AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Noam Chomsky

Quelle sécurité l’armée US et les services extérieurs assurent-ils ?

Le travail de Noam Chomsky permet de toujours remettre les faits et actions politiques dans un contexte plus large, l’histoire d’une idéologie de l’impérialisme américain et des choix qu’elle impose au monde.  Nous pouvons ainsi suivre à la trace les véritables préoccupations politiques derrière les principes affichés de maintien de la paix et de la sécurité à travers le monde. Nous pouvons aussi constater que la présence de tous les régimes dictatoriaux, religieux extrémistes ou non, ont tous eu l’aval et le soutien militaire et financier des différents gouvernements qui se sont succédés. La raison sous-jacente à cette apparente absurdité dans la désignation des ennemis trouve dans le texte ci-joint son éclairage et sa rationalité. EG

Quelle sécurité l’armée US et les services extérieurs assurent-t-ils?

Common Dreams

Par  Noam Chomsky

 

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Soldats américains participant au déclenchement d’un incendie reel lors d’un entrainement de l’OTAN en Allemagne. (Photo: flickr / cc / MATEUS_27:24&25)

 

La question de savoir comment est déterminée la politique étrangère est un point crucial dans le monde des affaires. Dans le commentaire qui suit, je ne peux fournir que quelques entrées sur la façon dont le sujet peut être envisagé productivement, m’en tenant aux USA pour plusieurs raisons. La première, les USA n’ont pas leur pareil en ce qui concerne leur signification mondiale et leur impact. La deuxième, c’est une société inhabituellement ouverte, d’une façon vraisemblablement unique, ce qui signifie qu’on peut en savoir plus à cet égard. Et enfin, et c’est tout simplement un point le plus important pour les Américains, ils sont à même d’influencer les choix politiques des USA – et bien entendu des autres pays, pour autant que leurs actions puissent influencer de tels choix. Les principes généraux, malgré tout, s’étendent aux puissances  principales et bien au-delà.

 

Il y a une “ version communément acceptée” par les universitaires, les déclarations gouvernementales et le discours publique. Elle suppose que le premier engagement des gouvernements est d’assurer la sécurité et que la première préoccupation des USA et de ses alliés depuis 1945 a été la menace soviétique.

Il y a de multiples façons d’évaluer la doctrine. Une question évidente à poser est la suivante : Que s’est-il passé lorsque la menace soviétique a disparu en 1989 ? Réponse : tout a continué comme avant.

Les USA ont immédiatement envahi Panama, tuant probablement des limiers de personnes et installant un régime de potiches. C’est une pratique de routine dans les territoires dominés par les USA- mais dans ce cas précis pas complétement la routine. Pour la première fois, un choix majeur de politique étrangère ne se justifiait pas par la prétendue menace russe.

A sa place, une série de prétextes frauduleux furent concoctés pour l’invasion qui cèdent immédiatement à l’examen. Les médias ont carillonné avec enthousiasme, louant la merveilleuse réussite qu’était la défaite de Panama, peu inquiet du fait que les prétextes étaient absurdes, que l’acte lui-même était une violation radicale des lois internationales et qu’elle était amèrement condamnée ailleurs, le plus sévèrement surtout en Amérique du Sud. Comme fut ignoré le veto des USA sur une résolution du Conseil de Sécurité  condamnant les crimes commis par les troupes américaines pendant l’invasion, voté à l’unanimité, avec comme seule abstention la Grand Bretagne.

Tout ça de la routine ? Et tout ça oublié ( ce qui fait aussi partie de la routine)

 Du Salvador à la frontière russe.

L’administration de George H. Bush élabora une nouvelle politique de sécurité nationale et un budget de la défense en réaction à la chute de l’ennemi global. Il s’agissait à peu près du même que précédemment bien qu’avec de nouveaux prétextes. Il apparut donc nécessaire de maintenir un appareil militaire presque aussi important que celui du reste du monde regroupé et beaucoup plus avancé sur le plan de la sophistication technologique- mais plus pour le défense contre une menace non existante de l’Union Soviétique. Maintenant, plutôt, l’excuse se porta sur l’escalade de la «  sophistication technologique » des pays du Tiers Monde. Les intellectuels disciplinés comprirent qu’il aurait été de mauvais goût de basculer dans le ridicule, aussi maintinrent-ils un silence adéquat.

Les USA, insistaient les nouveaux programmes, devaient maintenir la « base d’une défense industrielle ». La phrase est un euphémisme, se référant généralement à l’industrie high-tech qui repose lourdement sur ses interventions importantes de l’état pour la recherche et le développement, souvent sous la couverture du Pentagone, dans ce que les économistes continuent de nommer l’ « économie du libre-échange » américaine.

Un des plus intéressants approvisionnements du nouveau plan concernait le Moyen Orient. Là, déclara-t-on, Washington devait maintenir des forces d’interventions dans cette région cruciale où les problèmes majeurs n’ « auraient pas pu être déposés à la porte du Kremlin ». Contrairement à cinquante années de tromperie, il était calmement concédé que le souci principal n’était pas les Russes mais plutôt ce qui fût nommé le «  nationalisme radical », c’est-à-dire le nationalisme indépendant n’étant pas sous le contrôle des US.

Tout ceci avait des incidences évidentes sur la version standard mais est passé inaperçu- ou peut-être est passé inaperçu pour cette même raison.

D’autres évènements importants se sont produits juste après la chute du mur du mur de Berlin, achevant la guerre froide. Une d’entre elles fut le Salvador, le principal destinataire de l’aide militaire des USA – Israël et l’Egypte mis à part, catégorie séparée. Et avec l’un des pires records de violations des droits de l’homme jamais vu. Il y a là une et familière très proche corrélation.

Le Haut commandement du Salvador ordonna à la brigade Atlacat d’envahir l’Université des Jésuites et d’assassiner six leaders parmi les intellectuels d’Amérique du Sud, tous les Jésuites, y compris le recteur Frère Ignacio Ellacuria ainsi que tous les témoins, c’est-à-dire, le personnel domestique et leur fille. La Brigade venait juste de revenir d’un entrainement anti insurrectionnel poussé au Centre et à l’Ecole Militaire Spéciale de l’armée US John F. Kennedy de Fort Bragg, en Caroline du Nord et avait déjà laissé derrière elle la trace sanglante de milliers de victimes habituelles dans le cadre de la campagne de terreur menée par les US au Salvador, une partie d’un programme plus étendu de  terreur et de torture sur toute la région.  Tout ça, juste la routine ? Ignorée et virtuellement oubliée  par les USA et leurs alliés, ceci aussi routine. Mais qui nous en dit long sur les facteurs qui mènent les choix politiques, si nous prenons la peine de regarder le monde réel.

