AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: expansionnisme militaire américain

De la dissuasion à l’apocalypse William Astore


De la dissuasion à l’apocalypse

 

William Astore

Tomgram: William Astore, From Deterrence to Doomsday?

 

Posted by William Astore at 7:29am, April 13, 2017.
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Passons outre l’évident. La manière, par exemple, dont la décision de Trump de lancer 59 missiles de croisière Tomahawk contre une base aérienne syrienne, n’est qu’un exemple supplémentaire de ce que nous savons déjà. Les actes de guerre sont la prérogative et uniquement le  prérogative, du Président ( ou des commandants militaires à qui Trump a confié une plus grande capacité à agir par eux-mêmes) Vérifications, équilibre, je doute que aucun d’entre eux ne s’applique quant il s’agit de guerre, dans le style américain. Ces jours-ci, le seul contrôle écrit  sont ceux du Pentagone et «  l’équilibre » n’est pas un concept en dehors de la gymnastique.

Pendant ce temps, Trump a appris que que tout  débat féroce,  à l’intérieur, que tou ramous provoqué par une intrigue de palais  qui pourrait faire rougir le Tzar peut être, et bien, interrompue en lançant 59 missiles de croisière  ou leur équivalent sur un terre lointaine afin de sauver les « beaux bébés » (Oublions les bébés  que ses propres généraux ont tués). Lançons les missiles, envoyons les corps d’armée, lâchons les avions et nous aurons tous ceux que nous aurons agressé par tweet, y compris HillaryJohnNancyMarco, et Chuck pour vous applaudir et louer vos actions.

Ils seront rejoin par l’aile droite officielle ( bien que pas par  la non officielle), alors que les  neocons et leurs amis vous acclamerons comme le Churchill du 21ième siècle. Ou du moins, tout ceci sera vrai jusqu’à – consultons W. Bush et b. Obama sur ce point- ce que, vous savez, le lendemain du jour où, nous avons expérimenté ça encore et encore, pendant les   15 dernières années de guerres   américaines, le jour où il devient subitement clair ( une fois de plus) que les choses vont vraiment, vraiment très très mal.

Pendant que nous attendons, voici une suggestion qui vient à l’esprit tout en lisant les dernières réflexions du chroniqueur régulier de TomDispatch   le Lieutenant-Colonel retraité de l’armée de l’air, William Astore qui écrit sur le complexe militaro-induistriel à l’âge de Trump. N’est–il pas grand temps d’attribuer aux industries finançant les guerres leur juste part ? Après tout, il n’existe aucun objet, bâtiment, muse, stade ou meme vie civile par les temps qui courent, qui n’affiche pas le sponsorat d’entreprise et même ne vive que grâce à lui. Dans ma ville par exemple, les clubs de base-balls new-yorkais,  Les Mets jouent à Citi Field, alors que les Giants et les Jets passent leur saison au  MetLife Stadium.  Etant donné le rôle que les fabricants d’armes géants jouent dans les guerres, et la  façon étonnamment performante dont ils sèment leurs guerres tout autour de la planète, n’est-il pas temps de traduire le pouvoir militariste de plus en plus grand du commandeur-en-chef en une version militaire du sponsorat ?

Est-ce que  Raytheon, le fabricant de ces 59 missiles de croisière uilisés par Trump récemment, ne doit pas recevoir le plein credit de façon à ce que la couverture médiatique se réfère au coup de massue Raytheon ? La prochaine attaque de drône  au Yémen ne devrait-elle pas s’appeler la General Atomics MQ-9 moissonneuse batteuse ?  Est-ce que toute frappe à venir par le système d’armement  le plus cher  de cette planète ou de toute autre, ne devrait pas se nommer Lockheed F-35 Lightning Joint Strike Fighter Storm ?  Nous sommes dans un nouvel âge de l’amélioration corporatiste. N’est-ce pas une époque où les guerres devraient s’ajuster et où le complexe militaro-industriel devrait recevoir le crédit qu’il mérite amplement ?  Tom

 

 Que signifie une politique étrangère  “L’Amérique d’abord ?”

Mettre l’armée américaine en premier, en deuxième et troisième
Par  William J. Astore

A quoi ressemble la politique étrangère de “ l’Amérique en premier “ sous la présidence de Trump ? Tout d’abord, oublions l’ancien label d’ »isolationnisme ». Avec la fin des premiers cent jours de Trump approchant, il semble qu’une politique militaire prioritaire cherche à achever l’hégémonie globale, ce qui signifie la mise en route potentielle d’une machine de l’apocalypse.
Le candidat Trump s’est engagé à render la force armée américaine si forte qu’il n’aurait pas besoin de l’utiliser, puisque personne n’oserait s’y attaquer – dissuasion, c’est le mot. Mais la réalité sur le terrain (et dans les airs) est déjà très différente.   Les généraux du Président Trump ont commencé lâcher cette force armée d’une façon dont l’administration Obama pourtant à peine émue à l’idée de bombarder ou de déferler avait jugée excessive et trop risquée pour les civils. La semaine dernière, 59 US .  missiles de croisière  (valeur : $60 millions ) ont écrasé une base aérienne en Syrie, une réponse extravagante à une attaque à l’arme chimique dans ce pays qui peut conduire à nouveau à une escalade.  Pendant ce temps, des armes US sont sur le point d’être vendues  aux monarchies Sunnites  dans le Golfe persique sans beaucoup de soucis pour les abus à l’égard des droits humains  et les Saoudiens vont se voir offrir un peu plus de support pour mener leur guerre dévastatrice sur les civils du Yémen. Il ne fait pas de doute que d’autres opérations militaires et qu’une escalade dans le Grand Moyen Orient ne soient.  Sur l’habituelle  “table” de Washington où “ toutes les options” sont supposes être gardées.

La plupart des Américains croient en la manipulation selon laquelle l’armée US est prête à dissuader et à prévenir des attaques sur le sol américain, spécialement celles du “terrorisme radical islamique”.

Vendu comme de la dissuasion, la Sécurité nationale de Washington a, en fait, explosé  en quelque chose qui ressemble au mécanisme de la guerre permanente. Ignorant les stratégies les plus basiques, impulsif et grandiloquent, son actuel Commandant en chef est habilité par ses conseillers va-t-en-guerre  et par les hommes qu’il nomme “mes généraux”  qui rêvent de budgets encore plus importants. ( Même la promesse de Trump d’une augmentation de 54 milliards pour le Pentagone cette année n’est pas assez pour certains officiers supérieurs )

Les réalités de la nouvelle ère de victoire de Trump

Bienvenue dans la nouvelle ère de victoire de  Trump.  Il ne s’agirt pas en fait de’en finir avec la guerre mais d’exercer «  pression globale, un pouvoir global »  tout en vendant le plus possible d’armement.   Cela promet d’étendre ou de prolonger le chaos en Irak, au Yémen, et vraisemblablement en Iran, parmi d’autres pays. Dans le grand Moyen-Orient, les efforts conduits par les US ont produits un Irak déchiré par la guerre qui s’effondre. Les drones US et leur support à la campagne de bombardements saoudien on laissé le Yémen glisser vers la famine.  La Syrie reste un désastre humanitaire, déchirée par la guerre même si des troupes supplémentaires sont déployées sur le terrain. ( Le Pentagone ne dit pas combien, mais il nous demande de nous centrer sur les capacités    plutôt que les forces au sol.) Plus loin à l’Est, la guerre sans fin d’Afghanistan est, selon le Pentagon,  “dans une impasse “, ce qui signifie que les Talibans ont en fait gagné du terrain comme une nouvelle menace potentielle.  Regardant vers le Sud et vers l’Ouest, l’Afrique est la dernière cour de récréation  pour les forces opérationnelles spéciales de l’armée US  comme l’adminiostration prépare, parmi d’autres choses, une opération en Somalie.

Pour Trump et ses généraux, une approche de l’“ Amérique d’abord ” signifie en fait  l’armée en premier,  en second et en troisième. Cela n’empêche pas qu’ils ne peuvent imaginer ces opérations comme déstabilisantes. ( Futur gros titre envisageable :  Trump détruit  la Syrie afin de la sauver) Selon le Général Joseph Votel, tête des Commandes centrales US , par exemple, le pays qui présente les plus grandes menaces pour la stabilité  “ dans le Moyen Orient est l’Iran, sentiment partagé par le Général James Mattis, le Secrétaire de la défense.

 

Vous excuserez les Iraniens, ainsi que les Russes et les Chinois s’ils pensent différemment. Pour eux, les USA sont clairement l’entité la plus déstabilisatrice au monde. Si vous étiez un Chinois ou un Russe ou un Musulman Shiite, comment donc vous apparaîtrez les activités militaires US ?

* Expansionnistes ?

* Dédiées à la domination via des dépenses militaires colossales et de l’interventionnisme global ?

* Engagés dans une hégémonie économique et idéologique via des banques puissantes et des intérêts financiers qui cherchent à avoir le contrôle sur les marchés mondiaux  au nom de la préservation de leur « liberté » ?

Ne serait-ce pas un bilan logique, même si il manqué de saveur ? Pour beaucoup d’observateurs, les US semblent être les leaders des touche-à-tout de l’armement et les meilleurs vendeurs d’armes, une perception supportée par des actions militaires montant en flèche et une diplomatie en chute libre sous Trump.   De sérieuses coupes dans le financement du Département d’état, alors que le Pentagone voit son budget augmenté ( encore une fois),.

Pour des observateurs extérieurs,  les ambitions de Washington semblent claires : dominance globale, menée à bien et renforcée par la “très, très, très fort ” armée que le candidat Trump clamait   ne jamais avoir à utiliser mais emploie déjà avec frénésie sinon abandon.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du complexe militaro-industriel

Qu’ajoute la politique de ”L’Amérique d’abord ” aux politiques militaires précédents ? Pourquoi le budget du Pentagone, au même moment que les actuelles opérations militaires, est-il entrain d’enfler sous son contrôle ?

Il y a plus de cinquante ans, le sociologiste C. Wright Mills apporta des réponses qui semblent toujours d’actualité. Dans son essai datant de 1958, ”  La structure du pouvoir dans la société américaine”, il disséqua  le «  triangle du pouvoir ». il consiste, explique-t-il, des chefs d’entreprise, des chefs militaires et des politiciens travaillant de concert, mais également d’une façon telle que l’agenda des entreprises corresponde aux projets militaires. Cette combinaison, suggère-t-il, détruit la capacité des politiciens à modérer et à contrôler les impératifs militaro-industriels ( en assumant qu’ils en aient l’envie)

” L’ordre militaire américain “ écrit Mills “ auparavant une maigre institution opérant dans un contexte de méfiance populaire, est devenu la figure la plus importante et la plus onéreuse du gouvernement, derrière des relations publiques souriantes, elle a le rictus et la maladresse d’une bureaucratie prolifique. Les chefs militaires ont gagné une légitimité politique et économique. La soi-disant menace permanente place une prévalence sur leurs têtes et virtuellement, toutes les actions politiques et économiques sont maintenant jugées en terme de définition militaire de la réalité. »

Pour lui, le danger est assez simple, “ la coïncidence du domaine militaire et du royaume industriel les renforce réciproquement et subordonne plus avant le simple home politique. Ce n’est  pas  l’homme politique de parti, mais l’exécutif entrepreneurial qui est maintenant suppose s’asseoir avec les militaires et répondre à la question : qu’est ce qu’on fait ?

Considérons la création de l’administration Trump, une émeute de milliardaires et de multimillionaires. Son Secrétaire d’état, l’ancien PDG de Exxonmobile, Rex Tillerson n’est pas ce que l’on peut appeler un diplomate. Bien sûr, il semble peu intéressé dans les conseils du personnel du Département d’état mais il sait comment faire son chemin dans les réunions des salles du conseil d’entreprise. Le conseiller de Sécurité nationale de Trump et son secrétaire de la défense et de la sécurité intérieure sont tous ou bien des Généraux en service ou récemment retraités. Dans le cercle proche de Trump, les cadres s’assoient avec les militaires pour décider de ce qui doit être fait.

Peu après que Mills ait formulé ses critiques prophétiques sur l’élite au pouvoir , le Président Dwight D. Eisenhower avertit du danger croissant d’un complexe militaro-industriel. Depuis, le complexe de Ike s’est seulement étendu. Avec l’ajout du Département de la sécurité intérieure après le 11 septembre, et toujours plus d’agences de renseignement (dix-sept principales au dernier recensement)  le complexe ne fait que croître au-delà du contrôle civile. Sa position dominante à cheval sur le gouvernement est pratiquement impossible à critique. D’une façon figurative, il est le roi de Capitol Hill.

Le candidat Trump a pu se plaindre de ce que les USA perdaient des milliards de dollars dans les conflits récents, les invasions, et les occupations, mais de nombreuses entreprises américaines ont profité de ces «  changements de régime ». Après que vous ayez aplati un état comme l’Irak, vous pouvez le réarmer. Quand vous ne leur vendez pas des armes ou ne rebâtissez pas les infrastructures que vous avez détruites, vous pouvez exploiter leurs resources. Ces guerres qui semblent interminable en Irak ou en Afghanistan sont les illustrations de ce qui se produit quand les intérêts des entreprises se mêlent aux imperatifs militaires.

Pendant que Mills ou Eisenhower avertissaient sur les risques de tells développements, ils pourraient alarmer l’Amérique de 2017.  Jusqu’à maintenant, les post-contingents, “tous volontaires”, des militaires professionnels, sont devenus des étrangers, sinon des divorcés d’avec la population, une séparation aggravée par le culte actuel du guerrier se développant en leur sein. Non seulement les Américains sont-ils de plus en plus isolés de leurs  combattants, mais ils le sont des guerres américaines également.  Elles continuent d’être menées sans  l’approbation formelle du Congrès et Presque sans sa simple supervision. Combinez ça avec la décision due la Cour suprême Citizens United qui change directement l’argent des entreprises en activisme politique, et vous avez ce qui est de plus en plus un système de gouvernance des 1% dans lequel un Président milliardaire préside le, cabinet le plus riche  de toute l’histoire dans ce qui est maintenant la capitale de la guerre, pendant que des liens militaro-industriels incarnent ce qui étaient les peurs les plus sinistres de Mills et d’Eisenhower.

La machine de guerre américaine qui s’est emballée a peu à voir ces jours-ci avec la dissuasion et beaucoup avec la continuité d’un état de guerre permanente. Mettez tout cela ensemble et vous avez la parfaite formule pour un désastre.

Dissuader notre trajet vers l’apocalypse

Qui a mis le pétrole américain au milieu des déserts du Moyen Orient ?  C’est la question que les militants pacifistes ont posé  avec un humour grinçant juste avant l’invasion de l’Irak. Selon l’opinion rabâchée de Trump, les USA auraient du bien sûr récupérer le pétrole irakien juste après l’invasion de 2003.  A défaut d’autre chose, il a dit ce que beaucoup d’Américains croient, et ce que de nombreuses multinationales cherchent à faire.

Considérons l’engagement de Jimmy Carter. Il ya à peu près quarante ans, Carter a pressé les Américains à modérer leur appétit, conserver leur énergie et se libérer de leur dépendance paralysante au pétrole étranger et à leur consommation sans frein de biens matériels. Après que les critiques l’ait catalogué de discours de malaise, Carter fit volte-face et accrût les dépenses militaires en établissant la doctrine carterienne de protection du Moyen Orient comme intérêt vital pour les USA. Le peuple américain répondit en élisant Ronald Reagan malgré tout. Comme les Américains continuaient à apprécier un mode de vie réglé par la consommation qui aspire à lui seul près de 25% de la production mondiale d’énergies fossiles (tout en ne représentant que 3% de la population mondiale), l’argent actif de la Maison blanche travaille à ouvrir toujours plus de forages sur le plan mondial ; Des milliards sont en jeu.

Pas très étonnant que, en devenant président, Trump ait agi rapidement pour accélérer la construction de nouveaux pipelines retardée ou interdite par le Président Obama tout en détruisant les protections environnementales liées à la production des industries fossiles. La production domestique accélérée, avec la coopération de l’Arabie saoudite ( le véto de Trump à propos des Musulmans a soigneusement évité de cibler les seul pays qui produit 15 des 19 terroristes des attaques du 11 septembre- devrait permettre au pétrole de continuer à couler, aux profits de croître et au niveau des mers du globe de monter.

Une donnée : l’armée américaine à elle seule absorbe plus d’énergie fossile  que la Suède dans son entier. Quand il s’agir de consommation d’énergie, nos forces armées sont le premières entre toutes.

Avec ses réserves pétrolifères massives, le Moyen Orient reste un lit pour les guerres pour les ressources à venir, ainsi que pour les conflits religieux et ethniques, exacerbés par le terrorisme et les attaques déstabilisantes de l’armée US.  Dans ces circonstances, , quant il s’agit de désastre mondial à venir, il n’est pas très difficile d’imaginer que l’actuel Moyen Orient puisse servir d’équivalent aux Balkans lors de l’infâmie de la Première guerre mondiale

Si Gavrilo Princip, un terroriste Serbe “au noir” opérant dans une région disputée et ravagée par la guerre a pu enflammer le monde en 1914, pourquoi un terroriste de ISIS ne le ferait-il pas un siècle plus tard ? En considérant les nombreuses lignes de rupture et les forces impliquées, y compris la Russie, la Turquie, l’Iran, Israël, l’Arabie saoudite et les Etats unis, tous travaillent ostensiblement ensemble pour combattre le terrorisme même s’ils ne se positionnent que pour maximiser leurs propres avantages et s’éliminer les uns les autres. En de telles circonstances, un vacillement politique, suivi d’un tremblement de terre géopolitique semblent tout à fait possible. Sinon, une secousse d’ISIS suivie d’un mouvement majeur dans le Moyen Orient, il n’y a pas de raccourcis vers de possibles zones à risques dans un monde de plus en plus susceptible. D’une attaque au sabre avec la Corée du nord en passant par une joute avec les îles artificielles  construites par les Chinois au sud de la Mer de Chine.

En tant qu’historien, j’ai passé beaucoup de temps à étudier la force militaire allemande du 20ième siècle. Dans les années qui ont conduit à la Première guerre mondiale, l’Allemagne émergeait comme super-puissance mais pourtant, paradoxalement, elle se voyait comme menacée de plus en plus par ses ennemis, en tant que nation encerclée et oppressée. Ses chefs d’état craignant plus que tout la Russie. Cette crainte les a amenés à déclencher une guerre préventive contre ce pays. ( Bien sûr, ils ont attaqué la France en 1914 mais c’est une autre histoire). Cette guerre incroyablement risquée et coûteuse, déclenchée dans les Balkans, échoua lamentablement et pourtant elle fût dupliquée à une niveau encore plus horrible vingt années plus tard. L’armée allemande, louée comme «  la meilleure au monde » par ses chefs et vendue à son peuple comme une armée de dissuasion s’est transformée pendant ces deux guerres mondiale en une machine apocalyptique qui a saigné le pays à blanc tout en assurant la destruction de partie significatives de la planète.

Aujourd’hui, l’armée américaine loue elle-même  pareillement comme la “ meilleure du monde” même en s’imaginant entourée par des menaces puissantes ( La Chine,  la Russie,  la Corée du nord et le terrorisme mondial, en tête de liste). Vendue au peuple américain pendant le Guerre froide comme une force de dissuasion, un pilier de stabilité contre les joueurs de domino communistes, cette armée s’est transformée elle-même en une force aléatoire.

Rapellons-nous ici que l’administration de Trump a réaffirmé la quête de l’Amérique pour une suprématie nucléaire radicale .  Elle a appellé à une “nouvelle approche”  de la Corée du nord et de son programme d’armement nucléaire. (Quoi que cela puisse signifier, ce n’est pas une référence à la diplomatie). Même dans une croissance du nucléaire et une stratégie de la corde raide, Washington continue de vendre de l’armement- c’est de loin le plus grand vendeur d’arme du 21ième siècle- et le chaos sur toute la planète, accroissant ses efforts en tant que guerre contre la terreur et la vendant comme la seule façon de gagner.

