AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Opacité financière

Néo-libéralisme : l’idéologie à la base de tous nos problèmes Georges Monbiot

Avant de prendre connaissance de ce très bon article de G. Monbiot sur l’histoire du néo-libéralisme et sur ses caractéristiques, il semble intéressant de présenter cette citation de Carl Sagan dans le Counterpunch du 12.08.

En effet, la plupart des idéologies qui ont eu à ordonner la vie sociale, politique et culturelle de pays entiers sur des durées plus ou moins longues ont toujours affiché avec ostentation leur identité, leurs critères de réussite collective ou individuelle et mis en place, sur un mode coercitif quand c’était nécessaire et adapter les critères d’une idéologie à la réalité rend la coercition et la répression toujours nécessaires, les étapes et les cadres devant amener le peuple à se plier dans l’enthousiasme et pour son bien. 

Une des caractéristiques du néo-libéralisme est qu’il n’avance que masqué et, après s’être abreuvé des travaux de Edward Bernays, a mis au point une méthode vouée au succès presque absolu, ne pas avoir à s’imposer de l’extérieur mais devenir partie prenante, essence même de la vie, des valeurs et même, plus grave, des modes de penser les réalités et les identités individuelles et collectives des sociétés auxquelles il s’impose.

. ” S’imposer ” n’est pas le terme puisque dans ce lent mais radical mouvement vers l’individu et son bonheur comme régles propagandiques fondamentales du consumérisme qui est son combustible  rien ne semble faire pression Le mimétisme, mis en avant par René Girard,  en tant que dynamique constituant le social,  fonctionnant sans coup férir dans un monde où l’autre en miroir est sans cesse visible et évaluable et où le neuro-marketing s’occupe de joindre au flux nos plus fervents désirs d’aliénation.

C’est par choix et en prônant une des valeurs essentielles du néo-libéralisme, la liberté, que s’organise le mouvement sans fin du capitalisme dans sa forme contemporaine, la plus raffinée technologiquement et médiatiquement et la plus sauvage humainement et socialement. 

Carl Sagan fait ici référence à l’Amérique et observe sa lente décomposition intellectuelle mais il pourrait, devrait ici, sortir du spectre national pour mettre en lumière les mêmes effets, dus au système idéologique et fonctionnant en vortex, de la totale soumission des USA aux valeurs de dérégulation du néo-libéralisme, à la fois miroir et leader d’un fonctionnement qui s’est auto-proclamé ” global ” , sur l’ensemble de la planète et qui a donné à l’économique l’indépendance et le pouvoir en repoussant le politique  vers le rôle de factotum des fantasmes du marché. EG

Carl Sagan: ” J’ai eu la vision de l’Amérique au temps de mes enfants et petits-enfants, quand les USA sont devenus une économie de service et d’information, quand presque toutes les usines-clefs sont parties vers de nouveaux pays, quand des pouvoirs technologiques incroyables sont entre les mains de quelques individus et que personne représentant l’intérêt public ne peut même envisager les problématiques, quand les gens ont perdu la capacité à organiser leurs propres agendas ou à questionner de manière compétente les détenteurs de l’autorité, quand, étreignant nos boules de cristal et consultant nerveusement nos horoscopes, nos facultés critiques déclinent, incapables de distinguer entre ce qui est agréable et ce qui est vrai, nous glissons, sans presque nous en apercevoir vers la superstition et l’obscurantisme. L’abrutissement de l’Amérique est le plus palpable dans la lente perte de tout contenu consistant dans des médias à l’influence énorme : Les petites phrases de 30 secondes, maintenant réduite à 10 ou moins, les programmes au dénominateur commun le plus bas, les présentations crédules, la pseudoscience et la superstition, mais tout spécialement une sorte de célébration de l’ignorance.”
” I have a foreboding of an America in my children’s or grandchildren’s time–when the United States is a service and information economy; when nearly all the key manufacturing industries have slipped away to other countries; when awesome technological powers are in the hands of a very few, and no one representing the public interest can even grasp the issues; when the people have lost the ability to set their own agendas or knowledgeably question those in authority; when, clutching our crystals and nervously consulting our horoscopes, our critical faculties in decline, unable to distinguish between what feels good and what’s true, we slide, almost without noticing back into superstition and darkness. The dumbing down of America is most evident in the slow decay of substantive content in the enormously influential media, the 30-second sound bites (now down to 10 seconds or less), lowest common denominator programming, credulous presentations on pseudoscience and superstition, but especially a kind of celebration of ignorance.”

Citation du jour dans la revue Counter Punch

 

 

Néolibéralisme– l’idéologie à la base de tous nos problèmes.

Faillites financières, désastres environnementaux, et même la montée de Donald Trump – le néolibéralisme a joué un rôle dans chacun d’eux. Pourquoi la Gauche a-t-elle échoué dans la proposition d’une alternative ?

2304 ‘Pas d’alternative ( le “ TINA”) Ronald Reagan et Margaret Tatcher à la Maison blanche

. Photograph: Rex Features

George Monbiot

@GeorgeMonbiot

 

Imaginez si les gens en Union soviétique n’avaient jamais entendu parler du communisme. L’idéologie qui domine nos vies a, pour la plupart d’entre nous, aucun nom. Mentionner la dans une conversation et vous serez récompensé par un haussement d’épaules. Même si vos interlocuteurs ont entendu ce terme auparavant, ils vont lutter pour le définir.  Le Néo-libéralisme, savez-vous ce que c’est ?

