Le RussiaGate a créé une diversion / Pr. Oliver Boyd-Barrett

Le RussiaGate a organisé la diversion. Par le Professeur Oliver Boyd-Barrett


Les interventions sur le rapport Mueller se succèdent, mettant, s’il en était besoin à jour, la puissance de frappe de la mauvaise foi comme arme politique. Ils n’en démordront pas, “ils” c’est à dire ceux-là même qui ont évoqué une aire de ” post -vérité “, tout ce que le parti de gentils patentés recèle de mauvais perdants, de prévaricateurs, de carriéristes ,du pouvoir, de corruption institutionnalisée, incapables d’affronter les vrais enjeux de leur statut et de remettre le politique au centre de leur mission. Il va sans dire, même si ces temps sont peu favorables aux nuances rhétoriques, que l’accusation faites aux Démocrates, et d’une certaine façon quant aux méthodes, à tout ce que l’Occident compte de libéraux décadents, n’occulte nullement le profond mépris pour la politique menée, ou plutôt non menée par leurs adversaires. L’agonie de ce système va avec un ample remue-ménage de ce qui sous-tend ses dénominations. République. Démocratie. Socialisme. Ethique. etc.etc. tous ces concepts ont besoin d’une reprise en main de leur nature même et de tout ce qu’ils sont supposés avoir cédé à la corruption des esprits.EG

L’écrivain Tom Wolfe dans son roman « The right stuff » décrit les vagues de déclencheurs d’émotions qui se succèdent dans la presse en fonction des priorités politiques ou militaires historiques. Comment le discours se rétrécit de lui-même quant à ses cibles afin d’éveiller tel ou tel champs psychoaffectif et créer autour de lui ce qu’on appelle un ” état d’esprit collectif “, c’est à dire prêt à soutenir n’importe quelle décision avec tout la bonne conscience que donne l’émotionnel comme « vérité » : It was like if the press in America, with all its vaunted independence, were a great colonial animal, an animal made up with countless clustered organisms responding to a single nervous system. In the late 50′ ( as in the late 70′), the animal seemed determined that in all matter of national importance the PROPER EMOTION, the SEEMLY SENTIMENT, the FITTING MORAL TONE should be established and should prevail ; and all information that muddied the tone and weakened the feelings should simply be thrown down the memory hole. In the later period, this impulse of the animal would take the form of blazing indignation about corruption, abuses of power, and even minor ethical lapses, among public officials, here, in April 1959, it took the form of a blazing patriotic passion// In either case, the animal’s fundamental concern remained the same: the public, the populace, the citizenry must be provided with the CORRECT FEELING. Tom Wolfe «  The right stuff » Picador edition. p.95

« C’est comme si la presse en Amérique, avec toute son indépendance si vantée, était un gros animal colonial, un animal composé d’innombrables organismes agglomérés répondant à un seul système nerveux.  A la fin des années 50, (comme à la fin des années 70), l’animal semblait déterminé à ce que dans chaque question d’importance nationale, l’émotion adéquate, le sentiment bienséant, le ton moral  convenable soient établis et prévalent, et  que toute information qui brouille ce ton ou affaiblisse les sentiments soit simplement jetée dans le grand trou de la mémoire. Dans la dernière période, les pulsions de l’animal prenaient la forme d’une indignation enflammée contre la corruption, les abus de pouvoir, ou même certains défauts éthiques mineurs, au sein des officiels, mais là, en 1959, elles prirent la forme d’un patriotisme ardent.// Dans chacun des cas, la préoccupation fondamentale de l’animal resta la même : le public, la populace, la foule, doit se voir fournie avec l’émotion correcte.

Pendant plus de deux ans, le Russiagate  a occupé une proportion importante du journalisme politique de masse US et, parce que les médias de masse US ont également un agenda de promotion, de la presse internationale également. Le Timing a été catastrophique. L’administration Trump a déchiqueté les protections environnementales, jeté par-dessus bord les accords sur le nucléaire, exacerbé les tensions avec les rivaux des Etats-Unis et  favorisé les riches.  Au lieu de consacrer une attention soutenue dans les médias à la fin de l’espèce humaine, liée au réchauffement climatique, à sa disparition de plus en plus imminente par l’entremise de l’armement atomique, ou à l’éviscération toujours plus intense du discours démocratique dans un société déchirée par des inégalités de richesse sans précédent et une cupidité capitaliste sans limite, les médias saturent leur public avec un récit puéril d’une supposée collusion de la campagne électorale de Trump et de la Russie.  Le discours sur le Russiagate est profondément mensonger et hypocrite. Il suppose que les USA soit un état où le système électoral est totalement fiable et sûr. Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité. Le système démocratique américain est profondément ancré dans un système bipartite dominé par la classe nantie et ayant largement des comptes à rendre aux oligopoles des multinationales. Il est soumis au regard des valeurs du capitalisme extrême et de la domination impérialiste. Les problèmes entre le système électoral US et les médias sont nombreux et bien documentés.

Les procédures sont profondément compromises par un collège électoral qui détache des votes comptés des votes qui comptent. La composition des districts électoraux ont été redécoupés afin de minimiser la possibilité de surprises électorales. Le vote dépend d’un système électronique conçu par une multinationale et peut être aisément hacké. Les administrations de droite jouent avec le coffre à jouet de la suppression des votants qui déploie toutes les possibilités, de la réduction des lieux de vote potentiels et des équipements, à l’imposition d’exigences d’identifications d’électeurs et à l’élimination de certaines traces (e.g les groupes de personnes ayant commis des crimes ou de personnes ayant les mêmes noms que ceux des criminels, ou de personnes n’ayant pas voté lors de précédentes élections). Même les résultats des campagnes sont corrompus quand les administrations en place abusent des semaines restantes au pouvoir pour pousser des arrêtés ou des lois qui saborderont les efforts de leurs successeurs. Le principe démocratique  présuppose l’équivalence de fait de chaque voix sur le champ de bataille des idées.  Rien ne peut être aussi éloigné de la réalité du système «  démocratique » américain dans lequel un petit nombre d’intérêts puissants apprécie l’avantage donné par un mégaphone assourdissant sur la  base de l’argent des donations au noir, souvent anonymes, filtrées par SuperPacs et consorts, opérant en dehors des confins des ( quelque peu mieux contrôlées)  dix semaines de campagne électorale. En ce qui concerne les médias, la théorie démocratique présuppose des infrastructures de communications qui facilitent les échanges d’idées libres et ouverts. Il n’existe pas d’infrastructure de cette sorte. Les médias sont possédés et contrôlés par un petit nombre de conglomérats multi-médias, multi-industriels, situés au cœur même du capitalisme oligopole et dont la plupart des contenus et des revenus de publicité sont fournis par d’autres conglomérats. L’incapacité des médias à soutenir un environnement qui puisse inclure l’histoire, les perspectives et le vocabulaire libérés des chaînes de l’autosatisfaction ploutocrate est aussi bien documentée.  L’actuelle couverture médiatique de la crise vénézuélienne générée par les USA  en est le parfait exemple. Le potentiel révolutionnaire si célébré des médias sociaux est illusoire. Les principaux fournisseurs de l’architecture sociomédiatique sont encore plus corporatistes que leurs prédécesseurs. Ils dépendent non seulement de la publicité mais également de la vente des big datas qu’ils réquisitionnent des usagers et vendent aux corporations ou aux propagandistes politiques souvent lors de campagnes micro-ciblées assistées par de l’IA lors de «  campagnes » de persuasion. Comme leurs prédécesseurs, les médias sociaux sont imbriqués, collaborent et sont vulnérables aux machinations de l’établissement de surveillance militaro-industrielle. La soi-disant ingérence dans les élections à travers le monde a été une figure magistrale de l’exploitation des médias et des médias sociaux par des compagnies liées à la défense, à la politique et à l’espionnage, comme – mais d’une façon non exhaustive- l’ancien Cambridge Analytica et son parent britannique SCL.

Au regard de  de cet arrière-plan d’échecs électoraux et médiatiques, il n’est pas raisonnable de porter la discussion ou l’attention sur de soi-disant activités des médias sociaux de, disons, L’Agence de recherche internet russe. L’attention est détournée des problèmes substantiels vers des problèmes triviaux et sans substances.  De plus, dans un climat d’hystérie maccarthyste, le Russiagate fait l’hypothèse que toute communication entre une campagne présidentielle et la Russie est en soi une chose déplorable. Même si on devait confiner cette conversation uniquement à une communication entre les oligarques des deux pays, par contre, l’opposé s’avèrerait certainement vrai.  Et ce n’est pas simplement à cause des bénéfices pouvant découler d’une meilleure compréhension du monde, de l’identification d’intérêts ou d’opportunités partagés et de leur promesse de relations pacifiées.  Une analyse de real politick  pourrait conseiller l’insertion de coins entre la Chine et la Russie de façon à décapiter le contrôle de la superpuissance hybride perçue comme une menace sur une région du monde qui a longtemps été considérée comme indispensable pour une réelle hégémonie mondiale. Même si on considère le RussiaGate comme un problème digne de notre attention, les bases de l’audience probatoire sont faibles. Le dévoilement final du discours sur le RussiaGate attend avec impatience le rapport du Conseiller spécial et ancien directeur du FBI Robert Mueller. L’enquête et les investigations de Mueller impliquent plusieurs personnes qui dans certains cas, n’ont rien à voir avec la campagne présidentielle de 2016. Ils apparaissent être plutôt concernés par des mensonges et des obstructions à son enquête que par un matériel d’actes illégaux, ou font face à des charges qui sont peu susceptibles d’être retenues dans une cour pénale. L’investigation elle-même est retraçable jusqu’à deux rapports significatifs mais extrêmement problématiques rendus publiques en janvier 2017. Un était le «  Dossier Steele », par l’ancien officier M16 Christopher Steele. Il est principalement intéressant pour ses allégations largement infondées que d’une façon ou d’une autre, Trump est de mèche avec la Russie.  La compagnie de Steele, Orbis, a été recrutée pour rédiger un rapport par Fusion GPS, qui à son tour a été contactée par des avocats travaillant pour la campagne nationale du Parti Démocrate.   Des passages de brouillons initiaux du rapport Steele, à travers des sources proche des renseignements britanniques et le compte-rendu, par le conseiller de Trump, George Papadopoulos touchant des conversations en sa possession concernant l’éventuelle possession par les Russes des emails de Clinton avec un personnage qui pourrait tout aussi bien être un espion russe que britannique, ont été les instruments ayant éveillé l’intérêt du FBI et l’espionnage sur la campagne de Trump.  Il existe des liens indirects entre Christopher Steele, un autre ancien agent M16, Pablo Miller (qui a lui aussi travaillé pour Orbis) et  Sergei Skripal, un agent russe qui a été recruté comme informateur d’M16 par Miller et qui a été la cible d’une tentative d’assassinat en 2018. Cet évènement a occasionné des  attaques controversées, pour ne pas dire hautement improbables et pernicieuses de la part du gouvernement britannique  et des accusations contre la Russie. L’élément le plus significatif présenté dans le deuxième rapport, publié par l’Intelligence Community Assessment et représentant les conclusions d’une petite équipe tirée du bureau du Directeur de L’Intelligence, de la CIA du FBI et de la NASA, était la déclaration de responsabilité des services de l’espionnage russe pour le hackage du système informatique de la DNC et de son président John Podesta durant l’été 2016, et le transfert de ces documents à Julian Assange et à Wikileaks.  Aucune preuve n’en a été fournie.   Bien que les allégations de hacking soient devenus des articles de foi largement incontestés du discours  RussiaGate, ils ne s’appuient d’une manière significative que sur les découvertes problématiques d’une petite compagnie privée embauchée par la DNC. Il existe aussi des preuves formelles que les documents puissent avoir été fournis plutôt que hackés et par des sources basées aux USA. Le fait que ces documents révèlent que le DNC , un agent supposé neutre dans la campagne des primaires, ait en fait pris part en faveur de la candidature de Hillary Clinton, et que les points de vue de Clinton sur l’industrie données en privé aient pu différer de ses positions données en public , a longtemps été obscurci dans la mémoire des médias en faveur du narratif plus chéri de la vilénie russe.