En mai 1945, quand le rideau est tombé sur le dernier soubresaut de l’Allemagne comme puissance dominatrice mondiale, le monde était heureusement encore innocent face à l’armement nucléaire. Tout est différent maintenant, la planète est, c’est le moins que l’on puisse dire, surdotée de machines C’est pourquoi il est vitalement imùportant de reconnaître que l’Amérique d’abord de Trump est tout sauf isolationniste dans l’acceptation du vieux vingtième siècle, cette façon de parler est une recette pour prolonger la guerre en créant toujours plus de chaos et d’états effondrés dans le grand Moyen Orient et vraisemblablement au-delà, et que cette politique déjà dangereuse de Guerre froide, supposée dissuasive, que ce soit contre l’armement traditionnel ou nucléaire, au regard de la bellicosité de Trump, pourra exploser comme une version de l’apocalypse.

Ou, pour évoquer celà d’une autre façon, considérons cette question : Est-ce que le Coréen du nord Kim Jong-un le seul leader instable possédant un armament nucléaire sur la scène mondiale ?

Lieutenant colonel en retraite ( USAF) et Professeur d’histoire, Astore est un éditorialiste régulier de  TomDispatchSobn blog est le Bracing Views.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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Berner les Américains sur  la santé et la guerre

 

Duping Americans on Healthcare and War

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

 

 

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

 

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

 

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

 

Force de dissuasion ou agression ?

 

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

 

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

 

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

 

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

 

La persécution du gros bâton

 

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

 

 

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

 

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

 

Le problème d’une menace crédible

 

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

 

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

 

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

 

Le déloyal Colin Powel

 

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

 

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

 

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

Tags: Barack Obama Colin Powell Donald Trump George W. Bush Healthcare Hillary Clinton Nicolas J S Davies

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La politique derrière le “ scandale russe ” R. Parry

 

Les contenus des médias nord-américains présentent depuis l’élection de Trump une curieuse constance. Ils désignent avec tenacité un ennemi idéal extérieur pour mettre en jeu la légitimité de cette élection. Et à travers cette désignation ostentatoire de l’ennemi à abattre, ils mettent en avant la stratégie déjà bien avancée de déstabilisation du régime russe qui était inscrite dans les projets des Démocrates, associés en ce mouvement aux néo-cons. Le matraquage, puissant, sans répit, exercé à travers les médias et repris en coeur par de nombreuses publications dissidentes cherchant avant tout à saper l’élection qui reste insupportable, est une des multiples marques de la puissance de la propagande et de sa capacité à manipuler sans limite une opinion qui, de jour en jour, devient de plus en plus sensible aux “risques” d’agression encourus par l’Europe ou par les USA face à cet ennemi qui eut l’arrogance de déployer un contre-pouvoir en Syrie et en Ukraine mais est désigné comme le danger à abattre, fût-il soudain surgi de presque nulle part dans les faits mais de la mythologie anticommuniste du Mac Carthysme  dans les fantasmes collectifs.

Les enjeux mondiaux sont si importants, la volonté d’action belliqueuse si marquée dans cette nation qui est la plus déployée militairement au monde et n’est pas restée une seule année sans contribuer ou déclencher une guerre depuis des décennies, nation où la guerre est avant tout une industrie à rentabiliser, qu’il est nécessaire de mettre et de remettre à jour les faits, ou plutôt leur absence, dans un contexte de mensonge politique flagrant, misant sur l’amnésie entretenue des consommateurs d’information.E.G

 

The Politics Behind ‘Russia-gate’

 

 

Le 4 Mars 2017

Exclusif : L’hystérie à propos du “ scandale russe” continue de croître – tout comme le cercle des ennemis du Président Trump – mais en son cœur il est possible qu’il n’y ait rien alors qu’elle pousse le monde vers un anéantissement nucléaire, écrit Robert Parry.

Robert Parry

Il doit y avoir un élément de faire-demi-tour-est-fair-play dans la façon dont les Démocrates font l’analyse grammaticale des termes de l’Avocat général Jeff Session et d’autres officiels de l’administration Trump afin de pouvoir les coincer sur des charges de “ parjure”. Après tout, les Républicains ont fait de «  enfermez-la » un chant populaire, évoquant l’usage discutable et illégal de son serveur emails privé en tant que Secrétaire d’état et de son affirmation sous serment soi-disant fausse suivant laquelle ses avocats auraient vérifié manuellement chacun des 30.000 ou quelques emails  qui furent effacés comme étant personnels.

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Le Président Donald Trump prêtant serment le 20 Janvier 2017 ( Photo de Whitehouse.gov)

Mais c’est gravement dangereux que de jouer le “ je te tiens” partisan  à propos des relations avec l’autre puissance nucléaire mondiale majeure. Si, par exemple, le Président Trump se trouve oblige de démontrer combine il peut être ferme avec la Russie- afin de sauver sa peau politique- il pourrait aisément faire un mauvais calcul qui pousserait les deux puissances dans une guerre qui pourrait bien être la guerre qui les finisse toutes- avec la fin de la civilisation humaine. Mais les Démocrates, les libéraux et les médias de masse semblent haïr Trump à un tel point qu’ils pourraient prendre le risque.

L’hystérie de Washington à l’égard de la Russie a atteint un tel point que le chroniqueur du New York Times Thomas L. Friedman a comparé le soi-disant piratage des emails démocratiques à Pearl Harbor ou au 11 Septembre, deux incidents qui ont amené les USA  à déclarer la guerre. Sur MSNBC, dans le show Morning Joe, Friedman a exigé que les allégations de piratage soient considérées avec le plus grand sérieux : “ C’est un événement de l’ampleur de celui du 11 septembre. Ils se sont attaqués au cœur de notre démocratie. C’est un événement à l’échelle de Pearl Harbor, il touche au plus profond  de notre démocratie. “

 

Pas de “ fausses nouvelles”

 

Il est également important de préciser que rien de ce qu’a publié Wikileaks n’est faux. Il n’y a eu aucune “fausse nouvelle”. Bien sûr une des raisons principales ayant rendu ces emails intéressants est le fait qu’ils mettaient à jour des conduites répréhensibles et des trahisons de la part des Démocrates et de la campagne Clinton.  Le point principal révélé par les emails de DNC fut que les leaders de la campagne des primaires avaient violé leur devoir de l’approcher  d’une manière équilibrée quand ils ont miné le champ d’action de Bernie Sanders. Plus tard, les emails de Podesta ont révélé les contenus des discours de Clinton aux banquiers de Wall Street, qu’elle cherchait à cacher aux électeurs et quelques unes des stratégies de financements de la Fondation Clinton.

 

 

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L’ancienne Secrétaire d’état, Hillary Clinton s’entretenant avec des supporters lors d’un rallye de la champagne à Phoenix, Arizona en 2016. (Photo by Gage Skidmore)

 

 

Autrement dit, même si les Russe avaient révélé ces informations au people américain, comment le fait d’être au courant de faits concernant la campagne présidentielle s’attaquerait-il “ au Cœur de la Démocratie  “ ? Habituellement; les journalistes croient que fournir la vérité, même si elle embarrasse certains personnages politiques ou certains partis politiques est sain pour la démocratie. En tant que journaliste américain, je préfère recevoir mes informations d’individus qui ont les meilleurs intérêts de l’Amérique à cœur mais je ne suis pas naïf au point de penser que des individus qui  font fuir des documents ne le font pas pour des intérêts personnels. Ce qui est le plus important ce sont des nouvelles authentiques et dignes d’intérêt.

Franchement, j’ai trouvé le matériel de Wikileaks beaucoup plus approprié pour un débat sur la politique américaine que les rumeurs obscènes que la champagne de Clinton a fait circuler sur Trump se faisant soi-disant uriner dessus par des prostituées russes dans un hôtel cinq étoiles de Moscou, affirmation pour laquelle aucune preuve n’a été présentée.

Rappelons-nous également que personne n’a cru que les emails DNC.Podesta ont été significatifs dans le résultat des élections 2016. Clinton elle-même a blâmé le directeur du FBI James Corney pour avoir brièvement ré ouvert  les investigations du FBI dans son serveur email privé vers la fin de sa champagne, ceci étant la raison de l’effondrement de ses sondages. Il est notoire également que Clinton a conduit une campagne horrible, qui a compris des gaffes à couper le souffle, comme celle de qualifier les supporters de Trump de «  déplorables », ce fiant beaucoup trop à des positions négatives et échouant à organiser une vision satisfaisante de l’avenir tout en ignorant les signes que son leadership dans la région industrielle des US étaient entrain de  disparaître. En  d’autres termes, les efforts actuels pour décrire les révélations sur les emails des Démocrates comme décisive dans la campagne est de l’histoire révisionniste.

Et pourtant nous voilà avec le Washington Post, le New York Times, CNN et pratiquement tous les medias  (en cœur avec les libéraux et les Démocrates) haletant à chaque fois qu’on découvre que quelqu’un dans le cercle de Trump a rencontré un Russe. Nous sommes supposés oublier que le gouvernement russe a collaboré d’une façon très proche avec le gouvernement u.s.- et en particulier avec les agences nationales des services secrets- sur des questions vitales. La Russie a assisté les troupes US dans leur approvisionnement en Afghanistan, le Président Putin a joué un rôle majeur dans la restriction du programme nucléaire iranien et il s’est aussi arrange pour que le gouvernement syrien se débarrasse de ses armes chimiques. Les deux derniers points ont fait partie des succès diplomatiques les plus notoires d’Obama.

Mais ces deux domaines de coopérations, l’Iran et la Syrie, ont contribué a faire de Putin une cible pour les puissant néo-conservateurs de Washington qui s’excitaient à l’idée d’une intervention militaire directe sur ces deux pays. Les néo-cons, avec les gouvernements israéliens et saoudiens voulaient des “ changements de régime” à Téhéran et Damas, pas des accords diplomatiques qui laissaient les gouvernements en place.

Les Neocons au sein du gouvernement US- y compris l’Assistante du Secrétaire d’état Victoria Nuland, les Sénateur John Mc. Cain et le Président de la foundation pour la démocratie nationale Carl Gershman – ont alors visé un “ changement de régime” en Ukraine, réalisant sa sensibilité pour la Russie. Gershman, dont l’association est financée par le Gouvernement, a appelé l’Ukraine “ le plus grand prix” et une étape majeure pour évincer Poutine de la Russie, Mac Cain a appuyé les ultra-nationalistes ukrainiens qui tiraient suer la police dans le square Maidan de Kiev, et  Nuland conspirait avec l’ambassadeur US en Ukraine, Geoffrey Pyatt sur la façon  de «  coller » ou d’ « accoucher » d’un changement de gouvernement.

La stratégie des néo-cons a fonctionné en évinçant le Président élu ukrainien Victor Yanukovych et en obligeant Poutine à intervenir au nom des ethnies russes menaces en Crimée et dans l’est de l’Ukraine. Ce qui, en retour, a été transformé par l’Ouest en «  invasion russe ».

 

Des intérêts partisans

Au lieu de se positionner contre ces fauteurs de troubles néo-cons, Obama les a suivi. Plus tard, les Démocrates ont vu un avantage politique à devenir les super-faucons faisant face à la Russie, essentiellement manœuvrant à la droite des Républicains, spécialement quand Donald Trump a gagné d’une façon inattendue la nomination, en, partiellement, appelant à de meilleurs relations avec la Russie.

 

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L’ambassadeur de Russie aux USA, Sergey Kislyak. (Photo from Russian Embassy)

Comme la campagne 2016 plongeait dans l’infamie comme la plus affreuse de toute l’histoire des USA, Clinton matraquait Trump à propos de la Russie, l’appelant le pantin de Poutine. Mais le dénigrement des Russes n’a pas semblé beaucoup aider Clinton.

Bien qu’il ait été calculé pour attirer quelques Républicains modérés, il a aussi repoussé beaucoup de Démocrates pacifistes.

Cependant, malgré une fondation vacillante et une construction hasardeuse, L’officiel de Washington ajoute maintenant de plus en plus de terrain au «  scandale » russe. Les rescapés d’Obama ont sauté sur un prétexte  indigne pour attaquer le Conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn – citant le Logan Act, de 1799, jamais poursuivi en justice puis enfermant Flynn parce qu’il n’avait pas complètement en mémoire une   conversation téléphonique  du 29 décembre avec l’Ambassadeur russe alors qu’il était en vacances dans la République dominicaine.

D’une façon identique, les medias et les Démocrates mettent au point dans la cadre d’un cas de  “parjure” l’Avocat général Sessions à cause d’une réponse formulée d’une façon  négligente lors d’une déposition de confirmation à propos de ses contacts avec les Russes. Il avait rencontré deux fois Kislyak ( tout comme l’ont fait beaucoup d’autres à Washington). L’accusation  au bord de l’essoufflement est que peut-être Sessions et Kislyak complotaient sur la façon dont le Kremlin pourrait aider dans la champagne de Trump, mais il n’existe aucune preuve pouvant étayer cette théorie de la conspiration.

Ce qui se passé ici devrait être évident; L’administration Obama, les Démocrates et les medias ont été horrifié par l’élection de Trump. Ils ont d’une façon compréhensible été offensés par la comportement personnel de Trump et son inadéquation criante à la présidence. De nombreux supporters de Clinton, spécialement des femmes, furent amèrement déçues par l’échec de la première femme d’un des partis essentiels à être nominée qui perdit face à un rustre se vantant de la manière dont il pouvait, en utilisant se renommée et sa gloire, attraper les génitoires de femmes vulnérables qui, ne pouvaient, selon lui, rien faire contre lui.

Il y avait également des inquiétudes sur les choix politiques de Trump en ce qui concerne l’environnement, l’immigration, l’éducation et la justice. Parmi les néo-cons et leurs acolytes interventionnistes libéraux, il y avait également des inquiétudes sur le fait que Trump ne continuerait pas les stratégies de «  changement de régime » dans le Moyen-Orient et leur hostilité envers la Russie. Aussi, ces forces anti-Trump se sont-elles accrochées à l’arme la plus disponible, les suspicions que Trump ait pu s’acoquiner d’une façon ou d’une autre avec les Russes. Cela n’avait pas d’importance que les preuves en soient faibles ou non existantes. Elles seraient suffisantes pour répandre les allégations sous la couverture des “ déclarations” des services de renseignements US.

Personne d’important n’allait demander la révision des preuves et, certainement, avec la disponibilité de l’Agence de sécurité, la mémoire des individus pourrait être testée contre les transcriptions des conversations et s’avérer active. Des faux-pas verbaux pourraient devenir des pièges parjures. Il pourrait y avoir  une chasse aux sorcières contre quiconque ait parlé à un Russe.   Toute forme de rejet de la part des gens de Trump pourrait être reconstruite comme une « façon d’étouffer l’affaire ».

Ayant travaillé à Washington pendant Presque quarante ans, j’ai déjà vu des investigations politiques, à la fois dans l’évacuation de véritables crimes d’état (comme  le traffic de cocaïne des Contra nicaraguéen et la collaboration des Républicains avec les gouvernements étrangers afin de réduire l’influence démocrate en 1968 et 1980) et dans la fabrique de scandales qui n’existaient pas ( comme les offenses factices de Whitewater, le scandale des voyages, le scandale des dossiers, le scandale chinois etc..sous Bill Clinton qui s’est finalement fait épinglé pour le crime affreux de mentir à propos de sexe.)   Jusqu’ici, au moins, le «  scandale russe »  est plus proche des premiers que des derniers.

Ce que j’ai également appris pendant ces années est que le dans Washington, le pouvoir – beaucoup plus que la vérité- détermine quels scandales doivent être pris sérieusement ou non. «  Le «  scandale russe » révèle que les centres du pouvoir établi se déploient contre Trump – les medias principaux, les néo-conservateurs, et le Parti démocrate – et ont plus de pouvoir que l’administration désorganisée de Trump.

 

 

Le reporter d’investigation Robert Parry  a mis à jour plusieurs histoires sur les Contra d’Iran pour l’ Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Vous pouvez acheter son dernier ouvrage :, America’s Stolen Narrative,  ou l’imprimer ici  ou comme E.book chez ( Amazon ou sur barnesandnoble.com).

 

Tags: Democrates Donald Trump Hillary Clinton Robert Parry Russie

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

L’article de Luciana Bohne remet d’une façon précise et critique les évènements politiques actuels dans leurs perspectives de visées permanentes des USA et de leur complexe militaro-industriel et économique. Il y est précisé à quel point l’appartenance politique modifie peu les projets expansionnistes qui agissent comme les fers de lance de tout candidat, manipulés par les ténors des médias et habiles à orienter une opinion publique si facile à convaincre. Trump n’amènera rien d’autre que ce qui est déjà prévu depuis longtemps, il ne fera que mettree à jour des manipulations auparavant effectuées dans l’ombre par l’administration d’Obama, plus membre du starsystème que politicien courageux dont le bilan meurtrier est tout aussi effrayant que celui de son prédécesseur. EG

 

Welcome to Trumpland: Obama’s Legacy

Fevrier  2017

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

LUCIANA BOHNE

 

socialmedia

 

Un nouveau gang est au pouvoir à Washington. Personne ne sait comment ni pourquoi, mais l’ancien gang est entrain de contre-attaquer de toutes ses forces. Un charlatan est à la tête de ce nouveau gang ; il dit qu’il s’oppose à tout ce que l’ancien, patron a fait. Il dit qu’il remettra tout en ordre sur place et dans le monde, cependant son cabinet de consiglieri  entasse des Ajax musclés du Pentagone, des banquiers avaricieux et des vautours de Wall Street ainsi que la mère planétaire de tous les plus grands pollueurs de l’énergie fossile – Exxon Mobil.

 

Une couvée des vilains habituels, pas moins vilains que les précédents. Son patron du travail s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum. Son patron de la trésorerie est un ancien partenaire de Goldmann et Sachs, les pollueurs économiques internationaux. De première catégorie.

En janvier 2017, en janvier 2017, le bulletin des scientifiques de l’atome ont avancé leur  « horloge du Jugement dernier » de trente secondes vers deux minutes et demie avant minuit, le plus proche d’ Armageddon depuis 1953. Les causes, ont-ils écrit, sont la volatilité nucléaire et le changement climatique. Les signes que Trump puisse renverser le cours du Jugement dernier sont assez peu prometteurs. Le rendez-vous de Rex Tillerson signifie qu’Exxonmobile fonctionnera comme Secrétaire d’état virtuel. Les régles de la guerre d’état :    Créons une course aux armements. Nous les surpasserons à chaque essai et nous leur survivrons tous. » Selon Trump s’adressant par téléphone à Mika Brzelinki en décembre, si nous pouvons faire confiance au rapport de l’invité du « Morning Joe » de MSNBC.

Pendant ce temps, pendant et après le processus électoral, l’appareil circulatoire de la démocratie à deux gangs a montré des symptômes terminaux d’artériosclérose. Alors qu’un système de démence latente se montre au jour, le système politique a lui aussi perdu son marbre. Plus de deux millions et demi de femmes ont participé à la Marche des femmes le jour suivant l’inauguration, protestant contre les menaces de Trump sur les droits des femmes. – Une masse jamais vue dans les rues auparavant pour s’opposer aux massacres d’Obama , qui incluent un nombre disproportionnés de civils, dont de nombreuses femmes. Vous savez, le nombre 50.000 en Libye, 10. 000 au Yémen ainsi qu’en Ukraine, 400.000 en Syrie, 2500 à Gaza pour ne sélectionner que les plus connus. Ajoutons à cela les millions de déplacés internes et les réfugiés (65 millions en 2017, jusqu’à 59 millions en 2016) fuyant les guerres et la déprédation économique engendrées par les chevaliers du néo-libéralisme et du néo-colonialisme de l’administration obaméenne.

Mais on ne doit pas en vouloir aux lève-tard.

Derrière le vieux gang se tient un régime de mensonges, une marée de cupidité, un fléau d’inagalité, une peste de guerres, un règne d’hypocrisie. Avant le nouveau gang, une vision de Pandore, ouvrant plus largement sa vilaine boîte pleine d’ennuis. Plus de maux lâchés pour rejoindre ceux déjà libérés. Les rues se sont transformées en asile de discorde, de ridicule, d’alarme, et de confusion parce que la harpie oublieuse tueuse en série Hillary Clinton a perdu et que la bouffon fou et le zeppelin orange a gagné, le milliardaire Trump, tête d’un empire de 11 industries, commerces, et entreprises financières. «  Ami du peuple »

 

Je n’invente pas tout ça.