Un autre évènement important se produisit en Europe. Le Président de L’URSS Mikhail Gorbatchev accepta l’unification de l’Allemagne et son adhésion à l’OTAN, une alliance militaire hostile. A la lumière de l’histoire récente était une concession surprenante. Mais il y eu un quiproquo. Le Président Bush et le Secrétaire d’Etat James Baker agréèrent que l’l’OTAN ne s’étendrait pas «  d’un pouce vers l’Est », ce qui signifiait en Allemagne de l’Est. Immédiatement, ils étendirent l’OTAN en Allemagne de l’Est.

Gorbachev se sentit évidemment outragé, mais comme il se plaignit on lui fit savoir de Washington que ça n’avait été qu’une promesse verbale, un accord informel, donc sans réelle valeur. Si il avait été assez naïf pour faire confiance à la parole des leaders américains, c’était son problème.

Tout ceci également, routine, routine, tout comme l’accord tacite et l’approbation de l’expansion de l’OTAN dans les US et dans l’Ouest en général. Le Président Bill Clinton étendit donc l’OTAN un peu plus loin, jusqu’aux frontière de la Russie. A l’heure actuelle, le monde fait face à une crise sérieuse qui n’est pas sans lien avec le résultat de ces politiques.

 

L’intérêt de piller les pauvres.

Une autre source de preuves sont les documents historiques rendus publiques. Ils contiennent des comptes rendus révélateurs sur les motifs qui guident la politique d’état. L’histoire est riche et complexe, mais quelques thèmes jouent un rôle dominant. Un d’eux a été clairement présenté lors d’un conférence de l’hémisphère occidental organisée par les US à Mexico en Février 1945 où Washington  imposa «  Une charte économique des Amériques » destinée à éliminer le nationalisme économique «  sous toutes ses formes ». Il y avait une condition non évoquée. Le nationalisme économique serait tout à fait convenable pour les USA dont l’économie s’appuie considérablement sur les aides de l’état.

L’élimination du nationalisme économique pour les autres se situait dans une stricte opposition avec les positions de l’Amérique Latine de l’époque que les membres du Département d’Etat décrivirent comme «  la philosophie du Nouveau Nationalisme [qui] comprend des politiques tendant à produire une distribution des richesses plus large et à élever les standards de vie des masses ». Et comme ajoutent les analystes US «  Les Américains du Sud sont convaincus que les premiers bénéficiaires du développement des ressources de leur pays devraient être les peuples de ces mêmes pays. »

Ceci, bien sûr n’est pas pensable. Washington comprends que les «  premiers bénéficiaires » devraient être les investisseurs américains, pendant que l’Amérique Latine remplit ses fonctions de service. Elle ne devrait pas, comme l’ont clairement précisé les administrations Truman et Eisenhower, subir « un développement industriel excessif » qui risquerait d’empiéter sur les intérêts américains.. Le Brésil pourrait donc produire de l’acier de basse qualité dont  les corporations américaines ne se soucient pas, mais cela deviendrait «  excessif » s’il en venait à rentrer en compétition avec les firmes américaines.

Des préoccupations identiques ont résonné tout au long de la période de l’après-guerre. Le système global supposé être dominé par les USA était menacé par ce que les documents nomment «  les régimes radicaux et nationalistes » répondant à la pression populaire en vue d’un développement indépendant. C’est cette préoccupation qui a motivé le renversement des parlements iraniens et guatémaliens en 1953 et 1954, ainsi que de nombreux autres. Dans le cas de l’Iran, le souci principal était l’impact potentiel de l’indépendance iranienne sur l’Egypte, alors en train de se débattre avec les pratiques coloniales britanniques. Au Guatemala, mis à part le crime commis par cette jeune démocratie en donnant du pouvoir à la majorité paysanne et en débordant sur les possessions de l’United Fruit Company » – déjà bien assez offensive- les inquiétudes de Washington portaient sur l’agitation ouvrière et la mobilisation populaire dans le voisinage des régimes dictatoriaux soutenus par les USA.

Dans les deux cas, les conséquences se font sentir au présent. Littéralement, pas un jour ne s’est écoulé depuis 1953 où les USA n’aient pas torturé le peuple iranien. Le Guatemala demeure une des pires chambres de l’horreur au monde. Jusqu’à maintenant, les Mayas cherchent à fuir les effets des campagnes militaires gouvernementales, proches du génocide dans les régions montagneuses, qui ont été soutenues par les Président Reagan et ses représentants officiels. Comme l’a rapporté récemment  le Directeur d’Oxfam, un médecin guatémaltèque : «  Il y a une détérioration dramatique du contexte politique, social et économique. Les attaques contre les défenseurs des Droits de l’Homme ont augmenté de 300% durant l’année dernière. Il y a des preuves très claires de l’existence d’une stratégie organisée par le secteur privé et par l’armée. Les deux ont mis main basse sur le gouvernement de façon à maintenir le statu quo  et d’imposer le modèle économique d’extraction, repoussant systématiquement les populations indigènes hors de leurs terres à cause de l’industrie des mines, de la culture des palmes et des plantations de canne à sucre. En plus, les mouvements sociaux pour la défense de leurs terres ont été criminalisés, beaucoup de leaders sont en prison et beaucoup d’autres ont été tués. »

Rien de ceci n’est connu aux USA et les causes les plus évidentes restent cachées.

Dans les années 1950, le Président Eisenhower et le Secrétaire d’Etat John Foster Dulles expliquèrent tout à fait clairement le dilemme auquel les Etats-Unis devaient faire face. Ils se plaignirent de l’avantage injuste qu’avaient les Communistes. Ils étaient capables d’ « attirer directement les masses » et de « prendre le contrôle des mouvements populaires, ce que nous n’avons pas la possibilité de reproduire, les pauvres sont ceux qu’ils attirent et ils ont toujours voulu piller les riches ».

Ceci pose des problèmes. Les US trouvent quelque peu difficile d’attirer les pauvres avec une doctrine où les riches sont supposés les piller.

 L’exemple cubain.