Pourquoi le discours sur le RussiaGate est-il si attirant ? Qui en profite ? Premièrement, Le RussiaGate sert les intérêts de (1) un Parti Démocrate  corrompu, dont l’organisation contestable de la campagne, biaisée et incompétente a amené la perte des élections en 2016, alliés à (2) des factions puissantes de l’établissement de surveillance industrio-militaire qui, pendant les dernières 19 années,  à travers l’OTAN et d’autres  agences internationales malléables, a cherché à compromettre le pouvoir de Poutine, à démembrer la Russie et la Fédération russe, ( indubitablement pour les bénéfices du capitalisme occidental) et plus récemment maintient la Chine dans une lutte incessante et titanesque au cœur de l’Eurasie.  Dans la mesure où Trump, quelqu’en soient les raisons, ait pu être en désaccord avec au moins quelques aspects de cette stratégie à long terme, il s’est montré comme étant non fiable par l’état sécuritaire US.   Tout en servant le but immédiat de contenir Trump, les accusations US d’une implication dans leurs élections sont une farce dans le contexte d’une histoire d’implications largement documentée des USA dans les élections et la politique de nations souveraines pendant plus de cent ans. Ces inférences dans tous les hémisphères ont inclus l’organisation de coups d’état, des invasions, des occupations sous de faux prétextes additionnés à de nombreuses instances de stratégies de «  révolutions de couleur » impliquant le financement de partis d’opposition et provoquant des soulèvements, souvent couplée avec une guerre économique ( sanctions) . Un autre bénéficiaire, (3)  est le cumul de tous ces intérêts qui rétrécissent le champ de l’opinion publique à un cadre supportant l’impérialisme néolibéral. Exploitant paradoxalement la panique morale associée aux plaintes de Trump sur les « fake news », à chaque fois que les couvertures médiatiques font sa critique, et l’embarras des médias sociaux à propos de leur disponibilité et de la vente des données privées à des clients et des corporations puissantes, ces intérêts ont pointé la nécessité de plus de régulation, ainsi que de l’auto-censure des médias sciaux. La réponse des médias sociaux a impliqué des algorithmes  de plus en plus restreints et ce que les «  fact-checkers », (illustrés par le support financier de Facebook et sa dépendance à l’égard du groupe de pression pro-OTAN The Atlantic council).  L’impact du net a été dévastateur pour de nombreuses organisations d’information dont le seul « péché » dans l’arène des médias sociaux est d’analyser et de donner leur point de vue qui se montre à contre-courant de la propagande néolibérale.  La justification standard de telles attaques sur la liberté d’expression est d’insinuer leur lien avec la Russie et/ou le terrorise. En fonction de sa réponse grossière et des réponses par la censure de certains acteurs puissants, il semble que peut-être le récit du RussiaGate est devenu de plus en plus improbable pour beaucoup et que le seul espoir actuel pour ses propagateurs est d’étouffer tout questionnement. Ce sont bien sûr de bien sombres jour pour la Démocratie ?

Oliver Boyd-Barrett est Professeur Emérite à la Bowling Green State University. IL est l’auteur d’un livre à venir : RussiaGate and Propaganda: Disinformation in the Age of Social Media (Routledge)

Traduction : Elisabeth Guerrier

La militarisation de l’Arctique : une question essentielle à laquelle accorder toute son importance Alex Gorka

181010-troupes-britanniques-en-route-vers-norvege-pour-participer-exercice-otan

Soldats anglais. Opération ” Trident junction “
  Russia’s desire to undermine American democracy is related to its inability to match up to the military and economic power of the West.”

October 25, 2018 | Alina Polyakova, TIME

Cité dans «  Brooking briefs »

Au regard de l’énergie développée pour tenter de traduire correctement la liste interminable des équipements spéciaux de l’armement de la Russie dans l’Arctique, développée avec beaucoup de précision par Alex Gorka et dont chacun des éléments peut être vérifier en ligne, on reste songeur sur cette sorte de maladie du sens moral qui parcourt d’une façon endémique tout l’Ouest, nourrie de préjugés, de rumeurs, de fausses informations qui définissent «clairement » dans les esprits brumeux des masses qui est «  le méchant ». Certains dans le passé ont manipulé les informations données avec une sorte d’approche scientifique sur la propagande et ses moyens. Il semble que ces stratégies d’imprégnation collectives soient devenues la seule façon de faire de la politique étrangère dans ce système, elles s’appuient sur une paresse intellectuelle constitutive du Lambda, sur son incapacité à lâcher son os quand il a mordu à la certitude de savoir comment vont les choses, à ne jamais avoir l’esprit suffisamment libre et souple pour consacrer le temps nécessaire à chercher à se contredire lui-même, sur son besoin toujours renouvelé, ce qui le soulage de sa propre dépréciation chronique, de pointer la faute sur l’étranger, qui évidemment est voué à changer de nom et de visage quand la géopolitique l’exige.EG

 

Pour bien éclairer quels sont les réels enjeux face à la Russie et à la Chine : Ci-dessous la déclaration de Wess Mitchell, Secrétaire d’état aux affaires européennes et eurasiennes. Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs in the US State Department)
La transcription de cette allocution au Sénat a omis deux phrases qui figurent en contrebas du texte et qui illustre parfaitement l’état d’esprit des USA quant à ses ” rivaux ” Chinois et Russes Quand on est l’exception et la police d’un monde, on ne lâche pas le morceau facilement et 
les USA ne lâcheront rien.

Ces phrases sont :
Empêcher
la domination
de la masse continentale eurasienne
Par la Chine et la Russie
prevent the
domination of
the Eurasian landmass by
Russia and China

“Le point de départ de la stratégie de la Sécurité Nationale est la reconnaissance du fait que les USA entrent dans une période de compétitions entre grandes puissances et que les politiques passées n’ont ni suffisamment envisagé l’étendue de cette tendance émergeante ni équipé d’une façon adéquate notre nation afin qu’elle réussisse à la gagner. La Russie et la Chine sont des compétiteurs sérieux qui construisent les conditions matérielles et idéologiques de la contestation de la primeur américaine et de son leadership du 21 ième siècle. Prévenir la domination de la région eurasienne par des puissances hitiles continue à être un un intérêt prioritaire de sécurité nationale. l’objectif central de l’administration dans le domaine de la politique étrangère est de préparer notre nation à se confronter à ce challenge en renforçant systématiquement la militarisation, l’économie et les fondations politiques du pouvoir américain.

The starting point of the National Security Strategy is the recognition that America has entered a period of big-power competition, and that past U.S. policies have neither sufficiently grasped the scope of this emerging trend nor adequately equipped our nation to succeed in it. Contrary to the hopeful assumptions of previous administrations, Russia and China are serious competitors that are building up the material and ideological wherewithal to contest U.S. primacy and leadership in the 21st Century. It continues to be among the foremost national security interests of the United States to prevent the domination of the Eurasian landmass by hostile powers. The central aim of the administration’s foreign policy is to prepare our nation to confront this challenge by systematically strengthening the military, economic and political fundaments of American power.

 

 

 

ALEX GORKA | 24.10.2018 | SECURITY / WAR AND CONFLICT

Militarization of Arctic: Issue of Incredible Importance Not Given Due Attention to

La militarisation de l’Arctique : une question d’une importance incroyable qui ne suscite pas l’attention qu’elle mérite.

L’Europe, le Moyen Orient et l’Asie du sud-est ne sont pas les seuls théâtres potentiels pour des opérations militaires. L’Arctique est une zone de rivalités géopolitiques. La situation là-bas est laissée à tort hors des éclairages médiatiques. Pendant ce temps, 2018 a vu un nouveau record du retrait des glaces dans la région.

La Russie a présenté l’attribution de 1.2 millions de mètres carrés dans cette région  aux Nations unies. Selon la convention des Nations unies sur la Loi de la mer, (UNCLOS), un état côtier peut prétendre à la côte continentale au-delà de 120 miles nautiques en présentant des preuves scientifiques qu’il s’agit de la prolongation naturelle de ses marges côtières. La seule région côtière de la Russie peut être étendue, étant donné le droit exclusif de l’état à exploiter ses ressources naturelles sur les fonds et l’océan. Il s’agit de réserves de pétrole de plus de 8.5 trillions de dollars.

Moscou considère la Route de la Mer du Nord Nothern sea road ( NSR) située à l’est de Novaya Zemlya et qui longe la côte arctique russe de la Mer de Kara en Sibérie au Détroit de Bering comme une zone maritime économique exclusivement russe ( EEZ) selon l’article 234 de la Convention des Nations unies   Convention sur les lois de la mer . Cet article attribue aux états du littoral au sein de leurs zones d’exclusivité économiques ( 200 miles nautiques) le droit d’appliquer des lois non discriminatoires et des régulations touchant la navigation dans les parties glacées. Les US en sont signataires mais le Congrès ne l’a pas ratifié.  Washington ne reconnait donc pas les exigences de la Russie et cherche à rendre cette région internationale.

Les USA, le Canada, le Danemark et la Norvège ont leurs propres réclamations. L’Arctique est supposé contenir plus de 22 trillions de dollars de ressources sous la glace,  y compris 90 billions de barils de pétrole et 47 trillions de mètres cubes de gaz naturel. Il est normal que les états se les disputent aussi longtemps qu’ils sont envisagés sur la base du droit international à travers les négociations. Mais l’escalade graduelle des tensions dans l’Arctique est un fait.