Le résultat des élections a été une bombe à fragmentation politique. The result of the election has been a political cluster bomb.  De mini-bombes continuent à exploser sous la forme de protestations, de marches et d’hystérie médiatique. Rien de tout cela ne se concentre sur ce qui importe vraiment : l’avenir de l’humanité sur une planète surchauffée, mise en danger par la pulsion systématique de l’Amérique vers l’espace et le pouvoir sur la planète.

C’est de la géopolitique, idiot…

Un tohu-bohu populaire a explosé à propos des mérites et des torts des deux maux. Comment un système politique peut-il être porté si bas ? Les deux maux ne font qu’un. Dans l’air empoisonné, j’entends l’écho de la réécriture sardonique de «  Hymne de bataille pour la République » de Mark Twain qui dénonçait à son époque la descente dans le bourbier moral de l’impérialisme de la guerre Espano-américaine de 1898.

Mes yeux ont vu l’orgie de l’épée lancée

Il cherche les réserves où les richesses de l’étranger sont gardées

Il a lâché son éclair fidèle et avec malheur et mort compte

Son envie marche en avant

Mine eyes have seen the orgy of the launching of the sword
He is searching out the hoardings where the strangers’ wealth is stored
He has loosed his fateful lightning, and with woe and death has scored
His lust is marching on.

Il serait rassurant d’entendre un pays uni en un chœur provocant la violence domestique et étrangère des officiels et de leurs soutiens. Mais la nuit n’est pas encore assez noire pour que la chouette de Minerve commence à voler et révèle les abus collectifs des gangs sur notre confiance en leurs mythes orgueilleux. Nous avons échoué sur une surface de ténèbres, sur une grisaille que les pouvoirs qui nous dénient la compréhension sont entrain de peindre encore plus gris. Nous ne pouvons pas lire le passé donc nous sommes incapables de bouger vers l’avenir. Nous avons le sentiment que ce que nous pensons savoir n’est pas ce qui est.  Nous ne sommes pas même sûrs de vivre dans le présent.

Comment une telle suspension dans le temps ne rendrait-elle pas nauséeux ?

« La nausée n’est pas en moi… je la sens à l’extérieur, je suis à l’intérieur » C’est ainsi que Racontin, le protagoniste de u roman de JP Sartre «  La nausée »  explique la répulsion physique qu’il éprouve à toucher la réalité autour de lui. – une chaise, une personne, une œuvre d’art. Mais où est donc la pourriture ?  «  Je la sens là sur les murs, dans les placards, tout autour de moi. »  À quoi est-ce que cela ressemble ? «  Un monstre, une carapace géante, un plongeon dans la boue ? Une dizaine de griffes ou de nageoires labourant lentement dans le limon ? Le monstre se redresse. Au fond de l’eau.

 

Est-ce que Trump est le nouveau nom de Grendel ? Sous le choc des semaines avant l’inauguration, les ménestrels médiatiques du vieux gang ont bien sûr crié qu’un monstre avait été libéré du marécage du Lagon blanc par des racistes votant dans l’intérieur des terres. Les Rustofariens. Les ménestrels ont semé la panique urbaine. Les foules ont grondé : Foutons en l’air les élections, recomptons les votes, abolissons le Collège électoral, déclarons Trump inapproprié. Ce monstre, sur le point de squatter un bureau de forme ovale, comme tant d’autres élus avant lui, était supposé accueillir Hillary Clinton.

Mais elle s’est transformée en lui !

Son gang a pointé le doigt vers la Russie. C’était la Russie qui avait amené ce vent mauvais, pas la folie du clan Clinton, pas la soif de sang des années Obama, pas le massacre politique du lymphatique social-démocrate Bernie Sanders, qui aurait pu sauver les fesses du gang, lui donnant quatre nouvelles années d’échec mais une vie respectable. C’était la Russie qui avait tissé la toile de la destinée – La Russie, qui n’est pas née d’une femme, artificielle, mauvaise, tâchée par le péché originel du communisme, la marque de Caïn. La Russie qui avait amené « le grand bois de Birnam jusqu’à la colline de Dunsinane » et coupé la montée de la Lady, reine du Chaos dans ses premières marches d’ascension pour devenir impératrice du monde, dont elle a vidé de sang de larges parts ayant elle-même  « marché si avant dans le sang que si elle cessait de s’y plonger, retourner en arrière serait aussi fatigant que d’aller en avant. » Elle fut laissée là, dans un mi-courant ensanglanté, et ils ont rué.

Le gang mondial en entier- la Heimat des globalistes de «  la communauté internationale », sont sortis dans un chœur de lamentations. Les eunuques politiques européens ont crié de concert avec leurs maîtres américains. Ici se trouvait le miroir présidentiel parvenu dans lequel la Heimat du bon et du grand ne pouvait plus d’admirer agrandie, superbe, plus humaniste que le reflet de sa brutale vulgarité étroite d’esprit qui s’y reflétait maintenant. La mauvaise foi du vieux gang était devenue insupportable. Leur propre image, supportée par un baratin idéologique décevant – les «  valeurs libérales » était détruite. Qu’en était-il des slogans solennels «  la société civile », «  le règne de la loi », la dédicace à des principes universels, le respect des identités, la protection des minorités ethniques,  le zèle appuyant la liberté religieuse ? Qu’en était-il des phrases pompeuses, de la lubrification des promesses exaltées ? Tout cela évanoui dans le vortex de la stupidité et de l’ignorance des masses et de leur boîte à bulletin de vote despotique.  Rien à entendre à part les mugissements d’un nouveau vent affreux.

Avant que Trump n’émerge gagnant du marécage, tout avait déjà été le contraire de tout. Et le devint plus encore. La libération de 100.000 civiles à Aleppe en décembre 2016 par l’Armée syrienne renforcée par ses alliés russes, après quatre années de terreur soutenue par l’Ouest, fût nommée «  crime de guerre ». La séparation de la Crimée de l’Ukraine par référendum populaire à 90% d’avis favorables pour joindre la Russie fût nommée «  Une agression russe ». Le coup US Europe en Ukraine ( 2013.14) planifié et exécuté par le Département d’état néo-con d’Obama et coûtant 5 milliards de dollars, mettant à la place d’un gouvernement élu une junte de ministres et d’officiels néo-nazis, fût nommé «  le retour de la démocratie en Ukraine ». Le fascism, maintenant attribué à Trump comme une nouveau, était cache en plein jour dans le règne des guerres illégales, des changements de régime, des sanctions omniprésentes, et des interventions de guerre de proximité d’Obama, ignorées studieusement ou fictionnalisées par les courtiers en terreur des médias,  les experts, les cellules d’analyses, les fondations et l’empire des officiels

Ces “ réparateurs” ont inversé les causes et les effets.  Ils ont obscurci le fait que la séparation de la Crimée d’avec l’Ukraine était l’effet du coup d’état des US à Kiev.  Ils l’ont utilisé comme cause afin de resserrer l’emprise militaire de l’OTAN  autour de la Russie, y compris avec des missiles offensifs, baptisés « défensifs ». Ainsi les effets du changement de régime en Ukraine sont devenus la cause de la militarisation de l’Europe centrale et de l’est. Avec comme objectif la Russie. Cette militarisation contre le fantôme d’une agression russe porte la grand nom de Atlantic Resolve 2017, que le Département US de la Défense justifie en ces termes sur son site :

 

« Les USA démontrent leur engagement à l’égard de la sécurité international à travers une série d’actions ayant pour but la réassurance des alliés de l’OTAN et des partenaires de l’engagement de l’Amérique à maintenir la paix et la stabilité à la lumière de l’intervention russe en Ukraine » ( c’est moi qui souligne)

Le porte-voix du complexe militaro-industriel, John Mac Cain, a tourné la réalité sens dessus-dessous dans une instruction au nouveau gang afin de perpétuer les sanctions contre la Russie.

« En juste trois ans, sous Vladimir Poutine, la Russie a envahi l’Ukraine, annexé la Crimée, menacé les alliés de l’OTAN, let est intervenue militairement en Syrie, laissant derrière elle des traces de mort, de destruction et de promesses trahies dans son sillage. »

Dans un monde rationnel, l’énormité de ces accusations serait lancée aux planificateurs du gang néo-libéral et néo-con d’Obama, mais aucun ego impérialiste ne peut admettre avoir moralement tort. Il habille sa propre violence dans des vêtements dorés, patinés obligeamment par les medias officiels. Les haillons sanglants de la responsabilité sont enfilés sur quelqu’un d’autre, qui doit être démonisé, de préférence par les medias libéraux. Rachel Maddow par exemple, érigée  experte en soviétologie à l’instant dans  sa déclamation incendiaire liant la Russie capitaliste de Poutine au socialisme stalinien de l’URSS.

Dites-moi ce qui rallie le public américain – y compris et surtout les Libéraux- aux côtés du drapeau national plus précipitamment que de lever le fantôme communiste ?

La manipulation des nouvelles et la distorsion de la réalité les plus puissantes aux mains du pouvoir. Elles peuvent faire disparaître la réalité. Le Yémen par exemple, . La “ Coalition” saoudienne, soutenue par les US et la Grande-Bretagne a commence à bombarder le Yémen le 23 mars 2015. Depuis lors3.2 millions de Yéménites ont été déplacés, la moitié de la population souffre de malnutrition, 10.000 civils ont été tués ( ce qui fait 13 civils par jour), 2 millions d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école, Presque 15 millions de personnes ( dont 55% d’enfants) n’ont pas accès aux soins médicaux de base.

Et pourtant, nous n’entendons rien à propos de cette souffrance. Les USA et la Grande-Bretagne, en fait ont profité de la guerre contre le Yémen. L’administration d’Obama a vendu sur le marché mondial de l’armement pour plus de 200 milliards d’armes, la plus grande vente depuis la 2ième guerre mondiale – plus de 100 milliards  à l’Arabie saoudite à elle seule. La contribution de la Grande-Bretagne à l’arsenal saoudien a été de 3.2 milliards pour l’année dernière à elle seule. Les US et la GB continuent de fournir le support logistique et de renseignement à la coalition saoudienne, qui est intervenue aux côtés du Président yéménite Rabbu Mansour Hadi, qui a fui vers l’Arabie saoudite en plein milieu de la guerre civile de son peuple.

Mais à travers les années Obama, tout était silencieux sur le front yéménite dans le royaume officiel et son porte-parole médiatique sur la cible voulue des infrastructures civiles vitales ; les écoles et les hôpitaux, les mariages et les funérailles. Lors de funérailles à Sana, en octobre dernier, une frappe saoudienne a tué 114 civils. Avant le la bombardement du Yémen ne commence, le gang Obama imposa des sanctions et des blocus au Yémen – tout ceci sans aucune résolution du conseil de sécurité de l’ONU ou aucune volonté d’adhérer aux lois internationales. Le directeur de «  Save the children » au Yémen a remarqué récemment :

«  Même avant la guerre, des dizaines de milliers d’enfants yéménites mouraient de causes évitables. Mais maintenant, la situation est pire et on estime à 1000 le nombre d’enfants mourant chaque semaine de causes évitables comme les diarrhées, la malnutrition, ou les infections respiratoires. »

En ce qui concerne la politique internationale, ce « raciste » n’est pas différent du  « post-raciste ». Les planificateurs de Trump mettent le Yémen sur la carte mais uniquement afin de l’utiliser comme trique afin de frapper sur l’Iran. Au Yémen, ils sont supposés se préparer à accroître les interventions de drones d’Obama, sa fameuse «  liste tueuse », accentuant le rôle des USA dans la guerre civile et cherchant à s’engager plus directement. En prenant le Yémen comme exemple, il devient clair qu’à la fois les libéraux et le président antilibéral considèrent le business de l’armement comme une industrie nationale. Les deniers mots d’Obama dans son poste ont exalté la soi-disant invincibilité des prouesses militaires américaines. Le 22 décembre a posté sur Twitter : « Les Etats-Unis doivent renforcer et étendre son potentiel nucléaire d’une façon importante jusqu’à ce que le monde devienne raisonnable en ce qui concerne le nucléaire. »

Il n’y aura pas de retranchement de la belligérance  sous Trump. Dans les premières suites de sa nomination, le Président Trump a dirigé son Secrétaire de la Défense James Mattis vers :

« L’initiation d’une nouvelle posture nucléaire afin d’assurer aux USA un équipement nucléaire dissuasif moderne, robuste, flexible, résilient, prêt à l’usage et conçu d’une façon appropriée afin de repousser les menaces et de réassurer nos alliés. »

Lors de sa première visite au Pentagone, le Président a signé un mandat exécutif appelant à l’expansion de l’armée américaine, y compris de son arsenal nucléaire, afin qu’elle soit prête pour la guerre avec ses “ compétiteurs proches”, comprenez la Chine et la Russie. « Je signe un mandat exécutif afin de commencer à reconstruire les services armés des Etats-Unis. » a-t-il dit au Pentagone pendant cette signature.

Ainsi le complexe militaro-industriel fût-il rassuré après avoir perdu son candidat favori, Hillary Clinton. Ainsi le rapporte le New York Times, le Pentagone lui-même, anticipant les directives de Trump à Mattis et la signature du mandat exécutif avait préparé des «  options classifiées » afin d’accroître l’usage des forces d’opérations spéciales, d’augmenter le nombre des troupes en Irak et en Syrie et d’augmenter la délégation d’autorité de la Maison Blanche au Pentagone et aux autorités de terrain. Les «  Options classifiées » comprennent l’armement des Kurdes syriens pour la bataille attendue de Raqqa, sur un schéma évident d’inclusion entre la Turquie et la Russie dans leur rapprochement tardif à propos d’un «  changement de régime » en Syrie

 

Il existe des indications que, contrairement à l’aversion affirmée par Trump pour les  « changements de régime » ; Iran devienne la nouvelle Syrie. A la suite des tests ballistiques des missiles de moyenne portée le 30 janvier, le Conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a commencé une campagne de belligérence verbale, de désinformation et de mensonges contre l’Iran. Dans une déclaration, Flynn a déclaré que :

« Le récent lancement de missiles est une attaque contre le conseil de résolution de a Sécurité des Nations unies 2231, qui demande à l’Iran de n’entamer aucune activité liée aux missiles balistiques supposée être capable de transporter des armements nucléaires, y compris des lancements utilisant d’une façon importante de la technologie de missiles balistiques. »

Cette une grossière distorsion du test iranien sur ses missiles. La résolution de 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies interdit à l’Iran le développement de missiles pouvant transporter des têtes nucléaires mais cette résolution ne mentionne rien qui empêche l’Iran de développer ses propres capacités de défense. Les missiles testés en janvier n’avaient aucune capacité de porter des têtes nucléaires. L’Iran  n’a pas violé la Résolution 2231.

La distorsion de la représentation donnée par Flynn à propos des missiles iraniens murmure la mélodie concoctée par Bush et les néo-cons sur l’organisation de l’invasion fatale de l’Irak, prétendant que Saddam Hussain avait des armes de destruction massive. Ce mensonge a coûté un million de morts à l’Irak, le dessin et la division de l’intégrité de la politique irakienne, des réfugiés internes et externes par millions.

D’une façon inquiétante, Flynn termine son propos ave c une menace : « A partir d’aujourd’hui, nous mettons officiellement l’ Iran sur la liste rouge. » .  A la suite vinrent les  sanctions visant 25 personnes et entreprises connectées avec le programme de missiles de l’Iran, y compris des Chinois et leurs compagnies.

En conclusion, il me semble difficile d’envisager les raisons d’agir du gang militaire à DC. Des objectifs à long terme semblent partagés : les moyens pour la domination globale des USA par l’économie et les militaires. Et ce qui semble la pomme de discord est la façon de dominer l’opinion publique américaine. La guerre s’appuie sur une réthorique. Les valeurs libérales versus les valeurs populistes. C’est pourquoi ils luttent pour le contrôle sur l’esprit du public. Il ne devrait s’       abandonner à auxcun de ces moyens de persuasion. Il est possible que la seule ligne optimiste dans l’ascension de Trump soit la résurgence potentielle et le renforcement de la résistance populaire.

 

Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, un journal d’étude cinématographique, et enseigne à l’Université Edingorg en Pennsylvanie. Elle peut être jointe à : lbohne@edinboro.edu

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La complète stupidité de la guerre froide par Gary Leupp

La complète stupidité de la nouvelle guerre froide

 

 

Par GARY LEUPP

 

 

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Photo by Jedimentat44 | CC BY 2.0

 

 

 

Cela semble si étrange, vingt-sept années après la chute du Mur de Berlin  de devoir endurer un nouvelle Guerre froide avec la (en fait capitaliste) Russie.

Le Président russe est attaqué par la classe politique officielle et les medias comme ils n’ont jamais attaqué les anciens leaders soviétiques, il est personnellement diffamé et traité de corrompu, de dictateur vénal, arrêtant et assassinant  des opposants politiques, des journalistes dissidents, voulant à tout prix restaurer l’URSS.

(La dernière accusation s’appuyant largement sur le commentaire de Vladimir Putin disant que la dissolution de l’URSS avait été « une catastrophe », « une tragédie » – ce qu’à plus d’un égard elle a été. La presse choisissant d’ignorer ce qui suivait disant que «  Quiconque ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, mais quiconque veut la restaurer n’a pas de cerveau. » Ce qui rentre en conflit avec le simple point de vue affirmant que Putin regrette la Russie impériale des Tzars, sinon ses commissaires et, brûlant de ressentiment à l’égard du triomphe occidental, projette une revanche parfaite à travers des guerres d’agression et des expansions territoriales.

Les medias US, suivant le scripte de Département d’état dépeignent la Russie comme un pouvoir expansionniste. Qu’ils puissent le faire, avec un tel succès, jusqu’à ce que même les plus progressifs citoyens – comme ceux consternés par la victoire de Trump se sentant enclins à blâmer des forces extérieures-  puissent le croire, est le témoignage de la force résistante de leur pouvoir  et de l’utilité de la création d’un état d’esprit favorable à la Guerre froide.

Les autorités militaires nous rappellent sans cesse : Nous nous levons contre une menace existentielle ! Et on a envie de dire que ça, évidemment, n’a aucun sens ! La Russie est deux fois plus grande que les US avec la moitié de sa population. Ses bases à l’étranger peuvent être comptées avec les doigts des deux mains. Les US ont plus de 800 bases à l’étranger.

Le budget de l’armée russe représente 14%  de celui des USA.  Elle se réclame pas d’être une nation exceptionnelle envoyée par Dieu pour préserver la “ sécurité “  suivant ses termes partout sur la surface du globe.

Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, les USA ont déclenché des guerres  (parfois en créant de nouveaux états-clients) en Bosnie ( 1994.5) en Serbie  (1999)  en Afghanistan ( 2001- ?)  en Irak ( 2003- ?) en Libye ( 2011) en Syrie ( 2014-?) tout en envoyant des pluies de frappes par drones du Pakistan au Yémen en passant par l’Afrique du nord. Ces guerres-basées-sur-du-mensonge  ont produit des centaines de milliers de morts civils, des millions de réfugiés, et la catastrophe actuelle à travers tout le «  Projet pour un grand Moyen-Orient ».

Il n’est aucune raison de sous-estimer leurs malfaisances.

Les USA sont à la tête d’une alliance militaire en expansion formée en 1949 afin de contrer l’Union soviétique et le communisme global en général. Sa raison d’être est morte depuis de nombreuses années. Cependant elle est passée de 16 à 28 membres depuis 1999, et les nouveaux membres, l’Estonie et la Lettonie partagent des frontières avec la Russie.

(Imaginez le Pacte de Varsovie s’étendant jusqu’à inclure Mexico. Mais non, le Pacte de Varsovie de l’URSS et des six alliés européens a été dissous il y a 26 ans dans l’attente idéaliste que l’OTAN suivrait en un grand mouvement de coopération et de paix)

Et cette alliance de l’OTAN, en théorie prévue pour défendre le Nord-Atlantique a été déployée tout d’abord après la longue (et pacifique) Guerre froide dans ce qui avait été une  Yougoslavie neutre (n’ayant jamais été membre du Traité de Varsovie ni de l’OTAN), l’Afghanistan ( à plus de 4828 kilomètres de l’Atlantique nord) et le pays d’Afrique du nord, la Libye. L’été dernier, l’OTAN a effectué ses manœuvres les plus imposantes depuis la chute de l’Union soviétique, impliquant 31.000 militaires en Pologne, répétant une guerre contre la Russie. (Le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier les a d’ailleurs critiquées en les qualifiant de bellicistes)

Les officiels de l’Alliance ont exprimé leur outrage quand la Russie a répondu à cette belligérance en plaçant un nouveau missile sol-air S-400 ainsi qu’un système nucléaire Iskander sur son territoire de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie sur la côte baltique. Mais la Russie a été, en fait, comparativement plutôt passive au sens militaire pendant toute cette période.

