mafieux et ses liens permanents avec les lobbies les plus puissants de la planète une véritable honte pour ce qui se doit d’être appelé le Politique. Nous voulons une Europe unie, nous la vouons au nom des centaines de millions de morts qui en font le lit et à qui nous devons respect et entreprise. mais ce n’est pas l’Europe des Barons, toujours les mêmes que nous voulons, ceux qui s’engraissaient quand le peuple était exterminé sous leurs yeux, les Goulash Barons en 14.18, les Crowny capitalists, les mêmes, l’anti-démocratie a la peau dure. E.G

 

Le Député Européen qui devint un lobbyiste

March 31st 2014 Revolving doors

 

Comme nous approchons des élections européennes de la fin Mai, beaucoup de membres du parlement Européen commencent à envisager leur future carrière, soit parce qu’ils ont décidé de se retirer ou parce qu’ils craignent de perdre leur siège. Si l’expérience de la fin du mandant précédent de 2009 se répète, beaucoup d’entre eux vont être contactés par des firmes de lobbying ou par des groupes industriels espérant les allécher avec les portes tournantes : la voie qui mène du Parlement Européen aux cercles des lobbies est un chemin bien tracé.

 

De Député Européen à lobbyiste.

 

Karin Riis-Jørgensen a été Députée Européenne pendant quinze ans au cours desquels elle a siégé au comité du marché intérieur et à la protection des consommateurs entre autres. Rapidement après qu’elle ait quitté le parlement en 2009, elle est  devenue conseillère principale à la firme de lobbying  Kreab Gavin Anderson. Kreab cabinet de consultation  de lobbying avec un chiffre d’affaire annuel de près de quatre million d’euros. Ses clients en 2012 (l’année la plus récente  pour laquelle des informations soient disponibles sur le  EU Transparency Register) et qui inclut : Google, EDF, UBS, Goldman Sachs and Scania.

 

Un des clients de Riis-Jørgensen  à Kreab est Swedish Match, la compagnie de tabac controversée qui fût en 2012 le principal acteur du scandale de Dalligate. Le 16 Mars 2011 et le 6 Mars 2012 Riis –Jørgensen, avec le directeur des relations publiques de Swedish Match a rencontré les représentants du Secrétariat Général de la Commission Européenne afin de discuter de l’examen des directives sur les produits du tabac.

Riis-Jørgensen a confié   à CEO : « J’utilise maintenant mon expérience pour conseiller Kreab et quelques-uns de leurs clients sur la façon de créer un dialogue avec les décideurs de l’UE ». Quand elle a été interrogée sur son travail en tant que lobbyiste et sur les conflits d’intérêt potentiels  dus à son passé de Député du Parlement Européen,  Riis-Jørgensen dit :

« J’ai un rôle indépendant en tant que conseillère principale et je peux choisir où et quand je souhaite être impliquée. Je n’ai pas eu à être confrontée à quoi que ce soit pouvant suggérer un conflit d’intérêt dans ma fonction de Conseillère Principale chez Kreab »

Sa réponse complète peut être lue Her full response can be read ici.

Riis-Jørgensen est également la fondatrice et la présidente (bénévole) de la European Privacy Association  (EPA), un groupe de lobbying installé à Bruxelles qui défend les intérêts de grandes corporations  de IT (information technologique)  dans la bataille actuelle des lobbies autour des nouvelles règles européennes sur les données touchant la protection de la vie privée. L’ EPA est largement considérée comme un “groupe de tête” de  contre-information pour les multinationales  du numérique qui fait pression contre des règles fortes de protection des données privées, bien que le EPA démente cette accusation.

 

Quel est le problème ?

 

En dépit de la défense de Riis-Jørgensen, Corporate Europe Observatory (CEO) est inquiet à propos des risques de conflits d’intérêts  lorsque les Députés du Parlement Européen travaillent comme consultant des lobbies. Bien sûr les députes sont, dans leur nature même, des animaux politiques. Ils ne sont pas des officiels de l’UE dont on peut attendre sans ambiguïté qu’ils soient neutres et indépendants, nous ne devrions donc pas être surpris lorsqu’ils quittent leur bureau de les voir suivre leurs intérêts personnels.

Néanmoins, les Députés du parlement Européen reçoivent beaucoup d’informations, dont certaines ne sont pas accessibles au public, et ils ont des filets étendus de contacts politiques à travers les institutions européennes. Ils apportent également le prestige et la capacité à ouvrir des portes pour leurs clients. Ils développent aussi une richesse énorme de savoir interne sur la façon dont le « système » fonctionne et ils acquièrent tout cela lors de leur séjour dans la fonction publique.  Qu’ils utilisent ensuite tout ceci au bénéfice de clients de multinationales ou d’employeurs laisse, au mieux, un goût  amer dans la bouche, et, au pire, le risque de possibles conflits d’intérêts.

En tant qu’anciens Députés du Parlement Européen, leur accès de toujours au laisser-passer du Parlement Européen leur permet d’aller et venir comme ils l’entendent sans aucun contrôle qui vérifie si ils abusent du système en l’utilisant au profit des lobbies. Une autre possibilité pourrait être que les Députés lors de leur mandat puissent  accorder à leurs amis des grandes sociétés des faveurs, avec l’espoir de pouvoir s’assurer ainsi un emploi lucratif ultérieurement.  Il n’existe aucune preuve que des députés européens mentionnés là aient pu faire ça mais c’est une autre raison pour lesquelles nous devons nous soucier des députés passant par les portes tournantes.

 

 

Les Députés du Parlement Européen devenus lobbyistes de la finance.

 

Un autre cas de député du Parlement Européen ayant utilisé les portes tournantes est l’Anglais  John Purvis qui,  pendant ses quinze ans dans le corps législatif a été aussi vice-président du Comité des affaires économiques et monétaires   du Parlement Européen, où il travaillait apparemment en tant que rapporteur ou «  ombre » sur « tous les principaux services de législation financière ». Pendant son mandat, Purvis a été critiqué pour ses intérêts externes et les possibles conflits d’intérêt. Il était (et reste à l’heure actuelle)  un directeur de la Belgrave Capital Management qui se décrit elle-même comme «  un management d’investissement siégeant à Londres »

Après avoir quitté le Parlement Européen en 2009, John Purvis a rejoint le cabinet DN, un cabinet de consultation siégeant à Bruxelles, en tant que conseiller principal.

Comme partie de ses fonctions, il est président de  Financial Future  qui est un lobby de l’industrie financière.  Le conseil d’administration de Financial Future comprend plusieurs autres personnes qui ont aussi utilize les portes tournantes bruxelloises,  dont Eddy Wymeersch et un autre ancien Député du Parlement Européen,  Piia-Noora Kauppi.  Selon le EU Transparency Register, Financial Future  a rapporté entre 100,000 et 150,000 euros  de chiffre d’affaire pour le cabinet DN en 2013.

La Députée finlandaise Piia-Noora Kauppi  également centrée sur le travail du comité des affaires économique et monétaire, plus précisément sur la législation des marchés financiers, pendant ses neuf ans de présence au. Elle a été la rapporteuse de nombreux  dossiers législatifs ayant trait aux banques et était également la présidente du Forum des Services Financiers du Parlement Européen, fondé par l’industrie financière. Le résultat est son “’investissement Wall Street Journal rapporte que actif dans le dialogue entre les institutions européennes et les pourvoyeurs de services financiers” .

 

En 2005, le Kauppi, pendant qu’elle travaillait sur des nouvelles directives européennes touchant le blanchiment d’argent a “soumis de amendements qui empruntaient mot-pour-mot auEuropean Banking Industry Committee” qui est un groupe important de lobby de l’industrie. A l’époque, elle a reconnu avoir reçu l’aide de EBIC pour la rédaction de son amendement, disant :  “ Je ne me souviens pas ce qui provident de EBIC et ce qui a d’autres sources”.

Kauppi a démissionné de son poste de député à la fin de 2008 pour devenir directrice générale de la  Federation of Finnish Financial Services (FFI)  qui représente les banques, les assurances, les sociétés de crédit, les opérateurs boursiers, les sociétés de gestion et les employeurs financiers exerçant en Finlande.

Lorsqu’elle a pris ses fonctions à la FFI,  Kauppi a dit :

“J’ai beaucoup aimé travailler avec les affaires financières du Parlement Européen. Maintenant, dans ma nouvelle position, je peux faire usage de l’expérience gagnée au niveau législatif européen sur les marchés financiers. Le secteur financier va jouer un rôle de plus en plus important sur le marché interne dans l’avenir.”