Une illustration Claire du modèle d’ensemble a été Cuba quand elle a finalement gagné son indépendance en 1959. En l’espace d’à peine quelques mois, les attaques militaires contre l’île commencèrent.  Peu de temps après, l’administration Eisenhower pris la décision secrète de renverser le gouvernement. Puis John F. Kennedy fut élu président. Il avait l’intention de consacrer plus d’attention à l’Amérique Latine et donc, en prenant ses fonctions, il créa un groupe d’étude pour le développement politique, dirigé par l’historien Arthur Schlesinger, qui établit un rapport pour le nouveau président.

Comme l’expliqua Schlesinger, la menace d’un Cuba indépendant était   «  l’idée de Castro de prendre en main ses propres affaires ». C’était  une idée  qui devait malheureusement être attrayante pour la majeure partie de la population sud-américaine  « où la distribution de la terre  et des autres formes de richesses nationales favorisait grandement les classes nanties,  et où les pauvres et les défavorisés, stimulés par l’exemple e la révolution cubaine, allaient maintenant exiger les moyens d’une vie décente » À  nouveau, le  traditionnel dilemme washingtonien.

Comme l’explique la CIA,  l’influence grandissante du Castroisme n’est pas une fonction du pouvoir cubain, l’ombre de Castro est menaçante parce que les conditions sociales et économiques à travers l’Amérique Latine invite à l’opposition à l’autorité et encourage l’agitation vers un changement radical » pour lequel Cuba peut offrir un modèle. Kennedy craignait que l’aide russe puisse faire de Cuba une vitrine du développement, offrant aux Soviets l’avantage à travers toute l’Amérique Latine.

Le Conseil du Département d’Etat pour la planification politique ‘The State Department Policy Planning Council » averti que «  le premier danger que nous affrontons avec Castro est… l’impact que l’existence même de son régime a sur les mouvements de gauche de beaucoup de pays d’Amérique Latine… le simple fait que Castro représente une provocation contre les USA couronnée de succès, une négation de toute notre politique dans l’hémisphère depuis presque un siècle et demi » c’est-à-dire depuis la doctrine de Monroe en 1824, quand les US ont déclaré leur intention de dominer tout l’hémisphère.

L’objectif immédiat à cette époque était de conquérir Cuba mais c’était impossible à cause du pouvoir de l’ennemi britannique. Cependant, le grand stratège John Quincy Adams, le père spirituel de la doctrine de Monroe et du Manifeste de la Destinée, informa ses collègues qu’avec le temps Cuba tomberait entre nos mains à cause  des «  lois de la gravitation politique » comme une pomme tombe d’un arbre. En bref, le pouvoir des US s’accroitrait et celui de l’Angleterre déclinerait.

En 1898, le pronostic d’Adams se réalisa. Les USA envahirent Cuba au nom de sa libération. En fait, cela empêchait la libération de l’île  par l’Espagne et la transformait en «  colonie virtuelle » pour citer les historiens Ernest May et Philip Zelikow. Cuba est resté dans cet état jusqu’en Janvier 1959, quand elle a gagné son indépendance. Depuis cette époque, elle a été sujette à de nombreuses guerres terroristes américaines, principalement pendant les années Kennedy et victime d’un étranglement économique. Pas à cause de Russes.

Le prétexte d’un bout à l’autre était que nous nous protégions contre la menace soviétique. Une explication absurde mais qui est généralement restée sans controverse. Un simple test sur cette thèse est ce qui est advenu quand toute menace soviétique a disparu. La politique des US envers Cuba est devenue encore plus dure, menée par les Démocrates libéraux, y compris par Bill Clinton, qui déborda par la droite les manœuvres de Bush lors des élections de 1992. Face à tout cela, ces évènements auraient dus considérablement peser sur la validité da cadre doctrinal des discussions sur la politique étrangère et sur les facteurs qui la guident. Une fois encore cependant, l’impact fut dérisoire.

Le virus du Nationalisme

Pour emprunter la terminologie de Henri Kissinger, le nationalisme indépendant est un “ virus” qui peut étendre sa contamination”. Kissinger faisait référence au Chili de Salvador Allende. Le virus était une idée qu’il puisse  y avoir une voie parlementaire vers une sorte de démocratie socialiste. La façon de traiter une telle menace était de détruire le virus et d’inoculer ceux qui pourraient être infectés, habituellement en leur imposant des états à la sécurité nationale meurtrière. Ceci a été accompli dans le cas du Chili mais il est important de savoir que cette stratégie touche le monde entier.

C’est par exemple, le raisonnement derrière la décision de s’opposer au nationalisme vietnamien dans le début des années 50 et de supporter l’effort français pour reconquérir son ancienne colonie. On craignait que la nationalisme indépendant vietnamien ne devienne un virus  qui puisse s’étendre dans les régions avoisinantes, y compris l’Indonésie, si riche en ressources naturelles. Ceci aurait même pu mener le Japon, – appelé le « Superdomino » par le spécialiste de l’Asie John Dower- à devenir le centre commercial et industriel d’un nouvel ordre dans le genre de celui que le Japon impérial s’était battu récemment pour imposer. Ceci aurait en retour, signifié que les USA avaient perdu la guerre du Pacifique, ce qui n’était pas une option envisageable dans les années 50. Le remède était clair- et largement appliqué. Le Vietnam fut virtuellement détruit et repris en main par une dictature qui empêcha le virus de se propager.

Rétrospectivement, le Conseiller de la Sécurité Nationale sous Kennedy. Johnson Mc Georges Bundy, suggéra que Washington aurait dû cesser la guerre du Viet Nam en 1965, quand la dictature de Suharto était installée en Indonésie, au prix de massacres immenses que la CIA compara aux crimes d’Hitler, de Staline et de Mao. Mais qui furent, cependant acclamés avec une euphorie sans limite par les US et par l’Ouest en général, parce que le «  bain de sang incroyable » comme la presse le décrivit gaillardement, mettait un point final à toutes les craintes de propagation et ouvrait les riches ressources de l’Indonésie à l’exploitation occidentale.

La même chose se produisit en Amérique Latine la même année. Un virus après l’autre furent vicieusement attaqués et ou bien détruits ou bien affaiblis jusqu’à être réduits à la survie. A partir du début des années 60 une vague de répression fut imposée sur le continent qui n’avait aucun précédent dans la violente histoire de l’hémisphère., s’étendant jusqu’en Amérique Centrale dans les années 1980, sous Ronald Reagan, un sujet sur lequel il n’est pas nécessaire de revenir.

