AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Ploutocratie

La signification du Vendredi noir [Black Friday]

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

 

30a13284-45a8-46d8-b959-f0b710dcd802

Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader °, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

 

BF

 

La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «  Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

 

Freedom_from_Want

By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  « liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»  ( avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

 

Black Friday Kicks Off Start To U.S. Holiday Shopping

Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

 

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

188faaa2-9ddd-4e06-ae39-5487536e028c (1)

Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

 

e1437bdc-e3d2-4f76-9433-44288aacd97f

Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

 

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Advertisements

Quelle sécurité l’armée US et les services extérieurs assurent-ils ?

Le travail de Noam Chomsky permet de toujours remettre les faits et actions politiques dans un contexte plus large, l’histoire d’une idéologie de l’impérialisme américain et des choix qu’elle impose au monde.  Nous pouvons ainsi suivre à la trace les véritables préoccupations politiques derrière les principes affichés de maintien de la paix et de la sécurité à travers le monde. Nous pouvons aussi constater que la présence de tous les régimes dictatoriaux, religieux extrémistes ou non, ont tous eu l’aval et le soutien militaire et financier des différents gouvernements qui se sont succédés. La raison sous-jacente à cette apparente absurdité dans la désignation des ennemis trouve dans le texte ci-joint son éclairage et sa rationalité. EG

Quelle sécurité l’armée US et les services extérieurs assurent-t-ils?

Common Dreams

Par  Noam Chomsky

 

chomsjy

Soldats américains participant au déclenchement d’un incendie reel lors d’un entrainement de l’OTAN en Allemagne. (Photo: flickr / cc / MATEUS_27:24&25)

 

La question de savoir comment est déterminée la politique étrangère est un point crucial dans le monde des affaires. Dans le commentaire qui suit, je ne peux fournir que quelques entrées sur la façon dont le sujet peut être envisagé productivement, m’en tenant aux USA pour plusieurs raisons. La première, les USA n’ont pas leur pareil en ce qui concerne leur signification mondiale et leur impact. La deuxième, c’est une société inhabituellement ouverte, d’une façon vraisemblablement unique, ce qui signifie qu’on peut en savoir plus à cet égard. Et enfin, et c’est tout simplement un point le plus important pour les Américains, ils sont à même d’influencer les choix politiques des USA – et bien entendu des autres pays, pour autant que leurs actions puissent influencer de tels choix. Les principes généraux, malgré tout, s’étendent aux puissances  principales et bien au-delà.

 

Il y a une “ version communément acceptée” par les universitaires, les déclarations gouvernementales et le discours publique. Elle suppose que le premier engagement des gouvernements est d’assurer la sécurité et que la première préoccupation des USA et de ses alliés depuis 1945 a été la menace soviétique.

Il y a de multiples façons d’évaluer la doctrine. Une question évidente à poser est la suivante : Que s’est-il passé lorsque la menace soviétique a disparu en 1989 ? Réponse : tout a continué comme avant.

Les USA ont immédiatement envahi Panama, tuant probablement des limiers de personnes et installant un régime de potiches. C’est une pratique de routine dans les territoires dominés par les USA- mais dans ce cas précis pas complétement la routine. Pour la première fois, un choix majeur de politique étrangère ne se justifiait pas par la prétendue menace russe.

A sa place, une série de prétextes frauduleux furent concoctés pour l’invasion qui cèdent immédiatement à l’examen. Les médias ont carillonné avec enthousiasme, louant la merveilleuse réussite qu’était la défaite de Panama, peu inquiet du fait que les prétextes étaient absurdes, que l’acte lui-même était une violation radicale des lois internationales et qu’elle était amèrement condamnée ailleurs, le plus sévèrement surtout en Amérique du Sud. Comme fut ignoré le veto des USA sur une résolution du Conseil de Sécurité  condamnant les crimes commis par les troupes américaines pendant l’invasion, voté à l’unanimité, avec comme seule abstention la Grand Bretagne.

Tout ça de la routine ? Et tout ça oublié ( ce qui fait aussi partie de la routine)

 Du Salvador à la frontière russe.

L’administration de George H. Bush élabora une nouvelle politique de sécurité nationale et un budget de la défense en réaction à la chute de l’ennemi global. Il s’agissait à peu près du même que précédemment bien qu’avec de nouveaux prétextes. Il apparut donc nécessaire de maintenir un appareil militaire presque aussi important que celui du reste du monde regroupé et beaucoup plus avancé sur le plan de la sophistication technologique- mais plus pour le défense contre une menace non existante de l’Union Soviétique. Maintenant, plutôt, l’excuse se porta sur l’escalade de la «  sophistication technologique » des pays du Tiers Monde. Les intellectuels disciplinés comprirent qu’il aurait été de mauvais goût de basculer dans le ridicule, aussi maintinrent-ils un silence adéquat.

Les USA, insistaient les nouveaux programmes, devaient maintenir la « base d’une défense industrielle ». La phrase est un euphémisme, se référant généralement à l’industrie high-tech qui repose lourdement sur ses interventions importantes de l’état pour la recherche et le développement, souvent sous la couverture du Pentagone, dans ce que les économistes continuent de nommer l’ « économie du libre-échange » américaine.

Un des plus intéressants approvisionnements du nouveau plan concernait le Moyen Orient. Là, déclara-t-on, Washington devait maintenir des forces d’interventions dans cette région cruciale où les problèmes majeurs n’ « auraient pas pu être déposés à la porte du Kremlin ». Contrairement à cinquante années de tromperie, il était calmement concédé que le souci principal n’était pas les Russes mais plutôt ce qui fût nommé le «  nationalisme radical », c’est-à-dire le nationalisme indépendant n’étant pas sous le contrôle des US.

Tout ceci avait des incidences évidentes sur la version standard mais est passé inaperçu- ou peut-être est passé inaperçu pour cette même raison.

D’autres évènements importants se sont produits juste après la chute du mur du mur de Berlin, achevant la guerre froide. Une d’entre elles fut le Salvador, le principal destinataire de l’aide militaire des USA – Israël et l’Egypte mis à part, catégorie séparée. Et avec l’un des pires records de violations des droits de l’homme jamais vu. Il y a là une et familière très proche corrélation.

Le Haut commandement du Salvador ordonna à la brigade Atlacat d’envahir l’Université des Jésuites et d’assassiner six leaders parmi les intellectuels d’Amérique du Sud, tous les Jésuites, y compris le recteur Frère Ignacio Ellacuria ainsi que tous les témoins, c’est-à-dire, le personnel domestique et leur fille. La Brigade venait juste de revenir d’un entrainement anti insurrectionnel poussé au Centre et à l’Ecole Militaire Spéciale de l’armée US John F. Kennedy de Fort Bragg, en Caroline du Nord et avait déjà laissé derrière elle la trace sanglante de milliers de victimes habituelles dans le cadre de la campagne de terreur menée par les US au Salvador, une partie d’un programme plus étendu de  terreur et de torture sur toute la région.  Tout ça, juste la routine ? Ignorée et virtuellement oubliée  par les USA et leurs alliés, ceci aussi routine. Mais qui nous en dit long sur les facteurs qui mènent les choix politiques, si nous prenons la peine de regarder le monde réel.

Un autre évènement important se produisit en Europe. Le Président de L’URSS Mikhail Gorbatchev accepta l’unification de l’Allemagne et son adhésion à l’OTAN, une alliance militaire hostile. A la lumière de l’histoire récente était une concession surprenante. Mais il y eu un quiproquo. Le Président Bush et le Secrétaire d’Etat James Baker agréèrent que l’l’OTAN ne s’étendrait pas «  d’un pouce vers l’Est », ce qui signifiait en Allemagne de l’Est. Immédiatement, ils étendirent l’OTAN en Allemagne de l’Est.

Gorbachev se sentit évidemment outragé, mais comme il se plaignit on lui fit savoir de Washington que ça n’avait été qu’une promesse verbale, un accord informel, donc sans réelle valeur. Si il avait été assez naïf pour faire confiance à la parole des leaders américains, c’était son problème.

Tout ceci également, routine, routine, tout comme l’accord tacite et l’approbation de l’expansion de l’OTAN dans les US et dans l’Ouest en général. Le Président Bill Clinton étendit donc l’OTAN un peu plus loin, jusqu’aux frontière de la Russie. A l’heure actuelle, le monde fait face à une crise sérieuse qui n’est pas sans lien avec le résultat de ces politiques.

 

L’intérêt de piller les pauvres.

Une autre source de preuves sont les documents historiques rendus publiques. Ils contiennent des comptes rendus révélateurs sur les motifs qui guident la politique d’état. L’histoire est riche et complexe, mais quelques thèmes jouent un rôle dominant. Un d’eux a été clairement présenté lors d’un conférence de l’hémisphère occidental organisée par les US à Mexico en Février 1945 où Washington  imposa «  Une charte économique des Amériques » destinée à éliminer le nationalisme économique «  sous toutes ses formes ». Il y avait une condition non évoquée. Le nationalisme économique serait tout à fait convenable pour les USA dont l’économie s’appuie considérablement sur les aides de l’état.

L’élimination du nationalisme économique pour les autres se situait dans une stricte opposition avec les positions de l’Amérique Latine de l’époque que les membres du Département d’Etat décrivirent comme «  la philosophie du Nouveau Nationalisme [qui] comprend des politiques tendant à produire une distribution des richesses plus large et à élever les standards de vie des masses ». Et comme ajoutent les analystes US «  Les Américains du Sud sont convaincus que les premiers bénéficiaires du développement des ressources de leur pays devraient être les peuples de ces mêmes pays. »

Ceci, bien sûr n’est pas pensable. Washington comprends que les «  premiers bénéficiaires » devraient être les investisseurs américains, pendant que l’Amérique Latine remplit ses fonctions de service. Elle ne devrait pas, comme l’ont clairement précisé les administrations Truman et Eisenhower, subir « un développement industriel excessif » qui risquerait d’empiéter sur les intérêts américains.. Le Brésil pourrait donc produire de l’acier de basse qualité dont  les corporations américaines ne se soucient pas, mais cela deviendrait «  excessif » s’il en venait à rentrer en compétition avec les firmes américaines.

Des préoccupations identiques ont résonné tout au long de la période de l’après-guerre. Le système global supposé être dominé par les USA était menacé par ce que les documents nomment «  les régimes radicaux et nationalistes » répondant à la pression populaire en vue d’un développement indépendant. C’est cette préoccupation qui a motivé le renversement des parlements iraniens et guatémaliens en 1953 et 1954, ainsi que de nombreux autres. Dans le cas de l’Iran, le souci principal était l’impact potentiel de l’indépendance iranienne sur l’Egypte, alors en train de se débattre avec les pratiques coloniales britanniques. Au Guatemala, mis à part le crime commis par cette jeune démocratie en donnant du pouvoir à la majorité paysanne et en débordant sur les possessions de l’United Fruit Company » – déjà bien assez offensive- les inquiétudes de Washington portaient sur l’agitation ouvrière et la mobilisation populaire dans le voisinage des régimes dictatoriaux soutenus par les USA.

Dans les deux cas, les conséquences se font sentir au présent. Littéralement, pas un jour ne s’est écoulé depuis 1953 où les USA n’aient pas torturé le peuple iranien. Le Guatemala demeure une des pires chambres de l’horreur au monde. Jusqu’à maintenant, les Mayas cherchent à fuir les effets des campagnes militaires gouvernementales, proches du génocide dans les régions montagneuses, qui ont été soutenues par les Président Reagan et ses représentants officiels. Comme l’a rapporté récemment  le Directeur d’Oxfam, un médecin guatémaltèque : «  Il y a une détérioration dramatique du contexte politique, social et économique. Les attaques contre les défenseurs des Droits de l’Homme ont augmenté de 300% durant l’année dernière. Il y a des preuves très claires de l’existence d’une stratégie organisée par le secteur privé et par l’armée. Les deux ont mis main basse sur le gouvernement de façon à maintenir le statu quo  et d’imposer le modèle économique d’extraction, repoussant systématiquement les populations indigènes hors de leurs terres à cause de l’industrie des mines, de la culture des palmes et des plantations de canne à sucre. En plus, les mouvements sociaux pour la défense de leurs terres ont été criminalisés, beaucoup de leaders sont en prison et beaucoup d’autres ont été tués. »

Rien de ceci n’est connu aux USA et les causes les plus évidentes restent cachées.

