Questions aux principes philosophiques de la recherche en neurosciences. Peter Simons

L’ampleur de la dérive scientiste , globalisée et tenue en main par les “experts” en choses humaines, étroitement liés eux-mêmes aux  “experts” en pharmaceutique travaillant outre-Atlantique, est largement suivie par leurs vassaux européens et acclamée par la foule qui y trouve un accès aisé à ses paradoxes et qui y noie, dans une forme de rationalisme diagnostique, souvent quasiment hystéricisé, les douloureux liens de cohabitation avec son temps historique et les errances identitaires qui la caractérisent

Cette dérive a fini hélas par brouiller tous les paramètres, réduisant la perception et l’objectivation des “troubles” mentaux à des appellations qui sont supposées être des “diagnostics” de “déséquilibres” mal identifiés ou pas identifiés du tout, touchant les centres nerveux ou le cerveau lui-même et,  dans un glissement terminologique intéressant,  qui ne signale plus, sous la forme d’acronymes dont la production et l’usage quasi obsessionnels justifieraient une étude à eux seuls, que des “troubles”, s’épargnant la délicate mais pourtant évidente nécessité  de décrire ces mêmes manifestations au titre de symptômes ou en tant que maladies, sacrifiant à travers une nosographie apoplectique, l’étiologie des maladies mentales au giron mythique des “sciences exactes”.

Il s’agit, d’une façon radicale, voire en ce cas proprement totalitariste, c’est à dire effectuée au prix de toute autre approche qui se voit soumise à une forme d’ostracisme et réléguée aux errements d’une époque révolue dans une sorte de forclosure du passé théorique, de chercher à rationaliser, matérialiser “enfin” pourrons-nous dire, les phénomènes psychiques et leur complexité sous forme de catalogue des signes, dans une identification organiciste se revendiquant réductionniste et qui donne à tout comportement, mental, social, interactif, une réalité si et seulement si il peut être concrétisé par un lieu repérable grâce à l’usage de techniques qui valident à elles-seules les “découvertes”, (IRM, scanner etc.).

Ce n’est pas nouveau.  Behaviorisme. Fonctionnalisme. Habituation. Conditionnement, Empiro-criticisme, Réductionnisme physiologiste, autant de tentatives de désubjectivation qui se relaient et reprennent chacune à leur compte la tentative presque désespérée de rendre lisible et transparente la psyché humaine et de l’assimiler aux principes scientifiques accessibles à travers les approches théoriques en cours et aux pendants technologiques qui les accompagnent inévitablement, mécaniste, chimiste, thermodymamiste, numériste. Comme si la spécificité de la psychologie humaine et de ses expressions collectives et socioculturelles ne pouvait créer son propre lexique en toute sécurité ni ses propres signifiants en dehors de ce qu’elle contribue elle-même à générer comme techné pour la seconder et satisfaire son insatiable pulsion normalisatrice et épistémophilique, qui en la condamnant à bourgeonner dans le royaume imaginaire, lui sert en retour de justification et de rationalisation à son propre entendement.

La question de l’accès à une nécessaire visibilité de ce qu’on pourra nommer “l’âme”, mis à part le fait qu’elle répond une fois de plus à l’aliénation ontogénétique de l’espèce à la techné à chaque mise sur le marché d’un nouvel outil sensé l’éclairer et la mesurer et qui  se faisant reconstruit et redéfinit en permanence son organisation, ses représentations et ses valeurs en lui attribuant simultanément d’autres signifiants, est une impasse même si elle cherche à tout prix à faire comme si seule cette approche du “tangible” était scientifique parce que lui seul était “réel”, et réel parce que quantifiable, localisable.  On pourra se référer à l’intervention de Stéphane Thibierge 

Il est évident que cette volonté de chosification/ mécanisation, encore une fois, n’est pas neuve et qu’en fait, réduire l’humain à ses cellules est une des bases du modernisme manifeste depuis le 19i-ème siècle c’est à dire depuis la mise en place de la psychiatrie comme branche de la médecine. Cet article de la revue Mad in America a l’avantage d’ouvrir dans le champ si obstrué des catégories contemporaines de la nomenclature psychiatrique directement importées des USA, une fenêtre épistémologique, qui manque dramatiquement à l’air du temps. Il semblera à ceux et celles coutumiers d’autres approches et d’autres travaux, que ces propos sensés critiques ont été déjà formulés abondamment sous d’autres cieux et en d’autres temps. Il est probable qu’une des caractéristiques des périodes de régression et d’obscurantisme est de renier, de forclore même, les savoirs antérieurs. EG

Questions aux principes philosophiques de la recherche en neuro-sciences     

Questionning the Philosophical Assumptions of Neuroscience Research

 

Y a-t-il des lacunes philosophiques derrière l’échec des neurosciences à fournir des recherches cliniques pertinentes ?

Par Peter Simons

 

Dans un article récent, le chercheur en psychiatrie Diogo Telles-Correia affirme qu’il y a des présupposés philosophiques qui restent sans examen derrière la recherche en neuroscience qui influencent la façon dont les études sont menées et interprétées. Telles-Correia,  de l’Université de Lisbonne, Département de psychiatrie, affirme que ces positions métaphysiques inquestionnées sont au cœur de l’échec des neurosciences à fournir un cadre clinique pertinent.  Il suggère que les chercheurs fassent activement l’investigation de la philosophie des sciences au sein de laquelle ils opèrent et questionnent leurs présupposés sur les rapports «  cerveau. Esprit »

Human Sense Question Psychology Philosophy Anatomy

Photo Credit: Max Pixel

L’article, publié dans le «  Journal d’évaluation des pratiques cliniques »,  se centre initialement sur le fossé entre cerveau et esprit. Telles-Correia écrit que la plupart des recherches en neurosciences contiennent l’assomption implicite que l’esprit est synonyme du cerveau, et qu’il est gouverné par des phénomènes physiques complètement découvrables.