En 1999, alors que l’OTAN s’apprêtait à occuper la province serbe du Kosovo (bientôt proclamée pays indépendant en violation des lois internationales), les gardiens de la paix russes se précipitaient à l’aéroport de Pristina, Kosovo afin d’asseoir le rôle russe dans l’avenir de la province serbe. C’était un geste hardi qui aurait pu provoquer un choc entre l’OTAN et la Russie. Mais l’officier britannique présent sur le terrain, refusa sagement l’ordre donné par le Général  Wesley Clark de bloquer le mouvement russe, déclarant qu’il ne déclarerait pas la troisième guerre pour le Général Clark.

Ceci, souvenons-nous,  s’est passé après que le secrétaire d’état Bill Clinton, Madeleine Albright ( souvenez-vous, la compares d’Hillary qui a déclaré qu’il y aurait une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne voteraient pas pour des femmes) a présenté aux négociateurs russes et serbes à Rambouillet un plan pour l’occupation par l’OTAN non seulement du Kosovo mais de toute la Serbie. C’était une exigence ridicule, rejetée par les Ruses et par les serbes mais dépeinte par la porte-parole non-officielle du Département d’état et belliciste Christiane Amanpour comme “ la volonté de la communauté international”. Comme si la Russie n’était pas membre de cette communauté internationale.*

L’opération de l’aéroport était largement un challenge symbolique à l’hégémonie américaine  sur l’ex-Yougoslavie, une marque de protestation qui aurait du être prise au sérieux à l’époque.

En tous cas, le nouveau leader de la Russie,  Poutine fût aimable après les attaques du 11 septembre  2001, allant jusqu’à offrir à l’OTAN un corridor de transport militaire à travers la Russie jusqu’en Afghanistan ( fermé en 2015). Ceci fût salué par George W. Bush par l’accroissement du nombre des pays de l’OTAN augmenté de sept pays en 2004. ( La presse américaine ne rendit qu’un léger compte de cet extraordinaire développement géopolitique, elle vit et continue de voir l’expansion de l’OTAN comme aussi peu problématique que l’expansion des Nations unies ou de l’Europe) Puis en avril 2008, l’OTAN annonça que la Géorgie ferait partie des prochains membres à rejoindre l’alliance.

Bientôt le Président géorgien fou  Mikhail Saakashvili, stimulé par la perspective de son appartenance à venir à l’OTAN déclencha une guerre contre la province dissidente de l’Ossétie du sud, qui n’a jamais accepté son rattachement au nouvel état de Géorgie établi sur la dissolution de la République socialiste de Géorgie de 1991. Les Ossètes, craignant le nationalisme résurgent géorgien cherchèrent un rapprochement avec la Fédération russe. Et le peuple de l’Abkhazia fit de même.

Les deux  « conflits gelés » entre la Géorgie et ses peuples, sont restés tells à cause du déploiement des forces russes et géorgiennes de main mise de la paix. La Russie n’avait pas reconnu ces régions comme indépendantes  ni donné son accord pour leur inclusion dans la Fédération russe. Mais quand des soldats russes moururent  dans une attaque de la Géorgie en août, la Russie répondit par une brève invasion punitive. Reconnaissant ensuite les deux états nouveaux (six mois après que les USA aient reconnu le Kosovo)

Saakashvili, au cas où vous soyez intéressés, fût destitué, accusé de crimes économiques, et privé de sa citoyenneté géorgienne. Après un emploi bref à l’Ecole de droit international et de diplomatie de Fletcher, à propos duquel, en tant que membre de la faculté de Tufts, je me sens profondément honteux – il fût employé comme gouverneur d’Odessa en Ukraine par le régime pro-OTAN mis au pouvoir par le coup d’état du 22 février 2014 soutenu par l’OTAN.

Le Sen. John McCain a proclamé en 2008 : «  Nous sommes tous des Géorgiens maintenant » et a plaidé pour l’aide militaire américaine au régime géorgien En tant qu’avocat de la guerre comme régle, MC. Cain devint alors le premier défenseur d’un changement de régime en Ukraine afin de permettre l’entrée de ce pays dans l’OTAN. Les néocons au Département d’état comprenant principalement l’amie de MC Cain Victoria Nuland, décidèrent de placer 5 milliards de dollars dans le support aux  « aspirations européennes du peuple  ukrainien » ( ce qui veut dire : le désire de nombreux ukrainiens dans la partie ouest du pays de joindre l’UE- risquant, bien que vraisemblablement sans le réaliser, une réduction de leur niveau de vie sous un programme d’austérité à la manière grecque – suivi par une appartenance à l’OTAN, resserrant le nœud coulant autour de la Russie.

Le  président ukrainien a opté pour un pack d’aide généreux. Cette décision – de nier ces “ aspirations européennes ” fut utilisée pour arranger le coup d’état.

Mais regardons cela du point de vue russe. Regardons simplement cette carte montrant l’expansion de l’OTAN et imaginons le s’étendre sur ce vaste territoire ( le plus vaste d’Europe en fait) entre la Russie à l’est et la Pologne à l’ouest, longeant la Mer noire au sud. Les pays faisant partie de l’OTAN sont à présent montrés en bleu foncé, l’Ukraine et la Géorgie en vert. Imaginons l’incliusion de ces pays. Et imaginons que l’OTAN demande à la Russie de libérer ses équipement navals de Sébastopol, qui sont russes depuis 1783, les retournant en faveur de l’alliance (on répète l’anti-russe). Comment quiconque pourrait-il comprendre la situation en Ukraine sans prendre en compte cette base historique ?

Les Russes ont dénoncé le coup d’état contre le Président Yanukovych (élu démocratiquement- si cela importe- en 2010) qui a été fomenté par des néo-fascistes  et marqué dès le début par une campagne anti-russe infecte encouragée par le Département d’état US. La majorité de la population à l’est du pays, habité par des ethnies russes parlant Russe et n’ayant fait partie de l’Ukraine qu’à partir de 1917, ont aussi dénoncé le coup d’état et refusé d’accepter le régime anticonstitutionnel qui a pris le pouvoir le 22 février.

Quand ces individus rejetèrent le nouveau gouvernement et déclarèrent leur autonomie, l’armée ukrainienne fut envoyée pour les réprimer mais échoua, d’une façon embarrassante, quand les troupes, confrontées aux Babushkas en colère leur tournèrent le dos.  Le régime depuis lors s’appuie sur le néo-fasciste Azov Battalion pour persécuter les sécessionnistes  dans ce qui est devenu depuis un autre “ conflit gelé”.

La Russie, sans aucun doute, a assisté les sécessionnistes pendant qu’ils refusaient leur annexion  au territoire ukrainien, poussant à la création d’un système fédéral pour le pays  négocié par les parties. Des familles russes  enjambèrent la frontière russo-ukrainienne. Il y a de nombreux vétérans de la guerre contre l’Afghanistan dans les deux pays. L’armée soviétique intégrait des éléments russes et des ukrainiens. On peut assumer qu’il y a plus qu’assez de Russes en colère à propos d’atrocités comme celles  des meurtres des 42 Russes opposants au gouvernement à Odessa pour alimenter les volontaires du Dombas.

Mais il existe peu de preuves (mise à part la poignée de rapport faisant état de quelques douzaines de “ véhicules militaires non catégorisés en provenance de Russie à la fin 2014) d’une «  invasion » russe de l’Ukraine. Et l’annexion de la Crimée (c’est-à-dire la restauration de son statut de territoire russe de 1954) suivant un référendum tout à d=fait crédible, n’a nécessité aucune «  invasion » puisque il y avait déjà 38.000 soldats stationnés là. Tout ce qui leur restait à faire était de sécuriser les bâtiments du gouvernement, et de donner aux soldats ukrainiens l’option de quitter ou de rejoindre l’armée russe. (Beaucoup de soldats ukrainiens  ont choisi de rester et d’adopter la citoyenneté russe.)

Malgré tout, ces deux incidents – la brève guerre contre la Géorgie de 2008 et la réponse ( tempérée) de Moscou au coup d’état ukrainien de 2014- ont été présenté comme des preuves d’un projet global d’expansion militaire, demandant une réponse ferme des US. L’ensemble de la classe des commentateurs des medias câblés adopte ce récit.

Mais ce sont des fous aveugles. Qui a, en ce jeune siècle, entraîné plus de désordre que les USA, saccageant des pays entiers, massacrant des centaines de milliers d’innocents, provoqué plus d’outrages à travers des séances de tortures grotesquement décrites, générant de nouvelles troupes terroristes et inondant l’Europe de réfugiés qui comprennent quelques individus prêts à semer le chaos et la terreur dans les villes européennes ?  Comment une personne rationnelle peut-elle avec un tant soit peu  de lucidité sur l’histoire depuis 1991,  conclure que c’est la Russie qui est l’agresseur ?

Et pourtant, c’est ce que dit la sagesse populaire. Je doute de pouvoir obtenir un poste de commentateur à la télévision, si vous me le demandez. Les téléprompteurs vont faire allusion quotidiennement à l’agression de Poutine et à l’expansion russe et au besoin pour tout Président mâture de respecter la tradition séculaire de supporter l’OTAN à n’importe quel prix. Et donc maintenant, les commentateurs se doivent de répéter ce que 17 services de renseignement ont conclu : «  Vladimir Poutine a interféré avec les élections américaines »

Puisqu’il n’y a aucune preuve de ce fait, on doit conclure que les Démocrates perdants  ont plongé les mains dans le sac assez fiable des boucs émissaires  et postulé que la Russie et Poutine en particulier doivent avoir piraté le DNC afin de – à travers la révélation de sources de première main d’une validité irrécusable, révélant la détermination de le DNC à faire élire Clinton, tout en Donald Trump comme le candidat républicain – sabotant Sanders et en promouvant ( à travers leurs représentants médiatiques) compromettre la légitimité de Clinton.

Toutes sortes de libéraux, y compris les meilleurs défenseurs de Sanders comme Tina Turner, sont complètement embarqués dans la champagne de diffamation anti-Poutine. C’est triste et préoccupant que tant de personnes progressistes souhaitent sauter dans le train d’une nouvelle guerre froide. C’est comme si ils n’avaient rien appris de l’histoire mais avaient positivement hâte, dans leur peur et leur rage, de revivre l’époque du Maccarthysme.

Mais le fond de l’affaire est que la russophobie américaine ne repose pas sur la raison, le jugement ou le savoir sur l’histoire récente et sur la capacité à faire des comparaisons rationnelles. Elle repose sur des présupposées quasi-religieux sur «  l’exceptionnalisme américain” et en particulier sur le droit des USA à s’étendre militairement au dépend de la Russie – comme un bien évident en soi, plutôt que comme le risque affreux distinct, évident d’une menace de troisième guerre mondiale.

Les faucons du Congrès – bipartisans, immoraux, ignorant, soumis à Israël, opportunistes salauds – sont déterminés à dissuader le président –élu ( la bile me monte à la gorge en utilisant ce terme mais c’est vrai, c’est ce qu’il est techniquement)  de tout rapprochement significatif avec la Russie ( Mon  dieu, ils doivent être horrifiés à l’idée de la possibilité que Trump suive le conseil donné par Kissinger de reconnaître le droit d’annexion russe de la Crimée ! )  Ils veulent tant l’embarrasser avec l’accusation d’être ( Comme Hillary l’a accuse lors de la champagne) la « marionnette » de Poutine qu’il se dédit de sa vague promesse de «  s’entendre avec la Russie »

Ils  ne veulent pas s’entendre avec la Russie. Ils veulent plus d’expansion de l’OTAN, plus de confrontations. Ils sont furieux contre la victoire russo-syrienne contre les forces menées par Al Qaeda soutenues par les USA en Syrie, spécialement la libération d’Alep que les médias US (1) n’ont jamais pu couvrir n’ayant aucun journalistes sur place et peu d’intérêt puisque les événements de Syrie provoquaient d’une façon si puissante les points proposés par le Département d’état organisaient les reportages (2). Transformant systématiquement, comme la victoire tragique du mal, la victoire d’Assad sur une héroïque opposition imaginaire et (3) voyant le renforcement de la position de la Syrie comme la réémergence de la Russie comme superpuissance.  (ce qu’ils ne peuvent absolument pas accepter, au titre d’une sorte de conviction religieuse. Les USA de la doctrine officielle devant maintenir «  leur dominance sur un spectre entier » sur la monde et prohiber l’émergence de tout compétiteur possible, pour toujours.)

*****

La première Guerre froide était basée sur la peur de l’Occident capitaliste devant l’expansion socialiste. Elle était basée sur la compréhension que l’URSS avait battu les Nazis, avait une prestige extraordinaire dans le monde et représentait alors le centre du mouvement d’accès global au communisme dans le monde.  Elle était basée sur la crainte de voir plus de pays affirmer leur indépendance face à au capitalisme impérialiste, empêchant les investisseurs d’accèder le monde des affaires. Elle avait un contenu idéologique. Celle-ci n’en a pas. La Russie comme les USA sont engagés dans le capitalisme et l’idéologie néolibérale. Leurs conflits sont de mêmes natures que ceux des USA et de l’Allemagne au début du 20ième siècle. Le Kaiser était au moins aussi «  démocratique » que l’étaient les US, le système n’était pas le problème. Il s’gissait juste de s’affronter pour le pouvoir, et comme cela s’est produit, les uSA intervenant dans la Première guerre mondiale tardivement et après que tout le monde soit épuisé, n’eurent qu’à nettoyer la place. Lors de la deuxième guerre mondiale, en Europe, les USA avaient hésité à envahir le continent en dépit des appels répétés des Soviets à le faire, ils ont répondu à la chute de Berlin aux mains des forces armées rouges en déployant des témoignages de forces vers la ville afin de pouvoir en réclamer le crédit partagé.

Puis les choses se tendirent, après la guerre, établissant  leur hégémonie sur presque toute l’Europe – beaucoup, beaucoup plus d’Europe que celle devenue une zone pro-soviétique, qui s’est depuis la fin du Traité de Varsovie complètement évaporée. La Russie est une version tronquée, affaiblie de son ancien self. Elle ne menace les USA d’aucune des façons don’t les USA s’effrayent eux-mêmes. Elle ne s’étend pas sous forme d’alliance militaire, elle ne détruit pas le Moyen –Orient à travers des changements de régime justifiés auprès des Américains par une désinformation pure et simple. En septembre 2015, Putin a demandé aux US, aux Nations unies «  Réalisez-vous ce que vous avez fait ? »

Malheureusement, les habitants de ce pays ne sont pas éduqués par leurs écoles, par la presse ou même par leurs site web favoris, à réaliser ce qui s’est fait et à quel point c’est horrible, et comment tout est basé sur des mensonges. Les informations mensongères sont ce qui est à l’ordre du jour.

Le haut est le bas, le noir est le blanc, la Russie est l’agresseur, les USA sont la victime. Le nouveau président doit jouer avec son équipe et , au nom de dieu, comprendre que Poutine est l’Hitler de notre temps et si Trump veut s’entendre avec lui, il faudra qu’il devienne un joueur de l’équipe embrassant la plus basique de ces vérités  dans ce pays si particulièrement impérialiste : La Russie ( avec son patrimoine nucléaire, qui fait pendant à égalité avec celui des USA) est l’ennemi, dont chaque action se doit d’enflammer les sentiments anti-Russes,  comme le sentiment par défaut à l’égard de ce pays encerclé par l’OTAN, criblé de sanctions, non menaçant en place d’une relation raisonnable et prudente.

*****

L’affreux « correspondant national en chef » de CNN, John King ( ancien époux de Dana Bash,  l’également affreuse «  correspondante politique en chef » de CNN, vient juste de poser une question, avec un air d’agressivité irritée :  «  Qui Donald Trump respecte-t-il le plus ? Les services de renseignements US ou le type qui a commence Wikileaks ? »  (Assange)

IC’est une exigence pour le camp Trump d’acheter le jeu du blame sur les Russes, ou d’être accuse de diffamation comme proche du lanceur d’alerte motive piour exposer les crimes multiples de l’impérialisme US.

.Donc, la vraie question est : Est-ce que Trump joue le jeu et crédite les  « les services de renseignements »  qui génèrent des «  productions des services de renseignements » à la carte, ou est-ce qu’il repousse les poussées des bellicistes qui cherchent une épreuve de force avec la Russie de Poutine ? Est-ce que la seconde Guerre froide va tou »ner court gentiment ou culminer dans une conflagration que la « Destruction mutuelle assure » (MAD)  était supposée rendre impossible ?

La dernière solution serait plus que stupide. Mais les gens stupides – ou les gens sages exploitant cyniquement la stupidité des autres – modèlent l’opinion chaque jour et depuis la première Guerre froide se sont basés sur d’innombrables mensonges.

Gary Leupp est Professeur d’histoire à l’Université de Tufts et occupe un poste au Département des religions. Il est l’auteur de «  Servants, Shophands eand laborers in the town of Tokugawa au Japon, Male colors, The construction of homosexuality à Tokugawa, Japon, de Interratial intimacy in Japan, Westerne men and japanese women, 1543. 1900. Il est contributeur à “ Hopeless : Barack Obama etand the politics of illusion ( AK Press)s Professor of History at Tufts University, and holds a secondary appointment in the Department of Religion. He is the author of Servants, Shophands and Laborers in in the Cities of Tokugawa JapanMale Colors: The Construction of Homosexuality in Tokugawa Japan; and Interracial Intimacy in Japan: Western Men and Japanese Women, 1543-1900. He is a contributor to Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion, (AK Press). 

Il peut être joint à gleupp@tufts.edu

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

Plus d’articles de :GARY LEUPP

 

L’Armée américaine, quel gâchis William Hartung

 

Tomgram : William Hartung. The US Military, what a waste! 

 

Tomgram: William Hartung, L’armée américaine, quel gâchis !

 

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Virginia

William Hartung
À la fin de l’année passée, j’ai passé quelques temps à creuser dans les efforts de reconstruction du Pentagone en Irak et en Afghanistan, pays qu’il avait envahi en 2001 et 2003 en tandem avec un choix d’équipe de compagnies privées de mercenaires de     compagnies privées de mercenaires. Comme histoire fabulée de ce que peuvent faire les Américains dans des pays éloignés, les deux se sont avérés d’une façon consternante être un conte sur ce que les Américains ne peuvent pas fair, des constructions de routes (qui ont commence immédiatement à tomber en miettes) à des académies de police construites (qui se sont montrées  assez hasardeuses pour la santé) à des prisons commencées (qui n’ont  jamais été finies) à des écoles construites restées non équipées, en passant par des petits transferts d’armes (qui ont été “perdues” pendant le transit) et à des armées construites, entraînées et équipées à des coûts incroyables  (qui se sont évanouies ). C’est comme si tout ce à quoi avait touché le Pentagone n’avait tourné en autre chose qu’en débris ( y compris la  guerre sans fin qu’il combattait).  Tout ceci ajouté à ce que j’avais appelé une massive arnaque, “$cam” avec l’argent des contribuables américains perdu en quantité qui  défie l’imagination. En lisant la dernière publication de William Hartung sur le «  gâchis » du Pentagone me sont revenues en mémoire les articles de Tomdispatch.   Ce n’est pas arrivé uniquement à Kaboul ou à Bagdad, ça se passé là, dans les bons vieux USA depuis, comme le rappelle Hartung, cinquante ans. Il n’existe qu’une seule différence que je puisse reconnaître : à Kaboul à Bagdad et dans d’autres capitales du Moyen-Orient et d’Afrique, si nous avons vu des versions beaucoup plus petites de ce «  gâchis » tolérées par les élites locales de ces pays, nous aurions nommé cela de la “corruption” sans sourciller. Aussi, voici une petite suggestion, en lisant Hartung, prenez la peine de penser comme ce qui aurait été considéré comme un style de corruption tiers-mondiste est enterré en profondeur au cœur même de notre système et dans la façon d’être du complexe militaro-industriel. Maintenant, le Président Dwight Eisenhower  doit se retourner dans sa tombe/.
Tom

 

 

Comment ne jamais faire d’audit sur le Pentagone ?
Cinq décennies plus tard, la machine à gâcher militaire tourne à toute allure.
Par William D. Hartung

Des 150 millions dépensés  pour les villas privées d’une poignée de personnel en Afghanistan aux 2, 7 millions dans un ballon de surveillance par air qui ne fonctionne pas, les dernières révélations sur les pertes du Pentagone ne sont que les dernières bourdes dans une longue série d’histoires identiques étendue sur les dernières cinquante années. Les derniers exemples sur le feu comprendraient l’achat par l’armée d’hélices d’hélicoptères valant 500 dollars pièce pour la somme de 8000 dollars chacune et l’accumulation de milliards de dollars de pièces d’armement qui ne serviront jamais. Puis, vient celle qui devrait être la favorite des histoires de gâchis sur la liste du Pentagone : la dépense de plus de 50.000 dollars pour faire des recherches  sur les capacités de détecteurs de bombe des éléphants d’Afrique ( Et là vient le choc, ils n’étaient pas tellement capables) La recherche sur les éléphants, bien sûr, représente un élément idiot dans la cagnotte dilapidée du Pentagone et dans le contexte  des 600 milliards et plus de budget, mais permet d’envisager à quelle distance absurde le Département de la défense ira quand ce qui est en jeu est la dépense de l’argent du contribuable.