Dans les années 1950, le Président Eisenhower et le Secrétaire d’Etat John Foster Dulles expliquèrent tout à fait clairement le dilemme auquel les Etats-Unis devaient faire face. Ils se plaignirent de l’avantage injuste qu’avaient les Communistes. Ils étaient capables d’ « attirer directement les masses » et de « prendre le contrôle des mouvements populaires, ce que nous n’avons pas la possibilité de reproduire, les pauvres sont ceux qu’ils attirent et ils ont toujours voulu piller les riches ».

Ceci pose des problèmes. Les US trouvent quelque peu difficile d’attirer les pauvres avec une doctrine où les riches sont supposés les piller.

 L’exemple cubain.

Une illustration Claire du modèle d’ensemble a été Cuba quand elle a finalement gagné son indépendance en 1959. En l’espace d’à peine quelques mois, les attaques militaires contre l’île commencèrent.  Peu de temps après, l’administration Eisenhower pris la décision secrète de renverser le gouvernement. Puis John F. Kennedy fut élu président. Il avait l’intention de consacrer plus d’attention à l’Amérique Latine et donc, en prenant ses fonctions, il créa un groupe d’étude pour le développement politique, dirigé par l’historien Arthur Schlesinger, qui établit un rapport pour le nouveau président.

Comme l’expliqua Schlesinger, la menace d’un Cuba indépendant était   «  l’idée de Castro de prendre en main ses propres affaires ». C’était  une idée  qui devait malheureusement être attrayante pour la majeure partie de la population sud-américaine  « où la distribution de la terre  et des autres formes de richesses nationales favorisait grandement les classes nanties,  et où les pauvres et les défavorisés, stimulés par l’exemple e la révolution cubaine, allaient maintenant exiger les moyens d’une vie décente » À  nouveau, le  traditionnel dilemme washingtonien.

Comme l’explique la CIA,  l’influence grandissante du Castroisme n’est pas une fonction du pouvoir cubain, l’ombre de Castro est menaçante parce que les conditions sociales et économiques à travers l’Amérique Latine invite à l’opposition à l’autorité et encourage l’agitation vers un changement radical » pour lequel Cuba peut offrir un modèle. Kennedy craignait que l’aide russe puisse faire de Cuba une vitrine du développement, offrant aux Soviets l’avantage à travers toute l’Amérique Latine.

Le Conseil du Département d’Etat pour la planification politique ‘The State Department Policy Planning Council » averti que «  le premier danger que nous affrontons avec Castro est… l’impact que l’existence même de son régime a sur les mouvements de gauche de beaucoup de pays d’Amérique Latine… le simple fait que Castro représente une provocation contre les USA couronnée de succès, une négation de toute notre politique dans l’hémisphère depuis presque un siècle et demi » c’est-à-dire depuis la doctrine de Monroe en 1824, quand les US ont déclaré leur intention de dominer tout l’hémisphère.

L’objectif immédiat à cette époque était de conquérir Cuba mais c’était impossible à cause du pouvoir de l’ennemi britannique. Cependant, le grand stratège John Quincy Adams, le père spirituel de la doctrine de Monroe et du Manifeste de la Destinée, informa ses collègues qu’avec le temps Cuba tomberait entre nos mains à cause  des «  lois de la gravitation politique » comme une pomme tombe d’un arbre. En bref, le pouvoir des US s’accroitrait et celui de l’Angleterre déclinerait.

En 1898, le pronostic d’Adams se réalisa. Les USA envahirent Cuba au nom de sa libération. En fait, cela empêchait la libération de l’île  par l’Espagne et la transformait en «  colonie virtuelle » pour citer les historiens Ernest May et Philip Zelikow. Cuba est resté dans cet état jusqu’en Janvier 1959, quand elle a gagné son indépendance. Depuis cette époque, elle a été sujette à de nombreuses guerres terroristes américaines, principalement pendant les années Kennedy et victime d’un étranglement économique. Pas à cause de Russes.

Le prétexte d’un bout à l’autre était que nous nous protégions contre la menace soviétique. Une explication absurde mais qui est généralement restée sans controverse. Un simple test sur cette thèse est ce qui est advenu quand toute menace soviétique a disparu. La politique des US envers Cuba est devenue encore plus dure, menée par les Démocrates libéraux, y compris par Bill Clinton, qui déborda par la droite les manœuvres de Bush lors des élections de 1992. Face à tout cela, ces évènements auraient dus considérablement peser sur la validité da cadre doctrinal des discussions sur la politique étrangère et sur les facteurs qui la guident. Une fois encore cependant, l’impact fut dérisoire.

Le virus du Nationalisme

Pour emprunter la terminologie de Henri Kissinger, le nationalisme indépendant est un “ virus” qui peut étendre sa contamination”. Kissinger faisait référence au Chili de Salvador Allende. Le virus était une idée qu’il puisse  y avoir une voie parlementaire vers une sorte de démocratie socialiste. La façon de traiter une telle menace était de détruire le virus et d’inoculer ceux qui pourraient être infectés, habituellement en leur imposant des états à la sécurité nationale meurtrière. Ceci a été accompli dans le cas du Chili mais il est important de savoir que cette stratégie touche le monde entier.

C’est par exemple, le raisonnement derrière la décision de s’opposer au nationalisme vietnamien dans le début des années 50 et de supporter l’effort français pour reconquérir son ancienne colonie. On craignait que la nationalisme indépendant vietnamien ne devienne un virus  qui puisse s’étendre dans les régions avoisinantes, y compris l’Indonésie, si riche en ressources naturelles. Ceci aurait même pu mener le Japon, – appelé le « Superdomino » par le spécialiste de l’Asie John Dower- à devenir le centre commercial et industriel d’un nouvel ordre dans le genre de celui que le Japon impérial s’était battu récemment pour imposer. Ceci aurait en retour, signifié que les USA avaient perdu la guerre du Pacifique, ce qui n’était pas une option envisageable dans les années 50. Le remède était clair- et largement appliqué. Le Vietnam fut virtuellement détruit et repris en main par une dictature qui empêcha le virus de se propager.

Rétrospectivement, le Conseiller de la Sécurité Nationale sous Kennedy. Johnson Mc Georges Bundy, suggéra que Washington aurait dû cesser la guerre du Viet Nam en 1965, quand la dictature de Suharto était installée en Indonésie, au prix de massacres immenses que la CIA compara aux crimes d’Hitler, de Staline et de Mao. Mais qui furent, cependant acclamés avec une euphorie sans limite par les US et par l’Ouest en général, parce que le «  bain de sang incroyable » comme la presse le décrivit gaillardement, mettait un point final à toutes les craintes de propagation et ouvrait les riches ressources de l’Indonésie à l’exploitation occidentale.

La même chose se produisit en Amérique Latine la même année. Un virus après l’autre furent vicieusement attaqués et ou bien détruits ou bien affaiblis jusqu’à être réduits à la survie. A partir du début des années 60 une vague de répression fut imposée sur le continent qui n’avait aucun précédent dans la violente histoire de l’hémisphère., s’étendant jusqu’en Amérique Centrale dans les années 1980, sous Ronald Reagan, un sujet sur lequel il n’est pas nécessaire de revenir.

La même chose à peu près se produisit dans le Moyen Orient. La relation unique des USA avec Israël fut établie sous la forme qu’on lui connait en 1967, quand Israël donna un coup  violent à l’Egypte, le centre du nationalisme arabe séculier. En faisant cela, il protégeait l’allié des USA l’Arabie Saoudite, alors engagée dans un conflit militaire contre l’Egypte et le Yémen. L’Arabie Saoudite, bien sûr, est l’état fondamentaliste le plus radical et également un état missionnaire, dépensant des sommes énormes pour la propagation de ses doctrines Whahabi-Salafistes au-delà de ses frontières. IL est important de se souvenir que les USA, comme l’Angleterre auparavant, ont tendu à supporter l’Islam fondamentaliste en opposition au nationalisme séculier, qui a toujours été perçu comme vecteur de plus de menaces d’indépendance et de contagion.

 La valeur du secret

Il y aurait beaucoup à ajouter mais les données officielles démontrent très clairement que la doctrine standard a peu de mérite. La sécurité dans son acceptation générale n’est pas un facteur essential dans la genèse du politique.

Reprenons :, dans son acceptation générale. Mais en évaluant la doctrine standard,nous devons nous demander ce qui est sous-entendu par “ sécurité” : la sécurité contre qui ?

Une réponse est la suivante : sécurité pour le pouvoir d’état. Il y a de nombreuses illustrations. Il y a l’illustration actuelle. En Mai les USA ont donné leur accord pour supporter une résolution de la Cour Pénale Internationale  pour mener une investigation sur les crimes de guerre en Syrie mais à une condition : qu’il n’y ait pas d’enquête possible sur les crimes de guerre israéliens. Ou par Washington, bien qu’il ne soit pas utile d’ajouter cette dernière condition. Seules les USA sont auto-immunes contre le système légal international. En fait il existe même une législation du Congrès autorisant les Président à utiliser la force armée pour «  sauver » tout American qui devrait passer devant le tribunal de La Hague pour être jugé. Le «  Netherlands Invasion Act », comme il est nommé parfois en Europe. Ceci illustre une nouvelle fois comme il est important de protéger la sécurité du pouvoir d’état.

Donc, protéger contre qui ? Il y a, en fait, un cas essentiel à préciser, celui du souci du gouvernement pour la protection du pouvoir d’état contre sa propre population. Comme tous ceux qui ont passé du temps à consulter les archives devraient le savoir, le secret gouvernemental est rarement motivé par un souci de sécurité mais il sert complètement à maintenir la population dans le noir. Et pour de bonnes raisons, qui furent lucidement expliquées par l’éminent spécialiste et conseiller gouvernemental Samuel Huntington, le Professeur de Sciences du Gouvernement à Harvard. Selon ses propres mots : «  Les architectes du pouvoir aux USA doivent créer une force qui doit être sentie mais invisible. Le Pouvoir reste fort quand il reste dans l’obscurité, exposé à la lumière il commence à s’évaporer »

Il écrivit ça en 1981, quand la Guerre Froide se réchauffait à nouveau et il expliqua plus loin que « vous pouvez avoir à vendre [ l’intervention ou toute autre action militaire] de façon à créer la fausse impression que c’est l’Union Soviétique que vous combattez. C’est ce qu’on fait les USA depuis la doctrine de Truman »

Ces vérités simples sont rarement reconnues mais elles apportent des éclairages sur le pouvoir d’état et sa politique qui ont des réverbérations sur le moment présent.

Le pouvoir d’état doit être protégé contre ses ennemis intérieurs, dans un contraste flagrant, la population n’est pas protégée contre le pouvoir d’état. Une illustration actuelle frappante est l’attaque radicale de la Constitution par la mise en place du programme de surveillance massive de l’administration Obama. Programme justifié bien sûr par la «  sécurité nationale ». Il s’agit de routine pour pratiquement toutes les actions de tous les états et apporte donc peu d’informations.

Quand le programme de surveillance de la NSA fut exposé par les révélations d’Edward Snowden, des officiels haut placés  affirmèrent qu’il avait permis de prévenir 54 actions terroristes. Après enquête, le chiffre a été ramené à une dizaine. Des représentants haut placés du gouvernement découvrir ensuite qu’il n’y avait en fait qu’un seul cas, quelqu’un avait envoyé 8500 dollars en Somalie. C’était donc le niveau de rendement de cet énorme assaut à la constitution américaine et, bien sûr, aux autres à travers le monde.

L’attitude de la Grande Bretagne est intéressante. En 2007, le gouvernement britannique fit appel à l’agence d’espionnage colossal pour «  analyser et retenir les numéros de téléphone mobile et les fax  de tout citoyen britannique, emails et adresse IP prit dans ses coups de filets. » rapporte The Guardian. C’est une indication utile de l’importance relative, aux yeux du gouvernement, du respect de la vie privée de ses citoyens et des exigences de Washington.