Il écrit cependant :

“Il n’existe pas de méthode scientifique qui prouve que l’esprit peut être réduit au cerveau et que les lois qui le gouvernent soient les mêmes que celles qui gouvernent le système nerveux.

Le Réductionnisme est la croyance que tout état mental ou émotionnel peut être simplifié jusqu’à sa corrélation biologique. Selon  Telles-Correia, « Le réductionnisme n’est pas une attitude scientifique, mais métaphysique. »

Bien que le réductionnisme soit parfois ouvertement revendiqué par les chercheurs en neurosciences, il est, selon Telles-Correia,  le plus souvent implicite dans l’élaboration ou dans la procédure qui permettent d’interpréter les découvertes.

Par exemple, les chercheurs tendent à présenter un test sans se poser la question de sa réelle représentativité de l’expérience interne qui est étudiée, puis ils interprètent tout activité détectable du cerveau comme étant «  reliée » au test en question, puis, finalement, concluent que cette activité cérébrale est donc causée ou cause cette expérience interne.

Cependant ces assomptions ne prennent pas en compte le sens du test, la réelle expérience interne, et la question de savoir si toute activité associée avec un état metnatl est causale. Telles-Correia pointe le fait qu’aucune de ces questions sous-jacentes ne peut trouver de réponse en utilisant l’actuelle méthodologie neuro-scientifique. Il présente les recherches sur le trauma en neuro-science comme exemple :

« Bien qu’un évènement traumatiques dans l’enfance puisse avoir une traduction au niveau de la biologie du cerveau, cela ne signifie pas que c’est par les neuro-sciences que cet évènement traumatique puisse être le mieux décrit et exploré. »

Telles-Correia continue en commentant les découvertes de «  corrélations neurobiologiques » dans les désordres psychiatriques. Les «  désordres psychiatriques » sont des «  constructions sociales », écrit-il «  non des entités naturelles qui existeraient indépendamment de tout effort humain. » L’évaluation de tout ce qui est ou n’est pas pathologique en psychiatrie est lié 1) à l’intelligibilité, (si l’état mental ou le comportement est ou n’est pas compréhensible en fonction du contexte socio-culturel du patient) 2) l’adaptabilité   ( adapté ou non-adapté dans le contexte du patient) « ) le connexion à la détresse ou au handicap ( si ils causent ou non ces deux réactions).

Il note aussi que « il est impossible de démontrer l’existence de limites naturelles entre la maladie mentale et la normalité », c’est-à-dire, les lignes séparant un diagnostic de «  maladie » et les soi-disant «  états normaux » sont vagues, requérant le jugement subjectif d’une autorité extérieure (comme un psychiatre ou un chercheur en neurosciences). C’est pourquoi il suggère qu’il est impossible de trouver les corrélations neurobiologiques des désordres diagnostiqués en les comparant à la neurobiologie des soi-disant contrôles sains.

Une autre question levée dans la recherche pour trouver des corrélations neurologiques à un trouble psychiatrique particulier. Les diagnostics psychiatriques sont de larges catégories et des individus avec le même diagnostic peuvent se trouver dans des états psychiques* très différents.  Par exemple, quelqu’un avec le diagnostic de dépression peut dormir trop ou trop peu, peut trop manger ou pas assez. Dans ces cas, quelqu’un ayant été diagnostiqué comme dépressif peut  monter les symptômes opposés à ceux d’une autre personne également diagnostiquée comme dépressive.

Telles-Correia dit donc que les études à venir doivent inclure des experts de champs multiples, pas seulement des neuropsychiatres,. IL suggère que des experts en philosophie des sciences sont nécessaires à ajouter eux neurosciences et aux équipes de recherches en psychiatrie.

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Telles-Correia, D. (2018). The mind-brain gap and the neuroscience-psychiatry gap. Journal of Evaluation in Clinical Practice. doi: 10.1111/jep.12891 (Link)

Peter Simons

MIA-UMB News Team: Peter Simons a un parcours dans les humanités où il a étudié l’Anglais, la philosophie, et les Arts. Travaillant maintenant sur son Doctorat de Psychologue (Counseling Psychology), ses recherhes récentes se sont dirigées sur les conflits d’intérêts dans la littérature de la recherche pharmaceutique, sur l’usage de médicaments antipsychotiques dans le traitement de la dépression, et les implications générales, philosophiques et socio-politiques de la taxonomie psychiatrique dans les diagnostics et les traitements.

  • Le terme anglais utilisé est «  mental states , on peut qualifier une situation de «  psychique » lorsqu’elle manifeste, ce qui est de toute façon toujours le cas, tous les aspects, fonctionnements, intrications de la vie « de l’esprit ». On gardera le terme « mental » pour les éléments perceptibles, conscientisables.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

 

 

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter

Une étude de grande envergure révèle l’arbitraire des diagnostics de dépression du DSM Justin Karter 

 

In The News  3 Novembre 2015

Une étude de grande envergure sur les symptômes de la dépression, concernant plus de trois mille patients récuse les critères utilisés pour le diagnostic des dépressions majeures dan le dernier Diagnostic and Statistical Manual (DSM-5) [Manuel diagnostic et statistique]. Les systèmes actuels de diagnostic sont basés sur l‘hypothèse que les symptômes de la dépression pointent vers une « maladie » commune sous-jacente, mais la recherche suggère que ce cadre théorique peut être dépassé et trop simplifié.