La même chose à peu près se produisit dans le Moyen Orient. La relation unique des USA avec Israël fut établie sous la forme qu’on lui connait en 1967, quand Israël donna un coup  violent à l’Egypte, le centre du nationalisme arabe séculier. En faisant cela, il protégeait l’allié des USA l’Arabie Saoudite, alors engagée dans un conflit militaire contre l’Egypte et le Yémen. L’Arabie Saoudite, bien sûr, est l’état fondamentaliste le plus radical et également un état missionnaire, dépensant des sommes énormes pour la propagation de ses doctrines Whahabi-Salafistes au-delà de ses frontières. IL est important de se souvenir que les USA, comme l’Angleterre auparavant, ont tendu à supporter l’Islam fondamentaliste en opposition au nationalisme séculier, qui a toujours été perçu comme vecteur de plus de menaces d’indépendance et de contagion.

 La valeur du secret

Il y aurait beaucoup à ajouter mais les données officielles démontrent très clairement que la doctrine standard a peu de mérite. La sécurité dans son acceptation générale n’est pas un facteur essential dans la genèse du politique.

Reprenons :, dans son acceptation générale. Mais en évaluant la doctrine standard,nous devons nous demander ce qui est sous-entendu par “ sécurité” : la sécurité contre qui ?

Une réponse est la suivante : sécurité pour le pouvoir d’état. Il y a de nombreuses illustrations. Il y a l’illustration actuelle. En Mai les USA ont donné leur accord pour supporter une résolution de la Cour Pénale Internationale  pour mener une investigation sur les crimes de guerre en Syrie mais à une condition : qu’il n’y ait pas d’enquête possible sur les crimes de guerre israéliens. Ou par Washington, bien qu’il ne soit pas utile d’ajouter cette dernière condition. Seules les USA sont auto-immunes contre le système légal international. En fait il existe même une législation du Congrès autorisant les Président à utiliser la force armée pour «  sauver » tout American qui devrait passer devant le tribunal de La Hague pour être jugé. Le «  Netherlands Invasion Act », comme il est nommé parfois en Europe. Ceci illustre une nouvelle fois comme il est important de protéger la sécurité du pouvoir d’état.

Donc, protéger contre qui ? Il y a, en fait, un cas essentiel à préciser, celui du souci du gouvernement pour la protection du pouvoir d’état contre sa propre population. Comme tous ceux qui ont passé du temps à consulter les archives devraient le savoir, le secret gouvernemental est rarement motivé par un souci de sécurité mais il sert complètement à maintenir la population dans le noir. Et pour de bonnes raisons, qui furent lucidement expliquées par l’éminent spécialiste et conseiller gouvernemental Samuel Huntington, le Professeur de Sciences du Gouvernement à Harvard. Selon ses propres mots : «  Les architectes du pouvoir aux USA doivent créer une force qui doit être sentie mais invisible. Le Pouvoir reste fort quand il reste dans l’obscurité, exposé à la lumière il commence à s’évaporer »

Il écrivit ça en 1981, quand la Guerre Froide se réchauffait à nouveau et il expliqua plus loin que « vous pouvez avoir à vendre [ l’intervention ou toute autre action militaire] de façon à créer la fausse impression que c’est l’Union Soviétique que vous combattez. C’est ce qu’on fait les USA depuis la doctrine de Truman »

Ces vérités simples sont rarement reconnues mais elles apportent des éclairages sur le pouvoir d’état et sa politique qui ont des réverbérations sur le moment présent.

Le pouvoir d’état doit être protégé contre ses ennemis intérieurs, dans un contraste flagrant, la population n’est pas protégée contre le pouvoir d’état. Une illustration actuelle frappante est l’attaque radicale de la Constitution par la mise en place du programme de surveillance massive de l’administration Obama. Programme justifié bien sûr par la «  sécurité nationale ». Il s’agit de routine pour pratiquement toutes les actions de tous les états et apporte donc peu d’informations.

Quand le programme de surveillance de la NSA fut exposé par les révélations d’Edward Snowden, des officiels haut placés  affirmèrent qu’il avait permis de prévenir 54 actions terroristes. Après enquête, le chiffre a été ramené à une dizaine. Des représentants haut placés du gouvernement découvrir ensuite qu’il n’y avait en fait qu’un seul cas, quelqu’un avait envoyé 8500 dollars en Somalie. C’était donc le niveau de rendement de cet énorme assaut à la constitution américaine et, bien sûr, aux autres à travers le monde.

L’attitude de la Grande Bretagne est intéressante. En 2007, le gouvernement britannique fit appel à l’agence d’espionnage colossal pour «  analyser et retenir les numéros de téléphone mobile et les fax  de tout citoyen britannique, emails et adresse IP prit dans ses coups de filets. » rapporte The Guardian. C’est une indication utile de l’importance relative, aux yeux du gouvernement, du respect de la vie privée de ses citoyens et des exigences de Washington.

Une autre source d’inquiétude est la sécurité du pouvoir privé. Une des illustrations sont les accords gigantesques actuellement négociés, les Accords Trans-Pacifiques et Trans-Atlantiques. Ceux-ci sont négociés en secret – mais pas complètement en secret. Il n’y a pas de secret pour les centaines d’avocats des corporations qui dessinent les prévisions à venir. Il n’est pas difficile de deviner ce que le résultat sera et les quelques renseignement à leur propos suggèrent que les attentes sont précises.

En fait il ne s’agit pas même de négociations commerciales mais d’accords sur les droits des investisseurs.  A nouveau, le secret est extrêmement important pour protéger la première force politique impliquée, le secteur privé.

 Le dernier siècle de la civilisation humaine ?

Il y a d’autres exemples, trop nombreux pour être cites, des faits parfaitement établis et qui pourraient être transmis dans les écoles élémentaires dans des sociétés libres.

Il y a, autrement dit, des preuves que sécuriser le pouvoir d’état contre la population civile et sécuriser la concentration du pouvoir privé sont les forces motrices des formations politiques. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait aussi. Il existe des cas intéressants, dont certains tout à fait banals, de ces conflits d’intérêt mais nous pouvons considérer ceci comme une première approximation radicalement opposée à la doctrine standard généralement admise.

Penchons-nous sur une autre question : qu’en est-il de la sécurité de la population ? Il est facile de démontrer que c’est une préoccupation secondaire pour les planificateurs politiques.