Selon le Guide de la défense danois  2018-2023, il y aura une augmentation impressionnante de 20% des dépenses de défenses dans les prochaines six années. L’Arctique est mentionné comme une zone d’activité  et de présence militaire en développement. En été, la Norvège s’est réinvestie dans une augmentation des dépenses en faveur de l’OTAN de 2% du PIB avec son plan à long terme impliquant  son engagement de 2O21-2024 comme des prémices essentielles. Oslo va investir des de l’ « équipement stratégique » comme le nouvel avion furtif F-35, des sous-marins et le nouvel aéronef patrouilleur maritime P8. Le Canada va développer une  flotille navale arctique. L’an passé, Ottawa a dévoilé son plan d’augmenter ses dépenses militaires de 70% ( ou plus de 30 milliards) sur les dix prochaines années. La plupart de cet investissement allant aux navires de guerre et aux avions de chasse. La Crête de Lomonosov est le principal osujet des disputes territoriales entre le Canada et la Russie. Elle s’étend sur 1800 kilomètres des Nouvelles îles sibériennes à travers l’océan atlantique jusqu’à l’île canadienne de Ellesmere. Le Canada se livre à des manœuvres militaires dans cette zone.

Les Bérets verts US s’entraînent  à combattre la Russie dans la région. Donc les sous-marins d’attaque sont aussi en manœuvre.  En mars, plus de 1500 personnels militaires de plus de 20 unités ont été rassemblés  pour les exercices militaires de 2018 sur la crête arctique. Les Gardes côtes US cherche à armer ses brise –glaces utiliser pour ouvrir des passages à travers les mers gelées. Les US ont stationné des avions furtifs F22 et F35 en Alaska. Ce déploiement fournit une supériorité aérienne aux USA sur tout l’hémisphère nord.

La Russie met en œuvre les State Policy in the Arctic Till 2020 and for a Future Perspective. (Politiques nationales de l’Arctique jusqu’en 2020 et dans une perspective d’avenir) L’Arctique est une source de menaces pour la Russie. Les missiles lancés des sous-marins à partir des eaux proches de la Norvège laisseraient à l’armée russe à peine 15 minutes pour décider si un tel objet représente ou non une menace et comment y répondre. L’Arctique est la seule location permettant le lancer de missiles Tomahawks qui pourraient frapper les bases intercontinentales de missiles russes (ICBMs) dans les régions de l’ Orenburg et de Krasnoyarsk  aussi bien que celles de l’Oural.

La Flotte du nord russe est une force qui groupe 38 grands navires de surface, plus de 40 sous-marins et un corps d’armée comprenant deux brigades d’infanterie. La 61ième brigade d’infanterie est sous le commandement des Forces stratégiques jointes de la Flotte du nord. 7 sous-marins prêts au combat sont regroupés là. A peu près 60% de la flotte opérationnelle est équipé d’un nouvel armement.

L’équipement  de combat Ratnik  pèse entre 19 et 20 kilos, il est conçu pour des opérations dans le climat arctique et comprend un casque à vision nocturne, une armure corporelle, un équipement de communication et des écouteurs. Tout compris, l’équipement comprend 10 sous-systèmes et à peu près 60 items séparés. Pesant 7,5 kilos, l’armure classe 6 protège presque 90 % du corps des soldats à partir de 7,62 m. même contre des tirs courts. Il est équipé de systèmes de détection spéciaux contre les systèmes à infrarouge. Conçu en fibre de carbone légère,  l’exosquelette supporte le système musculaire afin d’aider le soldat à porter des charges de plus de 50 kilos sur des longues marches.

Le système de communication vocal et visuel Strelets-2 inclut un module de navigation  GLONASS  qui permet à un chef d’escadron de vérifier la location de chacun de ses soldats sur un ordinateur de la taille d’un livre et de la communiquer à ses chefs. Chaque soldat est en plus équipé d’un ordinateur tactique de la taille d’un téléphone.

Les soldats ont le véhicule tout terrain Ruslan,  le véhicule de trace tout-terrain GAZ-3344-20, le  DT-10PM vèhicule amphibie. Capable de défendre l’espace aérien dans un rayon d’au moins 15 kilomètres, le nouveau système de missiles à courte-portée Tor-M2DT est le seul système dans sa catégorie conçu spécialement pour les conditions météorologiques de la région arctique. Il peut protéger contre les radiations et les missiles de croisière, contre les engins téléguidés aériens, les planeurs, et réparer et tourner les ailes des avions de chasse. Sa plateforme de DT-30PM sera utilisée pour le lancement multiple de système de fusée Grad et Smerch.

Les capacités de la défense aérienne vont être augmentées grâce  au S-400 Triumf aet mise à jour avec l’auto-propulseur Pantsir-1S, système de missiles de moyenne portée surface-air.

Le T-80BVM est parfaitement adapté aux conditions météorologiques particulières de l’Arctique. C’est le premier tank russe opérationnel à être équipé d’une nouvelle armure réactive explosive. Ses moteurs à turbine améliorés sont  plus performants dans les conditions arctiques. Commençant à des températures aussi basses que – 40 degrés Celsius et prêts pour l’action en quelques minutes. Les tanks avec du diesel conventionnel ont besoin de 40 minutes pour chauffer dans les conditions de températures de l’Arctique.

Cette année, La Russie à dévoiler le nouveau buggy Chaborz M-3  destiné à des opérations version arctique.  C’est un véhicule léger tout terrain polyvalent 4.2 prévu pour des opérations des unités des forces spéciales dans des conditions  hors route. Il peut atteindre sur route des vitesses de 130kms/ heure.

Cette année, Ilya Muromets, le premier briseur de glace construit pour la Marine russe en presque 40 ans est entré en service avec la logistique du vaisseau de soutien Elbrus ,  le projet 22350 de la frégate Admiral Gorshkov équipée avec des missiles de longue portée  Kalibr, et le navire amphibie Ivan Gren  (Project 11711), le premier vaisseau de cette catégorie, les systèmes de missiles pour la défense côtière ont été déployés dans la région de Murmansk.

Le char Academic Pashin  (Project 23130) est testé en mer.  Deux brise-glace  Arktika-class sur six, équipés de double-têtes nucléaires ont déjà été lancés. Les plans comprennent la construction de Lider, le brise-glace à propulsion nucléaire super-puissant. Le brise-glace Ivan Papanin (Project 23550) polyvalent,  est le premier d’une série de deux doit être livré à la marine russe en 2021. Ce navire est destiné à l’étude et à la protection des eaux arctiques, les opérations de recherches et de sauvetage, l’escorte de navires dans les eaux polaires, le transport d’équipements et le remorquage et le support de vaisseaux auxiliaires. Il peut fournir la protection à des vaisseaux opérant dans les eaux polaires contre les tirs aériens, maritimes ou côtiers.

Trois sous-marins balistiques supplémentaires (Project 955) et trois sous-marins d’attaque nucléaires (Project 885) ainsi que deux frégates (Project 22350) entreront en service avec la Flotte du Nord dans le futur proche. Le porte-avions. Admiral Kuznetsov  sera également de retour dans les rangs après une mise au point de ses équipements avec la version navale du système de défense aérienne. Des systèmes Bal de défense côtière vont être également déployés.

La militarisation graduelle de la région est une réalité. Il y a deux options. L’une est de transformer l’Arctique en un champ de mine où la moindre étincelle pourra déclencher une explosion. L’autre est de lancer un dialogue complet afin de répondre aux questions de sécurité liées à la région. Cinq des huit membres du Conseil de l’Arctique sont membres de l’OTAN avec la Suède et la Finlande étant des partenaires privilégiés de l’Alliance.  Cela fait partie des questions à poser sur les relations entre l’OTAN et la Russie. Les activités militaires de la Russie dans la région n’ont rien à voir avec la volonté de jouer les gros bras mais avec la volonté de protéger ses intérêts légitimes.

Les évènements liés à la décision des US de se retirer du Traité INF, la Syrie, les sanctions et d’autres choses sur lesquelles se centrent le regard du public ne devraient pas éclipser cette question de la plus haute importance. Coopérer les uns avec les autres est le seul moyen de maintenir la sécurité et l’ordre dans cette région polaire. Une approche coordonnée de la Gouvernance arctique dans le cadre d’une Convention sur les lois de la mer construirait la confiance et éviterait la militarisation. Le temps est venu pour le Conseil de l’Arctique de se transformer en un conseil centré sur la sécurité.

Tags: Arctic

 

 

 

 

Autres articles sur le même thème

COUNTERPUNCH

 

La guerre froide anti-russe chauffe dans l’Arctique

 

OFFGUARDIAN

L’escalade militaire en Europe est comme un train qui s’est emballé et qu’il est temps de ralentir

 

RUSSIAN OBSERVER

La déclaration de guerre américaine.

 

La Russie est-elle réellement ” fasciste” Pr. Marlene Laruelle

Parce que la résistance aux glissements partisans générés dans des stratégies quotidiennes d’intoxication idéologique nécessite avant tout l’abord de la complexité, il est nécessaire de faire appel à des esprits informés et critiques, à donner ou redonner donc au poids de la construction des savoirs ses vertus d’éclairage.

Au moment où l’Arctique se voit la scène des plus importantes manœuvres militaires de l’OTAN depuis la Guerre froide, faisant suite aux campagnes de diffamation orchestrées par les divers pouvoirs politiques nord-américains et soutenus par leurs alliés inféodés, l’urgente nécessité de voix autres, critiques et analytiques, même pour faire face à des constructions mythiques créées de toute pièce par des ” érudits ” locaux reconnus est plus que jamais impérative. 

Aucun média grand public ne pourvoira à l’approche d’une situation complexe et évidemment unique comme celle de la Russie, car chargée de sa propre histoire. La pandémie des appellations de “Fascisme” recouvrant tout et n’importe quoi a non seulement un effet niveleur sur des phénomènes divers et caractéristiques mais elle marque une fois de plus l’incroyable pression et la paresse intellectuelle de ces temps où l’analyse de tout ce qui est ” complexe “- et la réalité n’a-t-elle pas avant tout cette nature-là ? – est promu comme vain, usant, inutile au nom d’un réductionnisme omniprésent et au service de l’utilitarisme qui le rationalise.

Le Fascisme est un moment de l’Histoire, dans un contexte précis (rappeler que la trahison de Wilson faite aux Italiens après la Première guerre mondiale en est partie prenante voire génératrice), avec des bases de valeurs précises et des alliances intra-sociales tout aussi importantes qui lui donnent sa spécificité.  Nous conseillons vivement la lecture de l’article de Jean Pierre Raviot qui donne les éléments de compréhension d’une spécificité politico-sociale russe, évidemment assez difficile d’accès à l’entendement des manichéens néo-libéraux occidentaux ne justifiant leur existence que dans l’imposition du bien fondé d’une Démocratie idéalisée mais ayant agonisé depuis plus de trente ans. EG

 

La Russie est-elle réellement «  fasciste » ?

Un commentaire sur la note N°539 de TIMOTHY SNYDER PONARS sur la politique eurasienne Eurasia Septembre 2018

Marlene Laruelle

George Washington University

Lors de la dernière décennie et plus ouvertement encore depuis l’annexion de a Crimée, il y a eu une tendance croissante à décrire la Russie – ou au moins le régime de Poutine – comme «  fasciste ».

Sur la scène politique, cette affirmation a été émise par tous, des chefs d’états occidentaux comme l’ancienne secrétaire d’état Hillary Clinton à l’ancien Ministre des affaires étrangères de Grande Bretagne,  Boris Johnson en passant par l’opposant de Vladimir Poutine, Garry Kasparov. Le label a aussi tracé sa voie dans le discours académique, déployé par des universitaires comme Timothy Snyder, Alexander Motyl, Vladislav Inozemtsev, et Mikhail Lampolski.

