AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: Politique américaine

Est-ce que les Démocrates veulent la guerre avec la Russie ? Stephen F. Cohen

Est-ce que les Démocrates veulent la guerre avec la Russie ?

Do Liberal Democrats Want War With Russia?

“Le Russiagate” encourage la possibilité d’un conflit direct avec Moscou, et les libéraux, il y a quelques temps opposés à ce genre de politique, la promeuvent maintenant.

Par Stephen F. Cohen

 

Nation Les éditorialistes Stephen F. Cohen et John Batchelor poursuivent leur discussion hebdomadaire sur  la nouvelle guerre froide US-Russie. Les premiers épisodes, maintenant dans leur quatrième année sont sur le site TheNation.com.)

Libéral-démocrate depuis toujours, Cohen posent les questions comme suit :

Chaque mois amène les USA plus près d’une guerre avec la Russie. Trois points périlleux sont bien connus La Syrie, où des forces armées assistées par les US ont apparemment tué trois généraux russes, en Ukraine, où le Congrès et peut-être l’administration Trump ont décidé d’envoyer plus d’armement, que Kiev se promet d’utiliser contre les rebelles soutenus par les Russes, et à la frontière russe, où Washington dit que Moscou menace «les frontières de l’OTAN » sans expliquer comment les forces de l’OTAN sont venus ici en partant d’Allemagne.

Mais il existe un autre facteur périlleux – celui que Washington appelle le «  Russiagate » avec ses allégations persistantes ( quoi que toujours sans preuve) que le Kremlin a dirigé une attaque massive sur la Démocratie américaine de multiples façons pendant la campagne présidentielle de 2016, du hacking de la DNC aà la diffusion d’emails nuisant à H. Clinton, à l’usage de médias russes et même à la compromission de Facebook dans la désinformation russe et dans la diffusion de «  fausses nouvelles » liées à Trump dans l’esprit des électeurs américains.

Et enfin et pire, que les «  associés » américains de Trump et peut-être le Président lui-même ont été en contact avec le Kremlin dans ces opérations infâmes.

Ayant pris les proportions d’un phénomène politique inévitable, le Russiagate » entraîne les chances d’une guerre avec la Russie au moins dans les trois prochaines années. Il dépeint la Russie comme une «  nation hostile », il a compromis les promesses de Trump de relâcher les tensions et de coopérer avec Moscou. Et il décourage les voix anti-guerre froide dans les médias et dans la politique américaine.

Dans le passé, les libéraux Démocrates ne se sont pas toujours, initialement ou unanimement, opposés à de telles pratiques mais finalement beaucoup d’entre eux l’ont fait, comme pendant la guerre du Vietnam  et lors de l’approche de la guerre contre l’Irak. Mais depuis plus d’un an le parti démocrate, y compris les leaders libéraux, ainsi que la presse influente qui leur est associée se sont montré profondément complices dans la promotion de la Russiagate » avec très peu d’exception dans les médias populaires.

Bien sûr, les allégations de la Russiagate n’ont pas commencé après l’élection de Trump en Novembre 1916, comme il a été largement dit, mais lors de l’été et de l’automne 2016, avec les journalistes libéraux-Démocrates et le médias pro-Clinton, y compris le New York Time, plantant la graine d’une conspiration « Trump-Poutine », avec le maintenant infâme «  dossier «  Trump, alors secrétement financé par la campagne de Clinton, et Clinton elle-même brandissant Trump comme «  la poupée » de Poutine pendant l’un de leurs débats télévisés. Quand Obama a annoncé les sanctions contre la Russie en Décembre 2016, y compris, a-t-il dit des cyber-attaques logées quelque part dans les infra-structures de ce pays, il a cité ce qui allait devenir la Russiagate comme raison, sans pouvoir présenter de preuve.

 

Depuis lors, les Démocrates, avec parmi eux des libéraux auto-proclamés, ont sans arrêt approvisionné et perpétué la 3russiagate ». Au Congrès, par exemple, les Représentants Adam Schiff, Jackie Speier, Eric Swalwell, et Maxine Waters, et les Sénateurs Mark Warner et Richard Blumenthal ont été en premières lignes. Abandonnant les standards du journalisme de preuves vérifiables, de sources fiables et de couverture équilibrée, le New York Times et le Washington Post ont augmenté leur publication d’allégations de grande envergure données comme des faits. (Pour leur pratique, se reporter les nombreux articles critiques du journaliste récompensé Robert Parry sur consortiumnews.com.) Ces nouvelles de la presse écrite sont amplifiées presque chaque nuit sur MSNBC et CNN. De nombreux médias moins importants jouent le même rôle.

Et pire, les libéraux et les pro-Démocrates ont surpassé les charges les plus dangereuses selon lesquelles en 2016 «  l’Amérique s’est faite attaquer par le gouvernement russe. » comme l’a psalmodié Morgan Freeman dans une vidéo récente produite par les libéraux hollywoodiens. «  Nous sommes en guerre », a-t-il déclaré. Est-ce que cela peut signifier autre chose que le lancement immédiat d’une attaque de Washington contre l’autre super-puissance nucléaire ?

De même que cet appel implicite à la guerre n’est pas simplement  venu de célébrités informées d’une façon questionnable. La semaine dernière, un éditorial du Times a dit à ses lecteurs qu’en 2016, « la Russie avait essayé de compromettre la souveraineté américaine. » tout comme elle l’avait fait en Ukraine en 2014. Selon l’éminent intellectuel et analyste politique libéro-démocrate Robert Reich, la Russie a commis « une attaque sans précédent contre notre démocratie. », le Professeur ayant apparemment oublié ou réduit Pearl Harbor et le 11 septembre. Et dans un discours important de politique étrangère, le «  dissident » Bernie Sanders a déclaré au Parti démocrate «  Nous savons maintenant que le gouvernement russe s’est engagé dans un effort massif pour compromettre une de nos plus grandes forces : l’intégrité de nos élections et notre foi entre notre propre démocratie ».

Non, insiste Cohen, nous ne le «  savons » pas, ce qui nous ramène à ce que les libéro-démocrates n’ont pas fait cette fois mais qu’ils ont fait avant. Il n’ont montré aucun scepticisme au regard des allégations officielles et médiatiques sur le soi-disant piratage de la DNC par le Kremlin ou sur l’abus furtif de FaceBook et d’autres médias, en dépit de preuves et de témoignages contraires, encore, à quelques exceptions près.

