Comment la Théorie Queer est devenue la politique universitaire en Grande Bretagne par Michael Biggs

Si le sujet est vaste et surtout si récent et soumis à pression qu’on peine à resituer ce mouvement et ses conséquences pour la santé intellectuelle de la vie universitaire et pour les évolutions des représentations collectives, on ne peut pas ne pas le mettre en parallèle avec d’autres évolutions du rapport au corps de la culture post-moderne d’une part, dans ce que nous pressentons comme une dynamique de fusion entre la Techné médicale et scientifique et les fantasmes divers émergeants face aux menaces d’extinction non  assumées et la volonté de rendre le corps malléable et éternel dans les divers possibles d’ un désir sans limite, enfin accessible, ouvert à l’image des spasmes consuméristes et, d’autre part, à une dépolitisation par glissement vers des champs de contrôle moraux des questions socioéconomiques posées par la culture de masse. Les divers niveaux en jeu dans la microisation identitariste des messages politiques des sociétés néo-libérales tendent à cacher dans leur rage à se revendiquer comme porteurs d’un  “changement” ou d’une conscience “ultrawoke” par essence victimaire et détentrice de la vérité dont ils sont les porteurs harassés, la mesure strictement oppressive du système économico-social et de confiner à la quête d’une nouvelle forme d’ordre moral les questions crues de la misère sociale * et de ses conséquences sur les vies des plus démunis, quels que soient leurs choix existentiels.EG

queertheory

Publié le Nov, 25, 2018 

Comment la théorie Queer est devenue la politique universitaire

How Queer Theory Became University Policy

par Michael Biggs, [edité par Sarah Mills], via Conatus News

L’établissement d’une doctrine officielle sur l’identité de genre est une menace sans précédent pour la liberté universitaire. Sexe et genre devraient être soumis à des débats.

Mon université a récemment établi une doctrine officielle sur le genre, promulguée par son Unité de Diversité et d’Egalité (Equality and Diversity Unit). L’Université d’ Oxford déclare que le sexe n’est pas déterminé à la conception mais est plutôt « assigné » à la naissance, à partir du caprice d’une sage-femme ou d’un obstétricien. Le sexe doit être remplacé dans tous les aspects pratiques par un sens individuel de l’identité de genre, qui peut être choisie au sein d’un long menu  comprenant les non binaires et les genderqueer.

Oxford n’est pas l’exception, car la même doctrine a été instituée à travers les universités britanniques.

Cette doctrine provient de la « théorie queer », une excroissance du post-modernisme. Pour comprendre comment un discours ésotérique a pu devenir la nouvelle orthodoxie, nous devons suivre le travail de l’Intelligence du genre, l’organe de charité qui a traduit la théorie Queer en politique publique. Son chef exécutif est Jay Stewart MBE, un homme trans avec un doctorat de Cultures visuelles de  Goldsmiths, Université de Londres. La compagnie a commencé avec une allocation de 50.000 livres de la Commission des droits et de l’égalité humains  [1]. Maintenant, la plupart de ses revenus viennent de la vente de présentations dans le secteur public, gonflée par une donation de  116,000 livres provenant des «  Enfants dans le besoin » de la BBC.

 « Le Théorie Queer a été la carte pour ma compréhension personnelle » déclare Stewart [2]. La Grande prêtresse de cette théorie, Judith Butler, prétend que «  le corps n’est pas un «  être » mais une frontière changeante une surface dont la perméabilité est régulée politiquement, une pratique signifiante au sein d’un champ culturel de hiérarchie des genres et  d’hétérosexualité imposée. » [3]. La conséquence est que l’identité de genre n’a aucun lien avec la biologie. Selon l’Intelligence du genre, « Une femme est toujours une femme, même si elle aime se faire tailler des pipes. » C’est pourquoi Stewart a été le premier à persuader les prisons de prioriser l’identité de genre sur le sexe. [4]. Cette politique a récemment permis l’incarcération d’un violeur patenté dans une prison pour femme,  simplement parce qu’il se présente comme une femme, il a ensuite agressé d’autres détenues.

Comme d’autres variantes du Post-modernisme, la théorie Queer s’abrite confortablement derrière les disciplines universitaires étudiant la culture. Cependant maintenant, cette théorie est établie comme doctrine officielle par les universités. Les textes de loi vont bien au-delà de ce qui est exigé par loi sur l’égalité, qui interdit à juste titre la discrimination sur la base d’une réassignation de genre. Bien sûr, la doctrine contrevint à la loi à cet égard. La loi protège aussi l’orientation sexuelle, mais si l’identité de  genre prévaut sur le sexe, alors l’hétérosexualité et l’homosexualité disparaissent. N’importe quel homme peut déclarer être une lesbienne, comme une mauvaise plaisanterie des années 70 réactualisée pour notre époque ultraconsciente. La déléguée de l’Association LGTB des étudiants de l’université d’Edimbourg Ada Wells,  like a bad joke from the 1970s updated for our ultrawoke era. The Edinburgh University Student Association’s LGBT+ Convenor, Ada Wells, a exigé que l’Université exclue  toute lesbienne qui refuserait un homme s’identifiant comme «  genre neutre » (comme Wells) comme potentiel partenaire.

« Comme d’autres variantes du Post-modernisme, la théorie Queer s’abrite confortablement derrière les disciplines universitaires étudiant la culture. Cependant maintenant, cette théorie est établie comme doctrine officielle par les universités. »

L’Intelligence du genre (Gendered Intelligence) joue un rôle majeur dans la formation des personnels universitaires et des administrateurs. Ses cours sur «  la vigilance trans. » (Trans Awareness) ont été répétés dans des dizaines d’universités. L’Université Merton, à Oxford, par exemple,  a payé la compagnie  pour former «  les cadres de la loge, les hauts fonctionnaires de l’université, les départements des finances et des bourses, la bibliothèque, l’équipe des aides sociales, le bureau du développement, et les ressources humaines,  avec un certain nombre de représentants du bureau de direction. » Le syndicat des étudiants d’Oxford veut maintenant mandater cette formation pendant deux ans pour tout le personnel ayant des postes dans l’aide sociale. [5]. L’impulsion ne vient pas que des étudiants mais aussi de l’Unité pour le défi de l’égalité (Equality Challenge Unit) un organisme non-gouvernemental en charge d’administrer la diversité au sein de l’éducation supérieure britannique. La Charte Athena SWAN, prévue à l’origine pour aider les carrières des femmes dans le domaine scientifique est maintenant utilisée pour renforcer la doctrine du genre.

Les étudiants qui questionnent leur propre identité sont dirigés vers Gender intelligence, qui forme également les conseillers à l’université. Quand une lycéenne, précédemment diagnostiqué pour une dépression – à la Royal Center School for Speech and Drama a décidé qu’elle était un homme, l’école a payé pour une guidance par la Gender intelligence, ( un des Professeurs de l’école est un des membres du conseil d’administration et le partenaire de Steward) Le mentor a recherché des chirurgiens pratiquant la masectomie par choix.  «  La chirurgie affectera le sexe de nombreuses façon »,  conseille la Gender Intelligence,  «  mais le plus notable est un saut dans la confiance physique ». Si l’identité de genre est fluide, non liée au sexe et  changeante, comment donc cette identité peut-elle nécessiter des transformations physiques irréversibles ? Les contradictions logiques ne sont pas embarrassantes pour le post-modernisme. Quand une lesbienne prend de la testostérone et s’ampute les seins de façon à jouer le rôle de l’homme, c’est applaudit par la théorie Queer comme la déconstruction de l’hétérosexualité obligatoire.

L’établissement d’une doctrine officielle sur l’identité de genre est une menace sans précédent pour la liberté académique. Sexe et genre devraient être l’objet de recherches robustes et de débats vigoureux. Au lieu de ça, les étudiants qui questionnent la nouvelle orthodoxie de la théorie Queer  sont l’objet de harassement et intimidation. La plupart sont des femmes et beaucoup sont orientées vers le féminisme radical. Les responsables sont les étudiants ultra-conscients – dont beaucoup ne sont pas des trans mais qui se positionnent comme «  alliés » – et quelques universitaires féministes. Ils peuvent prétendre cependant que leur agression est habilitée par le discours académique. Après tout, les universités ont octroyé à un seul groupe un pouvoir extraordinaire de contrôler les discours intellectuel. « Si un individu trans informe un membre du conseil qu’un mot ou une phrase est inapproprié ou offensif »,  avertit l’ University College de Londres, « alors ce membre du conseil devra le croire sur parole et ajuster sa phraséologie d’une façon appropriée. »

Bienvenue  l’Université du 21ième siècle, où le sexe a disparu, où l’homosexualité est ségrégative, où l’orthodoxie est renforcée au nom de la diversité.

