Pourquoi la politique de Moscou est-elle ” Westphalienne” ? Patrick Armstrong

WHY MOSCOW’S FOREIGN PHILOSOPHY IS “WESTPHALIAN”

Pour quelles raisons la politique étrangère de Moscou est-elle «  Westphalienne » ?

Le 11 AVRIL 11, 2018 par PATRICK ARMSTRONG

Actuellement, il existe deux sortes de politiques étrangères : Ici   l’une, Westphalienne, Paul Robinson les décrit : l’une d’elle traditionnelle, dans laquelle chaque peuple est une entité souveraine, appelée «  Westphalienne »  et l’autre dans laquelle il n’y a que deux sortes d’états, « les justes et les injustes ». Ils ne sont égaux ni moralement ni légalement. D’autres l’ont appelée le second “idéalisme” ou “diplomatie morale”. Il existe une tradition continue pour les USA de se considérer comme une toute nouvelle catégorie de pays, comme rappelé ici,   et la référence morale est parfois aussi nommée  “Wilsonienne” d’après le Président qui souhaitait « apprendre aux républiques d’Amérique du sud à élire des hommes bons » mais c’est complètement bipartisan, comme en témoigne le « Corrolaire Roosevelt  » dans lequel Théodore Roosevelt arroge aux Etats unis d’Amérique, en tant que «  pays civilisé » le droit d’intervenir dans les « cas flagrant de mauvaises actions ou d’imcompétence». Aucune de ces approches n’est nouvelles,  il a toujours existé des pays qui ont cru que leurs dieux leur donnaient la mission d’instruire et de discipliner leurs voisins et d’autres contents de les laisser.

La position moraliste est érigée sur l’assomption que le pays du narrateur est vertueux, que sa vertu est évidente et démontrable, que sa vertu est un fait. Le manque de vertu des autres pays est également un fait. Certains pays sont vertueux et d’autres non, et les pays vertueux ont le droit de faire certaines choses interdites aux non-vertueux.  Pas de suppositions mais de la réalité. Pas d’espoir mais de la réalisation, pas de relativité mais de l’absolu, pas de subjectif mais de l’objectif. Pour présenter ça d’une façon un peu grossière, on se demande comment un adulte peut croire ce genre de choses. Mais il les croit. Et sans broncher de surcroît.

« Nos enfants ont besoin de savoir qu’ils sont citoyens de ce pays exceptionnel, le plus puissant, généreux et noble pays de l’histoire de l’humanité.  Plus que tout, l’Amérique est indispensable – et exceptionnelle- à cause de ses valeurs. Le monde nous regarde pour la mise en place des droits humains, pour les droits des LGTB, pour ceux des minorités ethniques ou religieuses, pour ceux des personnes handicapées et pour tous les gens qui, partout attendent la paix. Nous nous mettons au défi, nous-mêmes et les autres nations de toujours faire mieux. »

Quelle chance que le meilleur et le plus noble des pays soit aussi le plus puissant ! Les Etats unis sont le quartier général de la notion que certains (ou serait-ce un seul) pays sont «  exceptionnels » et opèrent sous différents mais plus élevés standards que les plus simplement ordinaires. Lors des dernières deux décennies, l’idée s’est répandue dans l’Ouest, en général, comme l’observe Robinson, par l’intermédiaire de la distinction (auto-attribuée) de « ceux qui respectent et ceux qui ne respectent pas les droits humains ».  L’Ouest, est-il besoin de le dire, se considérant comme les respectant.

Certains parmi nous sont donc élevés moralement et d’autres non. Ceux qui n’y sont pas devraient préparer leur défense, c’est mauvais pour l’espérance de vie d’être sur la liste des mécréants comme  Slobodan Milosevich, Saddam Hussein et Muammar Kadhafi peuvent l’attester. Il est frappant de constater comment cette supériorité morale est exprimée à force de sanction et de bombardements plutôt qu’à l’aide d’exemples, mais les doués d’exceptions morales peuvent faire ce genre de chose justement parce qu’ils sont des exceptionnels moralement. Et quand Milosevic est amnistié,  que les Armes de destruction massive qui étaient le prétexte pour le renversement de Saddam Hussein  sont absentes et quand il est découvert que Kadhafi ne « bombardait pas son propre peuple », la pureté morale  voit les exceptionnalistes lever les épaules et passer à autre chose, des enfants sont morts mais c’était pour la bonne cause. .Les Exceptionnalistes bombardent les hôpitaux par  erreur.  Les autres le font volontairement.

Le camp «  idéaliste » est conduit par Washington, alors que Moscou est devenue le chef des porte-parole du camp «  réaliste ». Presque tous les discours que Poutine a fait  appel au «  multilatéralisme » ou, pour Robinson à «  l’odre traditionnel, westphalien dans lequel chaque état a une entité souveraine égale. » Le voici dans une interview datant de 2000, mais de très très nombreuses fois depuis :

Le monde ne peut pas des développer effectivement et positivement si un seul état a le monopole de la prise et de l’application de toutes les décisions. Dans l’histoire de l’espèce humaine, la tentation d’un tel monopole ne s’est jamais bien terminée.  Pour cette raison, nous sommes constamment entrain de proposer une nouvelle structure démocratique mondiale.

Il y a plusieurs raisons pour que Poutine fasse appel (et Yeltsine avant lui) à la primauté des nations unies dans un système mondial multilatéral. Deux sont évidemment à des fins d’usage personnel : La Russie est un membre permanent de l’UNSC et deuxièmement, elle a peur de se retrouver sur la liste des pays à toucher par les Exceptionnalistes.  Et étant donné la prédominance des «  violations des droits humains » comme «  justifications pour une intervention humanitaire », l’annuel rapport des droits humains (US State Department human rights report) montre qu’ils ont de bonnes raisons d’avoir peur.

Mais il y a d’autres raisons pour lesquelles Moscou est dédiée à «  un ordre traditionnel westphalien, ordre par lequel tous les états sont égaux en tant qu’entités souveraines »  et elles ne sont pas faciles à oublier :

L’URSS a passé 70 ans à mener une politique étrangère «  exceptionnaliste » et  ça a été un fiasco.

L’URSS en tant que «  premier état socialiste du monde » était le porte-drapeau d’un   « futur rayonnant pour l’humanité » un , novus ordo seculorum,  et même un nouveau type d’homme, – « новый советский человек ».  Elle était le pays exceptionnel., elle était le «  meilleur et le plus noble des pays de toute l’histoire de l’humanité, elle était le chef de file de «  tous les peuples aspirant à la paix ». Elle intervenait dans le monde  entier au nom de sa supériorité morale auto-proclamée. Les Partis communistes de tous les pays faisaient écho à la sagesse supérieure de Moscou. Le Parti communiste allemand collaborait avec le Parti Nazi pour affaiblir la République de Weimar. Pourquoi ? Parce que le Socialisme allait l’emporter lorsque Weimar serait déchue. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé : les Nazis l’ont emporté et l’URSS a payé un prix colossal pour leur triomphe.  Cuba, état socialiste ( L’Île de la liberté) devait être soutenu par le Leader mondial du communisme. Leur soutien a amené le monde au bord d’une guerre nucléaire. Tout petit mouvement s’intitulant socialiste demandait l’aide de Moscou, même dans des pays dont les membres décrépis du Politburo n’avaient jamais entendu parler. Il fallait leur fournir des armes, des prêts, des secours et un support diplomatique.

Il aurait été inconcevable pour le premier pays socialiste du monde de ne pas intervenir en Afghanistan quand le gouvernement soi-disant socialiste a commencé à chanceler. Socialiste un jour socialiste pour toujours.

Quand les forces hostiles au socialisme essaient de faire tourner le développement de certains pays socialistes vers le capitalisme, cela devient non seulement le problème du pays concerné mais un problème commun et une préoccupation pour tous les pays socialistes.

Comment l’URSS pourrait-elle éviter de prêter de l’argent ou des armes a tout état se réclamant du socialisme ? Les mouvements pour la Paix devaient être infiltrés parce que la théorie prétendait que seul le socialisme amenait la pais=x. ëtre exceptionnel génère de lourdes obligations.

Plus que tout autre peuple sur terre, nous portons des charges et acceptons des risques sans précédent quant à leur taille et à leur durée, non pour nous seuls mais au nom de tous ceux que nous voulons libres.  (En fait John Kennedy mais Brejnev aurait probablement dit la même chose, bien qu’en plus long)

 Considérons, à titre d’exemple, la Pologne. L’URSS l’a libérée des Nazis qui avait tué presque le cinquième de sa population. Staline redessina la carte de façon à ce que, pour la première fois de l’histoire, toute la Pologne historique soit unie et que son territoire soit presque complètement homogène ethniquement.  L’URSS est intervenue dans la politique polonaise et dans la vie civile pendant quatre décennies, croyant moralement le devoir afin que le«  futur resplendissant de l’espèce humaine  bénéficie au peuple polonais. Ou du moins était-ce que que les Exceptionnalistes du Kremlin disaient.  Pour quel résultat ? Au moment où il est devenu clair que les tanks n’allaient pas venir, la Pologne a balancé les Soviets, l’alliance et tout le paquet socialiste. Et ceci partout dans les autres états socialistes amis. C’était une bulle. Les pays exceptionnels n’ont pas d’amis parce qu’ils n’ont pas d’égaux, ils ne peuvent qu’avoir des clients mais les clients doivent être nourris et achetés.

La Fédération russe, en tant que successeure de l’URSS, a hérité de ce qu’elle possédait et de qui la possédait. Mais il y avait une grosse différence : la dette était réelle, les crédits ne l’étaient pas. La Russie a payé tout ce qu’elle devait et annulé ce qu’on lui devait. Dans le cas de Cuba, en 2014, Poutine a annulé 32 milliards de $ de dette.

L’URSS avait prêté des fonds aux «  Pays socialistes » africains – en tant que tête du monde socialiste, comment pouvait-elle refuser ? Poutine vient d’en annuler 20 milliards de dollars  Etc. L’Exceptionnalisme est de l’argent jeté dans un puits.

En 1987, un court article de Yevgeniy Primakov parut dans la  Pravda : « Une nouvelle philosophie de politique étrangère ». Principalement, il y disait que la politique étrangère de la Russie avait été un échec : elle avait réduit la sécurité et menait le pays à la faillite. Après 70 ans d’exceptionnalisme, que restait-il ? Pas d’amitié, plutôt l’opposé. Pas de profit financier, juste des coûts. Le leader du bloc socialiste et le bloc lui-même évaporé comme s’ils n’avaient jamais existé. Tout cela pour rien. Et pire que rien : voici ce que dit Poutine lui-même en 1999 :

Pendant Presque les trois-quart de ce siècle, la Russie a vécu sous le signe de la propagation de la doctrine communiste. Ce serait une erreur de ne pas voir, et pire encore de nier les succès indéniables de ce temps. Mais ce serait une ereur bien pire de ne pas realiser le prix faramineux que notre pays a payé pour cette experience bolchevique.  Plus encore, ce serait une erreur de ne pas comprendre sa futilité historique.  Le Communisme et le pouvoir des Soviets n’ont pas fait de la Russie un pays prospère avec une société se développant d’une façon dynamique et un people libre. Le Communisme a implacablement démontré sn inaptitude à créer un auto-développement sain, condamnant notre pays à rester à la traîne des pays économiquement avancés. C’était une impasse, loin des courants des civilisations développées.

“ Prix outrageant “ “ Futilité historique”, “ Inaptitude”, “ Régression régulière” “ Une impasse” : Rien, pas d’argent, pas d’amis, pas de pouvoir, pas de prospérité. Rien, ni à l’intrieur des frontiers, ni à l’extérieur.

Moscou sait que la route de l’exceptionnalisme est une route qui mène à une impasse parce qu’elle a perdu 70 années sur cette route.  Et quelqu’irritant ou imparfait que soit «  l’ordre traditionnel, Westphalien dans lequel chaque état est une souveraineté égale » Moscou sait que «  l’idéalisme «  est complètement dénué de valeur.

Il est important d’observer que le «  Système westphalien » a été nommé ainsi après les nombreux agréments qui en 1648 ont permis la fin des guerre de religion en Europe   en acceptant le principe de cuius regio, eius religio ou le fait que chaque état serait autorisé à faire ses propres choix. En d’autres termes, le Westphalianisme n’a été accepté qu’après que l’idéalisme ait brûlé tout sur son passage. C’est une vieille leçon que la Russie a apprise mais que Washington, avec son gros porte-monnaie n’a pas assimilée.

Encore…

 

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De quoi ne parle-t-on pas lorsqu’on évoque le ” piratage russe ” Jackson Lear

 

 

Face à la dernière attaque politique et médiatique autour du” Russiagate”, dont la Presse dominante se fait le relai avec zèle depuis si longtemps mais avec une sorte de frénésie depuis les « découvertes » de Mueller il est nécessaire de mobiliser toutes les connaissances et les possibilités de contre-analyses pour ne pas se plier à cette offensive propagandique majeure des Démocrates et surtout des organes de renseignements derrière eux. Voici la traduction de l’article paru dans The London Review of Books, “What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking » de Jackson Lear. “De qui ne parle-t-on pas quand on parle de “piratage russe” de Jackson Lear. Et plusieurs autres analyses d’auteurs, indépendants des “Presstitutes” comme les appellent Paul Craig Roberts. On peut aussi se référer utilement aux remarques d’un analyste russe après l’intervention de Trump au sommet de Davos, l’interview de Lavrov, Ministre de la politique étrangère russe,  et à celles de Paul Robinson, grand spécialiste de la Russie et de son histoire qui suit de très près dans son blog “Irrussionality” cette cabale si dangereuse pour la paix et l’équilibre mondiaux. Il est indispensable de s’ouvrir au plus large nombre de commentaires possible, on notera également ceux de ” Zero hedge” qui fait part, source Bloomberg, d’une frappe récente en Syrie des US ayant fait plus de 100 morts russes.

La détermination d’une partie des forces politiques américaines (Néoconservateurs alliés avec les Démocates) à créer le contexte d’une guerre froide nous amène à devoir “prendre” parti. Mais ce parti, dans le contexte médiatique pollué et partisan où des organes de presse comme le NYT, le WP et même l’habituellement plus subtil New Yorker pour n’en citer que quelques-uns parmi des dizaines d’autres (The Nation, Oxynews, Rachel Meadow, qui dans ce contexte a été incroyablement zélée, et même ARTE qui matraque sa russophobie avec allégresse depuis quelques semaines , sans mentionner sur les posts nord-américains supposés libéraux, la présence de plus en plus ostensible de commentaires clairement anti-russes) sont totalement impliqués dans ces manoeuvres du DMC. D’une certaine façon même sans suivre de très près les déplacements de contingent de l’otan dans les pays baltes qui ont eu lieu depuis plusieurs mois voire dans certains cas, années, on ne peut que faire le lien entre les dates de l’échec Clintonien et la montée en flèche de cette vague d’accusation, dont, on le verra, les fondements sont plus que factices, (n’oublions surtout pas ce qui a servi de ” preuve” à Colin Powel pour déclencher l’invasion de l’Irak) mais qui reposent comme toujours sur la capacité, largement cultivée, d’amnésie des masses. Après “l’axe du mal” et tout le chaos qu’il a généré, nous remontons vers l’Est, abreuvés de fallacieuses manipulations dont chaque nouvel élément contredit les précédents, négligeant les données antérieures sans que personne ne bouge, sauf quelques vigiles dont nous tentons de relayer le travail. EG

What We Don’t Talk about When We Talk about Russian Hacking “

De qui ne parle-t-on pas quand on parle de «  piratage russe »

Jackson Lears

La politique américaine a rarement présenté un spectacle aussi décourageant. Les bouffonneries répugnantes et dangereuses de Donald Trump sont suffisamment troublantes, mais les échecs de la tête du parti démocrate à tirer les conclusions de son échec de la campagne de 2016 le sont tout autant. Le challenge à Hillary Clinton par Bernie Sanders, combiné au triomphe de Donald Trump ont révélé l’ampleur de la colère populaire contre la politique comme d’habitude – le goût des réformes néolibérales en politique intérieure et l’interventionnisme en politique étrangère qui constituent le consensus à Washington. Les Néo-libéraux célèbrent l’utilité sur le marché comme le seul critère de valeur, les interventionnistes exaltent l’aventure militaire à l’étranger comme un moyen de combattre le mal de façon à sécuriser les progrès du marché global. Les deux agendas se sont montrés calamiteux pour la plupart des Américains. Beaucoup ont montré leur désaffection en 2016.  Sanders est un social-démocrate et Trump un charlatan démagogue mais leurs campagnes ont mis en évidence la répudiation du consensus washingtonien.  Pendant à peu près une semaine après les élections, les experts discutaient les capacités du parti démocrate à une stratégie de plus grande envergure. Il semblait que le Parti puisse apprendre quelque chose de la défaite de Clinton. Puis, tout a changé.

Une histoire qui avait circulé lors de la campagne sans faire grand effet a refait surface : elle impliquait l’accusation d’opérateurs russes ayant piraté les serveurs du Comité du Parti démocratique  et révélé des emails embarrassants qui auraient compromis les chances  de Hillary Clinton. Avec une vitesse étonnante, une nouvelle orthodoxie centriste-libérale a vu le jour, enveloppant les médias principaux et l’établissement bipartisan de Washington.  Cette religion séculière a attiré des hordes de convertis lors de la première année de la présidence de Trump.   A travers sa capacité à exclure les dissidents, elle ne ressemble à aucune autre formation d’opinion de masse de toute ma vie adulte, bien qu’elle rappelle quelques souvenirs sombres de mon enfance, ceux de l’hystérie anti-communiste des années 50.  La pièce centrale de la foi, basée sur les accusations de piratage, est la croyance que Vladimir Poutine a orchestré une attaque sur la démocratie américaine en ordonnant à ses mignons d’intervenir dans les élections au nom de Trump. L’histoire est devenue évangile  avec une rapidité et une totalité à couper le souffle. Les dubitatifs sont perçus comme des hérétiques et comme des laudateurs de Trump et de Poutine, les jumeaux immondes et les co-conspirateurs derrière cette attaque contre la démocratie.  La responsabilité pour l’absence de débat repose en grande partie dans les diffusions des médias essentiels. Leur point de vue sans critique et la répétition sans fin de l’histoire du piratage russe en a fait semble-t-il un fait accompli dans l’esprit du public. Il est difficile d’estimer l’importance de la croyance populaire en cette nouvelle orthodoxie mais cela ne semble pas n’être qu’un credo chez les occupants de Washington. Si vous questionnez ce récit dans une conversation ordinaire, vous courez le risque de provoquer des regards déroutés ou de l’hostilité ouverte – même chez d’anciens amis. Tout ceci a été étrange et troublant pour moi, par moment certains fantasmes de la pop-culture sont venus à l’esprit, les déterreurs de cadavre et les buveurs de Kool-aid viennent à l’esprit.

Comme toute orthodoxie digne de ce nom, la religion du piratage russe ne dépend pas de preuves mais de déclarations faites ex-cathedra de la part des institutions faisant autorité et de leurs suzerains. Ses fondements écrits sont une «  déclaration » confuse et largement dénuée de faits produite en janvier dernier par un petit nombre d’analystes triés sur le volet – comme James Clapper, le directeur de la National Intelligence, les décrit, de la CIA, du FBI et de la NSA.  Les déclarations des derniers ne furent faites qu’avec une «  confiance modérée ». Le label «  Intelligence Community Assessment » produit une fausse impression d’unanimité, étant donné que seulement trois parmi les seize agences de renseignements ont contribué à ce rapport. Et bien sûr, la déclaration elle-même contenait cette aveu crucial : «  Les jugements ne sont pas prononcés afin d’impliquer que nous avons les preuves pouvant démontrer des faits. Les déclarations sont fondées sur des informations collectées, qui sont souvent incomplètes et fragmentaires, tout comme la logique, l’argumentation et les précédents » Et pourtant cette déclaration est passée dans l’imaginaire médiatique comme des faits irréfutables, autorisant les journalistes à affirmer ce qui se doit encore d’être prouvé. Se faisant ils servent de porte-paroles  aux agences de renseignement ou du moins à ces analystes «  triés sur le volet ».

Ce n’est pas la première fois que des agences de renseignement jouent un tel rôle. Lorsque j’entends l’ Intelligence Community Assessment cité comme une source fiable, me revient toujours en mémoire le rôle joué par le New York Times dans la légitimation du rapport de la CIA sur la menace de possession d’armes de destruction massive  par Saddam Hussein, sans évoquer la longue histoire de la désinformation ( appelons cela les fake news, les fausses nouvelles)  comme tactique pour faire avancer une administration ou un agenda politique. Une fois de plus, la presse établie légitime les déclarations faites par les Pères de l’Eglise de la sécurité nationale. Clapper en est un des plus vigoureux. Il s’est parjuré devant le Congrès en 2013, quand il a nié que la NSA avait « sciemment » espionné les Américains   – un mensonge pour lequel il n’a jamais été tenu de rendre des comptes. En mai 2017, il a dit à Chuck Todd, de la NBC que les Russes s’étaient très vraisemblablement impliqués dans la campagne de Trump parce qu’ « ils sont presque génétiquement amenés à s’impliquer, à pénétrer, à gagner les faveurs, n’importe, ce qui est une technique typiquement russe. » L’orthodoxie actuelle exempte les Pères de l’église des standards imposés aux gens ordinaires et condamne les Russes – et par-dessus tout Poutine- à n’être uniquement, «  presque génétiquement » diaboliques.