Son anonymat est à la fois le symptôme et la cause de son pouvoir. Il a joué un rôle majeur dans une remarquable variété de crises. Le  crack financier de 2007.2008,   le mouvement offshore de la richesse et du pouvoir, dont l’affaire des Panama Papers ne nous offre qu’un aperçu, le lent effondrement de la santé publique et de l’éducation, la pauvreté infantile résurgente, l’épidémie de solitude, l’effondrement des éco-systèmes, la montée de  Donald Trump. Mais nous répondons à ces crises comme si elles émergeaient isolément, apparemment ignorants du fait qu’elles ont toutes été ou catalysées ou exacerbées par la même cohérence philosophique. Une philosophie qui a- ou avait- un nom. A part celui-ci, quel plus grand pouvoir peut-il opérer sans nom ?

L’inégalité est requalifiée de vertueuse. Le Marché assure que chacun ait ce qu’ il mérite.

Le Néo-libéralisme est devenu si pénétrant que nous le reconnaissons à peine comme une idéologie. Il semble que nous acceptions la proposition selon laquelle cet idéalisme, cette foi millénariste décrit une force neutre, une sorte de loi biologique, comme celle de l’évolution de la théorie darwinienne. Mais cette philosophie a vu le jour dans une tentative consciente de  réorganiser la vie humaine et de faire se déplacer les termes du pouvoir.

Le Néo-libéralisme voit la compétition comme l’élément le plus caractéristique des relations humaines.

Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les choix démocratiques sont exercés au mieux en vendant et en achetant, un processus qui gratifie le mérite et punit l’inefficacité.

Il maintient que le «  marché » délivre des bénéfices qui ne pourraient jamais être atteint par la planification.

Les tentatives de limiter la compétition sont traitées comme antinomiques à la liberté. Les impôts et la régulation doivent être réduits au minimum, les services publics doivent être privatisés. L’organisation du travail et les négociations par les  . syndicats sont décrits comme des distorsions du marché qui empêchent la formation d’une hiérarchie naturelle de gagnants et de perdants. L’inégalité est redéfinie comme vertueuse : une récompense de l’utilité et un générateur de richesse, qui retombe sur tous afin de les enrichir. Les efforts pour créer une société plus égalitaire sont à la fois contre-productifs et moralement corrosifs. Le Marché assure que tous ait ce qu’il mérite.

Nous avons internalisé et nous reproduisons son Credo. its creeds. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse grace à leur mérite, ignor    ant les avantages – comme l’éducation, les héritages, ou la classe sociale d’appartenance, qui peuvent les avoir aidé à la créer. Le pauvre commence par se blamer lui-même à cause de ses échecs, meme lorsqu’ils ne peuvent rien faire pour changer le context des circonstances.

Le chômage structurel n’a pas d’importance : si ils n’ont pas d’emploi c’est parce qu’ils ne sont pas assez entreprenants. Le coût impossible du logement n’a pas d’importance : si votre carte de crédit est épongée, c’est parce que vous êtes incapable et dépensier. Le fait que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu n’a pas d’importance : s’ils deviennent obèses, c’est votre problème. Dans un monde gouverné par la compétition, ce qui tombent en marche se font définir et se définissent eux-mêmes comme des perdants.

Parmi les résultats, comme as Paul Verhaeghe le note dans son livre What About Me? On trouve des épidémies d’automutilation, des troubles de l’alimentation, de la dépression, de la solitude, l’anxiété des performances et de la phobie sociale. Il n’est peut-être pas surprenant que la Grande-Bretagne, dans laquelle l’idéologie néo-libérale a été appliquée le plus rigoureusement soit la capitale européenne de la solitude.  Nous sommes devenus néo-libéraux maintenant

Le terme de “ néo-libéralisme” fût introduit lors d’un meeting à Paris en 1938. Parmi les délégués, on trouvait deux hommes qui définiront cette idéologie, Ludwig Von Mises and Friedrich Hayek. Tous deux exilés d’Autriche, ils voyaient la social-démocratie, incarnée par le New Deal de Franklin Roosevelt et le développement progressif de l’état-providence en Grande Bretagne comme des manifestations du collectivisme qui occupait le même spectre que le Nazisme ou le Communisme.

Dans son livre « La route vers la servitude » The Road to Serfdom, publié en 1944, Hayek argument que la planification gouvernementale, en écrasant l’individu, mènerait inexorablement à un contrôle totalitaire. Comme l’ouvrage de Mises, « Bureaucratie », « La route vers la servitude » fut largement lu. Il fut remarqué par certaines personnes très riches, qui virent dans cette philosophie une opportunité pour eux de se libérer des régulations et des taxes. Quand, en 1947, Hayek fonda sa propre organisation qui allait répandre la doctrine du néo-libéralisme la Société du Mont-Pélerin  – il fût supporté financièrement par des millionnaires et par leurs fondations.

Avec leur aide, il commença à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans son livre “ Les maîtres de l’univers”, Masters of the Universe comme “ une sorte d’Internationale néolibérale” : un réseau international d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et d’activistes. Les soutiens fortunés du mouvement fondèrent une  série de groupes de recherche  qui raffinèrent et assurèrent la promotion de l’idéologie. Parmi eux, l’American Enterprise Institutel’ Heritage Foundationle Cato Institutel’ Institute of Economic Affairsle Centre for Policy Studies et l’  Adam Smith Institute. Ils financèrent également des positions académiques et des départements, particulièrement dans les Universités de Chicago et de Virginie.

En évoluant, le néo-libéralisme devint plus véhément. La vision d’Hayek selon laquelle le gouvernement devrait réguler la compétition afin d’éviter la création de monopoles fût remplacée – parmi des apôtres américains comme  Milton Friedman – par la croyance que le pouvoir des monopoles pouvait être considéré comme une récompense pour l’efficacité.

Quelque chose d’autre se produisit pendant la transition : le mouvement perdit son nom. En 1951, Friedman était content de se décrire lui-même comme un néo-libéral . Mais peu de temps après, le terme commença à disparaître. Encore plus étonnant, même lorsque l’idéologie devint plus Claire et le mouvement plus cohérent, l’appellation perdue ne fut remplacée par aucune alternative commune.