En Décembre 2008, Kauppi  s’est vue attribuer le prix du “ Pire Conflit d’Intérêt” dans le cadre du “Prix du Pire Lobby”, organisé par des ONGs,  dont CEO.

Kauppi a confié à CEO qu’ “Il n’y avait pas d’empiètement de ses actuelles missions avec son travail passé en tant que Députée” et qu’elle n’avait pas envisagé la possibilité de conflits d’intérêt. Sa réponse complète peut être lue ici.

 

Et les portes continuent à tourner…

 

Ce ne sont pas que les Députés du centre-droit qui passent par les portes tournantes. Le centre-gauche a aussi sa part de Députés-devenus-consultants. Gary Titley est l’ancien chef du groupe du parti travailliste au Parlement Européen et Député à son quatrième mandant. Il a été membre de nombreux comités et également le vice-président du groupe socialiste responsable pour l’élargissement de l’Union Européenne. Lorsqu’il a rejoint le lobby  Hume Brophy  en Janvier 2010 en tant que conseiller principal, le directeur associé John Hume a dit:

“Nous sommes ravis que Gary joigne notre équipe. Il apporte une grande expérience législative à Hume Brophy et des points de vue essentiels pour nos clients. Gary est parfaitement à la mesure d’une expansion de notre clientèle. Il travaillera en priorité sur des questions touchant l’UE. ”

Un autre ancien député membre du parti travailliste   Glyn Ford a lui aussi utilise les portes tournantes. Ford a perdu son siège aux élections européennes de 2009, après avoir été député pendant 25 ans. Il figure à nouveau sur les listes du parti travailliste pour les élections de 2014. Dans les mois qui ont suivi son départ du Parlement Européen de 2009, Ford a joint  Polint, un cabinet de consultation basé en Grande Bretagne exerçant à Bruxelles  qui est spécialisé dans les affaires publiques européennes et les relations internationales. Il  offre “ des stratégies de politique et de communication spécialisées, dirigées en premier lieu vers le Parlement Européen, la Commission Européenne et le Conseil ”

Ford a également joint le cabinet de consultation  G+. G+ présente Glyn Ford sur son site web comme un conseiller  principal sur la politique d’Asie du Sud Est, se rapportant à l’expérience de l’Asie du Sud Est acquise par Ford en tant que député :

“ Au Parlement Européen, il a servi à la fois dans le commerce international et dans les comités des affaires étrangères, particulièrement sur des dossiers liés à l’Asie, ce qui lui donne une connaissance inégalée et des relations à Bruxelles et à Strasbourg. Pendant sa députation, Glyn a été responsable du traité de libre-échange avec les pays du ASEAN, de l’implantation de l’Accord de Partenariat Scientifique avec la République de Corée, il a aussi été le rapporteur fictif sur les accords commerciaux entre l’UE et le Japon et l’UE et la Chine. Glyn a aussi été membre de la délégation auprès du Parlement Japonais de 1984 à 2009.”

Selon le Registre Européen pour la Transparence,  EU’s Transparency Register, les clients de Gs en 2012 comprenaient un nombre de firmes japonaises comprenant :  JEITA (Japan Electronics & Information Technology Industries Association), JMC (Japan Machinery Center for Trade and Investment) and JAMA (Japan Automobile Manufacturers Association). La liste des clients de Polint comprend les mêmes compagnies japonaises et il semble clair que le travail de Ford pour G+ est mené à bien grâce à ses propres services de conseil.

Le EU’s Transparency Register ne precise pas sur quelles données spécifiques Polint  travaille avec chacun de ses clients  mais il indique pourtant que les négociations commerciales entre l’UE et le Japon sont un des domaines dans lesquels il travaille. Ford exerçait en tant que Député alors qu’il travaillait sur ces questions commerciales entre l’UE et le Japon.

 

Travailler pour face Book

 

D’anciens  Députés du Parlement Européen peuvent aussi être trouvés dans les rangs des lobbies des affaires.  Pendant qu’une député allemande, Erika Mann fondait et devenait la présidente associée de l’ European Internet Foundation qui groupe les Députés et l’industrie  afin de discuter des sujets ayant trait à Internet, elle  était également membre de l’équipe du Forum de la Société d’Information au sein de la Commission Européenne.

Après qu’elle ait quitté le Parlement en 2009, Mann a rejoint la Computer and Communications Industry Association et depuis Novembre 2011, elle a été le porte-parole principal de Face Book pour les institutions européennes.

Dans ce rôle,  elle a été très active pour promouvoir le Transatlantic trade and Investment Partnership ( TTIP). Comme l’a rapporté  David Cronin, en Avril 2013, elle a parlé à la  conférence de Dublin, où se trouve le siège de FaceBook international. Mann a dit qu’il serait “extrêmement important” pour un éventuel accord commercial de rendre les standards auxquels sont soumis les compagnies Internet “ plus cohérents”

 

Aucune règle pour les portes tournantes.

 

Il n’y a pratiquement aucune règle pour réguler le passage des députés du parlement Européen par les portes tournantes. Une fois qu’ils quittent  leurs fonctions lors d’une élection, les députes reçoivent une prime de transition  équivalent à un mois de salaire pour chaque année où ils ont exercé leur fonction avec une somme minimum pour six mois  et maximum pour 24 mois mais ils n’ont aucune obligation par rapport aux portes tournantes. Bien sûr, les anciens députés ont besoin de pouvoir gagner leur vie lorsqu’ils quittent leur poste, mais il est vraiment étonnant qu’il n’existe aucune règle pour éviter les conflits d’intérêt que ces chassés croisés provoquent.  La seule règle est celle du  code de conduite  des Députés du Parlement Européen 

http://www.europarl.europa.eu/pdf/meps/201305_Code_of_conduct_EN.pdf qui s’applique aux anciens députés et touche leur droit à utiliser les installations du Parlement Européen. Le code dit qu’un ancien député n’ont pas le droit d’utiliser leur pass à vie pour accéder au parlement si ils s “ont engagés dans un lobbying professionnel ou des activités de représentation directement liées aux processus de prises de décisions de l’Union Européenne ” mais il n’y a aucun système qui le gère ou appuie.

Nous devrons attendre le nouveau parlement et une révision du code de conduite des députés du parlement Européen pour qu’il y ait une opportunité d’introduire quelques règles quant aux portes tournantes mais Martin Schulz, président du Parlement Européen pourrait montrer son leadership maintenant en demandant aux députés qui quitteront le Parlement en 2014 de ne pas endommager plus la réputation de cette institution en évitant  d’accéder à des emplois dans les lobbies des multinationales à travers les portes tournantes.

 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

L’investiture Obama David Bromwich

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Voici la traduction d’un article de David Bromwich paru dans TomDispatch. D’une certaine façon, il vient répondre à un nombre important de questions que tous,  habitants d’Amérique ou non, nous nous posions sur le pouvoir de ce président. Obama est en poste depuis assez longtemps pour que les fondamentaux qui l’ont faits élire puisse commencer à prendre leur forme, c’est à dire la forme qu’on attend, tous, citoyens de cette globalisation qui ne nous laisse que nos yeux pour pleurer et quelques autres outils tout de même. Or qu’est ce qu’on voit ?  Rien. Sur des sujets essentiels comme l’environnement, la régulation tant attendue du système bancaire et les poursuites qui auraient dû suivre ces malversations ostensibles..rien… Alors, on pensait..Les Républicains, et on avait dans une certaine mesure raison…tant de temps pour faire passer une loi sur la santé publique qui l’a porté pendant sa campagne, il devait se heurter à un contre-pouvoir exceptionnel !! Une impression de flottement, de temps vidé de sa substance…

Et donc, cet article a la grande force de remettre ces observations dans leur contexte, historique et surtout psychologique. Qui est Obama ? Et qui est-il pour être le président de la plus puissante nation du monde ? L’analyse est documentée, profonde. C’est une certitude, avec cette petite lampe allumée aux côtés de votre lecture des faits politiques actuels et plus anciens, vous verrez mieux.. même si c’est pour constater qu’il n’y aura rien à espérer du passage de cet homme-là pour les causes essentielles.