Une autre source d’inquiétude est la sécurité du pouvoir privé. Une des illustrations sont les accords gigantesques actuellement négociés, les Accords Trans-Pacifiques et Trans-Atlantiques. Ceux-ci sont négociés en secret – mais pas complètement en secret. Il n’y a pas de secret pour les centaines d’avocats des corporations qui dessinent les prévisions à venir. Il n’est pas difficile de deviner ce que le résultat sera et les quelques renseignement à leur propos suggèrent que les attentes sont précises.

En fait il ne s’agit pas même de négociations commerciales mais d’accords sur les droits des investisseurs.  A nouveau, le secret est extrêmement important pour protéger la première force politique impliquée, le secteur privé.

 Le dernier siècle de la civilisation humaine ?

Il y a d’autres exemples, trop nombreux pour être cites, des faits parfaitement établis et qui pourraient être transmis dans les écoles élémentaires dans des sociétés libres.

Il y a, autrement dit, des preuves que sécuriser le pouvoir d’état contre la population civile et sécuriser la concentration du pouvoir privé sont les forces motrices des formations politiques. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait aussi. Il existe des cas intéressants, dont certains tout à fait banals, de ces conflits d’intérêt mais nous pouvons considérer ceci comme une première approximation radicalement opposée à la doctrine standard généralement admise.

Penchons-nous sur une autre question : qu’en est-il de la sécurité de la population ? Il est facile de démontrer que c’est une préoccupation secondaire pour les planificateurs politiques.

Prenons deux exemples contemporains prééminents : le changement climatique et les armes nucléaires. Comme toute personne à peu près cultivée peut le savoir sans le moindre doute, il y a dans les deux une menace désastreuse pour la sécurité de la population. En nous tournant vers la politique d’état, nous trouvons qu’elle est investie dans l’accélération de ces deux menaces- dans l’intérêt de ses premières préoccupations, la protection du pouvoir d’état et de la concentration du pouvoir privé qui détermine largement les décisions politiques.

Considérons le changement climatique. Il y a maintenant beaucoup d’exubérance aux Etats Unis sur les «  100 ans d’indépendance énergétique » depuis que nous devenons «  L’Arabie Saoudite du siècle prochain » Peut-être le siècle ultime de l’espèce humaine si la politique actuelle persiste.

Ceci illustre très clairement la nature des soucis pour la sécurité, certainement pas celle de la population. Cela illustre également le calcul moral du capitalisme d’état anglo-américain. Le destin de nos petits-enfants ne compte pour rien comparé à l’impératif de la hausse des profits de demain.

Ces conclusions sont consolidées par un regard plus précis au système de propagande. Il existe aux USA une campagne de relations publiques gigantesque, organisée complètement ouvertement par les secteurs de l’énergie et le monde des affaires, afin d’essayer de convaincre le public que le réchauffement climatique est ou bien faux ou bien n’est pas le résultat des activités humaines. Et cela a eu un impact : le niveau d’inquiétude du public américain à propos du réchauffement climatique  plus bas que dans les autres pays et la stratification des résultats, au sein des Républicains, le parti le plus dédié aux intérêts des nantis et au pouvoir des corporations, le niveau de conscience est nettement plus bas que dans la norme globale.

Cette question est développée d’une façon intéressante dans le premier journal critique des médias

«  Le Columbia Journalism Review” , attribuant ce résultat à la doctrine médiatique “ justesse et équilibre” . Autrement dit, si un journal publie un article d’opinion reflétant les conclusions de 97% des scientifiques, il doit aussi produire le contre point en exprimant la perspective des magnas de l’énergie.

C’est bien sûr ce qui se produit, mais il n’existe certainement pas de doctrine  “ justesse et équilibre. Ainsi, si un journal produit une opinion dénonçant le Président Vladimir Poutine pour l’acte criminel commis en annexant la Crimée, il n’ certainement pas à exhiber un autre article disant que bien que l’acte soit criminel, le Russie a de bien plus forts arguments aujourd’hui qu’en avaient les USA il ya un siècle en annexant le sud-est de Cuba, y compris son port principal. Et en rejetant la demande cubaine depuis son indépendance de se le réapproprier.  Et la même chose est vraie pour de nombreux autres cas. L’actuelle doctrine médiatique de «  justesse  et d’équilibre »  lorsque les préoccupations du pouvoir privé concentré sont impliquées mais certainement pas dans les autres cas.

Sur la question de l’armement nucléaire, les données sont identiquement intéressantes- et effrayantes. Elles révèlent clairement que, depuis le tout début, la question de la sécurité des populations n’a jamais été un problème et le demeure. Il n’y a pas le temps dans ce cadre de préciser toutes les données choquantes mais il y a fort peu de doute qu’elles appuient fortement les plaintes du Général Lee Butler, le dernier commandant des forces aériennes stratégiques qui étaient équipées d’armes nucléaires. Selon ses mots nous avons survécu à l’ère nucléaire grâce à «  une combinaison de compétences, de chance  d’intervention divine et je suspecte cette dernière d’être celle qui a agi dans la plus forte proportion ». Et nous pouvons difficilement compter sur la prolongation de l’intervention divine lorsque les politiciens jouent à la roulette avec le destin de l’espèce en poursuivant les bases doctrinaires des décisions politiques.

Comme nous en sommes totalement prévenus, nous faisons face maintenant aux décisions les plus menaçantes de toute l’histoire de l’humanité. Il ya de multiples problèmes qui doivent être résolus mais deux d’entre eux sont accablants par leur portée er leur signification, la destruction de l’environnement et la guerre nucléaire. Pour la première fois dans notre histoire, nous sommes face à la possibilité de destruction d’une existence décente- et pas dans un futur éloigné. Pour cette seule raison, il est impératif de balayer les nuages de l’idéologie et de faire face honnêtement et d’une façon réaliste aux questions sur la façon dont les décisions politiques sont prises et sur ce que nous pouvons faire avant qu’il ne soit trop tard.

© 2014 Noam Chomsky

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

CEO Le Député Européen qui devint lobbyist

 

Article de CEO sur les liens plus qu’intimes entre les lobbies et les Députés du Parlement Européen. Cette institution a non seulement dégradé l’image de l’Europe au point de rendre des millions de citoyens sceptiques sur sa nécessité mais elle est par son fonctionnement quasi mafieux et ses liens permanents avec les lobbies les plus puissants de la planète une véritable honte pour ce qui se doit d’être appelé le Politique. Nous voulons une Europe unie, nous la vouons au nom des centaines de millions de morts qui en font le lit et à qui nous devons respect et entreprise. mais ce n’est pas l’Europe des Barons, toujours les mêmes que nous voulons, ceux qui s’engraissaient quand le peuple était exterminé sous leurs yeux, les Goulash Barons en 14.18, les Crowny capitalists, les mêmes, l’anti-démocratie a la peau dure. E.G

 

Le Député Européen qui devint un lobbyiste

March 31st 2014 Revolving doors

 

Comme nous approchons des élections européennes de la fin Mai, beaucoup de membres du parlement Européen commencent à envisager leur future carrière, soit parce qu’ils ont décidé de se retirer ou parce qu’ils craignent de perdre leur siège. Si l’expérience de la fin du mandant précédent de 2009 se répète, beaucoup d’entre eux vont être contactés par des firmes de lobbying ou par des groupes industriels espérant les allécher avec les portes tournantes : la voie qui mène du Parlement Européen aux cercles des lobbies est un chemin bien tracé.

 

De Député Européen à lobbyiste.

 

Karin Riis-Jørgensen a été Députée Européenne pendant quinze ans au cours desquels elle a siégé au comité du marché intérieur et à la protection des consommateurs entre autres. Rapidement après qu’elle ait quitté le parlement en 2009, elle est  devenue conseillère principale à la firme de lobbying  Kreab Gavin Anderson. Kreab cabinet de consultation  de lobbying avec un chiffre d’affaire annuel de près de quatre million d’euros. Ses clients en 2012 (l’année la plus récente  pour laquelle des informations soient disponibles sur le  EU Transparency Register) et qui inclut : Google, EDF, UBS, Goldman Sachs and Scania.

 

Un des clients de Riis-Jørgensen  à Kreab est Swedish Match, la compagnie de tabac controversée qui fût en 2012 le principal acteur du scandale de Dalligate. Le 16 Mars 2011 et le 6 Mars 2012 Riis –Jørgensen, avec le directeur des relations publiques de Swedish Match a rencontré les représentants du Secrétariat Général de la Commission Européenne afin de discuter de l’examen des directives sur les produits du tabac.

Riis-Jørgensen a confié   à CEO : « J’utilise maintenant mon expérience pour conseiller Kreab et quelques-uns de leurs clients sur la façon de créer un dialogue avec les décideurs de l’UE ». Quand elle a été interrogée sur son travail en tant que lobbyiste et sur les conflits d’intérêt potentiels  dus à son passé de Député du Parlement Européen,  Riis-Jørgensen dit :

« J’ai un rôle indépendant en tant que conseillère principale et je peux choisir où et quand je souhaite être impliquée. Je n’ai pas eu à être confrontée à quoi que ce soit pouvant suggérer un conflit d’intérêt dans ma fonction de Conseillère Principale chez Kreab »

Sa réponse complète peut être lue Her full response can be read ici.

Riis-Jørgensen est également la fondatrice et la présidente (bénévole) de la European Privacy Association  (EPA), un groupe de lobbying installé à Bruxelles qui défend les intérêts de grandes corporations  de IT (information technologique)  dans la bataille actuelle des lobbies autour des nouvelles règles européennes sur les données touchant la protection de la vie privée. L’ EPA est largement considérée comme un “groupe de tête” de  contre-information pour les multinationales  du numérique qui fait pression contre des règles fortes de protection des données privées, bien que le EPA démente cette accusation.

 

Quel est le problème ?

 

En dépit de la défense de Riis-Jørgensen, Corporate Europe Observatory (CEO) est inquiet à propos des risques de conflits d’intérêts  lorsque les Députés du Parlement Européen travaillent comme consultant des lobbies. Bien sûr les députes sont, dans leur nature même, des animaux politiques. Ils ne sont pas des officiels de l’UE dont on peut attendre sans ambiguïté qu’ils soient neutres et indépendants, nous ne devrions donc pas être surpris lorsqu’ils quittent leur bureau de les voir suivre leurs intérêts personnels.

Néanmoins, les Députés du parlement Européen reçoivent beaucoup d’informations, dont certaines ne sont pas accessibles au public, et ils ont des filets étendus de contacts politiques à travers les institutions européennes. Ils apportent également le prestige et la capacité à ouvrir des portes pour leurs clients. Ils développent aussi une richesse énorme de savoir interne sur la façon dont le « système » fonctionne et ils acquièrent tout cela lors de leur séjour dans la fonction publique.  Qu’ils utilisent ensuite tout ceci au bénéfice de clients de multinationales ou d’employeurs laisse, au mieux, un goût  amer dans la bouche, et, au pire, le risque de possibles conflits d’intérêts.

En tant qu’anciens Députés du Parlement Européen, leur accès de toujours au laisser-passer du Parlement Européen leur permet d’aller et venir comme ils l’entendent sans aucun contrôle qui vérifie si ils abusent du système en l’utilisant au profit des lobbies. Une autre possibilité pourrait être que les Députés lors de leur mandat puissent  accorder à leurs amis des grandes sociétés des faveurs, avec l’espoir de pouvoir s’assurer ainsi un emploi lucratif ultérieurement.  Il n’existe aucune preuve que des députés européens mentionnés là aient pu faire ça mais c’est une autre raison pour lesquelles nous devons nous soucier des députés passant par les portes tournantes.

 

 

Les Députés du Parlement Européen devenus lobbyistes de la finance.