Tout d’abord, malgré son financement gigantesque, le néo-libéralisme resta dans la marge. Le consensus d’après-guerre était universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et la libération de la pauvreté étaient des buts communs aux USA et dans l’Europe de l’ouest, les taux d’imposition étaient élevés et les gouvernements cherchaient les issues sociales sans embarras, développant de nouveaux services publiques et des réseaux de sécurité.

Mais en 1975 quand les politiques keynésiennes commencèrent à s’effondrer et que la crise économique frappe des deux côtés de l’Atlantique, les idées néolibérales commencèrent à pénétrer les médias grand public. Comme le remarqua Friedman  quand le moment vint pour le changement, il y avait là une alternative toute prête. Avec l’aide de journalistes sympathisants  et de conseillers politiques, des éléments du néo-libéralisme furent adoptés, spécialement en ce qui concerne la politique monétaire, par l’administration Carter aux USA et par le gouvernement de Jim Callaghan en Grande Bretagne.

Après la prise de pouvoir de Margaret Tatcher et de Ronald Reagan, le reste du colis suivit rapidement : des baisses d’impôt massives pour les riches, l’écrasement des syndicats, la dérégulation, les privatisations, la sous-traitance et la compétition dans les services publics. A travers l’IMF, la Banque mondiale, le Traité de Maastricht et la World Trade Organisation, les politiques néolibérales furent imposées – souvent sans l’approbation démocratique – presque partout dans le monde. Plus étonnant encore leurs adoptions par des partis qui se disaient auparavant «  de gauche » : le Labour party ou les Démocrates par exemple. Comme le note Stedman Jones : «  Il est difficile d’imaginer une autre utopie aussi pleinenemt réalisée. »

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Il peut sembler étrange qu’une doctrine promettant le choix et la liberté ait été promue avec le slogan «  Il n’y a pas d’alternative »  mais comme Hayek le remarquait lors d’une visite à Pinochet au Chili – une des premières nations à avoir appliqué le programme dans sa totalité- « Mon choix personnel penche vers une dictature libérale plutôt que vers un gouvernement démocratique dévoué au libéralisme. » La liberté qu’offre le néolibéralisme, qui semble si séduisante quand elle est évoquée en termes généraux, se révèle être la liberté des prédateurs, pas du menu fretin.

L’indépendance à l’égard des syndicats et de la négociation peut permettre de supprimer les salaries. L’indépendance à l’égard de la régulation signifie la liberté d’empoisonner les rivières,  de mettre en danger les travailleurs, d’imposer des taux des taux d’intérêt injustes et de mettre au point des instruments de finacement exotiques. La liberté face à l’impôt signifie la liberté dans la distribution des richesses qui peuvent extraire les peuples de la pauvreté.

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Naomi Klein l’écrit dans La doctrine du choc ,  les néolibéraux ont defendu l’usage des crises afin d’imposer des lois impopulaires pendant que les populations étaient distraites : par exemple dans l’après-coup du coup d’état de Pinochet, la guerre en Irak ou l’ouragan Katrina que Friedman décrit comme «  une opportunité pour réformer radicalement le système éducatif » en Nouvelle Orléans

Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposes nationalement, elles le sont au niveau international, à travers les traits commerciaux incorporant le « investor-state dispute settlement »: des tribunaux offshores dans lesquels les corporations peuvent faire pression pour le détournement des lois de protection environnementale ou sociale. Lorsque le Parlement a voté pour restreindre la vente de cigarettes, protéger la qualité de l’eau contre les compagnies minières, geler des lois sur l’énergie ou prévenir contre les arnaques des firmes pharmaceutiques envers l’état, les compagnies l’ont poursuivi, souvent avec succès.

Le Néo-libéralisme n’ pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu.

Un des autres paradoxes du néo-libéralisme est que la compétition universelle s’appuie sur une quantification et une comparaison universelle. Le résultat est que les travailleurs, les chercheurs d’emploi et les services publics sont sujets à un régime étouffant  et chicanier de vérifications et de guidance, supposé identifier les gagnants et punir les perdants. La doctrine que Von  Mises proposait devait nous libérer du cauchemar bureaucratique de la planification centralisée en a, à sa place, créé une autre.

Le néo-libéralisme n’a pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu. La croissance économique a été remarquablement plus lente dans l’ère néolibérale (depuis 1980 en grande Bretagne et aux US) qu’elle l’avait été dans les décennies précédentes. L’inégalité dans la distribution des richesses et des revenus, après soixante années de déclin, a crû rapidement sur cette période, à cause de l’écrasement des syndicats, des réductions d’impôts, de l’augmentation des loyers, de la privatisation et de la dérégulation.

La privatisation et la mise sur le marché des services publics comme l’énergie, l’eau, les trains,  la santé, l’éducation les routes et les prisons ont permis aux firmes privées d’installer des postes de péage face de biens essentiels et d’en faire payer les locations ou bien aux citoyens ou au gouvernement, pour leur usage.  La location est une autre face des rentes. Quand vous payez un prix gonflé pour un ticket de train, seulement une partie compense l’opérateur pour l’argent dépensé en carburant, salaries, le matériel roulant et autre. Le reste reflète uniquement le fait  qu’ils vous ont à leur merci.

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Au Mexique,  Carlos Slim s’est vu attribuer le contrôle de presque tous les services téléphoniques et il devint bientôt un des hommes les plus riches de la planète.. Photograph: Henry Romero/Reuters

Ceux qui possèdent les services privatisés ou semi-privatisés font des fortunes gigantesques en investissant peu et en chargeant un maximum. En Russie et aux Indes, les oligarques ont acquis des organismes d’états qui étaient bradés et pratiquement toutes les lignes terrestres et les services de téléphonie mobile passèrent sous le contrôle de Carlos Slim qui devint un des hommes les plus riches au monde.