The Voice

Comment Obama est devenu le publiciste de sa présidence ( Plutôt qu’un Président)

Par David Bromwich

Le 3 Mars, comme d’autres jours a vu la délivrance d’une opinion sévère par le Président Obama. A en juger par les récents évènements d’Ukraine, a-t-il dit, la Russie se mettait  « sur le mauvais côté de l’histoire ». Ceci peut sembler surprenant dans la bouche d’un président américain. Le destin du communisme soviétique a appris à beaucoup de personnes à être circonspects en évoquant l‘Histoire comme si elle était une bonne amie ou une co-équipière. Mais sans aucun doute Obama se sentait-il à l’aise parce qu’il se citait lui-même. « Que ceux qui s’accrochent au pouvoir grâce à la corruption et la trahison » a-t-il dit dans son discours inaugural de 2009, « sachent qu’ils sont sue le mauvais côté de l’Histoire mais que nous vous tendrons la main si vous avez la volonté d’ouvrir votre poing » En Janvier 2009 et à nouveau en Mars 2014, Obama parlait au monde comme son monarque sans couronne.
Depuis un certain temps, des observateurs, — un échantillon étonnamment large – disent que Obama ressemble plus à un roi qu’à un président. Laissons de côté les fanatiques qui pensent qu’il est un « tyran » aux pouvoirs parallèles et au dessein maléfique. De telles notions viennent aisément à l’esprit de ceux qui les cherchent, elles sont prédigérées et peuvent être aisément rejetées. Mais le germe d’une conclusion similaire peut être trouvé dans la perception partagée par de nombreux autres. Obama, dit-on, se prend pour une sorte de monarque bienveillant- un roi dans un système constitutionnel mixé, où les devoirs de la couronne sont principalement cérémoniaires. Il se voit lui-même, pour faire bref, comme le détenteur d’une mission dignifiée avec lequel les Américains et les autres sont naturellement à l‘unisson.
Une large part de son expérience présidentielle aurait dû le décourager de cette idée. Le taux d’approbation d’Obama depuis plusieurs mois ne s’élève pas au-dessus de 40 % just above 40%. mais quoi que les gens puissent en fait penser de lui, l’évidence suggère que cela a été sa vision de la mission présidentielle – ou, plutôt, de sa fonction en tant que responsable de cette mission. C’est un fantasme subtil et puissant, et cela a de toute évidence conduit ses attitudes et ses actions, autant que l’a permis la réalité, pendant plus de ces cinq années en poste.

Qu’est-ce qui peut avoir donné à Obama une si étrange vision de la façon dont le système politique américain était supposé fonctionner ? N’oublions pas un fait évident et pertinent. Il est entré en lice pour la présidentielle de 2007 avec moins de pratique de la gouvernance qu’aucun autre candidat avant lui. A la Harvard Law School, Obama était admiré par ses professeurs et aimé par ses camarades avec une réserve : dans une institution notoirement connue pour les démonstrations pompeuses de sa jeunesse, Obama se faisait remarquer pour l’importance qu’il accordait à ses propres « interventions » en classe. Sa singularité se montra sous un autre éclairage lors de son élection comme président de « L’Harvard Law Review »- le premier étudiant en droit à jamais avoir occupé ce poste sans avoir publié d’article dans aucun journal juridique. Il s’attira la sympathie de ses collègues en insistant sur le fait que la posture de la « Review » n’avait pas besoin d’être marquée par des partis-pris ou la partisanerie. Qu’elle n’avait pas à être libérale ou conservatrice, libertaire ou étatiste. Elle pouvait être » bien au-dessus de ça ».
Ce modèle- l’ascension pour devenir président-en-chef sur de grands projets sans engagements encombrants- a suivi Obama dans sa courte carrière légale sans évènement, à propos de laquelle aucun fait remarquable n’a jamais été cité. Dans une carrière parallèle en tant que professeur de droit constitutionnel, il était également bien aimé, bien que ses vues sur les questions constitutionnelles les plus importantes ne semblaient jamais très pointues à ses étudiants. La même chose étant vraie de ses services de quatre années en tant que sénateur de l’Illinois au cours de laquelle il a accumulé un nombre cas remarquable de votes dans la catégorie « présent » plutôt que dans celles des « oui » ou des « non ». Finalement le même schéma a prévalu pendant son service au Sénat Américain, où, depuis son premier jour, où il fut observé qu’il était demandeur d’une sorte de distinction et de pouvoir qui est normalement déniée aux jeunes sénateurs.
Une extrême prudence a marqué toutes les actions précoces dans la vie publique d’Obama. De rares écarts de ces avancées-sans- faire-de-trace tels que son engagement de faire obstruction à l’immunité acquise des géants de l’industrie des télécommunications de façon à pouvoir les exposer à de possibles poursuites et à des surveillances sans mandat- semble a posteriori complètement tactique. L’éditeur d’une revue juridique n’ayant jamais publié d’article, l’avocat sans cas connu à son crédit, le professeur de droit dont les contenus étaient agréablement transmis sans pouvoir y déceler ses positions sur des questions essentielles, le sénateur d’état avec une quantité record de votes « oui, ou non » et le sénateur des USA qui, entre 2005 et 2008 s’est refreiné de s’impliquer lui-même comme auteur d’une seule pièce de législation significative ; ceci a été le candidat qui est devenu président en Janvier 2009.

L’homme sans dossier

Beaucoup de ces faits ont été rappels lors des primaires de 2008 par Hillary Clinton. Plus encore a été dit par les Républicains lors des élections générales. Cependant les accusations ont été jetées sur un tel amas de combustible fait de tant de détritus- tant était violent, raciste, faux et évoqué par des personnes manifestement compromises ou partiales- que les inférences envisageables étaient tentantes à ignorer. On pouvait espérer, quel que soit les vides dans les archives, de ses actions, ils n’importeraient pas vraiment une fois que Obama aurait atteint la présidence.

Ses prestations lors de la campagne ont montré qu’il avait l’esprit cohérent, n’était pas attiré par les passions inférieures et était un synthétiseur parfait des faits et des opinions d’autres individus. Il maîtrisait un doux baryton dont il appréciait un peu trop d’observer les effets et il s’adressait aux Américains exactement à la manière d’un digne mais cependant passionné président pouvait s’adresser à nous. Le contraste avec Georges Bush ne pouvait pas être plus aigu. Et l’aspect décisif de ce contraste a été la plus grande fausse piste dans le caractère politique d’Obama.
Il fut élu pour gouverner alors que peu était connu de son approche du côté pratique de la gouvernance des peuples. Les possibilités inexplorées étaient, évidemment, que peu était connu parce qu’il n’y avait pas grand-chose à savoir. Des organisateurs entrainés selon les méthodes d’agitation communautaire de Saul Alinsky, Saul Alinsky’s methods  il avait été considéré comme celui éprouvant la plus grande aversion aux conflits. D’une façon incongrue comme le souligne Jeffrey Stout dans « Bénis soient les Organisés » Blessed Are the Organized.
Obama fuit la « polarisation », l’opposition des points de vue, comme l’arme appropriée du faible. Sa tendance, au contraire a été de commencer à s’opposer en « dépolarisant ». Son but a toujours été d’amener les intérêts les plus puissants à la table. Ceci ne doit pas être négligé comme une anomalie du caractère, car le tempérament peut avoir une beaucoup plus grande importance en politique que la promulgation de saines opinions. La signification de son expertise théorique et de son rejet pratique de la confrontation pourrait émerger comme l’évènement saillant de sa carrière comme organisateur.
Comme Obama le reconnait dans une chapitre révélateur de ses mémoires  “Dreams from My Father”, l’évènement en question avait commencé comme une protestation avec le plus chaleureux des espoirs. Il cherchait à attirer l’attention de l’autorité responsable du logement de Chicago sur les dangers de l’amiante à Altgeld Gardens, le projet de logements sur lequel il travaillait. Après un faux départ et l’ensemble habituel des faux fuyants d’une agence municipale, une rencontre publique fût finalement organisée au gymnase local. Obama donna des instructions à deux femmes locataires, afin qu’elles dirigent le meeting, de façon à ne pas laisser le ponte de la municipalité prendre en charge tout le discours. Puis il se retira dans le fond du gymnase.