Il m’est difficile de comprendre comment le Parti démocrate, qui a été parfois sceptique à l’égard des Agences de renseignement, puisse maintenant adopter la CIA et le FBI comme des sources de vérité indiscutable. Une des explications possibles est que l’élection de Trump a créé un état d’urgence permanent dans l’imagination libérale, basée sur la croyance que la menace qu’il pose est unique et sans préc »dent. C’est vrai que la menace  de Trump est viscéralement réelle. Mais les menaces posées par George W. Bush ou Dick Cheney- qui ont ravagé le Moyen –Orient étaient tout autant réelles. Les dégâts occasionnés par Bush et Cheney- qui ont ravagé le Moyen Orient, légitimé la torture, et étendu un pouvoir exécutif inconstitutionnel- n’avait eu aucun précédent et était probablement permanente. Trump pose une menace sans précédent pour les immigrants sans papiers et les voyageurs musulmans dont la protection est urgente et nécessaire. Mais sur de nombreuses autres questions, il est un républicain standard.   Il est parfaitement à l’aise avec l’agenda d’austérité de Paul Ryan, qui implique d’énormes transferts de richesse vers les Américains les plus privilégiés.  Il est aussi impliqué que tout autre Républicain dans l’annulation de l’Affordable Care Act d’Obama. Lors de sa campagne, il s’est posé comme un apostat du commerce dérégulé et un opposant   aux interventions militaires à l’étranger mais maintenant qu’il est en place, ses vues sur la dérégulation commerciale basculent d’une façon imprévisible et son équipe de politique étrangère est composée de généraux avec des références interventionnistes impeccables.

Trump, engagé à continuer le financement considérable du déjà démesuré Département de la défense initié par ses prédécesseurs et sa Forteresse America est une version fanfaronne, indisciplinée de la «  nation indispensable » de Madeleine Albright. Tous deux, assument que les Etats unis devraient être capables de faire comme bon leur semble dans l’arène internationale : Trump parce que c’est le plus grand pays du monde, Albright parce qu’il s’agit d’une force exceptionnelle pour le bien commun. Il n’y a non plus rien de nouveau dans le désir de détente de Trump avec la Russie, qui au moins jusqu’en 2012 était la position officielle du Parti démocrate. Ce qui est sans précédent à propos de Trump est son style offensif : méprisant, brutal, illogique, et cependant parfaitement accordé à la colère et à l’anxiété de l’audience qu’il cible. Sesexcès ont laissé libre court au racisme et à la fière misogynie parmi ses supporters. Ceci est une cause de dénonciation, mais je ne suis pas pour autant persuadé que cela justifie cette crise anti-russe.

Parallèlement au caractère supposé exceptionnel de Trump, existent deux autres hypothèses derrière la fureur de Washington : la première est que le piratage russe s’est bel et bien produit, et la seconde que les Russes sont nos ennemis implacables. La seconde fournit la charge émotionnelle pour la première.  Les deux me paraissent problématiques. En ce qui concerne la première, les charges touchant le piratage ne sont pas prouvées et il est probable qu’elles le restent.  Edward Snowden et quelques autres familiers de la NSA disent que si un piratage longue distance s’était produit, l’agence l’aurait repéré et aurait pu détailler son existence sans compromettre ses sources secrètes ni ses méthodes. En septembre, Snowden a dit au Spiegel que la NSA «  sait certainement parfaitement bien qui est l’envahisseur ». Et, cependant «  elle n’a présenté aucune preuve, bien que je suspecte qu’elles existent. La question est : Pourquoi pas ? Je suspecte qu’il y a eu d’autres attaquants du système découverts, peut-être y avait-il six ou sept groupes à l’œuvre. » La capacité de la NSA à suivre le piratage jusqu’à sa source est une affaire de notoriété publique. Quand l’agence a investigué un piratage chinois omniprésent et efficace dans l’armée et les installations de l’industrie de la défense, elle avait été capble de suivre les hackeurs jusqu’au bâtiment d’où ils originaieent, une local de l’Armée de libération du peuple à Shangaï. Cette information fût publiée dans le New York Times mais, cette fois, l’échec de la NSA à fournir des preuves que les services screts russes avaient tenté le piratage de l’Etat US et le systéme d’élection, les affirmations non documentées de l’agence sur l’origine russe du piratage sont restées des faits étonnement non contestés et ont vite été traités comme tels dans les médias.

Cette information a été publiée dans le NYT mais, cette fois, l’échec de la NSA l’a été également.

Pendant ce temps, il y eu un déchaînement d’accusations auxiliaires, dont des charges plus vagues et plus larges de collusion de Trump avec le Kremlin. Il demeure envisageable que Robert Mueller, un ancien directeur du FBI qui a été engagé afin de vérifier ces accusations, ait pu rassembler des preuves incontestables de contacts entre les gens de Trump et diffrents russes. Il serait surprenant qu’un procureur expérimenté désigné pour effectuer un coup de filet revienne les mains vides et les arrestations  ont déjà commencé. Mais ce qui est frappant à leur égard est le fait que les charges n’ont rien à voir avec les interférences russes dans les élections. Il y a eu beaucoup de discours sur le fait que les accusés pourraient fournir des preuves confondantes contre Trump en échange de peines plus légères, mais ce ne sont que de simples spéculations. Paul Manafort, à un moment chef de campagne de Trump, a plaidé non coupable des charges selon lesquelles il aurait manqué à rendre publiques les relations de sa firme en tant qu’agent du gouvernement ukrainien et détourné ses millions de dollars de frais. Mais ceci s’est produit avant la campagne de 2016. Georges Papadopoulous, un conseiller en politique étrangère, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI à propos de ses efforts vains pour organiser une rencontre entre les gens de Trump et le gouvernement russe. – une opportunité que la campagne de Trump a déclinée. La plus récente interpellation de Mueller, Mickael Flynn,  l’Islamophobe désaquilibré qui a brièvement servi à Trump de conseiller en sécurité nationale, a plaidé coupable des charges selon lesquelles il aurait menti au FBI sur une rencontre avec l’ambassadeur russe en Décembre, quelques semaines après l’élection. Cette sorte de diplomacy d’arrière plan se produit régulièremet pendant les interims entre deux administrations. Il n’y a pas pour autant de signe de collusion.

Jusqu’ici, après des mois de «  bombes » qui se sont avérées être des pets, il n’existe toujours aucune preuve de l’interférence du Kremlin dans les élections américaines. Pendant ce temps,  de sérieux doutes ont émergés quant aux bases techniques de ces plaintes de piratage. Des observateurs indépendants ont argumenté qu’il était plus envisageable que les emails aient fui de l’intérieur et n’aient pas été piratés de l’extérieur. Dans cette optique, l’analyse la plus plausible a été faite par un groupe nommé Veteran Intelligence Professionals for Sanity, d’anciens employés des agences de services secrets US, qui se sont distingués en déboulonnant la plainte de Collin Powel concernant les armes de destruction massive possédées par Saddam Hussain, quelques heures après que Powell ait présent ses soi-disant preuves aux Nations unies. (Certains membres du VIPS ne se sont pas ralliés aux conclusions de ce rapport mais leurs arguments ont été à leur tour contestés par ses auteurs.) Les découvertes du VIPS n’ont reçu aucune attention de la part de la presse, sauf de Fox News – ce qui pour certains membres du centre-gauche  est pire que pas d’attention du tout. Les médias mainstream ont présenté le rapport comme le fruit de conspirationnistes (apparemment, le piratage russe ne compte pas comme tel).  La question cruciale, ici et ailleurs est l’exclusion du débat public de TOUTE perspective critique sur le discours orthodoxe, même dans la perspective de personnes avec de solides acquis professionnels et ayant déjà sérieusement faits leurs preuves.

A la fois l’histoire du piratage du DNC  et celle impliquant les emails de John Podesta, un conseiller de  campagne de H. Clinton, désignent un groupe obscur de pirates soi-disant  russes désignés sous le nom de «  Fancy Bear » – également connu chez les amateurs de technique comme APT28. Le nom de Fancy Bear a été introduit par  Dimitri Alperovitch, le responsable technique de la firme de cybersécurité Crowdstike. Alperovitch est aussi un membre de l’Atlantic Council, un think tank anti-russe de Washington embauché par le DNC afin de mener une enquête sur le détournement de leurs emails. Dans son rapport, Crowdstrike ne met en avant pratiquement aucune preuve de son affirmation de la responsabilité des Russes, encore moins de leur affiliation avec les services serets russes. Et pourtant, à partir de ce moment, la présomption qu’il s’agissait d’un cyber opération russe n’a pas été questionnée. Quand le FBI est entré en scène, le Bureau n’a pas demandé ou s’est vu refuser l’accès aux serveurs  du DNC, il dépendait donc complètement des analyses de Crowdstrike.  Pendant ce temps, Crowdstrike était forcé de retirer une autre plainte, où les Russes avaient piraté avec succès les systèmes de commandement de l’artillerie ukrainienne. L’armée ukrainienne et le British International Institute for strat »gic studies ont tous deux démneti cette plainte, et Crowdstrike s’est rétrcté. Mais ses analyse du DNC ont été autorisées a être sauvegardées et à même devenir les bases de l’Intelligence Community Assessment

Le bavardage autour du piratage n’aurait jamais acquis une telle urgence si celui-ci n’avait pas accompagné la présupposition : La Russie est l’unique adversaire dangereux, avec lequel nous devrions éviter tout contact. Sans cette croyance, la rencontre de l’Avocat général Jeff Session avec les Russes en septembre 2016 n’aurait été qu’une discussion de routine entre un Sénateur et des offociels étraners. Les conversatins post-élelcetions de Flynn ave l’Ambassadeur de Russie seraient passées inaperçues. Les tentatives des copains de Trump de faire quelques affaires avec la Russie simplement un eu glauques. La rencontre à la Rrump Tower de Donald Trump Jr. avec l’avocate russe Natalia Veselnitskaya, intrigue obscure et mélodramatique,  aurait été transformée en une comédie de l’erreur. Avec le fils du candidat s’attendant à recevoir des informations à utiliser contre Clinton mais découvrant que Veselnitskaya ne voulait parler que de la levée des sanctions et de la reprise de l’accueil des orphelins russes aux USA. Et Putin lui-m^me serait resté un simple autocrate avec lequel les démocraties pouvaient négocier sans le soutenir.

Des voix sceptiques, comme celles du VIPS, ont été noyées sous un tapage de désinformation. Des histoires évidemment fausses, comme celle du Washington Post  affirmant que les Russes avaient piraté le réseau électrique du Vermont, sont publiées puis démenties le lendemain.Parfois, comme l’histoire de l’interférence des Russes dans les élections françaises et allemandes elles ne sont pas démenties même lorsqu’elles ont été discréditées. Ces histoires ont été parfaitement déboulonnées par les services secrets français et allemands  mais continue de planer, empoisonnant l’atmosphère, rendant le débat confus. La plainte selon laquelle les Russes avinent piraté les systèmes de vote locaux et fédéraux aux USA a été réfutée par lesreprésentants officiles de la Californie  et du Visconsin mais leurs commentaires n’ont généré quun simple murmure comparé aus grondements de l’histoire originale. La précipitation pour publier sans une attention suffisante à la véracité est devenue la nouvelle norme du journalisme. La rétractation ou a correction sont presque hors de propos, la fausse accusation a fait son travail.

La conséquence en est un sentiment de confusion qui enveloppe tout. Un nihilisme épistémologique plane mais certaines personnes et certaines institutions en retirent le pouvoir plus grand que d’autres de définir ce qui constitue une réalité consensuelle. Dire ceci est courir le risque  de se voir licencié comme le dernier des cinglés dans le lexique du Washington contemporain : la théorie conspirationniste. Pourtant les faits demeurent,  parfois des individus puissants s’arrangent pour promouvoir des idées qui bénéficint à leurs intérêts communs. Que nous appelions cela l’hégémonie, la conspiration, ou simplement les privilèges n’a pas vraiment d’importance. Ce qui a de l’importance, c’est d’avoir le pouvoir de créer ce que Gramsci nommait «  le sens commun » d’une société entière.  Même si la plupart des membres de cette société sont indifférents ou suspicieux à ce sens commun officiel, il n’en est pas moins incrusté dans les assomptions tacites qui tracent les frontières de « l’opinion responsable ». L’establishment démocratique donc, (avec quelques éléments Républicains) et les médias les plus importants ont transformé l’ «  interférence russe » en une partie du sens commun du moment. Quelle sorte de travail culturel ce sens commun effectue-t-il ? Quelles sont les conséquences du spectacle que les médias intitulent, avec une originalité caractéristique,  le « Russiagate » ?

La toute première conséquence est qu’en trouvant des démons étrangers à blâmer pour l’ascension de Trump, les dirigeants démocrates ont déplacé le blâme de leur défaite  loin de leur propre politique sans questionner la moindre de leurs assomptions principales. Parmi le rejet général de Trump, ils peuvent se proclamer dissidents, la «  résistance » était le label que les Clintoniens se sont appropriés quelques jours après l’élection. Les Démocrates majoritaires ont commencé à utiliser le terme de «  progressiste » à appliquer à une plate forme qui ne prétend à rien d’autre qu’à préserver Obamacare, , s’agitant en direction d’une plus grande galité des salaires, et le protection des minorités. Cet agenda est timide. Il n’a rien à dire sur la mise en cause de l’influence concentrée du capital sur la politique, la réduction du budget en expansion de la défense, ou le retrait des engagements systématiques dans la politique étrangère et pourtant sans ces initiatives, même la plus ténue des politiques égalitaires fait face à des obstacles insurmontables. De plus nombreuses et authentiques insurrections sont en route, qui affrontent le pouvoir corporatiste et connectent la politique intérieure avec la politique étrangère mais elles font face à une bataille ardue contre l’argent ancré et le pouvoir des dirigeants démocrates – comme Chuck Schumer, Nancy Pelosi, les Clinton et le DNC. Le Russiagae a permis à l’élite démocrate de promouvoir l’unité du parti  contre Trump-Poutine, pendant que le DMC faisait la purge des supporters de Sanders.

Pour le DNC, le grande qualité de l’histoire du piratage russe est qu’elle concentre l’attention ailleurs que sur ce qui était vraiment dans les emails. Les documents ont révélé une organisation profondément corrompue, dont la façade d’impartialité n’était qu’une imposture. Même le tout à fait fidèlement pro-Clinton Washington Post a admis  que «  beaucoup des plus emails les plus comprmettants suggèrent que le Comité essayait activement de compromettre la campagne présidntielle de Bernie Sanders »’ Des preuves de collusions supplémentaires entre la machine clintonnienne et le DNC ont fait surface récemment dans un essai de Donna Brazile, qui a été secrétaire par intérim du DNC après que Debbie Wasserman Schultz ait démissionné dans l’après-coup des révélations. Brazile décrit un accord daté du 26 août 2015, qui spécifie :

Qu’en échange de la levée de fonds et de mener des invstigations au sein du DNC, Hillary  contrôlerait les finances du parti, les stratégies et tous les fonds obtenus. Sa campagne a le droit de refuser le choix de la nomination du Directeur de la communication du parti  et elle aura le dernier mot sur tout le reste. Le DNC était également sollicité pour la consulter sur la campagne à propos de tout ce qui conerne les autres domaines, budgets, données, analyses et mailings.

Avant même que les primaires aient commencées, le supposé neutre DNC – qui a été proche de l’insolvabilité – avait été acheté par la campagne Clinton.

Une autre révélation récente du DNC concerne les origines de l’enquête dsur les liens supposés de Trump avec Poutine. L’histoire a commencé en Avril 2016, quand le DNC a embauché une firme d’enquête de Washington nommée  Fusion GPS afin de’extraire tous les éléments de connexions entre Trump et la Russie. Le contrat impliquait le paiement de «  liquide pour les ordures » comme aimait à l’appeler la campagne Clinton. Fusion GPS  a finalement produit des ordures, un compte-rendu choquant rédigé par un ancien agent de  British M16 Intelligence Christopher Steele, basé sur des on-dit achetés auprès de sources anonymes russes. Au sein des prostituées et des urinoirs une histoire a émergé : le gouvernement russe avait fait chanter et soudoyer Donald Trump depuis des années, dans l’assomption qu’il deviendrait Président un jour et servirait les intérêts du Kremlin. Dans ce conte fantastique, Poutine devient un comploteur omniscient prodigieusement doué.  Comme toutes les accusations de collusion, celle-ci est devenue elle aussi plus vague avec le temps, ajoutant à l’atmosphère glauque sans pour autant ajouter aucune preuve. La campagne Clinton a tenté de convaincre les médias de l’establishment de publier le dossier Steele, mais avec une circonspection peu caractéristique, ils ont décliné la promotion de ce qui était tout simplement du déchet politique plutôt qu’un rapport fiable. Cependant le FBI a apparemment pris le dossier Steele suffisamment au sérieux pour en inclure un résumé dans l’appendice secret à l’Intelligence Community Assessment. Deux semaines avant l’inauguration, James Comey, le directeur du FBI, décrivait le dossier à Trump. Après que le briefing de Comey ait été communiqué frauduleusement à la presse, le site web Buzzfeed l’a publié en entier, produisant hilarité et hystérie au sein de la nomenclature washingtonienne.

Le dossier Steel occupe un royaume obscur où l’idéologie et les enseignements, la désinformation et les révélations se recouvrent. C’est l’antichambre d’un système plus vaste de nihilisme épistémologique créé par différentes factions rivales des services de renseignement : l’ « arbre de fumée » qui, pour le romancier  Denis Johnson, symbolisait les opérations de la CIA au Vietnam. J’ai inhalé cette fumée moi-même en 1969, 1070, quand j’étais cryptographe d’une opération de déblayage top secrète sur un nvire de l’Armée US qui ptransportait des missiles équipés de têtes nucléaires – dont l’existence même était niée par la Marine. J’ai été dégagé de cete opération et plus tard honorablement congédié quand j’ai refusé de rejoindre le Sealed Authenticator System, qui aurait autorisé le lancement de ces missiles nucléaires  soi-disant non existants. L’arbre de fumée est simplement devenu plus complexe et plus insaisissable  depuis lors. Pourtant le Parti démocrate s’est maintenant embarqué dans une réhabilitation tous azimuts de la communauté des services de renseignements- ou du moins d’une partie d’entre elle, celle qui supporte l’idée du piratage russe. (Nous pouvons être certains qu’il existe des désaccords entre eux) Et ce n’est pas uniquement l’establishment démocratique qui embrasse l’Etat profond. Une partie de la base, croyant que Trump et Poutine sont étroitement liés, croit devoir fulminer contre la « trahison » comme une nouvelle John Birch Society.

J’ai songé à cette ironie en visitant l’exposition «  L’âme d’une nation : l’art à l’âge du Black Power » à la Tate gallery, qui exhibe les travaux d’artistes noir-Américians pendant les années 1960.1970, quand les agences de renseignement, (et les agents provocateurs)  organisaient une répression gouvernementale contre les militants noirs, les résistants à la conscription, les déserteurs et le pacifistes. Parmi les toiles, les collages et les assemblages, il n’y avait qu’un sei=ul drapeu confédéé, accompagné par l’horrible rappel du passé de Jim Crow – Un homme du Klan dans tout son attirail, un corps noir se balançant dans un arbre. Il y avait aussi au moins une demi-douzaine de drapeau US, juxtaposés en entier ou en partie à des images de l’oppression raciale contemporaine qui pourrait se passer n’importe où aen Amérique : des hommes noirs transportés morts sur des brancards par des squelettes en uniformes de police, un prisonnier noir attaché à une chaise, attendant d’être torturé. Le point était de mettre en évidence le contraste entre «  le pays des libertés »  et les pratiques de l’état sécuritaire et des forces de police locales. Les artistes noirs  de cette époque connaissaient leur ennemi : les noirs n’étaient pas tués ou emprisonnés par un nébuleux ennemi étranger mais par le FBI, la CIA et la police.

La Parti démocrate a développé une nouvelle vision du monde, un partenariat plus ambitieux entre les humanitaires interventionnistes libéraux et les militaristes conservateurs qui existait déjà sous le prudent Obama. Ceci sera peut-être la conséquence la plus désastreuse pour le Parti démocrate de la nouvelle politique orthodoxe anti-russe : la perte de l’opportunit de formuler une politique étrangère plus humaine et plus cohérente. L’obsession de Poutine a effacé la possbilité de la complexité de la reprsentation du monde par les Démocrates, créant un vide rapidement rempli parlesfantaisies monochromes d’Hillary Clinton et de ses alliés exceptionnalistes. Pur des gens comme Max Boot et Robert Kagan, la guerre est un état désirable pour les affaires, spécialement quand ils la regardent derrière leur claviers et que le reste du monde – à part les vilains garçons-  est rempli de populations qui veulent construie des sociétés comme la nôtre : pluralistes, démocratiques et ouvertes aux affaires. Il existe une souffrance terrible dans le monde, les USA ont des ressources abondantes pour l’aider à se réduire, l’impératif moral est clair. Il existe un nombre infini d’engagement internationaux qui n’impliquent pas une intervention militaire. Mais le chemin pris par la politique US  assez souvent pour qu’on puisse soupçonner la réthorique humanitaire de n’être rien d’autre qu’une façade pour une géopoltique plus banale – une qui définit l’intérêt national comme global et virtuellement sans limite. * (article du sociologue russe) Ayant vécu la guerre du Vietnam, une conséquence calamiteuse de ce qui définissait l’intérêt national, j’ai toujours été attiré par une critique réaliste du globalisme. Réalisme est un label pour toujurs terni par son association à Henri Kissinger, qui a utilisé comme une rationalisation de l’intervention ouvertement et sous couvert de l’intervention dans les affaires d’autres nations. Cependant il existe une tradition réaliste plus humaine, celle de George Kennan et de William Fulbright, qui pointent les liites de la toute-puissance militaire, précisant que les grands pouvoirs impliquent de grandes restrictions. Cette tradition met au défi la doctrine du changement de régime sous le déguisement de la promotion de la démocratie qui, – en dépit des échecs abyssaux en Irak et en Libye – gardent une incroyable légitimité à Washington. – Le Russiagate en a étendu la durée de conservation.