La financialisation comme  Andrew Sayer le note dans : Why We Can’t Afford the Rich, (Pourquoi ne peut-on pas s’offrir les riches ?) a eu un impact similaire. « Comme les loyers, dit-il, les intérêts sont un revenu non gagné qui augmente sans aucun effort. » Comme les pauvres s’appauvrissent et le riches s’enrichissent, les riches acquièrent un contrôle accru sur un des points essentiels : l’argent. Les taux d’intérêt, d’une façon majeure, sont un transfert d’argent des pauvres vers les riches. Comme les prix du foncier et le retrait des fonds d’état criblent les gens de dettes  (pensez aux basculement des bourses pour étudiants aux prêts pour étudiants), les banques et leur exécutif font le ménage.

Sayer prétend que les quatre dernières décennies ont été caractérisées par le transfert de richesse pas seulement des pauvres vers les riches mais aussi au sein des riches eux-mêmes : de ceux qui faisaient de l’argent en produisant de nouveaux biens de consommation ou de nouveaux services à ceux qui ont construit leurs fortunes en contrôlant les biens existant et en accumulant les fonds, les intérêts et les capitaux. Les revenus gagnés ont été supplantés par les revenus non gagnés.

Les politiques néolibérales sont partout, assaillies par les échecs du marché. Non seulement les banques sont-elles «  trop grosses pour échouer » mais les corporations le sont aussi qui ont à charge de délivrer des services publics. Comme le remarque Tony Judt dans  Ill Fares the Land, Hayek a oublié que les services nationaux vitaux ne peuvent pas être autorisés à s’effondrer, ce qui signifie que la compétition ne peut s’y exprimer. Le business ramasse les profits, l’état prend les risques.

Plus l’échec est massif, plus l’idéologie s’extrémise. Les gouvernements utilisent les crises néolibérales à la fois comme excuse et comme opportunité pour les baisses d’impôts, la privatisation de des services publics restants, la création de trous dans le filet de la protection sociale, la dérégulation des entreprises et la re-régulations des citoyens. L’état qui se hait lui-même plonge maintenant ses dents dans chaque organe du service public.

Il est probable que le pire impact du néolibéralisme ne soit pas l’état de crise économique qu’il a généré mais l’état de crise politique. Au fur et à mesure que se réduit le camp de l’état, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se contracte également.  A sa place, la théorie néolibérale affirme que le choix des individus peut s’exercer à travers leurs dépenses. Mais certains ont plus à dépenser que d’autres : dans la démocratie de la grande consommation ou de l’actionnariat, les votes ne sont pas distribués égalitairement. Le résultat est une déresponsabilisation des classes pauvres et de la classe moyenne. Et comme les partis de droite comme ceux de  l’ancienne gauche  adoptent des politiques néolibérales identiques, la déresponsabilisation se transforme en suppression du droit de vote. Un grand nombre de personne ont été balayés de la vie politique.

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Slogans, symboles et sensation … Donald Trump. Photograph: Aaron Josefczyk/Reuters

Chris Heges remarque que “ les mouvements fascists construisent leur base non sur les politiquement actifs mais sur les politiquement inactifs, les “ perdants” qui sntent, souvent à raison, qu’ils n’ont pas de voix ou de rôle à jouer dans le jeu politique.” Quand le débat politique ne s’adresse plus à eux, les gens deviennent réactifs à sa place aux slogans, aux symboles et aux sensations. Pour les admirateurs de Trump par exemple, les faits et les arguments paraissent sans intérêt.

Judt explique que l’épais réseau d’interactions entre les citoyens et l’état a été réduit à rien sauf à de l’autorité et de l’obéissance, les deux seules forces qui nous lient au pouvoir central. Le totalitarisme que craignait Hayek est suppose apparaître qund les gouvernments, ayant perdu toute autorité morale qui provident de l’organisation des servces publics sont réduits à “cajoler, menacer et finalement forcer les citoyens à leur obéir “.

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Comme le communisme, le néo-libéralisme est un dieu qui a échoué. Mais la doctrine zombie continue de tituber, et une des raisons e nest son anonymat. Ou plutôt, son ensemble d’anonymats.

La main de la doctrine invisible est bougée par des appuis invisibles. Lentement, très lentement, nous avons commence à découvrir les noms de quelques-uns d’entre eux. Nous avons trouvé que l’ Institute of Economic Affairs, qui a abondamment argumenté dans les medias contre la régulation de l’industrie du tabac a été secrétement financé par la British American Tobacco depuis 1963. Nous avons découvert que  Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches de la planète, ont finacé l’institut qui a donné naissance au au mouvement du Tea Party . Nous avons découvert que Charles Koch, en créant l’un de ses groups de réflexion,  establishing one of his thinktanks, a noté que “de façon à éviter des critiques indésirables, la façon don’t le gropue est contrôlé et ditrigé ne doit pas faire l’objet d’une large information.”

Avant les nouveaux riches étaient dépréciés par ceux qui avaient hérité de leur fortune. Aujourd’hui, la relation s’est inversée.

Les mots utilisés par le néo-libéralisme dissimulent plus qu’ils n’élucident. “ Le marché “ semblent un système naturel qui pèse sur nous à égalité, comme la gravité ou la pression atmosphérique.  Mais il est tendu de relations de pouvoir. Ce que “ veut le marché “ tend à signifier ce que les entreprises et leur patrons veulent.  “L’investissement “ comme le note Sayer, signifie deux chosen complètement différentes. L’une est le financement d’activités socialement utiles, et productives, l’autre est la recherche d’avantages à faire fructifier par le prêt, les intérêts, les dividends et l’accroissement du capital. Utiliser le même mot pour différentes activités “ camoufle les sources de la richesse”, menant à la confusion entre l’extraction de richesse et la crcréation de richesse.