Ils n’ont pas protesté, comme ils le font souvent, contre la criminalisation croissante de contacts habituels avec la Russie, financiers, diplomatiques ( comme les contacts en sous-main) ou même conjugaux mais ils ont promu le vrai dossier «  fausses informations » anti-Trump

 

Bien qu’une fois les ennemis des opérations de renseignements secrètes dans la politique américaine, les libéraux n’ont pas protesté, ni même montré un quelconque intérêt dans le rôle évident joué par les chefs de l’intelligence dans la mise au point du Russiagate sous Obama. Et ils ont manifesté encore moins d’intérêt dans les nouvelles preuves que la campagne de Trump était en fait surveillée par le FBI, comme l’a suggéré plus tard le Président et pour lequel il a été copieusement ridiculisé. ( Voir par exemple, Evan Perez, et al., CNN.com, le 19 Septembre.)  Au lieu de ça, les Démocrates, y compris les libéraux, ont transformé les agences de renseignement en des sources iconiques ( de témoignages et de fuites) Bien sûr le chef de l’intelligence nationale sous Obama, James Clapper, dont les dénigrements contre les Russes comme supposés ethniquement subversifs  n’ont pas non plus perturbés les libéraux, est dans l’équipe de conseil du nouveau «  Comité pou enquêter sur la Russie » hollywoodien qui a écrit le script de Norman Freeman.

Plus encore, peut-être les libéraux, qui auraient il y a quelques temps été choqués de lire dans un article récent du Times que les méthodes d’investigation du Conseiller spécial Robert Mueller étaient «  des tactiques agressives »  «  des tactiques de choc et d’effroi afin d’intimide les témoins et les cibles potentielles ».  Des méthodes, comme le dit une source » pour semer la terreur dans le cœur des gens de Washington ». Mais il n’y a pas eu d’outrage libéral, aucune action de l’ACLU, uniquement des articles applaudissant Mueller pour son honnêteté et l’encourageant, comme Ryan Lizza dans le New Yorker.  Pas même le Times ne suggère que Mueller, incapable de trouver des preuves d’une «  collusion »  électorale pourrait «  se trouver dans une expédition qui rappelle les abus d’antant » ( Et nous apprenons que Mueller veut les enregistrements IRS remontant à plusieurs années, bien avant la montée au pouvoir de Trump. Est-ce que les Démocrates ayant collaboré au pillage de la Russie dans les années 90  se préoccupent de savoir jusqu’où de telles investigations vont aller ?)

Au bout du compte, les libéro-démocrates semblent indifférents au ramollisement à l’égard de la censure médiatique. Une part d’entreelle est douce. : des voix informées antiRussiagate et des voix co la Guerre froide, sont régulièrement exclues des reportages de la presse populaire, des pages de débat et des invités aux émissions. Mais il existe une ébache de censure plus dure – des campagnes offi=cielles ou non, toutes bien financées pour purger la «  désinformation et la propagande russe » des médias américains, même lorsqu’elle est exprimée par des Américains avec leurs propres outils d’analyses dissidents. ( Voir l’exigence de Samanta Power que nous «  augmentions notre vigilance » et son attente de médias qui soient des gardiens et des arbitres.) Ce qui aussi trahit un mépris pour le Premier amendement mais aussi pour les électeurs américains qui, vraisemblablement, un peu comme des zombies, n’ont aucun pouvoir critique en propre. A ce propos le d’habitude loquace PEN et autres protecteurs des libertés civiles sont aussi silencieux.

En bref comme le pense Cohen, les libéro-démocrates trahissent leurs propres traditions les meilleures. En privé, certains justifient leur nouvel illibéralisme en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une résistance contre Trump, que Trump est le pire des maux. Mais l’histoire a montré depuis longtemps qu’un tel raisonnement de fin-justifie-les-moyens ne finit pas bien pour les libéraux- ni pour personne d’autre.

Et, bien sûr, les libéro-démocrates étaient jadis au premier rang de la lutte pour éviter un conflit nucléaire avec la Russie. Plus maintenant.

Stephen F. Cohen

Stephen F. Cohen est Professeur émérite d’Etudes russes et de politique à l’Université de New York et à l’Université de Princeton, il est un rédacteur contribuant à The Nation.

 

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Berner les Américains sur  la santé et la guerre

 

Duping Americans on Healthcare and War

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

 

 

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

 

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

 

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

 

Force de dissuasion ou agression ?

 

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

 

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

 

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

 

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

 

La persécution du gros bâton

 

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

 

 

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

 

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

 

Le problème d’une menace crédible

 

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

 

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

 

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

 

Le déloyal Colin Powel

 

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

 

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

 

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive. Conclusion

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

Conference on vaccines and immunization

L’homme d’affaire américain Bill Gates parle à une conférence de l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) autour du thème ” Toucher chaque enfant” en Allemagne, le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de la GAVI se trouvent des gouvernements, des fabricants de vaccins, des ONGs ainsi que des organisations pour la santé et la recherche. Photo:  Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Conclusion

 

Recommandations

  1. La Fondation Bill et Melinda Gates devrait être sujette d’une évaluation international indépendante et international. Ceci pourrait être organisé et administré par le Comité d’assistance au développement de l’OCDE bien que cela doive impliquer un processus de contrôle transparent et inclure la participation de différents actionnaires notamment ceux impliqués dans les projets de la Fondation.
  2. L’International Development Select Committee devrait mener une enquête au sein des relations entre le Département de développement international et la Fondation Gates afin d’évaluer l’impact et l’effectivité de toutes les activités touchant la pauvreté et l’inégalité.
  3. La BMGF a besoin de cesser de supporter l’agriculture contrôlée par les corporations qui promeut des réformes comme la privatisation des semences et encourage le développement d’apport synthétiques qui amènent les fermiers à devenir dépendants de produits onéreux chaque saison.
  4. La BMGF devrait cesser de supporter tous les projets de l’ International Finance Corporation jusqu’à ce que de sérieuses prises en compte des coûts de son hôpital privé-public à Lesotho ait été complètement et indépendamment évalués.

 

Lorsqu’elle a été contactée pour donner son point de vue sur le rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates nous a répondu ce qui suit :

Nous apprécions cette opportunité de commenter votre rapport mais nous croyons qu’il déforme la réalité de notre fondation, de notre travail et de notre partenariat. La mission de la Fondation est d’améliorer la qualité de vie des habitants les plus pauvres du monde. C’est un défi complexe et le résoudre demandera un panel d’approches autant que la collaboration des gouvernements, des OGNs, des institutions académiques, des compagnies privées et des organisations philanthropiques. Les gouvernements ne sont positionnés que pour fournir la guidance et les ressources nécessaires à faire face à ces inégalités structurelles et assurer que les bonnes solutions touchent ceux qui sont les plus dans le besoin. Le secteur privé a accès aux innovations – par exemple en science, en médecine et en technologie- qui peuvent sauver des vies. Et nous croyons que le rôle de la philanthropie est de courir des risques que les autres ne peuvent pas courir. La bonne nouvelle est le fait que le travail partagé progresse incroyablement. Depuis 1990, le monde a réduit l’extrême pauvreté de moitié, la mortalité infantile et les décès de malaria de moitié, réduit la mortalité à l’accouchement presque de 50% et conduit l’infection HIV à réduire de 40%.