Il s’avéra que les femmes manquaient des compétences nécessaires. Elles rabaissèrent et provoquèrent l’officiel de la municipalité. Une d’entre elles agita une fois le micro comme une carotte face à lui, lui arracha puis recommença. Il sortit en se sentant insulté et le meeting se termina dans le chaos. Et où était donc Obama ? Selon ses propres propos, il était resté dans le fond de la pièce, agitant les bras- trop éloigné de tout le monde pour qu’aucun de ses signaux ne puisse être perçu. En racontant l’incident, il dit d’une façon compassionnée que les femmes se blâmèrent bien que la responsabilité ne leur ait pas entièrement incombé. Il ne dit pas qu’un autre genre d’organisateur, s’apercevant que les choses allaient mal, aurait changé de tactique et pris le meeting en charge.
« Je ne peux pas vous entendre »
« Gouverner en arrière-plan » a été une expression clef utilisée par l’administration de la Maison Blanche sous Obama pour décrire la posture du président dans sa coopération avec l’OTAN, quand, après une longue et caractéristique hésitation, il prit conseil auprès du Département d’Etat d’Hillary Clinton contre le Département de la Défense de Robert Gates et ordonna le bombardement de la Lybie. Quelque chose comme cette description avait été formulé plus tôt par des reporters couvrant ses négociations distantes et auto-protectrices avec le Congrès dans les progrès de sa loi de réforme du système de santé. Dirigeant en arrière-plan, ont-ils insisté, ne reflétait pas la véritable attitude du Président ou l’intensité de son engagement.
En Lybie, le monde entier savait que le projet d’intervention était largement commandité par les Américains et que les missiles et la couverture aérienne étaient fournis par les USA. Obama était le chef d’un état qui faisait s’effondrer une fois de plus un autre gouvernement du Moyen Orient. Après l’Afghanistan et l’Irak, celui-ci était la troisième marque du leadership américain depuis 2001. Obama, cependant, a relativisé sa propre importance à cette époque, son énergie a été investie dans le fait d’éviter les exigences du Congrès qui aurait voulu qu’il explique quelle sorte d’opération il dirigeait.
Dans les termes du War Powers Resolution de 1973 , un président a besoin de l’approbation du Congrès avant de engager légalement les forces armées américaines dans des « hostilités » à l’étranger. Mais en suivant les arguments offerts par les avocats d’Obama, les hostilités n’étaient des hostilités que si un Américain était tué, le Président d’autre part peut mener des guerres simples comme cela lui fait plaisir- sans l’approbation du Congrès. Aucun soldat américain n’ayant été tué en Lybie, il s’avérait qu’Obama pouvait diriger le pays en arrière-plan sans l’approbation du Congrès. Cette délicate sophistication légale servit son projet temporaire et le bombardement s’effectua. L’expression étrange de « gouverner en arrière-plan » ne s’en est pas allée pour autant. Actuellement, cette phrase est principalement utilisée comme provocation par les courtiers en guerre dont les idées d’un vrai leader forment un éventail extrêmement étroit de l’ancien Président George W. Bush au Sénateur John Mac Cain. Ces personnes n’auraient aucun problème avec Obama si seulement il nous donnait plus de guerres.
Reste le fait curieux que, dans la conception de la présidence d’Obama, « gouverner en arrière-plan » a eu une signification concrète bien avant l’intervention au Liban. Lorsqu’il était approché avant l’élection de 2008 par des représentants syndicaux, des opposants à la politique extérieure et des groupes préoccupés par le droit des minorités et de la protection de l’environnement, chacun d’entre eux voulant savoir s’il soutiendrait leur cause, Obama passait invariablement la main derrière son oreille et disait « Je ne peux pas vous entendre. »

Cette anecdote du « Je ne peux pas vous entendre » a été relatée à la fois dans la presse et d’une façon informelle, car il est évident que le geste et la question ont été répété. Obama faisait en fait référence à un geste attribué au Président Roosevelt quand le grand organisateur des droits civils A. Philip Randolph lui avait adressé une requête identique aux alentours des années 1940. Roosevelt, en fait, disait à Randolph : Vous pouvez être à la tête d’un mouvement influent, et il y a d’autres mouvements que vous pouvez solliciter. Cirez si fort que nul ne puisse se tromper. Faites-moi faire ce que vous voulez que je fasse. J’ai de la sympathie pour votre cause, mais l’initiative ne peut pas venir de moi.
De la part d’Obama, c’était intelligent de copier ce geste et en même temps c’était bizarrement irresponsable. Après tout dans les années post-New Deal, les syndicats et les mouvements des droits civiques avaient une influence énorme aux USA. Ils pouvaient vraiment faire du bruit. En 2008, il n’existant pas une telle combinaison de mouvements n’existait pas.

Et cependant, en 2008, il y avait vraiment une vague de fond dans l’opinion populaire et une convergence des plus petits mouvements autour d’une cause. Cette cause était la candidature de Barack Obama. Le problème est que ce « Obama for America » a bu jusqu’à la lie et épongé l’énergie de toutes ces autres causes, tout comme le stratégiste en chef d’Obama David Plouffe l’avait prévu.
Même en 2009, longtemps après l’élection, « Obama for America » ( rebaptisé « Organizing for America » était maintenu en vie grâce au concept extraordinaire qu’un président élu pouvait demeurer un chef-d’arrière-plan, même pendant qu’il gouvernait en tant que voix œcuménique de tous les Américains. Si une cause pouvait avoir rassemblé les diverses causes et les avoir incité à l’action après une année d’activités de rééligibilité au nom d’Obama, cette cause aurait été un programme de création massive d’emplois et un ensemble de lois fait pour éveiller le mouvement environnemental et faire face à la catastrophe du changement climatique.

Dissociation civile.

Au milieu des années 2009, Barack Obama n’écoutait plus. Il avait déjà choisi une équipe  économique parmi les protégés Goldmann Sachsiens de Wall Street, d’anciens responsables et conseillers économiques l’administration Clinton, Robert Rubin. Pour une telle équipe, la création d’emplois et la régulation environnementale étaient des idées à peine attirantes. Quand le nouveau président a choisi la protection médicale comme la première des « grandes choses » qu’il cherchait à accomplir et annoncé que, pour le salut d’un consensus bipartisan, il laissait le détail de la législation ç cinq comités du Congrés, son « Je ne peux pas vous entendre » est devenu d’une transparente absurdité.

Les mouvements n’ont jamais été consultés. Cependant Obama se supposait une intimité avec leurs préoccupations et une confiance en leur loyauté – comme si un lien télépathique avec eux persistait. Il y eut un moment ridicule à la fin 2009, quand le président, dans un message aux membres de  “Obama for America”, nous a dit qu’il était prêt à frapper à nos portes et à allumer un feu pour la campagne de réforme de l’assurance maladie. Mais qu’étions-nous supposés dire quand ces portes se sont ouvertes ? La loi- toujours en négociation dans les comités du congrès en consultation avec les lobbies des assurances- n’a toujours pas atteint son bureau. A la fin Obama a demandé de l’aide des mouvements, mais il était trop tard. Il les avait laissé patienter pendant que lui-même comptait sue le seul vote républicain qui aurait rendu sa loi bipartisane.

La proposition, la transmission au Congrès et la synthèse finale de l’ « Affordable Care Act » a occupé une proportion incroyable de la première année d’Obama à la présidence. Si l’on regarde en arrière sur ces premiers mois, ils contenaient de grandes promesses – la fermeture de Guantanamo ayant été celle ayant été mise en suspens le plus tôt. La promesse la plus séductrice a porté le nom de « transparence ». Mais l’administration Obama s’est avérée être l’administration la plus secrète depuis celle de Richard Nixon et dans ces atteintes à la liberté de la presse par l’intermédiaire des poursuites à l’encontre des lanceurs d’alertes,  il a surpassé tous ses prédécesseurs combinés.