Michael Biggs est  Associate Professor of Sociology and Fellow of St Cross College, University of Oxford

NOTES:

  • [1] Equality and Human Rights Commission, response to Freedom of Information request (FOI 1247 Biggs), 2 October 2018
  • [2] Jay Stewart, ‘Gendered Intelligence’, Trans Britain: Our Journey from the Shadows, ed. Christine Burns, Cornerstone, 2018, pp. 277–91, at p. 278
  • [3] Judith Butler, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, Routledge, 1990, p. 139
  • [4] Stewart advised the Ministry of Justice’s review which created the new policy and now serves on the Prison Service’s Transgender Advisory Board which implements it
  • 5] Oxford Student Union LGBTQ+ Campaign, 2018 Report on Transgender Experience and Transphobia at the University of Oxford, p. 32. The report literally recommends ‘bi-annual’ training but presumably, biennial was intended.
  • * Poorest dying nearly 10 years younger than the rich in ‘deeply worrying’ trend for UK

Traduction : Elisabeth Guerrier

PLUS TARD L’AVENIR N°1 : L’épidémie de Bien-être Amy Larocca

Première partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons ” PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

Traduction d’un article de la revue ” The Cut ” sur la fréquentation des lieux de ” Bien-être” new-yorkais. L’observation quotidienne dans le discours et dans les pratiques outre-atlantique de l’importance quantitative de ce “mouvement” à la fois remède et cause, signe et racine, son impact comme mode, amenant à se questionner sur la capacité de notre culture à pouvoir créer autre chose que des courants et à ne plus pouvoir les enraciner dans ce que Stielgler suivant Simondon appelle “les circuits longs”, nécessite une réflexion approfondie dans la mesure où il prend la place d’une réflexion sur ce qui le génère. Comme une sorte de passage à l’acte planétaire, de réponse univoque à ce qu’il devrait avant tout nommer. L’adhésion massive aux pratiques de méditation s’imposant comme des évidences au monde occidental mérite qu’on lui consacre du temps et des tentatives de décomposition des divers paramètres, individuels, culturels, qui le meuvent. Ouvrant aussi avec une sorte de vertige la question de ce qu’est devenu le politique dans une société qui passerait son temps à se soigner sans plus chercher à savoir de quoi. EG

The Wellness Epidemic 

Why are so many privileged people feeling so sick? Luckily, there’s no shortage of cures.

L’épidémie de bien-être

Pourquoi les privilégiés sont- ils si malades ?

Heureusement, nous ne sommes pas en manque de cures.

By Amy Larocca

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Photographs by Bobby Doherty
JUNE 27, 20178:00 AM

Quand Gwyneth Paltrow a lancé pour la première fois Goop en 2008, c’était un excellent endroit où trouver les meilleurs tapas de Barcelone. C’était du voyeurisme tourné vers les modes de vie des célébrités et Paltrow, avec ses longs cheveux blonds et son aura de complète auto-satisfaction, était irrésistible. Il y a une expression « vivre sa vie la meilleure » et puis il y a Paltrow : le manifeste de la vie la meilleure.

Mais le centre d’intérêt de Goop commença à changer, Paltrow se mit à décrire en détail les régimes d’exercice pratiqués avec son entraineur Tracy Anderson, qui croyait que chacun devrait s’exercer physiquement deux heures par jour, six jours par semaine. Puis elle commença à donner des informations sur une désintoxication qu’elle pratique chaque mois de janvier.

La mission se mit à moins porter sur la révélation des mystères de la vie meilleure et plus sur la notion qu’une vie meilleure authentique est d’abord intérieure. Les gens riches et beaux  ne vont pas seulement dans les plus jolis endroits, leurs organes marchent mieux. Ils savent même comment respirer mieux, avec plus d’oxygène à chaque inspiration. Ils ne craignent pas de pratiquer les transplantations de selles, avec des selles de premier ordre, absolument garanties vegans. Goop quitta les hôtels et les restaurants pour les chakras et les thyroïdes, impliquant que ce qui se tient entre vous et votre Gwyneth intérieure est un mystérieux virus que votre médecin corrompu et ayant beaucoup trop duré est trop borné pour circonscrire.

Goop commença à publier des interviews avec des médecins, des guérisseurs et des shamans. Une de ces productions les plus visionnées est une  interview avec Oscar Serrallach, un médecin australien, à propos de la «  l’épuisement postnatal » qui suggère que les femmes vivent dans un état d’épuisement pendant plus de dix ans après la naissance d’un enfant. Parmi les facteurs responsables : stress envahissant, nourriture pauvre en nutriments, et pollution électromagnétique. Quand Goop a traditionnellement réussi à vendre les produits liés à ses propositions ( les spiraliseurs ont explosés après la recette  de Paltrow des  “zucchini cacio e pepe”, que pourrait on bien vendre à une femme qui vient de recevoir la confirmation médicale que les sentiments négatifs frémissants dans son ventre ne sont pas juste créés par son esprit ? Pourquoi pas des vitamines ? Le bien-être de Goop offre maintenant quatre «  protocoles » vitaminiques  (Protocole et pratique sont des mots que vous rencontrerez abondamment dans ce monde)  en fonction de quatre plaintes communes :  La charge des mamans / The Mother Load répond à l’épuisement post-natal, Les gènes du lycée; High School Genes est réservé aux femmes qui trouvent plus difficile de perdre du poids en prenant de l’âge ( c’est-à-dire pour toutes les femmes) Pourquoi suis-je si putain de fatigué ? Why Am I So Effing Tired? Est pour la fatigue pernicieuse ressentie par les femmes à tout faire, et Balles dans l’air, Balls in the Air également, mais pus orienté vers les stressée chroniques

«  Ca a été incroyable, dit Ashley Lewis, Responsable du secteur bien-être à Goop, «  nous avons vendu plus de 100 000 dollars de vitamines le premier jour et ça n’a pas cessé depuis. »

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Pourquoi le bien-être est-il la nouvelle façon d’avoir l’air, d’agir et de se sentir riche

Tout ce que vous devez savoir à propos des soins cutanés et du maquillage «  naturel »

Le bien-être est une idée très large, ce qui n’est pas rien dans sa capacité d’attraction marketing. A un niveau basique, il s’agit de faire un effort conscient pour atteindre la santé à la fois mentalement et physiquement, de lutter pour l’unité et l’équilibre.  Et ce n’est pas non plus une idée nouvelle, l’homéopathie, qui utilise des subtances naturelles afin de promouvoir les capcités du corps à l’auto-guérison a été populaisée en Allemagne à la fin du 18iéme siècle et 50 ans plus tard, l’YMCA orienta sa mission vers le soin du corps, de l’esprit et de l’âme. Dan Rather réalisa une émission de 60 minutes sur le bien-être en 1979 mais c’était approché plus comme un phénomène marginal. «  Le bien-être, disant-il, ce n’est pas un mot que vous entendez chaque jour. »

Régimes,  exercise, et des versions variées de soins auto-administrés ont été pratiqués depuis toujours. Des antécédents leur ont été trouvé dans des SPA autrichiens qui étaient encore célèbres pour leurs lavements et dans les années 1970, l’hervbe de blé était presque aussi célèbre que la cocaïne. Les graines étaient présentes dans le programme de Jane Fonda et dans le régime Scarsdale, dans le mouvement EST  et la folie du yoga qui nous amena Lululemon. En 1978, ve been around forever: Antecedents are found at an Austrian spa still famous for its enemas and in 1970s L.A., where wheatgrass was just as popular as cocaine. The seeds were in the Jane Fonda workout and the Scarsdale diet, in the EST movement and the yoga craze that brought us Lululemon. In 1978, ce magazine fit sa couverture sur « L’élite physique »  la nouvelle classe d’individus qui avaient arrêté de fumer, et se consacraient à l’exercice. Certains étaient connus pour leurs demandes étranges concernant la nourriture, comme l’exigence d’un oignon entier dans leur omelette.