«  Nous devons cesser de penser la dépression comme une maladie qui peut causer un nombre de symptômes interchangeables” dit l’auteur de l’initiative Dr. Eiko Fried à Medical Press

« La dépression est un système de symptômes inter-agissants extrêmement hétérogènes. Et certains de ces symptômes peuvent être beaucoup plus importants que les autres. »

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Quand ils évaluent une dépression majeure chez un patient, les médecins utilisant le DSM-5 s’appuient sur neuf symptômes. Ces critères négligent plusieurs autres symptômes qui apparaissent dans les évaluations de la dépression standard, comme le sentiment de punition, qu’on trouve par exemple dans le Beck Depression Inventory (BDI) [Inventaire de la dépression de Beck]. De plus, les essais cliniques du DSM-5 révèlent que le diagnostique de dépression majeure est un des diagnostics les moins fiables en pratique, signifiant que le diagnostic ne peut pas être appliqué d’une façon cohérente par différents médecins dans différents cadres.

Fried et ses collègues tentent d’envisager la dépression à partir d’une nouvelle perspective, la considérant comme une toile de symptômes reliés les uns aux autres et connectés causalement qui se renforcent les uns les autres dans «  des réseaux hautement stables – auxquels il est difficile d’échapper. » «  Par exemple, l’insomnie peut conduire à l’épuisement, qui à son tour peut provoquer des problèmes de concentration qui se répercutent sur l’insomnie. »

À partir de cette perspective, ils ont cherché à identifier la « centralité » de différents symptômes associés à la dépression. Ils se sont référés aux réseaux sociaux afin d’expliquer comment fonctionne la «  centralité » : «  Si une célébrité ou un journal important partage des informations sur Twitter, celle-ci va vraisemblablement se répandre rapidement et largement sur les réseaux sociaux. Une personne de la périphérie avec peu de connexions a beaucoup moins de chance d’avoir un impact sur ces réseaux. Dans le cadre de la dépression, l’activation d’un symptôme hautement central signifie que des impulsions vont se répandre à travers le réseau et activer un grand nombre d’autres symptômes, alors qu’un symptôme périphérique est moins pertinent dans la perspective de systèmes dynamiques parce qu’il a moins de moyens d’influencer le réseau. »

L’idée de « centralité » comporte des critères opposés au diagnostic actuel. Par exemple, le DSM65 recommande un diagnostic de dépression majeure si le patient cinq ou plus des neuf symptômes, à partir du moment où au moins l’un d’entre eux est ou bien «  l’humeur dépressive » ou «  l’intérêt diminué ». dans ce modèle, le nombre de symptômes que le patient exhibe a plus d’importance que la façon dont les symptômes individuels sont «  centrés » ou signifiants.

Pour analyser la centralité des symptômes liés à la dépression, Fried et son équipe de chercheurs ont ré-analysé les données de l’étude supportée par le NIH (National Institute of Health) [Institut national pour la santé], Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression (STAR*D) [Traitements alternatifs classés pour soulager la dépression]. Ils ont évalués vingt-huit différents symptômes rapportés par les participants et ils ont analysé leurs connexions. Le résultat fût un réseau d’interconnexions de symptômes groupés ensemble dans plusieurs «  nœuds ». D’une façon intéressante, les symptômes que le DSM utilisait comme critère de dépression majeure n’étaient pas plus centraux que des symptômes ne figurant pas dans le DSM.

« Ceci implique que les symptômes figurant dans le DSM|-5 ne sont pas plus appropriés comme indicateurs de dépression que des symptômes non-DSM et que des symptômes particuliers (présents à la fois dans les symptômes DSM et non-DSM) peuvent revêtir une importance particulière. » écrivirent-ils. Dans leur conclusion ; les auteurs défient l’intégrité des critères du DSM et soutiennent que « les symptômes particuliers figurant dans le DSM semblent plus basés sur l’histoire que sur les preuves. » mais ils préviennent que leur étude «  ne devrait pas être comprise comme étant une critique du DSM qui a déjà pris  de sérieux coups ces dernières années. » Au lieu de cela, ils écrivent que leur but est « d’encourager les chercheurs et les cliniciens à commencer de penser à l’importance des symptômes individuels et à leurs associations, et à évoluer au-delà des symptômes spécifiques listés dans le DSM. »

Fried résume la nouvelle perspective ainsi :

 « La dépression n’est pas comme, disons, la rougeole. Quand vous avez la rougeole, vos symptômes aident le docteur à trouver quelle est la maladie les sous-tendant. Mais une fois que le diagnostic est porté, ça n’a pas vraiment d’importance de savoir quel possible symptôme vous avez manifesté ou non. Traiter la maladie elle-même fait les fait disparaître tous. La dépression est plus compliquée. Ce n’est pas une infection ni une maladie du cerveau spécifique. Il n’y a pas de traitement facile, pas de médicaments qui font disparaître les symptômes. À la place, nous pouvons concentrer nos efforts de traitement sur les symptômes menant la dépression du patient. »

 

Fried, E. I., Epskamp, S., Nesse, R. M., Tuerlinckx, F., & Borsboom, D. (2016). What are’good’depression symptoms? Comparing the centrality of DSM and non-DSM symptoms of depression in a network analysis. Journal of affective disorders189, 314-320. (Abstract) 

Justin Karter, News Editor

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Les tests génétiques commercialisés par les psychiatres ne sont pas validés par la recherche. Traduction Mad in America

Il s’agit d’une sorte de course contre la montre. Sont en lice deux visions de l’homme et de sa “nature”et parallèlement à ces deux visions une dynamique de profits colossaux dans le contexte d’une psychiatrie biocomportementaliste. Les médications déjà en usage comme réponse unique psychophysiologique aux troubles répertoriés et générés par le DSM américain sont en train de céder la place aux approches psychogénétiques dans le contexte d’une recherche financée par les lobbies pharmaceutiques et appliquée comme panacée à toute manifestation de malaise. Il va de soi que se questionne là le rapport à la norme et à la conscience de soi par rapport aux critères intégrés faisant office de moi idéal mais aussi la réponse causale biochimique ou biogénétique qui fait de l’humain un morceau de chair muette. Le mouvement de psychiatres et de psychothérapeutes de Mad in America tente de se lever cotre cette lobbyisation du marché de l’angoisse et contre la vision réductrice et univoque de la santé mentale qu’elle décline. EG