On peut jauger de l’impact corrosif de la fixation démocrate sur la Russie en demandant de quoi peuvent-ils bien parler quand ils neparlent pas du piratage russe. Tout d’abord, ils n’évoquent pas les interférences d’un autre type dans l‘élection, comme les tentatives nombreuses du Parti républicains pour priver du droit électoral les électeurs issus des minorités. Ils n’évoquent pas non plus les milliards de dollars du budget de la défense qui ont compromis la possibilité de recevoir des soins et d’autres mesures sociales urgemment nécessaires, ni la modernisation de l’arsenal nucléaire américain qu’a commencé Obama et le plan de Trump de l’accélérer, qui soulèv le risque d’une catastrophe environnementale ultime : une guerre nucléaire. Une menace rendue plus sérieuse qu’elle ne l’a été depuis des années de disscours combatifs à l’égard de la Russie.

La perspective de pouvoir entamer la procédure d’ « impeachment » de Trump et de l’esclure du bureau en l’accusant de collusion avec la Russie a créé une atmosphère d’anticipation presque vertigineuse parmi les leaders démocrates, les autorisant à oublier que le reste du Parti républicain est composé de nombreux politiciens beaucoup plus habiles aux stratégies washingtonnienne que ne le sera jamais leur Président.

Ce n’est pas le Parti démocrate qui mène la recheche d’alternatives au désastre créé par la politique dues Républicains : un plan d’imposition qui va inonder les riches et essorer les pauvres et la classe moyenne, une poursuite de la politique d’extraction des énergies fossiles insouciante * (Forbes sur la politique d’extraction du gaz naturel sous Obama) qui a déjà conduit à la contamination de l’eau dans le Dakota et le soutien continu des politiques de répression, de même que le soutien aux polittiues de répression policière et d’incarcération de masse. C’est la population locale qui est sous la menace des fuites de pétrole ou des matracages de la police, et c’est là que le Populisme survit.

Une multitude de groupes d’insurgés a commencé à utiliser les attaques contre Trump omme un levier pour faire bouger le Parti dans une direction égalitaire : Black Lives Matter, Democratic Socialists of America, tout comme une quantité d’organisations locales et régionales. Ils reconnaissent qu’il exsite des questions autrement plus urgentes – et authentiques – de s’opposer à Trump que de vagues allégations de collusion avec la Russie. Ils posent un défi tardif aux arnaques du néo-libéralisme, et à l’arrogance technocratique qui a conduit à la défaite de Clinton dans les états industriels américains. Reconnaissant que l’actuel gouvernement n’amènera pas de changements significatifs, ils cherchent à se financer en dehors du DNC. C’est la véritable résistance, contrairement à ‘#theresistance’.

Sur certaines questions, comme le développement de la protection santé, l’augmentation du salaire minimum ou la protection des immigrés sans papiers contre les plus flagrantes formes d’exploitation – ces insurgés obtiennent un large appui. Des candidats comme Paula Jean Swearengin, la fille d’un mineur de la Virginie qui se présente au primaires démocrates pour la nomination au Sénat, défient l’establishment démocrate qui se tient côte à côte avec les Républicains au service du grand capital. L’opposant de Swearengin, Joe Manchin que le Los Angleles Times a comparé à Doug Jones, un autre Démocrate «  très conservateur » qui a récemment gagné les élections au Sénat en Alabama, battant de très peu un Républicain, disagracié par des accusations de harcèlement sexuel avec des adolescentes de quatorze ans. Je me sens soulégé par ce résultat sans jondre l’extase collective démocrate, qui révèle l’investissement presistant du parti dans la politique comme d’habitude. Les leaders démocrates se sont convaincus (ainsi que la pupart de leur base) que tout ce dont a besoin la république est de la restauration du staut antérieur à Trump. Ils demeurent oublieux de l’impatience populaire à l’égard des formules familières. Jess King une femme mennonite, MBA de l’Université de Bard et fondatrice d’une association locale bénévole qui est en lice pour le Congrès comme Démocrate à Lancaster Pennsylvanie – le décrit dans ces termes : «  Nous observons un paysage politique qui change en ce moment qui n’est plus mesuré par le traditionnel droite vs gauche mais par la base vs le sommet. En Pennsylvanie et dans de nombreux autres endroits, nous voyons un populisme économique  des militants de base qui monte, se heurtant à l’establishment politique et au status quo qui ont tant échoué dans notre pays. »

Les insurgés démocrates développent aussi un populisme critique de l’hubris économique qui a sponsorisé tant de croisades qui ont échoué, extorqué des sacricices disproportionnés de la classe ouvrière et provoqué le soutien de Trump, qui s’est présenté lui-même (d’une façon fallacieuse) comme un opposant de l’interventionnisme à tout va. Sur la politique extérieure, les insurgés font face à une opposition encre plus ferme que sur la politique intérieure : un consensus bipartisan, enflammé par l’outrage de la menance contre la démocratie supsée représentée par le piratage russe. Cependant, ils est possible qu’ils aient trouvé un chemin tactique pour avancer, en se concentrant sur les charges inégales pesant sur les pauvres et sur la classe ouvrière pour la promotion et le maintien de l’empire américain.

Cette approche est celle qui anime  ” Autopsie : le Parti démocrate en crise” , un document de 33 pages dont les rédacteurs comprennent Norman Solomon, fondateur du groupe de pression insurgé RootsAction.org. «  La revendication du  Parti démocrate de combattre pour les «  familles de travailleurs »  a été compromise par son refus de s’opposer au pouvoir des multinationales, permettant à Trump de se présenter comme le champion des couches laborieuses » dit Autopsie. Mais ce qui caractérise ceci par rapport aux critiques progressives habituelles, est la connexion convaincnte entre la poltique intérieure et la politque étrangère. Pour ceux de la Rust belt, le service militaire a été souvent la seule solution pour échapper au désastre créé par la politique énéo-libérale, mais le prix pour la fuite a été élevé. Comme le note Autopsie, «  la sagesse de la guerre permanente, ce que Clinon nomme «  le pouvoir global »

  • Etait beaucoup plus clair pour les leaders du Parti (en 2016) qu’il l’était pour ceux qui portaient le poids des morts au combat, des blessures et des traumatismes. Après une dizaine d’années de guerre sans interruption, les données de la recherche sur les conduites de vote montrent que la campagne de Clinton avec saon discours belliqueux a été un repoussoir pdans les classe laborieuses, durement touchées par les pertes dues au déploiement en Irak et en Afghanistan.

Francis Shen de l’Université du Minnesota et Douglas Kriner de l’Université de Boston ont analysés les résultats des élections dans trois états-clefs, La Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan – et ont trouvé   que «  même en contrôlant sur un modème statistique alternatif, nous avons trouvé une relation significatrice et sensée entre le niveau du sacrifice militaire de la communauté et son soutien à Trump ». L’engagement sans critique de Clinton dans les interventions armées a permis à Trump de gagner sur les deux tableaux, jouant au ressentiment chauvin tout en se posant comme un adversaire des guerres sans but et insensées.  Kriner et Shen concluent que les Démocrates peuventavoir à «  réexaminer leur posture en politique étrangère  si ils veulent reconquérir l’électorat épuisé et étrangé à 15 ans de guerre » Si le mouvement insurrectionnel au sein du Parti démocrate a commencé à se formuler des critiques en faveur d’une poltique étrangère intelligente, un changement peut éventuellement se produire. Et le monde peut devenir un endroit où le pouvoir américain, comme la vertu américaine, sont limités. Pour ces mêmes Démocrates, c’est une évolution fortement désirée. C’est sur du long terme mais quelque chose se passe vraiment ici.

Jackson Lears est membre  du Conseil supérieur des universités  (Board of Governors Distinguished) Professeur d’histoire à l’Université de Rutgers..

Les armées de l’Ombre : la guerre invisible mais réelle des USA en Afrique Ramzy Baroud

Shadow Armies: The Unseen, But Real US War in Africa

by RAMZY BAROUD     

 

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Photo by US Army Africa | CC BY 2.0

C’est un fait, mais largement caché, la guerre qui se déroule à travers le continent africain. Elle implique les Etats unis, une Russie qui prend de l’aplomb et une Chine qui monte. Les issues de cette guerre va vraisemblablement redéfinir  l’avenir de ce continent et les perspectives globales.

Il est facile de pointer la responsabilité de D. Trump, son agenda désordonné et ses remarques impulsives. Mais la vérité, c’est que l’actuelle expansion de l’armée américaine en Afrique n’est qu’un pas supplémentaire dans la mauvaise direction. Il fait partie d’une stratégie qui est apparue il y a une dizaine d’année, pendant l’administration du Président George W. Bush, et activement poursuivie par le Président Barack Obama.

En 2007 sous le prétexte de la «  guerre contre le terrorisme », les USA ont consolidé leurs diverses opérations en Afrique afin d’établir la «  United States Africa Command » (AFRICOM). Avec un budget de départ d’un demi-milliard de dollars, AFRICOM fut soi-disant démarré afin de créer un engagement avec les pays africains en termes de diplomatie et d’aide. Mais, au cours de dix dernières années, AFRICOM a été transformé en une commande centralisée des incursions militaires et des interventions.

Cependant, ce rôle violent s’est rapidement accentué pendant la première année de la présidence de Trump. Bien sûr, il y a une guerre cachée en Afrique et elle est menée au nom du «  contre-terrorisme ».

Selon le service d’investigation spéciale de VICE News, les troupes US mènent maintenant 3500 exercices et engagements militaires par an à travers l’Afrique, une moyenne de 10 par jour. Les médias parlent rarement  de cette guerre, accordant ainsi aux militaires un espace suffisamment large pour déstabiliser comme ils l’entendent n’importe quel pays parmi les 54 que compte ce continent.

“ Aujourd’hui, le tableau de 3500 interventions marque une croissance étonnante de 1900 % depuis le début il y a moins de dix ans, et suggère une expansion des activités militaires majeure sur le continent africain. » rapporte VICE.

A la suite du décès de quatre soldats des forces spéciales US au Niger ele 4 octobre, le Secrétaire US de la défense, James Mattis fit une déclaration menaçante au comité du Sénat : ce nombre est supposé augmenter puisque les activités militaires des US en Afrique le sont.

Mattis, comme d’autres officiels de la Défense dans les deux administrations précédentes, justifie les transgressions militaires US comme faisant partie des efforts «  anti-terroristes ». Mais une telle référence codée à servi d’alibi pur intervenir et exploiter des régions importantes avec un grand potentiel économique.

La vieille devise coloniale «  des miettes pour l’Afrique » est réinventée par les pouvoirs de la globalisation qui se représentent parfaitement l’ampleur des largesses économiques inexploitées du continent. Pendant que la Chine, les Indes et la Russie développe chacune leur approche afin de courtiser l’Afrique, les US sont investis principalement dans les actions militaires, qui promettent d’infliger des maux secrets et de déstabiliser de nombreuses nations.

Le coup d’état du Mali, en 2012, mené par le capitaine d’armée Amadou Haya Sanogo, entrainé par les USA, n’en est qu’un exemple.

Dans son discours de 2013, la Secrétaire d’état Hillary Clinton, avertissait contre «  un nouveau colonialisme en Afrique, où il est aisé de pénétrer, de prendre les ressources naturelles, de soudoyer les leaders puis de partir ». Alors que Clinton a bien sûr raison, elle faisait hypocritement référence à la Chine, pas à son propre pays.

L’influence croissante de la Chine en Afrique est évidente, et les pratiques de Beijing peuvent être injustes. Cependant, la politique de la Chine à l’égard de l’Afrique est beaucoup plus civilisée et axée sur le commerce que l’approche militarisée des USA.

La croissance des relations commerciales entre la Chine et l’Afrique, selon un rapport des News report des Nations unies, se produit à un « rythme époustouflant », comme elles passent de 10.5 milliards de dollars en 2000 à 166 milliards en 2011. Depuis lors, elles ont continué au même rythme impressionnant.

Mais cet accroissement a été couplé avec de nombreuses initiatives, y compris plusieurs milliards de dollars de crédit chinois aux pays africain afin de développer des infrastructures faisant cruellement défaut. Plus encore est allé au financement du «  Programme pour les talents africains » dont le but est de former des professionnels africains dans des secteurs variés.

Ca ne devrait donc pas être surprenant qu’en 2009,  la Chine surpasse les USA et soit le principal interlocuteur commercial de l’Afrique.

Le véritable colonialisme auquel Clinton se réfère dans son discours, est cependant en bonne voie dans la perception et le comportement des USA à l’égard de l’Afrique. Ce n’est pas une hyperbole, mais en fait un constat qui fait écho aux propres mots du Président Trump.

Lors d’un déjeuner avec neuf chefs d’états africains en septembre dernier aux Nations unies, Trump a parlé avec le même type d’état d’esprit que celui qui a inspiré les politiques coloniales occidentales depuis des siècles.

Peu après qu’il ait créé un pays du nom de Nambie, Trump s’est vanté  à propos de ses «  nombreux amis (qui vont) dans vos pays en essayant de s’enrichir ». «  Je vous félicite, a-t-il dit, ils y dépensent beaucoup d’argent ! »

Le mois suivant, Trump ajoutait le Tchad, son partenaire dévoué dans la lutte anti-terroriste à la liste des pays dont le citoyens sont interdits d’entrée aux USA.

Si l’on garde à l’esprit que l’Afrique a 22 pays à majorité musulmane, le gouvernement américain compromet toute vision diplomatique à long terme et est, au contraire, en train de s’enfoncer toujours plus dans la réponse militaire.

La poussée militaire US ne semble pas non plus faire partie d’une politique complète. Elle est aussi alarmante qu’elle est erratique, reflétant la constante dépendance des US sur les solutions militaires pour résoudre toutes sortes de problèmes, y compris des rivalités commerciales ou politiques.

Comparons ça avec la stratégie d’approche russe en Afrique. En ranimant d’anciennes camaraderies avec le continent, la Russie suit la stratégie d’engagement chinoise (ou dans son cas de réengagement), à travers des termes de développement ou de commerce favorables. Mais contrairement à la Chine, la Russie a un agenda largement ouvert qui inclut des exportations d’ares, qui remplace l’armement américain dans différentes parties du continent.

Pour Moscou, l’Afrique a un potentiel inexploité et exceptionnel comme partenaire politique qui peut appuyer la position de la Russie aux Nations unies.

Conscient de la compétition évidente, quelques chefs d’états africains travaillent maintenant afin de trouver des alliés en dehors du traditionnel cadre occidental, qui contrôle la plupart de l’Afrique depuis la fin du colonialisme traditionnel il y a plusieurs dizaines d’années.

Un exemple frappant est la visite en novembre dernier du Président du Soudan Omar al-Bashir en Russie et de sa rencontre au sommet avec le Président Vladimir Poutine.  «  Nous avons rêvé de cette visite depuis longtemps, a dit al-Bashir à Poutine, «  nous vons besoin de protection contre les actes agressifs des USA »

La « protection » convoitée comprend la promesse russe de moderniser l’armée soudanaise.

Inquiet de l’approche russe en Afrique, les US réagissent par des stratagèmes militaires et peu de diplomatie. La mini-guerre menée actuellement sur le continent poussera le continent plus avant dans les abysses de la violence et de la corruption, ce qui doit convenir parfaitement à Washington mais amènera une misère innommable à des millions de personnes.

Il est hors de question que l’Afrique ne soit plus une affaire uniquement occidentale pouvant être exploitée à merci. Mais il faudra des années avant que l’Afrique et ses 54 nations soient vraiment libérés de cet esprit colonial obstiné, enraciné dans le racisme, l’exploitation économique et les interventions militaires.

RAMZY BAROUD

Le Dr. Ramzy Baroud écrit sur le Moyen –Orient depuis plus de vingt ans. Il est un essayiste syndiqué internationalement, consultant médias, et auteur de nombreux livres, fondeur de la PalestineChronicle.com. Son dernier ouvrage «  Mon père était un combattant de la liberté : Gaza une histoire inédite, My Father Was a Freedom Fighter: Gaza’s Untold Story (Pluto Press, London). Son site web : ramzybaroud.net

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

De la dissuasion à l’apocalypse William Astore


De la dissuasion à l’apocalypse

 

William Astore

Tomgram: William Astore, From Deterrence to Doomsday?

Posted by William Astore at 7:29am, April 13, 2017.
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Passons outre l’évident. La manière, par exemple, dont la décision de Trump de lancer 59 missiles de croisière Tomahawk contre une base aérienne syrienne, n’est qu’un exemple supplémentaire de ce que nous savons déjà. Les actes de guerre sont la prérogative et uniquement le  prérogative, du Président ( ou des commandants militaires à qui Trump a confié une plus grande capacité à agir par eux-mêmes) Vérifications, équilibre, je doute que aucun d’entre eux ne s’applique quant il s’agit de guerre, dans le style américain. Ces jours-ci, le seul contrôle écrit  sont ceux du Pentagone et «  l’équilibre » n’est pas un concept en dehors de la gymnastique.

Pendant ce temps, Trump a appris que que tout  débat féroce,  à l’intérieur, que tout remous provoqué par une intrigue de palais  qui pourrait faire rougir le Tzar peut être, et bien, interrompue en lançant 59 missiles de croisière  ou leur équivalent sur un terre lointaine afin de sauver les « beaux bébés » (Oublions les bébés  que ses propres généraux ont tués). Lançons les missiles, envoyons les corps d’armée, lâchons les avions et nous aurons tous ceux que nous aurons agressé par tweet, y compris HillaryJohnNancyMarco, et Chuck pour vous applaudir et louer vos actions.

Ils seront rejoints par l’aile droite officielle ( bien que pas par  la non officielle), alors que les  neocons et leurs amis vous acclameront comme le Churchill du 21ième siècle. Ou du moins, tout ceci sera vrai jusqu’à – consultons W. Bush et b. Obama sur ce point- ce que, vous savez, le lendemain du jour où, nous avons expérimenté ça encore et encore, pendant les   15 dernières années de guerres   américaines, le jour où il devient subitement clair ( une fois de plus) que les choses vont vraiment, vraiment très très mal.

Pendant que nous attendons, voici une suggestion qui vient à l’esprit tout en lisant les dernières réflexions du chroniqueur régulier de TomDispatch   le Lieutenant-Colonel retraité de l’armée de l’air, William Astore qui écrit sur le complexe militaro-induistriel à l’âge de Trump. N’est–il pas grand temps d’attribuer aux industries finançant les guerres leur juste part ? Après tout, il n’existe aucun objet, bâtiment, muse, stade ou meme vie civile par les temps qui courent, qui n’affiche pas le sponsorat d’entreprise et même ne vive que grâce à lui. Dans ma ville par exemple, les clubs de base-balls new-yorkais,  Les Mets jouent à Citi Field, alors que les Giants et les Jets passent leur saison au  MetLife Stadium.  Etant donné le rôle que les fabricants d’armes géants jouent dans les guerres, et la  façon étonnamment performante dont ils sèment leurs guerres tout autour de la planète, n’est-il pas temps de traduire le pouvoir militariste de plus en plus grand du commandeur-en-chef en une version militaire du sponsorat ?

Est-ce que  Raytheon, le fabricant de ces 59 missiles de croisière uilisés par Trump récemment, ne doit pas recevoir le plein credit de façon à ce que la couverture médiatique se réfère au coup de massue Raytheon ? La prochaine attaque de drône  au Yémen ne devrait-elle pas s’appeler la General Atomics MQ-9 moissonneuse batteuse ?  Est-ce que toute frappe à venir par le système d’armement  le plus cher  de cette planète ou de toute autre, ne devrait pas se nommer Lockheed F-35 Lightning Joint Strike Fighter Storm ?  Nous sommes dans un nouvel âge de l’amélioration corporatiste. N’est-ce pas une époque où les guerres devraient s’ajuster et où le complexe militaro-industriel devrait recevoir le crédit qu’il mérite amplement ?  Tom

 Que signifie une politique étrangère  “L’Amérique d’abord ?”

Mettre l’armée américaine en premier, en deuxième et troisième
Par  William J. Astore

A quoi ressemble la politique étrangère de “ l’Amérique en premier “ sous la présidence de Trump ? Tout d’abord, oublions l’ancien label d’”isolationnisme”. Avec la fin des premiers cent jours de Trump approchant, il semble qu’une politique militaire prioritaire cherche à achever l’hégémonie globale, ce qui signifie la mise en route potentielle d’une machine de l’apocalypse.
Le candidat Trump s’est engagé à render la force armée américaine si forte qu’il n’aurait pas besoin de l’utiliser, puisque personne n’oserait s’y attaquer – dissuasion, c’est le mot. Mais la réalité sur le terrain (et dans les airs) est déjà très différente.   Les généraux du Président Trump ont commencé lâcher cette force armée d’une façon dont l’administration Obama pourtant à peine émue à l’idée de bombarder ou de déferler avait jugée excessive et trop risquée pour les civils. La semaine dernière, 59 US .  missiles de croisière  (valeur : $60 millions ) ont écrasé une base aérienne en Syrie, une réponse extravagante à une attaque à l’arme chimique dans ce pays qui peut conduire à nouveau à une escalade.  Pendant ce temps, des armes US sont sur le point d’être vendues  aux monarchies Sunnites  dans le Golfe persique sans beaucoup de soucis pour les abus à l’égard des droits humains  et les Saoudiens vont se voir offrir un peu plus de support pour mener leur guerre dévastatrice sur les civils du Yémen. Il ne fait pas de doute que d’autres opérations militaires et qu’une escalade dans le Grand Moyen Orient ne soient.  Sur l’habituelle  “table” de Washington où “ toutes les options” sont supposes être gardées.

La plupart des Américains croient en la manipulation selon laquelle l’armée US est prête à dissuader et à prévenir des attaques sur le sol américain, spécialement celles du “terrorisme radical islamique”.