 

Un autre cas de député du Parlement Européen ayant utilisé les portes tournantes est l’Anglais  John Purvis qui,  pendant ses quinze ans dans le corps législatif a été aussi vice-président du Comité des affaires économiques et monétaires   du Parlement Européen, où il travaillait apparemment en tant que rapporteur ou «  ombre » sur « tous les principaux services de législation financière ». Pendant son mandat, Purvis a été critiqué pour ses intérêts externes et les possibles conflits d’intérêt. Il était (et reste à l’heure actuelle)  un directeur de la Belgrave Capital Management qui se décrit elle-même comme «  un management d’investissement siégeant à Londres »

Après avoir quitté le Parlement Européen en 2009, John Purvis a rejoint le cabinet DN, un cabinet de consultation siégeant à Bruxelles, en tant que conseiller principal.

Comme partie de ses fonctions, il est président de  Financial Future  qui est un lobby de l’industrie financière.  Le conseil d’administration de Financial Future comprend plusieurs autres personnes qui ont aussi utilize les portes tournantes bruxelloises,  dont Eddy Wymeersch et un autre ancien Député du Parlement Européen,  Piia-Noora Kauppi.  Selon le EU Transparency Register, Financial Future  a rapporté entre 100,000 et 150,000 euros  de chiffre d’affaire pour le cabinet DN en 2013.

La Députée finlandaise Piia-Noora Kauppi  également centrée sur le travail du comité des affaires économique et monétaire, plus précisément sur la législation des marchés financiers, pendant ses neuf ans de présence au. Elle a été la rapporteuse de nombreux  dossiers législatifs ayant trait aux banques et était également la présidente du Forum des Services Financiers du Parlement Européen, fondé par l’industrie financière. Le résultat est son “’investissement Wall Street Journal rapporte que actif dans le dialogue entre les institutions européennes et les pourvoyeurs de services financiers” .

 

En 2005, le Kauppi, pendant qu’elle travaillait sur des nouvelles directives européennes touchant le blanchiment d’argent a “soumis de amendements qui empruntaient mot-pour-mot auEuropean Banking Industry Committee” qui est un groupe important de lobby de l’industrie. A l’époque, elle a reconnu avoir reçu l’aide de EBIC pour la rédaction de son amendement, disant :  “ Je ne me souviens pas ce qui provident de EBIC et ce qui a d’autres sources”.

Kauppi a démissionné de son poste de député à la fin de 2008 pour devenir directrice générale de la  Federation of Finnish Financial Services (FFI)  qui représente les banques, les assurances, les sociétés de crédit, les opérateurs boursiers, les sociétés de gestion et les employeurs financiers exerçant en Finlande.

Lorsqu’elle a pris ses fonctions à la FFI,  Kauppi a dit :

“J’ai beaucoup aimé travailler avec les affaires financières du Parlement Européen. Maintenant, dans ma nouvelle position, je peux faire usage de l’expérience gagnée au niveau législatif européen sur les marchés financiers. Le secteur financier va jouer un rôle de plus en plus important sur le marché interne dans l’avenir.”

En Décembre 2008, Kauppi  s’est vue attribuer le prix du “ Pire Conflit d’Intérêt” dans le cadre du “Prix du Pire Lobby”, organisé par des ONGs,  dont CEO.

Kauppi a confié à CEO qu’ “Il n’y avait pas d’empiètement de ses actuelles missions avec son travail passé en tant que Députée” et qu’elle n’avait pas envisagé la possibilité de conflits d’intérêt. Sa réponse complète peut être lue ici.

 

Et les portes continuent à tourner…

 

Ce ne sont pas que les Députés du centre-droit qui passent par les portes tournantes. Le centre-gauche a aussi sa part de Députés-devenus-consultants. Gary Titley est l’ancien chef du groupe du parti travailliste au Parlement Européen et Député à son quatrième mandant. Il a été membre de nombreux comités et également le vice-président du groupe socialiste responsable pour l’élargissement de l’Union Européenne. Lorsqu’il a rejoint le lobby  Hume Brophy  en Janvier 2010 en tant que conseiller principal, le directeur associé John Hume a dit:

“Nous sommes ravis que Gary joigne notre équipe. Il apporte une grande expérience législative à Hume Brophy et des points de vue essentiels pour nos clients. Gary est parfaitement à la mesure d’une expansion de notre clientèle. Il travaillera en priorité sur des questions touchant l’UE. ”

Un autre ancien député membre du parti travailliste   Glyn Ford a lui aussi utilise les portes tournantes. Ford a perdu son siège aux élections européennes de 2009, après avoir été député pendant 25 ans. Il figure à nouveau sur les listes du parti travailliste pour les élections de 2014. Dans les mois qui ont suivi son départ du Parlement Européen de 2009, Ford a joint  Polint, un cabinet de consultation basé en Grande Bretagne exerçant à Bruxelles  qui est spécialisé dans les affaires publiques européennes et les relations internationales. Il  offre “ des stratégies de politique et de communication spécialisées, dirigées en premier lieu vers le Parlement Européen, la Commission Européenne et le Conseil ”

Ford a également joint le cabinet de consultation  G+. G+ présente Glyn Ford sur son site web comme un conseiller  principal sur la politique d’Asie du Sud Est, se rapportant à l’expérience de l’Asie du Sud Est acquise par Ford en tant que député :

“ Au Parlement Européen, il a servi à la fois dans le commerce international et dans les comités des affaires étrangères, particulièrement sur des dossiers liés à l’Asie, ce qui lui donne une connaissance inégalée et des relations à Bruxelles et à Strasbourg. Pendant sa députation, Glyn a été responsable du traité de libre-échange avec les pays du ASEAN, de l’implantation de l’Accord de Partenariat Scientifique avec la République de Corée, il a aussi été le rapporteur fictif sur les accords commerciaux entre l’UE et le Japon et l’UE et la Chine. Glyn a aussi été membre de la délégation auprès du Parlement Japonais de 1984 à 2009.”

Selon le Registre Européen pour la Transparence,  EU’s Transparency Register, les clients de Gs en 2012 comprenaient un nombre de firmes japonaises comprenant :  JEITA (Japan Electronics & Information Technology Industries Association), JMC (Japan Machinery Center for Trade and Investment) and JAMA (Japan Automobile Manufacturers Association). La liste des clients de Polint comprend les mêmes compagnies japonaises et il semble clair que le travail de Ford pour G+ est mené à bien grâce à ses propres services de conseil.

Le EU’s Transparency Register ne precise pas sur quelles données spécifiques Polint  travaille avec chacun de ses clients  mais il indique pourtant que les négociations commerciales entre l’UE et le Japon sont un des domaines dans lesquels il travaille. Ford exerçait en tant que Député alors qu’il travaillait sur ces questions commerciales entre l’UE et le Japon.

 

Travailler pour face Book

 

D’anciens  Députés du Parlement Européen peuvent aussi être trouvés dans les rangs des lobbies des affaires.  Pendant qu’une député allemande, Erika Mann fondait et devenait la présidente associée de l’ European Internet Foundation qui groupe les Députés et l’industrie  afin de discuter des sujets ayant trait à Internet, elle  était également membre de l’équipe du Forum de la Société d’Information au sein de la Commission Européenne.

Après qu’elle ait quitté le Parlement en 2009, Mann a rejoint la Computer and Communications Industry Association et depuis Novembre 2011, elle a été le porte-parole principal de Face Book pour les institutions européennes.

Dans ce rôle,  elle a été très active pour promouvoir le Transatlantic trade and Investment Partnership ( TTIP). Comme l’a rapporté  David Cronin, en Avril 2013, elle a parlé à la  conférence de Dublin, où se trouve le siège de FaceBook international. Mann a dit qu’il serait “extrêmement important” pour un éventuel accord commercial de rendre les standards auxquels sont soumis les compagnies Internet “ plus cohérents”

 

Aucune règle pour les portes tournantes.

 

Il n’y a pratiquement aucune règle pour réguler le passage des députés du parlement Européen par les portes tournantes. Une fois qu’ils quittent  leurs fonctions lors d’une élection, les députes reçoivent une prime de transition  équivalent à un mois de salaire pour chaque année où ils ont exercé leur fonction avec une somme minimum pour six mois  et maximum pour 24 mois mais ils n’ont aucune obligation par rapport aux portes tournantes. Bien sûr, les anciens députés ont besoin de pouvoir gagner leur vie lorsqu’ils quittent leur poste, mais il est vraiment étonnant qu’il n’existe aucune règle pour éviter les conflits d’intérêt que ces chassés croisés provoquent.  La seule règle est celle du  code de conduite  des Députés du Parlement Européen 

http://www.europarl.europa.eu/pdf/meps/201305_Code_of_conduct_EN.pdf qui s’applique aux anciens députés et touche leur droit à utiliser les installations du Parlement Européen. Le code dit qu’un ancien député n’ont pas le droit d’utiliser leur pass à vie pour accéder au parlement si ils s “ont engagés dans un lobbying professionnel ou des activités de représentation directement liées aux processus de prises de décisions de l’Union Européenne ” mais il n’y a aucun système qui le gère ou appuie.

Nous devrons attendre le nouveau parlement et une révision du code de conduite des députés du parlement Européen pour qu’il y ait une opportunité d’introduire quelques règles quant aux portes tournantes mais Martin Schulz, président du Parlement Européen pourrait montrer son leadership maintenant en demandant aux députés qui quitteront le Parlement en 2014 de ne pas endommager plus la réputation de cette institution en évitant  d’accéder à des emplois dans les lobbies des multinationales à travers les portes tournantes.

 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Carte Blanche aux Corporations Traduction d’un article du Spiegel.

Dans cet article du Spiegel, nous retrouvons les mêmes préoccupations parfaitement légitimes que celles qui nous amènent à tenter de bloquer le cours des négociations sur le TTIP en France et dans tous les pays de l’Union Européenne. La mise à jour par les médias est un point important de cette lutte et nous souhaitons voir ce sujet traité pour le grand public qui ne peut que se lever contre une telle forfaiture portant à de si terribles conséquences. Le silence est la preuve évidente des craintes de voir  des réactions vives condamner ce qui est une prise de pouvoir des réseaux du néo-capitalisme sur le droit des citoyens et la souveraineté nationale.E.G

L’opposition aux plans d’ouverture d’un marché de libre-échange transatlantique grandit.  Jusqu’ici, les critiques s’étaient orientées sur le fait que l’échange était exclusivement orienté vers des intérêts économiques. Maintenant les craintes augmentent de voir donner trop de pouvoir aux corporations.E.G

 

Première partie

Lori Wallach avait dix minutes pour parler quand elle est montée sur le podium dans la Room 405 à l’université George Washington, située à peu de distance de la Maison Blanche. Son audience était composée de délégués négociant actuellement le marché de libre-échange transatlantique entre les USA et l’Union Européenne.

Ils avaient déjà passé des heures à écouter les présentations faites par tous les groupes de pression possibles- ayant le devoir d’écouter des myriades d’opinions. Mais quand Wallach, une experte du commerce pour le groupe de protection des consommateurs Public Citizen est montée sur le podium, tout le monde a commencé à prêter attention. L’avocate de 49 ans formée à Harvard, après tout, est une figure essentielle dans les débats sur le commerce international.

Wallach a attiré le respect et s’est bien sûr établie comme le pire cauchemar des économiste libéraux depuis qu’elle a mené à bien le déclenchement des manifestations de masse lors des pourparlers pour le commerce globalisé à Seattle en 1999. Même maintenant, la révolte contre les pourparlers de l’Organisation Mondiale du Commerce,  World Trade Organization à Seattle est considérée comme la marque initiale du mouvement anti-globalisation. Les gens ont tendance à écouter quand Wallach parle. «  L’accord prévu transférera le pouvoir des gouvernements élus et de la Société Civile aux corporations privées. »  dit-elle, avertissant que le projet présente des menaces d’une dimension totalement nouvelles.

Son auditoire, qui négocie le TTIP ( Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership) considère les choses différemment, naturellement. Leur tâche est une tâche massive. Le pacte doit aller beaucoup plus loin que l’élimination pure et simple des tarifs. En plus, les standards doivent être alignés ainsi que les régulations techniques, les normes et les procédures d’approbation doivent être harmonisées de façon à s’assurer que à la fois les biens et les services puissent être transportés à travers l’Atlantique aussi libre de toute bureaucratie et de toute barrière que possible.