Nous croyons que les prochaines quinze années amèneront encore des améliorations significatives. Dans tout notre travail – que ce soit en aidant les femmes à avoir accès aux soins prénataux ou à s’assurer que les petits fermiers puissent produire assez de nourriture pour nourrir leur famille- nos partenaires guident nos priorités et notre approche. Nous écoutons les experts et les hommes et les femmes de terrain et  agissons en fonction de preuves. Nous avons été l’une des premières fondations à joindre l’International Aid Transparency Initiative (IATI), et nos rapports à l’OCDE et à l’International Aid Transparency Initiative (IATI), ainsi que notre politique d’Accès ouvert reflète notre engagement à un échange ouvert d’informations. Enfin, il est important de noter que la dotation qui finance la Fondation Bill et Melinda Gates est gérée indépendamment par une entité séparée, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust. Le personnel de la fondation n’a pas d’influence sur les décision d’investissement du trust et pas d’accès à ses stratégies d’investissement ou de gestion autrement qu’à travers ce qui est disponible à travers les informations publique.”

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Un haut-technicien de San Francisco “Je ne veux pas voir toute cette racaille sans abri”‘

 C’est un fait visible à San Francisco. L’état de tension entre les éléments moteurs du système néo-libéral et de ses déchets arrive lentement à une situation de fracture. Il ne peut pas en être autrement, l’idéologie du succès personnel est sous-jacente qui attribue à la responsabilité de chacun son advenir dans la société, son succès et son échec, le seul élément d’évaluation étant la carrière et la posture socio-économique qu’elle amène. Par contre, ce qui ne peut être pris en compte dans cette idéologie du succès personnel, c’est la dynamique sociétale et économique elles -mêmes qui quand elles ont usé les rouages n’ont aucune possibilité de faire une place au rebus. L’homme néolibéral est productif, ambitieux, consommateur ou il n’est pas. Même le lexique socio-politique utilisé pour décrire la situation d’impasse dans laquelle l’ensemble de la société, et non pas uniquement certains de ses éléments, se trouve, a glissé vers la terminologie de la compétition et de la gestion de crise. Nous ne sommes pas dans un contexte de science-fiction. L’homme est, comme tout ce que ce système idéologique produit, ou générateur de biens consommables ou jetable. Jetable où ? Ghettos ? Camps ? Les Gated communities sont déjà là pour montrer comment il est impossible de concevoir cette société autrement que comme close sur ses propres groupuscules sociaux. Elles montraient la peur sous-jacente au succès économique manifeste. Ce qu’elles vont devenir dans quelques temps c’est la seule réponse possible à l’incapacité de ce monde de traiter ses membres comme autre chose que des produits : il restera quelques espaces ventilés, aménagés pour les nantis et derrière des murs, les rejets économiques, écologiques et sociaux de cette culture du déchet.EG

 

Les travailleurs high-tech de San Francisco : Je ne veux pas voir cette racaille sans abri” Dans un lettre ouverte au maire de la ville, Ed Lee, l’entrepreneur Justin Keller dit qu’il est choqué que les « travailleurs nantis aient à voir des gens dans la souffrance et le désespoir.

 

 

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«  Personne n’a d’importance à part eux-mêmes. » dit un sans domicile au Guardian. «  Si vous avez de l’argent, la seule chose que vous voulez c’est de récupérer tout ce qui est à récupérer. » Photographe : David Levene  pour the Guardian

«   Ils n’ont aucun souci pour quiconque sauf eux-mêmes. Si vous avez de l’argent, vous voulez en amasser le plus possible. » Bercé Perry, citadin sans domicile

San Francisco tech worker: ‘I don’t want to see homeless riff-raff’

Julia Carrie Wong à San Francisco

 

Dans une des dernières altercations culturelles entre les high-techniciens de San Francisco et la population appauvrie de la ville, un entrepreneur a dit que les sans domicile étaient des vacanciers dont la souffrance, la lutte et le désespoir, ne devraient pas être supportées par les plus nantis allant au travail. C’est une histoire familière. Un entrepreneur (d’aucuns pourraient même aller jusqu’à l’appeler un tech-bro) gonflé par le sens de l’auto-évaluation et de l’autosatisfaction qui vient vivre et travailler dans la ville et dans des secteurs industriels qui le traitent, lui et ses amis, comme les humains les plus importants et les plus intelligents ayant jamais gratifié une zone urbaine de leur présence – prends un moment pour songer aux sans-logis.  Non content de plisser le nez et de continuer sa journée, il a rédigé ses pensées. Et les a publiées sur Internet. Et là, en un clic, il est entré au panthéon de l’infamie des high-techs de San Francisco. Justin Keller, entrepreneur, développeur et fondateur de la Start up Commando.io, a rejoint les rangs des exaltés le 15 février en publiant une lettre ouverte au maire de San Francisco Ed Lee et au Chef de la police Greg Suhr :

Je vous écris aujourd’hui afin de faire entendre mon inquiétude et mon outrage concernant le nombre croissant de sans abri et de problèmes lies à la drogue avec lesquels la ville a à négocier. Je vis à San Francisco depuis plus de trois ans et c’est sans aucun doute la situation la pire que j’ai rencontré. Chaque jour en allant ou en revenant de mon travail, je vois des gens étalés sur les trottoirs, des tentes dressées, des excréments humains et les visages de l’addiction. La ville devient un bidonville. Et pire, elle devient dangereuse.

Keller explique qu’il a été amené à agir par son experience du week-end des vacances, quand ses parents et sa famille sont venus lui rendre visite. Trois rencontres avec «  des sans abri ivres » dans la rue, « une personne égarée et défoncée à la sortie d’un restaurant » et un «  homme qui a enlevé sa chemise et s’est allongé par terre » dans une salle de cinéma l’ont laissées en colère et frustré face au problème des sans abri de la ville. Bien que Keller ne soit pas seul face à sa frustration quand il y a presque 7,000 personnes vivant sans domicile à San Francisco, sa lettre est distincte pour son absence totale de sympathie pour le sort de ceux qui sont en difficultés, ne se centrant que sur l’inconfort des « aisés ». :

Les résidents de cette ville étonnante ne se sentent plus en sécurité. Je sais que beaucoup sont frustré à cause de l’embourgeoisement se produisant dans la ville mais la réalité est que nous vivons dans une société de libre échange. Les riches travaillant ont mérité le droit de vivre dans cette ville. Ils sont sortis, ont acquis une éducation, ont travaillé dur et l’ont mérité. Je ne devrais pas avoir à craindre de me faire accoster.  Je ne devrais pas à voir la souffrance, les luttes et le désespoir des gens sans abri en allant et en revenant de mon travail journalier. Je veux que mes parents lorsqu’ils viennent en visite, fassent une grande expérience et apprécie ce lieu si particulier.