Prenons deux exemples contemporains prééminents : le changement climatique et les armes nucléaires. Comme toute personne à peu près cultivée peut le savoir sans le moindre doute, il y a dans les deux une menace désastreuse pour la sécurité de la population. En nous tournant vers la politique d’état, nous trouvons qu’elle est investie dans l’accélération de ces deux menaces- dans l’intérêt de ses premières préoccupations, la protection du pouvoir d’état et de la concentration du pouvoir privé qui détermine largement les décisions politiques.

Considérons le changement climatique. Il y a maintenant beaucoup d’exubérance aux Etats Unis sur les «  100 ans d’indépendance énergétique » depuis que nous devenons «  L’Arabie Saoudite du siècle prochain » Peut-être le siècle ultime de l’espèce humaine si la politique actuelle persiste.

Ceci illustre très clairement la nature des soucis pour la sécurité, certainement pas celle de la population. Cela illustre également le calcul moral du capitalisme d’état anglo-américain. Le destin de nos petits-enfants ne compte pour rien comparé à l’impératif de la hausse des profits de demain.

Ces conclusions sont consolidées par un regard plus précis au système de propagande. Il existe aux USA une campagne de relations publiques gigantesque, organisée complètement ouvertement par les secteurs de l’énergie et le monde des affaires, afin d’essayer de convaincre le public que le réchauffement climatique est ou bien faux ou bien n’est pas le résultat des activités humaines. Et cela a eu un impact : le niveau d’inquiétude du public américain à propos du réchauffement climatique  plus bas que dans les autres pays et la stratification des résultats, au sein des Républicains, le parti le plus dédié aux intérêts des nantis et au pouvoir des corporations, le niveau de conscience est nettement plus bas que dans la norme globale.

Cette question est développée d’une façon intéressante dans le premier journal critique des médias

«  Le Columbia Journalism Review” , attribuant ce résultat à la doctrine médiatique “ justesse et équilibre” . Autrement dit, si un journal publie un article d’opinion reflétant les conclusions de 97% des scientifiques, il doit aussi produire le contre point en exprimant la perspective des magnas de l’énergie.

C’est bien sûr ce qui se produit, mais il n’existe certainement pas de doctrine  “ justesse et équilibre. Ainsi, si un journal produit une opinion dénonçant le Président Vladimir Poutine pour l’acte criminel commis en annexant la Crimée, il n’ certainement pas à exhiber un autre article disant que bien que l’acte soit criminel, le Russie a de bien plus forts arguments aujourd’hui qu’en avaient les USA il ya un siècle en annexant le sud-est de Cuba, y compris son port principal. Et en rejetant la demande cubaine depuis son indépendance de se le réapproprier.  Et la même chose est vraie pour de nombreux autres cas. L’actuelle doctrine médiatique de «  justesse  et d’équilibre »  lorsque les préoccupations du pouvoir privé concentré sont impliquées mais certainement pas dans les autres cas.

Sur la question de l’armement nucléaire, les données sont identiquement intéressantes- et effrayantes. Elles révèlent clairement que, depuis le tout début, la question de la sécurité des populations n’a jamais été un problème et le demeure. Il n’y a pas le temps dans ce cadre de préciser toutes les données choquantes mais il y a fort peu de doute qu’elles appuient fortement les plaintes du Général Lee Butler, le dernier commandant des forces aériennes stratégiques qui étaient équipées d’armes nucléaires. Selon ses mots nous avons survécu à l’ère nucléaire grâce à «  une combinaison de compétences, de chance  d’intervention divine et je suspecte cette dernière d’être celle qui a agi dans la plus forte proportion ». Et nous pouvons difficilement compter sur la prolongation de l’intervention divine lorsque les politiciens jouent à la roulette avec le destin de l’espèce en poursuivant les bases doctrinaires des décisions politiques.

Comme nous en sommes totalement prévenus, nous faisons face maintenant aux décisions les plus menaçantes de toute l’histoire de l’humanité. Il ya de multiples problèmes qui doivent être résolus mais deux d’entre eux sont accablants par leur portée er leur signification, la destruction de l’environnement et la guerre nucléaire. Pour la première fois dans notre histoire, nous sommes face à la possibilité de destruction d’une existence décente- et pas dans un futur éloigné. Pour cette seule raison, il est impératif de balayer les nuages de l’idéologie et de faire face honnêtement et d’une façon réaliste aux questions sur la façon dont les décisions politiques sont prises et sur ce que nous pouvons faire avant qu’il ne soit trop tard.

© 2014 Noam Chomsky

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

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Une brève histoire de l’anarchisme

Cet article est un reposoir, une marche sur laquelle s’asseoir quelques instants avant de repasser du côté du scepticisme et de la désespérance. On doit à Chomsky d’être un des points de veille outre-atlantique et de mettre au jour les manœuvres  incessantes et fondamentalement destructrices de ce système qui se radicalise au prix des bases mêmes de l’effort démocratique. On doit considérer la démocratie, contrairement aux autres régimes politiques, non seulement comme le moins mauvais mais surtout comme le plus fragile puisqu’il dépend aussi de l’engagement de la base qu’il est sensé représenter et demande une vigilance constante par rapport à la force de tensions que créent les visées du néo-libéralisme dont une des caractéristiques est l’absence complète de cadre éthique.

Cette éthique, seules la lucidité et la préservation des valeurs fondamentales de la démocratie, entendue comme le lieu de recherche d’un Bien Commun peuvent la maintenir ou, en ces temps d’effondrement du sens même de ses préceptes de base, la restaurer.  Cet article de Chomsky nous resitue dans une perspective historique de l’anarchisme avec toutes les nuances idéologiques qui l’ont construit de part et d’autre de l’Atlantique, non comme un courant éteint dans les caves de l’histoire mais comme la poursuite même des valeurs des fondements démocratiques. EG

 

La lutte pour le bien commun a un long passé.

Par NOAM CHOMSKY

 

Cette large tendance dans le développement humain cherche à identifier les structures de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain et ensuite les soumettent à un défi tout à fait raisonnable : justifiez-vous !

Les humains sont des créatures sociales et le genre de créature qu’une personne devient dépend crucialement des circonstances sociales, culturelles et institutionnelles de son existence.

Nous sommes donc amenés à aller chercher du côté des organisations sociales qui sont favorables aux droits et au bienêtre des individus. En bref, au bien commun.