Un Buisson d’épines de questions

Certains aspects des négociations sont tout à fait raisonnables : la façon de mettre au point une prise universelle pour les chargeurs de batterie par exemple. Mais d’autres, des questions plus controversées, sont déjà sur l’agenda, comme par exemple celle de savoir si les Américains pourront vendre du maïs génétiquement modifié sans le préciser sur le label, comme c’est le cas en Europe. Ou si la Food and Drug Administration sera autorisée à poursuivre ses assauts contre les fromages au lait cru, comme le Roquefort français.

Les partenaires de la négociation louent d’une façon enthousiaste la prospérité que les accords commerciaux vont créer. Le pacte qui pourrait être le plus important du monde, couvrira 800 millions de personnes et presque un tiers du commerce mondial. Le Président des USA a parlé de la création «  de centaines de milliers d’emplois de chaque côté de l’Atlantique » La Commission Européenne a calculé que cela profiterait à l’économie de 120 milliards d’euros. ( 162.5 milliards de dollars).

Néanmoins, on peut rencontrer beaucoup de sceptiques. Après le troisième round des négociations, une foule inhabituellement importante de groupes anti-globalisation, ONGs, associations pour la protection des consommateurs, des groupes pour les droits civiques et des syndicats ont joint leurs forces pour dénoncer le TTIP.

Ces critiques ont de nombreuses inquiétudes à propos du traité – y compris la crainte collective que la convergence des standards ne détruise des avancées importantes faites au cours des années dans les politiques de santé ou d’alimentation, dans la protection de l’environnement et les droits des travailleurs. Ils précisent que le traité rendra plus facile le gain de profits au détriment du public pour les corporations dans des domaines comme l’approvisionnement en eau, la santé ou l’éducation. Cela ouvrira aussi la route vers l’Europe à des technologies controversées comme l’extraction du gaz de schiste ou pour des denrées alimentaires indésirables comme la viande traitée aux hormones. Des droits d’auteurs vaguement rédigés vont aussi réduire l’accès à la culture, à l’éducation et à la science. Ils croient également que ce traité pourrait ouvrir les portes à une surveillance globale.

Un accord trop centré sur le marché

Les critiques disent que beaucoup de ces soucis sont justifiés parce que les négociateurs se tiennent très prêts des souhaits du secteur affairiste. «  Le but est de sécuriser et d’accroître les privilèges des compagnies et des investisseurs. » critique Wallach

Cela peut ressembler un peu à la théorie du complot. Mais le fond est évident, particulièrement si vous allez regarder les informations obtenues par l’ONG Corporate Europe Observatory. En utilisant le texte de loi sur la liberté d’information, l’organisation s’est vue autoriser l’accès à la liste des institutions avec lesquelles la Commission Européenne a tenu des discussions avant les négociations sur les accords commerciaux. L’ONG a trouvé que 93 % de ces pourparlers étaient tenus par des groupes représentants l’industrie. Des groupes industriels allant de la chambre du commerce américaine à des compagnies de transport se sont vues donner la possibilité de présenter leur souhaits pour un accord de libre-échange. Les associations de consommateurs et de protection de l’environnement en ont été exclues.

Les intérêts de la communauté industrielle dans une plus grande ouverture du marché sont évidents. Spécialement dans le secteur de l’industrie allemande, qui économiserait des millions annuellement si une régulation différée ne les forçait pas à fabriquer des rétroviseurs, des clignotants et des pare-chocs différents pour les marchés européens et américains. Les compagnies de produits chimiques ou pharmaceutiques espèrent aussi des autorisations plus accessibles pour leurs produits dans le strict marché nord-américain. Et l’agro-industrie subventionnée aimerait avoir le droit d’exporter ses surplus de lait et de porc à l’étranger.

Une classe en soi

Ce sont tous les facteurs qui ont amené le gouvernement allemand à se positionner jusqu’ici comme une force majeure derrière le TTIP. Cependant, même les plus ardents supporters de cet accord ont des doutes sérieux sur un de ses points importants : sa clause concernant le Investor- State Dispute Settlement ( ISDS).

Celle-ci peut sembler sans danger mais elle ne l’est pas. Ces clauses pourront créer une sorte de système légal parallèle pour les corporations, leur donnant principalement une carte blanche qui tombera hors des lois nationales.

Voilà comment ça marche : si une compagnie se sentait de quelque manière que ce soit désavantagée ou si ses intérêts étaient d’une certaine façon foulés au pied, elle aurait le droit de déposer plainte auprès d’une cour d’arbitrage de trois juges. Le pays en question y a un juge, la compagnie un autre et le troisième serait ou bien choisi par les deux premiers ou dans une liste de candidats qualifiés. Cette cour privée d’arbitrage aurait le pouvoir de déterminer d’énormes compensations financières si les profits de l’investisseur sont supposés avoir été réduits – à cause par exemple d’une loi nationale. Les difficultés pourront être très importantes pour l’application d’une telle procédure mais la décision sera définitive et sans appel.

Priver les pays de leur pouvoir

Le ISDS prive principalement la justice nationale de son pouvoir. Et il pourrait également avoir de dangereux effets secondaires. La crainte de grosses amendes pourrait considérablement limiter l’espace de manœuvre des gouvernements.

C’est la leçon qu’a apprise l’Argentine en 2003. Suivant la réforme monétaire du pays, une compagnie américaine à déposer plainte contre les dommages subis. L’existence de traités bilatéraux entre les USA et l’Argentine signifiait que la compagnie ferait appel à la cour d’arbitrage, qui ordonna en dernier lieu que le pays paye une amende de 133 millions de dollars.

De tels systèmes à double-entrée n’ont rien de nouveau. Les états membres de l’Union Européenne ont codifié certains niveaux de la protection des investisseurs  dans 1400 traités bilatéraux dès le fin des années 1980. L’Allemagne a elle seule possède 136 traités qui avait originellement comme but de sécuriser les investissements dans les pays qui n’avaient pas de système légaux fiables.

Mais de telles dispositions sont devenues des standards depuis dans presque tous les traités bilatéraux- même dans ceux conclus entre des nations industrialisées. Ils sont opérationnels aussi. L’augmentation du nombre de procédures d’arbitrage a augmenté précipitamment et les économies développées sont ciblées de plus en plus fréquemment.

Deuxième partie

Récemment par exemple, la province canadienne du Québec a décidé de mettre un terme aux pratiques controversées de l’extraction du gaz de schiste. Une compagnie américaine l’a poursuivi à hauteur de 250 millions de dollars pour compenser les investissements déjà effectués dans le secteur et pour la perte des profits.  La multinationale des géants du tabac Philip Morris a également poursuivi l’Australie pour des milliards de dollars de dommages et intérêts après que le gouvernement ait passé une loi exigeant un empaquetage simplifié afin de dissuader les consommateurs d’acheter des cigarettes. La compagnie américaine ne s’est pas même pas basée sur un traité US.Australie- Elle s’est appuyée sur la filiale asiatique de Philip Morris à Hong Kong, qui a conclu un traité avec l’Australie.

Même l’Allemagne doit faire face à de telles poursuites- de la part du géant de l’énergie suédois Vattenfall. La compagnie poursuit le gouvernement contre les nouvelles lois prévoyant la suppression progressive de l’énergie nucléaire et le basculement vers des énergies renouvelables. Evoquant le Energy Charter Treaty (ECT), un agrément international qui offre un cadre multilatéral aux accords sur l’énergie, la compagnie exige des dommages et intérêts de 3, 7 milliards d’Euros.

Le cas Vattenfall semble avoir attiré l’attention de Berlin. Soudain, le gouvernement  est à même de voir les revers de tels traités. Si la protection des investisseurs, l’investment protection devenait part du TTIP, d’énormes cabinets d’avocats américains pourraient commencer à examiner chaque changement de loi dans les états membres de l’Europe afin de déterminer ses effets possibles sur les bénéfices nets des compagnies américaines- et les poursuivre pour obtenir des compensations. Jusqu’ici, l’Allemagne n’a pas mis son véto à l’ISDS dans les accords commerciaux de façon à ne pas mettre en danger le début des pourparlers, elle ne l’a pas non plus rendu public. Mais dans un document lié à ses directives dans les négociations, le scepticisme du pays sur l’ISDS a été  enrichi par des écrits. On peut supposer que Berlin pèsera de tout son poids pour faire en sorte d’éliminer l’ISDS des accords. A cet égard, les critiques de ces dispositions ont un étonnant et puissant allié.

La Commission Européenne est consciente de la rapide croissance de l’opposition à son projet de prestige et les leaders de l’UE se sentent mal à l’aise. Quatre mois avant les élections au parlement européen, ils appréhendent que le débat  ne conduise de nombreux opposants aux accords du marché libre à obtenir des sièges à Bruxelles.

 

 

Des protestations immédiates.

Les leaders européens sont parfaitement au courant de la rapidité avec laquelle l’opinion publique peut basculer, tout particulièrement à la suite du combat victorieux contre le traité anti-piraterie ACTA lors de l’été 2012. Peu de temps avant que l’accord ne soit signé, un document des négociations a été rendu public qui signifiait que les opérateurs d’Internet pourraient conserver et scanner les données des usagers afin de filtrer de possibles violation de droits d’auteurs. Le public a protesté immédiatement, entrainant une large majorité du Parlement Européen a voter contre le pacte.

Un destin identique pourrait attendre le TTIP. En juste une semaine, quelques 360.000 personnes ont signé un appel à l’opposition contre le marché-libre dans une pétition du site Web campact.de, presque le double  de ceux qui avaient demandé à l’Allemagne de fournir un asile au lanceur d’alerte Edward Snowden.

Ce n’est donc pas étonnant que la Commission Européenne fasse tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir l’opposition sous contrôle. L’équipe de presse du Commissaire Karel De Gucht, par exemple a contré les critiques publiques presque immédiatement et s’est empressé de rencontrer à la fois les journalistes et les ONGs. Elle a aussi répété inlassablement son message disant le l’accord commercial transatlantique ne mènerait pas à effacer des lois européennes actuelles, comme celles bannissant la viande traitée aux hormones ou le poulet lavé à la chlorine de même que l’obligation d’étiquetage pour l’alimentation modifiée génétiquement.

Le problème c’est que personne ne l’a cru.

Tout d’abord parce que l’ACTA a montré que la Commission était prête à sacrifier les intérêts des citoyens européens à ceux de l’industrie et ensuite, qu’est-ce que l’UE a l’intention d’offrir aux USA pour amener Washington à assouplir ses régulations financières beaucoup plus fortes ?

Des procédés de consultation factices.

La façon dont le TTIP est négocié n’augmente pas exactement la confiance dans les procédés non plus. Tout ce qui a trait aux pourparlers est maintenu classé. Même si cet agrément doit affecter l’avenir et les intérêts de 500.millions de citoyens Européens, les états membres se sont mis d’accord pour garder secrètes les négociations du TTIP. Tous les papiers, documents, emails et chaque minute des négociations sont classés secrets. Seuls les membres les plus éminents des partis faisant partie du Comité du Commerce International au Parlement Européen sont autorisés à voir la documentation concernant les négociations et il leur est interdit de parler de ce qu’ils voient. Même les mandats des négociations, sur lesquels les pourparlers sont basés sont inaccessibles au public.

En addition, les USA ont interdit à l’UE des transmettre les documents relatifs à leurs positions, même aux membres de la Commission  et du Parlement Européen, en dépit du fait que certains de ces documents ont été partagés par 600 lobbies de l’industrie aux USA. La Commission a cherché à contrer les accusations portant sue le manque de transparence avec un nombre de briefings et de discussions avec les ONGs, les parlementaires et les représentants des états membres. Un concile de conseillers, composé de sept représentants des ONGs et de sept chef d’entreprise a même été créé.  Les équipes ont tenu des meetings d’actionnaires  pendant les discussions et a prêté grande attention à la brève présentation faite par les industriels et les représentants des OGNs.