Keller ne propose pas de solution à l’énigme complexe et  insoluble de San Francisco, bien qu’il semble évoquer favorablement le balayage controversé des sans–abri   lors des récentes festivités du Super Bowl.

Je n’ai pas de solution magique… c’est une situation difficile et complexe mais d’une certaine façon, pendant le Super Bowl, presque tous les sans abri et la canaille semble disparaître Je veux parier que ce n’est pas une coïncidence. L’argent et la pression politique peuvent amener du changement. Aussi il est temps de commencer à faire changer les choses, ou nous, citoyens feront un changement dans les élus et choisiront des représentants qui le feront.

Après avoir eu à faire face à une levée de bouclier contre son post sur Twitter, Keller a posté des excuses pour l’usage du terme « racaille », écrivant que le choix de ce mot était « insensible et contre-productif ». Au niveau de sa publication, par contre, il n’a pas atteint le stade suivant dans le cycle de la diatribe des tech-bros sur les sans abri. En premier lieu vient la liquidation du post. En 2013,  le fondateur de la start-up Peter Shih a supprimé sa diatribe “ 10 choses que je hais à propos de toi : l’édition San Francisco.  de Medium après que le retour de bâton ait  atteint un tel pic que des affiches avec sa  photo avaient été placardées sur les cabines téléphoniques partout dans la ville.  Suit le temps des excuses. En 2015, le PDG de la Start-up Greg Gopman  a tenté de faire amende honorable en s’excusant pour propre laïus anti sans-abri (Il y décrivait les sans-abri comme  « les rebus de la société «  et  « des dégénérés qui se groupent comme des hyènes » et il déplorait  le «  fardeau et la responsabilité de devoir les avoir si proches suggérant un programme à sa façon afin de « résoudre » le problème des sans domicile. (Le plan de Gopman n’est jamais allé nulle part. Un officiel de la mairie a dit à the Guardian en 2015 que les plans de l’entrepreneur pour héberger les sans-abri lui rappelaient des niches à chien. .)

Dans un email adressé au Guardian, Keller dit qu’il écrivait un post supplémentaire sur la question.

«  L’hypothèse de ce post est que l’inaction de la ville et des officiels ne fonctionne pas. Nous avons tous, en tant que citoyens de San Francisco, besoin de trouver une façon d’améliorer les conditions de vie de la ville et de trouver une solution aux problems des sans-abri et de la drogue aussi vite que possible. » dit-il.  «  Je ne cherche en aucune manière à stigmatise les sans abri et les drogués, ma frustration vient du fait que les citoyens ne se sentent pas en sécurité. La quantité de crimes violents augmente et cela touché tout le monde. Quelles mesures spécifiques la municipalité prend-elle afin d’aider les sans-abri et les toxicomanes ? » « Au lieu de me crucifier, nous tous en tant que citoyens, devrions crucifier la municipalité et les représentants officiels pour inaptitude. Le status quo ne fonctionne pas. »

 

Bien sûr Keller sera vraisemblablement le paria d’Internet pendant les quelques jours à venir alors que les sans abris de San Francisco sont poussés à se sentir les parias de la ville chaque jour.

«  Être sans domicile, c’est comme être les germes de la ville. C’est comme ça qu’ils vous traitent. » dit Bercé Perry, un sans domicile de San Francisco. Perry se tient à l’extérieur de sa tente dans un campement sous le pont autoroutier de l’Highway 101. Cet homme de quarante-deux ans dit qu’il a été sans domicile depuis une année et qu’il a peu de patience pour le mépris que certaines personnes manifestent pour sa présence dans la ville.

«  Personne ne leur importe qu’eux-mêmes, », nous dit Perry à propos des riches technocrates qui ont emménagé à San Francisco. «  Si vous avez de l’argent, vous voulez juste récupérer tout ce qui est récupérable. »

À quelques immeubles de distance, Michel Jones, qui est sans domicile depuis à peu près trois ans, est frustré que des individus puissant être affamés et dans abri dans une ville si riche. « Je vois toute la nourriture qui est jetée, » dit-il, pourtant quand on lui demande comment il se sent à l’égard des technocrates, il dit juste : «  Je ne juge personne. »  Madeleine McCann,  27 ans a quelques mots plus crus pour les technocrates qui la désapprouvent. Elle vit dans une tente sous l’autoroute depuis un mois, depuis que sa caravane a été tractée, la laissant sans toit. «  Ils doivent être un peu plus tolérant, dit elle, ce n’est pas comme si ils devaient nous laisser venir prendre un douche chez eux… »

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

La pathologie de l’homme blanc. Au coeur de l’électorat de Trump et Sanders

 

La pathologie de l’homme blanc. Au coeur des fans clubs de Trump et de Sanders.

 

THE WHITE MAN PATHOLOGY: INSIDE THE FANDOM OF SANDERS AND TRUMP

Stephen Marche

 

Deuxième partie de ce voyage d’un Canadien au coeur des électorats de Donald Trump et Bernie Sanders. Une façon de regarder à travers sa vision à la fois intime et étrangère des phénomènes collectifs fonctionnant sur des logiques ou des absences de logique, différentes, des contradictions qui font partie intégrante du mythe de chaque nation, beaucoup plus palpables de l’extérieur que de l’intérieur, serré autour des habitus indéracinables et des histoires partagées par une communauté, ici blanche puisque ce travail ne cesse de pointer les disparités et les ambiguïtés des mots d’ordre et des textes de références et du peu d’évolution des pratiques ségrégationnistes sur le terrain de la vie quotidienne. Trump semble pour l’heure écarté de la joute finale et Sanders le sera vraisemblablement mais les questions de fond posées par un abord féerique et émotionnel de la vie politique, décrit ici tant dans l’électorat des Républicains que dans celui des Démocrates, cette étrange familiarité, qui fait qu’il suffit de dire ” Je vous aime” à la foule pour être considéré comme un homme ou une femme politique digne de ce nom, qui amène cette même foule à vous aimer avec passion en retour et à vous appeler par votre prénom en vous confiant votre avenir et celui de vos enfants sur la force de rumeurs et d’émotions, laisse perplexe les enfants des Lumières, que, qu’on le veuille ou non, nous sommes encore. Afin de rendre les références à des détails très spécifiques de musique ou de slogans non familiers, nous avons pris la liberté d’ajouter au texte initial quelques liens. EG

 

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Deuxième Partie

 

Le panorama de Fun City

 

Le lendemain matin, il était devenu clair que l’Iowa allait devenir le Buisson d’épine sur le chemin de Trump. Un scandale autour d’un tweet dévoyé a éclaté. Il a accusé un jeune interne mais les huit points de plus de Carson ont du être exaspérants. Trump possède la faiblesse de quiconque ne vit que par la force de ses résultats. Les résultats varient. Quand les résultats baissent, où êtes-vous ? Qui êtes-vous ? Trump est dans le business du succès. Un Trump perdant existe-t-il seulement ?