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient déconsidérés par ceux qui héritaient de leur argent. Les entrepreneurs cherchaient la reconnaissance sociale en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui la relation s’est inverse : les rentiers et les héritiers se décrivent eux-mêmes comme des entrepreneurs. Ils affirment avoir gagné les revenus dont ils ont hérité

Ces non-dits et ces confusions sont de maille avec l’anonymat et l’absence de residence du capitalism modern : le modèle de la franchise  qui assure que les salariés ignorent pour qui ils travaillent ; les compagnies enregistrées dans des filets de statuts secrets offshore si complexes que même la police ne peut pas en découvrir les bénéficiaires, les arrangements contribuables qui embobinent les gouvernements, les produits financiers que personne ne comprend.

L’anonymat du néo-libéralisme est férocement gardé. Ceux qui sont influences par Hayeck, Mises et Friedman tendent à rejeter le terme, maintenant, avec raison, qu’il n’est utilisé aujourd’hui uniquement péjorativement . Mais ils ne nous offrent aucune alternative. Certains se décrivent comme des libéraux classiques ou des libertaires, mais ces descriptions sont toutes les deux source d’erreur et d’auto-effacement car ells suggérent que rien ne s’est passé avec “ La route vers la servitude”,La bureaucratie”, ou dans le travail classique de Friedman, “Capitalisme et liberté.”

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Pour tout cela, il y a quelque chose d’admirable dans le projet néo-libéral, du moins dans les premiers temps. C’était une philosophie disteincte, innovane promue par un réseaucohérent de penseurs et d’activistes avec un plan d’action clair. C’était un movement patient et persistant. La Route vers la servitude devint une route vers le pouvoir;

 

Le triomphe du néo-libéralisme reflate aussi l’échec de la gauche. Quand le laisssez-faire économique a conduit à la catastrophe de 1929, KeynesNeoliberalism’s triumph also reflects the failure of the left. When laissez-faire economics led to catastrophe in 1929, Keynes a fourni une modèle économique complet pour le remplacer. Quand le modèle keynésien exigeant du management s’est heurté aux regulations dans les années 70, il ya avait une alternative prête. Mais qund le néo-libéralisme s’est effondré en 2008, il n’y avait… rien. C’est pourquoi les zombies marchent. La gauche et le centre n’ont produit aucun cadre general de pesnée économique dans les 80 dernières années.

Chaque évocation de Lord Keynes est une aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du 21ième siècle c’est ignorer trois problèmes évidents :  Il est difficile de mobiliser les gens sur des idées anciennes,, les défauts exposés dans les années 70 n’ont pas disparu et d’une façon plus importante, eelles n’ont rien à proposer à propos de la donnée la plus grave, la crise environnementale. Le Keynésianisme fonctionne en stimulant la demande du consommateur afin de promouvoir la croissance économique. La demande du consommateur et la croissance économque sont les moteurs de la desctruction environnementale.

Ce que les histoires du Keysianisme et du néo-libéralisme montrent est qu’il est insuffisant de sopposer à un système cases. Une alternative cohérente doit être propose. Pour les partis travaillistes, les Démocrates et la gauche étendue, la tâche centrale devrait être de developer un programme économique Appollo, modelé sur les emandes du 21ième siècle.

 

  • George Monbiot How Did We Get into This Mess?Est publié ce mois-ci chez Verso.s published this month by Verso. bookshop.theguardian.com

Nous ne pouvons que conseiller le travail d’ARTE ” Capitalisme “ en 6 moments qui replace la doctrine dans son contexte historique.

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

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La civilisation de Davos

Cette traduction d’un article d’Alternet vient au moment où le Club de Davos célèbre sa grande messe annuelle et détermine ce qu’il adviendra de ses montagnes de richesse et des masses qui les leur créent. Elle sera suivie par une analyse plus longue mais beaucoup plus approfondie  de Global Justice qui met à jour les rouages des fondations caritatives qui maintiennent à coup de milliards l’illusion que ce système peut panser les plaies qu’il génère. C’est une des positions du libéralisme depuis son origine, les maux que le capitalisme engendre sont, sous couvert de religiosité, de bonne conscience ou de simple désir de notoriété, évacués dans leurs conséquences par des outils financiers qui nient leurs causes. L’article qui suit est, à nos yeux, un peu sommaire dans ses analyses et ne fait que développer superficiellement des arguments qui sont de l’ordre de la conscience populaire de base alors que ce qui manque à cette conscience sont les outils d’un savoir précis sur ce qui la manipule avec le cynisme que l’on constate chaque jour. Il a l’avantage de nous remettre au goût du jour les fêtes qui se déroulent sur notre dos et le système idéologique morbide qui les organise. Il a l’avantage de nous rappeller que nous sommes, complètement, sans rémission autre que ce qu’on imagine être une nouvelle révolution, soumis à la civilisation de Davos. EG

 

The Davos Club: Meet the people who gave us a world in which 62 people own as much as 3.8 billions.

Le Club de Davos : Rencontrez les individus qui nous ont donné le monde dans lequel 62 personnes possèdent autant que 3.6 milliards.

Ceux de Davos parlent de la pauvreté et engagent des fonds dans le caritatif. Mais pour eux, c’est de la petite monnaie.