Martin Haüsling, un Parlementaire Européen du parti de Verts  a nommé ce meeting “ Un faux de consultation”.  En tant que membre du Comité pour l’Agriculture et le Développement Rural il nous dit que les retours qu’ils reçoivent vont rarement au-delà des propos du ténor des pourparlers, avec de rares détails. «  Ce qui se négocie vraiment demeure flou » dit-il et il n’accepte pas l’argument selon lequel les pourparlers doivent demeurer confidentiels pour des raisons stratégiques. «  Même l’Organisation Mondiale du Commerce rend ses documents de négociations publiques. »

Complètement obscur

Avec de bonnes raisons.

N’importe qui ayant déjà été impliqué dans les premises d’un contrat délicat sait que toute virgule et toute clause est essentielle. «  Sans le texte exact, personne ne peut déterminer correctement le enjeux » dit Pia Eberhard de CEO.

Spécialement quand on aborde les promesses que le marché créera un important développement de la prospérité. D’autres agréments de libre-échange ont montré que, tout en pouvant déclencher de la croissance, celle-ci n’est pas partagée par tous. Vingt ans après la signature du marché de libre-échange nord-américain, par exemple, il est devenu clair que les conséquences n’ont pas été universellement positive pour les états signataires du Canada des US et du Mexique. Des millions d’emplois de l’industrie ont été perdus aux US depuis que le traité est devenu effectif et des milliers de fermiers Mexicains cultivant le maïs ont perdu leur source de revenu à cause du maïs abondamment subventionné venu des USA pour ne citer que deux exemples. Le commerce a augmenté d’une façon importante mais ce sont les profits des grosses firmes qui en ont le plus bénéficié.

With TTIP, it remains totally unclear how many jobs might be created by the deal — and how many might be lost. It has been forecast that free trade across the Atlantic would create additional economic growth worth €120 billion for Europe, which is a mere 0.5 percent of the EU’s GDP. And that is the most optimistic scenario.

Commissioner De Gucht has promised that the free trade pact would bring every family in the EU an additional €545 per year. But even if the benefits of the deal were to be felt beyond companies’ bottom lines, it will be difficult to explain to European voters why it is worth giving up control over economic policy.

Avec le TTIP, le nombre d’emplois  susceptibles d’être créés par l’accord reste très peu clair- de même que le nombre d’emplois perdus. Il a été prédit que le libre-échange à travers l’Atlantique pourrait créer une croissance économique supplémentaire de 120 milliards pour l’Europe, ce qui correspond uniquement à 0, 5 % de l’actuel PIB européen. Et ce n’est que le scénario le plus optimiste.

Le Commissaire De Gucht a promis que le libre-échange apporterait à chaque famille en Europe 545 euros supplémentaires par an.  Mais même si des bénéfices pouvaient être sentis au-delà des profits des multinationales, il restera difficile d’expliquer aux votants européens ce qui vaudrait le peine d’abandonner le contrôle de leur politique commerciale.

Translated from the German by Charles Hawley and Daryl Lindsey

Traduction : Elisabeth Guerrier

La guerre contre la Démocratie

Un article du Guardian qui révèle comment dans ce glissement du profit privé aux commandes des états, les services d’agences comme le FBI se vendent aux plus offrant pour pénétrer les groupes activistes.E.G

 

 

 Anti-NSA rally in Washington DC

Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

 

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage  corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

  … gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activists et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :The CCP report notes that:

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reporter d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles. .Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»


A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’investissement du FBI dans l’espionnage au profit des corporations a été institutionnalisé à travers le “ Infragard”, un partenariat peu connu entre le FBI, l’industrie privée et le département de la sécurité intérieure. Ce partenariat implique la participation de plus de 23.000 représentants de l’industrie privée, y compris 350 sur les 500 des compagnies  du magazine  Fortune

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le nouveau rapport, des «  agents du FBI en activité sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant » une pratique qui «  donne aux firmes financières l’accès aux talents les plus expérimentés des services d’intelligence.  On sait peu de chose sur le travail au noir de la CIA ou sur les compagnies ayant embauché de tels agents.

Le rapport conclut que, à cause d’un extrême manque de surveillance, le gouvernement tend à approuver sans discussion la sous-traitance des services secrets.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de répliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents actifs et des officiers en retraite de l’intelligence service ou du service de l’application des lois.  Les actes hors la loi commis par  par les capacités de ces services privés d’intelligence  qui semblent  jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le cadre légal.  En fait les corporations sont maintenant capables d’embaucher les compétences  des services de la sécurité intérieure qui sont à peine contraints par la norme légale ou l’éthique et de l’utiliser pour subvertir ou détruire des groupes citoyens. Cela érode beaucoup la capacité du secteur civique de contrecarrer le pouvoir inouï des corporations et de l’élite financière. »

 

 Gary Ruskin, auteur du rapport dit :

“L’espionnage des corporations contre les organisations à but non lucrative est un abus éhonté du pouvoir corporatiste qui subvertit la démocratie. Qui tiendra les rênes  des corporations sans loi  quand ils fonceront sur les défendeurs de la justice bénévoles ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces compagnies fer de lance de la guerre contre la Démocratie sont aussi en guerre contre la planète. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses compagnies généraient presque les deux tiers des gaz à effets de serre et portent donc une responsabilité considérable dans le changement climatique.

 

 Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduit par Elisabeth Guerrier

Une brève histoire de l’anarchisme

Cet article est un reposoir, une marche sur laquelle s’asseoir quelques instants avant de repasser du côté du scepticisme et de la désespérance. On doit à Chomsky d’être un des points de veille outre-atlantique et de mettre au jour les manœuvres  incessantes et fondamentalement destructrices de ce système qui se radicalise au prix des bases mêmes de l’effort démocratique. On doit considérer la démocratie, contrairement aux autres régimes politiques, non seulement comme le moins mauvais mais surtout comme le plus fragile puisqu’il dépend aussi de l’engagement de la base qu’il est sensé représenter et demande une vigilance constante par rapport à la force de tensions que créent les visées du néo-libéralisme dont une des caractéristiques est l’absence complète de cadre éthique.

Cette éthique, seules la lucidité et la préservation des valeurs fondamentales de la démocratie, entendue comme le lieu de recherche d’un Bien Commun peuvent la maintenir ou, en ces temps d’effondrement du sens même de ses préceptes de base, la restaurer.  Cet article de Chomsky nous resitue dans une perspective historique de l’anarchisme avec toutes les nuances idéologiques qui l’ont construit de part et d’autre de l’Atlantique, non comme un courant éteint dans les caves de l’histoire mais comme la poursuite même des valeurs des fondements démocratiques. EG

 

La lutte pour le bien commun a un long passé.

Par NOAM CHOMSKY

 

Cette large tendance dans le développement humain cherche à identifier les structures de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain et ensuite les soumettent à un défi tout à fait raisonnable : justifiez-vous !

Les humains sont des créatures sociales et le genre de créature qu’une personne devient dépend crucialement des circonstances sociales, culturelles et institutionnelles de son existence.

Nous sommes donc amenés à aller chercher du côté des organisations sociales qui sont favorables aux droits et au bienêtre des individus. En bref, au bien commun.

Pour mettre cela en perspective, j’aimerais évoquer ce qui me semble être des quasis truismes. Ils sont liés à une intéressante catégorie de principes éthiques : ceux qui ne sont pas seulement universels, au sens où ils sont pratiquement professés partout, mais également doublement universels, en ce qu’ils sont aussi dans le même temps ceux qui sont le plus rejetés dans la pratique.

Cette étendue de principes très généraux,  du truisme qui dit que nous devrions nous appliquer à nous-mêmes les mêmes standards que ceux appliqués aux autres, sinon de plus exigeants à des doctrines plus spécifiques, comme le dévouement à la promotion de la démocratie et des droits humains, qui sont proclamés presque universellement, même par les pires monstres- bien que l’actuel état des lieux  dans son ensemble soit plutôt sombre.

Un bon point de départ est le classique “ De la Liberté “ de John Stuart Mill. Son épigraphe formule que «  Le grand principe conducteur, vers lequel tout argument développé dans ces pages converge directement : l’importance absolue, essentielle du développement humain dans toute sa diverse richesse. »

Ces mots sont cités par Wilhem von Humbolt, un des fondateurs du libéralisme classique. Ils suivent le fait que les institutions qui contraignent un tel développement sont illégitimes, à moins qu’elles ne puissent d’une manière ou d’une autre se justifier.

Le souci du bien commun devrait nous pousser à trouver des manières de cultiver le développement humain dans toute sa richesse et sa diversité.

Adam Smith, un autre penseur des Lumières ayant des vues similaires, pensait qu’il ne devrait pas être trop difficile d’instituer une politique humaniste. Dans «  La théorie du sentiment moral », il observe que » Aussi égoïste que soit supposé être l’homme, il y a de toute évidence des principes dans sa nature qui l’intéresse au destin des autres, et lui rendent son bonheur nécessaire, bien qu’il n’en tire rien à part le plaisir de le voir. »

 

Smith reconnait le pouvoir de ce qu’il nomme “ la vile maxime des maîtres de l’espèce humaine » : «  Tout pour nous et rien pour les autres » Mais de plus bienveillantes «  passions originales de la nature humaine » pourraient compenser cette pathologie.

Le libéralisme classique a sombrer sur les bancs du capitalisme, mais ses  engagements humanistes et ses aspirations ne sont pas morts. Rudolf Rocker, un penseur et activiste anarchiste du 20 ième siècle a réitéré des idées semblables.

Rocker décrit ce qu’il appelle «  une tendance certaine dans le développement historique de l’espèce humaine »  qui combat «  pour le déploiement dans la vie, libre de tout obstacle, de tout individu et de toute force sociale «

Rocker traçait le contour d’une tradition anarchiste culminant dans l’anarcho-syndicalisme – en termes européens une variété du socialisme libertaire” ( Libertarian socialism).
Cette branche du socialisme, maintient-il ne dépeint pas «  un système social fixe, auto-conservateur » avec des réponses définitives aux multiples questions et problèmes de la vie humaine mais plutôt une tendance dans le développement humain qui lutte pour atteindre les idéaux des Lumières.

Ainsi envisagé, l’anarchisme est part d’un registre plus large de la pensée et des actions du socialisme libertaire qui a impliqué la mise en œuvre pratique de la révolution espagnole de 1936, s’est répandue plus tard dans les entreprises gérées par le personnel dans la région industrielle des Etats Unis, dans le nord de Mexico, en Egypte et dans de nombreux autres pays, dont le pays basque d’une façon extensive et comprend les nombreux mouvements coopératifs autour du monde et une bonne part des initiatives en faveur des droits de l’homme, des droits des femmes, ou des droits civils.

Cette tendance étendue dans le développement humain recherché les structures identitaires de la hiérarchie, de l’autorité et de la domination qui contraignent le développement humain, et les soumettent ensuite à un défi très raisonnable, celui de se justifier.

Si ces structures ne peuvent être confrontées à ce défi, elles doivent être démantelées, et, ainsi que le pensent les anarchistes, «  refondées par le bas » comme l’observe le commentateur Nathan Schneider

Ceci semble en partie un truisme : pourquoi devrait-on défendre des structures ou des institutions illégitimes ? Mais les truismes ont au moins le mérite d’être vrais, ce qui les distingue de bons nombres de discours politiques. Et je pense qu’ils offrent des pierres d’achoppement utiles pour se diriger vers le bien commun.

Pour Rocker, “ le problème qui est posé à notre époque est celui de la libération de l’homme de la calamité de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social »

Il est à noter que la branche américaine des idées libertaires diffère beaucoup de la tradition libertaire, acceptant et bien sûr se faisant l’avocate de la subordination des travailleurs aux maîtres de l’économie, et la suggestion de tous à une disciple restrictive et aux formes destructives du marché.