J’avais un jour entre Trump et Sanders et tout ce qui me restait à faire était de lire le PDF de Ta-Nehisi Coates Between the World and Me, ( Entre le monde et moi) que j’avais accepté  de consulter dans le cadre du Club du livre du mois. Après un autre «  hot mess » chez Jerry’ mainlunch, et une course pour en brûler les calories, j’ai passé la journée au Motel 8, lisant, pendant que de l’autre côté de la rue, l’usine Winegard, fabricant des antennes paraboliques 24 heures par jour, battait sourdement comme un cœur sans syncope. Savez-vous que vous pouvez acheter six packs de bière et une bouteille de bourbon pour un pu plus de 20 dollars en Iowa . Quel pays magnifique !

Le titre de entre le monde et moi vient d’un poème de Richard Wright appelé White Man, Listen! (Homme blanc, écoute ! ) et il n’y allait jamais y avoir plus blanc et plus mâle que moi, dans le Motel 8, sirotant du bourbon et des bières, avec mon Iphone, avec les éclairs des Jays and Royals  vacillant et le ronflement de la fabrication d’antennes paraboliques dans le fond.  L’urgence du livre, la vitalité de l’imagination historique en jeu ont levé comme des vagues se transformant en crêtes de colère se heurtant à leurs propres forces. C’était tout d’un bloc et ça prenait un sens féroce. Entre le monde et moi est un de ces livres qui possède l’inévitabilité puissante d’un phénomène naturel – comme si il revenait à l’éther qui nous entoure, une formation cristalline de l’outrage qui définit le moment. Le critiquer est inapproprié, c’est juste là. Pour moi, le passage essential d’entre le monde et moi, vient après que Coates soit passé à la télévision et ait expliqué à son hôte les conséquences désespérantes d’un autre assassinat de garçon noir par la police.

Je suis sorti du studio et j’ai marché un peu. C’était un jour calme de décembre. Des familles, se pensant blanches, étaient dans les rues. Des enfants, élevés pour être blancs étaient promenés dans des poussettes. Et je me sentais triste pour tous ces gens autant que j’étais tirste pour mon hôte et triste pour tous cela, regardant et se divertissant dans des espoirs spécieux. J’ai compris pourquoi j’étais triste. Quand un journaliste m’a questionné sur mon corps, c’était comme si elle m’avait demandé de la réveiller du plus beau des rêves. J’ai vu ce rêve ma vie durant. C’est la maison parfaite avec de jolies pelouses. C’est le barbecue du Memorial day, les associations de quartiers et les allées. Le rêve ce sont les cabanes dans les arbres et les Scouts. Scoutisme, le rêve sent la menthe et a goût de tarte aux fraises.

Dès lors, en lisant ce livre, je savais que les blancs allaient aimer ce livre. Ce dont les blancs ont faim – plus ce qu’ils exigent, ils l’exigent pour vivre. – est un alibi pour leur blancheur, une échappée de l’injustice de leurs existences. Il existe différents alibis suivant la quantité de stupidité que vous pouvez supporter. Vous pouvez dire, à vous-même et aux autres que les noirs sont stupides et paresseux, vous pouvez dire que vous ne regardez pas la couleur, vous pouvez traiter votre oncle de raciste de façon à ce que tout le monde sache que vous, vous ne l’êtes pas, vous pouvez partager la dernière critique sur la brutalité sur Twitter avec le mot CECI et mainentant vous pouvez dire à une amie qu’elle devrait vraiment lire «  Entre le monde et moi. » Parce que ce rêve de blancheur, ce rêve de cabanes dans les arbres et de Scouts qui ont le goût de la menthe et l’odeur de la tarte aux fraises, est un alibi parfait. Qui vit ce rêve ? Quelqu’un d’autre le vit peut-être mais moi pas, ni personne que je connaisse, personne parmi ceux que j’ai pu voir à Burlington. C’est un rêve qui appartient à quelqu’un d’autre. Toujours à quelqu’un d’autre. Il n’appartenait certainement pas aux ouvriers de chez Winegard qui se dirigeaient vers leurs voitures après leur poste. La blancheur de mon existence était un IPhone et les effluves du Bourbon et des bières, et le jeu de la nuit dernière et le picotement dans ma hanche. Le picotement, c’était mon corps – la réalité vers laquelle je ne veux pas regarder parce que j’ai trop peur de ma mortalité. Á mes yeux, la meilleure question jamais posée à propos des races aux USA a toujours été celle que James Baldwin a posée quant un interviewer a voulu savoir si il était optimiste ou pessimiste à propos de l’avenir de l’Amérique. : «  Ce que les blancs doivent essayer de découvrir dans leurs propres cœurs c’est pourquoi ils ont eu un  jour besoin de créer un nègre » a-t-il dit  « si vous l’avez inventé, vous les blancs, alors vous avez à découvrir pourquoi, et l’avenir de ce pays dépend de ça. »L’obsession des intellectuels autour de la question de la résistance passive ou active de Malcom X ou de Martin Luther King,  – devient alors discutable, la matière essentielle est pourquoi les blancs font-ils sauter des églises emplies d’enfants.

La blancheur est une distorsion spirituelle, de toute évidence. Par le fruit tu connaîtras l’arbre. Et sur la question de la pathologie blanche, quelle bonne réponse a produit l’Amérique depuis que Baldwin a posé la question en 1963 ? Et maintenant que la pathologie blanche est retournée à son absence d’hôte, sans examen et mystérieuse, un golem. Dans la soirée j’ai fini le livre et ne voulais plus penser aux corps blanc ou noir ou au cliquetis dans ma hanche.  Face à mon hôtel, le complexe de Fun City est composé d’une imitation de fête foraine, d’une piste de bowling, de deux ou trois bars, d’un magasin replica diner, et, coincé entre un hôtel et un spa ; du Casion Catfish Bend. La salle de poker est miteuse mais fonctionnelle. Une partie a commence à six heures. Je voulais jouer. Je voulais savoir comment on pouvait s’amuser dans un lieu appelé Fun City. Le plus jeune type à la table, avec sa casquette de base ball recourbée, cultivait des haricots et du maîs. Un homme avec une moustache coléreuse animait la conversation, un autre homme à la barbe de trois jours ajoutant de ci de là une remarque. Le reste des joueurs restait assis en silence, baignant calmement dans le jus de notre addiction, comme dans tous les casinos. Tout le monde à la table connaissait tout le monde, sauf moi et un soudeur noir arrivé dans la ville pour un travail de spécialiste. C’était la Happy Hour à Fun City et les bières étaient à un dollar. Tout le monde en a commandé des litres. Et j’ai senti combine j’avais de la chance d’être aux USA, en dépit de la politique, en dépit de tout. De la bière bon marché et des gens francs et un jeu conduit honnêtement dans une pièce propre. Même comparé au Canada, la prospérité inconsciente de l’endroit est étonnante.  La barbe de trois jours avait vu Trump le jour précédent et la moustache coléreuse lui a demandé son avis.