Déclarer que la Russie de Vladimir Poutine est un régime fasciste est une accusation sérieuse, avec des implications politiques et légales potentielles. Les universitaires ont à leur disposition une littérature riche sur le fascisme qui inclus de nombreux outils qui peuvent permettre de considérer si la terminologie s’applique 1/ correspond au système politique russe. 2/ offre une analyse conséquente capable de capturer la «  nature »  du régime de Poutine. Malheureusement ceux qui se font le plus entendre parmi les accusateurs universitaires semblent peu intéressés par l’évaluation l’hypothèse fasciste au regard de ces outils académiques. Premièrement, ils ne cherchent pas à appliquer des données clefs concernant la littérature sur le fascisme à la Russie et n’avancent donc pas des critères clairs pour déterminer si ce régime est fasciste. Deuxièmement, ils semblent ne pas utiliser le terme comme une catégorie analytique mais comme une épithète dénonçant le système de Poutine

Si la communauté des universitaires souhaite que les décideurs prennent en charge sérieusement le «  fascisme », il faudra qu’il corresponde à leurs critères Et s’ils considèrent que le concept est inapplicable, ils devront clairement le signifier.

De fausses analogies historiques

Cette note ouvre une telle discussion en discréditant les quatre principales accusations utilisées par Snyder pour justifier l’appellation de la Russie comme  régime fasciste. De fausses analogies historiques dans une série de  tribunes publiées dans la New York Review of Books et dans le New York Time, Snyder trace des parallèles entre le Russie de Poutine et l’Allemagne d’Hitler.  Dans un article datant du 20 mars 2014, il compare la mainmise de la Crimée par la Russie – qui venait de se produire quelques jours auparavant, et le conflit dans le Donbass qui se préparait rapidement avec les actions de l’Allemagne nazie au début de la Seconde guerre mondiale.  Mais contrairement à  Andreas Umland, qui a postulé des analogies similaires, Snyder n’a pas tenté d’entreprendre une solide étude qui pourrait juxtaposer les arguments légaux utilisés pour créer l’Anschluss avec l’Autriche dans le cadre de l’annexion des Sudètes par Hitler avec ceux présentés par Poutine pour l’annexion de la Crimée. Au lieu de cela, Snyder préfère présenter des arguments à la va-vite, affirmant, par exemple, que : «  Vladimir Poutine a choisi de réhabiliter l’alliance entre Hitler et Staline qui a déclenché la Seconde guerre mondiale. » Avec une telle déclaration, Snyder cherche à faire d’une pierre deux coups, identifiant simultanément Poutine à Hitler et à Staline. Cependant, il échoue à donner une analyse structurée qui puisse démontrer que l’actuel système russe appartient à la tradition des régimes totalitaires.

Plus loin, il décrit des évènements et des sentiments à travers la Russie comme des échos des pires moments du Nazisme. En Russie, écrit-il :

Les Juifs sont blâmés pour l’Holocauste sur la télévision nationale,  un intellectuel proche du Kremlin loue Hitler comme chef d’état, les Nazis russes marchent le 1ier mai, (et) des rallyes dans le style Nuremberg où des torches sont portées en formation Svastika sont présentées comme anti-fascistes.

Ces descriptions sont dramatiquement éloignées de la prise en compte – pour ne pas évoquer l’analyse- de la complexité de la société russe. A sa place, ils sélectionnent les moments avec le plus haut niveau de potentiel choquant et les présentent comme une routine, produisant un portrait de la Russie inadéquat comme si on pouvait par exemple suggérer que la vie quotidienne des USA puisse être interprétée à travers les émeutes de Charlottesville d’Août 2017. Des analogies historiques sélectionnées peuvent offrir des voies stimulantes pour la discussion, mais elles n’offrent pas la rigueur d’une analyse propre au modèle des sciences sociales, n’ont pas de pouvoir prédictif et sont limitées dans leur utilité pour la compréhension des courants actuels.

Une autre erreur peut être notée dans la tentative de Snyder de dresser un parallèle entre un régime honni, à savoir son affirmation que le drapeau de la révolte du Donbass et de la république auto-proclamée de  Novorossiya a été inspiré par le drapeau des Confédérés américains.[1] En fait de nombreuses sources montrent que ce n’est pas le cas et que les insurgées ont, au contraire, été inspirés par le symbolisme de l’époque tzariste qui par hasard ressemble au drapeau confédéré.[2] Cette erreur illustre bien le présentisme de Snyder crée un cadre d’interprétation artificiel et américano-centré, modifiant les faits afin de les rendre plus alarmants et plus polarisés sur le public US.

L’usage d’analogies historiques pratiqué par Snyder crée aussi de fausses références. A titre d’exemple, il accuse Poutine d’avoir justifié l’annexion de la Crimée en référence à la doctrine du «  changement de frontières » de l’Allemagne, impliquant que Poutine ait pu comparer ouvertement ses actions à celles de l’Allemagne nazie. «  C’est avec de telles références historiques  à l’esprit (s’emparer de l’Autriche et d’une partie de la Tchécoslovaquie) que nous devons comprendre la suggestion présente dans le discours de Poutine que l’Allemagne devrait sympathiser avec la doctrine du changement de frontières »

C’est une grossière erreur. Le discours de Poutine se réfère très clairement à la réunification de l’Allemagne de 1990, pas à l’Anschluss ni à l’annexion des Sudètes.

Laissez-moi vous rappeler que dans le cours des consultations sur la réunification de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest, au niveau de l’expertise, bien que très élevée, certaines nations qui étaient alors et sont encore des alliées de l’Allemagne ne supportaient pas l’idée de la réunification. Notre nation, sans équivoque, a cependant supporté le désir sincère, impossible à arrêter des Allemands pour une unité nationale.

Ceci ne justifie bien sûr en rien l’annexion de la Crimée, mais cela démontre que la référence de Poutine portait sur la réunification de l’Allemagne plutôt que sur les actions des Nazis. L’inflation polémiste de Snyder est une sinistre distorsion de la rhétorique et des évènements : Les standards de Moscou sont la Guerre froide, pas l’ère Ribbentrop-Molotov

La question du pacte Molotov-Ribbentrop

A partir de 2014, Snyder a commencé à développer des arguments forts que la nouvelle inclinaison de la Russie vers le fascisme était la tendance croissante de Poutine et des officiels russes à réhabiliter le Pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

En 2009, juste avant un voyage de conciliation en Pologne, Poutine a publié un article dans le quotidien polonais Gazeta Wyborcza qui condamnait l’ancien agrément comme immoral : «  Sans doute, le Pacte Ribbentrop-Molotov d’Août 1939 doit être complètement condamné. » Mais en Novembre 2014, parlant devant une audience d’historiens russes au Musée d’histoire moderne de la Russie, le Président russe a partiellement retiré ses commentaires sur l’immoralité du Pacte. Il a à nouveau insisté sur le fait que les pays occidentaux avaient été les premiers à tenter d’éviter le conflit avec Hitler, laissant la Russie seule à faire face à la guerre sur le front de l’Est. Il ajouta une nouvelle nuance affirmant le droit de Moscou à éviter la guerre : «  Mais qu’y avait-il donc de si mauvais si les Russes ne voulaient pas se battre ? Qu’y avait-il de mauvais ? »

L’affirmation de Snyder disant que la Russie a complètement changé sa ligne est tout à fait questionnable. Le narratif russe a depuis longtemps fait correspondre les accords de Munich avec le Pacte Ribbentrop Molotov. Aux yeux du Kremlin, le Pacte est l’équivalent des Accords de Munich pour l’Ouest et ne peut à lui seul avoir accéléré l’entrée de l’Europe dans la guerre. Cette ligne n’a pas changé. En outre, le discours de Poutine de 2014 sur les mérites d’avoir voulu éviter la guerre était soigneusement à attacher à son contexte : il a été fait en des temps de grande tension internationale autour de l’Ukraine, et le message implicite était que la Russie voulait éviter la guerre avec l’Ouest. En 2015, Poutine a réitéré la même lecture du Pacte comme stratégie défensive,  affirmant, que « la sauvegarde de l’Union soviétique était le premier élément de ce Pacte. » On peut condamner le silence de la Russie sur l’historiographie officielle de la violence soviétique dans les terrains occupés, mais contrairement à l’affirmation de Snyder, il n’y a pas de rupture authentique dans la pensée de Poutine qui confirmerait une évolution du leader russe vers le fascisme. – la lige argumentaire du Pacte demeure la même.

Les liens d’amitié de la Russie avec l’extrême-droite européenne.

Dans des déclarations répétées, Snyder a  affirmé que le support de l’extrême-droite européenne par le Kremlin était dans la continuité de l’Alliance de Staline avec Hitler visant à détruire l’ordre du monde européen :

Tout comme Staline a cherché à tourner les forces les plus radicales de l’Europe, Adolf Hitler contre l’Europe elle-même, Poutine s’allie avec les populistes anti-européens, les fascistes, et les séparatistes. Ses alliés d’extrême-droite sont précisément les forces politiques qui souhaitent amener un terme à l’odre européen actuel : l’Union européenne.

Cet essai de parallèle historique ne tient pas pour plusieurs raisons.

 Premièrement, le récent succès politique du populisme et/ou de l’extrême-droite en Europe ne peut pas être réduit d’une façon simpliste à la «  montée du fascisme ». Bien que cela puisse être source d’inquiétude, cela ne justifie pas la combinaison de différents termes et de différentes notions ; La vaste majorité des spécialistes de l’extrême-droite européenne, dont Cas Mudde, sont d’accord pour dire que ces mouvements ne peuvent être vus comme des  mouvements post ou néo-fascistes dans leur dans leurs composantes sociales ou idéologiques.  Le concept beaucoup plus complexe de « Illibéralisme(s) » semble correspondre beaucoup mieux à la capture des tendances actuelles.

Deuxièmement, questionner la légitimité de l’Europe dans son état actuel ne peut pas être mis en parallèle avec le Nazisme. Il y a beaucoup de raisons de questionner l’Europe qui n’ont rien à voir avec un état d’esprit  fasciste. On ne peut pas interdire aux citoyens de  critiquer les fonctionnements de leurs institutions parce que les forces populistes avancent dans le discours anti-européen.

Troisièmement, les vagues d’illibéralisme en Hongrie et en Pologne, deux pays dont la population a été historiquement imprégnée de  la posture anti-russe, démontrent que la Russie ne peut être blâmée pour l’Euro-scepticisme croissant et l’illibéralisme de l’opinion publique européenne. Comme les universitaires de Tartu Andrey Makarychev et Aliaksei Kazharski le notent, ben que les discours de la Russie et de l’Europe centrale divergent sur de nombreux points, ils peuvent cependant être réunis dans leur critique de la vision prévalente de l’Europe comme un projet libéral, cosmopolite et supranational et à sa place, construire une autre point de vue sur une «  autre Europe » qui soit plus conservatrice et centrée sur la nation-état. Moscou joue indubitablement  sur ce pessimisme européen, mais son origine est à attribuer à la politique intérieure.