Test génétique commercialisé aux psychiatres pas pris en charge par la recherche

Dans Les Nouvelles 5 Octobre 2,015

Avec l’explosion des essais Génétiques et l’Emergeance du Champs de la pharmagénétique, les patients PEUVENT Maintenant passer les tests de l’ADN et des recommandations de receive Médicaments psychotropes Personnalisées Qui conviennent à Leur profil génétique. Dans un éditorial du dernier numéro du J ournal des maladies nerveuses et mentales, le psychiatre de l’Université de Columbia Robert Klitzman prévient Que les cliniciens doivent être Les Avertis des Limites des tests de CES Génétiques Qui Leurs Sont Vendus.

«Teste PLUSIEURS sont maintenant Vendus aux psychiatres, les bases sur les analyses des Marqueurs Génétiques trouvés associés à des samples Variés de patients aux Profils Psychiatriques.» Écrit Klitzman. «Mais la réplicabilité et l’Utilité clinique de tests CES Sont Limités.»

Des Compagnies Privées PEUVENT Légalement Développer des tests de CES et les vendre Directement aux psychiatres Sans Avoir à démontrer Leur effectivité OU Avoir Reçu l’approbation de la FDA (Food and Drugs Administration) «La loi Qui AUTORISE la vente de tells teste une controverse déclanché de juin, en partie Parce Que Les Agences Fédérales NE PEUVENT habituellement Se engager Dans la surveillance après-vente de tests de de CES. »

Klitzman Ajouté bureaux de ventes directes aux Qué Praticiens PEUVENT Être particuliérement Problématiques Dans CE CAS de voiture Nombreux médecins «Ont juin Compréhension limitée de la génétique et PEUVENT Fait accepteur Plutôt Que de Questionner les affirmations de CES Compagnies.»

Par exemple, de Nombreux essais are ACTUELLEMENT commercialise, Qui affirment Que des Marqueurs genetiques were identifie Qui sont identifie COMME ETANT Associés AVEC CERTAINS Diagnostiques Psychiatriques. Cependant, Klitzman Souligne Que les conditions de la santé mentale Sont influencées par bien Plus que la génétique et de PEUVENT survenir Circonstances de la vie et des interactions interpersonnelles et Environnementales. »

Malheureusement la commercialisation Semble trabalho. Klitzman Rapporté Qué 41,6% des psychiatres rapportent Avoir patients non sollicités Ayant les verser essai non génétique et que14% Ont Ordonné test de CE.

COMME CES essais Génétiques gagnent en utilisation et en visibilité, le  Nouveau Centre Angleterre Investigative Reporting  (Necir) Apporte Que «la recherche Derriére Eux is rare, incomplète et biaisée ous Le Potentiel versez les conflicts d’Intérêts enormes.» Le sujet de Leur enquête, UN HOMME DU Vermont was convaincu PAR SES Médecins de essais de bureaux de passants et A Fini suicidaire avant d’être institutionnalisé bien mérité Avoir Suivi CES recommandations.

En savoir plus:

Plus de mal que de bien? L’utilisation de tests génétiques de santé mentale a augmenté rapidement. Mais la preuve qu’ils travaillent sont rares. Beth Daley | Nouveau Centre Angleterre Investigative Reporting

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La nécessité d’une vigilance dans la commercialisation de tests génomiques en psychiatrie. Klitzman RJ Nerv Ment Dis.2015 PTOM; 203 (10): 809-810. PMID: 26421971 (Résumé)

Justin Karter, Nouvelles éditeur

Traduction Elisabeth Guerrier

Aliénation mentale, Indiens fous et marteau des sorcières : la santé mentale comme oppression David Edward Walker

Lunacy, Crazy Indians and the Witch’s Hammer: Mental Health Care as Oppression

David Edward Walker Mad in America

La remontée dans le temps et dans l’histoire des peuples amérindiens que nous offre cet article de David Edward Walker nous permet d’enraciner le DSM, dans sa genèse et dans son idéologie. Le DSM 5, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié le 18 Mai 2013 par l’Association américaine de psychiatrie devenu un outil de nomenclature omniprésent et vecteur, avec ses quelques 600 diagnostiques, d’une pathologisation du comportement et de l’attitude qui de publication en publication s’affiche avec une forme de despotisme totalitaire. L’analyse de Walker nous permet de nous extraire de la toute-puissance pseudo-scientifique de cet outil à visée nosographique internationale pour lui redonner son contexte de création, c’est à dire les fondements eugéniques théorisés par Sir Francis Galton qui ont caractérisé sa première élaboration et l’idéologie du réductionnisme biologique sous-jacente du psychiatre allemand Emil Kraepelin pour qui toute forme d’anormalité est d’origine biologique ou lésionnelle. C’est en présentant la psychiatrie avant tout comme l’institutionnalisation d’un outil politique et répressif que Walter nous permet de donner à la nomenclature nosographique actuelle toute sa relativité et à la considérer comme une marque normative légitimée par un rapport de pouvoir à la fois subi et tacite. E.G

 

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Courtesy Oklahoma Historical Society Research Division Le Cherokee Orphan Asylum a ouvert en 1877, à dix kilomètres au sud de Tahlequah, Oklahoma.