«  Je pense qu’il pourrait gagner » a dit la barbe de trois jours prudemment, comme si il s’agissait d’une critique, comme si c’était tout ce qu’on pouvait dire de lui, qu’il pouvait avoir une chance aux présidentielles, pour ce que ça valait.

«  Peu importe » a dit moustache coléreuse, «  Peu importe qui y va, Washington les ruine »

«  Il est possible que ce soit différent avec lui parce qu’il n’ $a pas besoin d’argent. »

Moustache coléreuse cita une statistique, que j’ai vérifié plus tard et qui s’est montrée être une connerie, que tous les membres du Congrès deviennent millionaires la première année de leur nomination. Tout le monde a acquiessé sur le fait que la e principal avantage de Trump était qu’il venait là pré-corrompu.

«  Ce n’est pas même l’argent » a dit Barbe de trois jours, « Ils arrivent là. Ils ont tous des idées et des plans mais ils ne peuvent rien faire. » Barbe de trois jours prenait presque en pitié les politiciens.

«  Le système est foutu «  a ajouté moustache coléreuse comme une evidence, de lma faon don’t vous faites part de n’importe quel fait historique, comme « L’Allemagne a perdu la Deuxième guerre mondiale” ou «  Frances Farmer a été une star un jour ». Les visions de la politique américaine à Fun City est un désespoir douillet. C’est un désespoir non seulement sur qui a le pouvoir mais sur qui que ce soit qui pourrait le prendre un jour. Ce n’est pas un désespoir uniquement sur le fait que le système est cassé mais sur le fait que tout système, imaginable dans l’actuelle itération des USA ne pourrait s’avérer que tout aussi cassé.  Le choix est un choix entre l’impotence et la coercition. La réponse n’est pas la révolution mais un haussement d’épaule. La casquette de base ball recourbée, le gars qui faisait pousser des haricots et du maïs et qui avait des traces de terre sous les cuticules de ses ongles, a demandé quelque chose à propos d’une ancienne salle de jeu qui était en ville, et les souvenirs des jours où Burlington était pleine de monde- les bâtiments qui avaient été fermés, les femmes qui étaient belles avant et qui étaient maintenant Á la fin, le joueur noir, qui n’avait presque rien dit sauf ses annonces, ses mises s’en alla. «  Avez-vous vu les doigts de ce type ? «  a demandé moustache coléreuse lorsqu’il a eu disparu. Il fit un geste de quelques centimètres au-dessus de son index. Nous sommes tous, c’était clair dans une pièce entre hommes blancs. «  Vous savez ce qu’on dit. Mon frère travaille à la prison et il dit que c’est vrai. Je suppose que c’est pour ça qu’ils disent «  once you go black »

Tout le monde a acquiescé, ou sourit ou s’est tu, baissant les yeux vers les cartes. Maintenant que nous avions montré à quel point nous étions blancs, la pièce était plus amicale. Nous savions que personne ne dirait mot sur les tares des autres. Et si la réponse à la question de Baldwin était aussi banale qu’elle apparaît à Fun City ? Et si les blancs avaient créé le nègre pour se sentir un peu moins seuls ? Et je n’ai rein dit. Je n’ai pas offert de résistance, bien que la ligne entre l’homme de Fun City et le flic tirant en plein la figure d’un enfant noir soit difficile à tracer. Ceci était mon alibi ce soir-là : Je suis canadien. Ce qui signifie que je suis un espion venu de nulle part. Ou peut-être un lâche ou quelque chose entre les deux. C’est un alibi plutôt élimé, n’importe comment. Mais quel alibi ne l’est pas ?. La conversation a glissé à nouveau sur Trump. Elle était plus polie.

«  Je peux imaginer Trump » a dit moustache coléreuse. «  Il n’est pas le pire que j’ai vu ».  « Je commence à aimer ce docteur »   a ajouté barbe de trois jours en se reprenant. Ce docteur, Ben Carson, propose une baisse des impôts de 10% qui mettrait le budget du gouvernement, au bas mot dans un déficit de 3 milliards de dollars. Il croit que Joseph a construit les pyramides pour stocker du grain, que Hitler n’aurait jamais pris le pouvoir si le peuple d’Allemagne avait été armé, qu’Obamacare est pire que l’esclavage, et que les Américains vivent à l’âge de la Gestapo.

J’aimerais que Coates ait un projet un peu fou, une fantaisie utopique pour les communards de Georgia ou le retour vers une terre mère ou une autre mais il veut juste la fin de la suprématie blanche. Il demande juste que les blancs d’Amérique deviennent adultes, qu’ils abandonnent leur sens inhumain de supériorité idiote. Je ne peux pas imaginer pourquoi ils le feraient. C’est amusant de boire et de jouer aux cartes et d’imaginer ce que Trump dirait au Président mexicain le lendemain de son élection, ou que Ben Carson baisse les impôts de 10 ou 12%. L’alibi ultime est l’ignorance. – c’est lui le plus proche de l’innocence- mais si vous ne pouvez pas vous débrouiller avec l’ignorance, la démence peut parfaitement la remplacer. Je veux dire, rien de tout ça ne va se passer n’importe comment, non ? N’importe qui qui soit élu, ça va être une impasse sans issue et un outrage de toute façon, non ? Est-ce que j’ai mentionné que la bière coûte un dollar, un seul dollar solitaire.

‘Ellen Degeneres, eat your heart out!’ ( prends garde à toi, tiens toi le pour dit verdirait de jalousie ?”