Quatre décennies plus tard, le bien-être n’est plus seulement un mot que vous entendez chaque jour, c’est une industrie globale qui vaut des milliards- une qui inclut le tourisme du bien-être, la médecine alternative, et les traitements anti-âge. La compétition pour une part du gâteau est intense : à Manhattan, deux studios de méditation fusionnent pour devenir le SoulCycle of meditation, et Saks de la Cinquième avenue a converti temporairement son deuxième étage dans une «  Boutique Bien-être » où vous pouvez faire une expérience d’aromes et de thérapie lumineuse dans une cabine de verre emplie de sels, où être branché sur une application de méditation pendant votre manucure. Toutes les corporations géantes ont un programme de bien-être : Yoga chez Goldman Sachs, des journaux de sommeil communs chez JPMorgan Chase. Un nouveau magazine a débuté cet été dans Long Island, ,Hamptons Purist. (“Regardez autour de vous, dit son éditrice, Cristina Greeven, à qui l’idée est venue sur une planche de surf au Costa Rica : C’était des boucheries, des boulangeries, ou des magasins de bricolage. Maintenant, ce sont SoulCycle, Juice Press ou un lieu de méditation).  Il va lui falloir entrer en compétition avec Goop magazine, être édité Paltrow et publié par Condé Nast, qui a annoncé ce printemps le lancement de Condé Nast Pharma, une revue qui ne promeut que des marques de produits pharmaceutiques garantis sains. Le géant de la publicité  Saatchi & Saatchi  a également sa propre revue bien-être, capitalisant sur «  les besoins de bien-être non satisfaits sur la marché »

Le bien-être est utilisé pour vendre des chambre d’hôtel (Soyez au mieux chez Westin Hotels & Resorts, un lieu où ensemble nous pouvons nous épanouir ) et des copropriétés ( LeonardoDi Caprio vient de vendre sa copropriété Bien-être mais Deepak Chopra a encore la sienne au même endroit.) et ça a été un mouvement politique également. «  Radical self care ( Soin de soi Radical) cherche à gurérir les blessures récentes ( Trump) et systémiques ( trauma dûs au genre ou à la couleur), utilisant les mots du poète Audre Lorde, comme cri de ralliement : «  Prendre soin de moi n’est pas de l’auto-gratification. C’est de l’anti-préservation et c’est une arme de guerre politique »

Il peut être facile d’être cynique à propos du bien-être, à propos de  l’œuf de jade de $66  que Gwyneth Paltrow suggère d’insérer dans votre «  yoni ». Il ya quelque chose de grotesque dans l’émergeance de cette industrie à un moment où les soins de santé les plus basiques sont refusés à tant d’Américains et risque d’être supprimés pour des millions d’autres. Mais ce qui est peut-être le plus frappant est à propos de cette ascension du bien-être est le fait que, dans notre monde de plus en plus bifurqué, même ceux qui ont accès à des soins traditionnels plutôt bons, et quelquefois excellents si l’excellence est fonction du prix)  gardent la sensation, malgré tout, d’un incroyable mal-être.

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...Photo: Bobby Doherty/New York Magazine

J’étais dans l’ascenseur de l’appartement de l’immeuble de Park Avenue prête à aller fêter la sortie d’un blog que j’ai créé  quand j’ai croisé Kerrilynn Pamer, qui est comme je le savais la propriétaire Castor & Pollux, un magazin de vêtement dans le West Village. Grande et belle, elle portait une longue robe blanche et arborait un sourire doux et heureux. Elle avait fermé Castor & Pollux, m’expliqua-t-elle pour rouvrir il y a deux ans à sa place un magazin de  beauté naturelle  appelé CAP Beauty. “Avec la mode, il ya avait toujours une sensation de manque «  m’a-t-elle dit. «  C’était toujours, ça ne me va pas, ou je n’ai pas le sac assorti, ou je ne peux pas porter ça dans la vie quotidienne «  Cela menant toujours à l’impression que les gens étaient laissés de côté. » Pamer est intéressée dans le bien-être depuis longtemps. «  Je ne m’en apercevais pas vraiment mais je me sentais mal tout le temps. Je suis allée chez le médecin pur une visite annuelle et j’ai juste dit que j’étais fatiguée. Je ne vieillissais pas comme je le souhaitais. Je ne me sentais pas dans mon corps comme je le souhaitais. »Le médecin m’a rappellée après le rendez-vous et m’a dit : «  Je ne sais pas comment vous pouvez fonctionner maintenant, vous ne retenez rien ; » J’ai juste pensé ; «  C’est la norme, je vis à New York, je vieillis, j’ai une entreprise » Mais il a dit «  Non, vous avez une maladie coeliaque. » J’ai abandonné le gluten et boum » Pamer a commencé à analyser tout ce qu’elle mangeait puis tout ce qu’elle se mettait sur la peau. «  Tout vient grâce à un diagnostic ». Sa partenaire et elle-même Cindy Di Prima font partie d’un «  groupe orienté vers la recherche prioritaire de solutions.  Je veux me sentir bien et puis je veux que tout le monde se sente bien. » Pamer m’a invitée à venir dans son magasin, «  Nous avons installé quartz rose sous le plancher et les vibrations sont excellentes. »

J’y suis allée une semaine plus tard. Il pleuvait. La boutique était accueillante, des équipements en cuivre et des en-cas de la ligne Jus de lune de  Amanda Chantal Bacon. Les vibrations semblaient parfaites. J’ai été conduitedans la pièce arrière où j’ai eu un traitement facila par une femme particulièrement amicale et chaleureuse nommée Crystal. Beaucoup des produits qu’elle utilisait avaient un parfum de terre parfois assez nauséabond – comme celui de fruits très très mûrs au bord de la péremption— mais à part ça c’était un soin facila assez standard. Crystal ne m’a fait aucune remontrance, ni aucune critique sur l’étt de ma peau, ce qui était plutôt plaisant car çela fait aussi partie des soins du visage standards. Une semaine plus tard, j’ai reçu un email me recommandant un nouveau «  protocole »  pour ma peau. Celui-ci impliqait neuf produits et si je les achetais tous (il y avait le lien pour chacun) cela me coûterait près de 1000$. J’ai paniqué pendant un moment : «  Mais j’ai besoin de ça, je suis clairement en train de m’empoisonner avec le crème hydratante de la pharmacie que le dermatologue m’a recommandée ! J’ai commencé à cliquer sur les liens. Peut-être me contenter d’en acheter quelque-uns ? Peut-être ce bruisateur probiotic à 40$ pour équilibrer mon microbiome facial. Mes enfants ne méritent-ils pas une mère non toxique, est-ce que je ne mérite pas un moi non toxique ? Mas je ne suis pas allée bien loin, la plupart n’était plus en stock.

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A Los Angeles, ces deux frères sexy on entamé une révolution du bien-être.  J’ai fait une des meilleures siestes de ma vie dans un lit en cristal à 9000 dollars.

Dés qu’on passe un peu de temps dans le domaine du bien-être, il semble que tout le monde a été officiellement diagnostiqué. «  Je cros que pour les femmes en général, il existe une attente de se sentir évidemment très mal. Evidemment !   dit Elise Loehnen, la responsable de publications chez Goop. «  Dans leur grande majorité, les gens trouvent qu’ils connaissent tous des personnes autour d’eux qui sont malades, le fils de leur meilleure amie est autiste, ou a des problèmes de digestion. Les gens s’auto-définissent de plus en plus comme malades  de plus en plus. Ils sont inquiets à propos de leur nourriture, à propos de l’usage rampant du glyphosate. La nourriture poussait avant dans plusieurs mètres de sol argileux. Je pense que nus sommes apauvris. Je pense qu’il y a une carence en vitamine D parce que nous ne sortons pas assez et quand nous sortons, nous mettons des protections solaires. Nous avons perdu tout contact avec la tere en général et je pense simplement que ce n’est pas de cette façon que nous sommes supposés vivre. »

Moi aussi je connais des femmes qui ont une maladie céliaque, ou une sorte de maladie céliaque, et un million de maladies du système immunitaire, avec des noms compliqués qui affectent leur peau et leur intestin. Il n’est pas difficile de se demander parfois ce qui se passe, si nous sommes d’une façon ou d’une autre tous empoisonnés, si nos corps et nos esprits se révoltent contre cette vie si programmée, si digitalisée, ou si certaines de ces maladies identifiées et soignées  auraient tranquilmement, pour le meilleur ou pour le pire été supportées par les générations antérieures.