Gardez  à l’esprit que les exemples ci-dessus sont juste le sommet du sommet de l’iceberg titanesque des gâchis militaires. Dans un rapport récent, effectué pour le Center for International Policy, j’ai identifié 27 exemples récents de dépenses inutiles similaires se montant à plus de 33 millions. Et ce n’était rien de plus qu’un échantillonnage de la vie quotidienne dans un monde du 21ième siècle Pentagonesque.

La profusion étonnante et persistante de tels cas suggère qu’il est temps de repenser ce qu’ils représentent exactement. Loin d’être des aberrations  demandant à être corrigées afin de faire marcher mieux le Pentagone, perdre des sommes importantes provenant de l’argent du contribuable devrait être vu comme une manière d’être du Département de la défense. Et, avec ça à l’esprit, allons faite un petit tour dans les gâchis du Pentagone des années 60 à maintenant.

Dans combien d’états pouvez-vous perdre des emplois ?

La première personne à avoir porté à l’attention publique la taille et l’ampleur du problème des partes du Pentagone a été  Ernest Fitzgerald, un assistant à la gestion des systèmes pour l’Air. À la fin des années 60, il s’est battu pour montrer les coûts supplémentaires massifs sur les avions de transports aériens en C5A de Lockheed. Il a risqué son emploi et a finalement été licencié, pour avoir  révélé un coût supplémentaire de 2 milliards dans les dépenses sur un avion qui était supposé faire du rapide déploiement de grandes quantités de matériels militaires au Vietnam et dans d’autres conflits à distance une réalité.

L’augmentation du coût du C-5A a été de deux fois le prix initialement donné par Lockheed, et à l’époque, le plus gros écart de prix jamais manifesté. Ce fût également un épisode particulièrement intéressant, parce que le Secrétaire à la Défense Robert McNamara s’était engagé à mettre en œuvre pour tenir le processus budgétaire du Pentagone des méthodes de budgétisation efficaces.

Il n’a pas eu de chance, à ce qu’il apparaît, mais les révélations de Fitzgerald ont au moins eu le bénéfice de déclencher une décennie d’analyse médiatique et l’attention du Congrès sur les pratiques financières de l’industrie de l’armement.    Le  fiasco du C-5A combiné aux problèmes financiers de Lookheed liés à son projet d’avion de ligne L-1011, a conduit la compagnie à solliciter le Congrès, la coupelle à la main pour une couverture  gouvernementale de 250 millions. Le Sénateur du Wisconsin William Proxmire, qui avait aidé à constater les excès de dépenses sur le C-5A s’opposa vigoureusement à la mesure et atteint la défaite au Sénat à une voix près.

Utilisant une technique de lobbying ayant fait ses preuves qui a été depuis celle des constructeurs d’armes  Lockheed  a déclaré  que le refus de fournir des garanties coûterai 34000 emplois dans 35 états, tout en compromettant la capacité du Pentagone a préparer la prochaine guerre, où qu’elle ait lieu. La tactique marcha comme un charme. Le sénateur du Montana Lee Metcalf, dont le vote permis le dit :  “ Je ne vais pas être celui qui va mettre des milliers de gens au chômage. »  Une analyse du New York Time montra que chaque sénateur ayant des usines liées à Lookheed dans son état vota pour le marché.

En récompensant Lockheed Martin pour ses pratiques dispendieuses, le Congrès a créé un précédent qui n’a jamais été  remplacé. Un cas actuel en jeu est – quand on parle du loup- l’avion de combat F35 de Loockeed Martin. Avec 1.4 trillions de frais d’acquisition et de coût opératoires au cours de sa vie, ce sera le programme d’armement le plus cher jamais entrepris par le Pentagone ( ou par quiconque sur la planète Terre), et les signes d’alarme sont déjà présentes : des dizaines de milliards de dollars dans des surcoûts projetés et des myriades de problèmes dans les performances avant que le F35 soit même à la fin de sa période d’essai.  Maintenant, le Pentagone veut accélérer la production de l’avion en créant un “ achat en bloc” de plus de 400 avions qui ne nécessiteront peu ou pas de  contrôle   à l’égard de la qualité et du coût final du produit.

D’une façon prévisible, presque cinq décennies après le contre-temps du C-5A, Loocked-Martin a développé un version inflationniste de l’argument des emplois en défendant le F-35, assurant d’une  façon exagérée  que l’avion créerait 120.000 emplois dans 46 états. La compagnie a même créé une carte  interactive commode  montrant combien d’emplois créerait le programme état par état. Peu importe le fait que les dépenses d’armement soit le moins efficace moyen de créer des emplois trainant loin derrière les investissements dans l’habitat, l’éducation ou les infrastructures.  

 

Le classique siège de toilettes à 640 dollars.

Malgré les dizaines de milliards perdus sur un projet comme le F-35, les exemples qui semblent attirer le plus l’attention des medias et le plus d’ulcération de la part des contribuables sont les excès de dépenses sur des accessoires de la vie quotidienne.   Peut-être parce que l’individu de base n’a pas le sens du coût d’un avion de combat mais peut plus facilement envisager le fait qu’une dépense  de 640 dollars pour un siège de toilette ou de 7600 dollars pour une cafetière puisse être scandaleuse.  Ces sortes d’exemples – révélés pour la première fois  en 1980 par Dina Rasor du Project on Military Procurement – on compromit la position du gouvernement de Ronald Reagan selon laquelle pas un penny ne pourrait être prélevé du budget,- alors record en temps de paix – du Pentagone.

Les médias ont vidé leur assiette sur ces histoires. Les dépenses surévaluées du Pentagone pour chaque article ont généré  des centaines d’articles dans les journaux et les magazines, y compris un page de couverture dans le Washington Post. Deux lanceurs d’alerte ont même été interviewés dans le Todayshow et Johnny Carson a plaisanté sur de tels scandales dans ses monologues d’introduction du Tonight Show. Il est possible que la description la plus  mémorable du problème soit un dessin humoristique  de Herblock du Washington Post montrant le Secrétaire de la défense de Reagan, Weinberger portant un siège de toilettes de 650 dollars autour du cou.  Cette explosion de vérités, d’alertes, de journalisme d’investigation et de moqueries ont aidé à poser un plafond aux accumulations militaires mais- vous ne serez pas surpris de l’apprendre- n’ont pas empêché le Pentagone de trouver des manières toujours plus innovantes de dépenser l’argent du contribuable.

Le choix de dépense le plus choquant des années 90 fut sans doute la décision du gouvernement Clinton de subventionner  la fusion  odes firmes les plus importantes de la défense. Comme Lockheed ( oui, encore) et Martin Marietta ont fusionné, Northrop a fait équipe avec Grumman et Boing acheté Mc Donnel Douglas, le Pentagone a fourni les fonds pour payer pour tout, de la fermeture d’usines au financement de parachutes en or pour des cadres déplacés et des membres des conseils d’administration. À l’époque, le Sénateur du Vermont, Bernie Sanders avait fort à propos surnommé ce processus “des pots de vin pour des mises à pied”  comme les administrateurs des firmes de défense recevaient des indemnités juteuses alors que les employés étaient largement laissés livrés à eux-mêmes.

La rationalisation du Pentagone pour justifier ces centaines de millions de dollars offerts au mastodonde de la défense  était risible. L’argument était – absurde s’il en est – était que les nouvelles et plus importantes compagnies fourniraient le Pentagone à des prix plus bas une fois éliminés les frais généraux. L’ancien membre du Pentagone Lawrence Korb, qui s’opposa aux subventions à l’époque, note l’évidence : il n’existe aucune prévue que le programme d’armement devienne moins cher, que les dépassements de coût baissent ou que le gâchis se réduise tant soi peu grâce au financement des fusions des compagnies. Et comme il est devenu clair dans le monde des géants de l’armement qui a suivi, l’accentuation du pouvoir de marchandage de compagnies comme Loockheed Martin dans un marché offrant une baisse de la compétition significative a sans aucun doute augmenté d’une façon significative le coût des armes.

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Ne pas faire d’audit sur le Pentagone a coûté 6 milliards.

La figure emblématique du gâchis lors de la première décennie du 21ième siècle a certainement été les milliards de dollars qu’un Pentagone en voie de privatisation a distribué à des compagnies surprotégées  comme Halliburton qui a accompagné l’armée US dans les zones de combat et s’est engagée dans un programme de  construction de bases et de projets de « reconstruction » ( alias «  construction nationale)  en Irak et en Afghanistan. L’Inspection  générale spéciale pour la reconstruction en Afghanistan (SIGAR) à elle seule semble offrir de nouveaux exemples de gâchis, de fraude et d’abus pratiquement sur une base hebdomadaire. Parmi les projets afghan qui ont été entrepris au court des années se trouve une  « autoroute pour nulle part » ,de plusieurs millions,   une station essence de 43 millions   au milieu de nulle part,  Un quartier général de  25 millions « maison de l’art » pour l’armée US dans la province de Helmand, avec tous les habituels surcoûts, que personne n’a jamais utilisé et le paiement actuel de salaires à des milliers de personnes inexistantes, fort à propos nommés «  les soldats fantômes »  .   Ceci n’étant que le début d’une longue, longue liste. L’année passée,  Pro Publica créa un précieux graphique interactif détaillant les 17 milliards engloutis dans des dépenses inutiles exposées par  SIGAR, complété par des informations sur ce que cet argent aurait pu permettre si il avait été dépensé efficacement.

Une des raisons pour lesquelles le Pentagone a pu s’en tirer malgré tout ceci est qu’il s’est étrangement montré incapable de pratiquer  un simple audit sur lui-même, en dépit des demandes mandatées du Congrès remontant aux années 90. Très à propos, ceci signifie que le Département de la défense ne peut nous dire combien d’équipements ont été achetés, ou la fréquence de ses dépassements, ou même combien de sous-traitants il emploie. Ceci peut être un défaut de comptabilité spectaculaire mais c’est un très bon point pour les firmes d’armement, qui profite d’autant plus de ce minimum de comptabilité. Appelons ça de l’ironie ou symptôme d’un mode de vie à succès mais une analyse récente de Project sur le contrôle gouvernemental note que le Pentagone a dépensé jusque-là environ 6 milliards à « régler » la question de l’audit – sans solution en vue.

 

Au contraire, les pratiques comptables du Pentagone lors des dernières années ont empiré. Parmi les offenses à n’importe quel sens comptable raisonnable, le plus frappant peut-être a été la façon dont le budget de guerre – connu au Pentagone sous le nom de Overseas Contingency Operations account –[compte pour les opérations contingentes d’outre-mer] a été utilisé comme fond de caisse noire  pour régler des dizaines de milliards de dollars d’ articles n’ayant rien à faire avec la guerre.  Ces manœuvres d’évitement ont été utilisées pour contourner les limites imposes par le Congrès au budget ordinaire dans le Budget Control Act de 2011.

Si le Pentagone arrive à ses fins, l’armement nucléaire aura lui aussi sa caisse noire. Pendant des années le lobby des sous-marins a caressé l’idée d’un fond pour une plateforme de dissuasion basée en mer   (en dehors du budget naval régulier de l’armée) qui financerait les tirs de missiles balistiques sous-marins. Le Congrès avait approuvé l’idée et maintenant on demande   un fond de dissuasion qui donnerait un traitement budgétaire spécial aux bombardiers et aux missiles balistiques intercontinentaux également. Si c’est accepté, ce changement jettera par la fenêtre la plus proche la discipline budgétaire minimum qui existe maintenant au Pentagone et augmentera les dépassements budgétaires du Département, qui  excèdent  déjà les niveaux atteints lors de la période précédente de Reagan.

Pourquoi les dépenses et le gaspillage du Pentagone a-t-il été si difficile à maitriser ? La réponse, en un sens, est simple : le complexe militaro-industriel profite du gaspillage.  Un regard plus proche sur le gaspillage pourrait signifier non seulement des pièces de rechange moins chères mais aussi de sérieuses questions pour savoir si des poules aux œufs d’or comme le F-35 sont d’une quelconque utilité. Un recensement précis des centaines de milliers de sous-traitants privés employés par le Pentagone pourrait révéler qu’une large proportion d’entre eux fait un travail qui est soi en double soi inutile.  En d’autres termes, un audit effectif ou n’importe quel contrôle sérieux du Pentagone sur ses pratiques dispendieuses pourrait représenter une menace financière sur un secteur qui s’en sort parfaitement bien avec les arrangements actuels.

Qui sait ? Si les pratiques dispendieuses du Département de la défense étaient même simplement soumises à un regard et à un contrôle authentique, les gens pourraient commencer à poser des questions, par exemple, pourquoi un pays qui a déjà la capacité de détruire la planète entière plusieurs fois a besoin de  dépenser     1 milliard durant les prochaines trois décennies sur une nouvelle génération de missiles balistiques, de bombardiers, de sous-marins nucléaires. Rein de tout cela ne serait une bonne nouvelle pour les entrepreneurs et pour leurs alliés au Pentagone et au Congrès.

 

Sans doute, de temps en temps, vous continuerez à entendre des histoires de gâchis du Pentagone  ou des éléphants détecteurs de bombe égarés sur les médias . Sans une campagne concertée de pression publique comme nous n’en avons pas vue lors de ces dernières années, cependant, le budget hémorragique du Pentagone  ne sera jamais maîtrisé, cet audit ne se produira jamais et les fabricants, notre argent en main,  continueront à siffloter d’un cœur gai sur le chemin de la banque.

 

William D. Hartung, un auteur régulier sur  TomDispatch , est le Directeur de “Arms and Security Project” au centre de politique international. Il est l’auteur, entre autres de :   Prophets of War: Lockheed Martin and the Making of the Military-Industrial Complex.

Copyright 2016 William D. Hartung

 

 

 

Traduction  : Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

Privatiser l’apocalypse Richard Krushnic et Jonathan King

Après une présentation rédigée par Tom Engelhart que nous avons souhaité garder, Richard Krushnic et Jonathan King nous convient à découvrir les dessous de cet énorme entreprise qu’est la maintenance, la conception et le stockage de l’armement nucléaire aux USA. Des sommes phénoménales, toutes évidemment issues des impôts de l’Amérique sont allouées à des entreprises et à des sous-traitants d’un des projets de destruction massive les plus radicaux que la planète ait connu. Fonds dont personne ne connaît effectivement le montant et qui se voient reconduits par les poussées régulières des lobbies qui achètent le Congrès. Dans une obscurité quasi totale, organisée et maintenue opaque par les corporations se prépare l’apocalypse.EG

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Privatizing the Apocalypse 

Krushnic and King, Le complexe nucléaire multi-national

Ils ont dirigé les compagnies les plus profitables de l’histoire et, pour le dire franchement, ils sont en train de détruire la planète. Dans le passé, étant donné l’obsession terroriste des USA, je les avais nommé « terraristes ». Je fais référence, bien sûr, aux CEO des compagnies de la « grosse énergie », qui lors de ces dernières années ont tout fait pour trouver de nouveaux  moyens d’exploiter chaque réservoir d’énergie fossile imaginable sur la planète et de le remettre dans l’atmosphère sous forme d’émissions de dioxyde de carbone. Une chose est sûre : tout comme les responsables des compagnies de tabac, de l’industrie du cuivre  ou des équipements d’amiante  l’ont fait avant eux, ils savent ce que leur attirance pour les méga-profits signifie pour nous. – regardons la saison des incendies dans l’ouest de l’Amérique cette année. Et pour nos enfants et petits-enfants. Si vous pensez que le monde fait face en ce moment à un afflux important de réfugiés, attendez juste que les sécheresses soient plus sévères  et que les inondations  des zones côtières  augmentent. 

Comme je l’ai écrit en 2013 avec ces trois industries, les résultats négatifs sont arrivés comme par hasard des années, voire des dizaines d’années après l’exposition et ont donc été difficiles à connecter avec elle. Chacune d’entre elles savaient qu’il existait un lien. Chacune utilisa le fait que le temps en était déconnecté  comme protection. Une différence : si vous étiez un cadre de l’industrie du tabac, du cuivre ou de l’amiante, vous pouviez faire en sorte que vos enfants ou vos petits-enfants ne soient pas exposés à vos produits. Sur le long terme, il n’y a pas ce choix quand il s’agit des industries fossiles et du CO2, car nous vivons tous sur la même planète  (bien qu’il soit aussi exact que les nantis des zones tempérées ne seront vraisemblablement pas les premiers à souffrir)

D’une façon assez remarquable, comme Richard Krushnic et  Jonathan King le mettent en évidence aujourd’hui, les profits amassés par un autre groupe de chefs d’entreprise sont tout autant liés à des façons intimes de potentiellement détruire la planète (au moins en tant qu’environnement habitable pour l’humanité et pour d’autres espèces) et des dizaines de millions de personnes. Ce sont les exécutifs qui dirigent les compagnies qui développent, assurent la maintenance et modernisent notre arsenal nucléaire et, tout comme les compagnies de l’énergie, utilisent leurs lobbies et leur cash pour constamment pousser Washington vers toujours plus de la même chose. Un jour, en regardant en arrière, les historiens (s’il en existe encore)  considéreront, sans doute possible, les activités de ces deux groupes comme les exemples ultimes de la criminalité. Tom.

Privatiser l’Apocalypse

Comment les compagnies de l’armement nucléaire réquisitionnent vos impôts 

Richard Krushnic et Jonathan Alan King 

Imaginons pour un moment une véritable absurdité : quelque part aux USA, les opérations hautement lucratives d’un panel d’entreprises sont basées sur la possibilité que tôt ou tard notre voisinage sera détruit et que vous et vos voisins vous serez anéantis. Et pas seulement vous et vos voisins mais d’autres individus et leurs voisins à travers toute la planète. Que penserions-nous de telles compagnies ?  De tels projets ?  Et des méga-profits tirés de tout cela ?

En fait de telles compagnies existent vraiment. Elles sont au service de l’industrie de l’armement nucléaire américain et du vaste arsenal, potentiellement destructeur de la planète, du Pentagone. Elles en tirent des profits massifs, leurs membres vivent des vies confortables dans notre voisinage et jouent des rôles actifs dans la politique de Washington. La plupart des Américains savent très peu sinon rien sur leurs activités et les médias ne se préoccupent que rarement d’enquêter sur elles et sur leurs profits, même si le travail qu’elles accomplissent est au service d’un futur apocalyptique au-delà de toute imagination.

Ajoutons à l’étrangeté de tout ceci une autre improbabilité. Les armes nucléaires ont été à l’affiche pendant des années et cependant l’attention actuellement est focalisée comme un projecteur sur un pays qui ne possède pas une seule arme nucléaire, et pour autant que puisse en témoigner  les services de renseignements américains, n’a montré aucun signe de sa volonté d’en construire une. Nous voulons parler, bien sûr, de l’Iran.