Par Vijay Prashad / AlterNet

Le 21 Janvier 2016

 

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Les élites mondiales se rencontrent en Suisse, dans la ville  perdue de Davos chaque année pour le Forum de l’économie mondiale [World Economic Forum]. Le conclave a commence en 1971 mais il est devenu une destination essentielle dans les années 90. Quand la globalisation est devenue le concept phare, Davos est devenu son siège.  Le monde des affaires, le monde politique et médiatique se rencontrent, échangent leurs cartes  puis s’en vont, mieux connectés  les uns aux autres. Des affaires sont parfois faites, mais plus que toute autre chose c’est l’harmonie au sein de l’élite mondiale qui est établie. C’est à ça que le Sommet de Davos sert, à créer une civilisation de Davos à l’usage des individus importants de la planète. Chaque année, avant le sommet, Oxfam International publie un rapport sur la richesse mondiale. Celui de cette année a mis à jour quelques nouvelles choquantes.  En 2010, 388 individus possédaient autant de richesse que celle de la moitié de la population mondiale, c’est à dire à peu près 3.6 milliards d’individus. L’obscénité alors a semblé dramatique. L’année dernière, ce nombre a chuté à 80 individus possédant autant que 3.6 milliards. Cela commençait vraiment à faire trop. Les  données de cette année sont encore plus  choquantes. Seulement 62 personnes possèdent autant que les 3.6 milliards. 62 !! L’inégalité a fait une marche en avant régulière.  Il est tout à fait possible que ces mêmes 62personnes ou leurs représentants soient présentes à Davos. Elles sont au cœur de la civilisation de Davos. Les bouchons de champagne vont sauter, le caviar couler sur le sol, les riches ont de quoi fêter. Même le ralentissement de la Chine ne les ralentira pas. Les 62 font  autant d’argent dans le marché baissier que dans le marché haussier. De quoi les 62 vont-ils s’entretenir à Davos ? Le thème de cette année est “comment maîtriser la  quatrième révolution industrielle. “ La première révolution industrielle est considérée comme le changement de la puissance humaine à la puissance mécanique au début du 19ième siècle. A la fin du 19ième siècle, la science a été tenue par l’industrie de produire la technologie, ou la seconde révolution industrielle. Dans le milieu du 20ième siècle, les ordinateurs ont fait leur apparition et ont ouvert la révolution digitale ou troisième révolution industrielle. La quatrième concerne la  robotisation et la mécanisation – le remplacement de l’homme par la machine.  Les 62 veulent anticiper cette révolution. La banque Suisse UBS a fait une étude sur l’impact  économique de cette quatrième révolution industrielle. Elle l’a publié juste avant l’ouverture de Davos. Le rapport suggère que ceux qui sont déjà riches et sont possédants vont vraisemblablement tirer parti de cette quatrième révolution. Ils vont : “ bénéficier du fait de posséder lesbiens dot la valeur sera augmentée par la quatrième révolution. “ écrivent les analystes de UBS. La tendance à la mécanisation va donc accroître l’inégalité, pas la diminuer. Ce thème-là a été du sucre dans la tasse des 62. Ils vont s’enrichir. Les pauvres vont s’appauvrir. C’est ce que les analystes des riches disent. T

Le people de Davos parlent de la pauvreté et offrent de l’argent aux organismes caritatifs. Mais ce n’est que de la petite monnaie qui reste là à traîner sur leur table de nuit. Les discours sur la pauvreté permettent simplement aux riches de se sentir moins mal à l’aise sur leur moralité si trempée. Ils font la grève des impôts. Ils refusent de mettre entre les mains de l’état leur part de richesse afin de mener à bien des programmes d’aide sociale.  C’est un anathème. L’horizon de leur progrès social est leur charité misérable, qui bien sûr n’est pas entièrement charitable : le chèque va avec  un gros poteau indicateur qui dit au monde que c’est eux qui ont donné cet argent. Les pauvres inquiètent les 62. Si vous créez un monde où l’essentiel de la population vit  dans des conditions catastrophiques, il ne va pas être heureux et pourrait même se mettre en colère. S’ils se mettent en colère, ils peuvent se rebeller et devenir difficiles à contrôler. Quand les ghettos se lèvent que font les riches ? La charité ne va pas contenir ces soulèvements. Ce qui est la raison pour laquelle les riches investissent dans des communautés-enclaves et dans la sécurité qui les protège, tout comme dans la sécurité qui enferme des pays entiers qui vivent dans les ceintures de pauvreté. Ce qui est la raison qui fait de l’US department of Defense un des plus gros employeurs au monde avec 3.2 millions de personnes travaillant pour lui. Ce n’est pas non plus étonnant que le troisième employeur mondial soit la firme de sécurité G4S. Elle suit Wallmar et Foxxconn. Foxconn utilise le travaille chinois pour faire des produits bon marché qui sont vendus à des consommateurs américains endettés à Walmart. Si il y a le moindre mouvement dans les travailleurs ou dans les consommateurs endettés, G4S arrive pour les calmer ou pour mettre quelqu’un en prison. G4S s’étend comme un feu de brousse.  Qu’est ce que la crise des réfugiés à l’ouest sinon la crise de la civilisation de Davos ?  Quand vous ne laissez pas les gens construire des vies protégées et productives sur leur propre sol, ils s’enfuient ailleurs. Ils vont venir dans vos maisons et demander à vivre comme vous. Mais ce qu’ils découvrent c’est que même à l’Ouest, il y a des îles d’abondance et de vastes océans de misère. Les réfugiés fuient les conflits armés et les bombardements aériens pour arriver dans des lieux où la police ressemble à l’armée et où     des drones ont aussi commencé à voler au-dessus des têtes.