Pour mettre cela en perspective, j’aimerais évoquer ce qui me semble être des quasis truismes. Ils sont liés à une intéressante catégorie de principes éthiques : ceux qui ne sont pas seulement universels, au sens où ils sont pratiquement professés partout, mais également doublement universels, en ce qu’ils sont aussi dans le même temps ceux qui sont le plus rejetés dans la pratique.

Cette étendue de principes très généraux,  du truisme qui dit que nous devrions nous appliquer à nous-mêmes les mêmes standards que ceux appliqués aux autres, sinon de plus exigeants à des doctrines plus spécifiques, comme le dévouement à la promotion de la démocratie et des droits humains, qui sont proclamés presque universellement, même par les pires monstres- bien que l’actuel état des lieux  dans son ensemble soit plutôt sombre.

Un bon point de départ est le classique “ De la Liberté “ de John Stuart Mill. Son épigraphe formule que «  Le grand principe conducteur, vers lequel tout argument développé dans ces pages converge directement : l’importance absolue, essentielle du développement humain dans toute sa diverse richesse. »

Ces mots sont cités par Wilhem von Humbolt, un des fondateurs du libéralisme classique. Ils suivent le fait que les institutions qui contraignent un tel développement sont illégitimes, à moins qu’elles ne puissent d’une manière ou d’une autre se justifier.

Le souci du bien commun devrait nous pousser à trouver des manières de cultiver le développement humain dans toute sa richesse et sa diversité.

Adam Smith, un autre penseur des Lumières ayant des vues similaires, pensait qu’il ne devrait pas être trop difficile d’instituer une politique humaniste. Dans «  La théorie du sentiment moral », il observe que » Aussi égoïste que soit supposé être l’homme, il y a de toute évidence des principes dans sa nature qui l’intéresse au destin des autres, et lui rendent son bonheur nécessaire, bien qu’il n’en tire rien à part le plaisir de le voir. »

 

Smith reconnait le pouvoir de ce qu’il nomme “ la vile maxime des maîtres de l’espèce humaine » : «  Tout pour nous et rien pour les autres » Mais de plus bienveillantes «  passions originales de la nature humaine » pourraient compenser cette pathologie.

Le libéralisme classique a sombrer sur les bancs du capitalisme, mais ses  engagements humanistes et ses aspirations ne sont pas morts. Rudolf Rocker, un penseur et activiste anarchiste du 20 ième siècle a réitéré des idées semblables.

Rocker décrit ce qu’il appelle «  une tendance certaine dans le développement historique de l’espèce humaine »  qui combat «  pour le déploiement dans la vie, libre de tout obstacle, de tout individu et de toute force sociale «

Rocker traçait le contour d’une tradition anarchiste culminant dans l’anarcho-syndicalisme – en termes européens une variété du socialisme libertaire” ( Libertarian socialism).
Cette branche du socialisme, maintient-il ne dépeint pas «  un système social fixe, auto-conservateur » avec des réponses définitives aux multiples questions et problèmes de la vie humaine mais plutôt une tendance dans le développement humain qui lutte pour atteindre les idéaux des Lumières.

Ainsi envisagé, l’anarchisme est part d’un registre plus large de la pensée et des actions du socialisme libertaire qui a impliqué la mise en œuvre pratique de la révolution espagnole de 1936, s’est répandue plus tard dans les entreprises gérées par le personnel dans la région industrielle des Etats Unis, dans le nord de Mexico, en Egypte et dans de nombreux autres pays, dont le pays basque d’une façon extensive et comprend les nombreux mouvements coopératifs autour du monde et une bonne part des initiatives en faveur des droits de l’homme, des droits des femmes, ou des droits civils.

Cette tendance étendue dans le développement humain recherché les structures identitaires de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain, et les soumettent ensuite à un défi très raisonnable, celui de se justifier.

Si ces structures ne peuvent être confrontées à ce défi, elles doivent être démantelées, et, ainsi que le pensent les anarchistes, «  refondées par le bas » comme l’observe le commentateur Nathan Schneider

Ceci semble en partie un truisme : pourquoi devrait-on défendre des structures ou des institutions illégitimes ? Mais les truismes ont au moins le mérite d’être vrais, ce qui les distingue de bons nombres de discours politiques. Et je pense qu’ils offrent des pierres d’achoppement utiles pour se diriger vers le bien commun.

Pour Rocker, “ le problème qui est posé à notre époque est celui de la libération de l’homme de la calamité de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social »

Il est à noter que la branche américaine des idées libertaires diffère beaucoup de la tradition libertaire, acceptant et bien sûr se faisant l’avocate de la subordination des travailleurs aux maîtres de l’économie, et la suggestion de tous à une disciple restrictive et aux formes destructives du marché.

L’Anarchisme est, fameusement, opposé à l’état, tout en préconisant «  une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté » selon les termes de Rocker et au-delà, des larges fédérations de communautés et d’entreprises auto-gérées

De nos jours, les anarchistes dédiés à ces buts supportent souvent le pouvoir de !’état pour protéger les individus, la société et la planète elle-même contre les ravages du capital privé concentré. Des moyens disponibles devraient être utilisés pour les protéger et leur bénéficier, même si l’objectif à long terme est de construire des alternatives préférables.

Dans le mouvement social brésilien des travailleurs agricoles, ils parlent d’ «  agrandir le plancher de la cage » – la cage des actuelles institutions coercitives qui peuvent être élargies par les luttes populaires- comme de ce qui s’est effectivement produit depuis plusieurs années.

Nous pouvons étendre l’image et envisage la cage des institutions comme une protection contre les bêtes sauvages errant dehors : les institutions capitalistes soutenues par l’état, dédiées au principe du gain privé, du pouvoir et de la domination, pour lesquels les communautés et l’intérêt public sont tout au plus une note de bas de page, révérée dans la rhétorique mais trahie en pratique comme question de principe ou même comme loi.

Beaucoup des travaux les plus respectés en sciences politiques comparent l’attitude publique et la politique gouvernementale. Dans «  Affluence et influence : l’inégalité économique et le pouvoir politique aux USA » le spécialiste de Princeton Marin Gilens révèle que la majorité de la population américaine est effectivement privée du droit électoral.