En l’absence des performances qui puissant correspondre à ses promesses, comment Obama cherche-t-il à définir sa présidence ? La compensation pour le « je ne peux pas vous entendre » s’est exprimée dans le fait que tous les Américains ont eu toutes les chances possibles de pouvoir l’entendre lui. Ses premiers mois d’exercice ont été mis en scène comme un exercice décontracté mais prudent, supposé, comme il a été dit à cette époque : « Permettre au pays d’apprendre à le connaître » Dans quel but ? L’espoir semblait être que si le peuple pouvait voir comme Obama était sincèrement sérieux, réfléchi, modéré, patient et bipartisan, il pourrait accepter ses choix politiques dont une idéologie ou une pure ignorance auraient pu autrement amener à douter voire à rejeter.
C’est de la pensée magique bien sûr- que les Américains le suivrait si seulement on l’entendait assez, que les individus de tempéraments et d’opinions les plus divergents en viendraient progressivement à l’approuver si ostensiblement qu’il pourrait montrer au pays qu’il avait entendu l’appel des réformes. Mais on peut voir pourquoi sa présidence a été insufflée par la pensée magique en regardant son départ. Son ascension vers le bureau ovale est en lui-même du ressort de la magie.
Obama croyait qu’être identifié comme la voix du pays, signifiait qu’il était supposé être entenduhttp://blogs.wsj.com/washwire/2009/07/24/transcript-of-obamas-remarks-on-gates-incident/ sur tous les sujets. Cette méprise, évidente très tôt, n’a jamais perdu sa mainmise sur la Maison Blanche d’Obama. Le journaliste de CBS Mark Knoller a traité les chiffres du premier mandat et certains d’entre eux sont stupéfiants. Entre Janvier 2009 et janvier 2013, Obama a visité 44 états, animé 58 meetings dans des mairies, accordé 591 interviews aux médias (y compris 104 aux chaînes les plus importantes) et séparément offert 1852 discours, commentaires, ou interventions publiques programmées. De toutes ces interactions planifiées avec le public américain, remarquablement peu de mises en pratique se sont matérialisées.
En suivant sa compulsion (qu’il a confondu avec une stratégie) à être reconnu comme le tribun de tous, Obama a gaspillé des énergies infinies afin d’atteindre des opportunités finies.
Car une économie de geste est nécessaire en politique comme elle l’est en sport. Montrez tous vos mouvements trop tôt et il n’y aura plus de surprise quand la pression sera mise. Parlez régulièrement à propos de tous les sujets et l’intensité nécessaire vous désertera quand vous aurez besoin d’elle.
Dans  « Confidence men » jusqu’ici l’étude la plus intéressante sur le caractère et les performances d’Obama en tant que président, le journaliste Ron Suskind a noté la ténacité de la croyance du président qu’il bénéficierait d’une connexion particulière avec les Américains. Quand les résultats des sondages ont baissé à la fin 2009, ou quand ses « pivots pour l’emploi » sont devenus des sujets de moquerie parce qu’il répétait la phrase si souvent sans qu’on ait le sentiment que quelque chose pivote, Obama demandait toujours à ses organisateurs de l’envoyer sur les routes. Il était convaincu que le peuple l’entendrait et qu’il lui ferait comprendre.
Il a nourri cette confiance flottante tout en sachant que ses mairies, de par leur format adapté à une audience passée au crible étaient tout autant mises en scène que celles de n’importe quel politicien. Mais Obama a dit à Suskin au début des années 2011 qu’il en était venu à penser que les « symboles et les gestes » était au moins aussi importants que les politiques à mener. »
Les tournées se sont montrées interminables. En 2014, une sortie de trois ou quatre jours incluait typiquement des arrêts dans un point de vente de supermarché, dans une petite usine, une aciérie et le président confortait les chômeurs par des phrases du genre « L’Amérique doit se lever » et des reprises de son discours du « State of Union » comme « Faisons de cette année une année d’action » et « Nous sommes l’opportunité »
Dans des discussions sur Obama, on entendait dire occasionnellement- dans une humeur entre la consternation et la patience- que nous ne connaissons toujours pas l’homme. Après tout, il a dû s’affronter à l’obstacle énorme du racisme, à un parti Républicain insensé et à l’héritage de mauvaises guerres. Il est vrai qu’il a dû surmonter d’énormes obstacles. Il n’en est pas moins vrai que par les atermoiements et les indécisions, les silences et les discours ambigus il a permis aux obstacles de devenir plus importants. Considérons sa « primauté à la politique énergétique »  qui mêle impartialement le forage en eau profonde, les fermes éoliennes, les panneaux solaires, le forage dans l’Arctique, les centrales nucléaires, l’extraction du gaz de schiste et le « charbon propre ».
La pratique jusqu’au point de négligence du management récessif d’Obama a aussi multiplié des obstacles qui lui incombent entièrement. Il a choisi de faire confiance pour l’exécution et le déploiement de sa réforme de l’assurance santé au Department of Health and Human Services. Ce fût un choix qu’il a fait parmi d’autres alternatives. L’extrême faiblesse de ses rencontres avec sa ministre de la santé Kathleen Sebelius, durant les trois années qui se sont écoulées entre la signature de la loi et sa mise en place montrent un exemple parfait  de négligence. Bien sûr la révélation de son absence d contact avec Sebelius a laissé une impression- que les récentes actions de provocation du Département d’État ont amplifiées- que le président n’est pas très intéressé par ce que les membres de ses ministères fabriquent.

Le Président des préférences

Obama a accédé à la présidence à 47 ans- un âge auquel les gens sont déjà ce qu’ils vont devenir. C’est une mystification de supposer qu’on nous aurait refusé un sauvetage que cet homme, dans des circonstances meilleures, aurait été bien équipé pour effectuer. Il y a eu quelques chocs authentiques : sur les questions domestiques, il s’est montré un technocrate plus complaisant que ce qu’on n’aurait jamais pu imaginer- une facette de son caractère qui est apparu à travers son appui à l’application des tests scolaires  financés par la fondation « Course vers le sommet », avec sa confiance dans l’externalisation de l’éducation vers des firmes et des écoles privées sous contrat. Mais la vérité est que les convictions d’Obama n’ont jamais été fortes. Il n’a pas pu vérifier cela jusqu’à ce que ses convictions soient testées et elles n’ont pu être testées que lorsqu’il est devenu président.
Il est probable que la connexion si fine entre les paroles d’Obama et ses actions ne tolèrent pas le mot « conviction » du tout. Disons plutôt qu’il a pris ses préférences pour des convictions- et qu’on peut encore lui faire confiance pour nous dire ce qu’il préfèrerait faire. En regardant en arrière, on voit que ses premiers constats sur telle ou telle question font généralement savoir ce qu’il préfèrerait. Plus tard, il se résigne à supporter un moindre mal, qui, nous dit-il, est temporaire et nécessaire. La création d’une catégorie de prisonniers permanents  Dans « cette guerre dans laquelle nous sommes » (qu’il décline de nommer « la guerre contre le terrorisme ») a été une illustration précoce et caractéristique. La foi d’Obama dans le pouvoir et le sens de ses propres mots est telle, que lorsqu’il juge de son propre cas, dire la chose juste est une solution de second choix pour faire la chose juste.
Plus que la plupart des gens, Obama a été la créature de ses environnements successifs. Il parle comme Hyde Park quand il est à Hyde Park. Il parle comme Citigroup quand il est à Citigroup. Et dans chacun de ces milieux, il aime la compagnie suffisamment et apprécie son mélange. Il a horreur de l’échec. D’où, en partie, son extraordinaire aversion au nom, à la présence ou au précédent de l’ancien président Jimmy carter, le politicien d’une distinction évidente qu’il a omis de consulter sur tous les sujets. A un certain niveau Obama doit réaliser que Carter a en fait gagné son prix Nobel et a été un leader et un travailleur acharné de ce pays. Cependant de tous les présidents encore en vie, Carter est celui que l’establishment politique a effacé il y a longtemps et donc Carter est celui auquel il ne doit pas toucher.
Dans sa capacité à s’adapter au mode de pensée d’un home au pouvoir, Obama a appris trs-è vite. Cela lui a pris moins d’une année pour accréditer la vision de Dick Cheney sur la nécessité d’une surveillance constante des Américains. Cela devait être accompli pour la sauvegarde de notre propre sécurité dans une guerre sans véritable fin. La considération majeure est ici qu’Obama, tout autant que George X. Bush, veut être vu comme ayant fait tout ce qu’il pouvait pour éviter le « prochain 9/11 ». Il lui importe beaucoup moins de respecter la Constitution ( un mot qui n’apparait pratiquement pas dans ses discours ou ses écrits). Cependant, si vous lui demandez, il sera heureux de vous dire qu’il serait heureux de déclarer ses préférences pour un retour à l’état de liberté civile dont nous bénéficiions avant 2001. De la même manière, il ordonnera secrètement des lancers de drones provoquant des massacres puis donnera un discours dans lequel il nous informera que ce genre de tuerie doit cesser.
Quoi dire donc, en conséquence de l’engagement de 2008 d’Obama de mettre le lancement de la bataille contre le réchauffement climatique comme le premier souci de sa présidence ?
Il en est venu à penser que la dominance globale de l’Amérique- permise par les investissements de capitaux américains dans des pays étrangers, la « promotion de la démocratie », les missions secrètes par les forces des Opérations Spéciales ainsi que le contrôle du cyberespace et de l’espace- était le meilleur des états de choses pour les USA et pour le monde. Nous sommes, comme il nous l’a dit souvent, le pays exceptionnel. Et le temps consacré à favoriser la domination mondiale de l’Amérique ne peut pas être donné à l’entreprise collective de lutte contre le changement climatique. Le pipeline Keystone XL, si il est construit, apportera des sables bitumeux du Canada à la Gulf Coast, et il est probable qu’Obama ne souhaiterait pas le voir construire. Cependant cela lui serait caractéristique d’approuver la construction, que ce soit au nom d’emplois temporaires, de profits de l’industrie pétrolière, des relations commerciales avec le Canada ou de tous ce qui précède.
Il a juste adouci les apparences de reddition avec un procédé qui est à part égale réel art rhétorique. Cela s’appelle le  Climate Resilience fund » ( Fond de résilience climatique), un euphémisme avec toutes les marques d’Obama, puisque la résilience n’est qu’une autre façon de nommer l’assistance après une catastrophe. Le dur jugement de la postérité pourra-t-être qu’en ayant à faire face à la plus grande menace de cette période, Barack Obama a enseigné faiblement à l’Amérique, a travaillé la moitié du temps à des demi-mesures, est resté silencieux pendant des années, et n’a jamais tenté de gouverner. Ses espoirs sont que ses préférences réitérées pèseront plus lourd dans la balance que ses actes.