Est-ce que les évaluations des cas de maladies céliaques élaborées par l’Universtié de Chicago sont dépassées (un pour cent de la population américaine) ou sont-elles sur-diagnostiquées ? Le niveau d’anxiété a explosé dans le pays et bien que la maladie puisse être bien sûr une source et une cause de stress, le corps est également une zone où, même futilement, nous avons encore une chance de ré-exercer un contrôle.

Sur internet, il y a une communauté connue sous le nom de «  Les cuillères » (the spoonies) qui peut être considérée comme le cœur du monde du bien-être. Spoonies vient de la « Théorie des cuillères », une idée proposée par une femme nommée  Christine Miserandino qui a été diagnostique avec une chaîne de maladie dont la fatigue chronique avant qu’on lui trouve un lupus. Endant des années, elle a été embarassée et a souffert en silence, ayant sans arrêt à expliquer son comportement ( son blog est butyoudontlooksick.com). Sa théorie est simple : quand vous êtes en bonne santé, vous avez un stock sans cesse renouvelable d’énergie. Quand vous vivez avec une maladie ou une douleur chronique, votre capacité énergétique est limitée et vous devez sans cesse être capable de la mesurer, à travers les cuillères, en négociant la façon d’en faire usage. Prendre une douche coûte une cuillère, mais, ensuite parfois, c’est aussi ce que coûte le fait de sortir du lit. Si vos choisissez de cuisiner un dîner pour ce soir, cela peut vous coûter tant de cuillères que vous ne serez pas en mesure de vous occuper de la vaisselle.  Etc. Miserando a été suivie et il y a maintenant en ligne un groupe robuste de «  spoonies »  qui s’identifient comme tels et  qui s’assemblent afin de partager les traitements et les théories, de discuter de leur lutte avec la souffrance chronique physique ou mentale. «  Nous devons sans cesse être vigilants aux cuillères »  dit Carolyn Kylstra, l’éditrice en chef de Self, «  Ils sont vraiment au cœur de tout cela »

Nous avons mis du quartz rose sous le plancher et les vibrations sont excellentes.

Il y a une quantité astronomique de médecins frustrés par le mouvement bien-être, à cause de ce qu’ils considèrent comme la soi-disant science, louchen superficielle, derrière lui et eux aussi se font entendre. Voilà par exemple Timothy Caulfield, un expert en santé et en droit à l’Université d’Alberta, il est l’auteur de :  Is Gwyneth Paltrow Wrong About Everything?, ( Gwyneth Paltrow a-t-elle tout faux ?) qui concerne le sujet de la désintoxication du corps. «  C’est complètement ridicle dans une perspective scientifique, dit-il, cette idée qu’on puisse «  désintoxoiquer » son corps – nous avons des organes qui le font. Il n’existe aucune preuve que nous ayons ces méchantes toxines dans nos cellules qui nous font prendre du poids, qui nous fatiguent. Mais cela s’adresse à notre imaginaire d’une façon très puissante.  Jennifer Gunter,une gynécologue-obstétricienne et médecin de la douleur à Toronto a écrit un blog très franc et souvent drôle qui s’en prend souvent à Paltrow et Goop. Un des posts dit : «  Vos conneries Goop m’inquiétent parce qu’il affecte mes patients. Ils lisent vos théories bidons et puis ils arrêtent de manger des tomates ( note de bas de page, si les tomates sont si toxiques,pourquoi les Italiens ont-ils une espérance de vie plus longue que la nôtre ?), ou n’ont pas mangé une tartine de pain depuis trois ans, dépensent leur argent dans des tampons organiques dont ils n’ont pas besoin, demandent pour des évaluations de leur fatigue surrénale ( dont le paiement s’effectue souvent par la couverture santé ou au noir), ou ils sont obsédés par la crainte d’avoir une candidose systémique ( qu’ils n’ont pas). Mon fils a une maladie de la thyroïde et je crains que dans quelques années il puisse lire cette sorte de foutaise à propos des théories  sur la thyroïde que vous promouvez et se demande si il devrait arrêter son traitement et tenter de soigner un EBV ( Epstein-Barr. Mononucléose) chronique qu’il n’a pas. Je m’inquiète aussi que la science ait à dépenser tant et tant de ressources à démontrer l’inutilité de l’huile de serpent au lieude tester de véritables hypothèses. Je m’inquiète que vous inquiétiez les gens et que vous baissiez le QI médical mondial. »

Les critiques ne décontenancent pas Goop. «  Notre travail consiste à être sceptiques à propos du status quo, d’offrir des alternatives avec l’esprit ouvert. «  Goop insiste dans un commentaire : «  Notre contenu n’a pas comme but de générer de la peur, nous voulons donner aux gens les outils afin d’acquérir un peu d’autonomie à l’égard de leur santé. »

Et puis il y a les généralistes au milieu, «  la médecine fonctionnelle » de docteurs comme Frank Lipman. Ils sont des médecins diplomés qui peuvent prescrire des antibiotoques mais peuvent tout aussi bien prescrire des massages, une promenade en forêt, ou un ermaniement de votre régime alimentaire ou des vos exercices. Lipman exerce en cabinet privé depuis 30 ans, mais c’est lors de son stage à l’hôpital du Bronx qu’il a noté un taux de succès plus important parmi les toxicomans avec qui il utilisait l’acupuncture et qu’il a décidé de trouver un moyen de mêler les pratiques médicales occidentales avec les pratiques alternatives. Lipman nous dit qu’il croit que la capacit à pardonner peut avoir des bénéfices éormes sur la santé mais lorsque je lui dis que mon rhume des foins me rend fou, il dit, en haussant les épaules : « Ma femme utilise toujours Claritin. »

Parmi la Nouvelle garde on trouve le Dr Robin Berzin, qui a un doctorat à la Columbia Medical School, a été formé au  Mount Sinai,  et est aussi certifié comme formateur en Yoga et en méditation. Elle dirige Parsley Health, une boutique de pratique médicale. Pour 150 dollars le mois, les membres ont droit à cinq visites médicales par an, plus 24 sessions avec un guide santé dont le tavail est de vérifier que les conseils du médecin sont bien suivis (vous pouvez faire effectuer ces rencontres par vidéos si vous le souhaitez). «  Regarde, dit-elle un jour dans sa boutique, qui occupe une grande partie d’un Wework près de Union square,  (La nouvelle médecine est, au moins esthétiquement beaucoup moins orientaliste avec beaucoup moins de Ganesh ou de mandalas). Les gens ne se sentent pas bien, et ils cherchent des solutions, on leur donne un tas de mauvais conseils. Ils réduisent les jus qui sont aussi mauvais que le soda » La mission de Berzin est de réduire les médicaments, de toucher à la racine des plaintes habituelles qu’elle considère comme tout à fait guérissable,  des plaintes de syndrôme pré-menstruel, du colon irritable, insomies, eczéma. « Au service de la technologie, nous sommes chroniquement stressés, épuisés et sous médicaments : des anxiolitiques «Branchés et fatigués » c’est la façon dont beaucoup de patients me décrivent cette sensation » me dit-elle. Beaucoup de ses patients sont jeunes, «  les «  millenials » sont plus intéressés par la qualité de vie. Ils attendent de se sentir mieux. »

Après cette rencontre avec Berzin, j’ai passé le contrôle Parsley. J’ai rempli pendant la nuit un document pendant 30 minutes, décrivant les otites que j’avais étant enfant, le fait que je suis né naturellement mais nourri au biberon. Parsley a prescrit un examen du sang approfondi, je suis donc resté à jeun un matin puis me suis rendu au laboratoire. Une technicienne très gentille avec une longue queue de cheval  a regardé le document : Parsley Health ! a-t-elle dit, ils regardent tout. Ce n’est pas le cas de tout le monde … » elle a haussé les épaules, remplaçant chacun des tubes, 14 en tout. Les résultats de mes examens étaient sur le portail de Parsley’s une semaine plus tard : taux de cholestérol trop haut, ce que je sais depuis toujours, et un nom sur les allergies à la poussière et le rhume des foins  que j’ai aussi depuis toujours. Berzin a recommandé l’arrêt des céréales et du gluten mais mes résultats sanguins n’indiquaient aucune allergie à l’un ou à l’autre. Elle dit que je suis comme 5% de ses patients, ce qu’elle pourrait qualifier d’ « optimisatrice » en ce que je ne souffre d’aucune maladie chronique ou de douleur qu’elle rencontre et qui souffre du syndrôme polycystique-ovarien. Néanmoins, elle a quelques conseils à me donner, elle me propose de changer les horaires de mon activité physique et d’apprendre à méditer. Les membres de Parsley ont un accès gratuit à Headspace. Elle me recommande aussi un régime vitaminé : un complexe de vitamine B le matin, du magnésium afin de retrouver le sommeil profond, bien noir que j’avais dans la vingtaine. Elle me recommande aussi des orties pour la saison des allergies mais reconnait aussi qu’ils ne suppriment pas le symptôme à chaque fois. «  On ne va pas régler une infection avec un reiki ».