Le rallye de Bernie Sanders à Davenport était exactement l’opposé du rallye de Donald Trump à Burlington et pourtant précisément le même au détail prêt. «  Rendre l’Amérique à sa puissance/  Make America Great Again était remplacé par “ Relever le défi / Feel the bern. Des démarcheurs vendaient des badges, 3 pour 10 dollars. Il y était marqué : Bernie est mon animal fétiche / Bernie Sanders is my spirit animal,  Les chats avec Bernie et Je supportais Bernie Sanders avant que ce soit cool.  Davenport, au moins près du Adler Theater est le même que le Brooklyn-outside-Brooklyn qui a conquis tous les coins du monde qui ne sont pas des rues commerçantes.  Les tatoueurs de Davenport ne meurent pas de faim. Les hipsters nourris au maïs qui assistent au rallye de Sanders semblent avoir participé à une fête dans laquelle quelqu’un a joué du bongo. Ils ont même peut-être assisté à une lecture publique.

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 Bernie Sanders à un meeting dans la salle des fêtes de Ottumwa, Iowa. Photograph: Charlie Neibergall/AP

Il y avait quelques toxicos également comme chez Trump, sauf que dans ce cas c’étaient des femmes dans leur vingtaine avec des lunettes et criant  « Feel the Bern », et « Nous allons construire une révolution. » Quelqu’un avec une caméra de NBC a demandé à un groupe qui avaient amené leurs enfants précoces parce qu’ils voulaient qu’ils s’engagent dans le processus politique «  Puis-je vous avoir là comme si vous étiez excités à propos de Bernie ? »  Ils ont posé prudemment leurs verres au sol, hors de vue pour lui rendre service. ? Le même spectre d’hommes blancs en colère hante les rallyes de Sanders, le même sens d’une attente pour un pays qui est, un pays qui a été, éliminé. La foule de Bernie a amené des babioles faites maison plutôt que manufacturées, parce que j’imagine qu’elles sont bios. Ils les agitent de la même façon. Ils assistent à un spectacle. Ils veulent être une bonne audience.  La différence fondamentale entre la foule de Trump et celle de Sanders est que celle de Sanders a plus d’argent, la conséquence naturelle de la machine à contradiction américaine : les riches peuvent s’offrir de penser au socialisme, les pauvres peuvent uniquement s’offrir leur colère.   La première partie de Sanders a été un député plein d’espoir, Gary Kroeger. Il n’a pas participé à The Apprentice mais à Saturday Night Live, un comédien de deuxième classe facile à oublier de la grande période entre 1982 et 1985. Il a commencé évidemment avec un gag foireux « Le patchouli frais que l’on sent dans l’air est si beau ! » Le traducteur en langue des signes a offert un sourire timide pour signifier que c’était une plaisanterie. Puis après une brève incursion dans les gaucheries, appelant  l’Amérique «  une social-démocratie  aussi connue en tant que république » Kroeger a pris un grand selfie avec la foule derrière lui : «  Ellen Degeneres, tiens-toi bien ! » a-t-il crié. Tous les téléphones se sont levés pour se prendre en photo dans une image imitant celle des Oscars : quel socialisme pour l’année 2015 ! ». Puis vinrent quelques orchestres en ordre dispersé, jouant un assortiment de chansons issues de divers mouvements historiques de gauche. Ils ont joué ensemble sur The Auld Triangle, une ballade de prison tirée de Inside Llewelyn Davis (Coen Brothers). Le chanteur de Alice in Chains (vous vous souvenez ?) a proposé une version électrique de I won’t back now. Une vieille chanson de The Clash Jail Guitar Doors a été chantée par le sujet du premier couplet, Wayne Kramer. Et tout cela, si évidant, un acte nostalgique, de l’indulgence pour le regret d’un temps ou la musique encourageait la politique, où l’activisme possédait un visage artistique, et vice et versa.

Puis Sanders a fini par arriver. Les téléphones se sont levés. « Assez est assez » a-t-il crié, laissant en blanc ce dont il avait assez. Puis il a parlé de la façon dont il voulait terminer la guerre anti-drogue, mener une campagne pour la réforme financière et un gouvernement qui ne soit pas composé de ploutocrates et comment ils allaient construire une révolution (un mot tellement embarrassant quand il est prononcé à voix haute) et comment l’Amérique allait devenir une social-démocratie par le peuple et pour le peuple.

L’exaspération de Sanders est le fait premier à communiquer, plus que tout contenu politique. Trump était centré sur le fait de gagner à nouveau, Sanders sur le fait d’avoir perdu. Le flou de la politique américaine est ce qui étonne les étrangers. C’est tout à propos de sentiments, de dieu et de conneries. Sanders a prononcé cette phrase : «  Ce que je veux dire c’est que quand des millions de personnes se groupent pour restaurer un gouvernement, des choses extraordinaires peuvent être accomplies. » Et personne ne lui a demandé ce qu’il voulait dire.  Personne ne lui a demandé des chiffres. Ils ont applaudi. Mieux valait le prendre dans l’esprit dans lequel ça avait été donné.  Une comédie de centre de vacances dans les Catskills.

Sanders m’a rappelé une ligne de Seinfeld, peut-être à cause de la parodie de Larry David sur SNL que j’avais vue il y avait seulement quelques jours. «  La mer ce jour-là mes amis était aussi démontée qu’un vieil home essayant d’échanger sa soupe dans un deli. »  Quand Ben et Jerry feront une glace Bernie Sanders, j’espère que le parfum sera gingembre et piment : le goût  délicieux  qui nettoie les outrages en passant par les narines. Le discours de Sanders a été beaucoup plus court que celui de Trump. Il y avait déjà eu la musique je suppose. J’ai eu l’impression comme avec Trump que j’avais parcouru des centaines et des centaines de kilomètres pour regarder la coiffure d’un homme. Les chevaux de Sanders sont tout autant un fait que ceux de Trump. Ils ressemblent à ceux d’un professeur titulaire  que sa femme a cessé de harceler pour qu’il aille chez le coiffeur parce que le harcèlement ne marche pas. Vous ne pourriez pas froisser la coiffure de Sanders. Le désordre est tout autant un choix esthétique que la mèche rabattue. Je veux dire qu’il ne change jamais d’aspect. Quelqu’un le coupe, de façon à ce qu’il tombe de cette façon-là, au-dessus des oreilles.

La vue de Tampico

Comme le désespoir a brusquement envahi le people blanc d’Amérique comme un brouillard, comme les blancs meurent en nombre inégalé les commentateurs sont surprise, un peu, de ne pas avoir de plans d’action. Pas de propositions de mesures tendant à améliorer le sort des blancs.