David Bromwich a écrit sur les libertés civiles et les guerres menées par l’Amérique pour le t New York Review of Books http://www.nybooks.com/articles/archives/2013/jun/20/stay-out-syria/ and the Huffington Post. http://www.huffingtonpost.com/david-bromwich/what-911-makes-us-forget_b_956976.html Une collection de ses essais, Moral Imagination, http://www.amazon.com/dp/0691161410/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20 sera publiée ce Printemps par les Presses de l’Université de Princeton.

Copyright 2014 David Bromwich

Traduction Elisabeth Guerrier

Une brève histoire de l’anarchisme Noam Chomsky

Cet article est un reposoir, une marche sur laquelle s’asseoir quelques instants avant de repasser du côté du scepticisme et de la désespérance. On doit à Chomsky d’être un des points de veille outre-atlantique et de mettre au jour les manœuvres  incessantes et fondamentalement destructrices de ce système qui se radicalise au prix des bases mêmes de l’effort démocratique. On doit considérer la démocratie, contrairement aux autres régimes politiques, non seulement comme le moins mauvais mais surtout comme le plus fragile puisqu’il dépend aussi de l’engagement de la base qu’il est sensé représenter et demande une vigilance constante par rapport à la force de tensions que créent les visées du néo-libéralisme dont une des caractéristiques est l’absence complète de cadre éthique.

Cette éthique, seules la lucidité et la préservation des valeurs fondamentales de la démocratie, entendue comme le lieu de recherche d’un Bien Commun peuvent la maintenir ou, en ces temps d’effondrement du sens même de ses préceptes de base, la restaurer.  Cet article de Chomsky nous resitue dans une perspective historique de l’anarchisme avec toutes les nuances idéologiques qui l’ont construit de part et d’autre de l’Atlantique, non comme un courant éteint dans les caves de l’histoire mais comme la poursuite même des valeurs des fondements démocratiques. EG

 

La lutte pour le bien commun a un long passé.

Par NOAM CHOMSKY

 

Cette large tendance dans le développement humain cherche à identifier les structures de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain et ensuite les soumettent à un défi tout à fait raisonnable : justifiez-vous !

Les humains sont des créatures sociales et le genre de créature qu’une personne devient dépend crucialement des circonstances sociales, culturelles et institutionnelles de son existence.

Nous sommes donc amenés à aller chercher du côté des organisations sociales qui sont favorables aux droits et au bienêtre des individus. En bref, au bien commun.

Pour mettre cela en perspective, j’aimerais évoquer ce qui me semble être des quasis truismes. Ils sont liés à une intéressante catégorie de principes éthiques : ceux qui ne sont pas seulement universels, au sens où ils sont pratiquement professés partout, mais également doublement universels, en ce qu’ils sont aussi dans le même temps ceux qui sont le plus rejetés dans la pratique.

Cette étendue de principes très généraux,  du truisme qui dit que nous devrions nous appliquer à nous-mêmes les mêmes standards que ceux appliqués aux autres, sinon de plus exigeants à des doctrines plus spécifiques, comme le dévouement à la promotion de la démocratie et des droits humains, qui sont proclamés presque universellement, même par les pires monstres- bien que l’actuel état des lieux  dans son ensemble soit plutôt sombre.

Un bon point de départ est le classique “ De la Liberté “ de John Stuart Mill. Son épigraphe formule que «  Le grand principe conducteur, vers lequel tout argument développé dans ces pages converge directement : l’importance absolue, essentielle du développement humain dans toute sa diverse richesse. »

Ces mots sont cités par Wilhem von Humbolt, un des fondateurs du libéralisme classique. Ils suivent le fait que les institutions qui contraignent un tel développement sont illégitimes, à moins qu’elles ne puissent d’une manière ou d’une autre se justifier.

Le souci du bien commun devrait nous pousser à trouver des manières de cultiver le développement humain dans toute sa richesse et sa diversité.

Adam Smith, un autre penseur des Lumières ayant des vues similaires, pensait qu’il ne devrait pas être trop difficile d’instituer une politique humaniste. Dans «  La théorie du sentiment moral », il observe que » Aussi égoïste que soit supposé être l’homme, il y a de toute évidence des principes dans sa nature qui l’intéresse au destin des autres, et lui rendent son bonheur nécessaire, bien qu’il n’en tire rien à part le plaisir de le voir. »

 

Smith reconnait le pouvoir de ce qu’il nomme “ la vile maxime des maîtres de l’espèce humaine » : «  Tout pour nous et rien pour les autres » Mais de plus bienveillantes «  passions originales de la nature humaine » pourraient compenser cette pathologie.

Le libéralisme classique a sombrer sur les bancs du capitalisme, mais ses  engagements humanistes et ses aspirations ne sont pas morts. Rudolf Rocker, un penseur et activiste anarchiste du 20 ième siècle a réitéré des idées semblables.

Rocker décrit ce qu’il appelle «  une tendance certaine dans le développement historique de l’espèce humaine »  qui combat «  pour le déploiement dans la vie, libre de tout obstacle, de tout individu et de toute force sociale «

Rocker traçait le contour d’une tradition anarchiste culminant dans l’anarcho-syndicalisme – en termes européens une variété du socialisme libertaire” ( Libertarian socialism).
Cette branche du socialisme, maintient-il ne dépeint pas «  un système social fixe, auto-conservateur » avec des réponses définitives aux multiples questions et problèmes de la vie humaine mais plutôt une tendance dans le développement humain qui lutte pour atteindre les idéaux des Lumières.

Ainsi envisagé, l’anarchisme est part d’un registre plus large de la pensée et des actions du socialisme libertaire qui a impliqué la mise en œuvre pratique de la révolution espagnole de 1936, s’est répandue plus tard dans les entreprises gérées par le personnel dans la région industrielle des Etats Unis, dans le nord de Mexico, en Egypte et dans de nombreux autres pays, dont le pays basque d’une façon extensive et comprend les nombreux mouvements coopératifs autour du monde et une bonne part des initiatives en faveur des droits de l’homme, des droits des femmes, ou des droits civils.

Cette tendance étendue dans le développement humain recherché les structures identitaires de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain, et les soumettent ensuite à un défi très raisonnable, celui de se justifier.

Si ces structures ne peuvent être confrontées à ce défi, elles doivent être démantelées, et, ainsi que le pensent les anarchistes, «  refondées par le bas » comme l’observe le commentateur Nathan Schneider

Ceci semble en partie un truisme : pourquoi devrait-on défendre des structures ou des institutions illégitimes ? Mais les truismes ont au moins le mérite d’être vrais, ce qui les distingue de bons nombres de discours politiques. Et je pense qu’ils offrent des pierres d’achoppement utiles pour se diriger vers le bien commun.

Pour Rocker, “ le problème qui est posé à notre époque est celui de la libération de l’homme de la calamité de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social »

Il est à noter que la branche américaine des idées libertaires diffère beaucoup de la tradition libertaire, acceptant et bien sûr se faisant l’avocate de la subordination des travailleurs aux maîtres de l’économie, et la suggestion de tous à une disciple restrictive et aux formes destructives du marché.

L’Anarchisme est, fameusement, opposé à l’état, tout en préconisant «  une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté » selon les termes de Rocker et au-delà, des larges fédérations de communautés et d’entreprises auto-gérées

De nos jours, les anarchistes dédiés à ces buts supportent souvent le pouvoir de !’état pour protéger les individus, la société et la planète elle-même contre les ravages du capital privé concentré. Des moyens disponibles devraient être utilisés pour les protéger et leur bénéficier, même si l’objectif à long terme est de construire des alternatives préférables.