Une des choses difficile à accpeter dans le monde du bien-être est le fait que la paranoïa rampante est binevenue. – Que mangez-vous ? Que mettez vous sur votre peau ? – et pourtant il y a une foi jamais démantie dans toutes les cures. Une tartine de pain peut être considérée comme toxique mais la volonté de plonger dans le monde largement incontrôlé des vitamines et des compléments alimentaires est acquise. Mon joli, minutieux et intelligent médecin généraliste me dit chaque année lors du bilan annuel : s’il vous plaît ne me dits pas que vous prenez des compléments. Au mieux ça ne peut pas faire de mal, vous vous offrez simplement un pipi hors de prix.

Beaucoup de mouvement de bien-être répondent à des aspects de notre vie qui étaient auparavant considérés comme essentiels  et fondamentaux comme de respirer ou de dormir. Ce printemps, Arianna Huffington  a fêté le dixième anniversaire de ce qu’elle nomme «  sa bénédiction ». en avril 2007, Huffington s’est évanouie et s’est fracturé l’os de la pommette. Après un voyage à travers de nombreuses disciplines médicales traditionnelles, son diagnostic a été un simple «  burn-out », pas de cancer, pas d’attaque, pas de diabète insidieux. Elle était juste très très fatiguée. «  J’étais en train de brûler la chandelle par les deux bouts », dit-elle maintenant, et ce que je trouve intérssant est que si vous m’aviez demandé ce matin-là, comment allez-vous Ariana, j’aurais répondu, bien, parce que c’était la norme marchant sur le vide. Pensez comme nous sommes au courant du niveau de la charge de nos téléphones et si peu au courant de ce qui nous arrive à nous-mêmes. » Huffington a écrit un livre sur l’importance du sommeil, offrant une prescription (dont le rythme sera familier à quiconque a récemment régularisé le sommeil d’un bébé, un temps complètement ritualisé menant au calme et comprenant des bains chauds, des lumières douces, et une ombre complète). Plus tard, elle a quitté le Huffington Post et a  commencé le  Thrive Global, une organisation dédiée au bien-être. Thrive ( S’épanouir) plbile un blog, organise des programmes de bien-être pour des compagnies comme Uber, et vend des produits sur son site, comme le téléphone de chevet en bois,  qui est vendu avec de minuscules draps en satin pour que votre Iphone puisse dormir dessus. «  Vous savez, il y a quelque chose de si satisfaisant… » explique Huffington, dans son bureau surpeuplé de Soho, en collant son téléphone sous les draps de satin, «  Nous allons lancer un modèle qui ressemble à une petite voiture de course ». Elle sourit et tripote l’oreiller de son Iphone. Après tout vous devez aprrendre à vos enfants à mettre leur téléphone au lit aussi. »

Un des clients de Thrive est JPMorgan Chase, qui travaille avec la compagnie sur un challenge bien-être de 28 jours pour ses plus de 300.000 employés. Le bien-$etre promet Thrive, accompli des miracles pour le nec plus ultra des corporations. «  Ce ne’est pas pour ceux qui veulent aller se relaxer sous le manguier, dit Huffington, ceux-là vont bien, ils n’ont as besoin de nous, c’et pour des gens qui veulent accomplir des choses, des gens qui veulent réaliser. »

Elles s’agitent et mugissent, sauf que ce ne sont pas des Guerriers Maori mais des femmes blanches et sous-vêtements de sport.

Et si nous avons besoin de réapprendre à dormir, le bien-être cherche aussi à transformer notre façon de faire de l’exercice. Les classes de SoulCycle  auquelles je participe ne sont presque pas différentes des classes auquelles j’assistais il y a quinze ans. Il y a les mêmes sauts, les mêmes exercices de montées, les courses et parfois les mêmes titres de Madonna. Mais le professeur à Crunch avait l’habitude de crier des choses sur la saison des maillots de bain et les ailes de chauve-souris : nous savions tous ce que nous venions faire ici. A Soulcycle, l’éthos est impossible à identifier. Les lumières sont éteintes, des bougies sont allumées, et le mur est couvert de mots comme «  Rock star «  «  Guerrier ». Récemment j’ai remarqué que beaucoup de femmes portaient un sweat-shirt avec «  Spiritual Gangster » inscrit dessus. «  Qui, ici présent, à déjà pleuré à SoulCycle ? » a demandé l’instructeur un matin,  et plus de la moitié des personnes présentes a levé la main.  «  Fermer les yeux et pensez à ceux que vous aimez, à ce pourquoi vous faites ça. Où est votre compassion, où est votre gentillesse, vers où vous dirigez vous ? »

La Classe de Taryn Toomey, qui se tient au studio  millennial-pink  à Tribeca, est la classe bien-être à battre. Toomey a commencé sa carrière comme détaillante Ralph Lauren et a très tôt décollé. «  Mais je me sentais juste… pourquoi suis-je malheureuse, tout autour de moi semble parfait, «  explique-t-ellle, elle a commncé à enseigner à des amis un mix de yoga, de danse det de cri cathartic dans un sous-sol de son condo de Tribeca. Beaucoup de célébrités ont commencé à venir— Naomi Watts, Christy Turlington — ce qui est un point très positif dans le monde de la fitness et l’année dernière Toomey a pu ouvrir son studio. «  Je pense que nous devons tous affronter les effets du monde extérieur » dit-elle une après-midi avant sa classe, «  C’est tous ces médis sociaux, c’est tout «  a qui est-ce que je me compare », c’est toute l’illusion que le gens se créent sur la perfection des choses, ou ne sont pas. On l’utilise comme plate forme pour la honte et la haine. Je pense que le bien-être est un mouvement, et toutes ces pratiques diffrentes tournent toutes autour de l’élargissement de la conscience et de la clairvoyance, et c’est devenu nécessaire. Je pense que nous sommes vraiment effrayés et troubés et que nous recherchons l’appui de communautés. » Contre un mur se trouvent des produits à vendre, plus de poussières et d’en-cas Moon Juice, des huiles essentielles que Toomey frotte sur ma paume, elle ferme les yeux et inhale profondément. «  Maintenant, dit-elle, vous sentez comme l’amour »

Quand Toomey entre dans la salle, elle commence par crier : «  Quittez le putain de miroir, quittez la mère et le putain de miroir et revenez dans votre corps réel ! » Ses élèves se tapent les poings sur les cuisses et gémissent. Elles se trémoussent et se secouent et mugissent – des guerriers Maori sous une tente de renaissance baptiste dans le Sud,  mis à part le fait que ce ne sont que des femmes,, blanches, et qu’elles portent toutes des soutien-gorge de gym. Tout le monde transpire beaucoup, la pièce n’est pas ventilée, à faire des jumping jacks, des burees ou des abdos, avec un chien renversé à l’occasion.

Ce qui est remarquable c’est Toomey elle-même, qui parle de sa voix grave et enrouée avec son casque du début à la fin, un monologue changeant sur l’aide-à soi, des encouragements et des conseils : «  Dites au revoir à vos histoires, dit-elle, n’accusez pas ne condamnez pas. Communauté. Unité. Vous vous vous. »  chante-t-elle. Pas une seule fois mentionne-t-telle des parties du corps et je me trouve presque gênée  de penser, en faisant des jetés que je pratiquais il y a des lustres lors des classes Tao BO, ah celui-là est bon pur les fesses. Quand tout est terminé, Toomey commence à calemer son monologue. Plus de cris, plus de «  putain ». Le miroir est trop embué de toute façon pour qu’on voit quoi que ce soit. Toomey propose à la classe de s’étreindre la poitrine (sur la sienne se trouve un collier de cristal qu’elle a créé, dont une variété est en vente à l’accueil, de 400 à 10.800 dollars, «  Ca aide à s’enraciner » explique-t-elle. «  Oh, dit-elle doucement, ma douce, tu es là. C’est moi. Je suis désolée »