Quatrièmement, la politique du Kremlin à l’égard de l’Europe a un seul but plus englobant : trouver des voix qui rejettent l’actuel bellicisme et apellent au dialogue avec la Russie. C’est pourquoi Moscou est prête à s’engager avec quiconque proposant un tel agenda, que ce soit l’extrême-droite ou les groupes d’extrême-gauche et, d’une façon plus importante, les partis conservateurs  officiels et les corporations dominantes. C’est une démarche de Realpolitik de trouver tout point d’influence sur le théâtre européen plutôt qu’une forme de mariage exclusif et consistant avec l’extrême-droite.

 

Ivan Ilyin idéologue officiel de la Russie

Un quatrième argument plus consistant avancé par Snyder se rapporte au rôle majeur supposé de l’intellectuel émigré Ivan Ilyin (1883–1954) dans l’idéologie de Poutine. Dans ses articles, et dans une plus grande mesure dans son livre Road to Unfreedom, Snyder semble obsédé par l’idée que le Kremlin a donné à Ilyin le statut d’idéologue officiel. Dans un détour inutile, il a même été jusqu’à essayer de blamer son ideologie pour l’interférence du Kremlin dans les élections présidentielles de 2016.

Je ne discuterai pas ici la définition de Ilyin comme “prophète du fascisme russe” donnée par Snyder à Ilyin, une définition qui nécessiterait une plus profonde exploration de la philosophie politique de Iliyn – mais je chercherai son soi-disant rôle central dans les apports de tout ce que Snyder abhorre dans l’actuel régime russe. Snyder clame qu’ «  aucun penseur du 21ième siècle n’a été réhabilité de cette manière ni n’a joui d’une telle influence dans la politique mondiale ». C’est une exagération scandaleuse sur le statut d’Iliyn qui révèle l’ignorance de Snyder sur la façon dont le régime russe fonctionne et instrumentalise les idéologies. Plusieurs arguments rejettent cette affirmation.

Tout d’abord, Snyder met systématiquement de côté tous les débats universitaires sur la nature du régime de Poutine.   Il ignore les recherches sur l’équilibrage des divers groupes d’intérêt effectué par le Kremlin menées par plusieurs chercheurs de pointe, y compris Brian Taylor dans son ouvrage récent, The Code of Putinism. L’affirmation typique de Snyder «  Ilyin sert les milliardaires post-sovietiques » (Road to Unfreedom, 29) et que le Fascisle est utilisé par les oligarches russes sont de bons exemples d’une telle formulation  réductionniste qui n’articule pas la relation supposée entre l’idéologie du régime et son statut d’état rentier.

Le régime de Poutine a démontré une habilité importante à être sensible au contexte et à se réinventer sans arrêt. Il est faible en endoctrinement par volonté, non par défaut. Cependant Snyder ne prend pas en considération les recherches effectuées sur cette théorie, documentées par de nombreux universitaires ainsi que par les experts russes et les technologistes-politiques comme Gleb Pavlovsky et Evgeni Minchenko.  Au lieu de cela il se réfère à des données prélevées au hasard qui servent ses arguments politiques polémiques dans leur ensemble, contribuant à transformer des penseurs isolés comme Iliyn – comme d’autres chercheurs l’avaient fait avec Dugin avant lui-  en arbre qui cachent la forêt.

Deuxiémement, comme je l’argumente en détails ailleurs, Poutine a montré une déférence spéciale à l’égard d’Ilyin ( Il l’a cité à cinq reprises et a consacré sa tombe en 2009) mais ceci ne signifie pas qu’il soit une autorité philosophique pour le régime. Il n’y a pas de nouveau Marx ou de nouveau Lénine dans le système de Poutine. Pour tout dire, le Président russe a fait des allusions favorables à Lev Gumilev, un partisan moderne de l’Eurasisme, à  six reprises.  Bien que Ilyin n’ait jamais lu le travail de Gumilev, il dénonce l’Eurasisme comme un «  subterfuge mental ». Plus encore, les citations d’Ilyin sélectionnées pour les interventions de Poutine illustrent la vision la plus conventionnelle de la Russie, sa culture et le rôle de l’état ; aucune n’est liée aux déclarations les plus controversées de Ilyin  touchant l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste. Lorsque les écrits de Ilyin sont introduits dans le panthéon du Kremlin, ce n’est que pour des déclarations très officielles sur l’état russe.

Bien que Ilyin puisse être bien sûr considéré comme l’inspiration idéologique pour une émigration pro-orthodoxe, pro-blanche et favorable à une faction pro-Romanov, de l’élite russe, il est faux de proclamer qu’il soit devenu l’autorité philosophique principale de l’administration. Cette dernière recouvre une vaste variété de figures et de thèmes, offrant  un bricolage idéologique à multiples faces dans lequel Ilyin n’est qu’un parmi de nombreux, nombreux autres. La seule production doctrinale de l’administration Poutine, via le groupe de pression de l’ISEPI, sont les soi-disant Cours Berdiaev, nommées d’après le philosophe Nikolai Berdiaev (1874-1948), dont la vision politique est moins conservatrice que celle d’Ilyin. Malheureusement, évitant apparemment les points qui pourraient contrer ou affaiblir ses arguments, Snyder ne discute pas la signification de la sélection présidentielle de Berdiaev plutôt que de Ilyin, ni  ne prend en compte la propre opposition de Berdiaev aux écrits de Ilyin.

Troisièmement, Snyder semble sincèrement croire que Poutine écrit son discours annuel à la Douma lui-même (Road to Unfreedom, 18) bien qu’il soit connu que – comme tout autre chef d’état- il a des rédacteurs qui lui écrivent ses discours. Pareillement, il semble croire que les mentions par Poutine d’Ilyin lors des questions-réponses annuelles en direct ou des entretiens avec les étudiants, sont des références spontanées au penseur émigré, bien que la nature écrit de ces évènements, qui implique des questions choisies au préalable et plusieurs répétitions, ont été largement analysées.

Et enfin, dernier point mais non des moindres, Snyder s’appuie fréquemment à des techniques d’associations faciles, ajoutant des «  comme Ilyin », «  sur le modèle de Ilyin »,  «  Pour Poutine comme pour Ilyin », et d’autres affirmations similaires dans presque toutes les citations de Poutine concernant le positionnement de la Russie sur la scène internationale. Ceci crée la fausse impression que la pensée d’Ilyin informe chacune des affirmations de Potine et chacune de ses décisions politiques.

Cependant, il n’est pas besoin pour chaque officiel russe de lire Iliyn pour célébrer l’exceptionnalité de la civilisation russe, clamer que l’Ukraine est une partie inséparable de la Russie ou pour critiquer l’Union européenne. Le Kremlin n’a pas eu besoin de lire Iliyn pour  croire que l’annexion de la Crimée était une bonne réponse stratégique aux incertitudes produites par la révolution d’e l’Euromaidan.  De la même façon l’affirmation selon laquelle le concept de la politique internationale russe de 2013 incluant «  une série de changements correspondant aux idées de Ilyin, des Eurasistes et de leur tradition fasciste » (Road to Unfreedom, 99) n’est pas seulement une affirmation dénuée de tout fondement et de toute preuve mais aussi une négation frappante des processus bureaucratiques  produisant les documents officiels.

 

Conclusions

Le fait que Timothy Snyder soit un intellectuel ayant une influence publique et un historien respecté n’est pas un motif pour que les spécialistes ne mettent pas en cause ses analyses faciles et polémiques sur l’état de la Russie contemporaine. En embrouillant le large débat sur la Russie, Snyder nie la nécessité d’une analyse objective des traits qui pourraient être catalogués de « fascistes » dans le régime de Poutine. Distorsions, inadéquations, et interprétations sélectives n’aident pas à éclairer ce qui guide le positionnement sur la scène internationale du pouvoir russe et en particulier sur la scène européenne. Les techniques du réductionnisme simpliste et les raisonnements invalides rendent les analyses confuses – et déforment les réponses politiques.

Contrairement à ce qu’il affirme, le Kremlin ne vit pas dans un univers idéologique inspiré par l’Allemagne nazie, mais dans un monde où les décennies post-Yalta, les années Yeltsin-Gorbachev et la chute de l’URSS continuent à constituer les références historiques essentielles et les traumas. C’est Snyder lui-même qui évoque d’une façon persistante l’atmosphère d’une Europe d’avant-guerre,  décrivant un monde dans lequel apparemment chaque évènement et chaque question contemporaine devient sensée uniquement comme une répétition supposée d’un moment du passé.

Marlene Laruelle est Professeur de recherche, Directrice associée à l’IERES, Directrice du Programme pour l’Asie centrale, et co-directrice de PONARS Eurasia à l’Université Georges Washington.

Ci-dessous deux articles en appui à l’analyse de Marlene Laruelle qui permettront de construire un point de vue documenté et distant, donc évidemment nuancé,  dans l’uniformisation propagandique qui martèle le public dans la presse officielle.

Comprendre le nouveau régime russe  Jean-Robert Raviot

La société civile en Russie Myriam Desert Revue Cairn

Pourquoi la politique de Moscou est-elle ” Westphalienne” ? Patrick Armstrong

WHY MOSCOW’S FOREIGN PHILOSOPHY IS “WESTPHALIAN”

Pour quelles raisons la politique étrangère de Moscou est-elle «  Westphalienne » ?

Le 11 AVRIL 11, 2018 par PATRICK ARMSTRONG

Actuellement, il existe deux sortes de politiques étrangères : Ici   l’une, Westphalienne, Paul Robinson les décrit : l’une d’elle traditionnelle, dans laquelle chaque peuple est une entité souveraine, appelée «  Westphalienne »  et l’autre dans laquelle il n’y a que deux sortes d’états, « les justes et les injustes ». Ils ne sont égaux ni moralement ni légalement. D’autres l’ont appelée le second “idéalisme” ou “diplomatie morale”. Il existe une tradition continue pour les USA de se considérer comme une toute nouvelle catégorie de pays, comme rappelé ici,   et la référence morale est parfois aussi nommée  “Wilsonienne” d’après le Président qui souhaitait « apprendre aux républiques d’Amérique du sud à élire des hommes bons » mais c’est complètement bipartisan, comme en témoigne le « Corrolaire Roosevelt  » dans lequel Théodore Roosevelt arroge aux Etats unis d’Amérique, en tant que «  pays civilisé » le droit d’intervenir dans les « cas flagrant de mauvaises actions ou d’imcompétence». Aucune de ces approches n’est nouvelles,  il a toujours existé des pays qui ont cru que leurs dieux leur donnaient la mission d’instruire et de discipliner leurs voisins et d’autres contents de les laisser.