Presque 70 % de la population, au plus bas niveau de l’échelle des salaires et de la richesse n’a pas d’influence sur la politique, conclut Gilens. Plus on remonte l’échelle plus l’influence augmente lentement. Au plus haut niveau, sont ceux qui déterminent pratiquement toute la politique, par des moyens qui ne sont pas obscurs.

Le système qui en résulte n’est plus une démocratie mais une ploutocratie.

Ou, peut-être un peu plus gentiment, ce que le specialiste du droit Conor Gearty nomme « une néo-démocratie », un partenaire au néo-libéralisme- un système dans lequel la liberté est appréciée par une minorité et ou la sécurité dans son sens le plus plein est disponible seulement pour une élite, mais au sein d’un système plus général de droit officiel.

Par contraste, écrit Ricker, un système authentiquement démocratique prendrait la forme d’une  « alliance de groups d’hommes et de femmes libres basée sur le travail coopératif et sur une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté ».

Personne ne considère le philosophe américain John Dewey comme une anarchiste.

Mais penchons-nous sur ses idées. Il reconnaît que «  le pouvoir aujourd’hui réside dans le contrôle des moyens de production, l’échange, la publicité, les transports et la communication. Qui les déteint règle la vie du pays » même si les formes de la démocratie demeurent. Jusqu’à ce que ces institutions soient aux mains du public, la politique demeurera «  l’ombre jetée par les multinationales sur la société » comme c’est le cas aujourd’hui.

Ces idées ont conduit naturellement vers une vision de la société basée sur le contrôle des travailleurs sur les institutions productives, comme cela avait été envisagé par les penseurs du 19ième siècle, principalément Karl Marx mais aussi, bien que moins connu John Stuart Mill.

Mill écrit, «  La forme associative, cependant, qui, si le genre humain continue de s’améliorer prédominera, est l’association des travailleurs en terme d’égalité, de possession commune du capital avec lequel ils mènent à bien leurs opérations, travaillant sous le contrôle de managers éligibles et renouvelables par eux-mêmes. »

Les Pères fondateurs des USA étaient tous avertis des risques de la démocratie. Dans les débats de la convention constitutionnelle, le principal acteur, James Madison a prévenu de ces risques.

Prenant naturellement l’Angleterre comme modèle, Madison a observé qu’ «  en Angleterre, à l’heure actuelle, si des élections étaient ouvertes à toutes les classes sociales, la propriété foncière ne serait pas sûre., une loi agraire verrait rapidement le jour » compromettant le droit à la propriété.

Le problème de base envisagé par Madison dans «  l’établissement d’un système qui devra durer des siècles » était de s’assurer que les actuels décideurs serait la minorité riche afin de «  sécuriser le droit à la propriété contre les dangers de l’égalité et le suffrage universel, assignant les pleins  pouvoirs à des mains ne comptant pour aucune part sur la propriété »

On s’accorde généralement avec l’expert de l’Université Brown, Gordon S. Wood qui affirme que «  la  Constitution a été intrinsèquement un  document aristocratique créé pour contrôler les tendances démocratiques de l’époque. »

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Bien avant Madison, Aristote dans sa “ Politique” identifie les mêmes problèmes quant à la démocratie. Passant en revue une variété de systèmes politiques, Aristote conclut que ce système était la meilleur – ou peut-être la moins mauvaise- forme de gouvernement. Mais il y reconnait une faille,. La masse des pauvres pourrait utiliser leur pouvoir de voter pour accaparer la propriété des riches, ce qui serait injuste.

Madison et Aristote proposent des solutions opposées : Aristote conseille de réduire les inégalités, ce que nous considérerions comme des mesures d’aides sociales. Madison pensait que la solution était de réduire la démocratie.

Lors de ses dernières années Thomas Jefferson, l’homme qui a rédigé la Déclaration d’Indépendance américaine, a saisi la nature profonde du conflit, qui est loin d’être résolu. Jefferson avait de sérieuses inquiétudes à propos de la qualité et du destin de l’expérience démocratique. Il faisait la distinction entre «  aristocrates et démocrates »

Les aristocrates sont ceux  « qui ont peur du people et ne lui font pas confiance, souhaitent mettre tous les pouvoirs dans les  mains des classes nanties ».
Les démocrates, par contraste, «  s’identifient au peuple, ont confiance en lui, le chérissent et le considèrent comme honnête et sûr, bien que n’étant pas les plus sages dépositaires de l’intérêt publique »

Aujourd’hui, les successeurs des “ aristocrates” de Jefferson pourraient argumenter sur qui devrait jouer le rôle de guide : intellectuels technocrates et orientés politiquement, ou banquiers et exécutifs des corporations.

C’est ce gardiennage politique que les libertaires authentiques cherchent à démanteler et à reconstruire de la base, tout en changeant l’industrie, comme Dewey l’évoque «  d’un état féodal en un ordre social démocratique », fondé sur le contrôle des travailleurs, respectant la dignité du producteur comme une personne authentique, pas comme un outil entre les mains d’autres personnes.

Tout comme la Vieille Taupe de Karl Marx – notre vieil ami, notre vieille taupe, qui sait si bien travailler sous terre puis émerger soudainement »- la tradition libertaire est toujours en train de creuser près de la surface, toujours prête à percer, parfois sous des formes surprenantes et inattendues, cherchant à faire valoir ce qui me semble une approximation raisonnable du bien commun.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Chomsky ” Nous ne sommes plus dans une démocratie, nous sommes dans une ploutocratie”

Article du magazine ” Raw Story”  faisant suite à une interview de Noam Chomsky.

Il est nécessaire de donner aux mots leur place dans la réalité qui évolue si l’on veut que cette même réalité puisse être pensable et éventuellement modifiable.

On ne doit plus parler dans les systèmes politiques occidentaux actuels de Démocratie, le vote étant la seule relique d’un glissement politique qui s’opère sans que les élus aient la force ou la volonté d’endiguer le courant qui pousse des groupes de détenteurs de fonds et de revenus plus importants que la plupart des budgets publics vers les arcanes de la vraie politique, celle qui décide et imprime ses choix sur l’avenir des peuples.

L’exemple parfait de cet abandon du législatif et de l’exécutif aux mains des forces du lobby international est le TTIP. TTP qui se négocient dans le plus grand secret alors que des enjeux colossaux pour les équilibres nationaux et leur souveraineté sont clairement bradés au profit des réseaux des affaires multinationales.