 

 

Ils vont rencontrer la force de travail de G4S, qu’ils ont également rencontré dans d’autres pays. Un des sujets de Davos est l’usage de robots dans l’armée et dans la police. Les jours de Robocop ne sont pas loin. Les 62 peuvent faire confiance à une machine beaucoup plus qu’à un officier de police qui, en terme de classe, est beaucoup plus proche de la plèbe que des 62. Les 62 de Davos aimeraient croire que le terrorisme et les états incontrôlables sont des problèmes anciens qui peuvent être réglés avec une bonne dose de capitalisme. Ils aimeraient imaginer que ce que les gens en Irak et en Syrie ou en Corée du nord veulent le plus sont des centres commerciaux et des cartes de crédit. Mais c’est précisément la civilisation des centres commerciaux et des cartes de crédit qui reproduit l’inégalité, forçant des gens ordinaires à s’endetter afin de pouvoir acheter une chaîne sans fin de biens de consommation qui ont été produits pour des salaires de misère. Quand la dette les amène à devenir distraits, ils sont indifférents, désillusionnés, à la recherche d’une alternative. Et parce que la gauche est faible, l’alternative est fréquemment celle de la démagogie de la politique religieuse ou ethnique. Et comme la rhétorique de ces discours religieux ou ethnique est indisciplinée, les stratégies glissent facilement vers la violence. Le terrorisme n’est pas le fruit d’anciennes animosités mais celui des conditions sociales de notre présent, celles de la civilisation de Davos qui donne la richesse à 62 personnes et la refuse à 3.6 milliards

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

L’Index d’opacité financière [ Financial Secrecy Index] Par le Tax Justice Network

Document fourni par Tax Justice Network à partir de recherches sur les paradis fiscaux et le calcul du taux d’opacité financière.

Introduction 

L’Indice d’opacité financière [Financial Secrecy Index] évalue les juridictions suivant leur opacité et l’échelle de leurs activités extraterritoriales. Un classement politiquement neutre est un outil pour comprendre l’opacité financière mondiale, les paradis fiscaux, les juridictions de l’opacité ainsi que les flux financiers illégaux et les fuites de capitaux.

Cet index a été établi le 2 Novembre 2015

2015 Classement de l’opacité
1. Suisse
2. Hong Kong
3. USA
4. Singapoour
5. Les îles Caïman *
6. Luxembourg
7. Liban
8. Allemagne
9. Bahreïn
10. Les Emirats arabes unis (Dubaï)
11. Macao
12. Japon
13. Panama
14.  Les Îles Marshall
15. Le Royaume Uni *
* Territoires britanniques outre-mer ou appartenant à la couronne. Si les territoires britanniques étaient rassemblés, ils seraient au sommet de la liste.

Voir l’index complet ici  

De la lumière dans des coins sombres

Une somme approximative de 21 à 32 milliards de richesse financière privée est localisée, non imposable ou très légèrement imposé, dans des juridictions  opaques autour du monde. «  Des juridictions opaques » un terme que nous utilisons souvent comme alternative à un autre terme fiscal plus largement utilisé de paradis fiscaux, le “ secret ”, l’opacité, est utilisé pour attirer des  flux financiers illégitimes, illicites ou abusifs.

Des flux financiers transfrontaliers illicites ont été estimés à 1 à 1,6 milliards par an, éclipsant les 135 millions environ octroyés à l’étranger par l’aide américaine. Depuis 1970, les pays africains à eux seuls ont perdus plus de 1 milliard  en fuite de capitaux quand les dettes externes combinées s’élèvent à moins de 200 millions.  L’Afrique est donc un créditeur majeur pour le monde – mais ses atouts sont entre les mains d’une élite riche, protégée par le secret  offshore alors que la dette est supportée par la large masse de la population africaine.

Cependant, tous les pays riches souffrent aussi. Par exemple, des pays européens comme la Grèce, l’Italie, le Portugal ont été presque mis à genoux par des décennies d’évasion fiscale et par le pillage des caisses de l’état à travers le secret offshore.

Une industrie mondiale s’est développée, impliquant les plus grosses banques mondiales, des pratiques légales,  des cabinets d’audit et  des professionnels experts qui organisent et vendent des structures financières opaques offshore pour leurs clients cherchant à échapper aux impôts et à la loi. La «  compétition »  entre les juridictions afin de fournir des facilités de détournement fiscaux, tout particulièrement depuis que l’ère de la mondialisation financière a démarré en 1980,  est devenue une figure centrale des marchés financiers mondiaux.

Le problème dépasse de loin celui des impôts. En fournissant le secret, le monde offshore corrompt et contrefait les marchés et les investissements, leur donnant une forme n’ayant rien à voir avec l’efficacité.  Le monde du secret financier crée une serre criminogéne pour de multiples maux dont la fraude, la fraude fiscale, la fuite hors de la régulation financière, les détournements de fonds, les délits d’initiés,  la corruption, le blanchiment d’argent et de nombreux autres.  Il offre pour ses initiés de multiples moyens  d’extraire la richesse au dépend des sociétés, créant l’impunité politique et compromettant le sain contrat «  pas d’imposition sans représentation » qui est à la base de la croissance des états-nations modernes responsables.  De nombreux pays les plus pauvres, privé de système d’imposition et soumis à l’hémorragie de capital par les  juridictions du secret financier s’appuient sur les aides financières des pays étrangers.  Ceci fait tort aux citoyens des pays riches comme aux pays pauvres.

Quelle est la signification de cet index ?

 

En identifiant les plus important pourvoyeurs d’impunité fiscale internationale,  l’Index de secret financier [Financial Secrecy Index ] révèle que les stéréotypes traditionnels des paradis fiscaux sont mal fondés.  Les pays qui fournissent le plus important secret financier, exhibant le pillage de biens ne sont pas principalement de petites îles bordées de palmiers comme nombreux les supposent mais certains parmi les plus gros et les plus riches pays.  Les pays les plus riches de l’OCDE et leurs satellites sont les destinataires principaux ou les canaux de ce genre de flux illicites.

Les implications pour la politique mondiale sont clairement gigantesques. Et aident à expliquer pourquoi depuis tant d’années, les efforts internationaux pour réduire les paradis fiscaux et le secret financier ont été aussi inefficaces.  Ce sont les destinataires de ces flux gigantesques qui établissent les règles du jeu.