Vendu comme de la dissuasion, la Sécurité nationale de Washington a, en fait, explosé  en quelque chose qui ressemble au mécanisme de la guerre permanente. Ignorant les stratégies les plus basiques, impulsif et grandiloquent, son actuel Commandant en chef est habilité par ses conseillers va-t-en-guerre  et par les hommes qu’il nomme “mes généraux”  qui rêvent de budgets encore plus importants. ( Même la promesse de Trump d’une augmentation de 54 milliards pour le Pentagone cette année n’est pas assez pour certains officiers supérieurs )

Les réalités de la nouvelle ère de victoire de Trump

Bienvenue dans la nouvelle ère de victoire de  Trump.  Il ne s’agirt pas en fait de’en finir avec la guerre mais d’exercer «  pression globale, un pouvoir global »  tout en vendant le plus possible d’armement.   Cela promet d’étendre ou de prolonger le chaos en Irak, au Yémen, et vraisemblablement en Iran, parmi d’autres pays. Dans le grand Moyen-Orient, les efforts conduits par les US ont produits un Irak déchiré par la guerre qui s’effondre. Les drones US et leur support à la campagne de bombardements saoudien on laissé le Yémen glisser vers la famine.  La Syrie reste un désastre humanitaire, déchirée par la guerre même si des troupes supplémentaires sont déployées sur le terrain. ( Le Pentagone ne dit pas combien, mais il nous demande de nous centrer sur les capacités    plutôt que les forces au sol.) Plus loin à l’Est, la guerre sans fin d’Afghanistan est, selon le Pentagon,  “dans une impasse “, ce qui signifie que les Talibans ont en fait gagné du terrain comme une nouvelle menace potentielle.  Regardant vers le Sud et vers l’Ouest, l’Afrique est la dernière cour de récréation  pour les forces opérationnelles spéciales de l’armée US  comme l’adminiostration prépare, parmi d’autres choses, une opération en Somalie.

Pour Trump et ses généraux, une approche de l’“ Amérique d’abord ” signifie en fait  l’armée en premier,  en second et en troisième. Cela n’empêche pas qu’ils ne peuvent imaginer ces opérations comme déstabilisantes. ( Futur gros titre envisageable :  Trump détruit  la Syrie afin de la sauver) Selon le Général Joseph Votel, tête des Commandes centrales US , par exemple, le pays qui présente les plus grandes menaces pour la stabilité  “ dans le Moyen Orient est l’Iran, sentiment partagé par le Général James Mattis, le Secrétaire de la défense.

Vous excuserez les Iraniens, ainsi que les Russes et les Chinois s’ils pensent différemment. Pour eux, les USA sont clairement l’entité la plus déstabilisatrice au monde. Si vous étiez un Chinois ou un Russe ou un Musulman Shiite, comment donc vous apparaîtrez les activités militaires US ?

* Expansionnistes ?

* Dédiées à la domination via des dépenses militaires colossales et de l’interventionnisme global ?

* Engagés dans une hégémonie économique et idéologique via des banques puissantes et des intérêts financiers qui cherchent à avoir le contrôle sur les marchés mondiaux  au nom de la préservation de leur « liberté » ?

Ne serait-ce pas un bilan logique, même si il manqué de saveur ? Pour beaucoup d’observateurs, les US semblent être les leaders des touche-à-tout de l’armement et les meilleurs vendeurs d’armes, une perception supportée par des actions militaires montant en flèche et une diplomatie en chute libre sous Trump.   De sérieuses coupes dans le financement du Département d’état, alors que le Pentagone voit son budget augmenté ( encore une fois),.

Pour des observateurs extérieurs,  les ambitions de Washington semblent claires : dominance globale, menée à bien et renforcée par la “très, très, très fort ” armée que le candidat Trump clamait   ne jamais avoir à utiliser mais emploie déjà avec frénésie sinon abandon.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du complexe militaro-industriel

Qu’ajoute la politique de ”L’Amérique d’abord ” aux politiques militaires précédents ? Pourquoi le budget du Pentagone, au même moment que les actuelles opérations militaires, est-il entrain d’enfler sous son contrôle ?

Il y a plus de cinquante ans, le sociologiste C. Wright Mills apporta des réponses qui semblent toujours d’actualité. Dans son essai datant de 1958, ”  La structure du pouvoir dans la société américaine”, il disséqua  le «  triangle du pouvoir ». il consiste, explique-t-il, des chefs d’entreprise, des chefs militaires et des politiciens travaillant de concert, mais également d’une façon telle que l’agenda des entreprises corresponde aux projets militaires. Cette combinaison, suggère-t-il, détruit la capacité des politiciens à modérer et à contrôler les impératifs militaro-industriels ( en assumant qu’ils en aient l’envie)

” L’ordre militaire américain “ écrit Mills “ auparavant une maigre institution opérant dans un contexte de méfiance populaire, est devenu la figure la plus importante et la plus onéreuse du gouvernement, derrière des relations publiques souriantes, elle a le rictus et la maladresse d’une bureaucratie prolifique. Les chefs militaires ont gagné une légitimité politique et économique. La soi-disant menace permanente place une prévalence sur leurs têtes et virtuellement, toutes les actions politiques et économiques sont maintenant jugées en terme de définition militaire de la réalité. »

Pour lui, le danger est assez simple, “ la coïncidence du domaine militaire et du royaume industriel les renforce réciproquement et subordonne plus avant le simple home politique. Ce n’est  pas  l’homme politique de parti, mais l’exécutif entrepreneurial qui est maintenant suppose s’asseoir avec les militaires et répondre à la question : qu’est ce qu’on fait ?

Considérons la création de l’administration Trump, une émeute de milliardaires et de multimillionaires. Son Secrétaire d’état, l’ancien PDG de Exxonmobile, Rex Tillerson n’est pas ce que l’on peut appeler un diplomate. Bien sûr, il semble peu intéressé dans les conseils du personnel du Département d’état mais il sait comment faire son chemin dans les réunions des salles du conseil d’entreprise. Le conseiller de Sécurité nationale de Trump et son secrétaire de la défense et de la sécurité intérieure sont tous ou bien des Généraux en service ou récemment retraités. Dans le cercle proche de Trump, les cadres s’assoient avec les militaires pour décider de ce qui doit être fait.

Peu après que Mills ait formulé ses critiques prophétiques sur l’élite au pouvoir , le Président Dwight D. Eisenhower avertit du danger croissant d’un complexe militaro-industriel. Depuis, le complexe de Ike s’est seulement étendu. Avec l’ajout du Département de la sécurité intérieure après le 11 septembre, et toujours plus d’agences de renseignement (dix-sept principales au dernier recensement)  le complexe ne fait que croître au-delà du contrôle civile. Sa position dominante à cheval sur le gouvernement est pratiquement impossible à critique. D’une façon figurative, il est le roi de Capitol Hill.

Le candidat Trump a pu se plaindre de ce que les USA perdaient des milliards de dollars dans les conflits récents, les invasions, et les occupations, mais de nombreuses entreprises américaines ont profité de ces «  changements de régime ». Après que vous ayez aplati un état comme l’Irak, vous pouvez le réarmer. Quand vous ne leur vendez pas des armes ou ne rebâtissez pas les infrastructures que vous avez détruites, vous pouvez exploiter leurs resources. Ces guerres qui semblent interminable en Irak ou en Afghanistan sont les illustrations de ce qui se produit quand les intérêts des entreprises se mêlent aux imperatifs militaires.

Pendant que Mills ou Eisenhower avertissaient sur les risques de tells développements, ils pourraient alarmer l’Amérique de 2017.  Jusqu’à maintenant, les post-contingents, “tous volontaires”, des militaires professionnels, sont devenus des étrangers, sinon des divorcés d’avec la population, une séparation aggravée par le culte actuel du guerrier se développant en leur sein. Non seulement les Américains sont-ils de plus en plus isolés de leurs  combattants, mais ils le sont des guerres américaines également.  Elles continuent d’être menées sans  l’approbation formelle du Congrès et Presque sans sa simple supervision. Combinez ça avec la décision due la Cour suprême Citizens United qui change directement l’argent des entreprises en activisme politique, et vous avez ce qui est de plus en plus un système de gouvernance des 1% dans lequel un Président milliardaire préside le, cabinet le plus riche  de toute l’histoire dans ce qui est maintenant la capitale de la guerre, pendant que des liens militaro-industriels incarnent ce qui étaient les peurs les plus sinistres de Mills et d’Eisenhower.

La machine de guerre américaine qui s’est emballée a peu à voir ces jours-ci avec la dissuasion et beaucoup avec la continuité d’un état de guerre permanente. Mettez tout cela ensemble et vous avez la parfaite formule pour un désastre.

Dissuader notre trajet vers l’apocalypse

Qui a mis le pétrole américain au milieu des déserts du Moyen Orient ?  C’est la question que les militants pacifistes ont posé  avec un humour grinçant juste avant l’invasion de l’Irak. Selon l’opinion rabâchée de Trump, les USA auraient du bien sûr récupérer le pétrole irakien juste après l’invasion de 2003.  A défaut d’autre chose, il a dit ce que beaucoup d’Américains croient, et ce que de nombreuses multinationales cherchent à faire.

Considérons l’engagement de Jimmy Carter. Il ya à peu près quarante ans, Carter a pressé les Américains à modérer leur appétit, conserver leur énergie et se libérer de leur dépendance paralysante au pétrole étranger et à leur consommation sans frein de biens matériels. Après que les critiques l’ait catalogué de discours de malaise, Carter fit volte-face et accrût les dépenses militaires en établissant la doctrine carterienne de protection du Moyen Orient comme intérêt vital pour les USA. Le peuple américain répondit en élisant Ronald Reagan malgré tout. Comme les Américains continuaient à apprécier un mode de vie réglé par la consommation qui aspire à lui seul près de 25% de la production mondiale d’énergies fossiles (tout en ne représentant que 3% de la population mondiale), l’argent actif de la Maison blanche travaille à ouvrir toujours plus de forages sur le plan mondial ; Des milliards sont en jeu.

Pas très étonnant que, en devenant président, Trump ait agi rapidement pour accélérer la construction de nouveaux pipelines retardée ou interdite par le Président Obama tout en détruisant les protections environnementales liées à la production des industries fossiles. La production domestique accélérée, avec la coopération de l’Arabie saoudite ( le véto de Trump à propos des Musulmans a soigneusement évité de cibler les seul pays qui produit 15 des 19 terroristes des attaques du 11 septembre- devrait permettre au pétrole de continuer à couler, aux profits de croître et au niveau des mers du globe de monter.

Une donnée : l’armée américaine à elle seule absorbe plus d’énergie fossile  que la Suède dans son entier. Quand il s’agir de consommation d’énergie, nos forces armées sont le premières entre toutes.

Avec ses réserves pétrolifères massives, le Moyen Orient reste un lit pour les guerres pour les ressources à venir, ainsi que pour les conflits religieux et ethniques, exacerbés par le terrorisme et les attaques déstabilisantes de l’armée US.  Dans ces circonstances, , quant il s’agit de désastre mondial à venir, il n’est pas très difficile d’imaginer que l’actuel Moyen Orient puisse servir d’équivalent aux Balkans lors de l’infâmie de la Première guerre mondiale

Si Gavrilo Princip, un terroriste Serbe “au noir” opérant dans une région disputée et ravagée par la guerre a pu enflammer le monde en 1914, pourquoi un terroriste de ISIS ne le ferait-il pas un siècle plus tard ? En considérant les nombreuses lignes de rupture et les forces impliquées, y compris la Russie, la Turquie, l’Iran, Israël, l’Arabie saoudite et les Etats unis, tous travaillent ostensiblement ensemble pour combattre le terrorisme même s’ils ne se positionnent que pour maximiser leurs propres avantages et s’éliminer les uns les autres. En de telles circonstances, un vacillement politique, suivi d’un tremblement de terre géopolitique semblent tout à fait possible. Sinon, une secousse d’ISIS suivie d’un mouvement majeur dans le Moyen Orient, il n’y a pas de raccourcis vers de possibles zones à risques dans un monde de plus en plus susceptible. D’une attaque au sabre avec la Corée du nord en passant par une joute avec les îles artificielles  construites par les Chinois au sud de la Mer de Chine.

En tant qu’historien, j’ai passé beaucoup de temps à étudier la force militaire allemande du 20ième siècle. Dans les années qui ont conduit à la Première guerre mondiale, l’Allemagne émergeait comme super-puissance mais pourtant, paradoxalement, elle se voyait comme menacée de plus en plus par ses ennemis, en tant que nation encerclée et oppressée. Ses chefs d’état craignant plus que tout la Russie. Cette crainte les a amenés à déclencher une guerre préventive contre ce pays. ( Bien sûr, ils ont attaqué la France en 1914 mais c’est une autre histoire). Cette guerre incroyablement risquée et coûteuse, déclenchée dans les Balkans, échoua lamentablement et pourtant elle fût dupliquée à une niveau encore plus horrible vingt années plus tard. L’armée allemande, louée comme «  la meilleure au monde » par ses chefs et vendue à son peuple comme une armée de dissuasion s’est transformée pendant ces deux guerres mondiale en une machine apocalyptique qui a saigné le pays à blanc tout en assurant la destruction de partie significatives de la planète.

Aujourd’hui, l’armée américaine loue elle-même  pareillement comme la “ meilleure du monde” même en s’imaginant entourée par des menaces puissantes ( La Chine,  la Russie,  la Corée du nord et le terrorisme mondial, en tête de liste). Vendue au peuple américain pendant le Guerre froide comme une force de dissuasion, un pilier de stabilité contre les joueurs de domino communistes, cette armée s’est transformée elle-même en une force aléatoire.

Rapellons-nous ici que l’administration de Trump a réaffirmé la quête de l’Amérique pour une suprématie nucléaire radicale .  Elle a appellé à une “nouvelle approche”  de la Corée du nord et de son programme d’armement nucléaire. (Quoi que cela puisse signifier, ce n’est pas une référence à la diplomatie). Même dans une croissance du nucléaire et une stratégie de la corde raide, Washington continue de vendre de l’armement- c’est de loin le plus grand vendeur d’arme du 21ième siècle- et le chaos sur toute la planète, accroissant ses efforts en tant que guerre contre la terreur et la vendant comme la seule façon de gagner.

En mai 1945, quand le rideau est tombé sur le dernier soubresaut de l’Allemagne comme puissance dominatrice mondiale, le monde était heureusement encore innocent face à l’armement nucléaire. Tout est différent maintenant, la planète est, c’est le moins que l’on puisse dire, surdotée de machines C’est pourquoi il est vitalement imùportant de reconnaître que l’Amérique d’abord de Trump est tout sauf isolationniste dans l’acceptation du vieux vingtième siècle, cette façon de parler est une recette pour prolonger la guerre en créant toujours plus de chaos et d’états effondrés dans le grand Moyen Orient et vraisemblablement au-delà, et que cette politique déjà dangereuse de Guerre froide, supposée dissuasive, que ce soit contre l’armement traditionnel ou nucléaire, au regard de la bellicosité de Trump, pourra exploser comme une version de l’apocalypse.

Ou, pour évoquer celà d’une autre façon, considérons cette question : Est-ce que le Coréen du nord Kim Jong-un le seul leader instable possédant un armament nucléaire sur la scène mondiale ?

Lieutenant colonel en retraite ( USAF) et Professeur d’histoire, Astore est un éditorialiste régulier de  TomDispatchSobn blog est le Bracing Views.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Berner les Américains sur  la santé et la guerre Nicolas J S Davies

 

Duping Americans on Healthcare and War Nicolas JS Davies

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

Force de dissuasion ou agression ?

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

La persécution du gros bâton

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

Le problème d’une menace crédible

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

Le déloyal Colin Powel

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama Luciana Bohne

L’article de Luciana Bohne remet d’une façon précise et critique les évènements politiques actuels dans leurs perspectives de visées permanentes des USA et de leur complexe militaro-industriel et économique. Il y est précisé à quel point l’appartenance politique modifie peu les projets expansionnistes qui agissent comme les fers de lance de tout candidat, manipulés par les ténors des médias et habiles à orienter une opinion publique si facile à convaincre. Trump n’amènera rien d’autre que ce qui est déjà prévu depuis longtemps, il ne fera que mettree à jour des manipulations auparavant effectuées dans l’ombre par l’administration d’Obama, plus membre du starsystème que politicien courageux dont le bilan meurtrier est tout aussi effrayant que celui de son prédécesseur. EG

Welcome to Trumpland: Obama’s Legacy

Fevrier  2017

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

LUCIANA BOHNE

socialmedia

Un nouveau gang est au pouvoir à Washington. Personne ne sait comment ni pourquoi, mais l’ancien gang est entrain de contre-attaquer de toutes ses forces. Un charlatan est à la tête de ce nouveau gang ; il dit qu’il s’oppose à tout ce que l’ancien, patron a fait. Il dit qu’il remettra tout en ordre sur place et dans le monde, cependant son cabinet de consiglieri  entasse des Ajax musclés du Pentagone, des banquiers avaricieux et des vautours de Wall Street ainsi que la mère planétaire de tous les plus grands pollueurs de l’énergie fossile – Exxon Mobil.

Une couvée des vilains habituels, pas moins vilains que les précédents. Son patron du travail s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum. Son patron de la trésorerie est un ancien partenaire de Goldmann et Sachs, les pollueurs économiques internationaux. De première catégorie.

En janvier 2017, en janvier 2017, le bulletin des scientifiques de l’atome ont avancé leur  « horloge du Jugement dernier » de trente secondes vers deux minutes et demie avant minuit, le plus proche d’ Armageddon depuis 1953. Les causes, ont-ils écrit, sont la volatilité nucléaire et le changement climatique. Les signes que Trump puisse renverser le cours du Jugement dernier sont assez peu prometteurs. Le rendez-vous de Rex Tillerson signifie qu’Exxonmobile fonctionnera comme Secrétaire d’état virtuel. Les régles de la guerre d’état :    Créons une course aux armements. Nous les surpasserons à chaque essai et nous leur survivrons tous. » Selon Trump s’adressant par téléphone à Mika Brzelinki en décembre, si nous pouvons faire confiance au rapport de l’invité du « Morning Joe » de MSNBC.

Pendant ce temps, pendant et après le processus électoral, l’appareil circulatoire de la démocratie à deux gangs a montré des symptômes terminaux d’artériosclérose. Alors qu’un système de démence latente se montre au jour, le système politique a lui aussi perdu son marbre. Plus de deux millions et demi de femmes ont participé à la Marche des femmes le jour suivant l’inauguration, protestant contre les menaces de Trump sur les droits des femmes. – Une masse jamais vue dans les rues auparavant pour s’opposer aux massacres d’Obama , qui incluent un nombre disproportionnés de civils, dont de nombreuses femmes. Vous savez, le nombre 50.000 en Libye, 10. 000 au Yémen ainsi qu’en Ukraine, 400.000 en Syrie, 2500 à Gaza pour ne sélectionner que les plus connus. Ajoutons à cela les millions de déplacés internes et les réfugiés (65 millions en 2017, jusqu’à 59 millions en 2016) fuyant les guerres et la déprédation économique engendrées par les chevaliers du néo-libéralisme et du néo-colonialisme de l’administration obaméenne.

Mais on ne doit pas en vouloir aux lève-tard.

Derrière le vieux gang se tient un régime de mensonges, une marée de cupidité, un fléau d’inagalité, une peste de guerres, un règne d’hypocrisie. Avant le nouveau gang, une vision de Pandore, ouvrant plus largement sa vilaine boîte pleine d’ennuis. Plus de maux lâchés pour rejoindre ceux déjà libérés. Les rues se sont transformées en asile de discorde, de ridicule, d’alarme, et de confusion parce que la harpie oublieuse tueuse en série Hillary Clinton a perdu et que la bouffon fou et le zeppelin orange a gagné, le milliardaire Trump, tête d’un empire de 11 industries, commerces, et entreprises financières. «  Ami du peuple »

Je n’invente pas tout ça.

Le résultat des élections a été une bombe à fragmentation politique. The result of the election has been a political cluster bomb.  De mini-bombes continuent à exploser sous la forme de protestations, de marches et d’hystérie médiatique. Rien de tout cela ne se concentre sur ce qui importe vraiment : l’avenir de l’humanité sur une planète surchauffée, mise en danger par la pulsion systématique de l’Amérique vers l’espace et le pouvoir sur la planète.

C’est de la géopolitique, idiot…

Un tohu-bohu populaire a explosé à propos des mérites et des torts des deux maux. Comment un système politique peut-il être porté si bas ? Les deux maux ne font qu’un. Dans l’air empoisonné, j’entends l’écho de la réécriture sardonique de «  Hymne de bataille pour la République » de Mark Twain qui dénonçait à son époque la descente dans le bourbier moral de l’impérialisme de la guerre Espano-américaine de 1898.

Mes yeux ont vu l’orgie de l’épée lancée

Il cherche les réserves où les richesses de l’étranger sont gardées

Il a lâché son éclair fidèle et avec malheur et mort compte

Son envie marche en avant

Mine eyes have seen the orgy of the launching of the sword
He is searching out the hoardings where the strangers’ wealth is stored
He has loosed his fateful lightning, and with woe and death has scored
His lust is marching on.

Il serait rassurant d’entendre un pays uni en un chœur provocant la violence domestique et étrangère des officiels et de leurs soutiens. Mais la nuit n’est pas encore assez noire pour que la chouette de Minerve commence à voler et révèle les abus collectifs des gangs sur notre confiance en leurs mythes orgueilleux. Nous avons échoué sur une surface de ténèbres, sur une grisaille que les pouvoirs qui nous dénient la compréhension sont entrain de peindre encore plus gris. Nous ne pouvons pas lire le passé donc nous sommes incapables de bouger vers l’avenir. Nous avons le sentiment que ce que nous pensons savoir n’est pas ce qui est.  Nous ne sommes pas même sûrs de vivre dans le présent.

Comment une telle suspension dans le temps ne rendrait-elle pas nauséeux ?