La méditation,  cette pratique vieille de plusieurs siècles, est à ce mouvement ce que le jogging était en 1978 pour « l’élite physique ». Le protocole de base et une opportuité d’évolution personnelle. En ce moment il y a deux compétiteurs majeurs dasn l’arène des «  studio de méditation »  à New York, L’un, Inscape, est l’enfant spirituel de Kajak Keledjian, qui a fait fortune avec Intermix, qui a récupéré des tenues créées par des designers haut de gamme qui pouvaient marcher sur le Jitney ou au Marquee. Il a vendu la maison à Gap et comme cela se produit souvent, avec les gens qui réussissent, a été inondé de questions sur la façon de réussir. Sa réponse a ét : par la médittion. Il a appris d’un ami qui conduit un hedge fund sur les bénéfices de regarder à l’intérieur. «S’occuper de soi est une nouvelle dimension du luxe » me dit Keledjaian. « Au lieu d’être des êtres humains, nous sommes devenus des humains faisants, j’ai assez travaillé sur l’apparence des gens. Et maintenant j’aide l’intérieur des gens, je travaille aussi dur, simplement plus consciemment. »

Ellie Burrows du rival d’Inscape Mndfl  était une jeune réalisatrice déprimée par le fait qu’elle n’aimait pas travailler de la façon dont ses collègues travaillaient. Elle s’offrit une odyssée du genre mange-prie-aime et quand elle revint à New York, elle commença à faire du bénévolat à l’ Institute for Compassionate Leadership,  ( institut pour une direction compassionnée) qui était dirigé par un Boudhiste Shambhala Lodro Rinzler dans le Upper East ( Ce n’est probablement pas la seule raison, j’était enfermée dans un placard étant enfant, mais c’était le même endroit) qui avait également écrit de nombreux livres dont «  Le Bouddha entre dans le bar, » The Buddha Walks Into the bar.

Ils eurent cette idée et grâce à la famille et aux amis, ils réussirent à lever les fonds nécessaires pour ouvrr trois studio à New York. «  Nous n’avons pas tourné autout des graines, nous avons tourné autour de l’amour » m’a dit Burrows une après-midi. Elle est enveloppée de foulards avec un tas de joailleries délicates en or dans le hall du studio Mndfl de la 8ième rue. Pas de téléphone, dit une affiche, mais nous comprenons que vous deviez faire un ista du mur à plantes.

«  Nous avons constaté que ça affecte nos vies directement, nous voulons être au service des autres, et cela a été très inspirant pour les gens qui ont décidé d’investir : ils l’ont fait dans un esprit de service. »

Dans la pièce calme éclairée par un vélux de Mdfl, une classe de méditation de 30 minutes est animée par Kevin Townley, un acteur aux cheveux blonds avec des lunettes en écaille et un visage anormalement doux. «  Vous êtes sur un pont, incante-t-il, et vos pensée flottent. Vous les laissez aller, vous les observez. » Un homme respire bruyamment par le nez, mis à part cela la pièce est silencieuse, à prt les occasionnels réajustements, reniflements, raclements de gorge. A la fin de la classe, Townley  donne la parole aux participants.

«  Je n’ai pas pu venir récemment, dit un homme au premier rang. Il est vêtu de pantalons kaki et d’une chemise vichy.  Son apparence est résolument grand public. «  Je me demande quoi faire de ce que j’ai appris lorsque je ne viens pas ici, parce que ce que j’ai réalisé, quand j’ai médité et bien… tout n’est pas bon » Townley opine avec empathie. Il sait. Il n’y a aucune garantie que tout cela s’incline vers la beauté et la paix. Il ya la possibilité de découvrir de la souffrance. La souffrance après tout est encore la vie. Comme l’insatisfaction, les nuits d’insomnie, et les douleurs articulaires. Tout comme l’est le fait de vieillir. Nous trouvons des façon de guérir, seulement pour en chercher de nouvelles.

« Je ne sais pas où mettre ma colère » dit-il. «  Et puis je ne peux pas en venir à bout ici, c’est juste là. Et je suis coincé. »

Accessoires par Dorothee Baussan au Mary Howard Studio; Coiffure et maquillage par  David Tibolla utilisant CHANEL Ombre Premiere à  Exclusive Artists.

*Cet article a été publié le 26 juin 2017, dans   New York Magazine.

” Pourquoi le bien-être est-il un nouveau symbole de luxe et le moyen de se sentir, d’avoir l’air et d’agir comme les riches “

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Amérique : la grande panique du sexe William Kaufman

«  Il n’y a pour l’être au monde que dissimilitudes, disparités, rendez-vous manqués, déviations, dis-cours. La coïncidence met un terme à l’acte de penser et l’organisme se décharge, se vide. La discordance au contraire, fournit l’impulsion pour le travail de penser, pour discerner, dans la perception présente, la distance par rapport à la représentation de Das Ding absente. Lorsqu’il y a coïncidence, il n’y a donc plus de chance pour l’acte de penser. » Nestor Braunstein “La Jouissance un concept lacanien” p 34

The great American sex-panic 

2017 : Amérique, la grande panique du sexe par WILLIAM KAUFMAN

Je confesse être plus troublé que ravi par le grondement quotidien des idoles tombant pour une accusation de «  mauvaise conduite sexuelle », la fixation morbide des masses qui cachent des titillements privés, des sourires entendus et des claquements de lèvres sadiques derrière le masque public d’une réprobation solennelle.

Weinstein et Trump et Roy Moore et Bill Clinton sont de vils porcs et de pauvres types, pas de doute, j’ai toujours détesté l’arrogance des performances artistiques néo-libérales  arrogantes de Al Franken et le journalisme lèche-cul et carriériste de Glenn Thrush et de Charlie Rose, les derniers dominos à tomber sous les accusations publiques d’ avances «ou d’attouchements «  inappropriés ».

La frontière culturelle entre  tolérance et intolérance devient floue et glisse avec chaque nouvelle révélation, tout comme la litanie des péchés, présents ou passés, majeurs ou mineurs se concentre en une avalanche d’accusations indifférenciées de plus en plus graves une meute cavalante de «  Me-tooists ».  — des vagues successives de pelotages et de bisous envahissent maintenant la bande passante des chaînes d’information, nous laissant avec l’impression qu’il n’existe pas de crime contre l’humanité plus grands que le bond insollicité de la langue ou de la main d’un chien en chaleur, certains d’entre eux datant de vingt ou trente ans mais uniquement révélés lors des dernières semaines.

Soyons honnête, ces révélations «  choquantes » à propos de Franken- selon lesquelles il aurait essayé de rouler un patin à une femme une fois pendant une répétition et attrapé son sein somnolent en se moquant dans une pose ridicule ou peut-être que sa main s’est aventuré trop loin en direction du postérieur d’une femme pendant qu’il l’obligeait à se faire prendre en photo dans une foire il y a cinq ans- n’auraient suscité rien d’autre que des bâillements  il y a juste quelques semaines ou mois, dans l’ère AW, (Avant Weinstein). En fait ces deux femmes, apparemment si peu perturbées qu’elles ont pu garder ces incidents secrets pendant cinq ou six ans, n’auraient certainement pas pensé à rejoindre la procession solennelle des profanées sur les chaînes nationales si ce n’est pour l’effet de chaque cri du cœur successif dans la débandade.

Mais est-ce une avancée dans l’éthique collective quand le réservoir public des chocs et des indignations est si aisément tourneboulé et marqué par des pécadilles érotiques ? ici, bien sûr je dois faire la distinction entre un viol confirmé – un crime contre la dignité humaine toujours écoeurant  ou des menaces sous –entendues ou manifestes touchant la carrière en fonction de «  faveurs » sexuelles d’une part, et de l’autre les érutions volcaniquesbde passions érotiques impétueuses qui inévitablement laissent l’un ou les deux partenaires déconfit et embarrassé ou bien délaissé par des ouvertures inattendues ou malvenues, tactiles ou verbales.  Comme le blogueur de gauche Michael J. Smith le note : «  Tous les actes ne sont pas graves identiquement, une plaisanterie cochonne n’est pas aussi déplacée qu’un pelotage, et un pelotage n’est pas aussi grave qu’un viol. » Alors quels intérêts pour la santé mentale ou la raison dans l’irréfléchi  regroupement de mauvais glissement de la langue et d’ostensibles viols sous le même terme vaguement défini de «  mauvaise conduite sexuelle » ? Comme si il n’existait pas de différence importante entre une tape lourdaude ou une remarque déplacée lors d’une fête de bureau et un viol collectif ? Ce serait comme d’appliquer le terme de «  communiste » pour les défenseurs du système de protection médical «  single payer healthcare » et les militants pour un contrôle de l’économie entière par un seul parti centralisé—oh attendez, on a vu ça précisément, lors de l’ère Mac Carthy. Et maintenant… est-ce que cela ne commence pas à sonner comme quelque chose de familier ? Et non seulement les comportements mais aussi les mots sont tombés sous le contrôle : Dimanche Jeffrey Tambor  a rejoint le banc des accusés, sautant par-dessus bord en quittant la série acclamée d’Amazon, «  Transparent » après deux allégations de l’usage de termes lubriques  devant ses assistants et ses partenaires. La tâche de l’ostracisme s’est donc étendue des actes au simple discours.