Ces peuples sont sous le joug d’un système où la finance règle le pas du monde et l’aliène à celui d’un nombre infime d’individus. Ces peuples du Monde  sont sous le joug d’un ploutocratie globale. E.G

Suivant le linguiste et philosophe politique Noam Chomsky, le monde fait face à deux menaces existentielles.

« Il y a deux zones d’ombres essentielles qui couvrent tout et elles deviennent de plus en plus sérieuses » dit Chomsky. La première est la menace constante d’une guerre nucléaire qui n’a pas disparu. C’est très sérieux et l’autre est la crise d’une catastrophe environnementale et écologique, qui devient de plus en plus sérieuse ».

Chomsky est apparu Vendredi dans le dernier épisode de «  Smiley and West » sur la NPR pour évoquer son éducation, ses vues sur les affaires actuelles et sur sa façon de répandre son message sans l’aide des médias.

Il a dit à ses hôtes que le monde courait vers un désastre environnemental avec des conséquences fatales possibles que les nations les plus développées ne faisaient rien pour prévenir-mais au contraire accéléraient le processus.

«  S’il y a jamais des historiens dans l’avenir, ils regarderont cette période avec étonnement, » dit Chomsky, « Le danger, la menace sont évidents à n’importe qui ayant les yeux ouverts et accordant de l’attention à toute la littérature scientifique et il y a des tentatives pour le retarder mais aussi des tentatives pour accélérer le désastre, et si vous regardez qui est impliqué, c’est plutôt choquant. »

Chomsky a noté les efforts des populations indigènes pour arrêter les dégâts environnementaux partout dans le monde- des peuples indigènes du Canada aux tribus d’Amérique latine et d’Indes en passant par les Aborigènes d’Australie- mais les nations les plus riches, les plus avancées et les plus puissantes, comme les Etats Unis, ne font rien pour prévenir le désastre.

« Quand les gens ici parlent avec enthousiasme d’une indépendance énergétique d’une centaine d’année, ce qu’ils disent c’est : Allons extraire du sol jusqu’à la dernière goutte d’énergie fossile possible afin d’accélérer le désastre vers lequel on se dirige. Ce sont les problèmes qui dépassent tous les problèmes d’oppression, de pauvreté, d’attaque du système éducatif, d’inégalités massives et de chômage ».

Il a blâmé la «  financialisation » de l’économie des US à propos des inégalités de revenus et d’emploi, disant que des banques trop grosses pour chuter ôtaient des richesses énormes du marché.

“ En fait, il y a une étude récente du Fond Monétaire International  qui estime que tous les profits faits par ces banques peuvent être virtuellement attribués à la politique d’assurance de ce gouvernement, et qu’en général, ils sont très dommageable, je pense, très dommageable pour l’économie” a-t-il ajouté.

Ces effets dévastateurs peuvent facilement être observés en regardant les chiffres du chômage et les gains des valeurs boursières.

«  Il y a des dizaines de millions de personnes sans emploi, cherchant du travail et voulant travailler et il y a des quantités énormes de ressources disponibles «  dit-il «  Les profits des corporations percent le plafond, il y a une quantité énorme de travail à effectuer- conduisez en ville et regardez toutes les sortes de choses qui doivent être faites- les infrastructures s’effondrent, les écoles ont besoin d’être restaurées. Nous sommes dans une situation dans laquelle un énorme nombre de personnes veulent travailler, où il y a d’énormes ressources disponibles et énormément de travail à faire mais le système est si pourri que c’est impossible de rassembler tous ces éléments-là. »

Et la raison en est simple ajoute Chomsky.

« Il y a des profits colossaux faits par ceux qui dominent et contrôlent le système » dit-il « nous avons quitté une époque où fonctionnait une sorte de démocratie. Nous sommes maintenant vraiment dans une ploutocratie.»

Chomsky a fortement désapprouvé Smiley et West lorsqu’ils ont dit qu’il avait été marginalisé à cause de ses positions, disant qu’il avait refusé à regret des dizaines d’invitations à s’exprimer quotidiennement parce qu’il était engagé autre part. Il a aussi montré son désaccord sur le fait qu’une plateforme  dans les médias conventionnels était nécessaire pour influencer le débat.

«  Si vous jetez un coup d’œil aux changements qui ont eu lieu dans ce pays, disons dans les dernières cinquante années- le mouvement des droits civils, les mouvements anti-guerre, l’opposition à l’agression, le mouvement féministe, le mouvement environnementaliste etc…n’ont pas été guidé par aucun débat médiatique » dit-il, «  non, ils ont été conduits par des organisations populaires, par des activistes de terrain »

Il a rappelé les premiers temps du mouvement anti-guerre, dans le début des années 60, quand il parlait dans des salles de séjour ou des caves d’églises à une simple poignée d’autres activistes et comment ils étaient harcelés-même dans la Boston libéral par les autorités et par les médias.

Mais ce mouvement a finalement grandi et aidé à accélérer la fin de la guerre du Viet Nam et Chomsky ajoute que cela a tellement grandi pour devenir essentiel que les activistes anti-guerre peuvent stopper les guerres avant même qu’elles ne commencent.

Il dit que le Président Ronald Reagan avait été incapable de lancer une guerre dans toute son ampleur en Amérique Centrale à cause du mouvement anti-guerre pendant les années 80 et il a amèrement contesté le fait que le mouvement anti-guerre n’ait pas eu d’effet sur la guerre contre l’Irak.

«  Je ne suis pas d’accord, il a eu un effet important » a-t-il dit, «  il a limité d’une façon importante les moyens disponibles du gouvernement pour mener à bien l’invasion et soumette la population. En fait, c’est une des raisons pour lesquelles les US ont fini vaincus en Irak, en ayant dû sérieusement abandonner tous leurs objectifs. La victoire majeure en Irak s’avère être pour l’Iran.

En dépit de ces limitations, il a affirmé que la guerre d’Irak avait été une des pires atrocités du nouveau millénaire et avait provoqué un violent schisme entre les Musulmans sunnites et shiites qui avait déclenchés des conflits régionaux sir tout le Moyen Orient.

Les Etats Unis sont maintenant impliqués dans une campagne globale contre le terrorisme principalement contre toutes les peuples tribaux du monde, principalement les tribus musulmanes, ça se passe partout. L’intention est de le faire continuer encore et toujours » dit Chomsky «  Ceci a de terrible conséquences mais néanmoins, elles sont moins terrible que si il n’y avait pas d’opposition publique »

Traduction Elisabeth Guerrier