Démence, Indiens fous et le marteau de la sorcière : le soin psychiatrique comme oppression

David Edward Walker

8/13/15

Le passé est dans le présent, si seulement nous pouvions le remarquer. Quand un dispensateur de soins à l’IHS ( Indian Health Service, Service indien de Santé ) pose le diagnostique de Attention Deficit Hyperactivity  Disorder (ADHD) [Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité] ou de Bipolar Disorder (BD), [Trouble bipolaire][ ou bien de Post Traumatic Stress Disorder, (PTSD) [Trouble du stress posttraumatique],  on devrait entendre les échos des médecins il y a un siècle attestant des « défauts de raisonnement » [defects of reasoning] et s’arrangeant pour interner les populations autochtones dans des asiles d’aliénés. Les « dépistages de santé mentale » d’aujourd’hui et la liste de « symptômes » a remplacé les « délimitations des démences indiennes » [Indian Lunacy Determinations] d’hier dans le masquage et l’ignorance des iniquités chroniques et de l’oppression. Les chaînes anciennes attachent encore les corps des indigènes à travers un endoctrinement qui définit le « traitement » comme une torpeur et une sédation à l’aide de médicaments altérant l’esprit et ayant parfois des effets secondaires épouvantables.

Les labels psychiatriques utilisés actuellement par l’HIS pour diagnostiquer les populations indigènes sont si pauvrement conçus qu’en 2012, le Dr. Tom Insel, directeur de la principale source de subventions fédérale des industries pharmaceutiques, le National Institute of Mental Health (NIMH) [ Institut national de santé mentale ] a interdit leur usage dans le cadre de la recherche à cause de leur «  absence de biomarqueurs, du manque de catégories diagnostiques valides, et de notre compréhension limitée… ». Étrangement, le NIHM continue d’utiliser les mêmes labels psychiatriques sur son site web afin de convaincre les visiteurs de leurs mensonges scientifiques concernant de soi-disant défauts cérébraux ou génétiques. Ces labels psychiatriques sont un excellent moyen de commencer à investiguer le passé du système de santé mentale dans le pays indien. Le marquage du label « ne s’adapte pas » sur un individu était le moyen pour le système de santé mentale du 19 ième siècle de promouvoir l’intégration forcée.

La luxure insatiable des femmes.

L’intolérance chrétienne à la non-conformité, aux différences et aux handicaps a conduit à des exécutions publiques lors de l’Inquisition aux 15 ième et 16 ième siècles et plus humainement à la création d’asiles d’aliénés afin d’isoler ceux qui étaient identifiés comme «  différents », quelle qu’en soit la raison. Par contraste, l’approche des comportements ou des attributs inhabituels des indigènes nord-américains insistait sur la tolérance et l’inclusion, allant jusqu’à la révérence. Un a priori très puissant touchant la sacralité de la vie rendait des concepts européens comme ceux de « maladie », « handicap » ou « folie » étrangers et irreprésentables. Un esprit humain pouvait être situé dans un corps ou un cerveau plus limité que les autres mais même cette malchance pouvait offrir des visions spirituelles ou des enseignements. La médecine pour le mal- être était aussi spirituelle, dirigée vers la restauration et la connexion.

La doctrine chrétienne séparait les pulsions animales du corps des aspirations plus hautes de l’esprit. Le corps était une source vile de péché et de corruption et pendant que l’Eglise concédait que les saints aient pu se comporter étrangement, les autres personnes se comportant d’une façon hors-norme étaient généralement considérées comme étant habitées du démon. Les femmes étant plus vulnérables à la possession satanique et la libération diabolique de leur pouvoir sexuel une menace majeure pour l’homme européen.

Le recueil de procédures le plus populaire pour l’identification et l’exécution de telles sorcières, le Malleus Maleficarum,  ou “Marteau des sorcières », rédigé en 1487 dit : « Toute la sorcellerie vient du désir charnel, qui est, chez les femmes, insatiable. » Les auteurs du Marteau des sorcières étaient « grandement préoccupés par la répression des cérémonies  païennes » et ont fourni le guide qui a permis de brûler sur le bûcher pas moins de 9 millions de femmes.

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Une page du livre “Malleus Maleficarum.” Le marteau de la sorcière qui a détruit les sorcières et leur hérésie comme une lance toute-puissante. (Courtesy Wikipedia)

Exécuter quelqu’un jugé pour être possédé par le diable a conduit finalement les chrétiens les plus progressistes à hésiter – ils ne souhaitaient pas tuer quelqu’un qui aurait pu au lieu de cela souffrir d’une affliction. Les Humanistes chrétiens ont commencé à financer la recherche médicale de défauts ou de maladies chez des personnes qui auraient autrement été considérées digne de rédemption. Ceux considérés comme ne méritant pas la rédemption fournissant aux premiers anatomistes européens l’opportunité de les disséquer sans risquer qu’ils soient accusés de profanation impie. Ils pouvaient légalement obtenir les corps des criminels exécutés ou les corps non réclamés après deux jours ou plus.

Une version moins sanglante du pillage de tombe ou de l’enlèvement de cadavre est la recherche psychiatrique contemporaine effectuée grâce à des partenaires amicaux comme le NIMH appliquant des technologies comme les tomographies par émission de positron (TEP) [PET, Positron Emission Tomography] et l’imagerie à résonance magnétique, IRM. Ces procédures forment les bases d’une science du cerveau erronée actuellement plébiscitée par le IHS. Il fut un temps où les crânes des Indigènes américains étaient simplement enlevés, comme lorsque l’anatomiste américain bien connu Samuel Morton distingua les crania American, en 1839 et consolida la catégorie raciale de « Indien d’Amérique du nord » inventant la « craniométrie » afin de mesurer les capacités mentales des indigènes à l’opposé des standards des crânes des blancs « caucasiens ». Le Dr. Norton déplorant «  l’inaptitude des Indiens pour notre civilisation ». À peu près 1200 crânes furent rassemblés provenant des champs de bataille des guerres contre les indiens, du pillage des tombes des indiens-américains et de « sources inconnues »

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Une page du “Crania Americana.” De Samuel Morton (Courtesy Archive.org)

Lorsque les médecins occidentaux ont pénétré pour la première fois le pays indien, ils amenaient avec eux la croyance, chrétienne et fruit des lumières, de la maladie mentale comme maladie du corps – c’est à dire la croyance que la perte des capacités de raisonnement provenait de défauts dans le corps et notamment dans le cerveau. Très vite, le concept maintenant abandonné d’aliéné fût appliqué aux indigènes américains résistants, débordés  ou simplement déplacés, victimes de la colonisation et de l’oppression.

Aliéné était un mot nouveau pour caractérisé les individus ensorcelés par des pratiques païennes non-chrétiennes. Initialement, il se référait à « certains hommes… malmenés par le Diable [et] profondément affectés par les diverses phases de la lune. » selon le Malleus Maleficarum. Avant d’être assimilés de force, les européens pré-chrétiens des communautés tribales adoraient Diane, déesse de la lune, de l’enfantement, de la croissance, des soins et de la sorcellerie. Notre croyance que la pleine lune accentue la folie est une rémanence intergénérationnelle d’une croyance indigène féminino-centrée* européenne et une autre démonstration de la place du passé dans le présent.

La médecine américaine étiquette agressivement toute réaction d’opposition  à l’oppression comme une maladie mentale. Le Dr Benjamin Rush, signataire de la Déclaration d’Indépendance et père de la psychiatrie américaine, notait en 1813 que «  les Africains deviennent fous… peu de temps après être entrés dans le labeur de l’esclavage à perpétuité. » Le Dr. Samuel Cartwright, élève de Rush,  créa rapidement le diagnostique de  dysaesthesia aethiopica pour l’« attitude irascible » des esclaves et  Drapetomia  pour la maladie consistant à fuir l’esclavage. Cartwright déclare qu’ « ils doivent être punis jusqu’à atteindre ce degré de soumission qui est prévu pour être celui qu’ils occupent » selon la Bible.

Lors des premières rencontres, les médecins occidentaux présumaient que les amérindiens vivaient dans un état de pureté et de romantisme qui les immunisait contre les maladies mentales. En fait, certains reconnaissaient même que les forces de la civilisation occidentale pouvaient menacer la stabilité indigène. En 1844, le Dr. Issac Ray, membre fondateur de l’American Association of Medical Superintendents (devenue l’American Psychiatric Association) [ Association psychiatrique américaine]  écrit : « Si le Sauvage est plus exempt des infirmités mentales que le Sage…il nous faut attribuer ce fait à une plus grande exemption de tous les effets de détérioration de la civilisation.» Dans la même domaine, le Medical Examiner rapporte que Charles Lillybridge, ayant examiné « plus de deux-mille indiens «  lors de la Piste des larmes Cherokee * » n’a jamais vu ou entendu parler d’un cas de folie parmi eux », pendant qu’un certain Dr. Butler « Missionnaire et médecin dévoué au sein des Cherokee » pendant vingt-cinq ans « n’a jamais vu un seul cas de folie »

 * La Piste des larmes (en Cherokee : Nunna daul Isunyi « La piste où ils ont pleuré », en anglais : Trail of Tears) est le déplacement de plusieurs peuples amérindiens par les États-Unis entre 1831 et 1838. Ces populations s’établissent à l’ouest du Mississippi et leurs anciennes terres sont remises à des colons blancs, en application de l’Indian Removal Act.

Plus tard, un élément progressif parmi la nation cherokee se sentit tenu d’ouvrir le premier service de santé mentale du pays indien – le Home for the Insane, Deaf, Dumb, and Blind [la Maison pour les fous, sourds, idiots et aveugles] plus connue sous le nom de Cherokee Asylum [ Asile Cherokee]

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The Cherokee Asylum opened in 1877 six miles south of Tahlequah, Oklahoma. (Courtesy Cherokee Heritage Museum/Wikipedia)

Certaines races doivent être éliminées

Les clans matrilinéaires cherokees représentaient autrefois une famille élargie responsable pour les enfants de chacune des mères, quel que soit son statut ou son handicap. Si quoi que ce soit de proche du concept de « propriété terrienne » existait, c’était exprimé à travers le partage traditionnel du clan. La Piste des larmes cherokee et leur déplacement forcé vers l’Ouest a grandement précipité la fin des traditions matrilinéaires et créé une nouvelle population d’indigènes rejetés, déplacés et indigents.

Pendant des années les Cherokees progressistes ont favorisé les mariages interraciaux et l’adoption des mœurs des planteurs esclavagistes du Sud. Les traditionalistes, beaucoup moins enclins aux mariages interraciaux  maintinrent les us cherokees et étaient mitigés quant à l’esclavage. Bien que les deux côtés aient adopté des versions de la religion chrétienne, les progressistes furent clairement favorisés par le gouvernement et obtinrent un accès considérablement plus grand aux terres, aux ressources et au pouvoir. Cette stratégie fédérale pour détruire les « traditionalistes » i.e. les protecteurs de la culture indigène, fût utilisée sur tout le territoire indien.

La Guerre Civile divisa plus avant les Cherokees progressistes et traditionalistes, dévastant les communautés à un point tel qu’en 1862, l’agent indien W.G Coffin décrit plusieurs milliers de personnes « pieds nus et plus encore sans même de haillons pour cacher leur nudité. » Après la guerre, la nation cherokee fût punie pour avoir collaboré avec les Confédérés en étant force de céder quatre millions d’hectares de terre aux US. C’est dans le contexte d’une société presque entièrement dépouillée de sa force que le Cherokee Asylum a été ouvert en 1877, à environ neuf kilomètres de Tahlequah, dans l’Oklahoma. Plusieurs centaines de milliers de dollars provenant de la vente des terres furent utilisées pour créer un lieu d’accueil pour les orphelins, les maladies mentaux indiens, les personnes déplacées ainsi que les sourds, les idiots, les aveugles et les indigents qui avaient jadis été sous la responsabilité matrilinéaire clanique cherokee.

N’en concluez pas qu’un interné de l’Asylum était réellement perturbé ou fou. Être destitué était le seul critère d’admission. Qu’il ou elle ait été ivre, coléreux ou bizarre ou simplement très pauvre, il était fait peu de distinctions pour interner le nouvellement dénommé « Indien fou ». Il suffisait que deux citoyens cherokees rapportent que quelqu’un ait besoin d’une admission pour qu’il soit interné. L’unique médecin de l’Asylum pouvait donner son avis mais la décision appartenait au comité d’administrateurs ( des Cherokees progressistes) de décréter l’internement ou la libération.

Bien que cela n’ait pas réussi, le Cherokee Asylum devait subvenir à ses propres besoins, développant le travail à temps plein auprès des troupeaux ou dans les champs pour les individus physiquement aptes. « Les rapports sexuels libres et sans retenue » sont interdits. L’influence civilisatrice des Évangiles était considérée comme essentielle et légiférée : « Il est du devoir de l’intendant d’assurer les services des membres de l’église afin qu’ils assurent les services religieux ou les prêches à l’Asylum chaque dimanche, ou aussi souvent que possible. » Cependant des visiteurs moins pieux allaient et venaient fréquemment et des plaintes émergèrent à propos de « parents ou d’amis des internés [qui] considèrent l’Asylum comme un  établissement public », c’est-à-dire comme une taverne ou un bar. De cette façon, la Nation cherokee de l’Ouest fut la première à adopter l’approche européenne consistant à enfermer les destitués, les différents et les non-conformes ».

Les internés du Cherokee Asylum étaient principalement les victimes de la destruction culturelle, déconnectés de leurs familles et déshérités de la propriété partagée de leur clan matrilinéaire. Les Cherokees de l’ouest luttèrent avec succès pour défendre ce qui restait de leur système matrilinéaire affaibli lorsqu’en 1887 ils résistèrent aux essais du Dawes Act de répartir la terre par lot individuel en faisant respecter le droit de titre de pleine propriété qu’ils utilisèrent à dessein pour signifier une propriété commune. Leur lutte fut finalement perdue quand le Curtis Act passa en 1898.

Les courts pénales tribales des Five Civilized Tribes [Cinq tribus civilisées] furent abolies par la suite, laissant à la US court [tribunal américain]  la juridiction directe de tous les citoyens cherokees. Cette même court des US qui, sur les territoires indiens, contrôla la répartition individuelle des terres cherokees, supervisait maintenant le bail de développement du pétrole et du gaz, ainsi que le droit de déterminer si les indiens souffraient de troubles mentaux. Cette période, de 1880 au Indian Reorganization Act [l’Acte de réorganisation indienne] de 1934, vit le Indian Agent  [représentant des indiens] et le juge de la US Court devenir les arbitres absolus de toutes ces questions.

Suivant les précédentes législations britanniques, la US Court [Tribunal américain]  commença à investir les médecins blancs du privilège de déterminer légalement si des défauts de raisonnement étaient suffisants pour qu’une personne ne fasse pas la différence entre le bien et le mal dans les procédures criminelles et soit déclarée « malade mentale ». Deux philosophies influentes forment le cadre critique de la profession médicale occidentale à cette époque. La première, initiée par le psychiatre allemand Emil Kraepelin postule que toutes les maladies mentales sont le résultat final de lésions cérébrales. Cette même idéologie psychiatrique, nommée le réductionnisme biologique, se retrouve de Samuel Morton au concept chrétien de corps pécheur et est actuellement la base de la philosophie « biomédicale » de l’Indian Health Service. La seconde philosophie est l’Eugénisme, créée par le psychologue britannique (et cousin de Charles Darwin) Sir Francis Galton, qui prétend que dans le but d’améliorer l’espèce humaine « des races plus adaptées  et des sangs plus filtrés avaient besoin de « plus de chances de prévaloir sur des races moins adaptées » Ceci signifiait que certaines races devaient être éliminées. En 1865, Sir Francis Galton écrivit que les Amérindiens « montraient le minimum de qualités affectives et sociales compatibles avec la maintenance de leur race » signifiant qu’ils devraient être exterminés.

Deux ans avant les remarques de Sir Francis Galton des dizaines de parents oraibis, apaches et hopis furent emprisonnés sur l’île d’Alcatraz pour avoir résisté aux missionnaires et aux agents fédéraux essayant de kidnapper leurs enfants et de les mettre en pension. A partir de ce moment, ces actions ainsi que d’autres actes de résistance ou de défiance pouvaient être étiquetée comme « folles ».  Après tout, rejeter les intentions bienveillantes des officiels civilisateurs ne pouvait qu’être attribué à un « défaut de raisonnement ». L’Indian Lunacy Determinations [Le diagnostique des maladies mentales indiennes] devint la procédure légale pour institutionnaliser les résistants aux côtés des personnes déplacées, rejetées ou réagissant au trauma et à l’oppression subie par leur communauté, supposée être la plus inférieure parmi les inférieures.