La position moraliste est érigée sur l’assomption que le pays du narrateur est vertueux, que sa vertu est évidente et démontrable, que sa vertu est un fait. Le manque de vertu des autres pays est également un fait. Certains pays sont vertueux et d’autres non, et les pays vertueux ont le droit de faire certaines choses interdites aux non-vertueux.  Pas de suppositions mais de la réalité. Pas d’espoir mais de la réalisation, pas de relativité mais de l’absolu, pas de subjectif mais de l’objectif. Pour présenter ça d’une façon un peu grossière, on se demande comment un adulte peut croire ce genre de choses. Mais il les croit. Et sans broncher de surcroît.

« Nos enfants ont besoin de savoir qu’ils sont citoyens de ce pays exceptionnel, le plus puissant, généreux et noble pays de l’histoire de l’humanité.  Plus que tout, l’Amérique est indispensable – et exceptionnelle- à cause de ses valeurs. Le monde nous regarde pour la mise en place des droits humains, pour les droits des LGTB, pour ceux des minorités ethniques ou religieuses, pour ceux des personnes handicapées et pour tous les gens qui, partout attendent la paix. Nous nous mettons au défi, nous-mêmes et les autres nations de toujours faire mieux. »

Quelle chance que le meilleur et le plus noble des pays soit aussi le plus puissant ! Les Etats unis sont le quartier général de la notion que certains (ou serait-ce un seul) pays sont «  exceptionnels » et opèrent sous différents mais plus élevés standards que les plus simplement ordinaires. Lors des dernières deux décennies, l’idée s’est répandue dans l’Ouest, en général, comme l’observe Robinson, par l’intermédiaire de la distinction (auto-attribuée) de « ceux qui respectent et ceux qui ne respectent pas les droits humains ».  L’Ouest, est-il besoin de le dire, se considérant comme les respectant.

Certains parmi nous sont donc élevés moralement et d’autres non. Ceux qui n’y sont pas devraient préparer leur défense, c’est mauvais pour l’espérance de vie d’être sur la liste des mécréants comme  Slobodan Milosevich, Saddam Hussein et Muammar Kadhafi peuvent l’attester. Il est frappant de constater comment cette supériorité morale est exprimée à force de sanction et de bombardements plutôt qu’à l’aide d’exemples, mais les doués d’exceptions morales peuvent faire ce genre de chose justement parce qu’ils sont des exceptionnels moralement. Et quand Milosevic est amnistié,  que les Armes de destruction massive qui étaient le prétexte pour le renversement de Saddam Hussein  sont absentes et quand il est découvert que Kadhafi ne « bombardait pas son propre peuple », la pureté morale  voit les exceptionnalistes lever les épaules et passer à autre chose, des enfants sont morts mais c’était pour la bonne cause. .Les Exceptionnalistes bombardent les hôpitaux par  erreur.  Les autres le font volontairement.

Le camp «  idéaliste » est conduit par Washington, alors que Moscou est devenue le chef des porte-parole du camp «  réaliste ». Presque tous les discours que Poutine a fait  appel au «  multilatéralisme » ou, pour Robinson à «  l’odre traditionnel, westphalien dans lequel chaque état a une entité souveraine égale. » Le voici dans une interview datant de 2000, mais de très très nombreuses fois depuis :

Le monde ne peut pas des développer effectivement et positivement si un seul état a le monopole de la prise et de l’application de toutes les décisions. Dans l’histoire de l’espèce humaine, la tentation d’un tel monopole ne s’est jamais bien terminée.  Pour cette raison, nous sommes constamment entrain de proposer une nouvelle structure démocratique mondiale.

Il y a plusieurs raisons pour que Poutine fasse appel (et Yeltsine avant lui) à la primauté des nations unies dans un système mondial multilatéral. Deux sont évidemment à des fins d’usage personnel : La Russie est un membre permanent de l’UNSC et deuxièmement, elle a peur de se retrouver sur la liste des pays à toucher par les Exceptionnalistes.  Et étant donné la prédominance des «  violations des droits humains » comme «  justifications pour une intervention humanitaire », l’annuel rapport des droits humains (US State Department human rights report) montre qu’ils ont de bonnes raisons d’avoir peur.

Mais il y a d’autres raisons pour lesquelles Moscou est dédiée à «  un ordre traditionnel westphalien, ordre par lequel tous les états sont égaux en tant qu’entités souveraines »  et elles ne sont pas faciles à oublier :

L’URSS a passé 70 ans à mener une politique étrangère «  exceptionnaliste » et  ça a été un fiasco.

L’URSS en tant que «  premier état socialiste du monde » était le porte-drapeau d’un   « futur rayonnant pour l’humanité » un , novus ordo seculorum,  et même un nouveau type d’homme, – « новый советский человек ».  Elle était le pays exceptionnel., elle était le «  meilleur et le plus noble des pays de toute l’histoire de l’humanité, elle était le chef de file de «  tous les peuples aspirant à la paix ». Elle intervenait dans le monde  entier au nom de sa supériorité morale auto-proclamée. Les Partis communistes de tous les pays faisaient écho à la sagesse supérieure de Moscou. Le Parti communiste allemand collaborait avec le Parti Nazi pour affaiblir la République de Weimar. Pourquoi ? Parce que le Socialisme allait l’emporter lorsque Weimar serait déchue. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé : les Nazis l’ont emporté et l’URSS a payé un prix colossal pour leur triomphe.  Cuba, état socialiste ( L’Île de la liberté) devait être soutenu par le Leader mondial du communisme. Leur soutien a amené le monde au bord d’une guerre nucléaire. Tout petit mouvement s’intitulant socialiste demandait l’aide de Moscou, même dans des pays dont les membres décrépis du Politburo n’avaient jamais entendu parler. Il fallait leur fournir des armes, des prêts, des secours et un support diplomatique.

Il aurait été inconcevable pour le premier pays socialiste du monde de ne pas intervenir en Afghanistan quand le gouvernement soi-disant socialiste a commencé à chanceler. Socialiste un jour socialiste pour toujours.

Quand les forces hostiles au socialisme essaient de faire tourner le développement de certains pays socialistes vers le capitalisme, cela devient non seulement le problème du pays concerné mais un problème commun et une préoccupation pour tous les pays socialistes.

Comment l’URSS pourrait-elle éviter de prêter de l’argent ou des armes a tout état se réclamant du socialisme ? Les mouvements pour la Paix devaient être infiltrés parce que la théorie prétendait que seul le socialisme amenait la pais=x. ëtre exceptionnel génère de lourdes obligations.

Plus que tout autre peuple sur terre, nous portons des charges et acceptons des risques sans précédent quant à leur taille et à leur durée, non pour nous seuls mais au nom de tous ceux que nous voulons libres.  (En fait John Kennedy mais Brejnev aurait probablement dit la même chose, bien qu’en plus long)

 Considérons, à titre d’exemple, la Pologne. L’URSS l’a libérée des Nazis qui avait tué presque le cinquième de sa population. Staline redessina la carte de façon à ce que, pour la première fois de l’histoire, toute la Pologne historique soit unie et que son territoire soit presque complètement homogène ethniquement.  L’URSS est intervenue dans la politique polonaise et dans la vie civile pendant quatre décennies, croyant moralement le devoir afin que le«  futur resplendissant de l’espèce humaine  bénéficie au peuple polonais. Ou du moins était-ce que que les Exceptionnalistes du Kremlin disaient.  Pour quel résultat ? Au moment où il est devenu clair que les tanks n’allaient pas venir, la Pologne a balancé les Soviets, l’alliance et tout le paquet socialiste. Et ceci partout dans les autres états socialistes amis. C’était une bulle. Les pays exceptionnels n’ont pas d’amis parce qu’ils n’ont pas d’égaux, ils ne peuvent qu’avoir des clients mais les clients doivent être nourris et achetés.

La Fédération russe, en tant que successeure de l’URSS, a hérité de ce qu’elle possédait et de qui la possédait. Mais il y avait une grosse différence : la dette était réelle, les crédits ne l’étaient pas. La Russie a payé tout ce qu’elle devait et annulé ce qu’on lui devait. Dans le cas de Cuba, en 2014, Poutine a annulé 32 milliards de $ de dette.

L’URSS avait prêté des fonds aux «  Pays socialistes » africains – en tant que tête du monde socialiste, comment pouvait-elle refuser ? Poutine vient d’en annuler 20 milliards de dollars  Etc. L’Exceptionnalisme est de l’argent jeté dans un puits.

En 1987, un court article de Yevgeniy Primakov parut dans la  Pravda : « Une nouvelle philosophie de politique étrangère ». Principalement, il y disait que la politique étrangère de la Russie avait été un échec : elle avait réduit la sécurité et menait le pays à la faillite. Après 70 ans d’exceptionnalisme, que restait-il ? Pas d’amitié, plutôt l’opposé. Pas de profit financier, juste des coûts. Le leader du bloc socialiste et le bloc lui-même évaporé comme s’ils n’avaient jamais existé. Tout cela pour rien. Et pire que rien : voici ce que dit Poutine lui-même en 1999 :

Pendant Presque les trois-quart de ce siècle, la Russie a vécu sous le signe de la propagation de la doctrine communiste. Ce serait une erreur de ne pas voir, et pire encore de nier les succès indéniables de ce temps. Mais ce serait une ereur bien pire de ne pas realiser le prix faramineux que notre pays a payé pour cette experience bolchevique.  Plus encore, ce serait une erreur de ne pas comprendre sa futilité historique.  Le Communisme et le pouvoir des Soviets n’ont pas fait de la Russie un pays prospère avec une société se développant d’une façon dynamique et un people libre. Le Communisme a implacablement démontré sn inaptitude à créer un auto-développement sain, condamnant notre pays à rester à la traîne des pays économiquement avancés. C’était une impasse, loin des courants des civilisations développées.

“ Prix outrageant “ “ Futilité historique”, “ Inaptitude”, “ Régression régulière” “ Une impasse” : Rien, pas d’argent, pas d’amis, pas de pouvoir, pas de prospérité. Rien, ni à l’intrieur des frontiers, ni à l’extérieur.

Moscou sait que la route de l’exceptionnalisme est une route qui mène à une impasse parce qu’elle a perdu 70 années sur cette route.  Et quelqu’irritant ou imparfait que soit «  l’ordre traditionnel, Westphalien dans lequel chaque état est une souveraineté égale » Moscou sait que «  l’idéalisme «  est complètement dénué de valeur.

Il est important d’observer que le «  Système westphalien » a été nommé ainsi après les nombreux agréments qui en 1648 ont permis la fin des guerre de religion en Europe   en acceptant le principe de cuius regio, eius religio ou le fait que chaque état serait autorisé à faire ses propres choix. En d’autres termes, le Westphalianisme n’a été accepté qu’après que l’idéalisme ait brûlé tout sur son passage. C’est une vieille leçon que la Russie a apprise mais que Washington, avec son gros porte-monnaie n’a pas assimilée.

Encore…

 

La complète stupidité de la guerre froide par Gary Leupp

La complète stupidité de la nouvelle guerre froide

 

 

Par GARY LEUPP

 

 

7557185012_ebaa098fcb_o-1

Photo by Jedimentat44 | CC BY 2.0

 

 

 

Cela semble si étrange, vingt-sept années après la chute du Mur de Berlin  de devoir endurer un nouvelle Guerre froide avec la (en fait capitaliste) Russie.