Par contre, presque jamais ne sont présents dans les nouvelles les arsenaux, eux parfaitement réels, qui pourraient faire des ravages sur la planète, tout particulièrement notre propre arsenal et celui de notre ancien ennemi, la Russie.

Dans le récent débat sur l’accord du Président Obama avec l’Iran et le fait de savoir s’il préviendrait ce pays de jamais développer son armement nucléaire, vous pouviez chercher partout afin de trouver une vraie discussion sur l’arsenal américain, même si le Bulletin of the Atomic Scientists estime qu’il comprend à peu près 4700 têtes nucléaires actives.  Ce qui inclut un large éventail de bombes et de missiles terrestres ou immergés. Si par exemple, un seul sous-marin nucléaire Ohio Class – et l’armée en a 14, équipés d’ogives nucléaires, devait lancer  ses 24 missiles Trident, chacun équipé de 12 mégatonnes de têtes nucléaires à cibles indépendantes, les villes principales de tout pays visé dans le monde pourraient disparaître et des millions de personnes mourir.

Bien sûr, les détonations et les incendies liés entraîneraient tant de fumée et de particules dans l’atmosphère que le résultat en serait un hiver nucléaire, déclenchant une famine mondiale et la mort possible de centaines de millions de personnes, y compris des Américains (où que soit tombé le missile). Cependant, comme dans un roman classique du Dr. Seuss, on devrait ajouter : ce n’est pas tout, oh, non, ce n’est pas tout ! En ce moment l’administration Obama projette d’investir un millier de milliards de dollars dans les 30 années à venir afin de moderniser et de mettre à jour les forces nucléaires américaines.

Étant entendu que l’actuel arsenal représente des capacités de tueries outrancières – il pourrait détruire de nombreuses planètes de la taille de la Terre aucune de ces dollars du contribuable en plus n’apportera aux Américains la moindre sécurité ou protection accrues.  Pour la sécurité de la nation, il importe peu que dans les années à venir, la précision de tir des missiles dont la tête détruirait complètement toute créature vivante dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres soit réduite de 500 à 300 mètres. Si une telle « modernisation » n’a aucune signification militaire évidente, pourquoi cette poussée pour des dépenses supplémentaires dans l’armement nucléaire ?

Un facteur signifiant dans la cagnotte du nucléaire américain passé régulièrement inaperçu : les corporations qui détiennent l’industrie nucléaire. Pourtant les pressions qu’elles sont à même d’exercer en faveur d’une augmentation constante des dépenses nucléaires sont radicalement sous-estimées dans ce qui est passé pour un « débat » sur le sujet.

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Privatisation du développement de l’armement nucléaire.

 

Commençons par ce simple fait : la production, maintenance et modernisation de l’armement nucléaire sont une source de profit pour ce qui est, dans son essence, un cartel. Ils ne font évidemment pas face à une compétition étrangère pour  les contrats, étant donné que ce que nous évoquons là est l’arsenal militaire américain et que les contrats offerts par le gouvernement sont protégés de la critique de l’audit par l’apparence de la sécurité nationale. En outre, le modèle affairiste utilisé  est celui du « coût ajouté », ce qui signifie que quel que soit le dépassement du coût comparé au devis initial, les entrepreneurs reçoivent un pourcentage de profit garanti au-dessus des coûts. De gros profits sont effectivement garantis, quels que soient le niveau d’inefficacité ou de surévaluation du coût que puissent concerner le projet. En d’autres mots, il n’est pas possible pour les entrepreneurs de perdre de l’argent sur leur travaux, qu’ils soient efficaces ou non. (Rien à voir donc avec le modèle de libre-échange de la production libérale)

Ces profits bien protégés et les firmes les amassant sont devenus un facteur majeur dans la promotion du développement de l’armement nucléaire, compromettant toute démarche de désarmement quelle qu’elle soit.  Des parties de ce processus devraient nous être familières bien sûr  puisque c’est une extension de la formule classique du Pentagone que l’économiste de l’industrie de l’Université de Columbia Seymour Melman a décrit d’une façon si frappante dans ses livres et ses articles. Une formule qui a produit  les infamies de marteau à 436 dollars et de cafetières électriques à 6322 dollars.

Etant donnés les processus et les profits, les entrepreneurs de l’armement ont un intérêt particulier à s’assurer que le peuple américain ait un sens aigu du danger et de l’insécurité  (même si ce sont eux qui sont devenus la source principale de danger et d’insécurité). Récemment la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires [International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN)] a produit un rapport frappant :   « Ne misez pas sur la bombe »  rendant compte des chefs d’entreprise les plus importants et de leurs investisseurs qui profiteront des améliorations à venir de l’armement nucléaire.

En fonction de la pénombre sur la sécurité nationale qui entoure les programmes d’armement nucléaires du pays, des audits authentiques sur les contrats de ces compagnies ne sont pas accessibles au public. Cependant, au moins les plus importantes compagnies profitant des contrats d’armement nucléaire peuvent maintenant être identifiées.  Dans le domaine des systèmes de distribution nucléaire – bombardiers, missiles et sous-marins – ceci inclus un nombre de noms de corporations familiers : Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, GenCorp Aerojet, Huntington Ingalls et Lockheed Martin. Dans d’autres secteurs comme la conception et la production, les noms en tête de liste sont moins connus : Babcock et Wilcox, Bechtel, Honeywell International, et URS Corporation. Pour les essais et la maintenance, les entrepreneurs comprennent Aecom, Flour, Jacobs Engineering et SAIC, les firmes qualifiées pour le ciblage et la guidance des missiles incluent Alliant Techsystem et Rockwell Collins.

Pour donner un bref aperçu des contrats : en 2014, ont été attribués à Bancock et Wilcox 76.8 millions de dollars pour l’amélioration des sous-marins Ohio Class. En Janvier 2013, il a été attribué 4,6 milliards de dollars  à General Dynamics Electric Boat Division afin de concevoir et de développer un sous-marin de dissuasion de la prochaine génération. Plus sur ce qui est su à propos de tels contrats d’armement peut être disponible dans le rapport de l’ICAN, qui identifie aussi les banques et autres institutions financières ayant investi dans les entreprises d’armement nucléaire.

Beaucoup d’Américains ignorant que la plupart de la responsabilité touchant le développement des armes nucléaires, leur production et leur maintenance ne dépend pas du Pentagone mais du département de l’énergie [Department of Energy, DOE] qui dépense plus en armement nucléaire que dans le développement de sources d’énergie renouvelables. Une des clefs du projet nucléaire du DOE est les laboratoires fédéraux où sont élaborés, construits et testés les armes nucléaires.  Il s’agit de Sandia National Laboratory  à Albuquerque Nouveau Mexique, du  Los Alamos National Laboratory (LANL) à Los Alamos, Nouveau Mexique, du Lawrence Livermore National Laboratories  de Livermore, Californie.  Ceux-ci, chacun à leurs tours, reflètent une tendance continue dans le secteur de la sécurité nationale, les sites dénommés «  GOCO » [Appartenant au gouvernement, dirigés par des exploitants / Government Owned, Contractor Operated]. Dans le cadre des laboratoires, ce système représente une privatisation des politiques de dissuasion nucléaire et des autres stratégies d’armement nucléaire. A travers leurs contrats avec URS, Badcock et Wilcox, l’Université de Californie et Bechtel, les laboratoires de l’armement nucléaire sont dans une certaine mesure privatisés. Le contrat de LANL à lui seul se monte à 14 milliards de dollars. De même le Savannah River Nuclear Facility, à Aiken, en Caroline du sud où les têtes nucléaires sont fabriquées, est dirigé à la fois par Flour, Honeywell International et Hutington Ingalls Industries. Carolina. Leurs contrats avec le DOE pour les opérations de 2016 se montent à environ 8 milliards de dollars. En d’autres termes, pendant ces années qui ont vu la montée des corporations de guerriers  et une privatisation significative de l’Armée américaine et des agences de renseignement,  on peut assister à un même processus dans le monde de l’armement nucléaire.

En plus des principaux fournisseurs d’armement nucléaire, on trouve des centaines de sous-traitants, dont certains dépendent de cette sous-traitance pour l’essentiel de leurs affaires. Chacun d’entre eux a de cent à plusieurs centaines d’employés travaillant sur ces composants particuliers ou ces systèmes et avec leur influence sur les communautés locales, ils aident à appuyer la modernisation du programme nucléaire par l’intermédiaire de leurs représentants au Congrès.

Une des raisons de la rentabilité pour lesquelles l’industrie de l’armement nucléaire est extrêmement profitable est que l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [National Nuclear Security Administration (NNSA)] responsable du développement et des opérations de l’armement nucléaire du DOE ne contrôle pas les sous-traitants, ce qui rend également difficile le contrôle des premiers fournisseurs. Par exemple, quand dans le cadre du projet de tutelle gouvernementale [Project on Government Oversight] une demande d’information a été faite auprès du service de l’acte de liberté d’information [Freedom of Information Act] auprès de Babock et Wilcox, le sous-traitant en charge de la sécurité au complexe nucléaire Y612 de Oak Ridge, Tennesse, la NNSA a répondu qu’elle ne détenait aucune information   sur ce sous-traitant. Babcock & Wilcox était responsable alors de la construction des équipements pour le traitement de l’uranium à Y-12. Ils avaient sous-traité le travail de conception avec quatre compagnies et avaient manqué de les superviser et de consolider leurs travaux. Ceci mena à une conception inhabituelle qui n’a été abandonnée que lorsque les sous-traitants eurent reçu 600 millions de dollars pour ce travail inutile.  Ce cas d’Oak Ridge, à son tour a déclenché un rapport au Congrès  du service de justification gouvernemental en mai dernier indiquant que de tels problèmes étaient endémiques dans le service de l’armement nucléaire du DEO.

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Les lobbies du nucléaire

 

Les impôts dépensés sur la maintenance et le développement de l’armement nucléaire sont une partie significative du budget de l’état. Bien que difficiles à évaluer avec précision, les coûts s’élèvent aux alentours de cent milliards de dollars. En 2005, le bureau gouvernemental des justifications [Government Accountability Office]  rapportait que même le Pentagone n’avançait pas de sommes très précises quand il s’agissait du prix des missions nucléaires, de même qu’il n’existe de budget autonome pour l’armement nucléaire d’aucune sorte de façon à pouvoir estimer les surcoûts. Analysant les budgets du Pentagone   et celui de l’administration de la sécurité nucléaire nationale du département de l’énergie [Department of Energy’s National Nuclear Security Administration] ainsi que des informations glanées dans les déclarations du Congrès, le centre d’étude pour la non prolifération [Center for Nonproliferation Studies] suggère que de 2010 à 2018, les USA dépenseront au moins 179 milliards de dollars  pour maintenir leur actuelle triade de missiles, bombardiers et sous-marins, associés à leur armement nucléaire, tout en commençant le processus de développement de l’armement nouvelle génération. Le bureau du budget du Congrès [Congressional Budget Office]  projette un coût de la force nucléaire s’élevant à  348 milliards de 2015 à 2024, c’est-à-dire de 35 milliards par an, qui seront dépensés par le Pentagone à hauteur de 227 milliards et par le département de l’énergie à hauteur de 121 milliards. En fait le prix de la maintenance et du développement de l’arsenal nucléaire est beaucoup plus élevé que celui de ces estimations. Si ces chiffres incluent la plupart de coûts immédiats de l’armement nucléaire et des systèmes de tirs stratégiques comme les missiles et les sous-marins, ainsi que la plupart des coûts du personnel militaire responsable de la maintenance, de l’opérationnel et de l’exécution des missions, ils ne comprennent pas de nombreuses autres dépenses, dont celles de la mise hors service et du traitement des déchets nucléaires impliqués dans le déclassement des armes nucléaires. De même qu’ils n’incluent pas les pensions et les assurances maladies qui couvriront leurs employés.  .

En 2012, un rapport d’un comité de haut niveau présidé par l’ancien Chef d’état-major des armées, le Général James Cartwright, concluait que  « aucun argument sensé n’a été avancé pour prouver que l’usage des armes nucléaires pouvaient être utilisés afin de résoudre aucun des problèmes majeurs que le 21ième siècle a à faire face [y compris] les menaces provenant d’états voyous, d’état renversés, de la prolifération, des conflits régionaux, du terrorisme, de la cyber-guerre, du crime organisé, du trafic de drogue, des migrations de masse de réfugiés dues aux conflits, des épidémies ou du changement climatique. En fait les armes nucléaires sont devenues plus une partie du problème qu’une solution. »

Sans étonnement, pour la liste des corporations investies dans le programme d’armement nucléaire, ceci n’a que peu d’importance. Ils mènent des actions de lobbying afin de supporter continuellement leurs contrats sur l’armement. Dans une étude de 2012 menée pour le centre de politique internationale [Center for International Policy],  « Bombes vs budget : au sein du lobby nucléaire », William Hartung et Christine Anderson rapportent que, pour les élections de cette année, les 14 principales entreprises ont donné presque 3 millions directement aux législateurs du Congrès.  Assez peu surprenant, plus de la moitié de cette somme est allée aux comités et comités adjoints qui supervisent les dépenses de l’armement nucléaire.   En 2015, l’industrie de la défense mobilisa une petite armée de 718 lobbyistes et distribua plus de  67 millions de dollars afin de faire pression  sur le Congrès pour obtenir une augmentation du budget général de l’armement.  Parmi les contributeurs les plus importants se trouvaient les corporations ayant des contrats d’armement nucléaires significatifs dont Lockheed Martin, Boeing et General Dynamics. Un tel  lobby pro-nucléaire est renforcé par la contribution et la pression de la part des compagnies fabriquant des missiles et les compagnies aériennes qui ne sont pas avant tout orientées sur le nucléaire. Certains des systèmes qu’elles produisent cependant, sont potentiellement à double usage (conventionnels et nucléaires), ce qui signifie qu’un programme nucléaire robuste augmente leurs profits potentiels.

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La pression continuelle des Républicains du Congrès pour des coupes  dans les programmes d’aides sociales est un mécanisme crucial qui assure que les impôts fédéraux seront disponible pour des contrats militaires lucratifs. En terme de qualité de vie (ou de mort),  ceci signifie que l’influence sous-estimée de l’industrie de l’armement nucléaire est singulièrement dangereuse. En échange des 35 milliards ou plus qui seront annuellement versés par le contribuable dans de tels armements afin de supporter les intérêts étriqués de d’un nombre modeste de compagnies, le dédommagement est la peur d’un avenir apocalyptique. Après tout, contrairement à la plupart des autres lobbies, celui de l’armement nucléaire et donc vos impôts, mettent la vie sur terre en danger d’extinction rapide, ou bien à la suite d’une destruction directe d’un holocauste nucléaire ou par la réduction radicale de la lumière du soleil atteignant la surface de la terre qui proviendrait de l’hiver nucléaire qui suivra pratiquement tout échange nucléaire. Pour le moment le complexe industrio-nucléaire est caché dans notre brouillard, ses budgets et ses financements protégés du regard public, ses projets à peine notés. C’est la bonne formule pour un désastre.

Jonathan Alan King est professeur de biologie moléculaire à MIT et Président du comité d’abolition du nucléaire [Nuclear Abolition Committee] du Massachusetts Peace Action. Il peut être contacté à  Jonking1@verizon.net. Richard Krushnic est un ancien responsable de prêts immobiliers et un analyste des contrats immobiliers et commerciaux au Department of Neighborhood Development de Boston. Il est actuellement investi dans le développement communautaire en Amérique latine et peut être joint à  rkrushnic@gmail.com

Traduction Elisabeth Guerrier

Le monde en garnison David Vine

David Vine, Our Base Nation

David Vine nous permet une nouvelle fois de découvrir la situation de guerre totale menée par les USA par l’intermédiaire de leur politique d’implantation militaire globale : pas moins de 800 bases militaires de par le monde, dont beaucoup aux frontières mêmes des pays supposés être les  « ennemis » potentiels contre lesquels se protéger.  Cachant cette stratégie délibérément impérialiste considérée comme un acquis politique, le discours est, depuis l’après-guerre, celui de la protection des populations nord-américaines et aucune position publique s’y opposant ou le contredisant n’est accessible aux contribuables qui continuent de payer des milliards de dollars pour des équipements et des forces humaines qui compromettent la possibilité d’une résolution des tensions par la négociation, endommagent les territoires occupés par ces bases et créent un état permanent de guerre dangereux pour les populations de la planète entière. E.G

 

Le monde en garnison

Comment les bases militaires US à l’étranger compromettent la sécurité nationale et nous font tort à tous. Par David Vine

Avec l’armée US ayant retiré la plupart de ses forces d’Irak et d’Afghanistan, beaucoup d’Américains seront pardonnés de ne pas être au courant que des centaines de bases militaires et des centaines de milliers de troupes US encerclent encore le globe. Bien que peu le sache, les US ont mis la planète en garnison comme aucun pays avant eux dans l’histoire et les preuves sont visibles du Honduras à l’Oman, du Japon à l’Allemagne, de Singapour à Djibouti.

Comme la plupart des Américains, pendant toute ma vie je n’ai que peu pensé aux bases militaires. L’universitaire et ancien consultant de la CIA Chalmers Johnson m’a décrit correctement quand il a écrit en 2004 que : « Contrairement à la plupart des peuples, la plupart des Américains ne reconnaissent pas – ou ne veulent pas reconnaître –   que les USA dominent le monde grâce à leur pouvoir militaire. A cause du secret d’état, nos citoyens ignorent souvent le fait que nos garnisons encerclent la planète. »

Et si les Américains pensent un tant soit peu à ces bases, ils supposent généralement qu’elles sont essentielles à la sécurité nationale et à la paix mondiale. Nos leaders l’ont prétendu depuis que la plupart ont été établies lors e la Seconde guerre mondiale et dans les premiers temps de la Guerre froide.  Le résultat est que nous considérons cette situation comme normale et que nous acceptons que les installations militaires existent en nombre incroyable dans d’autres pays, sur la terre d’autres peuples. D’un autre côté, l’idée qu’il puisse y avoir des bases étrangères sur le sol américain est impensable.

Bien qu’il n’y ait aucune base étrangère autonome localisée en permanence aux USA, il y a encore, selon le Pentagone, à peu près 800 bases US  en pays étrangers. 70 ans après la Seconde guerre mondiale et 62 ans après la Guerre de Corée, il y a encore 174 bases en Allemagne, 113 au Japon et 83 en Corée du Sud. Des centaines d’autres sont parsemées sur la planète, dans près de 80 pays, y compris en Aruba et en Australie, au Bahreïn et en Bulgarie, en Colombie, au Kenya et au Qatar, entre autres. Bien que peu d’Américains le réalisent, les Etats-Unis ont plus de bases dans des pays étrangers qu’aucun peuple, aucune nation ou qu’aucun empire dans l’histoire.

Assez curieusement cependant, les médias ne rapportent ou ne commentent que rarement sur cette question. Pendant des années, lors des débats sur la fermeture de la prison de la base de Guantanamo Bay à Cuba, pas le moindre commentateur ou politicien ne s’est demandé pourquoi, en premier lieu, les US avaient une base sur le territoire cubain ou n’a questionné le fait que nous en ayons une. Rarement entend-on poser la question de  notre besoin de ces centaines de bases outremer ou si, à un coût annuel de 156 milliards de dollars, les US peuvent se les permettre. Rarement entend-on quiconque se demander comment nous nous sentirions si la Chine, la Russie ou l’Iran construisant une seule base n’importe où près de nos frontières, sans parler de notre territoire.

« Sans envisager les dimensions de cette base militaire ceinturant le globe » insiste Chalmer, « On ne peut pas commencer à comprendre la taille ni la nature des aspirations impérialistes ou le degré auquel un nouveau type de militarisme est en train de miner l’ordre constitutionnel ». alarmé et inspiré par son travail et conscient que relativement peu de personnes avaient tenu compte de ses avertissements, j’ai passé des années à essayer de suivre les traces de ce qu’on appelle « l’Empire des bases » et de le comprendre. 