D’une façon alarmante, le terme tartuffien de «  lubrique » a bénéficié d’une réhabilitation récente parmi les médias, rouage d’un conglomérat géant d’info-divertissement dont les subsides dépendent précisément de la dissémination de masse de la description télévisuelle de cas explicites de «  lubricité »  et de violence sexuelle que leur département des informations déplorent lorsqu’ils sont exhibé dans la vraie vie.

« Lubrique » a eu un certain retentissement lors de la campagne présidentielle quand les journalistes et les têtes pensant les stratégistes pro-Clinton montraient des signes d’horreur quotidiens aux révélations des propos grossiers et des discours de corps de garde du Donald sur Access Hollywood.  Il semble que c’ait été la première fois que ce mot ait bénéficié d’un tel écho depuis le 17ième siècle, depuis Salem et l’Angleterre victorienne. Le bataillon de l’élite anti-lubricité est certainement composé des mêmes membres de la Ivy League qui considéraient Henry Miller comme un génie, non pas en dépit de mais à cause de sa description crue du désir sexuel qui fait paraître les palabres privées de Trump ou les blagues de Tambor plutôt fades et inhibées en comparaison. ( Il n’est pas non plus improbable que ces mêmes personnes considèrent Quentin Tarentino, maître des viles obscénités du langage et de la violence comme un génie du cinéma) L’ensemble du spectacle est encore une fois comique et nauséabond.

Et il semble qu’une énorme partie du monde de l’art et de la littérature, de Pindar à Botticelli, de Shakespeare à Joyce ou à Updike va bientôt tomber également sous le couperet de la politique de la lubricité.  Disons qu’un Professeur d’Anglais à l’université, dans une unité de Transcendantalisme américain se voit assigné le travail sur un poème de Whitman «  I sing the body electric » et lise ce poème à haute voix à ses étudiants, y compris le passage suivant :

 

This is the female form,

A divine nimbus exhales from it from head to foot,

It attracts with fierce undeniable attraction,

I am drawn by its breath as if I were no more than a helpless vapor, all falls aside but myself and it,

Books, art, religion, time, the visible and solid earth, and what was expected of heaven or fear’d of hell, are now consumed,

Mad filaments, ungovernable shoots play out of it, the response likewise ungovernable,

Hair, bosom, hips, bend of legs, negligent falling hands all diffused, mine too diffused,

Ebb stung by the flow and flow stung by the ebb, love-flesh swelling and deliciously aching,

Limitless limpid jets of love hot and enormous, quivering jelly of love, white-blow and delirious juice,

Bridegroom night of love working surely and softly into the prostrate dawn,

Undulating into the willing and yielding day,

Lost in the cleave of the clasping and sweet-flesh’d day.

 

C’est la forme femelle

Un nimbe divin s’en exhale, de la tête au pied.

Elle attire

D’une attraction indéniable et sauvage

Je suis attiré par son haleine, comme si je n’étais qu’une vapeur impuissante, tout s’effondre sauf elle et moi

Livres, art, religion, temps, la terre visible et solide, et ce que l’on attendait des cieux ou de la crainte de l’enfer est maintenant consumé

Des filaments déments, des pousses ingouvernables s’en déroulent, la réponse, tout pareil, ingouvernable

Cheveux, fessier, hanches, courbes des jambes, mains glissant négligemment, tout diffus, moi diffus de même

Reflux piqué par le courant, courant piqué par le reflux, la chair d’amour gonflant et délicieusement douloureuse

Des jets limpides et d’amour sans limite, brûlant et énorme, frémissant gel d’amour, jus choc de blancheur, et délirant

Nuit de noce amoureuse, travaillant sûrement et doucement vers l’aube de la prostate, ondulant dans le jour bienveillant et abandonnique

Perdu dans la fente de l’embrassement et du jour incarné *

Que se passerait-il si une étudiante devait s’effondrer de détresse au son des «Frémissant gels d’amour » puis dénoncer le professeur pour avoir imposé un langage «  lubrique » et perturbant à ses étudiants ? Serait-il trainé devant le Comité éthique ? Se trouver débouté de sa chaire ? Forcé de démissionner ? Vous trouvez cela grotesque ? Alors prenez le temps de consulter le rapport ci-dessous paru dans «  The Atlantic » sur la tendance alarmante à expurger de ses contenus potentiellement érotiques et offensants les grands canons de la littérature occidentale :

Quelque chose d’étrange est en train de se produire dans les universités nord-américaines. Un mouvement se développe, non dirigé mais conduit largement par les étudiants, qui tend à nettoyer les campus de mots et d’idées, de sujets qui puisent entraîner de l’inconfort ou blesser. En décembre,, Jeannie Suk a écrit un article en ligne pour le New Yorker à propos d’étudiants en droit demandant à ses collègues de Harvard de ne pas leur enseigner la législation sur le viol – ou dans cas, de na pas utiliser le mot «  violer » ( comme dans «  violer la loi ») au cas où cela causerait de la détresse chez les étudiants…Un grand nombre de comédiens populaires, dont Chris Rock, a cessé de se produire sur les campus des universités. Jerry Seinfeld et Bill Maher ont publiquement condamné cette hypersensibilité des étudiants, disant que beaucoup trop d’entre eux n’avaient aucun sens de l’humour.

Deux termes sont sortis rapidement de l’obscurité pour incorporer le discours commun des campus. Les Microagressions sont de petites actions ou des choix de mots qui semblent porter sur eux aucune intention maligne  mais qui sont néanmoins considérés comme porteurs d’une forme de violence.  Les avertissements de déclenchement sont des alertes que les professeurs sont supposés émettre lorsque quelque chose dans leur cours est supposé entrainer une forte réponse émotionnelle. Par exemple, quelques étudiants ont demandé un avertissement pour le travail de Chinua Achebe «  Le monde s’effondre » pour la description de violences raciales et pour celui de F. Scott Fitzgerald, «  Gadsby le magnifique »  pour sa misogynie et la description de violences domestiques, de façon à ce que les étudiants ayant été auparavant victimes de violence domestique ou raciste puisse choisir d’éviter l’étude de ces œuvres, dont ils imaginent qu’elles pourraient réveiller les traumatismes passés.

Et ce virus de censure du puritanisme américain a franchi l’Atlantique pour bloquer jusqu’à l’enseignement de Shakespeare – oui, Shakespeare – dans les universités anglaises, comme cela a été développé le mois dernier dans——, The Independent:

Les universitaires critiquent les « avertisseurs de déclenchement » après que des étudiants de l’Université de Cambridge aient été prévenus de «  sujets potentiellement perturbants » dans des pièces de Shakespeare. Les étudiants de premier cycle ont apparemment été avertis  qu’un cours sur «  Titus Andronicus » et « La comédie des erreurs » incluraient  des «  discussions sur la violence sexuelle » et «  les agressions sexuelles ». Selon The Telegraph,  les «  avertisseurs de déclenchement » ont été postés dans les «  Notes de lecture » de la Faculté de Grande Bretagne, qui est un document qui circule parmi les étudiants de l’université. Les universitaires ont exprimé des inquiétudes quant u fait que les universités tentant de protéger les jeunes adultes de certaines questions ne puisse les rendre incapable de faire face à la vie réelle après leur diplôme. Les supportères* des «  avertisseurs de déclenchement » disent qu’ils servent à aider les étudiants qui pourraient être gênés au cas où le texte leur rappelle des expériences personnelles traumatisantes.