« La nausée n’est pas en moi… je la sens à l’extérieur, je suis à l’intérieur » C’est ainsi que Racontin, le protagoniste de u roman de JP Sartre «  La nausée »  explique la répulsion physique qu’il éprouve à toucher la réalité autour de lui. – une chaise, une personne, une œuvre d’art. Mais où est donc la pourriture ?  «  Je la sens là sur les murs, dans les placards, tout autour de moi. »  À quoi est-ce que cela ressemble ? «  Un monstre, une carapace géante, un plongeon dans la boue ? Une dizaine de griffes ou de nageoires labourant lentement dans le limon ? Le monstre se redresse. Au fond de l’eau.

Est-ce que Trump est le nouveau nom de Grendel ? Sous le choc des semaines avant l’inauguration, les ménestrels médiatiques du vieux gang ont bien sûr crié qu’un monstre avait été libéré du marécage du Lagon blanc par des racistes votant dans l’intérieur des terres. Les Rustofariens. Les ménestrels ont semé la panique urbaine. Les foules ont grondé : Foutons en l’air les élections, recomptons les votes, abolissons le Collège électoral, déclarons Trump inapproprié. Ce monstre, sur le point de squatter un bureau de forme ovale, comme tant d’autres élus avant lui, était supposé accueillir Hillary Clinton.

Mais elle s’est transformée en lui !

Son gang a pointé le doigt vers la Russie. C’était la Russie qui avait amené ce vent mauvais, pas la folie du clan Clinton, pas la soif de sang des années Obama, pas le massacre politique du lymphatique social-démocrate Bernie Sanders, qui aurait pu sauver les fesses du gang, lui donnant quatre nouvelles années d’échec mais une vie respectable. C’était la Russie qui avait tissé la toile de la destinée – La Russie, qui n’est pas née d’une femme, artificielle, mauvaise, tâchée par le péché originel du communisme, la marque de Caïn. La Russie qui avait amené « le grand bois de Birnam jusqu’à la colline de Dunsinane » et coupé la montée de la Lady, reine du Chaos dans ses premières marches d’ascension pour devenir impératrice du monde, dont elle a vidé de sang de larges parts ayant elle-même  « marché si avant dans le sang que si elle cessait de s’y plonger, retourner en arrière serait aussi fatigant que d’aller en avant. » Elle fut laissée là, dans un mi-courant ensanglanté, et ils ont rué.

Le gang mondial en entier- la Heimat des globalistes de «  la communauté internationale », sont sortis dans un chœur de lamentations. Les eunuques politiques européens ont crié de concert avec leurs maîtres américains. Ici se trouvait le miroir présidentiel parvenu dans lequel la Heimat du bon et du grand ne pouvait plus d’admirer agrandie, superbe, plus humaniste que le reflet de sa brutale vulgarité étroite d’esprit qui s’y reflétait maintenant. La mauvaise foi du vieux gang était devenue insupportable. Leur propre image, supportée par un baratin idéologique décevant – les «  valeurs libérales » était détruite. Qu’en était-il des slogans solennels «  la société civile », «  le règne de la loi », la dédicace à des principes universels, le respect des identités, la protection des minorités ethniques,  le zèle appuyant la liberté religieuse ? Qu’en était-il des phrases pompeuses, de la lubrification des promesses exaltées ? Tout cela évanoui dans le vortex de la stupidité et de l’ignorance des masses et de leur boîte à bulletin de vote despotique.  Rien à entendre à part les mugissements d’un nouveau vent affreux.

Avant que Trump n’émerge gagnant du marécage, tout avait déjà été le contraire de tout. Et le devint plus encore. La libération de 100.000 civiles à Aleppe en décembre 2016 par l’Armée syrienne renforcée par ses alliés russes, après quatre années de terreur soutenue par l’Ouest, fût nommée «  crime de guerre ». La séparation de la Crimée de l’Ukraine par référendum populaire à 90% d’avis favorables pour joindre la Russie fût nommée «  Une agression russe ». Le coup US Europe en Ukraine ( 2013.14) planifié et exécuté par le Département d’état néo-con d’Obama et coûtant 5 milliards de dollars, mettant à la place d’un gouvernement élu une junte de ministres et d’officiels néo-nazis, fût nommé «  le retour de la démocratie en Ukraine ». Le fascism, maintenant attribué à Trump comme une nouveau, était cache en plein jour dans le règne des guerres illégales, des changements de régime, des sanctions omniprésentes, et des interventions de guerre de proximité d’Obama, ignorées studieusement ou fictionnalisées par les courtiers en terreur des médias,  les experts, les cellules d’analyses, les fondations et l’empire des officiels

Ces “ réparateurs” ont inversé les causes et les effets.  Ils ont obscurci le fait que la séparation de la Crimée d’avec l’Ukraine était l’effet du coup d’état des US à Kiev.  Ils l’ont utilisé comme cause afin de resserrer l’emprise militaire de l’OTAN  autour de la Russie, y compris avec des missiles offensifs, baptisés « défensifs ». Ainsi les effets du changement de régime en Ukraine sont devenus la cause de la militarisation de l’Europe centrale et de l’est. Avec comme objectif la Russie. Cette militarisation contre le fantôme d’une agression russe porte la grand nom de Atlantic Resolve 2017, que le Département US de la Défense justifie en ces termes sur son site :

« Les USA démontrent leur engagement à l’égard de la sécurité international à travers une série d’actions ayant pour but la réassurance des alliés de l’OTAN et des partenaires de l’engagement de l’Amérique à maintenir la paix et la stabilité à la lumière de l’intervention russe en Ukraine » ( c’est moi qui souligne)

Le porte-voix du complexe militaro-industriel, John Mac Cain, a tourné la réalité sens dessus-dessous dans une instruction au nouveau gang afin de perpétuer les sanctions contre la Russie.

« En juste trois ans, sous Vladimir Poutine, la Russie a envahi l’Ukraine, annexé la Crimée, menacé les alliés de l’OTAN, let est intervenue militairement en Syrie, laissant derrière elle des traces de mort, de destruction et de promesses trahies dans son sillage. »

Dans un monde rationnel, l’énormité de ces accusations serait lancée aux planificateurs du gang néo-libéral et néo-con d’Obama, mais aucun ego impérialiste ne peut admettre avoir moralement tort. Il habille sa propre violence dans des vêtements dorés, patinés obligeamment par les medias officiels. Les haillons sanglants de la responsabilité sont enfilés sur quelqu’un d’autre, qui doit être démonisé, de préférence par les medias libéraux. Rachel Maddow par exemple, érigée  experte en soviétologie à l’instant dans  sa déclamation incendiaire liant la Russie capitaliste de Poutine au socialisme stalinien de l’URSS.

Dites-moi ce qui rallie le public américain – y compris et surtout les Libéraux- aux côtés du drapeau national plus précipitamment que de lever le fantôme communiste ?

La manipulation des nouvelles et la distorsion de la réalité les plus puissantes aux mains du pouvoir. Elles peuvent faire disparaître la réalité. Le Yémen par exemple, . La “ Coalition” saoudienne, soutenue par les US et la Grande-Bretagne a commence à bombarder le Yémen le 23 mars 2015. Depuis lors3.2 millions de Yéménites ont été déplacés, la moitié de la population souffre de malnutrition, 10.000 civils ont été tués ( ce qui fait 13 civils par jour), 2 millions d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école, Presque 15 millions de personnes ( dont 55% d’enfants) n’ont pas accès aux soins médicaux de base.

Et pourtant, nous n’entendons rien à propos de cette souffrance. Les USA et la Grande-Bretagne, en fait ont profité de la guerre contre le Yémen. L’administration d’Obama a vendu sur le marché mondial de l’armement pour plus de 200 milliards d’armes, la plus grande vente depuis la 2ième guerre mondiale – plus de 100 milliards  à l’Arabie saoudite à elle seule. La contribution de la Grande-Bretagne à l’arsenal saoudien a été de 3.2 milliards pour l’année dernière à elle seule. Les US et la GB continuent de fournir le support logistique et de renseignement à la coalition saoudienne, qui est intervenue aux côtés du Président yéménite Rabbu Mansour Hadi, qui a fui vers l’Arabie saoudite en plein milieu de la guerre civile de son peuple.

Mais à travers les années Obama, tout était silencieux sur le front yéménite dans le royaume officiel et son porte-parole médiatique sur la cible voulue des infrastructures civiles vitales ; les écoles et les hôpitaux, les mariages et les funérailles. Lors de funérailles à Sana, en octobre dernier, une frappe saoudienne a tué 114 civils. Avant le la bombardement du Yémen ne commence, le gang Obama imposa des sanctions et des blocus au Yémen – tout ceci sans aucune résolution du conseil de sécurité de l’ONU ou aucune volonté d’adhérer aux lois internationales. Le directeur de «  Save the children » au Yémen a remarqué récemment :

«  Même avant la guerre, des dizaines de milliers d’enfants yéménites mouraient de causes évitables. Mais maintenant, la situation est pire et on estime à 1000 le nombre d’enfants mourant chaque semaine de causes évitables comme les diarrhées, la malnutrition, ou les infections respiratoires. »

En ce qui concerne la politique internationale, ce « raciste » n’est pas différent du  « post-raciste ». Les planificateurs de Trump mettent le Yémen sur la carte mais uniquement afin de l’utiliser comme trique afin de frapper sur l’Iran. Au Yémen, ils sont supposés se préparer à accroître les interventions de drones d’Obama, sa fameuse «  liste tueuse », accentuant le rôle des USA dans la guerre civile et cherchant à s’engager plus directement. En prenant le Yémen comme exemple, il devient clair qu’à la fois les libéraux et le président antilibéral considèrent le business de l’armement comme une industrie nationale. Les deniers mots d’Obama dans son poste ont exalté la soi-disant invincibilité des prouesses militaires américaines. Le 22 décembre a posté sur Twitter : « Les Etats-Unis doivent renforcer et étendre son potentiel nucléaire d’une façon importante jusqu’à ce que le monde devienne raisonnable en ce qui concerne le nucléaire. »

Il n’y aura pas de retranchement de la belligérance  sous Trump. Dans les premières suites de sa nomination, le Président Trump a dirigé son Secrétaire de la Défense James Mattis vers :

« L’initiation d’une nouvelle posture nucléaire afin d’assurer aux USA un équipement nucléaire dissuasif moderne, robuste, flexible, résilient, prêt à l’usage et conçu d’une façon appropriée afin de repousser les menaces et de réassurer nos alliés. »

Lors de sa première visite au Pentagone, le Président a signé un mandat exécutif appelant à l’expansion de l’armée américaine, y compris de son arsenal nucléaire, afin qu’elle soit prête pour la guerre avec ses “ compétiteurs proches”, comprenez la Chine et la Russie. « Je signe un mandat exécutif afin de commencer à reconstruire les services armés des Etats-Unis. » a-t-il dit au Pentagone pendant cette signature.

Ainsi le complexe militaro-industriel fût-il rassuré après avoir perdu son candidat favori, Hillary Clinton. Ainsi le rapporte le New York Times, le Pentagone lui-même, anticipant les directives de Trump à Mattis et la signature du mandat exécutif avait préparé des «  options classifiées » afin d’accroître l’usage des forces d’opérations spéciales, d’augmenter le nombre des troupes en Irak et en Syrie et d’augmenter la délégation d’autorité de la Maison Blanche au Pentagone et aux autorités de terrain. Les «  Options classifiées » comprennent l’armement des Kurdes syriens pour la bataille attendue de Raqqa, sur un schéma évident d’inclusion entre la Turquie et la Russie dans leur rapprochement tardif à propos d’un «  changement de régime » en Syrie

Il existe des indications que, contrairement à l’aversion affirmée par Trump pour les  « changements de régime » ; Iran devienne la nouvelle Syrie. A la suite des tests ballistiques des missiles de moyenne portée le 30 janvier, le Conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a commencé une campagne de belligérence verbale, de désinformation et de mensonges contre l’Iran. Dans une déclaration, Flynn a déclaré que :

« Le récent lancement de missiles est une attaque contre le conseil de résolution de a Sécurité des Nations unies 2231, qui demande à l’Iran de n’entamer aucune activité liée aux missiles balistiques supposée être capable de transporter des armements nucléaires, y compris des lancements utilisant d’une façon importante de la technologie de missiles balistiques. »

Cette une grossière distorsion du test iranien sur ses missiles. La résolution de 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies interdit à l’Iran le développement de missiles pouvant transporter des têtes nucléaires mais cette résolution ne mentionne rien qui empêche l’Iran de développer ses propres capacités de défense. Les missiles testés en janvier n’avaient aucune capacité de porter des têtes nucléaires. L’Iran  n’a pas violé la Résolution 2231.

La distorsion de la représentation donnée par Flynn à propos des missiles iraniens murmure la mélodie concoctée par Bush et les néo-cons sur l’organisation de l’invasion fatale de l’Irak, prétendant que Saddam Hussain avait des armes de destruction massive. Ce mensonge a coûté un million de morts à l’Irak, le dessin et la division de l’intégrité de la politique irakienne, des réfugiés internes et externes par millions.

D’une façon inquiétante, Flynn termine son propos ave c une menace : « A partir d’aujourd’hui, nous mettons officiellement l’ Iran sur la liste rouge. » .  A la suite vinrent les  sanctions visant 25 personnes et entreprises connectées avec le programme de missiles de l’Iran, y compris des Chinois et leurs compagnies.

En conclusion, il me semble difficile d’envisager les raisons d’agir du gang militaire à DC. Des objectifs à long terme semblent partagés : les moyens pour la domination globale des USA par l’économie et les militaires. Et ce qui semble la pomme de discord est la façon de dominer l’opinion publique américaine. La guerre s’appuie sur une réthorique. Les valeurs libérales versus les valeurs populistes. C’est pourquoi ils luttent pour le contrôle sur l’esprit du public. Il ne devrait s’       abandonner à auxcun de ces moyens de persuasion. Il est possible que la seule ligne optimiste dans l’ascension de Trump soit la résurgence potentielle et le renforcement de la résistance populaire.

Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, un journal d’étude cinématographique, et enseigne à l’Université Edingorg en Pennsylvanie. Elle peut être jointe à : lbohne@edinboro.edu

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La complète stupidité de la guerre froide par Gary Leupp

La complète stupidité de la nouvelle guerre froide

 

 

Par GARY LEUPP

 

 

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Photo by Jedimentat44 | CC BY 2.0

 

 

 

Cela semble si étrange, vingt-sept années après la chute du Mur de Berlin  de devoir endurer un nouvelle Guerre froide avec la (en fait capitaliste) Russie.

Le Président russe est attaqué par la classe politique officielle et les medias comme ils n’ont jamais attaqué les anciens leaders soviétiques, il est personnellement diffamé et traité de corrompu, de dictateur vénal, arrêtant et assassinant  des opposants politiques, des journalistes dissidents, voulant à tout prix restaurer l’URSS.

(La dernière accusation s’appuyant largement sur le commentaire de Vladimir Putin disant que la dissolution de l’URSS avait été « une catastrophe », « une tragédie » – ce qu’à plus d’un égard elle a été. La presse choisissant d’ignorer ce qui suivait disant que «  Quiconque ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, mais quiconque veut la restaurer n’a pas de cerveau. » Ce qui rentre en conflit avec le simple point de vue affirmant que Putin regrette la Russie impériale des Tzars, sinon ses commissaires et, brûlant de ressentiment à l’égard du triomphe occidental, projette une revanche parfaite à travers des guerres d’agression et des expansions territoriales.

Les medias US, suivant le scripte de Département d’état dépeignent la Russie comme un pouvoir expansionniste. Qu’ils puissent le faire, avec un tel succès, jusqu’à ce que même les plus progressifs citoyens – comme ceux consternés par la victoire de Trump se sentant enclins à blâmer des forces extérieures-  puissent le croire, est le témoignage de la force résistante de leur pouvoir  et de l’utilité de la création d’un état d’esprit favorable à la Guerre froide.

Les autorités militaires nous rappellent sans cesse : Nous nous levons contre une menace existentielle ! Et on a envie de dire que ça, évidemment, n’a aucun sens ! La Russie est deux fois plus grande que les US avec la moitié de sa population. Ses bases à l’étranger peuvent être comptées avec les doigts des deux mains. Les US ont plus de 800 bases à l’étranger.

Le budget de l’armée russe représente 14%  de celui des USA.  Elle se réclame pas d’être une nation exceptionnelle envoyée par Dieu pour préserver la “ sécurité “  suivant ses termes partout sur la surface du globe.

Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, les USA ont déclenché des guerres  (parfois en créant de nouveaux états-clients) en Bosnie ( 1994.5) en Serbie  (1999)  en Afghanistan ( 2001- ?)  en Irak ( 2003- ?) en Libye ( 2011) en Syrie ( 2014-?) tout en envoyant des pluies de frappes par drones du Pakistan au Yémen en passant par l’Afrique du nord. Ces guerres-basées-sur-du-mensonge  ont produit des centaines de milliers de morts civils, des millions de réfugiés, et la catastrophe actuelle à travers tout le «  Projet pour un grand Moyen-Orient ».

Il n’est aucune raison de sous-estimer leurs malfaisances.

Les USA sont à la tête d’une alliance militaire en expansion formée en 1949 afin de contrer l’Union soviétique et le communisme global en général. Sa raison d’être est morte depuis de nombreuses années. Cependant elle est passée de 16 à 28 membres depuis 1999, et les nouveaux membres, l’Estonie et la Lettonie partagent des frontières avec la Russie.

(Imaginez le Pacte de Varsovie s’étendant jusqu’à inclure Mexico. Mais non, le Pacte de Varsovie de l’URSS et des six alliés européens a été dissous il y a 26 ans dans l’attente idéaliste que l’OTAN suivrait en un grand mouvement de coopération et de paix)

Et cette alliance de l’OTAN, en théorie prévue pour défendre le Nord-Atlantique a été déployée tout d’abord après la longue (et pacifique) Guerre froide dans ce qui avait été une  Yougoslavie neutre (n’ayant jamais été membre du Traité de Varsovie ni de l’OTAN), l’Afghanistan ( à plus de 4828 kilomètres de l’Atlantique nord) et le pays d’Afrique du nord, la Libye. L’été dernier, l’OTAN a effectué ses manœuvres les plus imposantes depuis la chute de l’Union soviétique, impliquant 31.000 militaires en Pologne, répétant une guerre contre la Russie. (Le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier les a d’ailleurs critiquées en les qualifiant de bellicistes)

Les officiels de l’Alliance ont exprimé leur outrage quand la Russie a répondu à cette belligérance en plaçant un nouveau missile sol-air S-400 ainsi qu’un système nucléaire Iskander sur son territoire de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie sur la côte baltique. Mais la Russie a été, en fait, comparativement plutôt passive au sens militaire pendant toute cette période.

En 1999, alors que l’OTAN s’apprêtait à occuper la province serbe du Kosovo (bientôt proclamée pays indépendant en violation des lois internationales), les gardiens de la paix russes se précipitaient à l’aéroport de Pristina, Kosovo afin d’asseoir le rôle russe dans l’avenir de la province serbe. C’était un geste hardi qui aurait pu provoquer un choc entre l’OTAN et la Russie. Mais l’officier britannique présent sur le terrain, refusa sagement l’ordre donné par le Général  Wesley Clark de bloquer le mouvement russe, déclarant qu’il ne déclarerait pas la troisième guerre pour le Général Clark.

Ceci, souvenons-nous,  s’est passé après que le secrétaire d’état Bill Clinton, Madeleine Albright ( souvenez-vous, la compares d’Hillary qui a déclaré qu’il y aurait une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne voteraient pas pour des femmes) a présenté aux négociateurs russes et serbes à Rambouillet un plan pour l’occupation par l’OTAN non seulement du Kosovo mais de toute la Serbie. C’était une exigence ridicule, rejetée par les Ruses et par les serbes mais dépeinte par la porte-parole non-officielle du Département d’état et belliciste Christiane Amanpour comme “ la volonté de la communauté international”. Comme si la Russie n’était pas membre de cette communauté internationale.*

L’opération de l’aéroport était largement un challenge symbolique à l’hégémonie américaine  sur l’ex-Yougoslavie, une marque de protestation qui aurait du être prise au sérieux à l’époque.

En tous cas, le nouveau leader de la Russie,  Poutine fût aimable après les attaques du 11 septembre  2001, allant jusqu’à offrir à l’OTAN un corridor de transport militaire à travers la Russie jusqu’en Afghanistan ( fermé en 2015). Ceci fût salué par George W. Bush par l’accroissement du nombre des pays de l’OTAN augmenté de sept pays en 2004. ( La presse américaine ne rendit qu’un léger compte de cet extraordinaire développement géopolitique, elle vit et continue de voir l’expansion de l’OTAN comme aussi peu problématique que l’expansion des Nations unies ou de l’Europe) Puis en avril 2008, l’OTAN annonça que la Géorgie ferait partie des prochains membres à rejoindre l’alliance.

Bientôt le Président géorgien fou  Mikhail Saakashvili, stimulé par la perspective de son appartenance à venir à l’OTAN déclencha une guerre contre la province dissidente de l’Ossétie du sud, qui n’a jamais accepté son rattachement au nouvel état de Géorgie établi sur la dissolution de la République socialiste de Géorgie de 1991. Les Ossètes, craignant le nationalisme résurgent géorgien cherchèrent un rapprochement avec la Fédération russe. Et le peuple de l’Abkhazia fit de même.

Les deux  « conflits gelés » entre la Géorgie et ses peuples, sont restés tells à cause du déploiement des forces russes et géorgiennes de main mise de la paix. La Russie n’avait pas reconnu ces régions comme indépendantes  ni donné son accord pour leur inclusion dans la Fédération russe. Mais quand des soldats russes moururent  dans une attaque de la Géorgie en août, la Russie répondit par une brève invasion punitive. Reconnaissant ensuite les deux états nouveaux (six mois après que les USA aient reconnu le Kosovo)

Saakashvili, au cas où vous soyez intéressés, fût destitué, accusé de crimes économiques, et privé de sa citoyenneté géorgienne. Après un emploi bref à l’Ecole de droit international et de diplomatie de Fletcher, à propos duquel, en tant que membre de la faculté de Tufts, je me sens profondément honteux – il fût employé comme gouverneur d’Odessa en Ukraine par le régime pro-OTAN mis au pouvoir par le coup d’état du 22 février 2014 soutenu par l’OTAN.