Pendant que la logique nous suggère que ces bases nous protègent, j’en suis arrivé à la conclusion opposée : sous de multiples aspects nos bases d’outremer nous mettent en danger, faisant courir des risques à tous, du personnel militaire US et sa famille aux habitants locaux vivant près des bases en passant par ceux qui payent des impôts pour les garnisons que notre gouvernement implante à la surface du globe.

Nous sommes maintenant, comme nous avons été lors de la décennie précédente, une nation militaire, qui se déploie autour du monde et cela fait très longtemps que nous n’avons pas fait face à ce fait.

L’échelle de la Nation militarisée

Nos 800 bases militaires en dehors de nos 50 états et de Washington  DC ont toutes sortes de formes et de tailles. Certaines ont la taille de villes. «  Petites Amériques »   comme la base aérienne de Ramstein en Allemagne, la base aérienne de Kadena à Okinawa et la base navale et aérienne peu connue de Diego Garcia * dans l’océan Indien. Ces bases comprennent une infrastructure remarquable incluant des écoles, des hôpitaux, des centrales électriques, des complexes immobiliers et des espaces d’équipements collectifs souvent nommés  «  Les allées du bowling et de Burger King ». Parmi les installations américaines les plus petites se trouvent les bases lily pad «  feuilles de nénuphar »   (connues aussi en tant que cooperative security locations, emplacements de sécurité coopérative) qui la plupart du temps accueillent des drones, des porte-avions de surveillance, ou des armements ou des réserves pré-positionnées. On les trouve de plus en plus en Afrique et en Europe de l’Est qui manquaient auparavant de la présence militaire américaine.

D’autres équipements répartis à travers la planète comprennent des ports et des terrains d’atterrissage, des complexes de réparation, des aires d’entraînement, des installations d’armement nucléaire, des sites de tests de missiles, des arsenaux, des entrepôts, des casernes, des écoles militaires, des postes d’écoute et de communication, et un nombre croissant de bases de drones. Les hôpitaux militaires et les prisons, les équipements de réhabilitation,  les bases paramilitaires de la CIA et des agences de renseignement (y compris les anciennes prisons de la CIA, les « sites noirs ») doivent être aussi considérés comme partie prenante de notre Nation militarisée à cause de leurs fonctions militaires. Même les les aires de loisirs et de détente dans des lieux comme les Alpes bavaroises ou Séoul en Corée du Sud sont des bases de ce type. L’armée dirige plus de 170 courts de golf dans le monde.

La présence du Pentagone outremer est encore plus importante. On trouve des troupes US et d’autres personnels militaires dans à peu près 160 pays et territoires étrangers, y compris un petit nombre de marines protégeant des ambassades et des déploiements plus importants de formateurs et de conseillers comme les 3500 environ qui travaillent maintenant pour l’armée irakienne. Et n’oublions pas les 11 porte-avions de la marine. Chacun d’entre eux peut être considéré comme une base flottante ou, comme la marine, de façon révélatrice se réfèrent à eux, comme  « Un hectare quatre-vingts de territoire souverain »

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En dernier lieu, au-dessus des mers, on trouve une implantation militaire de plus en plus importante dans l’espace. Les Etats-Unis ne sont cependant pas le seul pays à contrôler des bases militaires en dehors de son territoire. La Grande-Bretagne conserve à peu près sept bases et la France cinq dans leurs anciennes colonies. La Russie en a à peu près huit dans les anciennes républiques soviétiques et, pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la «  Force d’auto-défense  » du Japon a une base étrangère à Djibouti,  dans la Corne d’Afrique, aux côtés des bases américaines et françaises. La Corée du Sud,  l’Inde, le Chili,  la Turquie, et Israël  ont tous au moins une base à l’étranger. La Chine est en train de chercher à installer sa première base outremer. Au total, ces pays ont probablement près de 30 installations à l’étranger, et que donc les installations américaines équivalent à peu près à 95% des bases étrangères mondiales.

 

Pour toujours en avant ?

Bien que les USA aient eu des bases dans des pays étrangers peu de temps après qu’elle ait gagné son indépendance, rien d’équivalent au déploiement global actuel de forces militaires n’était imaginable jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En 1940, en un trait de crayon, le Président Franklin D. Roosevelt ratifia l’accord des bases de destroyers  [destroyers-for-bases] avec la Grande-Bretagne qui accordait instantanément un usage des installations dans les colonies britanniques pour une durée de 99 ans. La construction de bases et leur acquisition s’accélérèrent rapidement une fois le pays entré en guerre. Dès 1945, l’armée US construisait des équipements à raison de 112 par mois. A la fin de la guerre, leur nombre total s’élevait à 2000 sites. En seulement cinq ans,  les USA avaient développé le premier réseau mondial de bases militaires de l’histoire, reléguant largement dans l’ombre celui de l’empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

Après la guerre, l’armée restitua presque la moitié des installations mais maintint ce que George Stambuk nomme «  une institution permanente » de bases étrangères. Leur nombre est monté en flèche pendant les guerres de Corée et du Vietnam, puis a décliné après chacune d’entre elles. Lorsque l’Union soviétique implosa en 1991, il y avait 1600 bases américaines à l’étranger, avec 300.000 soldats stationnant uniquement dans les bases européennes.

Bien que l’armée ait libéré presque 60 % de ses garnisons à l’étranger, l’ensemble de ses bases est demeuré relativement intact. En dépit de la fermeture supplémentaire de bases en Europe et dans une moindre mesure en Extrême-Orient pendant la dernière décennie et en dépit de l’absence de l’opposition d’une superpuissance, presque 250.000 soldats sont encore déployés dans le monde entier sur ces installations.

Bien qu’il y ait moitié moins de bases qu’en 1989, le nombre de pays où les US sont implantés a presque doublé, passant de 40 à 80. Lors des dernières années, le «  Pivot pacifique » du Président Obama a représenté des milliards de dollars de dépenses somptuaires en Asie, où l’armée avait déjà des centaines de bases et des dizaines de milliers de soldats. Des milliards supplémentaires ont été engloutis dans la construction sans précédent d’infrastructures dans chacun des pays du golfe Persique à part l’Iran. En Europe, le Pentagone a dépensé des milliards dans la construction de nouvelles bases très onéreuses  tout pendant qu’il en fermait d’autres.

Depuis le début de la Guerre froide, l’idée que notre pays doit avoir une importante collection de bases et des centaines de milliers de soldats stationnée en permanence à l’étranger est restée un diktat quasi-religieux de notre politique étrangère et de notre politique intérieure. L’idée vieille de presque 70 ans maintenant sous-tendant cette croyance si profondément ancrée est connue comme la stratégie de l’avancée. A l’origine, cette stratégie affirmait que les USA devaient maintenir une grande concentration de forces et de bases aussi près que possible de l’URSS afin de l’encercler et de  « contenir » son soi-disant désir d’expansion. Mais la disparition d’une autre superpuissance à contenir n’a pas créé de différence remarquable dans cette stratégie de l’avancée. Chalmers Johnson s’est inquiété  le premier de notre empire de bases quand il a reconnu que les structures de l’empire américain demeuraient largement inchangées en dépit de l’effondrement de leur ennemi supposé. Deux décennies après la disparition de l’URSS, les personnages politiques de tous bords supposent encore sans question que les bases outremer et les forces de l’avancée déployées sont essentielles pour protéger le pays. Le gouvernement de Georges W. Bush insistait   d’une façon typique sur le fait que les bases à l’étranger « maintenaient la paix » et étaient le «  symbole de l’engagement des USA auprès de ses amis et alliés. ». Le gouvernement Obama a déclaré de la même façon que protéger le people américain et la sécurité international requérait « une posture de sécurité globale ».  Le support aux stratégies de l’avancée est demeuré le consensus parmi les politiciens des deux partis, les experts de la sécurité nationale, les officiels de l’armée, les journalistes et parmi à peu près tout le monde exerçant un pouvoir à Washington. Les diverses formes d’opposition au maintien d’un grand nombre de bases et de soldats  ont longtemps été  mises au pilori comme non-violence idéaliste ou comme la sorte d’isolationnisme qui permit à Hitler de conquérir l’Europe.

 

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Le coût de la mise en garnison du monde

Comme le montre Johnson, il y a de nombreuses raisons de questionner le statu quo des bases outre-mer. La plus évidente est la raison économique. Les garnisons outre-mer sont extrêmement onéreuses. Selon la RAND Corporation,  même lorsque certains pays comme le Japon ou l’Allemagne couvrent une partie des coûts, les contribuables américains continuent de payer une moyenne annuelle de 10.000 à 40.000 dollars de plus que pour un poste sur le sol US pour un poste militaire à l’étranger. Les frais de transport, le coût plus important de la vie quotidienne dans certains pays hôtes et le besoin de fournir des écoles, des hôpitaux, des logements et d’autres supports aux membres des familles du personnel militaire signifie que les dollars s’additionnent rapidement- spécialement avec plus d’un demi-million de soldats, membres des familles et employés civils sur les bases outre-mer à tout moment.

D’après mes très prudents calculs,  le fait de maintenir les installations et les troupes outre-mer a coûté au moins 85 milliards de dollars en 2014 – plus que le budget disponible pour chaque organisme gouvernemental sauf le département de la défense lui-même. Si la présence des US  en Afghanistan et en Irak est inclue, la facture se monte à 156 milliards ou plus.

Pendant que les bases sont très coûteuses pour le contribuable,  elles sont extrêmement profitables aux corsaires nationaux  des guerres du 20 ième siècle comme DynCorp International et l’ancienne filiale d’Halliburton KBR.

Comme le note Chalmers Johnson, « Nos installations à l’étranger sont profitables à l’industrie civile qui gagne des milliards en contrats annuels pour construire et maintenir nos postes éloignés. »

Pendant ce temps, beaucoup de communautés accueillant ces bases n’ont jamais vu les retombées économiques régulièrement promises par les US et les leaders locaux. Certaines zones, particulièrement les communautés rurales  les plus pauvres ont vu un boom économique à court terme au moment de la construction de la base. Cependant dans le long terme, la plupart des bases ne créent pas d’’économie locale saine et stable. Comparées avec d’autres formes d’activité économique, elles représentent un usage improductif des terres, emploient relativement peu de gens par rapport au territoire occupé et contribuent peu à la croissance économique locale. Des recherches ont montré d’une façon invariable que lorsque les bases ferment l’impact économique est généralement limité et dans quelques cas positifs – c’est à dire que les communautés locales finissent par s’en sortir mieux lorsqu’elles échangent les bases contre des écoles, des logements, des complexes commerciaux et d’autres formes de développement économiques.

Dans le même temps pour les USA, investir l’argent des contribuables dans la construction et la maintenance de bases militaires outre-mer signifie de renoncer à des investissements dans des domaines comme l’éducation, les transports, le logement et la santé bien que ces industries soient plus une opportunité pour l’ensemble de la productivité économique et créent plus d’emplois en comparaison des mêmes dépenses dans le domaine militaire. Imaginez ce que 85 milliards par an représenteraient en terme de reconstruction des infrastructures civiles délabrées.

  

Le coût humain

Au-delà du coût financier se trouve le coût humain. Les familles du personnel militaire font partie de celles qui souffrent de la dispersion des bases étant donné  les tensions dues au déploiement à distance, à la séparation des familles, aux déménagements fréquents. Les bases outre-mer contribuent également au taux choquant d’agressions sexuelles  dans le monde militaire. 30% des femmes en service en sont victimes pendant leur temps de service et un nombre disproportionné de ces crimes se produisent à l’étranger.  En dehors des bases, dans des lieux comme la Corée du sud, on trouve souvent de la prostitution qui relève de l’exploitation orientée vers le personnel militaire US.

Dans le monde entier, les bases ont créé des dommages environnementaux étendus à cause des fuites toxiques, des accidents et dans certains cas d’un abandon délibéré de certaines substances toxiques. La criminalité des GI déclenche depuis longtemps la colère des habitants. A Okinawa et ailleurs, les troupes américaines ont commis des actes de viols  à répétition contre les femmes indigènes.

Du Groenland  à l’île tropicale de Diego Garcia, l’armée a déplacé des autochtones pour construire ses bases. Contrastant avec la rhétorique de la propagation de la démocratie fréquemment évoquée, l’armée a montré une préférence  pour les états non démocratique et despotiques comme le Quatar ou Bahrain pour établir ses bases. En Irak, en Afghanistan et en Arabie Saoudite, les bases US ont créé un sol fertile pour le radicalisme et l’anti-américanisme. La présence de bases près des lieux saints  musulmans en Arabie Saoudite a été un outil de recrutement majeur pour al-Qaeda et part de la motivation de Osama ben Laden  pour l’attaque du 11 Septembre 2001.

Bien que cette tourmente permanente soit peu remarquée aux US, les bases à l’étranger ont trop souvent généré des griefs, des protestations et des relations d’antagonisme. Bien que peu le reconnaisse, nos bases sont une part majeure de l’image présentée par les US au monde- et elles nous montrent souvent sous une lumière peu flatteuse.

Créer une nouvelle guerre froide, base par base

Le fait que les bases augmentent la sécurité  et la paix globale n’est pas non plus très clair. Dans l’absence d’une superpuissance ennemie, l’argument que des bases situées à des milliers de kilomètres du territoire américain sont nécessaires pour défendre l’Amérique – ou même ses alliés- est difficile à défendre.  Au contraire, la collection mondiale de bases a généralement permis le déclenchement d’opérations militaires, la frappe de drones, et des guerres par choix dont le résultat fût des désastres à répétition, la perte de milliers de vies et des destructions restées cachées du Vietnam à l’Irak

En facilitant la déclaration de guerres à l’étranger, les bases outre-mer ont rendus clair le fait que l’action militaire était une option encore plus attrayante- souvent la seule option imaginable- pour les politiciens américains.  Comme le dit l’anthropologue Catherine Lutz, quand tout ce que vous avez dans votre boîte à outil de politique étrangère est un marteau, tout commence à ressembler à un clou. Au bout du compte, les bases étrangères ont rendu les guerres plus souvent envisageables que l’inverse.

Les partisans de la théorie de l’avancée, vétuste depuis longtemps, répondront que les bases outre-mer dissuadent l’ennemi  et permettent de maintenir une paix mondiale. En tant que supporters du statu quo, ils ont proclamé que de tels bénéfices de sécurité étaient des vérités évidentes depuis des dizaines d’années. Peu ont fourni quoi que ce soit de substantiel pour argumenter leur déclarations.

Bien qu’il existe quelques preuves que les forces militaires peuvent bien sûr dissuader les menaces immédiates, peu sinon aucune recherche ne suggèrent que les bases outre-mer sont une forme effective de dissuasion sur le long terme. Des études  menées à la fois par l’administration Bush et par la corporation RAND – pas vraiment des pacifistes de gauche-  indiquent que les avancées dans le domaine de la technologie des transports avaient largement éliminé les avantages de l’implantation de troupes à demeure à l’étranger. Dans le cas d’une guerre de défense légitime ou dans celui d’une opération de maintien de la paix, l’armée pourrait généralement déployer ses troupes aussi rapidement à partir de son propre sol qu’à partir des bases outre-mer. Des transports rapides par mer ou par air, couplés avec les accords permettant l’usage des bases des nations alliées et potentiellement, des ravitaillements pré-positionnés sont alternative beaucoup moins chère et moins irritante que le maintien des bases outre-mer.

Nous pouvons aussi questionner l’augmentation de la sécurité que de telles bases confèrent aux pays d’accueil. la présence de telles bases peut changer un pays en cible pour des pouvoirs étrangers ou des militants.- tout comme les installations US on mises en danger les Américains outre-mer.

De la même façon,  plutôt que de stabiliser des régions dangereuses, les bases augmentent fréquemment la tension militaire et décourage les solutions diplomatiques aux conflits. Placer des bases militaires près des frontières de pays comme la Chine, la Russie ou l’Iran, par exemple augmente les menaces pour leur sécurité et les encourage à répondre en stimulant leur propres dépenses et activités militaires. Imaginons comment les leaders américains auraient répondu si la Chine avait entrepris de construire même une petite base au Mexique, au Canada ou dans les Caraïbes ? Il est à noter que le moment le plus dangereux pendant la Guerre froide- la crise des missiles cubains- déclenchée à cause de la construction des équipements de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à peu près à 150 kilomètres de la frontière des USA.  La création et la maintenance de tant de bases militaires encourage de même d’autres nations à construire leurs propres base outre-mer dans ce qui pourrait vite devenir une « course à la base »,   Les bases près des frontières de la Russie et de la Chine, en particulier, menacent d’alimenter de nouvelles guerres froides. Les officiels  US peuvent insister sur le fait que construire de nouvelles bases au Moyen-Orient est un acte défensif permettant d’assurer la paix dans le Pacifique mais allez dire ça au Chinois Que les gouvernements ne soient pas du tout «  réassurés » par la création de nouvelles bases supplémentaires encerclant leurs frontières. Contrairement à  l’affirmation que de telles installations augmentent la sécurité globale, elles tendent à faire monter d’un cran les tensions régionales, augmentant le risque d’une future confrontation militaire. De cette façon, tout comme la guerre anti-terroriste est devenue un conflit global qui semble répandre la terreur, la construction de nouvelles bases américaines pour se protéger des menaces fantasmées de la Russie et de la Chine pourraient faire courir le risque de devenir des prophéties qui se réalise. Ces bases peuvent en fait contribuer à créer cette même menace dont elles sont censées nous protéger. En d’autres mots, loin de créer un monde plus sécurisé, les bases US peuvent rendre en fait la guerre plus probable et les pays moins sûr.

Derrière les fils barbelés  

    

Dans son célèbre discours  d’adieu adressé à la nation en quittant la Maison blanche en 1961, le Président Dwight D. Roosevelt avertit la nation à propos des effets économiques, politiques et même spirituels insidieux de ce qu’il surnomma « le complexe militaro-industriel-congressiste », le vaste enclenchement d’un état sécuritaire issu de la Deuxième Guerre mondiale. Comme nous le rappelle le travail de Chalmers Johnson pour ce nouveau siècle, notre collection de bases vieille de soixante-dix ans est la preuve qu’en dépit des avertissement de Ike, les USA sont entrés dans un état permanent de guerre avec une économie, un gouvernement et un système global de pouvoir  impliqué dans la préparation de futurs conflits.

Les bases américaines d’outre-mer nous ouvrent une fenêtre sur l’impact militaire sur le monde et sur nos vies quotidiennes. L’histoire de ces massives «  Petites Amériques » de béton, de restaurants fast-food et d’entrepôts d’armement nous offrent une chronique vivante des USA dans la période post Deuxième Guerre mondiale. En un certain sens, lors de ces dernières sept décennies, que nous le réalisions ou non, nous en sommes tous venus à vivre «  derrière les fils barbelés » comme aime à le dire le personnel militaire.

Nous pouvons croire que de telles bases nous protègent. En réalité, elles nous ont aidé à nous enfermer dans une société militarisée en permanence qui nous a tous rendus – tous sur cette planète – moins sûrs, endommageant nos vies chez nous et à l’étranger.

David Vine est Professeur associé d’anthropologie à l’American University de Washington DC. Son livre Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World, vient d’être publié en tant que partie de Le projet de l’empire américain  associate professor of anthropology at American University in Washington, D.C. His book,  has just been published as part of the American Empire Project (Il a écrit pour le New York Times, le Washington Post, le Guardian, et Mother Jones, entre autres publication. Pour plus d’information et des articles supplémentaires, visitez www.basenation.us http://www.basenation.us/  and www.davidvine.net. http://www.davidvine.net/

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Copyright 2015 David Vine

Traduction Elisabeth Guerrier

La vérité sur Diego Garcia David Vine

The truth about Diego Garcia

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Ils ont d’abord essayé de tirer sur les chiens. Puis ils ont essayé de les empoisonner avec de la strychnine. Quand les deux échouèrent comme méthode d’extermination efficace, les agents du gouvernement britannique et le personnel de l’US Navy utilisèrent de la viande crue pour piéger les animaux à l’intérieur d’un hangar fermé hermétiquement.  Après les avoir enfermés, ils asphyxièrent les chiens qui hurlaient avec des gaz de pots d’échappement des véhicules de l’armée US. Puis, mettant le feu avec des coquilles de noix de coco, ils brûlèrent les carcasses des animaux pendant que leurs maîtres commençaient à s’interroger sur leur sort.