Cependant, des critiques comme Mary Beard, Professeure de littérature classique à Cambridge dit que permettre aux étudiants d’éviter d’aborder les épisodes traumatiques de l’histoire ou de la littérature est «  fondamentalement malhonnête ». Beard avait dit auparavant : «  Il nous faut encourager nos étudiants à pouvoir faire face à ça, même quand ils trouvent qu’ils se sentent bizarres ou mis en difficulté pour des tas de bonnes raisons. » David Crilly, directeur artistique du Festival Shakespeare de Cambridge dit : «  Si un étudiant de littérature anglaise ne sait pas qu’il y a des scènes de violence dans Titus Andronicus, il ne devrait pas être dans ce cours. »

Mais les voix raisonnables de Beard ou de Crilly luttent pour une cause noble mais perdue contre les vigiles culturels du politiquement correct, vociférant après le sang de la prochaine idole ayant chuté dans l’expression dévoyée de sa sexualité, dans une réception, un bureau, un lieu de répétition ou un bar. Mais s’il nous est possible de nous éloigner de la Haute cours de l’Inquisition,  pour atteindre le pays des vivants, c’est-à-dire du mortel simplement faillible, tourmenté par le sexe qui en fait forme la race humaine – qui n’a pas vécu des instants angoissés ou comiques, comme prédateur ou comme victime ou les deux à la fois, dans les affres insensées d’un moment de désir ? Et est-ce qu’un soudain accès de convoitise ou de passion justifie pour quiconque une réprimande de masse ou un claquement de langue réprobateur ou des confessions quotidiennes compulsives et des crucifixions médiatiques publiques à l’ère du BW *, sauf pour les plus extrêmes des féministes anti-sexe comme Andréa Dworkin, qui considère toute forme de relation hétérosexuelle comme une forme de viol.  Est-ce qui quiconque à part les puritains réactionnaires penserait à supprimer ou à éviter les livres de Henry Miller ? Ou de D.H Lawrence ? ou même d’Al Goldstein ? Et pourtant même Shakespeare se trouve à l’index du politiquement correct. Au sein des contingents politico-sexuels du début de la seconde vague féministe, il y eut, c’est certain, quelques éviscérations littéraires et quelques incendies culturels mais rien de comparable avec l’actuel pêle-mêle médiatique de lectures d’actes d’accusation pour des crimes contre l’humanité nécessitant des investigations publiques, des tribunaux, des dénonciations, une dévotion discordante de l’establishment libéral aux chasseurs de tête américains démodés et aux puritains ancrés dans la tradition de leurs ancêtres de Salem et du Sud fondamentaliste.

Trahissant une impulsion fondamentalement élitiste d’organisation et de contrôle, les inquisiteurs du politiquement correct reculent instinctivement avec dégoût de la tempête sans régle de la sexualité humaine. La source du désir, le torrent de toute passion et de tout plaisir, l’origine de la vie elle-même- qui parfois assourdi, aveugle et exalte chacun de nous. Avec l’âme d’un comptable et le tempérament d’un manager professionnel, les inquisiteurs du politiquement correct cherchent à confiner  le chaos dionysien d’Eros dans le cadre des restrictions bureaucratiques  des dossiers, des étiquettes et des procédures, comme si une pulsion sexuelle ou une rencontre étaient des transactions bancaires ou des comptes rendus d’audience au tribunal. Ainsi, les néo-libéraux conduisent ce front dans leur guerre incessante contre la nature, y compris les sources déréglées de la nature elle-même : regardez ! le spectacle consternant de ces mortels exsangues et sans joie menant des batailles futiles contre le dieu Eros. Les vigiles ne peuvent gagner cette bataille, bien sûr, mais ils peuvent infliger des dommages inutiles aux réputations, aux carrières, à tout un héritage culturel en renforçant leur bréviaire avec des avertissements de déclenchement, des codes de langage, et des règles d’ordre.

Quelque chose de complétement étrange est à l’œuvre ici – une ire autoritarienne mal avisée  sur les ratés spasmodiques de la comédie humaine combinée à un effondrement primal d’une classe dominante assiégée et de plus en plus désespérée et des clignotements de son hypocrisie sexuelle bien connue. C’est une panique morale qui est, ironiquement, immorale en son cœur, répressive et sécessionniste, une orgie de politique  identitaire animée par des énergies morales mal dirigées qui nourrissent une conformité frileuse de mots et de comportements et, ce faisant, entame les facultés critiques et l’indépendance nécessaires pour provoquer le status quo que les moniteurs du politiquement correct prétendent abhorrer. En réalité, leurs discours et leurs codes de conduite génère un esprit d’enrégimentassions plutôt que de rébellion, consolidant ainsi   le pouvoir de l’élite répressive, celle qui conduit la race humaine vers un désastre social, économique et écologique.

Il ne s’agit donc pas seulement de panique morale, mais d’une bizarre inversion de valeurs dans laquelle Bill Clinton meut assassiner 500.000 enfants irakiens, jeter des millions de femmes et d’enfants pauvres dans l’assistanat et énoncer les règles globales du commerce transnational avec le NAFTA mais n’ être révoqué ou stigmatisé pour aucune de ces atrocités mais pour une pipe taillée dans son bureau, dans laquelle Hillary Clinton peut prendre la tête de la  destruction de la Libye réduisant ce pays à une bauge primitive et non seulement n‘est pas  virée ou ostracisée mais récompensée par les Démocrates avec la nomination à la présidentielle et louée par les féministes de l’entreprise comme une championne de « l’inclusivité », dans laquelle Barack Obama appuie une réforme du système de protection de la santé frauduleuse, qui laisse 27  millions de personnes sans couverture  et d’autres millions avec des primes et des déductibilités qui rendent leur «  couverture » tout sauf utilisable, tout en condamnant des dizaines de milliers d’individus à mort chaque année parce qu’ils ne peuvent se permettre des soins médicaux au bon moment, et en lâchant 13. 050 kilos de bombes pour la seule année 2016, et il n’est cependant non seulement pas honni et couvert d’abomination en tant qu’escroc mais adulé comme une icône de la gouvernance éclairée dans laquelle l’entière élite dirigeante et ses associé des médias corporatistes sont sans cesse en train de sous-estimer- ou d’à peine mentionner- la gravit » du changement climatique qui pourrait tout bonnement signer la fin de l’espèce humaine dans une centaine d’années mais qui ne suscite pas d’ombrage inspiré ou de cris d’indignation de la part de quiconque dans ce cercle élitiste ou chez leurs acolytes face à cette urgence planétaire sans précédent.

C’est pourquoi les hématomes sur les ego longtemps enterrés, fraîchement venus au monde de la foule des privilégiés politiques  éclipse les meutres de masse, les écocides sur la courbe des outrages des fauseurs d’opinion de ce pays. La même cohorte solennelle – principalement blanche et issue de la classe moyenne, nombre d’entre eux, ardents partisans de McResistance DNC (ou, dans le cas de Leean Tweeden, l’accusatrice du roulage de patin , des conservateurs qui ont voté deux fois  pour George W. Bush)— est si facilement choquée presque jusqu’à l’apoplexie sur un vilain geste de la main ou de la langue et ignore pourtant discrètement ou ouvertement se réjouit de crimes hors-pair contre l’humanité : des guerres débilitantes sans fin contre des ennemis sans nom à l’étranger, de la corruption toxique de mercenaires et l’annihilation de la démocratie, des inégalités politiques et sociales de plus en plus choquantes. (les 1% du sommet de la population possède maintenant la moitié de la richesse mondiale), et des écocides omniprésents- commis et encouragés en toute impunité par les héros culturels des brigades du politiquement correct comme les Clinton et les Obama et leurs cohortes médiatiques et dans l’ élite politico-corporatistes.

Donc oui, poursuivez les violeurs et les pédophiles et laissez les souffrir en prison. Mais vous me pardonnerez si je reste distant par rapport aux cavalcades outragées sur la langue entêtée de Franken ou même les vannes juvéniles de la fraternité* de Trump quand le monde chancèle au bord du vide. L’échelle des valeurs de l’élite libérale et les questions qui nourrissent et épuisent leur capacité à l’outrage frôlent la démence morale. Leurs «  valeurs » tant vantées nous conduisent non vers la vertu ou vers le renouveau spirituel mais vers la moralisation nauséeuse de gardiens de la maison charnelle- vers les abysses.

William Kaufman est un écrivain et un éditeur qui vit à New York City, il peut être joint à  kman484@earthlink.net.

  • Traduction personnelle du poème de Whitman «  Je chante le corps électrique »
  • Frat ; pour Fraternité, clubs attachés aux universités aux USA
  • BW : réaction de Bordet-Wasserman, test sérologique permettant de dépister la syphilis
  • Supportère(s) : choix personnel de francisation d’un substantif passé dans la langue