L’Anarchisme est, fameusement, opposé à l’état, tout en préconisant «  une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté » selon les termes de Rocker et au-delà, des larges fédérations de communautés et d’entreprises auto-gérées

De nos jours, les anarchistes dédiés à ces buts supportent souvent le pouvoir de !’état pour protéger les individus, la société et la planète elle-même contre les ravages du capital privé concentré. Des moyens disponibles devraient être utilisés pour les protéger et leur bénéficier, même si l’objectif à long terme est de construire des alternatives préférables.

Dans le mouvement social brésilien des travailleurs agricoles, ils parlent d’ «  agrandir le plancher de la cage » – la cage des actuelles institutions coercitives qui peuvent être élargies par les luttes populaires- comme de ce qui s’est effectivement produit depuis plusieurs années.

Nous pouvons étendre l’image et envisage la cage des institutions comme une protection contre les bêtes sauvages errant dehors : les institutions capitalistes soutenues par l’état, dédiées au principe du gain privé, du pouvoir et de la domination, pour lesquels les communautés et l’intérêt public sont tout au plus une note de bas de page, révérée dans la rhétorique mais trahie en pratique comme question de principe ou même comme loi.

Beaucoup des travaux les plus respectés en sciences politiques comparent l’attitude publique et la politique gouvernementale. Dans «  Affluence et influence : l’inégalité économique et le pouvoir politique aux USA » le spécialiste de Princeton Marin Gilens révèle que la majorité de la population américaine est effectivement privée du droit électoral.

Presque 70 % de la population, au plus bas niveau de l’échelle des salaires et de la richesse n’a pas d’influence sur la politique, conclut Gilens. Plus on remonte l’échelle plus l’influence augmente lentement. Au plus haut niveau, sont ceux qui déterminent pratiquement toute la politique, par des moyens qui ne sont pas obscurs.

Le système qui en résulte n’est plus une démocratie mais une ploutocratie.

Ou, peut-être un peu plus gentiment, ce que le specialiste du droit Conor Gearty nomme « une néo-démocratie », un partenaire au néo-libéralisme- un système dans lequel la liberté est appréciée par une minorité et ou la sécurité dans son sens le plus plein est disponible seulement pour une élite, mais au sein d’un système plus général de droit officiel.

Par contraste, écrit Ricker, un système authentiquement démocratique prendrait la forme d’une  « alliance de groups d’hommes et de femmes libres basée sur le travail coopératif et sur une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté ».

Personne ne considère le philosophe américain John Dewey comme une anarchiste.

Mais penchons-nous sur ses idées. Il reconnaît que «  le pouvoir aujourd’hui réside dans le contrôle des moyens de production, l’échange, la publicité, les transports et la communication. Qui les déteint règle la vie du pays » même si les formes de la démocratie demeurent. Jusqu’à ce que ces institutions soient aux mains du public, la politique demeurera «  l’ombre jetée par les multinationales sur la société » comme c’est le cas aujourd’hui.

Ces idées ont conduit naturellement vers une vision de la société basée sur le contrôle des travailleurs sur les institutions productives, comme cela avait été envisagé par les penseurs du 19ième siècle, principalément Karl Marx mais aussi, bien que moins connu John Stuart Mill.

Mill écrit, «  La forme associative, cependant, qui, si le genre humain continue de s’améliorer prédominera, est l’association des travailleurs en terme d’égalité, de possession commune du capital avec lequel ils mènent à bien leurs opérations, travaillant sous le contrôle de managers éligibles et renouvelables par eux-mêmes. »

Les Pères fondateurs des USA étaient tous avertis des risques de la démocratie. Dans les débats de la convention constitutionnelle, le principal acteur, James Madison a prévenu de ces risques.

Prenant naturellement l’Angleterre comme modèle, Madison a observé qu’ «  en Angleterre, à l’heure actuelle, si des élections étaient ouvertes à toutes les classes sociales, la propriété foncière ne serait pas sûre., une loi agraire verrait rapidement le jour » compromettant le droit à la propriété.

Le problème de base envisagé par Madison dans «  l’établissement d’un système qui devra durer des siècles » était de s’assurer que les actuels décideurs serait la minorité riche afin de «  sécuriser le droit à la propriété contre les dangers de l’égalité et le suffrage universel, assignant les pleins  pouvoirs à des mains ne comptant pour aucune part sur la propriété »

On s’accorde généralement avec l’expert de l’Université Brown, Gordon S. Wood qui affirme que «  la  Constitution a été intrinsèquement un  document aristocratique créé pour contrôler les tendances démocratiques de l’époque. »

.

Bien avant Madison, Aristote dans sa “ Politique” identifie les mêmes problèmes quant à la démocratie. Passant en revue une variété de systèmes politiques, Aristote conclut que ce système était la meilleur – ou peut-être la moins mauvaise- forme de gouvernement. Mais il y reconnait une faille,. La masse des pauvres pourrait utiliser leur pouvoir de voter pour accaparer la propriété des riches, ce qui serait injuste.

Madison et Aristote proposent des solutions opposées : Aristote conseille de réduire les inégalités, ce que nous considérerions comme des mesures d’aides sociales. Madison pensait que la solution était de réduire la démocratie.

Lors de ses dernières années Thomas Jefferson, l’homme qui a rédigé la Déclaration d’Indépendance américaine, a saisi la nature profonde du conflit, qui est loin d’être résolu. Jefferson avait de sérieuses inquiétudes à propos de la qualité et du destin de l’expérience démocratique. Il faisait la distinction entre «  aristocrates et démocrates »

Les aristocrates sont ceux  « qui ont peur du people et ne lui font pas confiance, souhaitent mettre tous les pouvoirs dans les  mains des classes nanties ».
Les démocrates, par contraste, «  s’identifient au peuple, ont confiance en lui, le chérissent et le considèrent comme honnête et sûr, bien que n’étant pas les plus sages dépositaires de l’intérêt publique »

Aujourd’hui, les successeurs des “ aristocrates” de Jefferson pourraient argumenter sur qui devrait jouer le rôle de guide : intellectuels technocrates et orientés politiquement, ou banquiers et exécutifs des corporations.

C’est ce gardiennage politique que les libertaires authentiques cherchent à démanteler et à reconstruire de la base, tout en changeant l’industrie, comme Dewey l’évoque «  d’un état féodal en un ordre social démocratique », fondé sur le contrôle des travailleurs, respectant la dignité du producteur comme une personne authentique, pas comme un outil entre les mains d’autres personnes.

Tout comme la Vieille Taupe de Karl Marx – notre vieil ami, notre vieille taupe, qui sait si bien travailler sous terre puis émerger soudainement »- la tradition libertaire est toujours en train de creuser près de la surface, toujours prête à percer, parfois sous des formes surprenantes et inattendues, cherchant à faire valoir ce qui me semble une approximation raisonnable du bien commun.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

LA GUERRE CONTRE LA DEMOCRATIE Nazeef Ahmed

Il semble que ces faits dévoilés sur les accointances entre les services de renseignements publics et les multinationales soient rendus possibles à cause du vide juridique et du laxisme politique  pour le combler auxquels sont confrontés les USA. On trouve les mêmes ouvertures faites dans des zones où tout est possible dans le monde de la finance et dans les capacités sans limites de la NSA à aller sonder les vies privées de la planète entière. On ne peut pas demander de respecter une position éthique à des institutions qui sont laissées la bride sur le cou et n’ont pas le rempart d’un cadre légal pour éviter les dérives. Tout s’achète, c’est une des maladies endémiques du néo-capitalisme dans sa forme extrême, agie quotidiennement outre-Atlantique. Les agents de la CIA ou du FBI qui travaillent ” au noir” pour les corporations ne font que ce que tout individu laissé aux prises avec ses choix face à des offres mirobolantes ferait si il se sait le faire dans l’impunité. La corruption fonde le système dans sa structure même. Ce n’est pas un délit, c’est une façon d’envisager le rapport  au pouvoir et à la réussite personnelle. Plus on vous achète ou finance plus vous valez sur le marché. E.G

 

La guerre contre la Démocratie

Par Nafeez Ahmed LE GUARDIAN

Comment les agences d’espionnage et les corporations utilisent la ” sécurité ” pour éradiquer l’activisme.

Image

 Des contestataires marchent à travers Washington DC pendant le rallye  “ Arrêtez de nous surveiller ». Photograph: Allison Shelley/Getty Images

Un étonnant nouveau rapport rassemble des preuves nombreuses montrant que certaines des corporations les plus puissantes au monde ont fait alliance avec des  agences de renseignements privées et des agences de renseignements gouvernementales afin d’espionner les groupes activistes et les associations. L’activisme environnemental est le plus ciblé bien que n’étant pas le seul centre de ces activités.

Le rapport, établi par le Center for Corporate Policy ( CCP) à Washington DC a pour titre « Un business à faire froid dans le dos : L’espionnage corporatiste contre les associations bénévoles » révèle une large quantité de preuves tirées de documents  publiques, y compris des plaintes et des investigations de journalistes. Il offre une image très troublante d’un programme d’espionnage corporatiste global qui est mené sans contrôle, avec probablement au moins un activiste sur quatre étant un espion privé.

Le rapport indique qu’une des conditions premières pour la mise en place de cet espionnage est que les associations en question :

… gênent ou au moins menacent  suffisamment les objectifs de la compagnie et son image »

Un des groupes les plus ciblé et par plusieurs corporations est Greenpeace. Dans les années 90, Greenpeace était suivi par une firme privée de sécurité Beckett Brown International ( BBI) au nom de la plus grosse firme productrice de chlorine au monde, Dow Chemical, suite à la campagne menée par cette organisation contre l’usage de chlorine dans la fabrication du papier et du plastique. L’espionnage incluait :

“… se procurer des document mis à la poubelle,  tenter d’introduire des agents clandestinement au sein des groupes, surveiller les bureau, récupérer les conversations téléphoniques des activistes et pénétrer les meetings confidentiels”

D’autres bureaux de Greenpeace en France et en Europe ont été introduits et espionnés par des firmes privées de renseignements française, au profit d’ Electricité de France, le plus gros opérateur mondial de centrales nucléaires, tenu à 85% par le gouvernement français.
Des compagnies pétrolières, Shell et BP ont aussi engagé Hackluyt, une firme privée d’investigation ayant des liens étroits avec MI6, pour infiltrer GreenPeace en implantant « un agent se faisant passer pour un sympathisant de gauche et un réalisateur ». Sa mission étant de rassembler « des informations sur les mouvements du vaisseau GreenPeace dans l’Atlantique nord. »

Le rapport du CCP note que :

” Des associations œuvrant dans des domaines divers ont été la cible d’espionnage, y compris des associations environnementales, pacifistes, d’intérêt publique, de consommateurs, des associations pour une réforme de l’usage des pesticides, pour la sécurité alimentaire,  la réforme des soins à domicile, le contrôle des armes, la justice sociale, les droits des animaux et les groupes en faveur du contrôle  des armes. Beaucoup parmi les plus grandes corporations au monde  et leur associations commerciales- y compris les chambres de commerce, Walmart, Monsanto, Bank of America, Dow Chemical, Kraft, Coca Cola, Chevron, Burger King, Mc. Donald’s, Shell, BP, BAE, Sasol, Brown and Williamson et E.ON ont eu des liens avec l’espionnage ou les tentatives d’espionnage contre des associations, des activists ou des lanceurs d’alerte.”.

Explorant d’autres exemples de cette activité, le rapport note qu’ en Equateur après des poursuites contre Texaco impliquant une amende de 9,5 milliards de dollars pour les fuites de pétrole dans le Lago Agrio, la firme d’investigation privée Kroll a essayé d’embaucher la journaliste Mary Cuddehe en tant qu’ « espion des corporations »  pour Chevron, pour saper les études sir les effets environnementaux et sanitaires de la fuite.