Le Sen. John McCain a proclamé en 2008 : «  Nous sommes tous des Géorgiens maintenant » et a plaidé pour l’aide militaire américaine au régime géorgien En tant qu’avocat de la guerre comme régle, MC. Cain devint alors le premier défenseur d’un changement de régime en Ukraine afin de permettre l’entrée de ce pays dans l’OTAN. Les néocons au Département d’état comprenant principalement l’amie de MC Cain Victoria Nuland, décidèrent de placer 5 milliards de dollars dans le support aux  « aspirations européennes du peuple  ukrainien » ( ce qui veut dire : le désire de nombreux ukrainiens dans la partie ouest du pays de joindre l’UE- risquant, bien que vraisemblablement sans le réaliser, une réduction de leur niveau de vie sous un programme d’austérité à la manière grecque – suivi par une appartenance à l’OTAN, resserrant le nœud coulant autour de la Russie.

Le  président ukrainien a opté pour un pack d’aide généreux. Cette décision – de nier ces “ aspirations européennes ” fut utilisée pour arranger le coup d’état.

Mais regardons cela du point de vue russe. Regardons simplement cette carte montrant l’expansion de l’OTAN et imaginons le s’étendre sur ce vaste territoire ( le plus vaste d’Europe en fait) entre la Russie à l’est et la Pologne à l’ouest, longeant la Mer noire au sud. Les pays faisant partie de l’OTAN sont à présent montrés en bleu foncé, l’Ukraine et la Géorgie en vert. Imaginons l’incliusion de ces pays. Et imaginons que l’OTAN demande à la Russie de libérer ses équipement navals de Sébastopol, qui sont russes depuis 1783, les retournant en faveur de l’alliance (on répète l’anti-russe). Comment quiconque pourrait-il comprendre la situation en Ukraine sans prendre en compte cette base historique ?

Les Russes ont dénoncé le coup d’état contre le Président Yanukovych (élu démocratiquement- si cela importe- en 2010) qui a été fomenté par des néo-fascistes  et marqué dès le début par une campagne anti-russe infecte encouragée par le Département d’état US. La majorité de la population à l’est du pays, habité par des ethnies russes parlant Russe et n’ayant fait partie de l’Ukraine qu’à partir de 1917, ont aussi dénoncé le coup d’état et refusé d’accepter le régime anticonstitutionnel qui a pris le pouvoir le 22 février.

Quand ces individus rejetèrent le nouveau gouvernement et déclarèrent leur autonomie, l’armée ukrainienne fut envoyée pour les réprimer mais échoua, d’une façon embarrassante, quand les troupes, confrontées aux Babushkas en colère leur tournèrent le dos.  Le régime depuis lors s’appuie sur le néo-fasciste Azov Battalion pour persécuter les sécessionnistes  dans ce qui est devenu depuis un autre “ conflit gelé”.

La Russie, sans aucun doute, a assisté les sécessionnistes pendant qu’ils refusaient leur annexion  au territoire ukrainien, poussant à la création d’un système fédéral pour le pays  négocié par les parties. Des familles russes  enjambèrent la frontière russo-ukrainienne. Il y a de nombreux vétérans de la guerre contre l’Afghanistan dans les deux pays. L’armée soviétique intégrait des éléments russes et des ukrainiens. On peut assumer qu’il y a plus qu’assez de Russes en colère à propos d’atrocités comme celles  des meurtres des 42 Russes opposants au gouvernement à Odessa pour alimenter les volontaires du Dombas.

Mais il existe peu de preuves (mise à part la poignée de rapport faisant état de quelques douzaines de “ véhicules militaires non catégorisés en provenance de Russie à la fin 2014) d’une «  invasion » russe de l’Ukraine. Et l’annexion de la Crimée (c’est-à-dire la restauration de son statut de territoire russe de 1954) suivant un référendum tout à d=fait crédible, n’a nécessité aucune «  invasion » puisque il y avait déjà 38.000 soldats stationnés là. Tout ce qui leur restait à faire était de sécuriser les bâtiments du gouvernement, et de donner aux soldats ukrainiens l’option de quitter ou de rejoindre l’armée russe. (Beaucoup de soldats ukrainiens  ont choisi de rester et d’adopter la citoyenneté russe.)

Malgré tout, ces deux incidents – la brève guerre contre la Géorgie de 2008 et la réponse ( tempérée) de Moscou au coup d’état ukrainien de 2014- ont été présenté comme des preuves d’un projet global d’expansion militaire, demandant une réponse ferme des US. L’ensemble de la classe des commentateurs des medias câblés adopte ce récit.

Mais ce sont des fous aveugles. Qui a, en ce jeune siècle, entraîné plus de désordre que les USA, saccageant des pays entiers, massacrant des centaines de milliers d’innocents, provoqué plus d’outrages à travers des séances de tortures grotesquement décrites, générant de nouvelles troupes terroristes et inondant l’Europe de réfugiés qui comprennent quelques individus prêts à semer le chaos et la terreur dans les villes européennes ?  Comment une personne rationnelle peut-elle avec un tant soit peu  de lucidité sur l’histoire depuis 1991,  conclure que c’est la Russie qui est l’agresseur ?

Et pourtant, c’est ce que dit la sagesse populaire. Je doute de pouvoir obtenir un poste de commentateur à la télévision, si vous me le demandez. Les téléprompteurs vont faire allusion quotidiennement à l’agression de Poutine et à l’expansion russe et au besoin pour tout Président mâture de respecter la tradition séculaire de supporter l’OTAN à n’importe quel prix. Et donc maintenant, les commentateurs se doivent de répéter ce que 17 services de renseignement ont conclu : «  Vladimir Poutine a interféré avec les élections américaines »

Puisqu’il n’y a aucune preuve de ce fait, on doit conclure que les Démocrates perdants  ont plongé les mains dans le sac assez fiable des boucs émissaires  et postulé que la Russie et Poutine en particulier doivent avoir piraté le DNC afin de – à travers la révélation de sources de première main d’une validité irrécusable, révélant la détermination de le DNC à faire élire Clinton, tout en Donald Trump comme le candidat républicain – sabotant Sanders et en promouvant ( à travers leurs représentants médiatiques) compromettre la légitimité de Clinton.

Toutes sortes de libéraux, y compris les meilleurs défenseurs de Sanders comme Tina Turner, sont complètement embarqués dans la champagne de diffamation anti-Poutine. C’est triste et préoccupant que tant de personnes progressistes souhaitent sauter dans le train d’une nouvelle guerre froide. C’est comme si ils n’avaient rien appris de l’histoire mais avaient positivement hâte, dans leur peur et leur rage, de revivre l’époque du Maccarthysme.

Mais le fond de l’affaire est que la russophobie américaine ne repose pas sur la raison, le jugement ou le savoir sur l’histoire récente et sur la capacité à faire des comparaisons rationnelles. Elle repose sur des présupposées quasi-religieux sur «  l’exceptionnalisme américain” et en particulier sur le droit des USA à s’étendre militairement au dépend de la Russie – comme un bien évident en soi, plutôt que comme le risque affreux distinct, évident d’une menace de troisième guerre mondiale.

Les faucons du Congrès – bipartisans, immoraux, ignorant, soumis à Israël, opportunistes salauds – sont déterminés à dissuader le président –élu ( la bile me monte à la gorge en utilisant ce terme mais c’est vrai, c’est ce qu’il est techniquement)  de tout rapprochement significatif avec la Russie ( Mon  dieu, ils doivent être horrifiés à l’idée de la possibilité que Trump suive le conseil donné par Kissinger de reconnaître le droit d’annexion russe de la Crimée ! )  Ils veulent tant l’embarrasser avec l’accusation d’être ( Comme Hillary l’a accuse lors de la champagne) la « marionnette » de Poutine qu’il se dédit de sa vague promesse de «  s’entendre avec la Russie »

Ils  ne veulent pas s’entendre avec la Russie. Ils veulent plus d’expansion de l’OTAN, plus de confrontations. Ils sont furieux contre la victoire russo-syrienne contre les forces menées par Al Qaeda soutenues par les USA en Syrie, spécialement la libération d’Alep que les médias US (1) n’ont jamais pu couvrir n’ayant aucun journalistes sur place et peu d’intérêt puisque les événements de Syrie provoquaient d’une façon si puissante les points proposés par le Département d’état organisaient les reportages (2). Transformant systématiquement, comme la victoire tragique du mal, la victoire d’Assad sur une héroïque opposition imaginaire et (3) voyant le renforcement de la position de la Syrie comme la réémergence de la Russie comme superpuissance.  (ce qu’ils ne peuvent absolument pas accepter, au titre d’une sorte de conviction religieuse. Les USA de la doctrine officielle devant maintenir «  leur dominance sur un spectre entier » sur la monde et prohiber l’émergence de tout compétiteur possible, pour toujours.)

*****

La première Guerre froide était basée sur la peur de l’Occident capitaliste devant l’expansion socialiste. Elle était basée sur la compréhension que l’URSS avait battu les Nazis, avait une prestige extraordinaire dans le monde et représentait alors le centre du mouvement d’accès global au communisme dans le monde.  Elle était basée sur la crainte de voir plus de pays affirmer leur indépendance face à au capitalisme impérialiste, empêchant les investisseurs d’accèder le monde des affaires. Elle avait un contenu idéologique. Celle-ci n’en a pas. La Russie comme les USA sont engagés dans le capitalisme et l’idéologie néolibérale. Leurs conflits sont de mêmes natures que ceux des USA et de l’Allemagne au début du 20ième siècle. Le Kaiser était au moins aussi «  démocratique » que l’étaient les US, le système n’était pas le problème. Il s’gissait juste de s’affronter pour le pouvoir, et comme cela s’est produit, les uSA intervenant dans la Première guerre mondiale tardivement et après que tout le monde soit épuisé, n’eurent qu’à nettoyer la place. Lors de la deuxième guerre mondiale, en Europe, les USA avaient hésité à envahir le continent en dépit des appels répétés des Soviets à le faire, ils ont répondu à la chute de Berlin aux mains des forces armées rouges en déployant des témoignages de forces vers la ville afin de pouvoir en réclamer le crédit partagé.

Puis les choses se tendirent, après la guerre, établissant  leur hégémonie sur presque toute l’Europe – beaucoup, beaucoup plus d’Europe que celle devenue une zone pro-soviétique, qui s’est depuis la fin du Traité de Varsovie complètement évaporée. La Russie est une version tronquée, affaiblie de son ancien self. Elle ne menace les USA d’aucune des façons don’t les USA s’effrayent eux-mêmes. Elle ne s’étend pas sous forme d’alliance militaire, elle ne détruit pas le Moyen –Orient à travers des changements de régime justifiés auprès des Américains par une désinformation pure et simple. En septembre 2015, Putin a demandé aux US, aux Nations unies «  Réalisez-vous ce que vous avez fait ? »

Malheureusement, les habitants de ce pays ne sont pas éduqués par leurs écoles, par la presse ou même par leurs site web favoris, à réaliser ce qui s’est fait et à quel point c’est horrible, et comment tout est basé sur des mensonges. Les informations mensongères sont ce qui est à l’ordre du jour.

Le haut est le bas, le noir est le blanc, la Russie est l’agresseur, les USA sont la victime. Le nouveau président doit jouer avec son équipe et , au nom de dieu, comprendre que Poutine est l’Hitler de notre temps et si Trump veut s’entendre avec lui, il faudra qu’il devienne un joueur de l’équipe embrassant la plus basique de ces vérités  dans ce pays si particulièrement impérialiste : La Russie ( avec son patrimoine nucléaire, qui fait pendant à égalité avec celui des USA) est l’ennemi, dont chaque action se doit d’enflammer les sentiments anti-Russes,  comme le sentiment par défaut à l’égard de ce pays encerclé par l’OTAN, criblé de sanctions, non menaçant en place d’une relation raisonnable et prudente.

*****

L’affreux « correspondant national en chef » de CNN, John King ( ancien époux de Dana Bash,  l’également affreuse «  correspondante politique en chef » de CNN, vient juste de poser une question, avec un air d’agressivité irritée :  «  Qui Donald Trump respecte-t-il le plus ? Les services de renseignements US ou le type qui a commence Wikileaks ? »  (Assange)

IC’est une exigence pour le camp Trump d’acheter le jeu du blame sur les Russes, ou d’être accuse de diffamation comme proche du lanceur d’alerte motive piour exposer les crimes multiples de l’impérialisme US.

.Donc, la vraie question est : Est-ce que Trump joue le jeu et crédite les  « les services de renseignements »  qui génèrent des «  productions des services de renseignements » à la carte, ou est-ce qu’il repousse les poussées des bellicistes qui cherchent une épreuve de force avec la Russie de Poutine ? Est-ce que la seconde Guerre froide va tou »ner court gentiment ou culminer dans une conflagration que la « Destruction mutuelle assure » (MAD)  était supposée rendre impossible ?

La dernière solution serait plus que stupide. Mais les gens stupides – ou les gens sages exploitant cyniquement la stupidité des autres – modèlent l’opinion chaque jour et depuis la première Guerre froide se sont basés sur d’innombrables mensonges.

Gary Leupp est Professeur d’histoire à l’Université de Tufts et occupe un poste au Département des religions. Il est l’auteur de «  Servants, Shophands eand laborers in the town of Tokugawa au Japon, Male colors, The construction of homosexuality à Tokugawa, Japon, de Interratial intimacy in Japan, Westerne men and japanese women, 1543. 1900. Il est contributeur à “ Hopeless : Barack Obama etand the politics of illusion ( AK Press)s Professor of History at Tufts University, and holds a secondary appointment in the Department of Religion. He is the author of Servants, Shophands and Laborers in in the Cities of Tokugawa JapanMale Colors: The Construction of Homosexuality in Tokugawa Japan; and Interracial Intimacy in Japan: Western Men and Japanese Women, 1543-1900. He is a contributor to Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion, (AK Press). 

Il peut être joint à gleupp@tufts.edu

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

Plus d’articles de :GARY LEUPP

 

Tout n’est pas la faute de Trump ! Tom Engelhardt

 

Nous vivons un temps où aucun des facteurs constituant le tissu socio-historique ne peut être pris ou analysé indépendamment du contexte dans lequel il agit. C’est le cas vraisemblablement de tout moment pris dans l’histoire mais la nécessité d’envisager les paramètres contraignants se fait beaucoup plus aigue en ces temps de système économico-politique à dominante impériale. Les élections américaines saturent les oreilles du monde entier, devenant un jeu à part entière où est plongé pour plus d’une année un peuple entier et occultant tous les événements d’importance se déroulant ailleurs. Ce n’est pas nouveau. C’est simplement plus intense, plus omniprésent, plus fou, plus violent, plus idéaliste et désespéré aussi et surtout, mené tambour battant par un tel bouffon que les racines du mal qui touche la vie politique américaine semblent avoir accéléré leur croissance démesurément. Ce que Engelhardt nous donne à voir ici, c’est la façon dont Trump, qu’il fonctionne comme objet médiatique ou non, est avant tout le fruit d’un système, sa manifestation la plus dérisoire et la plus funeste et que le terrain sur lequel il fait son lit est depuis longtemps préparé par une démocratie qui a perdu tous ses atouts, tous ses codes, toutes ses règles de fonctionnement pour permettre à des forces secrètes, militaires et économiques à projet ostensiblement impérialiste de légiférer le monde.EG

 

Tomgram: Engelhardt, don’t blame it all on Donald Trump 

 

Posté par Tom Engelhardt à 4:53pm, le 27 Mars 2016.
 

L’entrée dans des territoires inexplorés de Washington 
Sommes-nous dans un nouveau monde américain ?

Par Tom Engelhardt

La semaine dernière, me sentant malade, j’ai passé une journée sur le canapé devant la télévision et je me suis souvenu d’un élément étrange de la vie américaine.

Plus de sept mois avant le jour des élections présidentielles, vous pouvez regarder la campagne 2016 pour la présidence à n’importe quel moment de votre choix, et ceci est vrai depuis au moins l’année dernière. Il n’y a en fait jamais un instant où quelque chaîne d’information ou autres ne propose un rapport, une discussion, un débat, une analyse, une spéculation ou e bave simplement pas sur un aspect quelconque des primaires d’Hillary, de Bernie, de Ted et par-dessus tout – un million de fois par-dessus tout ; du Donald ( de la  violence de ses rallyes à la taille de ses mains ). Au cas où vous soyez jeune et croyiez que c’est que c’est plus ou moins la norme américaine, ça ne l’est pas, ou du moins, ça ne l’était pas.

Vraiment, il y a quelque chose de nouveau sous le soleil. Bien sûr avec la chasse à la Ford Bronco blanche de O.J Simpson, (95 millions de spectateurs !), les 24/24, 7/7 événements médiatiques sont arrivés à toute force dans la vie américaine et quelque chose a changé sur la manière dont nous nous centrons sur notre monde et dont les médias se centrent sur nous. Mais vous pouvez être sûrs d’une chose : jamais, dans l’histoire de la télévision, ou dans celle de n’importe quel autre média, aucune autre figure n’a rassemblé tant d’attention  – heure après heure, jour après jour, semaine après semaine – que Donald Trump.  Si il est le O.J Simpson de la politique américaine du 21 ième  siècle et sa course à la présidence, l’éternelle course à la Ford Bronco du moment, alors nous sommes dans un monde vraiment étrange.

Ou, pour le dire autrement : ce n’est pas une élection. Je sais que le terme “ élection “  est utilisé toutes les cinq secondes et qu’un nombre significatif d’électeurs américains continue sans interruption de rentrer dans les  isoloirs ( tout particulièrement, cette saison, des Républicains) ou, dans le cas des comités électoraux primaires, dans les salles de sport et autres, afin de choisir parmi différents candidats, aussi cela ressemble encore à des élections.. Mais croyez –moi sur parole et tenez compte du fait que je suis un type âgé de 72 ans qui observe le monde politique depuis des décennies : ceci n’est pas une élection dans le genre de celles que nos livres d’histoire nous ont décrit comme cruciale pour la démocratie américaine. Si, par contre, vous êtes assis là, attendant que je vous dise ce que c’est, respirez et ne soyez pas trop déçus. Je n’en ai pas la moindre idée, bien que ce soit en partie un spectacle de cirque du genre du pain et des jeux, en partie l’obsession de la célébrité et en partie la pompe à finances médiatique .

En fait, avant d’aller plus loin, laissez-moi me couvrir à propos de l’idée que Donald Trump soit un O.J Simpson du 21 ième siècle. C’est certainement une comparaison raisonnable mais je commence à me demander si aucune comparaison ne peut être utile dans la situation présente. Même la plus cauchemardesque d’entre elles – Donald Trump est  Adolf HitlerBenito Mussolini, ou n’importe quel démagogue extrémiste  de votre choix –peut se révéler n’être que des mouvements de consolation,  de rassurance et de confort. Oui, ce qui se passe dans notre monde devient de plus en plus extrême et pourrait difficilement être plus étrange, nous semblons être pressés de la dire, mais cela n’est pas reconnaissable. C’est quelque chose que nous avons rencontré avant, quelque chose que nous avons analysé dans le passé et, dans le mouvement, vaincu.

Réunir les suspects habituels

Mais que se passera-t-il si ce n’est pas vrai ? D’une certaine mesure, la chose la plus effrayante, la moins acceptable à dire à propos de notre monde américain à l’heure actuelle – même si la présence envahissante de Trump nous incite presque à le dire- c’est que nous sommes entrés dans un territoire non réglementé  et que, dans ces circonstances, les comparaisons peuvent en fait modifier notre capacité à saisir notre nouvelle réalité. Ma propre suspicion : Donald Trump n’est que l’instance la plus évidente de ce qui se passe, l’exemple que personne ne peut manquer.

Pendant les premières années du 21 ième siècle, nous assistons peut-être à la naissance d’un nouveau monde au cœur de la coque vidée du système américain. Jusqu’à présent, bien que nous vivions avec cette réalité chaque jour,  nous ne pouvons de toute évidence pas tolérer de le reconnaître pour ce qu’il est. Lorsque nous examinons le paysage, ce sur quoi nous tendons à nous focaliser est la coquille – les habituelles élections ( dans une forme quelque peu exponentielle), les habituelles institutions gouvernementales ( un peu ternies)  avec les habituels pouvoirs ( un peu amoindris et redistribués) comprenant les habituels séparations des pouvoirs ( checks and balance *) (un peu détraqué), et la même vieille Constitution ( si louée en son absence) et oui, nous savons que rien de tout ça ne marche particulièrement bien, ou parfois ne marche pas du tout, mais c’est toujours rassurant de considérer ce que nous avons comme une version réduite, plus désordonnée et moins fonctionnelle de ce que nous connaissons.

Peut-être, pourtant, est-ce de plus en plus une version de l’inconnu. Nous disons, parquet le Congrès est  « paralysé »  est que peut être accompli dans un pays devenu si « polarisé »  et nous attendons que quelque chose nous libère de cette paralysie, afin de nous permettre de revenir vers un Washington plus proche de ce que nous nous souvenons et reconnaissons.  Mais peut-être est-ce cela. Peut-être que même si les Républicains ont d’une certaine façon perdus le contrôle  de la Chambre des députes  House of Representatives) et du Sénat, nous pourrions être  dans une situation telle que nous cataloguions maintenant le paralysie. Peut-être est-ce notre nouvelle réalité américaine, le Congrès étant en fait une sorte de version d’un poulailler glorifié, bien soutenu et bien financé.