Cependant, notre analyse révèle également que les choses ont récemment commence à évoluer réellement.  La crise financière mondiale et la crise économique qui a suivi, combinées à un activisme récent  et à la mise à jour de ces problèmes par les acteurs de la société civile et par les médias, de même que les inquiétudes de plus en plus fortes quant à l’inégalité dans beaucoup de pays ont créé un ensemble de conditions politiques sans parallèle dans l’histoire. Les politiciens du monde ont été forcés de prendre en compte les paradis fiscaux. Pour la première fois depuis que nous avons créé notre index pour la première fois en 2009, nous pouvons dire que quelque chose est sur la voie d’un changement. Les leaders mondiaux évoquent maintenant régulièrement le fléau  de l’opacité financière et des paradis fiscaux et mettent en place de nouveaux mécanismes pour faire face à ce problème. Pour la première fois les pays du G 20 ont mandaté l’OCDE afin qu’elle mette au point un nouveau système d’échange d’information mondial afin d’aider les pays à enquêter  sur les biens transfrontaliers de leurs contribuables et criminels. Ce projet est maintenant  introduit, avec les premières informations échangées en 2017.

Cependant bien sûr ces projets sont pleins de failles et de défauts : beaucoup de pays projettent de ne manifester qu’un intérêt de pure forme, et encore – et beaucoup cherchent activement à compromettre les progrès, avec l’aide des infrastructures professionnelles  complices. L’édifice du secret financier mondial a été affaibli mais il demeure tout à fait vivant et hautement destructive. En dépit de ce que vous avez pu lire dans les medias, le secret bancaire Suisse est loin d’être mort.  Sans la pression politique  durable de millions d’individus, le terrain acquis pourrait se perdre.

La seule façon réaliste de faire face à ces problèmes dans leur ensemble est de les attaquer à la racine : en se confrontant directement au secret financier offshore et aux infrastructures mondiales qui l’ont créé. Un premier pas vers cet objectif est d’identifier aussi précisément que possible les juridictions qui  font leur mission de fournir le secret  financier extra-territorial.

Voici qu’est le FSI. C’est le produit d’années de recherche détaillée par une équipe dévouée et qui ne ressemble à rien d’autre sur la place. Nous sommes aussi en possession de rapports unique, soulignant les histoires offshore des plus gros acteurs de ce jeu.

Cliquer ici pour le classement complet.

Pour d’autres question, cliquer ici. 

Qu’est ce que l’Indice de secret financier [Financial Secrecy Index] ?

L’Indice de secret financier de 2015 se concentre sur 93 juridictions, y compris plusieurs n’étant pas généralement considérées comme des paradis fiscaux comme la Chine, la France, l’Allemagne et le Japon.

Les juridictions du secret financier mettent au point de lois et des systèmes qui fournissent le secret légal et financier à d’autres, ailleurs. Notre index montre qu’il n’existe pas de ligne précise entre «  la juridiction du secret financier «  ou du « paradis fiscal » et les autres. Elles existent sur un large spectre.

Le FSI mesure deux choses, une qualitative et une quantitative.

La mesure qualitative considère les lois et régulations de chaque juridiction, les traités internationaux etc., pour évaluer à quel point elle est secrète. Il lui est attribué un score de secret : plus le score est élevé, plus la juridiction est secrète.

La deuxième mesure, quantitative, y attache un coefficient afin de prendre en compte la taille de la juridiction et son importance générale dans le cadre du marché mondial des services financiers.

Nous expliquons ce coefficient ici, détaillons complètement notre méthodologie ici, et fournissons tous les détails sur la façon dont nous calculons chaque indices de secret ici (lien absent)

 

Un rapport pour chaque pays.

Chaque juridiction a également deux rapports indépendants qui lui sont associés. Le premier, le rapport par pays fournit un coup d’œil sur cette juridiction, éclaire ses plus importantes caractéristiques dans une perspective de secret financier.  Pour chacune des plus grandes juridictions, nous avons aussi écrit des rapports détaillés spéciaux considérant l’histoire politique de la transformation de cette juridiction en centre financier offshore. Ici, http://www.financialsecrecyindex.com/jurisdictions/jr  une liste des rapports par pays.

Le second, les rapports  de données accompagnent le rapport par pays et sont prévus pour des recherches détaillées. Ils contiennent un panel plus large de variables et de données relevées dans chaque juridiction, avec des sources et des références détaillées : toutes les données sous-jacentes nécessaires pour établir le rapport par pays  plus beaucoup d’autres détails, y compris des citations des organisations internationales sur la régulation fiscale, financière et  sur le blanchiment d’argent. Une liste complète du rapport des données ici. 

Bien que la méthodologie du classement 2015 du FSI soit à peu près la même que celle de 2013; nous avons l’avons resserrée et mise à jour sous plusieurs aspects et nous y incluons plus de juridictions ( 93 au lieu de 82 en 2013). Il est donc demandé de la prudence à l’égard  de toute comparaison ou classement pour tout pays entre les deux indices.

Le FSI est fondamentalement différent des classements qui se concentrent sur l’identification de la corruption ou des problèmes de gouvernement au sein des pays. C’est ce qui le rend unique. Parce que le cœur du trafic de la juridiction du secret financier est typiquement ce qui facilite les activités criminelles et abusives ailleurs, dans un monde de mouvements  financiers mondiaux, cela n’aurait pas de sens pour nous de ne nous centrer que sur ce qui se produit au sein de chaque juridiction. Le secret financier se doit d’être analysé à partir d’une perspective mondiale.

Le FSI 2015 classe les juridictions les plus à blâmer pour fournir du secret financier et offre des conseils pour une action globale.

Traduction Elisabeth Guerrier

Document fourni par Laurent Di Vincenzo