Se référant au travail du reportaire d’investigation Jeremy Scahill, le rapport pointe que la célèbre armée privée Black water, renommée XE services puis Academi, avait cherché à devenir l’ « arme électronique » de Monsanto, la corporation agricole et biotechnologique associée à l’alimentation génétiquement modifiée. Black Water a été payé pour «  fournir des dispositifs pour infiltrer les groupes d’activistes organisés contre la firme multinationale »

Dans un autre cas, Le “ Camp for Climate  Action” de Grande Bretagne, qui supporte le déclassement des mines de charbon, a été infiltré par la firme de sécurité privée Vericola au nom de trois compagnies, E.ON ? Scottish Power et le Scotish Ressources Group »

En analysant les emails révélés par Wikileaks de la firme privée d’intelligence texane Stratfor, le rapport montre comment cette firme a «  conduit des formes d’espionnage contre les droits de l’homme, les droits des animaux et les groupes environnementalistes  au nom de Coca Cola ».

Dans un des cas, les emails suggèrent que Sratford a mener des investigations sur «  People for the Ethical Treatment of Animals ( PETA) à la demande de Coca Cola et a eu accès à des documents classés du FBI sur le PETA. Le rapport révèle avec des preuves irréfutables que la plupart de l’espionnage corporatif a été facilité par les agences gouvernementales, en particulier le FBI. Le rapport du CCP examine un document datant de Septembre 2010 issu du bureau de l’Inspecteur Général du Département de la Justice américain, qui reprend toutes les investigations du FBI entre 2001 et 2006 et il conclut que :

«  les bases factuelles consistant à ouvrir des investigations sur des individus affiliés à des groupes était en fait faibles.. Dans certains cas, nous avons aussi trouvé que le FBI étendait la durée de ses investigations impliquant les groupes de défenses et leur membres sans bases adéquates. Dans certains cas, le FBI a classé certaines de ses investigations liées à la désobéissance civile sous la terminologie d’ «  acte terroriste»

A titre d’exemple, sur une investigation sur Green Peace, le Département de la Justice a trouvé que :

… Le FBI n’a coordonné que peu ou pas de bases pour suspecter la violation d’un  statut criminal federal quelconque  L’ouverture par le FBI des documents  de communications électroniques n’a amené aucun fait permettant de suspecter qu’ils planifiaient un crime contre l’état.  Nous avons aussi trouvé que le FBI a maintenu ses investigations pendant trois  années  bien après la réunion des  actionnaires de la corporation que devaient saboteur les suspects. Nous concluons que l’investigation a été maintenue  « au-delà du point où les justifications l’étayant n’existaient plus” ce qui est inadéquate avec le “Manual of Investigative and Operational Guidelines (MIOG).”

L’implication du FBI dans l’espionnage au profit des multi-nationales a été institutionnalisé avec l’”Infragard”, un partenariat peu connu entre l’industrie privée, le FBI et le Département de la Sécurité du Territoire. Le partenariat comprend la participation de plus de «  23.000 représentant de l’industrie privée » y compris 350 parmi les 500 compagnies Fortune.

Mais il ne s’agit pas seulement du FBI. Selon le rapport suivant, «  Des membres du service actif de la CIA sont autorisés à vendre leur expertise au plus offrant. » une pratique qui donne «  aux firmes financières et aux Hedge funds accès aux talents de l’intelligence service les plus performants. Peu de choses sont connues sur la politique de travail au noir de la CIA ou quelles corporations ont embauché les agents en service de la CIA »

Le rapport conclu que, en raison d’un manqué extrême de supervision, le gouvernement tend effectivement à approuver sans discussion une telle sous-traitance.

« Dans les faits, les corporations sont maintenant capables de dupliquer en miniature les services d’une CIA privée, employant des agents en activité et des officiers en retraite des services de l’Intelligence ou de l’exécutif. Le non-droit impliqué dans les capacités d’ interventions des services de l’espionnage qui semble jouir d’une impunité presque totale est une menace pour la démocratie et le respect de la loi.  En réalité, les corporations sont maintenant capables d’embaucher des membres de la police civile, qui sont à peine contraints par des normes éthiques ou légales- et de les utiliser pour subvertir ou détruire les groupes citoyens. Ceci érode la capacité de la société civile de contrer les pouvoirs incroyables des corporations et des élites financières »

Gary Ruskin, l’auteur de ce rapport dit : :

«  L’espionnage des Corporations contre les ONG est un abus  flagrant du pouvoir des multinationales qui subvertit la démocratie. Qui va mettre la bride à ces corporations hors la loi lorsqu’elles pèsent sur les associations défenderesses de la justice ?

C’est une bonne question. Ironiquement, beaucoup de ces mêmes compagnies  menant la guerre contre la démocratie sont aussi en guerre avec la planète entière. La semaine dernière, The Guardian a révélé que 90 des plus grosses corporations génèrent  aux alentours des deux tiers  des émissions de  gaz à effet de serre responsable du changement climatique.

Dr Nafeez Ahmed is executive director of the Institute for Policy Research & Development and author of A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It among other books. Follow him on Twitter@nafeezahmed

Traduction : Elisabeth Guerrier

Chomsky ” Nous ne sommes plus dans une démocratie, nous sommes dans une ploutocratie”

Article du magazine ” Raw Story”  faisant suite à une interview de Noam Chomsky.

Il est nécessaire de donner aux mots leur place dans la réalité qui évolue si l’on veut que cette même réalité puisse être pensable et éventuellement modifiable.

On ne doit plus parler dans les systèmes politiques occidentaux actuels de Démocratie, le vote étant la seule relique d’un glissement politique qui s’opère sans que les élus aient la force ou la volonté d’endiguer le courant qui pousse des groupes de détenteurs de fonds et de revenus plus importants que la plupart des budgets publics vers les arcanes de la vraie politique, celle qui décide et imprime ses choix sur l’avenir des peuples.

L’exemple parfait de cet abandon du législatif et de l’exécutif aux mains des forces du lobby international est le TTIP. TTP qui se négocient dans le plus grand secret alors que des enjeux colossaux pour les équilibres nationaux et leur souveraineté sont clairement bradés au profit des réseaux des affaires multinationales.

Ces peuples sont sous le joug d’un système où la finance règle le pas du monde et l’aliène à celui d’un nombre infime d’individus. Ces peuples du Monde  sont sous le joug d’un ploutocratie globale. E.G

Suivant le linguiste et philosophe politique Noam Chomsky, le monde fait face à deux menaces existentielles.

« Il y a deux zones d’ombres essentielles qui couvrent tout et elles deviennent de plus en plus sérieuses » dit Chomsky. La première est la menace constante d’une guerre nucléaire qui n’a pas disparu. C’est très sérieux et l’autre est la crise d’une catastrophe environnementale et écologique, qui devient de plus en plus sérieuse ».

Chomsky est apparu Vendredi dans le dernier épisode de «  Smiley and West » sur la NPR pour évoquer son éducation, ses vues sur les affaires actuelles et sur sa façon de répandre son message sans l’aide des médias.

Il a dit à ses hôtes que le monde courait vers un désastre environnemental avec des conséquences fatales possibles que les nations les plus développées ne faisaient rien pour prévenir-mais au contraire accéléraient le processus.

«  S’il y a jamais des historiens dans l’avenir, ils regarderont cette période avec étonnement, » dit Chomsky, « Le danger, la menace sont évidents à n’importe qui ayant les yeux ouverts et accordant de l’attention à toute la littérature scientifique et il y a des tentatives pour le retarder mais aussi des tentatives pour accélérer le désastre, et si vous regardez qui est impliqué, c’est plutôt choquant. »

Chomsky a noté les efforts des populations indigènes pour arrêter les dégâts environnementaux partout dans le monde- des peuples indigènes du Canada aux tribus d’Amérique latine et d’Indes en passant par les Aborigènes d’Australie- mais les nations les plus riches, les plus avancées et les plus puissantes, comme les Etats Unis, ne font rien pour prévenir le désastre.

« Quand les gens ici parlent avec enthousiasme d’une indépendance énergétique d’une centaine d’année, ce qu’ils disent c’est : Allons extraire du sol jusqu’à la dernière goutte d’énergie fossile possible afin d’accélérer le désastre vers lequel on se dirige. Ce sont les problèmes qui dépassent tous les problèmes d’oppression, de pauvreté, d’attaque du système éducatif, d’inégalités massives et de chômage ».

Il a blâmé la «  financialisation » de l’économie des US à propos des inégalités de revenus et d’emploi, disant que des banques trop grosses pour chuter ôtaient des richesses énormes du marché.

“ En fait, il y a une étude récente du Fond Monétaire International  qui estime que tous les profits faits par ces banques peuvent être virtuellement attribués à la politique d’assurance de ce gouvernement, et qu’en général, ils sont très dommageable, je pense, très dommageable pour l’économie” a-t-il ajouté.

Ces effets dévastateurs peuvent facilement être observés en regardant les chiffres du chômage et les gains des valeurs boursières.

«  Il y a des dizaines de millions de personnes sans emploi, cherchant du travail et voulant travailler et il y a des quantités énormes de ressources disponibles «  dit-il «  Les profits des corporations percent le plafond, il y a une quantité énorme de travail à effectuer- conduisez en ville et regardez toutes les sortes de choses qui doivent être faites- les infrastructures s’effondrent, les écoles ont besoin d’être restaurées. Nous sommes dans une situation dans laquelle un énorme nombre de personnes veulent travailler, où il y a d’énormes ressources disponibles et énormément de travail à faire mais le système est si pourri que c’est impossible de rassembler tous ces éléments-là. »

Et la raison en est simple ajoute Chomsky.

« Il y a des profits colossaux faits par ceux qui dominent et contrôlent le système » dit-il « nous avons quitté une époque où fonctionnait une sorte de démocratie. Nous sommes maintenant vraiment dans une ploutocratie.»

Chomsky a fortement désapprouvé Smiley et West lorsqu’ils ont dit qu’il avait été marginalisé à cause de ses positions, disant qu’il avait refusé à regret des dizaines d’invitations à s’exprimer quotidiennement parce qu’il était engagé autre part. Il a aussi montré son désaccord sur le fait qu’une plateforme  dans les médias conventionnels était nécessaire pour influencer le débat.

«  Si vous jetez un coup d’œil aux changements qui ont eu lieu dans ce pays, disons dans les dernières cinquante années- le mouvement des droits civils, les mouvements anti-guerre, l’opposition à l’agression, le mouvement féministe, le mouvement environnementaliste etc…n’ont pas été guidé par aucun débat médiatique » dit-il, «  non, ils ont été conduits par des organisations populaires, par des activistes de terrain »

Il a rappelé les premiers temps du mouvement anti-guerre, dans le début des années 60, quand il parlait dans des salles de séjour ou des caves d’églises à une simple poignée d’autres activistes et comment ils étaient harcelés-même dans la Boston libéral par les autorités et par les médias.

Mais ce mouvement a finalement grandi et aidé à accélérer la fin de la guerre du Viet Nam et Chomsky ajoute que cela a tellement grandi pour devenir essentiel que les activistes anti-guerre peuvent stopper les guerres avant même qu’elles ne commencent.

Il dit que le Président Ronald Reagan avait été incapable de lancer une guerre dans toute son ampleur en Amérique Centrale à cause du mouvement anti-guerre pendant les années 80 et il a amèrement contesté le fait que le mouvement anti-guerre n’ait pas eu d’effet sur la guerre contre l’Irak.

«  Je ne suis pas d’accord, il a eu un effet important » a-t-il dit, «  il a limité d’une façon importante les moyens disponibles du gouvernement pour mener à bien l’invasion et soumette la population. En fait, c’est une des raisons pour lesquelles les US ont fini vaincus en Irak, en ayant dû sérieusement abandonner tous leurs objectifs. La victoire majeure en Irak s’avère être pour l’Iran.

En dépit de ces limitations, il a affirmé que la guerre d’Irak avait été une des pires atrocités du nouveau millénaire et avait provoqué un violent schisme entre les Musulmans sunnites et shiites qui avait déclenchés des conflits régionaux sir tout le Moyen Orient.

Les Etats Unis sont maintenant impliqués dans une campagne globale contre le terrorisme principalement contre toutes les peuples tribaux du monde, principalement les tribus musulmanes, ça se passe partout. L’intention est de le faire continuer encore et toujours » dit Chomsky «  Ceci a de terrible conséquences mais néanmoins, elles sont moins terrible que si il n’y avait pas d’opposition publique »

Traduction Elisabeth Guerrier