Dans le mouvement social brésilien des travailleurs agricoles, ils parlent d’ «  agrandir le plancher de la cage » – la cage des actuelles institutions coercitives qui peuvent être élargies par les luttes populaires- comme de ce qui s’est effectivement produit depuis plusieurs années.

Nous pouvons étendre l’image et envisage la cage des institutions comme une protection contre les bêtes sauvages errant dehors : les institutions capitalistes soutenues par l’état, dédiées au principe du gain privé, du pouvoir et de la domination, pour lesquels les communautés et l’intérêt public sont tout au plus une note de bas de page, révérée dans la rhétorique mais trahie en pratique comme question de principe ou même comme loi.

Beaucoup des travaux les plus respectés en sciences politiques comparent l’attitude publique et la politique gouvernementale. Dans «  Affluence et influence : l’inégalité économique et le pouvoir politique aux USA » le spécialiste de Princeton Marin Gilens révèle que la majorité de la population américaine est effectivement privée du droit électoral.

Presque 70 % de la population, au plus bas niveau de l’échelle des salaires et de la richesse n’a pas d’influence sur la politique, conclut Gilens. Plus on remonte l’échelle plus l’influence augmente lentement. Au plus haut niveau, sont ceux qui déterminent pratiquement toute la politique, par des moyens qui ne sont pas obscurs.

Le système qui en résulte n’est plus une démocratie mais une ploutocratie.

Ou, peut-être un peu plus gentiment, ce que le specialiste du droit Conor Gearty nomme « une néo-démocratie », un partenaire au néo-libéralisme- un système dans lequel la liberté est appréciée par une minorité et ou la sécurité dans son sens le plus plein est disponible seulement pour une élite, mais au sein d’un système plus général de droit officiel.

Par contraste, écrit Ricker, un système authentiquement démocratique prendrait la forme d’une  « alliance de groups d’hommes et de femmes libres basée sur le travail coopératif et sur une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté ».

Personne ne considère le philosophe américain John Dewey comme une anarchiste.

Mais penchons-nous sur ses idées. Il reconnaît que «  le pouvoir aujourd’hui réside dans le contrôle des moyens de production, l’échange, la publicité, les transports et la communication. Qui les déteint règle la vie du pays » même si les formes de la démocratie demeurent. Jusqu’à ce que ces institutions soient aux mains du public, la politique demeurera «  l’ombre jetée par les multinationales sur la société » comme c’est le cas aujourd’hui.

Ces idées ont conduit naturellement vers une vision de la société basée sur le contrôle des travailleurs sur les institutions productives, comme cela avait été envisagé par les penseurs du 19ième siècle, principalément Karl Marx mais aussi, bien que moins connu John Stuart Mill.

Mill écrit, «  La forme associative, cependant, qui, si le genre humain continue de s’améliorer prédominera, est l’association des travailleurs en terme d’égalité, de possession commune du capital avec lequel ils mènent à bien leurs opérations, travaillant sous le contrôle de managers éligibles et renouvelables par eux-mêmes. »

Les Pères fondateurs des USA étaient tous avertis des risques de la démocratie. Dans les débats de la convention constitutionnelle, le principal acteur, James Madison a prévenu de ces risques.

Prenant naturellement l’Angleterre comme modèle, Madison a observé qu’ «  en Angleterre, à l’heure actuelle, si des élections étaient ouvertes à toutes les classes sociales, la propriété foncière ne serait pas sûre., une loi agraire verrait rapidement le jour » compromettant le droit à la propriété.

Le problème de base envisagé par Madison dans «  l’établissement d’un système qui devra durer des siècles » était de s’assurer que les actuels décideurs serait la minorité riche afin de «  sécuriser le droit à la propriété contre les dangers de l’égalité et le suffrage universel, assignant les pleins  pouvoirs à des mains ne comptant pour aucune part sur la propriété »

On s’accorde généralement avec l’expert de l’Université Brown, Gordon S. Wood qui affirme que «  la  Constitution a été intrinsèquement un  document aristocratique créé pour contrôler les tendances démocratiques de l’époque. »

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Bien avant Madison, Aristote dans sa “ Politique” identifie les mêmes problèmes quant à la démocratie. Passant en revue une variété de systèmes politiques, Aristote conclut que ce système était la meilleur – ou peut-être la moins mauvaise- forme de gouvernement. Mais il y reconnait une faille,. La masse des pauvres pourrait utiliser leur pouvoir de voter pour accaparer la propriété des riches, ce qui serait injuste.

Madison et Aristote proposent des solutions opposées : Aristote conseille de réduire les inégalités, ce que nous considérerions comme des mesures d’aides sociales. Madison pensait que la solution était de réduire la démocratie.

Lors de ses dernières années Thomas Jefferson, l’homme qui a rédigé la Déclaration d’Indépendance américaine, a saisi la nature profonde du conflit, qui est loin d’être résolu. Jefferson avait de sérieuses inquiétudes à propos de la qualité et du destin de l’expérience démocratique. Il faisait la distinction entre «  aristocrates et démocrates »

Les aristocrates sont ceux  « qui ont peur du people et ne lui font pas confiance, souhaitent mettre tous les pouvoirs dans les  mains des classes nanties ».
Les démocrates, par contraste, «  s’identifient au peuple, ont confiance en lui, le chérissent et le considèrent comme honnête et sûr, bien que n’étant pas les plus sages dépositaires de l’intérêt publique »

Aujourd’hui, les successeurs des “ aristocrates” de Jefferson pourraient argumenter sur qui devrait jouer le rôle de guide : intellectuels technocrates et orientés politiquement, ou banquiers et exécutifs des corporations.

C’est ce gardiennage politique que les libertaires authentiques cherchent à démanteler et à reconstruire de la base, tout en changeant l’industrie, comme Dewey l’évoque «  d’un état féodal en un ordre social démocratique », fondé sur le contrôle des travailleurs, respectant la dignité du producteur comme une personne authentique, pas comme un outil entre les mains d’autres personnes.

Tout comme la Vieille Taupe de Karl Marx – notre vieil ami, notre vieille taupe, qui sait si bien travailler sous terre puis émerger soudainement »- la tradition libertaire est toujours en train de creuser près de la surface, toujours prête à percer, parfois sous des formes surprenantes et inattendues, cherchant à faire valoir ce qui me semble une approximation raisonnable du bien commun.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

LA GUERRE CONTRE LA DEMOCRATIE Nazeef Ahmed

Il semble que ces faits dévoilés sur les accointances entre les services de renseignements publics et les multinationales soient rendus possibles à cause du vide juridique et du laxisme politique  pour le combler auxquels sont confrontés les USA. On trouve les mêmes ouvertures faites dans des zones où tout est possible dans le monde de la finance et dans les capacités sans limites de la NSA à aller sonder les vies privées de la planète entière. On ne peut pas demander de respecter une position éthique à des institutions qui sont laissées la bride sur le cou et n’ont pas le rempart d’un cadre légal pour éviter les dérives. Tout s’achète, c’est une des maladies endémiques du néo-capitalisme dans sa forme extrême, agie quotidiennement outre-Atlantique. Les agents de la CIA ou du FBI qui travaillent ” au noir” pour les corporations ne font que ce que tout individu laissé aux prises avec ses choix face à des offres mirobolantes ferait si il se sait le faire dans l’impunité. La corruption fonde le système dans sa structure même. Ce n’est pas un délit, c’est une façon d’envisager le rapport  au pouvoir et à la réussite personnelle. Plus on vous achète ou finance plus vous valez sur le marché. E.G

 

La guerre contre la Démocratie

Par Nafeez Ahmed LE GUARDIAN

Comment les agences d’espionnage et les corporations utilisent la ” sécurité ” pour éradiquer l’activisme.

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 Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

… gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activistes et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reportaire d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles.. Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»

A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’implication du FBI dans l’espionnage au profit des multi-nationales a été institutionnalisé avec l’”Infragard”, un partenariat peu connu entre l’industrie privée, le FBI et le Département de la Sécurité du Territoire. Le partenariat comprend la participation de plus de «  23.000 représentant de l’industrie privée » y compris 350 parmi les 500 compagnies Fortune.