Bien sûr, je ne veux pas nier le fait que ce qui est «  nouveau » dans notre monde a une longue histoire. L’élargissement du  gouffre des inégalités entre les 1% et les Américains ordinaires a commencé à s’élargir dans les années 70 – comme l’explique si brillamment Thomas Frank dans son nouveau livre   Listen, Liberal – était déjà une réalité puissante et controversée au début des années 1990, quand Clinton visait la présidence. Oui, l’écart est plus maintenant comme des abysses et semble encore plus inscrit dans le système américain mais il a son histoire propre, comme l’ont par exemple les élections des 1%   ainsi que la montée et l’auto-organisation de la   « classe des milliardaires » même si personne, jusqu’à maintenant, ne pouvait imaginer qu’un gouvernement des milliardaires, par les milliardaires et pour les milliardaires puise évoluer en un gouvernement pour le milliardaire, par le milliardaire et pour le milliardaire – c’est-à-dire l’un d’entre eux.

Bien sûr, beaucoup de notre monde qui change de forme pourrait être décrit avec un certain nombre de comparaisons et en terme de points de référence historiques. Les inégalités ont une histoire. Le complexe militaro-industriel et  l’armée mercenaire , comme la warrior corporation, ne sont pas nées d’hier, ni notre état de guerre permanente, ni notre état de sécurité nationale qui menace maintenant Washington ainsi que son urgence à surveiller, celui de savoir beaucoup trop de choses sur la vie privée des Américains. ( Un petit salut en souvenir du Directeur du FBI,  J. Edgar Hoover est de rigueur ici)

Et cependant, aussi vrai que tout cela puisse être, Washington ressemble de plus en plus à une terre nouvelle, exhibant quelque chose comme nouveau système au milieu de notre politique décrite polarisée et paralysée décrite en long et en large.

L’état de sécurité nationale ne me semble pas moindrement paralysé ni polarisé.  Et le Pentagone non plus. Certains jours quand je regarde les nouvelles, je ne peux pas concevoir comment ce nouveau territoire semble étrange et monotone à la fois. Rappelez-moi, par exemple, où dans la Constitution les Pères fondateurs ont-ils écrit à propos de l’état de sécurité nationale ? Et cependant il est présent dans toute la gloire, tout le pouvoir et dans la force toujours plus indépendante de la capitale de notre nation.     Dans quelle mesure, par exemple, ces hommes de l’ère révolutionnaire ont-ils préparé le terrain pour que le Pentagone envoie ses drones espions de nos zones de guerre éloignées jusqu’au dessus des États- Unis ?  Et pourtant il l’a fait.  Et personne ne semble perturbé par ce développement. La nouvelle, à peine note ni remarquée, a été instantanément absorbée dans ce qui est entrain de devenir la nouvelle norme.

Cérémonie de remise des diplômes dans l’Empire

Laissez-moi mentionner ici au hasard la nouvelle qui m’a récemment amené à me demander sur quelle planète je vivais. Et je sais que vous n’allez pas le croire mais cela n’a absolument rein à voir avec Trump

Étant donné le carnage entraîné par les guerres et les conflits américains à travers les grand Moyen-Orient et l’Afrique, que j’ai suivis de près  l’an passé, je ne sais pas pourquoi ce moment particulier est venu à ma connaissance. La meilleure supposition ? Peut-être que, de tous ces lieux auparavant obscurs – de l’Afghanistan au Yémen en passant par la Libye – dans lesquels les US ont combattus récemment, la Somalie, où ce petit massacre particulier a eu lieu, semble le plus obscur de tous.  Oui, j’ai à moitié assisté à des événements se passant là-bas, du moment des Blackhawk de 1993 à l’invasion désastreuse de l’ Ethiopie  en 2006, soutenue par les USA en passant par l’invasion à peine moins désastreuse de ce pays par les   Kenyans et par d’autres forces africaines. Mais pourtant, la Somalie ?

Récemment, des drones américains Reaper et des aéronefs avec pilote ont lance une série d’attaque contre ce que le Pentagone a qualifié de cérémonie de remise des diplômes  pour les fantassins de base du groupe somalien de terroristes al-Shabad. Il a été fièrement annoncé que plus de 150 somaliens étaient morts lors de cette attaque. Dans un pays où, dans les récentes années les drones US et les forces d’opération spéciales on mené un nombre réduit de frappes contre les leaders d’al Shabad individuellement, ceci pourrait être considéré comme une escalade distincte du conflit sans fin se déroulant là-bas, ( avec un  raid impliquant les forces spéciales US suivant peu de temps après)

Maintenant, laissez-moi remettre ça dans un contexte personnel. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé les cartes et les globes terrestres. J’ai un sens correct de là où se trouvent la plupart des pays sur cette planète. Cependant, la Somalie ? J’ai dû m’interrompre et y réfléchir afin de la localiser précisément sur ma carte mentale de l’est africain. La plupart des Américains ? Honnêtement, je doute qu’ils auraient eu la moindre idée. Aussi l’autre jour, quand la nouvelles m’est parvenue, je me suis arrêté un moment pour la considérer. Si elle est exacte, nous avons tué 150 plus ou moins personne (sauf pour ceux qui les connaissaient) et peut-être même un   top leader ou deux dans un pays que la majorité des Américains ne seraient pas capable de localiser sur une carte. Je veux dire, ne trouvez-vous pas ça un peu bizarre, quelle que soit l’horreur de l’organisation pour laquelle ils se préparaient à combattre ?

Rappelez-moi : sur quelle bases a-t-on perpétré ce modeste massacre ? Après tout, les US ne sont pas en guerre avec la Somalie ni avec al-Shabad. Bien sûr, le Congrès ne joue plus aucun rôle dans les engagements belliqueux de l’Amérique. Il ne déclare plus la guerre sur aucun des pays ou des groupes que nous combattons. (Paralysie !!) La guerre n’est maintenant plus que du domaine de l’exécutif, en réalité, le pouvoir collectif de l’état de sécurité nationale  et la Maison blanche.  L’explication principale offerte pour la frappe somalienne, par exemple, est que les US avaient un petit nombre de conseillers stationnés avec les Forces d’union africaine dans ce pays et qu’il était vaguement possible que ces étudiants en guérilla puisse bientôt préparer une attaque quelques unes de ces forces ( et donc le personnel militaire américain) Il semble que si les US placent des conseillers n’importe où sur la planète – et chaque jour de chaque année ils sont maintenant dans des quantités de pays  — ce sera un excuse suffisante pour valider des actes de guerre basés sur l’imminence de la menace de leurs attaques.

Ou bien pensons le de cette façon ;  une constitution nouvelle, informelle est écrite ces dernières années à Washington. Pas besoin d’une convention ou d’une nouvelle Déclaration des droits. C’est une constitution centrée sur l’usage du pouvoir, spécialement le pouvoir militaire, et qui s’écrit dans le sang.

Ces jours-ci, notre gouvernement (celui qui n’est pas paralysé) agit régulièrement sur la base de cette constitution-en-devenir informelle, commettant des actes comme celui de la Somalie, à travers de significatives régions de la planète. Ces dernières année, nous les avons maries avec les dernières   technologies étonnantes.   Des drones armés de missiles Hellfire pour le pouvoir exécutif et le massacre assez gaillard d’individus que nous n’aimons pas beaucoup dans une majorité de pays musulmans. Maintenant, il est accepté que n’importe quel commandant en chef soit aussi un  assassin-en-chef, et que tout ceci fait partie d’un système de temps-de-guerre-qui n’est-pas un temps-de-guerre. Répandant le principe du chaos et de la dissolution  dans des régions entières de la planète, laissant des états écrasés et des mouvements terroristes dans son sillage. Quand donc était-ce, à propos, que “le people” a donné son accord pour que le Président puisse se transformer en assassin en chef, rassemblant ses beagles officiels afin qu’ils écrivent de nouvelles “lois” qui couvrirait n’importe lequel de ses actes ( y compris le meurtre  de citoyens américains), et année après année, envoie ce qui est en fait sa flotte personnelle de drones afin d’ éliminer des milliers de personne à travers les Moyen-Orient   et dans certaines parties de l’Afrique ?  Assez bizarrement, après presque quatorze années de cette sorte de comportement, avec des  preuves évidentes que ces sortes de frappes ne suppriment  pas les mouvements que Washington abhorre  (et souvent ne fait qu’allumer les flammes du ressentiment et de la vengeance qui, ni l’actuel président et ses officiels, ni aucun des candidats à cette fonction n’ont la moindre intention de ramener un jour ces drones au sol.

Et quand exactement le “people” a-t-il dit que, au sein de l’armée largement déployée de notre pays, qui a maintenant des garnisons  partout sur la surface de la planète, une force de presque 70.000 personnels d’Opérations spéciales pourrait naître, ou qu’elle devrait globalement  mener  des missions sous couverture, n’étant redevable qu’au Président  (si elles le lui sont) ? Et, ce que je trouve le plus étrange est que si peu dans notre monde trouve cela étrange.

Une planète sur le déclin ?

D’une certain façon, on pourrait dire que tout ceci marche. Au moins, marche dans ce nouveau système qui se crée que nous devons encore arriver à comprendre, tout comme nous n’avons pas encore compris l’état de sécurité nationale qui surveille le monde d’un façon que même les auteurs de science fiction n’ont pas pu imaginer, ( ni les législateurs des états totalitaires) ou la version étrange de la tuerie qu’on appelle élection. Tout ceci est à la fois une vieille nouvelle et terriblement nouveau.

Est-ce que je le comprends ? Pas du tout

Ce n’est pas la guerre comme nous la connaissons, ni le gouvernement comme nous l’avons compris, et ce ne sont pas des élections comme nous les avons imaginées il y a longtemps, ni une démocratie comme celle dont nous l’avions conçue, ni un journalisme du genre de celui qui était enseigné dans les écoles de journalisme. C’est la définition d’un territoire sans règles. C’est une authentique terra incognita  américaine cependant d’une certain façon, ce paysage inconnu fait déjà partie  de notre sens de nous-mêmes et du monde. Dans cette saison d’“ élection”  beaucoup demeure choqué par le fait qu’un des candidats gagnant pour la présidence puisse être un démagogue avec un côté autoritaire visible et ce qui semble être un goût pour le pouvoir absolu. De telles définitions sont accolées à Donald Trump mais le nouveau système américain qui émerge de cette chrysalide ces dernières années montre déjà ces tendances. Donc, ne blâmons pas Donald Trump.  Il devrait être beaucoup moins choquant pour ce pays qu’il ne l’est. Après tout, un monde trumpien en formation a pavé le chemin pour lui.

Qui sait ? Peut-être assistons-nous à une nouvelle interprétation d’une très vieille histoire : une version d’un ancien conte de grand pouvoir impérial adaptée au 21 ième siècle, peut-être le plus grand jamais vu – le grand pouvoir solitaire-  plongeant dans son déclin. C’est un conte que l’humanité a expérimenté assez souvent au cours de sa longue histoire. Mais à moins que vous ne pensiez une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, le contexte pour tout ceci, pour tout ce qui se déroule en ce moment dans notre monde, est si nouveau que cela reste hors de portée de milliers d’années d’expérience humaine. Comme les derniers records de chaleur  l’indiquent, nous sommes, pour la première fois sur une planète en déclin. Et si ça ça n’est pas un territoire sans règles, qu’est-ce qui l’est ?

 

Tom Engelhardt est le co-fondateur du  American Empire Project ( Projet de l’empire américain) et l’auteur de  The United States of Fear ( Les Ètats-Unis de la peur) ainsi que de l’Histoire de la Guerre froide., The End of Victory Culture.( La fin de la culture de la victoire) Il est membre du  Nation Institute et dirige TomDispatch.com. Son dernier livre est : Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World.( Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et état de sécurité globale dans un monde à super-pouvoir unique)

 

  • La séparation des pouvoirs est le fait dans la constitution d’un État de distinguer certaines fonctions ou missions de l’État, et d’en confier l’exercice exclusif à différents corps de ce dernier, appelés pouvoirs. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est le principe fondamental des démocraties représentativesA contrario, les régimes dictatoriaux ou tyranniques se définissent par la concentration, en général dans la main du pouvoir exécutif, de tous les pouvoirs.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

La signification du Vendredi noir [Black Friday] Guy Rundle

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

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La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

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By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  «liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»   (avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à s’attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

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Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Le monde en garnison David Vine

David Vine, Our Base Nation

David Vine nous permet une nouvelle fois de découvrir la situation de guerre totale menée par les USA par l’intermédiaire de leur politique d’implantation militaire globale : pas moins de 800 bases militaires de par le monde, dont beaucoup aux frontières mêmes des pays supposés être les  « ennemis » potentiels contre lesquels se protéger.  Cachant cette stratégie délibérément impérialiste considérée comme un acquis politique, le discours est, depuis l’après-guerre, celui de la protection des populations nord-américaines et aucune position publique s’y opposant ou le contredisant n’est accessible aux contribuables qui continuent de payer des milliards de dollars pour des équipements et des forces humaines qui compromettent la possibilité d’une résolution des tensions par la négociation, endommagent les territoires occupés par ces bases et créent un état permanent de guerre dangereux pour les populations de la planète entière. E.G

 

Le monde en garnison

Comment les bases militaires US à l’étranger compromettent la sécurité nationale et nous font tort à tous. Par David Vine

Avec l’armée US ayant retiré la plupart de ses forces d’Irak et d’Afghanistan, beaucoup d’Américains seront pardonnés de ne pas être au courant que des centaines de bases militaires et des centaines de milliers de troupes US encerclent encore le globe. Bien que peu le sache, les US ont mis la planète en garnison comme aucun pays avant eux dans l’histoire et les preuves sont visibles du Honduras à l’Oman, du Japon à l’Allemagne, de Singapour à Djibouti.

Comme la plupart des Américains, pendant toute ma vie je n’ai que peu pensé aux bases militaires. L’universitaire et ancien consultant de la CIA Chalmers Johnson m’a décrit correctement quand il a écrit en 2004 que : « Contrairement à la plupart des peuples, la plupart des Américains ne reconnaissent pas – ou ne veulent pas reconnaître –   que les USA dominent le monde grâce à leur pouvoir militaire. A cause du secret d’état, nos citoyens ignorent souvent le fait que nos garnisons encerclent la planète. »

Et si les Américains pensent un tant soit peu à ces bases, ils supposent généralement qu’elles sont essentielles à la sécurité nationale et à la paix mondiale. Nos leaders l’ont prétendu depuis que la plupart ont été établies lors e la Seconde guerre mondiale et dans les premiers temps de la Guerre froide.  Le résultat est que nous considérons cette situation comme normale et que nous acceptons que les installations militaires existent en nombre incroyable dans d’autres pays, sur la terre d’autres peuples. D’un autre côté, l’idée qu’il puisse y avoir des bases étrangères sur le sol américain est impensable.

Bien qu’il n’y ait aucune base étrangère autonome localisée en permanence aux USA, il y a encore, selon le Pentagone, à peu près 800 bases US  en pays étrangers. 70 ans après la Seconde guerre mondiale et 62 ans après la Guerre de Corée, il y a encore 174 bases en Allemagne, 113 au Japon et 83 en Corée du Sud. Des centaines d’autres sont parsemées sur la planète, dans près de 80 pays, y compris en Aruba et en Australie, au Bahreïn et en Bulgarie, en Colombie, au Kenya et au Qatar, entre autres. Bien que peu d’Américains le réalisent, les Etats-Unis ont plus de bases dans des pays étrangers qu’aucun peuple, aucune nation ou qu’aucun empire dans l’histoire.

Assez curieusement cependant, les médias ne rapportent ou ne commentent que rarement sur cette question. Pendant des années, lors des débats sur la fermeture de la prison de la base de Guantanamo Bay à Cuba, pas le moindre commentateur ou politicien ne s’est demandé pourquoi, en premier lieu, les US avaient une base sur le territoire cubain ou n’a questionné le fait que nous en ayons une. Rarement entend-on poser la question de  notre besoin de ces centaines de bases outremer ou si, à un coût annuel de 156 milliards de dollars, les US peuvent se les permettre. Rarement entend-on quiconque se demander comment nous nous sentirions si la Chine, la Russie ou l’Iran construisant une seule base n’importe où près de nos frontières, sans parler de notre territoire.

« Sans envisager les dimensions de cette base militaire ceinturant le globe » insiste Chalmer, « On ne peut pas commencer à comprendre la taille ni la nature des aspirations impérialistes ou le degré auquel un nouveau type de militarisme est en train de miner l’ordre constitutionnel ». alarmé et inspiré par son travail et conscient que relativement peu de personnes avaient tenu compte de ses avertissements, j’ai passé des années à essayer de suivre les traces de ce qu’on appelle « l’Empire des bases » et de le comprendre. 

Pendant que la logique nous suggère que ces bases nous protègent, j’en suis arrivé à la conclusion opposée : sous de multiples aspects nos bases d’outremer nous mettent en danger, faisant courir des risques à tous, du personnel militaire US et sa famille aux habitants locaux vivant près des bases en passant par ceux qui payent des impôts pour les garnisons que notre gouvernement implante à la surface du globe.

Nous sommes maintenant, comme nous avons été lors de la décennie précédente, une nation militaire, qui se déploie autour du monde et cela fait très longtemps que nous n’avons pas fait face à ce fait.

L’échelle de la Nation militarisée

Nos 800 bases militaires en dehors de nos 50 états et de Washington  DC ont toutes sortes de formes et de tailles. Certaines ont la taille de villes. «  Petites Amériques »   comme la base aérienne de Ramstein en Allemagne, la base aérienne de Kadena à Okinawa et la base navale et aérienne peu connue de Diego Garcia * dans l’océan Indien. Ces bases comprennent une infrastructure remarquable incluant des écoles, des hôpitaux, des centrales électriques, des complexes immobiliers et des espaces d’équipements collectifs souvent nommés  «  Les allées du bowling et de Burger King ». Parmi les installations américaines les plus petites se trouvent les bases lily pad «  feuilles de nénuphar »   (connues aussi en tant que cooperative security locations, emplacements de sécurité coopérative) qui la plupart du temps accueillent des drones, des porte-avions de surveillance, ou des armements ou des réserves pré-positionnées. On les trouve de plus en plus en Afrique et en Europe de l’Est qui manquaient auparavant de la présence militaire américaine.

D’autres équipements répartis à travers la planète comprennent des ports et des terrains d’atterrissage, des complexes de réparation, des aires d’entraînement, des installations d’armement nucléaire, des sites de tests de missiles, des arsenaux, des entrepôts, des casernes, des écoles militaires, des postes d’écoute et de communication, et un nombre croissant de bases de drones. Les hôpitaux militaires et les prisons, les équipements de réhabilitation,  les bases paramilitaires de la CIA et des agences de renseignement (y compris les anciennes prisons de la CIA, les « sites noirs ») doivent être aussi considérés comme partie prenante de notre Nation militarisée à cause de leurs fonctions militaires. Même les les aires de loisirs et de détente dans des lieux comme les Alpes bavaroises ou Séoul en Corée du Sud sont des bases de ce type. L’armée dirige plus de 170 courts de golf dans le monde.

La présence du Pentagone outremer est encore plus importante. On trouve des troupes US et d’autres personnels militaires dans à peu près 160 pays et territoires étrangers, y compris un petit nombre de marines protégeant des ambassades et des déploiements plus importants de formateurs et de conseillers comme les 3500 environ qui travaillent maintenant pour l’armée irakienne. Et n’oublions pas les 11 porte-avions de la marine. Chacun d’entre eux peut être considéré comme une base flottante ou, comme la marine, de façon révélatrice se réfèrent à eux, comme  « Un hectare quatre-vingts de territoire souverain »

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En dernier lieu, au-dessus des mers, on trouve une implantation militaire de plus en plus importante dans l’espace. Les Etats-Unis ne sont cependant pas le seul pays à contrôler des bases militaires en dehors de son territoire. La Grande-Bretagne conserve à peu près sept bases et la France cinq dans leurs anciennes colonies. La Russie en a à peu près huit dans les anciennes républiques soviétiques et, pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la «  Force d’auto-défense  » du Japon a une base étrangère à Djibouti,  dans la Corne d’Afrique, aux côtés des bases américaines et françaises. La Corée du Sud,  l’Inde, le Chili,  la Turquie, et Israël  ont tous au moins une base à l’étranger. La Chine est en train de chercher à installer sa première base outremer. Au total, ces pays ont probablement près de 30 installations à l’étranger, et que donc les installations américaines équivalent à peu près à 95% des bases étrangères mondiales.

 

Pour toujours en avant ?

Bien que les USA aient eu des bases dans des pays étrangers peu de temps après qu’elle ait gagné son indépendance, rien d’équivalent au déploiement global actuel de forces militaires n’était imaginable jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En 1940, en un trait de crayon, le Président Franklin D. Roosevelt ratifia l’accord des bases de destroyers  [destroyers-for-bases] avec la Grande-Bretagne qui accordait instantanément un usage des installations dans les colonies britanniques pour une durée de 99 ans. La construction de bases et leur acquisition s’accélérèrent rapidement une fois le pays entré en guerre. Dès 1945, l’armée US construisait des équipements à raison de 112 par mois. A la fin de la guerre, leur nombre total s’élevait à 2000 sites. En seulement cinq ans,  les USA avaient développé le premier réseau mondial de bases militaires de l’histoire, reléguant largement dans l’ombre celui de l’empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Après la guerre, l’armée restitua presque la moitié des installations mais maintint ce que George Stambuk nomme «  une institution permanente » de bases étrangères. Leur nombre est monté en flèche pendant les guerres de Corée et du Vietnam, puis a décliné après chacune d’entre elles. Lorsque l’Union soviétique implosa en 1991, il y avait 1600 bases américaines à l’étranger, avec 300.000 soldats stationnant uniquement dans les bases européennes.

Bien que l’armée ait libéré presque 60 % de ses garnisons à l’étranger, l’ensemble de ses bases est demeuré relativement intact. En dépit de la fermeture supplémentaire de bases en Europe et dans une moindre mesure en Extrême-Orient pendant la dernière décennie et en dépit de l’absence de l’opposition d’une superpuissance, presque 250.000 soldats sont encore déployés dans le monde entier sur ces installations.