Comment le pourraient-ils ? Si vous suivez le rapport de Case and Deation, les blancs sont victimes de leurs propres privilèges. – littéralement -. Leur précieux droit de posséder des armes à feu et l’augmentation gigantesque de détention d’armes signifient que leurs tentatives de suicide sont plus fréquentes. Ils ont plus d’accès aux opiacés parce que les médecins sont plus susceptibles de faire confiance à des blancs pour leur usage. Ils ont assez d’argent pour se rendre solitaires et ivres. Je me souviens avoir lu un passage de Bell Hooks un  jour, le genre de ceux qui circulent sur Face Book parce qu’il semble légèrement inhabituel dans son questionnement prédictible, «  Le premier acte de violence que la patriarchie exige du mâle, écrit-elle, n’est pas la violence à l’égard des femmes. La patriarchie exige de tout homme qu’il s’engage dans une automutilation, qu’il tue la partie émotionnelle en lui-même. » Sa compassion est admirable, même glorieuse mais aussi inappropriée. Personne n’est plus émotionnel qu’un homme blanc minable. Ils sont la sentimentalité personnifiée. Sion, comment tant d’entre eux pourraient-ils être ému jusqu’à devenir enragé par l’absence d’un sapin de Noël sur des tasses Starbucks ?  Ce rêve, ce rêve blanc, ce rêve blanc qui sent la menthe et a le goût de tarte à la fraise, vient avec son pesant de merde. Si vous acceptez la merde, mangez la merde, si vous vivez dans la merde, survivez à des guerres stupides et à des boulots insignifiants, vous pouvez être sûr de celui que vous êtes et de ce que vous méritez. Mais si vous n’en êtes pas sûr et n’avez pas reçu ce que vous méritez, pourquoi avez vous accepté, mangé et respiré toute cette merde ?

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Du maïs non moissonné près du promontoire du Conseil Iowa. Photographie: Nati Harnik/AP

Dans l’après-coup de ce marché, le choix, je suppose, est ou bien d’être fier d’être blanc, ce qui est une forme de folie, ou de fantasmer une cosmopolis post-raciale, ce qui est une forme de chimère, ou d’avoir honte. Il est tellement plus facile d’oublier ces choix ou de les différer éternellement, ou de débattre des difficultés du choix infiniment, parce que la chair blanche n’est pas sous une menace mortelle comme celle des noirs ou des femmes. Nos corps sont saufs. Ce sont eux la menace.

Dans les monarchies médiévales, l’état demandait l’existence d’un corps double, un pour le monde réel et un pour le monde symbolique. Il y avait le corps imparfait et mortel du roi qui sanglotait, baisait et mourait et puis il ya avait le Corps du Roi, sacré, pur, indestructible.  La race nous donne à tous un corps double «  une double conscience » , dans la phrase de Du Bois, quelle que soit la façon dont vous appelez le fait de vivre mortellement à travers le jugement des autres. La nouvelle distortion blanche, la maladie enfoncée dans le cœur, la pathologie, est peut être simplement être l’arrivée de la conscience de ces deux corps : le vertige et la nausée qui se produisent quand on voit double. Parce qu’ils doivent être comme tout le monde, leur cœur se brise en deux.

Le matin suivant le rallye de Sanders, j’ai trouvé assez de force pour regarder dans le miroir à mon corps blanc et male, pour examiner sa nature mortelle et symbolique. À l’angle de mon aine, là où ça chatouillait, se trouvait une tache brune, comme du lait tourné. Une large tache brune ayant la forme de la Floride après le changement climatique à l’angle de mes hanches. Aussitôt j’ai su que j’allais mourir. Et juste après je suis reparti vers Toronto, vers ma femme et mes enfants, la chair de ma chair.

Bernie Sanders veut une révolution pour détrôner le capitalisme de casino mais le problème, ou peut-être juste le premier problème, est que les Américains aiment les casinos. Ils ne peuvent pas s’empêcher d’en construire. Sur la route à la sortie de l’Iowa, j’en ai croisé des dizaines, des dizaines de Fun Cities de différentes formes et tailles où se déroulent diverses conversations sur Trump et Sanders.  Les autoroutes de l’Illinois son tune vision unique des désirs humains au travail. Un marché presque illimité pour les addictions et leur traitement. Des clubs de striptease, des points de vente de poulet rôti, ou de jeux ou des centres de réhabilitation ou des églises ou des centres anticancéreux. L’ I94 parle exactement au corps sans blessure, avec des promesses de sucre artificiel, de chattes et de salut pour eux.  Il y avait une autre attraction sur la route du retour : la ville de naissance de Ronald Reagan, Tampico. La beauté du paysage autour de ces villes, pour d’obscures raisons, n’a jamais été correctement décrite. Il n’y a pas de bus de touristes vers ces régions comme il y en a vers la mer ou a montagne mais le paysage y est certainement aussi sublime. L’enfance de Reagan s’est déroulée dans le bas-ventre du continent, la grande jointure entre le centre industriel des Grands lacs et le cœur agricole. La mémoire historique de ses monuments présidentiels a été consumée par les fantasmes d’une vie de petite ville mais c’est un paysage d’immeubles blanc délavé contre le vide ondoyant, un pays bouillonnant de rêves. On put imaginer Reagan en jeune garçon dans ces champs, rêvant de cinéma et d’Amérique – de vastes écrans sur lesquels il pouvait se projeter. L’autoroute les traverse comme une rivière d’attentes dans un ancien rêve. Les anciens rêves sont encore si vivant ici. Aux USA les écrits vieux de 240 ans peuvent être récités par cœur par des individus qu’on ne peut pas décrire comme étant éduqués. Des documents écrits par des hommes qui possédaient des esclaves sont évoqués comme si ils pouvaient résoudre les problèmes aujourd’hui et demain et dans tout avenir concevable, peu importe son éloignement. Thomas Jefferson croyait que la Constitution devrait expirer au bout de 19 ans, de façon à ce que les morts n’exercent pas de domination sur les vivants. Ce destin semble se concrétiser. Les Américains sont dans un débat constant avec des fantômes et leurs conversations avec les morts sont plus puissantes, plus féroces exactement là où elles sont le plus absurdes. Ils affirment d’un ton de défi que tous les hommes sont nés égaux quand n’importe qui peu constater qu’ils ne le sont pas.  Ils proclament que les hommes et les femmes devraient être jugés par le contenu de leur caractère quand personne ne peut savoir quel est le contenu du caractère de qui que ce soit. Ces rêves, ces impossibilités sont les fondements absolus et réels de leur nation. Et ces rêves sont si enchanteurs qu’il est impossible de savoir si le problème est que les Américains les croient ou qu’ils ne les croient pas. D’une façon ou d’une autre, c’est totalement enfantin.

De retour à Toronto, ma femme a jeté un oeil sur la tache brune à l’aine et m’a envoyé chez le docteur et il m’a dit que c’était  une eruption due à l’excès de course et il m’a été donné le plus beau cadeau qu’on puisse espérer, à ce moment et dans ce lieu. J’ai été pardonné, pour un instant, pour mon corps.

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier