AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Impérialisme USA

Le moment de diversion de Trump

Trump’s ‘Wag the Dog’ Moment

Avril 7, 2017

 

Exclusif : Le Président Trump a gagné les applaudissements des Néo-cons pour sa décision  prise dans l’urgence d’attaquer la Syrie en tuant environs une dizaine de Syriens, mais sa décision imprudente à tous les aspects d’une diversion.

Par  Robert Parry

Juste deux jours après que la nouvelle d’une soi-disant attaque au gaz sarin dans le nord de la Syrie, le Président a repoussé les conseils de l’Intelligence service qui doutaient de la responsabilité du régime syrien et a lance une opération de représailles en lançant des missiles sur la zone aérienne syrienne.

 

Trump a immédiatement gagné les applaudissements du Washington Officiel, spécialement ceux des néo-cons qui essaient de gagner le contrôle sur sa politique international sur ses conseillers nationalistes et personnels depuis sa victoire surprise du 8 novembre.

Il ya également une dispute interne autour du renseignement. Mercredi soir, le Secrétaire d’état Rex Tillerson a dit que les services de renseignements US affirmaient «  avec un haut degré de confiance » que le gouvernement syrien avait lâché du poison par gaz sur des civils dans la province de Idlib.

Mais un nombre d’agence de renseignement ont faits des déclarations contradictoires, disant que la prépondérance des preuves suggérant que les affiliés à Al Qaeda étaient en faute, ou bien en ayant orchestré une libération intentionnelle de l’agent  chimique comme provocation ou bien en en ayant possédé un container qui aurait explosé pendant un bombardement conventionnel.

Une des sources de renseignements affirme que le scenario le plus vraisemblable est une mise en scène orchestrée par les rebelles, souhaitant forcer Trump à changer de politique, annonçant quelques jours plus tôt que le gouvernement US ne cherchait plus de “ changement de régime” en Syrie et se concentrerait sur l’attaques des ennemis communs, les groupes terroristes islamiques qui représentent le cœur des forces rebelles

La source dit que l’équipe de sécurité nationale de Trump s’est divisée en deux parties, d’un côté  les conseillers les plus proches, le nationaliste fauteur de trouble Steve Bannon et le beau-fils Jared Kushner  et de l’autre une vieille ligne de néo-cons qui se sont regroupés autour du Conseiller à la sécurité nationale  H.R Mc. Master, un général des armées qui est un protégé  du favori des néo-cons, le Gen. David Petraus.

Les querelles internes de la Maison blanche

Dans cette approche, l’exclusion récente du Général en retraite Michel Flynn comme Conseiller à la sécurité nationale et la sortie cette semaine de Steve Bannon du Conseil de sécurité nationale furent des éléments clef de la réintégration des néo-cons au sein de la présidence de Trump. Les étranges personnalités et les positions extrémistes de Flynn et Bannon rendirent leur exclusion plus facile, mais il y avait des obstacles que les néo-cons voulaient éliminer.

Bien que Bannon et Kushner soient souvent présentés comme des rivaux, dit la source, ils partagent la croyance que Trump devrait dire la vérité sur la Syrie, en révélant l’analyse de la CIA faite sous l’administration Obama que l’attaque au gaz sarin de 2013  était une fausse déclaration afin d’entraîner le Président Obama à rejoindre complètement la guerre en Syrie aux côtés des rebelles – et les analyses des renseignements sont identiques en ce qui concerne l’incident de mardi.

Au lieu de ça, Trump a suivi l’idée  de créer une urgence  sur le jugement initial  blâmant Assad pour l’événement du gaz toxique de Idblid. La source a ajouté que Trump considérait l’assaut de mercredi soir comme une façon de changer les sujets de conversation de Washington, où son administration a subi les attaques incessantes des Démocrates déclarant que son élection était due à une opération couverte par les Russes.

Si changer de discours était le but de Trump, il a réussi partiellement en contrant les critiques sévères de certains néo-cons comme le Sénateur John Mac Cain, et Lindsey Graham qui ont loué ces attaques, comme l’a fait le Premier ministtre israélien B. Netanyahu. Les neocons et Israel cherchent depuis longtemps à créer un « changement de régime » à Damas même si le départ de Assad devait conduire à une victoire des extrémistes islamistes, associés à Al Qaeda ou à l’Etat islamique.

 Faire diversion

Trump emploie une “stratégie de diversion”  dans laquelle il met en lumière son leadership dans une situation de crise international afin de détourner l’attention de ces problèmes de politique intérieure, cela rappelle Clinton et sa décision d’attaquer la Serbie en 1999 comme des nuages commençaient à entourer se vie sexuelle avec Monica Lewinski.

 

 

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Le Président Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une conférence de presse le 15 février 2017 . (Screen shot from Whitehouse.gov)

 

Les conseillers de Trump, dans leur communiqué de presse le mardi soir, sont revenus en grande largeur sur la compassion que Trump éprouvait à l’égard des victimes du gaz et sur sa décision de bombarder les bases aériennes de Assad, en contraste avec la volonté de Obama de permettre à la communauté des renseignements de mener une enquête sérieuse sur les preuves autour de l’attaque au sarin de 2013

En fin de compte, Obama a écouté ses conseillers des services spéciaux de renseignement qui lui ont dit qu’il n’ y avait aucune preuve irréfutable “ impliquant le régime de Assad et il a annulé au dernier moment les frappes aériennes–tout en maintenant publiquement la fiction que les USA étaient certains de la culpabilité de Assad.

Dans les deux cas, – 2013 and 2017 – il ya de grands doutes sur la responsabilité de Assad. En 2013, il venait juste  d’inviter les Nations unies en Syrie  pour qu’ils enquêtent sur l’usage du gaz sarin par les rebelles et donc cela n’avait aucun sens de lancer une attaque au gaz sarin dans les banlieues de Damas, sachant qu’alors que les enquêteurs seraient détournés de leur enquête.

Pareillement maintenant, Assad a gagné militairement avec un avantage décisif sur les rebelles et a remporté une victoire diplomatique majeure avec l’administration Trump ayant annoncé que le «  changement de régime «  n’était plus une priorité en Syrie. Assad, qui est un homme rusé, aurait dû savoir qu’une attaque aux armes chimiques engendrerait une contre-offensive des USA et mettrait en jeu les avancées qui ont été effectuées avec l’aide russe et iranienne.

L’argument oppose à cette logique, dévellopé par le NYT et d’autres organs d’information dédiés aux positions néo-cons – est principalement que Assad est un barbare furieux qui est en train de tester une nouvelle position de force en provoquant Trump. Bien sûr, si c’était le cas, Assad aurait revendiqué ses actes plutôt que de les nier.

Mais la logique et le respect ne sont plus des valeurs dans le Washington officiel, ni au sein des medias américains.

La montée des services de renseignements

L’alarme au sein de la communauté des renseignements à propos de la décision précipitée de Trump s’est réverbérée du Moyen Orient à Washington où l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi a rapport qu’il avait entendu que ses contacts sur le terrain étaient choqués par la façon dont l’histoire du gaz sarin avait été distordue  par Trump et les medias officiels.

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L’ancien officier de la CIA Philip Giradi. (Photo credit: Gage Skidmore)

Giraldi a confié lors de l’émission de Scott Horton: « J’entends, venant de sources du terrain situées au Moyen Orient; des individus qui son t intimement lies aux services de renseignement disponible qui disent que le contenu narrative que nous entendons tous à propos du gouvernement syrien ou des Russes ayant fait usage d’armes chimiques est une imposture. »

Giraldi a dit que ses sources étaient plus proches de l’analyse postulant un lâché accidentel de gaz après qu’un dépôt d’Al Qaeda ait été bombardé par une frappe russe.

Les services de renseignements confirment plutôt bien le compte-rendu que les Russes ont donné, qui est qu’ils ont heurté un abri où les rebelles- maintenant ce sont des rebelles qui sont bien sûr connectés à Al Qaeda- stockaient des armes chimiques leur appartenant et que cela a causé une explosion qui a entraîné des pertes. Apparemment les renseignements sont très clairs là-dessus.

Giraldi a évoqué la colère de la communauté des  services de renseignement à propos de cette distorsion des informations afin de justifier les représailles militaires de Trump, elle était si forte que certain officier opérant clandestinement considéraient leur passage au public.

“ Les membres de l’agence ( CIA) et les militaires qui sont au courant du travail des services de renseignement sont effrayés par tout ça parce que Trump a complètement transformé ce qu’il devait avoir su – ou peut-être pas- et ils craignent que cela n’avance vers une situation qui pourrait aisément tourner dans un conflit armé”.  Giraldi a dit, avant les frappes de jeudi « Ils sont étonnés de la façon dont tout cela est manipulé à la fois par l’administration et par les médias. »

Une couverture biaisée

Les medias US ont présenté la crise actuelle avec le biais profondément néo-cons qui a infecté la couverture de la Syrie et du grand Moyen-Orient depuis des dizaine d’années. Par exemple, le New York Times de vendredi a publié un article à la une  de Michael R. Gordon  et Michael D. Shear qui ont traité la responsabilité du Gouvernement syrien pour le gaz sarin comme a fait acquis. La longue histoire ne daignait même pas inclure les démentis de la Syrie et de son partenaire russe q touchant leur responsabilité.

 

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Le  destroyer  Arleigh Burke-class missile USS Ross  lance une attaque à terre avec un missile tomahawk à partir de la Méditerranée  le 7 avril 2017. (Navy photo by Petty Officer 3rd Class Robert S. Price)

 

 

L’article correspondant aussi au désir de Trump d’être décrit comme un homme réactif et un leader fort. Il est dépeint comme ayant présidé à des délibérations intenses de guerre et de paix et affichant un profond humanisme concernant les victimes du gaz, un des rares moment où le Time qui est devenu un fiable journal de propagande néo-con, ait jamais écrit quelque chose de favorable à Trump

Selon le rapport syrien de vendredi, l’attaque US a tué 13 peronnes, y compris des soldats de la base aérienne.

Gordon, dont les services rendus à la cause néo-cons sont notoires a été  l’auteur principal  avec  Judith Miller  de l’histoire du faux “ tube d’aluminium” de 2002 qui prétendait que le leader Irakien Saddam Hussein construisait un programme de construction d’ armes nucléaires, un article qui fût cité par les assistants du Président Bush  comme argument choc pour l’invasion de l’Irak en 2003.

Au regard des événements de cette semaine, La volonté désespérée de Trump de renverser sa couverture médiatique négative et les preuves  douteuses accusant Assad pour l’incident de Idlin pourraient convenir au film ‘de 1997, “ Wag the dog” ( diversion) dans lequel un président dans la tourmente crée une fausse crise en Albanie.

 

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Une fausse scène de guerre dans la comédie noire «  wag the dog » ( diversion)  qui montre une fille et son chat fuyant un bombardement en Albanie

Dans le film, l’opération de la Maison blanche est une cynique opération psychologique  montée pour convaincre le people américain que les innocents enfants albanais, dont une ravissante petite fille portant son chat sont en danger quand, en réalité, la fille est une actrice posant devant un écran vert qui permet d’inclure des scènes féroces de destruction dans le fond.

Le journaliste d’investigation  Robert Parry a défait de nombreuses histories anti-Iran pour l’Associated Press et new sweek dans les années 1980. Vous pouvez vous procurer son dernier livre America’s Stolen Narrative,  l’imprimer ici ou comme ebook. Amazon and barnesandnoble.com).

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

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Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

L’article de Luciana Bohne remet d’une façon précise et critique les évènements politiques actuels dans leurs perspectives de visées permanentes des USA et de leur complexe militaro-industriel et économique. Il y est précisé à quel point l’appartenance politique modifie peu les projets expansionnistes qui agissent comme les fers de lance de tout candidat, manipulés par les ténors des médias et habiles à orienter une opinion publique si facile à convaincre. Trump n’amènera rien d’autre que ce qui est déjà prévu depuis longtemps, il ne fera que mettree à jour des manipulations auparavant effectuées dans l’ombre par l’administration d’Obama, plus membre du starsystème que politicien courageux dont le bilan meurtrier est tout aussi effrayant que celui de son prédécesseur. EG

 

Welcome to Trumpland: Obama’s Legacy

Fevrier  2017

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

LUCIANA BOHNE

 

socialmedia

 

Un nouveau gang est au pouvoir à Washington. Personne ne sait comment ni pourquoi, mais l’ancien gang est entrain de contre-attaquer de toutes ses forces. Un charlatan est à la tête de ce nouveau gang ; il dit qu’il s’oppose à tout ce que l’ancien, patron a fait. Il dit qu’il remettra tout en ordre sur place et dans le monde, cependant son cabinet de consiglieri  entasse des Ajax musclés du Pentagone, des banquiers avaricieux et des vautours de Wall Street ainsi que la mère planétaire de tous les plus grands pollueurs de l’énergie fossile – Exxon Mobil.

 

Une couvée des vilains habituels, pas moins vilains que les précédents. Son patron du travail s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum. Son patron de la trésorerie est un ancien partenaire de Goldmann et Sachs, les pollueurs économiques internationaux. De première catégorie.

En janvier 2017, en janvier 2017, le bulletin des scientifiques de l’atome ont avancé leur  « horloge du Jugement dernier » de trente secondes vers deux minutes et demie avant minuit, le plus proche d’ Armageddon depuis 1953. Les causes, ont-ils écrit, sont la volatilité nucléaire et le changement climatique. Les signes que Trump puisse renverser le cours du Jugement dernier sont assez peu prometteurs. Le rendez-vous de Rex Tillerson signifie qu’Exxonmobile fonctionnera comme Secrétaire d’état virtuel. Les régles de la guerre d’état :    Créons une course aux armements. Nous les surpasserons à chaque essai et nous leur survivrons tous. » Selon Trump s’adressant par téléphone à Mika Brzelinki en décembre, si nous pouvons faire confiance au rapport de l’invité du « Morning Joe » de MSNBC.

Pendant ce temps, pendant et après le processus électoral, l’appareil circulatoire de la démocratie à deux gangs a montré des symptômes terminaux d’artériosclérose. Alors qu’un système de démence latente se montre au jour, le système politique a lui aussi perdu son marbre. Plus de deux millions et demi de femmes ont participé à la Marche des femmes le jour suivant l’inauguration, protestant contre les menaces de Trump sur les droits des femmes. – Une masse jamais vue dans les rues auparavant pour s’opposer aux massacres d’Obama , qui incluent un nombre disproportionnés de civils, dont de nombreuses femmes. Vous savez, le nombre 50.000 en Libye, 10. 000 au Yémen ainsi qu’en Ukraine, 400.000 en Syrie, 2500 à Gaza pour ne sélectionner que les plus connus. Ajoutons à cela les millions de déplacés internes et les réfugiés (65 millions en 2017, jusqu’à 59 millions en 2016) fuyant les guerres et la déprédation économique engendrées par les chevaliers du néo-libéralisme et du néo-colonialisme de l’administration obaméenne.

Mais on ne doit pas en vouloir aux lève-tard.

Derrière le vieux gang se tient un régime de mensonges, une marée de cupidité, un fléau d’inagalité, une peste de guerres, un règne d’hypocrisie. Avant le nouveau gang, une vision de Pandore, ouvrant plus largement sa vilaine boîte pleine d’ennuis. Plus de maux lâchés pour rejoindre ceux déjà libérés. Les rues se sont transformées en asile de discorde, de ridicule, d’alarme, et de confusion parce que la harpie oublieuse tueuse en série Hillary Clinton a perdu et que la bouffon fou et le zeppelin orange a gagné, le milliardaire Trump, tête d’un empire de 11 industries, commerces, et entreprises financières. «  Ami du peuple »

 

Je n’invente pas tout ça.

Le résultat des élections a été une bombe à fragmentation politique. The result of the election has been a political cluster bomb.  De mini-bombes continuent à exploser sous la forme de protestations, de marches et d’hystérie médiatique. Rien de tout cela ne se concentre sur ce qui importe vraiment : l’avenir de l’humanité sur une planète surchauffée, mise en danger par la pulsion systématique de l’Amérique vers l’espace et le pouvoir sur la planète.

C’est de la géopolitique, idiot…

Un tohu-bohu populaire a explosé à propos des mérites et des torts des deux maux. Comment un système politique peut-il être porté si bas ? Les deux maux ne font qu’un. Dans l’air empoisonné, j’entends l’écho de la réécriture sardonique de «  Hymne de bataille pour la République » de Mark Twain qui dénonçait à son époque la descente dans le bourbier moral de l’impérialisme de la guerre Espano-américaine de 1898.

Mes yeux ont vu l’orgie de l’épée lancée

Il cherche les réserves où les richesses de l’étranger sont gardées

Il a lâché son éclair fidèle et avec malheur et mort compte

Son envie marche en avant

Mine eyes have seen the orgy of the launching of the sword
He is searching out the hoardings where the strangers’ wealth is stored
He has loosed his fateful lightning, and with woe and death has scored
His lust is marching on.

Il serait rassurant d’entendre un pays uni en un chœur provocant la violence domestique et étrangère des officiels et de leurs soutiens. Mais la nuit n’est pas encore assez noire pour que la chouette de Minerve commence à voler et révèle les abus collectifs des gangs sur notre confiance en leurs mythes orgueilleux. Nous avons échoué sur une surface de ténèbres, sur une grisaille que les pouvoirs qui nous dénient la compréhension sont entrain de peindre encore plus gris. Nous ne pouvons pas lire le passé donc nous sommes incapables de bouger vers l’avenir. Nous avons le sentiment que ce que nous pensons savoir n’est pas ce qui est.  Nous ne sommes pas même sûrs de vivre dans le présent.

Comment une telle suspension dans le temps ne rendrait-elle pas nauséeux ?

« La nausée n’est pas en moi… je la sens à l’extérieur, je suis à l’intérieur » C’est ainsi que Racontin, le protagoniste de u roman de JP Sartre «  La nausée »  explique la répulsion physique qu’il éprouve à toucher la réalité autour de lui. – une chaise, une personne, une œuvre d’art. Mais où est donc la pourriture ?  «  Je la sens là sur les murs, dans les placards, tout autour de moi. »  À quoi est-ce que cela ressemble ? «  Un monstre, une carapace géante, un plongeon dans la boue ? Une dizaine de griffes ou de nageoires labourant lentement dans le limon ? Le monstre se redresse. Au fond de l’eau.

 

Est-ce que Trump est le nouveau nom de Grendel ? Sous le choc des semaines avant l’inauguration, les ménestrels médiatiques du vieux gang ont bien sûr crié qu’un monstre avait été libéré du marécage du Lagon blanc par des racistes votant dans l’intérieur des terres. Les Rustofariens. Les ménestrels ont semé la panique urbaine. Les foules ont grondé : Foutons en l’air les élections, recomptons les votes, abolissons le Collège électoral, déclarons Trump inapproprié. Ce monstre, sur le point de squatter un bureau de forme ovale, comme tant d’autres élus avant lui, était supposé accueillir Hillary Clinton.

Mais elle s’est transformée en lui !

Son gang a pointé le doigt vers la Russie. C’était la Russie qui avait amené ce vent mauvais, pas la folie du clan Clinton, pas la soif de sang des années Obama, pas le massacre politique du lymphatique social-démocrate Bernie Sanders, qui aurait pu sauver les fesses du gang, lui donnant quatre nouvelles années d’échec mais une vie respectable. C’était la Russie qui avait tissé la toile de la destinée – La Russie, qui n’est pas née d’une femme, artificielle, mauvaise, tâchée par le péché originel du communisme, la marque de Caïn. La Russie qui avait amené « le grand bois de Birnam jusqu’à la colline de Dunsinane » et coupé la montée de la Lady, reine du Chaos dans ses premières marches d’ascension pour devenir impératrice du monde, dont elle a vidé de sang de larges parts ayant elle-même  « marché si avant dans le sang que si elle cessait de s’y plonger, retourner en arrière serait aussi fatigant que d’aller en avant. » Elle fut laissée là, dans un mi-courant ensanglanté, et ils ont rué.

Le gang mondial en entier- la Heimat des globalistes de «  la communauté internationale », sont sortis dans un chœur de lamentations. Les eunuques politiques européens ont crié de concert avec leurs maîtres américains. Ici se trouvait le miroir présidentiel parvenu dans lequel la Heimat du bon et du grand ne pouvait plus d’admirer agrandie, superbe, plus humaniste que le reflet de sa brutale vulgarité étroite d’esprit qui s’y reflétait maintenant. La mauvaise foi du vieux gang était devenue insupportable. Leur propre image, supportée par un baratin idéologique décevant – les «  valeurs libérales » était détruite. Qu’en était-il des slogans solennels «  la société civile », «  le règne de la loi », la dédicace à des principes universels, le respect des identités, la protection des minorités ethniques,  le zèle appuyant la liberté religieuse ? Qu’en était-il des phrases pompeuses, de la lubrification des promesses exaltées ? Tout cela évanoui dans le vortex de la stupidité et de l’ignorance des masses et de leur boîte à bulletin de vote despotique.  Rien à entendre à part les mugissements d’un nouveau vent affreux.

Avant que Trump n’émerge gagnant du marécage, tout avait déjà été le contraire de tout. Et le devint plus encore. La libération de 100.000 civiles à Aleppe en décembre 2016 par l’Armée syrienne renforcée par ses alliés russes, après quatre années de terreur soutenue par l’Ouest, fût nommée «  crime de guerre ». La séparation de la Crimée de l’Ukraine par référendum populaire à 90% d’avis favorables pour joindre la Russie fût nommée «  Une agression russe ». Le coup US Europe en Ukraine ( 2013.14) planifié et exécuté par le Département d’état néo-con d’Obama et coûtant 5 milliards de dollars, mettant à la place d’un gouvernement élu une junte de ministres et d’officiels néo-nazis, fût nommé «  le retour de la démocratie en Ukraine ». Le fascism, maintenant attribué à Trump comme une nouveau, était cache en plein jour dans le règne des guerres illégales, des changements de régime, des sanctions omniprésentes, et des interventions de guerre de proximité d’Obama, ignorées studieusement ou fictionnalisées par les courtiers en terreur des médias,  les experts, les cellules d’analyses, les fondations et l’empire des officiels

Ces “ réparateurs” ont inversé les causes et les effets.  Ils ont obscurci le fait que la séparation de la Crimée d’avec l’Ukraine était l’effet du coup d’état des US à Kiev.  Ils l’ont utilisé comme cause afin de resserrer l’emprise militaire de l’OTAN  autour de la Russie, y compris avec des missiles offensifs, baptisés « défensifs ». Ainsi les effets du changement de régime en Ukraine sont devenus la cause de la militarisation de l’Europe centrale et de l’est. Avec comme objectif la Russie. Cette militarisation contre le fantôme d’une agression russe porte la grand nom de Atlantic Resolve 2017, que le Département US de la Défense justifie en ces termes sur son site :

 

« Les USA démontrent leur engagement à l’égard de la sécurité international à travers une série d’actions ayant pour but la réassurance des alliés de l’OTAN et des partenaires de l’engagement de l’Amérique à maintenir la paix et la stabilité à la lumière de l’intervention russe en Ukraine » ( c’est moi qui souligne)

Le porte-voix du complexe militaro-industriel, John Mac Cain, a tourné la réalité sens dessus-dessous dans une instruction au nouveau gang afin de perpétuer les sanctions contre la Russie.

« En juste trois ans, sous Vladimir Poutine, la Russie a envahi l’Ukraine, annexé la Crimée, menacé les alliés de l’OTAN, let est intervenue militairement en Syrie, laissant derrière elle des traces de mort, de destruction et de promesses trahies dans son sillage. »

Dans un monde rationnel, l’énormité de ces accusations serait lancée aux planificateurs du gang néo-libéral et néo-con d’Obama, mais aucun ego impérialiste ne peut admettre avoir moralement tort. Il habille sa propre violence dans des vêtements dorés, patinés obligeamment par les medias officiels. Les haillons sanglants de la responsabilité sont enfilés sur quelqu’un d’autre, qui doit être démonisé, de préférence par les medias libéraux. Rachel Maddow par exemple, érigée  experte en soviétologie à l’instant dans  sa déclamation incendiaire liant la Russie capitaliste de Poutine au socialisme stalinien de l’URSS.

Dites-moi ce qui rallie le public américain – y compris et surtout les Libéraux- aux côtés du drapeau national plus précipitamment que de lever le fantôme communiste ?

La manipulation des nouvelles et la distorsion de la réalité les plus puissantes aux mains du pouvoir. Elles peuvent faire disparaître la réalité. Le Yémen par exemple, . La “ Coalition” saoudienne, soutenue par les US et la Grande-Bretagne a commence à bombarder le Yémen le 23 mars 2015. Depuis lors3.2 millions de Yéménites ont été déplacés, la moitié de la population souffre de malnutrition, 10.000 civils ont été tués ( ce qui fait 13 civils par jour), 2 millions d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école, Presque 15 millions de personnes ( dont 55% d’enfants) n’ont pas accès aux soins médicaux de base.

Et pourtant, nous n’entendons rien à propos de cette souffrance. Les USA et la Grande-Bretagne, en fait ont profité de la guerre contre le Yémen. L’administration d’Obama a vendu sur le marché mondial de l’armement pour plus de 200 milliards d’armes, la plus grande vente depuis la 2ième guerre mondiale – plus de 100 milliards  à l’Arabie saoudite à elle seule. La contribution de la Grande-Bretagne à l’arsenal saoudien a été de 3.2 milliards pour l’année dernière à elle seule. Les US et la GB continuent de fournir le support logistique et de renseignement à la coalition saoudienne, qui est intervenue aux côtés du Président yéménite Rabbu Mansour Hadi, qui a fui vers l’Arabie saoudite en plein milieu de la guerre civile de son peuple.

Mais à travers les années Obama, tout était silencieux sur le front yéménite dans le royaume officiel et son porte-parole médiatique sur la cible voulue des infrastructures civiles vitales ; les écoles et les hôpitaux, les mariages et les funérailles. Lors de funérailles à Sana, en octobre dernier, une frappe saoudienne a tué 114 civils. Avant le la bombardement du Yémen ne commence, le gang Obama imposa des sanctions et des blocus au Yémen – tout ceci sans aucune résolution du conseil de sécurité de l’ONU ou aucune volonté d’adhérer aux lois internationales. Le directeur de «  Save the children » au Yémen a remarqué récemment :

«  Même avant la guerre, des dizaines de milliers d’enfants yéménites mouraient de causes évitables. Mais maintenant, la situation est pire et on estime à 1000 le nombre d’enfants mourant chaque semaine de causes évitables comme les diarrhées, la malnutrition, ou les infections respiratoires. »

En ce qui concerne la politique internationale, ce « raciste » n’est pas différent du  « post-raciste ». Les planificateurs de Trump mettent le Yémen sur la carte mais uniquement afin de l’utiliser comme trique afin de frapper sur l’Iran. Au Yémen, ils sont supposés se préparer à accroître les interventions de drones d’Obama, sa fameuse «  liste tueuse », accentuant le rôle des USA dans la guerre civile et cherchant à s’engager plus directement. En prenant le Yémen comme exemple, il devient clair qu’à la fois les libéraux et le président antilibéral considèrent le business de l’armement comme une industrie nationale. Les deniers mots d’Obama dans son poste ont exalté la soi-disant invincibilité des prouesses militaires américaines. Le 22 décembre a posté sur Twitter : « Les Etats-Unis doivent renforcer et étendre son potentiel nucléaire d’une façon importante jusqu’à ce que le monde devienne raisonnable en ce qui concerne le nucléaire. »

Il n’y aura pas de retranchement de la belligérance  sous Trump. Dans les premières suites de sa nomination, le Président Trump a dirigé son Secrétaire de la Défense James Mattis vers :

« L’initiation d’une nouvelle posture nucléaire afin d’assurer aux USA un équipement nucléaire dissuasif moderne, robuste, flexible, résilient, prêt à l’usage et conçu d’une façon appropriée afin de repousser les menaces et de réassurer nos alliés. »

Lors de sa première visite au Pentagone, le Président a signé un mandat exécutif appelant à l’expansion de l’armée américaine, y compris de son arsenal nucléaire, afin qu’elle soit prête pour la guerre avec ses “ compétiteurs proches”, comprenez la Chine et la Russie. « Je signe un mandat exécutif afin de commencer à reconstruire les services armés des Etats-Unis. » a-t-il dit au Pentagone pendant cette signature.

Ainsi le complexe militaro-industriel fût-il rassuré après avoir perdu son candidat favori, Hillary Clinton. Ainsi le rapporte le New York Times, le Pentagone lui-même, anticipant les directives de Trump à Mattis et la signature du mandat exécutif avait préparé des «  options classifiées » afin d’accroître l’usage des forces d’opérations spéciales, d’augmenter le nombre des troupes en Irak et en Syrie et d’augmenter la délégation d’autorité de la Maison Blanche au Pentagone et aux autorités de terrain. Les «  Options classifiées » comprennent l’armement des Kurdes syriens pour la bataille attendue de Raqqa, sur un schéma évident d’inclusion entre la Turquie et la Russie dans leur rapprochement tardif à propos d’un «  changement de régime » en Syrie

 

Il existe des indications que, contrairement à l’aversion affirmée par Trump pour les  « changements de régime » ; Iran devienne la nouvelle Syrie. A la suite des tests ballistiques des missiles de moyenne portée le 30 janvier, le Conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a commencé une campagne de belligérence verbale, de désinformation et de mensonges contre l’Iran. Dans une déclaration, Flynn a déclaré que :

« Le récent lancement de missiles est une attaque contre le conseil de résolution de a Sécurité des Nations unies 2231, qui demande à l’Iran de n’entamer aucune activité liée aux missiles balistiques supposée être capable de transporter des armements nucléaires, y compris des lancements utilisant d’une façon importante de la technologie de missiles balistiques. »

Cette une grossière distorsion du test iranien sur ses missiles. La résolution de 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies interdit à l’Iran le développement de missiles pouvant transporter des têtes nucléaires mais cette résolution ne mentionne rien qui empêche l’Iran de développer ses propres capacités de défense. Les missiles testés en janvier n’avaient aucune capacité de porter des têtes nucléaires. L’Iran  n’a pas violé la Résolution 2231.

La distorsion de la représentation donnée par Flynn à propos des missiles iraniens murmure la mélodie concoctée par Bush et les néo-cons sur l’organisation de l’invasion fatale de l’Irak, prétendant que Saddam Hussain avait des armes de destruction massive. Ce mensonge a coûté un million de morts à l’Irak, le dessin et la division de l’intégrité de la politique irakienne, des réfugiés internes et externes par millions.

D’une façon inquiétante, Flynn termine son propos ave c une menace : « A partir d’aujourd’hui, nous mettons officiellement l’ Iran sur la liste rouge. » .  A la suite vinrent les  sanctions visant 25 personnes et entreprises connectées avec le programme de missiles de l’Iran, y compris des Chinois et leurs compagnies.

En conclusion, il me semble difficile d’envisager les raisons d’agir du gang militaire à DC. Des objectifs à long terme semblent partagés : les moyens pour la domination globale des USA par l’économie et les militaires. Et ce qui semble la pomme de discord est la façon de dominer l’opinion publique américaine. La guerre s’appuie sur une réthorique. Les valeurs libérales versus les valeurs populistes. C’est pourquoi ils luttent pour le contrôle sur l’esprit du public. Il ne devrait s’       abandonner à auxcun de ces moyens de persuasion. Il est possible que la seule ligne optimiste dans l’ascension de Trump soit la résurgence potentielle et le renforcement de la résistance populaire.

 

Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, un journal d’étude cinématographique, et enseigne à l’Université Edingorg en Pennsylvanie. Elle peut être jointe à : lbohne@edinboro.edu

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Deuxième partie

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

Troisième partie : Médias et influence des ONGs : la fondation étouffe-t-elle les critiques ?

 

Même si nous pouvions nous satisfaire de la bénignité de la Fondation Gates, ce serait encore inquiétant de les voir manier un tel énorme pouvoir de propagande. dit Mark Crispin Miller, professeur de communication médiatique et culture à la New York University.82 Pendant les dix dernières années, la Fondation Gates a consacré plus d’un milliard de dollars à la “politique et défense”. Dépensant plus sur ces programmes que la plupart des autres fondations – comme la Fondation Rockfeller ou Mac Arthur – dépensent ensemble. Les fonds de la BMGF vont a plusieurs organisations médiatiques prééminentes comme The Guardian, ABCet AllAfrica. Au-delà de ça, la BMGF a investi des millions dans des programmes d’entraînement pour les journalistes et finance la recherche sur les façons les plus effectives d’élaborer un message médiatique. Les organisations soutenues par la BMGF s’occupent de la présentation médiatique et de la presse d’opinion pendant que les publications scientifiques reçoivent l’argent des Gates pour publier leurs recherches et le “Tout le monde suit les directives de la Fondation, a dit un représentant d’une œuvre caritative implantée depuis longtemps au Guardian. “ Il semble qu’ils sont partout. A toutes les conférences où je me rends, ils y sont. Toutes les études qui sont publiées, ils en font partie. 83 Comme le notent deux analystes américains, “ il n’est pas inconcevable que nous puissions nous trouver un jour à lire une histoire à propos d’un projet de santé financé par les Gates, publié dans un journal dont la couverture santé est organisée par les Gates, rédigé par un journaliste qui a participé aux sessions de journalisme financées par eux, et citant des données collectées et analysées par des scientifiques subventionnés par les Gates.85 Sophie Harman, une universitaire de l’Université Queen Mary de Londres dit qu’il y a très peu d’acteurs préparés à dire quoi que ce soit de négatif sur le travail de la BGMF. Une des explications pour ce silence tient au fait que «  tout le monde est effrayé de critiquer Gates et le rôle de sa fondation parce que personne ne veut perdre ses subventions. ». 86  Ceci affecte aussi les OGMs dont l’absence de critique est palpable. Certes, quelques OGNs ont critiqué certains aspects du travail de la BMGF, en particulier Médecins sans frontière, Global Health Watch, GRAIN, Friends of the Earth et le Centre africain pour la biodiversité. Cependant ce sont des exceptions qui sont des ONGs ne recevant pas de subventions de la BMGF.

 

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La BMGF soutient de nombreuses ONGs internationales plus grandes travaillant sur l’agriculture et la santé qui seraient autrement attendues dans la critique de certains aspects de l’agenda de la fondation et qui cependant ont choisi de rester largement ou complètement silencieuses.  La Fondation réenforce le mythe que la charité et non la justice est la clé du développement. Un Bill Gates riche dépensant de l’argent sur les pauvres dans un contexte où il est très en vue et où il traite ces questions avec la haute-technologie réenforce la notion que le développement est lié à la charité et au fait de «  donner des solutions aux pauvres ». La charité peut certainement aider à promouvoir le développement, mais quand ce modèle devient le modèle exclusif de développement, comme il aura tendance à le faire quand les donateurs ont tant de pouvoir sur les décisions, les pauvres deviennent dépendants des riches, et ces derniers sont considérés comme des sauveurs pendant que les pauvres deviennent les récipients de leurs faveurs. En ce sens, la philanthropie est l’ennemie de la justice.87 Le point est que les pauvres ne demandent pas la charité, ils exigent la justice, qui ne demande pas tant d’argent du monde riche que des changements fondamentaux dans la façon de le monde riche  : y compris l’interruption des paradis fiscaux, la limite des pouvoirs des corporations et le changement de l’économie néolibérale. Tout ceci est décidément hors de l’agenda de la BMGF et sont encore exacerbés par elle. Un problème majeur avec la centration sur la technologie est que la BMGF, avec d’autres associations philanthropiques est entrain de restructurer les politiques d’aide bien au-delà du droit et de la justice, vers un « développement autoritaire » technocratique.88 Dans sa lettre annuelle de 2015 par exemple, Bill Gates a écrit que le 15 prochaines années verraient un découverte majeure dans les pays pauvres qui  seront conduits par l’innovation dans la technologie (- allant des nouveaux vaccins aux semences plus résistantes et aux Smartphones et tablettes beaucoup moins chers ) et par des innovations qui permettront de distribuer ces choses à plus de personnes. La lettre de Gates a ensuite suggéré que le changement climatique pourrait retenir ces progrès mais que la réponse était de   « développer des sources d’énergie qui soient moins chères, puissant être délivrées à la demande et n’émette aucun carbone de dioxyde. »  89 Dans cette perspective, la technologie est reine et il est largement question d’offrir cette technologie aux pauvres. Mais faire face au changement climatique n’est pas simplement – ou même principalement- une affaire de technologies nouvelles mais des changements majeurs dans les modes de vie, les politiques publiques et le comportement des firmes. D’autres questions fondamentales oubliées dans l’analyse des Gates tiennent à la justice des impôts. – qui pourrait être beaucoup plus importante que les aides en fournissant des ressources pour le développement – et l’inégalité mondiale- qui augmentent la pauvreté et les instabilités sociales.90 Ces questions plus complexes, plus «  politiques »  devraient être le réel centre d’intérêt de la prise de décisions politiques dans le développement international. Comme l’affirme Duncan Green de Oxfam, La lettre annuelle de Bill Gates de 2015 offre un « charter de technocrates »- un univers parallèle dans lequel les nouvelles technologies vont résoudre les questions de santé, de changement climatique, d’illettrisme, et juste à peu près tout- c’est une zone de pensée et de politique – libre. ».91

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Davos 2013

 

 

Le prééminent analyste du développement William Easterly, Professeur d’économie à l’Université de New York, émet des soucis identiques : «  Gates croit que la pauvreté s’achèvera en trouvant des solutions technologiques. Mes recherches montrent que le premier pas n’est pas d’identifier des solutions techniques mais d’assurer le droit des gens. Gates concentre les efforts de sa fondation à trouver les bons remèdes aux problèmes des pauvres de ce monde, comme des filets pour se protéger contre les moustiques de la malaria, ou des variétés de maïs résistant aux inondations afin de prévenir la famine.  Avec d’autres donateurs officiels, comme l’USAID ou la Banque mondiale, la fondation travaille avec les gouvernements locaux, généralement autocratiques sur ces solutions techniques. » Easterly cite l’exemple de la louange de Gates des leaders éthiopien, un pays décrit comme fixant des buts clairs et mesurant les résultants, mais qui ignore la répression du précédent autocrate Meles Zenawi, qui gardé le pouvoir de 1991-2012. Gates  a dit que la mort de Meles était une grosse perte pour l’Ethiopie”.92 Le choix des solutions technologiques sur celles qui s’adressent aux questions systémiques sociales, économiques, ou politiques favorisent les corporations. (puisque ce sont elles qui tendent à distribuer la technologie) et peuvent laisser les gouvernements et les donateurs hors circuit, en les autorisant à minimiser la corruption, les atteintes aux droits de l’homme, et les inégalités sociales comme cause de la souffrance humaine.93 Une approche technologique tend à considérer le développement comme un processus dépolitisé, comme si il n’y avait que peu de choix su la politique à mener – et qu’il n’y ait que des solutions technologiques. Pourtant il y a un grand débat entre les paradigmes néolibéraux et les alternatifs et une politique de développement a besoin de se déplacer hors de la globalisation menée par les corporations et vers le développement de politiques qui renforcent la justice sociale et économique. La fondation demeure largement responsable. La BMGF n’a en fait des comptes à rendre qu’à elle-même, ce qui veut principalement dire Bill et Melinda personnellement. Il n’y a pas de comité d’individus de confiance en tant que tel. Les trois attachés sont Bill, Melinda et Warren Buffet. 101 Comme fondation privée, la BMGF est obligée de seulement rapporter ses transactions financières de haut niveau au gouvernement US afin de faire appliquer l’exonération d’impôts.  La BMGF a de l’influence sans avoir de comptes à rendre. Les monopoles puissants et lucratifs de la fortune de Bill Gates proviennent largement des monopoles de Microsoft conquis dans les domaines des systèmes opérateurs et du software professionnel. En cherchant des patentes pour leurs produits, les compagnies pharmaceutiques et agricoles dépendent d’un droit de propriété intellectuelle et de lois commerciales qui a des effets contraires dan les pays en voie de développement.  Une façon particulièrement insidieuse avec laquelle les patentes globales affectent les pays en voie de développement est la « pirateriebio ». Il s’agit de l’appropriation, usuellement à travers des patentes, de droits sur du matériel biologique (comme des plantes ou de semences)  par des compagnies internationales afin de développer de la nourriture ou des médicaments, sans compensation pour le pays où ils sont  fournis. Le vrai coût de tout ceci reste inconnu mais en 2005, l’Union africaine estimait que l’Afrique avait perdu de 5 à 6.8 milliards en une année à cause des vols de biodiversité.94 Une estimation plus récente estime que les pertes pourraient être de 15 milliards par an pour l’Afrique.95 Ce qui est clair c’est que les coûts vont être beaucoup plus importants que les dépenses de la Fondation Gates pour un même pays. Les patentes ont subi un gros boost en 1994 quand, après un lobbying intense  par les multinationales, l’ Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights (TRIPS) a été adopté par l’Organisation mondiale du commerce. Ceci entérine la capacité des corporations à mettre leurs inventions sous patente et les protège avec des droits de monopole pour 20 ans ou plus. Dans le cas de drogues médicales, cela  a rendu plus difficile l’accès aux médicaments génériques aux pays en voie de développement  et les a forcé à avoir recours à des marques déposées onéreuses. 96 « Microsoft est connu pour avoir lobbyiser avec férocité pour le TRIPS et a aussi lobbyiser dans le cadre du G8 pour resserrer la protection de la propriété intellectuelle. Cette dernière étant un mouvement qui  allait aggraver la crise de la santé dans les pays en voie de développement. » dit Oxfam97 La forte propriété intellectuelle a du mérite quand elle stimule authentiquement les inventions qui fonctionnent dans l’intérêt public mais pas quand elle donne aux compagnies multinationales un pouvoir énorme, s’apparentant parois à un monopole, sur les marchés et les ressources. La compétition générique est le moyen le plus efficace de baisser les prix des médicaments d’une façon correcte mais les patentes et d’autres formes de propriétés intellectuelles l’empêche et maintiennent les prix élevés.  Le système des patentes dans le cadre du TRIPS est le cadre le plus stimulant pour le développement de nouveaux médicaments. Son cadre stimulant est généré par le profit et favorise les intérêts commerciaux sur les soucis de santé publique et il ne se concentre pas sur la production des médicaments qui rencontrent les besoin du public à un prix que les sociétés puisse se permettre sur le long terme. Ceci explique partiellement l’absence de vaccins disponibles contre les maladies tropicales qui affectent les pays en voie de développement. Les pays à bas salaires manquant de marchés favorables pour les produits pharmaceutiques souffrent le plus de ce système.98 La position de monopole de Microsoft dans son cœur du business technologique s’est finalement avéré illégal aux USA. Comme le dit Barry Ritholtz dans le Washington Post: La plus grande force de Microsoft a toujours été sa position de monopole dans la chaîne des PC. Son accord de licence exclusive avec les fabricants de PC engendrait un paiement pour une licence MSDOS que l’opérateur Microsoft soit utilisé ou non. Parce que ça n’avait pas de sens de payer pour deux systèmes d’exploitation, ça a créé une énorme barrière pour faire rentrer n’importe quelle autre firme de software. Aucun autre fabricant  de système-opérateur ne peut entrer un doigt de pied dans le marché PC. Jusqu’au moment où le Département de Justice  prenait sa décision quant à ces arrangements illégaux en 1994, Microsoft avait gardé une place dominante sur le marché de toutes les ventes de systèmes-d’exploitation. Ses trois principales lignes de produit :  Office, Server Tools et  ( maintenant glissant à la troisième place) Windows – comptent pour trois-quarts de ses revenus et presque pour tout son profit. Ce n’est pas une coïncidence que ces lignes soient les bénéficiaires directes du monopole Microsoft. Bien sûr aucun des autres domaines de Microsoft  n’a achevé le succès de ses propriétés de monopole.”

 

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Microsoft a également été accusé d’actions illégales en Europe. En 2004, la Commission européenne a conclu, après une investigation de cinq ans, que la compagnie avait cassé les lois de la compétition au sein de l’UE en faisant basculer son quasi-total monopole sur le marché des systèmes d’exploitation sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail ou sur media player dans des pratiques qui étaient toujours d’actualité. Microsoft a été pénalisé de 497 millions. La Commission européenne a donné une position claire de la façon dont Microsoft entendait  finaliser son sa position de monopole : « Microsoft a abusé de son pouvoir de marketing en réduisant délibérément l’inter-opérationnalité entre Windows PC et des groupes de travail non Microsoft et en liant son Windows media player, un produit où il a à faire face à de la compétition, à son omniprésent Système d’exploitation Windows.  Cette conduite illégale a rendu Microsoft capable d’acquérir une position dominante sur le marché pour les systèmes d’exploitation pour serveur de groupes de travail qui sont au cœur des réseaux informatiques et il risque d’éliminer la compétition également sur ce marché.  En supplément, l’attitude de Microsoft a affaibli significativement la compétition sur le marché des média players. Les abus actuels sont un frein à l’innovation et endommagent le processus compétitif et les consommateurs, qui finissent avec moins de choix et des prix plus élevés. ».100  La Fondation n’a aucun compte à rendre et n’est pas discutable d’une façon habituelle dans aucun pays du grand sud ou face aux institutions internationales. Au contraire, comme le pointe Global Health Watch, «  Le fait que la Fondation Gates soit un fondateur et un membre du conseil d’administration des diverses nouvelles Initiatives pour la santé mondiale (e.g. the Global Fund; GAVI, Stop TB Partnership; and Roll Back Malaria) signifie que d’autres acteurs de la santé rendent des comptes à la Fondation Gates mais que ce n’est pas réciproque. » 102 En dépit de son influence mondiale, il existe très peu d’observation formelle ou indépendante des projets et des stratégies de la Fondation Gates et apparemment aucune analyse critique du tout provenant de l’intérieur du système d’aide officiel.  C’est une question qui reste sans réponse depuis longtemps : en 2009, The Lancet notait que la BMGF pouvait se targuer d’un grand nombre de réalisations dans le domaine de la santé mondiale mais qu’elle n’avait reçu que «  peu d’attention extérieure ». plus encore, « la validation par la Fondation Gates semble être largement accordée par l’intermédiaire d’un système informel de liens personnels et de relations plutôt que sur un processus plus transparent  base sur l’analyse indépendante et technique des pairs. » 103 Comme l’ont note les Peoples Health Movement, en dépit de la forte influence exercée par la Fondation sur les politiques de santé mondiale, leurs  effets n’ont jamais été évalués.104 En 2011, le Development Assistance Committee (DAC) de l’OCDE – l’organisme qui contrôle les aides des donneurs – a inclus la BMGF dans ses rapports statistiques pour la première fois. Cependant la DAC n’a pas soumis la BMGF a un examen des pairs de ses stratégies d’aide, de la même façon qu’elle le fait pour des donneurs bilatéraux.105 La  BMGF n’est pas tenue de se plier à des évaluations indépendantes de son travail, bien que les projets individuels puisse nécessiter une politique d’évaluation comme condition d’obtention.106 mais elle ne semble pas devoir publier les évaluations qu’elle demande et il n’est pas certain qu’elles soient complètement indépendantes. La BMGF a un site Web avec des rapports annuels, une lettre annuelle de Bill Gates et d’autres matériels mais cette information est pour la promotion et les relations publiques plutôt que pour une analyse détaillée du financement de ses activités.107 Le site web inclut une base de données des dons de la BMGF mais l’information est généralement d’une ou de deux phrases seulement, et il est même difficile de savoir précisément ce que la Fondation finance .La Fondation Gates travaille à proximité de nombreuses entreprises dont les rôles et les pratiques contribuent à la pauvreté actuelle. La BMGF ne considère pas ces entreprises comme un problème, mais comme des partenaires dans le développement.  La stratégie de la Fondation est un défi majeur aux acteurs et aux activistes progressistes du développement autour du monde qui veulent voir la part des entreprises multinationales dans les marchés mondiaux réduite ou éliminée. La Fondation ne finance pas seulement des projets où les trusts de l’agriculture et de la pharmacie sont les premiers bénéficiaires, le Trust BMFG investi aussi dans de nombreux d’entre eux pour fournir les fonds de ses activités «  charitables ». À plus forte raison, elle investit souvent dans les mêmes compagnies qu’elle finance, ce qui signifie que la Fondation a un intérêt dans l’actuelle profitabilité de ces entreprises. C’est un manège de corporations où la BMGF agit conséquemment dans les intérêts des entreprises. Cet état de fait n’est peut-être pas surprenant parce que les équipes de responsables sont issues très majoritairement de l’Amérique corporatiste.

 

 

Quatrième partie : samedi 4 juin

 

Traduction Elisabeth Guerrier

TTIP: la clef pour un commerce plus libre ou pour l’avidité des entreprises ?

TTIP: the key to freer trade, or corporate greed?

The Guardian

 

Cet article du Guardian fait le point sur la situation des négociations du TTIP. Il privilégie évidemment la position du Royaume-Uni mais les points les plus importants de ce traité sont les mêmes pour les travailleurs de l’UE que de la Grande Bretagne.  Cette année s’annonce décisive pour la signature d’un gigantesque piège néo-libéral qui donnera aux USA une marge de manoeuvre commerciale sans précédent au dépend de règles environnementales et productrices comme des codes du travail européen. En un temps où plus que jamais doivent être privilégiés le commerce de proximité et la mise en valeur des productions de petites et moyennes entreprises, cet accord censé ouvrir le marché transatlantique est une porte sur le libre-échange envisagé sur le mode de la déréglementation et de l’empire des multinationales sur les états et les peuples. EG

 

 

Certains disent que les accords commerciaux EU/US qui pourraient être conclus cette année ouvriront les marchés et promouvront la croissance. (GB) D’autres craignent qu’ils ne baissent les salaires et promeuvent la privatisation.

 

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Des commerciaux du Chicago Mercantile Exchange : le libre-échange avec l’Europe fait partie de la stratégie de croissance d’Obama. Photograph: John Gress/REUTERS

Phillip Inman

Samedi 2 Janvier 2016  11.00 EST Modifié Samedi 2 Janvier 17.00 EST

L’huile d’olive américaine bon marché pourrait, dans quelques années figurer sur les étagères des supermarché aux côtés des variétés toscanes uniques appréciées des gastronomes anglais. Á présent, un tarif prohibitif sur les importations US  place leur prix hors de portée.

Mais un accord commercial révolutionnaire pourrait faire baisser les tarifs de 2280 euros la tonne d’huile d’olive à 46 euros pour s’adapter au coût de 46 euros que les US  appliquent su leurs importations en provenance d’Europe. Ou ces mêmes tarifs pourraient disparaître complètement. De toutes les façons, les producteurs d’olive grecs, espagnols ou italiens doivent craindre le TTIP, un accord qui tend à créer un champ identique entre eux et la production agro-industrielle massive des USA.

Les accords commerciaux ont été considérés autrefois comme la panacée pour la pauvreté mondiale. En 1990, l’Organisation mondiale du commerce (World Trade Organisation) a été créée afin d’harmoniser les régulations frontalières sur tout, des voitures aux produits pharmaceutiques et de baisser les tarifs de façon à promouvoir la libre circulation des biens et des services autour du monde.

Il demeure la crainte que, loin d’être une formule gagnante pour tous, des tarifs bas favorisent les riches et les puissant et crucifient les petits producteurs   qui lutteront pur survivre dans un environnement non protégé.

Les effets du Nafta ( North American Free Trade Agreement) signé  par les US, le Mexique et le Canada en 1993 semblent justifier cette crainte : st devenu ces dernières années une cause célèbre pour les campagnes anti-pauvreté, exaspérés par la situation critique des travailleurs mexicains. Non seulement ont-ils été soumis à des salaires bas et à des conditions de travail très dures par les entreprises américaines récemment relocalisées – et, en tant que consommateurs au pouvoir de marketing incessant de Walmart, Coca Cola et autres. Mais les bénéfices  parallèles majeurs sur la corruption demeurèrent illusoires.

Cette année, les US espèrent signer ce que beaucoup considèrent comme le successeur direct du Nafta, le TTIP. Si il obtient le feu vert du Congrès et de la Commission européenne, les accords seront un traité bilatéral entre l’Europe et les USA et, tout comme pour le Nafta avant lui, en dehors des compétences d’une Organisation mondiale du commerce dans l’impasse. Ses supporters dissent qu’il sera une amélioration sur son prédécesseur parce que ces principaux défenseurs sont un Président des Etats-Unis libéral et une Commission européenne qui se considère comme préoccupée par les travailleurs et les consommateurs.  Pourquoi, demande la Commission  28 états-membres  relativement influents, ayant des inquiétudes à l’égard du haut taux de chômage, de l’aide sociale et du changement climatique se mettraient-ils d’accord pour mettre en cause les droits des travailleurs, attaquer les services publiques ou réduire les réglementations environnementales ?  Le TTIP est aussi conçu comme un accord entre égaux qui autorisera les deux parties à promouvoir le commerce : il est dit que le salaire de base de la Grande-Bretagne pourrait augmenter de 4 à 1O livres par an, ou jusqu’à 100 livres sur dix ans.  Montant correspondant à 0.3 % d’augmentation du PIB, qui aurait fait passer la croissance attendue pour cette année de 2.4% à 2.7%.

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Une manifestation anti-TTIP à Berlin cette année.  Photographe : Wolfram Steinberg/EPA

Mais cela déclenche des peurs dans de nombreux cœurs, qui croient qu’il s’agit là d’un cheval de Troie pour les entreprises rapaces.  Celles-ci, voulant à tout prix faire baisser les coûts afin d’augmenter la valeur des actions, seront la fin des états providence confortables et de leur capacité à protéger les industries débutantes ou, dans le cas de l’acier et du charbon,  précipitant les industries dans la dure réalité de la compétition ouverte. Le TTIP a été comparé à l’abolition de la Loi sur le blé de 1846, qui a ou bien balayé les tarifs protectionnistes et appauvri des millions de travailleurs ou protégé une source vitale de nourriture et amené Karl Marx à demander :  « Qu’est ce que le libre-échange dans une société qui présente ces conditions ? » et sa réponse fût : « C’est la liberté qu’a le capitalisme d’écraser les travailleurs. » Est-ce le cas pour le TTIP ?

Ci-dessous cinq éléments fondamentaux à prendre en considération :

Santé et services publics

Á partir du moment où le TTIP est devenu part de la stratégie de croissance économique du Président Obama, les critiques ont craint  qu’il n’ait pas bien réalisé pas la volonté d’expansion des compagnies de services de santé ou qu’il ait été trop distrait pour y prendre garde. Les inquiétudes sont liées à la perspective des pays de l’EU, sous la pression de l’augmentation du coût des soins, offrant des parties majeures des clauses de santé au secteur privé. Une fois les services de santé aux mains du secteur privé, disent les critiques, les règles de fonctionnement du TTIP les empêcheront d’être remises sous le contrôle de l’état.  Depuis que ces craintes ont été formulées, les négociateurs du traité ont exclu les clauses qui auraient permis aux firmes de poursuivre les gouvernements pour la perte des contrats de services de soins et de santé à leur expiration.  Ceci permet au système de franchise du rail en Grande Bretagne ainsi que la sous-traitance des services de santé de se poursuivre  dans le cadre de contrats à durée limitées.

Mais l’industrie médico-pharmaceutique américaine, qui est la plus grosse au monde, regarde les luttes européennes pour  négocier avec les besoins d’une génération de baby-boomers  vieillissante comme mûres pour la cueillette. Pour cette seule raison, la sous-traitance de la distribution des médicaments, la fourniture d’équipements médicaux et l’offre de services de soins pourrait se révéler irrésistible.

Résolution des différends.

Une facette peu connue de tous les accords commerciaux est la forme séparée d’arbitrage commercial couverte par un accord, permettant ainsi d’éviter les cours civiles. En tant que tel le investor-state dispute settlement (ISDS) donne aux investisseurs étrangers le pouvoir de poursuivre les gouvernements qui introduiraient des législations pouvant nuire à leurs investissements. Cela a été fameusement utilisé par les compagnies du tabac pour poursuivre le gouvernement australien lorsqu’il a introduit l’emballage neutre des cigarettes. Avant et après le scandale, d’autres gouvernements ont été provoqués légalement par les entreprises préoccupées par des réformes qui leur retiraient des sources de revenus.

Au printemps 2014, le représentant des Nations unies et avocat des droits humains Alfred de Zayas  a appelé à un moratoire sur les négociations du TTIP jusqu’à ce que l’ISDS soit exclu. Il a averti que les tribunaux des cours secrètes  sensées légiférer étaient considérés  comme antidémocratique.  Leur usage d’un petit groupe de juristes spécialisés  signifie également que les arbitres présents pour le jugement sont les mêmes que ceux qui, à d’autres moments représentent les entreprises clientes.

De Zayas craint que les plus petits états ne se trouvent dans la même position que de nombreux gouvernements dans les différends commerciaux, victimes de contraintes légales énormes  et de longs délais pour les réformes de politique publique. Il est rejoint dans sa mission par des ONGs et , plus important, par des Parlementaires de Strasbourg. Comme première concession, les USA se sont mis d’accord pour que les compagnies écrans – celles qui existent uniquement par leur nom sans employés ou activité- n’ait pas le droit de poursuivre un gouvernement. Ceci afin d’éviter la réplique de l’incident australien quand le bras ukrainien de la firme de tabac Philip Morris, effectivement compagnie écran, a conduit les attaques contre l’emballage neutre.

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 La Commissaire européenne  Cecilia Malmström a proposé la création d’une cour internationale d’arbitrage des différends d’investisseurs.  Photographie : Emmanuel Dunand/Getty

De nombreux politiciens de l’Union européenne disent que cette concession était trop facile à détourner, laissant aux trusts dans une position puissante. Le négociateur en chef de l’Europe, la Commissaire suédoise Cecilia Malmström, a donc mis au point un schéma de cour internationale d’arbitrage – un forum ouvert publiquement à la place de la cour privée.  Même ses critiques ont dit que c’était un changement audacieux et qu’il allait probablement être inacceptable pour les Américains.

Washington  a répondu par une proposition d’une cour ISDS plus transparente, avec des sessions  filmées et la publication de tous les documents. Pas assez, a dit Zayas, qui a écrit récemment : « Hélas, des publications innombrables d’ISDS ont montré un biais favorable à  l’industrie qui choque les consciences. Dans la mesure où les procédures ne sont pas transparentes, les arbitres ne sont pas toujours indépendants et l’annulation de la procédure est pratiquement inutile, L’ISDS devrait être aboli  comme incompatible avec l’article 14(1) de l ‘ICCPR [International Covenant on Civil and Political Rights] qui exige que toute poursuite pénale soit décidée par des tribunaux indépendants et compétents selon l’état de droit.  Les deux parties ont encore à discuter officiellement chacune des propositions : dans le cadre des pourparlers entre les US et le Japon, et l’UE et le Canada, cette question avait à peine été mentionnée, mais elle est supposée maintenant être la plus litigieuse. »

Régulations

Michael Froman, le négociateur en chef des US, a décrit la tâche d’harmonisation des régulations comme suit : «Pendant des années les US et l’UE ont accepté leurs propres inspections des avions parce qu’il était évident qu’ils ne pourraient pas contrôler chaque avion dans leur juridiction. Nous cherchons à étendre cette pratique à d’autres domaines.»

Donc, comment Froman pourra-t-il appliquer ceci au fait que les voitures américaines seront encore équipées d’une conduite à gauche, limitant leur usage sur les routes britanniques ?

Il argumente que le coût des voitures importées, le développement et les tests peuvent malgré tout bénéficier d’une régulation harmonisée de chaque côté de l’Atlantique.  Cependant il n’y a rien que les régulateurs de l’alimentation outre-Atlantique apprécieraient moins que d’accepter que la nourriture conditionnée soit testée par des  représentants officiels de l’EU ayant échoués à identifier le scandale de la viande de cheval.   Et les régulateurs européens  ont le devoir de rejeter les aliments contenant des OGMs après des manifestations prolongées organisées par les consommateurs dans un conflit direct avec les agriculteurs US.  Washington affirme qu’elle acceptera la science quand elle s’applique aux régulations qui supportent les aliments GM acceptés par l’UE en tant que partie du TTIP, tout comme ils font partie des accords de la WTO ( Organisation mondiale du commerce).

Tarifs

Se passer de tarifs semble un processus simple compare au fait de s’attaquer à des régulations complexes. Avec le TTIP, les tarifs des marchandises et des services vont disparaître, bien qu’il soit envisagé que certains soient seulement réduits  et que d’autres mettent des années à suivre le cour de l’histoire..

Sous le Trans Pacific Partnership (TPP) récemment signé mais pas encore mis en œuvre, entre les US, le Japon, l’Australie, le Vietnam et d’autres pays de l’est asiatique, tous les produits, du porc aux véhicules, sont couverts.

Un bon exemple du temps nécessaire aux tarifs pour baisser est celui de la taxe appliqués aux véhicules japonais vendus aux US, s’élevant à 2,5%  : elle sera d’abord progressivement baissée 15 ans après que les accords aient pris effet, réduite de moitié dans 20 ans et éliminée dans 25 ans. En échange, le Japon devra, parmi d’autres choses, baisser ses tarifs sur la viande de boeuf importée  de 38.5% à 9% sur 16 ans. Un programme identique pourrait être possible avec le TTIP, avec les tarifs de l’huile d’olive baissés sur 25 ans.

Code du travail et droits des travailleurs

Les syndicats japonais ont supporté les transactions du TTP et on attend que les syndicats européens suivent le TTIP. Ils acceptent que les règles du travail soient laissées en dehors d’un accord et que leurs gouvernements puisse donc continuer  à mettre en œuvre  la législation sur le salaire minimum et d’autres mesures  de soutien sans être sanctionnés.

Mais les syndicats, où ils existent, tendent à représenter les travailleurs dans les industries prospères,  qui accueillent favorablement l’accès à de plus larges marchés. Les travailleurs de zones plus faibles de l’économie pourraient voir mis sous pression leurs emplois pour l’harmonisation des régulations, les tarifs plus bas ou simplement l’exposition à des rivaux US  dont l’éthique professionnelle dénie aux employés plus de deux semaines de congés par an.  Le TTIP est important pour le gouvernement  britannique parce que les US sont le deuxième marché pour les biens de consommation et les services après l’UE. Il est considéré comme particulièrement important pour les petites et moyennes industries, qui apprécient l’absence de barrière langagière. La grand Bretagne a aussi un surplus commercial avec les US : nous exportons plus que nous importons, ce qui aide à contrebalancer l’énorme déficit commercial du pays.   L’élan est tel derrière les pourparlers  qu’un accord pourrait être conclu à la fin de l’année et être soumis au Congrès et au Parlement européen en 2017. Mais le conflit à propos de l’ISDS et les protestations de agriculteurs pourraient  annuler les espoirs d’Obama sur les vents d’huile d’olive.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La signification du Vendredi noir [Black Friday]

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader °, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

 

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La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «  Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

 

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By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  « liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»  ( avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

 

Black Friday Kicks Off Start To U.S. Holiday Shopping

Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

 

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

 

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Tom Engelhardt : “AFRICOM” Des bases militaires américaines qui cernent l’Afrique

Ceci n’est que la traduction de l’introduction à l’article de David Vine sur la base militaire américaine installée de force et de quelle force sur l’île de Diego Garcia dans le Pacifique.

Les informations touchant la réalisation de projets de présence militaire complètement hors de contrôle d’aucune institution de régulation internationale, les tactiques et anticipations des conflits à venir dus au manque d’eau et aux modifications climatiques, les créations réactives de groupes extrémistes et l’or noir qui continue de couler à flot et nécessite une main mise constante sont anticipés par cette seule nation en toute impunité. C’est donc ” AFRICOM” et c’est ça la forme la plus pure de l’impérialisme, gaver de produits de consommation et de culture de masse les peuples passifs et se préparer en toute impunité et avec quelques prévaricateurs largement soudoyés pour aménager le terrain à écraser les autres. L’Amérique du Sud en entier en pleure encore de toute son identité. Rome n’a pas procédé autrement.

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L’armée américaine pénètre en Afrique 

Je suis sûr que vous avez entendu parler des trois essentielles “ aires d’avant-postes” ou dans le jargon du contrat des “ zones de sécurité cooperative ”  que les Marines américains ont installé au Sénégal, au Ghana et au Gabon. Nous parlons du  “Special Purpose Marine Air-Ground Task Force Crisis Response-Africa  [ Marines à objectifs spéciaux Air.Terre Force responsable des réponses aux crises africaines], une unité basée à present à Moron, Espagne.  Elle est censée être une base – bien que ce ne soit pas un terme utilisé  aux “ US African Command [Commandes américaines en Afrique ] AFRICOM qui peut superviser n’importe quelle expansion – prête à l’accueillir dans un avenir où tout peut arriver dans une Afrique au bord de l’explosion ou avec la montée des groupes terroristes.

Vraiment ? Vous n’avez rien noté à ce sujet ? Il faut l’admettre, l’histoire n’a pas été mentionnée dans les informations quotidiennes, ni fait la une des journaux locaux, ni, sans doute de ses pages intérieures mais honnêtement, elle était pleinement visible juste là, dans Military Times !   Bien sûr, il peut être facile de passer à côté de trois locations de” sécurité coopérative” largement inoccupées  dans des pays qui ne sont pas exactement sur le bout de la langue des Américains dans de telles circonstances, mais que dire de ces autres huit “ aires de transbordements ” que AFRICOM admet maintenant avoir établi à travers toute l’Afrique ?  Le commandement a tout d’abord nié avoir aucune “ base” sur le continent autre que celle en croissance permanente qu’il a établi sur la petite nation de Djibouti dans la Corne de l’Afrique et dans laquelle a déjà été englouti les trois quarts d’un milliard de dollars avec au moins 1, 2 milliards d’aménagements nouveaux à venir. 

Cependant, le commandant d’AFRICOM, le Général David Rodriguez, insiste maintenant fièrement sur le fait que les onze avant-postes principaux ne seront situées qu’à quatre heures de tout haut-risque ou haute-menace diplomatiques sur tout le continent.

Vraiment, vous n’avez rien entendu sur ces bases non plus bien que “ Stars and Stripes” ait eu l’information en couverture et en page central ?

Hum.. ce serait vraiment étrange si personne dans ce pays, en dehors du Pentagone, portrait le moindre intérêt à la question de la répartition générale des garnisons américaines. Bien sûr que ça ne les intéresse pas. Cela ne les a jamais intéressé, ce qui pourrait caractériser un des plus grands mystères de la vie américaine et pourtant, d’une certain façon ne le caractérise pas. Les bases américaines à l’étranger ne figurent Presque jamais dans les informations. Rares sont les journalistes qui écrivent à leur propos, bien qu’ils y passent souvent du temps. Les commentateurs en parlent rarement. Les candidats n’en débattent jamais, les éditorialistes n’écrivent pas sur elles.

Ces jours derniers, nous nous sommes souvenus des 505 (!)   bases allant de minuscules avant-postes de combat à de petites villes américaines  (avec presque tous les aménagements d’un véritable foyer) que les US ont construits, entretenus puis abandonné en Irak entre 2003 et 2011 au coup de dizaines de milliards de dollars – ceci, c’est-à-dire avant que des formateurs américains et d’autres personnels y soient à nouveau envoyés dans quelques uns d’entre eux pour la 3ième guerre d’Irak. 

Presque personne, même le Congrès généralement impatient de couper les subventions sur à peu près tout, n’a discuté le coût de cette maintenance de centaines et de centaines de bases de toute tailles et formes que le Pentagone maintient globalement d’un façon historiquement encore sans précédent.

Déjà en 2012, le rédacteur régulier de TomDispatch David Vine estimait que ces coûts s’élevaient aux alentours de 170 milliards de dollars par an, d’une façon conventionnelle, et que depuis le 11 Septembre, s’y était ajouté au total près de deux milliers de milliards de dollars..Si vous n’évaluez pas la manière dont ce pays a transformé en garnison toute la planète, si vous ne notez jamais son empire de bases militaires, il n’y aura alors aucune façon de vous en faire saisir la nature impérialiste, qui peut-être est le vrai point. 

Et bien sûr, si vous n’avez aucune conscience de tout cela, ce qui est probable si vous êtes un Américain pur sang bien viril, alors vous n’avez probablement pas l’idée que ce pays a engouffré des milliards de dollars dans une seule base militaire, sur une seule île, Diego Garcia, perdue dans les fins fonds de l’océan Indien  mais vitale quant aux conflits de l’Amérique avec le Moyen-Orient. Ceci signifie également que vous ignorez que le Pentagone, commettant un acte de cruauté de premier ordre a exigé que toute la population soit exilée de leur pays, de leur vie, de tout ce qui avait de la valeur pour elle, de tout ce que l’appartenance aux racines représente dans ce monde, de façon à ce qu’il puisse construire, pourvoir en personnel et utiliser dans la guerre sans fin des USA avec le grand Moyen–Orient sans aucun témoin d’aucune sorte.

C’est un conte sinistre que vous n’avez probablement entendu. ( même si vous lisez  Military Times ou Stars and Stripes ) David Vine est un des rares Américains qui se soit trouvé fascine par ce que Chalmers Johnson a nommé une fois ” le monde des bases américaines.” Il a écrit à leur propos d’une façon très vive dans :  So Base Nation: How U.S. Military Bases abroad harm America and the world  [Une Nation de Bases militaires, comment les bases américaines endommagent les USA et le monde] , un livre que Andrew Bacevich a décrit comme “ une critique dévastatrice » et qui sort en Août. Personne ne sait plus de choses sur Diego Garcia et sur le destin de ses habitants que Vine. ( Il  écrit un livre précédemment  ” Island of shame” [ L’île de la honte]

Prenez donc un moment pour jeter un coup d’œil sur les bord lointains de l’empire des bases militaires américaines et de rapidement considérer certains autres coûts induits par la manie de ce pays de mettre le monde en garnison. Tom

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Traduction : Elisabeth Guerrier

Au regard de l’absence quasi complète d’information sur les procédés d’invasion de l’île de Diego Garcia et la violence commise comme un droit sur tous ses habitants, la traduction de l’article de David Vine du TomDispatch, très documentée, suivra cette introduction.