Bien qu’il y ait moitié moins de bases qu’en 1989, le nombre de pays où les US sont implantés a presque doublé, passant de 40 à 80. Lors des dernières années, le «  Pivot pacifique » du Président Obama a représenté des milliards de dollars de dépenses somptuaires en Asie, où l’armée avait déjà des centaines de bases et des dizaines de milliers de soldats. Des milliards supplémentaires ont été engloutis dans la construction sans précédent d’infrastructures dans chacun des pays du golfe Persique à part l’Iran. En Europe, le Pentagone a dépensé des milliards dans la construction de nouvelles bases très onéreuses  tout pendant qu’il en fermait d’autres.

Depuis le début de la Guerre froide, l’idée que notre pays doit avoir une importante collection de bases et des centaines de milliers de soldats stationnée en permanence à l’étranger est restée un diktat quasi-religieux de notre politique étrangère et de notre politique intérieure. L’idée vieille de presque 70 ans maintenant sous-tendant cette croyance si profondément ancrée est connue comme la stratégie de l’avancée. A l’origine, cette stratégie affirmait que les USA devaient maintenir une grande concentration de forces et de bases aussi près que possible de l’URSS afin de l’encercler et de  « contenir » son soi-disant désir d’expansion. Mais la disparition d’une autre superpuissance à contenir n’a pas créé de différence remarquable dans cette stratégie de l’avancée. Chalmers Johnson s’est inquiété  le premier de notre empire de bases quand il a reconnu que les structures de l’empire américain demeuraient largement inchangées en dépit de l’effondrement de leur ennemi supposé. Deux décennies après la disparition de l’URSS, les personnages politiques de tous bords supposent encore sans question que les bases outremer et les forces de l’avancée déployées sont essentielles pour protéger le pays. Le gouvernement de Georges W. Bush insistait   d’une façon typique sur le fait que les bases à l’étranger « maintenaient la paix » et étaient le «  symbole de l’engagement des USA auprès de ses amis et alliés. ». Le gouvernement Obama a déclaré de la même façon que protéger le people américain et la sécurité international requérait « une posture de sécurité globale ».  Le support aux stratégies de l’avancée est demeuré le consensus parmi les politiciens des deux partis, les experts de la sécurité nationale, les officiels de l’armée, les journalistes et parmi à peu près tout le monde exerçant un pouvoir à Washington. Les diverses formes d’opposition au maintien d’un grand nombre de bases et de soldats  ont longtemps été  mises au pilori comme non-violence idéaliste ou comme la sorte d’isolationnisme qui permit à Hitler de conquérir l’Europe.

 

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Le coût de la mise en garnison du monde

Comme le montre Johnson, il y a de nombreuses raisons de questionner le statu quo des bases outre-mer. La plus évidente est la raison économique. Les garnisons outre-mer sont extrêmement onéreuses. Selon la RAND Corporation,  même lorsque certains pays comme le Japon ou l’Allemagne couvrent une partie des coûts, les contribuables américains continuent de payer une moyenne annuelle de 10.000 à 40.000 dollars de plus que pour un poste sur le sol US pour un poste militaire à l’étranger. Les frais de transport, le coût plus important de la vie quotidienne dans certains pays hôtes et le besoin de fournir des écoles, des hôpitaux, des logements et d’autres supports aux membres des familles du personnel militaire signifie que les dollars s’additionnent rapidement- spécialement avec plus d’un demi-million de soldats, membres des familles et employés civils sur les bases outre-mer à tout moment.

D’après mes très prudents calculs,  le fait de maintenir les installations et les troupes outre-mer a coûté au moins 85 milliards de dollars en 2014 – plus que le budget disponible pour chaque organisme gouvernemental sauf le département de la défense lui-même. Si la présence des US  en Afghanistan et en Irak est inclue, la facture se monte à 156 milliards ou plus.

Pendant que les bases sont très coûteuses pour le contribuable,  elles sont extrêmement profitables aux corsaires nationaux  des guerres du 20 ième siècle comme DynCorp International et l’ancienne filiale d’Halliburton KBR.

Comme le note Chalmers Johnson, « Nos installations à l’étranger sont profitables à l’industrie civile qui gagne des milliards en contrats annuels pour construire et maintenir nos postes éloignés. »

Pendant ce temps, beaucoup de communautés accueillant ces bases n’ont jamais vu les retombées économiques régulièrement promises par les US et les leaders locaux. Certaines zones, particulièrement les communautés rurales  les plus pauvres ont vu un boom économique à court terme au moment de la construction de la base. Cependant dans le long terme, la plupart des bases ne créent pas d’’économie locale saine et stable. Comparées avec d’autres formes d’activité économique, elles représentent un usage improductif des terres, emploient relativement peu de gens par rapport au territoire occupé et contribuent peu à la croissance économique locale. Des recherches ont montré d’une façon invariable que lorsque les bases ferment l’impact économique est généralement limité et dans quelques cas positifs – c’est à dire que les communautés locales finissent par s’en sortir mieux lorsqu’elles échangent les bases contre des écoles, des logements, des complexes commerciaux et d’autres formes de développement économiques.

Dans le même temps pour les USA, investir l’argent des contribuables dans la construction et la maintenance de bases militaires outre-mer signifie de renoncer à des investissements dans des domaines comme l’éducation, les transports, le logement et la santé bien que ces industries soient plus une opportunité pour l’ensemble de la productivité économique et créent plus d’emplois en comparaison des mêmes dépenses dans le domaine militaire. Imaginez ce que 85 milliards par an représenteraient en terme de reconstruction des infrastructures civiles délabrées.

  

Le coût humain

Au-delà du coût financier se trouve le coût humain. Les familles du personnel militaire font partie de celles qui souffrent de la dispersion des bases étant donné  les tensions dues au déploiement à distance, à la séparation des familles, aux déménagements fréquents. Les bases outre-mer contribuent également au taux choquant d’agressions sexuelles  dans le monde militaire. 30% des femmes en service en sont victimes pendant leur temps de service et un nombre disproportionné de ces crimes se produisent à l’étranger.  En dehors des bases, dans des lieux comme la Corée du sud, on trouve souvent de la prostitution qui relève de l’exploitation orientée vers le personnel militaire US.

Dans le monde entier, les bases ont créé des dommages environnementaux étendus à cause des fuites toxiques, des accidents et dans certains cas d’un abandon délibéré de certaines substances toxiques. La criminalité des GI déclenche depuis longtemps la colère des habitants. A Okinawa et ailleurs, les troupes américaines ont commis des actes de viols  à répétition contre les femmes indigènes.

Du Groenland  à l’île tropicale de Diego Garcia, l’armée a déplacé des autochtones pour construire ses bases. Contrastant avec la rhétorique de la propagation de la démocratie fréquemment évoquée, l’armée a montré une préférence  pour les états non démocratique et despotiques comme le Quatar ou Bahrain pour établir ses bases. En Irak, en Afghanistan et en Arabie Saoudite, les bases US ont créé un sol fertile pour le radicalisme et l’anti-américanisme. La présence de bases près des lieux saints  musulmans en Arabie Saoudite a été un outil de recrutement majeur pour al-Qaeda et part de la motivation de Osama ben Laden  pour l’attaque du 11 Septembre 2001.

Bien que cette tourmente permanente soit peu remarquée aux US, les bases à l’étranger ont trop souvent généré des griefs, des protestations et des relations d’antagonisme. Bien que peu le reconnaisse, nos bases sont une part majeure de l’image présentée par les US au monde- et elles nous montrent souvent sous une lumière peu flatteuse.

Créer une nouvelle guerre froide, base par base

Le fait que les bases augmentent la sécurité  et la paix globale n’est pas non plus très clair. Dans l’absence d’une superpuissance ennemie, l’argument que des bases situées à des milliers de kilomètres du territoire américain sont nécessaires pour défendre l’Amérique – ou même ses alliés- est difficile à défendre.  Au contraire, la collection mondiale de bases a généralement permis le déclenchement d’opérations militaires, la frappe de drones, et des guerres par choix dont le résultat fût des désastres à répétition, la perte de milliers de vies et des destructions restées cachées du Vietnam à l’Irak

En facilitant la déclaration de guerres à l’étranger, les bases outre-mer ont rendus clair le fait que l’action militaire était une option encore plus attrayante- souvent la seule option imaginable- pour les politiciens américains.  Comme le dit l’anthropologue Catherine Lutz, quand tout ce que vous avez dans votre boîte à outil de politique étrangère est un marteau, tout commence à ressembler à un clou. Au bout du compte, les bases étrangères ont rendu les guerres plus souvent envisageables que l’inverse.

Les partisans de la théorie de l’avancée, vétuste depuis longtemps, répondront que les bases outre-mer dissuadent l’ennemi  et permettent de maintenir une paix mondiale. En tant que supporters du statu quo, ils ont proclamé que de tels bénéfices de sécurité étaient des vérités évidentes depuis des dizaines d’années. Peu ont fourni quoi que ce soit de substantiel pour argumenter leur déclarations.

Bien qu’il existe quelques preuves que les forces militaires peuvent bien sûr dissuader les menaces immédiates, peu sinon aucune recherche ne suggèrent que les bases outre-mer sont une forme effective de dissuasion sur le long terme. Des études  menées à la fois par l’administration Bush et par la corporation RAND – pas vraiment des pacifistes de gauche-  indiquent que les avancées dans le domaine de la technologie des transports avaient largement éliminé les avantages de l’implantation de troupes à demeure à l’étranger. Dans le cas d’une guerre de défense légitime ou dans celui d’une opération de maintien de la paix, l’armée pourrait généralement déployer ses troupes aussi rapidement à partir de son propre sol qu’à partir des bases outre-mer. Des transports rapides par mer ou par air, couplés avec les accords permettant l’usage des bases des nations alliées et potentiellement, des ravitaillements pré-positionnés sont alternative beaucoup moins chère et moins irritante que le maintien des bases outre-mer.

Nous pouvons aussi questionner l’augmentation de la sécurité que de telles bases confèrent aux pays d’accueil. la présence de telles bases peut changer un pays en cible pour des pouvoirs étrangers ou des militants.- tout comme les installations US on mises en danger les Américains outre-mer.

De la même façon,  plutôt que de stabiliser des régions dangereuses, les bases augmentent fréquemment la tension militaire et décourage les solutions diplomatiques aux conflits. Placer des bases militaires près des frontières de pays comme la Chine, la Russie ou l’Iran, par exemple augmente les menaces pour leur sécurité et les encourage à répondre en stimulant leur propres dépenses et activités militaires. Imaginons comment les leaders américains auraient répondu si la Chine avait entrepris de construire même une petite base au Mexique, au Canada ou dans les Caraïbes ? Il est à noter que le moment le plus dangereux pendant la Guerre froide- la crise des missiles cubains- déclenchée à cause de la construction des équipements de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à peu près à 150 kilomètres de la frontière des USA.  La création et la maintenance de tant de bases militaires encourage de même d’autres nations à construire leurs propres base outre-mer dans ce qui pourrait vite devenir une « course à la base »,   Les bases près des frontières de la Russie et de la Chine, en particulier, menacent d’alimenter de nouvelles guerres froides. Les officiels  US peuvent insister sur le fait que construire de nouvelles bases au Moyen-Orient est un acte défensif permettant d’assurer la paix dans le Pacifique mais allez dire ça au Chinois Que les gouvernements ne soient pas du tout «  réassurés » par la création de nouvelles bases supplémentaires encerclant leurs frontières. Contrairement à  l’affirmation que de telles installations augmentent la sécurité globale, elles tendent à faire monter d’un cran les tensions régionales, augmentant le risque d’une future confrontation militaire. De cette façon, tout comme la guerre anti-terroriste est devenue un conflit global qui semble répandre la terreur, la construction de nouvelles bases américaines pour se protéger des menaces fantasmées de la Russie et de la Chine pourraient faire courir le risque de devenir des prophéties qui se réalise. Ces bases peuvent en fait contribuer à créer cette même menace dont elles sont censées nous protéger. En d’autres mots, loin de créer un monde plus sécurisé, les bases US peuvent rendre en fait la guerre plus probable et les pays moins sûr.

Derrière les fils barbelés  

    

Dans son célèbre discours  d’adieu adressé à la nation en quittant la Maison blanche en 1961, le Président Dwight D. Roosevelt avertit la nation à propos des effets économiques, politiques et même spirituels insidieux de ce qu’il surnomma « le complexe militaro-industriel-congressiste », le vaste enclenchement d’un état sécuritaire issu de la Deuxième Guerre mondiale. Comme nous le rappelle le travail de Chalmers Johnson pour ce nouveau siècle, notre collection de bases vieille de soixante-dix ans est la preuve qu’en dépit des avertissement de Ike, les USA sont entrés dans un état permanent de guerre avec une économie, un gouvernement et un système global de pouvoir  impliqué dans la préparation de futurs conflits.

Les bases américaines d’outre-mer nous ouvrent une fenêtre sur l’impact militaire sur le monde et sur nos vies quotidiennes. L’histoire de ces massives «  Petites Amériques » de béton, de restaurants fast-food et d’entrepôts d’armement nous offrent une chronique vivante des USA dans la période post Deuxième Guerre mondiale. En un certain sens, lors de ces dernières sept décennies, que nous le réalisions ou non, nous en sommes tous venus à vivre «  derrière les fils barbelés » comme aime à le dire le personnel militaire.

Nous pouvons croire que de telles bases nous protègent. En réalité, elles nous ont aidé à nous enfermer dans une société militarisée en permanence qui nous a tous rendus – tous sur cette planète – moins sûrs, endommageant nos vies chez nous et à l’étranger.

David Vine est Professeur associé d’anthropologie à l’American University de Washington DC. Son livre Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World, vient d’être publié en tant que partie de Le projet de l’empire américain  associate professor of anthropology at American University in Washington, D.C. His book,  has just been published as part of the American Empire Project (Il a écrit pour le New York Times, le Washington Post, le Guardian, et Mother Jones, entre autres publication. Pour plus d’information et des articles supplémentaires, visitez www.basenation.us http://www.basenation.us/  and www.davidvine.net. http://www.davidvine.net/

Suivre TomDispatch sur Twitter and rejoignez-nous sur Facebook. https://www.facebook.com/tomdispatch Prenez connaissance de notre nouveau livre Dispatch Book,  Nike Turse « Les champs de bataille de demain : Les guerres par délégation des USA  et les opérations secrètes en Afrique » ainsi que le dernier livre de Tom Engelhardt «  Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et l’état global sécuritaire dans un monde au suoper-pouvoir unique.Check out the newest Dispatch Book, Nick Turse’s Tomorrow’s Battlefield: U.S. Proxy Wars and Secret Ops in Africa, http://www.amazon.com/dp/1608464636/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20 and Tom Engelhardt’s latest book, Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World. http://www.amazon.com/dp/1608463656/ref=nosim/?tag=tomdispatch-20

Copyright 2015 David Vine

Traduction Elisabeth Guerrier

Tom Engelhardt : “AFRICOM” Des bases militaires américaines qui cernent l’Afrique

Ceci n’est que la traduction de l’introduction à l’article de David Vine sur la base militaire américaine installée de force et de quelle force sur l’île de Diego Garcia dans le Pacifique.

Les informations touchant la réalisation de projets de présence militaire complètement hors de contrôle d’aucune institution de régulation internationale, les tactiques et anticipations des conflits à venir dus au manque d’eau et aux modifications climatiques, les créations réactives de groupes extrémistes et l’or noir qui continue de couler à flot et nécessite une main mise constante sont anticipés par cette seule nation en toute impunité. C’est donc ” AFRICOM” et c’est ça la forme la plus pure de l’impérialisme, gaver de produits de consommation et de culture de masse les peuples passifs et se préparer en toute impunité et avec quelques prévaricateurs largement soudoyés pour aménager le terrain à écraser les autres. L’Amérique du Sud en entier en pleure encore de toute son identité. Rome n’a pas procédé autrement.

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L’armée américaine pénètre en Afrique 

Je suis sûr que vous avez entendu parler des trois essentielles “ aires d’avant-postes” ou dans le jargon du contrat des “ zones de sécurité cooperative ”  que les Marines américains ont installé au Sénégal, au Ghana et au Gabon. Nous parlons du  “Special Purpose Marine Air-Ground Task Force Crisis Response-Africa  [ Marines à objectifs spéciaux Air.Terre Force responsable des réponses aux crises africaines], une unité basée à present à Moron, Espagne.  Elle est censée être une base – bien que ce ne soit pas un terme utilisé  aux “ US African Command [Commandes américaines en Afrique ] AFRICOM qui peut superviser n’importe quelle expansion – prête à l’accueillir dans un avenir où tout peut arriver dans une Afrique au bord de l’explosion ou avec la montée des groupes terroristes.

Vraiment ? Vous n’avez rien noté à ce sujet ? Il faut l’admettre, l’histoire n’a pas été mentionnée dans les informations quotidiennes, ni fait la une des journaux locaux, ni, sans doute de ses pages intérieures mais honnêtement, elle était pleinement visible juste là, dans Military Times !   Bien sûr, il peut être facile de passer à côté de trois locations de” sécurité coopérative” largement inoccupées  dans des pays qui ne sont pas exactement sur le bout de la langue des Américains dans de telles circonstances, mais que dire de ces autres huit “ aires de transbordements ” que AFRICOM admet maintenant avoir établi à travers toute l’Afrique ?  Le commandement a tout d’abord nié avoir aucune “ base” sur le continent autre que celle en croissance permanente qu’il a établi sur la petite nation de Djibouti dans la Corne de l’Afrique et dans laquelle a déjà été englouti les trois quarts d’un milliard de dollars avec au moins 1, 2 milliards d’aménagements nouveaux à venir. 

Cependant, le commandant d’AFRICOM, le Général David Rodriguez, insiste maintenant fièrement sur le fait que les onze avant-postes principaux ne seront situées qu’à quatre heures de tout haut-risque ou haute-menace diplomatiques sur tout le continent.

Vraiment, vous n’avez rien entendu sur ces bases non plus bien que “ Stars and Stripes” ait eu l’information en couverture et en page central ?

Hum.. ce serait vraiment étrange si personne dans ce pays, en dehors du Pentagone, portrait le moindre intérêt à la question de la répartition générale des garnisons américaines. Bien sûr que ça ne les intéresse pas. Cela ne les a jamais intéressé, ce qui pourrait caractériser un des plus grands mystères de la vie américaine et pourtant, d’une certain façon ne le caractérise pas. Les bases américaines à l’étranger ne figurent Presque jamais dans les informations. Rares sont les journalistes qui écrivent à leur propos, bien qu’ils y passent souvent du temps. Les commentateurs en parlent rarement. Les candidats n’en débattent jamais, les éditorialistes n’écrivent pas sur elles.

Ces jours derniers, nous nous sommes souvenus des 505 (!)   bases allant de minuscules avant-postes de combat à de petites villes américaines  (avec presque tous les aménagements d’un véritable foyer) que les US ont construits, entretenus puis abandonné en Irak entre 2003 et 2011 au coup de dizaines de milliards de dollars – ceci, c’est-à-dire avant que des formateurs américains et d’autres personnels y soient à nouveau envoyés dans quelques uns d’entre eux pour la 3ième guerre d’Irak. 

Presque personne, même le Congrès généralement impatient de couper les subventions sur à peu près tout, n’a discuté le coût de cette maintenance de centaines et de centaines de bases de toute tailles et formes que le Pentagone maintient globalement d’un façon historiquement encore sans précédent.

Déjà en 2012, le rédacteur régulier de TomDispatch David Vine estimait que ces coûts s’élevaient aux alentours de 170 milliards de dollars par an, d’une façon conventionnelle, et que depuis le 11 Septembre, s’y était ajouté au total près de deux milliers de milliards de dollars..Si vous n’évaluez pas la manière dont ce pays a transformé en garnison toute la planète, si vous ne notez jamais son empire de bases militaires, il n’y aura alors aucune façon de vous en faire saisir la nature impérialiste, qui peut-être est le vrai point. 

Et bien sûr, si vous n’avez aucune conscience de tout cela, ce qui est probable si vous êtes un Américain pur sang bien viril, alors vous n’avez probablement pas l’idée que ce pays a engouffré des milliards de dollars dans une seule base militaire, sur une seule île, Diego Garcia, perdue dans les fins fonds de l’océan Indien  mais vitale quant aux conflits de l’Amérique avec le Moyen-Orient. Ceci signifie également que vous ignorez que le Pentagone, commettant un acte de cruauté de premier ordre a exigé que toute la population soit exilée de leur pays, de leur vie, de tout ce qui avait de la valeur pour elle, de tout ce que l’appartenance aux racines représente dans ce monde, de façon à ce qu’il puisse construire, pourvoir en personnel et utiliser dans la guerre sans fin des USA avec le grand Moyen–Orient sans aucun témoin d’aucune sorte.

C’est un conte sinistre que vous n’avez probablement entendu. ( même si vous lisez  Military Times ou Stars and Stripes ) David Vine est un des rares Américains qui se soit trouvé fascine par ce que Chalmers Johnson a nommé une fois ” le monde des bases américaines.” Il a écrit à leur propos d’une façon très vive dans :  So Base Nation: How U.S. Military Bases abroad harm America and the world  [Une Nation de Bases militaires, comment les bases américaines endommagent les USA et le monde] , un livre que Andrew Bacevich a décrit comme “ une critique dévastatrice » et qui sort en Août. Personne ne sait plus de choses sur Diego Garcia et sur le destin de ses habitants que Vine. ( Il  écrit un livre précédemment  ” Island of shame” [ L’île de la honte]

Prenez donc un moment pour jeter un coup d’œil sur les bord lointains de l’empire des bases militaires américaines et de rapidement considérer certains autres coûts induits par la manie de ce pays de mettre le monde en garnison. Tom

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Au regard de l’absence quasi complète d’information sur les procédés d’invasion de l’île de Diego Garcia et la violence commise comme un droit sur tous ses habitants, la traduction de l’article de David Vine du TomDispatch, très documentée, suivra cette introduction.