Le Président russe est attaqué par la classe politique officielle et les medias comme ils n’ont jamais attaqué les anciens leaders soviétiques, il est personnellement diffamé et traité de corrompu, de dictateur vénal, arrêtant et assassinant  des opposants politiques, des journalistes dissidents, voulant à tout prix restaurer l’URSS.

(La dernière accusation s’appuyant largement sur le commentaire de Vladimir Putin disant que la dissolution de l’URSS avait été « une catastrophe », « une tragédie » – ce qu’à plus d’un égard elle a été. La presse choisissant d’ignorer ce qui suivait disant que «  Quiconque ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, mais quiconque veut la restaurer n’a pas de cerveau. » Ce qui rentre en conflit avec le simple point de vue affirmant que Putin regrette la Russie impériale des Tzars, sinon ses commissaires et, brûlant de ressentiment à l’égard du triomphe occidental, projette une revanche parfaite à travers des guerres d’agression et des expansions territoriales.

Les medias US, suivant le scripte de Département d’état dépeignent la Russie comme un pouvoir expansionniste. Qu’ils puissent le faire, avec un tel succès, jusqu’à ce que même les plus progressifs citoyens – comme ceux consternés par la victoire de Trump se sentant enclins à blâmer des forces extérieures-  puissent le croire, est le témoignage de la force résistante de leur pouvoir  et de l’utilité de la création d’un état d’esprit favorable à la Guerre froide.

Les autorités militaires nous rappellent sans cesse : Nous nous levons contre une menace existentielle ! Et on a envie de dire que ça, évidemment, n’a aucun sens ! La Russie est deux fois plus grande que les US avec la moitié de sa population. Ses bases à l’étranger peuvent être comptées avec les doigts des deux mains. Les US ont plus de 800 bases à l’étranger.

Le budget de l’armée russe représente 14%  de celui des USA.  Elle se réclame pas d’être une nation exceptionnelle envoyée par Dieu pour préserver la “ sécurité “  suivant ses termes partout sur la surface du globe.

Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, les USA ont déclenché des guerres  (parfois en créant de nouveaux états-clients) en Bosnie ( 1994.5) en Serbie  (1999)  en Afghanistan ( 2001- ?)  en Irak ( 2003- ?) en Libye ( 2011) en Syrie ( 2014-?) tout en envoyant des pluies de frappes par drones du Pakistan au Yémen en passant par l’Afrique du nord. Ces guerres-basées-sur-du-mensonge  ont produit des centaines de milliers de morts civils, des millions de réfugiés, et la catastrophe actuelle à travers tout le «  Projet pour un grand Moyen-Orient ».

Il n’est aucune raison de sous-estimer leurs malfaisances.

Les USA sont à la tête d’une alliance militaire en expansion formée en 1949 afin de contrer l’Union soviétique et le communisme global en général. Sa raison d’être est morte depuis de nombreuses années. Cependant elle est passée de 16 à 28 membres depuis 1999, et les nouveaux membres, l’Estonie et la Lettonie partagent des frontières avec la Russie.

(Imaginez le Pacte de Varsovie s’étendant jusqu’à inclure Mexico. Mais non, le Pacte de Varsovie de l’URSS et des six alliés européens a été dissous il y a 26 ans dans l’attente idéaliste que l’OTAN suivrait en un grand mouvement de coopération et de paix)

Et cette alliance de l’OTAN, en théorie prévue pour défendre le Nord-Atlantique a été déployée tout d’abord après la longue (et pacifique) Guerre froide dans ce qui avait été une  Yougoslavie neutre (n’ayant jamais été membre du Traité de Varsovie ni de l’OTAN), l’Afghanistan ( à plus de 4828 kilomètres de l’Atlantique nord) et le pays d’Afrique du nord, la Libye. L’été dernier, l’OTAN a effectué ses manœuvres les plus imposantes depuis la chute de l’Union soviétique, impliquant 31.000 militaires en Pologne, répétant une guerre contre la Russie. (Le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier les a d’ailleurs critiquées en les qualifiant de bellicistes)

Les officiels de l’Alliance ont exprimé leur outrage quand la Russie a répondu à cette belligérance en plaçant un nouveau missile sol-air S-400 ainsi qu’un système nucléaire Iskander sur son territoire de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie sur la côte baltique. Mais la Russie a été, en fait, comparativement plutôt passive au sens militaire pendant toute cette période.

En 1999, alors que l’OTAN s’apprêtait à occuper la province serbe du Kosovo (bientôt proclamée pays indépendant en violation des lois internationales), les gardiens de la paix russes se précipitaient à l’aéroport de Pristina, Kosovo afin d’asseoir le rôle russe dans l’avenir de la province serbe. C’était un geste hardi qui aurait pu provoquer un choc entre l’OTAN et la Russie. Mais l’officier britannique présent sur le terrain, refusa sagement l’ordre donné par le Général  Wesley Clark de bloquer le mouvement russe, déclarant qu’il ne déclarerait pas la troisième guerre pour le Général Clark.

Ceci, souvenons-nous,  s’est passé après que le secrétaire d’état Bill Clinton, Madeleine Albright ( souvenez-vous, la compares d’Hillary qui a déclaré qu’il y aurait une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne voteraient pas pour des femmes) a présenté aux négociateurs russes et serbes à Rambouillet un plan pour l’occupation par l’OTAN non seulement du Kosovo mais de toute la Serbie. C’était une exigence ridicule, rejetée par les Ruses et par les serbes mais dépeinte par la porte-parole non-officielle du Département d’état et belliciste Christiane Amanpour comme “ la volonté de la communauté international”. Comme si la Russie n’était pas membre de cette communauté internationale.*

L’opération de l’aéroport était largement un challenge symbolique à l’hégémonie américaine  sur l’ex-Yougoslavie, une marque de protestation qui aurait du être prise au sérieux à l’époque.

En tous cas, le nouveau leader de la Russie,  Poutine fût aimable après les attaques du 11 septembre  2001, allant jusqu’à offrir à l’OTAN un corridor de transport militaire à travers la Russie jusqu’en Afghanistan ( fermé en 2015). Ceci fût salué par George W. Bush par l’accroissement du nombre des pays de l’OTAN augmenté de sept pays en 2004. ( La presse américaine ne rendit qu’un léger compte de cet extraordinaire développement géopolitique, elle vit et continue de voir l’expansion de l’OTAN comme aussi peu problématique que l’expansion des Nations unies ou de l’Europe) Puis en avril 2008, l’OTAN annonça que la Géorgie ferait partie des prochains membres à rejoindre l’alliance.

Bientôt le Président géorgien fou  Mikhail Saakashvili, stimulé par la perspective de son appartenance à venir à l’OTAN déclencha une guerre contre la province dissidente de l’Ossétie du sud, qui n’a jamais accepté son rattachement au nouvel état de Géorgie établi sur la dissolution de la République socialiste de Géorgie de 1991. Les Ossètes, craignant le nationalisme résurgent géorgien cherchèrent un rapprochement avec la Fédération russe. Et le peuple de l’Abkhazia fit de même.

Les deux  « conflits gelés » entre la Géorgie et ses peuples, sont restés tells à cause du déploiement des forces russes et géorgiennes de main mise de la paix. La Russie n’avait pas reconnu ces régions comme indépendantes  ni donné son accord pour leur inclusion dans la Fédération russe. Mais quand des soldats russes moururent  dans une attaque de la Géorgie en août, la Russie répondit par une brève invasion punitive. Reconnaissant ensuite les deux états nouveaux (six mois après que les USA aient reconnu le Kosovo)

Saakashvili, au cas où vous soyez intéressés, fût destitué, accusé de crimes économiques, et privé de sa citoyenneté géorgienne. Après un emploi bref à l’Ecole de droit international et de diplomatie de Fletcher, à propos duquel, en tant que membre de la faculté de Tufts, je me sens profondément honteux – il fût employé comme gouverneur d’Odessa en Ukraine par le régime pro-OTAN mis au pouvoir par le coup d’état du 22 février 2014 soutenu par l’OTAN.

Le Sen. John McCain a proclamé en 2008 : «  Nous sommes tous des Géorgiens maintenant » et a plaidé pour l’aide militaire américaine au régime géorgien En tant qu’avocat de la guerre comme régle, MC. Cain devint alors le premier défenseur d’un changement de régime en Ukraine afin de permettre l’entrée de ce pays dans l’OTAN. Les néocons au Département d’état comprenant principalement l’amie de MC Cain Victoria Nuland, décidèrent de placer 5 milliards de dollars dans le support aux  « aspirations européennes du peuple  ukrainien » ( ce qui veut dire : le désire de nombreux ukrainiens dans la partie ouest du pays de joindre l’UE- risquant, bien que vraisemblablement sans le réaliser, une réduction de leur niveau de vie sous un programme d’austérité à la manière grecque – suivi par une appartenance à l’OTAN, resserrant le nœud coulant autour de la Russie.

Le  président ukrainien a opté pour un pack d’aide généreux. Cette décision – de nier ces “ aspirations européennes ” fut utilisée pour arranger le coup d’état.

Mais regardons cela du point de vue russe. Regardons simplement cette carte montrant l’expansion de l’OTAN et imaginons le s’étendre sur ce vaste territoire ( le plus vaste d’Europe en fait) entre la Russie à l’est et la Pologne à l’ouest, longeant la Mer noire au sud. Les pays faisant partie de l’OTAN sont à présent montrés en bleu foncé, l’Ukraine et la Géorgie en vert. Imaginons l’incliusion de ces pays. Et imaginons que l’OTAN demande à la Russie de libérer ses équipement navals de Sébastopol, qui sont russes depuis 1783, les retournant en faveur de l’alliance (on répète l’anti-russe). Comment quiconque pourrait-il comprendre la situation en Ukraine sans prendre en compte cette base historique ?

Les Russes ont dénoncé le coup d’état contre le Président Yanukovych (élu démocratiquement- si cela importe- en 2010) qui a été fomenté par des néo-fascistes  et marqué dès le début par une campagne anti-russe infecte encouragée par le Département d’état US. La majorité de la population à l’est du pays, habité par des ethnies russes parlant Russe et n’ayant fait partie de l’Ukraine qu’à partir de 1917, ont aussi dénoncé le coup d’état et refusé d’accepter le régime anticonstitutionnel qui a pris le pouvoir le 22 février.

Quand ces individus rejetèrent le nouveau gouvernement et déclarèrent leur autonomie, l’armée ukrainienne fut envoyée pour les réprimer mais échoua, d’une façon embarrassante, quand les troupes, confrontées aux Babushkas en colère leur tournèrent le dos.  Le régime depuis lors s’appuie sur le néo-fasciste Azov Battalion pour persécuter les sécessionnistes  dans ce qui est devenu depuis un autre “ conflit gelé”.