Lors des derniers jours de l’Indian Territory, en 1905, avant la création de l’état de l’Oklahoma, la procédure judiciaire pour la Lunacy Determination [diagnostique d’aliénation] n’était pas plus standardisée que celle qui déterminait le placement au Cherokee Asylum. Plusieurs élus, généralement blancs, l’Indian Agent [le représentant des Indiens] ou un gardien appointé, si applicable, pouvait formuler une demande officielle afin que le Juge fédéral détermine l’état de santé mentale d’un indigène. Tout médecin pouvait établir une « évaluation », et une note manuscrite établissant la folie ou la maladie mentale était tout ce qui était exigé. Le témoignage et le jugement ultime était souvent placés dans une enveloppe brune, dont j’ai trouvé de nombreux exemplaires, légèrement usés, dans une vieille boîte des NARA (Archives nationales et  enregistrement des dossiers)

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(Courtesy National Archives and Record Administration)

Etant donné la facilité avec laquelle les indigènes étaient jugés malades mentaux,  il n’est pas surprenant que la demande de places pour les interner ait commencé à excéder le nombre de lits disponibles pour ces âmes en peine. Les asiles en dehors du territoire indien commencèrent à absorber l’écart mais les directeurs des hôpitaux s’opposèrent à l’internement des indiens avec les blancs, à cause de leur infériorité supposée, de l’agitation des racistes blancs internés et des rapports sexuels interraciaux éventuels qui auraient violé les principes tacites de l’eugénisme.

En 1901, le Bureau of Indian Affairs [bureau des affaires indiennes] entreprit la construction du Hiawatha Asylum pour les indiens malades mentaux à Canton, Dakota du Sud. En Janvier 1904,  peu de temps après l’achèvement de sa construction, le Cherokee Advocate constate qu’il n’y avait que 18 internés dans le bâtiment qui avait « tristement besoin de réparations, en particulier les fenêtres, presque sans vitres.»

Avec l’étatisation imminente du Territoire et la perte de la juridiction tribale, certains internés cherokees furent finalement placés sous la responsabilité de l’état de l’Oklahoma. D’autres transférés dans le nouvel établissement psychiatrique public BIA du Dakota du Sud. (Je développerai le sujet du Hiawatha Azylum dans un autre article de cette série)

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The Hiawatha Asylum was constructed in 1901 in Canton, South Dakota. (Courtesy GoDakota.com)

En 1918 le U.S. Census Bureau  [Bureau du recensement américain] approuva le Statistical Manual for the Use of Institutions for the Insane, [ manuel statistique pour l’utilisation des institutions pour malades mentaux] publié par le National Committee for Mental Hygiene, [comité national pour l’hygiène mentale] en tant que « système national de statistique des maladies mentales » afin d’aider à répertorier les menaces des tensions raciales indésirables et leurs conséquences sur l’équilibre mental. Ce document de 1918 – et non la première publication de 1952 de l’ American Psychiatric Association [ association américaine de psychiatrie]  souvent citée – constitue la première version du DSM Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders   Avec l’ICD-10, dont il est très proche, le DSM est le système d’identification et de classification actuellement utilisé par l’IHS au sein duquel les dénominations dans le domaine de la santé mentale que j’ai évoquées au début de cet article sont trouvées. Le tableau 7 du manuel de 1918 clarifie le système de l’agenda racial de la santé mentale alors en usage.

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Table 7 Statistical Manual of Mental Disorders

Cette première version du DSM sert l’eugénisme, un mouvement social puissant visant à éliminer les races inférieures par l’intermédiaire de la stérilisation et le taux bas des naissances. De 1921 à 1924 une exposition sur l’Eugénisme organisée par l’American Museum of Natural History [ le Musée américain d’histoire naturelle]  était exhibée dans la Rotonde du Capitole et des philosophies eugéniques furent mises en pratique dans les services de santé et les services sociaux à travers les territoires indiens.

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Le manuel de 1918 érige la  « peau blanche » comme le standard le plus signifiant permettant de mesurer la santé et la normalité des non-blancs et il en est toujours ainsi. Les 21 diagnostics et sous-diagnostics du manuel de 1918 ont évolué dans les 600 diagnostics du DSM 5  récemment publiés par l’APA, American Psychiatric Association élargissant abondamment les opportunités des médecins de faire croire aux indigènes qu’ils souffrent de maladie fictives. Depuis 1980, la force de la tâche de l’APA ayant composé le DSM a décrit sa philosophie comme “ néo-Kraeplinienne” – reliant le DSM à  l’ancienne assertion de Kraeplin affirmant que la « maladie mentale » peut se trouver en dernier lieu dans des défauts du cerveau ou des difformités génétiques. Le passé est dans le présent pour peu qu’on veuille le noter.

Il est tout à fait positif que la médecine occidentale ait réussi à comprendre les réelles atteintes du cerveau sous-tendant la démence ainsi que les dégâts résultant de la méthamphetamine, de l’alcool et de l’exposition à d’autres toxines. Cependant,  à part ces exceptions, 200 années de médecine occidentale n’ont pas trouvé de malformation cérébrale ou de défaut génétique derrière la vaste majorité actuelle des diagnostiques psychiatriques du DSM.

Ce qui reste pratiquement inexploré  par la médecine occidentale est la maladie de la perpétuation chronique et de l’oppression sur des générations de population indigène. Ceci vient du fait que cette violence émane en partie du mouvement pour la santé mentale du pays indien, qui, depuis plusieurs années, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre cette maladie invisible. Une transe s’en est suivie à travers laquelle le Malleus Maleficarum prétend que « ceux qui sont doués pour la sorcellerie et la séduction trompent les sens des humains avec certaines apparitions, de sorte que leur matière corporelle semble devenir différentes à la vue et au toucher ».

Articles apparentés : How the US Mental Health System Makes Natives Sick and Suicidal 

Certaines parties de cette histoire ont été publiées dans le blog du DR. Walker Mad in America 

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Traduction : Elisabeth Guerrier