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le rapport suivant, «  Des membres du service actif de la CIA sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant. » une pratique qui donne «  aux firmes financières et aux Hedge funds accès aux talents de l’intelligence service les plus performants. Peu de choses sont connues sur la politique de travail au noir de la CIA ou quelles corporations ont embauché les agents en service de la CIA »

Le rapport conclu que, en raison d’un manqué extrême de supervision, le gouvernement tend effectivement à approuver sans discussion une telle sous-traitance.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de dupliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents en activité et des officiers en retraite des services de l’Intelligence ou de l’exécutif. Le non-droit impliqué dans les capacités d’ interventions des services de l’espionnage qui semble jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le respect de la loi.  En réalité, les corporations sont maintenant capables d’embaucher des membres de la police civile, qui sont à peine contraints par des normes éthiques ou légales- et de les utiliser pour subvertir ou détruire les groupes citoyens. Ceci érode la capacité de la société civile de contrer les pouvoirs incroyables des corporations et des élites financières »

Gary Ruskin, l’auteur de ce rapport dit : :

«  L’espionnage des Corporations contre les ONG est un abus  flagrant du pouvoir des multinationales qui subvertit la démocratie. Qui va mettre la bride à ces corporations hors la loi lorsqu’elles pèsent sur les associations défenderesses de la justice ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces mêmes compagnies  menant la guerre contre la démocratie sont aussi en guerre avec la planète entière. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses corporations génèrent  aux alentours des deux tiers  des émissions de  gaz à effet de serre responsable du changement climatique.

Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduction : Elisabeth Guerrier

Chomsky ” Nous ne sommes plus dans une démocratie, nous sommes dans une ploutocratie”

Article du magazine ” Raw Story”  faisant suite à une interview de Noam Chomsky.

Il est nécessaire de donner aux mots leur place dans la réalité qui évolue si l’on veut que cette même réalité puisse être pensable et éventuellement modifiable.

On ne doit plus parler dans les systèmes politiques occidentaux actuels de Démocratie, le vote étant la seule relique d’un glissement politique qui s’opère sans que les élus aient la force ou la volonté d’endiguer le courant qui pousse des groupes de détenteurs de fonds et de revenus plus importants que la plupart des budgets publics vers les arcanes de la vraie politique, celle qui décide et imprime ses choix sur l’avenir des peuples.

L’exemple parfait de cet abandon du législatif et de l’exécutif aux mains des forces du lobby international est le TTIP. TTP qui se négocient dans le plus grand secret alors que des enjeux colossaux pour les équilibres nationaux et leur souveraineté sont clairement bradés au profit des réseaux des affaires multinationales.

Ces peuples sont sous le joug d’un système où la finance règle le pas du monde et l’aliène à celui d’un nombre infime d’individus. Ces peuples du Monde  sont sous le joug d’un ploutocratie globale. E.G

Suivant le linguiste et philosophe politique Noam Chomsky, le monde fait face à deux menaces existentielles.

« Il y a deux zones d’ombres essentielles qui couvrent tout et elles deviennent de plus en plus sérieuses » dit Chomsky. La première est la menace constante d’une guerre nucléaire qui n’a pas disparu. C’est très sérieux et l’autre est la crise d’une catastrophe environnementale et écologique, qui devient de plus en plus sérieuse ».

Chomsky est apparu Vendredi dans le dernier épisode de «  Smiley and West » sur la NPR pour évoquer son éducation, ses vues sur les affaires actuelles et sur sa façon de répandre son message sans l’aide des médias.

Il a dit à ses hôtes que le monde courait vers un désastre environnemental avec des conséquences fatales possibles que les nations les plus développées ne faisaient rien pour prévenir-mais au contraire accéléraient le processus.

«  S’il y a jamais des historiens dans l’avenir, ils regarderont cette période avec étonnement, » dit Chomsky, « Le danger, la menace sont évidents à n’importe qui ayant les yeux ouverts et accordant de l’attention à toute la littérature scientifique et il y a des tentatives pour le retarder mais aussi des tentatives pour accélérer le désastre, et si vous regardez qui est impliqué, c’est plutôt choquant. »

Chomsky a noté les efforts des populations indigènes pour arrêter les dégâts environnementaux partout dans le monde- des peuples indigènes du Canada aux tribus d’Amérique latine et d’Indes en passant par les Aborigènes d’Australie- mais les nations les plus riches, les plus avancées et les plus puissantes, comme les Etats Unis, ne font rien pour prévenir le désastre.

« Quand les gens ici parlent avec enthousiasme d’une indépendance énergétique d’une centaine d’année, ce qu’ils disent c’est : Allons extraire du sol jusqu’à la dernière goutte d’énergie fossile possible afin d’accélérer le désastre vers lequel on se dirige. Ce sont les problèmes qui dépassent tous les problèmes d’oppression, de pauvreté, d’attaque du système éducatif, d’inégalités massives et de chômage ».

Il a blâmé la «  financialisation » de l’économie des US à propos des inégalités de revenus et d’emploi, disant que des banques trop grosses pour chuter ôtaient des richesses énormes du marché.

“ En fait, il y a une étude récente du Fond Monétaire International  qui estime que tous les profits faits par ces banques peuvent être virtuellement attribués à la politique d’assurance de ce gouvernement, et qu’en général, ils sont très dommageable, je pense, très dommageable pour l’économie” a-t-il ajouté.

Ces effets dévastateurs peuvent facilement être observés en regardant les chiffres du chômage et les gains des valeurs boursières.

«  Il y a des dizaines de millions de personnes sans emploi, cherchant du travail et voulant travailler et il y a des quantités énormes de ressources disponibles «  dit-il «  Les profits des corporations percent le plafond, il y a une quantité énorme de travail à effectuer- conduisez en ville et regardez toutes les sortes de choses qui doivent être faites- les infrastructures s’effondrent, les écoles ont besoin d’être restaurées. Nous sommes dans une situation dans laquelle un énorme nombre de personnes veulent travailler, où il y a d’énormes ressources disponibles et énormément de travail à faire mais le système est si pourri que c’est impossible de rassembler tous ces éléments-là. »

Et la raison en est simple ajoute Chomsky.

« Il y a des profits colossaux faits par ceux qui dominent et contrôlent le système » dit-il « nous avons quitté une époque où fonctionnait une sorte de démocratie. Nous sommes maintenant vraiment dans une ploutocratie.»

Chomsky a fortement désapprouvé Smiley et West lorsqu’ils ont dit qu’il avait été marginalisé à cause de ses positions, disant qu’il avait refusé à regret des dizaines d’invitations à s’exprimer quotidiennement parce qu’il était engagé autre part. Il a aussi montré son désaccord sur le fait qu’une plateforme  dans les médias conventionnels était nécessaire pour influencer le débat.

«  Si vous jetez un coup d’œil aux changements qui ont eu lieu dans ce pays, disons dans les dernières cinquante années- le mouvement des droits civils, les mouvements anti-guerre, l’opposition à l’agression, le mouvement féministe, le mouvement environnementaliste etc…n’ont pas été guidé par aucun débat médiatique » dit-il, «  non, ils ont été conduits par des organisations populaires, par des activistes de terrain »

Il a rappelé les premiers temps du mouvement anti-guerre, dans le début des années 60, quand il parlait dans des salles de séjour ou des caves d’églises à une simple poignée d’autres activistes et comment ils étaient harcelés-même dans la Boston libéral par les autorités et par les médias.

Mais ce mouvement a finalement grandi et aidé à accélérer la fin de la guerre du Viet Nam et Chomsky ajoute que cela a tellement grandi pour devenir essentiel que les activistes anti-guerre peuvent stopper les guerres avant même qu’elles ne commencent.

Il dit que le Président Ronald Reagan avait été incapable de lancer une guerre dans toute son ampleur en Amérique Centrale à cause du mouvement anti-guerre pendant les années 80 et il a amèrement contesté le fait que le mouvement anti-guerre n’ait pas eu d’effet sur la guerre contre l’Irak.

«  Je ne suis pas d’accord, il a eu un effet important » a-t-il dit, «  il a limité d’une façon importante les moyens disponibles du gouvernement pour mener à bien l’invasion et soumette la population. En fait, c’est une des raisons pour lesquelles les US ont fini vaincus en Irak, en ayant dû sérieusement abandonner tous leurs objectifs. La victoire majeure en Irak s’avère être pour l’Iran.

En dépit de ces limitations, il a affirmé que la guerre d’Irak avait été une des pires atrocités du nouveau millénaire et avait provoqué un violent schisme entre les Musulmans sunnites et shiites qui avait déclenchés des conflits régionaux sir tout le Moyen Orient.

Les Etats Unis sont maintenant impliqués dans une campagne globale contre le terrorisme principalement contre toutes les peuples tribaux du monde, principalement les tribus musulmanes, ça se passe partout. L’intention est de le faire continuer encore et toujours » dit Chomsky «  Ceci a de terrible conséquences mais néanmoins, elles sont moins terrible que si il n’y avait pas d’opposition publique »

Traduction Elisabeth Guerrier