La Russie, sans aucun doute, a assisté les sécessionnistes pendant qu’ils refusaient leur annexion  au territoire ukrainien, poussant à la création d’un système fédéral pour le pays  négocié par les parties. Des familles russes  enjambèrent la frontière russo-ukrainienne. Il y a de nombreux vétérans de la guerre contre l’Afghanistan dans les deux pays. L’armée soviétique intégrait des éléments russes et des ukrainiens. On peut assumer qu’il y a plus qu’assez de Russes en colère à propos d’atrocités comme celles  des meurtres des 42 Russes opposants au gouvernement à Odessa pour alimenter les volontaires du Dombas.

Mais il existe peu de preuves (mise à part la poignée de rapport faisant état de quelques douzaines de “ véhicules militaires non catégorisés en provenance de Russie à la fin 2014) d’une «  invasion » russe de l’Ukraine. Et l’annexion de la Crimée (c’est-à-dire la restauration de son statut de territoire russe de 1954) suivant un référendum tout à d=fait crédible, n’a nécessité aucune «  invasion » puisque il y avait déjà 38.000 soldats stationnés là. Tout ce qui leur restait à faire était de sécuriser les bâtiments du gouvernement, et de donner aux soldats ukrainiens l’option de quitter ou de rejoindre l’armée russe. (Beaucoup de soldats ukrainiens  ont choisi de rester et d’adopter la citoyenneté russe.)

Malgré tout, ces deux incidents – la brève guerre contre la Géorgie de 2008 et la réponse ( tempérée) de Moscou au coup d’état ukrainien de 2014- ont été présenté comme des preuves d’un projet global d’expansion militaire, demandant une réponse ferme des US. L’ensemble de la classe des commentateurs des medias câblés adopte ce récit.

Mais ce sont des fous aveugles. Qui a, en ce jeune siècle, entraîné plus de désordre que les USA, saccageant des pays entiers, massacrant des centaines de milliers d’innocents, provoqué plus d’outrages à travers des séances de tortures grotesquement décrites, générant de nouvelles troupes terroristes et inondant l’Europe de réfugiés qui comprennent quelques individus prêts à semer le chaos et la terreur dans les villes européennes ?  Comment une personne rationnelle peut-elle avec un tant soit peu  de lucidité sur l’histoire depuis 1991,  conclure que c’est la Russie qui est l’agresseur ?

Et pourtant, c’est ce que dit la sagesse populaire. Je doute de pouvoir obtenir un poste de commentateur à la télévision, si vous me le demandez. Les téléprompteurs vont faire allusion quotidiennement à l’agression de Poutine et à l’expansion russe et au besoin pour tout Président mâture de respecter la tradition séculaire de supporter l’OTAN à n’importe quel prix. Et donc maintenant, les commentateurs se doivent de répéter ce que 17 services de renseignement ont conclu : «  Vladimir Poutine a interféré avec les élections américaines »

Puisqu’il n’y a aucune preuve de ce fait, on doit conclure que les Démocrates perdants  ont plongé les mains dans le sac assez fiable des boucs émissaires  et postulé que la Russie et Poutine en particulier doivent avoir piraté le DNC afin de – à travers la révélation de sources de première main d’une validité irrécusable, révélant la détermination de le DNC à faire élire Clinton, tout en Donald Trump comme le candidat républicain – sabotant Sanders et en promouvant ( à travers leurs représentants médiatiques) compromettre la légitimité de Clinton.

Toutes sortes de libéraux, y compris les meilleurs défenseurs de Sanders comme Tina Turner, sont complètement embarqués dans la champagne de diffamation anti-Poutine. C’est triste et préoccupant que tant de personnes progressistes souhaitent sauter dans le train d’une nouvelle guerre froide. C’est comme si ils n’avaient rien appris de l’histoire mais avaient positivement hâte, dans leur peur et leur rage, de revivre l’époque du Maccarthysme.

Mais le fond de l’affaire est que la russophobie américaine ne repose pas sur la raison, le jugement ou le savoir sur l’histoire récente et sur la capacité à faire des comparaisons rationnelles. Elle repose sur des présupposées quasi-religieux sur «  l’exceptionnalisme américain” et en particulier sur le droit des USA à s’étendre militairement au dépend de la Russie – comme un bien évident en soi, plutôt que comme le risque affreux distinct, évident d’une menace de troisième guerre mondiale.

Les faucons du Congrès – bipartisans, immoraux, ignorant, soumis à Israël, opportunistes salauds – sont déterminés à dissuader le président –élu ( la bile me monte à la gorge en utilisant ce terme mais c’est vrai, c’est ce qu’il est techniquement)  de tout rapprochement significatif avec la Russie ( Mon  dieu, ils doivent être horrifiés à l’idée de la possibilité que Trump suive le conseil donné par Kissinger de reconnaître le droit d’annexion russe de la Crimée ! )  Ils veulent tant l’embarrasser avec l’accusation d’être ( Comme Hillary l’a accuse lors de la champagne) la « marionnette » de Poutine qu’il se dédit de sa vague promesse de «  s’entendre avec la Russie »

Ils  ne veulent pas s’entendre avec la Russie. Ils veulent plus d’expansion de l’OTAN, plus de confrontations. Ils sont furieux contre la victoire russo-syrienne contre les forces menées par Al Qaeda soutenues par les USA en Syrie, spécialement la libération d’Alep que les médias US (1) n’ont jamais pu couvrir n’ayant aucun journalistes sur place et peu d’intérêt puisque les événements de Syrie provoquaient d’une façon si puissante les points proposés par le Département d’état organisaient les reportages (2). Transformant systématiquement, comme la victoire tragique du mal, la victoire d’Assad sur une héroïque opposition imaginaire et (3) voyant le renforcement de la position de la Syrie comme la réémergence de la Russie comme superpuissance.  (ce qu’ils ne peuvent absolument pas accepter, au titre d’une sorte de conviction religieuse. Les USA de la doctrine officielle devant maintenir «  leur dominance sur un spectre entier » sur la monde et prohiber l’émergence de tout compétiteur possible, pour toujours.)

*****

La première Guerre froide était basée sur la peur de l’Occident capitaliste devant l’expansion socialiste. Elle était basée sur la compréhension que l’URSS avait battu les Nazis, avait une prestige extraordinaire dans le monde et représentait alors le centre du mouvement d’accès global au communisme dans le monde.  Elle était basée sur la crainte de voir plus de pays affirmer leur indépendance face à au capitalisme impérialiste, empêchant les investisseurs d’accèder le monde des affaires. Elle avait un contenu idéologique. Celle-ci n’en a pas. La Russie comme les USA sont engagés dans le capitalisme et l’idéologie néolibérale. Leurs conflits sont de mêmes natures que ceux des USA et de l’Allemagne au début du 20ième siècle. Le Kaiser était au moins aussi «  démocratique » que l’étaient les US, le système n’était pas le problème. Il s’gissait juste de s’affronter pour le pouvoir, et comme cela s’est produit, les uSA intervenant dans la Première guerre mondiale tardivement et après que tout le monde soit épuisé, n’eurent qu’à nettoyer la place. Lors de la deuxième guerre mondiale, en Europe, les USA avaient hésité à envahir le continent en dépit des appels répétés des Soviets à le faire, ils ont répondu à la chute de Berlin aux mains des forces armées rouges en déployant des témoignages de forces vers la ville afin de pouvoir en réclamer le crédit partagé.

Puis les choses se tendirent, après la guerre, établissant  leur hégémonie sur presque toute l’Europe – beaucoup, beaucoup plus d’Europe que celle devenue une zone pro-soviétique, qui s’est depuis la fin du Traité de Varsovie complètement évaporée. La Russie est une version tronquée, affaiblie de son ancien self. Elle ne menace les USA d’aucune des façons don’t les USA s’effrayent eux-mêmes. Elle ne s’étend pas sous forme d’alliance militaire, elle ne détruit pas le Moyen –Orient à travers des changements de régime justifiés auprès des Américains par une désinformation pure et simple. En septembre 2015, Putin a demandé aux US, aux Nations unies «  Réalisez-vous ce que vous avez fait ? »

Malheureusement, les habitants de ce pays ne sont pas éduqués par leurs écoles, par la presse ou même par leurs site web favoris, à réaliser ce qui s’est fait et à quel point c’est horrible, et comment tout est basé sur des mensonges. Les informations mensongères sont ce qui est à l’ordre du jour.

Le haut est le bas, le noir est le blanc, la Russie est l’agresseur, les USA sont la victime. Le nouveau président doit jouer avec son équipe et , au nom de dieu, comprendre que Poutine est l’Hitler de notre temps et si Trump veut s’entendre avec lui, il faudra qu’il devienne un joueur de l’équipe embrassant la plus basique de ces vérités  dans ce pays si particulièrement impérialiste : La Russie ( avec son patrimoine nucléaire, qui fait pendant à égalité avec celui des USA) est l’ennemi, dont chaque action se doit d’enflammer les sentiments anti-Russes,  comme le sentiment par défaut à l’égard de ce pays encerclé par l’OTAN, criblé de sanctions, non menaçant en place d’une relation raisonnable et prudente.

*****

L’affreux « correspondant national en chef » de CNN, John King ( ancien époux de Dana Bash,  l’également affreuse «  correspondante politique en chef » de CNN, vient juste de poser une question, avec un air d’agressivité irritée :  «  Qui Donald Trump respecte-t-il le plus ? Les services de renseignements US ou le type qui a commence Wikileaks ? »  (Assange)

IC’est une exigence pour le camp Trump d’acheter le jeu du blame sur les Russes, ou d’être accuse de diffamation comme proche du lanceur d’alerte motive piour exposer les crimes multiples de l’impérialisme US.

.Donc, la vraie question est : Est-ce que Trump joue le jeu et crédite les  « les services de renseignements »  qui génèrent des «  productions des services de renseignements » à la carte, ou est-ce qu’il repousse les poussées des bellicistes qui cherchent une épreuve de force avec la Russie de Poutine ? Est-ce que la seconde Guerre froide va tou »ner court gentiment ou culminer dans une conflagration que la « Destruction mutuelle assure » (MAD)  était supposée rendre impossible ?

La dernière solution serait plus que stupide. Mais les gens stupides – ou les gens sages exploitant cyniquement la stupidité des autres – modèlent l’opinion chaque jour et depuis la première Guerre froide se sont basés sur d’innombrables mensonges.

Gary Leupp est Professeur d’histoire à l’Université de Tufts et occupe un poste au Département des religions. Il est l’auteur de «  Servants, Shophands eand laborers in the town of Tokugawa au Japon, Male colors, The construction of homosexuality à Tokugawa, Japon, de Interratial intimacy in Japan, Westerne men and japanese women, 1543. 1900. Il est contributeur à “ Hopeless : Barack Obama etand the politics of illusion ( AK Press)s Professor of History at Tufts University, and holds a secondary appointment in the Department of Religion. He is the author of Servants, Shophands and Laborers in in the Cities of Tokugawa JapanMale Colors: The Construction of Homosexuality in Tokugawa Japan; and Interracial Intimacy in Japan: Western Men and Japanese Women, 1543-1900. He is a contributor to Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion, (AK Press). 

Il peut être joint à gleupp@tufts.edu

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

Plus d’articles de :GARY LEUPP