La vérité sur la base militaire américaine sur l’île de l’Océan Indien de Diego Garcia, contrôlée par les Britanniques est souvent difficile à croire. Il serait simple de confondre l’histoire vraie avec les récits d’îles trouvées dans les films Transformer, dans les séries de télévision 24 ou dans les théories conspirationnistes sur la disparition du vol MH370 pour la Malaisie.

Bien que la saga sinistre de Diego Garcia puisse fréquemment se lire comme une fiction, elle s’est montrée plus que vraie pour les personnes impliquées. Elle est l’histoire d’une base militaire US  et d’officiels britanniques construite sur des fictions de la vie réelle pendant plus d’une cinquantaine d’année. La fiction centrale est que les Américains ont construit leur base sur une île «  inhabitée ». Ce qui n’était «  vrai » que parce que les peuples indigènes furent exilés secrètement de l’archipel Chagos lorsque la base a été construite. Bien que leurs ancêtres aient été installés sur place depuis la révolution américaine, les officiels anglo-américains décidèrent, comme l’écrit l’un d’entre eux de «  maintenir la fiction »       que les habitants de Chagos [n’étaient] pas des résidents permanents ou semi-permanents mais juste «  des travailleurs transitoires sous contrat ». Le même officiel résumant la question sans ménagement : «  Nous sommes à même de créer les règles que nous suivons ». Et c’est ce qu’ils firent : entre 1968 et 1973, les officiels américains conspirèrent avec leurs collègues britanniques pour déplacer les Chagossiens, cachant soigneusement leur expulsion du Congrès, du Parlement, des Nations Unies et des médias. Pendant leur déportation, les agents britanniques et les membres du bataillon de construction de l’US Navy rassemblèrent et tuèrent tous les chiens domestiques. Puis ils déportèrent leurs propriétaires dans les îles Maurice et les Seychelles, à plus de 1931 kilomètres de leur terre natale, où ils ne reçurent aucune espèce d’aide à la réinstallation. Plus de quarante ans après leur expulsion, les Chagossiens demeurent généralement les plus pauvres entre les pauvres sur leur terre d’adoption, luttant pour survivre dans des lieux que les regards extérieurs considèrent comme des destinations de tourisme exotiques.

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Pendant cette période, Diego Garcia est devenue une base militaire de plusieurs milliards pour la Marine et l’armée de l’air et un point central  dans l’effort de contrôle du Grand Moyen-Orient,  de son pétrole et de ses ressources en gaz naturel. La base, dont peu d’Américains connaissent l’existence, est plus importante stratégiquement et plus secrète que la base-et-prison de Guantanamo Bay, à Cuba, contrairement à Guantanamo, aucun journaliste n’a pu jeter plus d’un seul coup d’œil à Diego Garcia en plus de trente ans. Et pourtant elle a joué un rôle majeur  dans les guerres du Golf, dans l’invasion de l’Irak en 2003, dans la guerre menée en Afghanistan par les US et dans les actuelles campagnes de bombardements de l’Etat islamique en Syrie et en Irak.

Faisant suite à des années de rapport   affirmant que la base était un secret «  site noir » de la CIA prévu pour détenir les suspects de terrorisme et des années de déni des officiels britanniques et américains, les responsables des deux côtés de l’Atlantique  se sont déboulonnés en 2008. «  Contrairement à des affirmations antérieures explicites, a dit le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et du Commonwealth David Miliband  Diego Garcia a joué bien sûr un certain rôle dans le programme secret de la CIA  « Interprétation ». 

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L’année dernière, les officiels britanniques prétendaient que le livre de bord des vols, qui aurait pu mettre quelque lumière sur ces opérations du programme Interprétation,  étaient «  incomplet à cause de dégâts causés par l’eau, à cause d’un temps extrêmement pluvieux en Juin 2014 ». Une semaine plus tard, ils font subitement volte-face disant que «  les documents auparavant humides avaient séché ». Deux mois plus tard, ils insistent sur le fait que les livrets de vol n’ont pas séché du tout et «  sont endommagés au point de ne pouvoir être utilisé du tout ».  Sauf que les propres données météorologiques  du gouvernement britannique indiquent que Juin 2014  a été un mois exceptionnellement sec à Diego Garcia. Un avocat des droits légaux dit que les officiels britanniques «  pourraient à peine être plus crédible si ils disaient simplement que «  le chien a mangé mon cahier de devoirs »

Et ce ne sont là que quelques-unes des fictions concernant la base militaire occupant l’ancienne terre des Chagossiens et que les militaires US ont surnommée « L’empreinte de la Liberté ».   Après plus de quatre décennies d’exil, cependant, avec un mouvement pour le retour sur leur terre croissant, les fictions de Diego Garcia pourraient finir par s’effondrer.

Pas des  “Tarzans”

L’histoire de Diego Garcia commence à la fin du 18ième siècle. A cette époque des esclaves originaires d’Afrique, travaillant sur les plantations de noix de coco franco-mauritaniennes, deviennent les premiers occupants de l’archipel de Chagos. Suite à l’émancipation des contrats synallabatiques* des travailleurs venant des Indes, une population mixte crée une nouvelle société avec son propre langage le Créole Chagos. Ils se nomment eux-mêmes les Ilois, les Insulaires.

Bien que demeurant une société de plantations, l’archipel, à cette époque sous le contrôle de l’empire colonial britannique, offre une vie sûre avec un emploi généralisé et de nombreux bénéfices sociaux sur cette île, décrite par beaucoup comme idyllique. «  Ce bel atoll de Diego Garcia, juste au centre de l’océan » est la façon dont Stuart Barber le décrit en 1950. Un civil travaillant pour l’US Navy, Barber deviendra l’architecte d’une des bases militaires américaines les plus puissantes outre-mer.

* Le contrat est dit “synallagmatique” ou “bilatéral”, lorsque ses dispositions mettent à la charge de chacune des parties ayant des intérêts opposés l’exécution de prestations qu’elles se doivent réciproquement. Tel est le cas de la vente ou du contrat de bail. L’ adjectif exprimant le contraire de synallagmatique est “unilatéral“. La donation qui est consentie sans charges pour le donataire, est une disposition unilatérale.

Le contrat synallagmatique “imparfait”, est un acte juridique qui dans sa première phase, présente les caractères d’un engagement unilatéral, mais dont l’exécution génère des obligations réciproques. Il en est ainsi de la donation avec charges et du dépôt. L’échange d’une promesse unilatérale d’achat et d’une promesse unilatérale de vente réalise une promesse synallagmatique* de vente valant vente définitive lorsque les deux promesses réciproques ont le même objet et sont stipulées dans les mêmes termes. (Com. – 22 novembre 2005, BICC n°635 du 1er mars 2006).

Textes

  • Code civil, Article 1102.

Au cœur de la compétition avec l’Union Soviétique de la guerre froide, Barber et d’autres officiels étaient soucieux de l’absence presque totale de présence militaire US autour et dans l’Océan Indien. Barber nota que l’isolement de Diego Garcia- à moitié chemin entre l’Afrique et l’Indonésie et à 1600 kilomètres des Indes- assurerait une sécurité en cas d’attaque, tout en restant à distance de frappe des territoires d’Afrique du Sud et du Moyen-Orient jusqu’à l’Asie du Sud et du Sud-Est.

Guidés par l’idée de Barber, l’administration de John. F. Kennedy et de Lyndon Johnson convainc le gouvernement britannique de détacher l’archipel de Chagos de la Mauritanie coloniale et de créer une nouvelle colonie, dont le nom serait Territoire Britanniques de l’Océan Indien. Son seul but étant de devenir un hébergement pour les équipements de l’armée américaine.

Lors de négociations secrètes avec leur homologues britanniques, les officiels du Pentagone et du Département d’Etat ont insisté sur la fait que Chagos passe sous leur «  contrôle exclusif (sans ses habitants) » incluant un ordre d’expulsion dans une phrase entre parenthèse à l’allure polie. Les officiels américains veulent une île « nettoyée » et  « assainie ». Les officiels britanniques semblent heureux de leur être obligés, déplaçant un peuple qu’un des officiels nomma «  des Tarzans » et, dans une référence raciste à Robinson Crusoe, des «  Hommes Vendredi ».

“ Ils doivent absolument partir”

Ce plan se confirme dans un  « échange de notes »,  signées le 30 Décembre 1966, par les officiels britanniques et américains, comme me l’a confié un des négociateurs du Département d’Etat «  sous la protection de l’obscurité ». Les notes constituaient en effet un traité mais ne requéraient pas l’approbation du Congrès ou du Parlement, impliquant que les deux gouvernements allaient garder leurs plans cachés.

Selon cet accord, les Etats Unis gagneraient l’usage de cette nouvelle colonie « sans charge ». Ce qui est une autre fiction. Dans confidential minutes les Etats Unis décidèrent d’effacer une dette militaire de 14 millions de dollars, contournant le besoin de demander un financement au Congrès. En échange, mes Britanniques donnèrent leur accord pour prendre les «  mesures administratives » pour la «  réinstallations des habitants ».

Ces mesures signifiaient que, après 1967, tout habitant de Chagos quittant son domicile pour un traitement médical ou des vacances ordinaires en Mauritanie se verrait interdire le retour. Bientôt, les officiels britanniques commencèrent à réduire l’approvisionnement de nourriture et de médicaments à Chagos. Comme les conditions se détérioraient, de plus en plus d’habitants commencèrent à quitter l’île. En 1970, l’US Navy avait rassemblé les fonds pour ce que les officiels décrirent au Congrès comme « une austère station de communication ». Ils avaient cependant, déjà prévu de demander un financement supplémentaire pour développer l’équipement d’une base plus importante. Comme le précise le bureau de la communication et de la cryptologie de l’US Navy, «  Les exigences de communication évoquées comme justification sont une fiction » . Dès les années 1980, Diego Garcia deviendra une garnison de plusieurs milliards de dollars.

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Dans des documents d’instructions au Congrès, la Navy décrit la population de Chagos comme «  négligeable » avec les îles «  dans tout objectif pratique…inhabitées » En fait il y avait à peu près 1000 personnes vivant à Diego Garcia dans les années 60 et entre 500 et 1000 dans les autres îles de l’archipel. Avec les fonds alloués par le Congrès assurés, l’amiral le plus haut gradé de la Navy, Elom Zumwalt, a résumé le destin des Chagossiens en 1971 dans une note de trois mots «  doivent absolument partir ». Les autorités embarquèrent rapidement aux derniers Chagossiens –  lesquels avaient droit à une boîte où mettre leurs biens et à un matelas pour dormir- sur des cargos surpeuplés à destination des Seychelles et de la Mauritanie. En 1973, les derniers Chagossiens étaient partis.

Une pauvreté abjecte

Arrivé à destination, la plupart des Chagossiens furent littéralement laissé sur les docks, sans logis, sans travail, et avec très peu d’argent.  En 1975, deux ans après la dernière expulsion, un reporter du Washington Post a trouvé qu’ils vivaient dans une  «  pauvreté abjecte ».

Aurélie Lisette Talate   fût une des dernières à partir. «  Je suis arrivée en Mauritanie avec six enfants et ma mère «  nous a-t-elle dit, « nous avons eu un logement mais il n’y avait pas de porte ni d’eau courante, il n’y avait pas l’électricité. Puis mes enfants et moi avons commencé à souffrir. Tous mes enfants ont commencé à tomber malades.

En deux ans elle a perdu deux de ses enfants. Le second a été enterré dans une tombe sans nom parce qu’elle manquait d’argent pour lui organiser des funérailles correctes. Aurélie a eu des crises d’évanouissements et ne pouvait se nourrir. «  Nous vivions comme des animaux. De la terre ? Nous n’en avions pas. Et nos enfants n’étaient pas scolarisés.

Aujourd’hui, la plupart des Chagossiens, qui sont maintenant plus de 5000 demeure dans la grande pauvreté. Dans leur langue, leur vie est  lamizer (misère financière) et sagren (profonde tristesse et désespoir d’avoir été exilés http://www.counterpunch.org/2015/03/20/what-the-torture-report-missed/ de leur terre natale.  Beaucoup d’insulaires attribuent la maladie et même la mort à ce sagren. « Je suis atteint de quelque chose qui m’affecte depuis très longtemps, depuis qu’on nous a déracinés » a été la façon dont Aurélie me l’a expliqué. «  Ce sagren, ce choc, c’est la même chose qui a tué mes enfants. Nous ne vivions plus libres comme quand nous étions encore dans notre pays natal. »

 Lutter pour la justice

A partir du moment où ils ont été déportés, les Chagossiens ont exigé leur retour ou au moins des conditions décente de réinstallation. Après des années de protestation, dont cinq grèves de la faim menées par des femmes comme Aurélie Talate, quelques-uns parmi eux en Mauritanie ont reçu quelques compensations très modestes du gouvernement britannique : de petites maisons de préfabriqué, de minuscules parcelles de terre, et à peu près 6000 dollars par adulte. Beaucoup ont utilisé cet argent pour rembourser des dettes importantes qu’ils avaient accumulées. Ceux qui vivent aux Seychelles n’ont rien reçu.

La lutte des Chagossiens s’est développée en 1997, avec le dépôt d’une plainte contre le gouvernement britannique. En Novembre 2000, la Haute Court de Justice de Grande Bretagne s’est prononcée pour l’illégalité de la déportation. En 2001 et 2002, la plupart des Chagossiens ont déposé de nouvelles plaintes à la fois devant les tribunaux britanniques et américains exigeant le droit au retour ou des compensations correctes http://scholarlycommons.law.northwestern.edu/njihr/vol11/iss1/6/  pour leur déplacements et pour le réaménagement de leurs îles. La poursuite américaine a été rejetée en dernier ressort sur la base d’une incapacité du judiciaire, dans la plupart des cas, régler les domaines de l’exécutif dans les domaines militaires ou de politique étrangère. En grande Bretagne, les Chagossiens ont eu plus de succès, En 2002, ils se sont assurés du plein droit d’accès à la citoyenneté britannique. Plus de 1000 Chagossiens ont depuis déménagé en Grande Bretagne

Deux autres fois, la court britannique a jugé en faveur du peuple, avec des magistrats nommant le comportement de l’état «  répugnant » et comme «  abus de pouvoir »

Dans un dernier appel du gouvernement, cependant, la court suprême de Grande Bretagne, les juges siégeant à la Chambre des Lord ont maintenu la décision d’exil à 3 voix contre 2. Les Chagossiens ont fait appel devant la Court Européenne des Droits de l’Homme pour modifier ce jugement.

Une fiction verte

Avant que la court Européenne ne se prononce, le gouvernement britannique a annoncé la création de la plus grande zone maritime protégée ( Marine Protected Area, MPA) au monde dans l’archipel de Chagos. La date de l’annonce, le 1ier Avril 2010 aurait pu être un indice qu’il y avait bien autre chose qu’une question environnementale derrière cette décision. La MPA bannit la pêche commerciale et limite d’autres activités humaines dans l’archipel, rendant risquée la viabilité de toute tentative de réinstallation. Puis vint Wikileaks. En Décembre 2010, il a publié une dépêche de l’Ambassade américaine à Londres citant un ancien haut responsable de l’Office de la politique étrangère et du Commonwealth [ Foreign and Commonwealth Office], disant que «  les anciens habitants trouveront difficile voire impossible, de maintenir leur plainte pour une réinstallation dans les îles si l’archipel entier de Chagos est une réserve marine. » Les officiels US acquiescèrent. Selon l’Ambassade, le Conseiller Politique Richard Mills a écrit, «  Etablir une réserve marine pourra, bien sûr, être la meilleure façon à long terme d’empêcher tout ancien habitant des îles Chagos ou leur descendants de se réinstaller. »

Sans surprise, la préoccupation principale du Département d’Etat était de savoir si une MPA pourrait affecter les opérations. «  Nous sommes inquiets » note l’Ambassade londonienne ; «  que certains puissent venir constater que la création d’une MPA soit fondamentalement contradictoire avec l’usage militaire de Diego Garcia ». Les officiels britanniques assurèrent aux Américains qu’il n’y aurait « aucune contrainte quant aux opérations militaires »

Bien que la Cour Européenne des Droits de l’Homme se soit finalement  prononcée contre les Chagossiens en Mars 2013, un tribunal des Nations Unies  a déclaré que la Grande Bretagne avait enfreint les lois internationales en créant cette zone maritime protégée.  La semaine suivante, les Chagossiens ont porté leur requête sur la MPA et leur expulsion auprès de la Cour Suprême Britannique, maintenant la plus haute instance, armé des lois des Nations Unies et des révélations que le gouvernement a gagné la décision de la Chambre des Lords avec l’aide d’une étude falsifiée sur la réinstallation.

Pendant ce temps, le Parlement Européen a voté une résolution prévoyant le retour des Chagossiens, l’Union Africaine a condamné leur déportation en la qualifiant d’horrible, trois lauréats du Prix Nobel ont parlé en leur faveur et des dizaines de membres du Parlement Britannique ont rejoint un groupe supportant leur lutte. En Janvier, une  étude de faisabilité  publiée par le gouvernement britannique a estimé qu’il n’y avait pas de barrières légales significatives à leurs plans de réinstallation dans les îles et a esquissé plusieurs plans de réinstallation à commencer par Diego Garcia. Il est à noter que les Chagossiens ne demandent pas le déplacement de la base militaire américaine. Leur opinion à son propos sont diverses et compliquées. Au moins, certains préféreraient des emplois sur la base à des vies sans emploi en exil.Bien sûr aucune étude n’était nécessaire pour savoir que la réinstallation à Diego Garcia et dans le reste de l’archipel était possible.  La base qui a hébergé des milliers de militaires et de personnel civil pendant plus de quarante ans a démontré cela suffisamment bien. En fait, Stuart Barber, son architecte, en est venu à la même conclusion quelques années avant sa mort. Après qu’il ait appris le sort des Chagossiens, il a écrit une série de lettres passionnées au Centre de surveillance des droits de l’homme ( Human Rights Watch) et à l’ambassade britannique de Washington, entre autres, les implorant d’aider les Chagossiens à revenir chez eux. Dans une lettre au Sénateur de l’Alaska Ted Stevens, il dit crûment que l’expulsion «  n’était pas nécessaire sur le plan militaire ».

Dans une lettre au Washington Post en 1991, Barber suggère « qu’il est temps de redresser ces torts inhumains inexcusables infligés par les Britanniques contre nos protestations ». Il ajoute, «  Des compensations supplémentaires substantielles pour ces 18 à 25 années de misère passées pour tous les évincés sont certainement légitimes. Même si cela devait se monter à 100.000 dollars par famille, nous n’atteindrions que la somme de 40 à 50 millions de dollars, somme modeste par rapport aux investissements effectués dans la base militaire. »

Presque un quart de siècle plus tard, rien encore n’a été fait. En 2016, le contrat de 50 ans pour Diego Garcia expirera. Bien qu’il soit l’objet d’un renouvellement automatique de vingt ans, il offre un période de renégociation de deux ans, qui commence à la fin 2014. Avec la dynamique de soutien acquise par les Chagossiens, ceux-ci sont optimistes sur la capacité des deux gouvernements à corriger l’injustice. Les officiels américains ayant autorisé l’étude de faisabilité britannique afin de reconsidérer une réinstallation pour Diego Garcia est un signe d’espoir que la politique anglo-américaine puisse finalement changer et redresser de grands torts commis dans l’Océan Indien.

Malheureusement, Aurélie Lisette Talate ne verra jamais le jour où son peuple retournera chez lui. Comme d’autres parmi le nombre rapidement décroissant des Chagossiens nés sur l’archipel, Aurélie est décédée en 2012 à l’âge de 70 ans, succombant d’un malaise cardiaque dû au sagren.

David Vine, un auteur régulier de TomDispatch , est Professeur Associé d’Abnthropologie à l’Université Américiane de Washington D.C. Son nouveau livre  Base Nation: How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World sera publié en Août dans le cadre de l’American Empire Project (Metropolitan Books). Il est aussi l’auteur de l’ Island of Shame: The Secret History of the U.S. Military Base on Diego Garcia. Il a écrit pour le NYT, le Washington Post et Mother Jones entre autres publications. Pour plus de renseignements sur ses écrits, visiter www.davidvine.net.

Traduction : Elisabeth Guerrier